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Full text of "Revue de l'art chrétien"

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tfttétien,  publiée 


eoue  la  Direction  D'un 


comité  i)'arti0te6  et û'aict)éûloguc0 


MiikUisMkUifMii^ 


S^^    jpïïbellc  gfcie.  —  %oim  ni. 


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% brcggcr  toutes  \t$  communications  tel atWits  à  ta  ^E^ircC' 
tion  au  J>ccrctaire  fac  la  ïScbuc,  rue  fiogale  26,  %\lit. 

S'ocim  M  gt^ausugtm,  apegclfe,  SDc  25rôutocrlt  01". 


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rHrt  rftréticn 


4>  jjnrniGsnnt  toiiG  les  trois  iiiaiG. 
aS™'^  année.  —  4""  %!tm. 
[Came  III  (xxxve  hc  la  caïicction). 

^   1"=  livraison.  —  Jantjicr  1883. 

Eiiiiiiiniir^i'''*'''*'"nn>J'iif iirni^fiauXftii'rriTriinijLairT:]  '■'■«''UTLAjÇCPt'ui^rriTTi^^ 
1 1 1 1  n  1 1»!  [.'^  tru  m  inir'.'^  rT^tTimir-  ittin7  ryT?  '  ■  '  iitimiiir-ii  iiiimyy^tr-'i  iit||^iTir"i  rTTVTTirTTrr  ' 


[ÎJ.jiim.'  [Îj  JiriTTTTT  rsi 


Iï!e  JSj)mboltgme  ti)rétten  au  ICI'  mtlt,  ti^aprèg 

les  poèmes  îie  ©rudence,   (Bccmicr  article.)  ^:3)®^:^$®<^5gx^ 


E  symbolisme  est  la  re- 
présentation d'une  idée 
au  moyen  d'une  image 
interposée  entre  elle  et 
l'esprit.  Le  symbole  est 
autre  chose  que  la  com- 
paraison. Celle-ci  a  pour 
butd'exprimeruneidéeen  plaçant  près  d'elle 
un  objet  qui,  par  ses  similitudes  ou  même 
par  ses  différences,  aide  à  la  comprendre. 
Dans  le  symbole,  au  contraire,  l'image  ne 
se  sépare  pas  de  l'idée  et  fait  corps  avec 
elle..  «  Jésus-Christ  ressemble  à  un  bon 
pasteur,  et  les  chrétiens  ressemblent  à  ses 
brebis,  »  —  voilà  des  comparaisons. 
«Jésus-Christ  est  le  bon  pasteur,  nous 
sommes  ses  brebis,  »  —  voici  des  symboles. 
La  comparaison  suppose  deux  opérations 
de  l'esprit,  le  symbole  les  ramène  à  une 
seule.  Dans  le  symbole,  l'idée  et  l'image  se 
confondent,  s'appliquent  l'une  sur  l'autre,  à 


la  manière  de  ces  draperies  qui  moulent  de 
leurs  plis  souples  et  de  leur  fin  tissu  les 
belles  formes  des  statues  grecques.  L'image 
transparente  couvre  et  révèle  à  la  fois 
l'idée,  elle  en  dessine  les  contours,  elle  en 
tempère  l'éclat  ;  elle  lui  donne  plus  de  relief 
en  la  voilant. 

Le  symbolisme  est  naturel  à  l'homme  : 
il  supplée  aux  ressources  trop  restreintes 
du  langage,  et  substitue  au  mot  sec,  à 
l'expression  abstraite  et  parlois  inintelli- 
gible une  forme  concrète,  familière  et  vi- 
vante. La  comparaison  est  le  plus  souvent 
le  résultat  d'un  art  savant,  d'une  réflexion 
profonde,  le  symbolisme  naît  naturellement 
sur  les  lèvres  de  l'enfant,  de  l'homme  du 
peuple,  du  sauvage.  Il  faut  être  déjà  familier 
avec  le  travail  de  la  pensée  pour  comparer 
entre  elles  deux  idées  :  l'image  se  développe 
spontanément  dans  les  cerveaux  naïts  et 
l'idée  n'en  sort,  pour  ainsi  dire,   que  vêtue. 


iRctiiic    De    ract    cbrcticn. 


Le  symbolisme  n'est  pas  seulement  le 
langage  naturel  des  individus  et  des  peuples 
enfants  :  il  peut  devenir  aussi  l'un  des  mo- 
des les  plus  élevés  d'exprimer  la  pensée  et 
servir  à  rendre  les  idées  les  plus  profondes 
ou  les  plus  sublimes.  De  là  son  rôle  con- 
sidérable dans  la  littérature  et  l'art  reli- 
gieux. Il  est  le  langage  naturel  de  l'art, 
quand  celui-ci  veut  traduire  autre  chose  que 
des  faits  concrets,  et  devenir  le  truchement 
d'idées  abstraites.  De  même  dans  la  litté- 
rature, quand  elle  doitexprimer  par  des  mots 
les  mystèresdivinsdevant  lesquels  l'espritse 
prosterne  et  viennent  expirer  toutes  les 
ressources  du  langage  humain,  les  dogmes 
ineffables  qui  laissent  les  plus  grands  génies 
muets  ou  balbutiants.  Comme  ces  mystères 
et  ces  dogmes  ne  sont  point  l'apanage 
réservé  d'un  petit  nombre  de  philosophes, 
mais  le  patrimoine  du  genre  humain,  il  de- 
vient nécessaire  de  les  traduire  par  des 
images  assez  simples  pour  frapper  l'esprit 
des  petits  et  des  ignorants,  tout  en  demeu- 
rant assez  nobles  pour  ne  point  défigurer 
ou  dénaturer  d'aussi  hautes  idées.  Même 
s'ils  avaient  été  destinés  à  ne  point  sortir 
d'un  étroit  cénacle  de  disciples  privilégiés, 
les  dogmes  chrétiens  eussent  dû,  en  raison 
de  leur  sublimité,  se  revêtir  souvent  de 
symboles.  Platon  n'enveloppe-t-il  pas  d'i- 
mages les  plus  hautes  parties  de  sa  philo- 
sophie, bien  qu'elle  ne  soit  pas  destinée  au 
vulgaire  ?  A  plus  forte  raison,  révélés  non 
seulement  aux  théologiens  et  aux  docteurs, 
mais  à  la  femme,  à  l'esclave,  à  l'ouvrier,  à 
l'enfant,  les  mystères  encore  plus  élevés  du 
christianisme  doivent-ils  tempérer  par  le 
symbole  l'éclat  de  leurs  rayons,  rendre  sen- 
sibles par  l'image  les  abstractions  nécessai- 
res de  leurs  définitions,  rapprocher  ainsi 
des  plus  humbles  esprits  une  religion  telle- 
ment profonde  qu'un  saint  Augustin,  un 
saint  Thiinias  ou  un  Bossuet  consumera  sa 


vie  entière  à  l'étudier,  tellement  simple 
cependant  en  son  essence  qu'un  enfant 
pourra  l'embrasser  d'un  coup  d'œil,  si  on  la 
lui  présente  dans  un  langage  et  sous  une 
forme  appropriés  à  son  intelligence. 

Telle  est  une  des  raisons  du  rôle  considé- 
rable joué  par  le  symbolisme  dans  l'art  et 
dans  la  littérature  du  christianisme  :  la 
profondeur  des  mystères  chrétiens  et  la 
nécessité  de  les  rendre  accessibles  à  tous. 
Il  en  est  une  autre,  qui  tient  aux  origines 
historiques  de  notre   religion. 

Dans  la  conception  chrétienne  de  l'his- 
toire, le  Christ  divise  en  deux  les  annales 
du  monde,  comme  une  montagne  centrale 
dont  le  double  versant  regarderait  le  passé 
et  l'avenir.  D'un  côté  tout  monte  vers  son 
sommet,  de  l'autre  tout  en  descend.  Les 
livres  sacrés  où  les  chrétiens  lisent  l'histoire 
de  leurs  croyances  se  composent  de  deux 
parties  ou,  selon  le  terme  reçu,  deux 
Testaments  :  le  premier  contient  les  événe- 
ments qui  ont  préparé  ou  annoncé  la  venue 
du«  Désiré  des  Nations»,  le  second  raconte 
sa  vie,  sa  mort,  son  œuvre.  Beaucoup  de 
faits  rapportés  dans  l'Ancien  Testament 
peuvent  être,  bien  que  réels,  considérés 
comme  la  prophétie  de  ceux  du  Nouveau. 
«  Ces  choses  ont  eu  lieu  en  figure  de  nous,  » 
dit  saint  Paul  racontant  plusieurs  événe- 
ments de  l'histoire  du  peuple  choisi  pour 
conserver  la  notion  du  monothéisme  et 
préparer  une  famille  au  Messie  futur.  De 
là,  dans  les  temps  chrétiens,  une  tendance 
des  meilleurs  esprits  à  se  reporter  en 
arrière,  vers  l'Ancien  Testament,  pour  y 
trouver  des  images  applicables  aux  dogmes 
cvangéliques  et  y  contempler  le  Dieu  fait 
honune  dans  le  miroir  des  prophéties.  La 
Bible  fournit  ainsi  aux  docteurs, aux  lettrés, 
aux  artistes  des  premiers  siècles  de  notre 
ère  les  éléments  d'un  immense  symbo- 
lisme. 


ïLc  %|)mt)olismc  chrétien  au  i\i'  siècle,  D'après  les  poèmes  De  PruD 


«  Le  Seigneur  nous  est  apparu  deux 
«  fois,  —  dit  le  grand  poète  du  IV^  siècle, 
«  Prudence,  —  en  premier  lieu  dans  les 
«  livres,  puis  réellement  ;  la  foi  le  vit  d'a- 
«  bord,  ensuite  il  se  montra  dans  la 
«  vérité  de  sa  chair  et  de  son  sang  (').  » 
Les  âmes  religieuses  et  poétiques  se  plai- 
saient à  refaire  en  sens  inverse  le  chemin 
parcouru,  se  servant,  pour  peindre  Jésus- 
Christ,  des  images  dont  la  Bible  s'était 
servie  pour  l'annoncer,  et,  selon  un  autre 
mot  de  notre  poète,  «  recherchant  dans  les 
«  vieux  récits  et  dans  les  faits  antiques  les 
«  types  des  derniers  événements  (').  » 

Je  n'essaierai  point  de  tracer  ici,  même 
à  grands  traits,  l'histoire  de  l'antique  sym- 
bolisme chrétien,  tel  qu'il  se  développe 
dans  les  écrits  des  Pères  de  l'Eglise  et 
s'épanouit  sous  la  main  des  peintres,  des 
sculpteurs,  des  mosaïstes  qui  ont  décoré  les 
catacombes  et  les  basiliques.  Je  me  propose 
de  l'étudier  seulement  dans  les  poèmes  de 
Prudence.  Le  poète  de  Théodose  et  d'IIo- 
norius  n'a  pas  enrichi  de  créations  nouvelles 
le  symbolisme  chrétien.  Le  cycle  symbo- 
lique déjà  formé  au  IV^  siècle  ne  se  re- 
trouve même  pas  tout  entier  dans  son 
œuvre.  Des  faits  de  l'Ancien  ou  du  Nouveau 
Testament  dans  lesquels  la  littérature 
sacrée  et  l'art  religieux  de  son  temps 
voyaient  des  symboles,  sont  racontés  par 
lui  comme  de  simples  épisodes  historiques, 
dont  il  se  borne  à  dégager  quelquefois  une 
leçon  morale,  sans  mettre  en  relief  leur 
valeur  idéale  ou  typique  (').  Mais  si  Pru- 

1.  Nos  qui  Dominum  libris  et  corpore  jam  bis 
\"i(limiis  ante  fide,  mox  carne  et  sanj;uine  coram. 

Prudence,  .Ipot/u-ûsis,  217,  218. 

2.  Ergo  ex  futuris  prisca  jam  cepit  fabula, 
Factoque  primo  res  notata  est  ultima. 

\à.,Hamattigcnia,  Praefatio,  25,  26. 

3.  \'oir  Prudence,  Cathemerinon,  ix,  31,  40,  46,  64,  69  ; 
X,  69  ;  Apotheosis,  147;  Psychomachia,  Prxfatio,  1-8, 
162;  Dictochaeon,  11,  32,  134,  177;  Péri  Stephaiton,  x, 
945- 


cnce. 


dence  n'a  pas  donné  place  dans  ses  vers  à 
tout  le  symbolisme  en  vigueur  au  IV^  siè- 
cle, il  a  toujours  marché  d'accord  avec  les 
écrivains  et  surtout  les  artistes  de  ce  temps, 
en  ce  sens  qu'il  ne  lui  arrive  jamais  de 
reprendre  et  de  rajeunir  un  symbole  tombé 
en  désuétude  et  abandonné  par  eux.  Ainsi 
parmi  les  images  assez  nombreuses  sous 
lesquelles  il  se  plait  à  représenter  la  per- 
sonne du  Christ,  n'apparait  jamais  le 
signe  arcane  du  Poisson,  l'iXQYC,  si  célèbre 
aux  premiers  siècles,  encore  employé  quel- 
quefois par  les  Pères  de  l'Eglise  postérieurs 
à  Prudence,  mais  abandonné  par  les  artistes 
dès  la  fin  du  règne  de  Constantin  ('). 
Même  quand  il  raconte  le  miracle  de  la 
multiplication  des  pains  et  des  poissons, 
Prudence  désigne  les  pains  comme  symbole 
eucharistique  et  ne  donne  aucune  valeur 
emblématique  au.x  poissons.  Les  vers  de 
notre  poète  portent  donc  bien  leur  date,  et, 
en  matière  de  symbolisme,  ne  manifestent 
de  sa  part  ni  recherche  d'archaïsme  ni 
tentative  d'innovation  :  dans  leur  clair  mi- 
roir se  reflètent  seulement  les  peintures,  les 
sculptures,  les  mosaïques  des  dernières 
catacombes  ou  des  premières  basiliques. 
C'est  un  fleuve  qui  roule  majestueusement, 
emportant  dans  ses  ondes  l'image  des  mo- 
numents que  l'art  du  IV^  siècle  élève  de 
tous  côtés  à  la  gloire  du  Christ.  Les  sym- 
boles particuliers  à  l'époque  des  persécu- 
tions n'y  paraissent  pas,  si  l'âge  de  la  paix 
ne  les  a  conservés  et  rajeunis.  Prudence  est 
l'homme  de  son  temps:  il  ne  faut  demander 
à  ses  œuvres  que  la  pensée,  l'art,  le  sym- 
bolisme du  siècle  de  Théodose,  —  et  on 
ne  les  y  trouvera  même  pas  tout  entiers. 

Jésus-Christ,  —  les  sacrements,  —  la 
croix,  —  les  apôtres,  —  les  martyrs,  — 
l'âme,  —  le  corps  :  —  tels  sont  les  princi- 

I.  De  Rossi,  De christianis  titulis  IX0YN  exltihcniihus, 
p.  4-15.  (Paris,   1855;  extrait  <\\\  Spicil.  SoUsm.x.  III.) 


Eeuue  De  ract  cijrcticn. 


paux  sujets  dont  Prudence  a  parlé  dans  le 
langage  voilé  du  symbole. 

I. 

DIEU,  dit  Prudence,  ne  peut  être  vu  en 
lui-même:  il  se  manifeste  par  sonVerbe. 
Toutes  les  apparitions  de  la  Divinité  ont 
montré  au  monde  le  Verbe  divin.  «  Oui- 
«  conque  raconte  avoir  vu  Dieu,  a  vu  le 
«  Fils  :  c'est  le  Fils  qui,  splendeur  du  Père, 
«  se  révèle  sous  des  formes  que  puisse 
«  percevoir  l'œil  de  l'homme  (').  »  D'accord 
en  ceci  avec  beaucoup  d'anciens  Pères  de 
l'Église  ('),  Prudence  attribue  au  Verbe 
divin  les  théophanies  et  même  quelques- 
unes  des  plus  solennelles  apparitions  angé- 
liques  racontées  dans  l'Ancien  Testament. 
Ainsi,  quand  Moïse  au  désert  vit  Dieu 
dans  le  buisson  ardent,  c'est  le  Verbe  qui 
se  manifeste  devant  ses  yeux  sous  cette 
forme. 

Prudence  a  deux  fois  décrit  cette  grande 
scène  biblique.  «  Une  flamme  semblait 
«  brûler  les  broussailles  :  Dieu  voltigeait 
«  parmi  les  épines  aiguës,  un  feu  qui  ne 
«  consume  pas  s'agitait  au  milieu  de  leur 
«  piquante  chevelure,  afin  de  montrer  que 
«  Dieu  devait  descendre  un  jour  dans  la 
«  chair  épineuse  de  l'homme,  couverte  des 
«  épaisses  broussailles  du  crime,  et  devenue 
«  douloureuse  sous  l'aiguillon  du  péché  {^).  » 
L'apparition  qui  frappa  d'un  saint  respect 
les  yeux    de    Moïse  est   donc    celle  de  la 

1.  Quisquis  hominum  vidisse  Deum  memoratur,  ab  ipso 
Infusum  vidit  natum:  nam  Filius  hoc  est 

Çuod  de  Pâtre  micans  se  prajstitit  inspiciendum 
Per  species,  quas  possit  homo  comprendere  visu. 

Apothcosis,  22-25. 

2.  Petau,   Dogm.  Theol.,    De  Trinitatc,  viii,   2.   cf.  De 
Rossi,  Bull,  diarcheol.  crisL,  1883,  p.  93. 

3    ......  Sentum  visa  est  excita  cremare 

Flamma  rubum  :  Deus  in  spinis  volutabat  acutis, 
Vulnificasque  comas  innoxius  ignis  agebat, 
Ksset  ut  exemplo  Deus  inlapsurus  in  artus 
Spinifcros,  sudibus  quos  texunt  ciimina  densis 
Et  peccata  malis  hirsuta  doloribus  implent. 

A-polheosis,  55-60. 


deuxième  personne  de  la  Sainte  Trinité, 
<i  la  lumière  image  de  Dieu,  le  Verbe  Dieu, 
«  Dieu  sous  la  figure  du  feu  (').  » 

«  Moïse,  dit  ailleurs  Prudence,  a  vu  dans 
«  le  buisson  ardent  Dieu  tout  en  flammes, 
«  entouré  d'une  éclatante  lumière.  Heureu.x 
<(  qui  mérita  de  contempler  dans  le  buisson 
«  sacré  le  maître  du  ciel,  et  reçut  l'ordre  de 
«  dénouer  sa  chaussure  de  peur  de  souiller 
«  le  lieu  saint  (°)  !  »  Moïse  se  déchaussant 
pour  s'approcher  du  buisson  ardent  est 
quelquefois  représenté  dans  les  monuments 
des  premiers  siècles  (').  Plusieurs  Pères  de 
l'Eglise  ont  vu  dans  ce  trait  de  la  vie  du 
législateur  hébreu  une  image  des  renonce- 
ments du  Baptême,  du  courage  avec  lequel 
le  catéchumène  doit  se  dépouiller  de  ses 
péchés  et  de  ses  vices  avant  d'approcher  du 
sacrement  de  la  Régénération  (f).  Cette 
interprétation  symbolique  s'explique  aisé- 
ment, si  l'on  reconnaît  avec  Prudence  dans 
le  buisson  ardent  une  image  du  Verbe,  de 
Celui  qui  a  institué  le  sacrement  auquel  les 
anciens  donnaient  le  nom  d'illumination, 
'^')\-\,'ju.y.  y). 

1.  Ergo  nihil  visum  est,  nisi  qiiod  sub  came  videndum, 
Lumen  imago  Deo,  verbum   Deus  et  Deus   ignis, 
Qui  sentum  nostri  peccamen  corporis  implet. 

//'/,/.,  /I-73. 

2.  Moyses  ncmpe  Deum  spinifcro  in  rubo 
Vidit  conspicuo  lumine  fiammeum. 
Félix  qui  meruit  sentibus  in  sacris 
Cœlestis  solii  viserc  principem, 
Jussus  nexa  pedum  vincula  solvere 

Ne  sanctum  involucris  poUueret  locuni. 

Cal/icmeriuoil,  \,  31-36. 

3.  IIi^  siècle,  catacombe  de  Domitille  (Garrucci,  Sloyia 
delParte  crist.,  pi.  XXD  ;  —  III^  siècle,  catacombe 
de  Calliste  (Ibid.,  pl.XVIII;DeRossi,  ^fl;«(î  Sotlcrratiea, 
t.  II,  pi.  B  ;  t.  III,  pi.  IX)  ;  —  IV'  siècle,  catacombe  de 
Sainte  .'\gnes  (GaiTucci,  pi.  LX)  ;  catacombe  de  Cyriaque 
(De  Rossi  Bull,  dl  archcol.  crist.,  1876,  pi.  VIII)  ;  deux 
sarcophages  du  musée  de  Latran. 

4.  Martigny,  Dict.  des  antiq.  chrét.  2°  édition,  art. 
Moïse,  p.  473. 

5.  S.  Justin,  Apolog.  II  ;  .S.  Grégoire  de  Nazianze,  .SV;- 
mo  il!  siinctii  lumina;  S.  Cyrille  de  Jérusalem,  Pro- 
catcchesis,  i  ;  S.  Jean  Chrj-sostome,  ///  /  Tliess.  hoiiiilid 
IX,  I. 


Le  sî?mt)olismc  chrétien  au  it)^  siècle,  D'après  Ic0  poèmes  ne  PruDence. 


C'est  encore   le   Verbe   divin    qu'il    faut 
voir  dans  la  colonne  de  feu  pendant  la  nuit, 
de   nuée  pendant   le  jour,  qui  marchait  en 
tête  des  Israélites  dans  le  désert,  et,  selon 
l'Exode,    était    «   Dieu    lui-même  guidant 
«  son  peuple  (').  »  Prudence  en  parle  après 
avoir  décrit  le  buisson  ardent.  «  Ce  feu,  dit- 
il,  un  noble  peuple,  protégé  par  les  méri- 
tes de  ses  ancêtres,  mais  impuissant,  accou- 
tumé à  vivre   sous   des    maîtres   barbares, 
va,   libre    désormais,    le    suivre     dans     les 
déserts  :  partout  où  ils  portent  leurs  pas  et 
leur  camp,  pendant  la  nuit  azurée,  un  rayon 
plus  brillant  que  le  soleil  les  précède  de  son 
éclat  et   les  conduit  {").  »  L'art  contempo- 
rain de  Prudence  s'est  plusieurs  fois  inspiré 
de  ce  sujet.  Des  sarcophages   chrétiens  du 
IV<=   ou   V^  siècle   montrent,  devançant  les 
Israélites  en  marche, une  colonne  lumineuse, 
reconnaissable  aux  flammes  qui  couronnent 
son  chapiteau  {^).  La  colonne  a  été  prise 
par  l'art  chrétien  comme  symbole  de  Jésus- 
Christ  (•');  dans  le  petit  poème   attribué   à 
saint  Damase,  où  sont  rassemblés  en  sept 
vers  les   titres  donnés  par  les   anciens  au 
Verbe  fait  chair,  figure  celui  de  Columna  {^). 
C'est  encore  le  Verbe,  dit  Prudence,  que 
vit  Moïse  sur  le  mont  Sinaï,  quand  il  monta 
y   recevoir    les  tables  de   la   loi.    «    Celui 
«  qui  devait  apporter  aux   hommes  la  loi 
«  divine  reçut  l'ordre  de  s'approcher,  il  s'en- 
<{  tretint  avec  le  Seigneur  comme  avec  un 

1.  Exode,  xni,  21. 

2.  Hune  ignem  populus  sanguinis  inclyti 
Majorum  meritis  tutus  et  inipotens, 
Suetus  sub  dominis  vivere  barbaris, 
Jam  liber  seqiiiturlonga  par  avia  : 

Qui  gressum  moverant,castraque  ca-iul;e 
Noctis  per  médium  concita  moverant, 
Plebem  pervigilem  fulgure  prasvio 
Ducebal  radiis  sole  micantior. 

Ctitlumoinon,  V,  37-44. 

3.  Edmond  Le  lîlant,  Insct.   chrci.   de  la   Gaule,  t.  I, 
p.  167,  note;  Martigny,  Dict.,  art.  Colonne,  p.  190. 

4.  Ou  de  l'Église;  voir  Martigny,  1.  c. 

5.  S    Damase,   Cariii.   \'I;*dans   Aligne,  Patrol.   lai., 
t.  XIII,  col.  378. 


1.  Prudence,  Apot/ieosis,  32-48. 

2.  Genèse,  .\xxii,  24-30. 

3.  Hoc  colluctantis  tractarunt  bracchia  Jacob. 

Apot/i.,  31. 

4.  Callitiiniiiioii,  73-80. 

5  Ha'c  nos  docent  imagines 

Hominem  tenebris  obsitum, 
Si  forte  non  cédai  Dco, 
Vires  rebellis  pcrdcre. 

Jbùl.,  S5-S8. 


«  ami,  mêla  ses  paroles  aux  discours  sacrés, 
«  et  sentit  que  sous  une  apparence  humaine 
«  il  voyait  le  Christ  :  mais,  voulant  plus 
«  encore,  il  tendit  son  esprit  jusqu'à  des 
«  vœux  interdits  à  l'homme,  demandant  ce 
«  que  ne  peuvent  les  mortels,  voir  le  Christ 
«  dans  toute  sa  grandeur,  dépouillé  des 
«  voiles  corporels.  Après  de  longs  entre- 
«  tiens  avec  son  Maître  :  «  Je  demande,  dit- 
•■<  il  enfin,  qu'il  me  soit  permis,  ô  Dieu,  de 
«  vous   connaître  tout  à  fait;  »  le  Seigneur 

O 

«  répondit:  «Je  permettrai  aux  justes  de  me 
«  voir  par  derrière,  non  de  me  voir  tel  que 
«  je  suis.  »  Comment  exprimer  plus  claire- 
«  ment  que  le  Verbe  ne  peut  être  vu  .s'il  ne 
«  prend  une  forme  étrangère?  qu'il  peut, 
«  quand  il  le  veut,  se  montrer  aux  yeux  | 
«  terrestres  avec  notre  figure,  tandis  que  le 
«  Père  demeure  invisible?  et  que  souvent 
«  il  a  revêtu  l'apparence  des  anges  ou  des 
«  hommes,  afin  de  se  faire  voir  sous  une 
«  image  (')  ?  » 

C'est  ainsi  que,  selon  Prudence,  l'ange 
qui,  dit  un  mystérieux  récit  de  la  Genèse  (=), 
lutta  toute  une  nuit  avec  Jacob,  n'était  autre 
que  le  Verbe  divin  :  «  Il  fut  pressé  par  les 
«  bras  du  lutteur  Jacob  (s).  »  Aussi,  après 
avoir  plus  longuement  raconté  ailleurs  cette 
lutte  d'où  Jacob  sortit  affaibli  et  blessé  {'), 
le  poète  ajoute-t-il  :  «Ces  images  nous  font 
«  voir  que  l'homme  rebelle,  plongé  dans  les 
«  ténèbres,  perdra  ses  forces  s'il  refuse  de 
«  céder  à  Dieu  (=).  » 

Avant  d'éprouver  Jacob,  le  Verbe  divin 
était  déjà  apparu  à  Abraham  sous  la  figure 


îRcDiic  De   l'3rt   cïji'Cticn. 


d'une  v(  trinité  d'anges  (').  »  —  «  Abraham, 
«  père  d'une  race  généreuse,  hôte  mortel  du 
«  Christ  qui  daignait  dès  lors  visiter  la 
«  terre,  le  vit  rayonner  dans  une  triple  figu- 
«  re  (').  »  Cette  théophanie  a  été  rarement 
représentée  dans  l'ancien  art  chrétien  :  elle 
se  rencontre  pour  la  première  fois  dans  les 
peintures  exécutées  par  l'ordre  de  saint  /\m- 
broise,  au  milieu  du  I V*^  siècle,  dans  une  ba- 
silique de  Milan  (^),se  retrouve  un  siècle  plus 
tard  dans  les  mosaïques  de  la  nef  de  Sainte- 
Marie-Majeure  (■•),  puis,  cent  ans  après, 
dans  celles  de  Saint-Vital  de  Ravenne  [^). 
Au  contraire,  l'art  chrétien  a  souvent 
reproduit  une  apparition  non  moins  mysté- 
rieuse racontée  au  livre  de  Daniel.  Quand 
trois  jeunes  hébreux,  après  avoir  refusé 
d'adorer  une  idole  élevée  par  Nabuchodo- 
nosor,  eurent  été  plongés  dans  une  four- 
naise ardente,  «  un  ange  du  Seigneur  des- 
«  cendit  avec  eux  dans  les  flammes,  les 
«  écarta,  fit  souffler  dans  la  fournaise  com- 
«  me  un  vent  de  rosée,  et  le  feu  ne  les  tou- 
«  cha  point  {°).  »  Nabuchodonosor  étant 
venu  voir  ses  victimes,  les  trouva  chantant 
dans  la  fournaise;  mais,  au  lieu  de  trois, 
quatre  personnes  s'y  tenaient  debout.  «  Je 
vois,  s'écria-t-il,  quatre  hommes  marchant 
libres  au  milieu  des  flammes,  et  le  quatrième 
ressemble  au  Fils  de  Dieu  (').  »  Je  n'ai 
point  à  rechercher  ici  quelle  signification  ce 
mot  pouvait  présenter  à  l'esprit  du  roi  de 
Babylone  :  l'art  chrétien  l'entendit  dans  son 

1.  Mox  et  triformis  angelorum  trinitas 
Senis  revisit  hospitis  mapalia. 

Prudence,  Psychomachia,  praîfatio,  45,  46. 

2.  Hoc  vidit  princeps  generosi  seminis  Abram, 
Jam  tune  dignati  terras  invisere  Christi 
Hospes  homo,  in  tripliceni  nunien  radiasse  figuram. 

Apolheosis,  28-30. 

3.  Dislicha  in  picturas  sacras  in  basilica  .linhrosiana, 
dans  Biraghi,  Inni  sinceri  di  S.  Ambroi;io,  Rome,  1862. 

4.  Barbet  de  Jouy,  Les  mosaïques  chrétiennes  de  Rome, 
p.  12. 

5.  Ciampini,  Vêlera  inonumenla,  t.  I,  pi.  xx. 

6.  D.\NiEi,,  m,  49,  50. 

7.  Ibid.,  92. 


sens  littéral,  et,  sur  plusieurs  monuments 
où  un  personnage  est  représenté  à  côté  des 
trois  hébreu.x  —  vêtus  ordinairement,  com- 
me le  dit  Prudence,  d'habits  orientaux  aux 
larges  plis  et  coiffés  de  tiares  assyriennes('), 
—  ce  n'est  pas  un  ange,  mais  Jésus-Christ 
qui  apparaît.  Le  personnage  qui  accompa- 
gne les  trois  martyrs,  dans  les  deux  seules 
peintures  où  l'artiste  l'ait  introduit,  n'a  aucun 
attribut  qui  le  désigne  particulièrement  pour 
un  ange  (^)  :  dans  un  bas  relief  du  IV^  siècle, 
il  porte  même  un  volume  à  la  main,  attribut 
souvent  donné  au  Christ  ,  jamais  aux 
anges;  un  fond  de  coupe  le  montre  touchant 
les  flammes  avec  la  verge  du  commande- 
ment, du  geste  habituel  du  Christ  multi- 
pliant les  pains  ou  guérissant  le  paralytique, 
sujet  représenté  sur  le  même  verre;  un 
ivoire  du  V^  siècle  le  représente  étendant 
la  croix  au  dessus  de  la  fournaise  ;  enfin,  dans 
une  peinture  de  catacombe,  le  Sauveur  des 
jeunes  hébreux  n'a  pas  la  forme  humaine, 
mais  celle  de  la  colombe,  qui,  nous  le  verrons, 
était  un  symbole  du  Christ  [').  «  La  four- 
«  naise  haletante,  fait  dire  Prudence  à  Na- 
«  buchodonosor,a  reçu  trois  hommes  seule- 
«  ment;  or,  bravant  les  vapeurs  et  les  feux, 
«  en  voici  un  quatrième:  c'est  leFilsdeDieu, 
«  je  le  confesse,  et,  vaincu,  je  l'adore  ("•)  ;  » 
et,  plus  loin  :  «  Le  Fils,  ce  n'est  pas  dou- 
«  teux,  est  l'auteur  de  ce  miracle;  celui  que 
«  je  vois  est  Dieu  même,  le  Fils  unique  de 
«   Dieu  (5).  » 

1.  Barbaricos...  sinus Assyrias...  tiaras...  Apotheo- 

sis,  143,  145- 

2.  Catacombe  de  .Saint-Hermis  l'Garrucci,  pi.  I.XXXII, 
i); —  catacombe  de  Callixte  (Ue  Rossi,  A'ûina  So/ler- 
ranea,  t.  MI.  pi.  XV). 

3.  Martigny,  Dict.des ant.chr,'t.,7i\\..  He'breux,  p.  339,340. 

4.  Nempe,  ait,  o  procercs,  tria  vasta  incendia  anhelis 
Accepere  vires  fornacibus,  additus  unus 

Ecce  vapori  feros  rLdens  intersccat  ignés. 
Filius  ille  Dei  est,  fateorque  et  victus  adoro. 

Apotheosis,  133-135. 

5.  Filius,  haud  dubium  est,  agit  ha:c  miracula  rerum, 
(2uem  video,  Deus  ipse,  Dei  certissima  proies. 

Ibid.  138,  139.     _J 


Le  ^pmboUsme  chrétien  au  i\}'  siècle,  D'après  les  poèmes  De  pruDcnce.     7 


II. 

LE  Buisson  ardent,  la  Colonne  lumi- 
neuse, les  Anges  qui  visitèrent 
Abraham,  Jacob  et  les  trois  martyrs 
Hébreux,  ne  sont  pas  les  seules  figures  de 
l'Ancien  Testament  dans  lesquelles  Pru- 
dence reconnaisse  le  Christ.  Il  considère 
encore  Moïse  et  David  comme  des  types 
du  Sauveur. 

Prudencevoit  dans  l'épisode  de  Moïse  en- 
fant,sauvé  des  eaux  quand  tous  les  Juifs  de 
son  âge  y  périssaient,  une  image  de  l'enfant 
Jésus  échappant  à  la  fureur  d'Hérode  et  au 
massacre  des  innocents.  «  A  quoi  a  servi  ce 
«  forfait  ?  en  quoi  ce  crime  a-t-il  été  utile  à 
«  Hérode.''  Seul  au  milieu  de  tant  de  funé- 
«  railles  le  Christ  est  sauvé...  Ainsi  avait 
«  échappé  jadis  aux  absurdes  édits  du  Pha- 
«  raon  celui  qui  était  la  figure  du  Christ, 
«  Moïse,  le  libérateur  de  son  peuple  (').  »  Le 
poète  continue  le  parallèle  entre  le  chef  in- 
spiré de  la  Loi  ancienne  et  le  chef  divin  de  la 
Loi  nouvelle  :  il  montre  Moïse  faisant  passer 
le  peuple  à  travers  les  eaux  de  la  mer  Rouge, 
comme  Jésus-Christ  le  fera  passer  à  travers 
celles  du  Baptême,  et  priant  les  bras  étendus 
en  forme  de  croix,  pendant  le  combat  d' Israël 
contre  Amalec  (-)  ;  il  conclut  ainsi  :  «  N'est- 
«  il  pas  permis  de  reconnaître  le  Christ 
«  dans  les  actes  de  ce  grand  homme  (^)  ?  » 
Plusieurs  de  ces  épisodes  de  l'Ancien  et  du 
Nouveau  Testament  ont  été  reproduits  par 

I.  Quid  proficit  tantum  nefas, 

(juid  crimcn  Herodem  juvat.' 
Unus  tôt  inter  funera 
Impune  Christus  tollitur. 


Sic  stulta  Pharaonis  mali 
Edicta  qiiondam  fugerat, 
Chrisii  figuram  prœferens, 
Moyses,  receptor  civium. 

CiitheiHi-riiion,  xn,  133-136,  141-144. 

2.  Cathenierinon,  XU,  165-172. 

3.  Licet  ne  Christu.m  noscere 
Tanii  per  exemplum  viri? 

Ibid.,  157,  157. 


l'art  chrétien;  ainsi,  le    massacre  des  Inno- 
cents   se   voit  sur   un   sarcophage  ('),    et  le 
passage   de  la  mer  Rouge  a  été  assez  sou- 
vent représenté  par  les  sculpteurs  des  pre- 
miers  siècles  {^);    mais   je    les   trouve  tous 
groupés,  comme  dans  les  vers  de  Prudence, 
sur  les   tableaux   en  mosaïque  exécutés  à 
Sainte-Marie-Majeure,    peu  d'années  après 
la  mort  du  poète.    La  zone  inférieure   du 
grand  arc  est  occupée  par  une  vaste  compo- 
sition  représentant,  avec  une  certaine  ani- 
mation,   le  massacre  des  Innocents;  parmi 
les   mosaïques    se   déroulant  autour  de  la 
nef,   on    reconnaît,   entre  autres    traits    de 
l'Ancien  Testament,  Moïse  sauvé  des  eaux, 
le  passage  de  la  mer  Rouge,   Moïse   priant 
sur  la  montagne  les   bras  étendus  pendant 
le     combat     entre     les    Hébreux     et     les 
Amalécites,   Josué    traversant   le   Jourdain 
et    introduisant    le    peuple     d'Israël    dans 
la    terre    promise,     —    Josué,    hic    Jésus 
verior,   image    du    Sauveur,    d'après    Pru- 
dence (5). 

David,  vainqueur  de  Goliath,  est  aux 
yeux  des  Pères  de  l'Église  un  symbole  du 
Christ  vainqueur  du  démon  (^).  Il  est  re- 
présenté quelquefois,  sa  fronde  à  la  main, 
dans  les  peintures,  les  bas  reliefs,  les  mo- 
saïques et  les  ivoires  (^).  Mais  nulle  part 
dans  l'art  primitif  n'apparaît  la  figure  de 
David  assis  sur  son  trône,  symbole  naturel 
de  la  royauté  du  Christ.  Cependant,  si 
comme   nous  le  croyons,   les  quatrains  du 


1.  Martigny,  Diction.^  art.  Innocents,  p.  353. 

2.  Edm.  Le  V>\-AX).\.,Sarcoph.  chrél.ant.  delà  ville  d'Arles, 
p\.XXXl  ;  Carrucci, Sloriadell' arlecfis/.,  p\.  CCCIX,  4; 
RoUer,    Ca/acomfies  de  Rome,  pi.  L\'I,  i  ;  LXIX,  i. 

3.  Cathemeruion,  XU,  173-184. 

4.  Voir  les  textes  patrologiqiics  dans  Kraus,  Real Encykl. 
der  christ.  Allcrt.,  art.  David,  p.  345. 

5.  Kraus,  1.  c;  Martigny,  art.  David,  p.  240;  Edmond 
Le  Blant,  Sarcoph.  chiét.  ant.  delà  ville  d'Arles,  pi.  XX  ; 
Les  Ras  Reliefs  des  sarcophui^es  ehrélietis  et  des  liturgies 

fuHihûires,  dans   la    Re^>.  arc/u'ol.,  t.    X.X.W'III,  (1879), 
p.  240 


8 


iacDue   De   r^rt    cbrcticn. 


Dittochaeon  ont  été  composés  par  Prudence 
pour  servir  de  légendes  aux  peintures  ou 
aux  mosaïques  d'une  basilique  inconnue,  ce 
sujet  aurait  été  représenté  une  fois  au 
moins  dans  les  monuments  reliçrieux  de  la 
fin  du  IV=  siècle.  Un  de  ces  petits  poèmes 
est  intitulé  Rcgmim  David  ;  en  voici  la 
traduction  :  «  Voyez  étinceler  les  royaux 
«  insignes  du  bon  David,  le  sceptre, 
«  l'huile,  la  corne,  le  diadème,  la  pourpre, 
«  l'autel.  Tout  cela  convient  au  Christ,  la 
«  chlamyde  et  la  couronne,  le  sceptre  de  la 
«  puissance,  la  corne  de  la  croix,  l'autel, 
«  le  rameau  d'olivier  (').  »  Jésus-Christ 
est,  en  effet,  le  Roi  par  excellence,  et  le  titre 
de  Roi  figure  dans  l'énumération  des 
noms  donnés  au  Sauveur  par  les  premiers 
chrétiens  (^). 

III. 

TELS  sont  les  principaux  symboles 
du  Christ,  empruntés  par  Prudence 
à  l'Ancien  Testament  ;  voyons  quels  em- 
blèmes du  Sauveur  le  poète  demande  au 
Nouveau. 

«  Je  suis  la  lumière  du  monde,  »  a  dit 
Jésus-Christ  if).  Les  premiers  siècles  chré- 
tiens ont   adoré  le  Sauveur   sous   ce   titre, 

1.  Regia  mitifici  fulgentinsignia  David  ; 
Sceptrum,  rt/t?«;«,  cornu,  diadema  et  ptirpura  et  ara, 
Oinnia  conveniunt  Chris ro,  chlamys  atque  coroiia, 
Virga  potestatis,  cornu  crucis,  altar,  olivuin. 

Dit/ocliacon,  XX. 
La  corne  pleine  d'huile  servant  au  sacre  des  rois,  ^ 
laquelle  fait  ici  allusion  Prudence  (olciim,  cornu),  c'tait 
encore  à  la  fin  du  IV''  siècle  conservée  à  Jérusalem. 
Une  relation  d'un  voyage  aux  saints  lieux  en  367, 
récemment  découverte  par  M.  Gamurrini  dans  la  biblio- 
thèque d'Arezzo,  dit  que  pendant  l'adoration  de  la  croix 
sur  le  Golgotha,  le  vendredi  r.aint,  le  diacre  tenait  la  corne 
du  sacre  (Studi  e  Docuinenti  di  Storia  e  Diritio,  1884, 
p.  102).  Cette  corne  avait  probablement  été  apportée  à  K  orne 
par  Titus  avec  les  objets  provenant  du  temple  de  Jérusa- 
lem, et  rendue  .\  l'église  du  Martyrium  par  Constantin. 
Elle  se  voyait  encore  au  temps  du  voyage  vulgairement 
attribué  h  Antonin  de  Plaisance,  peu  avant  la  destruction 
des  églises  de  Jérusalem  par  Cosrhoès. 

2.  S.  Uamase,  Carin.  vi. 

3.  S.  Jean,  vin,  12  ;  Cf.  ix,  5  ;  xn,  35,  46. 


auquel  les  esprits  avaient  été  déjà  préparés 
par  les  symboles  du  Buisson  ardent,  de  la 
Colonne  de  feu.  Il  n'est  pas  seulement  la 
lumière  de  ceux  qui  vivent  sur  la  terre,  il  est 
aussi  le  soleil  qui  éclaire  et  réjouit  les  âmes 
de  ceux  qui  l'ont  quittée.  «  Puisse  ma  mère 
«  goûter  un  bon  repos,  je  t'en  conjure,  ô 
«  Lumière  des  morts,  »  s'écrie  l'auteur  de  la 
célèbre  épitaphe  d'Autun  (').  Au  début  du 
petit  poème  Damasien  que  j'ai  déjà  cité,  le 
titre  de  «  Lumière  »  est  donné  à  Jésus- 
Christ  ('').  Prudence  s'adresse  au  Sauveur 
en  ces  termes  : 

«  Bon  maître,  créateur  de  l'étincelante 
«  lumière,  tu  nous  apprends  à  chercher 
«  le  soir  une  étincelle  en  heurtant  les 
«  pierres  oia  reposent  les  semences  du 
(i  feu;  afin  que  l'homme  sache  que  l'espoir 
«  de  la  lumière  est  pour  lui  caché  dans 
«  le  corps  solide  du  Christ,  qui  voulut 
«  être  appelé  la  pierre  inébranlable,  et 
«  qui  donne  naissance  à  tous  nos  petits 
«  feux  (3).  » 

Prudence  mélange  ici  deux  symboles. 
«  Jésus-Christ  est  la  pierre,  )y  peira  mitcin 
erat  Christîis,  a  dit  saint  Paul  {■*)  et  répète 
après  lui  saint  Damase  (=)  ;  mais  au  lieu 
que  de  cette  pierre  le  poète  fasse  couler 
sous  la  versfe  de  Moïse  l'eau  symbole  de  la 
vie  divine,  sujet  si    souvent   représenté  par 


1.  ET  EYAOI  MHTHP  CE  AITAZOVIVI,  <l>i2cT0 
f-).\j\ONTÛN.  Corp.  inscr.  grac.,ïV, gSgo;  Edm.Le  lîlant, 
liitcr.  chrét.  de  la  Gaule,  t.   I,  n°  4. 

2.  Migne,  Patrol.  Int.,  t.  XIII,  col.  39S. 

3.  Inventor  rutili,  dux  bone,  luminis 


Incussu  silicis  lumina  nos  tamen 
Monstras  saxigeno  semine  qu.'erere: 
Ne  nesciat  homo  speni  sibi  luminis 
In  CrlKlSTl  solido  corpore  conditam. 
Oui  dici  stabilem  se  voluit  petram, 
Nostris  igniculis  unde  genus  venit. 

Ciithcinerinon,  V,  1,7-12. 

4.  I  Cor.  X,  4. 

5.  Virga,  columna,  manus, /<•/;<»,  Filius  Emmanuelque. 
S.  Damase,  Carm.W. 


le  %pmôoïisme  chrétien  au  i\i'  0iècle,  li'après  les  poèmes  ne  Iprun 


tnce. 


le  premier  art  chrétien  (')  et  chanté  par 
Prudence  lui-même  ('),  ici  c'est  l'étincelle  de 
la  grâce,  c'est  la  lumière  même  du  Christ 
qu'il  en  suscite.  Par  cette  hardie  coiupéné- 
tration  de  deux  symboles,  il  semble  que 
Prudence  ait  eu  la  pensée  de  mettre  le 
dogme  chrétien  en  regard  des  superstitions 
mithriaques,  si  puissantes  encore  à  l'époque 
où  il  écrit  (3),  et,  aux  images  du  dieu 
persan,  que  ses  statues  représentent  quel- 
quefois jaillissant  de  la  pierre  mère, 
petra  genitrix,  comme  l'étincelle  jaillit 
du  silex  (■•),  ait  opposé  le  symbole  victo- 
rieux du  Christ,  la  pierre  inébranlable  sur 
laquelle  est  fondée  l'Eglise  et  d'où  émane 
la  vraie  lumière. 

Jésus-Christ  n'a  pas  seulement  dit  de 
lui-même  :  «  Je  suis  la  lumière  ;  »  il  a  ajouté  : 
«  Je  suis  le  Bon  Pasteur  (^).  »  L'antiquité 
chrétienne  aimait  à  se  le  représenter  sous 
cette  naïve  et  touchante  figure.  Dans  les 
peintures  des  catacombes,  sur  les  sarco- 
phages, sur  les  lampes,  dans  les  rares  sta- 
tues des  premiers  siècles  (°),  le  Bon  Pasteur 
apparaît  doux,  mélancolique,  presque  tou- 
jours jeune  et  gracieux  ;  sur  ses  épaules  il 
rapporte  la  brebis  errante,  quelquefois 
même  le  bouc  impur,  et  souvent  les  brebis 

1.  Vingt-deux  fois  dans  les  peintures  des  catacombes 
romaines,  du  II'-'  au  V'^  siècle  ;  vingt  et  une  fois  sur  les 
sarcophages  du  musi^e  de  Latran  ;  très  fréquemment  sur 
les  verres  à  figures  dorées. 

2.  Cathemerinon,  V,  89-92  ;  Psycliomachia,  371-373. 

3.  Beugnot,  Histoire  de  la  destruction  du  pagmiisme  en 
Occident,  t.  I,  p.  155-161,  272-273,  334,  336,  373-375- 

4.  S.  Justin,  Apo/.,  I,  66  ;  Dialoi;.  cuni  Tryph.,  70.  Cf. 
la  statuette  de  la  caverne  mithriaque  découverte  sous  la 
basilique  de  St-Clémcnt  de  Rome.  Elle  a  été  reproduite 
par  M.  Roller,  dans  la  RcTue  arc/u'ol.,  t.  X.XIV(  1872),  p.  71. 

5.  S.  Jean,  x,  1-17. 

6.  Cinq  statues  du  Bon  Pasteur  à  Rome,  une  à  Constan- 
tinople,  une  à  Séville,  une  au  musée  de  Patissia  ;  Bii/l. 
di  archcol.  crist.,  1869,  p.  47  ;  1870,  p.  150  ;  Kev.  arc/u'ol., 
t.  .X.X.XII  (1876),  p.  297.  Eusèbe  parle  yDe  vita  Constan- 
tini,  m,  49J  d'une  statue  du  Bon  Pasteur  en  bronze  doré, 
érigée  à  Constantinople.  Quant  aux  représentations  du 
Bon  Pasteur  dans  les  peintures,  les  bas  reliefs,  etc.,  je 
n'essaie  pas  de  les  énumérer  :  elles  sont  innombrables. 


fidèles  se  pressent  autour  de  lui,  car  «  il  les 
connaît  et  elles  le  connaissent  (').  »  La 
poésie  ne  pouvait  oublier  cette  belle  image. 
Prudence  a  chanté  en  vers  charmants  le 
Bon  Pasteur  allant,  à  travers  l'épaisse  forêt, 
rechercher  la  brebis  fugitive,  dont  la  toison 
s'est  accrochée  aux  ronces  du  chemin  :  il  la 
rapporte  à  la  bergerie  ensoleillée,  aux 
vertes  prairies,  aux  bois  de  palmiers  et  de 
lauriers  (^).  Sur  une  lampe  chrétienne  trou- 
vée dans  les  ruines  d'Ostie,  la  bersferie 
dont  parle  Prudence  est  représentée  par 
une  petite  hutte,  dans  laquelle  entre  une 
des  brebis,  tandis  que  le  Pasteur  en  porte 
une  autre  sur  ses  épaules,  et  qu'une  troi- 
sième s'approche  de  lui  (^).  Les  poètes 
chrétiens  du  V^  et  du  Vie  siècle  ont,  après 
Prudence,  célébré  Jésus-Christ  sous  la 
même  figure.  «  Que  le  sentier  de  la  vie,  dit 
Sedulius,  me  conduise  dans  l'enceinte  où, 
sous  la  conduite  du  blanc  agneau,  fils  de  la 
brebis  vierge,  le  candide  troupeau  entre 
tout  entier  {*).  »  Fortunat  montre  le  Pas- 
teur rappelant  ses  brebis  de  peur  des  loups, 

1.  S.  Jean,  X,   15. 

2.  Ille  ovem  morbo  résident  gregique 
Perditam  sano  maie  dissipantem 
Vellus  adfixis  vepribus  per  hirtœ 

Uevia  sylvie, 

Impiger  pastor  revocat  lupisque 
Gestat  exclusis  liumeros  gravatus, 
Inde  purgatam  revehens  aprico 
Reddit  ovili  : 

Reddit  et  pratis  viridique  campo. 
Vibrât  impexis  ubi  nulla  lappis 
Spina,  necgermen  sudibus  perarniat 
Carduus  horrena  : 

Sedfrequenspalmis  nemus  et  retiexa 
Vernat  herbarum  coma,  tum  perennis 
Gurgitem  vivis  vitreum  fluentis 
Laurus  obumbrat. 

Cathemerinon,  vui,  33-4S. 

3.  Bull,  di  archcol.  crist.,  1870,  pi.  I. 

4 Sémite  vit;e 

Ad  caulas  me  ruris  agat,  qua  servat  am(unum 
Pastor  ovile  bonus,  qua  vellere  pni.'vius  albo 
Virginis  agnus  ovis,  grexque   omnis  candidus  intrat. 
Sedulius,  Carmen  pasc/iale,  I,  Invocatio 


lO 


IRcu uc    Qc    rart    cbrcticn. 


et  celles-ci  qui,  «  reconnaissant  sa  voix,  ac- 
courent pleines  d'amour  auprès  de  lui  (').  » 

IV. 

PRUDENCE  nous  fait  connaître  trois 
autres  symboles  du  Christ  :  l'agneau, 
la  colombe,  le  coq. 

Célébrant  dans  une  des  plus  belles 
hymnes  du  Cathemci-inon  la  réconcilia- 
tion universelle  qui  devait  suivre  la  nais- 
sance du  Christ,  et  se  souvenant  à  la  fois 
d'Isaïe  et  de  Virgile,  le  poète  chrétien 
s'écrie  : 

«  L'agneau,  ô  miracle  !  commande  aux 
«  lions,  et,  tombée  du  ciel,  la  colombe  pour- 
«  suit  à  travers  les  nuages  et  les  vents  les 
<3;  aigles  féroces.  Vous  êtes  pour  moi,  ô 
«  Christ,  la  puissante  colombe  à  laquelle 
«  cède  l'oiseau  gorgé  de  sang,  l'agneau 
«  d'une  blancheur  de  neige  qui  défend  du 
«  loup  la  bergerie  et  soumet  le  tigre  à  son 

«  joug  (0-  » 

Je  n'ai  pas  besoin  de  rappeler  ici  les  nom- 
breux textes  de  l'Ancien  et  du  Nouveau 
Testament  désignant  le  Sauveur  du  monde 
par  le  symbole  de  l'agneau,  et  célébrant 
ainsi  dans  une  même  image  son  sacrifice  et 
sa  douceur  (^).  Depuis  les  plus  anciennes 
peintures  des  catacombes  jusqu'aux  mosaï- 
ques du  moyen  âge,  l'agneau  apparaît  dans 
tous  les  monuments  de  l'art   religieux,  tan- 

1.  Fortunat,  0pp.,  I,  U,  13. 

2.  Agnus  enim  vice  mirifica 
Ecce  leonibus  imperitat, 
Exagitansque  truces  aquilas 
Per  vaga  nubila  perque  notos 
Sidère  lapsa  columba  fugat. 

Tu  mihi,  Christe,  columba  potens, 
Sanguine  pnsta  cui  cedit  avis, 
Tu  niveus  per  ovile  tuum 
Agnus  hiare  lupum  prohibes 
Sub  juga  tigridis  ora  premens. 

Cathemerinon,  III,  1 6 1 - 1 70. 

3.  Gen.,    IV,  4;  EXOD.,    xu,  3  ;  XXIX,   36  ;  Jcrémie, 
ni,  7  ;  S.  Jean,  l,  29  ;  IPctri,  l,  19  ;  Apocal.,  XII,  8. 


tôt  soutenant  la  houlette  pastorale  et  le  vase 
de  lait,  symbole  de  l'eucharistie,  tantôt  de- 
bout sur  un  tertre  d'où  s'échappent  quatre 
fleuves,  symboles  des  quatre  évangélistes, 
tantôt  portant  le  nimbe  et  la  croix,  tantôt 
couché  sur  cette  croix,  une  fois  même,  dans 
un  bas  relief  du  IV^  siècle,  frappant  le  ro- 
cher avec  la  verge  de  Moïse,  recevant  de 
Dieu  les  tables  de  la  Loi,  ressuscitant  Lazare 
et  multipliant  les  pains  (').  De  même  que 
l'agneau,  la  colombe  est  un  des  symboles 
les  plus  fréquemment  employés  par  l'art 
chrétien,  et  depuis  les  peintures  de  la  crypte 
de  Lucine,  datant  de  la  fin  du  I^i^  siècle  ou 
du  commencement  du  II ^  jusqu'aux  mo- 
saïques de  la  basilique  de  Saint-Clément, 
qui  appartiennent  au  XI 11^  siècle,  on  la 
retrouve  sur  toute  espèce  de  monuments. 
Mais  elle  y  représente  le  plus  souvent  soit 
le  Saint-Esprit,  soit  l'âme  chrétienne  ;  rare- 
ment elle  est  prise,  conune  dans  les  vers 
de  Prudence,  pour  un  symbole  du  Christ. 
Cependant  Martigny  cite  d'après  Cavedoni 
l'image,  moulée  sur  une  lampe,  d'une 
colombe  dont  la  tête  est  surmontée 
d'une  croix  et  qui  porte  dans  son  bec  un 
rameau  d'olivier:  «  Il  n'est  pas  douteux, 
écrit  le  savant  archéologue,  que,  se  pré- 
sentant avec  ce  double  attribut  de  la  croix 
et  de  l'olivier,  cette  colombe  ne  soit  ici 
le  symbole  de  Jksus-Ciikist,  de  qui 
saint  Paul  a  dit  (Co/oss.,  i,  20)  qu'il 
pacifie  par  le  sang  de  sa  croix  la  terre  et 
les  cieux  (").  » 

Prudence  a  encore  comparé  Notre-Sei- 
gneur  au  coq  matinal.  Son  cri  arrache  les 
hommes  au  sommeil  ;  il  a  réveillé  la  cons- 
cience endormie  de  saint  Pierre  :  c'est 
l'image  du  Souverain  Juge,  devant  lequel 
tous  comparaîtront  au  sortir  du  sommeil  de 
la  mort.  €  L'oiseau  messager  du  jour  chante 


1.  Martigny,  Die/.,  art.  Agneau,  p.  26-29. 

2.  Martigny,  art.  Colombe,  p.  187. 


iLc  %)pmtJOli.smc  cbrctien  au  iw  siècle.  D'après  les  poèmes  Oe  PruDence.    1 1 


«  la  lumière  prochaine  ;  déjà  le  Christ  qui 
«  réveille  les  âmes  nous  rappelle  à  la  vie... 
«  Cette  voix  que  font  entendre  les  oiseaux, 
«  debout  sur  le  toit  de  la  maison,  un  peu 
«  avant  le  lever  du  soleil,  est  une  figure  de 
«  notre  Juge  (').  »  Le  coq  est  souvent 
oravé  sur  les  marbres  chrétiens,  soit  à  côté 
de  Pierre,  soit  seul  (-).  «  Le  chant  du  coq, 
«  dit  encore  Prudence,  est  le  signe  de 
«  l'espérance  promise,  par  laquelle,  délivrés 
«  du  sommeil,  nous  attendons  la  venue 
«  de  Dieu  {'^).  »  Résurrection,  envisagée 
comme  un  sujet  de  crainte,  car  nous 
serons  jugés,  —  d'espoir,  car  notre  Juge 
est  en  même  temps  notre  Sauveur,  — 
tel  est  le  sens  de  ce  symbole.  Mais  la 
résurrection  se  fera  par  la  puissance  du 
Christ;  c'est  lui,  «  premier  né  d'entre  les 
morts,  »  qui  nous  tirera  du  tombeau,  et 
voilà  pourquoi  le  coq,  emblème  de  la  résur- 
rection, est  en  même  temps  l'emblème  de 
celui  qui  nous  ressuscitera.  Sur  une  gemme 
publiée  par  Perret,  au-dessus  du  coq  posé 
sur  un  rameau  est  gravé  le  monogramme 
du  Christ  (■•). 

Un  dernier  symbole  du  Christ  est 
donné  par  Prudence.  «  Je  suis  A  et  Û,  le 
«  premier  et  le  dernier,  le  commencement 

I.  Aies  diei  nuntius 

Lucem  propinquam  prajcinit  : 
Nos  excitator  mentium 
Jam  Christus  ad  vitam  vocat. 


Vo\  ista  qua  strepunt  aves, 
Stantes  sub  ipso  culmine, 
Paulo  antequam  lux  emicet, 
Nostri  figura  est  Judicis. 

Cathejuerinon,  I,  1-4,  13-16. 

2.  Aringhi,  Roma  siib/erranca,  t.  I,  pp.  297,  319,  613  ; 
t.  II,  p.  399;  Martigny,  Die/.,  art.  Coq,  p.  205  ;  art.  Renie- 
ment de  S.  Pierre,  p.  696  ;  RoUer,  Catacombes  de  Rome, 
pi.  VIII,  LXXXI,  2,  3;  LXXXII,  1,2;    LXXXVII,  4. 

3.  Hoc  esse  signum  prœscii 
Norunt  repromissit  spei, 
Qua  nos  soporis  liberi 
Speramus  adventum  Uei. 

Calheinerinon  I,  45-48. 

4.  Perret,  Catacombes  de  Rome,  t.  IV,  pi.  XVI,  29. 


«  et  la  fin,  »  dit  Jésus  à  saint  Jean  dans  la 
vision  finale  de  l'Apocalypse  (').  Les  Pères 
de  l'Église  ont  commenté  ce  mystérieux 
symbole  du  Verbe  fait  homme  (").  L'art 
chrétien  l'a  reproduit  sur  toute  espèce  de 
monuments,  pierres  tombales,  peintures, 
mosaïques,  monnaies  {^).  Prudence  à  son 
tour  l'a  chanté  dans  cette  belle  prière  au 
Christ  qu'il  \n'(\X.\A(t  Hynnims  omiiis  /ions  : 
«  Né  du  cœur  du  Père,  avant  le  commen- 
«  cernent  du  monde,  appelé  A  et  O,  il  est  la 
«  source  et  le  terme  de  tout  ce  qui  est,  fut 
«  et  sera  (*).  »  Prudence  a  peut-être  pris  un 
plaisir  particulier  à  célébrer  dans  ses  vers 
ce  symbole  sacré.  En  efiet,  bien  qu'on  en 
puisse  trouver  des  exemples  antérieurs  au 
I  Ve  siècle,  il  semble  avoir  été  choisi  comme 
un  signe  de  ralliement  pour  les  orthodoxes 
dans  les  pays  infestés  par  l'hérésie  arienne. 
Prudence  était  Espagnol,  et  l'Espagne  est 
un  des  pays  où  l'arianisme  s'est  maintenu  le 
plus  longtemps.  Kraus  fait  remarquer  que 
sur  288  inscriptions  chrétiennes  d'Espao-ne 
recueillies  par  Hubner,  43  sont  accom- 
pagnées de  l'A  et  de  l'û,  tandis  qu'en  Angle- 
terre, pays  qui  ne  connut  pas  l'arianisme, 
sur  229  inscriptions  5  seulement  présentent 
ce  symbole  (=).  Prudence,  ardent  champion 

1.  Apoc,  XXII,  13.  Cf.  XXI,  6. 

2.  Voir  les  te.xtes  dans  Kraus,  Real  Encyckl.  de> 
Christl.  Alterth.,  art.  Au,  p.  60,  61. 

3.  Martigny,  Dict.,  art,  Aii,  p-  50,  51;  Smith,  Dictio- 
nary  of  Christian  antiguities,  p.  i  ;  Kraus,  Real  En- 
cyckl., p.  60-62. 

4.  Corde  natus  ex  Parentis,  ante  mundi  exordium, 
Alplia  et  <2  cognoniinatus,  ipse  fons  et   clausula 
Omnium  quas  sunt,  fuerunt,  quaeque  post  futura  sunt. 

Cathemerinon,  ix,  10-12. 
5.  Kraus,  p.  6r.  —  Je  dois  dire  cependant  que  M.  Edm. 
Le  Blant  refuse  de  voir  dans  la  présence  de  l'A  et 
de  \W  sur  les  marbres  d'Espagne  un  signe  d'orthodoxie  : 
il  rappelle  que  les  monnaies  de  Constance,  l'un  des  fauteurs 
de  l'arianisme,  portent  ce  symbole.  Journal  des  savants, 
juin  1S73,  p.  360.  —  Contra  :  Ramurez,  dans  Burchard, 
Epis/.  a<l  Ciampin.  ;  Flores,  Espagna  Sajp-ada,  t.  XI 11, 
p.  169  ;  Millin,  Voyage  dans  le  midi  de  la  France,  t.  111, 
p.    167. 


12 


IRctJue   De   part  cïjtctien. 


de  la  divinité  du  Christ,  à  la  défense  de 
laquelle  il  a  consacré  tout  son  poème  de 
XApotheosis,  dut  inscrire  avec  enthousiasme 
dans  ses  vers  ces  lettres  sacrées,  que  beau- 
coup de  ses  compatriotes  ordonnaient  de 


graver  sur  leurs  tombes  en  témoignage  de 
la  pureté  de  leur  foi. 

Paul  Allard.     • 
(A  suivre.) 


j  «4»  •4'  •^^  •!?  «vt?  •$»  fi"  «1^  ij»  ''^■'  «4»  "î"  »>^'>  "J"  ^^  fi"  "^J^"  ^''  ^'i  '^^''  "^^  "J"  «v^^  »>|.''  "!:'  rj."  "I*  «i"  •$»  »$'>  •$»  'i"  '«1'*  "î"  »$'  «i"  «i"  5 


î^^liZîlîTîliiEiZi^ 


,jr.,jiTiJ«-: 


:^^!itirit^::^::iii; 


tiiiilîZ^ 


Hnciens  iboires  sculptés,  s^ïs^i 


îit  ;  ^  :■  it.' :^^t;î^j;^_î^  ^^  :,;^i^^ 


fTTi  -fTr  '♦Tr'  '♦tT'  'tTr  'TTr  -rrr  'tTt'  -TTr  'fT*'  '♦T*'  'TTT'  '•T*'  '♦IT'  '*ÎT'  ''Ï*'  'TEt'  ■'T^  'TTr  ''T^'iTr  '•T*'  'TT^  'Wr  'TT' 

Jlc  triptyque  f)p?antin  De  la  collection 
BarfaauiUe,  à  Hrras. 


I. 

A  spécialité  de  monuments,  ob- 
jectif de  ce  travail,  est,  selon 
toute  probabilité,  une  invention 
byzantine.  Les  plus  anciens 
exemplaires  d'icônes  triples  à 
volets  mobiles,  triptyques, ou  mieux  (a'^'7'f//^j'- 
l'ides  (qui  a  l'aspect  des  portes  saintes 
=  it'/coç,  Sûpa,  ûdo;,)  sculptées  en  ivoire, appar- 
tiennent à  l'art  grec  médiéval.  Les  Latins, 
qui  connurent  d'abord  les  diptyques,  puis 
les  tableaux  à  compartiments  juxtaposés, 
adoptèrent  assez  tard  une  innovation  due  au 
génie  oriental.  On  rencontre  fréquemment 
des  portions  de  triptyques  byzantins,  soit 
isolées,  soit  employées  à  la  reliure  des 
manuscrits  ;  d'habiles  truqueurs  —  il  y  en 
a  toujours  eu,  et  il  y  en  aura  jusqu'à  la 
consommation  des  siècles  —  ont  même 
reconstruit  des  agiothyrides  au  moyen  de 
débris  hétérogènes  ;  mais  il  est  rare  de 
trouver  un  échantillon  intact,  tel  qu'il  sortit 
de  l'atelier  :  ces  pièces-là,  on  les  cite. 

J'avais  eu  depuis  longtemps  l'heureuse 
chance  de  pouvoir  étudier  à  mon  aise  le 
splendide  et  très  authentique  morceau  dont 
la  reproduction  phototypée  est  ci-jointe. 
Acquis,  vers  les  premières  années  du  siècle 
courant,  par  un  amateur  éclairé  d'Arras, 
M.  de  Beugny  de  Pommeras,  notre  ivoire, 
à  la  mort  de  celui-ci,  passa  dans  le  cabinet 
de  M.  Harbaville  ('),  l'un   de  ses  gendres  : 

1.  M.  Harbaville,  décédé  en  1866,  fut  l'un  des  membres 
les  plus  érudits  de  l'Académie  d'Arras  et  le  président  à 
vie  de  la  Commission  des  monuments  du  Pas-de-Calais. 


les  héritiers  de  M.  Harbaville  possèdent 
aujourd'hui  l'objet,  et,  insensibles  aux  offres 
les  plus  brillantes,  ils  ne  se  montrent  nulle- 
ment disposés  à  l'aliéner. 

Peu  de  connaisseurs,  disons-le  en  passant, 
ont  joui  du  privilège  dont  on  m'a  si  géné- 
reusement gratifié.  Hormis  Didron  aîné  et 
M.  Victor  Gay,  aucun  savant  étranger  à  la 
ville  d'Arras  n'a,  que  je  sache,  obtenu  l'accès 
d'un  trésor  caché  sous  le  boisseau, et  n'a  été 
mis  à  même  d'en  apprécier  la  haute  valeur  ; 
en  conséquence, la  présente  notice,  texte  et 
planches, peut-elle,sans  trop  d'amour-propre, 
réclamer  de  justes  droits  à  la  nouveauté. 

Dès  1867,  un  habile  praticien  d'Arras, 
M.  Charles  Desavary,  avait  photographié 
le  triptyque  à  mon  intention.  Les  clichés 
ayant  souffert  d'un  accident,  la  famille  Har- 
baville a  bien  voulu  m'autoriser  à  recom- 
mencer l'opération,  avec  les  procédés  actuels 
qui  donnent  une  image  plus  nette  et  facilitent 
la  besogne  mécanique  du  phototypeur  ('). 
Confiés  au  talent  éprouve  de  M.  E.  Aubry, 
de  Bruxelles,  les  nouveaux  clichés  ont 
produit  un  résultat,  sinon  parfait,  du  moins 
très  satisfaisant. 

Parmi  les  ouvrages  qu'il  a  publiés,  citons  en  première 
ligne  le  Mémorial  historique  et  archéologique.  Aujourd'hui, 
malgré  les  progrès  de  la  science  et  la  continuelle  décou- 
verte de  monuments  nouveaux,  aucun  auteur  ne  saurait 
aborder  l'Artois  sans  recourir  au  modeste  savant,  dont 
l'œuvre,  imprimée  en  1S42,  étonne  par  le  nombre  de  re- 
cherches qu'elle  a  nécessitées.  Ces  recherches,  alors  assez 
difficiles,  exigèrent  beaucoup  de  temps  et  de  patience. 

I.  Je  dois  des  remerciments  particuliers  à  MM.  Henri 
et  Rémi  Trannin,  petits-fils  de  M.  Harbaville  ;  tous  deux 
m'ont  prêté  un  concours  des  plus  efficaces.  Le  second  a 
mis  à  ma  disposition  son  expérience  de  photographe  ; 
l'aîné,  docteur  ès-scienccs  et  mon  collègue  à  l'Académie 
d'Arras,  m'a  fait  remarquer  certains  menus  détails  très 
importants  au  fond,  et  qui,  sans  lui,  m'auraient  peut-être 
échappé. 


1SS5.  —  1"^  Livraison. 


14 


iRetiuc   De    rart   cbrcticn. 


Dans  quelles  circonstances  un  précieux 
monument  byzantin  prit-il  la  route  del'ouest; 
comment  vint-il  échouer  obscurément  en 
Artois  ?  A  de  telles  questions  on  ne  saurait 
guère  répondre  que  par  des  hypothèses  ; 
il  eût  été  préférable  de  s'en  abstenir,  mais 
je  suis  obligé  d'émettre  ici  les  miennes,  car 
elles  aideraient  au  besoin  à  la  solution  d'un 
intéressant  problème. 

Trois  causes  motiveraient  le  transfert  de 
notre  ivoire  en  Occident  :  le  commerce  ;  le 
pillage  de  Constantinople,  en  1204,  par  les 
Croisés  ;  l'émigration  grecque,  à  la  suite  de 
la  conquête  turque,  en  1453. 

De  ces  causes,  il  faudra  d'abord  éliminer 
la  dernière  qui  ne  me  semble  pas  même 
discutable.  Les  émigrés  du  XV*^  siècle 
abordèrent  tous  en  Italie,  et  les  menus 
objets  emportés  dans  leur  fuite,  manuscrits, 
bijoux,  œuvres  d'art,  ne  sont  guère  sortis 
de  ce  pays  que  pour  enrichir  des  collections 
princières.  Alors  une  pièce  aussi  remar- 
quable que  le  triptyque  Harbaville  n'aurait 
pu  échapper  aux  investigations  de  Gori,  le 
plus  ardent  dénicheur  d'ivoires  sculptés  qui 
fût  jamais.  Le  savant  florentin  a  bien  su 
trouver,  chez  un  particulier  de  Todi,  une 
réplique,  très  postérieure  en  date  et  très 
inférieure  en  style,  de  la  merveille  qu'Arras 
abrite  aujourd'hui  (');  il  s'est  passionné  pour 
une  copie,  et  il  n'aurait  pas  découvert  le 
type  original  au  cas  où  cette  pièce  eût 
reposé  dans  les  régions  comprises  entre  les 
Alpes  et  la  Mer  Ionienne  ?  Une  telle  né- 
gligence serait  trop  invraisemblable  pour 
que  l'on  crût  à  sa  possibilité. 

La  provenance  commerciale  est  au  con- 
traire parfaitement  admissible.  Depuis  le 
VI 11"=  siècle  jusqu'à  la  catastrophe  inaugu- 
ratrice  du  XI II'^,  Constantinople,  trait 
d'union  qui  reliait  l'Europe  à  l'Asie,  alimenta 

I.  Voy.  Thésaurus  vet.  diptych.,  t.  III,  pi.  xxiv  et  xxv. 
Aujourd'hui  au  Musée  chrétien  du  Vatican. 


l'Occident  de  toutes  les  superfluités  du  luxe. 
Dans  les  magasins  du  Bosphore,  à  côté  des 
importations  hindoues,  persanes,  égyptien- 
nes, s'entassaient  les  produits  des  fabriques 
de  la  ville  impériale  ;  la  vogue  de  ces  der- 
niers était  si  grande,  qu'alors  l'article  By- 
zance  jouait  le  rôle  actuel  de  l'article  Paris. 
Les  tissus  historiés  ou  brodés,  l'orfèvrerie, 
la  joaillerie,  la  glyptique,  les  émaux,  les 
ivoires,  étaient  les  spécialités  attractives  de 
l'industrie  byzantine.  A  l'instar  de  Dieppe, 
Constantinople  avait  ses  ateliers  de  tailleurs 
d'images  en  ivoire  (èXî^ayrojpyô;),  où  des 
élèves  plus  ou  moins  habiles  reproduisaient 
à  nombreux  exemplaires,  soit  une  copie 
exacte,  soit  une  variante  des  compositions 
du  maître.  L'ofticine  de  l'ivoirier  byzantin 
étalait  aux  yeux  du  client  des  diptyques, 
des  agiothyrides,  des  cassettes,  et  aussi  des 
panneaux  isolés  à  sujets  religieux,  que  l'on 
faisait  monter  à  sa  fantaisie,  et  que  l'on 
appliqua  souvent  à  la  couverture  des  manus- 
crits. Nous  savons  qu'Halitgaire,  évêque 
de  Cambrai,  ambassadeur,  en  828,  de  Louis 
le  Débonnaire  auprès  de  Michel  le  Bègue, 
rapporta  de  sa  mission  des  panneaux  en 
ivoire  destinés  à  servir  de  reliure  ('). 

Les  épisodes  du  sac  de  1 204  doivent 
également  se  prendre  en  sérieuse  considé- 
ration. Au  milieu  de  féroces  sauvages,  dont 
l'ineptie  et  la  brutalité  dépassaient  de  fort 
loin  tout  ce  que  nos  guerres  modernes  — 
en  Chine  et  ailleurs  —  offrent  de  plus 
odieux,  émergèrent  çà  et  là  des  hommes 
intelligents,  qui  parvinrent  à  soustraire  aux 
rapaces  conquérants  beaucoup  de  reliques 
importantes  et  divers  objets  de  haute  valeur 
artistique.    L'histoire  a  enregistré  les  noms 

I.  Le  Glay,  Caincraciiin  christ.,  p.  14.  Unde  ipse  multa 
et  preciosa  sanctorum  pignora,  sancti  videlicet  protomar- 
tyris  Stcpliani,  CosiTi;c,  Anthimi  Niconiediensis  episcopi 
et  Theodori  martyris,  qu;»;  in  ecclesia  B.  Mariiu  continen- 
tur  adhuc  asportavit,  necnon  et  tabulas  eburneas,  quibus 
libri  cooperti  ibidem  esse  spectantur.  Baldéric,  Chron. 
Camer.  et  Atreb.  1.  I,  c.  40. 


anciens   iijoircs   sculptes. 


15 


de  quelques  sauveteurs  et  dressé  la  liste 
d'une  certaine  quantité  d'épaves  (')  ;  plu- 
sieurs existent  encore  qui  ont  été  signalées, 
mais  il  en  reste  assurément  d'autres  non 
déterminées  jusqu'à  présent  :  pourquoi  le 
triptyque  Harbaville  ne  serait-il  pas  rangé 
parmi  ces  dernières  ? 

En  définitive,  la  sonmie  intégrale  des 
objets  de  piété  byzantins,  que  les  acquisi- 
tions pacifiques  ou  les  violences  belliqueuses 
amenèrent  dans  nos  régions  occidentales, 
échut  aux  églises  et  aux  établissements 
monastiques;  on  ne  saurait  ailleurs  en  suivre 
la  piste. 

Ce  fait  essentiel  admis,  le  sort  ultérieur 
de  notre  ivoire  devient  facile  à  établir. 
Lorsque,  à  la  fin  du  XVII I^  siècle,  la 
France  et  la  Belgique  virent  décréter  la 
confiscation  des  propriétés  ecclésiastiques, 
maintes  œuvres  d'art,  de  faibles  dimensions,, 
ou  que  leur  matière  ne  condamnait  pas  trop 
directement  au  creuset,  furent  adjugées  à 
vil  prix,  sinon  emportées  comme  souvenirs 
par  leurs  légitimes  propriétaires,  chanoines 
ou  religieux  expulsés.  Les  adjudicataires 
étaient  pour  la  plupart  des  spéculateurs; 
quant  aux  membres  du  clergé,  le  butin,  que 
la  nécessité  ne  les  obligea  pas  d'aliéner  eux- 
mêmes,  se  vendit  généralement  ensuite 
après  leur  décès  (''). 

J'ai  intentionnellement  groupé  une  série 
de  détails,  oiseux  en   apparence,   utiles  en 

1.  Voy.  Ernst  aus'm  Weerth,  Das  Sieges/c;  le  comte 
Riant,  Exiiviœ  Const.;  l'abbd  Lalore,  Le  trésor  de  Clair- 
vaux  j  Origines  de  Vorfevr.  cloisonnée,  t.  I,  p.  342;  Ex- 
posa, rétrosp.  en  iSSo,  p.  88  ;  etc.  etc. 

2.  Les  exemples  sont  trop  nombreux  pour  que  je  m'ar- 
rête à  en  signaler.  La  grande  majorité  des  objets  d'art 
médiéval,  que  possèdent  les  collections  publiques  ou  pri- 
vées, n'a  pas  d'autre  origine  que  les  diverses  formes  de 
spoliation  révolutionnaire.  —  Conjointement  avec  les  bro- 
canteurs et  les  religieux,  quelques  personnes  pieuses  con- 
coururent au  sauvetage;  quand  le  culte  catholique  fut  ofli- 
ciellcment  rétabli,  elles  remirent  leurs  picces,  soustraites 
ou  acquises,  soit  aux  curés,  soit  à  l'évêque  diocésain.  Ces 
restitutions  ne  touchent  aucunement  à  notre  triptyque. 


réalité  parce  qu'ils  amènent  une  conclusion. 
N'importe  la  position  sociale  de  la  personne 
qui  céda  le  triptyque  à  M.  de  Pommeras,  il 
me  semble  hors  de  doute  que  ce  morceau, 
avant  de  tomber  au.x  mains  du  dernier 
vendeur,  séjourna  longuement  dans  un 
trésor  d'église.  Or,  il  serait  contraire  à  tous 
les  usages  du  temps  jadis  qu'un  pareil  chef- 
d'œuvre  eût  été  omis  sur  les  anciens  inven- 
taires, documents  d'intérêt  capital,  dont  une 
partie  est  publiée,  mais  dont  beaucoup 
attendent  encore  leur  mise  en  lumière  :  le 
cas  actuel  renvoie  au.x  textes  inédits. 

Suivant  une  probabilité  bien  voisine  de 
la  certitude,  notre  monument  n'a  jamais  vu 
l'Italie.  A  l'aube  du  XIX^  siècle,  les  bro- 
canteurs parisiens  avaient  trop  à  faire  chez 
eux  pour  exploiter  la  province.  L'Angleterre 
et  l'Allemagne  sont  essentiellement  conser- 
vatrices.  Où  donc  trouver  ailleurs  qu'en 
Belgique  et  dans  la  France  septentrionale, 
si  riches  et  si  effrontément  dépouillées, 
l'asile,  peut-être  obscur  ('),  qui  abrita  le 
triptyque  jusqu'à  la  Révolution  ?  La  localité 
où  M.  de  Pommeras  rencontra  son  ivoire, 
localité  sans  doute  peu  éloignée  d'Arras,  à 
supposer  qu'elle  ne  fût  pas  Arras  même, 
plaiderait  déjà  en  faveur  d'une  réponse 
affirmative. 

D'après  mon  sentiment  personnel,  émis 
avec  toutes  les  réserves  qu'exige  une  simple 
hypothèse,  le  cercle  des  recherches  pro- 
posées à  la  science  s'étendrait,  dans  sa  plus 
large  expansion,  de  l'Authie  à  la  Meuse. 
Je  crois  néanmoins  qu'on  pourrait  le  res- 
treindre davantage  et  ne  pas  pousser  l'ex- 
ploration au  delà  de  la  Flandre  française, 
du  Hainaut,  de  l'Artois  et  du  Ponthieu. 
Maintenant    qu'une  fidèle  image  de  l'objet 

I.  Il  est  parfaitement  certain  que  cet  asile  a  échappé 
aux  investigations  des  Jésuites,  des  Bénédictins  et  aussi 
de  Gori,  qui  pourtant  s'était  mis  en  relations  avec  toute 
l'Europe  savante. 


i6 


iRctiuc  oc   rart   cbrcticn 


est  soumise  aux  érudits,  il  sera  facile  à 
reconnaître  derrière  la  plus  laconique  men- 
tion ('). 

II. 

DU  terrain  conjectural,  si  attrayant  à 
cultiver  mais  si  fréquemment  stérile, 
passons  au  domaine  positif;  il  est  vaste, 
curieux  et  assez  intelligible  pour  que  nous 
y  obtenions  quelques  succès. 

Rectangle  formé  de  trois  panneaux  dis- 
tincts, historiés  au  droit  et  au  revers,  notre 
triptyque  ouvert  offre  un  développement  de 
of"282.  Le  panneau  central,  accru  de  deux 
plinthes  rapportées,  mesure  o'"242  de  haut 
sur  0^142  de  large.  Dimensions  des  volets  : 
H.  o'"2i7  ;  L.  o™07o.  Au  Hanc  externe  du 
volet  gauche  est  ménagé  un  étroit  batte- 
ment destiné  à  recouvrir  la  solution  de  con- 
tinuité lorsqu'on  ferme  le  meuble.  Ce  batte- 
ment est  alors  maintenu  par  un  taquet 
(biguet,  tourniquet)  d'argent  ciselé,  pro- 
tomes de  lion  et  de  chien  adossés,  fixé  à  la 
plinthe  inférieure.  Quatre  charnières,  aussi 
d  argent,  encastrées, sans  rivets  appréciables, 
dans  la  tranche  des  panneaux,  réunissent 
les  éléments  du  système  et  permettent  de 
les  replier  à  volonté.  Deux  petits  pitons  du 
même  métal,  à  têtes  polyédriques  que  tra- 
verse un  cordon  de  suspension,  sont  fichés 
aux  extrémités  de  la  plinthe  supérieure.  La 
contemporanéité  du  travail  de  sculpture  et 
des  accessoires  métalliques  étant  certaine, 
il  en  résulte  que  l'objet  fut,  dès  son  origine, 
accroché  contre  une  muraille  et  qu'il  n'eut 
jamais  d'autre  destination. 

Un  bandeau  horizontal  divise  en  deux 
registres  la  face  du  panneau  central.  En 
haut  apparaît  le  Christ  assis,    barbu,  che- 

I.  Dans  sapins  simple  expression, l'article  del'inven- 
taire  pourrait  être  formulé  ainsi:  «  Un  petit  tableau  d'ivoire 
avec  les  images  du  Sauveur  et  des  saints  et  des  inscrip- 
tions grecques.  —  Tabula  eburiicaparTa  eu  m  imaginibiis 
Salvatoris  et  sanetoruin  et  littcris  grœcis.  » 


velure  retombant  sur  les  épaules;  sa  tête  est 
ceinte  d'un  nimbe  crucifère  orlé  de  perles; 
il  a  pour  vêtements  une  longue  robe  et  le 
palliiDit  :  des  solece  à  courroies  chaussent 
ses  pieds.  De  la  main  droite  le  Sauveur 
bénit  à  la  manière  grecque;  la  gauche  sou- 
tient un  codex  richement  relié  et  muni  de 
fermoirs.  La  figure  repose  sur  une  cathedra 
magnifique:  dossier  arrondi; montants  droits, 
cylindriques,  annelés,  ornés  de  rais  de 
cœur  disposés  en  étages,  avec  des  bouquets 
pour  amortissement;  coussin  brodé;  élégant 
scabellîiiu  (ûttotto'Iiov)  décoré  d'une  arcature  à 
colonnettes  géminées.  Au-dessus  des  épau- 
les, les  sigles  IC  XC;  à  là  hauteur  de  la  tête, 
deux  bustes  d'anges,  tenant  des  disques, 
émergent  de  médaillons  circulaires,  encadrés 
d'un  bourrelet  chargé  d'étoiles  gravées. 

Deux  personnages  debout,  légèrement 
inclinés,  mains  ouvertes  et  tendues  dans 
l'attitude  de  la  prière,  accostent  le  Christ. 
A  droite,saint  Jean- Baptiste,  0  A  1(1)  O  11P(5) 
APOMOC;  vestis  talai'is  ;  amictus  à  limbe 
rayé,  couvrant  le  dos  ;  soleœ.  A  gauche,  la 
Sainte  Vierge,  MP  0V.  Elle  porte  la  .y/^/rt;  une 
sorte  de  châle  frangé  voile  sa  tête,  enve- 
loppe sa  poitrine  et  ses  bras  pour  descendre 
ensuite  presque  jusqu'à  terre  (');  aux  pieds, 
des  calceoli.  Les  seabella  consistent  en  ta- 
blettes carrées,  tranche  garnie  d'un  filet  de 
perles. 

L'attribution  de  la  gauche  à  la  Vierge 
est  si  fréquente  sur  les  monuments  byzan- 
tins, quand  la  Mère  de  Dieu  y  figure  à  côté 
du  Christ,  en  face  du  Précurseur,  que  le 
moine  Denys,  rédacteur,  au  XV'=  siècle,  du 
Guide  de  la  peinture,  crut  devoir  prescrire 
comme   règle  absolue  cette  disposition  ico- 

I.  Il  y  a  là  une  réminiscence  de  l'antique.  A  Rome,  les 
deux  sexes  avaient  l'habitude  de  se  draper  ainsi,  particu- 
lièrement dans  les  cdrémonies  religieuses  ou  funèbres,  et 
lorsqu'ils  étaient  en  deuil.  \'oy.  Ricli.  Dict  des  untiq., 
p.  604  et  697,  fig.  :  Duru)-,  liist.  des  Romains,  nouv.  dd., 
t.  VI,  p.  106,  statue  de  Julia  Donina,  musée  du  Louvre. 


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anciens   iuoircs   sculptes. 


17 


nographique.  «Au  centre,  le  Pantocrator 
au  milieu  des  anges;  du  côté  de  l'orient  (à 
gauche),  la  Sainte  Vierge  les  mains  éten- 
dues: vis-à-vis  d'elle,  du  côté  de  l'ouest  (à 
droite),  le  Précurseur  (').  »  Mais  les  règles 
subissent  toujours  des  infractions;  de  nom- 
breux exemples,  antérieurs  à  Denys  ou 
même  ses  contemporains,  prouvent  qu'une 
grande  latitude  était  laissée  aux  artistes 
sur  le  chapitre  des  préséances  célestes. 
Les  œuvres  byzantines,  dont  suit  une  liste 
dressée  au  courant  de  la  plume,  montrent 
la  Vierge  à  droite  et  le  Précurseur  à  gauche: 
Mosaïque  du  porche,  à  l'église  de  Grotta 
Ferrata  ;  Evangéliaire  grec  de  l'abbaye  de 
Fiorenzuola  ;  hiérothèque  de  Cortone  :  pan- 
neau d'ivoire  au  musée  chrétien  du  V^atican; 
autre  panneau  d'ivoire, collection  de  M.  Du- 
rillon, à  Lyon;  ivoire  très  ancien  publié  par 
Paciaudi;  sculpture  en  marbre,  à  Saint-Marc 
de  Venise  ;  dalmatique  impériale.au  trésor  de 
Saint-Pierre  du  Vatican  ;  tableau  du  XII !« 
siècle,  jadis  à  l'abbaye  de  Sainte-Gene- 
viève de  Paris  ;  peinture  athonienne,  XIV^ 
ou  XVe  siècle,  musée  chrétien,  à  Rome  ; 
triptyque  et  tableau  russes  d'époques  assez 
récentes  (^).  En  voilà  plus  qu'il  ne  faut 
pour  s'assurer  que  la  règle  formulée  par  le 
Gîiide  de  la  pemture  n'était  pas  de  rigueur 
avant  la  rédaction  de  ce  livre,  et  que,  depuis 
lors,  on  s'est  au  besoin  permis  de  l'en- 
freindre. 

Le   registre  inférieur  comporte  cinq  per- 
sonnages debout;  tous  sont  barbus,  nimbés, 

1.  Didron,  Manuel  d'iconographie  chrét.,  p.  424. 

2.  Gaaelle  archéoL,  18S3,  pi.  Lvni,  p.  350;  Gori,  ouv. 
cit<^,t.  III,  pi.  XII,  n"  2,  XVIII  et  XI  ;  J.  B.  Giraud,  L'expos. 
r^lrosp.  de  Lyon  en  iSyy,  pi.  lll-iv,  fig.  4  ;  Paciaudi,  De 
ci/l/u  S.  Joannis  Bapt.  antiqnit.  christ.,  p.  181  et  l  ; 
Annales arclu'ol.,  1. 1,  pi.  à  la  p.  152;  Bayet,  L'art  byzant., 
fifî.  72,  p.  218;  Bock,  Kieinod.  des  heil.  rihn.  Reiches, 
pi.  XVIII  et  p.  107  ;  Acta  SS.  Mail,  t.  I,  pi.  à  la  p.  LXI; 
D'Agincourt,  Hist.  de  Fart,  t.  V,  pi.  XCI  ;  Ch.  Lenormant, 
Très,  de  mimism.  etdeglypt..  Bas-reliefs  et  ornem.  2''  part, 
pi.  III,  fig.  4;  Rez'.  atchéol.  1857;  Cahier,  Caractéris- 
tiques des  saints,  t.  I,  p.  33,  pi. 


chaussés  de  soleœ,  uniformément  vêtus,  à 
l'antique  mode  grecque,  de  la  robe  talaire 
(/l'rw  TToà'/io/;;)  et  du  pallium  {y.-jxzo/.r)  drapé 
d'une  manière  différente  pour  chaque  figure. 

Au  milieu,  saint  Pierre,  O  A  nGTPOC; 
chevelure  fournie,  barbe  taillée  en  rond.  A 
la  droite  du  Prince  des  Apôtres,  qui  est  im- 
médiatement placé  sous  le  Christ,  saint 
Jean  l'Évangéliste,  O  A  lûU  0  f-)GOAoruC, 
front  dégarni,  barbe  épaisse  et  pointue.  Puis 
vient  saint  Jacques  le  Majeur,  0  A  L\KÛDs 
frère  du  précédent,  front  couvert,  longue 
barbe.  A  gauche  de  saint  Pierre  apparaît 
saint  Paul,  O  A  IIAVAUC,  chauve,  longue 
barbe  bifide.  Enfin  saint  André,  O  A 
AAAPGAC,  chevelure  et  barbe  élégamment 
bouclées  (').  Saint  Pierre,  saint  Jacques 
et  saint  André  tiennent  le  volumen  ;  un 
riche  codex  est  l'attribut  de  saint  Jean  et 
de  saint  Paul,  fondateurs  de  la  théologie 
chrétienne.  Un  chapelet  (astragale)  court 
sur  la  tranche  des  scabella  ;  saint  Pierre 
a  un  marche-pied  spécial,  les  autres  n'en 
ont  qu'un  pour  deux. 

Un  cordon  de  trèfles,  alternativement 
disposés  en  sens  inverse,  prolonge  le  ban- 
deau médian;  un  motif  analogue,  mais  en 
feuilles  de  vigne,  terminé  et  interrompu  par 
trois  médaillons  circulaires,  décore  les  plin- 
thes extrêmes.  En  bas,  ces  médaillons  en- 
cadrent une  rose  quadrilobée;  en  haut,  des 
bustes  barbus  dont  les  noms  sont  inscrits 
sur  la  tranche  :  Jérémie,  iGpGmIn  Elie  O  A 
HAIAC,    Isaïe,  ICAIAC.  Saint  Élie    (')    cor- 

1.  Les  prescriptions  du  Guide  de  la  peinture  ne  sont 
pas  exactement  conformes  à  l'iconographie  du  triptyque: 
«  Saint  Pierre,  vieillard,  barbe  arrondie  :  saint  Jean,  vieil- 
lard chauve,  grande  barbe  peu  épaisse  ;  saint  Jacques, 
jeune,  barbe  naissante  ;  saint  Paul,  chauve,  barbe  jonci- 
forme  ;  saint  André,  vieillard,  cheveux  frisés,  barbe  bifide.» 
Manuel,  etc.,  p.  299  et  300.  Tous  nos  personnages  offrent 
les  caractères  de  l'âge  mûr;  aucun  n'a  le  type  véritable- 
ment sénile,  encore  moins  celui  de  la  jeunesse. 

2.  L'Eglise  grecque  place  au  20  juillet  la  fête  de  saint 
Élie  ;  on  devait  ce  jour-1^  s'abstenir  d'œuvres  serviles. 
Saint  Grégoire  de  Nazianze  mentionne  une  église  dédiée 


i8 


îReuiic    De    lart    chrétien. 


respond  au  Christ;  Jérémie,  au  Précurseur; 
Isaïe,  à  la  Vierge. 

Les  faces  des  volets  sont  partagées  en 
trois  registres  d'inégales  hauteurs;  celui  du 
milieu  n'est  en  réalité  qu'un  bandeau. 

Volet  droit,  registre  supérieur.  Deux 
saints  guerriers  debout,  nimbés, longue  barbe, 
cuirasse  imbriquée  (^-?>io^!«o'-'),  jaquette  mili- 
taire (campestre,  iT£,oii;«aa),chlamyde  rehaus- 
sée d'un  lattis  clavus  orlé  de  perles(ï"a°^'<'î')('), 
bottes  molles  {zaïicha,  z'^x-ffiy).  Ces  per- 
sonnages tiennent  la  hasta  d'une  main  ; 
de  l'autre,  ils  saisissent  le  fourreau  d'une 
spatJia,  av:y.%,  dont  la  curieuse  garde  est 
recourbée  en  demi-cercle,  les  terminaisons 
abaissées;  un  écusson  fleuronné  descend 
entre  les  quillons.  La  figure  la  plus  voisine 
du  Précurseur  représente  saint  Théodore  le 
Général,  0  A  0EOA(JDP'  O  CTPATHAAT  (y;)  C, 
martyrisé  sous  Licinius.  Ses  restes  furent 
transportés  à  Euchaïs,  ville  du  Pont  où  il 
était  né,  aussi  le  nomme-t-on  encore  Eti- 
chaïti.  Les  Grecs  l'honorent  le  8  février  et 
le  8  juin;  les   Latins,    le   7  février  {^).    Le 

au  prophète  de  Thesbé  ;  une  autre  fut  construite  par  Ba- 
sile I^"'.  Les  Latins  honorent  saint  Elie  à  la  même  date 
que  les  Orientaux.  Baronius,  Sacr.  martyrol.  Rom.,  p.  439, 
in-4'',  Cologne,  1610;  Menai,  grœc,  t.  III,  p.  175,  in-fol., 
Urbin,  1737. 

1.  Grand  carré  d'étoffe,  cousu  sur  le  manteau  des  per- 
sonnages de  rang  élevé,  à  la  hauteur  de  la  poitrine.  Son 
usage  paraît  fort  ancien  :  WÙy.nyliV  tpopo-Jvrcov;i^XaaJ- 
(îa;  i/vj-ct.;,  zy.ôlix  poù^jxix.  (Chron.  Alexandr.,  Niima.) 
Au  IV'=  siècle,  le  missorinm  d'Almendralejo  nous  montre 
Théodose,  Honorius  et  Arcadius  avec  un  racÀiov  qui  leur 
couvre  les  genoux  comme  le  grémial  des  évoques.  (Nou- 
veaux inél.  d'archéoL,  t.  I,  pi.  VU.)  Les  anciens  diptyques 
offrent  de  fréquents  exemples  du  talus  clavus,  mais  il  faut 
recourir  aux  mosaïques  et  aux  mkiiatures  pour  se  rendre 
un  compte  exact  de  cet  ornement.  A  Ravenne,  chez  Jus- 
tinien,  il  est  brodé  en  métal,  et  appliqué  sur  une  chlamyde 
pourpre  ;  dans  le  costume  de  la  suite  impériale,  au  con- 
traire, il  se  détache  en  pourpre  unie  sur  un  fond  blanc. 
Voy.  encore  Willemin,  Monuin.  ftanq.  inéd.,  pi.  XL, 
Nicéphore  Botaniate  ;  Labarte,  Hisl.  des  arls  ind.,  Album, 

pi.  LXXXII. 

2.  Afarlyr.,  cit.,  p.  1  i6..1/f?ïo/.,cit.,t.ll,p.i72,t.H  l,p.i27; 
Gori,  loc.  cit.,  p.  222;Panciroli,  I  lesorinascosti  nell  aima 
citta  di  Roma,  p.  906,  (in-8°,  Rome,  1600)  dit  que  l'église 

e  Saint-Onuphre  possède  une  relique  du  Stratélatès,dont 


second  guerrier,  homonyme  du  précédent, 
est  saint  Théodore  Tyron,0  A  GEOAÛQps  0 
THPs.  Soldat  de  la  légion  Tyronienne  à 
l'époque  où  Maximien,  Galère  et  Maximin 
Daza  persécutaient  les  chrétiens,  Théodore, 
ayant  incendié  un  temple  d'idoles  à  Amasée, 
fut  jeté  dans  une  fournaise  ardente  par 
ordre  du  préfet  Kringas.  Selon  la  légende, 
notre  saint  avait  auparavant  débarrassé  le 
territoire  d' Euchaïs  d'un  énorme  dragon. 
Ce  martyr  est  en  grande  vénération  chez 
les  Grecs,  qui  célèbrent  son  anniversaire  le 
1 7  février;  à  l'aube  du  V^  siècle,  le  patri- 
cien Sphoracios  lui  dédia  une  église  à  Cons- 
tantinople  :  Justinien  et  Maurice  la  restau- 
rèrent successivement.  Les  Latins  fêtent 
.saint  Théodore  Tyron  le  9  novembre;  il 
a,  à  Rome,  une  église  diaconale;  on  garde 
de  ses  reliques  à  Saint-Onuphre.  Le  corps 
serait  en  Asie,  soit  à  Amasée,  soit  à  Eu- 
chaïs, ville  dont  Jean  Zimiscès  changea  le 
nom  en  Théodoropolis,  après  y  avoir  érigé 
une  vaste  basilique  sous  le  vocable  du  bien- 
heureux, à  l'intercession  duquel  ce  prince 
devait  une  éclatante  victoire.  Suivant  Con- 
stantin Porphyrogénète,  la  cité  asiatique  de 
Dalisand  possédait  le  bouclier  de  saint 
Théodore  (-). 

le  corps  était  à  Héraclée  du  Pont.  Le  monastère  de  Saint- 
Denys,  au  Mont  Athos  garderait  la  tête  de  saint  Théo- 
dore, d'après  le  médecin  Jean  Comnène.  (Descript.  du 
Monl  Athos,  ap.  Montfaucon,  Palaogr.  Crœca,  p.  481.) 

I.  Martyr.,  p.  764;  Menai,  t.  II,  p.  196;  Panciroli,  ouv. 
cit.,  p.  792  et  go6;  Procope,  De  œdificiis,  I,  4;  Codin,  Ex- 
cerpta  de  aiittq.  C.  P.,  p.  82,  éd.  de  15onn;  Constantin 
Porphyr.,  De  tlieiiiat.,  1.  I. —  L'image  de  Théodore  Tyron 
figurait  avec  celles  des  S.S.  Démétrius  et  Procope  sur 
l'une  des  six  bannières  (sXâao'jy'.a)  portées  par  paires 
autour  de  l'empereur  dans  les  grandes  cérémonies  (Codin, 
De  flffic.  palatii  C.  P.,  c.  vi)  ;  Ughelli  (Italia  sacra,  t.  1 1, 
p.  1025)  relate,  d'après  une  autorité  contemporaine,  que 
le  chef  de  saint  Théodore  fut  apporté  à  Gacte  en  12 10. — 
Un  grand  émail  byzantin  sur  cuivre,  passé  du  cabinet 
Pourtalès  dans  la  collection  liasilcwsky,  représente  saint 
Théodore  combattant  le  dragon.  Cet  émail  a  été  figuré 
par  Labarte  ( Rech.  sur  la  peint,  en  ('mail  et  Hisl .  des 
arts  indust.),  mais  la  planche  en  couleurs  du  Catal.  de  la 
coll.  B'jsileii'sky  est  infiniment  supérieure.  —  Un  poids 


anciens  itjoires  sculptés. 


19 


La  zone  médiane,  limitée  par  des  chan- 
freins doubles,  offre  deux  entrelacs  circu- 
laires inscrivant  des  bustes  nimbés.  D'abord 
saint  Thomas  apôtre,  O  A  (:)(D.VI»,  imberbe  et 
tenant  un  voiinnen;  ensuite  saint  Mercure, 
0  A  MEPKî5Ps,  légèrement  barbu,  armé  de  la 
haste  et  vêtu  de  la  chlamyde  laticlave. 
Officier  dans  l'armée  romaine.  Mercure,  au 
temps  de  Dèce  et  de  Valérien,  eut  la  tête 
tranchée  pour  la  Foi,  à  Césarée  de  Cappa- 
doce;  Grecs  et  Latins  célèbrent  sa  fête  le  25 
novembre  ('). 

Registre  inférieur.  Deux  saints  debout, 
nimbés,  chevelure  épaisse,  barbe  pointue. 
Leur  costume  identique  se  compose  d'une 
robe  à  larges  manches  et  allant  à  mi-jam- 
bes; d'une  ample  chlamyde  laticlave,  agra- 
fée sur  l'épaule  droite  par  une  fibule  ronde; 
de  chaussures  closes.  La  main  gauche  est 
cachée  sous  le  manteau  ;  ils  tiennent  dans 
l'autre  une  croix  pommetée  à  longue  hampe, 
appuyée  contre  la  poitrine.  Le  premier, 
saint  Aréthas,  O  A  APgHs,  était  un  noble 
éthiopien,  massacré  par  les  Arabes  Home 
rites  sous  le  règne  de  Justin  I^''  (=).  Le 
second,  saint  Eustrate,0  A  gVClPAT%  fut 
brûlé  en  Arménie  pendant  la  persécution 

byzantin,  de  forme  carrée,  cuivre  incruste  d'argent 
(a'Àt'rpa,  i  livre),  au  British  Miisciim,  représente  deux 
saints  imberbes,  en  costume  militaire  ;  d'un  geste  iden- 
tique, ils  dirigent  la  pointe  de  leur  lance  vers  un  monstre, 
hybride  de  lîanthère  et  de  dragon.  (Revtte  numism.  nouv. 
série,  t.  VI 11,  pi.  Il,  fig.  4).  Sabatier  attribue  le  monument 
au  VI'' siècle  ;  peut-être  serait-il  moins  ancien?  Malgré 
l'absence  de  barbe,  je  crois  y  reconnaître  l'association  des 
deux  Théodore,  Stratélatès  et  Tyron.  En  effet,  une  pein- 
ture grecciue  du  Xlll'-  siècle,  au  Musée  Chrétien  du 
Vatican,  montre  les  mêmes  saints,  parfaitement  désignés, 
mais  à  cheval  et  se  tenant  embrassés.(D'Agincourt,  Hisi. 
de  l'art,  PEINTURE,  pi.  xc,  fig  i).  Les  types  du  GuiJe  de 
lapeinture  diffèrent  un  peu  des  nôtres:  «  Stratélatès,  jeune, 
cheveux  frisés,  barbe  jonciforme  ;  Théron,  barbe,  cheveux 
descendant    sur   les  oreilles  »  :    Manuel,  p.  321  et  322. 

1.  Martyr.,  p.  800  et  Soi  ;  Menol.,  t.  I,  p.  212.  «Saint 
Thomas,  jeune,  barbe  naissante  ;  Saint  Mercure,  id.  » 
Manuel,  p.  300  et  322. 

2.  Saint  Aréthas  est  fêté  le  24  octobre  en  Orient  et  en 
Occident.  Martyr.,  p.  729.  Meiiol.,  t.  I,  p.  139. 


de  Dioclétien  et  de  Maximien;  son  corps 
repose  à  Saint- Apollinaire  de  Rome;  Orien- 
taux et  Occidentaux  placent  sa  mémoire 
au  13  décembre  ('). 

Volei  gauche,  registre  supérieur.  Deux 
guerriers  vêtus  et  armés  absolument  comme 
leurs  symétriques  du  volet  droit.  Saint 
Georges,  0  A  J'H(DPn^  est  imberbe  ;  une 
courte  barbe  orne  le  menton  de  saint 
Eustathe,  0  A  evCTAGR  Saint  Georges,  né 
en  Cappadoce,  011  il  reçut  la  palme  du 
martyre  en  284,  avait  le  titre  de  contes  ; 
Grecs  et  Latins  lui  ont  de  longue  date 
voué  un  culte  tout  spécial,  dont  la  manifes- 
tation tombe  le  23  avril.  Le  corps  du 
glorieux  athlète  de  Jé.su.s-Christ  fut  trans- 
porté à  Constantinople  ;  saint  Germain  de 
Paris,  revenant  de  Jérusalem,  traversa  la 
capitale  de  l'empire  d'Orient  et  obtint  de 
Justinien  un  bras  qui  échut  ensuite  à 
l'église  de  Saint-Vincent.  A  Rome,  le 
sanctuaire  diaconal  de  Saint-Georses  in 
vclabro  possède  le  chef  de  son  patron, 
retrouvé  au  Ville  siècle  par  le  pape 
Zacharie  (-),  et  diverses  reliques  :  d'autres 
églises  de  Rome  en  conservent  éo-ale- 
ment  (').  Grégoire  de  Tours  mentionne 
les  miracles  opérés  en  Limousin  et  dans  le 
Maine  par  des  reliques  de  saint  Georges  (-•). 
Les  actes  de  saint  Annon,  archevêque  de 
Cologne    (1056- 1073),    signalent    un    bras 

1.  Martyr.,  p.  837  ;  Menol.,  t.  Il,  p.  26.  Panciroli,  ouv. 
cit.,  p.  846.  «  Saint  Eustratius,  vieillard,  barbe  en  pointe.» 
Manuel,  p.  325. 

2.  In  venerabili  itaque  patriarchio  sacratissimum  beat! 
Georgii  martyris  isdem  sanctissimus  papa  in  capsa  recon- 
ditum  reperit  caput,  in  quo  et  pictatium  invenit  pariter 
litteris   exaratum   Grœcis,  ipsum    esse  significantes.  Oui 

sanctissimus  papa in  venerabili  diaconia  ejus  nomi- 

nis,  sita  in  hac  Romana  civitate,  regione  secunda,  ad  Vé- 
lum Aureum,  illud  dcduci  fecit;  ubi  immensa  miracula  et 
bénéficia  omnipotens  Dcus  ad  laudem  nominis  sui  per 
eumdem  sacratissimum  martyrem  operari  ilignatur.  Liber 
pont  if.,  224. 

3.  Panciroli,  ouv.  cit.,  p.  874. 

4.  MiracuL,  1    I,  c.  loi. 


20 


lacune  De  l'art    cljtcticn, 


apporté  dans  cette  ville  (').  Dresser  la  liste 
des  édifices  religieux  placés  sous  le  vocable 
du  guerrier  cappadocien  serait  abusif,  car 
leur  nombre  est  immense  ;  bornons-nous  à 
l'église  construite  à  Mayence  par  l'archevê- 
que Sidoine  II  (vers  546),  monument  qui 
excita  la  verve  poétique  de  Fortunat. 

Mariyris  egrcgiis pollens  Diicat  aula  Georgi, 

Cujus  in  hune  imitidum  spargitur  altus  honor; 
Carcere,  cœde,siti,  vinclis,fame,frigore,flammis. 

Confessas  Chris  tu  m  iluxit  ad  astra  caput. 
Qui  virtute potens  Oric7itis  axe  sepulius, 

Ecce  sub  occiduo  cardine  prœbct  opcni. 
Ergo  mémento preces  et  redderc  votaviator, 

Obtinet  hic  mentis  guod petit  aima  fides. 
Condidit  Antistes  Sidonius  ista  decenter, 

Proficiant  animœ  quœ  nova  templa  suœ  (•). 

Des  Etats,  des  princes,  d'insignes  ordres 
équestres,  ont  adopté  saint  Georges  pour 
protecteur.  Le  type  légendaire,  où  il  figure 
en  chevalier  combattant  le  dragon  devant 
une  jeune  fille  suppliante,  n'est  pas  byzan- 
tin: Jacques  de  Voragine  l'aurait  inventé 
sans  preuves  historiques.  Le  compilateur 
de  la  Légende  dorée  a-t-il  voulu  symboliser 
une  idée  générale,  la  victoire  des  martyrs 
sur  le  démon  ?  A-t-il  confondu  saint  Geor- 
ges avec  saint  Théodore  Tyron.'*  Les  deux 
opinions  restent  en  présence  (3). 

1.  Bock,  Les  trésors  sacrés  de  Colog?!e,  ne  signale  aucune 
relique  de  saint  Georges  à  l'église  qui  portait  son  nom  avant 
de  devenir  Saint-Jacques.  Les  dépouilles  de  cette  église 
ayant  enrichi  d'autres  paroisses  de  Cologne,  il  se  pourrait 
que  l'un  des  deu.x/>Vrtj  anonymes  deSaint-Cunibert  (p.66ct 
pl.xiv,  53)eût,  auXIII'-'sièc!e,abritél'ossement  en  question. 

2.  Lib.  II,  Poemat.,  XI. 

3.  Martyr.,  p.  274  à  277;  MenoL,  t.  III,  p.  68  ;  Du 
Cange,  Constant,  christ.,  1.  IV,  p.  162  et  124  :  Hugues  de 
Campdavesne,  comte  de  Saint- Pol,  fut  inhumé  dans  le  mo- 
nastère de  Saint-Georges  fondé  par  Monomaque;  plus  tard 
on  transporta  le  corps  à  l'abbaye  de  Cercamps,  en  Artois. 
Procope,  De  ^Edif.,  II,  4.  —  Dès  une  époque  reculée,  le 
combat  du  guerrier  contre  le  serpent  symbolisa  la  victoire 
du  christianisme;  Eusèbe,  Constantini  vita,  III,  3,  men- 
tionne une  effigie  de  son  héros  perçant  le  dragon  à  coups 
de  lance  et  le  jetant  à  la  mer.  Nicéphore  Grégoras  {Hist., 
V'III,  5),  postérieur  d'un  siècle  environ  à  Jacques  de 
Voragine,  signale  une  effigie  équestre  de  saint  Georges 
peinte  jadis,  "à/ai,  par  un  excellent  artiste  nommé  Paul  ; 
mais  rien  du  reptile  ni  de  la  jeune  vierge  éplorée.  —  Le 
type  de  saint  Georges  est  fixé  par  le  Guide  tel  que  nous 
l'avons  ici  :  «Jeune  imberbe.  »  Manuel,  p.  321. 


La  popularité  de  saint  Eustathe  est 
beaucoup  moindre.  Martyrisé  à  Ancyre 
(Galatie),  ses  restes  y  furent  déposés;  il 
avait  un  sanctuaire  à  Constantinople.  Fêtes 
grecque  et  latine  le  28  juillet  ('). 

Zone  médiane.  Bustes  imberbes  et  nim- 
bés, épaules  couvertes  du  pallmin.  L'apô- 
tre saint  Philippe,  0  A  'WAIIUIOC.  tient  un 
volumen  ;  saint  Pantélémon,  ou  Pantaléon, 
0  A  nAI\T  g  A  (eyjfXMv),  a  pour  attributs  une 
lancette  et  une  trousse  de  chirurgien  ;  peut 
être  un  scalpel,  ou  bien  une  spatule  avec 
un  coffret  à  médicaments  (-).  Saint  Panté- 
lémon, à!\\.\& Ménologe,  né  à  Nicomédie  d'un 
père  païen  et  d'une  mère  chrétienne,  em- 
brassa la  profession  de  médecin.  Son  maître 
en  l'art  de  guérir  fut  le  savant  Euphrosinos; 
le  prêtre  Hermolaos  lui  enseigna  la  doctrine 
du  Christ  et  l'admit  au  baptême.  Dénoncé 
à  l'empereur  Maximien,  Pantélémon  eut  la 
tête  tranchée  après  avoir  subi  la  torture  ('). 

Le  médecin  de  Nicomédie  compte  au 
nombre  des  saints  que  l'Église  orientale 
appelle  anargyres,  sans  doute  parce  que  le 
mépris  des  richesse  les  portait  à  se  mettre 
au  service  de  l'humanité  avec  un  désinté- 
ressement absolu  (^). 

1.  Martyr.,  p.  507;  Menai.,  t.  III,  p.  184;  Constant. 
christ.,  I.  IV,  p.  123. 

2.  Le  cas  est  douteux  ici,  vu  l'exiguité  de  l'image.  Sur 
un  diptyque  d'argent,  au  Baptistère  de  Florence,  la  spatule 
est  bien  caractérisée  ;  le  saint  tient  une  boite  cubique 
ouverte,  dont  l'intérieur  offie  six  compartiments  ronds 
(Gori,  ouv.  cité,  t.  III,  Suppl.,  pl.  IV;  X'' ou  X^' siècle).  Une 
peinture  assez  récente  du  couvent  de  Rûssicon(Mont  Athos) 
me  montre  un  scalpel  —  Didron  dit  une  spatule  —  et  un 
coffret  à  médicaments.  Ann.archéol.,  t.  \',  pl.  à  la  p.   148. 

3.  T.  III,  p.  183. 

4.  Didron,  Manuel,  p.  330.  —  L'initiateur  de  Pantélé. 
mon  aux  dogmes  chrétiens,  saint  Hermolaos,  figure  aussi 
parmi  les  .'\nargyres  (Jean  Comnène,  loc.  cit.,  p.  481). 
Les  Allemands,  qui  nomment  ces  personnages  Nothhelfer 
(auxiliatorcs,  libérateurs, sauveurs),  en  admettent  14, grou- 
pés deux  h  deux  sur  les  gravures  de  Joseph  et  Jean  Klauber, 
d'Augsbourg  :  SS.  Georges  et  Eustache,  SS.  \'it  et  Chris- 
tophe, SS.  (jilles  et  Cyriaque,  SS.  Érasme  et  Biaise,  SS. 
Pantélémon  et  Acace,  S.  Denys  (de  Paris)  et  sainte 
Marguerite,  sainte  Catherine  et  sainte  Barbe.  Leurs  fêtes 
spéciales  sont  indiquées  dans  plusieurs  bréviaires  et 
missels  du  XVI"  s\hQ\^.Q3!i\\^x,Caractérisliques des  Saints, 
t.  i,  p.  102. 


anciens  itioircs  sculptés 


21 


Bien  que  le  nom  contracté  de  Pantélémon 
ait  reçu  en  Occident  des  applications  singu- 
lièrement profanes,  notre  saint,  dont  Grecs 
et  Latins  célèbrent  l'anniversaire  !e  27  juil- 
let, n'en  jouit  pas  moins  d'une  grande 
réputation.  Son  corps  reposa  dans  l'ora- 
toire de  la  Concorde  (Ouôvcua)  à  Constanti- 
nople.  Vers  les  premières  années  du 
IX"  siècle,  Lyon  vit  arriver  d'Afrique  quel- 
ques ossements  du  martyr  ;  l'archevêque 
Agobard  chanta  cet  événement  dans  une 
pièce  de  vers  adressée  à  Charlemagne  ('). 

Rome  possède  de  nombreuses  reliques 
de  saint  Pantélémon.  A  Constantinople, 
Justinien  lui  avait  érigé  deux  sanctuaires  ; 
on  en  trouve  également  deux  dans  la  Ville 
éternelle.  Une  abbaye  de  Bénédictins  à 
Cologne,  un  monastère  d'Augustines  à 
Toulouse,  une  église  de  Troyes,  portent  ou 
ont  porté  le  vocable  de  Saint-Pantaléon  (-). 
L'iconographie  byzantine  s'est  fréquemment 
complue  à  reproduire  l'image  de  ce  bien- 
heureux (3). 

Les  personnages  en  pied  du  registre 
inférieur,  saint  Démétrius,0  A  AHMHTPIOC,  et 
saint  Procope,  0  A  IIPOKOIIIOC,  sont  imber- 
bes, nimbés,  et  ils  portent  le  même  costume 
que  leurs    correspondants   du   volet   droit, 

1.  Sperati  quoque  martyris  beati, 
Necnon  Pantaleonis  ossa  raptim 
ToUunt  ciincta  simul. 

Bibl.  vet.  Patrum,  t.  XIV,  p.  328  et  329. 

2.  Martyr.,  p.  505  ;  Procope,  De  /Edif.,  I,  9,  V,  9  ; 
Du  Cange,  Constant,  christ.,  1.  IV,  p.  157;  Panciroli,  ouv. 
cité,  p.  644,  646,  893;  Gallia  christ.  —  Il  y  a,  au  Mont 
Athos,  plusieurs  reliques  de  saint  Pantélémon;  le  couvent 
de  Docheiaréion  garde  sa  tête.  Jean  Comnène,  loc.  cit., 
p.  481  et  491. 

3.  Le  sceau  du  protonotaire  Constantin  (X'=  siècle) 
donne  pour  attribut  à  saint  Pantélémon  un  objet  carré, 
vraisemblablement  les  tablettes  sur  lesquelles  il  inscrivait 
ses  ordonnances.  G.  Schlumberger,  Sceaux  de  plomb  iné- 
dits des  fonctio}i.  provinc,  ap.  Rev.  archéol .,  ]vivci  1883, 
pi.  X,  fig.  2.  —  Les  prescriptions  du  Guide  concordent 
avec  nos  types,  du  moins  en  ce  qui  regarde  saint  Pantélé- 
mon :  «  jeime,  imberbe,  cheveux  frisés.  »  Pour  saint 
Philijjpe,  bien  qu'il  doive  être  représenté  jeune,  Denys  lui 
attribue  une  barbe  naissante  dont  l'ivoire  n'oftrc  aucune 
trace.  Manuel,  p.  330  et  300. 


seulement  la  robe  est  talaire  et  les  chlamydes 
offrent  des  variantes  de  drapé;  saint  Démé- 
trius  lève  sa  main  gauche  découverte  :  iden- 
tité complète  entre  les  croix  et  la  façon  de 
les  tenir. 

Deux  Démétrius  martyrs  sont  invoqués 
chez  les  Grecs;  le  premier,  décapité  à  Dabu- 
dène,  figure  au  Ménologe  à  la  date  du  1 5  no- 
vembre ;  il  y  est  représenté  barbu  (').  Le 
second,  proconsul  à  Thessalonique,  fut  mis 
à  mort  sous  Maximien.  La  miniature  du 
Ménologe,  au  26  octobre,  montrant  cet  autre 
Démétrius  imberbe  et  vêtu  absolument 
comme  l'effigie  du  triptyque,  aucun  doute 
n'est  permis  ;  nous  avons  ici  le  magistrat  de 
Thessalonique  (=).  Son  corps  y  reposait  ; 
une  église  qui  lui  était  dédiée  à  Constanti- 
nople fut  restaurée  par  Basile  I^""  ;  un  mo- 
nastère de  la  môme  ville  portait  aussi  le 
vocable  de  saint  Démétrius.  Les  Latins 
honorent  ce  martyr  le  8  octobre,  mais  il  ne 
semble  pas  que  ses  reliques  aient  pénétré  en 
Occident  {^). 

Saint  Procope,  fêté  le  8  juillet  chez  les 
Grecs  et  les  Latins,  est  encore  une  victime 
des  persécutions  qui  ensanglantèrent  la  fin 
du  1 1 1"  siècle;  le  Ménologe  le  qualifie  de  Aoj^ 
(dux)  et  lui  attribue  des  succès  militaires. 
Une  croix  d'or  commandée  à  un  orfèvre  de 
Scythopolis,  puis  arborée  ostensiblement, 
causa  la  perte  de  saint  Procope  ;  il  fut  dé- 
capité à  Césarée.  Deux  anciennes  églises  de 
Constantinople  lui  étaient  consacrées,  mais 
son  culte,  très  en  faveur  parmi  les  Grecs, 
n'occupe  en  Occident  qu'un  rang  tout  à  f  lit 
secondaire  (■•). 

Comme  disposition,  le  revers  des  volets 

1.  T.  I,  p.  190. 

2.  Ibid.,  p.  143. 

3.  Martyr.,  p.  687;  Cedrenus,  p.  588  ;  Constant,  christ., 
1.  IV,  p.  122. 

4.  Martyr.,  p.  459.  McnoL,  t.  III,  p.  158.  Le  Guide 
attribue  des  moustaches  à  saint  Démétrius  ;  saint  Procope 
y  est  désigné  comme  imberbe  :  tous  deux  sont  qualifiés 
de  militaires.  Manuel,  p.  321. 


1885.  —  1  '^  Livraison 


22 


iRctiuc    De    r3rt    cbtéticn. 


ne  diffère  en  rien  de  la  face  :  deux  grands 
registres  et  une  zone  intermédiaire. 

Volet  droit,  registre  supérieur.  Deux 
figures  debout,  nimbées  et  barbues.  Leur 
costume  est  épiscopal  :  robe  talaire,  pcenula 
((paivsÀ/;;);  étole  (^tm-^v.yfX^vj)  chargée  de 
croix;  sandales.  Ces  personnages  bénis- 
sent de  la  main  droite  à  la  manière  grecque  ; 
la  main  gauche  tient  un  codex.  Dans  le  plus 
voisin  du  panneau  central, on  reconnaît  saint 
Basile  le  Grand,  0  A  BACIAG  lOC,  métropoli- 
tain de  Cappadoce  ;  il  a  une  chevelure  épaisse 
et  les  apparences  de  l'âge  mûr.  L'autre,  vieil- 
lard au  front  chauve,  est  saint  Grégoire  de 
Nazianze,  l'illustre  écrivain,  0  A  TPHrOPIOC 
0  ©EOAOrOC.  Basile  et  Grégoire  occupent  un 
rang  élevé  entre  les  Pères  de  l'Église  grec- 
que. Le  premier  fut  inhumé  à  Césarée  ;  sa 
tête  et  plusieurs  reliques  notables  sont  à 
Rome,  où  une  église  lui  est  consacrée.  Fête 
au  i"  janvier  chez  les  Grecs  et  les  Latins  ('). 
Le  corps  du  second  est  à  Saint-Pierre  du 
Vatican  :  dans  Rome  encore,  un  bras,  quel- 
ques ossements,  un  morceau  de  tunique  (-). 

Bandeau  intermédiaire.  Bustes  nimbés, 
même  costume,  mêmes  attributs,  même  atti- 
tude que  les  figures  précédentes:  saint  Pho- 
cas,  0  A  «|)ÛDtAC;  saint  Biaise,  0  A  BAACIOC. 
Saint  Phocas,  évêque  de  Sinope,  fut  déca- 
pité sous  Trajan,  après  quoi  on  livra  son 
corps  aux  flammes  ;  une  église  de  Constan- 
tinople  lui  était  dédiée.  Les  Grecs  célèbrent 
trois  commémorations  du  martyr  :  les  6  et 
23  juillet,  le  22  septembre  ;  les  Latins,  une 
seule,  le  14  juillet  (^).  Saint  Biaise,  évêque 

1.  Martyr.,  p.  lo.  McnoL,  t.  II,  p.  75.  Panciroli,  ouv. 
cité,  p.  238  et  848. 

2.  Martyr.,  p.  319.  MenoL,  t.  II,  p.  136.  Panciroli,  ouv. 
citd,  p.  878.  La  fête  de  saint  Grégoire  tombe  le  25  janvier 
cBez  les  Orecs  ;  le  9  mai,  chez  les  Latins.  —  Manuel, 
p.  316  :  «Saint  Basile, jurande  barbe, %ieux  ;  saint  Grégoire 
de  Nazianze,  vieillard  chauve,  large  barbe.  )> 

3.  Menot.,  t.  I,  p.  60;  t.  III,  p.  156  et  177.  Const. 
christ.,  1.  IV,  p.  133.  Martyr.,  p.  475.  Grégoire  de 
Tours  {Mirac.,    1.   I,    c.  99)    mentionne  un  saint  Focas 


de  Sébaste,  mourut  pour  le  Christ  au 
temps  de  Licinius;  il  n'eut  qu'une  église 
à  Constantinople,  mais  Rome  lui  en  consacra 
huit,  dont  San-Biagio  deir Anello,  pourvue 
par  Sixte  Quint  d'un  titre  cardinalice.  Le 
corps  de  saint  Biaise  serait  en  Arménie,  mais 
la  capitale  du  monde  chrétien  possède 
un  grand  nombre  de  ses  reliques.  Fête 
grecque,  le  1 1  février  ;  fête  latine,  le  3  ('). 
Registre  inférieur.  Personnages  debout, 
barbus,  nimbés,  différemment  vêtus.  Saint 
Nicolas,  OAINIKOAs,  porte  le  costume  épis- 
copal décrit  plus  haut  ;  il  tient  un  codex  à 
deux  mains  ;  son  front  est  dégarni.  L'un  des 
.saints  populaires  du  monde  chrétien,  Ni- 
colas, évêque  de  Myre  (Lycie),  est  devenu 
le  patron  des  jeunes  garçons,  et,  conjointe- 
ment avec  saint  André,  le  protecteur  attitré 
de  l'Empire  russe.  Trois  sanctuaires  de 
Constantinople  furent  dédiés  à  saint  Nicolas; 
deux  remontaient  à  Justinien  et  à  Basile  I^r; 
à  Rome,  sept  églises,  dont  une  diaconale, 
San  Nicolo  in  Carcere,  témoignent  de  l'im- 
mense dévotion  dont  il  est  l'objet.  Le  corps 
du  vénérable  confesseur  a  été  transporté  à 
Bari  (Pouille)  en  1087  ;  une  insigne  Collé- 
giale le  garde  précieusement,  et  il  y  attire  la 
foule  des  pèlerins.  La  Ville  éternelle  pos- 
sède plusieurs  reliques  majeures  et  mineures 
de  saint  Nicolas  ;  sa  fête  tombe  le  6  dé- 
cembre chez  les  Grecs  et  les   Latins  ;   en 

martyr,  dont  le  corps  reposait  en  Syrie.  —  Le  triptyque 
donne  une  longue  barbe  pointue  à  saint  Phocas,  dont  le 
Guide  ne  parle  pas. 

I.  Menol.,  t.  II,  p.  179  ;  Martyr.,  p.  107;  Const.  christ. 
1.  IV,  p.  120.  Panciroli,  ouv.  cité,  p.  245  à  250,  849.  — 
Le  culte  de  saint  Biaise  s'étendit  au  Nord,  où  deux 
abbayes  portaient  son  nom  ;  l'une,  in  Silva  Nigra 
(Constance),  l'autre,  à  Northeim  (Maycnce).  Le  trésor 
de  la  cathédrale  de  Namur  possède  une  très  belle 
statuette  de  saint  Biaise,  en  argent  ;  il  est  revêtu  du 
costume  épiscopal,  et  il  a  pour  attribut  un  rasicllus  ou 
liarpago,  instrument  de  son  supplice.  — Sur  le  triptyque, 
saint  Biaise  est  d'un  âge  mur,  chevelure  épaisse,  barbe 
arrondie  ;  je  trouve  dans  le  Guide  :  «  Saint  Biaise 
de  .Sébaste,  vieillard,  barbe  en  pointe,  cheveux  frisés.  » 
Matiuel,  p.  319. 


anciens   iijoircs   sculptés. 


23 


outre,  ces  derniers  célèbrent  le  9  mai  l'anni- 
versaire  de    la    translation    à    Bari.  Notre 
sculpture   est  une   reproduction  serrée    du 
type  suivi  au  X^-XI""  siècle  par  les  illustra- 
teurs  du    Ménologe,    manuscrit    auquel    je 
renvoie  si  fréquemment,  et  dont  l'exécution 
date  du  règne  de  Basile  1 1.  Le  saint  Nicolas 
byzantin,  figuré  sur  la  couverture  en   ivoire 
du  Missel  de  saint  Burchard,  à  la  biblio- 
thèque   de    l'université     de     Wurtzbourg 
(Bavière),  donne  une  note  différente,    mais 
on  y  remarque  aussi  la  barbe    ronde    et   le 
front  chauve,    également  indiqués    par   le 
Guide  de  la  peinhire  ;  une  grande    plaque 
d'émail  champlevé,  fond  bleu,   annexée  au 
ciboriuin  de  la   collégiale  de    Bari,   montre 
saint  Nicolas  couronnant  le  roi  Roger.  Les 
personnages  sont  byzantins  d'attitude  et  de 
costume,    néanmoins    l'œuvre    dénonce  la 
main   d'un  artiste   septentrional,    peut-être 
limousin,  sans  doute  plutôt  allemand,  qui 
travailla,  au  XI IL  siècle,   dans  le   sud  de 
l'Italie  :  à  Bari,  quoique  le  menton  soit  im- 
berbe, la  calvitie  du  crâne  s'accentue  vigou- 
reusement. L'émailleur  limousin  qui,  vers  la 
fin  du  XI I^  siècle,  exécuta  la  châsse  de  saint 
Etienne  de  Muret  pour  l'abbaye  de  Grand- 
mont,  a  représenté  saint  Nicolas  dans  des 
conditions   analogues   à  celles  de    Wurtz- 
bourg :  main    droite    libre,   codex  dans    la 
gauche,  antique  costume  épiscopal  modifié 
selon  les  usages  latins.  La  tête  barbue  est 
garnie  de  cheveux  épais  recouvrant  le  front  ; 
au  sommet  du  crâne,  une  large  tonsure  ('). 

Saint  Sévérien,  0  A  CGVHPIANOC.  Robe 
talaire  à  largesmanches, serrée  à  la  taille  par 
une  ceinture  ;  chlamyde  rejetée  en  arrière  ; 

I.  Martyr.,  p.  321  et  821.  Menai.,  t.  II,  p.  12.  Cottst. 
christ.,  1.  IV,  p.  130.  Panciroli,  ouv.  cité,  p.  629  et  sq.  89, 
Rev.  de  Part  chrét..  Juillet  1S83,  p.  284.  Le  Moyen  Age  et 
la  Renaissance,  Diptyques,  etc.,  pi.  i.  Becker  et  Hcfner, 
Kunst-werke  des  Miltclalters,  pi.  I.  Schulz,  Detikmaeler 
der  Kunst  des  Mittelalters  in  tinter  Italien,  Atlas,  pi.  v. 
Les  arts  sontptiiaires,  t.  I,  pi.  LXIX.  Manuel,  p.  316. 


croix  dans  la  main  droite  ;  chevelure  abon- 
dante ;   longue  barbe  bifide.   Le  Ménologe 
enregistre  trois  Severianus;  le  Martyrologe 
roniaiJi,  cinq.  Ici  nous  avons  très  vraisem- 
blablement un  compagnon  de  saint  Agatho- 
nicos,  décapité  à  Sélymbrie,  sous  Maximien. 
En  effet,  sur  la  réplique,  citée  plus  haut,  de 
l'ivoire  Harbaville  au  Vatican,  un  saint  Seve- 
rianus,  absolument   vêtu  comme  le  nôtre, 
correspond  à  saint  Agathonicos.  Mémoire 
au  22  août  chez  les  Grecs  et  les  Latins  ('). 
Volet  gauc/ie,   registre   supérieur.    Deux 
saints  nimbés,  barbus  ;   costume  épiscopal  ; 
codex.  Saint  Jean  Chrysostome,  O  A  ICQ  O  XP, 
bénit.Sa  notoriété  est  trop  considérable  pour 
qu'il  soit  besoin  d'esquisser  les  principaux 
traits  d'une  biographie  répandue  ;  mais  cette 
tête  au  front  large  et  dégarni,  cette  physio- 
nomie d'une  grave  maturité  sous  un  accent 
d'ineffable  douceur,  cette   barbe  taillée   en 
rond,  pourraient  bien  nous  offrir,   sinon   le 
portrait  authentique  du   célèbre  patriarche 
de  Constantinople,  du  moins  son  image  ap- 
proximative avant  que  des  générations  de 
copistes  ne  l'eussent  entièrement  dénaturée. 
Une  grande  peinture  du  manuscrit  79,  fonds 
Coislin,    de     la  Bibliothèque    nationale,    à 
Paris,  donne  à  saint  Jean  Chrysostome  un 
aspect  tout  à  fait  ascétique  ;  les  cheveux  et 
la  barbe  sont  bien  à  peu  près  tels  que  sur  le 
triptyque,    mais    l'air    de  jeunesse,    le  nez 
busqué,    la  face   amaigrie  de  la   miniature, 
s'écartent  beaucoup  du   type  plus   mûr  et 
plus  substantiel  de  l'ivoire.  Le  manuscrit  de 
Paris  date  de  la  seconde  moitié  duXIf^siècle; 
avançons  encore.  L'effigie  de  la  réplique  du 
Vatican  est  chevelue,  la  barbe   s'y  aiguise 
légèrement  en  pointe,  et,  si  les  planches  de 
Gori   ne  m'inspiraient    pas  une    confiance 
très  limitée,  je  soupçonnerais  que  le  carac- 

I.  Menol.,  t.  III,  p.  211.  Martyr.,  If.  576.  Gori,  Thés, 
vet.  diptych.,  t.  111,  pi.  xxv.  —  Le  Guide  ne  mentionne 
que  saint  Agathonicos  dont  le  signalement  ditlcre  beau- 
coup de  celui  de  notre  Severianus.  Manuel,  p.  324. 


24 


ïRciJUC   Dc   rsrt   cï)rcticn. 


tère  général  du  personnage  incline  médio- 
crement vers  la  mansuétude.  Enfin  le  saint 
Jean  Chrysostome  du  Guide  est  ainsi  défini: 
«  jeune,  peu  de  barbe  »  (').  Désaccord 
complet. 

Saint  Clément,  évêque  d'Ancyre,  O  A 
KAHMEIC  Al'KVPAC,  fut  décapité  dans  sa 
ville  épiscopale,  sous  le  règne  de  Maximien, 
après  avoir  été  successivement  traîné  à 
Rome,  Nicomédie,  Amisus  et  Tarse;  d'où 
le  surnom  de  TroX-JaGXo;  qu'on  lui  attribue. 
Fête  le  23  janvier  chez  les  Grecs  comme 
chez  les  Latins  (^). 

Zone  intermédiaire.  Bustes  nimbés  de 
deux  saints  anai'gyres  par  excellence :Cosme, 
0  A  ROCMs;  Damien,  0  A  AAMIAANs  (sic). 
Drapés  dans  un  palliinn,  ils  ont  les  mêmes 
caractéristiques  que  saint  Pantélémon  ;  leur 
physionomie  accuse  l'âge  mûr,  leur  che- 
velure est  crépue,  leur  barbe  est  courte 
et  arrondie.  A  trois  reprises  différentes 
(17  octobre,  i"  novembre,  i"  juillet),  le 
Ménologe  enregistre  une  o-jvuyîa  de  Cosme  et 
Damien,  asiatiques  de  naissance,  ayant  à 
peu  près  la  même  filiation,  et  toujours  prati- 
quant l'art  de  guérir  :  la  date  de  leur  martyre 
est  placée  à  la  fin  du  111*=  siècle.  Les  Latins 
réduisent  cette  triple  association  à  une 
seule,  dont  l'anniversaire  tombe  le  27  sep- 
tembre. La  grande  coupole  en  mosaïque  de 
Saint-Georges,  à  Thessalonique  (V''  ou 
VI''  siècle),  comporte  entre  autres  les  figures 
pédestres  des  saints  Cosme  et  Damien 
qualifiés    de     médecins,    KOCMOV   lATPOV, 

1.  Gori,  loc.  cit.,  pi.  XXV.  Manuel,^,  ■^là.  Une  peinture 
grecque  du  XI 11'=  siccle,  jadis  à  l'abbaye  de  Sainte- 
Génevicve  de  Paris,  donne  à  saint  Jean  Chrysostome  les 
mêmes  traits,  mais  non  le  même  costume  que  le  triptyque 
Harbavillc  :  un  rjx/.y.o;,  en  stauracin  au  lieu  de  la  pénule. 
Acta  SS.,  Sept.,  t.  IV,  p.  693;  Mai,  t.  I,  p.  LXI.  Cons^. 
christ.  1.  IV,  p.  120,  fig.  9. —  Au  Mont  Athos,  les  reliques 
suivantes  du  saint  :  Grande  Laure  et  Saint- Denys,  une 
main  dans  chaque;  Vatopédi,  la  tête.  Jean  Comnène,  loc. 
cit.,  pp.  456,  478,  464. 

2.  Mcnol.,  t    II,  p.  133.  ytartyr.,  p.  73. 


AAMIANOV  lATPOV.  Cosme  a  la  barbe  et  les 
cheveux  blancs  ;  Damien  est  jeune  et  im- 
berbe. Le  Gidde  admet  naturellement  les 
trois  couples  du  Ménologe  et  il  les  distingue 
ainsi  :  «  Cosme  et  Damien  de  Rome,jeunes, 
barbe  en  pointe;  —  d'Asie  Mineure,  jeunes 
et  imberbes  ;  —  Arabes,  peu  de  barbe,  tête 
voilée.  »  Selon  toute  vraisemblance,  notre 
sculpteur  a  visé  les  personnages  qualifiés 
de  Romains  par  l'écrivain  du  XV"  siècle. 
Malgré  l'obscurité  qui  semble  couvrir 
l'origine  des  deux  associés,  leur  culte  re- 
monte très  haut  et  parait  établi  sur  des  tra- 
ditions solides.  Ils  eurent  deux  sanctuaires 
à  Constantinople,  le  plus  ancien  élevé  par 
Théodose  1 1  ;  à  Rome,  outre  le  vieux  titre 
diaconal  du  Campa  Vaccino,  les  saints 
Cosme  et  Damien  ont  encore  imposé  leur 
nom  à  deux  églises.  Les  corps  et  de  nom- 
breuses reliques  à.ç.?,Ajiargyrcs  sont  vénérés 
dans  la  cité  pontificale  ;  \ç.ux?,  sacra  pignora 
avaient  même  pénétré  à  Tours  dès  le 
VP  siècle.  (■) 

Registre  inférieur.  D'abord  un  pontife 
nimbé,  vieillard  chauve  à  barbe  courte  et 
arrondie.  Saint  Grégoire  le  Thaumaturge, 
O  A  rPerOPI  0  ©AVMATs,  évêque  de  Néocé- 
sarée  (Pont),  célèbre  par  ses  éclatants  mi- 
racles, vécut  au  milieu  du  1 1 V  siècle  ;  il 
échappa  aux  bourreaux  et,  tant  chez  les 
Orientaux  que  chez  les  Occidentaux,  on 
l'honore  le  17  novembre  en  qualité  de  con- 

I.  MettoL,  t.  I,  p.  124  et  157  ;  III,  147.  Martyr.,  p.664. 
Texier,  L'architecture  byzantine,  pi.  xxxni.  Manuel, 
p.  330.  Procope,  De  .^£dif.,  I,  6.  Constant,  christ.,  IV, 
p.  121  et  122.  Panciroli,  ouv.  cité,  p.  278  à  292  et  855. 
Grégoire  de  Tours,  Hist.  Franc.,  X,  i  et  19  ;  Mirac,  \, 
98.  —  Une  bague  byzantine  en  or,  de  l'ancienne  collection 
B.  Fillon,  porte  sur  son  chaton  à  facettes  la  légende  : 
ArU)(0  ROCMA  kAl  AAMIIANg  130llfc)(o)I, 
entourant  un  monogramme  où  M.  G.  Schlumberger  a 
déchiffré  TPV'l'CDNOC.Le  savant  byzantiniste  croit  pou- 
voir attribuer  au  VI"  siècle  ce  monument  de  la  piété  de 
Tryphon  envers  les  saintsAnargyres.  Btilkt.  de  la  Soc.dcs 
Aniit].  de  France,  1SS2,  p.  135,  fig.  Catal.  delà  coll.  Fillon, 
p.  34,  n"  39. 


O 
> 


anciens  itioitcs  sculptés 


25 


fesseur:  ses  restes  furent  inhumés  à  Néocé- 
sarée.  Lors  du  tremblement  de  terre  qui 
ravagea  cette  ville  en  503,  l'église  {•■/m;),  où 
se  trouvait  la  châsse  (Sr/.y,)  du  bienheureux, 
échappa  au  désastre  ('). 

En  dernière  ligne  vient  saint  Jacques  le 
Persan,  0  A  IAKÛDBOC  O  nePCHC.  Symé- 
trique à  saint  Sévérien,  il  a  le  même  costume 
et  la  même  attitude  que  ce  dernier:  comme 
lui,  il  tient  une  croix  serrée  contre  la  poitrine, 
et  samaingauche  s'ouvre  la  paumeendehors. 
he/ac/es  du  personnage  est  étranger,  il  n'a 
rien  de  commun  avecles  types  gréco-romains 
figurés  sur  le  reste  du  triptyque.  Que  l'on 
examine  cette  physionomie  mélancolique,  ce 
regard  terne,  ces  cheveux  bouclés,  enca- 
drant le  visage  et  partagés  sur  un  front  bas, 
ces  longues  moustaches,  cette  barbe  claire 
et  bifide  .  tout  caractérise  la  race  slave.  Le 
saint  Jacques  de  Perse,  O  A  IAKOBAi 
nEP:i;n,copiéparDominiquePapety  sur  une 
fresque  peu  ancienne  du  couvent  à' Ag/im 
Lavra  (Mont  Athos),  est  également  em- 
preint du  cachet  slave  qu'accentuent  encore 
certains  détails  du  costume,  tels  que  la  coif- 
fure et  les  bottes  molles.  Le  laconisme 
ordinaire  du  Guide  se  borne  aux  termes 
vagues  «  jeune,  barbe  bifide  »,  mais  les  mo- 
nunlents  viennent  affirmer  que,  n'importe 
l'habillement,  les  artistes  byzantins  em- 
pruntèrent toujours  à  un  modèle  slave  les 
traits  du  grand  seigneur  perse,  qui,  après 
avoir  apostasie,  retourna  au  christianisme 
et  fut  coupé  en  morceaux  par  ordre  d'Iez- 
degherd  I",  au  commencement  du  V^*"  siècle. 
Fête  le  27  novembre  dans  les  deux  rites  ("). 

1.  Martyr.,  p.  7S0.  MenoL,  t.  I,  p.  194.  Cedrenus,  t.  I, 
p.  358.  —  Signalement  du  Guide  :  «  Vieillard,  cheveux 
frisés,  barbe  courte.  »  Manuel,  p.  318. 

2.  Les  arts  sompt.,  t.  I,  pi.  Lvni  ;  t.  II,  p.  76  :  cette 
copie  est  au  Louvre.  N  icépliore  Calliste,  Hist.  eccles.,  XIV, 
20.  Meno/.,  t.  I,  p.  215.  Martyr.,  p.  803.  Manne/,  p.  322. 
—  La  reproduction  du  Ménologe  me  semble  trop  fantai- 
siste pour  que  j'invoque  son  témoignage  au  sujet  du  type 
de  saint  Jacques  le  Persan. 


Au  centre  du  revers  du  panneau  central, 
surgit  une  croix  à  longue  hampe,  légère- 
ment pattée,  perlée  aux  angles  saillants  et 
rehaussée  tant  aux  extrémités  qu'au  cœur,de 
cinq  fleurs  polypétales  qui  diffèrent  essen- 
tiellement de  la  rose  vulgaire.  La  renoncule 
double  .s'y  montre  d'autant  plus  reconnais- 
sable  qu'un  ornement  du  même  genre  est 
signalé,  dans  une  église  de  Rome,  sous  le 
pontificat  de  Léon  IV  (847-855)  (').  Deux 
cyprès  accostent  l'Instrument  du  Salut  ;  la 
pointe  recourbée  de  leurs  cimes  s'incline 
vers  la  renoncule  médiane.  Un  cep  de  vigne 
chargé  de  raisins  enveloppe  l'arbre  de 
droite  ;  un  lierre,  caractérisé  par  son  feuil- 
lage et  ses  baies,  grimpe  autour  de  celui  de 
rauche.  Au  bas,  on  distinç^ue  des  arbustes 
où  nichent  des  oiseaux,  des  plantes,  des 
fruits,  des  fleurs,  une  touffe  de  roseaux  ;  un 
lion  repose  dans  le  creux  d'un  tronc  ;  un 
autre  lion  guette  un  lièvre  tapi  sous  les  buis- 
sons. L'inscription  en  saillie,  IC  XC  MK.A, 
flanque  la  tête  de  lacroi.x;  au-dessus,  un 
quinconce  de  cinq  lignes  d'asters  à  six  pé- 
tales amygdaliformes  (oie/les). 

L'idée  fondamentale  du  tableau  s'expli- 
querait au  besoin  par  l'inscription  seule  :  le 
triomphe  de  la  croix  ;  mais  la  manière  dont 
cette  idée  est  ici  rendue,  le  galbe  du  motif 
principal  et  les  accessoires  qui  l'accompa- 
gnent, exigent  un  commentaire  développé. 

Nos  asters  sont  de  véritables  étoiles,  non 
des  fleurettes.  L'art  païen  de  la  décadence 
couronne  l'image  du  soleil  de  rayons  amyg- 
daliformes, et,  au  IV"  siècle,  les  verriers 
chrétiens  cerclent  la  tête   du  Christ  d'un 

I.  Et  in  pergula quje    est  ante  altare  suspendit 

lilium  de  argento  habens  mala  de  crystallo,  et  ranuncu- 
lum.  Liber pontif.  n"  527.  La  virgule,  rétablie  après  cry- 
stallo, n'existe  pas  dans  l'édition  M  igné,  mais,  le  lis  étant 
mentionné  seul  au  n"  5  28,  il  me  semble  qu'on  doit  con- 
clure à  la  mention  de  deux  fleurs  distinctes.  J'ignore  sur 
ce  point  le  sentiment  de  mon  très  crudit  confrère,  M. 
l'abbé  Duchesne,  et  je  me  permets  de  lui  signaler  la  diffi- 
culté. 


26 


Eeuuc   ne   l'3rt    cïjrcticn. 


pareil  insigne  encore  mieux  accusé  (').   Le 
type  de  notre  croix  remonte  pour  le  moins 
au    IV""  siècle;  elle  est  empreinte  sur  les 
monnaies  impériales  depuis  Arcadius  jus- 
qu'à Justinien  II  (^).  On  la  rencontre,  au  V*^ 
siècle  sur  l'autel  du   tombeau  de  Galla 
Placidia,    à   Ravenne;  au  VI",   sur  les 
mosaïques  byzantines  de  la  même  ville 
et  sur  la  croix  de  Justin,  au  trésor  du 
Vatican  (')  :   \ eruolpium  de  la  collec- 
tion Dzyalinska,  à  Paris,  le  reliquaire    ç. 
dé  la  Vraie    Croix,   à   Tournai,    sont     | 
établis    sur  un    modèle    analogue    (*).    [^ 
Toutefois  l'un  des  anciens  exemples  du 
genre,    que    les    proportions   relatives 
de  sa  membrure  assimilent  davantage 
à  notre    objectif,    est   fourni   par  une 
patène  d'argent  de  la  collection  Gré- 
goire Stroganov,  en  Russie.  La  croix, 
accostée  de  deux  anges  debout  dans 
l'attitude  de  l'adoration,  repose  sur  un 
disque   semé   d'étoiles;  au  bas,  quatre 
fleuves  coulant  à  travers  une  prairie 

1.  Duruy,  Hist.  des  Romains,  nouv.  éd.,  t.  VII,  p.  49, 
52,  53.  lîg.  Garrucci,  Pitture  veteri,  pi.  MDCCXIII.  Gaz. 
archéoL,  1877,  p.  83,  pi.  vill. 

2.  Voy.  Sabatier,  Monnaies hyzant.,X.  I,pl.  iv,  10  ;  pi.  v 
àviii,  XXVI  et  xxix,  pass.  ;  t.  II,  pi.  xxxv  et  xxxvui. 

3.  Rohault  de  Fleury,  La  Messe,  Autels,  pi.  xxxi. 
Ciampini,  Vetera  vionimenta,  t.  I,  pi.  LXV.  Bock,  Kleino- 
dien,  pi.  XX,  fig.  27.  Annales  archéol.,  t.  XXV  et  XXVI,  pi. 

4.  Voy.  Les  Expositions  rctrosp.  en  18S0,  p.  17g  et  sq., 
pi.  VIII,  fig.  2.  Quant  au  reliquaire  de  Tournai,  un  clichd, 
enraciné  chez  les  Belges  et  un  peu  aussi  en  France,  lui 
attribue  une  origine  mérovingienne.  A  deu.x  reprises,  j'ai 
fait  le  voyage  de  Tournai  pour  étudier  la  pièce,  on  l'a 
dessinée  et  photographiée  à  mon  intention,aussi  me  crois- 
je  le  droit  de  rectifier  des  appréciations  passablement 
hasardeuses.  L'objet,  boîte  en  épaisses  lames  d'or,  a  la 
forme  d'une  croix  pattée,  haute  de  o'"i4,  large  de  o'"ii5, 
non  compris  le  chapelet  de  grosses  perles  qui  prolonge 
l'intégralité  du  contour  ;  des  perles  plus  grosses  encore, 
surgissent  à  tous  les  angles  saillants  ou  rentrants.  La  tête 
mesure  o"'047  ;  les  bras,  o'"o4i  ;  la  tige,  o"'o67.  Les  deux 
faces  sont  pavées  de  pierres  précieuses  multicolores,  car- 
rées ou  arrondies.  A  lacroisée,d'uncpart  un  disque  d'émail 
cloisonné,  addition  postérieure  ;  de  l'autre,  une  relique  que 
garantit  un  cristal.  Le  couvercle,  emboîté  à  frottement, 
est  maintenu  par  deux  goupilles  horizontales.  A  l'intérieur 
de  la  caisse,  une  cloison  étanche  suit  les  parois  h  la  dis- 
tance de  o'"oo7  ;  en  outre,  à  chaque  extrémité  des  bras, 
d'autres  cloisons  déterminent  une  croisette.  Il  serait  pos- 
sible que  cette  caisse,  en  dehors  de  morceaux  du  Bois 


indiquent  que  la  scène  se  passe  dans  le  Para- 
dis Terrestre.  Notre  illustre  maître,  M. G.  B. 
de'  Rossi,  attribue  la  patène  Stroganov  à 
l'orfèvrerie  byzantine  du  \TI''  siècle  :  per- 
sonne ne  le  démentira  (').   Deux  camées. 


Gr~P 


G 


i? 


1  2 

I.  Croix  de  l'autel  du  tombeau  de  Galla  Placidia  (d'après  Roliault  de  Fleury). 
z.  Croix  de  la  patène  Stroganov  (d'après  de  'Rossi). 


Sacré  motivés  par  les  croisettes,  ait  renfermé  une  seconde 
croix  métallique  à  l'instar  de  \cncolpiiim  Dzyalinska, 
mais  je  n'oserais  le  garantir.  Assez  récemment,  une  douille 
a  été  introduite  dans  la  tige  ;  un  anneau  de  suspension 
muni  de  chaînettes  a  couronné  la  tête  :  donc,  en  dernier 
lieu,  l'objet  se  fichait  sur  un  pied  quand  on  ne  le  portait 
pas  au  cou.  Néanmoins  je  ne  serais  pas  éloigné  de  penser 
que  la  douille  moderne  en  a  remplacé  une  plus  ancienne, 
qui  s'emmanchait  dans  une  courte  hampe.  Quoi  qu'on  ait 
dit,  le  reliquaire  de  Tournai  ne  saurait  être  autre  chose 
qu'un  antique  spécimen  des  croix  de  bénédiction  toujours 
usitées  chez  les  Orientaux.  Sans  manche,  nous  en  trouvons 
un  original  dans  la  croix  dejustin  ;  une  copie,  sur  les  mo- 
saïques de  Saint- Vital,  à  Ravenne  (fig.  de  l'évêque  Maxi- 
mianus).Avec  manche,  nous  aurions  les  croix  de  bénédic- 
tion du  triptyque  de  la  Minerve  (Gori,  ouv.  cité,  t.  III, 
pi.  xxvi),  prototypes  des  insignes  en  bois  sculpté  garni 
de  métal,  qui  proviennent  du  Mont  Athos  (Gori,  ouv.  cité 
t.  III,  suppl.,  pi.  IV  ;  Bayet,  L'art  byzantin,  p.  273,  fig.  8g; 
Mitthcilungen  der  /•.  k.  central-Comin.,  t.  VI,  p.  149,  fig.  2). 
Rien  ici  de  mérovingien  ;  forme  générale,  décor  de  perles 
et  de  pierreries,  sertissure,  tout  est  byzantin  sur  le  reli- 
quaire de  Tournai.Aux  monuments  déjà  cités  en  faveur  de 
ma  thèse  j'ajouterai  les  hiérothèques  de  Constantin,  au 
\'atican,  et  de  Limbourg-sur-Ia-Lahn  (Bock,  Kleinodien, 
pi.  XX,  fig.  28  ;  aus'  m  Weerth,  Dos  Sie^eskretiz).  A  mon 
avis,  le  reliquaire  de  Tournai  doit  être  une  épave,  restée 
inconnue,  du  sac  de  Constantinople  en  1204. 

I.  Btillet.  ifarchéot.  chrét.,  1871,  p.   162,  pi.  IX,  fig.   i; 
Orig.  de  Porfcvr.  cloisonnée,  t.  II,  p.  364,  fig. 


anciens   itioircs   isculptég. 


27 


aussi  byzantins,  reproduisent  le  même  sujet; 
seulement,  le  disque  n'est  pas  placé  sous  la 
croix,  il  la  surmonte  et  il  encadre  un  buste  du 
Christ.  L'une  de  ces  pierres  est  au  Cabinet 
des  médailles  de  Paris  (')  ;  l'autre  a  été  dé- 
couverte par  M.  G.  Filimonov  sur  un  calice 
de  la  cathédrale,  dite  de  l'Assomption,  à 
Moscou  :  on  y  lit  distinctement  :  CKÇnH 
APONTIOV  (protection  de  Léonce)  {'). 

Evidemment  l'auteur  du  triptyque  a 
exécuté  une  variante  du  thème  ci-dessus. 
En  haut,  le  firmament  semé  d'étoiles  ;  en 
bas,  des  animaux,  des  végétaux,  des  plantes 
aquatiques  qui  sous-entendent  la  présence 
des  fleuves  sacrés  :  un  tel  ensemble  carac- 
térise assez  convenablement  l'Éden  pour 
qu'il  n'y  ait  pas  à  s'y  méprendre.  Mais 
pourquoi  deux  cyprès  inclinés  remplacent- 
ils  sur  l'ivoire  les  anges  de  la  patène  et  des 
camées  ?  Que  signifie  une  pareille  substi- 
tution ?  Quel  symbolisme  l'inspira  ? 

Le  cyprès  et  le  cèdre  furent  toujours  en 
vénération  chez  les  Orientaux  ;  le  premier 
ombrage  encore  aujourd'hui  leurs  cimetières. 
La  Bible  offre  plusieurs  comparaisons  tirées 
du  cyprès  et  du  cèdre  (^).  Les  anciens 
Perses  ont  sculpté  le  cyprès  associé  au 
àaofna  sacré  sur  la  rampe  du  grand  escalier 
de  Persépolis  ;  ils  plantaient  un  de  ces  coni- 
fères pyramidaux  au  centre  des  paradis 
ou  jardins  des  résidences  royales  (■').  Au 
point  de  vue  chrétien,  la  Préface  delà  Pas- 
sion   du    missel     romain  s'exprime    ainsi  : 

1 .  Chabouillet,  Catalogue,  n"  261 .  Ce  camée  est  ané- 
pigraphe. 

2.  Moniteur  de  la  Soc.  de  Part  antique  russe,  1874, 
p.  60.  Bull,  darch.  chrét.,  1875,  pi.  X,  fig.  2  ;    1876,  p.  76. 

3.  Cant.   catitic,  V,  15.  Ecclesiastic,  XXIV,  17  ;  L,  11. 

4.  Flandin  et  Costa,  Voy.  en  Perse,  pi.  .\cvni.  — 
Les  paradis  orientaux  sont  mentionnés  clans  plusieurs 
ouvrages  de  Xénophon,  dans  le  livre  d'Esther,  I,  5,  et  par 
Ndliifmie,  II,  8.  Relativement  au  cyprès,  voy.  Al.  de 
Humbold,  Cosmos,  trad.  franc.,  t.  II,  p.  113;  Lajard, 
Méin.  de  VAcad.  des  Inscr.,  nouv.  sdrie,  t.  XX,  part.  2, 
p.  129  et  sq.  ;  Tuch,  Comment,  uehcr  die  Genesis,  2'  édit., 
p.  53  et  sq. 


Detis  qui  salutem  humani  generis  in  ligno 
crucis  constitîiisti,  tit  nnde  mors  oriebatur, 
inde  vita  resurgeret,  et  qtci  in  ligno  vincebat 
in  ligno  qtwqtie  vincerettir.  Cette  allusion  à 
la  faute  de  nos  premiers  parents,  commise 
au  sujet  d'un  arbre,  effacée  par  un  autre 
arbre,  se  trouve  déjà  dans  le  Sacramentaire 
de  saint  Grégoire  le  Grand  :  Qui per  pas- 
siotiem  criicis  fnundttm  redeviit,  et  antiquœ 
arboris  aniarissimum gtistu^n  crticis  medica- 
viine  indulcavit,  viorteinqzie  quœ  per  lignum 
vetitmn  venerat,  per  ligni  trophcsum  devi- 
cit  (').  Saint  Jean  Chrysostome  avait  dit 
auparavant  :  «  Le  premier  bois  a  introduit  la 
mort,  car  la  mort  est  venue  après  la  faute, 
mais  le  second  nous  a  donné  l'immortalité  ; 
l'un  nous  chasse  du  paradis,  l'autre  nous 
ramène  au  ciel  (').  »  La  même  antithèse 
reparaît  encore  ailleurs  dans  les  écrits  des 
Pères  grecs  ou  latins  (-'). 

L'opinion,  généralement  acceptée  par  les 
exégètes  modernes,  distingue  deux  arbres 
plantés  au  milieu  du  ParadisTerrestre. Cette 
distinction,  que  saint  Jean  Chrysostome  et 
saint  Augustin  avaient  admise  (^),  est  as- 
surément conforme  au  texte  sacré:  Lignum 
etiavi  vita  in  viedio  paradisi.  lignuiiique 
scicntiœ  boni  et  mali  {^).   Dans  son    tableau 


1.  Préface  de  l'Invention  de  la  Sainte  Croix,  Opéra 
t.  III,  p.  86,  in  fol.,  Paris,  1705. 

2.  ^yjS-j')  zi  lùlo-j  OzyxToy  EKiL'7-r,yxyî  •  jUîrà  yxp 
T7]iJ  TZxpy.cxfTLV  6  Ox'jxzoi  ïminf^-vj ,  xû.x  to-jto  r/jy 
àSavâffiav  ïyjxplcoiTo  •  ïy.tlvo  -xpxèû'joii  ïikoxlXz. 
roGro  si;  ouox^j'j-jz,  r,:j.xç,  xvr,yxyi.  Homil.  XVI,  in  capit. 
III  Genesis  ;  Opéra,  t.  IV,  p.  132,  in-fol.,  Paris,  1721. 

3.  -Saint  Cyrille  de  Jérusalem,  Catechesis  XII,  p.  198, 
in  fol.,  Paris,  1720;  saint  Jean  Chrys.  Homil.  de  cœmet.  et 
cruce,  t.  II,  p.  400,  éd.  cit.;  saint  Grégoire  le  Grand, 
Expos,  super  cant.  cantic,  c.  vu  et  viii,  t.  III,  p.  452  et  458, 
éd.  cit.;  saint  Augustin,  Tract.  I,  in  Johanneni  Evang.,  c.  i. 

4.  Kai  zh  îùloy  r/;;  '^or,i  ïv  lAn'.i  zvj  uxpx^îi'jvj, 
y.x\zol;J'kov  zo-j  îidlvxi  yyr.-xjzbv  xx/.o-j  /.xi  -.o-jr,(,o-j. 
Homil.  XI II,  in  capit.  II  (îenes.  C'est  le  texte  même  des 
Septante.  Lignum  autem  vit;ie  plantatum  in  medio  para- 
disi... signiticat...  Ligno  autem  scientiae  boni  et  mali... 
significatur.  De  Genesi,  contra  Manich.  !.  II,  c.  9. 

5.  Gènes.,  II,  9. 


28 


IRcuue   De   l'art   chrétien. 


de  la  croix  triomphante  au  centre  de  l'Éden, 
notre  sculpteur  a-t-il  exactement  suivi  la 
Genèse  telle  que  les  Pères,  dont  j'invoque 
le  témoignage,  l'ont  comprise  ?  Au  cas  affir- 
matif,  le  cyprès  de  droite,  entouré  de  la 
vigne  féconde  ('),  serait  le  lignum  vitœ ; 
celui  de  gauche,  avec  ses  baies  impropres  à 
la  nourriture  de  l'homme,  le  ligmim  scientiœ 
bojii  et  malt.  Use  pourrait  néanmoins  que 
l'artiste,  fidèle  à  la  symétrie,  eût  dédoublé 
le  second  arbre  et  placé  le  bien  à  droite,  le 
mal  à  gauche  (^). 

L'exemple  qu'offre  l'ivoire  Harbaville 
n'est  pas  unique;  d'autres,  à  Constantinople, 
ont  traité  le  même  sujet,  et  chacun  l'a  rendu 
à  sa  manière.  Au  revers  de  la  célèbre 
hiérothèque  de  Limbourg-sur-la-Lahn,  œu- 
vre capitale  du  X*"  siècle,  exécutée  par 
l'ordre  de  Constantin  Porphyrogénète,  l'or- 
fèvre a  ciselé  une  croix  pommetée,  perlée 
aux  angles  saillants,  et  reposant  sur  un  gra- 
din de  quatre  marches  en  retrait.  Deux 
étoiles  identiques  à  celles  de  notre  monu- 
ment flanquent  la  tête;  deux  longues  feuilles 
d'acanthe,  élégamment  recourbées,  s'é- 
chappent en  accolades  de  la  marche  supé- 
rieure; au  dos  d'une  autre  hiérothèque  by- 
zantine en  métal  (XI^  siècle,  église  de 
Jaucourt,  Aube),  une  croix  analogue  à  celle 
de  la  patène  de  Stroganov  est  comprise 
entre  deux  touffes  d'acanthe,  et  les  sigles 
IC  XC  accostent  la  tête  (-'):  l'intention  des 

1.  Ego  quasi  vitis  fructificavi  suavitatem  honoris,  et 
flores  mei  fructus  honoris  et  honestatis.  Kcclesiastic, 
XXIV,  23.  Uxor  tua  sicut  vitis  abundans  in  latcribus  do- 
mus  tuœ.  Ps.  CXXVII,  3. 

2.  D'autres  explications  pourraient  être  fournies.  Le 
bon  larron  et  le  mauvais  (saint  Cyrille,  loc.  cit.)  ;  Eve, 
puisque  la  Sainte  Vierge  forme  sur  le  triptyque  la  contre- 
partie du  cyprès  vitifère  (saint  Jean  Chrys.,  Hom.  de  cœin., 
loc.  cit.)  :  mais  alors,  l'arbre  entoure  de  lierre  symbolise- 
rait Adam,  dont  je  ne  saisis  pas  les  rapports  avec  saint 
Jean- Baptiste.  A  cette  note,  bien  entendu,  je  n'attache 
aucune  importance  ;  elle  ne  vient  ici  que  poui  mémoire. 

3.  Gaussen,  PorlefcuilU  an/u'ol.  de  la  Champa_^ne, 
ORFÈVRERIE,  pi.  III.  E.  aus'  m  Weerth,  Das  Siegeskreu:, 
pi.  III. 


arbres  paradisiaques  perce  ici  sous  un  motif 
emprunté  à  la  flore  hellénique.  En  fait  de 
types  végétaux,  les  Byzantins  poussèrent 
très  loin  la  fantaisie;  leurs  monnaies  et  leurs 
sceaux,  tant  au  X"  siècle  qu'au  XI*",  varient 
le  thème  de  l'hiérothèque  de  Limbourg,  tout 


Revers  de  1  hiérothèque  de  Limbourg-sur-la-Lahn. 
(D  après  aus'm  Weerth.) 

en  demeurant  fidèles  à  une  donnée  primor- 
diale (').  Sur  une  mosaïque  de  Sainte- 
Sophie,    à    Thessalonique  (VP'   siècle),    la 

I.  Sur  une  monnaie  de  Justinien  II  (685-711),  la 
croix  à  trois  degrés  est  accostée  de  deux  branches  de 
laurier  issant  d'un  porte-bouquet.  .A.u  X"  siècle,  des  pal- 
mettes  ou  des  feuilles  en  crochets  remplacent  le  laurier 
auprès  de  semblables  croix  ;  au  XI%  les  volutes  se  fleu- 
ronnent;  au  XIII%  sous  les  empereurs  latins,  les  degrés 
sont  omis,  mais  l'accolade  végétale  persiste,plus  ou  moins 
grossièrement  rendue  :  l'idée  symbolique  était  sans  doute 
alors  oubliée.  11  est  toutefois  certain  que,  dans  l'iconogra- 
phie de  la  période  romaine,  les  plantes  à  volutes  fleuron- 
nées  représentaient  de  véritables  arbres.  Voy.  Sabatier, 
Monn.  byzanl.,  t.  II,  pi.  xxxvu,  12,  LVlll,  15  à  17  ; 
G.  Schlumbergcr,  Sc-eaiix  c'/t  -plomb  des  chefs  iiianglavites 
à  Bycance  ,  ap.  Antt.  de  la  Soc.  franc,  de  nnmism.,  1882, 
pi.  II,  I  ;  Sceau.v  de  ploiidi  inéd.  des  fouet,  pro-'.,  ap.  Rev. 
arcliéol.,  juin  1883,  pi.  xi,  26  ;  Méiii.  de  la  Soc.  des  Ant. 
de  France.,  t.  XLIV,  Le  Christ.,  la  Vierge  et  les  Saints, 
etc.,  tirage  à  part,  p.  8,  fig.  ;  Clarac,  Musée  de  sculpt.,  t.  II, 
pi.  cxxvill,  n°  172,  sarcophagî  du  Louvre,  n"  421.  La 
croix  pattée,  fichée  sur  un  disque  et  coinprise  entre  deux 
branches  de  feuillages,  caractérise  encore  le  revers  des 
monnaies  du  négous  Armah  (644-658)  roi  d'Ethiopie. 
Revue  nnmism.,  nouv.  série,  t.  xiii,  pi.  ii,  7,  et  ni,  8. 


anciens  itioircs   sculptes 


29 


Vierge  est  accostée  de  hautes  plantes,  imi- 
tations altérées  du  haoma  perse;  des  oliviers 
ou  des  cyprès  (?)  surgissent  entre  les  anges 
et  les  Apôtres  qui  se  développent  autour  de 
la  coupole,  à  la  suite  de  Marie.  Le  sujet  du 
tableau  est  l'Ascension  ;  les  personnages  de 
l'étage  inférieur  sont  donc  absolument  ter- 
restres, et  les  haoma  de  la  nouvelle  Eve  font 
allusion  à  l'Eden,  opposé  au  paradis  céleste 
dont  le  Christ  vient  de  rouvrir  l'entrée  à 
l'humanité  déchue  ('). 

Au  XI'^  siècle,  la  croix  figurée  sur  les 
triptyques  et  les  tablettes  d'ivoire  conserve 
la  silhouette  des  époques  antérieures;  le 
pommetage  persiste,  mais  l'accessoire  édé- 
nique  et  les  étoiles  disparaissent.  Tantôt  le 
champ  reste  complètement  vide  (''),  tantôt 
il  offre  une  simple  rosace  en  bas  et,  aux  côtés, 
l'acclamation  significative  ICTX^C  NHCA.  (^). 

Je  ne  puis  passer  sous  silence  une  autre 
variante  de  notre  sujet,  peinte  au  X'- 
Xl'sièclesur  le  y//6'/Wi9^<?de  Basile  II. Saint 
Timon,  l'un  des  sept  diacres  delà  primitive 
Église,  est  représenté  debout  sous  une  triple 
arcature  ;  chaque  baie  latérale  encadre  un 
cierge  allumé,  accosté  de  deux  cyprès  incli- 
nant vers  lui  leurs  cimes  aiguës  [*).  Il  n'y 
a  pas  d'erreur  possible  :  le  cierge,  remplaçant 
la  croix,  symbolise  comme  elle  le  Christ 
qui  est  la  véritable  lumière.  Le  cierge  rap- 
pelle les  fonctions  du  diacre  chargé  d'an- 
noncer l'Évangile,  où  le  Sauveur  est  qualifié 

1.  Texier,  L'arch.  bys.,  pi.  XL. 

2.  Gori,  ouv.cité.  t.  III,  pi.  ,\xvii,  triptyque  de  la  Mi- 
nerve ;  pi.  XXI,  panneau  de  Lucques. 

3.  Triptyque  du  Cabinet  des  mddailles  à  Paris  (Cha- 
bouillet,  Cillai.,  n°  3269).  La  face  a  été  publiée  par  Ch. 
Lenormant,  Didron  et  M.  Bayet  ;  le  revers  est  inédit  : 
j'en  dois  un  dessin  très  exact  au  talent  de  M.  de  Latour, 
Altaclié  au  Département  des  médailles.  Je  saisis  cette  oc- 
casion pour  remercier  mon  vieil  ami  A.  Chabouillct, 
M.  de  Latour  et  M.  Omont,  Attaché  ;\  la  section  des 
manuscrits,  .^  la  Hibliotlicque  nationale,  de  l'obligeance 
toute  particulière  qu'ils  ont  mise  ^  me  communiquer  les 
trésors  confiés  à  leur  garde. 

4.  T.  11,  p.  69. 


de  lumière  (')  ;  le  cierge  rend  palpable  la 
comparaison  de  saint  Augustin  :  Cj'îix 
Christi  est  inagjiiini  candelabriim.  Qui  vult 
hicei'e  non  erubescat  ligneo  candcUibro  (''). 
Tout  cela  est  si  rigoureusement  juste,  que 
le  Christ  lui-même 
trône, entre  deux  cyprès 
inclinés,  sur  un  émail 
byzantin  de  la  couronne 
royale  de  Hongrie  (^\ 
Ce  dernier  exemple 
n'est  pas  isolé.  Deux 
assez  médiocres  pan- 
neaux byzantins  en 
ivoire,  à  St-Ambroise 
de  Milan  (Xle  —  XII^ 
siècle), offrent  une  série 
de  tableaux  évangélis- 
tiques,  parmi  lesquels 
on  distingue  le  Christ 
debout  entre  deux  cy- 
près, la  cime  abaissée 
vers  sa  personne  divine. 

fiamDeau    allume  entre    deux     \  *     j       j        o 

cyprèsinciinés.cDaprèsieMé- Aux  pieds  du  Sauveur, 
noioge  de  Basile  II.)       -^  drolte  et  à  gauchc,  un 

homme  et  une  femme  (les  donateurs?) 
prosternés;  légende  :  TO  XgPGTG  (pour 
■/yXrji  ou  iyatpî-io-aô;,  la  salutation).  D'après 
mon  érudit  correspondant  de  Rome,  M.  le 
commandeur  Ch.  Descemet,  un  émail  li- 
mousin du  XlVe  siècle,  au  Musée  chrétien 
du  Vatican,  représente  le  Crucifix  accosté 
de  deux  hauts  arbres  tortillés.  Une  autre 
modification  du  thème  ci-dessus  se  voit  au 
trésor  de  la  cathédrale  de  Ravenne.  Le 
médaillon  central  de  la  croix  d'argent,  dite 
de  saint  Agnellus   (Vie  siècle),   figure,    au 

1.  Lumen  ad  revelationem  gentium.  S.  Luc.  II,  32. 
Lux  vcra  qu;v;  illuminât  omnem  hominem.  S.  Jean,  I,  8. 

2.  Scrmo  CCLX.XI.X,  m,  in   natali  Joh.  Bapt. 

3.  Bock,  KUin.Miicit,  pi.  X\I.  Ûrig.  de  Porfivr.  dois., 
t.  I,  p.  328,  pi.;  Essenwein,  KuUurhist.  BildcratUis,  pi. 
XXXIV,  fig.  6;  Mittluil.  t.  II,  p.  202,  tig.;  Labarte,  Hist. 
des  arts  imiustr.,  t.  II,  p.  92,  l''-'  éd.,  etc.,  etc. 


Flambeau    allumé  entre    deux 


1885.  —  1^*^  Livraison 


30 


îactjuc   De   rart    chrétien. 


revers ,  la  \"ierge  en  Orante ,  debout, 
flanquée  de  deux  cyprès  (').  Je  pense 
que  les  arbres  paradisiaques  ont  bien  été 
visés  sur  le  monument  de  Ravenne,  mais 
comme  j'ai  lu  ailleurs  que  l'if,  le  cyprès 
et  tous  les  conifères  à  verdure  persis- 
tante, symbolisaient  la  vie  future,  mon 
opinion  est  émise  à  un  état  purement 
hypothétique. 

Le  triptyque,  au  revers  de  son  panneau 
central,    nous    a    montré,    sous  une   forme 
symbolique,  le  triomphe  du  Christ  sur  la 
terre.  Le  Sauveur  glorifié  dans  le  ciel  et  son 
cortège  de  bienheureux,  tous  en  personne 
naturelle,  occupent  les  autres  parties  du  mo- 
nument :  Précurseur,    Mère,  Apôtres,  mar- 
tyrs,   docteurs,    confesseurs,    s'y   groupent 
autour  de  la  majesté  du  Divin  Maître.    Ce 
thème,  varié  suivant  les  exigences  du  cadre, 
apparaît  sur  les  mosaïques  de  Thessalonique 
et   de  Ravenne,  mais  il  est  bien   antérieur 
au  Vl"  siècle,  car  on  le  rencontre,  à  la  fin  du 
IV^  sur  un  grand  tableau  d'ivoire   en  cinq 
pièces,  jadis  à  l'abbaye  de  Saint-Michel  de 
Murano,  aujourd'hui  au  musée  de  Ravenne. 
Au  sommet,  plane  la  croix  encadrée  d'une 
couronne  que  soutiennent  deux  anges,  sui- 
vis par  les  archanges   Gabriel  et    Michel, 
l'un  à  droite,  l'autre  à  gauche.  Le  panneau 
latéral,  correspondant  à    Gabriel,   offre    la 
Guérison  de  l'avensfle  et  la  Délivrance  du 
possédé  ;    l'autre  panneau   symétrique,    la 
Résurrection  de  Lazare    et    le  Paralytique 
emportant  son  lit.    Au  bas,   Jonas   sous   le 
figuier,  puis  jeté  à   la    mer.  Au  centre,  le 
Christ  imberbe,  sans  nimbe,  assis  sur  un 
trône,   accosté  de   saint    Paul  et    de    saint 
Pierre    barbus  ;    derrière  le  Christ,   deux 
assesseurs  imberbes  :   le    dais   à    colonnes, 

I.  Gori,  ouv.  cité,  t.  III,  pi.  xxxil,  4=  compartiment 
du  2"  punudau.  C'\a.mp\n'i,  Vt'/era  monù/i.,  t.  II,  pi.  Xiv,  1.  B. 
Cette  gravure  est  très  mauvaise  ;  j'aime  mieux  renvoyer  le 
lecteur  aux  photographies  de  Ricci,  qui  sont  bonnes  et 
d'un  prix  relativement  minime. 


qui  abrite  la  composition,  est  flanqué  de 
croix  pattées  à  longue  tige.  Au-dessus,  la 
scène  des  Trois  jeunes  hommes  dans  la  four- 
naise, secourus  par  un  ange  ('). 

En  comparant    l'ivoire  de    Ravenne  au 
triptyque  d'Arras,  on  reconnaît  immédiate- 
ment que  l'ordonnance  générale  du  second 
a  été  inspirée  par  une  œuvre  analogue    au 
premier.  Ce  premier  lui-même  ramène  droit 
à  d'anciens  diptyques,  où  un  magistrat,  soit 
consul,  soit   fonctionnaire,    se   présente  ac- 
costé de  personnages  allégoriques,  ou  réels. 
Parmi  les  monuments  de  la  dernière  caté- 
gorie, un,  entre  autres,  rappelle  si   bien  le 
panneau  central  de  notre   agiothyride  que 
leur  affinité  n'est  guère  discutable.  Le  dip- 
tyque en    question  appartient  à  la    biblio- 
thèque  royale    de   Berlin,    et     il    remonte 
assurément  à  l'aube  du  IV""  siècle.  Sur  cha- 
cun des  feuillets,  divisés  en  deux  registres, 
on  voit  un    vicarms   tirbis   Ronia,    Rufius 
Probianus,  assis,  flanqué   de  deux   notarii 
debout  ;  le  registre  inférieur  comporte  deux 
avocats,  également  debout  et  plaidant  avec 
chaleur.   Les    sièges,   à  dossier  arrondi    et 
double  gradin,  sont  exactement  pareils.  Les 
personnages  correspondants  diffèrent  d'atti- 
tudes; ils  ont,  les  avocats  en  particulier,  un 
mouvement  qui  eût  été  peu  compatible  avec 
le  style  religieux  du  triptyque  :   mais  il  en 
est   autrement     du    magistrat.    Probianus, 
drapé  dans  sa  toge,   va  prononcer  une  sen- 
tence; sa  main  droite  levée  semble  bénir  à  la 
manière   latine  ;  sa   main   gauche    tient   un 
volnnien  appuyé  sur  le  genou.  Serrez  davan- 
tage les  plis  des  vêtements,   modifiez  légè- 
rement la  position  de  la  main  gauche,  ajoutez 
un  nimbe  et  une  barbe,  vous  aurez  une  figure 
encore  plus  proche  parente  du  Christ  d'Ar- 
ras que  celui  de  Murano.  L'assimilation  ne 
va  pas  au  delà  du  premier  feuillet;  le  second 

I.  Gori,  loc.  cit.,  pi.  wiU;\We%i\\ood,  Catal.  o/the  fictile 
ivorics  in  tlic  Soutli  Keiisim^ton  Muscuiii,  p.  50  et  360. 


anciens  itjoires  sculptés. 


31 


montre  Probianus  déroulant  un  volumen  où 
on  lit  des  félicitations  à  son  adresse.  Quant 
aux  avocats,  le  triptyque  leur  substitue  les 
plus   hauts   dignitaires   de    la   cour  céleste 


Premier  feuillet  du  diptyque  de  Rufius  Probianus. 
(D'après  W.  Meyer.) 

eux-mêmes,secrétaires  infaillibles  et  avocats 
sans  partie  adverse  ('). 

Jusqu'à  ce  qu'on  fasse  quelque  découverte 
contradictoire,  Il  me  semblera  démontré 
que  les  Byzantins  empruntèrent  à  Rome, 
et  non  à  leur  propre  fonds,  la  conception 

I.  W.  Meyer,  Zwei  antike  Elfcnbeintafehi  der  lUhlio- 
t/tek  in  Miinchen,  pi.  il  (les  deux  feuillets).  IVestwooii, 
ouv.  citd,  p.  13,  n"  39-40  :  une  petite  gravure  reproduit  le 
second  feuillet. 


originelle  de  l'agiothyride  Harbaville  et  de 
ses  répliques  ('). 

L'hiérothèque  de  Limbourg-sur-la-Lahn 
offre  le  thème  de  notre  ivoire,  modifié  selon 
les  exigences  du  cadre  et  de  la  destination 
du  meuble.  Au  couvercle,  un  échiqueté  de 
neuf  cases  :  case  centrale,  le  Christ  trô- 
nant ;  cases  latérales,  à  droite  le  Précurseur 
et  l'ange  Gabriel,  à  gauche  la  Vierge  et  saint 
Michel.  Les  noms  des  personnages  étant 
inscrits  à  côté  d'eux,  nous  connaissons 
maintenant  la  qualité  et  la  position  respec- 
tive des  bustes  anépigraphes  d'esprits  cé- 
lestes qui  flanquent  la  tête  du  Christ  sur  le 
triptyque  Harbaville.  Cases  supérieure  et 
inférieure,  douze  figures  appariées:  en  haut, 
saint  Jacques  et  saint  Jean  l'Evangéliste, 
saint  Paul  et  saint  Pierre,  saint  André  et 
saint  Marc  ;  en  bas,  saint  Matthieu,  saint 
Philippe  et  saint  Simon  (=).  A  l'intérieur, 
d'insignes  morceaux  du  Bois  Sacré,  disposés 
en  croix  cantonnée  des  neuf  chœurs  d'an- 
ges (').  Tout  ce  décor  est  émaillé  :  le  re- 
vers, complètement  métallique,  a  été  décrit 
plus  haut.  Supprimez  l'encadrement  de  la 
relique,  il  restera  la  variante  du  panneau 
majeur,  face  et  revers,  de  l'ivoire  Harba- 
ville. 

L'agiothyride  de  la  bibliothèque  du 
couvent  de  la  Minerve,  à  Rome,  déjà  men- 
tionnée incidemment,    constitue   une  autre 

1.  Deux  peintures  des  Catacombes  offrent  une  cer- 
taine analogie  avec  le  diptyque  de  Probianus.  D'abord, 
dans  un  arcosolium^  le  Christ  assis  et  enseignant  le 
codex  en  main  ;  il  est  flanqué  de  deux  apôtres  debout,  et 
de  capsœ  pleines  de  volumina.  Un  autre  arcosolium  montre 
un  magistrat,  vohtmen  déployé  en  main,  et  dans  l'action 
de  prononcer  une  sentence.  Ce  personnage  a  pour  siège 
une  espèce  de  sella  posée  sur  un  sugi^estiim.  De  chaque 
côté,  un  notarius,  ''oliiinen  déroulé;  en  avant  un  jeune 
homme,  les  bras  étendus,  probablement  un  chrétien  con- 
damné à  mort.  Bosio,  Ronia  soltcrranea,  p.  565  ;  Cahier, 
Caract.  des  Saints,  p.  782  ;  .\ringhi,  Roiiia  subterr.  noviss. 
t.  II,  p.  213,  fig.  2,  p.  329,tîg.  2. 

2.  Das  Siegeskreus,  pl.  I.  Ann.  archéol.,  t.  XV'II,  pi.  à 
la  p.  337;  Bayet,  ouv.  cité,  p.  215,  fig.  71. 

3.  Das  Siegeskrein,  pl.  il. 


32 


Clctjue  te    rsrt    chrétien 


variante  de  notre  objectif.  Mêmes  volets, 
sauf  de  notables  changements  introduits 
dans  le  costume  des  figures,  et  la  substitu- 
tion de  légendes  grecques  aux  bustes  des 
zones  intermédiaires.  Le  registre  inférieurdu 
tableau  central  reproduit  les  cinq  Apôtres, 
tels  que  nous  les  voyons  à  Arras  ;  le  supé- 
rieur montre  le  Christ  debout  entre  le  Pré- 
curseur et  la  Vierge  :  aucune  trace  d'ansfes. 
Sur  le  bandeau  de  séparation,  on  lit  une 
inscription  métrique  où  un  personnage 
nommé  Constantin  demande  au  Christ 
et  aux  bienheureux  d'être  délivré  de  toutes 
maladies.  Si  le  donateur  de  cet  ex-voto  est 
un  empereur,  on  aurait  le  choix  entre  Cons- 
tantin X,  le  célèbre  Porphyrogénète  {913- 
959),  Constantin  XI  (976-1028),  Constantin 
Monomaque(  1042-1055),  Constantin  Ducas 
(1059-1067).  Malgré  la  défectuosité  des 
planches  de  Gori,  on  sent  que  l'ivoire  de  la 
Minerve  ne  donne  pas  la  note  caractéris- 
tique du  grand  style  encore  dominant  au 
X"  siècle.  L'ex-voto  pourrait  s'attribuer  à 
Monomaque,  dont  il  existe  une  couronne 
émaillée  au  musée  de  Budapest,  bien  que 
les  proportions  des  figures  ne  s'accordent 
guère  sur  les  deux  monuments.  Néanmoins, 
qu'il  émane  d'un  souverain  ou  d'un  simple 
citoyen,  je  crois  que  le  triptyque  de  la 
Minerve  date  du  milieu  du  XI""  siècle  ;  les 
paragaudce  et  les  calliculœ  des  tuniques,  le 
costume  civil,  hormis  l'épée,  des  saints  de 
la  classe  militaire,  me  dictent  une  appré- 
ciation dont  je  n'oserais  toutefois  garantir 
l'exactitude  ('). 

I.  Thés.  vet.  dipt.,  t.  III,  p.  233  et  sq.,  pi.  xxvi  et 
XXVII  ;  Mamachi,  Orig.  et  antiq.  christ.,  t.  V,  part,  i, 
1.  IV,  c.  2,  §  5;  Westwood,  ouv.  cité,  p.  351  à  353  :  une 
note  rectifie  la  lecture  fautive  des  inscriptions  données 
dans  l'ouvrage  de  Gori.  Toutefois,  ce  dernier  auteur,  que 
M.  Westwood  oublie  de  citer,  a  publié  un  monument 
complet  dont  le  tableau  central,  face  et  revers,  est  exacte- 
ment décrit  par  le  savant  anglais  sous  le  n°  i  des  ivoires 
de  la  Minerve.  Le  n°  2  reprend  les  volets  comme  feuillets 
d'un  diptyque  {sic),  «  apparemment  du  même  artiste  que 


III. 

Revenons,  pour  ne  plus  l'abandonner, 
à  l'ivoire  Harbaville.  Son  battement  est 
orné  d'une  guirlande  de  feuillages  imbriqués, 
issant,  aux  extrémités  comme  au  centre,  de 
bouquets  d'acanthe  :  ce  motif  relève  de  l'art 
classique.  Les  nimbes  sont  bordés  d'un  filet 
de  perles  que  cercle  un  trait  au  vermillon 
(sac}'u>ii  incmtstiun);  la  même  couleur  rem- 
plit le  creux  des  légendes  gravées.  Des 
traces  notables  de  dorure  permettent  d'avan- 
cer que  tous  les  reliefs,  hormis  les  carna- 
tions, ont  été  recouverts  d'une  couche 
métallique  disparue  sous  les  effortscombinés 
de  la  potasse  et  du  chiffon  (').  Une  fente  à 
l'angle  supérieur  droit  du  panneau  central, 
la  perte  des  baguettes  rapportées  sur  la 
face  des  volets,  d'insignifiantes  éraflures, 
sont,  avec  l'enlèvement  de  la  dorure,  les 
seules  avaries  que  l'objet  ait  eu  à  subir. 

L'affinité  des  bandeaux  avec  la  bordure 
de  l'hiérothèque  de  Limbourg  est  palpable. 
Deux  importants  détails  nous  arrêteront  en- 
core :  le  trône  du  Christ  et  la  garde  des 
épées. 

Un  trône  à  dossier  évasé  en  forme  de 
lyre  semble  débuter  au  V^  siècle  ;  on  l'a 
figuré  alors  sur  les  mosaïques  de  Sainte- 
Agathe  Majeure,  à  Ravenne.  Nous  retrou- 
vons ce  genre  de  cathedra  sur  une  mo.saïque 
de  Sainte-Sophie  de  Constantinople,  attri- 
buée à  Basile  I";  sur  les  monnaies  du  même 
empereur  et  de  ses  successeurs,  jusqu'à  Jean 
Zimiscès  (969  à  976)  :  alors  un  nouveau 
siège  à  dossier  rectangulaire  surgit  à  côté 

le  n''  précédent.  »  Ces  volets,  je  les  reconnais  parfaitement 
sur  les  planches  de  Gori  ;  le  triptyque,  je  l'ai  récemment 
appris,  aurait  été  démembré  depuis  le  siècle  dernier. 

I.  Cette  destruction  de  la  dorure  serait  un  nouvel  ar- 
gument h  produire  en  faveur  de  la  circonscription  où  j'ai 
voulu  cantonner  le  triptyque  depuis  son  arrivée  d'Orient. 
En  Artois  et  en  Flandre,  on  récurait  les  œuvres  d'art, 
tableaux  et  autres,  absolument  comme  des  casseroles. 


ancicn0  itioircs   sculptés. 


33 


du  dossier  à  montants  courbes,  qui  s'éclipse 
après  Nicéphore  Botaniate  (').  Le  type  du 
trône,  à  dossier  arrondi  par  le  haut  et  à 
montants  rigides,  doit  être  plus  ancien  ;  on 
l'a  déjà  vu,  au  IV'^  siècle,  sur  le  diptyque  de 
Probianus  ;  le  siège  épiscopal  de  Maxi- 
mianus,  à  Ravenne,  en  fournit  un  exemple 
au  VI''  (^).  Quant  au  trône  de  modèle 
analogue,  mais  à  colonnes  cylindriques  ou 
carrées,  sommées  d'un  appendice,  il  se 
montre  à  Byzance  vers  la  fin  du  IX^  siè- 
cle (5)  ;  je  le  rencontre,  au  milieu  du 
X^,  presque  absolument  pareil  à  celui  du 
triptyque  Harbaville,  sur  le  couvercle  de 
l'hiérothèque  de  Limbourg.  Au  X'^-XP,  la 
mode  en  semble  abandonnée  ;  on  ne  le  voit 
plus  ensuite  qu'en  répliques  modifiées  au 
goût  du  jour  (■•).  L'ivoire  des  XL  Martyrs, 
au  musée  de  Berlin  (=),  l'émail  de  la  cou- 
ronne de  Hongrie,  n'attribuent  au  Christ 
qu'un  simple  tabouret,  sella. 

La  garde  des  épées  mérite  toute  notre 
attention.  Le  I.iy-'^  g'^'^c  et  le  gladms  romain 
manquent  de  garde  saillante  ;  un  simple 
arrêt  transversal  limite  le  bas  de  la  poignée. 
Ce  type  persiste  au  V"  siècle  (*)  ;  à  partir 
du  X'-XP,  il  devient  très  rare  chez  les 
Byzantins  qui,  alors  et  aux  temps  posté- 
rieurs, n'usent  plus  que  des  gardes  recti- 
lignes,  unies  ou   pommetées,  déjà  connues 

1.  Voy.  Ciampini,  Vct.  monùn.  t.  I,  pi.  XLVI  ;  Labarte, 
Hisi.  des  arts  induslr.,  Album,  pi.  CXVIII  ;  Sabatiei-,  Mann, 
byz.,  t.  II,  pi.  XLIV  et  sq.;  Willemin  ,  Mon.  fraiii;.  iiu'd., 
pi.  XL;  Bayet,  ouv.  cit.,  p.  169,  fig.  53. 

2.  Agnelli,  Li/>.  pontif.,  t.  11,  App.  pi.  à  la  p.  138;  H. 
\i!eKs,k'ostiîmhiiide,  Mitlclalter,  p.  152,  fig.  73;  A.  Essen- 
wein,  KuUurhist.  Bi/d.,  pi.  xii,  fig.  10;  Du  Sommerard, 
Les  arls  au  Moyen-âge. 

3.  Willemin,  ouv.  cité,pl.  xu  et  xiv. 

4.  Voy.  d'Agincourt,  ouv.  cit.,  PEINTURE,  pi.  LXXXV, 
I,  et  cvi,  12;  Triptyque  du  Vatican,  ap.  Gori,  loc.  cit. 

5.  Gori,  Thés.  vet.  dipt.,  t.  III,  Supp!.,  pi.  xi.  ;  W'est- 
wood,  ouv.  cité,  p.  74,  n"  166. 

6.  Diptyque  d'.\oste,  AVî'.  archéoL,  nouv.  série,  t.  V, 
p.  161,  pi.;  Dipt.  de  Monza,  ap.  Gori,  t.  II,  pi.  vu  ;  Anii. 
archéoL,  t.  X.XI,  p.  225,  pi.;  Labarte,  ouw  cité,  .-Mbum, 
pi.  n. 


longtemps  auparavant  (').  La  garde  à  an- 
tennes recourbées  en  croissant  dont  les 
pointes,  amorties  par  des  sphérules,  s'abais- 
sent et  adhèrent  presque  au  fourreau  ; 
l'écusson  qui  surgit  au  milieu  et  maintient 
strictement  la  lame  dans  sagaîne:  tout  cela 
est  essentiellement  oriental.  Pour  trouver 
un  modèle  semblable  aux  poignées  du  trip- 
tyque Harbaville,  j'ai  dû  recourir  à  l'Inde 
plus  ou  moins  moderne  (")  ;  mais,  n'im- 
porte son  lieu  d'origine,  la  garde  en  question 
exista  chez  les  Arabes,  où  des  armes  du 
XV''  siècle  nous  la  révèlent  sous  quelques 
altérations  nécessitées  par  la  richesse  du 
décor  ('). 


1  2  3 

Poignées  d'épées. 
I,  Triptyque  Harbaville;  z,  Inde;  3,  Boabdil. 

Les  remarques  ci-dessus  induisent  à  pen- 
ser que  la  garde  lunaire  à  quillons  abaissés 
ne  fut  à  Byzance  qu'un  caprice  de  mode,  et 
que  cette  mode,  importée  de  l'Orient  vers  le 
X"  siècle,   n'eut  qu'une  très   courte   durée; 

1.  Menai.,  pass.  ;  Labarte,  ouv.  cité.  Album,  pi.  LXXXV 
et  LXXXVI  ;  Gori,  t.  III,  pi.  xxiv;  Les  ar/s.  sompt.,  t.  I, 
pi.  LVII  à  LX.  Je  néglige  l'épée  de  Childéric,  jusqu'ici 
fautivement  restituée  ;  les  éléments  de  cette  arme  seront 
remis  à  leur  place  véritable  dans  un  prochain  fascicule  du 
Glossaire  A^  M.  Gay. 

2.  Voy.  Wilbraham  Egerton.  An  illustrated  handbpok 
of  indian  arms,  pi.  III,  fig.  7  ;  Coll.  de  Tzarkoé  Sélo. 
Antiq.  de  la  Russie. 

3.  L'épée,  dite  de  Boabdil,  h  V Artneria  real  de  Madrid, 
Mag.  pittor.,  t.  -X.Wl  1 1,  p.  376,  fig.;  l'épée  donnée  par  le 
duc  de  Luynes  au  Cabinet  des  médailles  de  Paris.  Cette 
dernière  est  inédite,  mais,  pour  aider  mes  souvenirs,  M. 
Ch.  Cournault  a  bien  voulu  m'otTrir  un  calque  de  son  ex- 
cellent dessin. 


34 


iRcDue   De   rart   cbtétien. 


essayons  de  fixer  l'époque  de  son  introduc- 
tion épisodique. 

L'empire  grec,  toujours  en  rapports  quel- 
conques avec  les  Perses,  dut  suivre  la  môme 
ligne  de  conduite  à  l'égard  des  Arabes  leurs 
successeurs.  Les  chances  de  la  guerre  ont 
certainement  amené  des  armes  arabes  à 
Constantinople,  mais,  si  léger  que  soit  un 
peuple,  le  prix  du  sang  versé  ne  s'infiltre 
guère  dans  ses  usages,  surtout  quand  ce 
prix  ne  résulte  pas  d'une  suite  ininterrom- 
pue de  victoires.  La  paix,  mère  de  l'industrie 
et  de  la  prospérité,  favorise  au  contraire 
une  réciprocité  d'échanges  entre  voisins, 
aussi  demanderai-je  le  mot  de  l'énigme  aux 
événements  pacifiques  qui  mirent  en  contact 
la  Grèce  et  l'Islam  aux  alentours  du  X" 
siècle. 

Théophile  (829-842),  au  milieu  de  grands 
revers  et  de  moindres  succès,  envoyait  à 
Bagdad  son  précepteur,  Jean  le  Syncelle  : 
dans  ce  voyage,  Jean  récolta  sur  l'art  mu- 
sulman des  idées  qu'il  tâcha  d'inculquer  à 
ses  compatriotes  (').  Constantin  X,  en  936, 
conclut  aussi,  à  Bagdad,  la  paix  avec  le  calife 
abasside  Kaher-Billah  ;  en  946,  le  même 
empereur  recevait,  à  Constantinople,  une 
ambassade  arabe,  à  qui  l'on  fit  le  plus 
brillant  accueil,  et  qui  dut  laisser  une  trace 
profonde  dans  les  esprits.  Les  minutieux 
détails  qu'enregistre  l'historiographe  de 
la  réception,  les  termes  caressants,  flloi 
ly.rjy.y.iyoi,  qu'il  affecte  d'employer,  la  pompe 
du  cortège,  le  luxe  étalé  dans  les  apparte- 
ments impériaux,  les  jeu.x  du  cirque  célébrés 
en  l'honneur  des  étrangers,  prouvent  l'im- 
portance capitale  attachée  par  la  cour  de 
Byzance  à  la  visite  de  ces  fils  de  Mahomet. 
La  princesse  russe,  Olga,  qui  vint  ensuite, 
ne  fut  pas  aussi  magnifiquement  traitée  (''). 

1.  Vie  de  Théophile,  c.  9. 

2.  Sabatier,  Monn.  byz.,  t.  II,  p.  121  ;  Constantin  Por- 
phyr.,  De  cœrem.  auiœ  byz.,  I.  H,  c.  xv,  p.  329  et  sq.,  éd. 
Reiske. 


Les  oisifs  et  les  industriels  de  la  Corne 
d'Or  n'avaient  guère  l'habitude  des  nobles 
arabes,  dont  la  tenue  et  les  armes  excitèrent 
assurément  leur  curiosité;  l'art,  mis  en  éveil, 
s'empara  de  ces  dernières  dans  un  but  sans 
doute  plus  spéculatif  que  pratique,  autre- 
ment il  serait  resté  davantage  qu'un  échan- 
tillon isolé.  Quoi  qu'il  en  soit,  je  pense  que 
notre  poignée  à  garde  exotique  est  un 
souvenir  éphémère  de  l'ambassade  de  946. 
Les  vêtements  fournissent  moins  d'induc- 
tions certaines  ;  ne  les  négligeons  pas  ce- 
pendant. Du  Christ  et  des  Apôtres,  il  n'y  a 
rien  à  dire;  ils  sont  empreints  de  la  tradition 
classique  admise  de  tout  temps.  Le  Précur- 
seur est  un  moine  oriental  ;  la  Vierge  a 
\ indumetttum  tanagrien  :  l'art  byzantin  les 
fiofure  ainsi  dès  son  origine,  et  il  ne  les  figfu- 
rera  jamais  autrement.  La  chlamyde  lati- 
clave,  ample  et  majestueuse,  se  montre  dès 
le  VI"  siècle  à  Saint-Vital  de  Ravenne;  au 
commencement  du  X*",  elle  est  telle  que  nous 
la  voyons  sur  le  triptyque;  vers  la  fin  de  la 
même  période,  elle  étriqué  déjà  ses  plis  ('). 
L'équipement  de  nos  guerriers  diffère  peu 
des  types  du  X'  et  du  XP  siècle, mais,  autant 
les  premiers  se  distinguent  par  leur  élégante 
désinvolture,  autant  les  seconds  sont  lourds 
ou  mal  bâtis  (-).  La  coupe  des  pontijïcalia 
est  bien  établie  à  Saint-Vital;  Maximianus 
y  offre,  sous  un  aspect  très  large,  la  forme 
qu'une  miniature  de  la  dernière  moitié  du 
IX'  siècle  (Bibliothèque  nationale  de  Paris) 
attribue  au  cidtus  episcopalis  des  saints  doc- 

1.  Labarte,  ouv.  cité,  Album,  pi.  Lxxxii  et  Lxxxill.  — 
La  chlamyde  courte,  drapée  sur  les  épaules,  appartenait 
au  costume  militaire;  la  longue,  au  costuine  civil.  Deux 
figurines  de  Tanagra  (collection  G.  Bellon,  à  Rouen), 
montrent,  au  IV*"  siècle  avant  notre  ère,  des  exemples  de 
chlamyde  longue,  mais  sans  tablion.  D'abord  un  jeune 
guerrier  debout,  cuirassé,  la  tlwlia  pendant  sur  le  dos;  sa 
chlamyde  blanche  descend  presque  jusqu'à  la  cheville.  En 
second  lieu,  un  éphèbe  assis,  coiffé  de  la  tholiu;  sa  chla- 
myde rouge,  très  ample,  l'enveloppe  de  la  tête  aux  pieds. 

2.  Labarte,  ibid.,  pi.  LXXXV  et  LXXXVI  ;  Menol.,  t.  II, 
p.  172. 


anciens   itioircs  sculptés. 


35 


leurs  grecs.  L'auteur  du  triptyque  interprète 
cette  forme  avec  moins  de  raideur,  notamment 
dans  Xépitrachélion;  la  peinture  le  fait  tom- 
ber droit,  la  plastique  le  retrousse  sur  le 
bras  en  le  confondant  avec  les  plis  de  la 
chasuble.  Du  reste,  le  Métiologe  fourmille 
de  fantaisies  en  matière  d'épitrachélion, 
aussi  je  soupçonne  les  artistes  postérieurs 
à  Basile  I'-'''  d'avoir  négligé  l'étude  d'un  in- 
signe épiscopal,  simple  accessoire  à  leur 
point  de  vue  ('). 

La  normale  classique  de  la  longueur  du 
corps  humain  varie  entre  7  et  8  têtes;  le 
VIII'' siècle  monte  jusqu'à  g;  le  IX'  donne 
7  et  8;  au  X"  on  trouve  6)^  et  7:  ensuite 
l'effilement  tend  à  s'accentuer  de  plus  en 
plus.  La  moyenne  du  triptyque, étant  de  6  i^, 
s'accorde  parfaitement  avec  les  proportions 
du  X"  siècle. 

Le  système  paléographique  de  notre 
monument  conclut  encore  au  X"  siècle. 
Mélanofe  d'horizontal  et  de  vertical,  la 
disposition  des  légendes  est  conforme  aux 
usages  épigraphiques  de  cette  période. 
L'UJ  très  ouvert  apparaît  déjà,  au  1 1"  siècle, 
sur  les  monnaies  impériales  d'Égype.  Ce 
même  caractère  et  le  U  que  l'on  rencontre 
dès  la  fin  du  III""  siècle  sur  les  inscriptions 
de  Salone  ("),  le  ^  à  base  prolongée, 
l'ancienne  abréviation  terminale  en  S, 
appartiennent  aussi  à  l'alphabet  de  l'hiéro- 
thèque  de  Limbourg.  Les  mêmes  types  se 
montrent  certainement  aux  temps  ultérieurs, 
mais  alors  les  formes  sont  en  général  plus 
maniérées,  l'orthographe  est  moins  correcte. 
En  outre,  XoDu'ga,  sous  les  deux  aspects 
ii  et  LU  mélangés,  ne  se  trouve  que  sur  les 
bulles  de  plomb  byzantines  des  \'I1''  et 
VI II"  siècles,  et  sur  les  disques  d'or  de 
même    nationalité,    découverts    à    Koniah 

1.  Bayet,  ouv.    cité,    p.    157,  fig.   46.   Les  arts  sompi., 
pi.  XXIX  ;    MenoL,  t.  I,  p.  8  à  116,  pass.;  t.  II,  pass. 

2.  Feurirdent,  Niimis.  de  P Egypte  anc.  ;  Domin.  rom. 
Miti/ieiL,  1878,  p.  LXXXI,  n"  21";  LXXXIl. 


(Iconium  de  Lycaonie)  (").  Les  lettres 
conjointes  M  et  E  de  Mépouoioç  exhalent 
aussi  un  parfum  d'antiquité. 

Tous  les  saints  figurés  sur  le  triptyque 
sont  reconnus  par  l'Église  latine  ;  plusieurs  y 
sont  en  haute  vénération  ;  on  peut  donc  le 
regarder  comme  entièrertient  orthodoxe  au 
point  de  vue  catholique.  Bien  que  l'argu- 
ment ne  soit  guère  décisif,  il  faut  pourtant 
tenir  compte  d'un  fait.  De  la  fin  du  IX^ 
siècle  au  milieu  du  XI^^,  l'union  religieuse  de 
Rome  et  de  Constantinople  ne  subit  que  des 
atteintes  momentanées  ;  la  rupture  défini- 
tive ne  se  consomma  qu'en  1053.  Photius, 
provocateur  du  schisme  en  862,  est  déposé 
en  867.  Rétabli  en  880,  il  perd  à  jamais  sa 
dignité  en  886;  bien  mieux,  en  932,  Théo- 
phylacte,  nommé  patriarche,  se  voit  confirmé 
par  le  Saint-Siège,  et  il  reçoit  des  légats  du 
pape  la  consécration  épiscopale  (-);  le  milieu 
du  X"  siècle  était  donc  une  époque  favorable 
à  la  production  d'images  catholiques. 

IV. 

Nous  avons  étudié  l'iconographie  et  le 
symbolisme  de  l'agiothyride  Harba- 
ville,  nous  avons  minutieusement  passé  en 
revue  ses  moindres  accessoires,  et  les  ca- 
ractéristiques du  X"^  siècle  ont  souvent 
répondu  à  nos  interrogations.  Le  style  et 
l'exécution  de  l'œuvre,  examinés  à  leur  tour, 
nous  conduiront-ils  à  la  même  époque  ? 

Dominante  au  VI  IL'  siècle,  encore  sou 
tenue  au  IX"=  par  quelques  empereurs,  la 
secte  des  iconoclastes  entrava  le  développe- 
ment des  arts  figuratifs  sans  parvenir  à  les 
supprimer.  Le  zèle  fanatique  des  briseurs 
d'images  ne  proscrivit  pas  d'une  manière 
absolue  la  représentation  humaine,   il   atta- 

1.  Sorlin-Dorigny,  Plaques  byzant.  trouvées  à  Koniah, 
ap.  Bull,  lie  la  Soc.  des  Aiiliq.  de  Fratuc,  1883,  p.  126,  pi. 

2.  Sabatier,  .l/o««.  byz.,  t.  II,  p.  105,  106,  m,  121. 
\'oy.  aussi  De  cœrem.  aulœ  by::.,  1.  II,  c.  38,  p.  167,  édit. 
Reiske. 


36 


la  cuuc  De   r  3r  t   chrétien. 


qua  surtout  les  effigies  peintes  ou  sculptées 
du  Christ  et  des  saints  qui  lui  semblaient 
fournir  quelque  prétexte  à  un  culte  idolâtri- 
que.  Nombre  d'artistes,  étrangers  au  do- 
maine religieux,  furent  donc  alors  tolérés 
par  le  pouvoir,  que  d'autres,  en  général  des 
moines,  osèrent  braver  ouvertement;  aussi 
connaissons-nous  des  œuvres  figurées  con- 
temporaines de  la  persécution.  Bien  qu'il  se 
fût  montré  novateur  à  son  début,  l'art  byzan- 
tin, issu  de  la  décadence  romaine,  n'en 
répudia  pas  immédiatement  toutes  les  tra- 
ditions; chez  lui,  sous  un  dessin  plus  correct, 
persistèrent  longtemps  les  formes  lourdes 
et  bouffies  du  V*"  siècle  gréco-latin.  Le  célè- 
bre ange  d'ivoire  du  British  Mitscînn,  sous 
les  hautes  qualités  qui  le  distinguent,  reste 
néanmoins  un  peu  massif  (').  Cet  ange  date 
environ  du  VI"  siècle;  au  commencement 
du  X%  on  retrouve  encore  les  mêmes  dé- 
fauts sur  les  figures  symboliques  de  la  Sa- 
gesse, CO<I>IA,  et  de  la  Prophétie,  nPO'I)HTIA, 
qu'une  miniature  associe  au  roi  David.  Des 
draperies  largement  traitées  n'y  compen- 
sent pas  assez  la  négligence  des  raccourcis 
et  la  vulgarité  des  têtes;  celles-ci  ramènent 
aux  commères  banales,  allégorisant  Rome 
et  Byzance  sur  les  diptyques  consulaires  [^). 
Mais  déjà  la  fin  du  IX^  siècle  avait  donné 
une  note  sensiblement  différente,  qu'il  est 
aisé  d'expliquer.  La  violence,  physique  ou 
intellectuelle,  aboutit  toujours  à  une  réac- 
tion ;  l'art  endormi  par  les  iconoclastes  se 
réveilla  sous  Basile  I^""  avec  des  aspirations 
nouvelles.  Au  lieu  de  renouer  le  fil  d'une 
tradition  usée,  l'école  macédonienne  s'éprit 
amoureusement  du  véritable  antique  dont 
les  chefs-d'œuvre  peuplèrentConstantinople 
jusqu'à  la  catastrophe  de  1204.  Deux  pages 

1.  Labarte,  Hist.  des  arts  iiid.,  Album,  pi.  IV;  An7i. 
archcoL,  t.  XVIII,  p.  t,},,  pi.;  Bayet,  ouv.  cité,  p.  90,  fig.  31; 
Westvvood,  ouv.  cité,  p.  63. 

2.  Labarte,  loc.  cit.,  pi.  Lxxxil  ;  Gori,  ouv.  cit.,  t.  I  et 
II,  pass. 


du  manuscrit  510  G,  à  la  Bibliothèque  na- 
tionale de  Paris,  exécuté  entre  S67  et  886, 
témoignent  de  ce  retour  vers  un  passé  glo- 
rieux. Noblesse  des  physionomies,  attitudes 
variées,  mouvements  naturels,  tout  est  ad- 
mirable sur  des  peintures  auxquelles  on  n'a 
guère  à  reprocher  que  le  maniéré  et  la  sé- 
cheresse des  plis  ('). 

Peu  d'années  s'écoulent  entre  la  mort  de 
Basile  et  l'avènement  de  son  petit-fils,  Con- 
stantin X.  Sous  le  long  règne  du  Porphyro- 
génète,  zélé  protecteur  des  arts  et  artiste 
lui-même,  la  peinture  et  la  sculpture  opèrent 
une  légère  évolution  qui  les  rapproche  en- 
core davantage  de  l'antique.  Le  dessin  de- 
vient plus  correct,  les  draperies  sont  plus 
sobres  et  plus  savantes,  mais  les  figures 
perdent  en  énergie  ce  qu'elles  gagnent  en 
élégance.  La  finesse,  la  douceur,  la  sérénité, 
l'harmonie,  caractérisent  les  œuvres  écloses 
au  milieu  du  X"  siècle  ;  au  XL,  la  dureté,  la 
sécheresse  du  IX*"  reparaissent  en  s'accen- 
tuant  plus  fort  ;  l'effilement  s'achemine  peu  à 
peu  vers  une  émaciation  complète  ;  les 
scènes  atroces  des  Alénologes  sont  désormais 
en    faveur    ('').    Dans    les    arts    décoratifs, 


1.  Le  Moyen  Age  et  la  Renaiss.,  Miniat.,  pi.  vn  ; 
Labarte,  loc.  cit.,  pi.  LXXXI  ;  Bayet,  ouv.  cité,  p.  161, 
fig.  48.  A  la  p.  159  (fig.  47)  de  son  excellent  petit  volume, 
M.  Bayet  reproduit  une  autre  miniature  extraite  d'un 
Psautier  contemporain  du  manuscrit  510  G.  Je  n'ai  point 
invoqué  une  page,  argument  victorieux  en  faveur  de  mon 
assertion.parce  qu'elle  ne  me  semble  pas  œuvre  originale, 
mais  bien  copie  servile  d'une  fresque  antique.  Dans  cette 
idylle  on  reconnaît  un  Tityre  virgilien  chantant  ses  amours. 
Autour  de  lui,  troupeau,  chien,  maîtresse,  rival  ;  rien  n'y 
manque,  pas  même  \sfugit  ad salices  et  se  cupit  ante  videri. 
Ici  le  lot  du  pasticheur  se  borne  à  un  changement  de 
noms  :  Tityre  s'appelle  David  ;  Amaryllis,  la  Mélodie  ; 
Ménalque  personnifie  la  montagne  de  Bethléem  ;  Gala- 
thée  seule  est  exemptée  du  baptême. 

2.  En  signalant  comme  une  dépravation  de  goût  les 
sanglantes  atrocités  dont  les  Ménologes  fourmillent,  je  ne 
prétends  pas  dire  que  les  Byzantins  du  -XI"  siccle  aient  été 
les  créateurs  du  genre  :  loin  de  là.  Dans  sa  remarquable 
étude,  intitulée  Rome  au  IV"  siicle  d'après  les pohiies  de 
Prudence  (Re7'ue  des  quest.  histor.,  t.  XXXV'I,  p.  40,  41, 
54)  55).  ^^-  Paul  Allard,  armé  de  textes  et  de  monuments, 
cite  plusieurs  exemples  de  scènes  de  martyre  figurées,  tant 
chez  les  Grecs  que  chez  les  Latins,  dès  le  IV'  siècle  et 


anciens  idoires  sculptes 


3/ 


l'effet  se  produit  en  raison  directe  de  la 
simplicité  d'exécution  ;  or,  aux  époques  de 
décadence,  c'est  le  contraire  qui  arrive,  le 
détail  absorbe  l'ensemble. 

Que  l'on  compare  maintenant  à  notre 
triptyque,  et  l'hiérothèque  à  date  certaine  de 
Limbourg,  et  les  admirables  Évangélistes, 
peints  en  964,  cinq  ans  après  la  mort  de 
Constantin  X,  sur  le  manuscrit  70  G  de  la 
Bibliothèque  nationale  de  Paris  ('),  on  res- 
tera convaincu  que  tous  ces  monuments  sont 
du  même  temps  et  qu'une  même  école  lésa 

peut-être  même  auparavant.  J'ai  sous  les  yeux  trois  de  ces 
exemples  dus  à  l'art  occidental  :  le  supplice  bien  connu  de 
saint  Laurent  ;  un  chrétien  jeté  dans  un  puits  et  secouru 
par  un  ange  ;  la  flagellation  de  saint  Achillée  (voy.  de' 
Rossi,  Bull.  cTarchcol.  chrét.,  1869,  pi.  m,  8;  1S72,  II,  i  ; 
1875,  IV).  Tout  y  est  empreint  de  la  simplicité  et  de  la 
gravité  romaines;  ni  exagération  d'attitudes,  ni  raffine- 
ments cruels.  Mettons  en  regard  les  sujets  analogues  du 
Aléiiolûge  de  Basile  II  :  saint  Oreste  couché  sur  un  gril 
(t.  Il,  p.  26),  diverses  fustigations  (t.  I,  p.  2g,  38,  83,  etc.), 
saint  Chrysante  et  sainte  Daria,  plongés  vivants  dans  une 
fosse  remplie  d'ordures,  oîi  des  bourreaux  les  enfoncent  à 
coups  de  pilon  (t.  1,  p.  122);  l'on  appréciera  la  différence. 
Encore  je  me  borne  aux  comparaisons  ;  il  faudrait  aller 
jusqu'en  Chine  pour  trouver  le  dépècement  de  saint  Jacques 
le  Perse  (t.  I,  p.  215),  et  le  réalisme  féroce  de  Ribera  se 
serait  effarouché  devant  la  crudité  de  certains  tableaux 
que  le  lecteur  cherchera  lui-même  s'il  en  éprouve  le  besoin. 
Mon  docte  ami  Paul  AUard  produit  en  original,  accom- 
pagné d'une  élégante  traduction,  de  fort  beaux  vers  où 
Prudence  décrit,  d'après  des  peintures  qu'il  aurait  person- 
nellement examinées,  les  supplices  du  maître  d'école  saint 
Cassien,  torturé  à  coups  de  style  par  ses  jeunes  élèves  et 
de  saint  Hippolyte  que  des  chevaux  sauvages  entraînent 
au  milieu  des  rochers  et  des  broussailles  {Péristépli.,  IX, 
9  à  16;  XI,  123  à  152).  Une  lecture  attentive,  jointe  à 
quelque  teinture  des  procédés  de  l'art  chrétien  occidental, 
suffit  pour  faire  comprendre  que  Prudence  a  singulièrement 
assombri  les  choses.  L'écrivain  espagnol  ne  rappelle  pas 
mathématiquement  ce  qui  était  tracé  sur  la  muraille  des 
églises  ;  son  imagination  poétique  lui  a  dicté  les  circonstan- 
ces des  deux  martyres,  telles  qu'elles  durent  se  passer  en 
réalité.  Hors  les  Byzantins,  aucun  peintre  n'accepterait  les 
programmes  textuels  du  récit  de  Théramène  et  de  la  mort 
de  Jézabel,  si  admirablement  formulés  par  Racine  ;  je 
n'hésite  pas  à  ranger  ici  Prudence  dans  la  même  catégorie 
que  notre  grand  tragique.  En  figurant  un  supplice  pareil  à. 
celui  de  saint  Hippolyte,  l'illustrateur  du  Ménologe  (t.  I, 
page  179)  a  reculé  devant  la  multiplicité  des  atroces 
détails  qu'affectionne  Prudence  :  il  s'est  montré  relative- 
ment simple,  mais  il  a  inventé  un  raffinement  échappé  au 
Latin.  La  longe  du  cheval  est  arrêtée  par  d'énormes  che- 
villes qui  traversent  les  pieds  du  patient  :  ailleurs  on  se 
serait  contenté  du  nœud  coulant. 

I.   Labarte,   loc.   cit.,  pi.  lxxxiv.   Les  arts  soiiipl.,  t.  I, 
pi.  XXXVI  à  xxxix. 


enfantés.  A  l'art  macédonien  revient  encore 
assurément  un  délicieux  camée  en  aiguë 
marine  de  la  collection  Victor  Gay;  le 
Christ  debout  qui  y  figure  est  le  cousin  ger 
main  du  saint  Pierre  de  l'ivoire  Harbaville: 
un  antique  modèle  grec  inspira  les  deux  ("). 


Camée  byzantin  de  la  collection  V.  Gay. 
(Extrait  du  Glossaire  archéologique). 

Le  cachet  de  l'école  macédonienne  lui  est 
essentiellement  propre  ;  quand  elle  disparaît 
entièrement  vers  le  milieu  du  XI"  siècle, 
ses  ivoiriers  laissent  leur  héritage  à  des 
praticiens  encore  assez  habiles,  mais  pauvres 
d'invention,  guindés,  émaciés,  raides,  ma 
niérés  ou  vulgaires.  Après  1 204,  il  n'y  a 
plus  absolument  que  la  routine  du  pasti 
cheur  maladroit.  Didron  avança  que,  du 
XI 11^  siècle  à  nos  jours,  l'art  byzantin  est 
resté  stationnaire;  cinquante  ans  plus  tôt, 
d'Agincourt  entrevoyait,  au  XIV^,  une 
lueur  de  renaissance.  Didron  ne  se  trompait 
pas  ;  les  variantes,  ou  même  les  copies  ser 
viles,  de  chefs-d'œuvre  perdus  induisirent 
d'Agincourt  en  erreur. 

Une  dernière  question  se  présente  à  élu- 
cider; notre  monument  est-il  un  original  ou 
une  simple  réplique  ?  Ici,  rapportons-nous 
à  l'exécution  spéciale  du  sujet,  aux  procédés 
mécaniques  employés  pour  le  faire  jaillir  de 
la  matière  brute. 

Nous  avons  montré  le  thème  primitif  où 
l'artiste  a  puisé  l'ordonnance  générale  de  sa 
conception  ;  nous  savons  où  il  a  trouvé  l'at 


I.  Gloss.  arcliéol.  du  moyen  âge,  p.  258,  fig.  A.  Le 
camée  de  M.  Gay  me  paraît  bien  supérieur  à  celui  du  Ca- 
binet de  France,  qui  représente  aussi  le  Christ  dans  la 
même  attitude  :  leurs  styles  sont  très  diflférents.  Voy, 
Chabouillet,  Calai.,  n"  258  ;  Duruy,  Hisl.  des  Romains, 
nouv.  édit.,  t.  \TI,  p.  92,  fig. 


Livraison. 


38 


Eeuue   De    l'art  chrétien. 


titude  de  son  Christ;  ses  Apôtres  debout 
dérivent  aussi  d'un  modèle  antique.  Des 
statues  analogues  au  SopJiocle  du  musée  de 
Latran,  à  \ Aristide  de  la  galerie  Farnèse, 
à  un  marbre  de  la  bibliothèque  de  Saint- 
Marc,  à  Venise,  ont  évidemment  inspiré  le 
saint  Pierre  et  ses  quatre  assesseurs  (')  ;  la 
ronde-bosse  a  été  traduite  en  bas-relief.  La 
ressemblance  avec  \e. Sophocle, et  surtoutavec 
le  marbre  gréco-romain  de  Venise,  est  frap- 
pante; ramenez  le  bras  gauche  en  avant, 
mettez  les  talons  sur  la  même  ligne,  vous 
aurez  à  peu  près  nos  images  de  saint  Pierre 
et  de  saint  André.  Quant  aux  types  d'âge 
plus  récent,  le  sculpteur  ne  les  a  certaine- 
ment pas  inventés,  mais  il  a  dû  y  mettre 
davantage  du  sien.  J'insisterai  peu  sur  l'ap- 
plication des  rais  de  cœur  et  des  bagues 
perlées  —  motif  emprunté  à  l'ancien  chapi- 
teau ionique  — ■  aux  montants  du  trône  ; 
encore  moins  sur  la  transformation,  médio- 
crement heureuse,  de  la  palmette  grecque 
en  feuilles  de  vigne  et  en  trèfles.  Le  lot  per- 
sonnel de  l'artiste  ne  réside  ni  dans  ces  dé- 
tails, ni  tout  à  fait  dans  la  correction  du  des- 
sin ou  la  sobre  élégance  des  draperies;  l'ex- 
pression variée  des  têtes  qui,  sous  une  petite 
échelle,  parviennent  à  égaler  la  nature,  enfin 
le  coup  de  ciseau,  révèlent  plus  manifeste- 
ment un  talent  hors  ligne,  une  individualité 
primesautière. 

Chaque  atelier  byzantin  à'cborai'ii  était 
dirigé  par  un  maître;  celui-ci,  après  avoir 
exécuté  sa  maquette  (pj'otoplasma)  en  cire 
plastique,  la  livrait  à  des  élèves  ou  à  de 
simples  ouvriers.  Les  uns  interprétaient  le 
modèle  à  leur  guise,  les  autres  le  copiaient 
servilement  et  pour  ainsi  dire  mécanique- 
ment: l'inexpérience,  la  maladresse,  le  dé- 
faut de  compréhension,  trahissent  les  ou- 
vrages de  seconde  et  de  troisième  main.  Le 

I.  Duruy,    Hist.    des  Romains,  t.   IV,  p.   559,  fig.,  éd. 
citée;  Rich,  Dict.  des  antiq.,  p.  452  et  650,  fig. 


travail  du  triptyque  Harbaville  est  au  con- 
traire irréprochable;  ni  faiblesse  ni  tâtonne- 
ment: le  maître  s'y  accuse  partout.  L'unique 
outil  des  tailleurs  d'ivoire  consiste  en  un 
ciseau  triangulaire,  à  pointe  aiguë  et  à 
lames  tranchantes;  il  y  en  a  de  plusieurs 
dimensions.  Deux  des  lames  sont  rectilignes, 
la  troisième  est  courbe.  La  pointe  esquisse 
les  contours  et  refouille  les  détails  ;  les  lames 
droites  creusent;  la  lame  courbe  racle  les 
copeaux  et,  par  une  série  de  grattages, 
détermine  les  divers  plans  du  relief.  Les 
apprentis  ou  les  copistes  abusent  en  général 
de  la  pointe  et  de  la  lame  rectiligne  ;  pourvu 
que  le  pli  soit  nettement  tracé,  ils  ne  se 
préoccupent  guère  du  reste,  et  la  savante 
dégradation  des  méplats  leur  semble  in- 
connue.Ces  méplats  sont  ici  rendus  avec  une 
incomparable  souplesse;  la  transition  des 
plans  est  habilement  ménagée  ;  les  arêtes 
n'affectent  pas  une  vivacité  brutale  ;  le  mo- 
delé des  têtes  est  ferme,  vigoureux,  sans 
e.xagération  musculaire;  une  incomparable 
suavité  caractérise  la  Vierge,  on  croirait  voir 
une  terre  cuite  de  Tanagra  idéalisée;  aucune 
des  répliques  qu'on  en  a  faites  n'approche 
de  ce  sentiment  exquis.  Les  barbes  et  les 
chevelures  sont  remarquablement  soignées. 

Si  les  costumes  militaires  offrent  des  dé- 
tails trop  minutieux  ou  trop  sèchement  trai- 
tés, la  faute  incombe,  non  à  l'artiste,  mais  à 
l'époque  où  il  vécut.  Tant  de  qualités  d'ail- 
leurs compensent  une  légère  erreur  de  goût  ! 

Oui  donc,  le  triptyque  Harbaville  est 
vraiment  une  œuvre  originale  ;  la  main  y  est 
inséparable  de  la  pensée.  Le  maître,  auteur 
de  la  maquette,  n'a  pas  voulu  laisser  à  un 
praticien  vulgaire  le  soin  de  la  reproduire 
sur  l'ivoire;  il  a  immortalisé  lui-même  son 
esquisse  fugitive  en  la  confiant  aune  matière 
assez  résistante  pour  braver  les  outrages  du 
temps.  Objet  de  piété  destiné  au  foyer  do- 
mestique, notre  agiothyride,  à  mon  avis,  ne 


anciens  iijoires  sculptés. 


39 


rentrait  pas  dans  la  classe  des  articles  cou- 
rants; commandée  par  quelque  riche  patri- 
cien pour  meubler  son  oratoire  ou  son  cubi- 
culiini  {y.oizm),  elle  y  demeura  suspendue 
jusqu'à  ce  que  la  violence  l'en  arrachât.  A 
une  perfection  artistique  ignorée  de  l'in- 
dustrie routinière,  s'ajoute  le  luxe  de  la 
dorure,  souvenir  de  l'ancienne  Grèce,  luxe 
indifférent  à  nos  yeux,  mais  qui,  au  moyen 
âee,  aug-mentait  singulièrement  la  valeur 
vénale  des  sculptures.  Il  est  fâcheux  qu'à 
l'exemple  de  l'hiérothèque  de  Limbourg, 
du  triptyque  de  la  Minerve,  des  deux  volets, 
l'un  passé  de  Florence  au  musée  de  Vienne, 
l'autre  jadis  dans  la  collection  Verdura, 
à  Padoue  ('),  une  dédicace  ne  nous  ait  pas 
transmis  le  nom  du  possesseur  primitif. 
Quant  à  notre  magister  eborarius,  il  était 
moine  sans  doute;  un  aussi  profond  savoir 
en  symbolisme  pouvait  difficilement  incom- 
ber à  des  laïques. 

V. 

DÈS  l'exorde  de  ma  notice,  le  triptyque 
Harbaville  est  résolument  proclamé 
chef-d'œuvre;  la  suite  tend  à  justifier  cette 
opinion  et  à  l'inculquer  au  lecteur.  Depuis 
que  j'ai  abordé  l'étude  des  ivoires  byzantins, 
beaucoup  ont  passé  devant  moi,  soit  en  ori- 
ginal, soit  en  photographie  —  la  gravure  est 
impuissante  à  rendre  la  technique  —  et  nul 
d'entre  eux  n'a  pu  faire  baisser  le  niveau 
d'un  enthousiasme  toujours  croissant  pour 
mon  objectif  Je  ne  veux  certes  pas  l'exalter 
aux  dépens  de  morceaux  très  remarquables, 
très  appréciés  des  savants  et  des  artistes  ; 
mais,  si  ces  morceaux  offrent  séparément  une 

I.  Goii,  ouv.  cité,  t.  III,  pi.  xxvui  et  xxix  ;  West- 
wood,  ouv.  cité,  p.  78,  n°  178.  Le  volet  de  Vienne  repré- 
sente saint  Pierre  et  saint  André  ;  relui  de  Padoue,  saint 
Paul  et  saint  Jean  :  on  ne  sait  pas  où  il  est  actuellement. 
Les  dessins  grandeur  naturelle  de  Gori,  tout  insuffisants 
qu'ils  soient,  donnent  bien  la  note  du  yA"  siècle,  style  de 
l'ivoire  de  Romain  IV^  et  Eudocia  ;  l'empereur,  (îîo-Trdr/]^ 
}^<>yjirci.vT'vjoz,,  mentionné  sur  l'inscription  doit  être 
Constantin  XIII  (1059-1067). 


ou  plusieurs  des  qualités  distinctives  de 
notre  triptyque,  lui  seul,  que  je  sache,  les 
réunit  toutes  en  bloc.  Ordonnance  magis- 
trale du  sujet,  profonde  intelligence  du  sym- 
bolisme, correction  du  dessin,  sage  modé- 
ration du  relief  ('),  supériorité  de  main, 
élégance  et  attitude  naturelle  des  personna- 
ges, rendu  moelleux  des  draperies,  exquise 
délicatesse  des  têtes  et  des  extrémités,  enfin 
conservation  intégrale  ;  où  trouver  ailleurs 
un  pareil  ensemble  ?  Ch.  de  Lixas. 

.^^^.^  ;^ppenîiice.  -— -^. 

ITcs  arbres  paraDisiaqucs  en  Hitcmarme. 

LA  mise  en  pages  de  mon  travail  était 
déjà  faite,  lorsque  j'ai  reçu  le  second 
volume  de  l'ouvrage  du  D''  Heinrich  Otte 
( Handbuch  der  KircJilichen  Kunst-archdo- 
logie  des  deutschen  Mittelalter,  5^  éd.,  i  SS4). 
On  y  trouve,  p.  575,  une  fort  curieuse 
variante  du  sujet  sculpté  au  revers  de 
notre  ivoire.  Sur  les  lambris  de  bois  peint, 
laqicearia  depicta,  qui  décorent  l'église  de 
Saint-Michel,  à  Hildesheim,  un  habile 
artiste  du  XIIc-XIII^  siècle  a  figuré  la 
généalogie  de  Notre-Seigneur  dans  une 
série  de  1 1 1  caissons  grands  et  petits.  Le 
fragment  placé  sous  mes  yeux  montre, 
disposés  en  double  bordure  :  des  bustes  de 
patriarches  antédiluviens  reliés  entre  eux 
par  des  rinceaux  ;  les  quatre  fleuves  édéni- 
ques  ;  les  évangélistes  saint  Marc  et  saint 
Luc  ;  les  symboles  de  ces  écrivains  sacrés. 
La  composition  centrale  offre  nos  premiers 
parents  aux  côtés  de  XArbi'e  de  la  science  du 

I.  Cette  modération  est  encore  un  emprunt  fait  à  la 
technique  des  anciens  grecs,  qui  donnaient  à  leurs  bas- 
reliefs  une  très  faible  saillie  :  le  bas-relief  romain,  au 
contraire,  vise  presque  toujours  à  la  ronde-bosse.  Notre 
sculpteur  ayant  pu,  avec  facilité,  obtenir  des  plaques  plus 
épaisses  de  quelques  millimètres  —  nous  en  avons  des 
exemples  —  il  faut  bien  croire  .^  un  parti  pris. 


40 


îReiJut   De    rart   chrétien. 


bien  et  du  mal.  Il  est  chargé  de  nombreux 
fruits  ;  Adam  en  tient  un,  Kve,  deux  ; 
d'autres  parsèment  le  champ  du  tableau  : 
nulle  trace  de  serpent  tentateur.  A  droite, 
un  cep  de  vigne  à  haute  tige,  dont  les 
sarments  encadrent  le  buste  du  Christ 
bénissant  ;  à  gauche,  un  végétal  de  même 
espèce,  abritant,  sous  ses  larges  feuilles, 
cinq  têtes  humaines,  jeunes  et  souriantes. 
Doit-on  admettre  ici  l'Auteur  de  tout  bien 
mis  en  opposition  avec  les  esprits  du  mal  .'' 
Je  ne  le  crois  pas.  La  Genèse  mentionne  un 
seul  serpent,  non  plusieurs,  et  rien,  sur 
notre  peinture,  n'accuse  l'intention  d'un 
reptile  polycéphale.  J'y  reconnaîtrais  plutôt 
un  dédoublement  symétrique  de  \ Arbre  de 
la  vie.  D'une  part,  Jésus-Christ  venant 
rendre  au  monde  l'existence  spirituelle  que 
le  péché  d'Adam  lui  avait  ravie  ;  de  l'autre, 
la  rénovation  de  l'homme  exprimée  par  les 
figures  symboliques  d'âmes  naissant  à  la 
lumière  sous  l'ombre  protectrice  de  la  vigne, 
emblème  consacré  du  Sauveur. 

Je  livre  mon  interprétation  pour  ce  qu'elle 
vaut,  et  son  rejet  ne  me  formaliserait  guère; 
néanmoins  on  ne  saurait  méconnaître  les 
liens  étroits  qui  rattachent  le  tableau 
d'Hildesheim  aux  représentations  spéciales 
d'arbres  paradisiaques  dont  j'ai  groupé  plus 
haut  un  certain  nombre  d'exemples.  (Voy. 
J.  Michel  Kratz,  Ktirze  histor.Andeuhtngen, 
iiber  die  St  Michaeliskirche  îind  deren 
Deckengem'àlde  in  Hildesheiin,  1856  ;  A. 
Woltmann  et  K.  W'ormann,  Geschichte  der 
Malerei,  t.  I,  p.  304,  fig.  90,  1879  ;  les  écrits 
de  Forster,  Kugler,  A.  Reichensperger,  etc.) 

ïl'antiquité  Du  (â\\\\sz  De  la  Bcinture. 

EN  citant  le  Guide  de  laPeinture,  manus- 
crit trouvé  au  Mont  Athos  par  Didron, 
j'ai   adopté  la   date   attribuée  jusqu'ici  à  la 


composition  de  ce  livre  :  le  XV^  siècle.  Un 
mémoire  très  érudit  de  M.  l'abbé  J.  Schulz 
(Die  ôyzanfinisclien  Zellen-eniails  der 
Sammhmg  Sivcnigorodskoi,  1884)  assigne 
au  traité  du  moine  Denys  un  âge  bien  plus 
reculé.  En  effet,  je  lis  à  la  p.  44  du  volume 
indiqué:  «  Le  G^«?'rtfe a,  depuis  le  XI^  siècle, 
notoirement  (ist  notorisch)  servi  de  règle 
aux  Grecs  et  aussi  aux  Russes  ;  il  n'y  a 
pas  fort  longtemps  qu'on  a  découvert  en 
Russie  une  copie  de  cet  ouvrage,  exécutée 
au  XI Ile  siècle  et  intitulée  Podlinnick 
(original).  On  y  voit,  de  la  main  du  trans 
cripteur,  une  série  de  gloses  que  le  manus 
crit  du  Mont  Athos  ne  renferme  pas,  mais 
le  reste  est  textuellement  reproduit  sur  les 
deux  exemplaires.  » 

Les  relations  de  l'auteur  avec  les  savants 
russes  le  mettant  à  même  d'être  bien 
informé,  je  m'incline  devant  sa  parole  ;  lui 
faisant  néanmoins  observer  qu'il  est  un 
peu  téméraire  de  conclure  d'une  copie  du 
XI 11^  siècle  à  la  rédaction  primitive  de 
l'original  au  XI'^.  Quoi  qu'il  en  soit,  l'anti 
quité,  récemment  attribuée  au  Guide,  ne 
détruirait  aucune  de  mes  assertions,  con 
cernant  l'âge  du  triptyque  Harbaville  et 
les  écarts  de  l'iconographie  byzantine  que 
j'ai  signalés.  Ces  écarts  remonteraient  plus 
loin,  voilà  tout  ;  les  thèmes  hiératiques, 
proposés  de  meilleure  heure  aux  artistes 
grecs  ou  russes,  auraient  dès  lors,  quant 
aux  détails,  été  rendus  avec  une  certaine 
liberté  d'allures  qui  ne  disparut  jamais 
entièrement.  J'ai  rapporté  ici  le  fait  avancé 
par  M.  Schulz,  simplement  pour  instruire 
mes  lecteurs  d'une  circonstance  que  j'igno- 
rais hier,  et  qui,  sans  ce  nieinorandutn, 
échapperait  vraisemblablement  à  beaucoup 
d'autres. 

C.  L. 


fkj!^:^L^^.  ■^.  '^  '^  ^  ^  ^^&j0^  ^  ^  ^  ^  ^  '^.  ^^kÉk'^  '^  ^  ^  ^ 
7.^y.\y<\•/^^y.^c/\•/^y\•/^c/\•Ay\•/AcAyxy^V■^^^.•/^•/\•/^•/\•Ay.\^•/^•y^^  ^ 


ectuDes  ti'arcï)éologîe  et  îi'l)i6toirc  sur  XHWtmvCnvXty^ 


^lîignon.  Deuxième    article.  {W.  livraison  d'octobre  1884,  p.  439.) 


^^^^Z^S^S^^^S^S^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^S 


iwwwwwwwmww^^^m^m^wwwwmwmwwmwm' 


iL'cglisc  et  le  monastère  De  ^ainte^a^acie 

De  JFOUrS.  (Suite  et  fin).  .^.-...-^.-..,-w.x.^-.v^ 

II. 

'ŒUVREdeMabilia  lui  survécut 
et  .se  développa  rapidement.  La 
seconde  prieure  s'appelait  Esqui- 
va (').C'està  ces  premières  années 
du  monastère  qu'il  faut  faire  remonter  la 
construction  de  l'enceinte  où  l'on  utilisa 
quelques  pans  de  murailles  romaines  en 
grand  appareil,  encore  debout,  la  répara- 
tion des  voûtes  de  l'église,  l'adjonction 
de  la  chapelle  du  côté  de  l'évangile  et 
l'ouverture  d'une  grande  fenêtre  sur  la 
façade  occidentale.  Esquiva  eut  la  joie  de 
voir  le  pape  Innocent  IV  prendre  le  prieuré 
de  Fours  sous  sa  protection  par  une  bulle 
donnée  à  Lyon  le  VII  des  Ides  de  septem- 
bre 1245.  Alzacia  remplaça  Esquiva  dans 
le  gouvernement  du  monastère  qui  fut  élevé 
par  Urbain  IV  au  rang  d'Abbaye.  Aussi 
Alzacia  porte  le  titre  d'abbesse  dans  le 
Nécrologe  de  St-André  :  «  KaL  Hlarfis, 
depos.  Doniinœ  Alasaciœ  abbatiss<e  de  Fiir- 
7iis  (').  »  Bertrand  Raymbaud,  abbé  de 
St-André, confirma  en  1 303, l'élection  de  Ber- 
trande  Robert,  comme  abbesse  de  Fours(3). 

1.  Gallia  chris/iana,  t.  I. 

2.  Gallia  christiana,  t.  I.  MM.  Bibl.  Nat.  latins, 
N"  12762.  Le  marquis  de  Cambis  et  avec  lui  M.  Blanc 
se  trompent  en  disant  «  que  la  première  abbesse  connue 
se  nommait  Faure»et  qu'Urbain  IV  érigea  le  prieure  en 
abljaye  en  1266.  A  cette  date  Urbain  IV  était  mort.  On 
a  bien  voulu  chercher  à  la  Bibliothèque  du  Vatican  les 
bulles  d'Innocent  IV  et  d'Urbain  IV.  Mais  on  ne  les 
a  pas  trouvées.  Il  n'est  pas  fait  non  plus  mention  de 
celle  d'Innocent  IV  dans  la  partie  des  Rt-^is/irs  de  ce 
pape,  publiée  par  M.  Élie  Berger. 

3.  Gallia  christiana,  t.   I. 


Le  Nécrologe  de  .St-André  fait  mention 
de  sa  mort  au  mois  de  janvier.  <i  VIII I.  Kal. 
febr.  dcposit.  Dominœ  Bertrandœ  abbatissœ 
de  Fiiniis  {').  »  Douce  de  Vedène  lui  suc- 
céda. Nous  trouvons  son  élection  confirmée 
en  13 10  par  Bertrand  Raymbaud  (").  Elle 
appartenait  à  une  famille  noble  et  c'est 
sans  doute  d'un  membre  de  cette  famille 
qu'il  s'agit  dans  ce  passage  du  Nécrologe  : 
«  IV  Kal.  februarii  obiit  Guillclimts  de 
Vedena  Miles  (^).  »  Le  même  Nécrologe 
mentionne  au  VI  Kal.  Januarii,  la  mort 
d'une  abbesse  de  Fours  appelée  Severa: 
«  VI  Kal.  /.  De  p.  Dominez  Severœ  abbatissœ 
de  Furnis  (•*).  »  Nous  ne  savons  à  quelle 
époque  elle  a  vécu.  Jeanne  était  abbesse  de 
Fours  en  1322  ;  nous  la  retrouvons  encore 
en  1344.  La  présence  de  la  papauté  à  Avi- 
gnon où  elle  s'était  définitivement  fixée 
avec  Jean  XXII,  jetait  un  grand  éclat  sur 
toute  la  contrée.  La  vie  religieuse  s'y 
épanouit  avec  une  force  nouvelle.  Mais 
cet  accroissement  de  prospérité  amena  des 
difficultés,  des  tracas  et  des  périls  que  le 
premier  âge  du  monastère  de  Fours  n'avait 
pas  connus.  Heureusement  Jeanne  était  une 
femme  énergique  et  quelques  documents 
nous  la  font  entrevoir  parant  à  tout  avec 
une  sollicitude  infatigable.  Dès  1323,  elle 
réclame  contre  les  usurpations  des  gens 
de  Ptjjaut,  communauté  dont  le  territoire 
touchait  à  celui   de  l'abbaye  (^).  L'abbesse 

1.  MM.  Bibl.  Nat.  latins,  N"  12762.  ' 

2.  Gallia  christiana,  t.   I. 

3.  MM.  Bibl.  Nat.  latins,  N°  12762. 

4.  Ibid. 

5.  Anno  ab  incarnationc   Doniini   millosimo  trecenle- 
simo  vigesimo  tertio  et  die  decimo  tertio  mensis  maii, 


1885. 


i'*-"  Livraison. 


IRctiuc  De    l'3rt    cîncticn 


les  accusait  d'être  entrés  sans  façon  «  inci- 
vilité}' »  dans  le  bois  de  son  monastère, 
situé  au  couchant  du  chemin  allant  de  Fours 
à  Avignon,  et  de  s'y  être  approvisionnés 
largement,  sans  égard  aux  bornes  et  termes 
fort  apparents  qui  séparaient  les  biens  de  la 
communauté  de  Pujaut  de  ceux  de  l'ab- 
baye. La  communauté  niait  avoir  pris  du 
bois  dans  la  partie  appartenant  au  couvent, 
et    soutenait    que    ses    biens    s'étendaient 

illustrissimo  Domino  Carolo  Dei  gratia  Francorum  et  Na- 
vanas  rege  régnante.  Cum  quoestio,  lis,  controversia  et 
rancuna  multiplex  diu  est  agitata  et  exorta  fuisset  et  ti- 
meretur  in  posterum  tam  in  judicio  quam  extra  judicium 
multo  fortius  exoriri  et  ctiam  agitari  inter  Venerabilem 
Dominam  Dominam  Johannam  Dei  gratia  abbatissam 
monasterii  Sanctre; Maria;  de  Furnis,  Avenionensis  diœce- 
sis  et  e|us  conventum  ex  una  parte,  et  imiversitatem  homi- 
num  et  personarum  dePodio-Alto  seu  procuratoris  dicta; 
universitatis  ex  altéra  parte,  super  eo  et  pro  eo  quod  dicta 
domina  abbatissa  et  ejus  conventus,  seu  earum  procurator 
nomine  ipsarum  asseruerat  et  asserebat  prœdictam  univer- 
sitatem  et  homines  dictce  universitatis  inciviliter  venisse 
et  intrasse  deffensium  seu  nemus  monasterii  pra;dicti 
juxta  iter  seu  rialum  par  quod  itur  de  Avenione  versus 
dictum  monasterium  a  parte  occidentis  et  ibidem  magnas 
quantitates  lignorum  coUegisse,  emisisse  et  secum  ad- 
portasse  quamquam  devesum  et  nemus  prîedictum  cum 
patuis  dictae  universitatis  de  Podio-Alto  terminis  lapideis 
et  bolis  magnis  et  apparentibus  plantatis  acthenus  ad  di- 
visionem  dicti  nemoris  sui  et  patui  pnïdicit,  ut  dicebat, 
esset  terminatum  et  divisum  ;  dicta  universitate  seu  procu- 
ratore  ipsius  negante  proposita  et  asserta  ex  adverse,  nec 
non  dictam  universitatem  seu  personas  ipsius  universitatis 
aliqua  ligivi  collegisse  in  deffenso  seu  nemore  dicti  mo- 
nasterii sed  duntaxat  in  patuis  et  habedimentis  dictte  uni- 
versitatis de  Podio-Alto,  cum  patuis  dicta;  universitatis  se 
extendant,  ul  decebat,  usque  ad  rialum  quo  protenditur  de 
Avenione  versus  dictum  monasterium  prout  de  predictis 
constare  dicebat  per  publicum  instrumentinii  et  licet  ali- 
qui  lapides  crecti  fuerint  in  dicto  patuo  de  Podio-Alto,  illi 
non  fucrunt  plantati  seu  erecti  de  conscientia  seu  voluntate 
diclK  universitatis  seu  alterius  qui  potestatem  haberetur  a 
dicta  universitate  terminandi  dictum  patuum  cum  nemore 
seu  deffenso  monasterii  predicti,ot  si  reperiretur  quod  non 
cred't  quod  dicti  lapides  erecti  fuerint  et  plantati  pntsen- 
tibus  aiiquibus  hominibusseu  personis  de  Podio-Alto,  non 
fuerunt  erecti  seu  plantati  in  dicto  patuo  ad  divisionem 
patui  dicti  loci  et  devesii  seu  monasterii  pnedicti,  sed 
dunitaxat  quod  dictum  monasterium  seu  animalia  ipsius 
ultra  dictos  lapides  versus  dictum  patuum  se  non  possunt 
extendere  neque  debcnl,  licet  ipsa  universitas  usque  ad 
dictum  rialum  jus  habeat  et  habereconsueveritab  antique 
et  tanto  temporc,  quod  de  contrario  memoria  hominum 
non  habetur,  animalia  sua  immitendi  et  immissa  tenendi 
causa  depascendi,  lignayrandi,  ligna  colligendi  et  alia  ha- 
bedinienta  faciendi  sicut  in  alia  parte  territorii  et  patui  de 


jusqu'au  chemin  d'Avignon.  Mais  les  termes 
plantés  ?  objectait  l'abbesse.  Les  termes, 
répondait  la  communauté,  ont  été  plantés 
sans  autorisation,  et  ensuite  ils  n'ont  été 
plantés  que  pour  indiquer  que  les  bestiaux 
du  monastère  ne  pouvaient  paître  au- 
delà,  et  non  pour  marquer  une  division  de 
propriété.  De  tout  temps  la  communauté 
avait  eu  la  jouissance  de  la  partie  du  bois 
que   l'abbesse   et  les    religieuses    lui   con- 

Podio-Alto,  palam  et  publiée  sine  impedimento  quocum- 
que  usque  ad  presens  quod  dictum  monasterium  et  con- 
ventus ejusdem  de  novo  in  juribus  praîdictis  minus  juste 
impeditet  perturbât,  quare  petebat  silentium  imponi  pro- 
curatori  dicti  monasterii  de  Furnis  et  conventus  ejusdem  ; 
tandem  partes  prœdictx,  post  multas  altercationes  etliti- 
gia  habites  et  habita  inter  eos,  volontés,  ut  dicebant,  sum- 
ptus  judiciariosevitare  considerantesque  quod  dubius  est 
eventus  litis,  attendentes,  ut  dicebant,  quod  per  transa- 
ctiones  et  amiabilcs  compositiones  a  lite  diceditur  et  inter 
partes  pax  et  concordia  refformatur  de  dicta  quaestione  et 
de  pendentibus  ex  ea,  videlicet  Guillemus  Botini,  Domi- 
cellus,  et  Pontius  Chaberti  de  Podio-Alto  procuratores  et 
nomine  procuratoris  universitatis  hominum  et  personaruin 
vilUe  de  Podio-Alto,  prout  de  dicta  procuratione  constat 
per  quodam  publicum  instrunientum  scriptum  et  signalum 
ut  in  eo  legitur  manu  magistri  Johannis  de  Roverio  notai  ii 
factum  subannis  Domini  millesimo  trecentesimo  vigcsimo 
secundo  et  vigesimo  quarto  mensis  februarii  quod  incipit 
in  secunda  linea  siimo  et  linit  in  cadem  arboribns  ex  una 
parte,  et  Petrus  Riperti  de  Montiliis  procurator  et  nomi- 
ne procuratorio  venerabilis  domins-  domina;  Johannœ  Dei 
gratia  abbatissœ  monasterii  Beatas  Mariœ  de  Furnis  pra;- 
dicti  et  conventus  ejusdem  monasterii  prout  de  dicta  pro- 
curatione constat  per  quodam  publicum  instrunientum 
scriptumetsignatumutcoUegitur  manu  magistri  Raynnindi 
Gervasii  notarii  quod  incipit  in  secunda  \\x\c.-».  abbatissa  çX. 
finit  in  eadem  dicti,  lîx  altéra,  promittentes  sibi  ad  invicem 
et  vicissim  partes  ips;e  prcL'dictœ  omnia  et  infra  scriptaad 
requisitionem  alterius  ipsarum facere,laudari  et  confirmari, 
videlicet  dictus  Petrus  Riperti  dominse  abbatiss;c  et  con- 
ventus ejusdem  et  dicti  Guillemus  et  Pontius  universitati 
et  personis  ipsius  de  Podio-Alto  gratis  et  spontanca  vo- 
luntate et  in  nullo,ut  dicebant,  errantes,  nominibus  quibus 
supra  et  successorum  suorum  compromiserunt  et  compro- 
missum  fecerunt  in  sapientes  et  discrètes  magistrum  Rcy- 
mundum  Pontii  notarium  de  Rupemaura  et  magistrum 
Johannem  Bartholemoi  notarium  de  Sancto  Laurentio  de 
Arboribus,  tanquam  in  arbitres  arbitratores  et  amiabiles 
com|)ositorcs  seu  pacis  reformatores  quos  partes  ipsas 
communi  consensu  et  concordia  ad  dictam  quiustionem  et 
dependentia  ex  ea  terminancam  elegerunt.  Dantes  et 
concedentes  partes  ipsœ  nominibus  quibus  supra,pra;diclis 
arbitriis  arbitratoribus  et  amiabilibus  compesitoribus, 
plenam  et  libcram  potestatem  et  auctoritatem  dictam 
qu>estioneni  ex  dependentia  ex  eadem  audicndi,  exanii- 
nandi,  deffiniendi  et  etiam  terminandi,  hinc  ad  quindenam 


Ctuoes  D'avcficologic  et  D'bistoirc  sur  5iillcncuuc4c?=auignon. 


43 


testaient  injustement.  Jeanne  continua  ses 
revendications.  Après  force  altercations  et 
litiges,  les  gens  de  Pujaut  et  les  religieuses 
de  Fours,  voulant,  disaient-ils,  éviter  les 
frais  d'un  jugement,  considérant  d'ailleurs 
que  l'issue  du  procès  éiait  douteuse,  et 
qu'il  n'y  avait  pas  de  meilleur  moyen  pour 
ramener  entre  les  parties  la  paix  et  la  con- 
corde que  les  transactions  amiables,  réso- 
lurent de  nommer  des  arbitres.    On  choisit 

instantis  festi  Pentecostes  venturi  proxime,  hoc  acto  et 
expresse  convento  inter  partes,  quod  dicti  arbitrii  earum 
voluntate  et  potestate  dictum  compromissuin  prorrogare 
possint  prout  eis  videbitur...  Actum  apud  Rupismauram 
in  curia  dicti  loci.  Testes  présentes  fuerunt  Betrandus 
Motœ,  Guillemus  Gavini,  Armandus  de  Yacono,  Bertran- 
dus  Imberti,  Alplionsus  Castelli  de  Rupismaura  et  plures 
alii  et  ego  Reymundus  Hugonis  Domiiii  régis  Franciaî  N. 
publicus  qui  pricdictis  omnibus  presens  fui  et  praedicta 
omnia  scripsi  in  protocoUo  meo  reddegi  de  voluntate  et 
consensupartium  pra-dictorumet  permagistrumjoliannem 
de  Roveria  ejusdem  domini  régis  notarium  substitutum 
meum  idoneum  et  juratum  grossari  feci  et  facta  coUatione 
diligenti  cum  nota  et  substituto  prœdictis  omnibus  sub- 
scripsi  manu  propria  et  signo  meo  consueto  signavi. 

Anno  ab  incarnatione  Domini  millesimo  trecentesimo 
vigesimn  tertio  et  die  vigesimo  Mail,  illustrissimo  Domino 
Carolo  Dei  gratia  Francorum  et  Navarœ  rege  régnante 
noverint  univers!  prcesentes  pariter  ei  futuri  quod  discreti 
viri  magister  Reymundus  Pontii  de  Rupemaura  et  ma- 
gister  Johannes  Bartholomei  de  Sancto  Laurentio  de 
arboribus  notarii  arbitri  arbitratores  et  amicabiles 
compositores  per  partes  infra  scriptas  et  prout  eodem 
fatebant  electi  et  asserebant  constare  per  notam  sum- 
ptam  manu  magistri  Reymundi  Hugonis  notarii  publici 
de  Rupemaura  super  qua'stione  scu  controversia  ver- 
tente  inter  religiosam  dominam  dominam  Joliannamab- 
batissam  Beatœ  Maria;  de  Furnis  Avcnionensis  diœcesis 
et  ejus  conventum  ex  una  parte  et  liomines  seu  universi- 
tatem  loci  de  Podio-Alto  ex  altéra,  prajsentibus  ibidem 
Petro  Riperti  procuratore  et  nominc  procuratoris  dominas 
abbatissiE  et  conventus  praîdictorum,  faciente  fidem  de 
mandatoper  quodam  publicum  instrumentum  scriptuni  et 
signatum  manu  magistri  Reymundi  Gervasii  notarii  pu- 
blici ut  in  eo  legitur  cujus  ténor  talis  est:  —  Anno  Do- 
mini millesimo  trecentesimo  vigesimo  tertio  et  duodecimo 
die  mensis  aprilis,  Domino  Carolo,  Dei  gratia  Francorum 
et  Navarre  rege  régnante,  noverint  universi  quod  religiosa 
Domina  Johanna  Dei  gratia  abbatissa  .Monasterii  Beatœ 
MariiL-  de  Furnis  Avenionensis  diœcesis  existens  in  dicto 
monasterio  in  ecclesia  cum  suo  conventu  specialiter  ad 
infra  inscripta  vocato  et  congregato  more  solito,  de  con- 
sensu  dicti  conventus  quarum  nomina  monialiuni  inferius 
sunt  inserla,  ipsa  domina  abbatissa  una  cum  dicto  con- 
ventu et  conventus  cum  ipsa  simul  et  concorditer  sponte 
fecerunt,  creaverunt  et  constituerunt  suos  ccrtos  viros 
légitimes  et  indubitatos  procuratores  yconomos,  scilicct 


et  on  délégua  d'abord,  des  deux  côtés,  quel- 
ques hommes  à  qui  on  confia  le  mandat 
d'élire  ces  arbitres.  Les  délégués  de  Pujaut 
furent  nommés  le  24  février  1322.  Sur 
l'ordre  de  maître  Raymond  H ugon,  notaire 
et  clavaire  de  Roquemaure  et  sur  la  réquisi- 
tion du  bayle  Salvator  Blaqueri,  les  habi- 
tants furent  convoqués  aux  sons  de  la 
trompette  sur  la  place  publique.  Ils  choisi- 
rent   pour    délégués     Raymond    Ortolan, 

DominumGuillemum  de  Rupemaura  militem  de  Bellicardo, 
Magistrum  Reymundum  Pontii  notarium  de  Rupemaura, 
fratrem  Guillemum  Vmberti  donatum  dicti  monasterii, 
absentes  tanquam  présentes,  et  Petrum  Riperti  de  Montiliis 
presentem  et  onus  praisentis  procurationis  gratis  in  se  re- 
cipicntem  et  quemlibet  ipsarum  in  solidum,  ita  quod  non 
sit  melior  conditiooccupantis  seu  occupantium,  sed  quod 
per  unum  ex  dictis  procuratoribus  suis  incoactum  fuerit 
per  alium  seu  alios  possit  et  debeat  explici  mediari  finiri 
vel  etiam  terminari,  générales  ad  omnes  causas  lites  et 
controversias  motas  et  movendas  contra  dictum  monaste- 
riuni  et  personnas  et  bona  ejusdem  movit  seu  movere  in- 
tendit contra  personnas  quascumque  ecclesiasticas  vel 
seculares  seu  universitatem  quamcumque  in  omni  curia 
ecclesiastica  vel  seculari  vel  judice  quocumque  ordinario 
vel  extraordinario,  etc..  Nomina  vero  monialium  dicti 
monasterii  conventum  facientium  sunt  hase  ;  Domina 
Guillema  Mascarona  priorissa  dicti  monasterii,  Domina 
Alezaycia  de  Novis,  DominaConstantia  Albarona,  Domina 
Belinde  Gaufride,  Domina  Sibynda  de  Meyna,  Domina 
Beatrix  de  Sorgia,  Domina  Belinde  de  Ponte,  Domina 
Ermessendis  Mascarona,  Domina  Cecilia  Pontiœ,  Domina 
Alezaycia  Garina,  Domina  Alezaycia  Audemare,  Domina 
Constantia  Gisberta,  Domina  Garcendis  de  Merindol, 
Domina  Saura  Roberta,  Domina  Stephana  Audemara  et 
Domina  Reynumda  Alphanta,  de  quibus  dicta  Domina 
abbatissaet  dictus  conventus  voluerunt  et  petierunt  dictis 
procuratoribus  et  eorum  cuilibet  si  necesse  fuerit  unum 
vel  plura  tieri  instrumenta.  .-Vcta  fuerunt  anno  et  die  qui- 
bus supra  in  ecclesia  Beat;e  ^lariœ  de  Furnis,  testibus 
presentibus  et  vocatis  Dominis  Stephano  Pineti  et  Rey- 
mundi Grilhoni  priesbyteris,  fratre  Johanne  de  Carumbo 
donato  dicti  monasterii  et  me  Reymundo  Gervasii  publiée 
dicti  Domini  régis  notario  qui  iis  omnibus  praisens  fui  et 
ad  requisitionem  dictie  dominœ  abbatissre  et  conventus  et 
ipsarum  mandato  et  consensu  hoc  presens  instrumentum 
inscripsi  et  in  forum  publicum  reddegi  et  signo  meo  se- 
quenti  signavi,  et  Reymundo  Ûrtolani  et  Bertrando  Roca 
de  Podio-.Alto  procuratoribus  hominum  de  Padio  Alto 
et  universitaiis  ejusdem  facientibus  tidem  de  man- 
dato per  quodam  publicum  instrumentum  cujus  té- 
nor talis  est  :  —  Anno  ab  incarnatione  Domini  millesi- 
mo trecentesimo  vigesimo  secundo  et  die  vigesima  quarta 
mensis  februarii,  Domino  Carolo  Dei  gratia  FranciiC  et 
Navar;e  illustrissimo  rege  régnante,  noverint  universi 
présentes  et  futuri  quod  liomines  infra  scripti  de  Podio- 
Alto,   scilicct   Guillemus   Cîarini,    Petrus   de    Arboribus, 


44 


iRcuuc    De   rart    cïjrcticn. 


Guillaume  de  Toro,  damoiseau,  Pons  Cha- 
bert,  Pons  Roque,  Bertrand  Roque  et 
Guillaume  Botin.On  leur  détailla  le  mandat 
qu'on  leur  confiait  pour  arriver  à  terminer 
le  différend  survenu  ;  on  les  fit  jurer,  et 
Jean  de  Roverié,  de  Sarnachs,  du  diocèse 
de  Nîmes,  notaire  public  du  seigneur  roi 
de  France,  dressa  une  procuration  en  bonne 
et  due  forme  qui  leur  fut  remise,  en  pré- 
sence des  témoins  Pierre  de  Dyons,  prieur 

Guillemus  Botini  domicelli,  Guillemus  Bessoni,  bajulus 
Domini  Rostagni  de  Podio  Alto,  Guillelmus  Ores,  Berin- 
garius  Arteri,  Johannes  Baysserii,  Reymundus  Chaberti, 
Petrus  Marcelli,  Bei  trandus  Romaria%  Reymundus  Barjac, 
Reymundus  Gavigas,  Guillelmus  Filhortre,  Reymundus 
Amblardi,  Reymundus  Romana,  Vitalis  Borini,  Durantus 
Audoardi,  Guillelmus  Meynardi,  Guillelmus  Tibcrii  de 
infra  villam,  Guillelmus  Mosselhan,  Guillelmus  Abrilas, 
Johannes  Tiberii,Petms  de  Deo.Bertrandus  Sancti  Vere- 
demii,  Guillelmus  Tiberii  de  extra  villam,  Petrus  Cabasse, 
Pontius  Renidius,  Reymundus  Tiberii,  Poncius  Ricardi, 
Bertrandus  Chaberti,  Guillelmus  Castellana,  Stephanus 
de  Parvis,  Guillelmus  Guizo,  Pontius  Tiberii  de  infra 
villam,  Reymundus  de  Dec,  Reymundus  Albaretti,  Pon- 
tius Raybondi,  Reymundus  P.enedicti,  Durantiusde  Par- 
vis, Guillelmus  sancti  Veredemii,  Pontius  Gilii,  Vitalis 
Rostagni,  Guillelmus  Mansa  junior,  Guillelmus  Alegre, 
Reymundus  Salvaterrse,  Guillelmus  Mansa  senior,  Guil- 
lelmus Belforii,  Reymundus  Ausilhassii,  Johannes  Verini, 
Petrus  Hugonis,  Pontius  Guillaberti,  Jacobus  Alegre, 
Petrus  Barjacii,  Reymundus  Sancti  Veredemii,  Reymun- 
dus Loncrit,  Pontius  Barjacii,  Johannes  Garini,  Stephanus 
Jacobi,  Petrus  Salvaterra;,  Petrus  Davini,  Pontius  dé- 
mentis, Jacobus  Salvaterrœ,  Imbertus  Tiberii,  Reymun- 
dus Nadal,  Reymundus  Corcona,  Durantius  Alegre,  Pon- 
tius Rostagni,  Guillelmus  Dalmassii,  Bertrandus  Baudilii, 
Pontius  Chaberti,  Bertrandus  Cabassa,  Petrus  Gilii,  Guil- 
lelmus Aimeras,  Guillelmus  Jacobi,  Petrus  Bremundi, 
Pontius  Baudilii,  Guillelmus  Davini,  Guillelmus  Barjac, 
Pontius  Tiberii,  Bertrandus  Chaberti,  Guillelmus  Sancti 
Martini,  Pontius  Reymundi,  Guillelmus  Varini,  Reymun- 
dus Rocel)',  Petrus  Barjacii,  Pontius  Rostagni  junior, 
Rostagnus  Malacary,  Petrus  Sancti  Veredimii, Reymundus 
Robert",  ad  voccm  tub;c  in  platea  dicti  loci  more  solito 
congregati  de  mandato  discret!  viri  magistri  Hugonis  no- 
tarii  clavarii  Rupismaura;,  regcntis  jurisdiciionem  Podii 
Alti,  ad  requisitionem  Salvatoris  Blagucrii  bajuli  dicti 
loci,  nec  non  Bertrand!  Roque  et  plurium  aliarum  perso- 
narum  dicta;  universitatis  ad  infra  scripta  facienda  pro 
urgenti  necessitate  et  utilitate  dictœ  universitatis  pr;cno- 
minati  vencrunt  et  coniposuerunt  coram  dicto  clavario 
et  ipso  i)resente  volente  et  consenticntc  authoritatem  et 
consensum  suum  ad  infra  scripta  pr;cstante  ubi  erant  plus 
quam  du;u  partes  hominum  dicti  loci,  prout  pnudicti  asse- 
rebant  universitatem  loci  prœdicti  facientcs  omnes  simul 
supra  scripti  homines  dicta;  universitatis  congregati  et 
convocati  ut  supra  nec  non  et  singuli  eoruni  per  se  in  so- 


du  lieu,  Pierre  Brice  de  Sauveterre,  Ray- 
mond Rascassius  d'Uzès,  Bertrand  Barbe 
d'Istre,  Nicolas  Robaud  de  Tavels,  Guil- 
laume Crosa  de  Saint-Sauveur,  Jean  Ro- 
delli  de  Saint-Geniès. 

Le  12  avril  les  religieuses  de  Fours, 
convoquées  au  son  de  la  cloche,  se  réu- 
nirent en  chapitre  dans  leur  église  pour 
choisir  leurs  délégués.  Il  y  avait  là  Dame 
Guillema  Mascarona,  prieure,    Dame   Ale- 

lidum  ex  pro  toto  universitatem  Podii  Alti  représen- 
tantes seu  majorem  partem  ipsius  pro  se  ipsis  et 
nomine  dictœ  universitatis  et  communis  ejusdem  gratis 
et  scienter  et  ipsorum  nemine  discrepante  prout  melius 
et  sanius  de  jure  et  de  facto  dici,  intelligi,  seu  excogitari 
potest,  fecerunt,  convenerunt,  constituerunt  et  ordinave- 
runt  unanimiter  et  concorditer,  suos  et  dictœ  universitatis 
certos  indubitatos  et  spéciales  procuratores  syndicos  nun- 
tios  et  actores  videliscet  discrètes  viros  Reymundum  Or- 
tolan!, Guillelmum  de  Turre  domicellos,  absentes  tanquam 
présentes  Pontium  Chaberti,  Pontium  Roca,  Bertrandum 
Roca  et  Guillelmum  Botini  prccsentes  et  quamlibct  eorum 
in  solidum  et  pro  toto,  ita  quod  non  sit  melior  conditio  prius 
negotium  occupantis  sed  quod  unus  eorum  incieperit  per 
alium  seu  alios  valeat  et  possit  ad  finem  perdue!  in  causa 
seu  causis  qua;st!onis  seu  quiestionibus  quam  seu  quas 
dominfe  abbatissœ  monasteri!  Beatœ  Mariic  de  Furnis  seu 
ejus  conventus  movit  movet  seu  movere  intendit  de  mon- 
tanea  seu  patuo  dicti  loci  contra  dictam  universitatem  seu 
aliquem  de  dicta  universitate  et  quam  seu  quas  dicta  uni- 
versitas  movit,  movet  seu  movere  intendit  contra  dictum 
monasterium  pro  patuis  seu  montaneis  prasdictis,  dantes, 
concedentes  omnes  universaliter  et  singulariter  singuli 
constitucntes  dictis  procuratoribus  suis  nuntiis,  actoribus 
et  syndicis  et  ipsorum  cuilibet  plenam  et  liberam  potesta- 
tem  et  authoritatem  et  licentiam  componendi,  agendi, 
defîTendendi,  pro  ipsis  et  ipsorum  cujuslibet  ipsorum  no- 
mine in  omni  loco  et  curia  et  coram  quocumque  judice 
ecclesiastico  et  scculari,  ordinario  vel  extraordinario,  etc. 
Acta  fuerunt  in  platea  dicti  loci  de  Podio  Alto  testes  prie- 
sentes  fuerunt  dominus  Petrus  de  Dyons  prior  dicti  loci, 
Petrus  Bricii  de  Salvaterra,  Reymundus  Rascassii  de 
Utecia,  Bertrandus  Barbe  de  Istre,  Nicolaus  Robaudi  de 
Tavellis,  Guillelmus  Crosa  de  Sancto  Salvatore,  Johannes 
Rodelhi  de  Sancto  Genesio  et  ego  Johannes  de  Roveria 
de  Sainachiis  diœcesis  Nemonsensis  publicus  dicti  domini 
nostri  régis  Francise  notarius  qui  priedictis  omnibus  et 
singulis  prasscns  fui  et  hoc  instrumentuni  ad  requisitionem 
supra  nominatorum  manu  mea  scripsi  et  signo  meo  con- 
sucto  signavi  volentibus  et  patentibus  cognitionem  suam 
ficri  nominibus  quibus  supra  dicti  in  quam  arbitri  arbitra- 
tores  et  amicabilcs  compositores  volentilnis  et  requirenti- 
bus  partibus  supra  dictis  et  scntentiam  postulantibus  pr.; 
bono  pacis  et  coiicordi;i;  et  suinptibus  partis  cujuslibet  evi- 
tandis  ad  eorum  sententiam  dictam  seu  dictiC  qu;estionis 
et  controversiaî  declarationem  processcrunt  in  moduin 
qui    sequitur   infra  scriptum.    Ad   hœc   nos  Reymundus 


OBtuDes  D'arcbcologic  et  n'himitt  sur  2îiUeneutîe=Ie5=9tiignon. 


45 


zaycia  de  Noves,  Dame  Constance  Alba- 
rona,  Dame  Belinde  Gaufride,  Dame  Si- 
bynda  de  Meines,  Dame  Béatrix  de  Sor- 
gues,  Dame  Belindede  Ponte,  Dame  Ermes- 
sende  Mascarona,  Dame  Cécile  Ponti, 
Dame  Alezaycia  Garina,  Dame  Alezaycia 
Audemora,  Dame  Constance  Gisberta, 
Dame  Garcende  de  Merindol,  Dame  Saura 
Roberta,  Dame  Stephana  Audemora  et 
Dame  Raymonde  Alephante.  Elles  choisi- 
rent pour  leurs  délé^més,  Guillaume  de  Ro- 
quemaure,  chevalier  de  Beaucaire,  maître 
Raymond  Pons,  notaire  de  Roquemaure, 
Frère  Guillaume  Hubert,  donatde  l'abbaye 

Pontii  et  Johannes  Bartholomei  arbitri  arbitratores  seu 
amicabiles  compositores  supra  infra  scripti  electi  per  testes 
praadictos  et  etiam  infra  scriptos,  auditis  quœstionibus  et 
controversiis  pr;edictis,  testibusque  examinatis  et  auditis 
ab  utraque  parte  productis,  loco  quœstionis  prsdictae  nos- 
tris  et  dictorum  testium  occulis  subjecto  ;  dicimus  in  et 
sub  pœna  et  sacramento  in  dicto  compromisse  contentis 
cognoscimus,  pronuntiamus  et  declaramus  quod  in  loco 
quicstionis  prêedictée  in  cadariera  juxta  nemus  Guillelmus 
Cavallerii  juxta  pedem  rocassii  quod  est  subtus  furnum 
calcis,  juxta  rialum  quo  itur  de  sancto  Andréa  ad  monaste- 
rium  prœdictum  Beatie  Maria;  de  Furnis,  ponatur  et  poni 
seu  plantari  débet  unus  terminus  qui  terminet  recta  linea 
a  dicto  rialo  versus  occidentem  usque  id  bolas  seu  ter- 
mines veteres,  ita  quod  illud  quod  est  a  parte  venti  se- 
quendo  dictum  rialum  versus  vcntum  subtus  dictum  rocas- 
sium  et  terminum  plantalum  ibidem,  sit  et  esse  debeat  et 
pertinere  perpétue  ad  hemines  et  universitatem  loci  de 
Podio  Alto,  et  a  dicto  recassie  et  termine  pesite  ibidem 
usque  ad  bolas  seu  termines  veteres  et  a  dicto  loco  seu 
termine  plantando  ibidem,  sequendo  dictas  bêlas  seu  ter- 
mines veteres,  ascendendo  versus  circium  usque  ad  exi- 
tum  et  intreitum  dict;u  vallis  vecata;  Fu/  de  vase  a  parte 
orientis,  sit  et  esse  debeat  et  pertinere  perpétue  ad  dictam 
dominam  abbatissam  et  ejus  conventum  ;  ita  quod  si 
dictae  dominre  abbatissœ  vel  ejus  conventus  habeat  ali- 
quod  jus  usus  vel  preprietatis  in  parte  dictis  hominibus  de 
Pedie  Alto  et  universitati  ejusdem  adjudicata  et  e  contra 
quod  illud  jus  actienem  et  rationem  una  pars  alteri  et  e 
contra  cedat,  finidt,  remittat  penitus  et  desemparet,  ita 
quod  neutri  partium  aliquodjus  competat  contra  altcram 
in  agendo,  sed  ex  nunc  in  antea  sit  inter  ees  perpetuus 
pax  et  finis.  Item  dicimus,  pronuntiamus  declaramus  et 
pra-'cipimus  in  pœna  et  sacramento  in  dicto  compromisso 
contentis  dictis  procuratoribus  et  eorum  cuilibet  ibidem 
pnesentibus  quod  prsdicta  omnia  et  singula  incontincnti 
nomine  sue  proprio  et  procurateriis  nominibus  ratificent, 
emologent  et  confirment,  item  dicimus,  pronunciamus  et 
precipimus  in  pœna  et  sacramento  pnBdictis  et  declara- 
mus quod  dicti  procuratores  tam  dominœ  abbatissx  et 
conventus  pra;dictorum  quam  etiam  hominum  et  univer- 


de  Fours,  comme  présents  quoique  absents, 
et  Pierre  Ripert  de  Monteils,  présent  et 
acceptant  de  se  charger  de  la  procuration  des 
religieuses  qui  fut  dressée  dans  l'église 
même  par  le  notaire  Reymond  Gervais, 
en  présence  des  témoins  Etienne  Pinet  et 
Raymond  Grillions,  prêtres,  Frère  Jean  de 
Carumbo,  donat  de  l'abbaye.  La  procura- 
tion contenait  une  longue  énumération  de 
tous  les  pouvoirs  donnés  aux  délégués. 
Pierre  Ripert  jura  de  remplir  fidèlement 
son  mandat  sur  l'âm.e  de  l'abbesse  et  des 
religieuses  de  tout  le  couvent. 

Munis  de  leurs  pouvoirs  les  délégués   de 

sitatis  de  Pedio  Alto  prasdicta  omnia  et  singula  emolegari 
confirmari  et  ratificari  faciant  per  dominam  abbatissam  et 
ejus  conventum  et  universitatem  de  Podio  Alto,  si  et 
quandocumque  per  nos  fuerunt  requisiti  quœ  omnia  et 
singula  supra  dicta  Petrus  Riperti  praîdictus  precurator  et 
procuratorie  nomine  Deminœ  abbatiss;e  et  ejus  conventus 
nec  non  Keymundus  Ortolani  et  Bertrandus  Roca  nomi- 
nibus eorum  propriis  et  nomine  procuratorio  hominum  et 
universitatis  de  Podio  Alto,  ut  de  eorum  voluntate  facta 
laudaverunt,  approbaverunt  pariter  et  ratificaverunt  pr;c- 
dicta  omnia  et  singula  ratificari,  approbari  et  confirmari 
facere  peripsos  constituentes  promiserunt  ad  voluntatem 
dictorum  dominerum  arbitrorum  arbitraterum  et  amicabi- 
lium  compesitorum  et  requestam.  De  quibus  omnibus 
quœlibet  pars  petiit  sibi  fieri  publicum  instrumentum. 
Acta  fuerunt  hiec  in  loco  ipsius  quœstionis  testibus  pr.c- 
sentibus  Domino  Guillelme  de  Rupemaura  milite  de  Belli- 
cadro,  Johanneejus  filio.  Domino  Petro  de  Dyons  priera 
Sancti  V'eredimii,  Petro  de  Montrauri,  Guillelme  Bempar, 
Guillelme  Imberti  alias  candelarii  de  Rupemaura,  Petro 
Chienze  ferarie,  Saturnini  de  Salvaterra  et  me  Johanne  de 
Roveria  de  Sarnachiis  diœcesis  Nemensensis  publiée  dicti 
demini  nostri  régis  Francorum  notarioqui  pr;cdictis  omni- 
bus et  singulis  praîsens  fui  et  ea  ad  requisitionem  partium 
in  duabus  peciis  pargamenis  conglutinatis  cum  in  une 
commode  interesse  non  possent  quorum  prima  incipit  in 
ultima  Wnccih-gi/ima  et  fuit  in  eodem  cum  principie  prinue 
lineœ  secunda^  pecias  rati/icaïuii,  scripsi  manu  mea  pro- 
pria et  ad  majorem  omnium  et  singulorum  preniissarum 
firmitatem  et  robur  signe  meo  propri-  et  censueto  sequenti 
signavi. 

(Collationné  sur  son  original  escrit  ainsi  qu'il  y  est 
énonce  sur  deux  peaux  de  parchemin  collées  ensemble 
déposé  dans  les  archives  de  la  vénérable  Chartreuse  de 
cette  ville  de  \'iIleneuve-lez-.Avignon,  sous  la  cote  <ie 
Furnis  /,  à  nous  exhibé  et  dessuite  retiré  par  V"'"  et  re- 
ligieuse personne  Dem  Raphaël  Paris,  coadjuteur  de 
ladite  Chartreuse,  par  moi,  Pierre-Joseph-François  Gui- 
raud,  notaire  royal  de  ladite  ville  soussigné,  le  29  avril 
1780. — Signé:  Guiraud,  notaire. 
(Archives  municipales  de  Ville/u-uvc-les-Avignon,FF.y.) 


46 


iReioue   ne   rstt   cfjtétien. 


Pujaut  et  de  l'abbaye  de  Fours  se  réunirent 
le  23  mai  à  Roquemaure  in  ciiria. 

Étaient  présents,  comme  témoins,  Ber- 
trand Mora,  Guillaume  Garin,  Arnaud  de 
Yacono,  Bertrand  Imbert,  Alphant  Castelli 
de  Roquemaure  et  plusieurs  autres.  Les 
délégués  nommèrent  pour  arbitres  sages  et 
discrètes  personnes  maîtres  Reymond  Pons, 
notaire  de  Roquemaure  et  Jean  Bartho- 
lomée,  notaire  de  St-Laurent-des-Arbres, 
auxquels  les  parties  adverses  remirent  tout 
pouvoir  pour  juger  irrévocablement  leur 
différend.  Le  jugement  devait  être  rendu 
avant  la  fête  de  la  Pentecôte,  qui  était 
proche,  et  les  parties  s'engagèrent  à  s'y 
soumettre  entièrement  sous  peine  de  25 
livres  tournois  d'amende.  Elles  le  jurèrent 
sur  les  Saints  Évangiles  qu'elles  touchèrent 
de  leurs  mains.  Les  deux  notaires  Rey- 
mond Ugon  et  Jean  de  Rovérié  prirent  acte 
du  tout. 

Quatre  jours  après  leur  nomination,  les 
deux  arbitres  Raymond  Pons  et  Jean 
Bartholomée,  accompagnés  des  délégués 
Guillaume  Botin,  damoiseau,  et  Pons  Cha- 
bert,  pour  Pujaut,  et  de  Ripert  de  Monteils 
pour  l'abbaye,  se  transportèrent  à  Fours. 
Après  avoir  entendu  la  lecture  de  la  procu- 
ration en  vertu  de  laquelle  les  délégués  les 
avaient  nommés,  ils  écoutèrent  les  plaintes 
des  deux  parties,  les  témoins  qu'elles  pro- 
duisirent, visitèrent  les  lieux  objets  de  la 
contestation  et  prononcèrent  leur  jugement 
qui  délimita  d'une  manière  précise  ce  qui 
appartenait  à  la  communauté  de  Pujaut  et 
ce  qui  appartenait  à  l'abbaye  de  Fours.  Les 
notaires  instrumentèrent  en  présence  du 
seigneur  Guillaume  de  Roquemaure  che- 
valier de  Beaucaire,  de  Jean  son  fils,  du 
seigneur  Pierre  de  Dyons,  prieur  de  St-Vé- 
rédime,  de  Pierre  de  Montaux,de  Guillaume 
Bompar,  de  Guillaume  Imbert  chandelier 
de  Roquemaure,  de  Pierre  Chicnze,  forge- 


ron, de  Saturnin  de  Sauveterre,  et  dudit 
Jean  de  Rovérié. 

Quelques  années  après,  nous  trouvons 
l'abbesse  de  Fours  en  rapports  avec  le 
chapitre  de  Sainte-Marie  de  Villeneuve- 
lez-Avignon,  récemment  fondé  par  le  car- 
dinal Arnaud  de  Via.  Le  13  avril  1344,  les 
chanoines  réunis  dans  leur  chœur,  en  pré- 
sence de  Bernard  de  Sancto-Flora,  prêtre 
bénéficier  de  ladite  collégiale,  de  Pierre 
de  Rivis,  prêtre  du  diocèse  de  Clermont,  de 
Frère  Remond  Rocheta,  donat  du  monas- 
tère de  Fours,  donnèrent  procuration  au 
chanoine  Jean  de  Besaco  pour  traiter  avec 
l'abbesse  de  Fours.  Jean  de  Besaco  lui 
abandonna  une  maison  située  à  Pujaut 
franche  de  tous  droits,  moyennant  unecen- 
sive  consistant  en  une  éminée  de  bon  et 
beau  blé,  selon  la  mesure  de  Pujaut,  à  rece- 
voir chaque  année  en  septembre, pour  la  fête 
de  Saint-Michel.  Cette  éminée  devait  être 
apportée  à  Pujaut  par  Remond  Almarici 
autrement  dit  Delsplas,  qui  la  devait  aux 
religieuses  pour  une  pièce  de  vigne  qu'elles 
avaient  dans  le  tenement  de  Sauveterre,  au 
quartier  appelé  Al  Bosc  de  Bosa.  La  cen- 
sive  exigée  par  le  chapitre  consistait  encore 
en  une  éminée  et  demie  de  bon  et  bel  orge, 
selon  la  mesure  du  fort  Saint-André,  que 
servaient  chaque  année  les  héritiers  de  Ber- 
trand Goy  du  dit  Saint-André  pour  une 
viene  située  dans  le  tenement  de  Saint- 
André  au  quartier  appelé  Acabirès. 

La  vénérable  abbesse  n'avait  point  traité 
sans  avoir  consulté  son  chapitre,  et  la  charte 
où  cette  censive  est  consignée  nous  fait 
connaître  les  noms  des  Religieuses  compo- 
sant alors  le  monastère  de  P"ours.  C'étaient 
Dame  Malavicina  Malavicina;,  Saura  Gui- 
berta,  Seceilia  Pontia,  Stephana  Audemora, 
pitancière,  Dulcia  Vidalia,  Emengana  de 
Roquemaure,  Rixende  Corpa,  Bertrande 
de  Merindol,  Berengaria   Peira,  Katherina 


(JBmnts  D'arcbéologie  et  D'ôistoire  sur  93incncutie4e?=3r)ignon.  47 


Garneria,  Bermona  Grega,  infirmière,  Ber- 
trande  Daudela,  Bertrande  Plasseria, 
Jeanne  Gilberta,  Argentina,  jardinière, 
Saura  de  Montolivet,  Alassia  Augera,  Dra- 
gonta  de  Laudun,  Pauleta  Peyriera  et  Ala- 
seia  de  Merindolio.  Toutes  ces  religieuses 
avaient  autorisé  leur  abbesse  à  conclure 
l'échange  proposé,  par  acte  passé  en  leur 
église  même  par  Arnald  Stephani,  clerc  du 
diocèse  de  Mirepoix,  notaire  public,  en  pré- 
sence des  témoins  :  Pierre  Maura  prêtre  du 
diocèse  d'Agde,  Stéphane  Eustachii  de 
Suse,  diocèse  de  Die,  Jean  Fromenti  de 
Saint-Victor-de-Gravière,  diocèse  d'Uzès, 
Matthieu  Jossandi  de  Velorge  diocèse  de 
Cavaillon,  et  frère  Guillaume  Imbert,  donat 
dudit  monastère. 

La  même  année,  le  26  avril,  noble  Jean 
Durand,  Doyen,  Ugo  Ro,  sacristain,  Jean  de 
Besaco,  Pierre  de  Viridario,  Bernard  Sabate- 
rii  et  Jacques  Merterii,  chanoines  de  Sainte- 
Marie  de  Villeneuve,  réunis  en  chapitre, 
approuvent  la  convention  du  14  avril  ('). 

Cependant  la  situation  isolée  du  mo- 
nastère de  Fours  l'exposait  à  de  continuel- 
les déprédations.  Jeanne  réclama  et  obtint 
la  protection  royale.  Philippe  de  Valois  lui 
donna  des  lettres  de  sauvegarde  qui  furent 
adressées  par  le  Sénéchal  de  Nîmes  au 
Viguierde  Villeneuve  pour  les  faire  exécu- 
ter. L'abbesse  se  transporta  en  personne  à 
l'audience  du  Viguier  et  le  requit  de  se 
rendre  à  son  monastère,  d'y  faire  planter  des 
pannonceaux  royaux,  de  veiller  à  l'exécution 
de  ladite  sauvegarde,  et  de  prononcer  des 
amendes  contre  les  délinquants.  Le  2  août 
1344,  le  Viguier  se  rendit  à  F"ours  avec  deux 
huissiers.  Il  fit  planter  des  pannonceaux 
aux  armes  du  roi  autour  des  propriétés  du 
monastère  et  sur  la  porte  d'entrée  où  la 
plaque  de  fer  existait  encore  en  1 780  (''). 

I.  Archives  du  Gard,  G.  1241. 

T..  Archives   de    Villeneuve- lez- Avignon,  FF.  17,  nié- 


Ces  déprédations  de  vulgaires  malfaiteurs 
n'étaient  que  le  prélude  de  périls  plus 
graves,  qui  allaient  menacer  l'existence  mê- 
me du  monastère  de  Fours.  —  Dès  1357,  la 
Provence  avait  été  ravagéepar  la  compagnie 
d'aventuriers  ou  routiers  conduits  par 
Arnaud  Cervole  dit  l'archiprêtre.  Inno- 
cent VI  traita  avec  ce  terrible  chef  et  l'é- 
loigna  de  nos  contrées.  Mais  en  1360,  une 
autre  bande  de  routiers  commandée  par 
Guiot  du  Pin,  Lamit  et  le  Petit  Méchin, 
et  qu'on  appela  les  Tard- Vernis  envahit  la 
rive  droite  du  Rhône.  «  Batilier,  Guiot  du 
Pin,  Lamit  et  le  Petit  Méchin  chevauchè- 
rent, eux  et  leurs  routes,  sur  une  nuit,  bien 
quinze  lieues,  et  vinrent  sur  le  point  du 
jour,  à  la  ville  de  Pont  St-Esprit  et  la 
prirent,  et  tous  ceux  et  toutes  celles  qui 
dedans  étaient  ;  dont  ce  fut  pitié,  car  y 
occirent  maints  prud'hommes  et  violèrent 
maintes  damoiselles,  et  y  conquirent  si 
grand  avoir  que  sans  nombre,  et  grandes 
pourveances  pour  vivre  un  an  tout  en- 
tier('). »  De  Pont  St-Esprit,  les  Tard-Venus 
faisaient  des  excursions  jusqu'aux  portes 
d'Avignon.  Le  Pape  les  menaça  des  foudres 
de  l'Église;  ils  s'en  moquèrent,  et  il  dut 
faire  publier  contre  eux  une  croisade  dont 
la  direction  fut  confiée  au  cardinal  Pierre 
Bertrand.  Sur  la  rive  gauche  du  Rhône  les 
croisés  se  réunirent  àCarpentras,  sur  la  rive 
droite  à  Bagnols  :  intimidés  par  ces  pré- 
paratifs, les  routiers  firent  des  propositions 
d'accommodement.  Le  souverain  pontife 
leur  donna  60000  florins  et  ils  consentirent 
à  suivre  en  Italie  le  marquis  de  Montferrat 
«  moult  gentil  chevalier  et  bon  guerroyeur, 
qui  avoit  grand  temps  tenu  guerre  contre 
les  seigneurs  de  Milan  et  encore  faisoit  (').  » 
Aux  ravages  des  routiers  s'ajoutèrent  en 

moire  pour  les  consuls  et  commun.iutc  de  \'illeneuve-lez- 
Avignon  contre  les  consuls  de   Rotiucniaure,    les  consuls 
de  Pujout,  et  le  syndic  des  Chartreux  de  Villeneuve,  p.  16. 
1.  Froissart,  L.  I,  part.  II,  c.  147, 


48 


ïRetiue  De  l'att  chrétien. 


ces  années  malheureuses  les  ravages  de  la 
peste  :  elle  décima  Avignon  et  les  environs. 
Nul  doute  qu'il  faut  attribuer  à  ces  circon- 
stances le  déclin  du  monastère  de  Fours.  Les 
religieuses  réduites  à  un  petit  nombre,  ne 
trouvant  plus  de  sûreté  dans  cette  abbaye  so- 
litaire, au  milieu  d'une  campagne  dépeuplée, 
songèrent  à  se  transférer  dans  Avignon 
même.  Un  heureux  événement  les  aida  à 
réaliser  leur  projet.  Urbain  V  venait  de 
remplacer  Innocent  VI  sur  la  chaire  pon- 
tificale (1362).  Or  ce  pape  avait  deux  sœurs 
religieuses  de  l'ordre  de  Saint-Benoît,  l'une 
au  monastère  de  Saint- Laurent  et  l'autre  au 
monastère  de  Fours.  Il  avait  aussi  un  frère, 
Anglic  de  Grimoard,  chanoine  régulier  de 
Saint-Ruf  de  Valence,  prieur  de  Digne,  qu'il 
nomma  évêque  d'Avignon  dont  le  siège 
vaquait  depuis  longtemps.  Il  le  créa  cardi- 
nal en  1366.  Un  historien  d'Urbain  V  fait 
ce  bel  éloge  du  digne  frère  de  ce  saint  pon- 
tife :  <iFuit  devotissimus  et  maximus  pattpe- 
rum  et  clericorîtiii  relevator  (').  »  Anglic  de 
Grimoard  construisit  ou  répara,  orna  et  dota 
un  grand  nombre  d'églises  et  de  monastères 
dans  les  diocèses  d'Avignon,  de  Nîmes, 
d'Uzès,  de  Mende  et  de  Montpellier.  Nous 
avons  trouvé  (-)  un  portrait  de  ce  pieux  et 
charitable  Cardinal  dans  une  miniature  du 
temps  dont  nous  comptons  donner  la  repro- 

1.  Baluze,  Vita  paparum  avejiionensium,  quarta  vit  a 
Urbatti  V,  attctore  Aymerico  de  Peyraco  abbate  Mayssia- 
censi,  t.  I,  p.  417. 

2.  Archives  de  Vauchise.  G.  Fonds  de  l'évêché  d'Avi- 
gnon, G.  10.    Terrariiini  Avinionense,    1362,   fol"  12. 

On  lit  à  gauche  de  la  miniature  : 

«  Suscipe  dona  pia  librorum 

Virgo  Maria, 
Presulis  Anglici famulari 

Quein  volinsti 
Onis basilicae  tune  {?)  Avini 

Virginis  Aime 
Ipse  salutem  serves. 
Tiitamque  perennem.^ 
Onis  est  la  dernière  syllabe  <S!  Avinionis.  Cette  bizarrerie 
se   retrouve   identiquement    la   même  dans  l'inscription 
contemporaine  de  celle-ci  gravée  autrefois  sur  la  tour  de 
Barbantane  et  reproduite  dans  les  comptes  relatifs  à  cet 
édifice.  G.  Fonds  de  rÈvéché  d' Avignon. 


duction  dans  son  riche  coloris  et  au  milieu 
d'un  joli  encadrement.  Il  est  représenté  à  ge- 
noux offrant  le  terrier  de  l'église  d'Avignon 
à  la  sainte  Vierge  patronne  de  sa  cathé- 
drale. 

Ce  fut  Anglic  de  Grimoard  qui  opéra  en 
1363  la  translation  des  religieuses  de  Fours 
dans  Avignon.  Nous  connaissons  le  motif 
particulier  de  l'intérêt  qu'il  leur  portait.  Il 
leur  fit  bâtir  une  église  et  un  couvent  auquel 
on  conserva  le  nom  de  l'abbaye  abandonnée. 
Le  Pape  approuva  cette  translation  par  une 
bulle  donnée  le  XVI  des  Kal.  d'avril  la 
5™e  année  de  son  pontificat  (').  Le  nouveau 
monastère,  contigu  à  celui  de  Ste-Catherine 
des  Dames  de  Cîteaux  ('),  était  situé  dans 
la  Carreria  Massarum  (aujourd'hui  rue  du 
Collège  d'Annecy),  presque  en  face  de  la 
maison  qu'habitait  Agnès  de  Beaufort, 
veuve  de  Pierre  Obreri, architecte  du  Palais 
des  papes  (^).  L'emplacement  avait  été  vendu 
au  Cardinal  par  le  chevalier  Jean  d'Au- 
ron  ('').  L'église  fut  dédiée  à  Ste  Lucie  {^), 
car  l'évêque  d'Avignon  y  avait  placé, 
avec  plusieurs  autres  précieuses  reliques, 
un  bras  de  cette  illustre  Vierge  martyre  (^). 
Il  ne  reste   plus  de  ces   constructions  que 


1.  Dom  Chantelou,  Historia  Monasterii  Sancti  An- 
dréa, ad  an.  1239. 

2.  MM.  de  la  Bibl.  d'Avignon,  Cambis-Vellcran,  .Iniia. 
les  d'Avignon  ,  t.  II. 

3.  Testament  d'Agnes  de  Bea/(/ort,Arch\ves  de  Vaucluse 
G.  fonds  de  Saint-l5idier,  n"  46.  Cette  pièce  a  été  retrou- 
vée et  reproduite  par  M.  Duhamel  dans  une  très  intéres- 
sante étude  sur  V/iabitation,  la  famille  et  la  sépulture  de 
Pierre  Obreri  architecte  du  Palais  des  papes  d' Avignon, 
publiée  dans  les  Mémoires  de  t  Académie  de  Vaucluse, 
année  1884,  première  livraison  (Avignon,   Seguin,  frères). 

4.  Archives  de  \^aucluse,  Terrier  de  l'évêché,  an.  1362, 
N"  7. 

5.  Archives  de  Vaucluse,  D.  308. 

6.  «...  inAvinione  asolo  ;Bdificavit('.'\nglicus  Grimoardi) 
monasterium  cum  ofificinis  et  habitationibus  necessariis 
pro  monialibus  de  Furnis  ordinis  sancti  Benedicti,  qua; 
prias  erant  ab  extra  collocatas  in  loco  campestri  etaperto; 
deditque  eis  multa  bona  et  reliquias  aliquorum  sanctorum, 
et  specialiter  brachium  sanct^e  Luci;e  munitum  et  in  cas- 
satum  in  argento.  »  (Prima  vita  Urbani  V.  Baluze,  Vitct 
paparum  aven.  t.  I,  p.  366.) 


CtiiDcs  D'arcbcologie  et  Q'bistoirc  sur  amcncutic=lC5=atiignon.  49 


l'éfiflise  transformée  en  ma<jasin  avec  ses 
murs,  ses  fenêtres,  ses  contreforts  portant  les 
signes  d'appareil  du  XIV*^  siècle  (la  façade 
a  été  refaite  à  la  Renaissance),  la  porte 
d'entrée  du  couvent  et  quelques  portions  du 
cloître  comprises  maintenant  dans  plusieurs 
maisons  attenantes.  Une  chapelle  de  l'église 
porte  encore  à  la  clé  des  nervures  de  sa  voûte 
les  armoiries  des  Grimoards  :  de  zueules  ati 
chef  d'or  emmenché  de  quatre  pointes. 

Le  cardinal  Anglic  ne  cessa  de  protéger 
le  nouveau  monastère  qu'il  avait  fondé. 
Son  testament  nous  offre  un  suprême 
témoignasse  de  sa  sollicitude.  En  même 
temps  qu'il  donne  à  sa  sœur  Delphine  deGri- 
moard,  religieuse  bénédictine  au  monastère 
de  St- Laurent  une  pension  viagère  de  1 5  flo- 
rins d'or,  il  lègue  dix  florins  d'or  de  pension 
à  une  autre  sœur  Isabelle  de  Sinzelles  reli- 
gieuse à  Sainte-Marie  de  Fours.  Il  lègue  en 
outre  â  ce  monastère  la  moitié  des  livres  de 
sa  grande  chapelle  où  il  a  l'habitude  d'enten- 
dre les  messes  chantées  ;  l'autre  moitié  était 
attribuée  aux  religieuses  deSte-Croix  d'Apt. 
Ses  exécuteurs  testamentaires,  Guillaume 
Vilate  abbé  de  St-André,  Audibert  de  Sade, 
prévôt  de  Toulouse  et  Pierre  Olivier  son 
camérier,  étaient  chargés  de  faire  ce  partage. 
Eniîn  il  lui  lègue  trois  cents  florins  d'or  afin 
d'acheter  des  vignes  pour  fournir  aux  reli- 
gieuses leur  provision  de  vin,  sans  qu'on 
puisse,  sous  aucun  prétexte,  appliquer  cette 
somme  à  une  autre  destination  ('). 

I.  «  Supia  qua  domo  (une  maison  que  le  cardinal  venait 
d'acheter  à  Raymond  Malisanguinis  damoiseau  de  Pa- 
ternes du  diocèse  de  Carpintras,  située  à  .'Avignon  dans 
sa  livrée,  confrontant  à  la  maison  de  Jean  Cavalier,  au 
monastère  de  St-Laurent,  à  la  tour  dudit  monastère 
et  à  deux  rues)  lego  dilecta;  mihi  in  X"  sorori  Dalpliinaî 
Grimoardi  dicti  monasterii  Sancti  Laurentii  avinionensis 
moniali  quindecim  tlorenos  auri  currentes  de  viginti  qua- 
tuor solidis  monetic  avinionensis  pensionales  et  pro  annua 
pensione  eidem  Dalphina  singulis  annis  solvendos  quam- 
diu  fuerit  in  humanis.  Item  lego  super  eadem  domo 
Dilectœ  mihi  in  Christo  sorori  Isabelli  de  Sinzellis  moniali 
beata;  Maria;  de  Furnis  avinionensis  ejusdem  ordinis 
decem  florenos  auri  valoris  supradicti,  videlicet  de  viginti 
quatuor  solidis,  pensionales  et  pro  annua  pensione  eidem 


Le  cardinal  Guillaume  de  Chanac  té- 
moigna aussi  par  un  legs  testamentaire  de 
son  intérêt  pour  le  nouveau  monastère  de 
Fours  auquel  il  légua  quatre  florins  d'or  ('). 
Si  la  protection  du  frère  du  pape  et  de 
quelques  autres  princes  de  l'Eglise,  valut  au 
monastère  de  Fours,  transporté  à  Avignon, 
quelque  prospérité,  elle  ne  fut  pas  de  lon- 
gue durée.  Le  nombre  des  religieuses  fut 
toujours  en  diminuant,  et  aussi  le  revenu 
du  monastère.  En  1423,  il  n'en  restait 
plus  que  quatre,  et  lorsqu'elles  avaient 
payé  les  charges  qui  grevaient  leur  bien, 
elles  n'avaient  pour  vivre  chaque  année, que 
vingt-quatre  livres  petits  tournois.  Ces 
quatre  dernières  religieuses  étaient  Juaneta 
de  Sobyreto,  prieure,  Aiguesia  de  Scutella, 
Clementia  de  Sancto-Romano  et  Aluvisia 
Urtice  (-).  C'est  avec  un  respect  attendri 
que  nous  recueillons  ces  noms.  Celles  qui 
les  portaient  avaient  voulu  s'ensevelir  dans 
l'ombre  sainteducloitre  :  leur  malheurd'avoir 
été  les  témoins  de  la  ruine  totale  de  leur 
maison  les  a  fait  passer  à  la  postérité.  Cette 
maison  désolée  fut  du  moins  le  berceau 
d'une  institution  dont  l'histoire   forme  une 

Isabelli  singulis  annis  solvendos  quamdiu  fuerit  in  hu- 
manis. Obligans  et  expresse  hypothecans  ac  obligatam  et 
hypothecatam  esse  volens  eisdem  sororibus  Dalphina;  et 
Isabelli  perpetuo  dictam  domuni  et  loquerium  ejusdem 
pro  dicta  pensione  eis  et  cuilibet  earum  solvenda  annis 
singulis...  —  Item  lego  monasterio  B.  Mari;i;  de  Furnis 
avinionensis  et  Sanctœ  Crucis  de  Apta  supradicto  libres 
quos  habeo  deputatos  ad  usum  et  servitium  capelke  nieœ 
magnie,  in  qua  solitus  sum  Missas  audire  cum  nota,  et 
volo,  jubeo  atcjue  mando  libros  hujusmodi  ipsis  duobus 
monasteriis  a;qualiter  dividi  perdictosdominosGuillelmum 
abbatem  monasterii  S.  .Andre;e,  .-Xudibertum  de  Sado, 
Pra;positum  Tolosanum  et  Petrum  Olivarii  camerarium 
meum  superius  nominatos.  Item  lego  dicto  monasterio 
B.  M.  oe  Furnis  trecentos  tlorenos  auri  currentes  semel 
tantum  solvendos  pro  emendis  vincis  ipsi  monasterio  ex 
quibus  suam  habeat  vini  provisionem,et  volo,  jubeo  atque 
mando  quod  hujusmodi  pecunia,  quacumque  necessitate 
seu  occasione  contingente,  nullis  aliis  usibus  applicetur.  '» 
(Testamentum  R.  in  Christo  Patris  et  Domini  D.  Anglici 
episcopi  Albanensis  cardinalis,  anno  13S8,  ex  archivis 
S.  AndrecC  prope  Avenionem.  Baluze,  Vila  Paparum 
Aveniensium,  t.  II,  p.  102 1  et  sq.) 

1.  Baluze,  Vitce  Paparum  etc,  t.  II,  p.  956. 

2.  Archives  de  V'aucluse,  D.  30S. 


50 


iRcuuc    De   l'art    cîjcéticn. 


belle  et  intéressante  page  clés  annales 
d'Avignon.  Le  cardinal  fean  de  Brogny, 
évêque  d'Ostie,  avait  eu  la  pensée  de  fon- 
der un  collège  où  vingt  enfants  de  la  Savoie, 
sa  patrie,  seraient  reçus  gratuitement  :  ces 
écoliers  devaient  suivre  les  cours  de  l'univer- 
sité avignonaise  ;  il  avait  déjà  préparé  cette 
fondation,  mais  la  mort  le  surprit  avant 
qu'il  l'eût  menée  abonne  fin.  Il  chargea  ses 
exécuteurs  testamentaires  d'achever  ce  qu'il 
avait  commencé.  H  ugon,  évêque  de  Vaison, 
Gérald,  évêque  de  Coserans,  François,  évê- 
que élu  de  Mende,  Anthoine  Virronis, 
docteur  es  lois,  Alain  Brientii,  archidiacre 
de  Bologne,  Chrétien  Fabri,  prévôt  de 
Riez,  Jean  de  Nemoribus,  archidiacre  de 
Gap,- Thomas  de  Burgundia,  sacristain  de 
Glandève,  jetèrent  les  yeux  sur  les  bâtiments 
qui  constituaient  le  monastère  de  Fours. 
Ils  demandèrent  au  souverain  Pontife, 
Martin  V,  d'affecter  cet  immeuble  à  la 
fondation  projetée  du  cardinal  de  Brognac. 
Le  pape  se  rendit  à  leur  désir.  Il  chargea 
Jean  Dupuy,  prévôt  de  Carpentras  et  tré- 
sorier général  de  l'Église  romaine  dans  le 
Comtat,  de  supprimer  la  dignité  abbatiale 
dans  le  monastère  de  Fours  et  de  trans- 
porter dans  un  autre  monastère  de  béné- 
dictines les  quatre  dernières  religieuses 
avecleursbiens  et  leurs  droits;  il  le  charg-eait 
en  même  temps  d'unir  au  collège  du  car- 
dinal, afin  d'en  assurer  l'existence,  le  prieuré 
bénédictin  de  Bolène  qui  dépendait  de 
l'abbaye  de  l'île  Barbe  de  Lyon.  Le  motif 
qui  détermina  Martin  V  à  accepter  la  pro- 
position (jui  lui  avait  été  faite,  mérite  d'être 
connu  ;  il  est  exposé  dans  ce  beau  début  de 
la  bulle  adressée  à  Jean  Uujjuy  où  le  Pape 
dit  qu'il  met  un  soin  particulier  à  ce  que  les 
fidèles  puissent  chercher  la  perle  de  la 
science  :  C'est  une  gloire  de  la  posséder  ; 
elle  chasse  la  nuit  de  l'ignorance,  elle  fait 
resplendir  au  loin  le  nom  de  Dieu  et  la  foi 


catholique,  elle  accroît  le  culte  de  la  justice 
publique  et  privée,  elle  enseigne  le  gouver- 
nement si  utile  de  la  raison,  et  elle  augmente 
heureusement  tout  ce  que  les  hommes 
espèrent  de  bien.  Le  Saint-Siège  ne  sau- 
rait donc  trop  favoriser  les  fondations 
qui  assurent  la  diffusion  de  la  science  ('). 

Jean  Dupuy  accomplit  le  mandat  Pon- 
tifical ;  il  ordonna  aux  relisfieuses  de  F'ours 
de  se  transporter  dans  l'abbaye  bénédictine 
deSaint-Véran  aux  portes  d'Avignon, affecta 
leur  monastère  au  collège  qui  porta  le  nom 
de  Saint- Nicolas  d'Annecy,  et  auquel  il  an- 
nexa le  même  jour  le  prieuré  de  Bolène. 
Le  24  JLiillet  [428,1e  prévôt  adressait  l'acte 
d'exécution  de  la  bulle  de  Martin  V,  aux 
évêques  d'Avignon  et  de  Saint-Paul-trois 
Châteaux,  ainsi  qu'aux  abbés  de  St-André 
de  Villeneuve  et  de  l'île  Barbe  de  Lyon  (-). 

1.  Martinus  episcopus  servus  servorum  Dei,  Dilecto 
filio  Johanni  de  Putheo  pnçposito  ecclesise  Carpentora- 
ctensis  in  comitatu  Venayssini,thesaurario  nostro,  salutem 
et  apostolicam  benedictionem.  In  apostolica:  sedis  spé- 
cule superni  dispositione  Rectoris,  licet  immei'ito  consti- 
tutus,  ad  universas  fidelium  regiones  nostnu  vigilantia; 
créditas,  eorumque  profecta  et  commoda  tanquam  univer- 
salis  giegis  dominici  pastor,  commiss.c  nobis  specula- 
tionis  aciem  extendentes,  fidelibus  ipsis  ad  querendum 
litterarum  studia  et  scientiit  maigaiitam  cujus,  dum  in- 
venitur,  gloriosa  est  possessio,  per  qiiam  ])elluntur  igno- 
rantiae  nubila  et  divini  nominis  fideique  catholicaî  cultus 
protenditur,  justitia  colitiir  tam  publies  quam  privata, 
ratio  geritur  utiliter,  omnisque  spes  humanae  conditionis 
féliciter  adaugetur,  pastoralem  curam  studiosius  impen- 
dimus  et  ne  de  hujus  modi  fonte  irrigue  tam  precelsum 
commendabileque  exercitium  haurire  anhelantes  reruni 
defectus  retrahat  apostolicœ  liberalitatis  manus  apponi- 
mus  illaque  pia  testantiuni  vota  qu;e  pro  multiplicandis 
hujusmodi  doctrin;e  fructibus  salutaribus  prodiisse  com- 
periraus    ut    ad    debitum    producantur  efîfcctuni   libenter 

gratiis  et  favoribus  prosequiniur  opportunis (Archives 

de  \'aucluse.  D.  301S,  fol.  29.) 

2.  Keverendis  in  Chrislo  patribus  et  Dominis  Domi- 
nis  miserationc  divina  .'\venioncnsi  et  Trirastrincnsi  epi- 
scopis  ac  nionasterii  Sancti  Andrc;e  ordinis  sancti  Henc- 
dicti  avenionensis  et  nionasterii  Insiikt  Barbar.v  ejusdcm 
ordinis  Lugduncnsis  diœcesum  abbatibus  ac  omnibus  aliis 
universis  et  singulis  pricsentes  litteras  inspecturis,  Jo- 
hannes  de  Puteo  prx-positus  ecclesi;u  Carpentoractensis  et 
in  Comitatu  Venaissini  pro  Domino  nostro  papaetSancla 
Romana  Ecclesia  Tliesaurarius  generalis,  judex  et  coni- 
missarius  ac  executor  unicus  ad  infra  scripta  a  sancla 
sede  apostolica  specialiter  dcputatus  salutem  in  Domino 
et  presentibus    fidem   in    dubium   adhibcre Idcirco 


Ctuoes  D'arcbéologie  et  D'bistoirc  sur  îîiUencut)C=Ie5=at)ignon.  51 


Quelques  jours   après,  les    délégués    du 
prévôt,   munis  de   l'acte  d'exécution   de   la 
bulle    de    Martin    V,    se    présentèrent    au 
monastère    d'Avignon,    pour    en     prendre 
possession  au  nom  des  exécuteurs  testamen- 
taires du  cardinal  de  Brogny.  Les  religieu- 
ses, à  genoux,  jurèrent   obéissance   à   l'ab- 
besse  de  St-Véran,  puis  dame  Juaneta  de 
Sobyreto  accomplit  (avec  quels  sentiments 
tristes  et  résignés,  on  l'imagine)  son  dernier 
acte  de  prieure.  Elle  conduisit  les  délégués 
à  l'église,  elle  leur  en   remit  les  clés,  et  ils 
ouvrirent   et  fermèrent   la  porte.  Elle  leur 
présenta  la  corde  de  la  cloche,  qu'ils  firent 
tinter.  Arrivés  à  l'autel,  ils  le  touchèrent  de 
la  main  droite,  y  déposèrent  le  missel  qu'on 
leur  donna,  l'ouvrirent  et  le  fermèrent.  De 
la  chapelle,  le  cortège  se  rendit  au  réfectoire, 
au   cellier,  à  la  chambre  abbatiale,  et   aux 
autres  chambres  où  eut  lieu  la  même  céré- 
monie   de   la  tradition  des  clés,  de  l'ouver- 
ture et   de   la   fermeture  des  portes.  Enfin 

auctoritate  apostolica  nobis  commissa  et  qua  fungimur  in 
hac  parte  prefatis  dominis  Hugoni,  Geraldo  Vasionensi 
et  Conseranensi  episcopis  et  Francisco  olim  electo  nunc 
vero  episcopo  Gebenensi  ac  Anthonio  Virronis,  Alano 
Brientii,  Cristino  Fabri,  Johanni  de  Nemoribus  et  Thoma; 
de  Burgundia  ac  aliis  executoiibus  dicti  bon;E  memoriœ 
Domini  Johannis  episcopi  ostiensis  sacrosantii;  Roman;e 
EcclesiiçCardinalis  et  Vicecancellarii  memorati  collegium 
in  dicta  civitate  Avenionensi  et  apuddictum  monasterium 
de  Furnis  pro  usu  et  liabitatione  dictorum  viginti  quatuor 
scolarium  sive  studentium  in  ipsa    civitate    pro  tempore 

vacatLirorum fundandi  et  erigendi  plenam  et  liberam 

largiti  fuimus  et  largimur  per  prcesentes  licentiam  et  aiic- 
toritalem  necnon  moniales  pr;efatas  dicti  monasterii  de 
Furnis  quatuor  in  numéro  existentes  cum  facultatibus 
aliisque  suis  et  ipsius  monasterii  de  Furnis  redditibus 
bonis  rébus,  ad  aliud  monasterium  videlicet  ad  monaste- 
rium Sancti  Verani  prope  Avinionem  quod  dicti  ordinis 
Sancti  Benedicti  existit  cum  in  ipso  monasterio  Sancti 
Verani  ipsx-  moniales  congruentius  degere  et  susten- 
tare  valeant  quam  in  dicto  monasterio  de  Furnis,  eadem 
auctoritate  apostolica  transtulimus  et  transferimus  ac 
dignitatcm  abbatissalem  et  ordinem  .Sancti  Benedicti  hu- 
jusmodi  in  eodeni  monasterio  de  Furnis  suppressimus  et 
supprimimus,  illiusque  monasterii  de  Furnis  donios  et 
edil'ficia  eidem  coUegio  per  ipsos  dominos  executores  fuu-' 
dando  in  perpetuum  applicavimus  et   appropriavimus  et 

applicamus  et  appropriamus  per  présentes Monuimus 

insuper  auctoritate  apostolica  predicta  qua  fungimur  in 
hac  parte  et  tenore  presentium  monemus  primo  secundo 
tertio  et  perhenniter  communiter  et  divisim  prefatas  olim 


on  arriva  à  la  salle  des  archives  :  la  prieure 
ouvrit  aux  délégués  les  deux  cofïres  renfer- 
mant les  titres  du  monastère  (').  Il  ne  res- 
tait plus  à  dame  Juaneta  de  Sobyreto  et  à 
ses  trois  religieuses  que  de  dire  adieu  à  ces 
murs  oi^i  elles  avaient  espéré  finir  leurs 
jours,  et  à  se  retirer  dans  la  résidence  qui 
leur  était  assignée  :  le  monastère  de  Fours 
était  devenu  le  collège  Saint- Nicolas  d'An- 
necy. 

Le  vieux  monastère  de  Fours  abandon- 
né au  fond  de  la  V'alergue  et  les  autres 
possessions  qui  restaient  aux  quatre  reli- 
gieuses reçues  à  St-V'éran,  devaient  être 
une  charge  onéreuse  pour  leurs  nouvelles 
sœurs.  D'un  autre  côté  les  supérieurs  du 
collège  Saint- Nicolas  d'Annecy  devaient 
désirer  posséder  non  loin  d'Avignon  une 
maison  de  campagne.  Quatre  ans  après 
leur  translation,  les  quatre  religieuses  ven- 
daient au  collège  leur  ancien  couvent  avec 
son  église  et  leurs  autres  terres.  «  L'acte  de 

dicti  monasterii  de  Furnis  moniales  quatuor  in  numéro 
existentes,  videlicet  religiosas  dominas  Jaonetam  de 
Sobyreto  olim  dicti  monasterii  priorissam,  Aiguesiam  de 
Scutella,  Clementina   de    Sancto  Romano  et   Aluvisiam 

Urtice a  dicto  olim  monasterio   de  Furnis  ejusque 

domibus  et  habitationibus  cum  bonis  et  rébus  ac  fructibus 
et  redditibus  earumdem  exeant  et  recédant  et  ad  dictum 
monasterium  Sancti  Verani  se  tra.^sferant,  possessionem 
liberam  et  vacuam  ac  expeditam  dicti  olim  monasterii  de 
Furnis  ac  domorum  et  habitationum  ejusdem  dictis  domi- 
nis executoribus  dicti  quondam  Domini  Cardinalis  Ostien- 
sis fundatoris  prefatis  seu  eorum  procuratoribus  ad  opus 
et  utilitatem  dicti  collegii  et  scolarium  ejusdem,  dimittcnt 
tradantque  et  délibèrent,  cum  efteclu  et  ipsa:  dominLC  ab- 
batissaj  et  moniales  Sancti  Verani  predictie  easdem  qua- 
tuor moniales  dicti  olim  monasterii  de  Furnis  prenominatas 
in  dicto  ipsarum  monasterio  Sancti  Veiani  cum  dictis  ea- 
rum  bonis  et  rébus  ac  fructibus  et  redditibus  recipiant 
et  admittant  ac  caritative  eas  tractent...  Datum  et  actum 
Carpentoracti,  in  domo  habitationis  nostra;,  videlicet  in 
domo  dict;c  nostric  Thesaurari;e  officii  et  in  viridario  ejus- 
dem nobis  inibi  super  quoddam  sedile  lapideum  pro  tribu- 
nali  more  majorum,  sedentibus,  quem  locum  ad  predicta 
peragenda  nobis  elegimus  anno  a  Nativitate  Domini  mil- 
lesimo  quadragentesimo  vigesimo  octavo  et  die  vigesima 
tertiamensis  Julii  indictione  sexta,  pontificatus  dicti  Do- 
mini nostri  Martini  divina  Proxidcntia  papa' C|uinti  anno 
undccimo... 

(.■\rchives  de  \'aucluse,  D.  30S,  fol.  92-102.) 
I.  Archives  de  Vauclusc,  D.  308. 


52 


iRetiue   De    l'9rt   cïj rétien. 


vente  en  date  du  19  août  1428,  exprime  en 
détail  tous  les  biens  meubles  et  immeubles 
des  religieuses;  il  fait  mention  non  seule- 
ment des  biens  fonds  de  ce  monastère,  mais 
encore  des  lieux  où  ils  étaient  situés.  Il  y  est 
dit  que  les  religieuses  de  Fours  possédaient 
des  biens  à  Villeneuve,  Avignon,  Pujaut, 
Sorgue,  à  Saumane  et  à  Baume  dans  le 
Comtat...  Voici  comment  le  domaine  de 
Fours  y  est  désigné  :  et  premièrement  une 
grange  ou  domaine  vulgairement  appelé  de 
Fours,  dans  lequel  était  anciennement  le 
dit  monastère  de  Fours  situé  dans  les  appar- 
tenances et  le  district,  c'est-à-dire,  du  terri- 
toire de  la  juridiction  du  village  de  Saint- 
André-lez-Avignon,  avec  tout  son  terroir 
culte  et  inculte  formant  environ  200  salmées 
de  terre.  Qiioddam  viansiini  sive  grangmm 
aiit  doiiiuiii,  zndgariter  de  Furiiis  iiîuiciipa- 
tum  in  quo  antiq2ut»i  erat  diciuin  nionaste- 
riuni  de  Furnis,  siiîcainin  in  pertinentiis  ac 
districtu  seu  territorii  jurisdictionis  castri 
sajicti  Andrcce  prope-Avinioiiem,cum  toto  ejus 
territorio  tam  ciUto  qicam  iiicuKo,  inieroiimia 
circa  ducentos  smunatas  terres  (").  »  Martin  V 
confirma,  par  une  bulle  du  2g  décembre 
1430,  cette  vente.  L'an  1435  le  concile  de 
Bâle  confirma  aussi,  à  l'instance  du  duc  de 
Savoie.protecteur  du  collège  Saint-Nicolas, 
l'union  du  prieuré  de  Bolène  et  l'affectation 
du  monastère  avignonais  de  Fours  [^).  Enfin 
Calixte  III,  en  1458,  ratifia  tout  ce  que  ses 
prédécesseurs  avaient  concédé  en  faveur  de 
ce  collège,  soit  l'union  du  prieuré  soit  l'af- 
fectation du  monastère  (3). 

Le  collège  Saint-Nicolas  d'Annecy  ne 
garda  que  quelques  années  la  grange  et  le 
domaine  de  Fours;  il  les  céda,  contre  une 
rente  de  50  Horins  d'or,  à  la  chartreuse  de 
Villeneuve.  Pie  II  par  une  première  bulle 


1.  Archives  de  ViUeneuve-Iez-Avignon.  I-'F.  y. 
moire  pour  les  consuls,  etc.,  pp.  i6,  17. 

2.  Archives  de  Vaucluse,  I).  308. 

3.  Archives  de  Vaucluse,  D.  308. 


Mé- 


chargea  en  1459  le  cardinal  de  Foix  de  pro- 
céder à  cet  arrangement,  qu'il  confirma  par 
une  seconde  bulle  en  1460.  Entre  les  mains 
des  Chartreux,  Fours  devint  une  ferme  pro- 
ductive; ils  y  créèrent  un  moulin  à  huile,  un 
moulin  à  blé,  une  tuilerie.  En  1690  cette 
ferme  leur  rapportait  34  salmées  de  blé  ("). 
En  1732  elle  leur  fournissait  300  œufs  (^); 
en  1747  ils  affermaient  le  moulin  à  blé  à 
Jean  Bouchet  au  prix  de  15  salmées  de 
blé.  Cependant  l'antique  église  de  Fours 
avait  traversé  intacte  toutes  ces  vicissitudes. 
Le  samedi  soir  un  père  chartreux  arrivait 
à  la  ferme  et  le  dimanche,  dès  l'aube,  il  célé- 
brait les  saints  mystères  pour  les  cultiva- 
teurs d'alentour.  La  prière  liturgique  s'éle- 
vait ainsi  de  loin  en  loin  dans  ce  vénérable 
sanctuaire,  qu'avaient  rempli  jadis  les  chants 
de  la  psalmodie  monastique,  et  la  cendre  de 
la  pieuse  fille  de  Pierre  d'Albaron  pouvait 
tressaillir  au  contact  de  la  robe  blanche  du 
fils  de  saint  Bruno,  qui  frôlait  sa  tombe  en 
franchissant  le  seuil  sacré.  Mais  à  la  Révolu- 
tion ce  dernier  accent  de  la  prière  s'éteignit: 
la  ferme  fut  vendue  et  la  tombe  fut  violée. 
Du  moins  la  belle  église  de  l'ancien  monas- 
tère est  encore  debout,  pleurant  .sa  gloire 
passée.  Le  visiteur  peut  encore  admirer  sous 
le  porche  dégradé  l'épitaphe  de  la  généreuse 
Mabilia.  Ce  monument  rappelle  la  meilleure 
époque  de  l'architecture  romane,  ce  nom 
évoque  le  souvenir  de  quelques  âmes  saintes 
qui  trouvèrent  dans  cette  pauvre  solitude 
les  joies  du  divin  amour.  En  faut-il  davan- 
tage pour  que  l'humble  histoire  de  Fours 
attire  sur  ces  ruines  un  regard  ému  de  qui- 
conque est  sensible,  au  milieu  des  vaines 
agitations  de  la  vie,  aux  beautés  de  l'art  et 
aux  parfums  de  la  vertu  ? 

F".    FUZET. 
Doyen  de  Villeneuve-lez-Avignon. 

1.  Archives  du  Gard,  H.  344. 

2.  Archives  du  Gard,  H.  352. 


■Mk       ^Xb      flSft      ^Xa      ^Xa      ^Xft      ^^M      flXft      flXft      flSft      aZa      aXb      ^Xa      ^^m      dXft      ^B^      ^^w      ^^w      ^^w      ^^m      ^^m      ^^w      ^^m      ^^u      ^^m      ^B^ 


Des  bases  et  ïies  ustensiles  eucftartstiques. 


(troisième  article.)  ^^^^^^ 


§  I.  Allemagne  et  Autriche. 

OLOGNE.  —  A  l'église  des 
Saints-Apôtres,  calice  en  argent 
doré,  richement  orné(XIIIe  s.). 
Les  médaillons  en  bas-relief  du 
pied  représententrAnnonciation,  la  Nativité, 
le  Crucifiement  et  la  Résurrection  du  Sau- 
veur. Il  y  a  d'autres  calices  remarquables  à  la 
cathédrale,  à  Saint-André,  à  l'Assomption, 
à  Sainte-Catherine,  à  Saint-Géréon,  etc.  ("). 
Gran  (Hongrie).  —  A  la  cathédrale, 
calice  en  argent  doré,  du  XV^  siècle.  Le 
pied  est  disposé  en  forme  de  rose  à  six 
feuilles,  décorées  de  filigranes  rétiformes  ; 
l'une  d'elles  porte  dans  un  écu  une  double 
aigle  couronnée. 

HiLDESHEiM  (Cathédrale  d').  —  Calice 
en  or,  attribué  parla  tradition  à  Bernwald, 
treizième  évêque  d'Hildesheim  (►!<  1079), 
mais  d'un  travail  qui  accuse  le  XI 1 1<^  siècle. 
Au-dessus  de  la  représentation  de  la  Cène, 
on  lit  ces  deux  vers  : 

Rex  sedet  in  cœna  turba  cinctus  duodena 
Se  tenet  in  manibus  se  cibat  ipse  cibus. 

La  topaze  qui  en  orne  le  nœud  est  une 
des  plus  grandes  pierres  de  ce  genre  qui 
soit  connue  en    Europe. 

Autre  calice  attribué  à  saint  Bernwald, 
évêque  d'Hildesheim  {>i>  1146).  Toute  la 
coupe  est  entourée  de  filigranes,  sauf  un 
espace  en  demi-cercle,  réservé  pour  les 
lèvres  du  célébrant. 

Francfort-sur-le-Mein.  --  A  la  cathé- 
drale, calice  d'argent  doré  du  XV^  siècle  ; 
sur  les  lobes  du  pied,  fines  gravures  repré- 

I.  Cf.  Bock,  Très,  sacr.de  Cologne. 


sentant  le  Christ,  la  Vierge- M  ère,  saint 
Georges,  sainte  Catherine,  sainte  Barbe  et 
la  Crucifixion. 

Kremsmunster  (Autriche).  —  On  con- 
serve, à  cette  abbaye,  un  grand  calice  en 
cuivre  doré,  exécuté  par  ordre  de  Tassilo, 
duc  de  Bavière,  et  de  sa  femme  Liutperge, 
fille  de  Didier,  roi  des  Lombards  (XTII^  s.), 
comme  l'indique  l'inscription  du  pied  : 

Tassilo  dvx  fortis  livperg  virgo  regalis. 
Cinq  plaques  d'argent  niellé,  adaptées  à  la 
coupe,  représentent  le  Christ  et  les  quatre 
symboles  évangélistiques. 

Munich.  —  A  la  Riche-Chapelle  du  roi 
de  Bavière,  magnifique  calice  d'or,  aux 
armes  de  Maximilien  I^'",  duc  de  Bavière. 
Des  émaux  incrustés  à  fleur  de  métal  for- 
ment une  ornementation  d'un  goût  très  pur. 

OsNABRucK.  —  Calice  en  argent  doré  et 
émaillé  du  XIV^  siècle.  Les  émaux  repré- 
sentent la  trahison  de  Judas,  la  comparution 
devant  Caiphe,  la  Flagellation,  le  portement 
de  Croix,  le  Crucifiement,  les  prophètes,  les 
apôtres,  des  anges,  le  phénix,  le  pélican, 
et  les  quatre  symboles  évangélistiques  ('). 

Il  y  a  encore  des  calices  remarquables  du 
m.oyen  âge  aux  cathédrales  d'Aix-la-Cha- 
pelle (XV'  s.),  de  Dantzig  (XV'=  s.),  de 
Francfort-sur-le-Mein  (XV'"  s.),  de  Lubeck, 
de  Mayence  (XL' et  XA'^  s.),  de  Monza 
(XV''  s.),  d'Osnabrlick  (XI IP  etXV=  s.),  de 
Paderborn  (XI  H"  s.),  de  Ratisbonne 
(XI I  F  s.);  aux  abbayes  d'Admont  (XIV"  s.), 
de    Klosterneubourg   (XIV°  s.),   de  Saint- 

I.  De  Linas,  Expos,  de  DusseUorf,  dans  la  Rev.  de 
FArt  chrét.,  janv.  iSSi,  p.  55.  Nous  avons  emprunté  quel- 
ques autres  indications  à  cet  excellent  travail. 


1885.  ^-  i'"=  Livraison. 


54 


Eetjue  te  l'art  c&réticn. 


Pierre  de  Salzbourg  (XII^  s.),  de  Wilten, 
près  d'Inspruck  (XII'  s.)  ;  à  Saint-Gervais 
de  Trêves  (XI'  s.)  ;  aux  églises  d'Emmerich 
(XP  s.),  de  Fritzlar,  de  Gladbach,  de  Wesel, 
etc  ;  à  la  chapelle  du  château  de  Mamberg,  en 
Bavière  (XVI'  s.);  au  musée  de  Berlin,  etc. 

§  2.  Belgique. 

Namur.  —  Au  couvent  des  Sœurs  de 
Notre-Dame,  calice  du  XI 11=  siècle,  dont 
le  pied  est  décoré  de  dix  plaques  niellées. 
Une  inscription  fait  connaître  sa  destination 
originelle  et  le  nom  de  l'artiste  :  >i*  Hvgo  me 
fecit  :  oraie  pro  ea  :  calix  ecclesiœ  bcati 
A^ickolai  de  Ognies. 

Autres  calices  à  Saint-Jacques  de  Liège 
(XV'  s.),  à  Saint-Servais  de  Maestricht 
(XI IP  s.),  à  la  chapelle  de  l'archevêché  de 
Malines  (XV'  s.),  au  musée  diocésain  de 
Bruges,  etc. 

§  3-  Espagne  et  Portugal. 

AjuDA. — L'exposition  universelle  de  1867 
a  fait  connaître  le  calice  en  vermeil  de  la  cha- 
pelle du  palais  d'Ajuda  (Portugal). C'est  une 
œuvre  du  XVI'  siècle,  dont  le  ciseleur  est 
resté  inconnu.  Les  douze  apôtres  sont 
groupés,  deux  par  deux,  dans  les  six  niches 
qui  décorent  la  coupe  et  d'où  pendent  des 
clochettes.  De  nombreuses  scènes  de  la 
Passion  sont  figurées  dans  de  petits  cadres 
qui  garnissent  la  tige  ('). 

BuRGOs.  —  Calice  en  or  du  XV'  siècle, 
richement  décoré  de  perles  et  de  pierres 
précieuses.  Le  custode  m'a  affirmé  qu'il 
valait  un  million  ! 

Madrid.  —  Au  musée  naval,  calice  fait 
du  bois  du  ceiba,  à  l'ombre  duquel  fut 
célébrée  la  première  messe  à  la  Havane, 
le  19  mars  15 19.  Au  musée  archéologique, 
on  voit  un  calice  décoré  d'ivoire  et  de  corail. 

Saint-Dominique  de  Silos.  —  A  cette 
abbaye,  occupée  aujourd'hui  par  des  Béné- 

I.  Magas.  pu/.,  1873,  p.  169. 


dictins  de  la  Congrégation  de  France,  se 
trouve  un  calice  du  XI'  siècle,  dont  Inscrip- 
tion nous  apprend  qu'il  a  été  fait  en  l'hon- 
neur de  saint  Sébastien,  par  un  abbé  nommé 
Domenico.  Des  arcatures  en  plein-cintre 
sont  figurées  en  filigranes  autour  de  la  coupe. 

Sarragosse.  —  A  Notre-Dame  del 
Pilar,  calice  orné  de  1999  pierreries. 

Autres  calices  à  la  cathédrale  de  Coïmbre 
(XII' s.),  à  l'Académie  royale  des  Beaux- 
Arts  de  Lisbonne  (du  XII'  au  XV'  siècle), 
au  cabinet  de  don  Luis,  roi  de  Portugal,  à 
la  cathédrale  de  Séville  (fausse  attribution 
au  papeClément  F"^),  etc;calices  à  clochettes 
aux  cathédrales  de  Braga,  de  Caminha,  de 
Lamego,  de  Guimaras,  etc. 

§  4.  France. 

Notre  ancienne  orfèvrerie  sacrée  a  perdu 
la  plupart  de  ses  chefs-d'œuvre  ;  ils  ont  été 
détruits  au  XV 1 1'  siècle  par  les  H  uguenots  ; 
sous  Louis  XIV,  pour  battre  monnaie  au 
profit  des  expéditions  guerrières  :  sous 
Louis  XV,  par  mépris  de  tout  ce  qui  était 
gothique,  et  enfin  surtout,  pendant  la  tour- 
mente révolutionnaire,  où  tant  d'œuvres 
d'art  religieuses    ont  été  jetées  au  creuset. 

Depuis,  le  vandalisme  a  parfois  été  en- 
couragé par  ceux  qui  auraient  dû  se  montrer 
les  respectueu.K  conservateurs  des  monu- 
ments antiques.  C'est  ainsi  que  Mgr  Affre, 
dans  son  Traité  des  /v?(^;7^«<?^-,  n'a  point  hé- 
sité à  écrire  ces  lignes  stupéfiantes  :  «  Si  les 
vases  sacrés  sont  d'un  goût  gothique,  le 
curé  peut  exiger  du  conseil  de  Fabrique 
qu'ils  soient  remplacés  par  d'autresd'un  goût 
plus  moderne.» 

Amiens.  —  On  conserve  à  l'Evêché  un 
calice  provenant  de  Saint-Martin-au-Bourg, 
lequel,  d'après  l'ancienne  tradition  de  cette 
paroisse,  aurait  servi  à  saint  Thomas  de 
Cantorbéry,  alors  qu'il  y  dit  la  messe  en 
I  1 70.  Le  style   de  ce  calice   nous   semble 


Des  tiases  et  Des  ustensiles  eucbaristiques. 


55 


démontrer  qu'il  ne  remonte  pas   plus   haut 
que  le  XI II"  siècle. 

Bar-sur-Aube.  —  A  Saint-Maclou,  calice 
en  vermeil,  dont  la  coupe  est  frappée  au 
marteau.  Les  douze  apôtres  y  figurent  avec 
Jésus-Christ,  ainsi  que  les  animaux  évan- 
gélistiques  et  diverses  scènes  du  Nouveau- 
Testament. 

Bellaing  (Nord). — -Calice  duXV^I'siècle, 
provenant  de  l'abbaye  de  Saint-Martin  de 
Tournai.  Sur  le  pied,  douze  médaillons  circu- 
laires représentant  des  scènes  hagiographi- 
ques, relatives  à  sainte  Catherine,  sainte  Mar- 
the, saint  Vaast,  saint  Amand,  saint  Eloi,  etc. 

BiviLLE  (Manche).  —  On  y  conserve  le 
calice  du  bienheureux  Thomas  Hélie 
(XI II"  s.).  Il  est  en  argent  doré  et  non  pas 
en  or  massif,  comme  on  l'a  souvent  prétendu. 
Sur  le  pied  on  lit  cette  inscription  trois  fois 
répétée  :  ►$<  par  amour  sui  (sic)  donné.  La 
tradition  veut  que  ces  paroles  fassent  allu- 
sion au  don  que  saint  Louis  aurait  fait  de  ce 
calice  au  bienheureux  Hélie,  par  affection 
pour  lui.  On  a  récemment  supposé  que  ces 
paroles  doivent  être  mises  dans  la  bouche  de 
Jésus-Christ  qui  se  donne  par  amour  dans 
l'Eucharistie.  Mais  cette  interprétation  paraît 
invraisemblable  (').  Remarquons  d'ailleurs 
que  cette  inscription  est  très  postérieure  au 
calice;  elle  aura  probablement  été  regravée 
au  XV"  siècle,  alors  qu'on  fit  quelques  ré- 
parations à  ce  précieux  objet. 

Chelles.  —  Le  calice,  exécuté  par  saint 
Eloi  et  donné  à  l'abbaye  de  Chelles  par 
sainte  Bathilde,  fut  envoyé  à  la  Monnaie, 
en  1792  ;  il  n'est  donc  connu  que  par 
des  eravures.  On  a  lonijuement  discuté 
si  certaines  décorations  de  ce  précieux 
monument  étaient  en  verroteries  incrus- 
tées   à  froid    ou   en    émail    cloisonné    ('). 

1.  Cf.  Rev.  lie  VArt  chrét.,  2""=  série,  t.  IV,  p.  120. 

2.  Cf.  Méiii.  des  ant.  de  France,  y  série,  t.  VU,  p.  203; 
BuUet.,  p.  176;  Rev.  de  C-irt  chrét.,  t.  VIII,  p.  113, 
etc  ;  t.  XXVIII,  p.  320. 


Cette  dernière  opinion  a  fini  par  prévaloir. 

La  Rochelle.  —  Au  Grand  Séminaire, 

on  conserve  un  calice  en  vermeil,  que  l'on 

dit  avoir  servi  à   Richelieu,   célébrant   une 


messe    d'actions    de   o^râces, 


dans    l'église 


Sainte-Marguerite,    le  jour  de  l'entrée  de 
Louis  XIII  à  La  Rochelle. 

Nancv. —  Calice  de  saint  Gozlin  (X"  s.). 
Sa  coupe  hémisphérique,  pourvue  de  deux 
anses,  est  soutenue  par  un  pied  de  forme 
élégante.  Le  tout  est  orné  de  filigranes,  de 
pierres  précieuses  non  taillées  et  de  perles 
enchâssées. 

Paris.  —  On  conserve,  au  Cabinet  des 
Antiques,  un  petit  vase  d'or,  trouvé  à  Gour- 
don,  en  1845;  ce  parait  être  un  calice  du 
V"  ou  VI"  siècle  et  non  pas  une  burette, 
commel'ont  supposé  quelques  archéologues  ; 
c'est  une  coupe,  cannelée  par  le  bas,  décorée 
dans  la  partie  supérieure  de  six  cœurs  en 
pierres  fines,  et  supportée  par  un  pied  coni- 
que, sillonné  de   cannelures  à  arêtes   vives. 

Reims.  —  Calice  d'or,  dit  de  saint  Rémi, 
apporté  à  Paris  en  1 792  et  restitué  à  la  cathé- 
drale par  Napoléon  1 1 1,  en  1 861.  Sa  décora- 
tion principale  consiste  dans  une  bande  d'or, 
sur  laquelle  alternent  des  pierres  fines  en- 
tourées de  perles  et  de  cabochons  d'émail. 
On  y  compte  7  émeraudes,  6  grenats,  3 
saphirs  et  9  agates.  Ce  magnifique  vase  a 
toujours  été  désigné  sous  le  nom  de  calice  de 
saint Renii,i>2SiS,  doute  parce  qu'il  fut  exécuté 
pour  remplacer  un  vase  que  saint  Rémi  avait 
légué  à  son  église  métropolitaine.  On  lit  sur 
le  pied  l'inscription  suivante,  qui  a  dû  con- 
tribuer, après  une  absence  de  soixante-dix 
ans,  à  faire  rentrer  ce  précieux  objet  dans  son 
vénérable  asile.  Quiciinique.  hiinc.calicem.  in- 
vadiave7'it.  vel.  ab.  ecclesia.  Rcmensialiquo  via 
do  alianaverit.  anatliema.  si  t. fiai.  Amen. — Ce 
calice  a  été  attribué  par  plusieurs  archéolo- 
gues au  XI"  ou  auXlI"siècle.  M.J.  Labarte(') 
I.  Hist.  des  arts  industr.,  2°  édit.,  t .  I,  p.  344. 


56 


iRetîue  De  V  art  chrétien. 


croit  que  c'est  l'œuvre  d'un  des  artistes  grecs 
qui  ont  suivi  en  Allemagne  l'impératrice 
Théophanie,  mariée  en  972  à  Othon  II. 

Saint-Jean-du-Doigt  (Finistère).  — 
Calice  donné,  dit-on,  par  Anne  de  Bretagne, 
en  1506.  Il  est  décoré  de  rinceaux,  d'enroule- 
ments, de  dauphins  et  de  huit  statuettes 
d'apôtres. 

Saint-Servant  (Morbihan).  —  On  y 
conserve  un  calice  sur  lequel  est  inscrit,  en 
lettres  gothiques,  le  nom  de  sanci  Gobrian. 
On  sait  que  saint  Gobrien,  évêque  de  Van- 
nes, se  fit  ermite  dans  ces  parages. 

Sens.  —  A  la  cathédrale,  calice  en  ver- 
meil du  XV'^  siècle.  La  coupe  n'a  pour 
ornements  que  des  fiammes;  le  nœud  est 
décoré  de  treize  médaillons,  représentant  la 
Vierge  et  les  douze  apôtres. 

Autres  calices  aux  cathédrales  de  Lyon, 
de  Pamiers,  de  Paris  (XV L  s.),  de  Troyes 
(XII I'^  s.)  ;  aux  églises  de  Bellignies  (Nord), 
de  Chitry  (Yonne),  de  Genolhac  (Gard),  de 
Gordes  (Vaucluse),  de  Malabat  (Gers), 
d'Obies  (Nord),  de  Rocamadour  (Lot), 
de  Saillant  (Corrèze),  de  Saint-Marc-sur- 
Couesnon  (Ille-et-Vilaine),  de  Saint-Omer, 
de  Sainte-Radegonde  (Gers),  de  Tintury 
(Nièvre);  au  musée  de  Cluny,  etc. 

On  voit  des  calices,  plus  ou  moins  re- 
marquables, dans  des  collections  particuliè- 
res, telles  que  celles  de  M.  Basilewski,  de 
M.  Odiot,  du  prince  Soltikoff,  etc.  M.  P.  du 
Chatellier  possède  une  coupe  en  argent, 
trouvée  à  Plomelin  (Finistère),  dont  le  fond 
représente  la  sainte  Face  de  Notre  Sei- 
gneur, avec  cette  inscription:  Ecce.  aiig. 
vul.  sanctus,  c'est-à-dire  Ecce  augustus  vul- 
tus  sanctus.  Cet  antiquaire  croit  que  c'était 
un  vase  du  XIV"^  siècle,  destiné  à  la  distri- 
bution du  vin  consacré,  à  l'époque  où  les 
fidèles  communiaient  encore  sous  les  deux 
espèces.  (<  L'image  du  saint  Suaire,  dit-il  ('), 

I.  BiilUt.  inoHum.,  t.  .KLI,  p.  723. 


aurait  été  disposée  dans  le  fond  de  la 
coupe,  dans  le  but  de  placer,  au  moment  de 
la  communion,  grâce  à  l'inclinaison  du  vase, 
la  Face  même  du  Christ  sous  les  yeux  de 
celui  qui  recevait  sa  chair  et  son  sang.  » 

M.  Poussielgue-Rusand,  M.  Armand 
Cailliat  et  d'autres  orfèvres  ont  exécuté, 
dans  le  style  du  moyen  âge,  de  remarqua- 
bles calices.  Bornons-nous  à  citer  ceux  des 
cathédrales  d'Auch,  de  Saint- Martin  de 
Laon,  de  Notre-Dame  de  la  Délivrande  et 
de  Saint-Didier-sur-Riveric  (Rhône). 

§  5.  Grande-Bretagne. 

Ardagii  (Irlande). — -  Le  calice  d'Ardagh, 
ainsi  nommé  du  lieu  où  il  a  été  découvert, 
est  en  argent,  pourvu  de  deux  anses,  et  dé- 
coré d'ornements  en  filigrane  d'or  et  en 
émail.  On  y  lit  les  noms  des  douze  apôtres. 
Ce  calice,  croit-on,  est  celui  dont  il  est 
question  dans  les  annales  irlandaises,  en 
1129,  comme  étant  l'œuvre  de  la  fille  de 
Roderic  O'Conor  ('). 

Autres  calices  du  moyen  âge,  à  l'église 
Saint-Chad  de  Birmingham  (XIV^  s.),  au 
collège  Sainte-Marie  d'Oscott  (XV"  s.), 
au  collège  du  Corpus  Christi  à  Oxford 
(XV^s.).Un  certain  nombre  d'anciens  calices 
d'Angleterre  ont  été  publiés  par  Bough 
(Sepulclirale  Monuments  in  Grcat  Britain, 
5  vol.  in-f"). 

i^  6.  Italie. 

Assise.  —  Calice  d'argent  donné  en  1 290, 
par  le  pape  Nicolas  IV,  et  exécuté  par 
Guccio  de  Sienne.  Sur  la  coupe,  des  figures 
de  saints,  gravées,  se  détachent  sur  un  fond 
d'émail  bleu. 

Milan.  — -  Calice  en  argent  et  en  ivoire 
(XIV'=  .s.).  Calice  d'or,  avec  figurines,  assi- 
ses, d'apôtres. 

P1STOIA.  —  A  la  cathédrale,  calice  d'ar- 
gent exécuté,  en  1384,  par  Andréa  Braccini. 

I.  IhilUt.  de  la  Soc.  des  antiq.  de  France,  1879,  p.  189. 


Des  tiascs  et  Des  ustensiles  eucharistiques. 


57 


Rome.  —  Seroux  d'Agincourt  a  publié 
deux  calices  des  Catacombes,  dont  la  coupe 
est  très  allongée  ('). 

Au  palais  du  Vatican,  nombreux  calices  de 
diverses  époques.  L'un  des  plus  curieux  est 
un  vase  de  verre  à  anses,  d'une  forme  très 
gracieuse,  trouvé  au  cimetière   Ostrien  (-). 

Le  calice  d'étain  qu'on  montre  à  la  sacris- 
tie de  l'église  des  Saints-Côme  et  Damien 
comme  étant  celui  de  saint  ¥é\\x  II,  retiré 
dans  ces  lieux  en  360,  pendant  les  persécu- 
tions ariennes,  ne  paraît  pas  authentique  à 
Mgr  Barbier  de  Montault  (^).  —  A  l'église 
Saint-Marc,  calice  à  émaux  translucides 
(XV"  s.).  —  Au  couvent  des  Oratoriens, 
calice  dont  se  servait  saint  Philippe  de  Néri. 

Venise.  —  Au  Trésor  de  Saint- Marc, 
beaucoup  de  calices  et  de  patènes  de  diver- 
ses époques,  la  plupart  en  matières  précieu- 
ses. Il  y  a  huit  calices  à  deux  anses.  On 
attribue  au  X""  siècle  un  vase  de  sardoine 
monté  en  argent  doré,  où  15  médaillons 
d'émail  cloisonné  représentent  le  Christ, 
la  Vierge  et  divers  saints,  en  buste. 

Zamon  (Tyrol  italien).  —  En  1875,  on 
y  a  découvert  un  calice  d'argent  du  VI^  siè- 
cle, pesant  320  grammes.  Il  est  aujourd'hui 
conservé  dans  l'église  paroissiale  de  cette 
localité.  On  y  lit  cette  inscription:  ^  De 
donis  Dei  Wrsvs  diaconvs  satuto  petro  et 
saneto  pavlo  optvlit.  La  coupe  peut  conte- 
nir un  litre  et  demi  de  liquide  (^). 

§  7.  Pologne  et  Russie. 

Percieslav  (Russie).  —  A  la  cathé- 
drale, calice  du  XI IP  siècle. 

Plock  (Pologne).  —  Outre  le  calice  de 
Conrad;  dont  nous  avons  cité  l'inscription, 
on  voit,  à  la  cathédrale,  un  calice  en  or, 
donné  par  le  prince  Charles-Ferdinand,  au 

1.  Hist.  de  Part,  peint.,  pi.  Xll,  n"  28. 

2.  De  Rossi,  BtiUeiino,  1879,  tav.  IV. 

3.  Les  enlises  lie  Rome,  dans  la  Rev.  de  PArt  chrt't.,  sept. 

1875. 

4.  Uc  Rossi,  lUttlct.,  1S7S,  tav.  XU. 


milieu  du  XVIL  siècle.  Des  médaillons  en 
émail,  encadrés,  représentent  la  Cène,  l'ap- 
parition d'Emmatiset  le  Jardin  des  Oliviers. 

SouzDAL  (Russie).  —  Au  monastère  de 
Spasso-Effimiev,  plusieurs  calices  d'argent 
gravé  et  ciselé  (XVL   s.). 

Trzemeszno  (Pologne).  —  Sans  parler 
des  calices  relativement  modernes,  nous 
devons  mentionner  trois  calices  du  X^  siè- 
cle. L'un  est  travaillé  au  marteau  ;  l'autre 
offre  un  sujet  symbolique  fort  curieux  :  la 
crèche  où  naquit  l'Enfant-jÉsus  ;  elle  est 
couronnée  de  clochers  byzantins,  en  sorte 
que  l'étable  de  Bethléem  est  la  figure  de  la 
future  Eglise.  Le  troisième  calice,  dit  de 
saint  Adalbert,  est  une  coupe  en  agate  dou- 
blée en  or  à  l'intérieur  et  dont  la  bordure 
inférieure  est  travaillée  en  forme  de  Heurs 
de  lis  (').  L'espace  ne  nous  permet  pas  de 
nous  occuper  des  calices  des  autres  pays. 
Notons  seulement  qu'en  1879,  on  a  trouvé, 
sur  l'emplacement  de  Kobt,  ancienne  Cop- 
tos,  jadis  centre  du  Christianisme  dans  la 
Haute-Egypte,  une  très  belle  coupe  en 
verre,  ornée  de  poissons  dorés,  et  que  l'on 
croit  avoir  servi  au  sacrifice  eucharistique. 


Cl)eip(tr0  tif.  — •  Des  accessoires 
du  calice,  s^-v-.-^---^-------^-^-^---.----- 

article  I.   —  Des  pales. 

^M^^ — I  A  pale,  qu'on  ferait  mieux  d'écrire 
f  I  (^yjr^  pallc,  pour  se  conformer  à  l'éty- 


vaoXogxQ  pal/imii,  sert  à  couvrir  le 

'calice  pendant  une  grande  partie 

du  Saint-Sacrifice.  En  France,  on  lui  donnait 

souvent  le  nom  de  carri',a  cause  de  sa  forme. 

Primitivement,  le  corporal  s'étendait  sur 

toute   11   longueur   de   l'autel  et   pouvait,  à 

I.  Przezdziecki,  Monum.  du  moyen  âge  et  de  la  Renais- 
sance dans  Pancienne  Pologne,  t.  I,  pi.  iv,  v,  vi,  vu  ; 
t.  II,  pi.  .\. 


l^"'    LUKAISON. 


58 


iRctiiic   De    r^rt    chrétien. 


certains  moments,  se  replier  sur  le  calice 
pour  le  protéger.  Mais  quand  le  corporal 
fut  raccourci,  on  usa  d'un  second  corporal 
nommé  pale,  et  qu'aujourd'hui,  en  France, 
nous  assujettissons  à  un  carton. 

L'abbé  Pascal  a  invoqué  à  tort  un  texte 
du  pape  Innocent  III  ('),  pour  démontrer 
l'antiquité  de  la  pale.  Le  cardinal  Bona 
s'est  également  mépris  sur  la  signification 
de  ce  même  passage  :  Duplex  est  palla  qiiœ 
dicitiir  corporale,  7ina  qjuDn  diacomis  super 
altare  totutn  extendit,  altéra  quavi  sjiper  cali- 
ce)uplicatam  imponit.  Il  s'agit  ici,  non  pas  de 
deux  linges  séparés,  mais  des  deux  parties 
du  corporal,  dont  l'une  couvre  la  table  de 
l'autel,  et  dont  l'autre  sert  à  couvrir  le  ca- 
lice. La  preuve,  c'est  qu'Innocent  1 1 1  ajoute 
aussitôt  :  «  La  partie  qui  est  étendue  (pars 
exteiisa)  représente  la  Foi  ;  celle  qui  est  re- 
pliée (pars  plicata)  figure  l'Intelligence.» 
Il  faut,  de  plus,  remarquer  le  titre  même 
du  chapitre  :  «  Des  corporaux  :  Pourquoi 
une  partie  est  étendue,  et  l'autre  repliée  au- 
dessus  du  calice  {'').  » 

Ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  que  l'usage 
des  pales  existait  au  XIV'^  siècle,  en  divers 
pays,  car  Raoul  de  Tongres  {')  nous  dit 
que  dans  toute  l'Italie  et  l'Allemagne  on 
suivait  l'usage  de  Rome  en  se  servant  de 
la  pale  pour  recouvrir  le  calice,  mais  qu'en 
F"rance,  on  persévérait  à  n'employer  pour 
cet  usage  qu'une  partie  du  corporal. 

La  pale  ne  s'introduisit  en  France  qu'au 
XVII'  siècle  et  ne  fut  à  peu  près  univer- 
sellement admise  qu'au  XVI 1 1*=.  Avant  la 
Révolution,  les  diocèses  d'Orléans  et  de 
Rouen,  les  Dominicains  et  les  Chartreux 
continuèrent  à  replier  sur  le  calice  le  cor- 
poral auquel  ils  avaient  conservé  les  grandes 
dimensions  d'autrefois.   C'est  ce  qui  se  fait 

1.  De  sacrn  inysterio  altaris,  lib.  II,  c.  55. 

2.  Du  sacre'  mysÛre  de  Pautel,  opuscule  du  pape  Inno- 
cent III,  trad.  et  annoté  par  l'abbé  Couren,  p.  154. 

3.  In  canon,  obsetv. 


encore  aujourd'hui  dans  le  diocèse  de  Lyon. 

A  Rome,  la  pale,  ayant  environ  15  centi- 
mètres carrés,  ne  couvre  la  patène  qu'en 
débordant  très  peu  par  ses  angles.  C'est 
une  double  toile  de  lin,  bordée  par  une 
étroite  dentelle.  Il  en  est  de  même  en 
Espagne.  Dans  quelques  diocèses  d'Italie, 
on  voit  des  pales  dont  la  partie  supérieure 
est  en  drap  d'or.  En  France,  la  toile  est 
fixée  à  un  carton,  recouvert  d'une  étoffe  de 
soie,  de  la  couleur  liturgique  du  jour,  sou- 
vent brodée  en  or,  en  argent,  et  même  en 
perles.  On  raconte,  dit  l'abbé  Pascal  ('), 
que  pendant  le  séjour  de  Pie  VII  à  Paris, 
une  dame  lui  offrit  une  riche  pale  ornée  de 
rubis  et  d'une  exquise  broderie  d'or.  Le 
pontife,  après  avoir  admiré  la  beauté  du 
présent,  pria  la  dame  de  le  reprendre,  en 
lui  faisant  observer  que  l'Eglise  romaine  ne 
se  servait  que  de  pales  de  lin. 

Le  10  janvier  1852,  la  Congrégation  des 
Rites,  vivement  sollicitée,  a  fini,  contraire- 
ment à  ses  décrets  antérieurs,  par  tolérer  les 
palesdont  lapartie  supérieure  serait  couverte 
de  soie,  pourvu  que  la  partie  inférieure  fût  en 
lin  et  que  la  partie  supérieure  ne  fût  jr.mais 
noire  ni  marquée  d'aucun  signe  de  deuil. 

Aucune  règle  n'exige  qu'il  y  ait  une  croix 
brodée  sur  la  pale,  soit  au-dessus,  soit  au- 
dessous. 

Saint  Cajétan  introduisit,  dans  les  églises 
des  Clercs  Réo-uliers,  l'usage  d'une  seconde 
petite  pale,  sur  laquelle  est  placée  l'hostie 
avant  et  après  la  consécration,  afin  de  don- 
ner plus  de  facilité  pour  recueillir  les  par- 
celles détachées  et  les  mettre  dans  le  calice. 
Cette  coutume  ne  paraît  avoir  été  approu- 
véepar  Paul  IVque  pourcet  Ordre  religieux. 
Cependant  nous  l'avons  vu  pratiquer  dans 
un  certain  nombre  d'églises  d'Espagne. 
Dans  quelques  autres,  jusqu'au  moment  de 
l'Offertoire,  on  place   sur  l'hostie  qui   doit 

I.  Orig.  de  la  titur<^.  cath.,  p.  91 5. 


Des  tjases  et  Des  ustensiles  eucharistiques. 


59 


être  consacrée  un  petit  rond  en  lin  fin, 
qu'on  prend  au  milieu  par  une  espèce  de 
houppe  ou  bouton. 

3CtlClC  II.    —  Des  voiles  de  calice. 

LE  voile  du  calice  (vélum, pep la,  suda- 
riiun,  couverture,  volet)  a  son  origine 
dans  le  grand  voile  (paiinum  oblongîi.in), 
dont  le  calice  restait  enveloppé  jusqu'à  ce 
que  le  diacre  le  remît  au  prêtre.  On  dut 
surtout  s'en  servir  lorsque  le  corporal,  deve- 
nant moins  ample,  ne  pouvait  plus  servir  à 
couvrir  tout  à  la  fois  et  le  pain  et  le  calice. 

Dans  l'ancien  rite  gallican,  les  dons 
offerts  sur  l'autel  étaient  recouverts  d'un 
voile  de  soie,  orné  d'or  et  de  pierreries.  Il 
devait  être  assez  épais  pour  dérober  les 
choses  saintes  au.x  yeu.x  des  assistants. 
Grégoire  de  Tours  (")  dit  qu'un  homme 
ayant  donné  à  une  église  un  voile  précieux, 
il  fut  défendu  de  s'en  servir,  parce  que  sa 
transparence  laissait  apercevoir  le  mystère 
du  corps  et  du  sang  de  Jésus-Christ. 

Le  concile  de  Clermont-Ferrand  (535) 
défend  de  couvrir  le  corps  d'un  prêtre,  que 
l'on  porte  en  terre,  du  voile  qui  sert  à  couvrir 
le  corps  de  Jésus-Christ,  de  peur  qu'en 
voulant  honorer  les  corps  des  défunts,  on 
ne  souille  les  autels. 

En  France,  on  iait  retomber  le  voile  sur 
le  devant  du  calice,  parce  qu'il  n'est  pas 
assez  ample  pour  le  recouvrir  tout  entier. 
En  Italie  et  en  Espagne,  le  voile,  très 
souple,  plus  grand,  ordinairement  sans  bro- 
deries et  sans  doublure,  tombe  également 
des  quatre  côtés. 

En  Italie,  au  XIV''  siècle,  les  voiles 
étaient  généralement  faits  d'un  tissu  tiré  de 
l'ortie.  Un  inventaire  de  la  cathédrale  de 
Sienne  (1467)  mentionne  dix-huit  voiles  de 
calices  en  ortichaccioi^).  D'après  les  prescrip- 

1.  Vita  Patruin.  c.  vni,  n"  1 1. 

2.  An/inl.  an/u'oL,  t.  XXV',  p.  270. 


tions  du  Missel,  considérées  seulement 
comme  directives,  le  voile  doit  être  en  soie; 
mais  l'usage  a  prévalu  qu'il  soit  de  la  même 
étoffe  que  l'ornement  dont  se  sert  le  célé- 
brant. Il  y  en  a  en  velours,  en  moire  d'or  ou 
d'argent,  etc. 

Le  voile  est  garni  d'un  étroit  galon  ou 
d'une  petite  dentelle  de  soie  ou  d'or.  En 
France,  on  marque  d'une  croix  la  partie  qui 
doit  retomber  devant  le  prêtre. 

Plusieurs  rubricistes  pensent  que  le  voile 
doit  toujours  être  de  la  couleur  du  jour  ; 
quelques-uns  prétendent  qu'il  devrait  tou- 
jours être  en  soie  blanche.  La  rubrique  se 
tait  à  cet  égard  ('). 

En  France,  on  substitue  quelquefois, 
abusivement,  le  voile  du  calice  à  la  nappe, 
pour  la  communion  des  laïques. 

Les  Orientaux  se  servent  de  trois  sortes 
de  voiles  (zy./jy.7.;t),  l'un  pour  couvrir  le  ca- 
lice, l'autre  pour  couvrir  le  disque  où  est  le 
pain,  le  troisième,  beaucoup  plus  grand,  en- 
veloppe le  tout.  On  le  désigne  sous  le  nom 
d'a/;'p,  parce  qu'il  entoure  les  espèces  comme 
l'air  environne  la  terre.  Les  Syriens  le  dé- 
signent par  un  mot  qui  signifie  nm'e.  Cette 
sorte  de  voile  parait  avoir  été  employée 
d'abord  à  Jérusalem. 

On  connaît  un  certain  nombre  d'anciens 
voiles  de  calice,  remarquables  par  la  richesse 
de  leurs  broderies  et  de  leurs  médaillons. 
Citons  en  particulier  ceux  de  Saint-André 
de  Lille,  de  Zermezcelle  (Nord),  de  Nédon- 
chel  (Pas-de-Calais),  des  Carmélites  d'A- 
miens. A  l'Exposition  des  broderies,  qui  eut 
lieu  à  Londres,  en  1S74,  on  admirait  un  voile 
de  calice  du  XV II"  siècle,  en  dentelle  de 
Valenciennes,  où  étaient  brodés  divers  su- 
jets religieux,  tels  que  l'Agneau  divin,  le 
Pélican,  la  sainte  Hostie,  des  Anges  adora- 
teurs, des  cœurs  enllammés  {^). 

1.  Rev.  théolog.,  t.  III,  p.  479. 

2.  Journ. gi!iu'r.  des  beaux-arts,  n"  du  22  août  i  S74. 


6o 


IRcDue   ne   l'art   chtttitn. 


HctlClC  lil.  —   Des  purificatoires. 

LE  purificatoire  est  une  bande  de  toile 
blanche,  repliée  plusieurs  fois  sur  elle- 
même  ;  il  sert  à  essuyer  le  calice,  d'abord 
avant  d'y  verser  le  vin  et  l'eau,  puis  après 
la  communion,  à  la  suite  des  deux  ablutions. 
Le  purificatoire  tire  son  origine,  assez 
moderne,  du  linge  que  le  prêtre  portait  au 
bras  gauche,  comme  aujourd'hui  le  manipule, 
et  avec  lequel  il  purifiait  les  vases  du  Sacri- 
fice et  s'essuyait  les  doigts.  Quand  ce  linge 
fut  remplacé  par  le  manipule,  on  employa 
de  petites  serviettes  pour  purifier  le  calice. 

D'après  les  écrivains  mystiques  du  moyen 
âge,  le  purificatoire  représente  l'éponge 
pleine  de  vinaigre  et  de  fiel  que  les  Juifs 
approchèrent  des  lèvres  de  Jésus  mourant. 

Dans  un  certain  nombre  d'églises,  sur- 
tout dans  les  monastères,  le  même  linge, 
fixé  près  de  la  piscine  ou  attaché  au  coin  de 
l'autel,  du  côté  de  l'épître,  servait  tout  à  la 
fois  de  purificatoire  et  de  manuterge. 

Nous  voyons  dans  le  XIV"  Ordre  ro- 
main, qu'à  la  première  messe  de  la  nuit  de 
Noël,  le  pape  essuyait  le  calice,  non  pas 
avec  un  purificatoire, mais  avec  ses  doigts  ('). 

Les  Clercs  Réguliers  ne  purifient  point  le 
calice  aussitôt  après  les  ablutions,  mais 
seulement  quand  ils  sont  rentrés  à  la  sa- 
cristie. Clément  VIII  ayant  approuvé  les 
usages  liturgiques  de  ces  religieux,  ils  ne 
croient  pas  que  la  constitution  de  saint 
Pie  V  çuo  pi'innun  tempoj'e  puisse  porter 
atteinte  à  leurs  antiques  coutumes  ('). 

En  Italie,  on  attache  des  dentelles  aux 
deux  extrémités  du  purificatoire,  quelque- 
fois même  tout  autour. 

Le  troisième  concile  provincial  de  Milan  re- 
commande de  marquer  le  purificatoire  d'une 
croix,  pour  indiquer  sa  sainte  destination. 

1.  Cumdigitis  bene  tergat  calicem.  (Mabillon,  Iter  Ha- 
lte, i.  Il,  p.  325.) 

2.  Pasqualigo,  De  sacrif.  nova  Legis,\..  II,  quaest.  785. 


La  Congrégation  des  Rites,  par  un  décret 
du  7  septembre  1816,  a  approuvé  l'usage 
d'essuyer  avec  le  purificatoire  les  gouttes 
de  vin  ou  d'eau  qui  se  sont  attachées  aux 
parois  du  calice,  usage  que  le  P.  Judde  avait 
vivement  combattu  comme  étant  contraire 
aux  rubriques. 

A  Lyon,  du  moins  dans  les  grandes 
églises,  le  purificatoire  dont  on  s'est  servi 
pour  essuyer  le  calice  n'est  point  replié 
pour  resservir  d'autres  fois.  Il  est  introduit 
comme  un  tampon  dans  le  calice,  et  ne  doit 
plus  être  employéqu'après  avoir  été  blanchi. 

Dans  la  plupart  des  Églises  orientales, 
c'est  avec  une  éponge  que  le  diacre  purifie 
la  patène  et  le  calice,  en  souvenir  de  celle 
de  la  Passion  de  Notre-Seigneur.  Cet 
usage  est  très  ancien,  puisqu'il  en  est  ques- 
tion dans  une  homélie  de  saint  Jean  Chry- 
sostome  (').  Hors  le  temps  de  la  messe, 
cette  éponge  {iy'«  TnoyyU'j  est  conservée 
dans  un  corporal. 


Hcticlc  iD. 


Des  couloires. 


LA  couloire  ou  passoire  était  un  vase  en 
argent  de  forme  concave,  dont  le  fond 
était  percé  de  petits  trous.  On  la  plaçait  au- 
dessus  du  calice  pour  y  verser  le  vin  qu'on 
épurait  ainsi  de  toute  matière  étrangère. 
Cet  ustensile  est  désigné  dans  les  inven- 
taires sous  les  noms  de  cωus,  cola,  colato- 
riuin,  cohim.  colus;  conloiiere,  stoupi. 

On  lit  dans  un  ancien  rituel  de  saint 
y\.-à.x\!\nàç.ToMï's,:Vimim perSiofi  in  calicevt 
mittatiir.  D.  Martène  (')  dit  avoir  demandé 
aux  chanoines  de  cette  église  ce  qu'il  fallait 
entendre  par  Sion,  et  qu'ils  l'ignoraient. 
C'était  probablement  un  vase  analogue  à 
la  couloire. 

Les  Égyptiens,  les  Grecs  et  les  Romains 
se  servaient  de  couloires  en  métal  pour  pas- 

1.  Hoinil.  in  épis  t.  ad  E plus. 

2.  De  aniiq.  eccles.  ritib.,  lib.  I.  c.  m,  art.  9,  §  12. 


Des  ioa0C0  et  des  ustensiles  eucharistiques. 


6i 


ser  le  vin  qu'ils  prenaient  à  leurs  repas,  sur- 
tout quand  il  sortait  du  pressoir.  La  liturgie 
adopta  cet  ustensile,  du  moins  dans  les  con- 
trées qui  produisaient  des  vins  épais.  Il  est 
douteux  qu'il  ait  été  employé  dans  les  Gaules, 
avant  l'introduction  de  la  liturgie  romaine. 
Mabillon   (')    n'en    a  trouvé  aucune    trace 
dans  les  textes  antérieurs  à  Charlemaorne. 
Le  moine    Théophile    nous    donne    des 
détails  précis  sur  ce  genre  de  cuiller  perforée. 
«  Vous  ferez,  dit-il,  la  passoire,  en  or  ou  en 
argent,   de  cette  manière:   battez  un  petit 
vase  en  forme  de  petit  bassin,  un  peu  plus 
large  que  la  paume  de  la  main;  vous  y  adap- 
terez  une  queue  de  la  longueur  d'un  doigt, 
de  la  largeur  d'un  pouce.  Cette  queue  aura,  à 
l'extrémité,  une  tête  de  lion  fondue,  conve- 
nablement ciselée,  qui  tiendra  la  coupe  dans 
sa  gueule.  Elle  aura  aussi,  à   l'autre  bout, 
une  tête   ciselée   de  même;  dans  sa  gueule, 
sera  suspendu  un  anneau,  à  l'aide  duquel,  en 
y   introduisant   le  doigt,    on   pourra  porter 
l'instrument.  Le  reste  de  la  queue,  entre  les 
deux  têtes,  doit  être  orné  de  nielles  partout, 
et  çà  et  là  sillonné  d'un  travail  de  fonte,  de 
points,  de  lettres  et  de  versets  où  il  convient. 
La  coupe  sera,  au  milieu  du  fond,  sur   une 
largeur  circulaire  de  deux  doigts,  perforée 
de  trous  très  fins,  pour  couler  le  vin  et  l'eau 
qu'on  met  dans  le  calice.  »   C'était  le  sous- 
diacre  qui,  à  la  messe  pontificale,  tenait  cet 
instrument   avec  le  doigt  auriculaire  de  la 
main  gauche,  passé  dans  l'anneau  {''). 

Dans  certains  monastères,  l'usage  de  la 
passoire  a  persévéré  jusqu'à  la  Révolution. 
«  On  voit,  au  musée  Barberini,  dit  le  car- 
dinal Bona  ('),  une  petite  couloirc,  de  la 
forme  d'une  cuiller  ayant  un  long  manche, 
et  une  autre,  également  en  argent,  en  forme 
de  soucoupe,  et  dont  les  petits  trous  for- 
ment un  dessin  admirablement  tracé.  » 

I .  De  Uturg.  gallic. 

1.  Diiicrs.  art.  scltediila,  lib.   III,  c.  LXi,  de  cola/oric. 

3.  De  reb.  lit.  C.  XXV. 


Kcticlc  13. 


Des  chalumeaux. 


LE  chalumeau  liturgique  est  un  tube 
en  métal,  qui  sert  à  humer  le  précieux 
sang  dans  le  calice.  Pour  expliquer  son  ori- 
gine, on  a  prétendu  que  cet  usage  avait  été 
introduit  en  faveur  des  Souverains-Pontifes 
âgés;  mais  pourquoi  alors  ne  s'en  servent-ils 
que  dans  les  messes  solennelles  et  non 
dans  les  messes  privées .?  Ange  Roca  (')  dit 
qu'on  a  voulu  rappeler  par  là  le  roseau  qui 
portait  l'éponge  imbibée  de  fiel,  présentée 
au  divin  Crucifié.  C'est  là  une  explication 
mystique,  faite  après  coup.  Évidemment,  le 
chalumeau  fut  inventé  pour  qu'on  fût  moins 
exposé  à  répandre  le  précieux  sang.  Comme 
plusieurs  antiques  usages,  ce  rite  s'est  con- 
servé, à  titre  de  souvenir  traditionnel,  dans 
les  solennités  pontificales. 

Le  sous-diacre,  après  avoir  reçu  le  baiser 
de  paix,  tirait  cet  instrument  du  sac  ou  du 
fourreau  qui  le  renfermait.  Après  la  com- 
munion du  prêtre,  du  diacre  et  du  sous- 
diacre,  le  diacre  suçait  le  chalumeau  parles 
deux  bouts  et  le  remettait  au  sous-diacre  ; 
celui-ci  le  lavait  avec  du  vin,  en  dedans  et 
en  dehors,  et  le  replaçait  dans  le  fourreau 
qui  devait  être  déposé  avec  le  calice  dans 
Xaniiariiiui. 

Outre  les  chalumeaux  conservés  à  l'église 
et  mis  à  la  disposition  des  fidèles,  il  v  en 
avait  qui  étaient  apportés  par  ceux  qui  ne 
voulaient  pas  se  servir  d'un  instrument  à 
l'usage  de  tous. 

Le  bout  qui  trempait  dans  le  calice  était 
évasé  ou  fait  en  forme  de  bouton  ;  l'autre, 
qui  se  mettait  dans  la  bouche,  était  plus 
petit  et  tout  uni.  Quelquefois,  une  rondelle 
l'cntouniit  du  côté  de  la  poignée,  pour  limi- 
ter la  longueur  de  la  tige  que  le  communiant 
devait  mettre  dans  sa  bouche. 

Le  chalumeau  a  été  désigné  sous  les  noms 


1.   Opéra,  t.  I,  p.  27. 


62 


îReUiic   De    r^rt   cî)réticn. 


à'aj'imdo,  calamus,  caitalis,  cajina,  canncla, 
cannula,  canola,  canuhcm,Jistnla,  pipa,  pugil- 
laris  ('),  pugillarium,  sipho,  siphon,  sucto- 
rium,  sugillaris  (suçoir),  sumptorium,  Hibu- 
lus,  tiielliis,  tutellus,  tuymc  ('). 

D'après  Daillé  (^),  les  chalumeaux  n'au- 
raient été  mis  en  usage  par  les  moines  que 
vers  la  fin  du  XI"  siècle,  après  que  le  pape 
Urbain  II  eut  interdit  l'intinction. 

D'autres  écrivains  (•*)  ne  les  font  remon- 
ter qu'au  XII'  siècle.  Dom  Chardon  {^) 
croit  qu'on  s'en  servait  à  Rome  dès  le  VI^ 
siècle.  Il  est  du  moins  certain  qu'ils  étaient 
connus  au  IX^  puisque  Paschase  Radbert 
en  parle,  ei  que  Charlemagne  offrit  à  la 
basilique  Saint-Pierre  de  Rome  un  calice  et 
un  chalumeau,  après  la  messe  où  il  fut  sacré 
par  le  pape  Léon  III. 

Une  inscription  de  l'église  Sainte- Marie  in 
Cosincdin,  à  Rome,  mentionne  queThéobald, 
en  902, donna  à  l'église  de  Sainte- Valentine 
un  calice  en  vermeil  avec  sa  patène  et  son 
chalumeau.  Vers  cette  même  époque,  le  VI*^ 
Ordreromain  prescrit  l'emploi  duchalumeau. 

En  1040,  Suppo,  abbé  du  Mont-Saint 
Michel,  lésafLia  à  son  monastère  un  chalumeau 
d'argent,  sur  lequel  était  gravée  cette  ins- 
cription: 

Hic  Doniini  sangiiis  nobis  sit  vita  pcreii- 
nis  {% 

Léon  d'Ostie  (')  compte,  parmi  les 
cadeaux  que  Victor  III  fit  au  monastère 
du  Mont-Cassin,  une  fistule  d'or,  à  crosse. 

Les  Statuts  de  Saint-Benigne  de  Dijon 
(XP  s.)  nous  apprennent  que  les  religieux 
de  ce  monastère  aspiraient  ie  précieux  sang 
dans  le  calice  avec   un  chalumeau  d'argent. 

1.  Parce  qu'on  le  tenait  à  la  main 

2.  En  italien,  sangiiisuclielloj  en  allemand,  kelch- 
r'ohrgen. 

3.  De  Cullii  lui.  relig.,  lib.  III,  c.  XXXVni. 

4.  Quenstedius,  Buddœus,  etc. 

5.  Hist.  des  Sacr.,  t.  II,  p.  128. 

6.  .Mabillon,  Annal,  hened.,  t.  IV,  p.  496. 

7.  Chion.  Cassiti.,  lib.  III,  ad  calcem. 


Chez  les  Chartreux,  au  XI P  siècle,  le 
chalumeau  était  en  or. 

Un  règlement  d'Albéric,  abbé  de  Cluny, 
mort  en  1109,  ordonne  que  les  chalumeaux 
soient  en  argent  doré  et  non  en  or. 

Les  Us  de  Citeaux  disent  qu'on  peut  se 
passer  de  chalumeau  quand  il  n'y  a  que  le 
prêtre  et  ses  ministres  qui  communient, 
mais  qu'on  doit  s'en  servir  chaque  fois  qu'il 
y  a  d'autres  communions. 

L'usage  du  chalumeau  devait  disparaître 
à  peu  près  en  même  temps  que  la  commu- 
nion sous  les  deu.x  espèces.  Il  persévéra 
jusqu'en  1437  dans  l'Ordre  de  Citeaux,  et, 
jusqu'à  la  Révolution,  dans  les  abbayes  de 
Cluny  et  de  Saint-Denis. 

Cette  ancienne  coutume  a  survécu  pour 
la  messe  papale  solennelle.  Le  Souverain- 
Pontife  puise  le  précieu.x  sang,  avec  un  cha- 
lumeau d'or,  dans  le  calice  que  le  diacre  lui 
présente.  Le  diacre  et  le  sous-diacre  com- 
munient ensuite  de  la  même  manière. 

Le  20  novembre  1846,  Pie  IX  accorda  à 
un  chanoine  du  Chapitre  de  Saint-Jérôme 
des  lUyriens,  qui  ne  pouvait  mouvoir  la 
tête,  la  permission  de  se  servir  du  chalu- 
meau pour  l'absorption  du  précieux  Sang. 

Du  Cange  a  cru  que  les  Grecs  se  ser- 
vaient du  chalumeau  et  lui  donnaient  le  nom 
de  J.aSi;,  mais  il  s'est  trompé  à  cet  égard.  Le 
'k-j.Qiz,  comme  on  peut  le  voir  dans  l'Eucologe 
de  Goar  ('),  n'est  autre  chose  que  la  cuiller 
eucharistique.  J.  Gretzer  (^)  et  V^ogt  (3) 
disent  que  l'usage  du  chalumeau,  quoique 
rare  chez  les  Grecs,  n'y  est  pas  inconnu. 
Nous  ne  croyons  pas  qu'il  en  soit  fait  men- 
tion dans  les  écrits  des  Orientau.x  (^). 

L'emploi  du  chalumeau  fut  adopté  par 
les  Luthériens  et  même  prescrit,  en  1564. 
On  s'en  servait  encore  au  XVI 11°  siècle  à 

1.  P.  125. 

2.  Annot.  ad  J.  Cantacuseni  Hist.,  p.  913. 

3.  Hist.  fistulœ  euchar.,  p.  23. 

4.  Lamy,  De  Syror.  Jide,  p.  188. 


Des  tiases  et  Des  ustensiles  eufîjanstiques. 


63 


Hambourg  et  dans  quelques  autres  églises 
évangéliques  luthériennes  ('). 

Des  chalumeaux  du  moyen  âge  sont 
conservés  à  l'abbaye  de  Saint-Pierre  de 
Salzbourg,  à  celle  de  Wilten  (Tyrol),  etc. 

3ttiClC   Ui.  —  Des  cuillers   eucharistiques. 

LES  cuillers  liturgiques  (cochlcar, 
cochleare) ont  eudiverses  destinations 
eucharistiques.  Les  deux  principales  sont, 
en  Occident,  de  puiser  dans  la  burette  l'eau 
qu'on  doit  mettre  dans  le  calice,  ce  qui  évite 
l'inconvénient  d'en  mettre  une  trop  grande 
quantité  ;  et,  en  Orient,  de  communier  les 
fidèles  avec  une  petite  portion  du  pain 
trempé  dans  le  précieux  Sang. 

La  cuiller  à  puiser  l'eau,  en  or  ou  en 
argent,  est  encore  usitée  aujourd'hui  en 
Italie,  en  Espagne,  en  Belgique  et  en  Alsace; 
elle  l'était  jadis  dans  les  Pays-Bas,  en 
Flandre,  dans  un  certain  nombre  de  diocèses 
de  France,  à  Cluny,  à  la  Chaise-Dieu,  chez 
les  Minimes,  etc.;  les  Chartreux  sont  restés 
fidèles  à  cette  coutume. 

La  Congrégation  des  Rites  a  répondu,  le 
6  février  1858,  que  l'emploi  de  cette  petite 
cuiller  n'est  pas  défendu. 

A  la  messe  pontificale,  le  sacriste  met 
quelques  gouttes  d'eau  dans  la  cuiller  d'or, 
pour  que  le  sous-diacre  en  verse  le  contenu 
dans  le  calice  du  pape. 

Les  Orientaux  se  servent  aussi  d'une 
cuiller  eucharistique,  mais  dans  un  tout 
autre  but  que  les  Latins.  Avec  cette  cuiller, 
ils  prennent  dans  le  calice  les  particules  de 
pain  consacré,  pour  les  distribuer  aux  com- 
muniants. Ils  préviennent  ainsi  l'effusion  du 
précieux  Sang. 

Les  Grecs  prétendent  que  saint  Jean 
Chrysostome  invental'usage  de  cette  cuiller, 
mais    ils    ne    sauraient   en    fournir  aucune 

I.  Vogt,  op.  cit. 


preuve  certaine.  Il  n'en  est  pas  moins 
démontré  que  cette  coutume  est  antérieure 
au  concile  d'Éphèse,  puisque  les  Nestoriens, 
qui  se  séparèrent  de  l'Eglise  à  cette  époque, 
donnent  la  communion  de  cette  manière, 
ainsi  que  les  Jacobites-Syriens,  les  Cophtes, 
les  Ethiopiens,  et  presque  tous  les  Chrétiens 
du  rite  oriental. 

Un  très  ancien  diptyque  grec,  publié  par 
Paciaudi  ('),  nous  montre  le  saint  abbé 
Zozime  communiant  sainte  Marie  l'Égyp- 
tienne à  l'aide  d'une  cuiller. 

Les  Grecs  modernes  donnent  à  cette  cuil- 
ler le  nom  de  /aci;,  par  allusion  au  forceps 
avec  lequel  l'ange,  dans  la  vision  d'Ezéchiel. 
saisit  le  charbon  ardent  sur  l'autel,  pour 
en  purifier  les  lèvres  du  prophète. 

Les  Arabes  appellent  cette  cuiller  labidan 
ou  mulaubet  ;  les  Cophtes,  cochlear  criicis, 
parce  que  cet  ustensile  est  ordinairement 
terminé  en  forme  de  croix. 

La  cuiller  eucharistique  des  Orientaux 
est  consacrée  avec  un  grand  apparat.  Voici 
la  bénédiction  qu'on  trouve  dans  la  liturgie 
cophtede  saint  Cyrille:  «  Dieu,  qui  as  rendu 
ton  serviteur  Isaïe  digne  devoir  le  chérubin 
dans  la  main  duquel  était  la  pincette  avec  la- 
quelle il  enleva  un  charbon  de  l'autel  et  l'ap- 
procha de  la  bouche  du  prophète,  maintenant 
encore,  ô  Dieu,  Père  tout-puissant,  étends  la 
main  sur  cette  cuiller,  dans  laquelle  doivent 
être  reçus  les  membres  du  corps  saint  qui 
est  le  corps  de  ton  Fils  unique,  .Seigneur, 
Dieu,  et  Notre  Sauveur  Jésus-Christ. 
Bénis-la  et  sanctifie-la,  donne-lui  la  vertu  et 
la  gloire  de  la  pincette  qui  est  dans  la  main 
du  chérubin,  parce  que  à  toi  appartient  la 
puissance,  la  gloire  et  l'honneur,  avec  ton 
Fils  unique  Jésus-Christ,  Notre  Seigneur, 
et  l'Esprit-Saint,  maintenant  et  toujours.  >> 

Renaudot  ('')  se   trompe   quand   il   croit 

1.  Antit].  christ.,  p.  389. 

2.  Perpét.  de  la  Foi,  t.  VIII. 


64 


Hetiuc   ïje   l'art    chrétien. 


que  les  Arméniens  se  servent  de  la  cuiller, 
pour  distribuer  le  pain  eucharistique.  Il  est 
certain  que  le  prêtre  prend  ce  pain  dans  le 
calice,  avec  le  pouce  et  l'index,  pour  le  dé- 
poser dans  la  bouche  des  communiants  ("). 

En  dehors  des  deux  usages  principaux 
que  nous  venons  de  signaler,  il  en  était 
quelques  autres  qui  ont  disparu. 

Il  y  avait  des  cuillers  qui  servaient  au 
prêtre  pour  prendre  les  oblations  du  pain 
et  les  poser  sur  la  patène.  C'est  pourquoi, 
dans  divers  inventaires,  nous  voyons  des 
mentions  de  cuillers  accompagnant  celles 
des  patènes. 

D'après  M.  de  Rossi,  certaines  cuillers 
auraient  servi  pour  puiser  dans  le  scyphns 
la  quantité  de  liquide  nécessaire  pour  le 
calice.  Elles  ont  pu  être  employées  égale- 
ment pour  verser  dans  le  scyp/ms,  déjà 
presque  rempli  de  vin,  une  petite  quantité 
du  précieux  Sang,  mélange  qui  devait  servir 
à  la  communion  des  fidèles  ('). 

Peut-être  aussi,  quand  on  ne  faisait  pas 
usage  du  chalumeau,  se  servait-on  de  la 
cuiller  pour  donner  au  communiant  une 
petite  portion  du  précieux  sang. 

1.  Lebrun,  Explic.  des  céréni.,  t.  V,  diss.  X,  p.  339. 

2.  Bulle/.,  nov.  1S68,  p.  82.  k 


En  Italie,  au  sacre  des  évêques,  l'élu 
communiait  sous  l'espèce  du  vin  dans  une 
grande  cuiller  d'or. 

Un  certain  nombre  d'antiques  cuillers, 
conservées  dans  les  églises,  dans  les  musées 
et  dans  les  collections  particulières,  sont 
décorées  de  sujets  religieux.  Quelques-unes 
ont  été  publiées  par  M.  de  Rossi  (')  et  par 
le  P.  Garucci  (')  ;  mais  il  est  bien  difficile  de 
reconnaître  celles  qui  ont  eu  certainement 
une  destination  eucharistique,  attendu  que 
les  cuillers  de  table  étaient  fréquemment 
ornées  de  sujets  chrétiens. 

Nous  aurions  pu  ranger  parmi  les  acces- 
soires du  calice  le  flabcllnm,  puisque  son 
principal  emploi  était  de  chasser  les  mouches 
qui  auraient  pu  s'approcher  des  calices  et 
des  scyphi.  Mais  le  travail  si  complet  et  si 
approfondi  que  M.  Ch.  de  Linas  vient  de 
publier  sur  ce  sujet  dans  la  Revue  de  l Art 
chrétien  nous  dispense  de  parler  de  cet 
instrument  liturgique,  encore  usité  aujour- 
d'hui dans  l'Orient,  surtout  chez  les  Armé- 
niens et  les  Maronites. 

L'abbé  J.  Corblet. 
(A  suivre.) 

1.  Ibid. 

2.  Storia  delCarte  cristiana,  pi.  CCCCLXII. 


-rfy^    .gAl     /A^    ^-{,  jA;^  ^cAy  ^'Av  jyVy   ,rftv  j-f^^   jVH    -^^^^   -'A-.    .rAg     .gAj.    /Ai.    jftx 


SL-X- 


■>:^>S2Sï5 


CCorre0pont)ance* 


w^'i^^e.^-. 


<  ^x  y>  »^x  /^ 


NOUS  donnons,  dans  l'ordre  où   elles 
nous  sont  parvenues,  les  communi- 
cations et  rectifications  suivantes: 

Më""  Barbier  de  Montault,  nous  prie  d'in- 
sérer l'extrait  suivant  d'une  lettre  de  M. 
Ernest  Rupin,  président  de  la  société  ar- 
chéologique de  la  Corrèze,  au  sujet  de  son 
ouvrage  sur  l'église  royale  de  Saint-Nicolas 
à  Bari  : 

C'est  là  un  livre  d'une  profonde  érudition,  dont  la 
lecture  apprend   bien  des  choses. 

Je  ne  vois  pas,  à  la  page  82,  sur  quoi  peut  se  fonder 
la  Revue  religieuse  de  Rodez  et  de  Mende,  pour  affirmer 
que  le  reliquaire  de  la  Circoncision,  à  Conques,  ren- 
fermait «  des  cheveux  de  la  Très  Sainte  Vierge  ». 

Un  inventaire  du  X\'II'^^ou  du  XVIIIisièclequi  re- 
late les  reliques  conservées  dans  la  célèbre  abbaye, men- 
tionne bien  à  l'article  9:«  de  capillis  beata;  Dei  genitricis 
Marise  à,  mais  il  ne  fait  pas  connaître  dans  quel  reli- 
quaire l'on  conservait  cette  précieuse  relique.  D'un 
autre  côté  le  Liber  mirabilis  (ouvrage  concernant  Con- 
ques) décrit  ainsi  les  reliques  conservées  dans  le  reli- 
quaire dit  de  la  Circoncision  :  «  Quod  dictum  locum 
(Conchas)  adamarat  (Pippinus),quem  visitavit,reliquiis 
auro  et  argento  et  ornamentis  infinitis  prœdictum  mo- 
nasterium  ditavit  et  Christi  umbilicum  in  eo  posuit... 
et,  ut  in  dicto  monasterio  dicitur,circumcisionem,quam 
sibi  avunculus  portavit,  Conchas  misit  et  in  quodam 
vasculo,  cum  umbilico  vocato,  capsa  magna  réser- 
va tu  r. 

Je  vous  adresserai  une  photographie  de  ce  reli- 
quaire, qui  est  en  or.  J'ajouterai  que  le  père  Thomas 
d'Aquin,  prieur  de  Conques,  m'a  assuré  que  ce  reli- 
quaire n'avait  jjas  été  ouvert  depuis  très  longtemps  et 
qu'on  ne  pouvait  affirmer  que  son  contenu  y  fût  encore; 
c'est  aussi  ce  qui  me  fait  suspecter  l'assertion  de  la 
Revue  relii^ieuse  de  Rodez. 

(lîrive,  12  juillet  1884.) 

Notre  collaborateur  ajoute  : 

Le  Chapitre  de  Saint-Nicolas  de  liari  me  demande 
de  vouloir  bien  rectifier  un  passage  de  mon  étude  sur 
son  insigne  basilique.  Je  le  fais  d'autant  plus  volontiers, 
que,  me  tenant  dans    une    stricte    impartialité,  je  n'ai     | 


point  à  discuter  les  documents  invoqués  ni  à  prendre 
un  parti  quelconque,  là  où  la  question  est  si  ardem- 
ment controversée.  J'ai  cité  les  leçons  du  Propre  de 
l'archidiocèse  de  Bari,  approuvé  par  la  S.  C.  des  Rites, 
relativement  à  la  translation  du  corps  de  saint  Nicolas, 
de  Myre  à  Bari.  Il  parait  que  la  «  prétention  de  la 
cathédrale  est  sans  fondement,  ne  s'appuyant  pas  sur 
des  documents  certains  et  indiscutables.  »  Le  Chapitre 
de  Saint-Nicolas  a  fait  reproduire  dans  son  Ordo  une 
version  différente,  qu'il  a  empruntée  au  «  chroniqueur 
Nicéphore,  moine  dont  l'autorité  ne  peut  être  suspec- 
tée, car  il  ne  faisait  pas  partie  du  clergé  ni  de  la  ca- 
thédrale ni  de  Saint-Nicolas.  »  La  bulle  d'exemption 
donnée  parle  pape  Pascal  II,  en  1106,  vient  en  con- 
firmation de  ce  dernier  document,  car  elle  établit  pé- 
remptoirement que  «  la  basilique  de  Saint-Nicolas  fut 
élevée  dans  un  lieu  public,  non  privé,  concédé  par  le 
duc  Roger  :  in  locojuris publia per  ducis  Rogerii  chiro- 
graphuvi.  »  D'où  suit  que  «  le  clergé  attaché  à  la  basili- 
que étant  placé  sub  tutela  Apostolicœ  sedis,  est  exempt 
de  la  juridiction  de  l'ordinaire  diocésain.  Léon  XIII, 
par  rescrit  du  22  décembre  18S2,  a  reconnu  et  confir- 
mé le  droit  du  grand  Prieur  de  la  basilique  royale  de 
Saint-Nicolas  en  qualité  d'ordinaire  du  lieu,  en  confor- 
mité de  la  bulle  de  Pascal  II  et  du  diplôme  de  Char- 
les II  d'Anjou  (20  juillet  1304).  »  '^ 

La  querelle,  ancienne  déjà,  porte  sur  un  seul  point, 
à  savoir  que  la  leçon  du  Propre  contient  ces  mots  : 
consensu  archiepiscopi.  «  Ici  l'archidiacre  de  Bari  est 
dans  l'erreur,  car  l'église  ne  fut  pas  bâtie  sur  un  terrain 
appartenant  à  l'archevêque,  mais  bien  sur  le  domaine 
du  duc  Roger,  qui  en  fit  donation  à  cet  effet.  On  ne 
voulut  pas  précisément,  lora  du  débarquement  du 
corps,  qu'il  fût  déposé  à  la  cathédrale,  mais  dans  iine 
église  bâtie  exprès  et  digne  d'un  si  précieux  trésor.  Le 
tumulte  que  ce  débat  occasionna,  obligea  de  le  mettre 
en  sûreté  dans  le  palais  du  Catapan,  qui  fut  ultérieu- 
rement donné  aux  marins  pour  l'église  projetée. 
Tout  autre  document  est  apocryphe.  » 

X.  B.  DE  M. 

—  D'autre  part,  I\I.  le  chanoine  Chabau 
d'Aurillac,  l'auteur  d'une  intéressante  étude: 
L'église  d' Ydes  cl  son  sy»ibolis)iu\  nous 
adresse  la  correspondance  qui  suit  : 

Dans  la  Revue  de  l'Art  Chrétien.,  3"  livraison,  M^ 
Barbier  de  Montault  a  donné  un  travail  sur  les  cheveux 
de  la  Sainte  Vierge  et  les  reliques  des  Saints  Innocents. 
Voici  quelques  nouvelles  indications  sur  des  reliques 
de  ce  genre  vénérées  autrefois  à  i\Liuriac  (Cantal),  et 
dont  l'existence  n'a  pas    été  signalée  jusqu'ici. 

Le  monastère  de  Mauriac  a  été  fondé,  dans  la  pre- 
mière    moitié    du   VI=   siècle,    par     sainte    l'héode- 


■  i^*-'  Livraison. 


66 


iRetJue   De   l'art   cîiréticn. 


childe,  vierge,  fille  de  Clovis  (voir  Sainle  Théodeclnlde, 
etc.,  librairie  Saint-Paul)  et  a  duré  jusqu'à  laRévolution. 
Il  fut  enrichi  dès  le  principe  de  reliques  précieuses  ap- 
portées de  Rome.  Voici  ce  que  dit  un  chroniqueur  du 
XVIe  siècle. 

«  Le  roi  Clovis  étant  à  Rome  (?)  et  sur  le  point  du 
retour,  demanda  des  reliques  pour  la  chapelle  d'Au- 
vergne (N.-D.  des  Miracles  de  Mauriac),  au  pape  Sym- 
maque,  successeur  d'Anastase.  Le  saint  pontife  le  con- 
duisit à  Saint-Pierre  in  Vaticano  et,  ayant  ouvert  le 
tabernacle  de  Saint-Pierre,  il  prit  le  petit  doigt  de 
Monseigneur  saint  Pierre,  du  bois  de  la  croix  de  N.-S., 
descMtv/.vet  du/(7/Vde  la  B'^' Vierge  Marie,  des  cheveux 
de  sainte  Catherine,  des  os  de  Monsieur  saint  Antoine, 
saint  Barthélémy  et  plusieurs  autres.  Puis,  ils  s'en  al- 
lèrent à  l'église  de  Saint-Vital  ad  MarceUos,  et  le  pape 
lui  donna  des  reliques  de  trois  iniiocenis  martyrs  et  puis 
le  congé  pour  revenir  en  Auvergne.  »... 

...  «  l\  (Clovis)  fit  construire  la  croix  de  Monsieur 
saint  Pierre  (pour  le  monastère  de  Mauriac)  telle 
qu'elle  est  à  présent,  et  le  reliquaire  du  même  saint, 
ainsi  que  plusieurs  calices  et  reliquaires  d'or  et  d'ar- 
gent... Il  plaça  le  bois  de  la  croix  de  N.-S.,  les  cheveux 
et  le  lait  de  N.-D.  et  autres  reliques  dans  la  même 
croix.  Pour  les  trois  innocents,  ils  furent  placés  à  part 
en  leur  ordre  et  sainteté,  comme  elles  sont  à  présent 
honorablement  tenues  au  du  Monastère.  »  (Chronique 
de  Montfort,  1564.) 

Sauf  le  voyage  de  Clovis  à  Rome,  tous  les  autres 
détails  ont  un  caractère  d'authenticité,  puisijue  on 
trouve  les  inèmes  reliques  mentionnées  dans  d'autres 
documents. 

Dans  une  lettre  de  Dom  Placide  de  Vaulx,  béné- 
dictin de  Mauriac,  à  Dom  Grégoire  Terrine,  supérieur 
général  de  la  congrégation  de  Saint-Maur,  2  décembre 
1631,  il  est  dit  (jue  dans  l'église  du  monastère  de 
Mauriac,  il  y  a  quatre  chapelles  dont  l'une  est  dédiée 
aux  Saints  Innocents. 

Il  y  avait  dans  le  même  monastère  une  vicairie  ou 
chapellenie  des  Saints-Innocents. 

Les  huguenots  s'étant  emparés  de  Mauriac,  le  16 
avril  1574,  «  ils  enlevèrent  une  croix  d'argent  surdorée 
et  enrichie  de  beaucoup  de  reliques  et  de  pierres  pré- 
cieuses d'une  insigne  grandeur  qu'on  appelait  la  croix 
de  Saint-Pierre,  qui  étoit  une  des  plus  précieuses  et 
des  plus  riches  croix  ciui  soient  es  monastères  de 
France,  la  châsse  du  même  saint  qui  étoit  de  la  gran- 
deur quasi  d'un   homme et  vindrent  à  disperser 

icelles  (reliques)  par  cy  par  là  s'en  jouans  entre  eux  et 
finalement  tous  les  meubles  et  trésors...  Les  susdites 
reliciues   furent  recueillies  et  cachées  par   des  gens  de 


bien  et  remises  par  après  dans  le  monastère  entre  les 
mains  des  religieux  lorsque  cette  vermine  et  racaille 
eut  quitté  la  ville.  »  (Chronique  de  Louis  Mourguyos, 
1630.) 

«  Ensuite  avons  visite  les  saintes  reliques  et  première- 
ment avons  visité  un  reliquaire  d'argent  fait  en  ovale 
ayant  un  cercle  dans  lequel  sont  des  reliques  de  plusieurs 
saints  avec  les  inscriptions  apposées  dessus...  Les  autres 
inscriptions  sont  S"  Fulgentii  ep.  conf.  SS.  Innocen- 
tium  etc.. 

((.Ensuite  avons  visité  un  autre  reliquaire  d' argent  au- 
quel les  reliques  sont  portées  par  deux  figures  d'anges 
dans  un  cristal  défigure  oblongue  enchâssé  d'argent.  Le 
paquet  des  reliques  porte  cette  inscription  :  de  vestimen- 
tis  beatœ  Marix  Virginis  et  aliorum  sanctorum.  »  (Procès 
verbal  de  visite  de  Louis  d'Estaing,  évéque  de  Clermont, 
du  ij  Juillet  16 j  2.) 

Dans  le  piédestal  d'un  buste  de  saint  dans  l'église  de 
Mauriac,  existent  encore  quelques  parcelles  d'osse- 
ments des  saints  Innocents. 

Les  c/ieveux  de  la  sainte  Vierge  durent  disparaître  à 
l'époque  des  guerres  de  religion, 

B.  CH.\B.-iU, 

Chanoine  honoraire, 
Aumônier  de  la  Visitation  d'Aurillac. 

— -  Nous  avons  reçu  successivement  les 
deux  lettres  que  voici  : 

Chambly,  15  novembre  1884. 
Monsieur, 

Dans  le  dernier  fascicule  de  la  Revuf  de  l'Art  chré- 
tien, vous  annonciez  sur  la  foi  du  Bulletin  monumental, 
que  l'on  a  découvert  à  Beauvais  la  dalmatique  de 
Thibault  de  Nanteuil.  Permettez-moi  de  vous  dire, dans 
l'intérêt  de  la  vérité,  que  c'est  là  une  seconde  décou" 
verte.  Le  vêtement  en  question  parait  avoir  été  oublié 
même,  je  pourrais  dire  surtout, de  la  l'abrique  de  la  ca- 
thédrale, mais  il  est  connu  depuis  longtemps.  Il  appar- 
tenait à  un  respectable  chanoine,  savant  archéologue, 
M.  l'abbé  Barraud.  C'est  sans  doute  après  sa  mort  que 
ce  précieux  vêlement  a  été  transporté  à  la  cathédrale 
pour  y  rester  dans  l'oubli  jusqu'à  ce  qu'il  en  fut  tiré 
par  mon  savant  ami  M.  l'abbé  Pihan,  secrétaire  de 
l'évêché. 

La  Revue  de  I  Art  chrétien  a  déjà  décrit  ce  vêtement. 
Je  lis  en  effet  dans  le  numéro  de  décembre  1S60  un 
article  fort  intéressant  de  votre  dévoué  collaborateur 
M.  de  Linas,  où  ce  précieux  vêtement  est  décrit  et 
représenté  dans  une  planche  dessinée  par  M.  de  Linas 


Corresponoancc 


67 


lui-même.  Permettez-moi  de  remettre  l'anicle  sous  vos 
yeux. 

«  Mon  savant  collègue,  M.  le  chanoine  Barraud, 
avec  la  complaisance  qui  le  caractérise  et  dont  je  veux 
le  remercier  ici,  a  bien  voulu  me  confier  une  autre 
dalmatique  provenant  de  Thibault  de  Nanteuil,  évêque 
de  Beauvais  (1283-1300).  Ce  vêtement,  qui  porte  l'in- 
scription :  «  Theobaldus  de  Nantolio  quondam  Belva- 
censis  episcopus,  »  tracée  sur  un  morceau  de  velin, 
cousu  à  la  doublure  du  pan  antérieur  de  la  jupe  (voir 
la  planche  ci  jointe  C),  mesure  une  longueur  de  i'"44"= 
(A).  Large  à  la  taille  de  o'"89'=,  au  pied  de  i^ig^,  ses 
manches  carrées  ont  o™35'^  sur  o'"34=  et  ses  flancs 
s'ouvrent  jusqu'à  0,09'  de  l'aisselle.  Le  passage  de  la 
tête,  échancré  en  rond  par  devant,  est  légèrement  fendu 
de  chaque  côté.  Un  galon  d'environ  o'",o3'^,  dont  les 
traces  sont  parfaitement  visibles,  garnissait  les  manches 
et  le  col,  en  même  temps  qu'il  retombait  en  angusti- 
clave  sur  les  deux  faces.  L'élément  principal  de  la  dal- 
matique de  Beauvais,  est  une  étoffe  de  soie  gommée, 
couleur  safran,  à  laquelle  je  crois  pouvoir  donner  le 
nom  de  bougran;  un  mince  cendal  rouge  la  double  et 
un  effilé  polychrome  à  crête  rouge  en  borde  le  flanc 
et  la  manche  gauche  (o'"4o'-'  et  0^25"^).  » 

J'ai  pensé  que  ces  détails  pouvaient  vous  intéresser. 
Je  vous  les  transmets  et  vous  prie  d'agréer  l'assurance 
de  mes  sentiments  dévoués, 

L.  Marseaux, 

Curé-doyen  de  Chambly, 

Membre  du  comité  archéologique  de  Senlis. 


Chambly,  i  décembre  1S84. 
Monsieur  le  Secrétaire, 

Puisque  vous  voulez  bien  faire  les  honneurs  de  l'in- 
sertion à  ma  communication  relative  à  la  tunique  de 
Thibault  de  Nanteuil  évêque  de  Beauvais, vous  pouviez 
ajouter  que  Monsieur  l'abbé  Pihan,  qui  vient  de  l'e.'c- 
humer  de  l'oubli,  doit  la  placer  dans  le  musée  diosésain 
récemment  fondé  à  l'évèché  de  Beauvais.  Elle  sera 
ainsi  soustraite  à  l'incurie  de  la  fabrique  et  plus  facile 
à  voir  pour  l'archéologue. 

Monsieur  l'abbé  Pihan,  conservateur  du  musée  et 
secrétaire  de  l'évèché,  est  à  la  disposition  des  visiteurs. 

Recevez,  Monsieur,  l'assurance  de  mes  sentiments 
dévoués  en  N.  S. 

L.  Marseaux, 
Curé-doyen  de  Chamiily 


M.  de  Linas  lui-même  nous  fournit  la 
note  suivante  : 

Ir'cmail  De  coiticrs  et  la  Dalmatique  De 
Bcautiais.  -.^-^-..— .-=v.— -^---— -..-^ 

LA  Revîie  de  r Art  chrétien,  1884, 
p.  493,  col.  2,  mentionne  incidemment 
un  petit  émail  cloisonné  du  musée  de  Poi- 
tiers. La  pièce  en  question  m'a  été  montrée, 
en  octobre  1880,  parle  R.  P.  Camille  de  La 
Croi.x;  elle  se  trouvait  alors  dans  une  caisse 
ouverte,  mêlée  à  d'autres  débris,  et  il  est 
très  vraisemblable  qu'elle  n'a  pas  bougé  de 
place.  L'abbé  Texier,  qui,  le  premier,  si- 
gnala ce  curieux  monument,  l'avait  cru  de 
l'époque  gallo-romaine  (Mémoires  de  la  Soc. 
des  Antiq.  de  f  Ouest,  t.  VII,  p.  126;  Ai'gen- 
tiers  et  émailleurs  de  Limoges,  ap.  Id.,  1 842, 
p.  87);  l'erreur  était  alors  permise  au  savant 
archéologue,  faute  de  termes  de  comparai- 
son. Un  excipient  de  cuivre  rouge,  des  ma- 
tières parfondues,  ternes  et  grumeleuses, 
un  travail  grossier,  s'écartent  infiniment  des 
jolis  bijoux  de  bronze,  exhumés  en  Angle- 
terre, sur  le  Rhin,  en  Belgique,  dans  le 
Nord  et  l'Est  de  la  France.  Quant  aux 
écussons  byzantins,  importés  en  Occident 
pour  y  être  sertis  à  l'instar  des  gemmes,  ils 
n'ont  absolument  rien  de  commun  qu'une 
analogie  d'emploi  avec  l'émail  limousin  de 
Poitiers  et  sa  sœur  germaine,  l'applique  de 
Moissat-Bas  :  les  moyens  de  s'en  assurer 
ne  manquent  pas,  même  dans  la  ville  de 
sainte    Radegonde. 

La  Revive,  p.  531,  col.  2,  annonce  encore 
d'après  le  Btillctin  vionuviental,  la  décou- 
verte, à  Beauvais,  de  la  dalmatique  de 
l'évêque  Thibault  de  Nanteuil  (►{<  1300)  ; 
retrouver,  passe,  découvrir  est  un  peu  fort. 
Ce  précieux  vêtement,  que  l'érudit  abbé 
Barraud  avait  signalé  de  longue  date,  a  été 
publié   par   moi   dans   l'ancienne   Revue  de 


68 


ïRetiue   De   l'art   chrétien. 


rArt  clu-diai,  1860,  t.  IV,  p.  653-654,  et 
dans  les  y^«r.  vêteuients  saccrd.  etc.,  conservés 
en  Finance,  série  II,  p.  106-107:  la  descrip- 
tion est  accompagnée  d'une  planche  offrant 
l'ensemble  et  les  détails  de  l'objet,  plus  un 
fac-similé  du  parchemin   qui    garantit   son 


authenticité.  Seulement,  l'inventaire  de  1464 
n'étant  pas  arrivé  à  ma  connaissance, 
j'ai  pu  être  alors  induit  en  erreur  sur  la 
couleur  primitive  du  tissu  extérieur,  altéré 
par  l'âge. 

Charles  uf.  Linas. 


t 


00 


>7tM-tvi"CT  -tCrf-Vf'"'^  V^^"5/^ 


'ïïf'ïïf^âf^^^'ÏÏf^ 


M.  de  Farcy  nous  avait  adressd  pour  notre  livraison 
d'octobre  l'intéressante  correspondance  qui  suit,  au  sujet 
de  l'exposition  rétrospective  de  Rouen  ;  malheureusement, 
le  retard  apporté  dans  l'envoi  des  clichés  qui  devaient 
accompagner  cette  lettre  nous  a  obligés  d'en  retarder  la 
publication. 


Une  beurc  à  l'crposition  rétrospcctiuc 
De  Rouen. 


Monsieur, 

'AI  pris  quelques  notes  à  l'ex- 
position rétrospective  de  Rouen 
et  les  ai  complétées  à  mon 
retour  :  les  voici  à  tout  hasard. 
Si  vous  recevez  sur  le  même 
sujet  un  travail  plus  étendu,  je  vous 
autorise  de  grand  cœur  à  mettre  celui-ci 
au   panier. 

A  d'autres  je  laisserai  le  soin  de  décrire 
les  portraits,  meubles,  tapisseries,  pendules, 
etc.,  enfin  tous  les  objets  d'ameublement 
des  siècles  derniers,  si  bien  aménagés  par 
M.  G.  le  Breton  (')  ;  je  m'attacherai  seule- 
ment à  l'art  religieux  du  moyen  âge,  repré- 
senté avec  honneur  à  l'exposition  rétros- 
pective. 

L'attention  est  tout  d'abord  sollicitée  dans 
la  grande  galerie  par  une  pompe  à  incendie, 
prête  à  fonctionner  en  cas  de  sinistre.  Cet 
éloge  payé  à  la  prudence  de  l'administration, 

I.  M.  le  Breton  a  donné,  dans  la  Gazette  des  beaux-arts 
(2"^  période,  t.  XXVII,  octobre  et  novembre  1883),  deux 
excellents  articles  sur  les  étoffes  et  broderies  de  la  collec- 
tion Spitzer,  auxquels  j'ai  fait  quelques  emprunts  et  qui 
renferment  des  gravures  fidèles  représentant  l'.-Xrbre  de 
Jcssé,  un  orfroi  de  chasuble,  le  parement  du  lutrin  et  la 
mitre,  dont  je  donne  la  description  ;  j'y  renvoie  les  lecteurs 
de  la  Revue. 


il  faut  s'arrêter  longtemps  devant  l'armoire 
vitrée  de  M.  Spitzer  ('),  dont  les  merveil- 
leuses broderies  vont  surtout  m'occuper. 
A  part  deux  ostensoirs  pyramidaux  de 
la  dernière  époque  gothique,  cette  vitrine 
d'environ  six  mètres  de  long  ne  renferme 
que  des  ornements  sacerdotaux  du  plus 
grand  prix  et  d'une  étonnante  conser- 
vation. 

A  gauche,  c'est  une  chasuble  du  XVI^  siè- 
cle :  fond  de  damas  rouge,  broché  de  gre- 
nades d'or  ;  orfrois  brodés  au  passé  repré- 
sentant la  Résurrection  du  Christ,  son 
apparition  aux  apôtres  et  aux  saintes 
femmes,  enfin  sa  descente  aux  Enfers.  Les 
bras  de  la  croix  sont  disposés  en  Y,  usage 
presque  général  autrefois.  Tout  près,  voici 
une  dalmatique  de  même  époque,  au.x  orfrois 
brodés  de  saints  sous  des  tabernacles  (^)  ;  le 
fond  est  en  velours  de  Gênes,  bouclé  d'or. 
La  magnifique  chasuble  suspendue  un  peu 
plus  loin  date  de  la  fin  du  XV^  siècle  ;  ses 
orfrois  sont  aussi  en  forme  d'Y.  M.  le  Breton 
l'attribue  à  l'école  de  Bruges.  On  y  voit  sur 
le  devant  l'Annonciation,  la  Visitation,  puis 
la  Nativité  au  centre  ;  sur  le  dos  au  milieu 
l'Adoration  des  Mages  et,  en  descendant, 
la  Circoncision  et  la  Présentation  au  Tem- 
ple. La  vie  du  Christ  commencée  ici  se 
poursuivait  sans  doute  sur  la  chape  corres- 
pondant autrefois  à  cette  chasuble. 

1,  La  collection  de  M.  Spitzer,  en  grande  partie  exposée 
au  Trocadéro  au  moment  de  la  grande  exposition,  est 
d'une  richesse  inouïe.  Outre  ses  belles  broderies,  cet  ama- 
teur a  exposé  à  Rouen  une  curieuse  vitrine  de  gaines  et 
coffrets  en  cuir  gaufré  et  enluminé  du  moyen  âge  et  des 
spécimens  de  céramique  persane. 

2.  On  appelait  tabernacles  dans  les  inventaires,  les 
niches  d'architecture  brodées  sur  les  orfrois  ;\  personnages. 


i''*^  Livraison. 


70 


IReti  uc  tjc   rat t    chrétien 


Le  fond  de  l'armoire  est  ensuite  garni  par 
une  chape  de  velours  rouge,  au  manteau 
tout  semé  à^  florions  (')  de  broderie,  d'anges 
portant  les  instruments  de  la  Passion.  Le 
Musée  de  Cluny,  la  cathédrale  de  Bruges 
et  plusieurs  collections  particulières  en  pos- 
sèdent des  spécimens  analogues  (^).  On 
rencontre  presque  toujours  au  centre  de  ces 
manteaux,  sous  le  chaperon,  l'Assomption 
de  la  Vierge  entre  quatre  grandes  fleurs  de 
lis,  des  séraphins  à  six  ailes  montés  sur  des 
roues  avec  des  phylactères  portant  ces  mots  : 
Gloria  in  Excelsis  Deo,  ou  bien  Da  gloria))i 
Dca,  ou  encore  Alléluia,  le  tout  entremêlé 
des  fleurons  les  plus  élégants,  brodés  en 
couchure  et  au  passé.  Entre  tous  ces  motifs 
rayonnant  du  centre  aux  bords  extérieurs 
de  la  chape,  on  a  semé  des  vrilles  de  fil  d'or, 
des  paillettes  annulaires  qui  flamboient  de 
tous  côtés  et  relient  de  la  façon  la  plus 
heureuse  ano-elots  et  fleurons.  Parfois  ces 
broderies  étaient  un  peu  négligées  ;  ici 
il  n'en  est  rien.  Ce  parti,  excellent  au 
point  de  vue  décoratif  fut  imaginé  pour 
remédier  à  la  pauvreté  relative  du  velours 
uni,  quand  on  n'avait  pas  à  sa  disposition 
les  brocards  et  velours  ciselés  d'or  ou 
bien  quand  on  n'avait  pas  les  ressources 
suffisantes  pour  broder  en  pleine  la  chape 
tout  entière  (^). 

Devant  cette  belle  pièce,  se  trouve  l'objet 

1.  Ce  mot  de  Jîorions  désigne  dans  les  descriptions 
d'ornements  anciens  les  fleurs  semées  de  distance  en 
distance  ;  j'en  pourrais  citer  bien  des  exemples. 

2.  M.  Vermersch  possède  une  chape  de  velours  bleu 
ainsi  disposée.  (Voy.  L'art  ancien  à  l'exposition  de 
Bruxelles,  18S2,  p.  318.)  J'ai  moi-même  une  chape  identi- 
que sur  fond  bleu  et  une  belle  chasuble  sur  velours  grenat, 
toute  semée  de  chérubins,  de  fleurons,  etc.. 

3.  Les  anciens  trésors  de  nos  cathédrales  possédaient 
presque  tous  de  magnifiques  chapes  brodées  en  entier 
(avec  la  bible  en  ymages,  à  l'histoire  de  la  passion  sur 
fond  battu  à  or  etc..)  11  en  existe  encore  quelques-unes 
en  France  ;  celle  de  Saint-Louis  de  Toulouse  à  St-j\la.xi- 
min  (Var)  et  celles  de  Saint-Bernard  de  Comminges,  dont 
M.  de  Linas  donne  la  description  dans  son  Rapport  sur 
les  anciens  vêlements  sacerdotaux. 


le  plus  important  de  la  collection,  à  mon 
avis.  C'est  une  bande  de  i'"  70  de  long 
sur  0,55  de  large  environ  représentant  Jessé 
étendu  sur  un  lit  :  de  sa  poitrine  s'élance  un 
tronc  vigfoureux,  dont  les  branches  forment 
quatre  médaillons  superposés.  David,  Salo- 
mon  et  la  Vierge  Marie  occupent  les  trois 
premiers  en  forme  de  Vesica  piscis  ;  le 
quatrième,  plus  large,  entouré  des  extrémités 
des  branches  chargées  de  feuilles  de  vigne 
et  de  raisins,  est  consacré  au  Crucifiement. 
Des  rinceaux  délicats  entourent  quatre  pro- 
phètes entre  les  grands  médaillons.  Six 
grosses  tiges,  coupées  sur  les  bords  de  la 
toile,  couverte  de  fil  d'or,  qui  sert  de  fond 
à  ce  beau  travail, font  voir  que  la  composition 
de  l'artiste  a  été  mutilée.  C'était,  à  mon  sens, 
la  partie  centrale  d'une  chape,  complétée  à 
droite  et  à  gauche  par  trois  bandes  de  toile, 
semblablement  historiées  de  rameaux,  en- 
tourant des  rois  et  des  prophètes.  Dans 
mon  hypothèse,  le  brodeur  a  reculé  devant 
la  difficulté  de  broder  toute  la  chape  d'un 
seul  morceau  ;  mais  pour  coudre  les  diverses 
parties  ensemble  plus  facilement  après  que 
chacune  a  été  brodée  séparément,  il  a  évité 
les  raccords  le  plus  possible.  Chaque  rinceau 
secondaire  entourant  les  prophètes  sur  les 
côtés  est  complet,  si  bien  que  la  couture,  se 
faisant  sur  le  fond  d'or,  était  imj^erceptible  : 
il  n'y  avait  d'embarras  que  pour  les  grandes 
tiges,  qui  enjambaient  d'une  largeur  de  toile 
sur  l'autre. 

Ce  fragment  de  chape  me  paraît  dater  de 
la  fin  du  XIII«=  siècle  :  le  fond  est  en  cou- 
chure d'or  chevronné  ;  les  feuillages,  exé- 
cutés au  point  de  crochet,  sont  réappliqué.s, 
et  les  figures  brodées  au  point  de  peinture. 
J'emprunte  ces  détails  à  M.  le  Breton  ;  je 
n'ai  pu  examiner  les  choses  d'assez  près  ('). 
Voici  un  dessin  de  cette  riche  broderie  :  il 


I.  Collection   Spitzer.   Les  étoffes  cl  les  broderies,   par 
M.  Gaston  le  Breton,  p.  14. 


Planche  III. 


Rc^ue   ÎJC   THrt   t\}vttitn. 


I.  Fragment  de  chape  à  l'exposition  de  Rouen. 


II.  Mitre  du  XIV'^  siècle  à  l'exposition  de  Rouen. 


Bouticllcs    zt  ^clangc0. 


71 


en  dira  davantage  aux  lecteurs  de  la  Revtie 
que  de  longues  descriptions.  Ce  sur  quoi  il 
faut  surtout  insister  ici,  c'est  le  rapport 
extraordinaire  qui  existe  entre  le  tracé  de 
cette  belle  pièce  et  les  peintures  des  bibles 
et  missels  de  la  même  époque.  Miniatures 
et  broderies  étaient  souvent  exécutées 
par  les  mêmes  artistes.  On  ferait  bien 
de  nos  jours,  quand  on  prétend  broder 
des  ornements  en  style  moyen  âge,  de 
s'inspirer  en  toute  confiance,  à  défaut  de 
modèles  anciens,  des  miniatures  des  ma- 
nuscrits des  XlJe,  XIIIi^  et  XIV'-'  siècles. 
On  serait  certain  ainsi  de  ne  pas  faire 
fausse  route. 

Revenons  à  notre  vitrine.  Voici  d'admira- 
bles broderies  espagnoles  du  XV I^  siècle  : 
que  de  talent  et  de  soins,  prodigués  dans 
ces  applications  rehaussées  d'or  et  de  soie  ! 
Malgré  cela,  ces  chefs-d'œuvre  me  laissent 
un  peu  froid.  Aucun  caractère  religieux  : 
rinceaux  et  arabesques  sont  aussi  bien  à  leur 
place  sur  une  couverture  de  lit  que  sur  une 
chape.  On  me  pardonnera  de  réserver  mon 
enthousiasme  pour  une  mitre,  dont  je  vais 
parler  tout  à  l'heure.  Toutefois  je  serais 
accusé  de  parti  pris  contre  la  Renaissance 
si  je  ne  disais  rien  d'un  parement  de  lutrin(?) 
en  drap  d'or  frisé  et  bouclé  d'un  travail  fort 
précieux.  Le  sujet  du  grand  médaillon 
quadrangulaire  m'a  tout  particulièrement 
intrigué.  Sur  un  brancard,  orné  d'un  beau 
parement,  quatre  prêtres  en  chasuble  por- 
tent un  joyau  en  forme  de  ciborium,  qui 
abrite  un  reliquaire  ou  un  ciboire.  David, 
la  harpe  en  mains,  les  précède  comme  autre- 
fois l'arche  d'alliance. 

La  procession  sort  d'une  ville  et  passe 
devant  une  reine,  placée  à  la  fenêtre  de  son 
palais.  S'agit-il  d'une  procession  du  Saint- 
Sacrement  .''  J'en  doute,  il  n'y  a  ni  luminaire 
ni  dais.  Faut-il  voir  là  une  simple  relique, 
peut-être  celle   du  Saint-Sang  de   Bruges, 


dont  le  réceptacle,  bien  que  plus  récent,  a 
quelque  ressemblance  avec  celui-ci  ?  Je 
n'oserais  trancher  la  question  ;  quoiqu'il  en 
soit  la  broderie  est  superbe  :  sur  l'autre 
pan  on  remarque  la  Résurrection  de  Notre 
Seigneur. 

Venons  enfin  à  la  mitre  du  XIV^  siècle, 
dont  les  bordures  ont  été  semées  de  grosses 
perles  et  les  rampants  garnis  de  feuillages 
de  vermeil,  amortis  par  une  charmante 
croix  à  jour,  ornée  d'un  saphir,  de  quatre 
perles  et  de  quatre  rubis.  Six  apôtres,  un 
évêque  au  milieu  et  le  Christ  bénissant 
au  sommet,  tous  brodés  à  mi-corps,  occu- 
pent les  huit  médaillons  des  orfrois  (titre  et 
cercle),  dont  le  fond  est  en  couchure  d'or. 
Les  reliefs  formant  bordure,  feuillages  et 
encadrements  de  figures  sont  obtenus  par 
une  corde,  placée  sous  les  fils  d'or.  Les 
côtés  triangulaires  sont  brodés  en  couchure 
d'argent  figurant  un  treillis  :  au  milieu 
deux  anges  en  adoration,  dans  des  médail- 
lons fond  d'or.  L'ensemble  est  riche  sans 
confusion  et  très  satisfaisant.  On  dirait  les 
personnages  brodés  à  un  point  de  chaînette 
très  fin. 

La  Sainte  Vierge  remplace  le  Christ  au 
sommet  de  l'orfroi  de  l'autre  face  de  la 
mitre,  disposée,  quant  au  reste,  comme 
la  première.  Les  fanons  ont  disparu.  Les 
feuilles  rampantes  en  vermeil  de  la  partie 
antérieure  entrent  les  unes  dans  les 
autres,  de  façon  que  la  mitre  puisse 
prendre  une  forme  convexe  sans  difficulté. 
Une  riche  étoffe  du  XIV^  siècle  garnit  les 
souftiets  ;  c'est  un  damas  blanc,  broché 
d'aigles  aux  têtes  et  pieds  d'or.  La  reproduc- 
tion, d'après  la  Gazette  des  Beatix-Arts, 
peut  en  donner  une  idée.  (v.  pi.  III.)  11  faut 
cependant  dire  que  le  dessinateur  a  oublié 
les  belles  perles  semées  sur  les  bordures 
d'or  verticales  et  horizontales  de  chaque 
côté  des  médaillons  et  de  écoincons. 


72 


IRcuuc  De    rart   chrétien 


Deux  belles  paires  de  gants,  l'une  tri- 
cotée en  soie  violette  et  en  fil  d'or,  l'autre 
brodée,  une  ancienne  étole  et  quelques 
autres  broderies  moins  importantes  com- 
plètent cette  incomparable  collection;  il  m'a 
fallu,  à  mon  grand  regret,  passer  outre. 
Mentionnons,  pour  en  finir  avec  les  bro- 
deries ,  les  deux  belles  aumônières  du 
XlVe  siècle  de  M.  Delaherche,  reproduites 
dans  plusieurs  ouvrages. 

Parmi  les  émaux  de  Limoges, il  faut  citer 
ceux  de  la  vitrine  de  M.  Piet-Lataudrie;  une 
jolie  croix  du  XI I^  siècle,  de  M.  Beaucousin, 
éearée  au  milieu  des  tabatières,  montres 
et  miniatures  ;  deux  superbes  châsses  re- 
présentant l'une  le  meurtre  de  saint  Tho- 
mas Becket  et  l'autre  l'Adoration  des 
Mao-es  et  le  massacre  des  Innocents,  à 
M.  de  Glanville.  Peut-on  voir  sans  admi- 
ration le  superbe  triptyque  du  XV^  siècle 
de  M.  Stein  et  tant  d'autres  pièces,  que  je 
n'ai  même  pas  le  temps  de  noter  ? 

L'orfèvrerie  brillait  aussi  dans  certaines 
vitrines  :  ici  les  magnifiques  monstrancesde 
M.  Spitzer,  de  l'abbé  Couillard  et  de  M. 
Stein  ;  là  deux  calices  du  XI I^  siècle,  l'un  de 
ce  même  amateur  (')  ;  plus  loin  une  grande 
croix  processionnelle  du  XIV"  siècle,  d'ori- 
gine espagnole,  appartenant  à  M.  Maillet 
du  Boulay. 

La  Viersre  en  ivoire  du  milieu  du  XI 11^ 
siècle,  exposée  par  M.  Bligny,  est  une  de 
ces  pièces,  dont  on  ne  peut  détacher  ses 
regards  qu'à  regret.  La  gravure  jointe  à 
ces  notes  en  donnera  une  idée.  (v.  pi.  IV). 

Et  les  manuscrits  enluminés  !  M.  Gau- 
dechon  possède  une  Bible  du  XI 11^  siècle, 
je  dirais  presque  de  la  fin  du  XI I^  si  je  m'en 
rapporte  au  style  des  ornements,  de  la  plus 
grande  beauté.  En  admirant  l'I  de  Yiu 
prmcipio  de    la    Genèse,     sur    lequel    est 

I.  Un  de  ces  deux  calices  a  été  gravé  dans  la  Gazette 
des  beaux-arts,  1878,  p.  225. 


peinte  la  création  en  six  jours,  on  ne  re- 
grette qu'une  chose,  c'est  de  ne  pouvoir 
contempler  des  heures  entières  les  autres 
miniatures,  qui,  à  en  juger  par  celle-ci, 
doivent  être  splendides. 

Je  signalerai  aux  amateurs  de  ferronne- 
rie une  grande  porte  du  XV^  siècle  (i"'  20 
sur  0,50),  qui  parait  avoir  appartenu  à  quel- 
que tabernacle.  C'est  une  merveille  ;  avec 
quelle  grâce  surtout  serpentent  tout  autour 
certainsfeuillagesen  fer  découpéet  repoussé! 
Collection  de  M.  Essonville  Bligny. 

Un  catalogue  bien  autrement  complet 
que  ces  notes  prises  à  la  hâte  s'imprime 
en  ce  moment  et  j'y  renvoie  les  lecteurs 
de  la  Revue  désireux  de  plus  amples  dé- 
tails ;  puisse  ce  petit  compte-rendu  leur  être 
agréable  ! 

On  me  permettra,  j'espère,  d'exprimer 
un  vœu  relatif  à  la  classification  des  objets 
admis  à  toutes  les  expositions  rétrospecti- 
ves. Au  lieu  de  placer  dans  une  même 
vitrine  toutes  les  richesses  (souvent  de  style, 
d'origine  et  de  destination  bien  différents) 
d'un  même  collectionneur,  et  de  mettre  un 
peu  de  tout  dans  chaque  partie  de  l'exposi- 
tion, je  souhaiterais  voir  ranger  tous  les 
objets  suivant  leur  destination  par  ordre 
chronologique:  toutes  les  pendules  à  la  suite, 
tous  les  flambeaux,  tous  les  chenets,  etc.. 
de  même.  On  saisirait  ainsi  facilement,  en 
allant  des  plus  anciens  spécimens  au.x 
plus  récents,  tous  les  changements  de  forme 
imposés  par  la  mode  et  les  styles  successifs: 
ce  serait,  je  crois,  fort  instructif.  Ceci  n'em- 
pêcherait pas  de  meubler  des  appartements 
en  entier  en  tel  ou  tel  style,  pour  donner 
des  idées  d'ensemble.  Le  coup  d'oeil  géné- 
ral d'une  exposition  organisée  suivant  mes 
désirs  serait  moins  pittoresque.moins  varié, 
mais  le  résultat  pratique  serait  plus  consi- 
dérable, j'imagine. 

L.  DE   Earcv. 


i>L..r/. 


Vlr 


j^ouucllcs  et  a^élanges. 


73 


ecrposition  romaine  à  Turin. 

'EXPOSITION  romaine  qui  a  eu 
lieu  cette  année  à  Turin,  est  un 
événement  considérable  pour  l'his- 
toire de  l'art  et  ne  saurait  passer 
inaperçue  des  lecteurs  de  la  Revtie.  Nous 
croyons  donc  bien  faire  en  leur  en  offrant 
un  rapide  compte  rendu. 

M.  le  Duc  Torlonia,  chargé  de  l'organiser, 
réunit  les  hommes  les  plus  capables  de  la 
mener  à  bonne  fin.  Ces  savants  comprirent 
qu'elle  devait  être  historique,  qu'elle  devait 
nous  montrer  les  monuments  comme  témoins 
des  longues  et  dramatiques  annales  de 
Rome.  Dans  cette  pensée  ils  la  divisèrent 
en  trois  parties:  r antiquité,  le  moyen  âge, 
les  temps  modernes. 

A  Rome,  l'antiquité  occupe  une  place  si 
considérable,  qu'on  fut  obligé  de  la  limiter 
aux  dernières  découvertes.  Ses  monuments 
ont  été  rapportés  dans  un  pavillon  circu- 
laire qui  reproduit  les  fermes  élégantes  du 
temple  de  Vesta,  et  dans  des  portiques 
disposés  alentour. 

Si  remarquable  que  soit  cette  première 
partie,  elle  nous  parait  d'un  intérêt  inférieur 
à  la  seconde.  Il  y  a  peu  d'années  que  l'on 
commence  à  apprécier  la  grandeur  monu- 
mentale du  moyen  âge  en  Italie;  les  artistes 
que  leurs  études  ou  leurs  goûts  y  attiraient 
autrefois,  s'appliquaient  à  l'antiquité,  à  la 
Renaissance  où  ils  croyaient  la  retrouver,  et 
fermaient  dédaigneusement  les  yeux  devant 
les  monuments  que  de  grands  siècles  et  de 
ofrands  hommes  ont  élevés  dans  l'intervalle. 
A  Rome,  ces  préjugés  étaient  pires  qu'ail- 
leurs et,  chose  remarquable,  ils  avaient  cours 
dans  l'esprit  même  des  artistes  et  des  héros 
du  moyen  âge.  Rienzi  se  croyait,  de  bonne 
foi,  le  survivant  des  vieux  tribuns,  il  faisait 
de  la  politique  archéologique  et  rattachait 
tous   ses  actes  aux  traditions  de  la  Républi- 


que ;  les  architectes,  surtout  les  prédéces- 
seurs des  Cosmati,  s'applaudissaient  lors- 
qu'ils avaient  relevé  de  terre  quelque 
colonne  des  temps  classiques  et  croyaient 
être  de  moitié  dans  le  chef-d'œuvre  quand 
ils  dérobaient  quelque  beau  fragment  à 
l'antiquité  pour  l'encastrer  dans  des  briques 
grossières.  Il  faut  convenir  qu'il  y  avait  là, 
sans  qu'ils  s'en  doutassent,  une  sorte  d'abdi- 
cation qui  justifie  le  peu  d'estime  que  la  pos- 
térité a  fait  jusqu'ici  de  leurs  édifices,  mais 
il  faut  ajouter  que  cette  mise  en  œuvre  des 
marbres  antiques  par  des  mains  naïves 
constitue  une  des  phases  les  plus  curieuses, 
même  des  plus  importantes  de  l'histoire 
de  l'art.  Lorsqu'on  parcourt  les  rues  du 
Transtévère  encore  épargnées  par  les  dé- 
molisseurs modernes,  on  subit  le  charme  de 
cette  singulière  architecture.  Ces  hautes 
tours  de  briques,  ces  murailles  grandioses 
percées  de  rares  fenêtres  et  au  pied  des- 
quelles s'ouvre  inopinément  un  portique,  qui 
tout  à  coup  décèle  un  chapiteau,  un  bas 
relief,  une  inscription  antique,  ce  singulier 
mélange,  cet  ensemble  parait  majestueux,  il 
surprend,  intéresse,  captive  singulièrement. 

M.  le  professeur  Stevenson,  qui  a  passé 
sa  studieuse  jeunesse  au  milieu  des  anti- 
quités chrétiennes,  et  qui  promet  à  RI.  de 
Rossi  un  héritier  digne  de  ce  prince  de  la 
science,  a  compris  ce  grand  spectacle.  Il  est 
descendu  des  sommets  des  premiers  siècles 
vers  ces  âges  plus  négligés  jusqu'ici  ;  il  a  su 
appliquer  à  ces  nouvelles  études  la  forte  mé- 
thode de  son  maître  et  s'est  montré  un  des 
plus  habiles  organisateurs  de  l'exposition. 

C'est  à  lui  que  nous  devons  d'abord  le 
recueil  des  plans  de  Rome,  collection  toute 
nouvelle  et  précieuse  ;  depuis  la  Roma  t]iia- 
drata  du  Palatin,  depuis  le  célèbre  plan  du 
Capitole  exécuté  sous  Septime  Sévère  jus- 
qu'à celui  de  Bufalini,  le  premier,  je  crois, 
(jui  lut  imprimé,  nous  y  saisissons  les  longs 


1^*^    Ll\  UAFSON 


74 


IRctiuc  De   rart  chrétien 


anneaux  de  l'histoire  monumentale;  on  y 
voitsuccessivement  les  monuments  antiques 
transformés  en  forteresses.la  ville  se  hérisser 
de  tours  guerrières,  sortes  de  plantes  para- 
sites parmi  ses  ruines,  puis  des  portiques 
s'ouvrir,  des  palais  s'élever  et  enfin,  sous 
Sixte  V,  une  cité  nouvelle  surgir  tout  à 
coup.  M.  de  Rossi  avait  commencé  ce  re- 
cueil, il  y  a  quelques  années,  M.  Stevenson 
y  ajoute  des  pages  curieuses,  que  grossiront 
certainement  des  découvertes. 

A  ces  plans  sont  jointes  diverses  vues 
choisies  parmi  les  gravures  antérieures  aux 
transformations  modernes  et  qui  en  forment 
comme  les  détails.  Elles  nous  transportent 
dans  cette  Rome  des  XI V^  etXV^  siècles  oii 
les  bases  des  édifices  antiques  étaient  ense- 
velies sous  le  sol.  Dans  ce  temps  on  arrivait 
de  plain-pied  au  portique  du  tabularium  qui 
servait  d'entrée  au  palais  du  Capitole. 

Ce  palais  du  Capitole  qui  renferme  des 
souvenirs  de  l'histoire  de  Rome  pendant 
deux  mille  ans,  depuis  les  douze  tables, 
jusqu'au  balcon  où  haranguait  Rienzi  le 
jour  de  sa  mort, et  aux  tours  de  Boniface  IX, 
ce  palais  méritait  une  attention  spéciale. 
Les  auteurs  de  l'exposition  l'ont  compris, 
ils  ont  rapporté  une  suite  de  gravures  et 
de  documents  qui  permettent  d'en  faire  et 
d'en  justifier  la  restauration. 

On  y  a  joint  des  études  sur  l'Ara-Cœli, 
sur  son  cloître  et,  pour  compléter  le  tableau 
de  l'histoire  civile  de  Rome,  qu'on  nomme- 
rait mieux  l'histoire  militaire,  on  a  reproduit 
les  plus  fameuses  tours  seigneuriales,  celles 
de'Conti,  délie  Milizie,  celle  deU'Anguillara 
qui  domine  une  cour  pittoresque  toute  pleine 
encore  de  la  vie  du  moyen  âge.  Viennent 
aussi  les  simples  maisons,  celle  de  Rienzi 
au  Vélabre,  l'élégante  demeure  avec  por- 
tique qui  fait  face  à  Ste-Cécile  et  divers 
édifices  que  relèvent  de  rares  mais  fines 
sculptures  ou  des  fragments  antiques. 


L'architecture  religieuse,  pour  Rome> 
devait  tenir  la  première  place.aussi  voyons- 
nous  paraître  dans  cette  chronologie,  un 
plan  des  catacombes,  St- Laurent  hors  les 
murs,  l'ancienne  basilique  de  St-Clément, 
SSts-Jean  et  Paul,  St-Georges  au  Vélabre. 
Les  campaniles,  ces  monuments  de  /'f/e 
sonnante  de  Montaigne,  devaient  figurer 
aussi,  et  nous  y  voyons  ceux  de  Ste-lNIarie 
au  Transtévère,  de  Ste-Marie  Majeure,  de 
Ste-Marie  in  Cosmedin,  etc.  etc. 

L'architecture  dite  Lombarde,  dont  les 
spécimens  les  plus  connus  sont  les  églises  de 
Toscanella,  intervient  ensuite;  elle  précède 
les  travaux  des  Cosmati  qui  fournirent  une 
branche  particulière  et  comme  un  dernier 
jet  de  sève  de  l'art  romain  au  moyen  âge. 

M.  Stevenson  a  étudié  soigneusement 
l'histoire  de  ces  Cosmati  dans  une  série  de 
savants  articles  insérés  au  Catalogue  et 
qui  nous  montrent  cette  famille  d'artistes 
couvrant  pendant  plus  d'un  siècle  de  leurs 
œuvres  Rome  et  les  environs.  Nous  les 
voyons  abandonner  les  emprunts  antiques, 
peut-être  à  cause  de  la  rareté  croissante  des 
marbres;  nous  les  voyons  agir,  sculpter  eux- 
mêmeset  mériter  mieux  que  leurs  devanciers 
de  signer  des  œuvres  qui  deviennent  origi- 
nales ;  les  cloîtres  du  Latran,  de  St-Paul,  de 
Subiaco,  la  clôture  de  chœur  de  St-Alexis, 
quelques  ambons  sont  leurs  principaux  ou- 
vrages. S'ils  laissent  à  désirer  comme  sculp- 
ture, si  la  touche  est  empâtée,  terne,  sans 
effet,  ces  défauts  sont  rachetés  par  l'éclat  des 
mosaïques,  or,  pourpre,  azur  qu'ils  enroulent 
sur  leurs  colonnes,  qu'ils  suspendent  aux 
frises,  dont  ils  encadrent  les  vastes  disques 
de  porphyre  ou  de  serpentine.  Ce  style  gai, 
fleuri,  s'épanouit  au  milieu  des  sévères  édi- 
fices antiques  ou  des  sombres  murailles  du 
XI 11*=  siècle  comme  des  fleurs  au  milieu 
des  ruines,  et  il  justifie  la  vogue  dont 
jouirent  si  longtemps  ses  auteurs. 


Bouticllcs    et   a^clangcs 


75 


Les  mosaïques  romaines  sont  presque, 
du  IX^  au  XlIIesiècle,  les  seuls  éléments 
qu'on  possède  pour  l'histoire  de  ce  genre 
de  peinture  ;  elles  avaient  donc  une  place 
essentielle  marquée  à  l'exposition.  Nous  y 
retrouvons  en  effet  dans  l'ordre  chronolo- 
gique.les  deux  médaillons  de  la  bibliothèque 
Chigi,  l'abside  des  Stes-Rufine  et  Seconde 
au  baptistère  de  Constantin,  Ste-Sabine, 
SSts-Côme  et  Damien,  St- Laurent,  Ste-A- 
gnès,  Ste-Praxède,  St-Clément,  Ste-Marie 
au  Transtévère,  Ste-Marie  la  Neuve. 

M.  Stevenson,  qui  s'occupe  d'une  histoire 
de  la  peinture,  ne  pouvait  oublier  les  fres- 
ques qui  couvraient  à  Rome  les  murs  de 
beaucoup  d'églises.  L'exposition  nous  en 
retrace  plusieurs,  à  partir  du  cimetière  de 
Pontien,  des  fresques  de  St-Clément, 
jusqu'aux  peintures  voisines  de  la  Renais- 
sance. 

Quelques  pages  de  la  fin  du  catalogue 
sont  réservées  à  l'exposé  des  travaux  mo- 
dernes exécutés  à  Rome,  mais  le  but  vérita- 
blement atteint  est  l'exposition  du  moyen 
âge  monumental.  Nous  envoyons  nos  plus 
vifs  remerciments  aux  savants  qui  ont 
conçu  cette  belle  pensée  et  qui  l'ont  si  bien 
réalisée,  surtout  nous  nous  associons  à  leurs 
vœux  pour  que  cette  exposition  ne  soit  pas 
éphémère,  mais  qu'elle  devienne  la  base 
d'un  musée  d'histoire  du  moyen  âge.  L'his- 
toire, la  vérité,  la  justice  y  gagneront  ;  en 
suivant  sur  les  pierres  ces  annales  nouvelles 
de  la  Rome  pontificale,  si  peu  connue,  en- 
trevue jusqu'ici  derrière  des  préjugés  et  des 
calomnies,  on  y  apprendra  que  les  progrès 
et  les  déclins  de  l'art  y  ont  suivi  pas  à  pas 
lesdestinées  des  papes  selon  qu'elles  étaient 
triomphantes  ou  tourmentées. 

Georges  Rohault  de  Fleurv. 


ficinrurcs  mucaics  D'HnDrcsscin.  (Hncee). 

N  l'automne  de  l'année  1869,  je 
visitais     l'église    d'Andressein , 
village  situé  à  l'entrée  de  la  pit- 
toresque vallée  de  la  Bellongne, 
au  contluent  de  la  Boulgane  et  du  Lez,  non 
loin   de    Castillon   en   Couserans  ;   sous   le 
porche  de  l'église  je  crus  apercevoir  quel- 
ques traces   de  peinture  recouvertes  d'un 
badigeon  à  la  chaux;  je  grattai  et  frottai,  aidé 
par  j\L  l'abbé  Cau-Durban,  alors  vicaire  à 
Castillon  et  mon  compagnon  de  route,   et 
je  pus   ainsi    rendre  à  la    lumière  quelques 
peintures  qui  ne  sont  pas  dépourvues  d'in- 
térêt. C'est  du  moins   ainsi   que  les  jugeait 
mon  savant  et  regretté  maître,  M.  Quiche- 
rat,  à  qui  j'avais  communiqué  mes  croquis. 
L'église  d'Andressein  comprend  :  une  nef 
de  la  fin  du  XIIP  siècle  formée  de  trois 
travées,  la  plus  voisine  du  chœur  couverte 
d'une  voûte  d'og  ives,  les  deux  autres  voûtées 
de  berceaux  en  tiers-point  appuyés  sur  des 
arcs  doubleaux  ;  un  chœur  terminé  en  pans 
coupés  de  l'époque  de  la  nef  ou  remanié  au 
XIV""  siècle  ;  deux  bas-côtés  ajoutés  vers  la 
fin  du  XV^  siècle  ou  les  premières  années  de 
la  Renaissance  ;  un  campanile  placé  au-des- 
sus de  la  porte  de  la  nef,  composé  de  deux 
rangs  d'arcades  géminées   en  plein  cintre, 
surmontés  d'un    pinacle  en   forme  de  cré- 
neaux ;    un    porche    couvert     d'une    voûte 
d'arêtes  correspondant  à  la  nef  et  probable- 
ment   de    la    même  époque  ;   deux  autres 
porches  correspondant  aux  bas-côtés  et  abri- 
tant leurs  portes,  dont  l'une,  richement  ornée 
en  style  de  la  Renaissance,  porte,  dans  un 
écusson,la  date  de  1564  ;  ces  deux  porches 
latéraux  ne  sont  pas  voûtés,  mais  simple- 
ment surmontés  de  charpentes.  L'église  est 
orientée  ("). 

:.  Ces  détails  sont  empruntes  à  mes  notes  et  à  la  des- 
cription publiée  par  M.  de  Lahondès  dans  la  Semaine 
catholique  de  Parniers.  (Ann.  1S83,  n"  6,  p.  125.) 


76 


Ectjuc   De   rart   chrétien. 


C'est  sous  le  porche  central  que  sont 
placées  les  peintures.  Sur  les  voussures  des 
arcades  qui  supportent  au  nord  et  au  midi, 
c'est-à-dire  du  côté  de  l'évangile  et  du  côté 
de  l'épître,  les  retombées  de  la  voûte,  et 
sur  cette  voûte  même,  on  peut  voir  encore 
quatre  anges  et  quelques  saints  ;  de  ceux-ci, 
il  ne  m'a  été  possible  de  reconnaître  que  les 
images  de  S.  Jean-Baptiste  et  de  S.Jacques, 
caractérisés  le  premier  par  son  vêtement  de 


peau  et  par  l'agneau  nimbé  et  accompagné 
d'une  croix  qu'il  porte  couché  sur  un  livre, 
le  second  par  ses  pieds  nus,  par  son  bourdon 
et  sa  coiffure  de  pèlerin.  Les  quatre  anges 
mieux  conservés  sont  nimbés,  vêtus  de 
longues  robes  et  de  dalmatiques  à  collets 
rabattus  et  à  manches,  ils  jouent  de  divers 
instruments  :  guitare,  doucine,  viole  et 
harpe. 

Sur  les  faces  principales  des  quatre  piliers 


qui  soutiennent  les  deux  arcades  du  nord  et 
du  midi  —  donnant  accès  aux  deux  porches 
latéraux  —  sont  peints  quatre  tableaux 
larges  d'environ  un  mètre,  hauts  d'un  mètre, 
dix  centim.,  entourés  d'une  bordure  de 
douze  à  treize  centimètres  de  couleur  som- 
bre semée  de  quatre-feuilles.  En  voici  la 
description. 

(A).  Câ/(f  de  révangile  (nord)  :    i"   Pilier 
adossé  à  l'église.  Dans   une  ouverture  pra- 


tiquée dans  un  mur  crénelé,  on  voit  un 
homme  assis  les  pieds  attachés  par  deux 
anneaux  de  fer,  les  mains  jointes  dans  l'at- 
titude de  la  prière  ;  puis  cet  homme  sort 
d'une  toLu-  crénelée  emportant  ses  chaînes  ; 
dans  la  partie  inférieure  du  tableau  il  est 
représenté  agenouillé  ses  fers  à  la  main 
devant  un  édicule  où  l'on  peut  reconnaître 
le  campanile  d'Andressein  et  un  autel  sur 
lequel,  malgré  l'état  de  dégradation  de  ces 


JI3o II tieUcs    et   sgélanges. 


77 


peintures,  on  peut  distinguer  les  contours 
d'une  Notre-Dame  de  Pitié. 

(B).  2°  Pilier  opposé  au  précédent.  Une 
femme  tombe  d'un  arbre  la  tête  en  bas,  les 
bras  étendus,  les  vêtements  dans  un  désor- 
dre assez  naïf;  on  la  revoit  dans  la  partie 
inférieure  du  panneau,  agenouillée  un  cierge 
à  la  main  devant  l'autel  de  Notre-Dame  de 
Pitié  sous  le  campanile  d'Andressein.  Elle 
porte    une    robe    longue,  assez    collante,  à 


manches  étroites,  ouverte  en  carré  sur  la 
poitrine,  sur  la  tête  un  voile,  costume  sou- 
vent représenté  dans  les  miniatures  du 
XV"  siècle,  surtout  sur  les  vitraux  et  les 
tableaux  funéraires. 

(C).  Côté  de  répître.  (midi)  :  1°  Pilier 
adossé  à  l'église.  Un  homme  dont  les  vête- 
ments paraissent  en  partie  recouverts  par 
quelques  pièces  d'armure  de  fer,  brassières, 
oenouillères,  etc.,  tenant  à  la  main  un  cou- 


trf  i^= 


teau  dégainé  paraît  attendre  à  la  porte 
d'un  château  fort  ;  un  homme  identique  au 
premier  —  le  même  sans  doute  —  frappe 
d'un  coup  de  couteau  à  l'épaule  un  homme 
désarmé  ;  le  même  homme  toujours,  à  le 
juger  par  son  costume  et  la  gaîne  de  son 
couteau,  est  à  genoux  un  ciergfe  à  la  main 
devant  l'édifice  déjà  décrit  ('). 

I.  ("e  tableau  assez  énigmatique  peut  être  interprété  au 
moins  d'une  autre  fat;on  ;  un  homme  armé  arrête,  en 
lui  mettant  contre  ro|)aulc  sa  main  année  d'un  grand  cou- 


(D).  2"  Pilier  opposé  au  précédent.  Deux 
hommes  se  battent,  vêtus  de  chausses 
étroites,  souliers  à  la  poulaine,  chapeaux  à 
la  mode  de  Charles  YII  (forme  de  nos 
chapeau.x  bas  modernes),  jaquettes  à  collet 
droit,  bien  échancré  par  devant,  aux  épaules 
rembourrées,  aux  larges  manches  (manches 

teau,  un  liomnie  désarmé  ;  puis  se  rend  en  un  château 
fort  où  sans  doute  il  vient  d'enfermer  cet  homme  qui  avait 
contre  lui  de  mauvais  desseins  ;  puis  il  vient  en  actions 
de  grâces  <\  Notre-Dame  d'Andressein. 


78 


EcDue   Dc   rart  cîjréticn. 


à  eieot),  entrouverte  sur  le  devant,  plissée 
a  la  ceinture  ;  l'un  des  combattants  tient 
une  épée  dégainée,  son  adversaire  le  frappe 
d'une  sorte  de  lance  et  le  sang  coule  à  Hots 
de  sa  blessure.  Au  bas  du  tableau,  le  blessé 
ayant  encore  dans  son  côté  un  tronçon 
d'arme  brisé  est  à  genoux,  un  cierge  à  la 
main,  devant  la  statue  et  le  campanile 
d'Andressein. 

Quelle  est  l'époque,  quel  est  le  sens  de 
ces  peintures  ? 

L'époque  indiquée  par  les  costumes  est 
la  seconde  moitié  du  XV'  siècle. 

Quant  au  sens  de  ces  peintures,  elles  sont 
la  représentation  de  faits  miraculeux  ou 
notables  advenus  au  pèlerinage  de  Notre- 
Dame  de  Pitié  en  l'église  d'Andressein.  Or 
on  peut  voir  aujourd'hui,  reléguée  dans  la 
sacristie,  une  statue  en  bois  peint  de  Notre- 
Dame  de  Pitié  qui  présente  tous  les  carac- 
tères du  XV'=  siècle,  et  correspond  sans 
doute  à  l'image  figurée  dans  les  peintures. 
En  13 15,  une  confrérie  avait  été  fondée  en 
l'honneur  de  la  Ste  Vierge  dans  la  chapelle 
d'Andressein  —  devenue  l'église  paroissiale 
actuelle  —  alors  dédiée  à  la  Mère  de 
Dieu  (')  ;  et  peut  être  dans  les  archives 
de  cette  confrérie,  s'il  en  existe  quelques 
débris,  trouverait-on  des  renseignements 
précis  sur  ceu.x  qui  firent  exécuter  ces 
peintures  murales,  sur  les  faits  qui  y  sont 
représentés  {-). 

A  défaut  de  données  précises,  on   peut 

1.  L'dglise  paroissiale  fut  démolie  à  la  Révolution,  et  la 
chapelle  érigée  en  église  paroissiale  sous  le  vocable  de 
Saint-Martin,  ancien  patron  de  la  paroisse,  lors  du  réta- 
blissement du  culte. 

2.  Les  statuts  de  cette  confrérie  viennent  d'être  publiés 
par  MM.  l'abbé  Cau-Durban  et  F.  Pasquier  :  Stu/i/ts 
d'une  ancienne  confrérie  rurale  dans  le  Conserans,  Foix, 
V*'=  Pouriès  ;  1884.  —  Les  peintures  d'Andressein  sont 
sommairement  décrites  dans  cette  notice  et  dans  l'Inven- 
taire des  richesses  d'art  de  la  France  :  nomenclature  de 
VAri^ge  (par  F.  Pasquier  archiviste  de  l'Ariègc  ;  Foix  ; 
V""  Pouriès  ;  1883),  d'après  ces  notes  que  j'avais  fournies 
à  mon  excellent  collègue  M.  Félix  Pasquier. 


chercher  si  les  traditions  locales  fourniraient 
quelques  indications  sur  l'origine  de  ces 
tableaux.  En  1878,  j'écrivis  à  ce  sujet  à 
M.  le  curé  d'Andressein  ;  M.  Berdal,  curé 
de  cette  paroisse  et  chanoine  honoraire,  me 
fit  l'honneur  de  m'adresser  la  réponse  sui- 
vante: «  Pas  le  moindre  vestige  de  tradition 
écrite  ;  seulement  une  tradition  orale  très 
constante.  Il  n'est  pas  aujourd'hui  un 
vieillard  dans  les  environs  d'Andressein  qui 
ne  se  souvienne  d'avoir  dans  son  enfance 
été  conduit  sous  notre  porche  pour  y  voir 
fixée  par  la  peinture  l' histoire  des  voleurs 
qui  après  avoir  pillé  l'église  ne  purent 
sortir,  retenus  par  une  force  surnaturelle  : 
l'église  a  trois  portes  qui  tour  à  tour 
s'ouvraient  et  se  refermaient  présentant  aux 
malfaiteurs  l'espoir  de  fuir  et  les  retenant 
ensuite.  » 

De  ce  que  les  vieillards  ont  pu  contem- 
pler dans  leur  enfance  les  antiques  peintures 
de  leur  église,  il  faut  conclure  que  la  couche 
de  chau.x  qui  les  recouvrait  en  1869  était 
d'une  date  assez  récente  et  ne  remontait 
qu'à  une  cinquantaine  d'années. 

Mais  il  me  paraît  assez  difficile  de  con- 
cilier la  légende  avec  les  sujets  peints  sous 
le  porche  d'Andressein.  Ces  trois  portes  qui 
s'ouvrent  et  se  referment  ne  peuvent  être 
les  trois  portes  ouvertes  sur  la  façade  occi- 
dentale de  l'église,  deux  d'entre  elles,  celles 
des  bas-côtés,  étant  de  date  postérieure  aux 
peintures  du  porche  principal. 

Le  panneau  B  est  l'ex-voto  d'une  femme 
tombée  d'un  arbre,  préservée  de  la  mort  ou 
de  graves  blessures  par  un  appel  à  la  Vierge 
d'Andressein,  et  venant  acquitter  en  pèle- 
rinage sa  dette  de  reconnaissance. 

Une  interprétation  analogue  s'applique 
au  panneau  D  placé  comme  le  panneau  B, 
auquel  il  fait  vis-à-vis,  sur  le  pilier  qui  fait 
face  à  l'église  :  un  homme  blessé  dans  un 
duel  ou  quelque  fâcheuse  rencontre  vient 


jKoutjeïIes    et   a^éUngcs. 


79 


aussi  un  cierge  à  la  main  remercier  Notre- 
Dame  de  Pitié  de  sa  guérison  ('). 

Au  tableau  A,  le  prisonnier  implore 
évidemment  le  secours  de  la  sainte  Vierge  ; 
exaucé,  il  sort  ses  fers  à  la  main,  et  va  les 
porter  aux  pieds  de  l'image  de  sa  protec- 
trice. C'est  sans  doute  ce  prisonnier  qui, 
dans  l'imagination  populaire,  a  passé  pour 
le  voleur  du  sanctuaire  d'Andressein.  Est-ce 
un  coupable, est-ce  un  innocent?  La  seconde 
hypothèse  me  paraît  plus  probable  ;  il  est 
plus  naturel  d'admettre  que  ce  prisonnier, 
objet  de  la  protection  divine,  était  détenu 
contre  toute  justice  et  que  Notre-Dame 
d'Andressein,  en  le  délivrant,  voulut  pro- 
clamer son  innocence. 

Peut-être  celui  qui  l'avait  incarcéré  est-il 
précisément  l'homme  au  couteau  du  pan- 
neau C  :  cet  homme  armé  qui  en  arrête  un 
autre  désarmé,  qui  se  tient  à  la  porte  d'un 
château  fort,  qui  enfin  vient  un  cierge  à  la 
main  se  prosterner  devant  l'image  vénérée 
n'est  point  un  pèlerin  rendant  grâces  d'une 
faveur  obtenue,  mais  plutôt  un  coupable 
faisant  amende  honorable  pour  son  méfait. 
Mais  je  ne  prétends  faire  qu'une  simple 
hypothèse  et  laisser  à  de  plus  habiles  et 
plus  érudits  le  dernier  mot  de  ces  énigmes. 

Ces  peintures  ont  sans  doute  été  exécu- 
tées par  les  ordres  et  aux  frais  de  la  Con- 
frérie, très  puissante  et  très  nombreuse  à 
cette  époque.  Ce  ne  sont  pas  des  fresques, 
mais  des  peintures  à  l'huile  ou  à  la  détrempe 
exécutées  sur  un  enduit  sec  et  par  un  artiste 
d'un  certain  talent.  Elles  méritent  à  coup 
sûr  d'être  conservées  avec  soin  ;  elles  sont 
dignes  de  fixer  l'attention  des  artistes  et 
des  archéologues. 

Jules  Marie  Richard. 


I.  Peut-être   ces   deux  tableaux  15  et    D   sont-ils  d'un 
autre  peintre  que  A  et  C. 


ecrcursion  De  (a  0ilDc  De  Sainr=Tèomas 
et  De  Sainte Jluc.  >-^— ^-^-.-.-^-^-.-.-.-^ 

lt3^>>Sy]  KTTE  société  a  fait,  du  !«■■  au  6  sep- 
tembre, son  excursion  annuelle.  Le 
château  de  Vianden,  la  basilique  de 
Saint-Willibrord  à  Echtenach,  enfin 
les  monuments  de  la  ville  de  Trêves,  devaient 
faire  successivement  l'objet  des  études  de  la 
Gilde.  Une  soixantaine  de  membres  s'étaient 
réunis  à  cet  effet  à  Dickirch,  petite  ville  du 
grand   duché  de  Lu.xembourg. 

Le  2  septembre,  de  grand  matin,  éclairée  par 
un  beau  soleil,  la  nombreuse  caravane  distribuée 
dans  une  série  de  véhicules  de  toutes  déno- 
minations et  de  toutes  formes,  prenait  le  chemin 
pittoresque,  généralement  bordé  d'une  riche 
végétation,  qui  conduit  de  Dickirch  aux  imposan- 
tes ruines  de  Vianden.  On  y  arriva  après  une 
course  de  deux  heures. 

Le  château  de  Vianden  est  majestueusement 
établi  sur  un  rocher  très  escarpé  de  plusieurs 
côtés,  et  dont  les  hauteurs  dominent  la  ville  du 
même  nom,  divisée  en  deux  parties  par  la  lim- 
pide et  gracieuse  rivière  de  l'Our.  On  connaît 
la  destinée  lamentable  de  ce  château,  aujourd'liui 
l'une  des  ruines  les  plus  considérables  d'ancien 
castel  féodal,  habitable  encore  et  dans  un  remar- 
quable état  de  conservation  en  1821.  Intacte 
alors,  non  seulement  dans  son  système  de 
défense,  mais  dans  les  magnifiques  bâtiments 
d'habitation  des  seigneurs,  le  château  fut  vendu 
à  cette  date  fatale  par  le  roi  Guillaume  de  Nas- 
sau, sur  la  proposition  d'une  administration 
inepte  qui  trouvait  trop  coûteux  l'entretien 
de  ce  château  aussi  important  par  son  architec- 
ture qu'intéressant  par  son  passé.  —  Au  seul  titre 
de  monument  historique,  il  eût  dû  être  conservé 
avec  un  soin  jalou.x  par  la  famille  roj-ale  des 
Pays-Bas,  dont  il  fut  le    berceau. 

Celle-ci  se  contenta  d'en  redevenir  propriétaire 
de  nouveau  peu  d'années  plus  tard,  lorsque  les 
acquéreurs  eurent  accompli  leur  œuvre  de  des- 
truction, et  que  l'antique  manoir  des  Nassau, 
mis  dans  l'état  de  ruine  oti  on  le  voit  maintenant, 
n'exigeait  plus  d'autres  frais  d'entretien  que  celui 
des  ancrages  devenus  nécessaires  pour  empêcher 
les  masses  des  murs  disloqués  et  battus  par  les 


8o 


IRctiuc   Oe   r3rt   c&réticn. 


vents,  de  s'écrouler  sur  la  ville  qu'ils  dominent 
et  à  laquelle  le  château  a  servi  autrefois  d'abri 
et  de  défense. 

On  examina  dans  tous  leurs  détails  ces  ruines, 
les  plus  complètes  d'une  construction    militaire, 
non  seulement   dans  le  Luxembourg  qui  compte 
un     certain   nombre    d'anciens    châteaux,   mais 
encore   des  pays  qui   l'entourent.   Plusieurs    des 
salles  présentent  une  longueur  de  30  mètres,  sur 
une  largeur   de  10  mètres.  D'énormes  cheminées 
sont  encore  debout,  et  dans  quelques   salles  les 
voussures  des  portes  et  les  archivoltes  des  fenêtres 
présentent   une  décoration  sculpturale    du   plus 
grand  caractère  et  que  l'on  rencontre  bien   rare- 
ment dans  une  construction  de  cette   nature.  La 
chapelle  castrale  fut  étudiée   avec  un  soin  parti- 
culier. C'est  la  partie    du    monument    la    mieux 
connue,  M.  Aug.    Reichensperger    en  ayant    fait 
l'objet  d'une  excellente  notice    accompagnée  de 
quelques  planches  et  qui  a  été   publiée  en    1856. 
Cet  oratoire  offre  un  bel  exemple  des  chapelles 
à  deu.x  étages,  Oratoria  duplicata,  dont  on  trouve 
en  Allemagne  particulièrement    et   en    Hongrie 
quelques  exemples  très  intéressants.  Démantelée 
en  bonne  partie  afin  d'en    retirer  les  matériaux, 
après  la  vente  que  nous   venons  de  rappeler,  la 
chapelle  était  dans  un  état  de   conservation  qui 
permit    d'y    célébrer    le    saint   sacrifice    encore 
en  1821.  Ce  petit  sanctuaire  a  été  depuis  l'objet 
de  deux  restaurations  successives.  Ces  restaura- 
tions ont  eu  le  bon  résultat  d'empêcher  une  destruc- 
tion plus  complète  par  l'infiltration  des  eaux, et 
d'offrir  au  visiteur  un  ensemble  plus  complet  de 
la  disposition    générale.  Mais,    dans    les  détails, 
le  ciment,    le    plâtre    et  d'autres    matériaux  de 
contrebande    sont     intervenus   dans    une    large 
mesure,  et   il  faut  ajouter  qu'en    général  l'intel- 
ligence des  formes  est  à  la  hauteur  de  la  sincérité 
des    mo>^ens    de    construction  employés.   —  En 
réalité  cette  restauration,  de  même  que  le  rachat 
des  ruines,  apparaît  comme  le  tardif  regret  des 
démolisseurs    qui    n'ont    peut-être     pas     encore 
compris  toute  l'énormité  de  cet  acte    de    vanda- 
lisme, qui  sera   jugé  plus  sévèrement,  à   mesure 
que  le  château  de   Vianden  sera  mieux    connu 
et  plus  souvent  visité  par    des    hommes  compé- 
tents. 

Après  un  examen  ijui  se  prolongea  jusque  vers 


midi,  la  caravane  archéologique  se  remit  en 
marche  pour  regagner  le  chemin  de  fer  au  vil- 
lage de  Wallendorf  en  suivant  le  cours  sinueux 
et  accidenté  de  l'Our,  particulièrement  pittores- 
que à  son  confluent  avec  la  Sûre.  —  La  station 
de  Wallendorf  fut  atteinte  au  moment  où  un 
formidable  orage  éclatait,  répandant  des  torrents 
de  pluie  et  des  nuées  de  grêle  sur  les  montagnes, 
et  faisant  jaillir  de  toutes  parts  des  cascades 
dont  les  eau.x  boueuses,  après  avoir  inondé  la 
route,  allaient  en  serpentant  se  déverser  dans 
rOur.  Bientôt  survint  le  train  de  Dickirch,  et  en 
peu  de  temps  la  société  se  trouva  transportée 
dans  la  ville  de  saint  Willibrord  à  Echternach.Là, 
après  qu'une  réfection  confortable,  prise  â  l'hôtel 
du  Cerf,  eut  restauré  les  forces  et  ranimé  les 
esprits  des  voyageurs,  on  alla  voir  l'antique 
basilique,  consacrée  au  saint  tutélaire  de  ces 
contrées. 

La  basilique  de  Saint-Willibrord  est  un  monu- 
ment considérable,  d'une  austère  grandeur  dans 
sa  simplicité  et  dont  la  construction  principale 
remonte  à  la  première  moitié  du  onzième  siècle.  — 
Jusqu'à  la  Révolution  française  on  y  conservait 
les  .reliques  du  grand  Apôtre  de  la  Hollande  et 
d'une  partie  de  l'Allemagne,  dont  le  souvenir 
est  encore  si  vivant  dans  ces  régions  également 
évangélisées  par  lui.  Depuis  la  supression  de  son 
antique  abbaye,  le  culte  n'était  plus  célébré  dans 
la  basilique,  et  depuis  une  trentaine  d'années,  ce 
monument  abandonné  semblait  condamné  à  une 
ruine  complète.  Une  fabrique  de  porcelaine  avait 
été  établie  dans  l'une  des  nefs  ;  le  chœur  s'écrou- 
lait et  les  administrations  agitaient  la  question 
de  savoir  s'il  ne  conviendrait  pas  de  procéder 
à  la  démolition  du  monument,  afin  d'éviter  les 
dangers  qui  pouvaient  résulter  des  effondrements 
que  son  état  de  ruine  faisait  redouter.Alors  l'esprit 
de  piété  pt)ur  le  saint  tutélaire  de  ces  contrées 
et  le  patriotisme  domièrent  naissance  à  une 
société  qui,  fondée  dans  la  petite  ville  d'Echter- 
nach,  sous  le  nom  de  Willebrordus  Bau-Verein, 
se  donna  la  mission,  non  seulement  d'empêcher 
la  démolition  de  la  basilique,  mais  encore  de  la 
rétablir  par  une  restauration  conforme  aux  prin- 
cipes de  l'archéologie,  et  aux  données  que  four- 
nissait le  monument  lui-même.  L'esprit  de  sacri- 
fice des  habitants  de  la  ville,  l'appui   du  gouver- 


BouDelUs   et   Mélanges. 


8i 


nement  et  le  dévouement  de  l'association  aidant, 
on  parvint  à  réunir  les  ressources  nécessaires  au 
but  que  l'on  avait  en  vue.  Dans  ses  grandes 
lignes  la  restauration  s'accomplit  d'après  les 
dessins  et  suivant  les  inspirations  de  M.  Essen- 
wein,  directeur  de  musée  Germanique  à  Nurem- 
berg, et  aujourd'hui  la  restauration  intérieure  se 
poursuit  et  des  peintures  murales  s'y  exécutent 
par  les  soins  de  M.  Jules  Helbig.  Après  avoir 
examiné  la  basilique  et  sa  crypte,  la  Gilde  fit 
une  rapide  visite  à  l'église  paroissiale  qui  domine 
la  ville,  et  oi;i  se  trouvent  actuellement  les  reliques 
de  Saint-Willibrord,  et  notamment  le  cilice 
porté  par  ce  grand  Apôtre.  C'est  après  avoir 
monté  les  nombreux  degrés  qui  conduisent  à 
cette  église,  et  après  avoir  tourné  autour  de 
l'autel  contenant,  dans  sa  partie  inférieure,  le 
sarcophage  et  les  ossements  du  Saint,  que  se 
dissout  la  célèbre  procession  dansante  qui 
attire  chaque  année  plus  de  douze  mille  pèlerins, 
le  mardi  de  la  Pentecôte,  à  Echtcrnach. 

L'heure  du  train  pour  Trêves  était  survenue  ; 
les  excursionnistes  jetèrent,  du  haut  de  la  colline, 
un  dernier  regard  sur  la  ville  et  ses  poétiques 
environs,  et  se  rendirent  à  la  gare,  où  l'on  s'in- 
stalla, tant  bien  que  mal,  dans  les  wagons 
du  chemin  de  fer  Prince  Henri.  En  moins  d'une 
heure  et  demie  toute  la  troupe  était  à  Trêves,  oîi 
la  Gilde  fut  accueillie  avec  la  plus  gracieuse 
cordialité  par  M.  Pateiger,  ancien  membre  de 
la  fraction  du  centre  au  parlement  allemand. 
Grâce  à  ses  soins,  les  confrères  furent  bientôt 
repartis  dans  les  différents  hôtels  de  la  ville  où 
un  gîte  réparateur  les  attendait  après  une 
fatiguante  et  longue  journée.  Bon  nombre 
d'entre  eux  furent  installés  dans  l'hôtel  de  la 
Maison  Ronge,  qui  est  déjà  un  monument,  con- 
struit au  milieu  du  XV'-  siècle,  mais  où  le 
voyageur  est  assuré  d'une  hospitalité  toute  mo- 
derne. 

.Le  lendemain  tous  les  membres  de  la  Gilde  se 
trouvaient  réunis  à  l'église  Saint-Gangolphe,  où 
conformément  aux  usages  de  la  société,  ils 
assistèrent  ensemble  à  la  messe  dite  à  l'intention 
de  tous  les  confrères  décèdes  et  vivants. 

Les  membres  de  la  Gilde  avaient  trois  jours  à 
consacrer  à  l'étude  des  monuments  de  Trêves,  à 
l'examen  de  ses  collections  et  musées.  Nous  ne 


les  suivrons  pas  dans  toutes  leurs  pérégrinations. 
La  ville  de  Trêves  est  assez  connue  par  tous  les 
archéologues,  comme  l'une  des  plus  anciennes  et 
plus  intéressantes  villes  de  ce  côté  des  Alpes, 
pour  qu'il  y  ait  lieu  de  refaire  l'inventaire  de  ses 
richesses.  On  sait  combien  celles-ci  sont  nombreu- 
ses dans  le  domaine  classique,  celui  qui  embrasse 
les  derniers  siècles  de  la  période  romaine.  Elles 
deviennent  plus  considérables  d'année  en  année, 
grâce  à  des  fouilles  nouvelles,  grâce  à  des  explo- 
rations faites  avec  autant  d'intelligence  que  de 
succès. 

Depuis  longtemps  on  connaissait  les  palais  des 
empereurs,  quoique  les  érudits  ne  fussent  pas 
toujours  d'accord  sur  la  destination  première  de 
ces  ruines  imposantes  et  qu'ils  y  aient  voulu  voir 
tour  à  tour,  un  théâtre,  le  capitole  des  Trévires, 
le  palais  du  sénat,  etc.;  on  connaissait  l'amphi- 
théâtre, dont  malheureusement  on  a  emporté, 
comme  matériaux  à  bâtir,  presque  tout  ce  qui 
restait  de  ces  constructions;  on  connaissait  la  ba- 
silique,/(Z/^r/rtA^?^;-rt  et  d'autres  restes  romains. 
Depuis  deux  ans,  on  a  découvert  les  bains  ro- 
mains, dont  les  fouilles  dirigées  avec  beaucoup  de 
science  par  le  docteur  Hettner,  conservateur  du 
Musée  provincial,  ont  fait  connaître  les  substruc- 
ctions  d'un  établissement  thermal  de  premier 
ordre,  dont  la  façade  nord  n'a  pas  moins  de  125 
mètres  de  longueur. 

Si  aucun  des  monuments  de  l'antiquité  romaine 
ne  fut  négligé  par  les  confrères  de  la  Gilde,  on 
comprend  cependant  que  c'est  surtout  sur  les  édi- 
fices chrétiens  et  leur  mobilier  que  se  concentra 
particulièrement  leur  étude.  A  l'aide  des  recher- 
ches entreprises  avec  autant  de  persévérance  que 
de  science  par  le  baron  Roisin  et  surtout  par  le 
chanoine  Wilmevsky,  on  chercha  à  débrouiller  les 
différentes  époques  et  les  styles  divers  qui  ont 
participé  à  la  construction  de  la  cathédrale,  pro- 
bablement dans  son  premier  noyau  l'église  chré- 
tienne la  plus  ancienne  de  ces  régions,  et  dans  son 
ensemble,  ses  cloîtres,  son  petit  musée  et  son  ma- 
gnifique trésor,  l'un  des  monuments  les  plus  inté- 
ressants et  les  plus  instructifs  que  l'archéologue 
puisse  visiter. —  Peu  de  villes  lui  offriront,  dans 
un  espace  aussi  restreint,  autant  d'objets  d'étude, 
que  l'agglomération  du  dôme,  des  bâtiments  qui 
l'entourent  et  des  cloîtres  qui  le  relient  à  l'incom- 


1-35.  —  ^^*^  Livraison. 


82 


iRctJUC   De   r^tt   chrétien. 


parable  église  de  Notre-Dame, l'un  des  plus  beaux 
monuments  de  la  période  ogivale  de  l'Allemagne 
et  qui,  par  certaines  dispositions,  par  sa  statuaire 
et  sa  remarquable  sculpture  ornementale  rappelle 
sous  bien  des  rapports  l'art  ogival  français. 
Aussi  les  membres  de  la  Gilde  y  revinrent-ils  à 
plusieurs  reprises,  et  toujours  avec  un  sentiment 
plus  vif  des  beautés  de  cet  édifice. 

On  visita  successivement  tous  les  monuments 
figurant  au  programme  de  l'excursion. 

L'une  des  matinées  dont  le  souvenir  restera  le 
plus  vivace  dans  la  mémoire  des  confrères  de  la 
Gilde,  fut  celle  consacrée  à  l'étude  du  trésor  de  la 
cathédrale.  On  sait  que  ce  trésor,  bien  qu'une 
partie  de  ses  richesses  aient  été  dispersées  à  la 
suite  du  transport  entrepris  pour  le  soustraire  aux 
armées  françaises,  en  1792,  est  encore  l'un  des 
plus  considérables  qu'il  y  ait  en  Allemagne. 
L'accès  n'en  est  pas  toujours  facile,  mais  grâce  à 
l'autorisation  du  dignitaire  du  chapitre  préposé 
à  la  conservation  de  ce  trésor,  les  plus  grandes 
facilités  furent  accordées  à  la  Gilde  pour  en  exa- 
miner les  différentes  pièces  aussi  remarquables 
que  nombreuses.  L'intérêt  de  cette  étude  était 
considérablement  rehaussé  par  les  explications  et 
les  observations  faites  tour  à  tour  par  M.  le  baron 
Béthune,  président  de  la  Gilde,  M.  le  chanoine 
Reusens,  M.  l'abbé  Czobor,  conservateur  du  musée 
de  Buda-Pesth.  M.  l'abbé  Schnutgen,  de  Cologne, 
avait  aussi  voulu  se  joindre  dans  cette  circonstance 
à  la  société,  et  ajouter  ses  savantes  remarques 
à  celles  des  érudits  de  la  Gilde.  Les  confrères 
eurent  ainsi  la  bonne  fortune  de  voir  successive- 
ment passer  sous  leurs  yeux  l'autel  portatif  de 
Saint-André  et  le  reliquaire  du  saint  Clou.  Deux 
pièces  du  X'=  siècle  appartenant  aux  premières 
œuvres  de  l'émaillerie  romaine  en  Occident,  — 
le  reliquaire  renfermant  les  chefs  de  saint  Mathias 
et  de  sainte  Hélène,  un  reliquaire  de  la  vraie 
Croix,  les  couvertures  d'évangéliaires  des  X^  et 
XII*^  siècles,  les  magnifiques  encensoirs  du  XIP 
siècle,  publiés  à  différentes  reprises, — entre  autres 
dans  les  Annales  archéologiques  de  DiJron  ;  —  les 
cros.ses  en  cuivre  doré  trouvées  dans  les  tombes 
des  archevêques  Egilbert  et  Bruno,  appartenant 
à  la  fin  du  XI<=  et  au  commencement  du  XII<^ 
siècle  ;  des  chandeliers  d'autel  de  la  même  période, 
des  ivoires  et  manuscrits  de  premier  ordre,  etc. 
Tout  cela  put    être  examiné  avec  le  jjIus  grand 


soin,  et,  comme  nous  venons  de  le  dire,  exhibé 
avec  des  éclaircissements  historiques  et  des  ensei- 
gnements pratiques  donnés  par  des  hommes  de 
première  compétence,  qui  doublèrent  le  charme 
et  l'utilité  de  cette  séance.  Au  surplus.  Trêves  est 
au  point  de  vue  de  l'orfèvrerie  religieuse  du 
moyen  âge,  une  ville  de  premier  ordre.  Au.x  mo. 
numents  du  trésor  du  dôme,  —  dont  un  certain 
nombre  ont  été  publiés  —  il  faut  ajouter  le  ma- 
gnifique reliquaire  de  la  vraie  Croi.x,  dont  la  reli- 
que apportée  de  Constantinople,  en  1207,  par  le 
chevalier  Henri  de  Ulmen,  fut  donnée  à  l'impor- 
tante abbaye  dcSaint-Mathias,  prèsdeTrèves. Son 
église  a  conservé  heureusement  la  relique  insigne 
et  le  chef-d'œuvre  qui  lui  sert  d'ostensoir.  Il  faut 
ajouter  encore  différentes  pièces  très  remarqua- 
bles de  l'église  Saint-Gangulphe,  dont  le  trésor 
est  pour  ainsi  dire  inconnu,  et  que  les  fureteurs 
de  la  Gilde  eurent  le  bonheur  de  découvrir,  et 
l'autel  portatif  de Saint-Willibrord  conservé  dans 
la  sacristie  de  l'église  Notre-Dame. 

Le  musée  provincial,  très  considérable,  surtout 
au  point  de  vue  lapidaire,  et  continuellement  en- 
richi par  les  fouilles  et  les  découvertes  quotidien- 
nes qui  se  font  dans  le  sol  historique  des  environs 
de  Trêves,  reçut  aussi  une  visite  aussi  détaillée 
que  le  permettait  le  temps  dont  on  pouvait  dispo- 
ser. —  La  riche  bibliothèque  de  la  ville  eut 
son  tour;  malheureusement  on  était  en  vacances, 
et  l'absence  du  bibliothécaire  empêcha  cette  visite 
d'être  aussi  fructueuse  et  aussi  intéressante  qu'elle 
aurait  pu  l'être.  Ajoutons  encore  que  l'examen 
qui  se  fait  par  des  corporations  aussi  nombreuses, 
de  monuments  qu'il  faut  pour  ainsi  dire  tenir  à  la 
main  pour  les  apprécier,  a  rarement  pour  le  tra- 
vailleur l'utilité  qu'il  désirerait  retirer  des  trésors 
vus  d'une  manière  fugitive.  Mais  au  moins  il  sait 
où  ils  se  trouvent,  et  le  désir  ou  la  nécessité  d'une 
étude  plus  approfondie  survenant, il  se  rappellera 
où  il  doit  les  rechercher. 

Les  trois  journées  se  passèrent  ainsi  trop  rapi- 
dement au  gré  des  excursionnistes,  à  explorer  les 
richesses  de  cette  ville  si  éminemment  historique, 
située  sur  les  rives  de  la  Moselle  et  où  les  beautés 
de  la  nature  rehaussent  encore  le  prestige  des 
monuments  et  les  souvenirs  de  l'histoire.  Au  mi- 
lieu du  jour,  un  joyeux  repas  pris  en  commun 
dans  les  vastes  salles  du  Katkolisckc Bitrger  veirin, 
restaurait   les   forces  des  archéologues,  après   les 


j^outicUcs    et   Mélanges, 


83 


courses  de  la  matinée  et  les  préparait  aux  fati- 
gues du  reste  de  la  journée.  De  gais  propos  et 
parfois  des  toasts  chaleureux  témoignaient,  dans 
toutes  ces  réunions,  de  l'entrain  des  convives.  Le 
soir,  toute  la  société  se  retrouvait  au  Martins-bad, 
vaste  établissement  situé  au  bord  de  la  Moselle, 
et  où  des  séances,  présidées  par  M.  le  baron 
Béthune,  se  prolongeaient  quelquefois  jusque 
assez  tard  dans  la  soirée.  Dans  ces  réunions,  l'un 
ou  l'autre  membre  prenait  la  parole  pour  résumer 
les  observations  faites  sur  les  monuments  visités 
au  cours  de  la  journée.  Chacun  apportait  le  résul- 
tat de  ses  impressions  et  de  ses  études,  dont  une 
discussion  amicale  faisait  ressortir  ou  contestait 
la  valeur.  A  la  suite  de  la  visite  du  trésor  de  la 
cathédrale,  oii  le  matin  on  avait  vu  plusieurs  mo- 
numents remontant  à  l'origine  de  l'émaillerie  en 
Allemagne,  M.  le  chanoine  Reusens  fit,  avec  des 
développements  étendus,  l'historique  de  l'émail- 
lerie en  y  ajoutant  des  explications  techniques 
sur  cet  art  dont  les  églises  de  Trêves  offrent  en- 
core des  monuments  si  remarquables.  M.  le  baron 
Béthune  et  M.  le  chanoine  Delvigne  entrèrent 
dans  des  considérations  étendues  sur  les  carac- 
tères de  l'architecture  des  édifices  de  Trêves.  Les 
membres  de  la  Gilde  se  préoccupèrent  naturel- 
lement aussi  des  causes  qui  pouvaient  avoir 
amené  le  maître  constructeur  de  l'église  de  Notre- 
Dame,  à  donner  un  plan  circulaire  à  ce  remar- 
quable édifice.,  Ya-t-il  été  amené  par  la  forme 
généralement  ronde  des  anciens  baptistères  qui 
d'ordinaire  se  trouvaient,comme  l'église  de  Notre- 
Dame,  dans  le  voisinage  immédiat  des  cathé- 
drales? Le  terrain  peu  étendu  qu'il  avait  à  sa  dis- 


position, l'a-t-il  amené  à  adopter  cette  forme  peu 
ordinaire  dans  les  églises  de  la  période  ogivale  ? 
Est-elle  une  imitation  plus  ou  moins  directe  de 
l'église  de  Braisne,  près  de  Soissons,  comme  le 
prétendent  quelques-uns?  Ne  faut-il  voir,  au  con- 
traire, dans  l'église  Notre-Dame,  qu'une  église 
orientale  par  son  plan, comme  le  croyaient  Didron 
et  Félix  de  Vuneille,  une  filiation  d'Aix-la-Cha- 
pelle et  une  sœur  de  Saint-Giréon  de  Cologne  ? 
—  Ces  différentes  hypothèses  furent  examinées 
sans  qu'aucune  d'elles  parut  donner  la  solution 
du  problème  posé. 

Plusieurs  notables  de  Trêves,  des  savants  et 
dignitaires  de  l'église  voulurent  bien  assister  aux 
réunions  de  la  Gilde,  pendant  son  séjour  à  Trêves. 
M.  le  professeur  Scrot,  le  R.  M.  Claesen,  curé- 
doyen  à  Echternach,  M.  l'abbé  Schmitgen,  M. 
Pateiger,  honorèrent  les  séances  de  leur  présence. 
Le  bureau  de  la  Gilde  ne  voulut  pas  quitter  Trê- 
ves, sans  avoir  présenté  ses  devoirs  au  chef  vénéré 
du  diocèse,  Mgr  Korum,  dont  l'accueil  gracieux 
et  les  sentiments  hautement  sympathiques  pour 
l'œuvre  de  la  Gilde,  laissa  une  profonde  impres- 
sion à  tous  ceux  qui  prirent  part  à  cette  entrevue. 

Enfin  il  fallait  quitter  Trêves,  ses  aimables  ha- 
bitants et  ses  monuments  célèbres.  Les  confrères 
se  séparèrent,  les  uns  pour  reprendre  le  chemin 
du  Luxembourg  et  de  la  Belgique,  les  autres  pour 
descendre  les  bords  de  la  Moselle  et  du  Rhin, 
heureux  tous  des  journées  passées  ensemble  et  se 
promettant  d'en  renouveler,  l'année  1885,  les  ex- 
cellentes impressions,  —  cette  fois  sur  les  bords 
de  la  Meuse,  suivant  le  projet  d'excursion. adopté 
en  assemblée  générale.  X. 


Société  des  antiquaires  de  France.  —  La 
majeure  partie  des  notices  du  tome  XLIV  se 
rapporte  à  l'archéologie  chrétienne. 

—  M.  G.  Schicmberger  s'occupe  des  types  de 
la  Vierge,  du  Christ  et  des  saints  figurés  sur  les 
sceaux  de  plomb  byzantins,  des  X<=,  XI<=  et  XII'= 
siècles.  Le  buste  nimbé  et  voilé  de  la  Panagia, 
entre  les  deux  sigles  MHP  0OY  se  voit  sur  la 
moitié  au  moins  des  sceaux  retrouvés  jusqu'ici. 
Tantôt  elle  est  représentée  dans  l'attitude  d'une 
orantc,  tantôt  elle  presse  contre  sa  poitrine  le 
médaillon  du  Christ,  tantôt  elle  porte  le  divin  En- 
fant sur  le  bras  droit  ou  sur  le  bras  gauche. Ces  di- 
verses attitudes  doivent  correspondre  aux  types 
de  madones,  peintes  ou  sculptées,  jadis  en  grande 
vénération  chez  les  Grecs.  Le  buste  du  Rédemp- 
teur, portant  le  nimbe  crucifère  ou  simplement 
adossé  à  la  croi.K, apparaît  sur  un  certain  nombre 
de  bulles.  Beaucoup  plus  rarement,  le  Christ  est 
représenté  bénissant,  assis  sur  un  trône.  Les  saints 
dont  les  effigies  sont  le  plus  fréquemment  repro- 
duites sont  S.  Démétrius,  S.  Georges,  S.  Nicolas, 
S.  Théodore  Tyron  et  S.  Théodore  Stratilate. 
L'évêque  de  Myra,  le  favori  de  la  sphragistique 
byzantine,porte  les  évangiles  de  la  main  gauche  et 
bénit  de  la  droite.  L'archange  S.  Michel,  la  tête 
diadémée,  tient  de  la  main  droite  le  globe  cruci- 
gère,  et  de  la  gauche,  le  sceptre  à  triple  fleuron, 
très  rarement  remplacé  par  l'épée  flamboyante. 
Presque  toujours  la  légende  gravée  sur  un  sceau 
byzantin  est  une  invocation  à  la  Vierge  ou  au 
Christ.  Quand  la  Tlieotokos  n'est  point  qualifiée 
par  le  nom  spécial  qu'elle  portait  dans  un  sanc- 
tuaire vénéré,  on  lui  donne  l'épitiiète  de  toute 
sainte.  Mère,  du  Verbe,  souveraine,  toute  pure, 
vierge,  princesse,  toute  complaisante,  etc. 

—  Les  Icônes  historiaruin  Veteris  Testanienti 
souvent  rééditées  au  XV1<^  siècle,  sont  célèbres 
par  les  planches  gravées  sur  bois,  d'après  Hans 
Holbcin,  par  Virgile  Solis,  et  probablement,  par 
Hans  Lutzelburger.  M.  G.  Duplessis  donne  un 
essai  bibliographique  sur  les  différentes  éditions 
parues  de  1538a  1551  et  prend  soin  de  noter  les 
planches  dont  le  dessin  n'appartient  pasà  Holbein. 

—  A  la  cathédrale  de  Nantes,  dans  la  chapelle 
Saint-Clair,  des  boiseries  cachent  le  tombeau 
de  Guillaume  Guéguen,  mort  en  1506  et  dont 
Michel  Colombe  a  exécuté  la  statue  funéraire. 
M.  Palustre,  voulant  examiner  cette  œuvre  d'art, 
a  pu  obtenir  l'enlèvement  temporaire  des  boise- 
ries. Il  a  constaté  que  la  figure  duc  au  ciseau  de 


Colombe,  brisée  en  1793,  a  été  remplacée  par  un 
autre  marbre,  du  XV'-'  siècle,  dont  il  est  impos- 
sible de  déterminer  la  provenance. 

—  Nous  citerons  encore  dans  le  même  volume, 
une  étude  de  M.  A.  de  Barthélémy  sur  une  vie 
inédite  de  S.  Tudual,  attribuée  au  Vl*-'  siècle  ;  — 
des  notes  d'un  voyage  en  Corse,  par  M.  Lafaye  ; 
—  une  notice  de  M.  Pol  Nicard  sur  la  vie  et  les 
travaux  de  M.  Ferdinand  de  Lasteyrie  ;  —  et  des 
documents,  que  nous  avons  déjà  signales,  fixant 
la  date  de  la  construction  des  cathédrales  d'Em- 
brun et  de  Gap. 

A  cette  revue  rétrospective  ajoutons  quelques 
détails  sur  les  récentes  séances  : 

Dans  la  séance  du  16 juillet  dernier.  —  AL  de 
Goy  a  fait  une  communication  sur  des  objets  de 
bronze  provenant  d'un  atelier  de  fondeur  gaulois 
à   Neuvy-sur-Barangeon. 

M.  de  Lasteyrie  a  communiqué  un  calendrier 
portatif  latin,  du  commencement  du  XIV"^'  siècle 
et  provenant  du  Midi  de  la  France.  Il  signale 
l'e.xistcnce  de  plusieurs  calendriers  analogues.  Le 
musée  du  Louvre  et  de  la  Bibliothèque  Nationale 
en  possèdent  chacun  un.  Tous  dérivent  d'un  type 
unique  composé  à  la  fin  du  XIII"^  siècle,  par  le 
computiste  Pierre  de  Dacie. 

Dans  les  séances  des  2j  et  jo  juillet.  —  M.  Eug. 
MUntz  a  communiqué  la  première  partie  d'un  tra- 
vail intitulé  :  Jacopo  Bellini,  ses  études  d'après 
Pantique,  so'i  influence  sur  Mantegna,  d'après  des 
documents  inédits. 

M.  Héron  de  Villefosse  dit,  à  ce  propos,  qu'un 
recueil  de  dessins  de  ce  maître  vient  d'être  acquis 
par  le  musée  du  Louvre,  grâce  à  l'intervention  de 
M.  Courajod;  il  entretient  la  Société  des  inscrip- 
tions antiques  reproduites  dans  ce  recueil. 

M.  Courajod  communique,  en  les  accompa- 
gnant de  commentaires,  les  photographies  de 
plusieurs  dessins  de  Jacopo  Bellini,  qu'il  a  fait 
exécuter  pendant  que  ce  recueil  était  entre  ses 
mains. 

M.  Duplessis  lit  un  mémoire  sur  quelques  gra- 
vures de  Martin  Schoen. 

M.  Courajod  lit  un  mémoire  sur  un  projet  de 
formation,  au  Louvre,  d'une  collection  complète 
de  .sculptures  originales  de  l'École  française.  Il 
entretient  la  Société  des  monuments  qu'il  a  déjà 
réunis  dans  ce  but  et  qui  proviennent  tant  des 
salles    du    Louvre  que  des  chantiers  de    Saint- 


Cratiatir   Des    Sociétés    satiantcs. 


85 


Denis,  et  des  palais  de  Versailles,  Fontainebleau 
et  Compiègne. 

M.  G?idoz  donne  des  détails  sur  la  présence 
des  roues  de  fortune  dans  les  églises  du  moyen 
âge  et  dans  les  temps  modernes. 

M.  de  Lasteyrie  met  sous  les  yeux  de  la  So- 
ciété une  inscription  chrétienne  du  VIi^  ou  duVII<= 
siècle,  découverte  récemment  par  l'abbé  Hamard 
à  Hermès  (Oise). 

M.  Mowat  communique  l'estampage  d'une 
inscription  du  moyen  âge  trouvée  à  Amiens  par 
M.  Cagnat.  C'est  une  inscription  chrétienne  de 
basse  époque. 

En  séance  du  j  septembre.  —  M.  Eugène  Mùntz 
continue  la  lecture  de  son  travail  sur  le  Palais 
de  Sorgues  (1319-139S),  près  d'Avignon,  travail 
dont  la  première  partie  avait  été  communiquée  à 
la  Société  en  1879.  Il  fait  connaître  les  noms  des 
artistes  presque  tous  français  employés  à  la  dé- 
coration de  ce  monument. 

M.Muntz  communique  en  outre  des  photogra- 
phies qu'il  vient  de  faire  exécuter  d'après  les  fres- 
ques, toutes  encore  inédites,  du  Palais  des  Papes 
à  Avignon,  de  la  cathédrale  de  Notre-Dame-des- 
Doms  et  de  la  Chartreuse  de  Villeneuve. 

Société  de  l'histoire  de  Paris.  —  M.  Vac- 
quer  signale  les  découvertes  faites,  rue  Galande, 
à  Paris,  à  l'occasion  de  l'ouverture  d'une  tran- 
chée d'égoût.  On  y  a  rencontré  des  substructions 
de  l'époque  romaine  et  recueilli  une  trentaine  de 
sarcophages  en  plâtre  et  pierre  blanche,  méro- 
vingiens et  carolingiens. 

• —  M.  J.  Guiffrey  donne  une  notice  sur  les 
grands  relieurs  parisiens  du  XVI II<^  siècle,  Boyet, 
Padeloup,  Derôme.  M.  Jal,  dans  son  Dictionnaire 
critique, -àxTsAX.  déjà  donné  des  renseignements  bio- 
graphiques sur  ces  artistes  si  appréciés  des  bi- 
bliophiles. M.  Guiffrey  a  pu  compléter  ces  indi- 
cations en  fouillant  des  coins  encore  inexplorés 
des  Archives  nationales.  C'est  dans  les  liasses 
des  Commissaires  au  Châtelet,  où  se  trouvent 
plus  de  5000  articles,  qu'il  a  découvert  ces  docu- 
ments. Ceux  qu'il  publie  sont  tous  de  même 
nature.  Après  la  mort  du  relieur,  le  Commissaire 
du  Châtelet  vient  apposer  les  scellés  sur  les  coffres 
et  effets  trouvés  dans  l'appartement  du  défunt  ; 
un  inventaire  détaillé  est  dressé  plus  tard  par  le 
notaire  de  la  famille.  Ces  divers  actes  ont  cet 
avantage  de  nous  faire  pénétrer  dans  l'intérieur 
du  défunt,  au  moment  même  de  son  décès,  de 
fournir  des  renseignements  certains  sur  la  date 
précise  de  sa  mort,  sur  sa  demeure,  sa  famille,  sa 
fortune,  ses  créanciers  et  ses  clients. 

Société  de  l'histoire  de  France.  —  Cette 
importante  association,  fondée  par  MM.  Guizot, 


Thierry,  de  Barantc,  Thiers,  Mignet,  etc.,  a  célé- 
bré cette  année  le  cinquantième  anniversaire  de 
son  existence  ;  à  cette  occasion,  M.  le  duc  de 
Broglie  a  prononcé  un  discours  dont  nous  ex- 
trayons les  passages  suivants  : 

«.  Je  ne  crois  pas  qu'on  puisse  rendre  un  meilleur  ser- 
vice de  nos  jours  à  l'esprit  public,  à  tous  ceux  même  d'en- 
tre nous  qui,  engagés  dans  la  vie  active,  ont  le  moins  de 
temps  à  donner  à  l'étude,  que  de  nous  apprendre  à  bien 
connaître  et  surtout  à  apprécier  ^impartialement  notre 
histoire. 

«  Nous  vivons  dans  un  temps,  vous  le  savez,  où  l'esprit 
de  parti  s'empare  de  tout  (et  quand  je  dis  l'esprit  de  parti, 
je  dis  l'esprit  de  tous  les  partis,  aussi  bien  de  ceux  que  j'ai 
pu  combattre,  que  de  ceux  dans  les  rangs  desquels  j'ai  pu 
figurer)  ;  mais  je  ne  crois  pas  qu'il  y  ait  un  sujet  sur  lequel 
l'esprit  de  parti  se  donne  plus  librement  et  plus  aveuglé- 
ment carriùre,  que  dans  la  manière  de  raconter  et  surtout 
d'apprécier  l'histoire  de  Fi-ance. 

«  Nous  faisons  tous,  plus  ou  moins,  une  histoire  de 
France  à  notre  fantaisie  pour  servir  nos  passions  du  jour. 
L'histoire  de  France  est  un  champ  clos,  où  en  sortant  des 
luttes  de  la  presse  et  delà  tribune,  nous  voulons  retrouver 
nos  adversaires  de  la  veille,  pour  les  combattre  sous  les 
traits  des  hommes  d'autrefois.  C'est  un  arsenal  où  nous 
cherchons  de  vieilles  armes  pour  servir  nos  haines  et  nos 
inimitiés  présentes.  C'est  le  fonds  inépuisable  où  nous 
venons  chercher  le  thème  de  nos  récriminations  contre 
telle  ou  telle  classe,  telle  ou  telle  institution  qui  nous 
déplaît  ou  qui  nous  gêne.  Tous,  plus  ou  moins,  nous  avons 
une  tendance  à  faire  de  l'histoire  un  instrument  de  parti. 

«  Vous  savez  même  jusqu'où  cette  tendance  peut  pousser 
quelques-uns  de  nos  prétendus  historiens.  On  va  jusqu'à 
limiter  arbitrairement  le  champ  même  de  cette  histoire, 
jusqu'à  fixer  une  date  de  fantaisie  à  l'origine  ou  à  la  fin  de 
notre  existence  nationale.  Pour  ceux-ci  il  n'y  a  pas  eu  de 
France  avant  une  certaine  date,  et  même  une  date  très 
récente.  Avant  cette  époque  qu'on  glorifie  aux  dépens  de 
tout  ce  qui  l'a  précédée,  il  n'y  a  pas  de  France,  elle  n'exis- 
tait pas  à  vrai  dire,  car  elle  ne  formait  pas  une  nation, 
puisqu'on  n'y  connaissait  pas  le  sentiment  ni  même  le  nom 
de  la  patrie.  Pour  d'autres,  à  la  vérité,  cette  même  date  a 
été  la  fin,  la  mort  de  la  France,  le  jour  où  elle  est  tombée 
dans  une  irrémédiable  décadence. 

«  Vous  ne  partagez.  Messieurs,  aucune  de  ces  exagéra- 
tions opposées,  et,  par  la  sage  distribution  de  vos  études, 
vous  y  faites,  sans  avoir  même  besoin  de  les  réfuter,  la 
meilleure  des  réponses.  Le  soin  même  que  vous  mettez  à 
recueillir  et  à  mettre  en  lumière  tous  les  monuments  du 
passé,  dit  assez  ce  que  vous  pensez  des  sottes  invectives  et 
des  déclamations  qu'on  se  plaît  à  entasser  contre  ce  passé 
de  la  France  qui  a  fait  sa  grandeur  et  sa  place  dans  le 
monde.  Vous  savez  montrer  par  votre  exemple  que  le 
respect  du  passé  est  un  devoir  dont  une  nation  ne  peut 
s'affranchir  impunément,  et  qui  n'est  au  fond  que  le  res- 
pect de  soi-même  et  de  sa  propre  dignité.  On  n'a  pas  le 
droit  de  répudier  le  sang  dont  on  est  sorti.  Une  nation 
qui  prend  plaisir  à  calomnier  et  à  déshonorer  ses  aïeux  se 
calomnie  et  se  déshonore  elle-même.  Le  respect  du  passé, 
chez  un  peuple,  est  aussi,  vous  le  savez,  une  des  meilleures 
garanties  de  sa  durée  et  de  sa  prospérité  à  venir,  car  il  y 
a,  pour  les  peuples  comme  pour  les  hommes,  une  piété 
filiale  à  qui  l'Esprit-Saint  a  promis  les  bénédictions  de  ce 
monde,  et  c'est  à  eux  aussi  qu'il  a  été  dit  : 

Tes  père  et  mère  honoreras, 
Atin  de  vivre  longuement. 

«  Mais,  vous  savez  aussi.  Messieurs,  que  ce  tableau  du 
passé  de  la  France,  auquel  vous  apportez  tant  de  soin, 
n'aurait  ni  sa  signification  élevée  ni  sa  grandeur  véritable. 


86 


ïRciîue  De  rart  cbrctien. 


s'il  ne  servait  h  faire  voir  par  quel  progrès  lent  et  continu, 
poursuivi  sous  l'égide  de  la  grande  institution  royale  qui 
n'a  cessé  d'y  présider,  nous  sommes  arrivés  à  la  jouis- 
sance des  biens  que  nous  apprécions  le  plus  aujourd'hui  : 
la  formation  de  cette  forte  unité  territoriale  qu'aucune  mu- 
tilation ne  peut  détruire,  de  ce  puissant  sentiment  d'unité 
nationale  qui  n'éclate  jamais  mieux  qu'aux  jours  de  nos 
malheurs  et  des  grandes  crises,  et  enfin  l'élévation  gra- 
duelle de  toutes  les  classes  vers  l'égalité  sociale. 

«  C'est  ainsi,  Messieurs,  que  vos  études  nous  apprennent 
à  concilier,  avec  le  respect  du  passé,  la  juste  appréciation 
du  présent  et  l'espoir  persévérant  dans  l'avenir.  Permettez- 
moi  de  vous  féliciter  de  cette  œuvre  patriotique  et  de  vous 
en  remercier  avec  d'autant  plus  de  liberté  que  j'y  ai 
moins  contribué.  » 

Société  académique  de  Saint-Quentin.  — 
M.  Pierre  Benard,  dans  une  étude  sur  la  basilique 
de  Saint-Quentin,  insiste  avec  raison  sur  le 
procédé  fondamental  d'appareillage  des  pierres, 
qui  aétéappliqué.à  très  peu  d'exceptions  près, pen- 
dant toute  la  période  ogivale.et  qu'il  est  nécessaire 
de  connaître,  pour  s'expliquer  comment,  sur  cer- 
tains points,  la  pierre  a  pu  être  refouillée  et 
évidée  dans  des  conditions  qui  semblent  irréali- 
sables avec  nos  procédés  actuels. 

«  Tout  le  monde  sait  qu'aujourd'hui,  dit-il,  la 
construction  complète  d'une  maçonnerie  en  pier- 
res se  compose  de  deux  périodes  ;  d'abord  les 
maçons  posent  successivement,  assise  par  assise, 
les  pierres  auxquelles  une  taille  préparatoire  a 
donné  un  premier  dégrossissement; puis,  lorsqu'ils 
ont  posé  le  couronnement,  arrivent  les  tailleurs 
de  pierrequi  dressentdéfinitivementles  surfaces  et 
dégagent  les  moulures,  en  même  temps  que  les 
sculpteurs  refouillent  les  ornements  et  les  figures. 
Eh  bien,  au  moyen  âge,  le  travail  des  tailleurs  de 
pierre  et  des  sculpteurs,  au  lieu  de  s'effectuer 
après  la  construction  des  murs,  se  faisait  avant. 
Chaque  pierre,  quelle  que  fût  sa  destination  et 
sa  place,  dans  un  mur,  dans  une  colonne,  dans  une 
rosace,  bas-reliefs,  chapiteaux,  consoles,  clefs, 
culs-de-lampe,  statues,  balustrades,  chaque  pierre, 
dis-je,  était  taillée,  ravallée, moulurée, sculptée,  et 
entièrement  confectionnée  au  chantier,  quelque- 
fois loin  du  bâtiment  en  construction,  avant  d'être 
amenée  à  pied  d'œuvre,  et  mise  à  saplace  défini- 
tive ;  une  fois  posée,  on  n'y  touchait  plus  :  c'était 
fini.  Les  avantages  de  cette  méthode  sont  faciles 
à  saisir  ;  le  tailleur  de  pierre  et  le  sculpteur  sont, 
pour  travailler,  infiniment  plus  à  leur  aise  dans 
leur  chantier  que  sur  l'échafaudage  ;  ils  peuvent 
circuler  autour  de  leur  bloc,  le  manœuvrer,  le 
tourner  dans  le  sens  le  plus  commode  ;  comment, 
par  exemple,  aller  sur  place,  après  la  pose, profiler 
les  moulures  des  rosaces,  tailler  circulairement 
leurs  lobes,  évider  leurs  dentelures,  perforer  leurs 
ajours,  sans  s'exposer  à  rompre  certains  membres, 
et  à  ébranler  tout  le  réseau  et  les  meneaux  qui 
le  portent  ?  On  remarque  même  parfois  des 
moulures  si  profondément  dégorgées  qu'il  serait 


impossible  à  l'outil  d'atteindre  tous  les  points  de 
leurs  rcfouillements,  si  l'ouvrier  ne  pouvait  l'intro- 
duire par  le  lit  de  pose.  Un  autre  avantage,  c'est 
d'obliger  l'appareilleur  à  prévoir  tous  les  joints 
d'avance,  et  le  sculpteur  à  étudier  ses  motifs 
d'ornement, de  façon  à  ce  que  chaque  pierre  forme 
un  sujet  complet;  aussi  n'y  trouve-t-on  jamais  ces 
joints  malheureu.x  qui  passent  au  travers  des  com- 
positions sculptées  ;  ajoutons  que  les  frises  et  les 
archivoltes  ornées  y  produisent  leur  maximum 
d'effet  par  la  netteté  avec  laquelle  les  motifs  se 
détachent,  à  cause  des  repos  forcés  qui  les  sépa- 
rent, et  qui  sont  déterminés  par  les  joints.  Un 
dernier  avantage  était  de  permettre  l'exécution 
des  travaux  avec  une  rapidité  tellement  grande, 
qu'il  nous  est  impossible  aujourd'hui,  avec  toutes 
nos  ressources  mécaniques,  d'en  approcher.  » 

Société  Éduenne.  —  M.  Bulliot  continue  à 
rendre  compte  des  célèbres  fouilles  du  Mont- 
Beuvray. 

—  M.  Roidot  a  rendu  coinpte  d'un  mémoire 
sur  les  antiquités  d'Autun  que  M.  Bunnet  Lewis 
a  publié  dans  T/ie  arcliœological  Journal.  L'anti- 
quaire anglais  s'y  occupe  de  la  célèbre  inscription 
gréco-chrétienne  du  Musée  d'Autun,  découverte 
en  1839  a  Saint-Pierre  de  Lestricr.  On  n'est  point 
d'accord  sur  l'âge  de  ce  monument.  Le  cardinal 
Pitra  l'a  attribué  à  la  fin  du  deuxième  siècle, 
ainsi  que  M.  VVharton  Booth  Marriot.  MM.  Ros- 
signol et  Kirchoff  ne  le  font  remonter  qu'à  une 
époque  de  décadence,  en  raison  des  fautes  de 
syntaxe  et  de  prosodie  de  l'inscription  et  d'après 
la  forme  cursive  des  caractères.  M.B.Lewis  partage 
leur  sentiment.  Mais,  comme  le  fait  justement 
observer  M.  Roidot,  dans  quel  lieu  et  à  quelle 
époque  la  décadence  commence-t-elle  ?  Les  <^allo- 
Romains  écrivaient-ils  la  langue  d'Homère  dans 
sa  pureté  classique?  est-ce  dans  des  inscriptions 
funéraires  qu'il  faut  chercher  des  modèles  de 
correction  absolue,  surtout  quand  elles  sont 
rédigées  dans  une  langue  étrangère  .'  La  même 
réponse  peut  être  opposée  à  l'argument  tiré  de 
la  forme  irrégulière  des  caractères.  Qu'en 
conclure?  sinon  que  les  Gallo- Romains  parlaient 
un  grec  médiocre  et  l'écrivaient  médiocrement. 
Nous  nous  associons  au.x  judicieuses  obser- 
vations de  M.  Roidot,  et  nous  croyons,  avec  le 
cardinal  Pitra,  le  P.  Secchi,  MM.  Borret,  Leemans, 
Franz  et  Marriot  que  cette  épitaphe  doit  reinon- 
ter  au  second  siècle.  Ajoutons  toutefois  qu'il  est 
fort  possible,  comme  le  conjecture  M.  de  Rossi, 
que  la  pierre  primitive  ait  été  brisée  par  les 
païens,  et  qu'elle  ait  été  gravée  à  nouveau  et 
remise   en  place  au  IV*-"  siècle. 

—  Le  tome  IX  des  Mémoires  de  la  socictc 
Éduenne  contient  encore  d'importants  travaux 
historiques   et    archéologiques,     parmi     !esc|uels 


Crauaur   Des   «èocictés   savantes. 


87 


nous  nous  bornerons  à  citer  une  Notice  sur 
Santeuay  (Côte  d'Or)  par  M.  H.  De  Longuy,  et 
XÉpigrapkie   aiitunoise,  par  M.  H.  De  Fontenay. 

Société  des  sciences,  belles-lettres  et  arts 
de  Tarn  et  Garonne.  —  Le  tome  IX  de  ses 
Mémoires  ne  contient  que  des  travaux  purement 
littéraires,  sauf  un  rapport  de  M.  Edmont  Gala- 
bert  sur  les  congrès  des  sociétés  savantes  à  la 
Sorbonne.  La  Revue  de  Part  chrctieii  a  souvent 
plaidé  la  cause  de  la  décentralisation  littéraire; 
il  est  juste  de  donner  la  parole  à  une  opinion, 
non  pas  contraire,  mais  un  peu  différente. 

«  Le  choix  des  lectures,  dit  M.  Galabert,  est  laissé, 
comme  par  le  passé,  à  l'initiative  des  Sociétés  ou  des 
délégués,  mais  le  Ministère  propose  maintenant  chaque 
année  aux  Sociétés  savantes  l'étude  d'un  certain  nombre 
de  questions,  qui  sont  ensuite  discutées  dans  les  sections. 
Cette  innovation  a  été  critiquée  et  elle  est  trop  récente 
pour  que  son  application  ne  soit  pas  encore  un  peu 
défectueuse.  Elle  n'en  est  pas  moins  excellente.  Elle  met 
en  contact  les  savants  de  province  avec  ceux  de  Paris, 
elle  les  fait  travailler  en  commun  et  elle  servira  à  déter- 
miner exactement  le  rôle  qui  convient  plus  pirticulière- 
nent  à  chacun  d'eux.  Déjà  même,  en  suivant  attentivement 
la  discussion  on  se  rend  compte  de  ce  qui  manque  aux 
savants  de  province  pour  traiter  de  vastes  sujets,  proposer 
des  théories,  faire  des  essais  de  généralisation.  Ils  n'ont 
point  assez  d'étendue  dans  le  savoir  et  surtout  assez  de 
réserve.  L'esprit  critique  leur  fait  défaut.  Les  exceptions 
qu'on  signalerait  n'infirmeraient  point  la  règle.  Peut-être 
même  la  contirmeraient-elles  et  s'apercevrait-on  que  ces 
savants,  bien  qu'habitant  la  province,  se  rattachent  au 
mouvement  parisien  par  des  voyages,  des  lectures,  des 
correspondances  et  des  relations  particulières.  C'est  que 
la  supériorité  scientifique  et  artistique  de  Paris  est 
indéniable.  Qu'on  juge  ou  non  cette  centralisation  ex- 
cessive, on  sera  longtemps  encore  obligé  de  la  subir. 
11  convient  dès  lors  de  n'en  pas  méconnaître  les  avantages. 
Les  savants  parisiens,  mieux  placés  pour  ébaucher  des 
vues  d'ensemble  ou  se  livrer  à  des  essais  de  synthèse, 
se  défient  néanmoins  des  conclusions  hâtives  et  deman- 
dent des  faits  et  rien  que  des  faits.  Leurs  confrères  de 
province  devraient  s'attacher  principalement  à  en 
recueillir.  La  province  est  peu  ou  mal  connue  ;  il 
appartient  aux  diverses  Sociétés  savantes  de  l'étudier. 
Les  travaux  qui  leur  conviennent  le  mieux  sont  ceux 
qui  concernent  plus  particulièrement  leur  région.  Voilà 
le  champ  vraiment  réservé  à  l'activité  des  savants  de 
province,  et,  s'ils  savent  s'y  maintenir,  leurs  efforts  ne 
seront  pas  infructueux.  On  objectera  peut-être  que  ce 
genre  de  recherches  s'exerce  dans  des  limites  trop  étroites 
pour  intéresser  un  grand  nombre  de  personnes.  Là  est 
justement  l'erreur. 

«  L'étude  scientifique  d'une  contrée  ne  se  borne  pas 
seulement  à  celle  du  sol,  du  climat,  de  \.\  flore  et  de  la 
faune  ;  elle  comprend  aussi  l'économie  politique  et 
rurale,  l'archéologie,  l'histoire,  les  institutions,  les  cou- 
tumes, les  moeurs,  les  croyances,  les  traditions,  les 
légendes,  les  superstitions,  les  dialectes,  l'inventaire  des 
musées,  des  archives  et  des  collections.  C'est  dans  cette 
voie  que  le  Ministre  de  l'Instruction  publique  et  le 
Comité  des  Sociétés  savantes  cherchent  à  pousser  les 
Sociétés  de  province.  Les  résultats  de  cette  enquête 
centralisés  à  Paris,  seraient  mis  à  la  disposition  des 
savants  les  plus  éminents  et  une  étude,  à  la  fois  neuve 
et  complète  de  la  France  sortirait  un  jour  de  cette 
collaboration.  On  voit  donc  que  même  en  laissant  décote 


les  raisons  exposées  plus  haut  et  tirées  des  difficultés 
que  chacun  rencontre  en  voulant  sortir  de  son  domaine, 
on  en  trouve  d'autres  très  sérieuses  qui  imposent  aux 
savants  de  province  le  devoir  de  se  consacrer  à  cette 
tâche.  Le  Comité  des  Sociétés  savantes  réclame  leur 
concours  pour  l'accomplissement  d'une  œuvre  nationale, 
qui  profitera  également  à  la  science  générale.  » 

Société  historique  et  archéologique  du 
Maine.  —  M.  André  Joubert  raconte  l'histoire 
du  château  seigneurial  de  Saint-Laurent  des 
Mortiers,  détruit  par  les  Anglais  en  1427  et 
aujourd'hui  complètement  disparu.  L'auteur  a 
retrouvé  dans  les  archives  communales  de  Saint- 
Laurent  un  plan  du  château  fait  en  181 3  d'après 
les  ruines  qui  existaient  encore.  S'il  faut  s'en  rap- 
porter à  la  figure  bizarre  que  M.  Joubert  inter- 
cale dans  son  travail,  ce  château  aurait  été 
composé  d'une  enceinte  octogonale  flanquée  de 
huit  tours  rondes.  Au  centre  se  trouvait  le  don- 
jon qui  était  relié  à  l'enceinte  par  des  pans  de 
murailles  correspondants  à  chaque  tour. 

Commission  des  antiquités  et  des  arts  de 
Seine  et  Oise.  —  Dans  son  dernier  fascicule,  se 
trouve  un  inventaire  de  l'église  de  Notre-Dame 
de  Mantes  par  MM.  Durand  et  Grave.  Cette 
charmante  église  est  ogivale,  mais  romane  par 
son  plan  et  par  certains  détails  de  son  ornemen- 
tation. Tout  l'édifice  a  été  bâti  d'un  seul  jet  de- 
puis l'abside  jusqu'à  la  façade,  mais  elle  n'a 
d'abord  été  élevée  que  jusqu'à  la  hauteur  du 
premier  bandeau.  Toute  la  partie  supérieure  date 
des  premières  années  du  règne  de  saint  Louis. 
Eudes  de  Montreuil  a  su  habilement  raccorder  à 
l'église  commencée  par  Philippe-Auguste  l'église 
de  Blanche  de  Castille  et  de  saint  Louis.  La 
construction  du  triforium  est  peut-être  unique  et  il 
n'a  d'analogue  que  celui  deSaint-Remi  de  Reims. 
Les  voûtes  de  ce  triforiuin,  en  berceau  ogival, 
perpendiculaires  au  grand  axe  de  l'église,  repo- 
sent sur  de  larges  linteaux,  soulagés  par  de  ro- 
.bustes  colonnes.  Les  chapelles  de  l'abside  n'ont 
été  construites  qu'au  XI  V«  siècle,  à  l'exception 
de  celle  de  la  Vierge,  bâtie  en  1246. 

On  a  eu  tort  de  répéter  que  le  portail  de  Mantes 
avait  été  copié  sur  celui  de  Notre-Dame  de 
Paris,  car  les  parties  anciennes  de  Mantes  sont 
antérieures  à  la  métropole  de  Paris.  Parmi  les 
sculptures  de  la  façade,  on  remarque  les  funé- 
railles de  la  Vierge,  la  résurrection  du  Sauveur, 
la  résurrection  des  morts  et  beaucoup  de  figures 
de  mart)-rs  Le  vitrail  de  la  grande  rose,  datant 
du  XlIP"  siècle,  représente,  en  \ingt-quatre  scè- 
nes, le  jugement  dernier.  C'est  à  la  même  époque 
que  remontent  la  sacristie  et  l'ancienne  salle  du 
chapitre  qui  la  surmonte  et  qui  sert  aujourd'hui 
de  garde-meuble.  Le  plus  précieux  objet  du  mo- 
bilier de  Mantes  est  un  beau  tapis  persan,  offrant 


88 


IRctJue    ne    rart    cbréticn. 


des  motifs  de  chasse,  des  arbres,  des  oiseaux, 
des  lions,  des  panthères,  des  gazelles.  M.  de 
Caumont  attribuait  ce  tapis  au  XI V^  siècle: 
MM.  Durand  et  Grave  le  croient  un  peu  moins 
ancien. 

Société  littéraire,  liislorique  et  archéolo- 
gique de  Lyon.  —  Dans  la  siance  du  j  mars 
i88^.  —  M.  Georges  lit  quelques  passages  de  son 
étude  sur  l'architecture,  travail  qui  a  mérité  à 
son  auteur  un  prix  de  l'institut. 

Séance  du  iç  mars  i88^.  —  M.  le  comte  de 
Charpin  Feugerolles  communique  un  document 
du  commencement  du  XYIIf^  siècle,  ren- 
fermant le  récit  d'une  visite  pastorale  de  Mgr  de 
Marquemont,  archevêque  de  Lyon,  à  Saint- 
Étienne-de-Furens. 

Séance  du  2  avril  1S84.  —  M.  Desvernay  com- 
munique une  vue  de  l'Ile  Barbe,  due  au  crayon 
de  M.  Reithoffer,  et  fait  une  description  du  pay- 
sage et  des  monuments  qu'elle  représente. 

Séance  du  7  mai  188^.  —  M.  Pallias  lit  un 
mémoire  sur  l'industrie  de  la  Ganterie  à  Grenoble, 
qui  existait,  dans  cette  ville,  déjà  au  milieu 
du  quatorzième  siècle. 

Séance  du  21  mai  i88{..  —  M.  le  baron 
Raverat  fait  le  récit  d'une  promenade  dans  la 
vallée  de  l'Albarine,  dans  lequel  il  décrit  successi- 
vement Tunay,  la  cascade  de  Charabotte,  la 
roche  de  Thiou,  Nantuy  et  Hauteville. 

Séance  du  18  juin  188^.  —  M.  le  baron  Rave- 
rat  fait  le  récit  d'une  excursion  dans  la  vallée  de 
Beaunaiit.  —  M.  Desvernay  lit  une  notice  bio- 
graphique sur  Louis  Guy,  peintre  lyonnais.  — 
M.  l'abbé  Conil  fait  passer  sous  les  yeux  des 
membres  de  la  Société  la  photographie  d'un  por- 
trait du  bienheureux  Joseph  Benoît  Labre.  Ce 
portrait,  peint  sur  toile  et  dont  il  possède  l'origi- 
nal, est  attribué  à  un  peintre  lyonnais,  nommé 
Jean  Bourgeois,  et  il  prie  ceux  de  ses  collègues, 
qui  auraient  des  renseignements  sur  cet  artiste, 
de  vouloir  bien  les  lui  communiquer. 

Séance  du  2  juillet  1884.  —  M.  le  baron  Ra- 
verat fait  le  récit  d'une  excursion  à  Saint-Geoire, 
au  château  de  Clermont-Tonnerre  et  au  hameau 
de  Saint-Sixte. 

Société  d'agriculture,  sciences  et  arts  de 
la  Marne.  —  M.  le  chanoine  Lucot  donne  la 
description  des  verrières  de  la  cathédrale  de 
Châlons,  qui  ont  été  récemment  restaurées,  la 
plupart  parM.Stcinheil.  Aux  huitième  et  neuviè- 
me baies  du  collatéral  septentrional,  on  voit 
deux  verrières  en  grisailles,  l'une  du  XIII'', 
l'autre  du  XVI'=  siècle.  Les  fleurs  de  lys  a.ssociées 
aux  tours  de  Castille  donnent  à  la  première  la 
date  du  glorieu.x  règne  de  saint  Louis;  la  seconde 


bande  de  personnages  fait  connaître  les  dona- 
teurs :  ce  furent  les  pelletiers  qui  exerçaient  leur 
industrie  dans  le  voisinage  de  la  cathédrale,  ils 
sont  représentés  préparant  leurs  peaux,  les  ven- 
dant à  deux  bourgeois,  et  offrant  à  la  sainte 
Vierge  leur  verrière  dans  la  personne  du  chef  de 
la  corporation, agenouillé  devant  elle.  La  seconde 
grisaille  est  due  à  la  générosité  des  chanoines  ; 
ils  se  sont  fait  peindre  en  habits  sacerdotaux, 
faisant  l'offrande  de  leur  fenêtre  au  Sauveur 
assis  dans  une  chaire,  à  saint  Etienne  et  aux 
autres  protecteurs  de  la  cathédrale. 

La  quatrième  fenêtre  du  collatéral  droit  réunit 
aujourd'hui  les  figures  de  saints,  réparties  autre- 
fois en  deux  verrières  qui  ont  subi  malheureuse- 
ment de  nombreuses  mutilations.  Parmi  ces 
personnages,  peints  au  XV"  siècle,  on  remarque 
saint  Jacques  le  Majeur  faisant  bénir  un  cha- 
noine donateur  par  la  sainte  Vierge;saint  Vincent 
en  dalmatique;  saint  Etienne  ayant  sur  la  tête 
un  des  cailloux  de  sa  lapidation;  sainte  Catherine 
avec  sa  roue  brisée  dans  la  main  gauche  ;  sainte 
Barbe,  avec  sa  tour  et  l'épée  qui  lui  trancha  la 
tête  ;  les  pieds  de  ces  personnages  reposent  sur 
des  socles  aux  gracieux  contours  où  des  armoi- 
ries ont  été  peintes:  on  y  voit  celles  de  la  ville  de 
Châlons  et  l'écu  de  France.  Cette  association,  se 
demande  M.  Lucot,  avait-elle  pour  but  de  per- 
pétuer le  souvenir  de  quelque  libéralité  du  roi 
et  du  corps  de  ville  ?  ou  bien,  l'écusson  du  roi 
ne  serait-il  ici,  dans  la  pensée  du  donateur  qu'un 
souvenir  consacré  à  la  ville  et  à  son  gouverneur, 
ainsi  qu'au  roi  de  France,  sous  l'autorité  duquel 
Châlons  venait  de  se  replacer.'  Il  n'est  pas  rare, 
dans  les  pays  Allemands,  mais  qui  ont  toujours 
été  autonomes,  de  rencontrer  peintes,  dans  les 
verrières  des  églises,  les  armes  de  l'empire  d'Alle- 
magne :  la  représentation  de  ces  armes  était  la 
simple  reconnaissance  de  la  suzeraineté  de 
l'empereur  romain.  Faut-il  voir  autre  chose  à 
Châlons  dans  la  présence  des  armes  royales? 
c'est  une  question  sur  laquelle  M.  Lucot  n'ose 
point  se  prononcer. 

J.  C 

Société  historique  et  archéologique  du 
Périgord.  —  Par  les  soins  de  la  Société  archéo- 
logique du  Périgord,  le  musée  de  Périgueux  déjà 
si  riche, vient  de  s'augmenter  d'une  collection  des 
plus  curieuses  et  des  plus  rare.s,  voici  dans  quelles 
circonstances.  A  la  séance  du  4  octobre  dernier, 
un  membre  faisait  part  à  la  savante  Compagnie 
de  la  découverte  d'une  station  magdalénienne  sur 
la  commune  de  la  Lindc,  découverte  fortuit!.- 
amenée  par  des  fouilles  que  faisaient  faire  sur 
leur  terrain  à  l' Abri  des  soucis,  MM.  le  capitaine 
Masson   et    Braquemont.  Ces  Messieurs    avaient 


Cratiaur    Des    %)Ocictés    savantes. 


89 


trouvé  une  grande  quantité  d'objets  très  curieux 
et  en  faisaient  part  à  la  Société  archéologique. 
Celle-ci  désigna  une  commission  chargée  de 
s'entendre  avec  les  propriétaires  des  terrains 
pour  diriger  les  fouilles  et  acquérir  quelques-uns 
des  objets  trouvés. 

Ces  fouilles  reprises  le  18  février  sous  l'habile 
direction  de  M.  Féaux,  amenèrent  les  plus  jolis 
résultats  :  Huit  harpons  barbelés  d'une  forme 
gracieuse  et  d'une  ornementation  délicate,  un 
collier  formé  de  10  coquilles  marines,  un  manche 
de  poignard  en  os  gravé,  trois  baguettes  ciselées, 
une  petite  scie  en  ivoire  d'un  travail  des  plus  fins 
et  une  quantité  considérable  de  beaux  fragments 
de  harpons,  de  sagaies,  d'aiguilles,  de  couteaux  et 
de  mortiers  à  broyer  la  sanguine  qui  faisaient 
partie  de  la  toilette  de  nos  populations  troglodi- 
tyques,  la  plupart  de  ces  objets  couverts  de 
sculptures  et  de  ciselures  du  meilleur  goût,  furent 
trouvés  au  pied  de  VAbri  des  soucis. 

Des  offres  furent  faites  par  M.Galy,président  de 
la  Société  archéologique,  pour  acquérir  cette 
riche  collection.  Mais  le  capitaine  Masson, 
«n'écoutant  que  la  voix  du  patriotisme»  voulut 
en  faire  un  don  gracieux  au  musée  de  Périgueux, 
qui  se  trouve  ainsi  posséder  l'une  des  plus  riches 
et  des  plus  intéressantes  collections  de  l'époque 
paléolithique  magdalénienne. 

Si  le  désintéressement  du  capitaine  Masson 
est  digne  de  tous  éloges,  nous  n'en  devons  pas 
moins  féliciter  la  Société  archéologique  du  Péri- 
gord,  et  personnellement  son  savant  président 
qui  surent  éviter  la  vente  toujours  déplorable 
d'une  collection  dont  les  sujets  peut-être  se  furent 
dispersés  aux  quatre  coins  du  monde. 

J.   M. 


Académie  des  Incsriptions  et  Belles- Lettres, 

Sc'a/iic-  du  Jj  juillet.  —  M.  L.  Uelisle  présente,  au 
nom  de  Madame  la  comtesse  de  Bastard  d'Estanget  au 
sien,  une  planche  de  fac-similé  héliographique  qu'il  a  fait 
exécuter,  d'après  un  manuscrit  de  Saint-Gall,  pour  combler 
une  lacune  de  l'ouvrage  de  feu  .VI.  le  comte  de  Bastard 
Peintures  et  orneiiietils  lùs  inanusciils.  Il  annonce  en 
même  temps  qu'un  exemplaire  de  choix  et  très  complet 
de  ce  somptueux  ouvrage  vient  d'être  donné  à  la  Biblio- 
thèque Nationale  par  la  veuve  du  fils  de  l'auteur. 

Séance  du  S  août.  —  M.  Léon  Heuzey  offre  au 
nom  des  auteurs,  MM.  Henry  Cros  et  Ch.  Henry,  un 
volume  intitulé  :  ["Encaustique  et  tes  autres  procédés  de 
peinture  clicv  les  anciens. 

Ce  livre,  die  M.  Heuzey,  contient  une  découverte  im- 
portante pour  la  science  et  pour  l'art.  C'est  la  restitution 
tant  cherchée  d'un  procédé  célèbrede  la  peinture  grecque: 
la  peinture  à  la  cire  et  au  feu  ou  Vencaustique. 

La  recherche  des  procédés  perdus  de  l'encaustique  a 
fait  travailler  bien  des  esprits  et  produit  toute  une  série  de 
mémoires.  L'.Académie  des  Inscriptions  ne  saurait  oublier 
celui  qui  lui  fut  iJrésenté  en  1755  par  le  comte  de  Caylus. 
Le  principal  défaut  de  la  méthode  était  de  trop  s'écarter 
des  indications  des  auteurs,  en  employant  des   cires  fon- 


dues à  l'eau  bouillante,  étendues  à  la  brosse  et  repassées 
seulement  avec  une  sorte  de  réchaud.  L'auteur  qui  s'est  le 
plus  approché  des  procédés  antiques,  consistant  à  appli- 
queretà  mélangerdirectenient  les  cires  decouleur  avec  des 
fers  chauffés  au  feu,  fut  l'abbé  Requeno,  en  1784.  Mais, 
faute  d'exemples,  il  ne  put  faire  la  démonstration  archéo- 
logique de  son  système. 

Il  en  est  tout  autrement  du  travail  de  MM.  Cros  et 
Henry. 

Tout  d'abord,  ils  suivent  scrupuleusement  les  indications 
fournies  par  les  textes  ;  ils  en  montrent  ensuite  l'applica- 
tion sur  un  petit  nombre  de  peintures  anciennes  ;  tels  sont, 
par  exemple,  deux  portraits  de  la  famille  égypto-romaine 
des  Soter,  au  Louvre,  et  la  célèbre  muse  de  Cortone.  A 
ces  documents  positifs  s'ajoute  la  découverte  faite  en  1847, 
à  Saint-Médard-des-Piès,  de  tout  l'outillage  d'une  femme 
peintre,  contenant  des  substances  et  des  instruments  qui 
se  rapportent  indubitablement  aux  procédés  de  l'encaus- 
tique. Enfin,  pour  emporter  la  conviction,  il  fallait  une 
condition  dernière:  la  mise  en  pratique  du  procédé  ;  M. 
Cros  a  tait  fabriquer  des  cauteria,  sortes  de  spatules  ou 
d'ébauchoirs,  parmi  lesquels,  le  fameux  cesirum  dentelé  en 
feuille  de  bétoine.  II  a  mis  ses  fers  au  feu,  et  il  a  été  étonné 
lui-même  d'obtenir  aussi  logiquement  le  résultat  cherché. 
Voici  une  charmante  tête  de  femme  peinte  à  l'encaustique 
par  M.  Cros,  ajoute  M.  Heuzey,  ou  l'on  remarciuera  à  la 
fois  la  franchise  du  coloris  et  l'habile  mélange  des  tons, 
qui  passent  les  uns  dans  les  autres  avec  la  même  souplesse 
que  dans  la  peinture  à  l'huile.  La  peinture  à  la  cire  donne 
un  coloris  oîi  la  transparence  et  je  ne  sais  quelle  vie  par- 
ticulière s'unissent  à  la  solidité  de  la  pâte  ;  ses  couleurs  ne 
changent  pas  ;  elles  ne  sont  pas  exposées  au  danger  de 
la  décomposition  chimique  ;  enfin,  le  procédé  est  à  la  fois 
d'une  rapidité  et  d'une  souplesse  remarquables.  A  ces 
divers  titres,  la  peinture  à  l'encaustique  se  recommande 
aux  artistes  contemporains. 

Séance  du  2Ç  août.  —  M.  Léopold  Delisle,  directeur 
de  la  Bibliothèque  nationale,a  communiqué  dernièrement 
à  l'Académie  des  Inscriptions  des  observations  sur  l'origine 
d'un  manuscrit  introduit  par  Libri  dans  la  collection  de  lord 
Ashburnham  (2"  article  du  n^  16  de  la  collection).  Ce 
inanuscrit  est  du  huitième  siècle,  et  M.  Hort,  professeur  à 
l'Université  de  Cambridge,y  a  reconnu  des  fragments  éten- 
dus du  <,<  Miroir»  de  saint  .Augustin.  A  l'aide  d'un  catalogue 
du  huitième  siècle,  récemment  trouvé  à  Orléans  par  ^L 
Trouchot,  M. Delisle  établit  que  les  treize  feuillets,  du  «  Mi- 
roir», aujourd'hui  reliés  dans  le  manuscrit  16  de  Libri,  fai- 
saientpaitie,audix-huitièmesiècle,dumanu3crit  lo  de  l'ab- 
bayede  Saint-Benoît-sui-Loire.  Ces  feuillets  ont  été  em- 
ployés par  dom  Sabatier  pour  son  édition  des  anciennes 
versions  de  laBible.Uom  Rivet  lésa  analysés  dans  le  tome 
III  de  \ Histoire  littéraire  de  la  France,  et,  faute  d'\'  a\oir 
reconnu  un  ouvrage  de  saint  Augustin,  il  a  supposé  que 
c'était  un  débris  d'une  compilation  faite  en  Gaule  au  com- 
mencement du  sixième  siècle.  Le  manuscrit  10  de  Saint- 
Benoit  est  arrivé  à  la  Bibliothèque  d'Orléans,  où  il  porte 
aujourd'hui  le  n'  16.  Les  feuillets  du  ^<  .Miroir»  de  saint 
Augustin  en  ont  été  enlevés  depuis  la  publication  du 
catalogue  de  Septier  ;  Libri  se  les  est  appropriés  et  les  a 
vendus,  en  1847,  au  comte  d'Ashburnham. 

X. 

La  Société  d'art  et  d'histoire  du  diocèse 

de  Liège,  a  publié  le  Tome  III  de  ses  Bulletins. 
Voici  le  contenu  de  ce  volume.  De  la  dévolution 
et  de  la  inaiiiplcvie  dans  le  droit  coutuniier  liégeois, 
par  iM.  le  conseiller  Crahay.  Nouvelles  recherches 
sur  Saiiit-Servais,  étude  par  laquelle  M.  le  profes- 
seur Ktiilli  reccjiistituc  d'une  manière  aussi  ingé- 


^'-'    I.lVUAlSON. 


90 


IRctiue   Dc   ract    cbrétien. 


nieuse  que  savante,  ce  qu'il  considère  à  juste 
titre,  croyons-nous,  comme  la  plus  ancienne 
inscription  chrétienne  du  pays,  c'est-à-dire  l'épi- 
taphe  métrique  que  saint  Monulphe,  évêque  de 
Liège,  avait  fait  graver  sur  la  tombe  de  son 
illustre  prédécesseur,  saint  Servais.  Horion  Ho- 
zcDiont,  notice  historique  de  M.  Vandricken,  dans 
laquelle  l'auteur  fait,  à  l'aide  de  recherches  minu- 
tieuses entreprises  avec  une  sorte  de  piété,  l'his- 
toire d'une  commune  rurale  de  l'ancienne  prin- 
cipauté de  Stavelot;  il  sait  rendre  son  travail 
attachant  par  l'accent  de  vérité  qu'on  y  trouve, 
et  l'esprit  consciencieux  de  ses  investigations. 
Quelques  mots  sur  les  Agnus  Dei,  travail  très 
étudié  et  où  l'auteur,  M.  le  chanoine  Dubois,  a, 
sous  un  titre  modeste,  réuni  à  peu  près  tout  ce 
que  l'on  sait  sur  les  Agnus  Dei.  Il  forme  une 
sorte  de  monographie  illustrée  de  4  planches, 
reproduisant  des  custodes  d'Agnits  Dei,  petits 
monuments  fort  rares,  comme  on  sait.  La  plus 
ancienne  dc  ces  custodes,  celle  qui  est  conservée 
au  musée  archéologique  de  Namur,  avait  déjà 
été  publiée  par  les  soins  de  la  Société  archéo- 
logique de  cette  ville.  Le  volume  se  termine 
par  :  (J/ie  famille  rui'ale  au  X  VHP  siècle,  par 
M.  Charles  Dejace.  L'auteur  y  fait  une  esquisse 
historique,  basée  entièrement  sur  des  documents 
de  famille  et  qui,  par  cela  même  est  très 
attachante.  C'est  la  publication  d'un  de  ces  livres 
de  raison  que  M.  Ch.  de  Ribbe  a  été  le  premier  à 
mettre  en  relief,  et  dont  bien  des  familles,  dans 
plus  d'un  pays,  ont  conservé  encore  les  manus- 
crits restés  inconnus  et  qui  attendent  l'œil  d'un 
chercheur  pour  être  remis  au  jour. 

J.    H. 

Institut  archéologique  liégeois. —  Nous  de- 
vons signaler  le  document  fourni  par  M.  D.  Van  de 
Casteele  sur  des  tapisseries  de  Bruxelles,  dues  à 
Urbain  Leyniers,  conservées  au  château  d'Aigre- 
mont.  M.  Van  de  Casteele  avait  déjà  fait  connaître 
des  haute-lisses  de  Daniel  Leyniers, ornant  actuel- 
lement les  salons  particuliers  du  gouverneur  et  non 
ceux  du  château  dc  Waroux.  11  a  cette  fois  mis 
la  main  sur  toute  la  correspondance  qui  eut  lieu 
entre  le  fabricant  et  l'archidiacre  Clercx  de  Liège 
vers  1 525.  Des  neuf  tentures  qui  ornèrent  la  grande 
salle  du  château  d'Aigremont,  et  dont  les  cartons 
furent  exécutés  par  Jean  Van  Orley,  quatre 
existent  encore  :  elles  représentent  \ Hiver,  la 
Chasse,  le  Ménage,  et  un  Festin  de  Paysans.  Les 
belles  tapisseries  de  la  salle  du  Conseil  communal 
de  Bruxelles,  représentant  des  épisodes  de  l'his- 
toire du  duché  de  Brabant  sont  du  même  artiste. 

Bien  intéressante  est  la  petite  église  romane 
de  Saint-Nicolas  en  Glain,à  laquelle  M.  N.  Hen- 
rotte  consacre  quelques  pages  et  deux  planches, 
une  jolie   vue   de   l'élégant  chevet,  et   un  dessin 


d'une  des   plus  anciennes  dalles  tumulaires  que 
l'on  connaisse  en  Belgique. 

Société  archéologique  de  Namur.  —  La 
deuxième  livraison  de  cette  année  contient  une 
notice  de  M.  del  Marmol  sur  les  confréries  de  la 
Miséricorde  et  de  la  consolation  en  l'église  de  Saint- 
Jacques  à  Namur.  M.  D.  Van  de  Casteele  y  donne 
une  série  de  documents  inédits.  11  fait  connaître 
un  contrat  (1650)  relatif  à  une  voûte  sculptée  en 
l'Eglise  de  Notre-Dame  à  Namur  par  les  sculp- 
teurs Jean-Arnould  de  Ville  et  François  Finon,  et 
un  autre,  de  1587,  concernant  l'érection  de  l'an- 
cienne boucherie,  siège  actuel  du  riche  musée 
namurois.  D'après  ses  curieuses  notes,  le  peintre 
namurois  Martin  Hardeine,  quitta  en  1650  sa 
ville  natale  pour  chercher  ailleurs  plus  grand  pro- 
fit de  son  art.  Le  testament  dc  Claude  du  Moulin, 
chanoine  de  Saint-Aubin  fait  en  1681,  fournit  des 
données  sur  des  peintres  en  renom,  Jean  Leclerc, 
Daniel  Zeghers,  Jean  Bouillon,  de  Coninck,  Josse 
de  Momper,  J.-B.  Bouverie,  etc. 

C'est  encore  au  laborieux  archiviste  namurois 
que  nous  devons  une  note  sur  l'ancienne  fabrica- 
tion de  verres  de  Venise  à  Namur.  Nous  avons 
déjà  entretenu  nos  lecteurs  de  l'existence,  au 
seizième  et  au  dix-septième  siècle,  d'ateliers 
fondés  par  les  verriers  de  Murano  à  Anvers 
et  à  Liège.  Le  travail  le  plus  imjjortant  du 
fascicule  qui  nous  occupe  est  dû  au  R.  P.  Dom 
van  Caloen;  il  a  pour  sujet  les  bas-reliefs  et 
les  sépultures  franques  récemment  découverts  à 
Maredsous.  Notre  collaborateur  M.  le  baron  Be- 
thune  de  Villers  y  consacre  un  compte-rendu,  que 
le  lecteur  trouvera  au  chapitre  Bibliographie. 

L.  C. 


Commission  royale  d'art  et  d'archéologie 
de  Belgic£ue.  —  En  terminant  une  étude  sur 
l'épigraphie  romaine  de  la  Gaule,  M.  H.  Schuer- 
mans  s'arrête  à  disserter  savamment  sur  les  deux 
diptyques  consulaires  de  Liège,  célèbres  dans  le 
monde  archéologique.  L'un,  le  diptyque  d'Asty- 
rius,  appartint  jadis  à  l'église  de  Saint-Martin,  où 
il  servit  longtemps  de  couverture  d'évangéliairc. 
L'un  des  feuillets  est  aujourd'hui  perdu, tandis  que 
l'autre  est  encore  conservé  au  musée  de  Darm- 
stadt,  après  avoir  appartenu  à  M.  de  Crassier, 
puis  à  Ch.  A.  Honvlez,  baron  de  Hùpsch  et  fina- 
lement au  grand  duc  Louis  F'  de  Hesse.  Quant 
à  l'époque  et  aux  circonstances  dc  rarri\éc  de  ce 
diptyque  à  Liège,  M.  Schuermans  émet  l'idée, 
que  lorsque  l'évêque  Eracle  fonda  l'église  de 
Saint-Martin  à  Liège,  au  Ys  siècle,  il  aurait  fait 
don  du  diptyque  d'Astyrius  à  cette  église  qui 
l'aurait  employé  à  revêtir  un  évangcliairc. 

D'un    autre    côté,    la    cathédrale    dc     Saint- 


Crauaur   ncs   Sociétés   savantes 


91 


Lambert,  démolie  à  la  révolution  française,  a 
possédé  un  diptyque  représentant,  comme  celui 
de  Saint-Martin, l'inauguration  d'un  consul, lequel 
s'appelait  Anastasius.  On  a  conservé  jusqu'à 
nos  jours  au  moins  trois  diptyques  de  ce 
consul  :  un  premier,  de  la  cathédrale  de 
Bourges,  est  allé  à  la  Bibliothèque  nationale  de 
Paris;  un  second  est  au  musée  de  Vérone,  ou 
du  moins  on  y  possède  le  deuxième  feuillet  de 
celui-là.  Enfin,  celui  de  Liège  est  aujourd'hui  di- 
visé. Le  deuxième  feuillet  est  au  South  Kensins:- 
ton  inuseinn,  et  le  premier,  à  la  Kiinst  Kamer  de 
Berlin.  On  avait  toujours  vu  dans  cet  Anastasius 
l'empereur  Anastase,  qui  a  été  quatre  fois  consul. 
L'auteur  établit  qu'il  s'agit  d'un  deseshomonymes 
et  parents,  et  que  le  diptyque  est  un  produit  de 
l'art  byzantin  du  VI^  siècle.  Il  était  probablement 
dans  le  trésor  de  Saint-Lambert  dès  le  temps  de 
Charlemagne;  peut-être  est-il  un  don  de  saint 
Hubert  à  cette  église.  Il  adonné  lieu  il  y  a  vingt 
ans,  à  un  procès  célèbre,  une  contrefaçon  de  cet 
objet  ayant  été  mise  en  vente  par  un  faussaire, 
nommé  Esser,  qui  s'occupait  à  Liège,  avec  une 
grande  habileté,  delà  fabrication  de  faux  ivoires. 
Terminons  en  disant  que,  selon  M.  Schuermans, 
il  y  a  lieu  d'espérer  que  l'on  retrouvera  à  la  ca- 
thédrale d'Aoste  le  premier  feuillet  du  diptyque 
d'Astyrius. 

—  M.Lucien  Solvaydonne,à  titre  d'extrait  d'un 
ouvrage  sous  presse,  une  étude  ayant  pour  objet 
l'influence  de  l'art  flamand  sur  l'art  espagnol. 

La  sculpture  en  Espagne,  ne  fit  que  suivre, 
avant  et  après  la  Renaissance,  les  traditions 
italiennes,  sans  marquer  ses  œuvres  d'un  carac- 
tère national.  Les  rares  spécimens  qu'on  con- 
serve de  cet  art,  dans  les  musées  et  les  églises, 
jouissent,  selon  M.  Solvay,  d'une  réputation  sur- 
faite. Les  étrangers  se  mêlent  en  giand  nombre 
aux  artistes  indigènes.  A  la  suite  des  architectes 


flamands,  tels  que  le  Bruxellois  Annequin,  Van 
der  Eycken,  François  Van  Sande,  Jean  Guas,  etc. 
y  affluent  des  sculpteurs  étrangers,  Philippe  de 
Bourgogne,  le  flamand  De  Jonghe,  les  italiens 
Pompeio  Leoni,  Juani  de    Juni  et    Torrignano. 

.Selon  une  curieuse  remarque  de  l'auteur,  c'est 
par  l'Espagne,  et  non  par  l'Italie,  que  la  Renais- 
sance pénétra  à  la  fin  du  XVi^  siècle  dans  les 
Pays-Bas,  où  elle  s'implanta  plus  tôt  qu'en  France 
et  en  Allemagne.  En  plein  Pays-Bas,  il  croit  re- 
trouver le  style  Mudejar,  dans  la  colonnade  delà 
cour  du  palais  épiscopal  de  Liège,  dans  la  cha- 
pelle du  Saint-Sang  à  Bruges,  et  dans  l'ancienne 
Bourse  d'Anvers,  et  le  style  Plateresque,  dans  la 
plupart  des  édifices  belges  du  XVP  siècle;  il  en 
trouve  des  traces  dans  la  cheminée  du  Franc  de 
Bruges,  dans  le  mausolée  du  cardinal  de  Croy  à 
Heverlé,  etc. 

La  peinture,  qui  suivit  la  sculpture  et  l'architec- 
ture, s'inspira  au.x  mêmes  sources,  mais  elle  ne 
voit  le  jour  qu'avec  peine,  aux  dernières  années 
du  XVi^  siècle,  alors  que  l'Espagne  a  chassé  les 
Arabes,  et  commence  à  respirer,  après  des  siècles 
de  luttes  formidables.  Elle  ne  produisit  que 
d'informes  essais  jusqu'à  l'arrivée  des  Florentins 
Gherardo,  Stamira  et  Dello.  Les  Flamands  suivi- 
rent les  Italiens.  On  cite  Gil  Tannes,  Christophe 
d'Utrecht,  Antoine  de  Hollande,  Olivier  de  Gand, 
Jean  Flamend.  On  prétend,  non  sans  preuves,  que 
Roger  Vander  Weyden  passa  par  l'Espagne  à  son 
retour  d'Italie;  mais  en  tout  cas,  la  présence  d'un 
grand  nombre  de  ses  œuvres,  y  eut,  à  défaut  des 
leçons  du  grand-maître,  une  grande  influence  sur 
l'art.  Ici  M.  Solvay  se  livre  à  une  intéressante 
critique  des  œuvres  de  Roger,  plus  authentiques 
les  unes  que  les  autres.  Il  apporte  à  une  question 
des  plus  intéressantes,  surtout  pour  ses  compa- 
triotes, le  contingent  précieu.x  des  études  sérieuses 
qu'il  a  pu  faire  sur  place. 


jV^^^ljQjIJÇXj^^y;;;;^  (^^QXjQXjQ^yÇSI^ 


^mm^mSiM^.  BibliograpJ)it-  M^'msi'^m^m 


ANS  notre  livraison  de  juillet  1883, 
p.  278,  HDUS  avons  annoncé  que 
l'Exposition  de  l'Art  ancien,  orga- 
nisée à  Liège  en  1881, allait  donner 
lieu  à  une  publication  considérable, 
entreprise  par  la  Maison  Claesen 
de  Paris.  On  se  rappelle  que  cette  publication 
devait  se  composer  de  trois  albums  de  30  plan- 
ches chacun,  accompagnées  d'un  texte  explicatif. 
Déjà  nous  avons  rendu  compte  du  premier 
fascicule  de  l'Album  consacré  à  X Orfèvrerie 
religieuse.  Cette  publication  se  poursuit,  et 
aujourd'hui  les  premières  livraisons  des  deux 
autres  albums  ont  également  vu  le  jour. 

La  deu.xièmc  partie  se  compose  de  la  Sculp- 
ture et  de  la  Dinandcrie.  De  même  que  pour  la 
livraison  déjà  parue,  les  planches  exécutées  avec 
beaucoup  de  soin  au  moyen  de  la  phototypie,par  la 
Maison  Rômmeleret  Jonas  de  Dresde,  ne  laissent 
rien  à  désirer.  Voici  les  planches  de  cette  livrai- 
son que  nous  avons  sous  les  yeux  : 

1°  Diptyque  d'Auastasius.  Ce  sont  les  deux 
feuillet-s  de  ce  curieux  monument  de  la  toreutique 
conservé  autrefois  dans  la  cathédrale  de  Saint- 
Lambert  à  Liège,  et  dont  aujourd'hui  une  moitié 
se  trouve  dans  l'un  des  musées  de  Berlin,  l'autre 
au  musée  de  South-Kensington  à  Londres.  2°  La 
Vierge,  dite  de  Doui  Rupert.  Bas-relief  en  pierre 
du  XI''  siècle,  qui  se  trouvait  autrefois  à  l'abbaye 
de  Saint-Laurent  près  Liège,  et  qui  est  actuelle- 
ment conservé  au  musée  archéologique  de  cette 
ville.  3"  Autiionicre,  curieuse  broderie  du  XIV« 
siècle,  faisant  partie  du  trésor  de  l'ancienne 
collégiale  de  N-D.  à  Tongres.  4°  Deux  groupes 
du  retable  de  l'église  Saint-Denis,  à  Liège. 
5°  Tapisserie  de  Flandre,  haute-lisse  très  intéres- 
sante faisant  partie  de  la  collection  de  M.  le 
docteur  Hicguet  à  Liège.  6"  Grès  d' A  lie  magne  et 
des  Pays-Bas.  7^  Plateau  en  émail  de  I^inioges. 
8°  Ancienne  argenterie  liégeoise,  planches  dont 
les  éléments  appartiennent  à  différents  amateurs. 
9"  Verres  allemands,  vénitiens  et  liégeois,  et  ■ 
10°  Balcon  enfer. 

On  le  voit,  ce  second  album  s'annonce  aussi 
bien,  par  les  objets  généralement  d'un  haut 
intérêt  archéologique  qui  y  sont  reproduits,  que 
son  aîné.  Enfin,  la  livraison  consacrée  à  Y  Ameu- 
blement civil  et  qui  se  compose  également  de  dix 
planches,  sera  certainement  appréciée  par  les 
collectionneurs  et  les  curieux.  On  y  remarque 
particuhèrement  les  premières  planches,  une 
armoire  du  X  VP  siècle,  conservée  dans  l'un  des 


1^^^^^^^^^, 


hospices  de  Liège,  et  un  virginal,  in.strument 
à  cordes  d'une  grande  beauté  et  qui  fait  partie 
des  collections  de  M.  Jerme  à  Liège.  ]-a  plupart 
des  autres  planches  reproduisent  des  meubles 
sculptés  en  bois  de  chêne,  dits  liégeois,  appar- 
tenant au.x  XVII^  et  XVIII"  siècles. 

Ces  albums,  dont  la  publication  sera  achevée 
au  cours  de  cette  année,  formeront  une  collection 
de  planches  des  plus  remarquables.  Les  objets 
reproduits  ont,  en  général,  une  origine  commune, 
l'ancienne  principauté  de  Liège, et  ces  phototypies 
resteront  comme  le  souvenir  aussi  durable  qu'il 
est  instructif,de  l'une  des  expositions  régionales 
les  plus  considérables  que  l'on  ait  organisées  en 
Belgique 

Die  Marien  verehrung  in  den  ersten  Jahr- 
hunderten,  von  Hofrath  T)''  V.  A.  von  Lehner, 
Director  des  fiirstl.  Hohenzollernschen  Muséums 
in  Sigmaringen. 

Le  culte  de  Marie  aux  premiers  siècles,  par  le 
D'' F. A. V. Lehner,  conseiller  à  la  Cour,  directeur  du 
musée  du  prince  de  Hohenzollern  à  Sigmaringen, 
avec  8 planches  doubles  en  lithographie.  Stuttgart, 
J.  Cotta. 

Nous  traduisons  de  la  Revue  allemande  de 
Berlin  le  compte-rendu  suivant  : 

Lorsque,  il  y  a  bien  des  années,  l'auteur  com- 
mença ses  études  relatives  à  l'Art  chrétien,  ses 
sentiments  de  catholique  le  portèrent  tout 
d'abord  à  l'examen  des  représentations  (i  de  la 
sainte  Vierge  ».  Il  prit  un  plaisir  particulier  à 
remonter  des  peintures  de  la  Madone  contem- 
poraines aux  images  du  moyen  âge  le  plus 
reculé,  et  de  comparer  entre  elles  ces  différentes 
œuvres  d'un  môme  art.  L'examen  des  rapports 
entre  les  images  peintes  ou  sculptées  représen- 
tant Marie  et  la  dévotion  de  l'Eglise  et  du  peuple 
à  sainte  Marie  dont  ces  images  ne  paraissent 
qu'un  reflet,  l'amenèrent  à  des  recherches  appro- 
fondies sur  l'histoire  de  ce  culte.  Depuis  le  con- 
cile d'Éphèse  (433),  où  Marie,  comme  mère  de 
Dieu,  fut  placée  à  la  tête  des  saints  et  honorée 
officiellement  dans  les  fêtes  établies  par  l'Église, 
à  titre  de  patronne  et  de  protectrice,  les  maté- 
riau.x  pour  cette  histoire  ne  faisaient  pas  défaut. 
Mais  il  n'en  était  pas  de  même  en  ce  qui  con- 
cerne les  premiers  siècles.  Là,  il  n'existe  que 
d'assez  rares  indications,  de  sorte  qu'une  étude 
des  sources,  aussi  bien  de  celles  contenues  dans 
les  monuments  de  l'art  que  des   sources  manus- 


TBiblio  graphie. 


93 


crites,  devint  nécessaire.  L'auteur  ne  s'est  pas 
effrayé  de  cette  nécessité,  et  prenant  pour  base 
de  ses  recherches  le  Nouveau  Testament, les  écrits 
apologétiques  et  les  Pères  de  l'Église,  il  a  entre- 
pris cette  étude  avec  une  persévérance  qui  lui  a 
permis  d'épuiser  son  sujet.  La  personnalité  de 
Marie,  que  l'on  ne  voit  que  rarement  dans  les 
Evangélistes,qui  n'y  est  pour  ainsi  dire  dessinée 
qu'à  grands  traits,  apparaît  plus  nette  et  plus 
précise  dans  le  travail  religieux  de  l'auteur, 
soutenu  par  la  science  théologique.  Grâce  à  lui, 
la  silhouette  tracée  par  la  main  des  Évangélistes 
se  développe,  se  colore  et  devient  précise,  comme 
la  peinture  d'un  maître  ;  elle  montre  dans  sa 
pleine  lumière  comme  objet  du  culte,  celle  qui  a 
pris  une  place  si  considérable  dans  l'Église  ca- 
tholique. 

Par  cette  voie  l'auteur  parvint  à  établir  que 
l'idéal  de  Marie,  tel  que  le  concevait  le  V«  siècle, 
n'a  été  que  le  développement  naturel  de  la 
conception  des  siècles  qui  l'ont  précédé.  Cet 
idéal  n'est  que  le  résultat  de  la  tradition  sanc- 
tionnée et  vérifiée. 

Lorsque  l'auteur  affirme  que  ses  recherches  ne 
poursuivent  pas  un  but  théologique,  mais  que, 
cherchant  à  porter  la  lumière  dans  le  domaine 
de  l'archéologie,  c'est  de  ce  point  de  vue  qu'il 
convient  de  juger  le  résultat  acquis,  nous  n'en 
avons  pas  moins  le  droit  de  repousser  la  pensée 
d'un  développement  du  culte  théologique  de 
latrie  accordé  à  Marie.  Mais  nous  appellerons 
particulièrement  l'attention  sur  la  seconde  partie 
de  l'ouvrage  qui  donne  l'histoire  de  l'idéal  poé- 
tique de  Marie. 

L'ancienne  poésie  chrétienne  qui  a  Marie  pour 
objet  commence  avec  les  apocryphes  du  Nouveau 
Testament  ;  à  ceu.K-ci  il  convient  de  joindre  les 
panégyriques  des  «  oracles  sj'billins  »  (i6o)  et  les 
rapports  évangéliques  rimes  ;  les  poésies  de 
Juvencus  (330)  et  celles  de  l'évêque  Paulin  (431). 
Viennent  ensuite  les  hymnes  et  les  poésies  lyri- 
ques du  pape  Damasc  (366-84),  celles  du  plus 
grand  poète  de  l'antiquité  chrétienne.  Pruden- 
ce (Hh  413),  et  enfin  les  poètes  lyriques,  édités 
en  langue  allemande  par  Zingerlc. 

Le  livre  de  M.  de  Lehner  offre  un  intérêt  plus 
puissant  au  point  de  vue  de  l'art,  par  la  repro- 
duction de  85  images  de  la  sainte  Vierge,  em- 
pruntées aux  monuments  les  plus  anciens,  soit 
de  la  peinture,  soit  de  la  sculpture. 

Aussitôt  que  le  christianisme  eut  dépassé  les 
frontières  de  sa  terre  natale,  la  Palestine,  et  se 
fut  avancé  dans  le  monde  des  arts,  la  Grèce  et 
l'empire  romain,  il  se  fit  des  disciples  chez  les- 
quels l'art  avait  pénétré  dans  les  mœurs  et  fai- 
sait partie  de  toutes  les  manifestations  de  la  vie. 
Ils  demeurent  fidèles  au.x  habitudes  antiques 
en  ornant  d'images  et  de  symboles,  non    seule- 


ment les  ustensiles  du  culte  et  de  la  maison, 
mais  encore  les  lieux  de  réunions  publiques,  les 
églises  et  les  tombeaux  eux-mêmes.  Ce  sont 
précisément  les  catacombes  romaines,  qui,  dans 
de  charmantes  peintures,  offrent  un  certain 
nombre  d'images  de  Marie.  Les  plus  anciennes 
d'entr'elles  sont  des  fresques  peintes  sur  les 
plafonds  et  les  murs  des  hypogées.  Plus  tard  on 
donna  souvent  à  Marie  une  place  dans  les 
sculptures  en  relief  des  sarcophages.  —  Toutes 
ces  images  de  Marie,  antérieures  au  concile 
d'Ephèse  (433)  au  nombre  de  87,  ont  été  réunies 
par  l'historien  avec  infiniment  de  peines  et  de 
soin,  empruntées  aux  sources  les  plus  diverses. 
Elles  sont  décrites  et,  pour  la  plupart,  illustrées 
par  le  dessin.  —  Dans  un  résumé  général,  ces 
reproductions  sont  groupées  d'après  les  carac- 
tères divers  de  leur  composition  et  expliquées. 
Les  anciens  artistes  chrétiens,  travaillant  confor- 
mément à  la  foi  dont  ils  étaient  pénétrés,  mais, 
avec  les  moyens  empruntés  au  paganisme  dont 
ils  avaient  reçu  l'héritage,  créèrent  l'image  de 
Marie,  semblable  à  une  jeune  femme  animée  par 
l'expression  d'une  douce  noblesse,  de  l'humilité 
dans  la  dignité,  prenant  une  attitude  pleine  de 
grâce.  Plus  tard,  la  figure  fut  distinguée  par  l'au- 
réole, par  la  richesse  des  ornements,  et,  comme 
à  Sainte-Marie  Majeure,  elle  fut  revêtue  d'une 
robe  resplendissante.  Lors  de  la  Renaissance, 
Raphaël  chercha  dans  sa  Madone  de  saint  Sixte 
à  transfigurer  dans  une  gloire  idéale  la  Vierge 
Marie,  représentée  dans  toute  sa  sainteté  par  les 
essais  plus  tendres  et  plus  touchants  de  l'ancien 
art  chrétien. 

J.  H. 

LK  MOBILIER  D'UNE  ÉGLISE  PAROIS- 
SIALE DE  LA  BANLIEUE  DE  NEVERS,  EN 
1638,par  M.  BouTi  LLiERjCuré  deCoulanges-les-Nevers. 

Nevers,  18S4,  in-8"  de  7  pages. 

L'ÉGLISE  en  question  est  celle  que  dessert 
^  l'auteur.  Quoique  d'époque  moderne,  cet 
inventaire,  qui  comprend  61  articles  qu'on  a 
oublié  de  numéroter,  n'est  pas  dépourvu  d'intérêt. 
Il  est  précédé  d'une  introduction  et  accompagné 
de  quelques  notes. 

Plusieurs  points  méritent  d'être  élucidés  :  c'est 
ce  que  je  vais  essayer. 

v<  Trois  petites  pièces  de  linge,  chacune  de  deux 
thiers,  à  mettre  sur  les  degrés  du  grand  autel.  » 
(n°  l).  Dcj;n'  prête  à  l'équivoque  :  il  ne  s'agit  pas 
ici  des  ma)-cli£s  (n°  34),  mais  àes,  gradins  qu'en 
beaucoup  d'endroits  on  couvrait  d'étoffe;  c'était 
la  continuation  du  parement,  remontant  jusqu'au 
retable.  Tout  est  assorti  :  \q.  parement  (n"  4),  le 
dais  ou  ciel  (n°  3),  les  courtines  (n°  2),  qui  sont 
déclarés  de  «  toille  blanche  ». 


94 


îRctiuc   Oc   r3rt    chrétien. 


Ces  divers  objets  sont  ornés  de  «  bandes  de 
lacys  »,  qui  doit  s'entendre  du  filet  ('). 

Si  les  «  courtines  >>  sont  au  nombre  de  «  trois  », 
c'est  que  l'une  d'elles  forme  dossier,  les  deux 
autres  étant  rangées  sur  les  côtés,  comme  on  le 
représente  dans  les  manuscrits. 

La  «tavajoUe»,  historiée  de  la  Crucifixion,  se 
nommait  au  moyen  âge  dossier  (n°  5). 

Les  «  vingt  panemains  pour  servir  aux  au- 
telz  »  (n°  6)  sont  des  lavabos,  employés  aussi 
comme  mouchoirs  (2). 

La  réserve  eucharistique  est  abritée  sous  un 
«  pavillon  de  toille  peind,  façon  de  damas  rouge 
avec  des  bandes  façon  de  broderye  »  (n°  16).  Il 
reste  à  Notre-Dame  de  Poitiers  un  fragment  de 
devant  d'autel  du  XVI  If^  siècle,  en  bois,  où  l'étoffe 
et  la  dentelle  sont  ainsi  imitées  par  la  peinture. 

«  La  grande  tente  de  toille  blanche  »  (n°^  7,  8) 
était  destinée  à  la  communion  pascale:  on  la 
retrouve  ailleurs. 

A  noter  les  «  voilles  »  et  «  robbes  »  de  la  sainte 
Vierge  (n°s  10-13),  «lesbastons»  des  confréries 
«  à  porter  aux  processions  »  (n°  20),  «  dix-huit 
chandeliers  de  bois  façon  de  tours  »  ou  tournés, 
faits  au  tour,  (n"  21),  «  ung  parement  d'autel  de 
laine  de  point  d'ongrye  »  (n°  18),  c'est-à-dire 
une  tapisserie  dont  le  dessin  offre  un  chevron- 
né  (3). 

Le  dais  du  St  Sacrement  est  dit  «pesle  »  :  il  a 
«  quatre  bastons  »  et  «  quatre  verges  »  0"!°  24), 
ce  qui  indique  qu'il  est  carré  et  rigide. 

La  chasuble  n°  24  est  «  bleuf»  ;  celle  du  n°  31 
n'a  que  la  <,<  croix  de  bleuf».  M.  Boutillier  qui  a 
pu  vérifier  la  chose  sur  les  rubriques,  nous  apprend 
que  cette  couleur  était  réservée  «  aux  fêtes  de  la 
sainte  Vierge  et  aux  confesseurs  pontifes  ».  Le 
violet  étant  enregistré  au  n°  32,  il  n'y  a  pas  lieu 
de  lui  assimiler  le  bleu,  suivant  l'ancien  rite 
parisien. 

Les  AguHS  Dei  ne  sont  pas  communs  dans  les 
inventaires  :  ici  il  y  en  a  «  quatre  grands  »,  on  ne 

1.  «  Ung  parement  de  camelot  rouge,  sur  lequel  l'on  met  le 
parement  blanc  par  le  temps  de  caresme,  faict  en  petis  poinclz, 
feuillages  de  toille  et  autres  enrichissemens.  Item,  deux  carreaux  de 
toille  rouge,  pour  mettre  les  couvertes  blanches  de  caresme.  »  [Inv. 
de  la  catli.  de  Reims,  1622,  n™  129,  155).  —  «  Abbatissa  de  la  Cambre 
dédit  paramentum  quadragesimale  pro  parte  superiori  majoris  al- 
taris  ex  puro  filo  in  niodum  retis.  »  {Inv.  de  Clairvaux,  1504.) 

2.  «  Item,  six  grandes  serviettes  à  franges  pour  servir  à  l'autel.  » 
(/;/î/.  de  la  cathédrale  de  Reims,  1622,  n^  490.  ) 

3.  L'inventaire  du  surintendant  Fouquet.  en  1661,  enregistre  «  six 
chaises  et  six  fauteuils  de  tapisserie,  de  bastons  rompus.  »  M.  Bon- 
naffé  ajoute  en  note  «  à  point  de  Hongrie  ».  (Le  surintendant  Fou- 
guet,  p.  93). 

Molière  dans  \ Avare,  parle  du  point  de  Hongrie  comme  d'une 
chose  fort  commune  ;  «  Premièrement,  un  lit  de  quatre  pieds  à  bandes 
de  point  d'Hongrie,  appliquées  fort  proprement  sur  un  drap  de 
couleur  d'olive,  avec  six  chaises  et  la  courte-pointe  de  même  ;  le  tout 
bien  conditionné  el  doublé  d'un  petit  Uaffetas  changeant  rouge  et 
bleu.  » 

<f  Une  tapisserie  de  Bergame,  avec  les  bandes  de  points  do 
Hongrie,  qui  est  bonne.  »  f  Inv.  de  l'hôpital  de  Nenfchàteau,  lyào.J 


dit  malheureusement  pas  quel  pape  les  consacra 
(n°  z^). 

Les  ornements  et  ustensiles  se  renfermaient 
dans  «  quatre  crédanses,  deux  desquelles  fer- 
ment à  clef»  (n°  33),  dans  «  une  grande  aumoire 
de  sappin  »  (n°  49)  ou  dans  «  quatre  coffres  de 
bois  »  (no  48). 

Des  trois  lampes,  deux  sont  en  «  cuivre  », 
«  celle  de  Nostre-Dame  de  terre  de  faïence  », 
probablement  faïence  de  Nevers  (n°  38)  :  il  y 
aurait  lieu  de  rechercher  dans  les  collections  des 
lampes  de  ce  type. 

«  Trois  tapys  de  popiltre  »  (n°  39).  L'usage 
français  était  de  garnir  le  lutrin  d'un  pare- 
ment (■). 

Les  «  trois  calices  »  et  les  deux  «  pères  de  bu- 
rettes »  sont  en  «estaing  »  :  un  des  calices  «  est 
argenté  »  (no^  40,  41). 

Les  <(  voilles  de  calice  »  assortissent  aux  cinq 
couleurs  liturgiques,  ce  qui  n'est  pas  général  au 
XVIIe  siècle. 

Il  n'y  a  pas  encore  de  pupitre  pour  le  missel, 
on  se  sert  de  «  cuissinets  »  (n"  47). 

Le  mobilier  comprend  un  «chevalet»,  avec  le 
«  drap  des  trespassez  et  les  quatre  chandeliers 
pour  mettre  autour  »  (n°  50),  «  la  bannière  » 
(n°  51),  «le  tronc»  (n°  52),  «  le  confessionnaire  » 
(n°  53),  «  la  chaize  à  faire  le  prosne  »  (n°  54),  «  le 
crucifix  »  placé  devant  la  chaire  selon  la  coutume 
française  (n°  55). 

Le  «ciboire»  est  «d'argent»  (n"  58). 

Une  particularité  très  intéressante  consiste  dans 
cette  double  mention  (n^^  5g,  60)  d'un  soleil  pour 
l'exposition  du  Saint  Sacrement  et  d'une  niche 
d'étoffe  pour  exposer  le  soleil  :  «  Plus,  ung  petit 
soleil  de  cuivre  pour  exposer  le  Sainct  Sacrement. 
Plus,  ung  petit  tabernacle  à  e.xposer  le  Sainct 
Sacrement  de  toille  d'argent,  avec  les  broderyes 
par  dessus.  »  Soleil  indique  la  forme  usitée  à  cette 
époque  :  de  la  sphère  jaillissent  des  rayons  alter- 
nativement droits  et  flamboyants.  Tabernacle  est 
le  mot  propre  pour  la  niche  d'exposition,  qui  se 
compose  d'un  dais,  d'un  dossier  et  de  deux  ri- 
deaux, en  sorte  que  le  Saint  Sacrement  est  entiè- 
rement abrité  et  ne  se  voit  qu'à  la  partie  anté- 
rieure ('). 

1.  «  Duas  capellas  intégras  de  dyapris  albis cum  uno  para- 

mento  pro  lectrino  seu  pulpito.  »  [Inv.  delà  cath.  d'Angers,  1390.) 
—  «  Que  le  grant  pulpite  de  l'églize  soit  aussi  couvert  de  semblable 
bougran  noir.  »  {Test,  de  Rent' d'Anjou,  1474.) 

«  Une  couverture  du  pulpitrede  velours  vert.  Ung  dossier  de  pul- 
pilro  de  velours  bleu  et  franges  de  soye.  Deux  couvertures  du  pulpitre 
de  velours  noir.  Une  couverture  de  pulpitre  de  drap  de  soye  jaulne. 
Une  couverture  de  pulpitre  de  laine,  où  il  y  a  les  images  de  Nostre- 
Dame  et  de  saint  Michel.  »(/«!'.  de  la  cath.  de  Reims,  1622,  n»'- 192, 
199,  202,  204,  205). 

La  Gazette  des  Beaux-Arts,  2csér.,  t.  x.wiii,  a  publié  un  parement 
de  lutrin  du  ,\IV'-'  siècle,  p.  341-344  et  un  autre  du  .WL',  p.  43t. 

2.  <(  Un  tabernacle  pour  mettre  le  St  Sacrement  et  la  couverture 
(lu  S'  Ciboire  de  toile  d'argent  brodée  d'or  et  les  rideaux  passés 
d'or  et  d'argent.  »  {Inv,  de  la  cath.  de  Reims,   1622,  n^  622). 


'26  i  û  l  i  0  g  r  a  p  i)  i  c , 


95 


LK  TRICLINIUM  DU  LATRAN,  CHARLE- 
MAGNE  ET  LÉON  III,  par  EuGÈNE  MuNTZ  ;  Paris. 
Baer,  1844;  w-S"  de  15  pp.  Prix  :  1,50. 

CETTE  brochure  continue  la  série  si  intéres- 
sante des  Notes  sur  les  mosaïques  chrétiennes 
de  r Italie,  dont  elle  forme  le  huitième  chapitre. 
L'auteur,  avec  beaucoup  d'érudition  et  une  logique 
serrée,  discute  certaines  opinions  qui  désormais 
ne  doivent  plus  avoir  cours,  puis  introduit  dans 
l'étude  de  cette  grande  page  iconographique  plu- 
sieurs éléments  nouveaux,  tels  que  deux  textes 
de  riatina  et  de  Grimaldi,  et  deux  dessins  colo- 
riés de  la  Vaticane  et  de  l'Ambrosienne.  La 
question  est  donc  désormais  épuisée.  Je  m'en 
tiendrais  là  aussi,  mais  M.  Muntz  ne  décrivant 
pas  la  mosaïque  actuelle,  ii  convient  de  suppléer 
à  son  silence  dont  je  comprends  parfaitement  le 
motif.  Les  pèlerins  de  Rome  ont  besoin  d'avoir 
un  guide  fidèle  et  comme  il  importe  de  les  ren- 
seigner exactement,  j'ajouterai  en  note,  d'après 
les  documents  fournis  par  M.  Muntz,  tout  ce  qui 
pourra  les  éclairer  sur  le  plus  ou  moins  d'au- 
thenticité de  la  copie  qu'ils  ont  sous  les  yeux, 
car  l'original  a  totalement  disparu,  moins  deux 
têtes  d'apôtres,  conservées  au  musée  chrétien  du 
Vatican  et  que  j'ai  signalées,  dès  1867,  dans  ma 
Bibliotkèqne  Frt/^m«f  (Rome,  Spithover),  p.  130. 
Une  de  ces  tètes  est  reproduite  dans  la  brochure 
de  M.  Muntz. 

Aux  écrivains  cités  par  cet  auteur  et  qui  se 
sont  occupés  de  la  mosaïque  du  Tridiniiun  ou 
en  ont  donné  un  dessin,  il  faut  ajouter  les  sui- 
vants : 

Nie.  Alemanni,  de  Lateranensibus  parictinis, 
Rome,  1625;  in-4°  de  172  pages.  La  planche  2 
donne  la  mosaïque  mutilée,  et  la  planche  3  la 
montre  restaurée. 

Mabillon,  Annales  Benedictini,  lib.  VT,  n"  87, 

P-  342. 

Henschenius,  Acta  SS.,  12  jul.,  p.  580,  n"  40. 

Annales  archéologiques,  t.  VIII,  p.  253;  t.  XXV, 
p.  30. 

Rohault  de  Fleury,/.t'  Latran,  pp.  277,  289,  324. 

Grimoùard  de  Saint-Laurent,  Guide  de  l'Art 
chrétien,  t.  II,  pp.  30,  32,  75,  82,  433,  446; 
t.  V,  p.  162. 

Chroniqueurs  de  l'histoire  de  France,  \mr 
M"'e  de  Witt. 

Hennin,  Les  monuments  de  l'histoire  de  France, 
t.  II,  pp.  1 10,  XI 5,  116. 

E.  Muntz,  Ricerche  intorno  ai  lavori  archeolo- 
gici  di  Giacomo  Grimaldi,  Florence,  l88i;in-8", 
p.  22,  23. 

Rohault  de  Fleury,  La  Messe,  Paris,  1883;  in-4", 
t.  I,  p.  14. 

Revue  de  l'Art  chrétien,  3'^  série,  1883,  t.  I, 
p.  213. 


Je  ne  dois  pas  omettre  non  plus  une  gravure 
du  siècle  dernier  représentant  saint  Pierre,  saint 
Léon  et  Constantin,  que  le  Chapitre  de  Sainte- 
Marie  Majeure  a  insérée  dans  le  Propre  de  son 
bréviaire  et  dont  je  dois  deux  exemplaires  à 
l'obligeance  de  Ms"'  Pila  des  comtes  Carocci, 
chanoine  de  cette  basilique.  Les  planches  se  con- 
servent aux  archives  ('J. 

Le  Triclinium  de  saint  Léon  III,  au  i'a- 

LAIS  PATRIARCAL  DU  LaTRAN. 

Le  Triclinium  était  une  vaste  salle  à  manger, 
de  forme  rectangulaire  et  flanquée  en  croix  de 
trois  absides;  le  pape,  au  moyen  âge,  y  réunissait 
les  cardinaux  après  les  offices  pontificaux,  dans 
un  banquet  que  décrivent  les  chroniques  du 
temps  (-7. 

L'abside  principale,  qui  faisait  face  à  l'entrée, 
était  décorée  d'une  mosaïque,  exécutée  sous  le 
pontificat  de  saint  Léon  III,  vers  l'an  800,  ainsi 
qu'il  résulte  de  ce  passage  d'Anastase  le  Biblio- 
thécaire :  Fecit  autem  et  inpatriarchio  Laterancnsi 
triclinium  majus  super  otnnia  triclinia,  noniine 
suœ  inagnituiiinis  decoratum ;  decoravit  cameram 
cum  absida  de  niusivo. 

Dans  son  état  actuel,  la  mosaïque  du  tricli- 
nium n'est  plus  que  l'ombre  d'elle-même.  On 
peut  même  affirmer  que  l'œuvre  primitive  a  dis- 
paru et  qu'il  ne  nous  en  reste  qu'une  assez  mau- 
vaise copie,  sans  caractère  archéologique. 

Trois  inscriptions  ont  été  gravées  sur  marbre 
pour  en  raconter  l'origine  et  les  vicissitude^. 

La  première  reproduit  intégralement  le  texte 
d'Anastase,    extrait     de     naissance    fait    après 

1.  Voir  mon  article  intitulé  Charlcmagne  sur  la  mosaïque  du 
triclitiiion  du  Latnut,  à  Ruine,  dans  \e  Bulletin  du  Comili!  des 
travaux  historiques,  sect.  d'archéologie,  1884,  p.  318-322. 

2.  «  In  basilica  magna  Leoniana.  ubi  hoc  die  in  mane  Doinnus 
Papa  comedit,  circa  niensam  pontiticis  prjeparala  sunt  undecim 
scamna  pro  quinque  presbyteris  totidemque  diaconis  cardinalibus 
et  primicerio.  Ibi  etiam  lectus  ipsiiis  Pontifiais  solemniter  est  prœpa- 
ratus,  in  figura  undecim  apostolorum  recumbentiuni  circa  mensani 
C'HRISTI.    Transiens    autem   pontifex  per     ipsam  basilicam  intrat 

cameram  suam,  ubi  in  scypho  argenteo  reccpto  a   Ciimerario » 

(  Cencius  CamerariusJ. 

«  Facta  laudc  ante  Lateranense  palatiuni,  postquani  ascendit  in 
domum  majorem,  qure  Leoniana  vocatur,  solemne  convivium  cele- 
bravit.  y>(hivil.  Innoc.  tll.) 

€  Hœc  aula  nostris  lemporibus  sala  coiisiUi  dicitur.  Quam  Léo 
Papa  tertius  poniirtcum  Romanorum  usui  constru.vil  et  exornavit, 
in  qua  quilmsdam  solemnilms.  ut  Pasch.atis  et  Natalis  Domini, 
Romani      Pontifices     cum     cardinalibus     prandere     solemni     ritu 

consueverant Urec  omnia  innuere  videtur  oratio  quœ  scripta 

est  in    zophoro   absidiK   maioris,    in   qua   Deus  oratur  ut  protegat 
domum  illam  et  omncs  in  ea  convivantes.  »  ( Panvinio.) 

C'est  dans  une  salle  analogue  que  dut  diner  Charlemagne.  en  ' 
774,  le  3  avril,  jour  de  Pâques,  après  la  messe  solennelle  célébrée 
par  le  pape  .Wrien  à  Sainte- .Marie  .Majeure  ;  et,  à  l'issue  de  1  office, 
le  roi  de  l'rance  s'assit  A  la  table  du  .Souverain  Poniife  dans  le  palais 
patriarcal  de  L,atran.  Lelendeiuiiin  lundi,  Charlemagne  fut  proclamé, 
à  Saint-Pierre,  palruC  de  Rome  ;  le  mercredi  6  avril,  à  l'issue  d'une 
harangue  publique  dans  laquelle  étaient  rappelés  tous  les  bienfaits 
qui  liaient  déjA  mutuellement  la  papauté  à  la  France,  le  Souverain 
Pontife  obtint  de  Charlemagne  la  promesse  solennelle,  faite  sur 
l'autel  de  Saint-Pierre,  que  lui  et  ses  successeurs  respecteraient  les 
droits  du  pajie.  Quelques  jours  après,  au  moment  de  son  départ 
pour  Puis,  Charlemagne  recevait  du  pape  l'assurance  de  son  pro- 
chain triomphe  sur  ses  ennemis  et  de  la  conquête  définitive  du 
royaume  des  Lombards. 


96 


Eetiue  De   l'art   cibtéticn 


décès,  uniquement  pour  constater  l'âge  qu'avait 
le  défunt. 

La  seconde  nous  apprend  qu'en  1625  le  car- 
dinal François  Barberini  appuya  de  contreforts 
les  murailles  qui  croulaient,  et  après  en  avoir 
fait  faire  un  dessin  colorié,  restaura  la  mosaïque, 
surtout  dans  la  partie  droite  à  peu  près  ruinée, 
siumna  fidc,  ad priscuui  c.xciiiplniit.  Cette  fidélité 
scrupuleuse  à  suivre  l'original  est  curieuse  à 
noter,  quand  on  peut  sur  place  en  faire  le  con- 
trôle, qui  dément  hardiment  de  telles  préten- 
tions. Est-ce  qu'on  savait,  à  cette  époque,  des- 
siner le  moyen  âge  et  l'œil  qui  voyait  mal  ce 
qu'il  ne  comprenait  pas  était-il  mieux  secondé 
par  une  main,  habile  peut-être,  mais  nullement 
préparée  à  ces  sortes  de  travaux? 

Ecoutons  le  cardinal  restaurateur  : 

Franciscvs 

S  .  Agathae  .  diac  .  cardinalis 

Barberinvs 

triclinii .  a  .  Leone.  III .  rom  .  pontifice.  constrvcti 

a  .  Leone  .  IV  .  svccessore 

sexagesimo  .  post  .  anno  .  reparati 

nostra  .  tandem  .  etate  .  pêne  .  dirvti 

partem  .  hanc  .  illvstriorem 

in  .  qva 

vtraqve  .  imperii  .  romani  .  translatio 

redditaque  .  vrbi  .  pax  .  pvblica  .  continetvr 

parietibus  .  hinc  .  inde  .  svffvlsit 

camerae  .  mvsivvm.  restavravit  (') 

labansqve  .  olim  .  dextervm  .  apsidis  .  emblema 

antiqvariorvm  .  diligentia  .  coloribus  .  exceptvm 

pcnitvs  .  deinde  .  collapsvm 

ad  .  priscvm  .  exemplvm 

svmma  .  fide  .  ex  .  mvsivo  .  restitvit 

anno  .  ivbilei  .  MDCXXV 

La  troisième  inscription  achève  de  nous 
instruire  sur  l'authenticité  de  la  mosaïque  ac- 
tuelle. Clément  XII,  pour  édifier  la  façade  de 
Saint-Jean  de  Latran  et  la  dégager  comme  il 
convenait,  rasa  le  tricliniuin  et  en  transporta 
l'abside  près  du  Sancta  Sanctoruin,  l'accolant  à 
l'oratoire  de  Saint-Laurent.  Mais  dans  cette 
translation,  soit  difficulté  de  F e)it reprise,  soit  inha- 
bileté des  ouvriers,  la  mosaïque  arriva  à  sa  desti- 
nation fracassée,  mutilée,  complètement  détruite. 
Comme  le  pape  avait  eu  soin  de  la  faire 
préalablement  reproduire  en  couleur,  quand  Be- 
noit XIV,  en    1743,   voulut    la  refaire  dans  son 

I.  Aiemanni  écrivait  en    1625;    «    Tulit varias  inceiidioruni 

Lateranensiiim  injurias,  ciueiiiadnioduin  seniiustie  ili;v;  indicanl 
aurcEe  tesselhilîB,  quas  in  tabula  illic  praj  aliis  ol)  id  nigricare  vide- 
mus.  )>  I.a  même  observation  a  été  faite  par  M.  Gerspacii  pour  la 
mosaïque  absidale  de  la  basilique  du  Latran.  I-e  feu,  en  détachant 
la  feuille  de  verre  blanc  qui  recouvrait  la  pellicule  d'or,  l'a  laissée 
à  découvert  et  par  consétjuent  sous  l'action  directe  de  l'air,  qui 
bientôt  a  fait  disparaître  l'or,  il  n'est  resté  que  l'excipient,  cube 
d'émail  rouge  foncé  ou  noir  ou  encore  de  verre  gros  vert.  A 
distance,  le  rouge  et  le  vert  ont  fait  tache  sur  le  fond  comme  des 
points  noirs. 


ensemble,  il  n'eut  qu'à  se  conformer  à  ce  mau- 
vais dessin,  auquel,  pour  plus  d'exactitude,  on 
joignit  celui  de  1625  qui  était  conservé  à  la 
bibliothèque  du  Vatican. 

De  ces  deux  copies,  également  fautives,  il  ne 
pouvait  résulter  qu'une  œuvre  défectueuse,  qui 
donne  la  place  des  personnages,  mais  ne  tient  pas 
compte  de  leur  physionomie  et  de  leur  costume, 
accusés  seulement  dans  les  lignes  principales. 

L'inscription  de   Benoît   XIV,   malgré  sa  lon- 
gueur, doit  être  consignée  ici,  en  raison  des  faits 
intéressants  qu'elle  constate  officiellement. 
Benedictvs  .  XIV  .  p.  m  . 
antiqvissimvm  .  ex  .  vermiculato  .  opère 
monvmcntvm 
in  occidcntali  apside 
lateranensis  cocnacvli 

a  Leone  .III 

sacro  cogendo  senatvi 

aliisqve  solemnibvs  peragendis 

extrvcti 

quod  ad  templi  aream  laxandam 

Clemens  .  XII 

integrvm  loco  moveri 

et  ad  proximvm  S.  Lavrentii  oratorivm 

coUocarl  ivsserat 

vel  artificvm  imperitia 

vel  rei  difficvltate 

diffractvm  ac  penitvs  disiectvm 

ne  illvstre  adeo 

pontificiae  maiestatis  avthoritatisqve 

argvmentvm 

literariae  reipublicae  damno  interiret 

ad  fidem  exempli 

ipsivs  Clementis  providentia 

stantibvs  adhvc  parietinis 

accvrate  coloribvs  expressi 

et  simillimae  in  Vaticano  codice 

vctcris  pictvrae 

nova  apside 

a  fvndamentis  excitata 

ervditorvm  virorvm  votis  occvrrens 

vrbi  aeternae 

restitvit 

anno  CI3  13  CC  XLIII 

pont,  sui  III 

L'abside  représente  le  ClIKlST  donnant  aux 
apôtres  la  mission  d'enseigner. 

Une  bordure  rouge,  gemmée  et  perlée,  serrée 
entre  deux  bandes  blanches,  circonscrit  le  champ 
d'or  de  la  mosaïque. 

Au  centre,  le  Chrlst  se  tient  debout  sur  une 
motte  de  terre,  de  laquelle  s'échappent  les  quatre 
fleuves  .symboliques.  Son  nimbe  d'or  est  cerné 
d'un  filet  bleu  et  marqué  d'un  croix  pattée,  bleue 
et  jaune.  Sa  tunique  bleue,  laticlavée  or  et  rouge, 
a  des  manches  larges  et  courtes.  Son  manteau 


1!5itiliograpf)ie 


97 


bleu,  ramené  en  avant,  porte  deux  loruiii  jaunes 
et  un  triple  clavus  de  même  couleur.  Ses  pieds 
sont  chaussés  de  sandales.  Son  bras  droit  est  nu 
et  levé  pour  bénir  à  la  manière  latine  (').  De  la 
gauche  il  tient  ouvert  le  livre  des  Evan- 
giles, où  se  lisent  en  lettres  noires  ces 
deux  mots  : 

Au-dessus  du  Sauveur,  le  ciel  est  figuré  par  un 
hémisphère  bleu  que  borde  une  bande  plus  foncée 
et  où  flottent  des  nuages  jaunes  et  rouges  if). 

Sur  le  sol  vert  marchent,  à  droite,  cinq  apôtres, 
saint  Pierre  en  tête,  et  six  à  gauche  (3).  Leur 
nimbe  d'or  est  cerclé  blanc  et  bleu.  Vêtus  uni- 
formément, ils  ont  tous  une  tunique  blanche  à 
laticlaves  rouges  et  un  triple  clavus  de  même  cou- 
leur, deux  fois  répété  à  la  hauteur  de  la  poitrin  sur 
le  manteau  blanc.  Chaque  manteau  porte  égale- 
ment une  lettre  pommetée  au.x  extrémités.  Ces 
lettres  sont  E,  F,  H,  I,  L  et  un  triangle  ou  delta 
grec("^).  Une  simple  sandale  protège  la  plante  de 
leurs  pieds.  Le  second  des  deux  côtés,  ainsi  que  le 
dernier  à  gauche,  sont  seuls  jeunes  et  imberbes. 

Saint  Pierre  se  reconnaît  à  sa  figure  t)'pique, 
à  ses  cheveux  blancs  formant  bourrelet  autour 
de  la  tête,  aux  deux  clefs  d'or  et  à  la  longue 
croix  rouge  qu'il  appuie  sur  son  épaule  (5).  De 
la  main  droite  il  relève  le  bas  de  son  manteau, 
afin  de  marcher  plus  librement,  car  il  part  pour 
remplir  la  mission  que  le  CllRlST  vient  de  lui 
confier  et,  chef  du  collège  apostolique,  -  il  va 
entraîner  les  autres  à  sa  suite. 

1.  Grimaldi  dit  positivement:  «  Salvator  mundi,  ...  benedicens 
de.Ktra,  pollice  cum  aniiulari  conjuncto,  »  ce  qui  constitue  à  propre- 
ment parler  la /'L^«t^(/ïV//i?«^/'tr(^^^t;.  D'après  .\lemanni,  pi.  2,  la  tête 
du  Sauveur  et  des  deu.\  premiers  apôtres  à  gauche  n'e.xistaitplus  au 
XV!!»^  siècle,  ainsi  que  le  ciel. 

2.  «  Supra  caput  Salvatoris  est  tanquam  aer  ignibus  ac  fulgore 
coruscans  »  (Grimaldi).  Ces  nuages  sont  habituels  dans  les  anciennes 
mosaïques. 

3.  «  Salv.itor...  cum  apostolis,  quini  per  latera  et  B.  Petro  in  trian- 
gulo  superiori  ejus  chalcidica:,  ita  ut  uiidecim  sunt  apostoli.  totidem 
enim  erant  e.\  cap.  XVIII  Matthei...  Deceni  sunt  in  curvatura  apsidis 
apostoli  et  XI  princeps  apostolorum  in  angulo apsidis.  »  Grimaldi  se 
trompe  évidemment,  comme  le  fait  remarquer  M.  Muntz,  car  dans 
la  conque  absidale  il  y  a  toujours  eu  onze  apôtres,  y  compris  saint 
Pierre  leur  chef,  qui  réparait  encore  à  l'un  des  écoinçons. 

4.  «  Horum  decem  apostolorum  a  latere  dextro  (la  droite  du 
Christ)  proximiorgerens  crucem  senex  est;  in  vestibus  adgenua,  sunt 
litor;v  LE.  Sequitur  alius  juvenis  cum  literis  in  vestibus  ET;  inde 
alius  senex  cum  litera  H,  deinde  alius  cum  barba  nigra  ;  postremus 
habet  in  vestibus  EL.  A  latere  sinistro  Xpo  proximior  habel  in  ves- 
tibus HE;  sequitur  senex,  in  vestibus  habet  LE.  Inde  alius,  poste.a 
alius  et  in  vestibus  habet  LH.  Postremus  juvenis  est  et  in  vestibus 
sunt  literas  H3...  Ad  pectus  etiam  habent  haec  signa  SE.  Omnes 
rcoti  stant  et  manibus  élevant  parumper  vestes  in  actu  aliquid  Xpo 
oiTerendi.  >>  Grimaldi  a  pu  noter  exactement  les  lettres  des  vête- 
ments, qu'il  voit  jjartout  doubles;  \in  les  a  reproduites  j/w/A'.^.  Il  se 
trompe  sur  la  signification  du  geste,  puisque  les  apôtres  n'ont  rien  à 
offrir  ;  autrement  on  leur  eût  mis  une  couronne  entre  les  m.ains,  con- 
formément à  d'autres  mosaïques.  Ils  soulèvent  leur  vêtement  parce 
qu'ils  sont  en  marche. 

5.  Grimaldi  dit  de  lui  :  «  .\  latere  dextro  proximior,  gerens  crucem, 
senex  est  »,  «  Salvatoris  dextrie  proximior,  in  senili  ;etate,  longam 
gestat  crucem  ».  A  ce  triple  caractère,  comment  n'a-t-il  pas  reconnu 
saint  Pierre  qui,  seul,  occupe  la  preuiière  place,  est  vieux  et  porte 
une  croix? 

D'après  Alemanni,  pi.  2,  saint  Pierre  portait  une  croix  à  double 
croisillon.  Ce  n'était  donc  pas  la  croix  de  son  martyre,  mais  bien 
celle  de  la  passion  de  son  maitre. 


Le  cintre  de  l'arc  est  contourné  d'une  guir- 
lande où  se  détachent  confusément,  sur  fond 
d'or,  des  fleurs  et  des  fruits,  tels  que  cerises,  lys, 
poires,  figues  et  marguerites  jaunes,  qui  sortent 
de  deux  pots  rayés  en  diagonale,  rouge,  vert  et 
jaune  ('J  et  aboutissent  à  un  médaillon  bleu  qui 
exprime  en  monogramme  d'or  le  chrisme  et  le 
nom  du  pape  Léon  III,  LEO  PAPA  (=). 

L'inscription,  qui  se  développe  en  deux  lignes 
de  lettres  d'or  sur  fond  bleu,  explique  le  sujet 
par  les  paroles  mêmes  du  Sauveur,  qui  envoie  les 
apôtres  dans  le  monde  enseigner  et  baptiser  au 
nom  de  la  sainte  Trinité,  leur  promettant  jusqu'à 
la  fin  son  assistance  spéciale  : 

DOCETE  OMNES  GENTES  .  BAPTIZAXTES  EOS 
IN  NOMINE  PATRIS.ET.FILII  ET  SPIRITVS  .  SCS 

ET  ECCE  .  EGO  VOVISCVM  SVM  .  OMNIBVS  DIE- 
BVS    VSQVE  AD  CONSVMMATIONEM  .  SECVLI    (3). 

L'arc  triomphal  consacre  par  deux  groupes 
mis  en  regard  la  transmission  de  la  double  auto- 
rité spirituelle  et  temporelle,  qui  vient  de  Dieu,  à 
saint  Pierre  et  Constantin,  par  le  CHRIST;  à 
Léon  III  et  Charlemagne  par  saint  Pierre.  Aussi 
l'inscription,  or  et  azur,  qui  s'arrondit  avec  l'arc, 
chante-t-elle  gloire  à  Dieu  et  paix  aux  hommes 
de  bonne  volonté  qui  acceptent  la  mission  di- 
vine d'être  les  conducteurs  des  peuples  dans  les 
voies  difficiles  de  la  terre  et  du  ciel. 

GLORIA  IN  .  EXCELSIS  .  DEO  .  ET  .  IN  .  TERRA  . 
FAX  .  OMINIBVS  .  BONE  .  BOLVNTATIS  .  (••). 

Le  fond  d'or  est  encadré  dans  une  bordure 
rouge  gemmée  avec  accompagnement,  à  l'inté- 
rieur, de  lambrequins  bleus.  La  même  bordure 
se  répète  au-dessous  de  l'inscription  que  sur- 
monte une  bande  bleue  et  grise,  semée  de  lys 
blancs. 

Au  côté  droit  (^)  le  Christ,  assis  sur  un  fau- 

1.  Ces  fruits  et  ces  fleurs  ou  feuillages  représentent  ordinairement 
les  quatre  saisons.  Grimaldi  n'y  a  rien  vu  non  plus  :  «  Oritur  fascia 
interior  a  fine  zophori,  tota  variis  floribus  musivo  opère  efficta,  e.v 
uno  vase  se  in  altum  extoUens  totamque  curvaturani  ambiens,  in 
altero  vase  desinit  ». 

2.  Grimaldi  a  lu  ainsi  ce  monogramme  disposé  en  croix  mais  sans 
chrisme  :  «  Supra  caput  Salvatoris  extat  signuni  Leonis  papae  tertii 
ad  hanc  formam  ; 

P 

LOO 

A 

Panvinio,  au  contraire  l'avait  lu  : 

P 

LOE 

.\ 

Qui  a  raison  des  deux? 

3  Selon  Grimaldi,  il  n'en  restait  qu'une  minime  partie.  La  voici 
avec  son  orthographe  typique  et  la  restitution  de  cet  auteur  : 

(4<  Eunles.  docelc  omnes)  GK.MTES.  V.\FT  (izaiite',  eos.  in.  n)  OMISE 
(patris.  et)  l'iLli.  ET.  SPIRITVS.  s.^NCTi.  [et.  ecce.  ego)  voviscv.M. 
{sain.  obus,  diehus.  tisque.  ad)  CON  (siimiXtion)  EM.  (sec)  VLI. 

4.  Grimaldi  est  plus  exact  que  cette  copie  du  mosaïste  ;  ('^gloria. 
in.excclsis.  Dca.  cl.  in.  /^rra. /.i.v.)  HOMINIHX  s.  bo.nk.  BOLV.\(/.;/<".r) . 

5.  Cet  écoinçon  a  été  refait  sous  Benoit  XIV,  à  l'instar  de  son 
pendant.  Grimaldi  atteste  qu'il  n'existait  plus  de  son  temps  :  «  .-^ngu- 
lus  dcxter  absida;  rusticus  est,  nani  musivum  corruit  ».  Il  est  aussi 
en  moins  dans  la  planche  2  d'.Memanni. 


l^'-'    Li\  HAISO.V, 


98 


IRetîUC   ue   rart    cij rétien. 


teuil  à  haut  dossier  arrondi,  les  pieds  sur  un  esca- 
beau d'or,  un  nimbe  crucifère  à  la  tête, est  ha- 
billé d'une  tunique  violacée  à  laticlaves  rouges  et 
jaunes  et  d'un  manteau  blanc  jalonné  de  jaune. 
De  la  droite,  il  présente  les  deux  clefs  d'argent 
du  pouvoir  apostolique,  liées  ensemble,  à  saint 
Pierre,  et  à  Constantin,  tous  les  deux  agenouillés 
à  ses  pieds,  l'étendard  de  la  puissance  tempo- 
relle. 

L'apôtre,  sandales  aux  pieds,  nimbe  jaune  à 
bord  rouge,  pallium  à  croix  noires,  avance  ses 
mains  respectueusement  enveloppées  dans  sa 
chasuble  blanche. 

L'empereur  Constantin,  nommé  pour  qu'on  ne 
s'y  méprenne  pas,  R  (i'.v)  COSTANTINVS, 
porte  un  nimbe  vert  fileté  de  rouge,  une  cou- 
ronne à  pointes  d'or,  une  espèce  de  tabart  bleu, 
des  hauts-de-chausses  verts  à  raies,  des  souliers 
jaunes  et  une  épée  droite  dont  le  fourreau  d'or 
soulève  en  arrière  son  manteau  jaune,  ouvert  et 
agrafé  sur  l'épaule  droite.  Sa  figure  est  carac- 
térisée par  des  moustaches.  Il  prend  l'étendard 
à  trois  flammes,  fixé  à  la  hampe  d'une  croix  et 
composé  d'une  étoffe  rouge,  semée  de  croisettes 
jaunes  et  de  disques  bleus. 

Une  tablette  bleue,  veuve  de  sa  légende, 
accompagne  cette  scène,  qui  n'a  aucune  valeur 
archéologique. 

Saint  Pierre,  assis  sur  un  fauteuil,  semblable  à 
celui  du  Chrlst  ('),  donne  le  pallium  à  saint 
Léon  et  l'étendard  à  Charlemagne;  l'un  et  l'autre 
nimbés  d'un  nimbe  carré  et  bleu,  ourlé  de  blanc 
et  de  rouge,  qui  ne  s'accorde  qu'aux  vivants. 

L'apôtre  se  distingue  par  un  nimbe  jaune 
ourlé  de  rouge,  une  tunique  bleue  laticlavée  de 
rouge,  un  manteau  bleu  marqué  en  rouge  de  la 
lettre  L,  un  long  pallium  blanc  frangé  et  brodé 
d'une  seule  croi.x  rouge  (')  à  la  partie  inférieure, 
et  par  deux  clefs  (3)  d'or,  attachées  par  un  cor- 
don et  posées  sur  ses  genoux.  Ses  pieds,  garnis 
de  sandales, appuient  sur  un  escabeau  d'or  (■*). 

Léon  III  porte  également  des  sandales.  Sa 
chasuble  jaune  est  entièrement  rabattue  et  son 
pallium  blanc  n'a  pas    de    croix   (^).  Le  pallium 

1.  La  catliedra,  dont  le  type  se  retrouve  dans  les  catacombes  et 
dont  se  sert  encore  le  pape  aux  services  pontificaux. 

2.  Guillaume  Durant,  au  XUI':  siècle,  parle  aussi  de  croix  rouges 
sur  le  pallium. 

3.  Sur  la  gravure  de  Sainte-Marie-Majeure,  il  y  a  trois  clefs. 

4.  «  Imago  musiva  Pétri  sedentis,  cum  planeta  et  pallio,  in 
senili  œtate,  diademate  ornati.  »  (Grimaldil. 

5.  Il  y  en  a  une  à.  l'extrémité,  sur  la  gravure  de  .Sainte-Marie 
Majeure.  «  Léo  papa  tertius,  corpulenta  facie,  nigra  cesarie,  raso 
capite  ad  coronam  ;  ex  vultu  ostenditur  sexagenarius  ;  quadratum 
habet  in  capite  diadema,  quod  indicium  est  viventis  ;  indutus  pallio  et 
planeta  ;  stolam  suscipit  sivc  pallium  de  manu  drxtera  beali  Pétri.  » 
(Grimaldi). —  «  SedetS.  Petrus  in  solio,  dcxtra  dat  Leoni  orarium,  in 
que  duse  cruccs...  Ipse  quoquc  S.  Petrus  orarium  habet,  in  cujus 
extremo  crux  nibra.  »  (De  uitufa  crucc,  Ingoistadt,  ï6i6,  p.  452.)  Ce 
qui  a  fait  prendre  \ç  pallium  pour  yxwQétok,  mOme  au  baron  de  Guil- 
hermy,  c'est  cju'il  n'a  que  deux  croix  à  ses  extrémités.  Un  peu  d'ar- 
chéologie liturgique  eut  évité  cette  méprise  grossière, les  exemples  de 


qu'il  reçoit  à  genoux  des  mains  de  saint  Pierre 
est,  au  contraire,  semé  de  croix  rouges. 

L'étendard  (")que  saisit  Charlemagne  est  fait 
d'étoffe  verte  à  pois  d'or  et  disques  rouges.  Il  se 
découpe  en  trois  flammes  et  est  attaché  horizon- 
talement à  la  hampe  d'une  lance.  Le  manteau 
de  l'empereur  est  jaune,  avec  galons  vert  et  or  : 
court,  il  ouvre  sur  le  côté  droit,  oti  il  s'agrafe. 
Le  tabart,  que  l'on  voit  dessous,  est  de  même 
étoffe.  L'épée,  enfermée  dans  un  fourreau  d'or, 
saillit  à  son  flanc  et  la  couronne  d'or  ceint  son 
front  (2).  Le  type  est  identique  à  celui  de  Con- 
stantin ou  plutôt  Constantin  a  été  copié  sur 
Charlemagne. 

pallium  ne  faisant  pas  défaut  dans  les  mosaïques  romaines.  De  plus, 
//(;/feùt  signifié  le/««fo/>  i/'an^/f  tout  au  plus,  tandisquele  palUum 
exprime  le  pouvoir  de  juridiction,  ce  qui  est  bien  différent  et  évidem- 
ment dans  la  pensée  de  l'artiste. 

I.  «  Léon  111,  confirmant  le  titre  de  patrice  à  Charlemagne,  lui 
envoya  les  clefs  de  la  confession  de  saint  Pierre  et  l'étendart  de  la 
ville  de  Rome.  Les  annales  attribués  à  Eginard  disent  ce  qui  suit  : 
«  .Adrien  étant  mort,  Léon  fut  élevé  au  pontificat.  Bientôt  il  envoya 
«  au  roi  par  ses  légats,  les  clefs  de  la  confession  de  saint  Pierre,  l'éten- 

«dartdc  la  ville  de  Rome  et  d'autres  présents »Je  ne  puis  nier  que 

l'étendart  n'ait  été  toujours  considéré  comme  le  signe  d'une  juridic- 
tion et  d'une  autorité  fort  étendue.  De  là  vient  que  les  magistrats 
suprêmes, dans  quelques  républiques  d'Italie, étaientnonimés^i)n/i;/o- 
niers,  à  cause  de  l'étendart  qu'ils  recevaient  comme  le  signe  de 
l'.autorité  qui  leur  était  confiée  pour  l'administration  de  la  justice  et  la 
protection  des  populations.  On  ne  peut  contester  non  plus  que  le 
maître  d'une  ville  ou  celui  qui  croit  l'être  a  seul  le  pouvoir  de  donner 
ou  d'envoyer  l'étendart  de  cette  cité.  )'>{Originedu  pouvoir  pontifical, 
par  le  cardinal  Orsi,  apud  Analecta  juris pontijicii,  t.  XXI,  col. 104). 
Le  drapeau  de  Cliarlemagne  a  été  décrit  par  M.  Gustave  Des- 
jardins, dans  son  ouvrage  des  Drapeaux  français.  «  La  hampe  est 
terminée  par  un  globe  blanc  et  rouge,  dans  lequel  est  plantée  une 
croix;  sous  le  globe  est  une  houppe  bleue,  blanche  et  rouge,  "h  La 
Gazette  des  Beaux-Arts,  1"  pér.,  t.  XI,  p.  loi,  fait  observer  que  «ces 
trois  couleurs  étaient  aussi  celles  des  gonfanons  sarrasins  ». 

La  remise  de  l'étend.irt constatait,  à  l'égard  du  feudataire,  le  droit 
souverain.  Un  acte  du  3  décembre  1224,  par  lequel  Benoîte,  jugesse 
de  Cagliari,  reconnaît  la  suzeraineté  du  Saint-Siège  sur  l'île  de  Sar- 
daigne,  contient  cette  clause  significative  :  «  Item  quum  judex  vel 
judicissa  de  novo  efhciuntur  in  ipso  regno,  sive  judicatu  Calaritano, 
ad  curiam  Romanam  personaliter  accèdent,  vel  solcnmes  nuntios 
destinabunt  infra  spalium  duorum  mensium  a  die  sua;  dignitatis  inci- 
pientium,  pro  vexillo  in  signum  dominii  a  sede  .Apostolica  humiliter 
obtinenda.  »  (Anal.  jur.  pont.,  102-  liv.,    col.  238.) 

En  1494,  lorsque  le  cardinal  légat  sacra  à  Naples  le  roi  .Alphonse 
d'.-\ragon,  il  lui  remit,  en  signe  d'investiture  du  royaume  de  Sicile, 
l'étendard  de  la  sainte  Eglise,  envoyé  de  Rome  par  .Alexandre  "VI. 
<(  Vexillum  sancte   Romane   Ecclesie,  ad    hoc  per  SS.  D.  N.  papam 

missum.    imponatur   sue    haste  et  ereclum  teneatur \"exillum 

ipsum  coiam  legatoportatur,  qui  hastam  indextrarecipiens,  iHud  régi 
recipienti  tradit,  ipsumque  de  regno  invesliturumdicit:  «  Aucloritate 
apostolica  nobis  in  hac  parte  concessa,  per  appensionem  luijus  vexilli 
ecclesiastici  in  tuis  manibus,  te  de  regno  Sicilieet  terra  citra  P/iarum 

usquead  confinia  terrarum  sancte  Romane  Ecclesie investimus  te- 

que  in  illû^-um  realem,  corporalem  et  actualem  possessionem  indu- 
cimus.  In  nomine  Patris  et  Filii  et  Spiritus  sancti.»Tunc  magnificus 
D.  Jacobus  Caracciolus,  comes  Burgiensis,  cancellarius  regni, vexillum 
de  manibus  régis  accipîens,  ilhid  in  sacristia  pro  rege  parata  portât  et 
reponit.  »  (Burchard,  Diarium,  oait.  Tliuasne,  t.  II,  p.  136-137.) 

2.  Sur  ia  gravure  de  Sainte- Marie  Majeure,  Charlemagne  est  coiffé 
d'une  espèce  de  mitre  et  à  sa  lance,  avec  houppe,  est  fixé  un  étendard 
d'or,  semé  de  six  fleurs  ou  roses  à  cint]  lobes,  posées  deux,  deux  et 
deux,  comme  on  dit  en  blason.  «  Genuflexus  Carolus  M.agnus.  impe- 
rator  .Augustus,  suscipiens  de  manu  sinistra  B.  Pétri  magnum  \'exil- 
lum,  in  quo  suiit  ros:e  sex  in  campo  cceruleo.  Habet  coronam  impe- 
rialem  in  capite,  cum  qu.adrato  diademate{quod,  ut  dictum  est,  viven- 
tem  iiidicat)  :  habet  mantum  sive  paludamentnm  iiupt-riale;  habet 
ensem  lateri  accinctum,  faciem  virilem  ostendit  ;  mcnlum  rasum,  in 
lalii»  superiori  h.abet  pilos  barb.-v  longos  et  elei.atos  more  turcico  et 
francico  (  l'ariante:  mentnm  non  est  totaliter  rasuin,  sed  habet bre- 
vem  quandam  barbani  auctam  more  Gallorum),;  habet  jiatcntcs 
oculos.  »  (Grimaldi.) 


T5ii)liograpf)ic. 


99 


Chacun    de    ces    trois    personnages  est    ainsi 
dénommé  en  lettres  noires  : 

SCS    PETRVS    (^ 

>h   SCISMVS   Î)N    LEO.  PP.  (2). 

ICN    CARVLO    REGI    (3). 

Une  autre  inscription,  qui  se  détache  en  or  sur 
une  tablette  bleue, affirme  que  saint  Pierre  donne 
la  vie  à  Léon  et  la  victoire  à  Charlemagne: 
BEATE  .    PËTRE  .   DONAS 
VITA  .   LEON  .    PP  .     ET  .    BICTO 
RIA   .   CARVLO   .   REGI   .   DONAS  C^). 
Quand    Charlemagne    fut    couronné    dans    la 
basilique    de    Saint-Pierre,    l'assistance    entière 
poussa  cette  acclamation  :  «  Tune  univers!  fidè- 
les Romani unanimiter  altissima  voce e.xcla- 

maverunt  :  Karolo ,  piissinio ,  Aiig-iisto  a  Deo 
coronato,  inagno,  pacifico  Imperatori  (5),  vita  et 
Victoria.  » 

1.  Ciacconio  transcrit  : 

SCS 
PE 
TR 

VS  _ 

La  gra\Tire  de  Sainte- Marie  Majeure  ajoute  le  sigle  abréviatif  SCS. 

2.  D'après  Ciacconio  : 

SCSSLMVS 
D.  N. 
LE 

o_ 

PP 

La  gravure  de  Sainte-Marie  Majeure  offre  des  variantes  de  détail  : 

4-    SCSSIMVS 

DN 

LE 

0 

PP 
Grimaldi  a  cerlainenient  mal  lu  : 

SANCTISS.  DXS.  LEO,  PAPA 
ainsi  que  Panvinio  : 

SANCTISSIMVS  D.  \.  LEO  lU  PAPA 

3.  Panrinio  :  DN  CARVLO  REGI 
Ciacconio  :  -J-  D.  X.  CARVLVS 

R 

EX 
La  gravure  de  Sainte-Marie  Majeure  : 

^  DN  CARVLO  R 

E 

G 

I 

Grimaldi  ;  D.  N.  CARVLO.  REGI 

Le  nominatif  parait  plus  probable,  motivé  qu'il  est  par  le  nom  de 
saint  Léon  qui  fait  pendant  à  celui  de  Charlemagne. 

4.  Panvinio  :  BEATE  PETRE 

LEOXl  PAPAE  ET  BICTORIA 

CARVLO  REGI  DONA 
Ciacconio  montre  dans  quel  état  de  mutilation  était  l'inscription  au 
XVIU  siècle,  puisqu'il  n'en  cite  que  ces  trois  mots  : 
DONAS 
RICTO 
EA 
Grimaldi  :  U.  petie.  <roRONAS 

bitatn.  atqiie  BICTO 
riant,  caritlo.  doNA 
La  gravure  de  Sainte- Marie  Majeure  : 

BEATE  PETRE  DONA 
VrfA  LEONI  PP.  E  BICTO 
RIA  CARVLO  REGI  DON 
Ce  me  parait  être  la  meilleure  version,  conforme  du  reste  à  la  meil- 
leure transcription,  qui  est  celle  de  Panvinio. 

5.  La  dignité  impériale  que  conféra  Léon  111  à  Charlemagne,  et 
par  lA  même  sa  restauration  en  Occident,  avait  pour  but  de  consti- 
tuer l'élu,  décoré  du  titre  d'empereur,  défenseur  del'lCglise  Ron>aine 


TESTAMENT     DU      CARDINAL     CHARLES 

D'ANGENNES  (1587),  par  le  R.  P.  Uom  Paul 
Piolin,  prieur  de  l'abbaye  de  Solcsmes,  président 
de  la  Société  historique  et  archéologique  du 
Maine  (');  Mamers,  Fleury,  1884,  in- 8°  de  14 
pages. 

Le  cardinal  Charles  d'Angennes  de  Rambouil- 
let, évèque  du  Mans,  mourut  en  1587,  à  Corneto, 
dont  il  était  gouverneur,  empoisonné,  puis  étran- 
glé par  Claudio  Lupi,  «  son  maître  de  chambre 
et  son  homme  de  confiance  ».  Dans  son  testa- 
ment, signé  de  sa  main  et  écrit  peu  de  temps 
avant  son  décès,  au  cours  d'une  maladie,  on  lit 
ces  deu.K  legs  :  «  Je  donne  à  mon  neveu  Christo- 
phle  de  Ravenel,  appelé  Gorgosson,  fils  du  feu 
sieur  de  Rantigny  et  de  ma  sœur  Françoise 
d'Angennes,    la  somme   de   quarante    mille  es- 

cus :  à  Claude  Lupi,  mon  maistre  de  chambre, 

dix  mille  escus,  tout  le  linge  qu'il  a  en  charge  de 
ma  personne  et  de  ma  chambre,  pour  cinq  cents 
escus  de  meubles,  lesquels  dix  mille  escus  je 
veulx  qu'ils  soient  les  premiers  prins  et  qu'il 
choisisse  sur  tout  mon  bien  de  telle  quantité  et 
nature  qu'il  vouldra  »  (p.  13). 

(<:  Il  fut  inhumé  dans  l'église  des  Franciscains 
de  l'observance,  où  l'on  voit  encore  son  épitaphe  >> 
(p.  II).  Dom  Piolin  aurait  fait  œuvre  utile  en 
donnant  cette  inscription,  reproduite  de  visu  et 
non  d'après  les  livres.  J'ai  prié  un  ecclésiastique 
français,  qui  voyage  depuis  longtemps  en  Italie, 
d'en  prendre  une  copie  fidèle.  Il  eût  été  convena- 
ble aussi  de  rapprocher  du  testament  l'inscription 
gravée  sur  marbre  noir,  sur  un  monument  destiné 
à  rappeler  la  mémoire  du  cardinal  et  placé  au- 
dessous  de  son  portrait  peint  par  les  soins  de  son 
neveu  et  de  son  maître  de  chambre,  qui  a  l'impu- 
dence de  s'y  nommer.  Quoique  je  l'aie  déjà  im- 
primée parmi  les  inscriptions  relatives  au  diocèse 
du  Mans,  qui  se  trouvent  à  Rome  (==),  je  vais  la 
transcrire  de  nouveau;  elle  se  voit  dans  notre 
église  nationale  de  Saint-Louis  des  Français  : 

CAROLO • DANGENES 

A  ■  RA.MBOVILLETTO 

S  •  R  •  E  •  CARDINALI 


et  conservateur  de  la  souveraineté  temporelle  du  Saint  Siège.  Or  les 
papes  possédaient  de  droit  Rome  et  son  duché,  puis,  par  la  donation 
des  rois  francs  Pépin  (754)  et  Charlein.agne  (774I,  la  Pentapole  et 
l'Exarchat.  Le  duché  de  Rome  comprenait  la  'ruscie  (Porto,  Cento- 
celles,  Sutri,  Mtturano,  Nepi,  Castello, Orta,  .•\ineria,Todi,  Pérouse) 
et  la  Campanie  (Segni,  .\nagni,  Ferentino,  .Alalri.  Tivoli).  Dans  l'ex- 
archat, il  y  avait  les  villes  de  Ravenne,  Césène,  Forlimpopoli,  Korli, 
Faenza,  Iniola,  Bologne,  Ferrare,  etc.  et.  dans  la  Pentapole,  Rimini, 
Pesaro,  Fano,  Sinigaglia,  Osimo,  Jesi,  Ancône,  Fossombrone,  Mon- 
tefeltro,  Urbino.  Gubbio,  etc. 

1.  Le  R.  P.  Dom  Piolin,  ayant  eu  connaissance  des  épreuves  de 
cet  article,  y  a  ajouté  cette  note  :  «  Qu'il  soit  permis  à  Dom 
Piolin  de  faire  observer  que  depuis  le  22  mars  1882,  il  est  réduit  à 
vivre  dans  un  fii^uiiiim  du  bourg  deSolesmes,  presque  sans  livres 
et  dans  une  position   qui    rend   le  travail  à  peu  près  impossible.   » 

2.  Ir.icriptions  françaises  recueillies  à  Rome,  diocise  du  Mans  ;  le 
Mans,  1868,  in-8°  de  16  pag.,  p.ig.  9.  —  Forcella  l'a  imprimée  dans 
ses  Isserisioni  délie  chiese  di  Koma,  t.  !li,  p.  26:  il  écrit  Dangennes, 
tandis  que  ma  copie  ne  porte  qu'ime  seule  n. 


lOO 


îRcuuc   De    rart    cïjtcticn. 


CHRISTOPHORVS- A-  RANTIGNI  •  SORORIS  '  F  •  ET 
CLAVDIVS  •  LVl'IVS  "  CVBICVLI  '  PRAEFECTVS 

ITALICARV.M  •  RERVM  •  EK  '  TEST  "  HEREDES 

IN  •  AV\  NCVLVM  '  ET  •  PATRONVM  •  GRATI 

VIRGINIBVS  •  GALLICIS  '  AI.TERNIS  "  ANNIS 

DEIPARAE  •  VIRGINIS  '  DIE  •  NATALI 

IN  •  MATRIMONIViM  •  COLLOCANDIS 

CERTOS  •  AEDI  •  FRVCTVS  .  ATTRIBVERVNT 

ANNO  •  CIO  •  10  •  LXXXVII  •  KAL  •  APRILIS 

X.   B.   DE   M. 


LES  BAS-RELIEFS  DE  MARKDSOUS  PRO- 
VENANT DE  L'ABBAYE  DE  FLORENNE  ET 
LE  CIMETIÈRE  FRANC  DE  MAREDSOUS,  par 
le  R.  p.  Dom  tiéiard  Van  Caloen,  bénédictin  de 
l'abbaye  de  Maredsous.  (  Extrait  du  t.  XVI  des  An- 
nales de  la  Société  archcoU\i,itiiie  de  Namur).  In-8", 
22  pp.  Namur,  Wesmael-Charlier,  18S4  (avec  une 
planche). 

CETTE  savante  notice  fait  connaitre  les  inté- 
ressants vestiges  du  passé  qu'énumère  son 
titre,  et  qui  ont  récemment  trouvé  un  abri  à 
l'ombre  du  grandiose  monastère  fondé  par  les 
RR.  PP.  Bénédictins  sur  les  hauts  plateaux  de 
l'Entre-Sambre  et  Meuse. 

Le  cimetière  franc  découvert  à  Maredsous  et 
exploré  par  Dom  van  Caloen,  contient  31  tombes, 
régulièrement  orientées.  Dans  ces  cercueils 
«formés  de  murs  secs  et  souvent  recouverts  de 
dalles  brutes  monolithes  ou  juxtaposées,»  on 
n'a  rencontré,  auprès  des  squelettes,  que  quelques 
verroteries  et  vases  de  poterie,  des  armes  et  des 
agrafes  généralement  conformes  à  des  types 
connus.  L'objet  le  plus  intéressant  est  «un  disque 
de  bronze  aux  ornements  incrustés  et  portant 
cinq  demi-perles  de  verroterie  bleue,  disposées  en 
forme  de  croi.x;). Cette  broche,placée  surla  poitrine 
d'une  femme,  est  le  seul  objet  qui  puisse  fournir 
quelque  indice  de  sépulture  chrétienne. 

Les  bas-reliefs  retrouvés  par  Dom  Van  Caloen 
sur  l'emplacement  de  l'ancienne  abbaye  de  Flo- 
renne,  sont  bien  dignes  d'une  étude  approfondie 
de  la  part  de  l'archéologue  et  du  statuaire. Ces  trois 
«tableaux  de  pierre»,  dont  les  proportions  sont 
identiques  (!'" 07  X  o. '"49)  présentent  cependant 
une  ordonnance  variée.  L'un  d'eu.x  montre  la 
scène  du  baptême  du  CHRIST  dans  le  Jourdain 
par  saint  Jean,auciuel  une  colombe  présente  l'am- 
poule tandis  qu'un  ange  semble  apporter  du  ciel 
un  vêtement  en  forme  d'étole.  Ce  tableau  est 
encadré  par  deu.K  colonnettes  torses,  dont  les 
chapiteaux  feuillus  soutiennent  une  arcature 
cintrée  sur  laquelle  sont  gravés  ces  mots  : 

T.VLIlîVS     OliSEQVIS     DS     ËE    DOClit     IN     VNDIS. 

(  Talibus  obsequiis  Deiis  esse  docetiir  in  undis.) 


Le  tympan  est  décoré  dedeu.K  figures  d'anges 
soutenant  un  disque  qui  offre  l'image  de  l'agneau 
divin,  tenant  la  croix.  Une  inscription  illisible 
s'aperçoit  sur  l'étroit  rebord  qui  forme  l'encadre- 
ment du  bas-relief 

Les  deux  autres  panncau.x  dénotent  clairement 
par  leurs  dispositions  similaires  qu'ils  formaient 
pendant  l'un  à  l'autre.  D'élégants  rinceaux,  entre- 
mêlés d'animaux  tantastiqucs  et  de  masques  gri- 
maçants, décorent  les  encadrements,  et  bien  que 
variées  dans  les  détails,  ces  sculptures  reflètent 
évidemment  une  origine  et  une  destination  com- 
munes. Le  premier  bas-relief  présente  l'image  de 
saint  Michel  nimbé  et  vêtu  d'une  ample  tunique 
retenue  par  une  ceinture  et  décorée  a  l'encolure 
de  festons  arrondis:  une  chlamyde  est  jetée  sur 
les  épaules,  les  ailes  sont  abaissées  et  les  pieds 
nus.  Le  bras  gauche  porte  un  bouclier  muni  d'un 
large  uinbo  et  couvert  de  rainures,  qui  affecte  la 
forme  circulaire,  un  peu  allongée  en  pointe  vers 
le  bas.  De  la  droite,  l'archange  tient  un  long  jave- 
lot, muni  d'une  barbe  (ou  plutôt,  nous  semble  t-il, 
d'un  pennon)  dont  il  enfonce  le  fer  dans  la  gueule 
du  démon  qu'il  foule  aux  pieds.  Celui-ci  est 
représenté  sous  la  figure  d'un  dragon  ailé,  dont  la 
queue  se  termine  en  forme  de  palme  tripartite. 
Le  type  de  l'archange  est  celui  d'un  jeune  homme 
imberbe,  et  reflète  un  grand  air  de  majesté,  l'en- 
semble de  la  statue  présente  un  aspect  hiératique 
et  vraiment  monumental. 

Une  figure,  en  costume  pontifical,  occupe  le 
troisième  panneau.  Le  saint  dont  la  tête  est 
nimbée,  porte  la  barbe  et  les  cheveux  courts  ; 
les  pieds  sont  chaussés.  Il  est  vêtu  d'une  aube, 
d'une  tunicelle  ornée  de  disques  étoiles,  au-des- 
sous de  laquelle  paraissent  les  bouts  de  l'étole, 
d'un  manipule  et  d'une //cr«t-/£/ celle-ci  est  forte- 
ment relevée  sur  le  devant  et  garnie  d'un  galon 
perlé  ;  la  croi.x  (;st  formée  par  un  orfroi  détaché  et 
qui  contourne  le  col.  La  main  droite  tient  une 
crosse  dont  la  volute  est  tournée  à  l'intérieur,  la 
gauche  un  livret  ouvert  appuyé  contre  la  poitrine. 
Dans  son  ensemble  cette  statue  est  d'une  travail  et 
d'une  apparence  plus  barbare  que  la  précédente. 

L'étude  de  ces  petits  monuments  a  amené 
Dom  Van  Caloen  à  résoudre  divers  problèmes 
archéologiques,  sur  lesquels  nous  demandons  à 
notre  e.KCcllent  ami  dcpouvoir  présenterquclqucs 
observations. 

Quel  est  l'âge  de  ces  bas-reliefs?  Le  savant 
bénédictin  croit  «  qu'ils  datent  du  commencement 
du  XI"^  siècle,  c'est-à-dire  de  la  fondation  de 
l'abbaj'c»  dont  l'église  fut  consacrée  en  loii, 
au  rapport  de  l'annaliste  Marchantius  ('). 

I.  Cette  date  est  peut-être  un  peu  prématurée,  puisque  le  fondateur 
du  monastère  est  Ciérard  de  Florenncs,  évêquede  Cambrai,  dont  le 
liréd&esscur  Herluin.nc  dOcéda  que  le  3  février  1012.  ((;.\MS,  Seriez 


15it3Uograpf)ic. 


lOI 


Il  semble  difficile  de  faire  remonter  à  une 
époque  tellement  reculée,  les  rinceaux  élégants 
et  variés  des  encadrements  ;  leur  style  aussi  bien 
que  leur  facture,  dénotent  une  composition  bien 
étudiée  ;  or  l'on  ne  peut  oublier  qu'au  début  du 
XI'  siècle  l'art,  dans  nos  provinces,  était  encore 
dans  les  langes,  la  sculpture  ornementale  autant 
que  celle  des  figures  trahissait  par  sa  rudesse  et 
son  manque  de  proportions  l'inhabileté  des  artis- 
tes. Quant  aux  statues,  si  l'image  de  l'évêque 
présente  dans  la  pose  et  dans  la  disposition  des 
draperies  raides  et  symétriques,  un  caractère 
marqué  d'archaïsme,  il  n'en  est  pas  de  même  dans 
l'image  de  saint  Michel  et  surtout  dans  le  groupe 
du  baiJtêmc  du  Christ  :  le  jet  varié  et  mouvementé 
des  plis,  la  pose  aisée  de  saint  Jean  et  des  anges 
qui  portent  le  disque  de  l'Agneau,  révèlent  les 
traditions  d'une  école  artistique  formée  de  longue 
date  et  le  travail  d'une  main  exercée.  Sans  doute, 
il  est  difficile  d'assigner  une  date  précise  à  ces 
sculptures  ;  tout  porte  à  croire  cependant  qu'elles 
ne  sont  pas  antérieures  à  la  dernière  période 
romane,  soit  au  déclin  du  douzième  siècle. 

L'abbaye  de  Florenne  avait  été  fondée  à 
l'honneur  de  saint  Jean-Baptiste  :  on  s'explique 
aisément  que  l'artiste  ait  voulu  représenter  le 
saint  patron  dans  l'acte  le  plus  mémorable  de  sa 
carrière  de  précurseur  du  Christ.  Quant  à  saint 
Michel,  comme  l'écrit  Dom  Van  Caloen,  «il  a 
toujours  été  en  grande  vénération  dans  l'Ordre 
bénédictin  ;  rien  d'étonnant  à  ce  qu'il  ait  été  re- 
présenté dans  l'abbaye  bénédictine  deFlorenne». 
L'attribution  du  personnage  en  costume  pontifi- 
cal est  moins  aisée  :  un  sentiment  bien  naturel 
de  piété  filiale  amène  notre  savant  ami  à  y  voir 
l'image  de  saint  Benoît.Mais  une  grosse  difficulté 
s'élève  :  «  Il  est  reconnu,  en  effet,  que  saint  Be- 
noît ne  fut  jamais  prêtre  :  mais  on  peut  supposer 
uneerreuriconographiquedela  part  du  sculpteur.» 
Pour  nous,  cette  supposition  est  d'autant  moins 
plausible  que  l'auteur  du  bas-relief  appartenait 
fort  probablement  à  la  famille  religieuse  du 
patriarche  des  moines  d'Occident,  puisqu'il  sem- 
ble que  l'on  doive  le  chercher  tout  d'abord  parmi 
les  habitants  du  monastère oùTceuvrc  était  placée. 
D'ailleurs  l'ensemble  du  costume  pontifical,  et 
surtout  de  la  chasuble  ornée  d'une  croix  détachée, 
font  tout  d'abord  penser  à  un  évêque  plutôt  qu'à 
un  abbé.  Connait-on  une  seule  image  de  saint 
Benoit  —  fût-elle  d'une  époque  où  la  tradition 
iconographique  était  complètement  dédaignée, 
alors  que  le  XI L'  siècle  la  tenait  si  fort  en 
honneur —  où  le  saint  Patriarche  soit  représenté 
avec  les  ornements  pontificaux  ?  On  objectera 
peut-être  qu'ici  la  volute  de  la  crosse  est  tournée 
vers  l'intérieur,  à  la  manière  dont  les  abbés  la 
portent  actuellement.  Cette  assertion  a  fait  l'objet 
de    maint    débat   entre    archéologues  et    l'on   a 


apporté  tant  de  preuves  de  son  peu  de  fondement, 
qu'il  semble  oiseux  d'y  revenir. 

Les  annales  de  l'abbaye  de  Florenne  faciliteront 
peut-être  lasolution  de  l'énigme.Dansle  catalogue 
de  ses  abbés,  nous  rencontrons,  vers  1188,  le 
célèbre  Guibert  ('),  qui  fut  appelé  six  ans  plus 
tard,au  gouvernementdu  monastère  deGembloux 
dont  il  a  gardé  le  titre.  Guibert,  qui  résigna  les 
deux  crosses  en  1206,  deux  années  avant  sa  mort, 
était  animé  d'une  dévotion  toute  spéciale  envers 
l'illustre  évêque  de  Tours  .saint  Martin.  Il  con- 
sacra de  longues  années  à  réunir  les  documents 
nécessaires  pour  écrire  la  vie  rythmique  du  grand 
thaumaturge  des  Gaules  et  obtint  de  divers 
côtés  des  renseignements  très  intéressants  sur  le 
culte  du  saint.  Son  livre,  qu'un  biographe  de 
saint  Martin  rappelait  tout  récemment  (^),lui  valut 
le  surnom  de  Gilbert-Martin,  que  la  tradition  a 
conservé.  Serait-il  étonnant  que  l'abbé  Guibert 
ait  voulu  placer  dans  son  monastère  de  Florenne 
l'image  du  saint  évêque  auquel  il  était  si  dévot? 
Cette  conjecture  est  d'autant  moins  téméraire 
qu'elle  correspond  aux  attributs  pontificaux  et, 
nous  le  croyons,  à  l'âge  probable  du  monument. 

Quelle  a  été  la  destination  originale  de  nos 
sculptures  ?  La  question  ne  laisse  pas  que 
d'être  intéressante.  Après  avoir  écarté  l'hy- 
pothèse de  bas-reliefs  formant  le  retable  d'un 
autel,  parce  qu'«à  cette  époque  les  autels  étaient 
généralement  de  construction  simple  et  massive, 
presque  sans  ornements  »,  Dom  Van  Caloen  rap- 
proche les  monuments  de  Florenne  des  célèbres 
panneaux  sculptés  qui  décorent  les  parois  de 
l'ébrasement  intérieur  au  grand  portail  de  Notre- 
Dame  de  Reims  :  il  en  conclut  qu'<<;  il  nous  est 
permis  de  croire,  jusqu'à  preuve  du  contraire, 
que  nos  bas-reliefs  faisaient  partie  du  portail  de 
l'église  abbatiale  de  Florenne.  »  Il  serait,  sans 
doute,  malaisé  d'administrer  cette  %  preuve  du 
contraire  »,  en  l'absence  de  documents  positifs  : 
mais  le  manque  de  ceux-ci  nuit  également  à  la 
thèse  de  Dom  Van  Caloen.  La  décoration  sculp- 
turale de  Yatrium  de  la  basilique  royale,  trou\  e 
sajustification  dans  les  proportions  colossales  et 
la  profusion  des  ornements  qui  distinguent 
l'admirable  monument  :  on  n'a  d'ailleurs  cité 
jusqu'ici  aucun  autre  édifice  qui  présentât  sem- 
blable disposition.  Avant  d'admettre  que  l'église 
primitive  de  l'abbaye  de  Florenne,  construction 
romane  dont  les  dimensions  nous  sont  inconnues, 
rivalisât  sous  ce  rapport  avec  la  métropole 
rémoise,  nous  demandons  à  rappeler  l'avis  du 
poète  : 

...  Si  parva  licet  componere  magnis. 

Le  caractèredes  sculptures  de  Florenne  semble 

1.  Voir  notamment  la  noiict- (tu  baron  de  Reiffenberg.  dans  les 
Annales  de  t Acadimie  Royale  de  Belgique,  t.  I.X,  1842,  p.  440. 

2.  Lecov  de  la  Marche,  l'ie  de  saint  Martin,  p.  690. 


102 


ïRetiue   De    rart   cfj rétien. 


d'ailleurs  assez  éloigné  de  celui  qu'aurait  présenté 
un  travail  destiné  à  faire  corps  avec  l'œuvre  de 
l'architecte.  Si  l'on  écarte  l'hypoJièse  de  bas- 
reliefs  posés  en  arrière  de  la  nicnsa  de  l'autel, 
on  inclinera  peut-être  à  voir  dans  nos  panneaux 
de  pierre  des  débris  de  l'ambon  ou  de  l'ancienne 
clôture  du  chœur.  Les  monuments  de  la  période 
romane,  notamment  la  parclôse  du  dôme  de 
Trêves  et  celle  de  la  cathédrale  d'Halberstadt 
ont  conservé  des  spécimens  de  ce  genre,  qui 
présentent  une  certaine  analogie  avec  les  sculp- 
tures de  Florenne.  C'est  une  question  que  nous 
soumettons  aux  études  de  Dom  Van  Caloen,  en 
le  remerciant  d'avoir  sauvé  et  fait  connaîtic  ces 
remarquables  vestiges  de  l'art  roman. 

LKS  SCULPTURKS  DE  SOLESMES  ET  LES 
RIGHiER.par  E.  Cartier.  In-8"  de  32  pp.  extrait  de 
la  Revue  du  Alonde  catholique. 

Le  «  solitaire  »  qui  a  médité  à  l'ombre  des 
cloîtres  —  hélas  !  déserts  aujourd'hui  —  de  So- 
lesmes  ses  magistrales  «  Lettres  sur  l'art  chré- 
tien »  a  consacré  jadis  une  étude  approfondie  (i) 
aux  célèbres  groupes  sculptés  qui  décorent 
l'antique  église  abbatiale  :  ces  monuments,  oti  les 
traditions  artistiques  des  âges  de  la  foi  se  reflètent 
encore  parmi  les  formes  délicates  et  la  perfection 
du  travail  qui  caractérisent  les  débuts  de  la 
Renaissance,  semblent  appartenir  à  l'école  fla- 
mande et  l'éminent  critique  a  cru  pouvoir  en 
faire  honneur  au  ciseau  des  Floris,  artistes  anver- 
sois,dont  les  œuvres  brillèrent  surtout  «  lors  de 
l'entrée  de  V empereur  {s\c)  PhilippelLen  I552(.')». 
Ces  conclusions  ont  été  attaquées  par  M.  l'abbé 
Souhaut  (^),  qui  revendique  la  paternité  de  ces 
reliefs  pour  Ligier  Richier,  sculpteur  de  mérite, 
dont  la  ville  de  Saint-Mihiel  en  Lorraine,  sa 
patrie,  conserve  des  œuvres  remarquables.  La 
biographie  des  Richier  est  assez  obscure,  pas  as- 
sez cependant  pour  qu'on  ne  connaisse  leurs 
relations  avec  les  réformés  de  Genève,  chez  les- 
quels Ligier  alla  terminer  ses  jours.  M.  Cartier 
fait  habilement  ressortir  toutes  les  incohérences 
du  système  de  I^L  l'abbé  Souhaut.  Si  les  droits 
des  Floris  ne  sont  pas  entièrement  hors  de  con- 
teste, il  ne  semble  pas  que  les  Richier  aient  chance 
de  les  leur  ravir.  Espérons  que  quelque  heureuse 
trouvaille  de  documents,  viendraun  jour  sanction- 
ner les  conjectures  de  l'éminent  et  sympathique 
écrivain  de  Solesmes. 

B.   DE  V. 


AESTHETIK  von  JOSEPH  JUNGMANN,  Priester 
der  Gesellschaft  Jesu,  Doctor  der  Théologie  und  ord. 
Professer  denselben  an  der  Universitiit  zu  Innsbruck 
mit  Erlaubnisz  der  Obern. 

1.  Les  sculptures  de  Solesine.i.  Paris,  Palmé,  1877. 

2.  Les  Kicliier  et  leurs  œuvres.  Bar-le-Uuc,  1883. 


Zweite,  vollstandig  umgearbeitete  und  wezentlich 
erweiterte  Auflage  des  Bûches  «  Die  Schônheit  und 
die  schone  Kunst  »  mit  nuen  lUustrationen.  Freiburg 
im  Brisgau  Herder'sche  Buchhandlung,  1884. 
[Prix  :  15  francs.] 

«  1~\ES  que  la  foi  et  la  science  renaissent  dans 
\^  une  nation,  les  arts  ne  tardent  pas  à  y 
briller, sans  qu'on  sache  ni  comment  ni  pourquoi.» 
Ces  paroles,  extraites  d'une  lettre  de  Clément 
Brentano  au  peintre  Runge,  terminent  l'ouvrage 
que  nous  nous  proposons  d'analyser. 

Elles  sont  l'expression  d'une  pensée,  dont  le 
lecteur,  à  mesure  qu'il  parcourra  les  différentes 
parties  de  ce  livre,  se  sentira  de  plus  en  plus  pé- 
nétré. L'esthétique  est  la  science  des  beaux-arts 
(p.  15).  Elle  se  divise  en  deux  parties.  La  pre- 
mière traite  des  notions  fondamentales,  c'est-à- 
dire  du  beau,  et  des  caractères  généraux  des 
productions  artistiques.  La  seconde,  s'occupe  des 
beaux  arts,  de  leur  raison  d'être,  de  leurs  lois,  de 
leurs  moyens  d'action. 

Le  livre  du  P.  Jungmann  est  la  deuxième  édi- 
tion d'un  ouvrage  paru,  il  y  a  di.v-huit  ans,  sous 
un  autre  titre,  «  le  Beau  et  les  Beau  ■■- Arts  )>  :  mais 
l'auteur  a  si  complètement  remanié  son  œuvre 
primitive  que  c'est  plutôt  un  traité  nouveau  qu'il 
a  fourni.  La  première  édition,  épuisée  dès  1872, 
ne  comptait  que  532  pages  d'un  format  petit  in- 
octavo.  Celle-ci  ne  compte  pas  moins  de  950 
pages  d'un  format  beaucoup  plus  grand. 

Nous  manquons  en  quelque  sorte  d'ouvra- 
ges sur  l'esthétique,  à  l'usage  des  catholiques. 
Il  y  a  quelques  années,  une  revue  savante  disait 
que  le  livre  du  P.  Jungmann  (i^''«  édition)  était 
ce  que  nous  avions  de  mieu.x  en  fait  d'esthéti- 
que. Elle  ne  rétractera  certainement  pas  cette 
parole  aujourd'hui. 

Baumgartner,  le  premier,  s'est  occupé  de  la 
science  des  beaux-arts  à  un  point  de  vue  spécial, 
après  lui  !e  panthéisme  et  le  rationalisme  en  ont 
fait  leur  domaine  (p.  675),  et  leurs  conclusions 
tout  en  n'ayant  pas  été  admises  par  tous  les 
hommes  compétents,  servent  cependant  de  base 
aux  œuvres  de  certains  savants  catholiques  qui 
se  sont  occupés  des  beaux-arts. 

Dans  les  derniers  temps,  l'art  a  fait  de  sensibles 
progrès  sur  le  terrain  catholique,  il  était  donc 
opportun  que  la  science  catholique,  elle  aussi, 
produisît  un  ouvrage  e.xposant  l'Esthétique  d'une 
manière  complète  et  d'ajjrès  ses  principes.  C'est 
le  but  que  le  P.  Jungmann  s'est  proposé:  disons- 
le  tout  de  suite,  qu'il  nous  parait  avoir  atteint. 
Tout  d'abord  il  établit  la  notion  de  l'essence  du 
beau  d'après  la  sagesse  des  anciens(Theognis, Pla- 
ton, Aristote,  le  Portique,  Plotin,Proclus,Maxime 
de  Tyr,  Hiéroclès,  Plutarque,  Cicéron,  .Sénèquc), 
d'après  la  philosophie    des     Pères    de    l'Eglise 


T5it)liograpf)ic. 


(Grégoire  de  Nazianze,  de  Nysse,  Basile  de  Cé- 
sarée,  Denis  l'Aréopagite,  Jean  Chrysostome, 
Clément  d'Alexandrie,  Origène),  et  d'après  la 
science  chrétienne  des  âges  postérieurs  (Inomas 
d'Aquin,  Lessius,  Pallavicini,  Lcibnitz).  (i"<=  Par- 
tie I-IV.)  Le  résultat  de  ces  profondes  recherches 
consiste  en  trois  définitions,  différentes  de  forme, 
mais  identiques  au  fond. 

La  première  est  empruntée  à  Aristote,  la  se- 
conde exprime  la  doctrine  de  saint  Thomas,  et 
la  troisième  répond  à  une  pensée  profonde  de 
Platon  (p.  148  s.).  Par  sa  conformité  avec  les 
opinions  des  plus  grands  penseurs  dont  l'his- 
toire fasse  mention,  ce  résultat  est  la  solution 
d'un  des  problèmes  les  plus  difficiles  de  l'Esthé- 
tique, auquel  les  modernes  avaient  travaillé  en 
vain  jusqu'ici. 

L'auteur  développe  ensuite  la  notion  du  beau 
et  montre  comment  elle  trouve  son  application. 
Signalons  surtout  le  chapitre  :  De  l'idéal  du 
beau,  et  cet  autre:  La  beauté  divine  et  son  reflet 
dans  l'Eglise  et  dans  l'Univers. 

La  cinquième  partie  traite  de  la  noblesse,  du 
charme,  du  ridicule,  du  comique,  et  des  autres 
«  qualités  esthétiques  ». 

La  sixième  partie  est  consacrée  à  l'examen 
d'un  grand  nombre  de  définitions  du  beau  ; 
aucune  n'est  en  harmonie  avec  celle  de  l'auteur. 
Quelques-unes  veulent  s'appuyer,  mais  à  tort, 
sur  la  doctrine  de  saint  Thomas. 

C'est  après  avoir  établi  cette  base  solide  que 
l'auteur  passe,  dans  le  second  livre,  à  l'étude  de 
l'objet  même  de  l'Esthétique,  c'est-à-dire  des 
beaux  arts.  Le  P.Jungmann  en  donne  la  définition 
suivante  :  «  Tout  art,  dont  le  but  spécial  exige, 
au  point  de  vue  esthétique,  des  produits  aussi 
remarquables  que  possible, et  qui, secondé  par  des 
circonstances  favorables,  est  à  même  de  produire 
des  œuvres  d'une  beauté  supérieure,  a  le  droit 
d'être  rangé  dans  la  catégorie  des  beaux-arts.  » 

L'auteur  fait  remarquer  que  cette  définition 
seule  s'accorde  et  avec  la  doctrine  d'Aristote,  et 
avec  la  nature  des  beaux  arts  et  la  manière  de 
les  pratiquer. 

Il  combat  ainsi  la  doctrine  de  ceux  qui  ne 
veulent  assigner  à  l'art  d'autre  but  que  l'imitation 
de  la  nature. 

L'auteur  distingue  trois  groupes  de  beaux- 
arts  :  les  beaux  arts  religieu.x,  civils,  hédoni- 
ques  ('). 

Il  range  parmi  les  premiers  tous  ceux  qui  ont 
pour  but  immédiat  la  glorification  de  Dieu,  ou 
de  la  Mère  de  Dieu,  ou  des  anges  et  des  saints, 
ou  en  général  l'édification  des  fidèles  et  le  pro- 
grès de  la  vie  religieuse;  parmi  les  seconds,  ceux 
dont  les  œuvres   servent  immédiatement  à  con- 

I.  «  Hédonique  »  du  grec  ^iSov^l,  jouissance. 


server  et  à  développer  dans  la  société,  cet  esprit 
d'où  dépend  en  réalité  l'existence,  la  prospérité 
et  l'épanouissement  de  la  vie  civile  ;  parmi  les 
derniers  (les  arts  hédoniques)  tous  ceux  qui  con- 
sidèrent comme  leur  destination  propre,de  procu- 
rer par  leurs  productions  des  jouissances  esthéti- 
ques à  l'homme,  (p.  328). 

On  peut  d'ailleurs  réunir  les  deux  dernières 
catégories  en  une  seule  par  opposition  à  la  pre- 
mière et  on  arrive  ainsi  à  diviser  les  arts  en  arts 
religieux  et  en  arts  profanes. 

Or  en  étudiant  le  développement  de  ces  deu.x 
grandes  divisions  des  beaux-arts,  l'auteur  arrive 
à  ces  deu.x  conclusions  d'une  importance  capitale. 

1°  D'après  le  témoignage  de  l'histoire,  les 
beaux-arts  dans  leur  ensemble,  se  sont  d'abord 
développés  sur  le  terrain  de  la  vie  religieuse,  et 
c'est  sur  ce  terrain  également  qu'ils  ont  fleuri  à 
leur  plus  haut  degré,  fp.  338  ss.)  A  l'appui  de 
cettethèse  l'auteur  invoque  les  opinions  desavants 
qu'on  ne  peut  en  aucune  manière  taxer  à'uitra- 
viontaiiisine:  Burke,  M.  Carrière,  E.  Schnaase, 
Hugber,  Lubke,  Edouard  Muller,  A.  Feuerbach, 
H.  Ulrici,  Herder,  puis  Fénelon,  Lasaulx,  Fick, 
et  F.  V.  Herder. 

La  deuxième  conclusion,  qui  pourrait  être 
considérée  comme  découlant  de  la  première,  mais 
qui  est  établie  par  l'auteur  au  moyen  de  preuves 
spéciales,  est  la  suivante  :  Depuis  le  commence- 
ment de  notre  ère,  les  beaux-arts  religieux  ont 
une  bien  plus  grande  importance  que  les  beaux- 
arts  profanes,  voilà  pourquoi  la  floraison  de  ces 
derniers  dépend  essentiellement  de  la  culture  des 
premiers.  Si  donc  les  beaux-arts  religieux  doivent 
en  premier  lieu  attirer  l'attention  de  l'Esthétique 
et  de  ceux  qui  sont  destinés  à  la  cultiver,  quelle 
grande  erreur  ne  commet-on  pas  en  considérant 
cette  science  comme  purement  philosophique, 
puisque  la  théorie  ainsi  que  la  science  de  chaque 
art  religieux  prend  essentiellement  et  en  premier 
lieu  sa  racine  dans  la  révélation  surnaturelle 
(p.  366).  Dès  lors  aussi  peut-on  traiter  à'anackro- 
nisiiie,  cette  prévention  exclusive  en  faveur  de 
l'art  classique  antique,  qui  ne  peut  qu'entraver 
l'essor  des  beaux-arts. 

Ces  conclusions  nous  font  voir,  que  la  notion 
de  l'art  religieux,  ou  bien,  est  tout  à  fait  ignorée, 
ou  bien  est  mal  comprise  même  par  des  savants 
catholiques;  elles  amènent  l'auteur  à  établir  dans 
le  4'"'^  chapitre,  la  thèse  suivante  non  moins  im- 
portante. *.(  Le  principe  essentiel,  au  moyen 
duquel  un  art  devient  chrétien,  ne  repose  pas 
dans  le  sujet  sur  lequel  il  exerce  son  activité, 
mais  dans  le  but  surnaturel,  pour  lequel  il  tra- 
vaille. )'  (p.  375  ss.)  Outre  les  raisons  qui  prou- 
vent cette  thè.se,  l'auteur  cite  (p.  378)  un  passage 
assez  long  d'Ed.  Hanslick  ( Musikalic/ie  Statio- 


I04 


WizMuc   De   r^rt   cbtétien. 


neiijqui  nous  donne  la  preuve  non  seulement  de 
sa  vérité  mais  de  sa  nécessité. 

Le  cinquième  chapitre  (p.  382  ss.)  développe 
d'après  cela  deux  lois  générales,  essentielles 
également  à  l'art  religieux,  et  qui,  jusqu'à  pré- 
sent, ont  été  très  peu  observées  par  la  théorie  et 
la  science,  tandis  que  dans  la  pratique  on  n'en  a 
tenu  aucun  compte. 

De  nombreux  exemples  tirés  de  l'histoire  des 
beaux-arts  rendent  la  démonstration  plus  inté- 
ressante et  plus  claire.  Plus  d'une  œuvre  haute- 
ment louée  et  admirée,  nous  apparaît  à  leur 
lumière,  quoique  techniquement  d'un  fini  achevé, 
tout  à  fait  manquée,  quant  à  sa  destination. 

Lesi.xième  chapitre(Les  beaux-arts  etlavérité) 
examine  et  établit  la  liberté  de  la  poésie  ou  de 
l'invention,  qui  appartient  principalement  aux 
arts  hédoniques. 

Dans  le  chapitre  suivant,  l'auteur  s'occupe 
principalement  des  arts  hédoniques.  Il  examine 
la  valeur  des  principes  de  l'esthétique  moderne 
et  le  jugement,  motivé  aussi  bien  par  la  raison 
que  par  l'histoire,  n'est  autre  que  celui  de  La- 
mennais :  l'art  pour  l'art  est  une  absurdité. 

La  huitième  partie  s'occupe  d/architecture. 
Pour  répondre  aux  intentions  de  l'Eglise,  cet  art 
doit  constituer  la  demeure  visible  de  Dieu,  de 
telle  façon  qu'elle  en  représente  symboliquement 
la  demeure  invisible  (p.  487  ss.).  Après  avoir 
caractérisé  en  général  les  procédés  dont  l'archi- 
tecture religieuse  doit  user  pour  répondre  aux 
intentions  de  l'Église,  l'auteur  établit  dans  le 
deuxième  chapitreque  l'architecturegothique  a  le 
mieux  répondu  aux  intentions  de  l'Église,  et 
symboliquement  représenté  la  demeure  invisible 
de  Dieu  (p.  492). 

Letroisièmechapitre,plus  court, traite  de  l'archi- 
tecture profane  (p.  5  19).  L'auteur  établit  que  le 
style  le  mieux  approprié  à  ses  besoins  est  le  style 
gothiqueet  condamne  l'architecture  de  la  Renais- 
sance. 

L'histoire  démontre  d'ailleurs  que  l'archi- 
tecture profane  ne  s'est  jamais  développée 
indépendamment  de  l'architecture  religieuse, 
c'est  pourquoi  son  progrès  ou  sa  décadence  dé- 
pend du  progrès  ou  de  la  décadence  de  l'archi- 
tecture religieuse  (p.  525). 

Un  chapitre  des  plus  intéressants  sur  /'a/-/ 
métier  (kunsthandwerk)  ou  comme  nous  disons 
«  Vart  i)idustricl  »  termine  la  huitième   partie. 

Dès  le  début  de  la  9""=  partie  qui  traite  de  l'art 
dramatique, l'auteur  distingue,  d'après  saint  Tho- 
mas, trois  espèces  de  formes  :  la  forme  naturelle, 
la  forme  géométrique  et  la  forme  [)lanimétrique. 
D'après  Aristote  (p.  536  s.)  l'art  dramati([ue  nous 
donne  la  conception  des  formes  naturelles. 

Le  drame  n'est  donc  pas  un  art  par  suite  de  ses 


relations  particulières  avec  la  poésie(considérée  à 
un  point  de  vue  restreint)  mais  il  est  un  art  pro- 
prement dit  (p.  538  ss). 

Cet  enseignement  est  nouveau,  que  nous 
sachions;  ni  l'Esthétique  ni  la  poésie  ne  l'ont 
adopté  jusqu'à  présent,  quoique  le  P.  Jungmann 
l'ait  déjà  produit,  il  y  a  dix-huit  ans,  dans  sa  pre- 
mière édition. 

L'auteur  réfute  avec  succès  les  objections  qui 
lui  ont  été  faites  de  différents  côtés,  au  sujet  de 
sa  doctrine.  Celle-ci,  du  reste,  trouve  une  confir- 
mation éclatante  dans  la  connexion  intime  qui 
existe  entre  l'art  dramatique  et  la  sculpture,  re- 
connue par  Winckelmann  et  plus  explicitement 
encore  par  Anselme  Feuerbach  à  propos  des  pro- 
ductions antiques. 

L'union  de  la  sculpture  et  de  la  peinture  forme 
le  sujet  très  intéressant  de  ladi.^:ième  partie.  Par 
sa  nature  la  sculpture  est  pragmatique,c'est-à-dire 
qu'elle  veut  représenter  des  actions  de  person- 
nages, et  non  pas  des  personnages  seulement.  Le 
principe  des  modernes  au  sujet  de  l'immobilité 
absolue  et  du  parfait  équilibre,est  encontradiction 
formelle  avec  l'Esthétique  grecque.  Le  mépris  du 
coloris  que  manifeste  l'Esthétique  moderne,  est 
condamné,  non  seulement  par  les  arts  du  moyen 
âge,  mais  encore  par  l'art  classique  antique 
(p.  556  ss.). 

Ces  trois  propositions  sont  prouvées  longue- 
ment,et  après  avoir  déterminé  le  caractère  essen- 
tiellement pragmatique  de  la  peinture  qui  se  sert 
de  figures  imparfaites  (p.  577  ss.),  l'auteur  discute, 
dans  le  troisième  chapitre,  quatre  propositions 
de  Lessing  et  de  l'Esthétique  moderne,  sur  la 
sculpture. 

Le  résultat  auquel  arrive  le  P.  Jungmann  mon-, 
tre  au  lecteur  que  cette  discussion  était  néces- 
saire. Lessing  prétend  que  le  but  propre  de  la 
sculpture  et  de  la  peinture  est  de  représenter  la 
beauté  corporelle.  Or,  le  P.  Jungmann  prouve 
d'une  part,  (jue  l'argument  dont  Lessing  se  sert  à 
priori  pour  prouver  ce  qu'il  avance,  pèche  contre 
la  logique,  et  d'autre  part,  qu'il  ne  peut  s'accorder 
avec  la  vérité.  Lessing  prétend  (jue  chez  les  an- 
ciens, la  beauté  cori)orclle  formait  le  sujet  princi- 
pal des  arts  plastiques. 

Le  P.  Jungmann,  par  contre,  montre  encore  que 
cette  preuve  est  insuffisante,  d'après  les  lois  de  la 
logique,  et  appuie  son  opinion  par  des  faits  tirés 
des  œuvres  de  Schnaasc,  Lubke,  R.  O.  iMuUer, 
Rio,  Brunn,  et  parmi  les  anciens,  de  Xénophon, 
Cicéron,  Dio  Chrysostome  et  de  l'Anthologie 
grecque.  Il  prouve  donc  que  les  anciens  eux- 
mêmes  reconnaissaient  au.v  arts  plastiques  un  but 
beaucoup  plus  noble  et  plus  élevé. 

Signalons  aussi  la  réfutation  de  cette  propo.'-.i- 
tion  de  l'Esthétique  moderne,  d'après  laquelle  la 


Ti3ibIiograpï)ie. 


105 


sculpture  doit  se  borner  à  représenter  des  figures 
isolées  spéciales.  En  s'occupant  des  doctrines  de 
Lessing,  le  P.  Jungmann  est  naturellement  amené 
à  faire  la  critique  de  son  fameux  ouvrage,  le 
<iLaocoon'^ .  Sans  doute  ce  livre  prouve  une  grande 
sagacité  d'esprit  et  renferme  beaucoup  de  ré- 
flexions vraies.  En  lisant  cependant  la  critique 
que  le  P.  Jungmann  fait  des  propositions  fonda- 
mentales mêmes  de  ce  livre,  on  a  de  la  peine  à 
s'expliquer  l'enthousiasme  sans  bornes  qui  l'ac- 
cueillit à  sa  naissance,  et  le  prestige  immense 
dont  il  jouit  encore  à  présent.  En  fait,  l'ouvrage 
de  Lessing  prêche  le  plus  pur  réalisme.  Le  système 
de  Lessing  sur  les  arts  plastiques  ne  vit  son  ac- 
complissement que  dans  les  rêves  de  Schiller  sur 
«  la  forme  divinisée  »  et  sur  «  la  beauté  archi- 
tectonique  de  l'homme  ».  Pour  Schiller,  l'idéal 
de  ce  genre  est  la  déesse  du  Gnide,  c'est-à-dire,  la 
statue  en  marbre  de  l'hétaïre  nue  de  Praxitèle. 
De  là,  aux  blasphèmes  de  l'esthétique  panthéiste 
(Vischer)  d'après  lesquels,  le  dieu,  c'est  à-dire, 
l'homme  idéal  doit  son  existence  à  la  sculpture 
(p.  623,  ss.),  il  n'y  avait  qu'un    pas. 

Le  quatrième  chapitre  de  cette  partie,  s'occupe 
des  arts  plastiques  au  point  de  vue  religieu.x.  Le 
cinquième,  de  la  sculpture  et  de  la  peinture 
comme  arts  civils  et  hédoniques.  C'est  dans  le 
perfectionnement  des  degrés  inférieurs  de  la  pein- 
ture (genre,  nature  morte,  représentation  d'ani- 
maux, paysage)  et  dans  l'intérêt  qu'on  leur  porte, 
que  le  P.  Jungmann  aperçoit  avec  beaucoup  de 
raison  et  en  môme  temps  que  Sulzer.de  Lamen- 
nais et  F.  V.  Schlegel, la  décadence  de  la  peinture 
proprement  dite  (historique)  et  la  prédominance 
du  réalisme.  L'auteur  prouve  ensuite  d'une  façon 
aussi  originale  que  sérieuse,  qu'au  point  de  vue 
esthétique,  on  ne  peut  tolérer  la  nudité  dans  les 
arts  civils  ou  hédoniques. 

Nous  ne  nous  étendrons  pas  longuement  sur 
la  onzième  partie  qui  traite  de  l'éloquence,  ni  sur 
la  douzième  qui  traite  de  la  poésie,  ces  deux  sujets 
ne  rentrant  pas  dans  le  cadre  de  notre  revue. 

L'auteur  lui-même  traite  brièvement  de  l'élo- 
quence parce  qu'il  a  publié  séparément,  il  y  a  six 
ans,  une  théorie  de  l'éloquence  au  point  de  vue 
scientifique,  où  sont  exposés  les  principes  concer- 
nant l'Esthétique. Bornons-nous  à  dire  quel'auteur 
complète  la  définition  de  l'éloquence  telle  qu'elle 
était  en  usage  à  Rome  au  temps  de  Cicéron. 
Celle-ci  vaut  beaucoup  mieux  cependant  que 
toutes  celles  qui  ont  été  proposées  depuis.notam- 
ment  par  des  auteurs  français. 

Quanta  la  poésie,  l'auteur  détermine  sa  tâche 
propre  qui  consiste,  moyennant  la  parole, à  provo- 
quer des  sentiments  moralement  permis.  La 
poésie  est  ainsi  séparée  des  autres  arts  oratoires, 
et  qualifiée  d'après  son  essence  propre.  L'auteur 
attire  avec  beaucoup  de  raison  notre  attention  sur 


la  valeur  du  trésor  que  constituent  les  productions 
de  la  poésie  religieuse,  surtout  des  anciennes  poé- 
sies latines.  Mone  a  raison  en  lui  appliquant  prin- 
cipalement, au  point  de  vue  de  ses  rapports  avec 
la  musique,  les  paroles  qu'Ignace  le  ^lartyr  pro- 
nonçait au  sujet  du  christianisme  :  «  Elle  mérite 
toute  considération,  elle  possède  quelque  chose 
d'admirablement  grand.  »  En  effet,  malgré  sa 
métrique  ingénieuse,  la  poésie  antique  est  de 
beaucoup  surpassée  par  la  poésie  religieuse. 

De  même  que  dans  les  autres  parties,  nous  re- 
marquons dans  la  quinzième,  qui  traite  de  la  mu- 
sique,  une   remarquable  solidité   psychologique. 

La  musique  impressionne  physiologiquement 
le  jugement  sensible  (p.  782).  L'art  de  la  musique 
consiste  à  rehausser  les  créations  de  la  poésie  par 
la  mélodie  (p  782).  Cette  définition  nous  paraît 
neuve  également.  L'antiquité  ne  connaissait  pas, 
comme  notre  temps,  la  séparation  de  la  musique 
et  de  la  poésie;elle  considérait  comme  un  seul  art 
les  productions  delà  poésie  unies  à  la  mélodie, et 
c'est  ce  qu'elle  appelait  la  musique.  D'après  elle 
l'effet  et  le  but  de  la  musique  était  de  provoquer 
et  d'exprimer  des  sentiments  déterminés.  Cette 
manière  de  voir  a  été  modifiée  depuis  Bach  et 
Hàndel,  et  actuellement  la  poésie  est  regardée 
comme  un  art  propre  ;  de  même  en  est-il  de  la 
musique,  quoique  prise  dans  un  sens  plus  restreint. 
La  science  ne  s'est  pas  préoccupée  de  ce  change- 
ment essentiel  dans  la  manière  de  l'interprétation, 
elle  a  continué  à  attribuer  à  la  musique  (quoi- 
qu'elle ne  comprît  sous  ce  nom  autre  chose  que 
l'art,  qui  exclusivement  livre  l'élément  tonique, 
c'est-à-dire  la  mélodie)  la  même  activité  et  la 
même  disposition  qu'on  lui  donnait  dans  le  temps, 
alors  qu'on  l'entendait  dans  le  sens  de  la  liaison 
de  l'élément  tonique  avec  le  te.xte.  C'est  là  l'er- 
reur contre  laquelle  s'élève  Ed.  Hauslick,  et  avec 
raison  (Du  beau  musical).  Le  P.  Jungmann  est 
tout  à  fait  de  cet  avis,  et  son  opinion  est  la 
même:  la  musique  seule  est  incapable  d'inter- 
préter ou  d'occasionner  des  sentiments  détermi- 
nés (p.  846  ss.). 

Il  y  a  cependant  entre  eu.x  un  point  de  désac- 
cord; Hauslick  prétend  que  la  musique  instru- 
mentale est  la  musique  prise  dans  le  sens  propre. 
Le  P.  Jungmann  par  contre,  prouve,  et  cela  du 
témoignage  même  de  Hauslick,  que  la  musique 
instrumentale  proprement  dite,  ne  peut  être  com- 
ptée au  nombre  des  beaux  arts  (p. 852  ss.). 

Les  chapitres  traitant  du  champ  liturgique  et 
de  la  musique  «pseudo-liturgique»,  contiennent 
la  preuve  certaine,  que  tous  les  chrétiens  pieux 
doivent  préférer  le  chant  grégorien  pour  les  céré- 
monies liturgiques,  au  chant  en  mesure  (Benoit 
XI  V)._  Le  chant  polyphone  compris  dans  le  sens 
de  l'Ecole  romaine  a  obtenu  l'approbation  de 
l'Eglise,  c'est  pourquoi  il  est  parfaitement  toléré. 


i^^'  LniiAisoN. 


io6 


ïReiJue   De    l'art   c&rctien. 


11  résulte  de  ce  que  nous  venons  de  dire,  que 
les  messes  incomparables  de  Ha}'dn  et  de  Mo- 
zart sont  tout  à  fait  contraires  à  la  manière  de 
voir  de  Grégoire  le  Grand.  L'erreur  doit  nécessai- 
rement se  trouver  quelque  part;  ou  bien,  Am- 
broise,  Grégoire  et  tous  les  papes,  qui  après  lui 
ont  recommandé  et  même  ordonné  ces  mélodies, 
n'ont  pas  compris  l'essence  de  la  piété  et  des  sen- 
timents religieux,  ou  bien  les  compositeurs  pro- 
fanes des  deux  derniers  siècles  se  sont  trompés 
(p.  838  ss.). 

Entre  ces  deux  suppositions  le  choix  n'est  pas 
difficile  à  faire. 

L'auteur  étudie  ensuite  la  musique  comme  art 
profane  et  sa  manière  de  voir  sera  certainement 
l'objet  de  contestations.  Nous  ne  pensons  pas 
toutefois  qu'il  ait  à  s'en  inquiéter,  en  supposant, 
qu'on  discute  au  point  de  vue  de  la  science  et  du 
raisonnement. 

L'opéra,  la  fiction,  tels  qu'on  les  comprenait  au 
XVI I*=  siècle,  si  fécond  en  monstruosités,  sont 
condamnés  comme  une  absurdité  (p.  811  ss.). 
Cette  conséquence  découle  avant  tout  de  la  doc- 
trine enseignée  par  l'auteur  dans  la  troisième 
partie,  à  savoir  que  l'art  dramatique  ne  représente 
pas  un  sujet  au  moyen  de  paroles,  comme  c'est  le 
cas  dans  la  poésie,  mais  qu'il  imite  l'action,  c'est- 
à-dire,  qu'il  emploie  des  personnages  fictifs;  or, 
entre  les  personnages  fictifs  et  l'élément  musical, 
l'accord  naturel  est  difficile  ;  par  contre,  l'union 
de  cet  élément  musical  avec  la  parole,  est  parfai- 
tement naturelle  pour  l'e.xposition  de  la  poésie. 
La  conséquence  de  cette  manière  de  voir  trouve 
sa  confirmation  dans  les  opinions  de  Schopen- 
hauer,  Sulzer,  Alparotti,  Riehl  et  surtout  dans 
deux  témoignages,  dont  l'un  appartient  à  Richard 
Wagner  et  l'autre  à  Ed.  Hauslick. 

Dans  la  quatorzième  partie,  l'auteur  s'occupe 
de  deu.x  questions  bien  intéressantes:  <Kdugoût  » 
et  «  de  la  cause  de  la  grande  diversité  des  juge- 
ments esthétiques  ».  Ici  encore,  la  plupart  des 
preuves  sont  tirées  de  Platon,  Aristote,  Cicéron 
et  saint  Thomas  d'Aquin. 

—  L'Esthétique  constitue  une  des  sciences 
les  plus  difficiles;  il  est  donc  nécessaire  que  dans 
un  ouvrage  traitant  de  cette  science  et  en  traitant 
sérieusement  se  trouvent  quelques  chapitres,  qui, 
pour  bien  être  compris,  demandent  des  con- 
naissances philosophiques  assez  peu  communes 
de  nos  jours.  De  ce  nombre  est  la  seconde 
partie,  où  il  est  question  de  la  bonté,  de  l'amour 
et  de  la  jouissance  (p.  52-96)  ;  ce  sont  des  con- 
naissances, dont  Schiller  même  a  reconnu  la 
nécessité  pour  ceux  qui  veulent  étudier  l'Es- 
thétitjue. 

Cependant  le  P.  Jungmann  a  réussi  à  rendre  la 
majeure  partie  de  son  livre  compréiiensible  pour 
tout  homme  instruit,  plus   compréhensible  cer- 


tainement que  les  productions  abstruses  de 
l'Esthétique  formaliste  et  panthéiste. 

Il  a  réussi  en  outre,  à  en  rendre  la  lecture  at- 
trayante, chose  rare  pour  les  œuvres  traitant  de 
sujets  aussi  philosophiques,  grâce  au  grand  nom- 
bre de  témoignages  invoqués  et  pour  ainsi  dire 
tissés  dans  l'exposition,  au.x  passages  non  moins 
nombreux  des  poètes  les  plus  célèbres  des  temps 
anciens  et  modernes,  aux  traits  tirés  de  l'histoire 
des  beaux-arts.  Celui  qui  veut,  sans  se  vouer  spé- 
cialement à  l'étude  de  l'Esthétique,  connaître  ce- 
pendant les  différents  sj^stèmes  qui  se  sont  suc- 
cédé, en  avoir  une  idée  exacte  et  pouvoir  appré- 
cier leur  valeur,  peut  se  borner  à  lire  le  livre  du  P. 
Jungmann. 

L'analyse  qui  précède  suffira  pour  que  nos  lec- 
teurs puissent  se  faire  une  idée  de  l'importance 
de  l'ouvrage  du  P.  Jungmann  au  point  de  vue  de 
l'art  chrétien.  Les  grandes  questions  du  réalisme 
dans  l'art,  du  nu  dans  la  statuaire  et  la  peinture, 
de  la  supériorité  de  l'architecture  gotliique  au 
point  de  vue  religieux,  de  la  convenance  de  cette 
même  architecture  aux  besoins  de  la  vie  civile,  y 
sont  discutées  et  résolues. 

Nous  aurions  bien  quelques  réserves  à  faire  non 
pas  sur  les  conclusions  auxquelles  l'auteur  arrive, 
mais surles  méthodesdedémonstrationemployées 
parfois.  Ainsi,  nous  croyons  qu'il  y  a  moyen  de 
démontrer  avec  plus  de  rigueur  la  supériorité  du 
style  gothique  sur  tous  les  autres  styles,  pour  nos 
contrées.  Nous  ne  pouvons  pas  admettre  non  plus 
que  la  cathédrale  de  Cologne,  prise  dans  son  en- 
semble, soit  le  chef-d'œuvre  de  l'architecture  ogi- 
vale et  surpasse  tous  les  autres  monuments 
(page  497). 

Peut-être  l'auteur  aurait-il  pu  choisir  comme 
type  d'hôtel  de  ville  un  meilleur  exemple  que  ce- 
lui de  Munster. 

Mais  ce  sont  là  des  critiques  de  détail,  nous 
n'aimons  pas  les  comptes-rendus  qui  ne  renfer- 
ment que  des  éloges,  et  elles  ne  nous  empêchent 
en  aucune  face  de  reconnaître  la  valeur  absolu- 
ment supérieure  de  l'ouvrage  du  P.  Jungmann  et 
de  le  recommander  vivement  à  nos  lecteurs. 

Nous  nous  réjouissons  de  posséder  enfin  un 
ouvrage  complet  d'Esthétique,  capable  de  rendre 
service  aux  catholiques. 

Le  P.  Jungmann  a  dédié  son  livre  à  Auguste 
Reichcnsperger,  le  membre  bien  connu  du  centre 
au  Reichstag  allemand,  qui  a  tant  fait  pour 
l'achèvement  du  ilôme  de  Cologne  et  qui,  depuis 
des  années,  travaille  avec  un  zèle  que  l'âge  ne  di- 
minue pas  à  la  restauration  des  vrais  principes 
artistiques. 

Quant  à  l'exécution  typographique,  la  nouvelle 
édition  est  bien  supérieure  à  la  première  et  fait 
honneur  à  la  librairie  Ilerdcr  de  h'ribourg  qui  en 
est  à  la  fois  l'imprimeur  et  l'éditeur. 


ns 


BiùUograpfjic. 


107 


Le  texte  est  enrichi  de  neuf  illustrations,  parmi 
lesquelles  nous  citerons  pour  la  perfection  la  pho- 
totypie  de  la  Sainte  Cène  de  Léonard  de  Vinci,  et 
pour  la  nouveauté  la  Vierge,  peu  connue  et  fort 
remarquable,  de  la  bannière  de  Strasbourg.  Il 
nous  reste  à  exprimer  un  vœu:  celui  devoir  pu- 
blier le  plus  tôt  possible  une  traduction  française 
de  l'ouvrage  du  P.  Jungmann.  Nous  sommes 
convaincu  qu'elle  trouverait  un  grand  nombre 
de  lecteurs  et  aurait  une  influence  considérable 
sur  les  progrès  de  l'art  chrétien.  X. 


COLLKCTION  DKS  DÉCRKTS  AUTHEN- 
TIQUES DE  LA  SACRÉE  CONGRÉGATION  DES 
RITES,  par  Ms""  X.  Barbier  de  Montault,  prélat  de  la 
Maison  de  Sa  -Sainteté.  Huit  volumes  de  500  pp., 
renfermant  plus  de  sept  mille  décisions,  depuis  la 
fondation  de  la  Congrégation  des  Rites  par  le  pape 
Sixte-Quint,  en  15S7,  jusqu'à  l'année  1870.  —  Prix 
net,  franco  24  fr. 

L'importance  du  recueil  complet  des  décrets 
authentiques  de  la  Sacrée  Congrégation  des 
Rites,  augmente,  à  raison  du  retour  générai  à  la 
liturgie  romaine  et  des  études  auxquelles  se  livre 
le  clergé  pour  que  les  cérémonies  du  culte  soient 
accomplies  dans  l'ordre  légitime  et  canonique. 

Pendant  plus  de  deux  siècles,  on  n'eut  pas 
d'édition  authentique  des  décrets  de  la  Congré- 
gation des  Rites  ;  on  ne  les  connaissait  que  par 
les  citations  qu'en  faisaient  les  écrivains  qui 
étaient  en  position  d'être  exactement  informés  ; 
ainsi,  Gavantus,  Merati,  Cavaliéri,  Benoit  XIV, 
et  autres  qui  habitaient  Rome. 

En  1808,  le  cardinal  de  la  Somaglia,  préfet  de 
la  Sacrée  Congrégation,  fit  entreprendre  l'édition 
authentique  connue  sous  le  nom  de  Gardellini, 
qui  surveilla  l'impression.  L'édition  a  été  con- 
tinuée, et  plusieurs  volumes  ont  été  ajoutés  à 
l'reuvre  primitive. 

Cette  édition  est-elle  complète  ?  Il  faut  se 
garder  de  le  penser.  En  effet,  des  décrets  soit 
anciens,  soit  modernes,  se  retrouvent  en  original 
ou  en  copie  authentique,  dans  les  bibliothèques 
et  les  archives,  aussi  bien  que  dans  les  livres  et 
revues  qui  traitent  de  matières  ecclésiastiques. 

En  1863  et  1865,  trois  mille  décrets  qui  ne 
sont  pas  dans  Gardellini.  ont  été  publiés  dans 
les  Analecta  jiiris pontifiai,  d'après  les  registres 
authentiques  de  la  Sacrée  Congrégation  des  Rites. 

Réunir  en  un  seul  corps  ces  éléments  dispersés, 
tel  a  été  le  but  de  cette  collection  nouvelle,  qui 
a  le  mérite  de  grouper  et  de  coordonner  toutes 
les  décisions  qui   ont  paru  jusqu'à  ce  jour. 

Les  décrets  se  succèdent  suivant  l'ordre  chro- 
nologique. La  première  édition  de  Gardellini 
commençait  à  l'an  1600;  on  ne  savait  rien  des 
actes    de    la    Sacrée  Congrégation    tlurant    les 


treize  premières  années  de  son  existence.  Gar- 
dellini retrouva  plus  tard  les  anciens  décrets, 
qu'il  croyait  perdus  sans  remède  ;  il  les  publia 
à  la  fin  de  son  cinquième  volume.  L'édition 
nouvelle  les  a  reportés  à  leur  véritable  place, 
dans  l'ordre  chronologique.  L'éditeur  a  agi  de  la 
même  manière  par  rapport  aux  trois  mille 
décrets  nouv'eaux  que  \c?,  Analectajuris pontificii 
ont  fait  connaître. 

Chaque  décret,  dans  cette  édition,  porte  en 
titre  un  sommaire  en  français  et  le  nom  en  latin 
du  diocèse  pour  lequel  il  a  été  rendu.  Vient 
ensuite  le  texte  même  du  décret,  dans  son 
intégrité.  On  a  traduit  en  français  les  suppliques 
qui  étaient  en  langue  italienne,  en  sorte  que  les 
lecteurs  français  ne  perdront  rien  de  la  précieuse  . 
collection.  Les  décisions  de  la  Sacrée  Congré- 
gation sont  toujours  rédigées  en  latin,  sauf  de 
rares  exceptions. 

Les  décrets  publiés  dans  ce  recueil  ont  trait 
à  la  célébration  du  saint  sacrifice  de  la  messe, 
à  la  célébration  des  offices  divins,  aux  cérémo- 
nies solennelles  ou  particulières,  à  l'interpréta- 
tion des  rubriques  générales,  à  l'administration 
des  sacrements,  à  la  répression  des  innovations, 
des  usages  blâmables  et  des  abus. 

On  y  trouve  aussi  tout  ce  qui  concerne  la 
correction  et  la  pureté  du  texte  des  livres  litur- 
giques, qui  sont  :  le  bréviaire,  le  missel,  le  mar- 
tyrologe, le  pontifical,  le  cérémonial  et  le 
rituel.  On  y  remarque  également  l'approbation 
des  offices,  des  hymnes  et  autres  prières  spéciales. 

Les  huit  volumes  renferment  plus  de  sept 
mille  décisions,  comme  il  a  été  dit  plus  haut. 
On  se  perdrait  dans  ce  labyrinthe  si  l'on  n'y 
était  guidé  par  un  fil  conducteur.  Non  seulement, 
chacun  des  huit  volumes  est  orné  de  sa  table 
particulière,  disposée  dans  l'ordre  alphabétique, 
de  manière  à  rendre  les  recherches  promptes 
et  faciles  ;  mais  l'éditeur  a  placé  à  la  fin  du 
dernier  volume  une  table  générale  des  matière-; 
de  toute  la  collection.  Une  troisième  table  fait 
connaître  par  ordre  alphabétique  les  diocèses 
qui  ont  consulté  la  Congrégation  et  donné  occa- 
sion  aux  décisions. 

Cette  édition  a  été  etitrcprise,  coordonnée  et 
achevée  sous  la  surveillance  de  Mgr  Karbier  de 
Montault,  prélat  domestique  du  Saint  Père.  Son 
Émincnce  le  cardinal  Donnet  voulut  bien  accep- 
ter la  dédicace. 

L.  Ch.-\illot. 


LES  ARTS  A  LA  COUR  D'AVIGNON  SOUS  CLÉ- 
MENT V  ET  JEAN  XXII,  par  M.WRicE  F.^ucon. 
—  In-S'"  de  124  PI),  avec  2  pi. —  Paris-Thorin  18S4.  — 
Extrait  des  Alclanges  d'Art/i(flh\i:;ie  et  d' Histoire.  (Ecole 
rran(5aise  à  Rome.) 


io8 


iReuuc   De   rart  cbrcticn. 


MM.  Faucon,  en  dépouillant  les  registres 
des  comptes  du  trésor  pontifical  conser- 
vés aux  archives  secrètes  du  Vatican,  a  pu  en  ex- 
traire les  matériaux  d'une  étude  pleine  d'intérêt, 
sur  les  arts  à  la  cour  des  papes  d'Avignon,  et  sur 
la  vie  privée  de  Clément  V  etde  Jean  XXII.  A  ce 
double  point  de  vue,  le  travail  que  nous  signalons 
abonde  en  données  nouvelles.  Les  noms  d'artistes 
sont  très  nombreux  dans  ses  extraits  de  comptes. 

Quand  Clément  Vchoisit.en  i309,Avignonpour 
résidence, ilnesemble  pas  avoirpenséàrendrecettc 
résidence  définitive;  il  ne  prévit  pas  que  ses  suc- 
cesseurs fixeraient  leur  cour  sur  les  bords  du 
Rhône.  Aussi,  point  d'édifices  nouveaux,  pas  d'ar- 
chitectes ni  de  peintres  pour  les  décorer.  Un 
orfèvre  siennois,  maître  Tauro,  suffit  à  ses  besoins 
et  à  ses  libéralités. 

A  l'avènement  de  Jean  XXII,  les  choses  chan- 
gent de  face.  Le  palais  est  agrandi,  les  princi- 
pales églises,  Notre- Dame-de-Domps,  Saint- 
Étienne,  Sainte-Madeleine,  les  Carmes,  sont  répa- 
rées, agrandies  et  couvertes  de  peintures, et  Notre- 
Dame  du  Miracle  est  tout  entière  érigée  par  les 
soins  du  Pape:  sa  munificence  s'étend  même  sur 
les  églises  et  monastères  des  environs.  Son  neveu 
Armand  de  Nice  élève  le  Petit  Palais. 

Alors  se  forme  une  école  locale  d'artistes,  et  à 
leur  tète  Guillaume  Cucuron,  qui,  de  1316a  1322, 
dirige  comme  architecte,  les  nombreux  travaux 
dus  à  l'initiative  du  pape.  A  côté  de  lui  se  place 
Pierre  de  Gauriac,  et  au-dessous,  Pierre  Aude- 
bert,  Mezier,  Escudier,  Rostaing  de  Morières, 
Guillaume  d'Aramon,  Béranger  Bermont,  Ray- 
naud  Ebrard,  etc. 

Les  architectes  appellent  les  peintres.  Le  prin- 
cipal est  le  frère  Pierre  du  Puy  (13 17-1327)  qui 
dirige  une  légion  d'artistes.  Il  a  pour  seconds 
Pierre  Gaudrac  et  Carmellagne,  et  pour  disciples 
distingués,  Pierre  Massonier  et  l'anglais  Thomas 
Daristot.Ces  artistes  peignaient  des  retables  et  des 
tableau.K  d'église  en  même  temps  qu'ils  exécu- 
taient des  décorations  murales;  et  autour  de  ces 
maîtres  se  presse  une  foule  d'ouvriers  presque  tous 
français.  L'art  italien,  qu'on  avait  cru  longtemps 
importé  à  Avignon  par  Giotto  lui-même,  n'y  eut 
en  réalité  de  représentants  que  sous  Clément  VI, 
à  la  venue  de  Simone  Martini,  précurseur  d'un 
groupe  d'artistes  toscans  ou  ombriens.  L'in- 
fluence ultramontaine  s'accuse  seulement,dès  l'ori- 
gine, dans  le  domaine  de  l'orfèvrerie.  Sous  les 
auspices  de  l'argentier  de  Clément  V,  maître 
Tauro  forma  toute  une  colonie  siennoise. 

Telles  sont,  en  résumé,  les  conclusions  de  cette 
étude  consciencieuse,  que  ne  peut  ignorer  celui 
qui  s'intéresse  de  près  à  l'histoire  de  notre  art 
national. 


LKS  SYMBOLES  DE  LA  SAINTE  TRINITÉ. 
ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE  par  Eug.  Van  Robays, 
de  la  comp.  de  Jésus.  (Extrait  des  Précis  historiques.) 
—  In-S°  de  48  pp.  —  2  pi.  lith. —  Bru.xelles,  Vromant, 
1876.  ■ — •  2,00  fr. 

Le  R.  P.  Van  Robays  a  rendu  service  aux  ama- 
teurs d'archéologie  religieuse  et  surtout  aux  artis- 
tes, en  résumant,  avec  une  précision  méthodique, 
qui  n'exclut  pas  un  style  élégant,  un  important 
chapitre  de  l'iconographie  chrétienne.  Cette 
science  d'une  utilité  si  pratique  devrait  être 
enseignée  dans  toutes  les  écoles  d'art  et  de  dessin  ; 
on  devrait  en  écrire  un  petit  traité  à  mettre  entre 
les  mains  des  collégiens  à  la  place  du  diction- 
naire de  mythologie.  Ce  traité  n'est  pas  fait.  Les 
Didron,  les  Crosnier,  les  Cahier,  et,  de  nos  jours, 
des  archéologues, parmi  lesquelssedistingue  notre 
collaborateur,  M.  le  C"=  Grimouard  de  St-Laurent, 
en  ont  préparé  les  matériaux.  Mais  on  trouve  peu 
d'écrits  qui  mettent,  comme  la  brochure  que  nous 
signalons,  ces  connaissances  à  la  portée  de  ceux 
qui  pratiquent  la  peinture,  la  sculpture  et  l'ima- 
gerie. 

L.   C. 


LE   RELIQUAIRE  DE  L'EGLISE  D'AUGNAT(en 

Auvergne),  par  M,  l'abbé  GuÉLON,  curé  de  la  Salvetat.  — 
Clermont-Ferrand,  Thibaud,  lib.  1S83,  in-8°. 

On  lit  dans  la  Revue  Lyonnaise  : 

Les  anciens  émaux  sont  devenus  des  plus  rares.  Con- 
servés jadis  dans  les  trésors  de  nos  églises  où  les  avaient 
apportés  les  pieux  pèlerins  qui  allaient  visiter  les  Lieux- 
Saints  et  les  chevaliers  des  croisades,  ces  objets  d'art  ont 
péri  poui  la  plupart  dans  nos  guerres  de  religion  ou  ont 
été  brisés  par  la  Révolution.  C'est  donc  aujourd'hui  une 
véritable  bonne  fortune  pour  les  amis  des  arts  c|uand  ils 
peuvent  en  rencontrer  un,  qui  a  survécu  au  naufrage  de 
tant  de  monuments  si  précieux.  Au  nombre  des  chercheurs 
heureux  est  I\L  l'abbé  Guélon,  un  archéologue  distingué, 
curé  d'une  paroisse  dans  les  montagnes  de  l'Auvergne,  où 
se  dresse  encore  l'un  de  ces  admirables  châteaux-forts 
élevés  par  les  Templiers  dans  leurs  commanderies.  Dans 
l'antique  église  de  cette  humble  bourgade  se  rencontre 
même  encore  une  statue  en  cuivre  repoussé  très  ancienne, 
et  dont  de  riches  amateurs  offrent  des  sommes  considéra- 
bles, mais  la  fabrique  a  raison  de  refuser.  'SI.  l'abbé  Gué- 
lon n'a  pu  manquer  de  donner  une  description  de  cette 
statue  en  même  temps  qu'il  écrivait  d'une  façon  si  intéres- 
sante la  monographie  de  sa  localité. 

Le  reliquaire  qui  fait  l'objet  de  sa  nouvelle  publication 
existe  dans  l'église  d'Augnat  (Puy-de-Dôme);  il  a  la  forme 
d'une  maison  dont  le  toit,  à  double  pente,  est  couronné 
par  une  galerie  ajourée.  Sa  hauteur  est  de  quinze  centimè- 
tres, sa  largeur  de  seize.  Son  ossature  est  recouverte  de 
huit  planches  en  cuivre  rouge  doré  de  deux  à  trois  milli- 
mètres d'épai-seur,  creusées  au  burin  et  émaillées  par  pla- 
ces. Vu  à  distance,  tout  ce  coffret  ressemble  ù  une  mosaï- 
que ;  malheureusement  il  manque  quelques  parties  de  son 
ornementation  primitive.  Mais  on  y  voit  encore  sur  un  fond 
bleu  semé  de  fleurons,  trois  cavaliers  couronnés  dont  la 
tête  est  repoussée  et  eu  relief  sur  la  plaque  ;  on  peut  y 
reconnaître  l'arrivée  des  rois  Mages  à  Bethléem  ;  la  plaque 
correspondante  devait  représenter  W-ldoralion.  Sur  les 
petites  faces  sont  les  images  de  sainte  Madeleine  et  de 


TJ5i&liograpf)i  c. 


109 


sainte  Marthe.  Tout  dans  cet  objet  d'art  rappelle  les  œuvres 
byzantines  de  la  fin  du  onzième  ou  des  premières  années 
du  douzième  siècle  que  possèdent  encore  les  églises  d'Albi, 
de  la  Guêne  dans  la  Corrèze,  de  Saint-Aurélien  à  Limoges 
et  d'autres  localités  du  Limousin. 

Ce  reliquaire  caché  dans  la  poussière  d'une  sacristie 
était  pour  ainsi  dire  inconnu.  On  ne  peut  donc  que  savoir 
gré  à  M.  l'abbé  Guélon  de  lui  avoir  consacré  une  notice 
spéciale  et  de  l'avoir  représenté  sur  deux  planches  jointes 
à  son  intéressante  étude. 


M.  Jacques  de  Falke  vient  de  publier  à  Stutt- 
gart (VV.  Spemann),  un  livre  d'un  très  grand 
intérêt  :  c'est  V Esthétique  des  industries  d'art, 
véritable  guide  et  conseiller  pour  les  collection- 
neurs des  musées,  les  professeurs,  etc.  M.  Falke 
est  déjà  l'auteur  de  deux  ouvrages  très  estimés 
en  Allemagne  et  Autriche.  Ce  sont  :  l'Art  dans 
la  Maison  {Knnst  un  Hause)  et  l' Histoire  du 
goût  moderne  (Geschichte  des  modernen  Gesch- 
inackes). 


M.  Louis  Fagan,  l'un  des  conservateurs  du 
Cabinet  des  Estampes  au  British  Muséum,  dans 
son  ouvrage  intitulé  Collectors  Marks,  est  parvenu 
à  réunir  non  moins  de  688  chiffres,  monogram- 
mes, écussons,  devises  et  autres  signes  gravés  et 
à  les  classer  de  manière  à  faciliter  les  recherches 
aux  intéressés. 


Bcrioïiiqtie0. 

LE  RÈGNK  DE  JÉSUS-CHRIST    ('). 

(Revue  illustrée  du  Musce  et  de  la  Bibliothique  eucharisti- 
ques de  Paray-le-RIonial). 

Sommaire  du  n°  de  juillet  i  884. 

Texte.  I.  L! œuvre  :  Une  première  année  (suite),  le 
Secrétaire  de  la  rédaction.  —  IL  Symbolisme  dans  les 
vitraux  de  Saint-Etienne  du  Mont,  K.  P.  Fristot,  -S.  J.  — 
m.  Le  comte  de  Chambord,  un  témoin.  —  IV.  Le 
Miracle  de  Bolsène,  M'^'"  X.  Barbier  de  Montault.  — 
V.  Monuments  de  l'Eucharistie,  A.  F.  —  E.  de  L.  —  A.  S. 

—  VI.  L'art  chrétien  et  l'Eucharistie,  M.  Grimouard  de 
S'  Laurent.  —  VII.  Catalogue  du  Musée  eucharistique  de 
Paray-le-Monial.  —  VIII.  Adresse  des  catholiques  français 
à  l'Equateur. 

Illustrations.  Brique  de  Kassrin,  similigravure  Petit. 

—  Messe  de  Caravaca,  héliogravure  Dujardin.  —  Bijoux 
chrétiens,  phototypie  Quinsac.  —  Les  Evangélistes, 
phototypie  Braun. 

Sommaire  du  n°  d'octobre. 

Texte.  I.  L'œuvre  :  Les  etïluves  du  divin  Cœur,  E.  de 
L.  —  IL   Le  premier  miracle   eucharistique  :   Emmaiis 

I.  Lepii-xest  de  10  frs.  pour  la  France  et  de  12  frs.  pour  l'étran- 
ger, payés  d'avance. 


R.  P.  Fristot,  S.  J.  —  III.  Le  reliquaire  du  saint  corporal 
d'Orvieto,  M»-''^  X.  Barbier  de  iMontault.  —  IV.  Monuments 
de  l'Eucharistie,  l'abbé  Chabeau,  E.  de  L.  —  A.  de  S.  — 
V.  L'art  chrétien  et  l'Eucharistie  (IV"=  article)  M.  Gri- 
mouard de  St-Laurent.  —  VI.  Catalogue  du  Musée 
Eucharistique,  A.  de  S.  —  VII.  Les  nouvelles  du  Règne, 
le  Secrétariat.  —  VIII.  Index  synthétique  des  deux  pre- 
mières années  de  la  Revue,  E.  de  L.  —  IX.  Table  des 
articles  de  l'année  1884. 

Illustrations.  Châsse  du  Vigean  et  reliquaire  de 
Salins,  similigravure  Petit.  —  L'exposition  du  corporal 
d'Orvieto,  héliogravure  Dujardin.  —  Predella  au  Musée 
Borely,  phototypie  Quinsac.  —  Le  triomphe  des  docteurs, 
phototypie  Braun. 

CETTE  élégante  et  estimable  revue  eucha- 
ristique que  nous  recommandons  chaude- 
ment à  nos  lecteurs,  est  en  quelque  sorte  une 
publication  d'art  chrétien,  tant  il  est  vrai  que  la 
foi  et  l'art  sont  inséparables.  Chaque  livraison 
contient  un  ou  plusieurs  articles  pleins  d'intérêt 
pour  l'artiste  et  l'archéologue. 

Quelles  belles  et  savantes  pages  d'iconographie 
chrétienne  nous  donne  le  R.  P.  Fristot  dans  la 
livraison  de  Juillet  dernier  en  nous  expliquant  le 
thème  des  vitrau.x  de  la  chapelle  des  catéchismes 
à  Saint-Etienne  du  Mont.  On  sait  que  cette  église 
est  un  véritable  musée  de  peintures  sur  verre  du 
XVF'siècle,  où  l'on  a  rassemblédes  œuvres  remar- 
quables des  premiers  artistes  de  cette  époque,  tels 
que  Jean  Cousin,  Claude  Henriet,  Enguerrand 
Leprince,  Pinaigrier,  Nicolas  Lavasseur,  etc.. 
Quoique  d'origines  diverses,  ceux  dont  s'occupe 
le  R.  P.  Fristot  forment  dans  leur  ensemble  une 
magnifique  synthèse  qui  embrasse  l'histoire  de 
l'Eucharistie  tout  entière. 

Le  sens  symbolique  de  ces  œuvres  pleines  de 
science  théologique  est  expliqué  par  l'auteur 
avec  autorité,  à  l'aide  des  textes  sacrés,  en  quel- 
ques pages  qui  deviendront  classiques  dans  les 
futurs  traités  d'iconographie.  Ceux  qui  auront  lu 
le  commencement  de  ce  travail  que  contient  la 
livraison  de  Juillet  du  Règne,  seront  impatients 
d'en  voir  paraître  la  suite. 

Le  Règne  reproduit  en  phototypie  une  des 
fresques  d'Ygolin  de  Prête  {XW"  siècle),  à  la 
chapelle  du  Saint-Corporal  d'Orvieto.  Cette 
planche  a  pour  commentaire  un  article  sur  le 
Saint  Corporal.  Aidé  de  photographies,  de 
notes  prises  sur  place  par  M.  de  Sarachaga,  de 
documents  conservés  à  la  Bibliothèque  de  Paray- 
le-Monial,  et  de  divers  écrits.  Mgr  Barbier  de 
Montault,  qui  a  l'habitude  d'épuiser  les  sujets  qu'il 
aborde,  se  livre  à  une  enquête  minutieuse  sur  le 
miracle  dont  le  saint  corporal  fut  l'objet,  sur  les 
écrits  qui  en  ont  parlé,  et  les  reliques  qu'on  con- 
serve du  saint  Sang  répandu  sur  le  corporal  et  les 
pierres  de  l'autel  de  Bolsène.  A  son  tour  il  l'ana- 
lyse sous  les  différents  points  de  vue  de  la  liturgie. 


1  lO 


IReouc   De   l'art   cïjrctien. 


de  l'architecture,  de  l'iconographie,  de  l'émaillerie 
et  du  symbolisme. 

Signalons  encore  dans  le  même  numéro  une 
planche  reproduisant  divers  bijoux  chrétiens  du 
VI*^  siècle  (musée  du  Prado  à  Marseille).  Plusieurs 
Semaines  religieuses  ont  fait  naguère  une  excel- 
lente campagne  en  faveur  de  la  croix,  présentée 
avec  raison  comme  la  plus  belle  parure.  Les  bi- 
joux dont  il  s'agit  viennent  à  l'appui  de  cette 
propagande,  qui  n'a  du  reste  pas  été  sans  succès. 
Les  femmes  du  VL'  siècle  prêchent  d'exemple. 
Exhumés  de  la  poussière  et  de  la  cendre  de  leurs 
tombeaux,  ces  objets  en  apparence  frivoles, 
apportent  à  leur  postérité  lointaine  de  touchants 
enseignements.  Défuntes,  elles  parlent  à  leurs 
jeunes  sœurs  et  à  leurs  très  arrières  petites- 
filles. 

Nous  avons  en  outre  à  relever  une  note  sur  une 
brique  découverte  en  Tunisie,  dans  une  basilique 
du  111'=  siècle,  et  offrant  un  emblème  eucharis- 
tique ;  deux  paons  qui  se  désaltèrent  dans  un 
calice. 

Enfin,  une  nouvelle  planche,  de  tapisserie  de 
Rubens,  à  Madrid,  nous  offre  la  scène  du  triomphe 
des  Evangélistes. 

M.  le  comte  de  Grimouard  de  Saint-Laurent 
poursuit  son  étude  sur  l'esthétique.  Nous  ne  citons 
que  pour  mémoire  la  continuation  dtin  travail 
que  nous  aurons  plus  tard  à  examiner  dans  son 
ensemble  :  L Art  cliréticn  et  l' Eucharistie,  par  M. 
le  comte  de  Grimouard  de  Saint-Laurent. 

Sous  ce  titre  :  Le  premier  miracle  euchai-istiquc, 
le  R.  P.  Fristot  nous  donne  une  étude  sur  l'his- 
toire et  l'iconographie  du  miracle  d'Emmaiis. 

De  quelle  nature  était  la  cène  que  Notre-Sei- 
gneur  accomplit  avec  les  deux  disciples  d'Em- 
maiis? De  quelle  façon  se  manisfesta-t-il  à  eux 
dans  la  fraction  du  pain?  —  Renouvela-t-il  la 
cène  du  cénacle,  avec  la  consécration?  Laquelle 
des  bourgades  d'U'mouas,  El-Koubeileh  et  Ko- 
louneih,  eut  le  privilège  d'être  témoin  de  l'évé- 
nement. Telles  sont  les  questions  que  l'éminent 
écrivain  étudie  à  l'aide  du  texte  de  saint  Luc,  des 
témoignages  anciens,  de  l'exégèse  du  récit  évan- 
gélique,  et  de  données  archéologiques.  La  ques- 
tion iconographique  qu'il  envisage  dans  son  livre 
nous  intéresse  particulièrement,  non  seulement  à 
cause  du  grand  nombre  d'œuvres  remarquables 
que  cet  épisode  évangélique  a  inspirées  aux  diffé- 
rentes branches  de  l'art,  mais  par  suite  de  l'écla- 
tante confirmation  que  l'interprétation  tradition- 
nelle reçoit  de  la  façon  dont  les  maîtres  de  di- 
verses écoles  ont  rendu  Vagnoverunt  eu  m  infrac- 
tione  panis.  La  plus  ancienne  représentation  du 
mystère  d'Emmaiis  connue  remonte  au  111'= 
siècle  (vue  du  musée  Kircher  à  Rome).  La  scène 
la  plus  comrrumément  reproduite,  était  celle  du 


repas,  la  même  qui  est  représentée  dans  la  jolie 
image  éditée  par  la  maison  de  Saint-Jean  l'Evan- 
géliste,  à  Tournai,  que  nous  reproduisons  ici. 


La  première  des  planches  de  la  livrai- 
son d'octobre  représente  deux  scènes  extraites 
d'une  châsse  en  cuivre  doré  et  émaiUé,  celle  de 
Saint-Pantaléon,  à  Salin  (Cantal)  ;  le  sujet  est 
le  martyre  de  sainte  Procule.  Une  des  fresques 
d'Ugolin  de  Prêle  à  la  chapelle  du  Saint-Corpo- 
ral  d'Orvieto,  celle  qui  représente  l'e.xposition  du 
saint  Corporal  et  de  l'Hostie  (belle  phototypie), 
un  socle  de  tabernacle  du  musée  Borely  à  Mar- 
seille (XVI"=  siècle),  et  un  nouveau  panneau  de 
tapisserie  de  Rubens  à  Madrid,  (le  triomphe  des 
Docteurs)  tels  sont  les  sujets  des  trois  autres. 


REVUK   LYONNAISE. 

Sommaire  du  n"  kl;  mai  1S84. 

Un  réformateur  au  dix-septiime  siècle,   par  E.  Char- 
VÉRIAT.   —    Trois    mois  à    Venise  (suite  et  fin),    par 

AMliROISE  Tardieu.  —  Les  Sculpteurs  de  Lyon  du 
XIV"  au  X 1 7/1'  siècle  (suite  et  fin),  par  N  ArALis  Rondot. 

—  Un  déjeuner  à  Antilies,  par  FRANÇOIS  COLLET.  — 
Les  trésors  des  églises  de  Lyon  (suite),  par  LÉOPOLD 
NiEPCE.  — Lettre  à  M.  Paul  Mariéton,  par  FRÉDÉRIC 
MlSTR.\L.  —  La  chanson  des  Yeux,  poésie,  par  P.  M.  — 
Li sètpoiitoun, chanson pro7'encale,  par  TeobOR  AuiîANEL. 

—  Lou parage  de  Clapoli,  chanson pro7u'n(;ale,  par  Ai.Iîert 
Arnavielle.  —  La  Rouîlo,  poésie,  par  L.  liE  Berluc- 
Perussis.  —  Bllil.locjRAPHIE  :  Revue  critique  des  livres 
nouveau.x.  —  Sociétés  savantes.  —  Chronique.  —  Som- 
maire des  Revues. 


TBibliograp&ic. 


I  j  I 


Sommaire  du  n°  de  juin. 

Ascension  du  ballon  le  Gustave,  à  Lyoti,  juin  1784.  — 
Le  centenaire  de  Montoolfier,  août  iSSj,  par  RAOUL  DE 
Gazenove.  —  Un  lyonnais  :  Fn'iiiont,  par  Xavier 
Marmier,  de  l'Acadifmie  française.  —  Notice  sur  7en 
Manuscrit  de  la  Légende  dorée,  de  la  bibliothèque  de  Mâcon, 
par  le  Comte  de  SOULTRAIT.  —  Vital  de  l'alous,  sa 
vie  et  ses  œuvres,  par  A.  Vachez.  —  Rimes  riches,  poésies, 
par  François  Collet.  —  Le  Congres  des  Sociétés  savan- 
tes, 1SS4,  par  Henri  StEIN.  —  Pensées  (suite),  par 
Joseph  Roux.  —  La  Rouina?iço  de  Jacoumino,  poésie, 
par  FÉLIX  Gras.  —  A  las  estelos,  poésie  languedocienne, 
avec  traduction  française,  par  CONSTANT  HENNioNet 
Auguste  Foures.  —  Li  pichot  Mistèri,  poésies,  par 
Alex.  Brémond.  —  Fai-andole, poésie,  Auguste  Marin. 

—  Bibliographie  :  Revue  critique  des  livres  nouveaux. 
Héliogravure  :  Réduction  du  dessin  de  le  Boissieu, 
représentant  l'ascension  du  19 janvier  1784. —  Chronique: 
Table  des  articles  contenus  dans  le  tome  septième.  — 
Sommaire  des  Revues. 

Sommaire  du  n°  de  juillet. 

Lettres  de  Bernard  de  la  Monnoye,  par  H.  Beaune.  — 
LJ Exposition  de  Turin,  par  François  Collet.  —  Les 
Trésors  des  églises  de  Lyon  {suite  et  fin),  par  LÉOPOLD 
NiEPCE.  —  Très  humble  essai  de  Phonétique  lyonnnaise, 
par  NlZIER  DU  PUILSPELU.  —  Les  fêtes  provençales  de 
Paris,  avec  les  discours  d'' Arène,  Mistral  et  Marié  ton,  par 
Paul  MariÉTON.  —  La  Koitèlo,  poésie  p?-ovcn cale,  par 
A.  DE  Gagnaud.  —  Bibliographie  :  Revue  critique  des 
livres  nouveaux.  —  Chronique.  —  Sommaire  des  Revues. 

Sommaire  du  n"  d'août. 

Le  président  Batidrier,  par  LÉOPOLD  Niepce.  —  Son- 
nets, par  NlziER  DU  Puilspelu.  —  A  travers  le  Vivarais, 
Balazuc  et  Pons  de  Balazuc,  par  LÉON  VÉUEL.  — L'Ex- 
position de  Turin  (suite),  par  François  Collet.  — 
V Atlantide,  Joseph  Roux. —  Flour  de  Pasco,  par  A.  de 
Gagnaud.  —  Pèr  Santo-Estello  de  Paris.  —  Le  Lauriè, 
par  Auguste  Fourès.  —  Chanson  de  Bresse.  —  Petites 
chansons,  par  POL  DE  MONT.  —  Discours  languedocien, 
par  Jules  Boissière.  —  Bibliographie:  Revue 
critique  des  livres  nouveaux.  —  Sociétés  Savantes.  — 
Chronique.  —  Sommaire  des  Revues. 

Sommaire  du  n°  de  septembre. 

Les  Lyonnais  et  leur  influence,  par  LÉON  RiOTOR.  — 
JJ Exposition  de  Ttirin  (suite  et  fin),  par  François 
Collet.  —  Le  Roman  naturaliste  (suite),  par  J.  Terrel. 

—  Découverte  d'un  Christ  en  buis  de  fean  Guillerniin,  par 
R.GuiNARD. —  .S'a//;rt,  par  Joseph  Kovyi.  —  La  cansoun  de 
lafouvènço,  terzincs provençales,  par  ValÈre  BERNARD. 

—  Un  Noël  moniluçonnais  de  Biâ,  texte  et  commentaire, 
par  L.  C.  —  Es  iéu,  sonnet  :  —  La  Vido,  chanson  baptis- 
male, par  Louis  Roumieux.  —  La  première  page  de 
français  en  Provence.  —  Chronique.  —  Errata,  par  X***. 
Bibliographie  :  Revue  critique  des  livres  nouveaux.  — 
Chronique.  —  Sommaire  des  Revues. 

Sommaire  du  n°  d'octobre. 

fournal  d'un  Voyage  de  France  et  d'Italie  (  1S61),  ***. 

—  Un  coup  d'œil  tragique,  par  René  dic  CoL.WAZOU.  — 
La  Morale  dans  les  Fables  de  La  Fontaine,  par  ALEXAN- 
DRE Poidebard.  —  .'icènes  alpestres,  poésie,  par  PuiLS- 
PELU.  —  Lyon  militaire  sous  Louis  A'JV,  par  S.  de 
RiLLiEUX.  —  Un  poète  forézien  au  XVF  siècle,  par  \\. 
DE  Terrebasse.  —  Pensées,  par  JOSEPH  Roux.  —  Les 
antécédents    du   moi  français   «  baptiser  »,    par   Paul 


Regnaud. — Rêve,  poésie, -par  Lucien  Scarpatett.  — 
Vénus  Bruno,  poème  provençal,  par  Pierre  Bertas.  — 
Lou  Viage  de  la  Reina,  poème  languedocien,  par  A.  LanG- 
LADE.  —  La  Roumanço  de  Guilhem  de  Berguedan,  chanson 
provençale,  par  FÉLIX  Gras.  —  La  Negro  segairo.  —  La 
noire  moissonneuse, planh  lani^uedocien,  par  FoURÈS.  — 
Chronique  félibréenne,  par  P.  AI.  -  Discours  prononcé  le 
12  octobre  à  la  fête  commémorative  de  Muret,  par  le  Comte 
DE  Toulouse-Lautrec.  —  Bibliographie  :  Revue 
critique  des  livres  nouveaux.  —  Chronique.  -  Sommaire 
des  Revues. 

NOUS  avons  déjà  signalé  l'article  de  M.  L. 
Niepce  sur  les  trésors  des  églises  de  Lyon. 

11  aborde  le  chapitre  navrant  qui  a  rapport 
au  sac  de  ces  églises  par  les  Calvinistes. —  On 
peut  juger  de  l'étendue  de  la  catastrophe  par  des 
passages  comme  ceux-ci  :  «  Le  neuvième  jour 
de  septembre  baillé  et  livré  au  sieur  Barthélémy 
de  Gabiano  la  somme  de  1000  livres,  10  sols  en 
trois  lingots  d'argent  pesant  71  marcs,  3  onces 
proveniies  de  cliappes  qui  ont  esté  brûlées  et  fondues 
par  le  commandement  des  messieurs.  »  —  «  Payé 
au  sieur  Paris,  le  cousturier,  et  à  autres  six  com- 
pagnons, la  somme  de  six  livres  pour  avoir  vaqué 
22  journées  à  descoudre  les  cliappes  ainsi  qu'on 
les  bnl/oit  et  fondait  »  —  «  Payé  à  Jean  de  Lalande 
huit  benses   de   charbon  à  6   sols    la  bense,  et 

12  sols  de  gros  bois,  pour  la  fonte  des  dites 
cliappes  !  !  » 

M.  Niepce  donne  des  détails  pleins  d'intérêt 
sur  la  restitution  de  quelques  reliques,  notam- 
ment d'une  partie  de  la  mâchoire  de  saint  Jean- 
Baptiste,  rendue  par  Jean  Cropper.  11  raconte  le 
sauvetage  d'une  grande  partie  des  reliques  de 
saint  Juste  par  l'obéancier  Fr.  Pupier. 

Nous  assistons  ensuite  à  la  reconstitution  du 
trésor  des  églises  de  Saint-Jean, de  Saint-Etienne 
de  Sainte-Croi.x,  après  le  pillage  de  1562.  —  Les 
inventaires  accusent  un  accroissement  progressif 
de  richesses, suivi  d'une  diminution  de  reliques  et 
de  leurs  récipients  vers  le  commencement  du 
siècle  dernier.  Cette  analyse  des  inventaires  est 
pleine  de  renseignements  utiles  pour  l'histoire  de 
nombreux  objets  d'art. 

L'auteur,  arrivant  à  la  sombre  période  de  la 
révolution,  fait  un  compte  soigneux  de  tous  les 
objets  précieux  dont  les  églises  furent  dépouillées. 
A  l'exemple  des  Calvinistes,  les  révolutionnaires 
décrétèrent  en  1792  que  les  ornements  seront 
brûlés  par  des  orfèvres  experts  et  les  cendres  con- 
verties en  lingots.  En  1791  toute  l'argenterie  non 
dorée  prit  le  chemin  de  la  monnaie  de  Paris. 
Dans  le  courant  de  l'année  suivante  on  y  expédia 
250  marcs  d'argenterie  dorée, —  2  novembre  1792, 
nouvel  envoi  de  190  marcs  d'argenterie, — jusqu'en 
janvier  1793,  l'argenterie  envoyée  à  la  fonte 
atteignit  la  valeur  de  130,000  francs.  Celle  de 
l'or  ne  pouvait  être  précisée.  On  procéda  aussi 
au  dégalonnevient  des  ornements.  Les  étoffes  en 


I  12 


lactiuc  ne  rart  cfjtcticn. 


dorure  ont  produit  619  marcs,  les  galons  en  or, 
240  marcs,  et  les  galons  en  argent,  90  marcs. 
Parmi  les  ornements  dcgû/onncs,  il  s'en  trouvait 
entre  autres  un  enrichi  de  perles,  et  portant  cinq 
tableaux  représentant  les  mystères  brodés  en  or 


et  en  argent. 


Après  avoir  analysé  les  pertes  irréparables  es- 
suyées pendant  la  tourmente  révolutionnaire  par 
la  primitiale  de  Lyon,  M.  Niepce  nous  fait  con- 
naître à  grands  traits  les  richesses  encore  con- 
sidérables du  trésor  moderne  de  la  cathédrale. 


AVEC  la  livraison  de  mai  se  termine  le 
travail,  si  utile  pour  l'histoire  de  l'art,  que 
M.  N.  Rondot  a  consacré  aux  sculpteurs  de 
Lyon.  Sa  liste  comprend  en  tout  261  noms,  et 
parmi  eux,  il  en  est  d'illustres.  M.  le  chanoine 
Bouchant  a  récemment  écrit  un  ouvrage  assez 
notable,  sur  les  Richier  et  leurs  œuvres,  dont 
notre  Revue  a  rendu  compte.  M.  Rondot 
apporte  des  documents  nouveaux  à  leur  sujet. 
Jacob  Richier, maitre  sculpteur,né  à  Saint-Michiel 
et  probablement  fils  de  Gérard,  et  de  Marguerite 
Gronlot-Gérard,  née  en  1534,  était  le  petit-fils 
du  fameux  Ligier.  Cet  artiste,  cité  dans  les  ar- 
chives de  Lyon  dès  1608, épousa  en  161 5  Jeanne 
Chaléon,  dont  il  eut  deux  fils,  David  et  Charles. 
Il  fut,  au  service  du  connétable  Lesdiguières,  le 
principal  décorateur  du  château  de  Vizelle.  Il  fit 
trois  mausolées  pour  la  famille  de  Lesdiguières.  Il 
habita  Vizelle,  Grenoble  et  Lyon  où  il  fit  les  tom- 
beaux de  Charles  de  Neufville,  et  de  sa  femme, 
placés  dans  l'église  des  Carmélites.  La  médaille 
de  Marie  de  Vignon,  qu'on  conserve  de  cet  artiste, 
est  un  des  chefs-d'œuvre  des  médailleurs  français. 

En  signalant cesdonnées  nouvelles, intéressantes 
pour  l'histoire  des  Richier,  nous  devons  dire  qu'un 
travail  récent  de  M.  E.  Cartier  (i)  bat  en  brèche 
l'opinion  qu'a  émise  dans  nos  colonnes  M.  le 
chanoine  J.  Didiot,  en  adoptant  l'avis  de 
M.  le  chanoine  Bouchant, au  sujet  àQsgros  saints 
de  Solesmes.  Ce  dernier  avait  attribué  les  sta- 
tues en  question  à  Ligier  Richier.  M.  E.  Cartier, 
dont  l'autorité  est  considérable  en  la  matière, 
repousse  énergiquement  cette  opinion  ;  le  soli- 
taire de  Solesmes  incline  à  en  faire  honneur  à 
Floris  d'Anvers. 

Reprenant  la  liste  des  artistes  lyonnais,  et 
les  documents  exhumés  par  M,  Rondot.  citons 
encore  :  maître  Martin  Hendricy,  né  à  Liège  en 
1614,  devenu  sculpteur  de  la  ville  de  Lyon  ; 
Antoine  Coyzevox,  dont  l'histoire  a  été  écrite 
par  M.  H.  Jouin;  J.-B.  Guillermin,  auteur  du  beau 

\.  Les  sculptures  de  Solcstnts  et  les  Richier.  {Extrait  delà  Revue 
du  Monde  catholique)  Paris,  P.iliné,  1884, 


crucifix  en  ivoire  conservé  au  Musée  Calvet 
d'Avignon  (ce  crucifix  fut  commandé  en  1650 
par  les  confrères  Pénitents  de  la  Miséricorde 
d'Avignon,  qui  en  furent  émerveillés);  Jacques 
Mimerai,  Nicolas  et  Guillaume  Conston,  auteur 
de  la  statue  équestre  de  Louis  XIV;  Jean  II 
Thierry,  etc. 

LA  bibliothèque  de  Maçon  possède  un  des 
trois  volumes  d'un  manuscrit  de  la  légende 
dorée,  contenant  des  légendes  qu'on  ne  rencontre 
pas  ou  guère  dans  les  autres  copies.  Il  se  fait 
remarquer  en  outre  par  des  miniatures  d'une 
beauté  exceptionnelle,  paraissant  dus  à  quatre 
artistes  différents.  Il  porte  les  armes  de  Philippe 
de  Vermont,  ce  qui  permet  de  fixer  la  date  de  sa 
confection  entre  les  années  1430  et  1458.  M.  le 
comte  de  SouUiart,  qui  nous  fait  connaître  en 
détail  le  contenu  de  ce  précieux  volume,  en 
extrait  in  extenso  la  vie  de  saint  Yves. 

Le  congrès  de  Sociétés  savantes  de  cette  année 
a  donné  occasion  à  des  réflexions  peu  flatteuses 
pour  l'ensemble  des  sociétés  historiques  et 
archéologiques  des  provinces. Le  Comité  des  tra- 
vaux historiques,  fondé  il  y  a  cinquante  ans  sous 
l'inspiration  de  M.  Guizot,  réorganisé  récemment 
par  AI.  Ferry,  n'a  pas  produit  merveille.  La  même 
situation  existe  en  Allemagne,  et  M.  G.  Hay  s'en 
est  plaint  naguère  dans  une  vigoureuse  bro- 
chure ('). 

Un  article  récent  (=)  du  Polybiblion,  dû  au 
savant  professeur  de  l'Université  de  Liège, 
M.  Godefroid  Kurth,  dit  aussi  son  mot  sur  cette 
question  délicate.  Tous  signalent  le  mal,  qui  est 
l'apathie  des  sociétés,  et  proposent  des  remèdes 
plus  ou  moins  efficaces. 

A  son  tour  M.  Henri  Stein  prend  à  partie  nos 
érudits  de  province,  «  les  travaux  de  quatrième 
ou  cinquième  main,  les  inepties  philologiques, 
les  dissertations  philosophiques  à  perte  de  vue, 
les  rêveries  préhistoriques,  les  mauvaises  traduc- 
tions latines  de  chants  incompris, »  qu'il  reproche 
à  beaucoup  d'entre  eu.x  etc.  Il  propose  comme 
remède,  décharger  les  différents  membres  du  co- 
mité des  travaux  historiques  de  la  haute  direc- 
tion historique  et  archéologique  des  divers 
départements. 11  signale  au.x  sociétés  savantesune 
source  de  documents  trop  négligée, et  qui  pourrait 
largement  alimenter  leurs  travau.x  :  ce  sont  les 
archives  seigneuriales  et  notariales.  Ces  dernières 
devraient  être  centralisées  soit  au  chef-lieu  du 
département,  soit  dans  les  chambres  de  notaire; 
avec  M.  Kurth,  il  conseille  aux  sociétés  locales 
de  se  réunir  entre  elles  en  congrès  régionaux. 

Heureuse  a  été  l'idée  d'organiser  à  l'exposition 
de  Turin  un  château  et  un  bourg  du  moyen  âge, 

1.  Die  Territorial-Geschichte  und  ihre  Beuchti^un^.  CJotha.  1S82. 

2.  Folybiblion,  t.  XI,  18S4,  p.  278. 


15  i  6  U  0  g  r  a  p  f)  i  c 


"3 


formant  la  section  de  l'Histoire  de  l'Art  ;  char- 
mante est  la  description  que  donne  de  ce  pitto- 
resque ensemble  M.  Collet. 

L'aspect  extérieur  et  les  ouvrages  de  défense  du 
château  sont  reproduits  au  château  d'Ivrée  ;  la  cour,  du 
château  de  Fenis  ;  la  salle  baroiiale,  du  château  delà 
Manta,  autrefois  aux  marquis  de  Saluce  ;  les  cuisines,  la 
chambre  à  coucher  et  la  chapalle,  du  château  d'Issogne  ; 
la  salle  d'armes,  du  château  de  Verres  ;  les  décorations 
du  plafond,  des  châteaux  de  Strambino,  près  l'Ivrée  et 
d'Issogne. 

Les  fresques  ont  été  exécutées  d'après  des  calques  ou 
des  copies  très  exactes  de  fresques  originales.  Pour  les 
meubles,  les  tentures,  les  tapis,  le  linge,  la  vaisselle,  les 
ustensiles  et  bibelots  de  toutes  sortes,  on  a  reproduit 
tout  ce  qu'on  a  pu  trouver  de  pièces  authentiques,  aux 
armes  de  familles  nobles  établies  dans  le  Piémont  au 
XV'  siècle.  La  reste  a  été  exécuté,  sur  les  dessins  de 
M.  Gilli,  d'après  des  miniatures  de  manuscrits,  des 
estampes,  des  fresques,  des  tableaux,  des  vitraux  peints, 
des  broderies  sur  étoffes  ;  ou  à  leur  défaut,  d'après  des 
inventaires  de  mobiliers  de  châteaux  piémontais  com- 
pulsés et  annotés  par  Piétro    Vayra. 

Les  maisons  du  bourg  sont  des  restitutions  de  maisons 
originales  encore  existentes  à  Bussoléno,  dans  la  vallée 
de  Suse,  Frossasco,  près  Pignerole,  .-llba,  Cuorgué, 
Chierie,  Toigliana,  Borgo  franco,  Pignerol,  Mondovi, 
Osegna.  La  fontaine  est  reproduite  des  anciennes  fontaines 
publiques  d'.-Vulx  et  de  Sabbertrand,  dans  la  vallée  de 
Suse,  sur  la  ligne  du  chemin  de  fer  de  Modène  â  Turin. 
Les  portes  ont  leur  modèle  à  San  Gioro,  à  Asti  et  à 
Rivoli  ;  une  tour  est  imitée  de  la  tourelle  d'une  maison  à 
Alba. 

Au  débouché  d'un  sentier  pittoresque  on  se  trouve 
tout  à  coup  au  pied  du  haut  mur  d'enceinte  du  bourg. 
Une  croix  de  pierre,  naïvement  ouvragée,  se  dresse  sur 
un  socle  carré.  A  l'angle  s'élève  une  tour  ronde  percée  de 
meurtrières,  rentlée  de  moucharabis.  En  face  l'unique 
porte  du  bourg  s'ouvre  béante,  menaçante  sous  une 
grosse  tour  carrée,  curieusement  décorée  de  fresques. 
Un  fossé  franchi  par  un  pont-levis,  s'enfonce  en  avant 
du  mur  et  des  tours.  Le  sommet  du  mur  est  découpé 
de  créneaux.  La  maçonnerie  du  mur  et  des  tours  est 
faite  en  cailloux  roulés  disposés  en  fougère. 

La  porte  franchie,  nous  voici  sur  une  petite  place  du 
fond  de  laquelle  part  la  rue  étroite,  tortueuse,  pittoresque 
qui  conduit  au  château,  à  l'extrémité  et  au  point  culmi- 
nant du  bourg.  Les  maisons  sont  hautes  perchées  sur 
des  portiques.  Les  toits  se  redressent  en  pignons  et  en 
tourelles.  Les  étages  s'avancent  en  porte  îi  faux  les  uns 
au-dessus  des  autres.  Les  murs  sont  en  briques,  en 
pierre,  en  torchis.  Les  charpentes  sont  partout  apparen- 
tes ;  les  tètes  des  poutres  s'arrondissent,  se  tordent  en 
figures  fantastiques.  Les  fenêtres  sont  rares,  petites  ou 
coupées  de  meneaux  dans  les  deux  sens,  et  garnies  de 
papier  huilé  ou  de  petits  lozanges  de  verre  enchâssés 
dans  un  réseau  à  mailles  de  plomb.  Partout  la  pierre 
est  sculptée,  ou  recouverte  de  fresques  ou  d'appliques 
en  terre  cuite.  C'est  une  débauche  d'ornementation 
naive,  un  décor  perpétuel  d'une  charmante  originalité. 
A  droite  et  à  gauche,  tout  le  long,  s'enfoncent  les  por- 
tiques, bas,  aux  arcades  de  pierre  ou  aux  lourds  piliers 
de  bois  ;  voûtés,  comme  des  porches  d'église,  ou  plafon- 
nés à  caissons,  comme  des  salles  de  château  ;  élevés 
d'une  ou  deux  marches  au-dessus  du  sol  de  la  rue  ; 
ser.-ant  de  vestibules  et  de  dégagements  aux  bou- 
tiques et  aux  ateliers  qui  s  ouvrent  au  fond.  Chaque 
boutique,  chaque  atelier  est  occupé  par  des  artisans  et 
<les  bourgeois,  hommes  et  femmes,  en  costume  du  temps. 
La    rue    s'élargit    en    faisant    un    brusque    détour   h 


gauche.  Nous  sommes  en  face  de  l'église.  La  façade 
est  couverte  de  fresques.  La  porte  est  fermée.  On 
cherche  instinctivement  le  custode  pour  se  la  faire  ouvrir, 
quand  on  s'aperçoit  que  cette  façade  alléchante  cache 
l'absence  du  reste.  D'im;îérieux  motifs  financiers  ont 
imposé  ce  trompe  l'œil  à  la  commission.  A  gauche,  au 
delà  d'un  passage  voiité,  qui  descend  à  un  embarcadère 
sur  le  Pô,  l'hôtellerie  s'annonce  par  la  branche  de  pin 
traditionnelle  et  par  l'inscription  :  «  à  l'insègne  de  sainte 
Georgeo  on  mange   bien.  » 

Une  place  triangulaire  marque  la  fin  du  bourg.  Le 
mur  crénelé  du  préau  de  l'hôtellerie  forme  un  des  côtés. 
Le  fond  est  formé  par  le  mur  d'enceinte,  couronné  de 
créneaux  mauresques,  flanqué  de  tours.  A  droite,  sur 
un  monticule  abrupt,  se  dresse  fièrement  le  château. 
Le  chemin  de  mulet  qui  y  conduit  passe  devant  un 
hangar  oii  sont  rangées  les  machines  de  guerre  ;  les 
balistes  et  les  catapultes  à  lancer  des  boulets  de  pierre 
et  des  carreaux.  Un  pont  mobile  précède  la  porte  fermée 
par  une  herse  de  fer,  dont  la  manœuvre  se  fait  par  des 
treuils  placés  à  l'étage  au-dessus.  Une  salle  fortement 
voiitée  donne  accès  dans  la  cour.  Bien  jolie,  cette  cour, 
sur  trois  côtés,  deux  galeries  de  bois  superposées  ser- 
vent de  dégagement  aux  appartements  des  deux  étages. 
Au  fond  un  perron  semi-circulaire,  puis  un  double 
escalier,  aux  marches  trop  hautes,  conduit  à  la  première 
galerie,  dans  un  coin  de  laquelle  les  faucons  se  tiennent 
debout,  chaperonnés  de  rouge,  sur  leurs  perchoirs.  Des 
armoiries,  des  devises,  des  personnages,  les  scènes 
grotesques  ou  fantastiques  sont  peints  à  fresque  sur  les 
murs.  Deux  escaliers  en  pente  douce  s'enfoncent  dans  le 
sous-sol  où  sont  disposés  les  celliers,  les  écuries  et  les 
cachots. 

On  entre  par  une  porte  basse,  toute  bardée  de  fer, 
dans  la  salle  d'armes.  On  traverse  la  cuisine  des  gens, 
celle  des  maîtres,  et  on  débouche  dans  la  salle  à  manger 
magnifiquement  décorée  ;  la  chaire  du  seigneur  tourne 
le  dos  à  la  grande  cheminée.  Son  couvert  est  mis  sur 
une  nappa  damassée  de  couleurs  vives.  La  nef  d'orfèvre- 
rie contenant  les  épices  est  placée  à  côté. 

Deux  longues  tables  bordées  de  bancs  et  d'escabeaux 
sont  destinées  aux  serviteurs  et  aux  hôtes.  Quatre 
crédences  sont  chargées  de  vaisselles  de  terre  vernissée, 
d'étain  et  de  cuivre  ;  de  hanaps,  d'aiguières,  de  buires, 
de  bassins  aux  formes  variées. 

.■\u  premier  étage  on  visite  une  salle  de  défense,  au 
dessus  de  l'entrée,  l'antichambre,  la  salle  d'apparat,  la 
chambre  nuptiale,  l'oratoire,  une  seconde  chambre  à 
coucher  et  la  chapelle.  Les  murs  de  la  salle  d'apparat 
sont  couverts  de  peintures  curieuses  qui  représentent,  d'un 
côté,  la  fontaine  de  Jouvence  et  ses  effets  merveilleux  ; 
de  l'autre  une  série  de  héros  tel  que:  «Julius  César» 
«  Judas  i\Lachabeus  »  le  «  Roi  David  >\  et  le  «  Roi  .-Vrtus». 
Il  ya  sur  l'autel  de  la  chapelle  un  splendide  triptyque  en 
bois  sculpté  et  doré.  Toutes  les  fenêtres  sont  garnies  de 
vitraux  peints.  On  redescend  par  un  escalier  droit  ménagé 
dans  le  donjon,  on  voit  en  passant,  la  chambre  du  scribe 
encombrée  de  manuscrits  et  de  Chartres,  et  on  aboutit  à 
un  passage  souterrain,  voûté  et  sombre,  par  lequel  on  se 
retrouve  bientôt  en  dehors  de  la  seconde  enceinte,  contre 
la  palissade  qui  forme  la  première  défense  du  bourg. 
Un  sentier  couvert  vous  ramène  au  chalet  et  au  tourni- 
quet. 

Il  vient  de  se  faire  à  Lyon  une  découverte 
inattendue  qui  intéresse  l'art  chrétien.  Il  s'agit 
d'un  second  Christ  en  croix  du  sculpteur  lyon- 
nais, Jean  Guillermin,  célèbre  par  le  Christ  en 
ivoire  d'.\vignon  dont  nous  parlions  plus  haut. 
Cette  pieuse   sculpture   appartient    à  M.    E. 


1S35.  —  i^*^  Livraison 


114 


IRctJue  De   lart   cbrcticn. 


W'aldmann  ;  une  vente  a^-ant  attiré  son  attention 
vu  le  prix  d'objets  similaires,  il  letira  de  l'ainioirc 
ce  trésor  enfoui,et  convoqua  ses  amis  pour  l'exa- 
miner ;  on  reconnut  alors  que  l'objet  était  signé  : 
FEciT  Jean  Gvii.lermin. 

On  consulte  Désandré,  dans  son  Essai  liistori- 
qnesurles  Crucifix  d'ivoire,  et  l'on  trouve  le  signa- 
lement de  l'objet.  On  le  rapproche  du  Christ  en 
ivoire  d'Avignon:  on  retrouve  entre  les  deux  tous 
les  traits  de  ressemblance  que  comportent  les 
œuvres  d'un  même  artiste. 

C'est  l'histoire  de  cet  intéressant  crucifix,  que 
raconte,  en  quelques  pages  écrites  avec  élégance 
et  érudition,  M.  F.  Guinard,  doyen  de  la  faculté 
de    Théologie  de  Lyon. 

L.  C. 


revue  des  arts  décoratifs. 
Sommaire  du  n°  de  novembre   1884. 

TEXTE.  —  A  nos  lecteurs^  par  Victor  Champier. 
• —  Sur  le  décor  du  verre,  par  Emille  Galle.  —  Les 
metibles  de  l'école  de  Bourgogne,  par  A.  DE  Champeaux. 

—  Lettres  d'Angleterre  :  la  poterie  de  Laiiiletli,  par  P.  V. 

—  Nos  plcinclies  hors  texte.  —  Chronique  de  renseignement. 

—  Gazette  tiniverselle.  —  Bulletin  de  PUnioti  centrale  des 
Arts  décoratifs  (documc7its  sur  la  S"  Exposition;  —  la 
loterie). 

PLANCHES  HORS  TEXTE.  —  Sculpture  de'corative: 
Fragment  de  la  cheminée  du  château  d'Ecouen  (XVI'^ 
siècle).  —  Vases  en  porcelaine  de  Sèvres.  —  Esquisse 
pour  une  composition  décorative,  par  P.  V.  Galland. 

La  Revue  des  Arts  décoratifs  avait  annoncé  son 
décc.s,  et  nous  avons  reproduit  la  nouvelle  dans 
notre  dernière  livraison  en  faisant  à  la  Revue  son 
oraison  funèbre.  Mais  c'était  une  mort  de  phénix, 
car  voici  que  la  défunte  renaît  de  ses  cendres.  — 
Après  quelques  mois,  elle  reparaît  dans  le  même 
habit  très  élégant,  sous  la  direction,  cette  fois, 
de  V Union  centrale  des  Arts  décoratifs  qui  de- 
vient son  propre  éditeur.  Elle  reprend  la  série 
de  ses  articles  de  vulgarisation  des  arts  industriels, 
joliment  illustrés  et  se  distinguant  à  la  fois  par 
l'élégance  de  la  forme  et  le  caractère  pratique. 
Monsieur  Emile  Galle,  quittant  l'émail  et  le 
touret  pour  la  plume,  nous  initie  aux  secrets  du 
décor  du  verre.  On  voit  qu'il  est  du  métier,  car 
son  style  a  le  brillant,  le  piquant,  l'étincelant 
de  la  verroterie  et  de  la  cristallerie.  —  Nous 
avons  grande  envie  de  lui  serrer  la  main,  pour 
avoir  si  bien  formulé  une  si  féconde  vérité  :  «  Le 
décor  dn  verre,  c'est-à-dire  reinbcllissetiient  d'une 
vialicre  splendide,  consiste  à  mettre  en  valeur  les 
propriétés  auxquelles  il  doit  son  prestige,  et  non 
d'autres.y> — Cet  a.xiômc  paraît  banal;  plût  à  Dieu 
qu'il  fût  admis  par  tous  en  pratique  !  —  Les 
idées  de  l'auteur  sur  l'esthétique  du  verre  sont 
aussi  limpides  de  vérité  que  brillantes  dans  leur 


expression.  On  reprend  confiance  dans  l'avenir  de 
l'art,  quand  on  lit  de  pareilles  pages. 

Monsieur  M.  de  Champeaux,  en  nous  entrete- 
nant des  meubles  de  l'école  de  Bourgogne,  et  de 
cette  menuiserie  lourde  et  bizarre  qui  s'est  inspi- 
rée des  compositions  monumentales  du  Dijonnais 
Hugues  Sambin,  prénnunit  heureusement  le  lec- 
teur contre  les  défauts  de  goût  qui  caractérisent 
cette  école  intéressante  mais  peu  exemplaire. 
Sans  ces  réserves,  d'ailleurs  trop  timides,  l'étude 
en  question  contiendrait  en  fait  de  principes,  et 
au  point  de  vue  de  son  influence  sur  les  artistes, 
le  contrepied  des  saines  idées  de  M.  Gallé. 

Nous  avons  été  heureux  de  retrouver,  dans  un 
article  consacré  à  \a.  poterie  Lainbcth  de  Londres, 
les  mêmes  impressions  que  nous  avons  éprouvées 
nous-mêmes  en  visitant  les  ateliers  artistiques  de 
la  fameuse  maison  Doulton.  Il  y  a  là  des 
traits  saillants  dont  chacun  devrait  faire  son 
profit.  —  Puiser  les  idées  aux  sources  originales, 
dans  les  musées,  au  lieu  d'imiter  ses  concurrents  ; 
répudier  tout  élément  étranger  dans  le  personnel 
artistique,  afin  de  rester  original ;faire  d'une  bonne 
école  de  dessin  la  pépinière  de  l'atelier;  laisser  à 
chaque  artiste  son  initiative,  dans  une  limite  con- 
venable ;  bannir  toute  recherche  prétentieuse,  se 
complaire  dans  une  noblesimplicitéd'effctjdeman- 
derà  la  matière  même  l'inspiration  des  formes;  tels 
ont  été  les  principes  appliqués  chez  Doulton. — 
Partout  ailleurs  il  produirait  merveille.  —  Nous 
serions  tenté  de  reprendre  ici  la  formule  de 
M.  Gallé,  et  de  dire  :  le  décor  de  la  terre,  c'est-à- 
dire  l'enibcllisseinent  d'une  matière  commune  par  ttn 
verni  brillant,  consiste  à  mettre  en  valeur  de  faibles 
reliefs  rehaussés  par  une  coloration  peu  variée,  et 
des  dessins  très  décoratifs,  et  bien  appropriés  à  la 
forme  générale  de  l'objet. 

GAZETTE   ARCHÉOLOGIQUE. 

SoM.MAIRE    DE.S    N"^    8-9    1884. 

TEXTE.  —  L.  Munatius  Plancus  et  le  Génie  de  la 
ville  de  Lyon,  par  M.  J.  DE  WlTTE.  —  Les  trésors  de 
vaisselle  d'argent  troiivés  en  Gaule,  par  MM.  H.  Thi'.DE- 
NAT  et  A.  HEron  DE  ViLLEFOSSE  (suite).  —  Fouilles  et 
recherches  archéologiques  au  sanctuaire  des  jeu.vis th niiq lies, 
par  M.  Paul  Monceau.  —  Le  chapiteau  normand  aux 
XI'  et  XJP  sihies,  par  M.  Ruprich-Rdbert. —  Vierge 
en  ivoire  de  la  collection  Bligny,  par  M.R.  DE  LASTE^•RIE. 
—  Chronique  :  Académie  des  inscriptions  et  belles- 
lettres  ;  Société  nationale  des  antiquaires  de  France  ; 
nouvelles  diverses  ;  sommaire  des  recueils  périodiques  ; 
Bibliographie. 

PLANCHES.  —  xxxiv.  L.  Munatius  Plancus  et  le 
Génie  de  la  ville  de  Lyon.  —  xxxv-xxxvii.  Trésor 
d'argenterie  romaine  découvert  h  Moncornet  (Aisne).  — 
xxxviil.  Plan  archéologique  de  l'Isthme  de  Corinthe.  — 
XXXIX.  Chapiteau.\  anglo-normands  du  XIl"^  siècle. 

On  remareiuc  à  l'époque  romane,  en  Norman- 
die, deux   sortes   de   chapiteaux  :  celui  du    XP 


15  i  b  I  i  0  5  r  a  p  f)  i  c . 


115 


siècle,  qui  semble  dériver  de  l'art  antique  et  re- 
produit généralement  la  volute  classique  ;  et  le 
chapiteau  cubique,  qui  apparaît  au  XII''  siècle; 
cette  dernière  forme  est  due  vraisemblablement  à 
l'art  de  la  Scandinavie.  —  C'est  ce  qu'établit 
M.  Ruprich-Robert  dans  un  article  extrait  d'un 
ouvrage  qu'il  prépare  :  V Architecture  normande 
aux  XI'  et  XII"^  siècles,  en  Normandie  et  e)i 
A  ngleterre. 

Vers  l'an  looo,  le  christianisme  fut  introduit 
en  Scandinavie  par  le  roi  Olof  Trygrason,  et  l'on 
y  éleva  des  églises  construites  en  bois;  quelques- 
unes,  du  XII°  siècle,  subsistent  ;  on  y  remarque 
que  les  colonnes  des  nefs  sont  des  poteaux  cy- 
lindriques prolongés  au-dessusdesarches  des  bas- 
côtés  par  d'autres  poteaux,  dégrossis  et  assemblés 
bout  à  bout,  au  moyen  de  tenons  pénétrant 
dans  les  chapiteaux  des  colonnes.  —  La  forme 
de  ces  derniers  n'a  été  adoptée  que  parce  qu'il 
fallut  conserver  au  bois, à  l'extrémité  de  la  colonne 
percée  d'une  mortaise,  toute  la  force  nécessaire  ; 
cette  sorte  de  renflement  à  quatre  facettes  en 
demi  cercle  est, comme  le  fait  remarquer  l'auteur, 
la  conséquence  absolument  logique  de  l'emploi 
du  bois;  du  reste,  détail  important  et  topique,  la 
base  offre  la  même  forme,  renversée,  que  le 
chapiteau.  L'absence  du  tailloir  achève  de 
prouver  qu'il  s'agit  ici  d'un  renflement  d'assem- 
blage plutôt  qu'un  encorbellement  de  chapiteau. 

Or,  en  descendant  vers  le  centre  de  l'Europe, 
on  voit  cette  forme  se  reproduire  en  pierre,  s'accli- 
mater sur  les  bords  du  Rhin,  gagner  le  midi. 
A  Marmoutier,  on  trouve  le  chapiteau  et  la  base 
norvégiennes  dans  une  colonnette  monolithe.  — • 
Loin  de  son  berceau,  ce  membre  d'architecture 
oublie  la  raison  de  sa  première  forme,  et  à  Pavie, 
on  rencontre  ce  chapiteau  cubique  construit  en 
briques.  — -  Mais  c'est  surtout  en  Normandie  et 
en  Angleterre  qu'on  constate  au  XI I'^  siècle  l'in- 
fluence du  chapiteau  Scandinave.  Là  il  s'allie 
parfois  à  la  volute  classique,  et  toujours  il  reçoit 
le  tailloir,  auquel  il  forme  lui-même  encorbel- 
lement. L'emploi  de  la  pierre  lui  est  adapté  avec 
logique. 

Certes  les  recherches  sur  les  origines  de  l'archi- 
tecture aboutissent  rarement  à  des  conclusions 
aussi  curieuses  et  aussi  saissisantes  de  vérité,  que 
l'étude  de  M.Ruprich-  Robert  ;  nous  n'hésitons  pas 
à  croire  que  sa  théorie  du  chapiteau  cubique  de- 
viendra classique  dans  les  traités  d'archéologie. 

Nous  ne  ferons  que  signaler  pour  mémoire  la 
belle  vierge  en  ivoire  de  la  collection  Bligny, 
dont  la  Gar:ette  donne  une  jolie  estampe  avec 
une  note  de  IVI.  Lasteyrie;  nous  la  reproduisons 
nous  aussi  dans  la  présente  livraison,  en  même 
temps  qu'un  article  de  M.  L.  de  Farcy  sur  l'ex- 
position de  Rouen. 


RKVUE  CATHOLIQUE  DE   BORDEAUX. 

EN  terminant  son  cosas de  Espana,  relation  de 
voyage  pleine  de  charme,  M.  P.  G.  Deydon 
s'arrête  assez  longuement  à  la  visite  de  YEscurial. 
Rien  de  pesant,  de  morne,  de  triste,  dit-il,  comme 
cette  masse  de  granit  gris,  que  le  soleil  le  plus 
radieu.x  ne  parvient  pas  à  égayer.  Elle  produit 
l'effet  d'un  vaste  catafalque  défraîchi.  — 

Philippe  II  ayant  gagné  la  bataille  de  Saint- 
Quentin  le  jour  de  la  Saint-Laurent,  ce  monu- 
ment élevé  comme  ex  vota,  affecta  en  plan  la 
forme  de  la  grille  du  saint  martj-r;  l'église  en 
occupe  le  centre.  Le  voj'ageur  signale  les  fres- 
ques des  voûtes  par  Luca  Giordano,  les  statues 
en  bronze  doré  de  Charles-Quint  et  de  Philippe  II, 
le  lutrin  colossal,  et  les  centaines  de  livres  de 
plain-chant,  in-folios  de  parchemin,  ornés  d'en- 
luminures exquises;  à  la  sacristie,  une  galerie  de 
tableau.x  comprenant  la  Sancta  Forma,  chef- 
d'œuvre  de  Claude  Coello,  puis  le  Panthéon,  le 
Saint-Denis  des  Espagnols. —  Plus  heureux  que 
leurs  frères  de  France,  les  souverains  de  ce  pays 
n'ont  pas  vu  leur  suprême  repos  troublé  par  la 
Révolution; on  y  voit  trois  rangées  superposées  de 
sarcophages  :  Charles-Quint,  Philippe  II,  Phi- 
lippe III,  Philippe  IV,  Charles  II,  Charles  III, 
Charles  IV  et  Ferdinand  I  sont  là  vis-à-vis  des 
reines  qui  furent  mères  ;  à  côté  est  le  Panthéon 
des  Infants.  Le  cloître  contient  des  fresques  que 
malheureusement  les  étrangers  outragent  à  plai- 
sir. On  sort  du  palais  réconcilié  avec  lui,  à  cause 
de  merveilles  auxquelles  il  sert  de  prison. 

Nous  trouvons  dans  la  même  revue  la  suite  des 
Documents  historiques  sur  A  rcaclion  par  iVI .  S .  Léon 
de  Gouvéa.  L'archéologue  y  trouvera  quelque 
peu  à  glaner. 

REVUE    DE    L'ART    FRANÇAIS    ANCIEN   ET 
MODERNE. 

Sommaire  du  n"  de  septembre   1884. 

Partie  ancienne  :  Philibert  Deloine,  par  M.  .\.  de 
MONTAIGLO.N  —  Le  testament  et  les  enfants  de  Ftan<;^ois 
Cloiiet  (suite  et  fin),  par  M.  J.  J.  Guiffrkv.  —  Philippe 
de  Champagne,  par  A.  de  M.  —  Le  sculpteur  Foneon, 
communication  de  M.  J.  Guiffrey-Veniat,  par  A.  de  M.  — 
Partie  moderne  :  Montcil  et  David  d'Angers,  par  M. 
A.  Advielle.  —  Le  viiniaturiste  Aui^ustin,  par  \'.  A.  — 
NÉCROLOGIE.  :  F.  Ch.  F.  Combarceis".  —Textes.  —  Nou- 
velles diverses. 

Sommaire  du  n°  d'octobre. 

Partie  ancienne  :  Que  sont  devenus  les  Mémoires  du 
duc  dAntin?  par  M.  Henri  Jol'in.  —  Guillaume 
Veniat.  par  M.  Paul  Mantz.  —  Le  peintre  Ferdinand 
Elle  et  le  mariage  de  sa  fille  Catherine,  par  M.  J.-J. 
GuiKFREV.  — Le  graveur  Jean-Baptiste  Massard,  par  M. 
A.  DE  iMoNTAlGLON.  —  Cochin  et  FAcatlémie  de  Saint- 
Luc,  autographe  communique,  par  M.  Etienne  P.arrocei,. 
—  Actes  d'état  civil  concernant  Houdon,  communiqués. 


ii6 


iRctJUC   t)c   r^rt    cïjvcticn 


par  M.  II.  J.  —  Quelques  peinlres  oubliés  de  Pancienne 
Friuicc,  lleudon,  l.ahoi^uc.  Desfossés,  Lecaur,  Cliérel, 
Hcduni,  actes  d'état  civil  communiqués  par  M.  H.  J.  -- 
Partie  moderne  :  Epitaplies  de  peintres  français 
relevées  dans  les  cimetières  de  Paris  :  Greuse,  Vincent, 
Pithou,  Michallon,  par  M.  H.  J.  —  Les  portraits  dartistes 
français  à  la  l'il/a  A/édicis,  Appendice,  par  M.  H.  J. — 
Nécrologie:  Paul  Abadie,  Joseph  de  Nittis.  —  Nou- 
velles diverses. 

La  livraison  d'octobre  contient  des  renseigne- 
ments nouveaux  ou  peu  connus,  d'un  intérêt 
secondaire,  sur  une  série  d'artistes  des  trois 
derniers  siècles  ;  Giiilhniiiie  Veniat,  menuisier  de 
la  maison  du  roi  (►f.  1656).  —  Ferdinand  Elle, 
originaire  de  Malines,  et  les  graveurs _/.  B.  Mas- 
sard,  Cocliin,  le  statuaire,  Hoiidon,  né  en  1741,  et 
les  peintres,  Hendon,  Lalwguc,  Desfossés,  Lecœîtr, 
Chère t,  Hodiini. 


SEMAINES  RELIGIEUSES. 

M.  P.  Moreau  donne  dans  la  Semaine  religieuse 
de  Bourges  un  document  que  ne  dédaignerait  pas 
une  revue  spéciale.  C'est  un  contrat  par  lequel 
Jehan  Chasgiwn,  maître  brodeur,  (le  même  qu'a- 
vait déjà  signalé  M.  le  baron  de  Gcrardot  dans 
ses  Artistes  de  Bourges)  entreprend,  en  1577  un 
parement  d'autel  historié  très  riche.  Le  détail 
en  est  fort  intéressant. 

Un  bon  archéologue  donne  dans  la  Semaine 
religieuse  de  Bcauvais,  sous  ce  titre  :  quelques  mots 
d'archéologie,  des  notes  rédigées  avec  science, 
dans  un  bonesprit,et  sous  une  forme  attrayante. 
On  y  trouve  des  détails  inédits  ou  peu  connus, 
que  des  spécialistes  pourront  relever  avec  fruit. 
Nous  avons  sous  les  yeux  les  articles  Are  triom- 
fhal,  Pavage  et  Peinture,  qm  sont  fort  instructifs. 

L'AquitaiuedL  donné  une  série  d'articles  signés 
A.  Dupré,  sur  le  culte  de  saint  Louis  dans  l'ar- 
chidiocèse  de  Bordeaux.  Aux  différents  points 
de  vue  hi.storique,  hagiographique  et  antéologi- 
quc,  cette  élude  ne  manque  pas  d'intérêt. 


L Ècito de  Fourvières  {\>.  A,"] \),  donne  une  étude 
historique  et  archéologique  sur  la  crypte  de 
Notre-Dame  et  de  Saint-Pothin  à  Saint-Vixier, 
richement  restaurée  et  agrandie. 

La  Semaine  religieuse  de  la  Lorraine  publie  une 
intéressante  variété  sur  les  Keliqiies  de  sainte 
Pauline  à  Magiiières. 

Un  correspondant  de  la  Semaine  de  Beattvais 
a  rencontré,  en  visitant  l'intéressante  église  de 
Fresnes-Léguillon,  et  signale  avec  raison,  trois 
belles  chapes  à  orfrois  des  XVP'  et  XVIL  siècles. 
—  Il  y  a  trouvé  aussi  des  exemples  de  ces  ealices 
de  quête  dont  M.  le  chan.  J.  Corblet  a  parlé  dans 
nos  colonnes  (v.  son  article  sur  les  vases  et  usten- 
siles eucharistiques). 

Notre  collaborateur  Mgr  Barbier  de  Montault 
a  commencé  dans  la  Semaine  de  Poitiers  une 
étude  sur  le  vitrail  de  Saint-Laurent  à  la  cathé- 
drale de  Poitiers. 

Un  collaborateur  de  la  Revue  catholique  de 
Bordeaux,  M.  l'abbé  J.  Léon  de  Gouvéa,  dans  ses 
Documents  historiques  sur  Arcaehon,  nous  révèle 
des  détails  curieux  sur  un  édifice  religieux  pres- 
que totalement  oublié,  la  chapelle  de  Notre- 
Dame-dcs- Monts,  à  la  Teste,  qui  servait  à  une 
certaine  époque  d'église  paroissiale. 

La  Semaine  religieuse,  historique  et  littéraire 
de  Lorraine  commence  la  publication  d'un  travail 
ayant  pour  objet  les  origines  de  l'église  de  Toul. 

Enfin  la  Semaine  religieuse  de  Rouen  nous  tient 
au  courant  de  la  découverte  importante,  qui  vient 
d'être  faite  à  l'église  de  Saint-Ouen.  On  sait 
qu'en  exécutant  des  travaux  pour  l'établisse- 
ment d'un  calorifère,  on  a  mis  au  jour  quantité 
de  sarcophages  remontant  au  XIL'  siècle,  ou  à 
des  époques  antérieures,  des  sépultures  abba- 
tiales des  plus  remarquables.  La  place  nous 
manque  pour  donner  aujourd'hui  des  détails  sur 
CCS  trouvailles.  Nous  }•  reviendrons. 

L.  G. 


T5  i  b  U  0  g;  r  a  p  ï)  i  E . 


Il 


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S-^^-^^-^S. -^,-S..S„m-^^.^.^-^  ^   P?!.  P^.^^ 


InDe^*  biblîograpljique. 


:^rcl)éoloste  etBeau;c<:^rts^'\ 

••—-—-—---—  jTrance.  -.-.-.-c,— .^^-^-^ 

Allou  (Ms"^  A.).  —  La  cathédrale  et  le  palais 
ipiscoPAL  DE  Meaux.  —  Meaux,  Le  Blonde),  1884, 
in-i 2,  53  p.,  vignettes. 

Bérard  (l'abbé  F.).  —  Étude  historique  et  ar- 
chéologique sur  l'abbaye  du  Thoronet.  (Var.  ) — 
Avignon,  lib.  Seguin   frères.  In-8,  43  p.  et    pi.  —  3  fr. 

Bernard  (F.  C.)-  —  Notice  sur  le  château  de 
GisoRS.  —  Paris,  Chaix,  1884,  in- 8°,  6  p. 

Blancard  (L.).  —  Le  saïga  mérovingien  dérive 
DE  la  silique  byzantine.  —  Marseille,  iinp.  Barla- 
tier,  1884,  in-S",  4  p. 

Boissoudy  (A.  de).  —  La  cathédrale  de  Bour- 
ges. —  Bourges,  imp.  Sire,  1884,  in-8°,  16  p. 

Boissoudy  (A.  de).  —  La  Sainte-Chapelle  de 
Bourges.  —  Bourges,  imp.  Sire.  In-S°  195  p.  et  pi. 

Boutillier(L'abbé).(*) —  Le  mobilier  d'une  égli- 
se paroissiale  DE  LA  BANLIEUE  DE  NeVERS  EN  1638. 

—  Nevers,  imp.  Vallière,  1884,  in-8°,  7  p. 

Boutillier.  —  Rapport  sur  le  tombeau  d'Yo- 
lande DE  Bourgogne,  comtesse  de  Nevers,  récem- 
ment déposé  au  musée  lapid.\ire  de  la  Porte  du 
Croux.  — Nevers,  imp.  Vallière,  1884,  in-8°,  7  p. 

Cartier (E.)  (*)  • — Les  sculptures  de  Solesmes  et 
LES  RiCHiER.  —  ^1-8°  de  32  pp.  extrait  de  la  Revue 
du  Monde  catholique. 

Chabau  (l'abbé).  (*)  —  L'Église  d'Ydes  et  son 
SYMBOLISME.  — (1884).  —  Aurillac,  chci:  l'auteuf. 

Clermont-Ganneau  (C).  —  Mission  en  Pa- 
lestine et  en  Phénicie,  entreprise  en  1881.  — 
S''  rapport.  —  Paris,  Maisonneuve  et  C^  In-8.  146  p. 
avec  fig.  et  12  pi.  (Extrait  des  Arcliives  des  missions 
scientifiques  et  littéraires.) 

Delaforge  (E.).  —  Melun  et  environ.s,  ancien- 
nes chapelles.  —  Melun,  impr.  Drosne,  1S84,  in-12, 
26  p. 

Delisle  (Lcopold),  membre  de  l'Institut,  direc- 
teur de  la  Bibliothèque  Nationale.  -    Ivkn  taire  des 

manuscrits  de  la  BlULIOTHliQUENATIONALE. Fouds 

de  Cluni,  Paris,  Champion,  1884,  in-8,  413  pages. 

Faucon  (Maurice).  —  Les  arts  a  la  cour  d'Avi- 
gnon sous  Clément  V  et  Jean  XXII.  —  In-8°  de 
124  pp.  avec  2  pi.  —  Extrait  des  Allia n^es  d'Archéo- 
logie et  d'Histoire.  (Ecole  française  à  Rome.) 

I.  I^i-s  ûuvr.n,t;cs  marqués  d'un  asiérisc|ue  (*)  sont  ou  seront 
l'objet  d'un  article  biljliographique  dans  la  Revue. 


Fournier  (E.).  —  Histoire  des  enseignes  de 
Paris,  revue  et  publiée  par  le  bibliophile  Jacob, 
AVEC  UN  appendice  PAR  J.  CousiN.  —  Paris,  Dentu, 
1884,  in-8°,  XVI-458  p.,  dessins  et  plans. 

Germain  (L.).  Inscription  d'autll  du  XV'  siè- 
cle, A  Marville  (Meuse).  • —  Nancy,  impr.  Crépin- 
Leblond,  1884,  in-8°,  8  p.  (Extrait  du  Journal  de  la 
Société  d'archcol.  lorraine,  février  1884.) 

Germain  (L).  —  Le  camée  antique  de  la 
eibliothÎlQue  de  NA^•CY.  —  Tours,  imp.  Bousrez, 
1884,  in-8°,  II  p.  et  pi.  (Extrait  du  Bulleti?i  monumen- 
tal, 1883.) 

Glasson  (E.).  —  Les  origines  du  costume  de  la 
magistrature.  —  Paris,  Laroze,  1884,  in-8°,  33  p. 
(Extrait  delà  Nouvelle  reloue  historique  de  droit  français 
et  étranger.) 

Godard-Faultrier  (V.).  Inventaire  du  musée 
d'antiquités  Saint-Jean  et  Toussaint  de  la 
VILLE  d'Anger!5.  —  2"  édition.  Avec  le  concours  de  : 
A.  Michel,  le  lieutenant-colonel  Duburgua,  E.  Lelong, 
et  A.  Giffard.  Angers,  imp.  Lachèse  et  Dolbeau. 
In-8,  600  pp.  — '  8  fr. 

Grimouard  de  Saint-Laurent  (le  comte  de), 
commandeur  de  l'ordre  de  Pie  IX.  —  Manuel  de 
l'Art  chrétien.  —  Un  beau  volume  in-8.  Librairie 
Oudin  frères,  éditeurs,  68,  rue  Bonaparte,  Paris, —  1 5  fr. 

Gros  (Henry)  et  Henry  (Charles).  —  Histoire  de 

LA  Peinture  a  l'Encaustique  dans  l'antiquité.  — 
Un  volume  in-8°,  illustré  de  30  gravures.  Édition  sur 
papier  ordinaire,  7  fr.  50.  Quelques  exemplaires  sur 
papier  de  Hollande,  15  fr. 

Guélon  (L'abbé).  (*) —  Le  reliquaire  de  l'église 
d'Augn.-\t.  —  Clermont,  Thibaut,  1884,  in-8°,  8  p., 
2  pi. 

Rucher  (H.l.  —  Restaur.ation  des  vitraux 
de  l'église  de  Solre-le-Chateau  (Nord).  — Tours, 
Bousrez,  18S4,  in-8°,  15  p.,  fig.  (Extrait  du  Bulletin 
monumental,  1883.) 

Humbert  (Lucien).  —  L'œuvre  de  Stanislas 

DIT  LE  bienfaisant. 

Livret  illustré  du  muséeLuxemboukg, contenant 
environ  250  reproductions  d'après  les  dessins  originaux 
des  artistes,  gravures  et  divers  documents,  publié  sous 
la  direction  de  F.  G.  Dumas.  i'=  édition.  Paris,  Baschet. 
ln-8,  LXVn-256  pp.  —  3  fr  50. 

Lami  (S.).  —  Dictionnaire  des  sculpteurs  de 
l'antiquité   jusqu'au    VP  siècle    de    notre  ère. 

—  Paris,  Didier,  18S4,  in^",   VIII-149  p. 

Marionneau  (Ch.).  —  Les  Salons  bordelais, 
ou  Exi'osmoNS  des  beaux-arts  .\  Bordeal'x,  au 
xviii'  siècle  (1771-1787),  avec  des  notes  biogra- 
phiques sur  les  artistes  qui  figurent  à  ces  expositions. 
Bordeaux,  V'=  Moquet.  In-S,  XIII-213  pp.  —  10  fr. 
(Extr.  dts  publications  de  la  Société  des  bibliophiles 
de  Guyenne.  Tiré  à  175  exemplaires.) 

Mély    (M.  F.  de).  —  La  Céramique   italienne. 

—  Sigles  et  monogrammes.  Librairie  de  Firmin  Didot 
et  C"^^,  56,  rue  Jacob,  Paris,  1884,248  pp. 


ii8 


iRetiue   De  l'art   cbrcticn 


Ménard  (R.).  Prof,  à  l'École  nationale  des  Arts 
décoratifs.  —  Histoire  des  .\rts  DÉcoR.vriFS. 
La  décoration  en  Grèce.  Première  partie  :  Architec- 
ture et  Sculpture.  Paris,  Rouam.  In-i6,  84  pp.  avec 
40  fig.  —  75  c. 

Barbier  de  Montault  (X.),  prélat  de  la  maison  de 
Sa  Sainteté.  (*) — Collection  des  décrets  authenti- 
ques DE  L.\  SACRÉE  C0NGRÉG.\T10N  DES  RITES.  — ■  Huit 

volumes  de  500  pp.,  renfermant  plus  de  sept  mille 
décisions,  depuis  la  fondation  de  la  Congrégation  des 
Rites  par  le  pape  Sixte-Qnint,  en  1587,  jusqu'à  l'année 
1870.  —  Pri.\  net,  franco  24  fr. 

Muntz  (Eugène).  (*)  —  Le  triclinium  du  L.vrRAN, 
Charlemagne  et  Léon  IH.  — Paris,  Baer,  1 844  ;  in-S" 
de  15  pp.  Pri.x  1.50. 

Nageotte  (E.).  —  La  polychromie  dans  l'art 
ANTIQUE.  —  Besançon,  impr.  Dodivers,  1884,  in-S*^, 
27  p. 

Palustre  (Léon).  ■—  L'ancienne  cathIdi^ale 
DE  Rennes,  son  état  au  milieu  du  XVni<=  sii'ccle 
d'après  des  docu.ments  inédits.  —  Paris,  CKam- 
pion,  1884,  in-8°,  216  p.  (Entrait  du  BuUelin  monu- 
mental ). 

Pharond  (E.).  —  La  Topographie  historique 
et  archéologique  d'Abbeville.  — T.  HI  et  dernier. 
Paris,  Dumoulin.  In-8,  62S  pp.  —  7  fr.  50. 

Piolin  (R.  P.  Dom  Paul),  prieur  de  l'abb.iye  de 
Solesmes,  président  de  la  Société  historique  et  archéo- 
logique du  Maine.  (*)  —  Testament  du  cardinal 
Charles  d'Angennes  (1587).  —  Mamers,  Fleury, 
1884,  in-8°de  14  pages. 

Racinet  (A.).  —  Le  Costume  historique,  500 
planches,  300  en  couleurs,  or  et  argent,  203  en 
camaïeu  avec  des  notices  explicatives  et  une  étude 
historique.  —  14"=  livraison.  Paris,  Firmin-Didot  et 
C'"=.  In-fol,  92  pp.  et  24  pi.  Chaque  livraison,  12  fr.  ; 
édition  de  luxe,  —  25  fr. 

Ronchaud  (L.  de).  —  La  Tapisserie  dans  l'an- 
tiquité; le  PÉPLOS  d'AthÉNÉ;  LA  DÉCOR.'VTION  IN- 
TERIEURE DU  Parthénon,  restituée  d'après  un 
PASSAGE  d'Euripide.  — •  Paris,  Rouam.  Li-8,  164  pp. 
avec  vign.  —  10  fr. 

Taillebois    (E).    —   Quelques   mots   sur    les 

PRÉTENDUES      inscriptions    DES    ConVincli   TROUVEES 

EN  Ecosse  ;  l'inscription  tarbélienne  du  Vieux- 
PoiTiERS  (Vienne). — Dax,im,)r.  Justère,  1SS4,  in-8^, 
16  p.  pi. 


Allemagne. 

Adamy  (Doc.   Dr   Rud.).  — •  Architektonik  auf 

HISTORISCHER     U.     ASTHEÏISCHER     GrUNDLAGE.    — •  2'' 

volume:  Architektonik  Mittelalters.  1.  Abth  :  Ar- 
chitektonik der  altchristl.  Zeit.  2.  Hàlfte.  Mit  65 
Holzschn.  u.  ZinkHochatzgn.  Hannover,  Heiwing. 
Gr.  in-8,  XI  et    145-281    p.  Chaque  partie  :  —  7  fr  50. 


Boulkowski  (Alex.).  Dictionnaire  numismati- 
que pour  servir  de  guide  aux  amateurs,  experts  et 
archeteurs  des  médailles  romaines  impériales  et  grec- 
ques coloniales,  avec  indication  de  leur  degré  de  rareté 
et  de  leur  prix  actuel  au  xix''  siècle,  suivi  d'un  résumé 
des  ventes  publi(iuesde  Paris  et  de  Londres — 29"=  et  30= 
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Brugsch  (Heinr.).  —-Thésaurus  ins  riptionum 
^gvptiacarum.  —  Altàgyptische  Inschriiten,  gesam- 
melt,  verglichen,  ûbertragen,  erklàrt  u.  autographiert. 
3"=  fasc.  Leipzig,  Henrichs.  Gr.  in-8,  |)p.  531-618. 
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tischer  l^enkmaler.)  L'ouvrage  complet  coûtera  250  fr. 

Duniichen  (Johs.).  —  Der  Grabpalast  d.  Pa- 

TUAMENAP    IN    DER  THEBANISCHEN    NeKROPLIS.  ^  In 

vollstànd.  Copie  seiner  Inschriften  u.  bildl.  Darstellgn., 
u.  m.  Uebersetzg.  u.  Eriautergn.  derselben  hrsg.  i. 
Abth.  Inschriften  iib.  Titel  u.  Wiirden  d.  Verstor- 
benen  u.  Verzeichnisse  der  alljàhrl.  Todtenfesttage, 
wiederf.  dieselben  angeordneten  Opferspenden,  Nebst 
Vorder-  u.  Seitenansticht  d.  Grabgebàudes,  wie  Grun- 
driss  u.  Durchschnitte  sammtl.  Ràume.  Leipzig,  Hin- 
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KUNSTHiSTûRiscHE  ScRiFTEN.  —  4"=  volume.  Wien, 
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Die  mittelalterlichen  Kunstdenkmale  Delmatiens  in 
Arbe,  Zara,  Nona,  Sebenico,  Traù,  Spalato  u.  Ragusa. 
Mit  115  illustr.  ira  Text  u.  26Taf.  nach  den  Zeichngn. 
d.    Archit,  Winfried  Zimmermann.) 

Essenwein,  (.A..)  Seiman  (E.  A.).  —  Kultur 

HISTORISCHER     BiLDERATLAS.    Il'   BaND,    MoVEN  AgE. 

—  Leipzig,  1883,  in-fol.  oblong,  120  pi.  et  texte  ex- 
plicatif. 

Guide  pour  Heidelberg  et  ses  enviro.ns,  avec  les 
jjlans  de  la  ville,  des  ruines  du  château  et  du  jardin 
de  Schvvetzingen  et  une  carte  routière.  Wiirzburg, 
Woerl.   In- 16,   24  pp.   —  i   fr. 

Hefner-AIteneck  (J.  H.  von).  —  Trachten, 
KUNSTWERKE  UNO  Gerathschaften  vom  fruhen 
Mittelalter  bis  Ende  d.  18  Jahrhund.  —  2'^  édit. 
Francfort,  Keller,  in-4°. 

Helbig  (W.).  —  Das  ho.merische  Epos,  aus  den 
Denkmal?;rn  erlautert.  —  Archiiologische  Unter- 
suchgn.  Mit  2  Taf.  u.  120  in  den  Text  gedr.  Ab- 
bildgn.  Leipzig,  Teubner.  Gr.  in-8,  VIII-353  pp. — • 
14  fr. 

Hermann  (K.  F.).  —  Leurbuch  der  griech- 
ischen  Antiquitaten.  —  Neu  herau.sg.  von  H. 
Bliimmer  und  W.  Dittenberger,  Fribourg,  Mohr,  2  vol. 
in-8". 

Jaennicke  (F.).  —  Mettl.^ciier  Muséum  — 
!'■'■  .\bthcilung:  Deutsches  Steinzeug  bis  zum  Ende 
des  18  Jahrhunderts.  Maycnce,  Dicmer,  1884,  in-8°, 
1 1   pi. 

Jungmann  (Joseph).  (*)  Priestcr  der  Gesellschaft 
Jesu,  Doctor  der  Théologie  und  ord.  Professor 
derselben     an    der    Universitiit     zu    Innsbruck    mit 


15it)liograpbie. 


119 


Erlaubnisz  der  Obern.  —  Aesthetik.  • —  Zweite,  voll- 
stândig  umgeaibeitete  und  wezentlich  erweiterde 
Auflage  des  Bûches  «  Die  Schônheid  und  die  ?chône 
Kurst  »  mit  r.eun  Illuslratiomn.  F'reiburg  im  Brisgau 
Herder'sche  Buchhandlung,  1884.  Prix:  15  francs. 

Lehner(D''F.  A.  von)Directordes  fiirstl.Hohenzol- 
lernschen   Muséums    in  Sigmaringen.  —  Die  Marien 

VEREHRUNG  IN  DEN  ERSTEN  JaHRHUNDERTEN. 

(Le  culte  de  Marie  aux  premiers  siècles,  par  le  Z>'  F.  A. 
V.  Lehfier,  conseiller  à  la  Cour,  directeur  du  musée  du 
prince  de  Hohenzollern  à  Sigmaringen,  avec  8  planches 
doubles  en  lithographie.  Stuttgart.  J.  Cotta.) 

Levin   (Thdr.).  —  Repertor  um    der    bei   der 

KONIGL.     KUNST-ACADEMIE     ZU    DuSSELDORF     AUFBE- 

wahrten  Sammlungen.  Diisseldorf,  de  Haen.  Gr.  in-S, 
X-393  PP-  —  3  fr.  35. 

Mutcher   (Rich).   —  Die  deutsche  Bucheril- 

LUSTRAÏION  DER    GOTHIK  U.    FrUHRENNAISSANCE.  

4"=  et  5*=  livraisons.  Miinchen,  Hirth.  In-fol.,  p.  121- 
232,  avec  nombreuses  illustrations.  Chaque  livraison  : 

—  24  fr. 

Otte  (D.  Heinr.).  —  Handbuch  der  kirchlichen 
Kunst-Archaologie  d.   deutschen  Mittelalters. 

—  In  Verbindg.  m.  dem  Verf.  bearb.  v.  Oberpfr. 
Ernst  Wernicke,  2°  volume,  i'=''  livraison.  Leipzig,  T. 
O.  Weigel.  In-8,  p.   1-160  avec  figures.   La  livraison  : 

—  5fr. 

Pay  (J.  de).  —  Die  Renaissance  in  der  Kir- 
chenbaukunst.  —  Entwiirfe  zu  Kirchen,  Leipzig, 
Wasmuth.,  gr.  in-fol. 

Reinike  (Kreisbauinsp.  E.).  —  Die  klinischen 
Neueanten  der  Universitat  Bonn.  —  Mit  vielen 
in  den  Text  eingedr.  Holzschn.  (Aus  :  «  Centralbl. 
d.  Bauverwaltg.  »)  Berlin,  Ernst  et  Korn.  gr.  in-8, 
32   PP-  —  3  fr.  80. 

Springer  (Rudolf).  —  Kunsïhandbuch  fur 
Deutschland,  Œsterreich  und  die  Schweiz. 
EiNE  Zusammenstelling  der  Sammlungen,  Le- 
hranstalten  und  Vereine  fur  Kunst  und  Kunst- 
oewerbe.  —  Dritte  Vermehrte  Aufiage.  Un  volume 
in- 18,  de  601  pages.  Berlin,  \\'eidmannsch  Buch- 
handlung  1883. 

Straub  (le  chanoine  A.).  —  L'Hortus  deliciarum 
de  l'abbesse  Herrade  de  Landsperg.  —  Repro- 
duction héliographique  d'une  série  de  miniatures, 
calquées  sur  l'original  de  ce  manuscrit  du  douzième 
siècle.  Texte  explicatif.  Ed.  par  la  société  pour  la 
conservation  des  monuments  historiques  d'Alsace. 
Livr.  4.  Strasbourg,  Trùbner.  Gr.  in-fol.,  10  tableaux 
et  2    feuilles  de  texte,  —  18  fr.  75. 

Les   4  livraisons  jusqu'ici  parues:  —  70  fr. 

Rozenberg  (Adf.).  —  Geschichte  der  moder- 
nen  Kunst.  —  4"  livraison,  Leipzig,  Grunow.  In-8, 
pp.   289-384.    Chaque  livraison:  —  2  fr.  50. 

Trendelenburg  (Adf.).  —  Die  Laokoongruppe 
UND  DER  Gigantenfries  DES  Pergamenischen  Al- 
tars.  Ein  Vortrag.  Mit  2  Lichtdr.-Taf.  ■ —  Berlin, 
Gaertner.  In-8,  39  pp.  —  i  fr.  65. 


Vorlagen  f.  keramische  Arbeiten,  vorwiegend  nach 
Enlwiarfen  der  hervorragendsten  iMeister  der  Neuzeit, 
insbesondere  v.  Brausewelter,  Dollischek,  Copeland 
and  Sons  etc.  (Aus:  «  Blàtter  f.  Kunstgeweibe  »)  Wien, 
V.  Waldheim.  In  Mappe.  In-fol.  38  tableaux  et  texte 
en  regard.  —  15  fr. 

Wurzbach  (Alf.  von).  —  Rembrandt-Galerie. 
Eine  Auswahl  v.  100  Gemiilden  Rembrandts,  nach 
den  vorzùglichsten  Stichen,  Radirgn.  u.  Schwarzkunst- 
blattern  in  unverKinderl.  Lichtdr.  ausgefiiithv.  Mart. 
Rommel  &  Co.  60  Blatterin  gr.  Fol.  u.  4oText-Illustr. 
Mit  Textbd.  —  Complet  en  20  livraisons.  Stuttgart, 
Neff.  1'''=  livraison  ;  gr.  in-fol.,  3  feuilles  et  8  pages  de 
texte  avec  photogravures.  —  4  fr. 

Hunnewell  (J.  F.).  —  The  Historical  Monu- 
ments OF  France.  With  Plates.  —  Boston.  In-8,  xiv- 
336  pp.  —  23  fr. 

Jlelmken  (F.  Th.).  The  cathedral  of  Cologne, 
it.s  legends,  hi.story,  architecture,  décorations 
AND  art  treasures.  —  Translated  by  J.  ^\'.  ^\■atkins, 
2=  éd.,  Cologne,  Boisserée,  in-8'^. 

Kenyon  (R.  L.).  ■ —  The  Gold  Coins  of  Englaxd 
Arranged  and  Described:  Beiiig  a  Sequel  to  Mr. 
Hawkins'  Silver  Coins  of  England.  —  London.  Qua- 
ritch.  In-8,  290  pp.  —  30  fr. 

Lee  (V.).  —  EuPHORiox  :  Being  Studies  of 
THE  Antique  and  the  medi.ïval  in  the  Renais- 
sance. —  Londres,  Unwin.   2  vol.  in-8°. 

Perkins  (Charles  G.)- —  Historical  Handeook 
OF  Italian  Sculpture,  Illustrated.  —  Un  volume 
in-8°,de  432  pages. —  London,  Remington  et  Co.  1883. 

Stephens  (George).  —  Handbook  of  the  old- 
northern  runic  Monuments  of  Scandinavia  and 
England,  Londres,  Williams  and  Norgate.  —  1884, 
in-4°,  fig- 

Stephens  (Prof. Geo.).  —  Old  Northern  Runic 
Monuments  of  Scandinavia  and  England.  Now 
first  Collected  and  Deciphered.  Vol.  III.  With  many 
Hundreds  of  Facsimiles  and  Illusts.  —  London,  Wil- 
liams and  Norgate.  In-fol.  —  64  fr. 


'16clg;iriiic. 


Guides  belges.  (*)  —  Bruges  et  ses  environs.  Avec 
nombreuses  gravures  et  un  plan  de  la  ville.  —  Bruges, 
imp.  et  lib.  de  la  Société  Saint-Augustin,  Desclée,  De 
Brouweret  C"''.  In- 18,  281  pp.  —  4  fr. 


I20 


IRcD uc  Dc  ract  cbrétien. 


Cloquet  (L.)  (*)  Tournai  et  Tournaisis.  — •  Un 
volume  relié  de  500  pp.  in-12,  impression  de  luxe,  ac- 
compagné d'une  carte  de  la  ville  de  Tournai  et  d'une 
centaine  de  gravures.  —  18S4.  — ■  Sjc.  St-Augustin, 
Lille.  —  4  fr. 

S.uti  presse  :  —  Anvers  et  l'exposition,  par  L. 
Kintschots.  —  Malines  et  ses  environs,  par  l'abbé 
Van  Caster.  —  Gand  et  ses  environs,  par  E.  Bumers. 

—  Bru.kelles  et  ses  environs,  par  G.  Nève. 

Van  Caloen  (R.  P.  Dom  Gérard)  (*)  bénédictin  de 
l'abbaye  de  Maredsous.  —  Les  bas-reliefs  de  Mared- 
sous  provenant  ue  l'abbave  de  Florenne  et  le 
ci.MEiTi'-.RE  FRANC  DE  Maredsous.  —  (Extrait  du 
t.  X\'I  des  Annales  de  la  Société  archéologique  de  Namur. 
in-8%  22  p.  Namur,  Wesmael-Charlier,  1884  (avec  une 
planche). 

Van  Caster  (l'abbé  G.).  —  Histoire  des  rues  de 
Malines  et  de  leurs  monuments.  —  Malines,  imp. 
J.  Ryckm.<.n3-Van  Deuren.  In-8,  3S0  pp.  —  5  fr. 

Van  Robays  (Eug.)  de  la  com  p.  de  Jésus.  —  Les 
symboles  de  la  sainte  Trinité.  Étude  archéologi- 
que. (Extrait  des  Précis  historiques.)  —  In  8"  de  48  ])p. 

—  2  pi.  lith.  —  Bruxelles,  Vromant,  1876.  —  2.00  fr. 

^^^^^^^..^  Danemark.  — --^— .-.-^ 

Sick  (J.  F.).  —  Notice  sur  lesouvr.\ges  en  or 
et  en  argent  dans  le  Nord  et  sur  la  «  Solvkam- 
MER  »  DES  Rois  de  Danemark.  Suivie  d'un  tableau 
des  types  de  différents  poinçons  et  marques  de  vieille 
argenterie  européenne.  Avec  neuf  planches.  —  Copen- 
hague, Lehmann  et  Stage.  In-8,  52  pp.  —  3  fr. 


■  Cspaçjnc.^ 


Canton  Salazar  (L.).  —  Monografia  historico- 

ARQUEOLOGICA  DEL  PaLACIA  DE  LOS  CONDESTABLES  DE 
CaSTILLA,  MAS  COMUNMENTE  CONOCIDA  POR  CaSA  DEL 

Cordon.    —    Burgos,    imp.    y    libr.  de  S.  Rodriguez 
Alonso,  In-4,  82  pp.  y  3  laminas.  —  2  fr.  50. 


fôollaiioc. 


Souvenir  d'Amsterdam  et  de  l'exposition,  1883. 
—  Amsterdam,  Joh.  G.  Steniber  Cz.  Pet.  in-8,  23 
planches.  —  i  fr.  50. 


Italie. 


Bindi  (Vincenzo).  —  Artisti  abruzzesi   (pittori, 
scultori,  architetti,  maestri   di  musica,  fonditori,  cesel 
latori,  figuli,  dagli  antichi  ai  moderni):  notizie  e  docu- 
nienti.    —  Napoli,  tip.    De  Angelis.  In-8,  159  pp.    — 
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Garocci  (Guido).  —  Il  Mercato  vecchio  di  Fi- 
renzë:  rlcordi  e  curiosità  di  storia  ed  arte. —  Firenze, 
tip.  délia  Pia  Casa  di  Patronato  —  2  fr.  50. 

Gavalcaselle  (G.  B.)  e  Crowe  (J.  A.).—  Raf- 

FAELLO,    LA    SUA   VITA   E    LE    SUE  OPERE.     —    FirenZC, 

suce.  Le  Monnier.  Vol.  I.  In-8,  xi-415  pp.  —  10  fr. 

InDICAZIONE      SOMMARIA    DEI       QUADRI     ed     OPERE 

d'arte  della  R.  Pinacoteta  di  Torino.  —  Torino, 
tip.  Reale  ditta  G.  B.  Paravia  e  C.  di  I.  Vigliardi.  In- 
16,  121  pp.  —  I  fr.  25. 

Lo  Re  (l'abbé  Giacomo).   —  Il  canto  liturgico 

ILLUSTRATO   SEC0ND0  LE  AUTENTICHE    EDIZIONI  DI  Ll- 

bri  corali.  —  Palermo,  tip.  Olivieri.  In-8,  192  pp. — 

Melani  (.\.).  — .-\.RCHiTErTURAiTALiANA;parte  2. 
(Architettura  niedioevale,  del  Rinascimento,  del  cin- 
quecento,  barocca,del  settecento  e  moderna.  —  Milano, 
Hoepli,  edit.  In- 16,  x-217  pp.  —  2  fr. 

Toxiri  (avv.  Ag.).  —  Miniers,  zecche  et  .monete 
DELLA  Sardegna:  ccnni  cronologici,  con  quadri  e  li- 
togralie.  — ■  Ancona,  Morelli,  edit.  In-S,  5g  pp.  — 
3fr. 


ll^ortugal. 


Catalogo  DO  Museu  Nacional  de  Bellas-Artes, 
SECÇAO  depintur.a  (descrevendo  o  assunipto  de  cada 
quadro,  a  sua  procedencia,  os  principaes  factos  bio- 
graphicos  de  seus  auctores,  etc.)  —  Lisboa,  imp.  Na- 
cional. In-8,  97  pp.  —  2  fr. 

Vasconcellos  (Joaquim  de).  — Historia  da  arte 
EM  Portugal.  Fasciculo  2",  Documentos  ineditos  col- 
ligidos  por  Rodrigo  Vicente  d'.\lmeida. —  Lisboa,  imp. 
de  la  Novedad.  In-8,  95  pp.  —  4  fr. 


Puisse. 


Perrin  (A.).  —  C.vtalogue  du  médaillier  de 
Savoie.  Avec  des  fig.  —  Genève,  Stapelmohr.  In-8. 
—  6  fr.  50.  J.  C. 


^ 


^ 


I       iMiiiii ■iiniiiiipiiiim  II  ■■■  ■"'^'■°- iiiin  ^T'f^rfflytlV^Trf  iili^tfffTi¥Mr  iTt"rMnff  ■■■rTLTr^TifTT¥Trivr  iT""^'^*^  ir  >;!'■■'■  I  II  II     iim   u  ynr*  n^/i 


Gfjrontquc. 


SOMMAIRE,  —  ŒUVRES  nouvelles;  Pluie  de  statues;  efnoraison  d'églises 
(Oraduur-sur-Vayres,  Besançon,  Péronville,  Saint-Sernin,  Vernoux,  Oroix,  Paray,  Bordeaux, 
Hervé,  Schaerbeeck,  Equateur,  Rome)  ;  Peintures  murales  du  Panthéon  et  de  Saint-Paul  à 
Londres;  hôtel  de  ville  de  Saint-Nicolas.  —  RESTAURATIONS;  Jubé  delà  cathédrale  de 
Rouen  ;  clocher  de  Saint-Front  à  Périgueux  ;  hôtel  de  ville  de  Louvain  ;  église  de  Saint-Bavon, 
à  Gand  ;  églises  de  Bayonville,  de  Braine  le  Comte  et  de  Saint-Eustache  à  Paris  ;  tour  de  Clovis  ; 
Société  des  Amis  des  monuments  historiques  ;  la  Marienburg  ;  conservation  de  monuments  et 
Sociétés  des  Beaux-Arts  en  Allemagne  ;  travaux  à  Rome,  dôme  de  Venise.  —  TROUVAILLES: 
Fouilles  de  la  rue  de  la  Bucherie,  à  Paris  ;  trouvailles  à  Tulette,  à  Harmignées,  à  Maredsous  ; 
un  Albert  Durer  et  plusieurs  Rembrandt.  —  CONGRÈS  ET  EXCURSIONS.  —  EXPOSITIONS. 
—   MUSÉES.   —  VENTE. 


oecuurfô  nouvelles. 

N  notre  temps  si  pauvre  en 
grands  hommes,  les  illu- 
strations pullulent.  Aussi 
pleut-il  des  décorations  et 
des  statues  sur  la  France. 
Le  nombre  de  monuments 
qui  voient  le  jour  depuis 
quelque  temps,  à  la  gloire 
Uj^^là::-j,-Z<^J:^bo . ■  j, -î£ri  de  nos  concitoyens  en 
faveur  dans  l'opinion,  est  quelque  chose  de  prodi- 
gieux. Cette  épidémie  règne  du  reste  aussi  chez 
nos  voisins. 

En  ce  moment  sont  exposés  à  la  salle  Melpo- 
mène  les  projets  du  monument Gambetta  qui  ont 
été  l'objet  d'un  concours.  Récemment  on  inau- 
gurait à  Valenciennes  le  monument  deWatteau, 
et  en  même  temps  la  statue  d'Etienne  Dolet  à 
Paris.  Celle  de  Simon  Saint-  Jean  s'élevait  à 
Millery  (Rhône).  Le  monument  àes  six  bourgeois 
de  Calais  est  mis  au  concours.  On  peut  voir  au 
square  du  Temple  la  statue  de  Béranger  sur  son 
piédestal,  et  celle  de  Viollet-Le-Duc  préside  à 
l'installation  du  nouveau  musée  de  moulages. 
M.  Idrac  termine  l'effigie  en  bronze  d'Etienne 
Marcel, qui  est  destinée  au  petit  square  de  l'Hôtel 
de  Ville.  La  maquette  en  plâtre  de  la  statue 
de  Claude  Bernard  a  été  portée  sur  l'emplace- 
ment choisi  à  Paris  pour  son  érection,  au  haut 
du  grand  escalier  qui  mène  au  collège  de 
France.  On  s'occupe  activement  du  monument 
Berlioz.  Les  amis  de  Gil-Pérèsont  résolu  d'élever 
un  monument  à  la  mémoire  de  cet  artiste,  avec 
l'aide  du  ministère  des  Beaux-Arts.  Un  comité 
fonctionne  pour  l'érection  d'une  statue  à  Ledru- 
RoUin,  Boulevard-Voltaire.  Le  monument  com- 
mémoratif  de  la  Révolution  française  s'élèvera 
bientôt  sur  une  des  places  de  Paris.  Les  bourga- 
des imitent  les  grandes  villes,  et  la  commune  de 


Tantonville  (Meurthe-et-;\Ioselle)  vient  d'inau- 
gurer le  monument  de  M.  Jules  Tourtel,  tout 
récemmentdécédé.  Les  Gantois  vont  placer  Liévin 
Bauwens  sur  le  piédestal,  RI.  Chapu  met  la  main 
au  monument  de  G.  Flaubert,  etc 

L'Italie  ne  reste  pas  en  arrière.  Le  monument 
de  Cavour  vient  d'être  l'objet  d'un  concours.  Celui 
de  Victor  Emmanuel,  à  Rome,  sera  adossé  au  flanc 
septentrional  de  l'église  de  VAra-Cœli,  contre 
le  Capitole,  regardant  de  front  le  centre  du  Cor- 
so. La  statue,  véritable  apothéose  de  l'usur- 
pation sacrilège,  foulera  en  quelque  sorte  aux 
pieds  les  ruines  de  la  puissance  temporelle  du 
Saint-Siège.  Cette  orgueilleuse  figure,  hissée  sur 
un  piédestal  de  12  mètres  de  hauteur,  sera 
quatre  fois  plus  grande  que  nature.  —  Du  reste, 
il  ne  sera  bientôt  plus  possible  d'éviter  dans  la 
péninsule  une  statue  de  ce  souverain,  sans  se 
heurter  à  une  statue  de  Garibaldi.  Plusieurs 
villes  d'Italie  se  proposent  d'en  élever  de  nouvel- 
les, notamment  Palerme;  rien  ne  vaut  ce  qui 
vient  d'arriver  à  Pavie,  où  un  comité  s'était  formé 
pour  ériger  une  statue  au  «  héros  ».  Le  monu- 
ment a  été  inauguré  l'an  dernier,  mais  le  quart 
d'heure  de  Rabelais  est  arrivé,  car  la  gloire  se 
paye,  surtout  en  bronze.  Or  le  comité  avait 
dépensé  ses  ressources  en  fêtes  d'inauguration, 
et  le  pauvre  fondeur  en  appelle  aux  tribunaux. 

Un  monument  élevé  à  la  mémoire  de  Guillau- 
me II  vient  d'être  solennellement  inauguré  à 
Luxembourg.  C'est  une  statue  équestre  sculptée 
par  M.  A.  Mercié. 

Il  nous  a  toujours  paru,  que  la  statue  isolée 
comporte  en  quelque  sorte  la  glorification  de 
l'homme  tout  entier  ;  à  ce  point  de  vue  il  y  a 
véritable  scandale,  à  accorder  les  honneurs  du 
bronze  à  des  illustrations  très  réelles,  mais  fort 
peu  édifiantes  à  certains  égards. 

Les  saints  seuls  en  mériteraient,  parce  que  leur 


1885. 


i'*^  Livraison. 


122 


îRctJuc   De   rart    ct)rcticn. 


grandeur  est  surnaturelle.  Mais  ils  sont  préci- 
sément les  déshérités  des  honneurs  publics.  — 
Tandis  que  les  nations  catholiques  rougissent  de 
leurs  saints,  voici  que  l'hérétique  Angleterre  leur 
fait  la  leçon.  Lord  Grandville  élève  un  impo- 
sant monument  à  saint  Augustin,  l'apôtre  en- 
voyé par  le  Pape  pour  convertir  l'Angleterre. 
Voici  quelques  détails  à  ce  sujet.  Ce  monu- 
ment, dont  nous  avons  déjà  dit  un  mot,  mar- 
quera sur  les  rivages  de  l'Angleterre  l'endroit 
vénéré  où  saint  Augustin  eut  sa  première  entre- 
vue avec  le  roi  Ethelbert.  Ce  lieu  se  trouve  sur 
la  route  de  Ramsgate,  près  de  Ebbs-Fleet,  dans 
l'ile  de  Thanet.  Le  sol  y  est  très  fertile  et  une 
ancienne  légende  s'exprime  en  ces  termes  au 
sujet  de  cet  endroit,  qui  s'appelle  encore  Gotvians- 
field  (le  champ  de  l'homme  de  Dieu)  :  «  Félix 
telliis,  aijits  gleba  contraxisse  benedictioneni  credi- 
tiir  adventu  Bcati  Aiigiistini.  »  (Heureuse  terre, 
dont  on  croit  que  le  sol  a  été  béni  par  le  fait  de 
l'arrivée  de  saint  Augustin  !) 

Il  y  a  un  demi-siècle,  un  grand  chêne  existait 
encore  à  cet  endroit  ;  il  était  connu  sous  le  nom 
de  Chêne  de  saint  Augustin  ;  à  notre  époque 
même,  le  petit  cours  d'eau  qui  arrose  ce 
champ  et  ne  se  dessèche  jamais,  s'appelle  la 
Source  de  saint  Augustin. 

Le  monument  aura  une  hauteur  d'environ  vingt 
pieds,  et  sera  taillé  dans  la  pierre  çlite  doulling 
quarries,  dont  la  durée  est  séculaire. 

Il  sera  orné  des  emblèmes  des  quatre  Évan- 
gélistes  :  le  lion,  l'aigle,  l'homme  et  le  bœuf  ;  il 
sera  orné  de  bas-reliefs  représentant  l'Annoncia- 
tion, la  Vierge  avec  l'enfant,  le  Crucifiement,  la 
Transfiguration,  les  douze  Apôtres  avec  leurs 
emblèmes  (le  traître  Judas  étant,  conformément 
au  symbolisme  antique,  représenté  avec  une  tête 
d'animal)  etc. 

Voici  la  traduction  de  l'inscription  latine  qui 
a  été  composée  pour  orner  ce  témoignage  de 
reconnaissance  du  peuple  anglais  au  grand  saint 
qui  porta  la  lumière  de  la  foi  dans  sa  patrie  : 

«  Augustin,  arrivé  enfin  à  Ebbs-Fleet,  dans  l'île 
de  Thanet,  après  avoir  couru  de  grands  périls  sur 
terre  et  sur  mer,  rencontra  dans  ce  lieu  le  roi 
Ethelbert,  y  parla  pour  la  première  fois  chez 
nous,  et  y  jeta  heureusement  la  première  se- 
mence de  la  foi  chrétienne,  qui  se  propagea  avec 
une  admirable  rapidité  par  toute  l'Angleterre. 
Afin  de  conserver  chez  les  habitants  de  Kent 
le  souvenir  de  ce  fait,  George  Leveson-Govver, 
comte  Grandville,  a  fait  élever  ce  monument 
—  1884.» 

Il  faut  remarquer  que  Lord  Grandville 
n'est  pas  catholique,  et  que  saint  Augustin 
avait  été  envoyé  par  le  Pape  pour  convertir 
l'Angleterre. 


SEM.  le  cardinal  Guibert  vient  de  désigner 
.  pour  succéder  à  M.  Abadie,  comme  archi- 
tecte de  la  basilique  du  Sacré-Cœur,  M.  Dau- 
met,  à  qui  l'on  doit,  entre  autres  importants 
travaux,  la  restauration  du  Palais  de  Justice. 

LE  jour  de  la  Toussaint,  une  cérémonie  à  la  fois  simple 
et  grandiose  avait  lieu  dans  la  salle  synodale  de 
l'dvcché  d'Angers.  Il  s'agissait  de  remettre  à  Mgr  Freppel 
une  crosse  d'honneur  et  des  insignes  épiscopaux,  témoi- 
gnage de  l'admiration  et  de  la  reconnaissance  des  catho- 
liques, à  l'égard  du  grand  prélat.  —  Ces  objets,  d'un  carac- 
tère éminemment  artistique,  méritent  ici  une  mention 
spéciale.  Nous  comptons  en  donner  dans  la  prochaine 
livraison  une  description  détaillée,  dont  la  publication  est 
forcément  retardée  par  la  confection  des  planches  qui 
doivent  l'accompagner. 


LE  grand  nombre  d'églises  construites  ou 
restaurées  de  nos  jours  forme  une  des 
antithèses  caractéristiques  de  l'époque  contempo- 
raine. Humainement  parlant,  c'est  à  peine  croy- 
able, surtout  en  ce  qui  concerne  les  campagnes. 
Or,  ce  tour  de  force  s'est  reproduit  sur  beaucoup 
de  points  du  territoire  français  dans  ces  derniers 
temps  ;  témoins  les  nombreux  exemples  qui 
suivent: 

En  moins  de  deux  années,  a  été  rebâtie,  sur  un  beau 
plan,  l'église  d'Oradour-surA'ayres.  Le  28  avril  1S78,  avait 
lieu  la  pose  religieuse  de  la  première  pierre  ;  le  7  octobre 
1SS4,  la  consécration  épiscopale  du  monument. 

Monument  !  c'en  est  un,  au  moins  de  foi,  de  générosité, 
de  zèle  et  de  bonne  entente.  Quant  à  l'architecture,  elle  est 
du  genre  roman  ;  une  seule  nef  en  croix  latine,  voûte  un  peu 
basse,  avec  un  transept  original  et  chevet  rayonnant.  Du 
vieil  édifice,  on  a  utilisé  seulement  la  base  du  clocher, 
autrefois  au  milieu,  et  maintenant  à  l'entrée.  Vitraux  et 
grisailles  sont  de  la  facture  H.  Feur,  de  Bordeaux,  le  maî- 
tre-autel, des  ateliers  Gardien,  de  Limoges. 

LE  30  août  a  eu  lieu  à  Besançon,  la  bénédiction  solen- 
nelle de  la  première  pierre  de  l'église  dédiée  aux  pre- 
miers aputres  de  la  province,  les  saints  Ferréol  et  Ferjeux. 
Le  style  adopté  est  le  style  roman  ;  l'église  aura  une  cou- 
pole centrale,  avec  deux  tours  et  clochers  comme  les 
anciennes  basiliques.  La  crypte  ancienneoccupera  le  milieu 
de  l'église  souterraine,  et  au  lieu  d'ctre  no)ée  dans  la 
maçonnerie,  l'enceinte  des  rochers  restera  exposée  aux 
regards  des  visiteurs,  et  donnera  au  monument  le  cachet 
de  vérité  que  lui  avaient  enlevé  les  travaux  des  derniers 
siècles.  Les  fouilles  de  l'abside  sont  achevées,  les  bases  des 
chapelles  de  l'hémicycle  s'élèvent  et  donnent  une  idée 
du  plan  d'ensemble. 

LE  mercredi  10  septembre,  Mgr  l'Évêque  d'Orléans, 
répondant  à  une  gracieuse  invitation  de'son  vénéré 
collègue  de  Chartres,  Mgr  Regnault,  consacrait  sous  le 
vocable  de  saint  Pierre,  la  nouvelle  église  de  Péronville 
aux  confins  du  pays  Dunoiset  de  la  Beauce  Orléanaise,  et 
y  scellait  dans  le  sépulcre  de  l'autel  les  reliques  des 
saints  Félix,  Hilaire  et  Lyé. 

La  structure  du  nouveau  monument  a  été  conçue  et 
exécutée  dans  la  disposition  des  édifices  de  la  période  du 
XI=  au  XII"  siècle,  et  dans  le  style  roman  de  transition 
qui  les  caractérise.  Un  autel  roman  taillé  en  belle  pierre 
de  Poitiers,  dû  à  la  munificence  de  la  noble  famille  de 


Cf)toniquc. 


123 


Gaudart  d'AlIaines,  d'Orléans,  s'harmonise  ainsi  que  son 
tabernacle  avec  l'architecture  générale  de  l'église  et  en 
décore  avantageusement  le  sanctuaire,  au-dessous  duquel, 
en  forme  de  crypte,  s'ouvre  une  sacristie  commode  et 
spacieuse. 

ON  vient  de  terminer  les  nouveaux  travaux  de  dallage 
de  l'église  Saint-Sernin.  Ceux  qui  ont  vu  les  pierres 
usées  et  les  vieilles  briques  qui  formaient  le  pavé  de  la 
basilique  savent  combien  cette  restauration  était  néces- 
saire. Fatiguée  d'attendre  les  secours  de  l'État,  qui  ne 
sont  plus  aujourd'hui  pour  les  édifices  religieux,  la  Fabri- 
que s'est  décidée  à  supporter  cette  dépense  à  l'aide  de 
grands  sacrifices  et  de  quelques  souscriptions  privées. 

On  a  couvert  une  superficie  d'environ  deux  mille  mètres 
en  marbre  dit  de  Sainte-Anne,  connu  par  son  extrême 
dureté  et  provenant  des  carrières  d'Arudy,  vallée  d'Ossau 
(Basses-Pyrénées). 

Les  dessins  et  la  direction  de  l'œuvre  sont  dus  à  M. 
Courrèges,  architecte  en  même  temps  que  fabricien. 

ON  a  beaucoup  loué  les  corvées  volontaires 
faites  au  inoyen  âge  pour  la  construction 
de  nos  cathédrales.  En  voici  une  imitation  offer- 
te récemment  par  les  hommes  de  Vernoux 
(Ardèche),  en  faveur  de  leur  église  du  Sacré- 
Cœur.  On  lit  dans  la  Semaine  religieuse  de  Tou- 
louse: 

«  J'ai  voulu  voir  à  l'œuvre  ces  chrétiens  si  fervents  ;  je 
me  suis  transporté  sur  les  lieux  de  l'extraction  du  sable, 
extraction  qui  ne  se  fait  pas  sans  peine,  tant  s'en  faut. 

«  Plus  de  cent  hommes  ou  jeunes  gens  forts  et  robustes 
étaient  uniquement  occupés  à  ce  travail  ;  d'autres  plus 
âgés  ou  trop  jeunes  remplissaient  les  sacs;  de  nombreuses 
charrettes  (40  ou  50)  très  bien  attelées,  le  transportaient 
ensuite  de  la  route  à  l'église,  qui  se  trouve  à  2  kilomètres 
de  distance. 

«  Vers  les  cinq  heures  du  soir,  la  corvée  était  ter- 
minée ;  beaucoup  l'avaient  commencée  à  trois  heures  du 
matin. 

«  Tambours  et  clairons  en  tête,  nos  deux  cents  ouvriers 
du  bon  Dieu  entrent  dans  Vernoux  en  ordre  parfait,  et 
viennent  prendre  part  à  un  banquet  offert  par  les  autres 
catholiques,  qui  n'avaient  pu  les  aider  de  leurs  bras. 

<.<  \'ers  les  sept  heures  tout  le  monde  s'est  retiré,  un  peu 
fatigué  peut-être,  mais  tous  heureux  d'avoir  été  les  ou- 
vriers du  Sacré-Cœur.  » 


la  réalisation  du  vœu  le  plus  cher  des  habitants  du  quar- 
tier sud. 


M 


GR  l'évêque  de  Tarbes  a  consacré,  le  7  novembre, 
la  nouvelle  église  d'Oroix,  patrie  de  Mgr  Laurence. 

MGR  Thomas,  archevêque  de  Rouen,  vient  de  faire 
ériger  dans  la  basilique  de  Paray,  l'église  de  son 
baptême,  un  magnifique  baptistère,  cfiuvre  artistique  au 
suprême  degré,  assure-t-on,  et  vraiment  digne  du  dona- 
teur. 

LA  nouvelle  église  du  Sacré-Cœur  de  Bordeaux,  œuvre 
de  M.  Mondet,  n'est  pas  encore  terminée  à  l'exté- 
rieur. Aux  côtés  de  l'entrée  principale  on  élèvera  deux 
clochers  surmontés  de  lanternes  avec  dômes. 

L'église,  réclamée  en  1875  V^'^  ""^  pétition  et  autorisée 
en  1S76  par  un  décret  du  gouvernement,  a  été  construite 
sans  le  concours  de  la  ville.  L'initiative  et  la  générosité 
du  cardinal  Donnet,  du  clergé  et  des  fidèles,  ont  permis 

I.  C'est  au  môme  artiste  que  sont  dues  les  mosaïques  exécutées 
aux  fonts-baptismaux  de  Saint-Sernin  et  aux  chapelles  de  Sainte- 
Germaine  et  de  Notre-Dame  Bonnes  Nouvelles. 


APRÈS  bientôt  quinze  ans,  l'église  de  Val-Dieu,  près 
de  Hervé  (Belgique)  renversée  il  y  a  un  demi-siècle, 
vient  de  sortir  de  ses  ruines  et  de  recevoir  de  l'évêque 
consécrateur  le  caractère  religieux  qui  lui  permet  d'être 
livrée  au  culte. 

Il  a  fallu  quinze  années  d'un  travail  opiniâtre,  d'un 
dévouement  sans  bornes  pour  mener  à  bonne  fin  l'œuvre 
de  restauration.  Mais  maintenant  cette  œuvre  est  accom- 
plie. Sur  les  anciens  fondements,  des  murs  à  l'aspect  impo- 
sant se  sont  édifiés,  et  voici  qu'un  monument  d'un  caractère 
sévère  illustre  de  nouveau  et  pour  des  siècles,  la  solitude 
du  Val-Dieu. 

La  consécration  de  cette  basilique  a  été  faite  le  lundi  20 
octobre,  par  Mgr  l'évêque  de  Liège. 

LA  fabrique  de  l'église  paroissiale  de  Sainte-Marie,  à 
Schaerbeek  (Bruxelles),  a  procédé,  à  l'adjudication 
de  l'entreprise  des  travaux  d'achèvement  de  cet  édifice. 
Travaux  suspendus,  depuis  plus  de  vingt  ans. 

D'après  les  plans  et  devis  de  l'architecte  provincial 
Hannotte,  la  dépense  qui  reste  à  faire  monte  à 
fr.  165,254-53. 


LA  République  de  l'Equateur  vient  d'allouer 
les  fonds  nécessaires  pour  l'érection  d'un 
temple  national  au  Sacré-Cœur  de  JÉSUS.  C'est 
le  premier  décret  du  nouveau  gouvernement. 
Ce  grand  acte  inaugurera  d'une  manière  heureuse 
la  carrière  du  président  Caamano,  le  digne  suc- 
cesseur de  l'héroïque  Garcia  Moreno.  Selon  l'ex- 
pression du  député  qui  a  défendu  le  projet  au 
Parlement,  cette  basilique  sera  le  rempart  de 
l'Equateur. 

«  Messieurs,  dit-il,l'isthme  de  Panama  va  s'ouvrir  :  on  dit 
que  la  civilisation  européenne  va  déborder  chez  nous  par 
ce  canal,  et  couvrir  de  ses  trésors  tous  nos  océans.  Eh 
bien  !  voici  le  moment  d'élever  bien  haut  le  flambeau 
de  notre  foi  pour  illuminer  de  son  éclat  les  eaux  du  Paci- 
fique et  attirer  à  nos  plages  tous  ces  voyageurs  errants. 
Les  âmes  cherchent  naturellement  la  foi,  parce  que  la  foi 
est  une  lumière,  et  l'âme  cherche  la  lumière.  La  basilique 
du  Sacré-Cœur,  élevée  sur  le  sommet  du  Pichincha  comme 
le  symbole  de  la  foi  de  tout  un  peuple,  voilà  le  phare  qui 
doit  éclairer  les  flots  du  Pacifique...  > 

De  si  nobles  paroles  ne  s'entendent  guère  plus 
dans  les  Parlements  européens. 


LE  dimanche,  19  juillet  dernier,  on  a  fait,  à  Rome,  avec 
une  pompe  solennelle,  la  consécration  de  l'église  de 
Sainte-Marie-de-la-Victoire  et  de  l'autel  de  la  Sainte- 
Vierge,  don  de  Son  Excellence  le  prince  Don  Ale.xandre 
Torlonia.  C'est  Son  Éminence  le  cardinal  Jacobini,  secré- 
taire d'État  de  Sa  .Sainteté,  qui  a  accompli  les  cérémonies 
prescrites  par  le  rituel.  L'autel  est  construit  entièrement 
en  lapis-lazuli  et  autres  marbres  précieux.  .-Xu-dessus  se 
trouve  une  gloire  ou  iitonstranci  or  et  argent,  destinée  à 
entourer  le  tableau  miraculeux  de  la  Madone,  qui  y  a  été 
transporté  proccssionnellement,  après  la  consécration 
de  l'autel.  {Rosier  de  Marie.) 


124 


IRcuuc   0  e   rart    cJjvcticn. 


A  Sainte-Marie-Madeleine  des  Pères  ministres  des  in- 
firmes, la  clôture  du  triduum  a  dté  des  plus  brillantes.  Sur 
la  façade  on  lisait  l'inscription  suivante  : 

SVPPLICATIONES    IN  TRIDVVM 

OB  CENTESI.MV.M  ANNVM 

A  PVBLICO  ET  SOLEMNI  EXERCITO 

MENSI    MARIANO 

A  ce.  RR.  (■)  INFIli.MIS    MINISTRANT.  INSTITVTO 

QVOTQVOT  ESTIS  DEIPAR/E  CLIENTES 

IPSAiM    ADPRECAMINI 

VBERElM   OPEM    ALL.ATVRAM 

(Ibidem) 
Voilà  de  bonne  épigraphie  latine,  comme  on  sait  la  faire 

à  Rome. 

En  France,  il  en  va  autrement;  cju'on  en  juge  par  le 

tombeau  du  premier  archevêque  de  Rennes. 

Sur  une  plaque  de  marbre  noir,  fixée  au  piédestal,  est 

gravée  l'inscription  suivante  : 


MEMORI^ 
E.  E.  In  X°  P.\tris  D.  D.  Godfridi  Brossays 
Saint-Marc.  S.  R.  E.  Prksbyteri  Cardinaus 
Tituli  s.  Mari.e  de  Victoria 

Pruii  Redonum  Archiepiscopi 

hoc  iionumentum  clerus  populusque  mœ 

rentes  et  grati  posuere 


DANS  la  ville  de  Landshut,  M.  F.  X.  Banh,  de  Munich, 
est  occupé  à  orner  la  nouvelle  église  du  Saint-Esprit 
de  peintures  murales,  à  l'aide  d'un  nouveau  procédé  qui 
lui  est  propre.  Il  doit  retracer  les  sept  œuvres  de  miséri- 
corde et  a  eu  l'idée  de  mettre  en  scène  des  sœurs  de  cha- 
rité, exerçant  leurs  sublimes  fonctions  auprès  de  l'humanité 
souffrante. 


LES  importantes  décorations  dti  Panthéon 
touchent  à  leur  fin.  On  vient  de  découvrir 
deux  fresques  de  M.  Maillot,  peintes  dans  la 
chapelle  latérale  de  droite,  et  une  mosaïque  de 
M.  Hébert,  qui  décore  le  cul  de  four  central  placé 
au  fond  du  monument,  derrière  l'autel  de  carton 
doré,  qui,  espérons-le,  ne  tardera  pas  à  disparaî- 
tre. Voici,  d'après  la  légende  explicative,  le  sujet 
des  fresques  de  M.  Maillot  : 

<<  Sous  le  règne  de  Charles  VIII,  au  milieu  d'un 
nombreux  cortège,  où  figurent  l'évêque  de  Paris,  l'abbé 
de  Sainte-Geneviève,  le  clergé  des  paroisses  et  les 
corporations,  le  parlement  et  les  autres  cours  souveraines, 
l'an  1496,  le  12  janvier,  la  châsse  de  sainte  Geneviève, 
portée  par  des  bourgeois  de  Paris,  vêtus  de  chemises  de 
pénitents,  est  conduite  solennellement  à  l'église  Notre- 
Dame  pour  obtenir  la  cessation  des  pluies  qui,  depuis  trois 
mois,  désolent  la  ville.  >"> 

L'œuvre  manque  d'accent  et  de  mouvement  ;  tous  les 
personnages  sont  du  même  ton,  qu'ils  soutiennent  la 
châsse,  soufflent  dans  des  trompettes  ou  se  prosternent 
devant  les  restes  de  la  sainte. 

La  fresque  de  M.  Maillot  a  pourtant  une  qualité,  celle 
de  ne  pas  s'imposer.  On  peut  ne  pas  la  voir.  L'artiste  est 
resté  dans  des  tons  gris  et  mornes  qui,  joints  à  l'obscurité 
relative  du  lieu,  empêchent  ses  innocentes  compositions 
d'être  gênantes. 

I.  Clericis  regularibus. 


L'immense  mosaïque  de  l'abside  a  été  confiée  à  M.  Er- 
nest Hébert.  L'effet  en  est  éclatant  et  l'œuvre  mérite  à 
tous  les  points  de  vue  une  étude  spéciale.  C'est  par  M.  de 
Chenevière,  alors  qu'il  était  directeur  des  Beaux-Arts,  que 
ce  grand  travail  a  été  demandé  à  M.  Hébert  ;  on  lui 
laissa  le  choix  du  mode  d'exécution,  soit  en  mosaïque,soit 
par  les  procédés  de  peinture  accoutumés.  M.  Hébert  opta 
pour  la  mosaïque.  Un  atelier  de  mosaïste  était  alors  en 
voie  de  création  à  la  manufacture  de  Sèvres  sous  la  di- 
rection d'un  des  meilleurs  artistes  du  Vatican,  M.  Pogge- 
si.  C'est  cet  atelier  qui  a  exécuté  les  travaux  de  l'abside 
du  Panthéon  avec  le  concours  de  M.  Guilbert  Martin,  qui 
a  consenti  à  mettre  les  grands  feux  de  son  usine  à  la 
disposition  de  M.  Poggesi  pour  les  quantités  considérables 
d'émaux  nécessaires. 

Le  sujet  que  M.  E.  Hébert  a  dû  représenter  est  celui- 
ci:  /,<.' Christ  montrant  à  l'ange  de  la  France  /es  destinées 
de  son  peuple  dans  une  visio/i.  Une  inscription  latine,  à 
lettres  d'or  sur  fond  bleu,  due  ;\  M.  Leblant,  exprime  ainsi 
ce  programme  :  Angelum  Galliœ  custodem  Christus  pa- 
triœ  faia  docet.  Le  CHRIST,  debout  au  milieu  de  la  com- 
position, tient  de  la  main  gauche  le  livre  des  destinées  ; 
de  la  main  droite,  il  commande  aux  événements  qui  se 
déroulent  devant  lui,  représentés  par  les  peintures  de 
MM.  Cabanel,  Puvis  de  Chavannes,  Bonnat,  etc.,  qui 
résument  l'histoire  mystique  de  notre  pays.  L'ange  de  la 
France,  à  gauche  du  Christ,  l'épée  nue  à  la  main,  sem- 
ble assister  à  quelque  lamentable  désastre  du  pays  dont 
il  est  le  gardien  ;  mais  l'attitude  de  la  figure  semble  dire 
que  de  beaux  jours  peuvent  luire  encore  pour  la  patrie.  A 
gauche,  l'auteur  a  placé  sainte  Geneviève,  patronne  de 
l'Eglise  et  de  Paris,  et  à  droite  Jeanne  d'Arc  avec  son 
armure.  La  martyre  n'a  pas  d'auréole  ;  mais  la  Vierge 
est  auprès  d'elle,  lui  mettant  la  main  sur  l'épaule  et  la 
présentant  au  Sauveur. 

Il  y  a,  dans  cette  mosaïque  un  sentiment  décoratif  et 
hiératique  très  caractérisé,  dans  le  sens  de  celui  que  révè- 
lent les  mosaïques  de  San  ApoUinare  Nuovode  Ravenne. 

La  composition  est  claire,  d'une  tonalité  franche,  har- 
monieuse et  agréable.  Le  fond  d'or,  quoique  trop  éclatant, 
était  commandé  par  la  forme  même  de  l'emplacement.  On 
sait,  en  effet,  que  ces  sortes  de  fonds  seuls  réussissent 
dans  les  voûtes  demi-sphériques  où  la  lumière  ne  les  frap- 
pe jamais  directement,  et  c'est  le  cas  ;  on  sait  également 
que,  dans  ces  conditions,  ils  donnent  à  la  mosaïque  tout 
l'éclat  et  tout  le  charme  qu'elle  comporte. 

Nous  faisons  toutes  nos  réserves  quant  à  la  composi- 
tion. —  Toute  cette  décoration  du  Panthéon  n'a  rien  de 
commun,  comme  conception,  avec  les  règles  tradition- 
nelles de  l'art  chrétien,  dont  il  n'est  pas  permis  de  s'écarter 
quand  on  décore  une  église.  Nous  sommes  en  présence 
d'une  église  païenne  par  sa  forme,  dans  laquelle  l'art  mo- 
derne se  donne  carrière  avec  plus  de  talent  que  de  com- 
pétence. 

Nous  avions  écrit  ce  qui  précède,  quand  nous 
avons  reçu  d'un  de  nos  collaborateurs  une  note, 
qui  relève  avec  raison  un  grave  abus. 

On  lit  ce  passage  dans  la  description  que 
donne  le  Figaro  de  l'œuvre  de  M.  Hébert  : 

A  gauche,  l'auteur  a  placé,  suppliante,  la  bergère  sainte 
Geneviève,  patronne  de  l'église  et  de  Paris,  et  à  droite  la 
grande  Lorraine  Jeanne  d'Arc,  avec  son  arnrure,  sa  jupe 
rouge  et  son  visage  de  suppliciée.  La  martyre  n'a  pas 
d'auréole,  mais  la  vierge,  la  grande  consolatrice  est  auprès 
d'elle,  lui  mettant  la  main  sur  l'épaule  et  la  présentant  au 
Sauveur  en  signe  d'adoption. 

Ici  l'd  parole  est  à  notre  correspondant  : 

Voilà  donc  Jeanne-d'Arc  définitivement  canonisée  par 
les  artistes  laïques  en   dehors  et   sans   le   concours  de 


C  ironique. 


125 


l'Église,  qui  seule  est  compétente  sur  ce  point.  On  lui 
refuse,  il  est  vrai,  Vaiiri'ole  (lisez  nimbe),  mais  on  la  place 
néanmoins  parmi  les  saints,  en  pendant  de  sainte  Gene- 
viève. Un  vitrail  de  la  basilique  de  Saint-Epure  à  Nancy, 
la  désigne  ainsi:  Sainte  Jeanne  d'Arc.  Puisque  les 
autorités  ecclésiastiques  laissent  faire,  là  où  leur  devoir 
strict, conformément  au  concile  de  Trente,  serait  de  parler 
et  surtout  d'agir,  nous  ne  cesserons  de  protester  contre 
de  pareilles  exhibitions  qui  prouvent  plus  d'enthousiasme 
irréfléchi  que  de  science  canonique.  X.  B.  de  M. 


On  écrit  de  Saint-Nicolas  au  Fondsenblad 
de  Gand: 

«TA  décoration  de  notre  hôtel  de  ville  gothique,  bâti 
■L'  sur  les  plans  et  sous  la  direction  de  M.  Pierre  Van 
Kerckhove,  ancien  élève  de  l'école  St-Luc  de  votre  ville, 
s'achève  peu  à  peu.  Le  cabinet  du  bourgmestre  entre 
autres  est  orné  d'une  peinture  murale  qui,  sous  le  rapport 
du  goût,  du  caractère  et  de  son  harmonie  avec  le  style 
du  monument,  est  remarquable  dans  toutes  ses  parties. 
Elle  a  été  exécutée  par  M.  Rémi  Goethals,  lui  aussi  ancien 
élève  de  l'école  St-Luc. 

Sur  la  cheminée  de  la  salle  dont  je  parle,  au  milieu  de 
rinceaux  traités  à  la  manière  gothique,  on  remarque  l'écu 
de  la  ville  entouré  des  blasons  de  tous  les  chefs-lieux  de 
canton  de  l'arrondissement  de  St-Nicolas,  tandis  que,  sur 
la  partie  inférieure,  se  détachent  les  armes  du  pays  et  de 
la  province. 

De  la  partie  inférieure  des  murs  de  la  salle,  ornée  d'un 
lambris  de  bois  de  chêne,  s'élève  un  arbuste  luxuriant 
chargé  de  fruits  ;  autour  du  tronc  courent  et  s'entremêlent 
des  tiges  de  fleurs  et  dans  ses  branches  sont  posées  des 
multitudes  d'oiseaux  aux  ailes  bigarrées.  Cette  végétation 
parcourt  toute  la  chambre.  Aux  nœuds  des  branches,  rap- 
pelant les  métiers,pendent  d'élégants  écus,  conçus  d'après 
les  règles  les  plus  sévères  de  la  science  héraldique.  Tout 
chargés  d'or  et  resplendissant  des  plus  brillantes  couleurs, 
ils  donnent  à  la  salle  un  aspect  ancien  ;  on  se  croirait 
transporté  au  milieu  de  ce  moyen  âge,  où  les  Métiers,  alors 
dans  toute  leur  splendeur  et  leur  puissance,  ne  manquaient 
jamais  d'orner  leurs  lieux  de  réunion  des  emblèmes  de 
leurs  industries  florissantes. 

Sur  un  fanion  nous  lisons  la  devise  suivante  de  notre 
regretté  littérateur  Conscience  et  tirée  de  son  Lion  de 
Flandre  :  De  ambachteji  icerktcn  gezanienlijk  voor  de  alge- 
meene  welvaart.  (Les  métiers  travaillaient  de  concert  pour 
la  commune  prospérité.) 

Je  ne  puis  terminer  sans  rendre  justice  à  l'éminent  archi- 
tecte M.  Pierre  Van  Kerckhove.  Toutes  les  boiseries,  qui 
ornent  cette  salle  et  qui  sont  travaillées  sur  ses  dessins, 
excitent  l'admiration  des  nombreux  étrangers  qui  visitent 
notre  splendide  hôtel-de-villc. 

Aussi  l'académie  de  St-Luc  en  tire  une  grande  gloire  1 
Honneur  à  cette  école  qui  par  ses  maîtres  et  ses  élèves  a 
relevé  la  vieille  architecture  flamande  et  a  fait  revivre  les 
anciennes  splendeurs  de  notre  art  national.  »  X. 


BLC5tauration,s. 


'ENLÈVEMENT  du  jubé  de  la  cathé- 
drale de   Rouen   a   provoqué  quelques 
protestations    des    amis    de    l'art    du 
XVI 11^  siècle,  qui  font   observer,  que 
ce  jubé  était   un  des  rares  monuments  élevés  en 


France  sous  le  règne  de  Louis  XVL  II  fut  cons- 
truit par  le  cardinal  de  la  Rochefoucauld,  avec 
les  marbres  cipolins  de  Leptis  Magna  et  sous  la 
direction  de  Lecombe  et  Clodion,  en  remplace- 
ment du  magnifique  jubé  gothique  du  XIV'^  siè- 
cle, dont  les  travaux  d'enlèvement  accomplis,  il  y 
a  quelques  mois,  ont  révélé   d'admirables  restes. 

On  ne  saurait  nier  que  l'aspect  général  de  la 
nef  et  du  chœur  n'ait  gagné  à  la  disparition  de 
ce  monument,  dont  le  style  grec  détonnait  au 
milieu  d'un  édifice  gothique.  Mais  des  artistes, 
des  amateurs  et  la  Commission  départementale 
d'antiquités,  ont  pensé  qu'il  était  toujours  délicat 
de  porter  la  main  sur  une  œuvre  d'art. 

Nous  trouvons  à  ce  sujet,  dans  le  dernier 
numéro  du  Moniteur  des  Arcliitectes,  un  intéres- 
sant article  de  M.  Eugène  Dutuit.  M.  Dutuit 
propose  de  reeousti  uirc  le  jubé  à  ses  frais,  le  minis- 
tère des  beaux-arts  aura  à  se  prononcer  sur  cette 
proposition. 

M.  Dutuit  ne  se  dissimule  pas  qu'il  a  peu  de 
chances  de  recevoir  une  réponse  favorable.  En 
attendant,  il  fait  exécuter  trois  dessins  du  jubé, 
représenté  tant  du  côté  de  la  nef  que  du  côté  du 
chœur.  Il  en  offrira  deux  exemplaires  à  la  Com- 
mission des  antiquités  et  deux  autres  à  la  ville  de 
Rouen,  de  sorte  que  les  écrivains  qui,  plus  tard, 
s'occuperont  de  la  cathédrale,  auront  sous  les 
yeux  les  documents  nécessaires  pour  se  former 
une  opinion  motivée  sur  cette  œuvre  d'art.  —  En 
présence  d'une  initiative  si  généreuse  nous  ne 
pouvons  nous  défendre  d'un  regret.  L'honorable 
collectionneur  dont  le  nom  est  justement  estimé 
d'ailleurs  dans  le  monde  des  arts,  témoigne  pour 
une  œuvre  remarquable,  d'un  véritable  culte. 
Ce  culte  louable  ne  serait-il  pas  satisfait  par  la 
reconstruction  du  jubé  dans  tout  autre  emplace- 
ment qu'au  seuil  du  chœur  de  la  cathédrale? 

Quelle  bonne  fortune,  non  pas  seulement  pour 
l'archéologie,  mais  aussi  pour  l'art  chrétien,  si  la 
sollicitude  et  la  munificence  de  ce  grand  citoj-en  se 
proposait  un  but  plus  élevé  encore,  s'il  prenait 
à  cœur  de  parfaire  l'unité  du  monument,  de  restau- 
rer son  ordonnance  primitive,  d'après  les  don- 
nées qu'on  possède,  en  restituant  l'antique  jubé, 
en  style  ogival  !  Le  jubé  récemment  démoli  ne 
serait  pas  perdu  pour  les  archéologues,  la  clôture 
du  chœur  ne  serait  pas  supprimée  (  et  qui  ne 
sait,  que  la  liturgie,  la  majesté  du  monument  et 
les  plus  saines  traditions  s'unissent  pour  réclamer 
son  maintien?)  et  l'on  rendrait  ainsi  à  la  cathédrale 
de  Rouen  l'un  des  éléments  les  plus  importants 
de  son  ancienne  et  harmonieuse  ordonnance. 

VOICI,  d'après  M.  Dutuit  lui-même,  quel  était  le  jubé 
qu'on  avait  détruit  pour  faire  place  au  nouveau. 
C'était  un  jubé  gothique  du  .VIV'"  siècle,  ayant  de  cha- 
que côté  un  autel  dont  le  style  était  en  harmonie  avec 


120 


IRcDiic    D  c    rart    cïjrcticn. 


celui  de  l'édifice.  On  y  accc'dait  par  un  escalier  spacieux. 
Il  y  avait  au  milieu  une  porte  en  fer,  sous  une  arcade  ogi- 
vale, et  de  chaque  côté,  une  porte  en  cuivre.  Le  jubé  était 
surmonté  d'un  crucifix.  Le  3  décembre  16 17,  Louis  XIII, 
entouré  de  ses  ministres,  y  entendit  une  prédication  de 
l'archevêque  François  de  Harlay. 

L'un  des  autels  était  dédié  à  Notre-Dame  du  Vœu, 
parce  qu'en  1637,  les  échevins  de  la  ville,  oii  la  peste  sé- 
vissait depuis  vingt  ans,  vinrent  en  grande  pompe  y  sus- 
pendre une  lampe  d'argent  comme  le  symbole  du  vœu 
public.  L'autre  autel,  dédié  à  Stc  Cécile,  était  l'autel  du 
Puy  des  Palmods,  confrérie  littéraire  dont  le  but  était  de 
distribuer  des  prix  à  ceux  qui  célébraient  le  plus  conve- 
nablement dans  leurs  poésies  l'Immaculée  Conception. 

Le  cardinal  de  Bonnechose  ne  cessa  de  demander,  pen- 
dant tout  le  temps  qu'il  fut  à  la  tête  du  diocèse  de  Rouen, 
la  suppression  du  jubé  qui  entravait  les  cérémonies  du 
culte  et  n'était  pas  dans  l'esprit  du  rite  romain. 

Mgr  Thomas,  son  successeur,  a  fait  entendre  les  mêmes 
réclamations. 

Enfin,  la  décision  a  été  prise  par  le  Comité  des  monu- 
ments diocésains,  qui  compte  dans  son  sein  plusieurs 
membres  de  l'Institut. 


ON  sait  qu'il  est  depuis  longtemps  question 
de  restaurer  le  clocher  de  Saint-Front  de 
Périgueux. 

M.  Abbadie  avait  formé  le  projet  de  le  démolir 
et  de  le  reconstruire  de  fond  en  comble,  comme 
il  a  si  malheureusement  fait  de  l'église  elle-même. 
Nos  lecteurs  apprendront  sans  doute,  avec  plaisir, 
que  ce  malencontreux  projet  a  peu  de  chances 
d'être  mis  à  exécution.  Le  ministre  des  cultes, 
avant  de  permettre  que  l'on  touchât  une  seule 
pierre  de  ce  vénérable  monument,  a  voulu  pren- 
dre l'avis  d'une  commission  spéciale  d'architectes 
et  d'archéologues.  C'est  là,  dirons-nous  avec  la 
Gazette  archéologique,  un  précédent  qui  s'écarte 
trop  des  traditions  de  l'administration  des  édifi- 
ces diocésains,  pour  que  nous  ne  nous  empres- 
sions de  le  signaler  au  public  et  d'en  féliciter  le 
ministre.  Cette  commission  s'est  réunie  récem- 
ment à  Périgueux,  et  s'est  livrée  à  un  minutieux 
examen  du  monument. 

La  Gazette  croit  qu'elle  a  unanimement  recon- 
nu que  la  démolition  de  ce  curieux  clocher  serait 
un  acte  de  vandalisme  injustifiable,  et  qu'il  y 
aurait  tout  au  plus  lieu  de  démolir  la  partie  supé- 
rieure de  la  tour,  jusqu'à  l'endroit  où  du  plan 
carré  elle  passe  au  rond.  L'état  déplorable  dans 
lequel  se  trouvent  les  parties  hautes  de  l'édifice, 
pourrait  justifier  cette  solution.  Espérons  cepen- 
dant que  M.  Bruyerre,  l'habile  architecte  qui 
remplace  aujourd'hui  M.  Abbadie,  saura  restau- 
rer le  tout  sans  recourir  à  un  aussi  fâcheux 
expédient. 

LES  habitants  du  X<=  arrondissement  à  Paris, 
signent  en  ce  moment  une  pétition  tendant 
à  la  suppression   de  l'église  Saint- Laurent,  une 


des  plus  anciennes  de  Paris,  pour  construire  à 
sa  place  la  nouvelle  mairie  de  l'arrondissement 
de  l'Enclos  Saint-Laurent. 


LA  restauration  de  la  salle  gothique  de  l'hôtel 
de  ville  de  Louvain  est  l'objet  de  nom- 
breuses critiques. 

Celles  que  nous  trouvons  dans  la  Gazette  de 
Loiivaiii  nous  paraissent  fondées. 

Dès  l'entrée  de  la  salle  on  est  désagréablement  surpris 
par  la  vue  d'une  énorme  porte  en  ogive  avec  tympan 
sculpté,  dont  on  ne  trouve  guère  d'exemples  à  l'intérieur 
de  nos  anciens  hôtels  de  ville.  Il  y  a  dans  le  grand  ves- 
tibule du  rez-de-chaussée  des  types  de  portes  anciennes 
originales,  pourquoi  ne  s'en  est-on  pas  inspiré.'  On  ne  con- 
testera pas  qu'elles  aient  le  caractère  voulu. 

Les  fenêtres  n'avaient  primitivement  pas  de  châssis. 
Elles  étaient  fermées  simplement  par  des  volets.  Evidem- 
ment il  fallait  ajouter  des  châssis,  mais  pourquoi  n'a-t-on 
pas  adopté  pour  ceux-ci  les  formes  généralement  usitées 
au  quinzième  siècle?  Les  châssis  de  cette  époque  s'ou- 
vrent en  deux  parties  distinctes  dans  le  sens  de  la  hau- 
teur. Ceux  que  l'on  vient  de  faire  s'ouvrent  d'une  pièce  ; 
c'est  une  disposition  que  l'on  tâcherait  en  vain  de  justifier. 

Les  volets  nouveaux  échappent  tout  aussi  peu  à  la  cri- 
tique. Nous  ne  parlerons  pas  de  la  manière  dont  ils  sont 
accrochés  aux  anciens  gonds,  qui  existent  encore;  cela  est 
tout  à  fait  défectueux  et  n'est  pas  digne  d'un  apprenti 
forgeron  ;  mais  leur  forme  elle-même  est  une  innovation 
dont  nous  cherchons  en  vain  la  raison. 

Tous  ceux  qui  ont  visité  le  musée,  établi  précisément 
au-dessus  de  la  salle  gothique,  ont  pu  y  voir  un  des  volets 
primitifs,  et  constater  que  ceux-ci  ne  ressemblaient  en  rien 
aux  nouveaux. 

Pourquoi  l'architecte  a-t-il  ici  encore  voulu  innover? 
Trouvait-il  le  travail  de  son  devancier  trop  imparfait? 
Peut-être  l'extérieur  de  ces  volets  anciens  était-il  un  peu 
rude,  â  cette  épocjue  on  tenait  aux  clôtures  solides,  mais 
leur  face  intérieure  est  charmante  avec  ses  petits  compar- 
timents élégamment  sculptés.  Et  quand  même  ils  seraient 
aftreux  ils  sont  anciens  :  c'est  une  qualité  qui  suffit,  qui 
prime  toute  autre  lorsc|u'il  s'agit  d'une  restauration. 

11  serait  bien  difficile  aussi  d'approuver  la  ferronnerie  des 
châssis  et  de  la  grande  porte.  Elle  n'est  pas  dans  le  style 
de  l'époque,  elle  manque  d'unité,  et  telles  charnières  sont 
d'un  dessin  absolument  sans  caractère. 

La  hotte  de  la  cheminée  nouvelle,  maçonnée  cependant 
à  l'intérieur,  est  à  l'extérieur  en  bois  peint  en  pierre  blan- 
che! Nous  ne  pensons  pas  que  l'on  puisse  citer  beaucoup 
d'exemples  anciens  de  cette  espèce. 

Que  dire  des  peintures?  Nous  savons  que  l'on  a  discuté 
longtemps  sur  le  genre  qu'il  fallait  adopter.  La  solution  h. 
laquelle  on  s'est  arrêté  est  loin  d'être  la  meilleure.  11  fallait 
de  la  peinture  monumentale,  on  nous  a  donné  des  tableaux, 
dont  nous  ne  voulons  pas  discuter  l'exécution,  mais  qui 
défigurent  toute  l'ordonnance  architectonique  de  la  salle. 
Il  y  a  l.'i  des  perspectives  qui  ouvrent  de  véritables  trous 
dans  les  murs.  Or,  le  premier  principe  de  la  peinture  déco- 
rative est  de  faire  valoir  l'architecture,  bien  loin  de  la 
détruire. 

Le  plafond  est  orné  de  gracieuses  nervures  en  bois 
retombant  sur  de  charmants  culs-de-lampes.  Les  aiguilles 
des  poutres  portent  de  petits  groupes  sculptés  avec  beau- 
coup d'art.  Pourquoi  a-t-on  enduit  tout  cela  d'une  vilaine 
couleur  noire,  que  les  reflets  de  maigres  filets  d'or  ne  par- 


C&roniquc. 


127 


viennent  pas  à  éclairer,  et  qui  a  transformé  ces  parties  si 
délicates  en  masses  sombres  où  l'œil  ne  distingue  plus 
aucun  détail?  Est-ce  pour  marquer  que  c'est  du  vieux 
chêne?  Mais  les  planches  et  les  poutres  auxquelles  elles 
sont  fixées  sont  du  même  âge  et,  franchement,  nous  préfé- 
rons leur  couleur. 

Nous  sommes  heureux  de  pouvoir  terminer  par  des  élo- 
ges: l'exécution  des  menuiseries  ne  laisse  rien  à  désirer, 
et  fait  honneur  à  MM.  Goyers  qui  en  ont  été  chargés. 


LA  paroisse  de  Bayonville  (diocèse  de  Renne),  perdue 
pour  ainsi  dire  au  fond  des  Ardennes,  possède  une 
église  des  plus  belles  de  la  contrée.  C'est  un  précieux  reste 
du  XV"  siècle.  Il  y  a  25  ans,  ce  n'était  qu'une  pauvre  ma- 
sure, aujourd'hui  c'est  un  vrai  monument,  entièrement 
restauré  dans  son  architecture,  ses  vitraux  et  son  mo- 
bilier. 


ON  s'occupe  de  restaurer  le  portail  de  l'église  Saint- 
Eustache  à  Paris.  Les  échafaudages  sont  posés. 
Ce  portail,  commencé  en  1754,  n'a  pu,  par  suite  de  vicis- 
situdes diverses,   être  terminé  qu'en  1 788  par  l'architecte 
Moreau. 

Ox  répare  en  ce  moment  la  tour  de  Clovis  qui  tombait 
en  ruines  et  menaçait  d'écraser  un  jour  ou  l'autre  le 
lycée  Henri  IV. 

Cette  tour  provient  de  l'ancienne  abbaye  de  Sainte-Ge- 
neviève, dont  l'origine  remonte  à  l'an  519;  l'abbaye  fut 
ruinée  par  les  Normands,  en  l'an  800,  et  reconstruite  en 
1177.     • 
Les  fondations  de  la  tour  sont  du  VP  siècle. 
La  tour  elle-même  est  du  XI P,  sauf  la  partie  supérieure. 


SUR  la  demande  de  M.  Gamier,  l'architecte  de  l'Opéra, 
une  commission  vient  d'être  nommée  par  la  Société 
des  Amis  des  monuments  historiques  dans  le  but  de  s'en- 
tendre avec  les  députés  et  les  conseillers  municipaux  de 
la  Seine  sur  les  moyens  à  employer  pour  arrêter  la  ruine 
des  sculptures  de  la  porte  Saint-Denis  qui  se  dégrade  de- 
puis quelque  temps. 

La  Société  se  propose  un  classement, non  seulement  des 
œuvres  d'art  qui  méritent  à  Paris  une  attention  spéciale, 
mais  encore  de  ces  vieux  hôtels,  de  ces  portes,  de  ces  pein- 
tures, que  peu  de  gens  connaissent  dans  les  recoins  de 
Paris  et  qui  sont  cependant  une  de  nos  richesses.  Elle 
étudie  non  seulement  les  œuvres  du  passé,  mais  les  me- 
sures propres  à  donner  dans  l'avenir  un  aspect  pittoresque 
à  la  capitale. 


PAR  suite  de  la  démolition  des  maisons  delà 
rue  Bodenbroeck  opérée  en  vue  de  dégager 
le  chevet  de  l'église  Notre-Dame  au  Sablon  à 
Bruxelles,  le  Sacrarium  adossé  à  l'un  des  côtés 
a  été  mis  à  découvert  et  M.  Schoy,  architecte,  a 
été  assez  heureux  pour  retrouver  la  date  précise 
de  son  érection  (1549).  Ce  Sacrarium  figure 
comme  ensemble  sur  une  toile,  chef-d'œuvre  de 


David  Teniers,  peinte  en  1652,  actuellement  à  la 
Galerie  du  Belvédère  à  Vienne  ('). 

Ce  chef-d'œuvre  d'architecture  et  de  sculpture 
du  style  ogival  fleuri  eut  terriblement  à  souffrir 
du  vandalisme  des  édiles  bruxellois  du  commen- 
cement du  siècle.  Ces  magistrats  peu  avisés 
vendirent  comme  terrain  à  bâtir  l'espace  com- 
pris entre  l'édifice  et  la  voie  publique.  De 
vulgaires  maisonnettes  s'adossèrent  au  chevet  et 
les  propriétaires,  pour  gagner  de  la  place,  sacri- 
fièrent sans  pitié  les  saillies  sculptées  ou  moulu- 
rées de  l'encombrant  Sacrarium  auquel  ils  confi- 
naient. 

M.  Schoy  a  dégagé  les  plâtras  et  blocailles 
qui  aveuglaient  les  niches  et  pratiqué  des  fouilles, 
au  pied  de  l'édicule;  elles  ont  fourni  des  débris 
précieux  pour  le  rétablissement  authentique  des 
détails  de  l'ordonnance  supérieure. 

Pour  justifier  la  précision  de  ses  profils  et  de 
ses  relevés,  M.  Schoy  a  fait  prendre  soixante- 
seize  moules  en  terre  glaise  qui  ont  été  ensuite 
coulés  en  plâtre.  Cette  collection  de  reliefs  archi- 
tectoniques  est  vraiment  curieuse  et  fait  voir  avec 
quel  soin  et  quelle  conscience  travaillaient  les 
artistes  aux  siècles  de  foi.  C'est  le  même  souci 
qui  a  permis  à  l'architecte  de  rétablir  avec  certi- 
tude certains  détails  d'une  délicatesse  extrême, 
totalement  perdus  au.x  faces  visibles  et  qu'il  are- 
trouvés  quasi  intacts  aux  recoins  les  plus  sacrifiés 
et  les  plus  à  l'abri  du  regard  des  passants. 

Les  épures  du  Sacrarium  de  Notre-Dame  au 
Sablon  ont  mérité  à  M.  Schoy  les  médailles  d'or 
d'architecture  à  l'exposition  universelle  d'Amster- 
dam et  au  Salon  de  Paris  de  cette  année.  La  série 
d'études  élaborées  en  vue  de  la  restitution  du 
Sacrarium,  fera  connaître,  dans  la  section  d'ar- 
chitecture à  l'exposition  universelle  d'Anvers,  une 
œuvre  assurément  très  méritoire. 


On  nous  écrit  de  Gand  : 

IL  se  fait  en  ce  moment  à  la  cathédrale  de  Gand  un 
commencement  de  restauration  exécutée  par  un  maître 
en  cet  art,  M.  A.  Van  Assche,  qui  a  fait  en  Flandre  des 
chefs-d'œuvre  du  genre. 

Le  chœur  de  cette  église  date  du  XIIP  siècle.  Sa  con- 
struction, interrompue,  n'a  été  reprise  qu'au  commence- 
ment du  XVP'  siècle.  On  éleva  alors  les  nefs  et  le  transept, 
et  les  supports  de  la  voûte  hardie  de  la  croisée,  exécutés 
en  pierre  blanche,  furent  greffes  sur  la  maçonnerie  en  cal- 
caire bleu  tournaisien  de  l'antique  chœur  gothique.  Les 
voûtes  des  collatéraux  du  chœur  furent  refaites  en  même 
temps. 

A  une  époque  plus  récente  l'architecture  des  chapelles 
rayonnantes  fut  noyée  dans  des  masses  de  plâtras  et  cachée 
sous  de  lourds  mausolées  en  marbre,  affreux  parasites 
envahissant  tous  les  murs.  Le  chœur  fut  clôturé  par  de 

I.  Salle  du  i"  étage,  n"  51,  VI.  (Elle  mesure 4'5"x  j'g").  Elle  re- 
présente l'archiduc  Léopold  Guillaume  abattant  l'oiseau  placé  sur  la 
flèche  de  l'église  de  Noire-Dame  auSablon  le  23  avril  1651. 


128 


ïRctJue  De   rart   cïj rétien. 


vastes  cloisons  en  marbre  blanc  et  noir,  dont  la  plate, 
monotone  et  glaciale  surface,  entrecoupée  de  pilastres 
corinthiens,  s'élève  presque  jusqu'à  la  pointe  de  grandes 
arches  gothiques,  les  dérobant  aux  regards,  à  l'intérieur 
comme  à  l'extérieur  du  sanctuaire. 

On  vient  de  découvrir  un  bien  curieux  fragment  d'ar- 
chitecture, dont  nous  reproduisons  un  croquis.  La  pre- 
mière chapelle  rayonnante,  que  l'on  rencontre  en  pénétrant 
dans  le  pourtour  du  chœur,  est  séparée  du  bras  du  tran- 
sept, non  par  un  mur  plein,  mais  par  une  arche  ogivale 
dans  laquelle  s'encadre  un  gros  boudin  rond,  cantonné,  à 
partir  de  la  naissance  de  l'ogive,  d'une  double  petite 
baguette.  Notre  vignette  fait  voir  cette  arche,  du  côté  de 
la  chapelle,  et  donne  la  coupe  de  la  première  travée  du 
déambulatoire  (côté  de  l'Épître).  Le  spectateur  regarde 
vers  les  nefs. 


'hisSi 


f 


Ajoutons  que  M.  A.  Van  Assche  met,  la  dernière  main  à 
la   restauration  de  l'église  de  Sainte- Elisabeth,  autrefois 


chapelle  de  l'ancien  béguinage  de  Gand.  L'intérieur  a  été 
entièrement  gratté,  et  l'on  peut  analyser  un  intéressant 
travail  de  reconstruction,  opéré  au  XVl"  siècle,  d'une 
église  du  X1I1"=  siècle,  dont  on  a  réemployé  une  partie  des 
matériaux,  notamment  les  colonnes,  les  soubassements 
et  les  beaux  chapiteaux  à  crochets. 

On  sait  que  l'intolérance  d'une  administration  hostile  a 
forcé  les  béguines  à  quitter  leur  habitation  séculaire.  Leur 
pittoresque  cité,  d'une  physionomie  si  pieuse,  est  aujour- 
d'hui sécularisée.LeursjoHes  maisonnettes  en  style  flamand, 
précédées  de  jardinets,  gardent  encore  un  certain  cachet 
claustral.  Mais  des  cabarets  sont  établis  dans  ces  asiles 
de  la  prière.  Au-dessus  du  linteau  d'une  porte  ornée  d'un 
bas-relief  représentant  JÉSUS  ait  jardin  des  Olives^  on  lit 
l'enseigne  Aie  cliatnoir.  En  face  de  l'église,  dans  les  locaux 
d'une  coininunatité,  est  installée  l'officine  du  journal  le  plus 
impie  de  Gand. 

L'EGLISE  de  Braine-le-Comte  (Belgique)  subit  une 
transformation  complète,  due  à  l'initiative  de  M. 
le  curé  Dujardin. 

De  l'ancienne  église,  de  style  ogival  primaire,  i!  ne  reste 
que  des  traces  ;  le  XV"  siècle  a  entièrement  remanié  le 
monument,  et  le  XVI"  a  achevé  de  le  transformer,  en  allon- 
geant le  chœur  et  en  élevant  une  tour  très  monumentale. 
L'église  garde  un  retable  et  un  tabernacle  en  tour,  de  la 
Renaissance,  remarquables  dans  leur  genre,  et  une  statue 
colossale  de  saint  Christophe,  du  XVI"  siècle,  sur  un  pié- 
destal superbe. 

On  a  beaucoup  embelli  le  vaisseau,  dans  ces  derniers 
temps,  en  mettant  à  nu  le  bel  appareil  de  la  maçonnerie, 
les  nervures  des  voûtes  et  leurs  tympans  en  briques. 
M.  le  curé,  aide  de  son  zélé  vicaire,  M.  J.  Croquet,  prépare 
une  intéressante  étude  sur  cette  église,  fort  curieuse  dans 
ses  détails. 


Monsieur  Von  Kirtis  écrit  au  Courrier  de  l'Art  : 

LAALarienburg,château-fort  situé  dans  la  Prusse  Orien- 
tale, sur  les  rives  de  la  Nogat,  fut  au  XIV'=  siècle  la 
résidence  favorite  du  grand-maitre  de  l'Ordre  Teutonique. 
C'est  donc  une  sorte  de  sanctuaire  national.  Composée  de 
trois  corps  de  bâtiments  distincts,  cette  construction  est 
un  curieux  spécimen  de  l'architecture  mihtaire  du  moyen 
âge.  Longtemps  abandonnée,  la  Marienburg  tombait  pres- 
que en  ruines,  lorsque  après  la  guerre  de  1870,  la  Prusse 
eut  l'idée  de  restaurer  ce  nid  sombre  et  farouche  de  l'Aigle 
noir.  C'est  depuis  cette  époque  que  les  crédits,  jadis  inscrits 
annuellement  au  budget  pour  la  cathédrale  de  Cologne, 
sont  aflectés  à  la  Marienburg.  L'Etat  doit  se  charger  de 
la  maçonnerie  et  de  toutes  les  grosses  réparations  ;  on 
compte  sur  la  libéralité  des  assemblées  municipales  et  des 
particuliers  pour  faire  exécuter  la  décoration  intérieure 
dans  le  style  du  temps.  Le  Landtag  de  la  Prusse  Occiden- 
tale vient  de  votera  cet  effet  une  somme  de  25,000 marks. 
Les  grands  seigneurs  des  deux  Prusses,  dont  plusieurs  ont 
conservé  un  véritable  culte  pour  les  souvenirs  féodaux,  ne 
manqueront  pas  d'y  apporter  leur  obole.  Sous  peu,  la  vieille 
citadelle  des  Teutons  sera  entièrement  rajeunie.  Puisse- 
t-elle  ne  pas  l'être  d'une  manière  trop  maladroite  ! 

Du  reste,  la  question  de  la  conservation  et  de  la  restau- 
ration des  monuments  historiques  est  à  l'ordre  du  jour  en 
Allemagne.  En  France,  une  commission  importante,  com- 
posée d'architectes  et  de  savants  des  plus  distingués,  est 
chargée  de  ce  soin  ;  elle  doit  avoir  à  lutter  sou\ent  contre 
bien  des  difficultés  de  clocher,  faute  d'une  législation  pré- 
cise qui  faciliterait  considérablement  sa  tâche.  L'Italie  et 
l'Autriche  sont,  si  je  ne  me  trompe,  les  seuls  pays  de 
l'Europe  cjui  possèdent  une  bonne  loi  sur  la  matière.    Le 


chronique 


129 


Landtag  prussien  va  ctie  saisi  dans  sa  prochaine  séance 
d'un  projet  de  loi  analogue,  qui  me  semble  conçu  avec  une 
grande  habileté  et  beaucoup  de  sens  pratique. Voici  quelle 
en  est  l'économie  générale:  les  différentes  sociétés  d'ar- 
chéologues, d'historiens  et  d'architectes  qui  existent  en 
Prusse,  (et  il  y  en  a  environ  150  comprenant  plus  de  vingt 
mille  membres),  seront  les  auxiliaires  directs  d'une  com- 
mission centrale  siégeant  à  Berlin  et  qui  sera  chargée  de 
veiller  à  l'entretien  de  tous  les  monuments  d'art  dignes  de 
ce  nom  et  de  prévenir  tous  les  actes  de  vandalisme.  N'est- 
ce  pas  une  idée  ingénieuse  et  pratique  à  la  fois  que  de  se 
servir  de  cette  façon  de  ces  nombreuses  sociétés,  qui  ne 
demandent  pas  mieux  que  de  se  produire  au  grand  jour 
et  d'apporter  à  une  oeuvre  d'ensemble  le  fruit  de  leur  tra- 
vail et  de  leur  expérience.' 

En  dehors  de  ces  associations  d'un  caractère  plutôt  ar- 
chéologique et  savant,  l'Allemagne  compte  plus  de  70 
sociétés  dites  des  Beaux-Arts  (Kiinsfgcsfl/sc/in/'lcii ).]q  sais 
que  vous  en  avez  aussi  un  certain  nombre  en  France  ; 
seulement  je  crois  que  celles  d'Allemagne  exercent  une 
influence  plus  utile,  plus  efficace  sur  le  mouvement  artis- 
tique que  les  vôtres.  Chez  vous,  en  effet,  ces  sociétés  se 
contentent  d'envoyer  tous  les  ans  à  la  Sorbonne  des  délé- 
gués qui  lisent  des  mémoires  pliis  ou  moins  intéressants 
sur  telle  ou  telle  question  d'art.  Évidemment  ce  n'est  pas 
assez.  Ici  elles  ne  négligent  pas  non  plus  ces  traxaux  d'éru- 
dition ;  mais  elles  s'occupent,  en  outre,  d'organiser  des 
expositions  oîi  figurent  les  œuvres  d'art  appartenant  aux 
personnes  qui  habitent  la  région.  Pendant  que  chez  vous 
on  se  propose  tout  simplement  d'inventorier  toutes  ces 
richesses  (ce  qui  est  une  besogne  de  très  longue  haleine 
et  fort  difficile;,  ici  on  les  met  sous  les  yeux  du  public. 
C'est  plus  pratique  et  plus  utile  à  la  fois.  Le  goûl  de  ces 
expositions  locales  s'est  répandu  en  Allemagne  surtout 
depuis  1S79,  époque  à  laquelle  la  ville  de  Munster  eut 
l'idée  d'en  organiser  une.  Aujourd'hui  il  n'est  pas  de  ville 
d'Allemagne  de  quelque  importance  qui  ne  tienne  à  hon- 
neur d'avoir  sa  Kiinstaustcttung  :  Berlin  a  déjà  organisé 
la  sienne,  à  l'occasion  des  noces  d'argent  du  prince  P'ritz  ; 
puis  ce  fut  le  tour  de  Dresde,  de  Cassel,  etc.  On  en  annonce 
une  pour  l'automne  prochain  à  Coblentz.  Cette  année  nous 
en  avons  une  qui  mérite  une  mention  spéciale  ;  c'est  celle 
de  Posen,  ville  de  la  grande  Pologne,  qui  était  restée  long- 
temps réfractaire  au  mouvement  artistique. 


IL  y  a  une  quinzaine  d'années.  Pie  IX  donna  l'ordre  de 
renouveler  entièrement  la  couverture  de  plomb  de  la 
coupole  de  Saint-Pierre.  Ce  travail  vraiment  gigantesque 
vient  d'être  terminé.  On  y  a  employé  354,365  kilogr.  de 
plomb;  la  surface  à  couvrir  était  de  6,102  mètres  carrés 
56  ;  la  dépense  totale  s'est  élevée  à  2co,ooo  francs,  payés 
sur  les  fonds  affectés  à  l'entretien  de  la  basilique  du 
Vatican.  Et  (chose  intéressante  à  noter)  pendant  toute  la 
durée  de  ces  travaux  dangereux,  aucun  ouvrier  n'a  été  ni 
tué  ni  même  blessé. 

On  signale  aussi  l'achèvement  des  travaux  de  restaura- 
tion de  l'église  Hanta  Marin  delta  l'itloria,  située  dans  la 
■;//((  Vinli  Settembre.  Cet  édifice,  célèbre  parle  marbre  qui 
y  abonde,  incendié  en  partie  en  1833,  vient  d'être  entière- 
ment rajeuni,  grâce  à  la  générosité  du  duc  Alessandro 
Torlonia,  qui  s'est  chargé  de  toute  la  dépense.  La  demi- 
coupole  qui  couronne  l'abside  est  toute  neuve.  \.  l'intérieur, 
les  murs  sont  couverts  d'une  grande  peinture  à  fresque  de 
Serra,  représentant  l'entrée  des  troupes  catholiques  à 
Prague,  après  la  victoire  de  la  Montagne-Blanche,  pendant 
la  guerre  de  Trente-Ans. 

En  dehors  de  Rome,  les  travaux  de  restauration  des 
monuments  artistiques  sont  également  poussés  avec  une 
grande  activité,  grâce  ;\  la  vigilance  de  la  Coinmissitni  con- 


servatrice. Ainsi  on  vient  d'enlever  l'échafaudage  qui, 
depuis  trois  ans,  cachait  les  arcades  inférieures  du  palais 
des  Doges,  à  Venise.  On  peut  déjà  se  rendre  compte  des 
travaux  de  restauration  qui  sont  réellement  très  réussis  ; 
tous  les  chapiteaux  endominagés  ont  été  fort  habilement 
réparés  avec  leur  riche  ornementation.  On  a  dû  même  en 
remplacer  un  entièrement  avec  sa  colonne,  et  l'on  s'en  est 
tiré  à  merveille,  puisque  non  seulement  le  style  a  été  scru- 
puleusement respecté,  mais  encore  on  est  parvenu  à  imiter 
la  patine  du  temps,  à  s'y  méprendre. 


Trouuailles. 


N  vient  encore,  en  faisant  des  fouilles 
dans  une  rue  de  la  Cité,  de  faire  une 
découverte  qui  prouverait,  ainsi  qu'un 
archéologue  l'a  prétendu,  que  le  sous- 
sol  de  Paris  est  plus  intéressant  à  étudier  que  le 
dessus. 

Nous  lisons  en  effet  dans  \&  Journal  des  Arts  : 

Des  tranchées  de  gaz  et  d'égoût  ayant  été  pratiquées 
dans  le  sol  de  la  rue  de  la  Bucherie  ont  mis  à 
découvert  de  nombreuses  sépultures  de  l'époque  méro- 
vingienne, seinblant  rayonner  tout  autour  de  cet  édifice. 
Des  sarcophages  de  pierre  et  de  gypse  ont  pu  être 
recueillis  et  iront  rejoindre  à  l'hôtel  Carnavalet  la 
riche  collection  funéraire  provenant  du  fief  des  tombes 
(Notre-Dame-des-Champs),  du  cimetière  de  Lourcine 
(Loctis  cineriiin)  et  de  la  nécropole  de  Saint-Marcel. 
La  rue  Galande  tirait  son  nom  du  clos  qu'elle  bordait 
et  dont  elle  formait  la  limite  au  sud  ;  clos  qu'on  a 
surnommé  aussi  de  Mauvoisin  (mauvais  voisin)  et  qui 
confinait  à  celui  de  Bruneau  et  du  Chardonnet.  La  rue 
de  la  Bucherie  était  le  centre  du  clos  Mauvoisin,  qui 
touchait  par  conséquent  à  la  rivière.  Les  sépultures  trou- 
vées entre  les  deux  clos  prouvent  qu'ils  ont  été  bâtis 
beaucoup  plus  tard  qu'on  ne  le  pense  généralement.  En 
1202,  il  n'y  avait  point  encore  de  construction,  puisque 
c'est  alors  qu'une  fille  des  seigneurs  de  Cariante,  Mahaut, 
ou  Mathilde,  qui  avait  épousé  Matthieu  delMontmorency, 
donna  à  cens  à  divers  particuliers,  à  condition  d'y  bâtir 
des  maisons,  un  clos  de  vigne  qu'elle  possédait  en  ce  lieu. 
C'est  donc  au  commencement  du  XIII"=  siècle  que  les 
deux  clos  commencèrent  à  se  peupler.  Jusque-là,  on  n'y 
voyait  que  des  vignes  et  des  champs  ;  et  cependant  là 
s'élevaient,  pendant  la  période  gallo-romaine,  de  splendi- 
des  villas,  dévastées  par  les  premiers  barbares,  puis  par 
les- Normands  et  réduites  à  l'état  de  ruines  et  de  terrains 
vagues.  Entre  ces  dévastations  et  le  mouvement  de 
reconstruction  qui  se  produisit  au  XlIP  siècle,  se  placent 
les  nombreuses  sépultures  qu'on  vient  de  découvrir.  Les 
petites  paroisses  de  la  Cité  enterraient  leurs  morts  autour 
delà  chapelle  de  Saint-julien-le-Pauvre,  et  c'est  en  vertu 
de  cette  antique  tradition  que  l'Hôtel-Dieu  5  a  longtemps 
envoyé  ses  défunts. 


On  lit  dans  le  Nouvelliste  de  Rouen  : 

DES  ouvriers  étaient  occupés  à  creuser  le  sol  de  la 
cathédrale  d'Évreux  pour  y  installer  un  calorifère.  .-Xu 
milieu  des  fouilles,  la  pioche  de  l'un  d'eux  frappa  sur  du 
bois.  L'attention  des  travailleurs  fut  alors  éveillée  et  on 
piocha  avec  mille  précautions.  Au  bout  de  quelques 
instants  on  mit  à  nu  un  cercueil  de  chêne  assez  bien  con- 


l'*^    LlVR.\lSON'. 


130 


iRctiuc   De  ratt    cbtéticn. 


serve,  dans  lequel  se  trouvaient  des  ossements  recouverts 
de  fragments  d'étoties  brodées  d'or,  une  crosse  en  cuivre 
dord  et  un  anneau  pastoral  de  toute  beauté.  La  crosse 
fort  bien  ciselée,  est  emmanchée  à  un  bâton  de  chêne, 
bien  conservé  en  apparence,  mais  auquel  on  ose  à  peine 
toucher,  car  les  vers  l'ont  creusée  à  un  tel  point  qu'il  est 
très  peu  épais.  Quant  ii  la  bague,  elle  est  en  or  finement 
filigrane,  avec  un  gros  brillant  entouré  de  pierres  précieu- 
ses. Des  premières  recherches  au.xquellcs  on  s'est  livré,  il 
semble  résulter  que  ces  restes  sont  ceu.\  d'un  évêque 
d'Evreu.x  qui  aurait  été  inhumé  là  vers  le  commencement 
du  XI  11''  siècle. 

A  l'église  de  Saint-Ouen  de  Rouen,  des  circonstances 
analogues  ont  amené  la  découverte  de  plusieurs  précieux 
sarcophages  dont  nous  parlons  plus  haut.  (V.  p.  1 16). 

UNE  découverte  intéressante  vient  d'être  faite  à 
Tulette  (Drôme).  On  a  trouvé,  à  1,500  mètres  de 
cette  commune,  en  extrayant  du  gravier  pour  les  chemins, 
une  louve  en  bronze,  ayant  dû  servir  d'enseigne  militaire 
romaine. 


LA  Epoca,  du  16  septembre,  annonce  que 
l'autorité  militaire  vient  de  mettre  à  jour 
en  Catalogne  une  petite  chapelle  abandonnée, 
d'une  haute  valeur  artistique,  qui  date  du 
X1V'=  siècle,  et  dont  tous  les  détails  architectu- 
raux sont  parfaitement  conservés.  C'est  dans  cette 
chapelle  qu'a  été  célébrée,  en  présence  du  roi 
d'Espagne,  la  messe  d'action  de  grâces  pour  la 
découverte  de  l'Amérique  par  Christophe  Co- 
lomb. 


ON  a  procédé  récemment  dans  la  propriété 
de  ]\i.  le  comte  de  Looz  de  Cors\varem,à 
Harmignies  près  de  Mons,  aux  fouilles  de  tombes 
franques.lla  été  découvert  là  sur  le  bord  du  che- 
min de  fer  un  riche  et  vaste  cimetière.  On  a 
jusqu'ici  fouillé   70  sépultures. 


PENDANT  l'hiver  de  1883-84,  des  ouvriers 
terrassiers  occupés  à  faire  des  plantations 
dans  un  terrain  voisin  de  Alaredsous  (Namur)  et 
appartenant  à  MM.  Desclée,  mirent  à  découvert 
une  tombe  contenant  un  fer  de  lance.  Cet  instru- 
ment dénotait  une  origine  franque  et  fixa  aussi- 
tôt l'attention.  Des  fouilles  amenèrent  la  mise  au 
jour  d'une  nécropole  assez  considérable.  Il  est 
rendu  compte  de  cette  découverte  dans  un  article 
bibliographique  qu'on  trouveraplushaut.(V. p.  100) 


Le    Moniteur    de    Rouie    donne    la    nouvelle 
suivante  : 

LA  découv-erte  d'un  magnifique  manuscrit  grec  sur 
parchemin  pourpre  et  écrit  en  lettres  d'argent,  trouvé 
Uaiis  les  archivcb  de  Kossano  i^Calabrej,  avait  attire  com- 
me on  sait  l'attention  des  eminents  critiques  Gellhardt  et 


Harnack,qui  en  1880  publièrent  un  remarquable  fac-similé 
de  ce  manuscrit  :  Evangclioriuit  Codex grœciis  purpureus 
Nossa/iffisis. 

On  regrettait  cependant  de  nombreuses  lacunes 
dans  le  texte  de  saint  Matthieu.  Or,  le  Kme  abbé 
Cozza-Luci,  vice-bibliothécaue  de  la  sainte  Eglise  Ro- 
maine, a  été  assez  heureux  pour  voir  ses  patientes  recher- 
ches couronnées  par  la  découverte  des  quelques  feuillets 
qui  manquaient  au  manuscrit  de  Rossano. 

Nous  espérons  que  ces  précieux  feuillets  seront  pro- 
chainement publiés  et  commentés.  On  fait  remonter  ce 
manuscrit  au  VI"  siècle. 


On  nous  écrit  de  Liège  : 

EN  faisant  quelques  réparations  à  l'une  des  chapelles 
Nord  de  la  cathédrale  Saint-Paul  à  Liège  qui  axait 
été  entièrement  modernisée  au  goût  du  siècle  dernier,  on 
a  fait  plusieurs  découvertes  qui  ne  sont  pas  sans  intérêt. 
U'abord  on  a  retrouvé,  adossé  au  mur  oriental,  la  tombe 
et  la  inensa  de  l'ancien  autel  ;  au-dessus  de  cet  autel,  un 
cordon  de  moulures  formait  une  sorte  d'encadrement  à 
des  peintures  murales,  destinées  primitivement  à  rempla- 
cer un  retable  Les  peintures  ont  été  impitoyablement 
hachées  au-dessus  de  l'autel,  afin  de  faire  tenir  les  plâtra- 
ges qui  devaient  les  remplacer,  mais  à  droite  et  à  gauche, 
on  voit  encore  deux  personnages,  moitié  grandeur  natu- 
relle, faciles  à  reconnaître.  Uu  coté  de  l'évangile,  c'est 
saint  Jean-Baptiste,  tenant  un  Agiius  Dei,  dont  la  tête  est 
entourée  d'un  nimbe  crucifère.  iJe  l'autre  coté  c'est  l'ar- 
change saint  Michel  perforant  le  dragon  de  sa  lance 
victorieuse.  Les  nimbes  de  ces  figures  sont  dorés,  les  têtes 
et  les  mains  sont  peintes  en  couleurs  naturelles,  mais  les 
vêtements  sont  en  grisaille.  Ces  figures  se  détachent  sur 
un  fond  rustique.  —  On  assure  que  les  chapelles  de  l'an- 
cienne collégiale  Saint-Paul  ont  été  construites  au  XV 
siècle,  et  cela  semble  hors  de  doute  pour  la  plupart  d'entre 
elles  ;  cependant  le  mur  sur  lequel  ces  peintures  se  trou- 
vent parait  plus  ancien,  et  les  peintures  elles-mêmes  ac- 
cusent le  XIV''-'  siècle.  La  voûte  de  la  chapelle  porte 
également  de  nombreuses  traces  de  sa  polychromie  pri- 
mitive. La  clef  de  voûte,  un  mascaron  grimaçant  éner- 
giquemcnt  taillé,  a  été  peinte  de  couleurs  vives  et  la 
chevelure  était  entièrement  dorée.  Les  champs  des  voûtes 
sont  ornés  d'énergiques  rinceaux,  dont  la  végétation  est 
en  partie  vert  clair  et  en  partie  d  un  rouge  très  foncé.  Ces 
arabesques  se  détachent  sur  un  fond  blanc  laiteux,  dé- 
coupé par  un  rusticage  rouge,  tracé  dans  le  sens  des 
assises  de  l'appareil  de  la  voûte.  Les  nervures  sont  redes- 
sinées par  de  larges  filets  accompagnes  d'un  perlé  noir. — 
Dans  son  état  primitif  cette  décoration  picturale  devait 
être  d'un  sjrand  etitét. 


OX  vient  de  retrouver  en  Autriche  un  iVlbert 
Durer  authentic|ue,  représentant  la  Alise 
du  Christ  an  tombeau.  Ce  tableau  appartenait 
depuis  longtemps  à  l'Académie  de  peinltire  vien- 
noise, mais  il  était  caché  par  une  composition 
qu'on  attribuait  à  un  élève  de  Lucas  de  Cranach. 
Le  conservateur  du  musée  de  l'Académie  eut 
l'idée  d'enlever  soigneusement  cette  composition 
de  médiocre  valeur  et  le  tableau  original  apparut 
et  fut  reconnu,  après  un  examen  attentif,  comme 
l'œuvre  certaine  de  Durer. 


Cl)ro  nique. 


131 


PARMI  les  tableaux  trouvés  lois  de  la  re- 
construction du  Palais  des  Beaux-Arts  de 
Berlin,  on  a  découvert,  parait-il,  une  Rcsurrection 
du  Christ,  de  Léonard  de  Vinci,  datée  de  14S0. 

Cette  peinture  va  être  photographiée,  et  des 
épreuves  seront  communiquées  à  certains  con- 
naisseurs. 


UNE  des  plus  belles  œuvres  de  Rembrandt, 
le  Doreur,  provenant  de  la  collection  du 
duc  de  Morny,  vient  d'être  acquise  par  un  riche 
banquier  américain,  pour  l'ornement  de  sa  gale- 
rie de  New-York,  au  prix  de  deux  cent  vingt 
mille  francs. 

Cette  admirable  toile  a  figuré,  il  y  a  dix-huit 
mois,  à  l'Exposition  des  Cent  Chefs-d'Œuvre, 
qui  eut  lieu  dans  la  galerie  Pierre  Petit.  C'est 
assurément  l'une  des  plus  merveilleuses  toiles 
de  Rembrandt. 

D'AUTRE  part  il  parait  qu'on  a  récemment 
découvert  à  Vecht,  en  Hollande,  dans  des 
circonstances  curieuses,  deux  œuvres  de  Rem- 
brandt, jusqu'ici  inconnues.  Nous  reproduisons 
cette  nouvelle  sous  toutes  réserves. 

On  procédait  au  château  de  Maurik,  à  une  vente  de  por- 
traits anciens  appartenant  à  la  famille  Beeresteyn.  Consi- 
dérés comme  œuvres  d'une  valeur  secondaire,  ces  portraits 
étaient  simplement  consignes  au  catalogue  comme  ta- 
bleaux sur  panneau  et  tableaux  sur  toile.  Dans  le  nombre 
il  y  en  avait  deu.x  de  Rembrandt,  plus  ou  moins  détériorés 
en  certaines  places  par  la  poussière,  mais  d'une  authen- 
ticité incontestable.  Pendant  l'Exposition  qui  a  précédé 
la  vente,  des  amateurs,  en  grattant  un  peu  la  poussière, 
avaient  découvert  sur  les  deux  toiles  la  signature  <,<  R.  H. 
van  Ryn  »  et  la  date  de  1632,  et  constaté  ainsi  que  ces 
portraits  appartiennent  à  la  première  période  du  maître. 
Les  amateurs  cependant  n'avaient  fait  part  à  personne  de 
leur  découverte,  espérant  sans  doute  en  bénéficier  eux- 
mêmes.  Au  moment  de  la  vente,  les  enchères  s'élevèrent 
rapidement,  pour  ces  deux  toiles,  à  40  et  à  50,000  florins. 
C'est  alors  que  la  famille  Beeresteyn,  étonnée,  apprit  l'ori- 
gine de  ces  deux  œuvres  capitales.  Elle  se  mit  aussitôt 
à  les  disputer  et  poussa  les  enchères  à  75,000  florins 
(158,000  francs),  prix  auquel  elle  est  restée  propriétaire  de 
ses  tableaux.  Si  non  i  vcro... 

CECI  nous  rappelle  l'acquisition  faite,  il  y  a 
dcu.x  ans,  à  la  vente  du  chevalier  Soenens 
de  Gand,  par  M.  R.  de  Pauw,  d'un  magnifique 
tableau  du  même  maitre.  Plus  heureux  que  les 
amateurs  hollandais,  M. de  Pauw  fut  seul  à  recon- 
naître le  faire  sans  pareil  de  Rembrandt  sous  des 
repeints  grossiers.  Nous  venons  de  revoir  cette 
œuvre  magistrale,  étincclante  de  lumière,  d'un 
coloris  si  puissant  qu'on  n'en  peut  croire  ses  yeux. 
Elle  représente  deux  enfants  faisant  des  bulles  de 
savon.  Voici  comment  \ç.  Journal  d:s  Beaux- Arts 
a,  dans  le  temps,  décrit  cette  peinture  : 

Les  deux  acteurs  de  la  scène  sont  revêtus  de  costumes 
impossibles  et  d'accoutrements  que  l'on  ne  peut  rappoiter 


ni  à  un  pays  ni  à  une  époque  déterminés.  Leurs  têtes,  dont 
l'une  est  enguirlandée  de  fleurs  des  champs,  dont  l'autre 
est  ceinte  d'un  diadème  étincelant  de  pierreries,  se  dé- 
tachent sur  les  sombres  mais  transparentes  profondeurs 
d'une  grotte.  La  lumière  se  joue  avec  une  magie  presque 
surnaturelle  dans  les  filaments  d'or  des  cheveux  et  le 
scintillement  des  pienes  précieuses.  Des  monnaies  d'or 
et  d'argent  roulent  sur  le  terrain  où  l'on  remarque  au  pre- 
mier plan  une  cassolette  allumée,  dont  la  fumée  en  s'é- 
chappant  permet  de  lire  dans  ses  spirales  les  mots  : 
VaiUtas  vanitalmn,  oninia  vanitas. 

Tous  les  admirateurs  du  peintre  de  la  ronde  de  nuit, — 
et  il  y  en  a  beaucoup  —  se  réjouiront  de  voir  son  œuvre 
augmenté  d'une  toile  restée  inconnue  de  ses  biographes, 
et  qui,  avec  la  signature  de  Rembrandt,  est  un  excellent 
spécimen  de  son  inexplicable  pinceau. 


CCongrcs  et  eCrcursions. 


l'E  Congrès  annuel  de  la  Société frmiçaise 
d'archéologie  a  eu  lieu  cette  année  dans 
l'Ariège.  L'excursion  a  commencé  par 
la  visite  de  la  cathédrale  de  Pamiers, 
dont  l'intéressante  porte  de  la  fin  du  XII<=  siècle, 
offre  des  chapiteaux  historiés  curieux.  Au-dessus 
du  porche  s'élève  un  clocher  à  fenêtres  ogivales 
construit  au  XIV*-'  siècle,  sauf  le  dernier  étage, 
qui  date  du  siècle  suivant.  C'est  un  type  intéres- 
sant d'une  soite  de  constructions  particulière  au 
Languedoc,  et  dont  le  clocher  des  Jacobins  de 
Toulouse  formait  un  des  plus  beaux  spécimens. 
Après  avoir  jeté  un  coup  d'œil  à  un  curieux 
logis  de  la  fin  du  XV<^  siècle,  le  Congrès  se  rend 
à  Notre-Dame  du  Camp.  Cette  église  à  une 
nef  fut  renou\eléc  au  XIV'^  siècle,  mais  de  cette 
reconstruction  il  ne  reste  que  la  façade,  bien 
restaurée,  entièrement  en  briques,  flanquée  de 
deux  tourelles  crénelées  reliées  par  une  courtine 
également  crénelée.  Cet  appareil  de  défense 
militaire  constitue  le  principal  intérêt  du  monu- 
ment. 

Une  partie  du  personnel  du  Congrès  fit  en 
voiture  une  excursion  à  Mirepoix.  On  passa  par 
Vais,  dont  la  curieuse  église,  adossée  à  une 
grosse  tour  militaire,  rentre  dans  la  catégorie 
des  rares  églises  à  plusieurs  étages.  Mirepoix 
est  bâti  sur  le  plan  des  villes  bastides.  En  13 18, 
le  pape  Jean  XXII  en  fit  le  siège  d'un  évêché. 
La  cathédrale  dédiée  à  saint  Maurice,  fut 
élevée  parles  soins  des  deu.x  évêques,  Guillaume 
II  (1405-1431)  et  Philippe  de  Lévis  (1449-1537). 
Elle  présente  un  des  tj'pes  les  plus  intéressants 
deces  églises  à  nef  large  et  unique,  quelontrouve 
surtout  dans  le  Midi  de  la  I-^'rancc,  au  Sud  de  la 
Garonne.  C'est,  parait-il,  la  plus  large  qui  existe 
en  France.  I--llc  ne  le  cède  pas  à  la  célèbre  nef 
de  la  cathédrale  de  Gerône,  en  Catalogne,  sa 
contcmporaine,qui  mesure  extérieurement  23'"JO. 


132 


Eeuue   oc   l'art   cbrcticn. 


La  construction  de  cette  dernière  donna  lieu  à 
la  convocation  d'une  junte  d'architectes  appelés 
d'Espagne  et  de  France,  pour  décider  si  l'édifice 
était  susceptible  d'être  recouvert  par  une  seule 
voûte;  question  résolue  par  l'affirmative.  Mire- 
poix  n'avait  pas  reçu  de  voûte  avant  la  restau- 
ration moderne.  Une  tour  carrée,  qui  flanque  le 
côté  sud, est  surmontée  d'une  flèche  à  crochets  du 
XVI*^  siècle,  d'une  remarquable  élégance. 

Après  un  coup  d'œil  sur  la  tour  du  XII"^  siècle 
située  dans  la  rue  des  Couverts,  on  se  rendit  au 
château  de  Lagarde,  où  l'on  remarque  une  porte, 
quatre  tours  d'angle  et  des  courtines  élevées  par 
François  de  Lévis  (XIV«  siècle.)  La  belle  tour 
d'escalier  à  moitié  éventrée,  et  qui  accuse  le  com- 
mencement du  XII«  siècle,  est  due  à  Jean  de 
Lévis,  sénéchal  de  Carcassonne. 

On  fait  une  halte  à  Saint-Jean  de  Verges,  dont 
l'église  romane  a  été  décrite  naguère  par  M.  de 
Lahondés  ('),  et  à  l'église  de  la  Daurade,  qui 
conserve  une  porte  du  XI  IF"  siècle. Près  de  Taras- 
con  on  trouve  l'antique  sanctuaire  de  Notre-Dame 
de  Sabart,  l'une  des  plus  importantes  églises  du 
pas^s,  but  d'un  antique  pèlerinage;  son  histoire 
a  été  racontée  par  M.  Garrignon  et  a  paru  dans  le 
Bulletin  momoiiental  (;). 

L'édifice  conserve  intact  son  plan  basilical 
primitif.  On  voit  encore  l'église  d'Unac  (3)  fort 
beau  t}-pe  d'église  romane.  Sa  belle  abside, munie 
de  contreforts,  flanquée  de  deux  absidioles, 
percée  de  belles  fenêtres  dont  l'élégante  voussure 
retombe  sur  des  colonnettes,  a  gardé  grande 
tournure.  Le  clocher,  avec  ses  deux  étages  de 
fenêtres  géminées,  couronne  dignement  la  vieille 
basilique. 

Le  congrès  en  terminant  ses  travau.x,  a  décerné 
quatre  médailles  en  vermeil  à  MM.  de  Lahondés 
pour  ses  Recherches  sur  les  momintents  de  l'Ariège 
et  pour  son  Histoire  de  Pamiers  ;  Noguier, 
fondateur  du  musée  lapidaire  de  Béziers,  pour 
son  Catalogue  cpigraphique  du  musée  ;  Pasquier, 
pour  ses  travaux  d'archéologie  et  de  paléonto- 
logie ;  et  Garrigou,  pour  l'ensemble  de  ses  travaux 
scientifiques. 


NOUS  donnons,  p.  79,  le  compte-rendu  de 
l'excursion  faite  en  Septembre  dernier  au 
pays  des  Trévircs  par  la  Gilde  de  St-  Thomas  et 
de  St-Luc. 


LA  Société  centrale  des  architectes  de  Belgique 
a  fait  en    mai   dernier    une   excursion   en 
Normandie.   Elle  a  visité  le    Mans,  Vitré,  Cou- 

1.  V.  /iull.  jnonum.  ai. née  1875. 

2.  Le  Sfiàaratès,  par  H.  Garrignon.  BttiL  moniim.  1877. 

3.  Ibid. 


tances,  Baycux,  Caen,  Lisieux,  Trouville,  le 
Havre  et  Rouen.  ]\L  Corroyer  a  fait  à  ses 
membres  les  honneurs  du  mont  St-Michcl,  et  ils 
ont    joint    à    tant    d'autres    leurs    protestations 


contre  la  fameuse  digue. 


eCrpositions. 


lIOUS  avons  parlé  dans  notre  dernière 
livraison  de  l'exposition  des  arts  déco- 
ratifs. —  Il  y  a  lieu  d'y  signaler  une 
bien  intéressante  exhibition,  celle  des 
verrières  originales.  Deux  à  trois  cents  panneaux 
anciens  du  XI 1=  au  XVI F'  siècle,  intacts  ou 
restaurés,  ont  été  fort  habilement  dressés  sur  les 
paliers  des  deux  grands  escaliers  latéraux.  C'est 
la  première  fois,  croyons-nous,  qu'une  pareille 
exposition  a  été  tentée  et  on  y  a  parfaitement 
réussi.  Des  décalques  de  vitraux  connus  ainsi  que 
de  nombreuses  photographies  jointes  aux  ver- 
rières originales,  résumaient  l'œuvre  complète  de 
nos  anciens  peintres  verriers. 

C'étaient  des  fragments  de  verrières  originales 
du  XI F  siècle  provenant  de  la  cathédrale  de 
Châlons-sur-Marne,  des  vitraux  des  cathédrales 
de  Strasbourg  et  de  Poitiers,  notamment  une 
fenêtre  absidaic  avec  la  légende  de  Saint-Lau- 
rent ;  des  envois  de  la  cathédrale  de  Bourges,  les 
figures  de  saint  Valérien,  de  sainte  Cécile,  de 
saint  Pierre  et  de  saint  Paul,  une  Résurrection 
de  Lazare,  Ste  Madeleine  au.K  pieds  du  CllRlST, 
et  un  vitrail  contenant  la  corporation  des  chan- 
geurs etc.  ;  comme  complément  quelques  vitraux 
cisterciens. 

Pour  le  XIII'=  siècle,  la  cathédrale  de  Bourges 
a  fourni  plusieurs  autres  sujets  de  corporation, 
les  tisserands,  les  forgerons,  plus  une  Assomp- 
tion ;  celle  du  Mans,  divers  panneaux  de  fenêtres 
avec  deux  saints  Georges  et  autres  saints.  Citons 
encore  une  Vierge  de  Poitiers  ;  Adam  et  Eve  et 
divers  panneaux  circulaires  provenant  de  la  rose 
de  la  façade  principale  de  Notre-Dame-de- 
Paris. 

Du  XIV'=  .siècle,  on  voyait  des  débris  venant 
des  cathédrales  de  Châlonset  de  Bourg,  et,  d'une 
origine  inconnue,  la  Visitation,  l'Adoration  des 
Mages,  la  Naissance  du  CllRIST,  etc. 

Du  XV^,  des  compositions  architecturales, 
encadrant  des  personnages  et  des  sujets  de  piété, 
sorties  de  l'abbaye  d'Eymoutiers  dans  la  Haute- 
Vienne,  de  Saint-Germain-dcs-Prés,  de  Saint- 
Séverin  et  de  Saint-Gcrvais  de  Paris  ;  puis  quel- 
ques vitraux  suisses  tirés  d'édifices  civils. 

Le  XVI»^  était  représenté  par  de  nombreux 


Cbronique. 


133 


échantillons  remarquables.  Un  vitrail  célèbre  est 
celui  donné  par  Charles  de  Villiers,  comte  évêque 
de  Beauvais  à  l'église  de  Montmorency,  exécuté 
en  1524.  Les  églises  mises  à  contribution  sont 
celles  de  Montmorency,  de  Saint-Gervais  de 
Paris, de  Saint-Julien-du-Sault,  les  cathédrales  de 
Châlons  et  d'Autun. 


NOUS  ne  nous  occupons  guère  des  exposi- 
tions de  peinture  et  de  sculpture,  dans 
lesquelles  nous  voyons  l'un  des  écueils  de  l'art 
moderne.  Il  est  évident  que  nous  sommes  en 
pleine  démagogie  ;  l'artiste  ne  connaît  plus  de 
mission  ;  il  ne  marche  plus  à  la  tête  de  son  siè- 
cle, mais  à  la  remorque  du  public;  il  relève  uni- 
quement de  ses  caprices  ;  il  cherche  la  vogue  en 
flattant  les  plus  bas  instincts  du  vulgaire. 

On  pourrait  admettre  les  expositions  comme 
l'épreuve  que  peut  utilement  subir  une  œuvre, 
dont  l'objectif  est  ailleurs.  Mais  aujourd'hui 
l'exposition  et  la  vente  par  l'exposition  est  la 
fin  suprême  du  tableau.  Or  l'essence  du  grand 
art  n'est-il  pas  d'avoir  un  objet,  un  but  élevé, 
supérieur,  étranger  à  la  préoccupation  de  vente 
et  même  à  la  vogue  .''  —  Aussi  que  nos  peintres 
sont  petits,  avec  leurs  tableaux  de  genre,  à  côté 
des  maîtres  anciens  qui  peignaient  leurs  retables, 
dans  la  noble  et  sereine  pensée  de  les  voir  figurer 
sur  un  autel  et  servir  à  l'édification  du  peuple  ! 

Donc,  à  Dieu  ne  plaise  que  nous  nous  mêlions 
à  ce  peuple  de  critiques  incompétents,  qui  met 
sur  le  gril  les  pauvres  artistes  modernes!  Cela  ne 
nous  empêchera  pas  toutefois  de  signaler  à  l'oc- 
casion quelque  bonne  tendance  qui  peut  se  faire 
jour  dans  le  chaos  pictural  et  sculptural  d'une 
exposition  ;  c'est  ici  le  lieu  de  citer  quelques 
lignes  du  Journal  des  Beaux-Arts  à  propos  du 
salon  de  Bruxelles. 

<i  Voici  un  Philosophe  de  M.  Fr.  De  Pauw 
juché  un  peu  haut  et  qui  me  parait  renfermer  de 
sérieuses  qualités  d'exécution.  Il  y  a  là  une  sa- 
veur gothique  très  agréable  à  l'œil.  Remarquez- 
vous  cette  tendance  à  emboîter  le  pas  avec 
Qucntin-Metsys.'  En  voilà  plusieurs  que  je  prends 
sur  le  fait  :  Van  Hove  (Edmond),  Van  Haver- 
maet,  H.  de  Brackeleer,  Impens  de  Pauw,  quel- 
ques artistes  de  l'école  de  Dusseldorf,  et  d'autres 
dont  les  noms  m'échappent.  Nous  y  reviendrons.  » 

Nous  disons  à  notre  tour  à  ces  courageu.x 
lutteurs  :  bravo,  et  courage  !  Mais  gardez-vous  de 
faire  juges  de  vos  vaillants  efforts  ni  les  critiques, 
ni  le  public  des  salons. 


DANS  l'avenir,  il  est  aisé  de  prévoir  que  l'on 
désignera  volontiers  à  Rouen,  l'année  1884, 
sous  le  nom  d'année  des  Expositions.  On  a  rare- 


ment vu  en  province  pour  une  seule  année  une 
aussi  grande  variété  d'expositions,  organisées 
simultanément  et,  chose  plus  rare  encore,  toutes 
couronnées  de  succès  tant  au  point  de  vue  des 
recettes  que  de  leur  parfaite  installation. 

Notre  précédente  livraison  contient,  sur  l'expo- 
sition d'imagerie  organisée  par  la  comité  catho- 
lique, un  article  de  M.  Ch.  de  Linas,  qui  nous 
dispense  d'y  revenir,  et  nous  donnons  dans  ce 
fascicule  même,  une  lettre  de  M.  de  Farcy,  sur 
l'exposition  rétrospective.  —  Signalons,  outre 
l'exposition  des  Beaux-Arts,  une  exhibition  d'un 
intérêt  local  tout  particulier  que  chaque  ville 
devrait  avoir  à  cœur  d'imiter.  On  avait  réuni  au 
Musée  une  importante  série  de  Peintures,  Dessins 
et  Estampes  relatifs  à  la  topographie  ancienne  et 
moderne  et  à  l'histoire  monumentale  de  la  Ville. 
Les  Archives  municipales,  le  Musée,  la  Biblio- 
thèque, des  amateurs,  des  artistes,  des  éditeurs 
ont  concouru  à  former  un  ensemble  très  varié  qui 
raconte  au  regard  charmé  toutes  les  transforma- 
tions de  la  grande  cité  normande. 


LE  Bayrisches  Gcicerbciiuiscum,  à  Nuremberg,  orga- 
nise, pour  l'époque  du  15  juin  au  30  septembre  1885, 
une  e.\position  internationale  d'ouvrages  d'orfèvrerie, 
joaillerie,  bronzes  d'art  et  d'ameublement,  ainsi  que  de 
machines,  outils  et  métaux  bruts  nécessaires  à  leur  fabri- 
cation. Cette  exposition  sera  complétée  par  une  division 
historique. 

Cette  division  historique  aura  pour  but  de  donner  un 
aperçu  du  développement  successif  des  travaux  d'orfèvre- 
rie et  de  joaillerie,  des  bronzes  d'art  et  d'ameublement  ; 
de  montrer  les  avantages  des  travaux  anciens  au  point  de 
vue  technique  et  artistique,  et  d'éveiller,  par  suite,  l'ému- 
lation vers  des  perfectionnements  et  des  progrès  dans  le 
domaine  des  ouvrages  modernes  en  métaux. 

Elle  embrassera  les  produits  des  arts  et  métiers  prove- 
nant des  âges  les  plus  reculés  jusqu'aux  œuvres  des  temps 
modernes,  soit  jusqu'au  commencement  de  ce  siècle  ; 
ainsi  :  des  ouvrages  de  bijouterie  d'or  et  d'argent,  de 
joaillerie  ;  des  ouvrages  artistiques  en  cuivre,  y  compris 
des  émaux  ;  des  bronzes  d'art  et  des  ouvrages  en  laiton  ; 
des  produits  artistiques  des  potiers  d'étain. 

Les  articles  ressortissant  à  la  division  historique  seront 
l'objet  d'une  exposition  privilégiée  et  pourvus  du  nom  de 
leur  propriétaire  ('). 


Si  toute  l'aristocratie  ])olonaise  de  la  province  avait 
voulu  y  participer,  l'Exposition  de  Posen,  qui  n'a  duré 
d'ailleurs  qu'une  quinzaine  de  jours,  eût  été  une  des  plus 
intéressantes  et  des  plus  brillantes  qu'on  puisse  imaginer; 
car  les  chefs-d'œuvre  de  tous  les  icnips  et  de  tous  les  pays 
ne  manquent  pas  chez  M.M.  l'otocki,  Radziwill,  Chlapow- 
ski,  Cieszkowski,  etc.  Ce  dernier  est  le  seul  qui  ait  con- 
senti .^  envoyer  ici  les  perles  de  sa  riche  galerie,  et  c'était, 
on  peut  le  dire,  le  principal  attrait  de  cette  Exposition, qui 
ne  comprenait  en  tout  que  175  tableaux  et  une  dizaine  de 

I.  I-es  envois  des  objets  destinés  à  indivision    historique  seront 
reçus  jusqu'au  30  avril  1885. 


134 


IRctJue   De   rart   chrétien 


sculptuies.Au  premier  rang  figuraient  X Adoration  des  Rois 
Maires,  de  Paul  \'éronèse  ;  une  Grande  dame  milanaise, 
de  Franc^ois  Moroni;  un  superbe  van  Ostade  et  un  Albert 
Cuyp  de  grande  valeur.  Citons  encore  deux  toiles  attri- 
buées à  David  Teniers,  une  belle  marine  de  Backhuysen, 
un  van  Huysum,  un  Stev.  l'alamedes,  etc.  Parmi  les  pem- 
tures  modernes  rien  de  particulier  ;\  noter.  Mais  en  revan- 
che dans  la  sculpture  on  a  admiré  l'œuvre  d'un  artiste  qui 
est  en  même  temps  un  poète  célèbre  en  Pologne  :  c'est  une 
porte  de  bronze  commandée  à  M.  Théophile  Lenartowicz, 
par  le  comte  Cieszkowski  pour  le  tombeau  de  sa  fille.  M. 
Lenartowicz,  qui  habite  l'Italie  depuis  plus  d'un  demi- 
siècle  et  qui  est  déjà  très  connu  dans  ce  pays,  s'est  inspiré 
dans  ce  morceau  des  plus  beaux  modèles  de  la  Renais- 
sance. 


u 


NE  curieuse  salle  a  été  ouverte  tardivement 
_  au  public,  à  l'exposition  des  Arts  décoratifs,^  à 
l'e.xtrémité  du  palais  de  l'Industrie,  au  premier  étage,  côté 
de  la  place  de  la  Concorde.  Son  attrait  consiste  exclusive- 
ment en  de  superbes  boiseries  anciennes  appliquées  contre 
les  murs,  ce  qui  a  permis  de  les  rétablir  telles  qu'elles 
devaient  être  dès  leur  première  destination.  Les  plus 
remarquables  de  ces  boiseries  par  leur  ancienneté,  leur 
richesse  et  leurs  détails  d'exécution  proviennent  du  salon 
dit  «  du  cardinal  Mazarin  »,  au  château  d'Ormesson. 
Dans  un  coin  de  la  salle,  on  a  dressé  une  autre  boiserie, 
une  cheminée  au.x  proportions  monumentales,  datant  de 
Henri  IL 


--^^eCrpositions  ouuccte.s  ou  annoncccs. --- 

ANVERS.  —  Exposition  de  mai-octobre  18S5. 

GL.A.SCOW.  —  24''  Exposition  de  l'Institut  des  Beaux- 
Arts,  du  3  février  au  30  avril  1SS5. 

LYON.  —  Exposition  annuelle  de  la  Société  des  Amis 
des  Arts,  de  la  2'  quinzaine  de  janvier  à  la  fin  de  mars. 

LYON.  —  Exposition  permanente  des  Beaux-Arts  de 
Lyon,  38,  rue  de  Bourbon,  tous  les  jours  de  1 1  h.  à  4 
heures. 

NOUVELLE-ORLÉANS.  —  Exposition  universelle, 
du  16  décembre  1884  au  l"  juin  1885. 

NUREMBERG.  —  Exposition  internationale  d'orfè- 
vrerie, joaillerie,  bronzes,  du  15  juin  au  30  septembre  1885. 

PARIS.  —  Salon  de  1885  du  r'  mai  au  30  juin. 

PARIS.  —  Exposition  nationale  de  18S6,  du  i"  mai  au 
15  juin. 

PAU.  —  21"  Exposition  annuelle  de  la  Société  des 
Amis  des  Arts  de  Pau.  Ouverture  le  25  janvier,  clôture  le 
15  mars  1885. 


iHusces. 


E  conservateur  du  musée  de  Cluny  vient 
d'enrichir  ses  collections  de  huit  grands 
panneaux  de  carrelage  provenant  du  château 
de  la  Bâtie,  près  Rouen  et  exécutés  en  mars 
1548  par  <(  Mosseot  Abaqueene,  esmalier  en 

Notre-Dame    de     Sotteville-les-Rouen  ».     Un 


terre    de 

autre   carrelage  du   même  artiste  se    trouve  déjà  exposé 

à  Cluny. 

Une  acquisition  plus  importante  a  également  été  faite 


en  Hollande  par  le  même  musée;  il  s'agit  d'une  plaque 
funéraire  en  cuivre.  La  France  jusqu'à  ce  jour,  ne  possé- 
dait aucune  pièce  de  ce  genre  et  était  réduite  à  n'exposer 
dans  ces  musées  que  des  copies  prises  dans  les  Musées 
de  Bruges  et  de  Gand. 

Enfin  il  vient  d'être  fait  don  au  musée  de  Cluny,  par  le 
ministre  de  la  guerre,  de  vingt-cinq  magnifiques  plaques 
de  cheminées  datant  des  -KVL',  XVI I"  et  XVI IL  siècles, 
et  provenant  de  la  démolition  d'appartements  qui  faisaient 
partie  du  fort  de  Vincennes.  (Courrier  de  l'Ari.) 


LE  musée  des  moulages  sera  prochainement  agrandi 
par  l'installation  de  trois  nouvelles  salles.  Toute  la 
galerie  de  gauche  du  palais  du  Trocadéro  sera  transformée 
en  musée.  Comme  l'indique  son  nom,  le  musée  des  mou- 
lages est  composé  exclusivement  de  reproductions  ;  mais 
ces  reproductions  ont  été  prises  sur  les  plus  beaux  chefs- 
d'œuvre  de  sculpture  et  d'architecture  connus  en  France. 
Un  seul  ouvrage  original  s'élève  au  milieu  de  toutes  ces 
merveilles  reproduites  en  plâtre  :  c'est  le  buste  en  mar- 
bre de  feu  M.  Viollet-le-Duc.  Quant  aux  ouvrages  compo- 
sant le  musée  proprement  dit,  quoique  faits  de  la  veille,  on 
dirait  qu'ils  datent  tous  de  plusieurs  siècles,  grâce  aux  per- 
fectionnements obtenus  pour  donner  au  plâtre  les  teintes 
rigoureusement  exactes  des  monuments  dont  ils  sont  la 
reproduction  fidèle.  Voici  par  exemple,  parmi  les  ouvrages 
les  plus  importants  exposés  récemment,  le  portail  de  la 
cathédrale  de  Bordeaux.  (11  aura  pour  pendant  le  portail 
de  la  cathédrale  de  Rouen,  qu'on  est  en  train  de  cons- 
truire, et  dont  les  deux  portes  latérales  sont  déjà  mon- 
tées). Puis,  un  tombeau  provenant  de  l'église  Saint-Just, 
à  Narbonne  ;  une  stalle  du  chœur  de  la  chapelle  de  l'an- 
cien château  de  Gaillon  dans  l'Eure,  superbe  morceau  de 
sculpture,  dont  l'original  se  trouve  aujourd'hui  dans  la 
basilique  de  Saint-Denis.  Les  futures  salles  actuellement 
en  voie  d'installation  sont  remplies  de  moulages  empilés 
contre  les  murs  et  provenant  principalement  du  centre  et 
du  midi  de  la  France.  Deux  petits  monuments  seulement 
s'élèvent,  entièrement  construits,  au  milieu  d'une  des  sal- 
les ;  ce  sont  les  reproductions  de  deux  fontaines  que  l'on 
peut  voir  encore,  l'une  à  Blois  et  l'autre  sur  une  des  pla- 
ces publiques  de  Caen  (').  (Journal  des  Aris.) 


M.  Adolphe  Guillon  vient  de  faire  don  au  Musée  des 
Arts  décoratifs  d'une  remarquable  collection  de  carreaux 
émaillés  de  Bourgogne,  qui  rendra  les  plus  grands  services 
aux  faïenciers  parisiens. 

M.  Guillon,  a  découvert  les  modèles  de  ces  curieux  car- 
reaux dans  les  abbayes  de  Vézelay  et  de  Cluny  ;  dans  les 
églises  de  Cliâteau-Censoir,  de  Vincelles,  de  Cudot  ;dans 
les  châteaux  de  CourtroUcs,  de  Sacy,  de  Vontenay,  de 
Vergy,  de  Brazey,  etc. 

Cent  neuf  spécimens  ont  été  ainsi  réunis  et  disposés  en 
six  grands  panneaux,  que  l'administration  du  Musée  a 
placés  dans  la  galerie  extérieure,  au  palais  de  l'Industrie. 

(Ibidem.) 


MONT.\K(;iS    possède    un    musée    prest|ue    récent 
encore   mal   classé,   mais  assez  riche  et  contenant 
plusieurs  œuvres  provenant  de  la  région. 

I.  Par  uncdccibion  récente  du  ministère  des  beaux-arts  le  public  est 
autorisé  à  prendre,  sur  place,  des  dessins  des  ouvrages  exposés.  Tou- 
tefois, ces  dessins  doivent  ôtre  exécutés  à  la  main,  sans  aucune  instal- 
lation. 11  est  également  défendu  de  prendre  des  vues  à  l'aide  d'ajjpa- 
reils  photograpliiques,  ce  privilège  appartenant  exclusivement  à  un 
artiste  pliotograplie,  et  cela  en  venu  d'un  traité  passé  avec  l'admi- 
nistration. 


Ci) ro  nique. 


Ô3 


On  remarque  dans  l'escalier  des  pierres  tombales  pro- 
venant de  l'abbaye  de  Sainte- Rose,  près  de  Roscy-le- 
Vieil,  au  premier  étage,  une  petite  salle  consacrée  aux 
sculptures,  moulages,  esquisses  et  dessins  du  baron  Henri 
de  Triqueti.  Parmi  les  tableaux  un  certain  nombre  de 
primitifs  de  diverses  écoles. 


LA  galerie  nationale  de  Londres  vient  de  faire  l'acqui- 
sition d'une  des  plus  belles  œuvres  d'Andréa  Mante- 
gna  :  Sainson  et  Dalila.  La  note  générale  de  ce  tableau 
porte  à  croire  qu'il  faisait  pendant  ^w  Jugement  de  Salo- 
tnon,  du  même  peintre,  qui  appartient  à  la  galerie  de 
Louvre. 


LE  musée  de  Lille  vient  de  s'enrichir  de  divers  dons. 
M""  Sproit  lui  a  offert  un  petit  flamand  primitif,  pan- 
neau de  o"',28  de  haut  sur  o"',4o  de  large  qui  représente 
saint  Joseph,  la  Vierge  et  l'Enfant  Jésus  traversant  un 
village. 


SUR  l'initiative  du  duc  Torlonia,  secondé  en  cela  par 
j\I.  Fiorelli,  la  ville  de  Rome  se  propose  de  fonder 
deux  nouveaux  musées  qui  seront  du  plus  haut  intérêt  au 
point  de  vue  archéologique  ;  l'un,  le  Museo  iirbano,  renfer- 
merait les  œuvres  d'art  antiques  trouvées  dans  la  ville 
même  ;  l'autre,  le  Museo  tutino,  serait  réservé  aux  objets 
découverts  dans  la  campagne  romaine. 


LE  gouvernement  saxon  se  propose  d'installer  prochai- 
nement dans  l'ancienne  résidence  des  archevêques 
de  Magdebourg  un  muser  provincial  qui,  en  dehors  des 
objets  préhistoriques,  contiendra  des  œuvres  d'art  du 
moyen  âge  et  de  la  Renaissance.  Entre  autres  curiosités 
on  y  verra  deux  chambres,  l'une  du  XVI",  l'autre  du  XV'II<-' 
siècle,  complètement  aménagées  dans  le  style  du  temps. 

Le  musée  des  Arts  industriels  de  Berlin  va  s'enrichir 
également  d'une  acquisition  analogue,  grâce  au  fonds  dit 
de  Fréd.  Guillaume.  On  y  installera  deux  chambres 
Renaissance  allemande  de  1540:  les  plafonds,  les  portes 
et  les  fenêtres,  tout  est  de  cette  époque.  L'une  de  ces  piè- 
ces provient  du  château  Ha;nrich  de  F'ranconie,  l'autre  du 
château  de  Haldenstein,  près  Coire  ;  cette  dernière  avec 
ses  magnifiques  sculptures  est  connue  depuis  longtemps 
et  passe  pour  être  le  plus  bel  ouvrage  en  bois  suisse. 


LE  nouveau  musée  conmiunal  de  Gand  vient  de  s'ou- 
vrir dans  l'ancienne  chapelle  sécularisée  des  Frères 
du  Mont  Carmel,  à  laquelle  M.  le  baron  Bcthune  a  consa- 
cré une  étude  dont  nous  avons  entretenu  nos  lecteurs. 
(  V.  J\evue  de  l' Art  chrétien,  1S84,  p.  386J 

Il  était  temps  que  la  ville  de  Gand,  si  ijopuleuse,  si  riche 
en  monuments,  et  qui  cultive  avec  tant  de  succès  l'art  tradi- 
tionnel, eût  enfin  son  musée.  —  S'il  est  regrettable  de  voir 
les  services  civils  envahir  les  sanctuaires  de  la  piété,  du 
moins  on  a  tiré  de  celui-ci  le  parti  le  plus  digne,  parmi 
les  usages  auxquels  il  fut  successivement  affecté,  et  nous 
aimons  mieux  y  voir  exposer  des  antiquités,  que  déballer 
des  légumes  et  des  denp;es  alimentaires.  Car  tel  a  été 
le  sort  de  l'antique  chapelle,  après  bien  de  péripéties. 

Avant  d'y  installer  le  musée,  l'administration  commu- 
nale a  fait  approprier  et  restaurer  ce  monument  ;  mais 
cette  restauration  est  des  plus  malheureuses.  M.  A.  de 
Ceuleneer  a  formulé  â  ce  sujet,  dans  \c  Journal  des  lieaux- 


Arts,  des  critiques  fondées  sur  lesquelles  nous  aurons  à 
revenir. 

Le  musée  n'est  pas  riche,  mais  assez  intéressant  toute- 
fois. Il  est  installé  avec  goût,  dans  un  local  superbe.  Les 
chapelles  latérales  del'antique  oratoire  forment  des  compar- 
timents disposés  d'une  manière  particulièrement  heureuse 
pour  classer  les  objets  parépoque;  dévastes  vitrines  s'allon- 
gent dans  les  nefs  ;  de  vieux  gonfanons  de  soie  pendent 
aux  entraits  du  berceau  lambrissé,  ou  forment  de  beaux 
trophées,  accrochés  au  haut  des  murailles.  Les  objets  de 
l'époque  ogivale  ne  sont  pas  très  nombreux  ;  mais  la  partie 
la  plus  intéressante  est  celle  qui  concerne  les  anciennes 
corporations  gantoises. 

La  collection  des  torchères  est  des  plus  remarquables 
et  rarement  on  trouvera  réuni  un  aussi  grand  nombre  d'ob- 
jets ayant  appartenu  â  d'anciennes  corporations.  Une  sec- 
tion non  moins  riche  que  la  précédente  est  celle  de  la 
ferronnerie.  Il  y  a  là  des  ouvrages  de  toute  beauté  et  une 
collection  de  serrures  de  coffres-forts  peut-être  unique  en 
Belgique.  Mentionnons  aussi  quelques  jolis  grès  dont 
plusieurs  proviennent  de  la  collection  Minard. 

La  création  du  musée  est  due  en  grande  partie  à  M. 
Ferd.  Vanderhaeghen.  —  M.  H.  Van  Duyre  en  est  con- 
servateur ('). 


Signalons  la  -louable  initiative  prise  à  Courtrai  par 
quelques  archéologues  et  en  particulier  par  M.  J. 
Van  Ruymbeke.  Le  noyau  d'un  musée  y  est  formé,  et 
grâces  à  leurs  efforts,  le  reste  n'est  plus  qu'une  question 
de  temps.  Le  local  choisi  est  des  plus  heureusement  adapté 
à  pareille  destination.  11  n'est  autre  que  l'une  des  tours 
de  la  superbe  porte-d'eau  qui  excite  l'admiration  de  tous  les 
voyageurs  par  son  aspect  pittoresque  et  imposant.  — 
Il  n'y  a  pas  longtemps  que  le  musée  archéologique  de 
Bruges  ne  consistait,  comme  aujourd'hui  celui  de  Cour- 
trai, qu'en  quelques  épaves  du  passé  réunies  dans  la  tour  du 
Franc   Courage  à  nos  amis  de  Courtrai. 


UN  terrible  incendie  a  manqué  d'anéantir 
la  Galerie  des  tableaux  anciens  et  le 
Musée  Thorwaldsen  : 

«  Du  grand  et  pompeux  château  de  Christiansborg  où 
le  Roi  avait  récemment  réuni  en  un  banquet  les  membres 
du  congrès  des  sciences  médicales,  il  ne  reste  plus  qu'une 
ruine  sombre  et  fumante  dont  les  murs  épais  de  deux 
mètres  menacent  de  crouler.  Les  trois  ailes  du  palais  sont 
brûlées  de  fond  en  comble.  Les  efforts  héro'iques  des  pom- 
piers et  des  militaires  ont  réussi  seulement  à  préserver  le 
Musée  Thorwaldsen,  l'église  du  château,  la  grande  Biblio- 
thèque royale  et  l'Arsenal.  C'est  un  grand  bonheur,  car 
tous  ces  bâtiments  touchaient  au  château  et  en  partie 
faisaient  corps  avec  lui.  Les  archives  et  la  riche  Galerie  de 
peintures  des  anciens  maîtres  flamands  et  italiens  sont  de 
même  sauvés,  mais  il  y  a  naturellement  beaucoup  de 
tableaux  très  endommagés. 

<,<  La  château  de  Christiansburg  est  situé  sur  un  îlot, 
entouré  de  canaux.  Dès  les  temps  anciens  il  y  avait  là  un 
château  fort.  Le  roi  Christian  V  y  bâtit  ensuite  un  palais 
qui  devait  surpasser  en  splendeur  tous  les  châteaux  royaux 
de  ce  temps  en  Europe.  En  1794  ce  palais  fut  la  proie  des 
flammes.  Au  commencement  du  XIX'  siècle,  le  Danemark 

I.  La  fabrique  de  St-Michel  a  fait  don  -lu  musée  d'antiquités  de  la 
niaquirtte  en  l)ois  de  la  tour  carrée  de  cette  église  dont  la  construc- 
tion commencée  en  1440  ne  fut  jamais  aclievée  ;  trois  plaques  en 
cuivre  doré  repoussé  et  deux  statues  en  marbre  blanc  représentant 
l'EsiJérance  et  la  Charité,  ont  été  également  remises  au  musée 
par  la  fabrique. 


1.-^6 


iRcuuc   De   rart   cfjrcticn 


se  trouvant  en  guerre  avec  l'Angleterre,  la  reconstruction 
du  château  fut  suspendue.  Ce  ne  fut  qu'en  1S28  que  la  res- 
tauration fut  achevée.  Depuis  lors,  Christiansborg  avait 
été  habité  par  les  rois  Frédéric  VI  et  Frédéric  VII.  Mais 
Christian  IV  s'en  servait  seulement  pour  les  fêtes,  comme 
le  récent  banquet  offert  au  congrès  des  médecins. 

«  Dans  l'aile  sud  se  trouvaient  les  locau.\  de  la  repré- 
sentation (le  /litisiùti^ry^  dans  l'aile  nord  était  la  Galerie  des 
peintures.  Dans  les  autres  parties,  il  y  avait  les  archives 
secrètes  du  royaume  et  les  salles  de  la  cour  suprême.  » 


■  Ifcnrcs. 


O 


N  lit  dans  la   Chronique  des  Arts  et  de  la 
Curiosité,  du  6  décembre  1884,  p.  488: 

La  collection  Basilewiski. 


«  L'année  de  la  curiosité  vient  de  perdre  le  plus  beau 
«  fleuron  de  sa  couronne.  Vendue  hier  soir  sur  un  simple 
«  télégramme,  la  collection  Basilewiski  !  vendue  six  mil- 
<i;  lions  de  francs  au  gouvernement  russe,  qui,  depuis 
«  longtemps,  négociait  avec  le  propriétaire  par  l'entremise 
«  de  M.  le  comte  Polotzoff. 

«  Pour  tous,  c'est  le  gros  morceau  de  la  saison,  qui  s'en 
«  va.  Pour  beaucoup,  c'est  le  rêve  de  Perrette  au  pot  au 
«  lait,  qui  s'évanouit.  Une  collection  de  cette  importance, 
«  en  effet,  ne  se  disperse  pas  sans  laisser  un  million  entre 
«  les  mains  des  intermédiaires,  que  les  ventes  font  vivre. 
«  Le  catalogue  était  en  partie  préparé...  Quelle  décep- 
«  tion  pour  les  amateurs,  qui  préparaient  déjà  pour  le 
«  mois  de  mars  leurs  munitions  de  guerre!  Jamais,  depuis 
«  la  vente  Sollikoft",  qui  avait  produit  1,800,000  francs  en 
«  1860,  le  public  n'aurait  assisté  à  des  enchères  aussi 
(<  importantes.  Toute  l'Europe  intelligente,  aimant  les  arts, 
«  aurait  été  présente.  Dans  cette  galerie  de  la  rue  Blanche, 
«  où  l'on  était  admis  sur  carte  personnelle,  une  fois  par 
«  semaine,  il  y  avait,  depuis  de  longues  années,  des  mer- 
«  veilles  amassées...  Pour  les  voir,  il  faudra  désormais 
<,<  faire  le  voyage  de  St-Pétersbourget  demander  au  musée 
«  de  l'Ermitage,  la  salle  Basilewiski... 

{Figaro.)  Paul  Eudel. 

Tous  les  amis  de  l'art  ancien  et  particulièrement  de  l'art 
religieux,  si  bien  représenté  dans  cette  belle  collection, 
regretteront  sincèrement  l'enlèvement  de  ce  trésor  de 
notre  pays.  Exposées  en  1867  dans  les  salles  de  l'histoire 
du  travail  et  en  1878  au  Trocadéro,  les  principales  pièces 
sont  connues  de  bien  des  amateurs  ;  il  était  d'ailleurs  facile 
de  les  visiter  ;  une  simple  demande  de  carte  ouvrait  la  porte 
de  la  vaste  galerie,  où  les  ivoires,  les  éniau.x  et  les  pièces 
d'orfèvrerie  les  plus  étonnantes  étaient  rangées  sur  des 
dressoirs  ou  des  crédcnces  admirables. 

Quel  dommage  que  le  gouvernement  français  ait  com- 
mis la  même  faute  que  pour  la  collection  Soltykoff  (celle- 
là  dispersée  de  tous  côtés)  et  laissé  la  Russie,  la  moins 
intéressée  des  nations  européennes  dan  s  la  question,  puisque 
tous  les  objets  sont  d'origine  française,  alleinande  ou  ita- 
lienne, faire  l'acquisition  de  ces  chefs-d'œuvre  du  passe. 
La  parole  en  ce  cas,  comme  en  bien  d'autres,  est  aux  mil- 


lions. Peut-être  en  aurait-on  trouvé  s'il  avait  été  question 
d'une  autre  collection  Campana,  composée  de  vases  étrus- 
ques ou  romains  sans  nombre:  mais  ici  on  était  en  plein 
art  religieux  (catacombes,  art  byzantin,  moyen-âge  et 
renaissance),  c'était  une  bien  mauvaise  note  par  le  temps 
qui  court  et  avec  les  tendances  anti-cléricales  à  la  mode. 
Quel  excellent  fond  eût  fait  cette  collection  pour  le 
futur  palais  des  Arts  décoratifs  ;  mais  n'insistons  pas  et 
espérons,  sans  trop  y  compter,  qu'à  l'avenir  on  ne  laissera 
plus  échapper  pareille  occasion. 

Voici,  à  titre  de  renseignement,  les  divisions  du  catalo- 
gue raisonné,  édite  chez  Morel  en  1874,  sous  la  direction 
de  M.  Darcel  avec  de  fort  belles  planches  en  or  et  couleurs. 
Il  contient  561  numéros;  inais  depuis  son  impression  de 
nombreuses  acquisitions  avaient  été  faites  par  M.  Basi- 
lexviski,  entr'autres  l'admirable  croix  de  procession  en  or 
ciselé  et  repoussé  de  la  fin  du  Xlll''  siècle  ('),  exposé  au 
Trocadéro  entre  les  deux  reliquaires  émaillés  de  l'ancien 
trésor  de  Bâle.  Actuellement  la  collection  comprend  750 
numéros. 

1 .  Art  des  catacombes. 

Marbre,  numéro  i.  —  Terre  cuite  numéro  2  à  25.  — 
Ivoire  26  à  31.  —  Bronze  2,2  à  39.  —  Verre  40  à  44. 

2.  Art  Byzantin  et  époque  Carlovingienne. 
Ivoire  45  à  78.  —  Mosaïque  79  à  So.  —  Émaux  81. 

3.  Art  du  moyen  âge. 

Calcaire  82  et  83.  —  Marbre  84  et  85.  —  Ivoire  86 
1 12.  —  Bois  1 13  à  1 19.  —  Meubles  120  à  123.  —  Matières 
plastiques  124.  —  Bronse  et  dinanderie  125  à  137.  —  Or- 
fèvrerie 138  à  189.  --  Étain  190.  —  Émaux  191  à  237.  — 
Emaux  translucides  238  et  239.  —  Verre  240  et  241.  — 
Mosaïque  242.  —  Ferronnerie  243  et  244.  —  Coutellerie 
245  à  250.  —  Armes  251  à  255. 

4.  Art  de  la  Renaissance. 

Marbre  256  et  257.  — ■  Ivoire  258.  —  Bois  sculpté  25g 
à  265.  —  Meubles  266  à  274.  —  Matières  plastiques  275 
et  276.  —  Terre  cuite  277.  —  Terre  cuite  entaillée  278  à. 
282.  — •  Bronze  283  à  287.  —  Ferronnerie  288  à  292.  — 
Coutellerie  293.  —  Armes  294  à  300.  —  Émaux  Vénitiens 
301  à  304.  —  Émaux  peints  ya^  à  349.  — Faïences  peintes 
350  à  489.  —  Verrerie  490  à  543.  —  Tapisserie  544.  — 
Broderie  545  à  550. 

5.  Art  oriental  551  à  558. 

6.  -Supplément  559  à  561. 

Tels  étaient  les  titres  des  chapitres  du  catalogue  dressé 
en  1874  par  M.  Darcel  et  illustré  de  50  planches  la  plu- 
part en  chromolithographie.  Souhaitons  à  toutes  les 
grandes  collections  d'être  décrites  d'une  façon  aussi 
savante  et  avec  un  tel  luxe  de  reproductions.  Puisse  sur- 
tout le  gouvernement,  si  généreux  des  millions  de  la 
France  C|uand  il  s'agit  de  la  Tunisie  ou  du  Tonkin,  en 
réserver  quelques-uns  (ne  fût-ce  que  tous  les  vingt  ans) 
pour  l'acquisition  de  collections  telles  que  celles  du  prince 
Soltykoft  ou  de  M.  Basilewiski,  et  ne  pas  laisser  passer 
à  l'étranger  des  spécimens  de  cette  importance  pour  notre 
art  national  !  L.  F. 

I.  Voyez  dans  \'Art  ancien  à  l'exposition  de  1878  par  M.  I,. 
Gonse,  rédacteur  de  la  Gazette  des  Beaux  Arts,  p.  232,  la  reproduc- 
tion de  celle  croix  unique,  accomp.agnée  de  deux  branches,  portant 
l'une  St  Jean,  l'autre  la  Vierge. 


REPONSE. 

Plaques  de  foyer  en  fonte  de  feri'^^]. — Nous  avons 
remarqué  récemment,  au  château  de  Montbras 
(c'"^  de  Taillancourt,  Meuse)  une  très  grande 
plaque  de  foyer  qui  doit  remonter  à  la  fin  du 
XV<=  siècle  ;  beaucoup  plus  large  (2'"o8)  que 
haute,  elle  affecte  la  forme  d'un  rectangle  avec 
un  petit  fronton  triangulaire  sur  le  milieu.  Au 
centre,  une  croix  de  Jérusalem,  cantonnée  de 
quatre  croiscttes,  sur  un  cercle  ;  au-dessus,  écu 
de  France.  Sur  les  côtés:  2  écus  de  France; 
2  étoiles  à  6  rayons  rectilignes  ;  6  écus  au  lion 
rampant,  tenant  une  hallebarde  ;  enfin,  2  écus  en 
losange,  à  6  tours,  posées  3,  2  et  i. 

Dans  la  maison  de  Jeanne  d'Arc,  à  Domremy, 
existe,  nous  dit-on,  une  plaque  pentagonale,  of- 
frant les  mêmes  armoiries  inconnues  :  au  lion 
rampant  arme  d'une  hallebarde. 

Dans  la  collection,  importante  pour  les  XVI 1° 
et  XVIII^  siècles,  du  Musée  de  Bcaune,  on  re- 
marque une  plaque  de  la  fin  du  XV'=  siècle,  tou- 
jours de  forme  pentagonale.  Le  milieu  de  la 
partie  inférieure  n'offre  pas  de  décoration  ;  dans 
le  haut,  trois  croix  dites  de  Lorraine,  dont  celle 
du  milieu,  de  plus  grande  dimension,  repose  sur 
un  cercle  ;  sur  les  côtés,  deux  fleurs  de  lys.  (D'a- 
près une  comm.  de  Mgr  Barbier  de  Montault.) 
—  Ces  emblèmes  paraissent  désigner  le  roi 
René. 

Je  pourrais  signaler  de  nombreuses  plaques 
datées  de  la  seconde  partie  du  X  VI"^  siècle  :  1 570, 
la  châsse  de  Saint-Hubert;  1583,  Ecu  de  France- 
Navarre  ;  1584,  Jugement  de  Paris  ;  1590,  Noces 
de  Cana  ;  etc.,  etc.  Jamais  je  n'en  ai  vu  du  XV<= 
siècle  qui  portassent  une  date. 

L.  Germ.\ix. 


QUESTION. 

Notre-Dajne  de  Bon-Secours,  de  Nancy.  —  La 
statue  de  Notre-Dame  de  Bon-Secours,  à  Nancy, 
est,  depuis  deu.x  ou  trois  siècles,  l'objet  d'un  pèle- 
rinage très  populaire.  On  la  croit  sculptée  par  un 
artiste  de  grand  mérite,  Mansuy  Gauvain,  suivant 
le  compte  du  receveur  général  de  Lorraine  pour 
l'année  1506,  qui  porte  :  «  Payé  par  le  receveur  à 
Mansuy,  menusier,  pour  avoir  taillié  ung  ymaige 
de  nostre  Dame  affublée  d'un  manteau  ouvert, 
et  taillié  gens  de  tous  estas...  VIII  fr.  V  gros.  » 
{Btdl.  de  la  Soc.  d'Arch.  Ion:,  185 1,  p.  53.  etc.) 


I.  Voir  année  i8 


,  p.  621. 


Cette  statue  représente  en  effet  la  Vierge,  les  bras 
étendus,  écartant  un  vaste  manteau,  qui  lui  cou- 
vre la  partie  supérieure  de  la  tète,  et  sous  lequel 
sont  agenouillés,  en  dimension  beaucoup  plus 
petite,  un  grand  nombre  de  personnages  de  tou- 
tes conditions,  ecclésiastiques  d'un  côté,  laïques 
de  l'autre. 

L'origine  iconograpliique  de  cette  statue,  qui 
constitue,  dans  le  duché  de  Lorraine,  un  t}-pe 
tout  à  fait  particulier,  connu  uniquement  sous  le 
nom  de  Notre-Dame  de  Bon-Secours,  n'a  jamais, 
croyons-nous,  été  étudiée.  Nous  n'avons  pas  ren- 
contré en  l'rance  d'images  analogues  de  la  Vier- 
ge ;  mais  nous  en  avons  retrouvé  plusieurs  dans 
différentes  provinces  de  l'Espagne,  notamment 
dans  des  bas-reliefs  funéraires  à  Burgos,  qui  nous 
ont  paru  dater  du  XV<=  siècle.  Dans  son  ouvrage 
La  sainte  Vierge  (p.  493),  M.  l'abbé  Ménard  a 
donné  une  gravure  de  la  Vierge  des  Grottes  {de 
las  Cuevas)  du  Musée  de  Séville  ;  Marie  étend 
les  bras  ;  le  Saint-Esprit  plane  au-dessus  de  sa 
tête  ;  deux  anges  soutiennent  les  pans  de  son 
manteau  ;  des  Chartreux  agenouillés  implorent 
sa  protection.  On  remarque  dans  la  Vie  militaire 
et  religieuse  de  M.  P.  Lacroix  (p.  204),  une  gra- 
vure représentant  «  Notre-Dame  de  Grâce  abri- 
tant sous  les  plis  de  son  manteau  les  premiers 
grands  maîtres  de  l'ordre  militaire  de  Montessa  »  ; 
c'est  une  peinture  sur  bois  du  XV«  siècle,  vénérée 
dans  l'église  du  Temple  à  Valence  (Espagne). 
Les  ducs  de  Lorraine,  Jean  et  Nicolas  d'Anjou, 
auraient  pu  s'inspirer  de  ces  images  par  suite  de 
leurs  campagnes  dans  la  Catalogne  ;  toutefois, 
il  est  plus  probable  que  ce  type  iconographique 
a  été  rapporté  en  Lorraine  de  l'Italie,  où  les  ducs 
de  la  dynastie  angevine,  ainsi  que  René  II,  firent 
plusieurs  expéditions  militaires  et  envoyèrent 
étudier  leurs  artistes.  Pei-sonnellement,  nous  con- 
naissons peu  l'Italie  ;  nous  savons  cependant  que 
des  représentations  analogues  s')'  rencontrent 
assez  souvent,  bien  que  Rome  ait  toujoui's  préféré 
le  type  de  la  Vierge  por'tant  sur  ses  bras  l'enfant 
JÉ.SUS.  L'Atlas  Marianus  (t.  II,  p.  69)  reproduit 
Notre-Dame  de  Monte  Berico,  couvrant  des  pans 
de  son  manteau  deux  hommes  agenouillés;  la 
statue  remonterait  à  l'an  1426.  Nous  possédons 
l'empreinte  d'un  sceau  ovalaire,  dont  la  légende 
nous  parait  ètie  :  ^  SIG.  MONA.  MOMA.  S. 
MARIAE  II  DEMIS  PADOL  S  BEN  DE  OB; 
il  offre  la  même  image  de  la  Vierge,  abritant 
deu.x  petites  religieuses. 

Nous  désirerions  savoir  exactement  :  où,  à 
quelle  époque  et  dans  quelles  circonstances,  ce 
type  a  pris  naissance. 


138 


Ecuuc   Dc    rart   cïjrcticn. 


N'y  aurait-il  pas  lieu  de  rapprocher  de  cette 
représentation  de  la  Vierge  celle  de  sainte  Ursule 
écartant  son  manteau  pour  couvrir  de  ses  pans, 
soit  plusieurs  des  onze  mille  vierges,  comme  dans 
une  statuette  d'Avioth  (Meuse)  ou  dans  l'une  des 
peintures  dc  la  fameuse  châsse  de  Bruges,  par 
Memling,  soit  quelques-unes  de  ces  mêmes  com- 
pagnes précédées,  au  premier  plan,  de  £i'//s  de 
tous  états,  à  genoux,  les  mains  jointes,  comme 
dans  la  curieuse  statue  de  l'église  Saint-Michel 
de  Bordeaux  ? 

L.  Germain. 


QUESTION. 

IL  existe  encore  un  certain  nombre  de  groupes 
sculptés  représentant  la  sainte  Vierge  debout, 
tenant  l'Enfant  JÉSUS  sur  le  bras  gauche  et  lui 
présentant  de  la  main  droite  un  «encrier».  Une 
charmante  statue  de  ce  genre,  sculptée  en  bois 
de  chêne  et  polychromée,  remontant  au  milieu 
du  XV*'  siècle,  est  conservée  à  l'église  Notre- 


Dame  de  Macstricht.  — Une  autre  figure  de  même 
nature,  de  grandeur  naturelle,  mais  d'une  époque 
plus  récente,  se  trouve  dans  une  niche,  au  tympan 
de  l'ancienne  boucherie  à  Gand.  On  nous  a  assuré 
que  dans  quelques  peintures  anciennes  en  Italie, 
on  voit  des  représentations  de  la  sainte  Vierge 
avec  le  même  attribut. 

Nous  ne  connaissons  pas  d'auteur  qui,  en  s'oc- 
cupant  de  l'Iconographie  chrétienne,  donne  le 
moindre  renseignement  à  cet  égard,  et  c'est  en 
vain  que  l'on  chercherait  des  éclaircissements 
dans  les  Caractéristiques  des  Saints  Aw  P.  Cahier, 
dans  la  Christliche  Synibolik  de  Mcntzel  et  les 
auteurs  allemands,  dans  M^s  Jameson  et  les  ar- 
chéologues anglais.  Tous  les  auteurs  consultés 
sont  muets  à  cet  égard. 

Peut  on  citer  en  France  et  dans  d'autres  pays, 
des  groupes  représentant  la  sainte  Vierge  et 
l'enfant  Jésus  de  la  même  manière.' —  Est-il  pos- 
sible de  fixer  l'origine  et  de  préciser  la  signification 
de  ce  symbole  et  peut-on  l'expliquer  soit  par  des 
textes  sacrés,  soit  par  d'autres  documents  écrits? 

J.  H. 


ERRATA. 


Page 


75,  col.  2,  in  fine  au  lieu  de  Parniers  lisez  Painiers. 

»         83,  »     2,    1.      8,  »  de  Vaneille  lisez  de   Vei-neilh, 

»       103,  »    2,    1.    23,  »  Hubger  lisez  Kiigler. 

»       105,  »     2,  passim  ))  Hauslick  lisez  Hanslick. 


^?s^;irf3<M?v?d?vi^?d?v 


,'     1  r T T'i  w  1 1  r  nr  r .  1 1  w t tt ir'ï ir t rt ^  '"  w ■  ■  i iittitti f  '.  1  ■  1 1  f  Trmn' t"!   UTIJiUll  r"iTT¥ffWt  ffl^'     1 


Bel3ue  lie 


l'Hrt  chrétien 


4^ 


^  parnisfinut  taus  ïcs  trais  moie.  J 

28'"e  année.  —  A""  %tm.      4^! 

z 4<]' 

^amc  111/  (xxxve  he  ta  collEction).     4 
2™^  liuraison.  —  auril  ^885.  <^| 

HUtLlJIIX£DLA*JtlJLlllllJtAJJUJIlllirit-]JAAlMUMrTn^xinjlliiJ^li"77llir|ff*  rn'rrrTTTTTr--n 


Jlt  JSgmboItgmc  cbictten  au  ICI'  mtlt,  ti^après 

les   poèmes  t>e   ;QrUtience«    (Pcuricme   et  Pcmlcr   article.)  (V.  la 

livraison   de  janvier    1885,  p.    i.)  m^^mW^^êmm^.^m^^mi^m~ 


V. 

EUX  sacrements  ont  été  repré- 
sentés par  Prudence  sous  une 
image  symbolique. 

«  Jésus,  dit-il,  oignit  les  yeux 
«  de  l'aveugle  avec  de  la  terre  humectée  de 
«  sa  salive  et  pétrie  de  ses  mains.  Il  lui  mon- 
«  tra  ensuite  par  quelle  ablution  devaient 
«  être  guéries  ses  ténèbres.  La  piscine  de 
«  Siloé  élève  ses  eaux  de  temps  en  temps,  et 
«  ne  les  fait  pas  continuellement  bouillonner: 
«  mais,  à  des  intervalles  réguliers,  son  bassin 
«  se  remplit  d'un  large  flot.  Des  troupes  de 
«  malades  soupirent  après  le  moment  où 
«jaillira  la  source  avare,  et  où  ils  pourront 
«  nettoyer  par  un  bain  purifiant  les  souillures 
«  de  leurs  membres  :  ils  attendent  que  l'eau 
«  sonore  fasse  ruisseler  la  pierre,  et  restent 
«  suspendus  à  la  margelle  desséchée.  Le 
«  Christ  ordonne  (à  l'aveugle)  de  laver  à 


«  cette  fontaine  la  boue  étendue  sur  son 
«  visage,  afin  que  la  lumière  le  fasse  de  nou- 
«  veau  resplendir.  Car  il  savait  qu'il  avait 
«  formé  de  boue  la  figure  humaine  autrefois 
«  couverte  de  ténèbres,  et  qu'il  avait  ensuite 
«  appliqué  sur  le  nouvel  Adam  le  médicament 
«  sorti  de  sa  bouche.  Sans  le  divin  souffle  du 
«  souverain  Seigneur,  en  effet,  la  terre  est 
«  aride  et  impropre  à  guérir;  mais  après  qu'un 
«  esprit  liquide,  sorti  d'une  bouche  céleste,  a 
«  mouillé  la  terre  vierge,  celle-ci  devient  un 
«  principe  de  salut,  et,  ainsi  baptisée,  elle 
«  peut  rendre  la  lumière.  L'aveugle  se  tient 
«  debout,  les  yeux  rouverts  par  la  bouche  du 
«  Christ,  il  proclame  qu'il  a  recouvré  la 
«  lumière  grâce  à  l'application  de  la  boue  et 
«  au  contact  des  flots  brillants,  il  montre  à  la 
«  ville  étonnée  l'auteur  de  la  lumière,  le  do- 
«  nateur  des  jours,  qui  n'a  pas  dédaigné  de 
«  montrer  aux  hommes  errants  et  malades, 


REVUE  DE    l'art  CHRÉTIEN. 

1885.  —  a'"^  Livraison. 


140 


iRctiiic  De   rart    chrétien 


«  en  son  propre  corps,   la  vertu  médicinale 
«  de  l'eau  (').  » 

J'ai  dû  citer  ce  long  et  subtil  passage,  qui 
n'est  pas  sans  beauté  dans  l'original,  mais 
qu'il  est  à  peu  près  impossible  de  traduire 
d'une  façon  supportable.  Il  a  trait  manifeste- 
ment au  sacrement  de  Baptême,  et  célèbre 
«  la  vertu  médicinale  de  l'eau  »  que  Jésus 
a  montrée  par  son  propre  exemple,  corpore 
sub  proprio,  en  se  soumettant  dans  le 
Jourdain  au  baptême  de  Jean.  Tombée  sous 
forme  de  salive  de  la  bouche  du  Sauveur,  ou 
coulant  en  ondes  brillantes  dans  la  piscine 
de  Siloé,  l'eau  rend  la  lumière  aux  aveugles, 
à  la  créature  ténébreuse,  au  vieil  homme 
devenu  le  nouvel  Adam.  Elle  est  l'instru- 
ment de  «  l'illumination  »  produite  par  le 
Baptême,  autrefois  appelé  de  ce  nom.  Les 
images,  assez  fréquentes  dans  l'art  primitif, 
de  la  guérison  des  aveugles  par  le  Sauveur 
au  moyen  de  la  boue  liquide,  ou  de  la  des- 
cente dans  la  piscine,  non  de  l'aveugle,  il 
est  vrai,  mais  du  paralytique,  sont  probable- 
ment des  symboles  du  Baptême.  Dans  une 
des  chambres  du  cimetière  de  Calliste,  à 
côté  de  peintures  représentant  un  homme 
qui  tire  de  l'eau  un  poisson,  emblème  du 
Baptême,  et  un  autre  qui  administre  réelle- 
ment ce  sacrement,  on  distingue  l'image  du 
paralytique  emportant  son  lit  sur  ses  épaules 
au  sortir  de  la  piscine  miraculeuse  (').  M. 
de  Rossi  voit  dans  cette  représentation 
encore  une  allusion  au  Baptême  (■').  Ter- 
tuUien  considère  l'eau  de  la  piscine  de 
Bethesda,  miraculeusement  remuée  par 
l'ange,  comme  un  emblème  de  l'eau  purifica- 
trice du  Baptême  (■*).  Dans  le  rituel  Gothique- 
Gallican,  l'une  des  prières  de  XOrcio  Ba- 
ptismi  contient  cette  invocation  :  «  O  Dieu, 

1.  Apotheosis,  675-703. 

2.  De   Rossi,  Routa  sotlerranea,   t.  II,   pi.  XVI,  11°  6.  — 
Cf.  Rome  souterraine  française,  pi.  \'l,  n°  3. 

3.  De  Rossi,  1.  c,  p.  334. 

4.  TertuUien,  De  H-iptisiiio,  5. 


qui,  par  le  ministère  d'un  Ange,  rendez 
médicinales  les  eaux  de  Bethesda,  daignez 
ordonner  à  l'Ange  de  votre  miséricorde  de 
descendre  dans  ces  fontaines  sacrées  (').  » 
Prudence  semble  voir  dans  les  deux  périodes 
de  la  médication  de  l'aveugle-né,  consistant 
l'une  dans  l'onction  des  yeux  par  le  limon 
mêlé  de  salive,  l'autre  dans  l'ablution  faite 
à  la  piscine,  deux  symboles  représentant 
également  les  vicdica  purgamina  aquœ,  la 
vertu  purificatrice  de  l'eau  baptismale  : 
seulement  ici,  comme  dans  un  quatrain  du 
Dittochaeoii  (=),  il  étend  à  la  piscine  de  Siloé 
les  prérogatives  merveilleuses  de  celle  de 
Bethesda  (^),  et  la  montre  entourée  de 
malades,  trait  que  l'Évangile  rapporte  seu- 
lement de  la  dernière,  et  à  propos  d'un 
autre  miracle  (''). 

Prudence  a  raconté  dans  une  hymne  du 
Cathemerinon  le  passage  de  la  mer  Rouge 
par  les  Hébreux  que  conduisait  une  colonne 
lumineuse  (-).  Dans  le  dernier  chant  de  ce 
recueil  il  rappelle  le  même  épisode,  en  lui 
donnant  un  sens  symbolique  indiqué  par 
saint  Paul  et  par  les  Pères  de  l'Eglise,  et 
dont  j'ai  déjà  parlé.  «  Tous  ont  été  baptisés 
sous  la  conduite  de  Moïse  dans  la  nuée  et 
dans  la  mer,  »  écrit  l'Apôtre  faisant  par  ces  1 
paroles  du  passage  de  la  -mer  Rouge 
l'archétype  du  sacrement  de  Baptême  ('). 
«  Le  passage  à  travers  la  mer  Rouge  est 
un  Baptême,  »  dit  saint  Augustin  (').    C'est 

1.  Descendat  super  has  aquas  Angélus  benedictlonis 
tux...  qui  BethesdiB  aquas  Angelo  medicante  procuras... 
Angelum  pictatis  tuaî  his  sacris  fontibus  adesse  dignare. 

2.  Dittochaeon,  129-132. 

3.  Voir  Fouard,  Vie  de  N.-S.  Jésus-Christ,  Appendice 
vin,  t.  I,  p.  505,  509. 

4.  Cf  Brockhaus,- p.  233,  257. 

5.  Cal/ieinerinon,  V. 

6.  Omnes  in  Moyse  b^ptizati  sunt  in  nube  et  in  mari.      ; 
I  Cor.,  X,  2.  .. 

7.  Per  mare  transitus  baptismus  est.  S.  Augustin,.  Sermo 
352.  —  Cf.  TertuUien,  De Baptismo,  g;  Origcne,  Homilic^ 

I  in  fosiie.  —  Bèdc  écrivait  encore  au  VIII'-"  siècle  ;  «  La    .■ 
mer  Rouge  a  pour  sens  le  liaptcme  consacré  par  le  sang 
du  Christ.  La  verge  avec  laquelle  la  mer  fut  touchée  est 


ïLe  %gmt)Olismc  chrétien  au  iu^  siècle,  D'après  les  poèmes  De  PcuDcnce.  141 


ainsi  que  l'entend  Prudence.  «  Notre  chef 
«  a  blessé  l'ennemi  et  nous  a  délivrés  des 
«  ténèbres  de  la  mort.  Son  peuple  traversant 
«  la  mer  a  été  purifié  par  les  flots  ;  il  le  lave 
«  dans  les  douces  eaux  et  porte  devant  lui  la 
«colonne  de  lumière  (').  »  Il  est  impossible 
de  ne  pas  voir  dans  ces  paroles  une  allusion 
à  l'eau  du  Baptême,  au  sacrement  purifica- 
teur et  illuminateur,  comme  l'appelait  l'an- 
tiquité chrétienne. 

Prudence  symbolise  l'Eucharistie  par 
deux  figures  empruntées  l'une  à  l'Ancien, 
l'autre  au  Nouveau  Testament. 

La  première  est  le  miracle  de  la  manne 
rapporté  dans  X Exode  (').  «  Les  Hébreux 
«  ayant  eu  faim  dans  le  désert,  leur  camp  se 
«  trouva  rempli  d'un  mets  blanc  comme  la 
«  neige,  tombé  en  flocons  plus  épais  qu'une 
«  grêle  glacée  :  ils  dressent  des  tables  pour  y 
«  goûter  ce  festin,  s'y  nourrir  de  ce  mets  que 
«  leCuRisT  leur  envoiedu  ciel  étoile  (")... — 
<(,  Les  tentes  de  nos  pères,dit  ailleurs  le  poète, 
«  sont  toutes  blanches  du  pain  des  Anges  (^),» 
c'est-à-dire  de  la  manne  qui  les  couvre 
comme  une  neige.  Mais  cette  manne  est 
elle-même  la  figure  d'un  autre  «  pain  des 
«  Anges,»  de  Q.ç.panis  angelicus  que  la  poésie 
liturgique  des  siècles  suivants  a  chanté 
merveilleusement.  Prudence  met  ces  paroles 
éloquentes  dans  la  bouche  de  la  Sobriété, 
reprochant  leur  luxe  et  leur  mollesse  aux 

la  croix  du  Christ,  que  nous  recevons  par  le  Baptême. 
Ses  nombreux  ennemis  qui  piîrissent  avec  le  roi,  ce  sont 
les  péchés  :  le  roi  lui-même,  c'est  le  diable  qui  est  étouffé 
dans  le  Baptême  spirituel.  » 

1.  Hic  expiatam  fiuctibus 
Plebem  marino  in  transitu 
Repurgat  undis  dulcibus 
Lucis  columnam  pr;fferens. 

Catlteiiierinoii,  XH,  165-168. 

2.  Exode,  xvi,  14-36. 

3.  Implet  castra  cibus  tune  quoque  ninguidus 
Inlabens  gelida  grandine  dcnsius  : 

Hic  mensas  epulis,  hac  dape  construunt, 
Quam   dit    sidereo  CHRiSTUsab  œthere. 

Cathcnurinon,  v,    97-100. 

4.  Panibus    angelicis   albent  tentoria   patrum. 

Dittochaeon,  4 1 . 


contemporains  de  Théodose,  fils  dégénérés 
des  anachorètes  et  des  martyrs  :  «  N'est-elle 
«  plus  dans  vos  âmes,cette  soif  du  désert  ?est- 
«  elle  tarie,  cette  eau  du  rocher  qui  fut  donnée 
«  à  vos  pères  et  sous  la  verge  mystique  jaillit 
«de  la  pierre  entr'  ouverte  ?  Le  mets  des 
«Anges  n'est-il  pas  tombé  d'abord  près  des 
«tentes  de  vos  ancêtres,  ce  mets  que,  plus 
«  heureux  maintenant  en  ce  siècle  tardif,  le 
«  peuple  des  derniers  temps  mange  vraiment 
«en  se  nourrissant  de  la  chair  même  du 
«Christ  (')  .^»  Le  sens  du  symbole  est  ici 
clairement  donné  par  le  poète,  qui  semble 
se  borner  à  traduire  les  paroles  de  jÉ.sus- 
CiiRisT  lui-même  :  «  Voici  le  pain  qui  des- 
«cend  du  ciel  :  il  n'est  pas  comme  la  manne 
«  dont  ont  mangé  vos  pères  et  qui  ne  les  a 
«  pas  empêchés  de  mourir  :  celui  qui  mange 
«  ce  pain  vivra  éternellement  ('').  »  A  l'époque 
où  Prudence  rappelait  dans  ses  vers  le  sens 
mystique  de  la  manne  donnée  dans  le  désert 
au  peuple  juif  un  peintre  chrétien  dessmait 
sur  un  arcosolium  d'une  catacombe  la  repré- 
sentation du  même  miracle  avec  un  sens 
aussi  évidemment  symbolique.  Une  fresque 
de  la  fin  du  quatrième  siècle,  découverte  il 
y  a  vingt  ans  dans  la  catacombe  de  Cyria- 
que,  représente  un  nuage  d'où  s'échappent 
des  flocons  bleuâtres.  Quatre  Israélites, 
deux  hommes  et  deux  femmes,  portant  par- 
dessus leurs  tuniques  àç.'s,  peimlœ  (habits  de 
voyage)  avec  un  capuchon  rabattu,  re- 
cueillent dans  les  plis  de  ces  vêtements 
des  flocons  qui  tombent  comme  de  la  neige. 
«Il  est  vrai,  dit  M.  de  Rossi,  qu'aux  chapi- 
tres XVI  de  \ Exode  et  XI  des  Nombres, 
nous  lisons  que    la    manne    tombait   ainsi 

1.  Excidit  ergo  animis  eremi  sitis,excidit  ille 

Fons  patribus  de  rupe  datus,  quem  mystica  virga 
Elicuit  scissi  salientem  vertice  saxi.' 
Angelicusne  cibus  prima  in  tentoria  vestris 
Fluxit  avis,  quem  nunc  sero  felicior  ;ïvo 
Vespertinus  edit  populus  de  corpore    Christi  ? 
Psychomachia,  yj\-y](i. 

2.  S.  Jean,  vi,  59. 


142 


ïRetiuc  ne  l'art  cfj rétien. 


qu'une  rosée  et  que  les  Juifs  la  ramassaient 
par  terre  ;  mais  le  peintre  a  choisi  pour 
rendre  la  scène  claire  et  intelligible  le 
moment  où  la  manne  tombait  du  ciel  et  a 
cru  pouvoir  représenter  les  Juifs  la  recevant 
dans  leurs  pcmilœ  (').  ))  Au  sommet  de  l'arc, 
une  peinture.aujourd'hui  noircie,  représente 
une  couronne  de  palmes  qui  environnait 
peut-être,  comme  tant  d'autres  couronnes, 
dit  M.  de  Rossi,  le  monogramme  constan- 
tinien  du  Christ,  a  Le  miracle  de  la  manne, 
ajoute  l'archéologue,  n'a  jamais  été  vu  dans 
les  peintures  et  sculptures  primitives  ;  de 
sorte  que  les  monuments  ne  peuvent  nous 
aider  à  deviner  le  mystère.  Mais  le  Sauveur 
lui-même  le  révèle  au  chapitre  VI  de 
l'Évangile  de  S.  Jean  :  c'est  lui  qui  est 
la  V7'aie  viaiine,  Xapaiit  vivant  descendit  du 
ciel.  Et  l'artiste  a  peut-être  exprimé  ce 
mystère  en  inscrivant  le  monogramme  du 
Christ  dans  une  couronne,  d'oui  jaillissent 
les  rayons  qui  illuminent  le  nuage  chargé 
de  manne  (').  » 

Une  autre  figure  de  l'Eucharistie,  em- 
pruntée par  Prudence  au  Nouveau  Testa- 
ment, est  le  miracle  des  pains  et  des  pois- 
sons deux  fois  multipliés  par  Jésus  dans  le 
désert  et  mangés  par  la  foule  de  ceux  qui 
l'avaient  suivi  pour  écouter  sa  parole.  De 
l'aveu  de  tous  les  commentateurs  de  l'Evan- 
gile, ce  prodige  est  un  des  plus  beaux  et 
des  plus  clairs  symboles  de  ce  pain  eucha- 
ristique dans  lequel  Jésus  se  donne  lui- 
même  à  la  pieuse  faim  de  ses  fidèles  sans 
que  l'aliment  divin  s'épuise  jamais,  «  tant 
est  grande  l'opulence  de  la  table  éter- 
nelle (^).  »  — -  «  Des  milliers  de  personnes 
assises  ont  été,  dit  Prudence,  nourries  de 
cinq   pains   et  de   deux   poissons   et   douze 

1.  RhU.  di  archeol.  crist.,  i863,p.  76  et  78. 

2.  Ibid.,  p.  So. 

3.  yEteniio  tanta  est  opulentiamensae. 

Dittochaeon,  148. 


corbeilles  de  restes  ont  été  recueillis.  Vous 
êtes,  ô  Jésus,  notre  nourriture,  notre  pain, 
d'une  éternelle  suavité  ;  il  n'a  plus  jamais 
faim,  celui  qui  mange  le  mets  préparé  par 
vous  :  ce  n'est  pas  une  faim  vulgaire  qu'il 
satisfait,  mais  il  nourrit  en  lui-même  le  prin- 
cipe de  la  vie  (').  » 

En  un  autre  passage,  après  avoir  ra- 
conté d'une  façon  pittoresque  le  même 
miracle  et  s'en  être  servi  pour  prouver  con- 
tre les  Ebionites  la  divinité  du  Christ,  qui 
a  pu  de  rien  créer  le  monde  comme  il  a  fait 
croître  entre  ses  mains  quelques  aliments 
devenus  la  nourriture  d'une  foule  immen- 
se ('),  le  poète,  dans  un  langage  plein  de 
respect  et  de  mystère,  fait  allusion  aux  cor- 
beilles dans  lesquelles  les  apôtres  recueilli- 
rent et  mirent  en  réserve  les  fragments  des 
pains  multipliés.  «  Afin  que  ce  qui  fut  la 
«  nourriture  des  hommes  ne  périsse  pas  foulé 
«  aux  pieds,  ne  soit  pas  abandonné  sans  gar- 
«  diens  aux  loups,  aux  vautours  ou  aux  souris, 
«douze  hommes  ont  été  placés  pour  conserver 
«les  biens  du  Christ  et  les  montrer  de  loin 
«  entassés  dans  des  corbeilles  d'osier  (3).  »  Ces 
corbeilles  sont  fréquemment  représentées 
sur  les  fresques  des  catacombes  ou  les  bas- 
reliefs  des  sarcophages  soit  aux  pieds  du 
Christ  dans  la  scène  de  la  multiplication 
des  pains,  soit  devant  la  table  où  les  sept 
disciples  prennent  le  repas  mystérieux  que 
Jésus  leur  offrit  sur  les  bords  du  lac  de  Ti- 

1.  Quinque    panibiis   peresis  et  gemellis   piscibus 
Adiatim  refecta  jam  sunt  accubantium  millia, 
Fertque  quai  us  ter  quaternus  feiculoium  fragmina. 

Tu    cibus   panisque  noster,  tu  percnnis  suavitas, 
Nescit  esurirc  in  ;evum  qui  tuam  sumit  dapeni, 
Nec  lacunam  vtntiis  iuiplct,  sed  fovet  vitalia. 

Ciit/uiiwrinon,  IX,  58  63. 

2.  ApoUieosis,  706-735. 

3.  ...Nepost  hominum  pastus  calcata  périrent, 
Ncve  relicta  lupis,  aut  vulpibus  exiguisve 
Muribus  in  priudam  nullo  custode  jacercnt. 
Bis  sex  adpositi,  cumulatim  qui  bona  Christi 
Servarent  gravidis  procul  ostentata  canistris. 

Apolheosis,  736-740. 


Le  ^pmbolisme  chrétien  au  iti'  siècle.  D'après  les  poèmes  De  IpruDence.  143 


bériade  après  sa  résurrection,  soit  près  du 
trépied  sur  lequel  reposent  le   pain   et  le 
poisson  eucharistiques.   Leur  nombre  varie 
selon  le  caprice  de  l'artiste  ou  les  nécessités 
de  la  symétrie,  car  le  caractère  emblématique 
de  telles  peintures  l'emporte  sur  l'exactitude 
littérale    de  la    représentation.   On   y   voit 
tantôt  sept  corbeilles  comme  dans  l'un  des 
miracles  de  la  multiplication  des  pains  ('), 
tantôt  douze  comme  dans  l'autre  (')  ;  quel- 
quefois on  en  compte  cinq,  six  ou  huit.  Dans 
les  représentations  du  miracle  lui-même  les 
corbeilles   placées   aux   pieds   du    Sauveur 
sont  le  plus  souvent  au  nombre  de  sept  ;  il 
en  est  ainsi  sur  beaucoup  de  sarcophages  et 
dans  trois  peintures  des  catacombes  d'Her- 
mès, de  Calliste  et  de  Domitille   (').  Mais 
Martigny  se  trompe  en  disant  que  le  second 
des  miracles  de  la  multiplication  des  pains, 
à  propos  duquel  l'évangéliste  raconte  que 
sept   corbeilles  de   restes  furent  recueillis, 
est  seul  ordinairement  représenté  par  les 
artistes  anciens,  parce  que  les  pains  qui  fu- 
rent alors  multipliés  étant  des  pains  de  fro- 
ment, et  non,  comme  dans  le  second  miracle, 
des  pains  d'orge  (•"),  seul  il  offre  un  symbole 
des  espèces  eucharistiques  {^).  Les  peintres 
primitifs  représentent    tantôt    le    premier, 
tantôt  le  second   des   miracles  opérés  par 
Notre-Seigneur  en    faveur  des  foules  qui 
l'avaient  suivi    dans  le   désert,  et  prennent 
comme  symbole  de  l'Eucharistie  celui  dans 
lequel  les  pains  d'orge  multipliés  produisi- 
rent  douze  corbeilles  de  restes  aussi  bien 
que  celui  où  sept  corbeilles  seulement  furent 
remplies  après   la    multiplication  des  pains 
de  froment.    Dans  les  fresques  de  la  cata- 
combe  d'Alexandrie   où   le    miracle   de  la 

1.  s.  Matthieu,  xv,  37;  S.  Marc,  vill,  8. 

2.  S.  Matthieu,  xiv,  20;  S.  Marc,  vi,  43  ;  S.Jean,  vi,  13. 

3.  Garrucci,  Siorin  delF  arte  crist.,  pi.  xxni,  i.xxxiv; 
De  Rossi,  Roma  sol/crraiiea,  t.  1 1,  pi.  A  et  B  ;  t.  1 1 1,  pi.  IX. 

4.  "Aprous  Kpi9£vovS.  Panes  liordcaccos.  S.  Jean,  VI,  9. 

5.  Martigny,  art.  Eucliaristic,  p.  290. 


multiplication  des  pains  et  des  poissons  est 
représenté  d'une  manière  si  curieuse  et  si 
évidemment  eucharistique,  douze  corbeilles 
sont  déposées  aux  pieds  du  Sauveur  (').  Il 
semble  que  le  nombre  des  corbeilles  et 
même  la  distinction  entre  l'un  et  l'autre 
miracle,  tous  deux  symboles  du  même  sa- 
crement, soient  indifférents  aux  yeux  des 
peintres  des  premiers  siècles:  dans  une  fres- 
que du  quatrième,  de  la  catacombe  de  Cal- 
liste,  deux  corbeilles  de  pain  seulement 
sont  placées  près  du  Christ  opérant  le  mi- 
racle (''),  et  sur  la  frise  si  intéressante  du 
sarcophage  de  Junius  Bassus,  qui  remonte 
à  l'an  359,  l'agneau,  symbole  du  Christ, 
étend  la  verge  miraculeuse  au-dessus  de 
trois  corbeilles  remplies  de  pains  (^). 

Dans  les  trois  passages  (^)  où  il  raconte 
le  miracle  de  la  multiplication  des  pains. 
Prudence  prend  pour  symbole  de  l'Eucha- 
ristie celle  des  pains  d'orge,  et  parle  des 
douze  corbeilles  qui  furent  remplies  ensuite; 
puis,  comme  pour  montrer  quels  saints  et 
redoutables  mystères  avaient  été  cachés  par 
le  Christ  dans  ce  prodige,  type  et  prophétie 
d'un  prodige  plus  grand  et  plus  durable,  il 
s'écrie:  «  Mais  pourquoi  ai-j'e  l'audace  de 
«  dévoiler  ces  vérités  d'une  voix  tremblante, 
«  indigne  que  Je  suis  de  chanter  les  choses 
«  saintes  {^)  ?»  et,  se  tournant,  pour  ainsi  dire, 
vers  une  autre  image  représentée  souvent 
dans  les  catacombes  ou  sur  les  sarcophages 
à  côté  de  celle  des  corbeilles  des  pains  eu- 
charistiques: «  Sors  du  tombeau,  Lazare  (')  !  » 
dit-il,  comme  pour  cacher  son  trouble 
et   passer  brusquement  à  un    autre  sujet. 

1.  Bull,  di  ardieol.  crist.,  1865,  p.   73   et  planche.  — 
Cf.  ma  Rome  souterraine,  fig.  22,  p.  319. 

2.  De  Kossx,  Roina  sotterranea,  t.  III,  pi.  vin,  l. 

3.  Route  souterraine,  fig.  47,  p.  449. 

4.  Cathemerinon,  IX,  5S-63  ;  Apotheosis,  706-740  ;  Ditto- 
chaeon,  145-148. 

5.  Secl  quid  h;ïc  titubanti  voce  rete.\o, 
Indignus  qui  sancta  canam  .-■... 

6.  Ihid.,  742,  743- 


144 


IRcuuc  oc  ract   cfjrcticn. 


Il  semble  que  le  souvenir  de  la  disciplina 
arcani  ('),  encore  en  vigueur  au  quatrième 
siècle,  se  présente  soudain  à  sa  pensée  et 
qu'il  s'effraie  d'en  avoir  trop  dit.  «  Les  caté- 
chumènes ne  savent,  dit  saint  Augustin,  ce 
que  reçoivent  les  chrétiens  (^),  »  et  saint 
Jean  Chrysostome  ajoute:  «  Les  initiés  seuls 
connaissent  le  mystère  de  l'Eucharistie  (f).  » 
Après  s'être  exprimé  en  termes  assez  clairs 
pour  être  compris  des  initiés,  Prudence  a 
craint  que  les  catéchumènes,  et  surtout  les 
profanes,  pénétrassent  le  sens  ineffable  du 
symbole,  et  il  a  coupé  court  à  ses  révéla- 
tions (■•). 

VL 

LES  premiers  chrétiens  avaient  une 
grande  dévotion  pour  la  croix,  dont  ils 
aimaient  à  tracer  le  signe  sur  leur  front  et 
leur  poitrine.  Pendant  longtemps  ils  évitè- 
rent de  dessiner  ouvertement  la  croix  sur 
leurs  monuments,  redoutant  les  railleries  des 
païens  qui  s'étaient  traduites  un  jour  par  une 
caricature  célèbre  ('),  craignant  plus  encore 
peut-être  de  scandaliser  les  catéchumènes 
et  les  nouveaux  baptisés  par  l'image  d'un 
instrument  de  supplice  réputé  déshonorant 
et  servile  ;  mais  en  même  temps  ils  recher- 
chaient toutes  les  occasions  de  figurer  la 
croix  sous  une  forme  dissimulée  que  les 
seuls  initiés  devaient  comprendre  :  ils  cou- 
paient par  une  barre  transversale  la  hampe 
de  l'ancre,  ils  donnaient  une  apparence  de 
croix  aux   mâts  des  navires,  aux  jougs   des 

1.  Martigny,  art.  Secret,  p.  725-728  ;  Haddan,  art.  Di- 
sciplina arcani^  dans  Smith,  p.  564-566  ;  Peters,  art.  Ar- 
camiiscrplin.,  dans  Kraus,  p.  74-76  ;  Roller,  les  Catacombes 
de  Rome,  t.  I,  p.  156-160. 

2.  S.  Augustin,  Tract.  XXVI  injoatin. 

3.  S.  Jean  Chrysostome,  Homilia  I.XXII  in  Matth. 

4.  Cf.  De  Rossi,  Roma  sotterranea,  t.  II,  p.  344  ;  et 
Rome  souterraine,  p.  398. 

5.  Garrucci,  //  croce/isso  graffito  in  casa  dei  Cesan, 
Rome,  1857  ;  Kraus,  Le  crucifix  blasphématoire  du  Pala- 
tin, trad.  par  Ch.  de  Linas  ;  Rome  souterraine,  fig.  27, 
P-  334- 


voitures,  au.x  marteaux,  aux  divers  sym- 
boles ou  instruments  peints  sur  les  murail- 
les des  catacombes  ou  gravés  sur  les  pierres 
sépulcrales  ('). 

Parmi  les  images  dissimulées  de  la  croix, 
une  des  plus  anciennes  est  le  T  latin,  le 
tau  grec.  «  Le  tati  des  Grecs,  dit  Tertullien,le 
T  des  latins,  sont  une  image  de  la  croix  (').  » 
C'est  en  effet  la  forme  d'un  patibitluvi  an- 
tique, du  gibet  où  étaient  crucifiés  les  mal- 
faiteurs et  les  esclaves.  La  croix  en  forme 
de  T,  la  crux  coiniuissa  ou  patibiilata,  est 
assez  fréquemment  gravée  sur  les  marbres 
des  catacombes,  soit  seule  (f),  soit  dominant 
dans  un  mot  ou  une  combinaison  de  let- 
tres (^).  Comme  la  lettre  tau  exprimait  en 
grec  le  nombre  300,  celui-ci  fut  aussitôt 
regardé  dès  les  temps  apostoliques  comme 
symbolisant  la  croix  (^).  On  poussa  plus 
loin  encore  ce  raffinement  de  symbolisme: 
le  nombre  31S  devint  une  allégorie  de  la 
croix  et  de  Jésus-Chkist  tout  ensemble,  la 
croix  étant  représentée  par  T  ou  300  et 
Jésu.s-Christ  par  les  deux  premières  lettres 
de  'r/;îroj;,  I  signifiant  en  grec  10  et  H  cor- 
respondant à  8  ;  et  l'on  en  vint  à  citer  comme 
une  sorte  de  tessera  devant  suggérer  aux 
initiés  la  pensée  de  Jésus  sur  la  croix  le 
verset  de  la  Genèse  où  il  est  question  des 
3 1 8  vernœ  envoyés  par  Abraham  au  secours 
de  Lot  prisonnier  (°).  Après  avoir  reproduit 
le  récit  du  vieux  livre  inspiré  et  montré 
Abraham    armant   ses  serviteurs    pour    la 

1.  De  Rossi,  Roma  sotterranea,  t.  II,  pi.  xiv,  xv,  XLIX; 
Bull,  di  arch.  crist.,  p.  50-70,  et  planche  iv  ;  Martigny, 
art.  Instruments,  p.  380  ;  Rome  souterraine,  p.  332. 

2.  Tertullien,  Contra  Marcioncm,  III,  22,  citant  Ezé- 
chiel,  l.\,  4. 

3.  De  Rossi,  Roma  sotterranea,  t.  II,  pi.  XXIX,  28,  XLin, 
14  ;  Bull,  di  archeol.  crist.,  1S63,  p.  82.  —  Rome  sou- 
terraine, p.  336. 

4.  De  Rossi,  Roma  sotterranea,  t.  I,  pi.  xxni,  5  ; 
Bull,  di  archeol.  crist.,  1863,  p.  35.  —  Rome  souterraine, 

P-  337,  433,  fig-  43- 

5.  S.  Barnabe,  Ep.,  9,  dans  Dressai,  Patres  apostolici, 
p.  20  ;  Clément  d'Alexandrie,  Stromata,  VI,  11. 

6.  Genkse,  xi\",  14. 


le  ^î^mboUsmc  chrétien  au  iM'  siècle,  D'après  les  poèmes  De  PruDence.  145 


délivrance  de  son  neveu,  l'arrachant,  lui,  sa 
femme,  ses  enfants,  ses  trésors,  des  mains 
des  rois  vainqueurs,  Prudence  ajoute  :  «  Ce- 
«ci  est  une  figure  de  notre  vie.  Il  nous  faut 
«veiller  en  armes,  et,  au  moyen  de  forces 
«  réunies  dans  notre  maison,  délivrer  toute 
«portion  de  nous-mêmes  qui  serait  captive  de 
«la  volupté.  Nous  aussi,  nous  possédons  un 
«  grand  nombre  de  servheurs(verm{/^,esc\a.- 
€  ves  nés  dans  la  maison), si  nous  comprenons 
«quelle  est  la  puissance  de  300  additionné 
«de  deux  fois  9  (').»  Par  ce  langage  bizarre- 
ment énigmatique  Prudence  fait  une  incon- 
testable allusion  au  symbolisme  compliqué 
dont  on  vient  de  voir  l'origine  et  le  sens  (^): 
nous  sommes  forts,  veut-il  dire,  si  nous 
connaissons  la  puissance  de  Jésus  crucifié. 

J'ai  hâte  de  sortir  de  toute  cette  gema- 
^ria{^)et  de  demander  à  notre  poète  des  sym- 
boles plus  simples  et  plus  clairs  de  la  croix. 

L'un  nous  est  donné  dans  ces  vers  de 
Prudence  :  «  Le  peuple  hébreu  avait  soif 
«dans  le  désert,  et  un  étang  amer  au  goût 
«ne  lui  offrait  que  des  eaux  stagnantes  et 
«enfiellées.  Le  saint  Moïse  dit  :  Prenez  du 
«  bois, jetez-le  dans  le  gouffre,  ce  qui  est  amer 
«acquerra  une  douce  saveur  (■♦).  »  C'est  le 
fait  rapporté  dans  \Exode,  XV,  23-25.  Ce 
bois  qui  adoucit  toutes  les  amertumes  est 
une  image  de  la  croix.  «  L'eau  du  triste 
«lac,  dit  Prudence,  de  fiel  devient,  grâce  au 

1.  H;i;c  ad  figuram  prasnotata  est  linea, 
Quam  nostra  recto  vita  resculpat  pede  : 

Nos  esse  large  vernularum   divites 
Si,  quid  trecenti  bis  novenis  additis 
Possint,   figura  noverimus  niystica. 

Psychoinacliia,  Prœfatio,  50-5S. 

2.  Cf.  Brockhaus,  p.  229. 

3.  Sur  Xn/abbala  en  général  et  la  gematria  en  parti- 
culier, voir  les  Màlaiiges  if archéologie  des  PP.  Martin  et 
Cahier,  t.  I,  p.  igo  et  suiv. 

4.  Aspera  gustatu    populo   sitiente  lacuna 
Tristificos  latices   stagnanti     felle    tenebat. 
Moyses  sanctusait  :  Lignum  date,  gurgitcni  in  istum 
Conjicite,  in  dulcem  vertentur  amara  soporem. 

Diitochaeoii,  49-52. 


«bois,  un  doux  miel  attique  :  c'est  le  bois 
«qui  donne  une  saveur  douce  aux  choses 
«les  plus  âpres,  car  l'espérance  des  hommes 
«vit  attachée  à  la  croix  (').  » 

La  croix  est  encore  symbolisée  par  le  ser- 
pent d'airain  que  Moïse  éleva  dans  le  désert 
et  dont  la  vue  guérissait  les  Israélites  {'). 
«  Comme  Moïse  éleva  le  serpent  dans  le 
désert,  ainsi  faut-il  que  le  Fils  de  l'homme 
soit  élevé,  »  a  dit  Jésus-Christ  annonçant 
son  crucifiement  (3).  Les  premiers  chrétiens 
voyaient  dans  le  fait  biblique  ce  que  le 
Sauveur  lui-même  leur  avait  appris  à  y  voir, 
un  type  du  crucifix.  Ils  se  plaisaient  à  le 
regarder  se  dressant  ainsi  dans  le  lointain 
des  âges  :  «  La  croix,  dit  Prudence,  a  été 
«annoncée  d'avance,  la  croix  a  été  d'abord 
«ébauchée,  les  siècles  antiques  se  sont  im- 
«  prégnés  de  la  croix  (■*).  »  Aussi  saint  Am- 
broise  est-il  l'écho  de  la  tradition  quand  il 
écrit  :  «  L'image  de  la  croix,  c'est  le 
serpent  d'airain.  Il  était  le  propre  type  du 
corps  du  Christ,  de  sorte  que  quiconque  le 
regardait  ne  devait  pas  périr  (f).  »  Prudence 
a  chanté  le  serpent  d'airain  :  «  La  route 
«desséchée  du  désert  était  brûlante  de  noirs 
«  serpents,  et  des  morsures  empoisonnées 
«saisissaient  le  peuple,  couvert  de  livides 
«  blessures.  Le  prudent  chef  suspendit  à  une 
«croix  un  serpent  d'airain  qui  guérissait  le 
«venin  (*).  »  Le  livre  des  N'onibirs  n'a  pas 

1.  Instar  fellis  aqua   tristifico  in  lacu 

Fit,  ligni  venia,  mel  velut  Atticum  ; 
Lignum  est,  quo  sapiunt  aspera  dulcius  ; 
Nam  prasfixa  cruci  spes  hominum  viget. 

Callieiiierinoii,  \',93-96. 

2.  Nombres,  xxi,  S,  g. 

3.  S.  Jean,  ni,  14. 

4.  Crux  pra-notata,  crux   adumbrata. 
Crucem  vetustacombiberunt  sjecula. 

Pcri  Stcphaiion,  X,629,  630. 

5.  S.  Ambroise,  De  Spiritu  saiicto,   III,  9;   De    Salo- 
mone,  12  ;  sermo  55  De  cntcc  Christ i. 

6.  Fervebat  via  sicca   eremi  serpcntibus  atris, 
Jamque  venenati  per  vulnera  lixida  niorsus 
Carpebant  populum  ;  scd  prudcns  a;re  politum 
Dux  cruce  suspendit,  qui  virus  tempcret,  anguem. 

Dittochaeon,  45-48. 


146 


IRctiue  De    rart    chrétien. 


dit  que  le  serpent  d'airain  ait  eu  pour  sup- 
port une  croix.  L'imagination  chrétienne 
ajoute  ce  détail  afin  de  montrer  clairement 
de  qui  il  était  le  type  et  le  symbole. 

Une  autre  circonstance  de  l'e.xode  du 
peuple  juif  offre  une  image  naturelle  de  la 
croix.  Quand  les  Hébreux  combattirent  au 
sortir  du  désert  contre  les  Amalécites, 
Moïse  monta  avec  Aaron  et  Ur  au  sommet 
d'une  colline  et  jusqu'à  la  fin  de  la  bataille 
demeura  les  bras  en  l'air,  priant  (').  «  Pen- 
«  dant  que  l'armée  combattait,  dit  Prudence, 
«  le  prophète,  les  bras  levés  et  étendus,  acca- 
«  blait  d'en  haut  Amalec,  car  il  offrait  alors 
«  une  image  de  la  croix  (-).  »  Cette  attitude 
était  celle  de  la  prière  chez  les  premiers 
chrétiens,  et  quand  ils  invoquaient  Dieu  les 
mains  étendues,  pareils  à  ces  Orants  dont 
l'art  chrétien  a  multiplié  les  images  sur  les 
murailles  des  catacombes  et  sur  le  flanc 
des  sarcophages,  ils  se  plaisaient  à  se  consi- 
dérer comme  des  crucifix  vivants.  «  Quand 
un  homme,  étendant  les  mains,  vénère  Dieu 
avec  un  cœur  pur,  il  est  un  symbole  de  la 
croix,  »  écrit  Minucius  Félix  {'=).  Au  mo- 
ment de  leur  supplice  les  martyrs  priaient 
quelquefois  les  mains  étendues  en  forme  de 
croix  :  manibus  in  modum  crucis  expansis 
crantes,  disent  les  Actes  des  saints  Fruc- 
tueux, Augure  et  Euloge  ('').  Prudence  a 
chanté  le  supplice  et  le  triomphe  de  ces 
saints  :  il  les  montre  de  même,  sur  le  bûcher 
qui  les  consume,  étendant  les  mains  pour 
prier.  «  Les  nœuds  dont  on  avait  attaché 
«  leurs  mains  tombèrent  brûlés  sans  que  leur 

1.  Exode,  xvn,  9-12. 

2.  Hic,  pr;eliante  exercitu, 
Pansis  in  altum  brachiis, 
Sublimis  Amalec  premit, 
Crucis  quod  instar  tune  fuit. 

Ca/Jieinerinon,  XII,  169-172. 

3.  Minucius  Félix,  Octavius,  39. 

4.  Martyrol.  Usiiardi,  xil  Kal.  Febr.  —  Le  texte  publié 
par  Ruinart  dit  seulement  :  In  sipio  iropcei  Domini consti- 
tutif ce  qui  a  le  même  sens. 


«  peau  fût  atteinte.  Le  supplice  n'osa  pas 
«  garder  emprisonnées  des  mains  qui  de- 
«  valent  se  lever  en  forme  de  croix  vers  le 
«  Père,  et  les  bras  qui  devaient  prier  Dieu 
«  devinrent  libres  (').  »  Le  poète  compare 
les  trois  martyrs  aux  enfants  Hébreux  dans 
la  fournaise  :  «  Vous  croiriez  voir  l'image  de 
«  ces  trois  héros  qui,  à  Babylone,  chantaient 
«  dans  le  feu  à  la  grande  stupéfaction  du 
«  tyran  (').  »  Les  peintres  et  les  sculpteurs 
des  premiers  siècles  avaient  coutume  de  re- 
présenter les  trois  Hébreux  debout  au  mi- 
lieu des  flammes,  les  bras  en  croix. 

VIL 

L'ART  chrétien  présente  des  apôtres 
divers  symboles  :  les  plus  fréquents 
sont  les  brebis  et  les  colombes.  Quelques 
mosaïques  des  basiliques  romaines  montrent 
les  apôtres  en  personne  :  à  côté  de  chacun 
d'eux  est  un  palmier  {f).  Prudence  a  parlé 
symboliquement  des  douze  membres  du  col- 
lège apostolique.  Par  exception  les  symboles 
qu'il  emploie  ne  correspondent  pas  à  ceux 
dont  se  servait  habituellement  l'art  chrétien. 
Tantôt  il  les  compare  aux  douze  pierres  que 
Josué  fit  placer  dans  le  lit  du  Jourdain  en 
souvenir  du  passage  miraculeux  du  fleuve 
par  le  peuple  Israélite  (■*).  «  C'est  là,  dit  le 
poète,  un  emblème  des  apôtres  (');  »  et  ail- 

1.  Nexus  denique,  qui  manus  retrorsus 
In  tergum  revocaverant  devictas, 
Intacta  cute  decidunt  adusti. 

Non  ausa  est  cohibere  pœna  palmas 
In  niorem  crucis  ad  Patrem  levandas, 
Solvit  brachia  quie  Deum  precentur. 

Péri  Stcplianon,  vi,  103-108. 

2.  Priscorum  spécimen  trium  putares, 
Quos  olim  Babylonicum  per  ignem 
Gantantes  stupuit  tremens  tyrannus. 

Ibid.,  109-111. —  Les  Actes  font  la  même  comparaison; 
Ruinart,  Acta  martyriim  se/ecta,  p.  222. 

3.  Ciampini,  Vet.  Mon.,  t.  II,  pi.  xxill. 

4.  JObUlO,  IV,  9. 

5.  Qui  ter  quatcrnas  denique 
Refluentis  amnis  alveo 
Fundavit  et  fixit  pctras, 
Apostolorum  stemniata. 

Catlicmerinon,  XII,  177-180. 


le  ^î^mboUsme  cfjrcticn  au  it)^  siècle,  D'après  les  poèmes  oe  IpruDcnce.  147 


leurs  :  «  Ces  douze  pierres  furent  placées 
par  nos  ancêtres  dans  le  fleuve  comme  une 
figure  des  disciples  (')  :  »  disciples,  ici,  a 
évidemment  la  signification  d'apôtres.  Tan- 
tôt il  les  compare  aux  douze  fontaines  qui 
coulaient  dans  l'oasis  d'Elim  où  se  reposè- 
rent quelque  temps  les  Hébreux  en  marche 
dans  le  désert  ('),  et  il  fait  en  même  temps 
des  soixante  -  dix  palmiers  qui  ,  d'après 
XExode,  croissaient  en  ce  lieu,  l'emblème 
des  soixante-dix  disciples  que  Jésus  envoya 
prêcher  en  Galilée  (^).  «  Le  peuple,  dit-il, 
vint  sous  la  conduite  de  Moïse  là  où  six 
et  six  fontaines  arrosaient  de  leur  eau 
transparente  soixante-douze  palmiers  :  ce 
bois  mystique  d'Elim  nous  offre  dans  les 
livres  le  nombre  des  apôtres  (*).  »  Ici  au 
moins  le  symbolisme,  bien  que  fort  subtil, 
rappelle  par  certains  traits  ceUii  qui  était 
en  usaee  dans  l'art  du  IV^  siècle.  Pru- 
dence  compare  les  apôtres  aux  douze 
fontaines  comme  les  peintres  et  les  mosaïstes 
symbolisaient  les  évangélistes  par  l'image 
des  quatre  fleuves  du  paradis  terrestre,  et 
il  prend  pour  emblème  des  disciples  les 
palmiers  dont  les  mosaïstes  firent  quelque- 
fois un  symbole  des  apôtres. 

Les  branches  détachées  de  cet  arbre,  les 
palmes,  avaient  également  dans  l'antiquité 
chrétienne  une  valeur  symbolique.  Elles 
étaient,  ainsi  que  les  couronnes,  considérées 
comme  des  emblèmes  de  victoire.  On  les 
gravait  sur  les  tombeaux  de  simples  chré- 

1.  Testes  bis  senes  lapides,  quos  flumine  in  ipso 
Constituere  patres  in  forniam  discipulnriim. 

J'>i//oi/iaeo}i,  57-60. 

2.  Exode,  xv,  25. 

3.  S.  Luc,  x,  I.  'Ep8o(i.T|KovTa,  dit  le  texte  grec  ;  scplua- 
ginta  duos,  selon  la  Vulgate.  Prudence  adopte  tantôt  l'une, 
tantôt  l'autre  leçon  :  dans  \' Apotheosis,  1005,  1006,  il  parle 
comme  la  Vulgate. 

4.  Devenere  viri  Moyse  duce,  sex  ubi  fontes 
Et  sex  forte  alii  vitreo  de  rore  rigabant 
Septenas  decies  palmas,  qui  mysticus  Elim 
Lucus  apostolicum  nunierum  libris  quoque  pinxit. 

Dittochaeon,  53-56. 


tiens  qui  avaient  pieusement  «  achevé  leur 
course,  »  selon  le  mot  de  saint  Paul  ('),  et 
paraissaient  aux  survivants  mériter  la  ré- 
compense céleste.  Mais  on  les  considérait 
surtout  comme  le  symbole  de  la  victoire 
par  excellence,  celle  que  remportaient  les 
martyrs.  Prudence  intitule  :  Sur  les  cotiron- 
nes,  Tzioi  l-i'Tjiy.vilyj,  le  poème  composé  en  leur 
honneur.  «  La  palme  du  martyre  »  était 
devenue  dès  les  premiers  temps  chrétiens 
une  expression  classique  :  elle  se  lit  dans 
toute  espèce  de  documents  et  est  représen- 
tée, ainsi  que  la  couronne,  sur  une  multitude 
de  monuments.  Prudence  a  souvent  rappelé 
ces  beaux  symboles.  «  Les  fleurs  des  mar- 
«  tyrs,  »  les  Innocents  massacrés  à  Bethléem 
par  l'ordre  d'Hérode,  «  se  jouent,  dit-il,  au 
«  pied  de  l'autel  avec  les  palmes  et  les  cou- 
«  ronnes  (')  ».  11  parle  des  dix-huit  palmes 
remportées  par  les  dix-huit  martyrs  de 
Saragosse(3).  Il  montre  le  martyr  de  Siscia, 
saint  Ouirinus, aspirant  après  «la  palme  de  la 
«  mort  ('')  ».  «  L'Esprit-Saint,  dit-il,  a  donné 
une  palme  aux  martyrs  de  Calahorra  (^).  »  11 
célèbre  en  termes  remarquables  la  victoire 
de  sainte  Agnès,  «  à  qui  est  offerte  une 
«  double  couronne  :  la  virginité,  préservée  de 
«  toute  souillure,  et  la  gloire  d'une  libre 
«  mort  (*).  »  On  croirait  voir  une  traduction 
de  ces  beaux  vers  sur  un  fond  de  coupe  où 
est  représentée  sainte  Agnès  debout  entre 
deux  colombes  dont  chacune  lui  offre  une 
couronne,    sans   doute  les   deux  couronnes 

1.  S.  Paul,  II  TiM.,  IV,  7. 

2.  Aram  ante  ipsam  simplices 
Palmis  et  coronis  luditis. 

Catheinerinon,  XII,  131,  132. 

3.  Octies  parlas  deciesque  palmeas. 

Péri  Siephanân,  IV,  106. 

4.  Palmam  mortis. 

Ibid.,  VII,  53. 

5.  Ibid.,  VIII,  12. 

6.  Duplex  corona  est  prœstita  martyri, 
Intactum  ab  omni  crimine  virginal, 
Mortis  deinde  gloria  libene. 

Ibid.,  XIV,  7-9. 


REVUE   DE  l'art   CHRÉTIEN. 
1885.    —  2"*'^   LIVRAISON. 


148 


lacijuc   De   rsrt   cijrétien. 


dont  parle  le   poète,  celle  de  la  virginité  et 
celle  du  martyre  ('). 

VIII. 

LES  chrétiens  ont  exprimé  avec  une 
force  inconnue  de  la  plupart  des 
païens  la  distinction  essentielle  de  l'âme  et 
du  corps.  «  lia  rendu  à  la  nature  son  esprit 
qui  en  faisait  partie  et  restitué  son  corps  à 
son  origine  (^),  »  tel  est  le  langage  vague 
d'une  épitaphe  païenne,  indice  d'idées  plus 
vagues  encore.  «  Il  a  rendu  à  Dieu  son  âme, 
à  la  terre  son  corps  {'),  »  tel  est  le  langage 
ferme  et  précis  des  épitaphes  chrétiennes. 
Le  symbolisme  artistique  et  littéraire  en 
usage  chez  les  premiers  fidèles  exprime  avec 
une  force  singulière  cette  distinction  des 
deux  éléments  qui  composent  la  personne 
humaine. 

L'âme,  chose  ailée,  pure,  immatérielle, 
s'élevant  d'un  vol  naturel  vers  les  hauteurs, 
et  qui  planerait  toujours  si  elle  n'était  em- 
prisonnée dans  le  corps,  c'est  la  douce  et 
chaste  colombe.  Elle  est  peinte,  dans  les 
catacombes,  au-dessus  des  tombeaux,  se 
jouant  dans  les  bocages  et  parmi  les  fleurs 
du  paradis,  becquetant  les  grappes  de  la 
vigne  mystique,  buvant  dans  des  vases 
pleins  d'une  eau  qui  ne  tarira  plus  ;  on  la 
voit  gravée  sur  les  pierres  sépulcrales,  avec 
un  rameau  d'olivier  dans  le  bec,  et  auprès 
d'elle  se  lit  une  de  ces  légendes  qui  tradui- 
sent l'image  symbolique  :  spiritvs  sanctvs 

ANIMA    INNOCENS  ANIMA    INNOCENTIS- 

SIMA   PALVMBA    SINE    FELLE   SPIRITVS 

Tvvs     IN     FACE    ('').     Le    symbole    de    la 
colombe  était  surtout  appliqué  à  l'âme  des 

1.  Ce  verre   est    reproduit    en    couleurs    dans    J?ome 
souterraine^  pi.  IX,  n"  2. 

2.  NATVRAE   SOCIALEM  SPIRITUM  CORPVSQVE    ORIGINI 

REDDIDIT.  V>Q>\%h\&VL,  Inscriptions  antiques  de  Lyon,  p.  477. 

3.  DEO    ANIMAM  REDDIDIT,  TERR/E   CORPVS.    Bjlll.     di 

archeol.  crist.,  1873,  p.  148. 

4.  Rome  souterraine,  p.  298  ;  Northcote,  Epitaphs  oftiic 
cataconibs,  p.  160-162. 


martyrs.  Les  Actes  de  saint  Polycarpe 
racontent  qu'au  moment  où  le  sang  coulait 
sous  le  glaive  une  colombe  s'élança  de  son 
corps  (').  Après  le  supplice  de  saint  Bénigne, 
disent  ses  Actes,  «  les  chrétiens  virent 
s'envoler  de  la  prison  à  travers  les  airs 
une  colombe  plus  blanche  que  la  neige, 
qui  indiquait  par  son  vol  que  la  sainte 
âme  du  martyr  montait  au  ciel.  Cette 
colombe  laissa  une  odeur  si  suave,  que 
tous  se  figuraient  jouir  des  délices  du 
paradis  (^)  ».  On  multiplierait  aisément  les 
exemples  semblables.  Je  me  bornerai  à  un 
seul,  emprunté  à  Prudence.  Le  poète  chante 
le  martyre  de  sainte  Eulalie  :  il  la  montre 
buvant  avidement  la  flamme  du  bûcher. 
«  Aussitôt  resplendit  une  colombe,  qui  sem- 
«  ble,  plus  blanche  que  la  neige,  s'échapper 
«  de  la  bouche  de  la  martyre  et  monter 
«  jusqu'aux  astres  :  c'était  l'esprit  d'Eulalie, 
«  pur  comme  le  lait,  rapide,  innocent  (3).  » 
Une  lampe  de  terre  cuite  ayant  fait  par- 
tie de  la  collection  Martigny  porte  moulée 
sur  son  disque  l'image  d'une  colombe  sor- 
tant d'un  vase.  C'est  l'âme  qui  se  dégage 
du  corps  (+).  Un  vase  de  terre,  fragile  et 
grossier,  est  un  symbole  adopté  à  la  fois  par 
l'antiquité  profane  et  l'antiquité  chrétienne 
pour  signifier  la  partie  matérielle  de  notre 
être.  «  Le  corps  est,  pour  ainsi  dire,  le  vase 
de  l'âme,  —  le  corps  n'est  qu'un  vase,  un 
réceptacle  de  l'âme,  —  Dieu  voit  les  âmes 

1 .  Epistola  Ecdesiœ  Smyrnensis  de  mariyrio  S.  Poly 
carpi,  dans  Ruinart,  p.  33.  Cependant  le  texte  relatif  à  la 
colombe  n'est  pas  sûrement  établi  ;  voir  la  correction  de 
Funk.  Cf.  mon  Histoire  des  persécutions  pendant  tes  deux 
premiers  sihles  d'après  les  documents  arc/u'oiogigues,. 
Paris,  1885,  p.  321,  note  i. 

2.  Acta  S.  Benigni,  dans  Surius,  t.  XI,  p.  i. 

3.  Emicat  inde  columlja  repens, 
Martyris  os  nive  candidior 
Visa  relinquere  et  astra  sequi  ; 
Spiritus  hic  erat  Eulalia; 
Lacteolus,  celer,  innocens. 

Péri  Stephanôn,  m,  161- 165. 

4.  Martigny,  art.  Vase,  p.  771. 


te  %^mboli5nu  chrétien  au  iM'  siècle,  D'après  tes  poèmes  De  IpcuDence.  149 


nues,  sans  s'arrêter  aux  vases  matériels,  — 
si  tu   es   privé   de  sentiment,    tu  cesseras 
d'être  sous  le  joug  des  douleurs  et  des  vo- 
luptés et  de  servir  à  un  vase  si  fort  au-des- 
sous de   toi,    »   —  ainsi   parlent   Lucrèce, 
Cicéron    et   Marc-Aurèle   {').    «  Quand   tu 
meurs  tu  n'es  pas  mort,   ton  âme  a  aban- 
donné un  vase  fétide,  >>  dit  une  inscription 
grecque  de  la  fin  du  deuxième  siècle  restituée 
et  commentée  par  M.  Miller  et  dans  laquelle 
est  sensible  l'influence  du  néo-platonisme  (''). 
Tel  est  le  langage  des  penseurs  appartenant 
à  l'élite  intellectuelle  du  monde  païen.  Les 
chrétiens  ne  pouvaient  manquer  de  s'appro- 
prier une  comparaison  si  noble  et  si  vraie. 
Saint  Paul  avait  dit  dans  le  même  sens  et 
avec   un  accent  plus   haut  encore  :  «  Que 
chacun  de  vous  sache   posséder  son   vase 
honorablement  et   saintement  {').  »   Après 
lui  Tertullien  répète  :  «  Nous  sommes  des 
outres,  des  vases  de  terre  (^),  :>>  et  Lactance 
s'écrie  :  «  Le  corps  est  comme  le  vase  qui 
sert  de  domicile  à  l'esprit  céleste  (=).  »  Le 
symbole  du  vase,  fréquemment  gravé   sur 
les  marbres  des    catacombes  (^),  a  le  plus 
ordinairement    cette    signification.     Il    est 
l'emblème  du  corps  gisant  dans  le  tombeau. 
Quelquefois  une  colombe  est  dessinée  près 
du  vase  pour  compléter  l'idée  par  une  anti- 
thèse éloquente,  et  montrer  d'un  côté  l'en- 
veloppe d'argile,  de  l'autre   l'âme  qui  vient 
de  s'en  dégager,  ce  qui  est  mort   et  ce  qui 
ne  peut  mourir.  C'est  l'idée  même  exprimée 
par  la    lampe  de  la  collection   Martigny  : 
seulement  cette  dernière  ne  représente  pas 
le    corps  et  l'âme  séparés   après  la   mort, 
mais  fait  plutôt  allusion  au  moment  où  l'âme 

1.  Lucrèce,  De  natiira  reruiii,  III,  441;  Cicéron,  7//jt«/. 
qitœst.,  I,  22  ;  Marc-Aurèle,  Penst'es. 

2.  Revue  archéologique^  t.  X.W'I  (1S73),  P-  S4-94. 

3.  I  Thess.,  IV,  4. 

4.  Tertullien,  De patientia^  10. 

5.  Lactance,  Div.  Iitsf.,  u,  12. 

6.  Voir  Rotne  souterraine,  p.  329-331. 


se  détache  du  corps,  où  elle  tremble,  pour 
ainsi  dire,  sur  les  lèvres  des  mourants  com- 
me un  oiseau  dont  les  ailes  palpitent,  s'en- 
tr'ouvrent  et  qui  va  prendre  son  essor. 

Prudence  emploie  éloquemment  dans  ses 
vers  le  symbole  du  vase,  avec  le  sens  qui 
vient  d'être  expliqué.  «  Ce  que  tu  t'efforces 
«  de  détruire, — fait-ildire  au  persécuteur  par 
«  saint  Vincent,  —  c'est  un  vase  fragile,  un 
«  vase  de  terre,  qui  de  toute  manière  doit  un 
«  jour  se  briser  ("),  »  et  un  ange  exhortant  le 
martyr,  quand  le  dernier  soupir  est  près  de 
s'exhaler  de  ses  lèvres,  lui  adresse  ces  pa- 
roles :  «  Dépose  maintenant  ce  pauvre  vase 
«  caduc  fait  de  terre,  qui  va  se  briser  et  se 
«  dissoudre,  et  vole  libre  vers  le  ciel  {^).  »  Ce 
symbole  put  être  d'autant  plus  fam.ilier  à 
Prudence  que  l'Espagne,  sa  patrie,  est,  de 
toutes  les  parties  du  monde  romain,  celle 
qui  a  produit  le  plus  de  potiers  chrétiens  et 
d'où  proviennent  le  plus  d'amphores  mar- 
quées du  monogramme  constantinien,  de 
croix,  de  pieuses  acclamations  (^j. 

Pour  représenter  la  distinction  ou  plutôt 
la  trop  fréquente  opposition  de  l'âme  et  du 
corps,  Prudence  se  sert  d'un  autre  symbole, 
dont  je  ne  retrouve  pas  l'équivalent  dans 
l'ancien  art  chrétien.  <i  Dieu  reçut  avec  un 
«  geste  différent  les  offrandes  des  deux  frères, 
<i  acceptant  celles  qui  étaient  offertes  avec 
«  un  cœur  vivant,  rejetant  celles  qui  procé- 
«  daient  d'un  sentiment  terrestre.  Le  labou- 
«  reur  jaloux  tua  le  pasteur.  Abel  est  le  type 
«  de  l'âme,  notre  chair  est  représentée  par 

1.  Hoc  quod  laboras  perdere 
Tantis  furoris  viribus. 
Vas  est  solutum  ac  fictile, 
Quocumque  frangendum  modo. 

Péri  Step/tanôn,  v,  160-164. 

2.  Pone  hoc  caducum  vasculuin, 
Compage  textum  terrea, 
Quod  dissipatiun  solvitur. 

Et  liber  ad  cctluni  veni. 

Ibid.,  301-304. 

3.  Hull.  di  archeol.  cris/.,  1880,  p.  92. 


I50 


Ecuuc   De   rart    cbcétien. 


Caïn(').»  Abelet  Caïn  sont  sculptés  sur  quel- 
ques bas-reliefs  de  sarcophages,  dans  l'acte 
d'apporter  chacun  leur  offrande  à  Dieu  :  l'un 
tient  en  main  des  épis,  l'autre  un  agneau  ('). 
Mais  aucun  écrivain  des  premiers  siècles,  à 
l'exception  de  Prudence,  n'a  songé  à  voir 
soit  dans  les  sentiments  différents  des  deux 
frères,  soit  dans  la  violence  exercée  par  l'un 
contre  l'autre,  l'image  de  l'opposition  exis- 
tant depuis  le  péché  originel  entre  les  ten- 
dances de  l'âme  et  du  corps  et  le  symbole 
de  l'oppression  que  celui-ci  fait  trop  souvent 
peser  sur  celle-là.  Pour  eux  Cam  et  Abel 
sont  une  figure  de  la  Synagogue  et  de 
l'Église,  ou  plus  souvent  du  Christ  immolé 
et  des  Juifs  déicides.  Abel,  dont  l'offrande 
est  acceptée  de  Dieu  et  dont  la  mort  suit 
cette  offrande,  est  particulièrement  le  type 
du  Sauveur,  à  la  fois  prêtre  et  victime  {=). 
Prudence  lui-même  a  dans  un  autre  poème 
rapproché  la  mort  d'Abel  de  celle  du 
Christ  (■•). 

IX. 

ON  retrouve  dans  les  poésies  de  Pru- 
dence un  certain  nombre  d'autres 
symboles  dont  la  représentation  nous  est 
offerte  par  les  monuments  de  l'art  religieux. 
Ainsi  Daniel  exposé  dans  la  fosse  aux  lions 
et  miraculeusement  nourri  par  Habacuc,  — 
Jonas  précipité  du  vaisseau,  recueilli  et 
rejeté  par  le  poisson  monstrueux,  —  Élie 
enlevé  au  ciel  dans  un  char  de  feu,  —  font 
partie  du  cycle  artistique  des  premiers  siè- 
cles chrétiens  et  n'ont  pas  été  oubliés  par 
le  poète. 

Daniel  entre  les  lions  est  un  des  sujets 

1.  Fratrum  sacra  Deus  nutu  distante  duorum 
Aestimat  accipiens  viva  et  terrena  refutans. 
Rusticus  invidia  pastorem  sternit  :  in  Abel 
Forma  anim;e  exprimitur,caro  nostra  in  munereCaïn. 

Dittochacon,  5-8. 

2.  Martigny,  art.   Abel  et  Cciï/i,  p.  2,  3  ;  Heuser,  ^lùel 
tind  Kiiiit,  dans  Kraus,  p.  2,  3. 

3.  Voir  les  textes  dans  Kraus,  1.  c. 

4.  Haiiuirtigenùi,  l'riLfatio,  20-26. 


les  plus  fréquemment  représentés  dans  les 
œuvres  de  l'art  chrétien,  depuis  les  peintu- 
res tout  à  fait  primitives  des  catacombes  (') 
jusqu'aux  boucles  de  ceinturon  de  l'époque 
mérovingienne  (').  Sur  les  sarcophages 
Habacuc  est  souvent  représenté  apportant 
à  Daniel  la  nourriture  que  Dieu  lui  envoie. 
Les  Pères  de  l'Église  voient  dans  cette 
représentation  soit  un  symbole  de  la  résur- 
rection des  corps,  soit  une  image  des  mar- 
tyrs chrétiens,  soit  l'emblème  de  l'eucharis- 
tie que  les  prêtres  et  les  diacres  distribuaient 
aux  confesseurs  de  la  foi  renfermés  dans  les 
prisons  [').  Sur  un  sarcophage  de  Brescia, 
le  poisson,  symbole  ordinairement  eucharis- 
tique, est  présenté  à  Daniel  par  Habacuc 
en  même  temps  que  le  pain  (^).  Prudence 
raconte  l'histoire  de  Daniel  miraculeuse- 
ment nourri  dans  la  fosse  aux  lions  comme 
un  exemple  du  soin  avec  lequel  la  Provi- 
dence veille  aux  besoins  de  ses  serviteurs 
et  les  défend  contre  les  supplices,  les  juges 
injustes,  la  rage  des  tyrans.  «  O  sécurité 
«  toujours  accordée  à  la  piété  et  à  la  foi!  les 
«  lions  indomptés  lèchent  le  prophète  et 
«  tremblent  devant  l'enfant  de  Dieu.  Ils  se 
«  tiennent  près  de  lui  et  ferment  leurs  mâ- 
«  choires  :  leur  rage  s'adoucit,  leur  faim  de- 
«  vient  miséricordieuse,  leur  gueule  tourne 
«  autour  de  leur  proie  et  ne  s'abreuve  pas 
«  de  son  sang.  Mais  alors  qu'il  étendait  ses 
«  mains  vers  le  ciel  et,  captif,  privé  d'ali- 


1.  llull.  di  archeol.  crist.  1865,  p.  42  ;  Rome  souterraine, 
lig.  10,  p.  109. 

2.  Edmond  Le  V<\ax\\., Inscriptions  c/irc'tiennesdeiu Gante, 
planches  XLU  et  LXXXVII. 

3.  Voir  les  textes  dans  Kraus,  art.  Daniel,  p.  344,  345. 
—  Aringhi,  Roina  stibterranea,  t.  Il,  p.  504,  et  Martigny, 
art.  Daniel,  p.  238,  ajoutent  qu'Habacuc  apportant  des  ali- 
ments à  Daniel  enfermé  dans  la  fosse  aux  lions  est  aussi 
une  figure  du  soulagement  que  les  prières  des  vivants 
apportent  aux  âmes  du  purgatoire;  c'est,  disent-ils,  l'opi- 
nion d'un  grand  nombre  de  Pères.  Kraus  fait  observer  que 
les  deux  écrivains  ne  citent  aucun  texte  à  l'appui  de  cette 
assertion. 

4.  Oderici,  Moniinienti  eristiani  di  Jirescia,  pi.  XII,  3. 


le  ^gmfaoUsme  cfjréticn  au  iu^  siècle,  D'après  les  poèmes  oe  Ipriioencc.  151 


«  ments,  invoquait  Dieu  dont  il  avait  déjà 
«  éprouvé  le  secours,  un  ange  reçut  l'ordre 
«  de  voler  vers  la  terre  pour  donner  au  ser- 
«  viteur  de  Dieu  sa  nourriture  :  le  messager 
«  franchit  l'air  docile,  aperçoit  de  loin  les 
«  mets  rustiques  que  le  prophète  Habacuc 
«  distribuait  à  ses  moissonneurs,  saisit  par 
«  les  cheveux  celui-ci  chargé  de  paniers  et 
«  le  porte  suspendu  à  travers  les  airs.  Bientôt 
«  Habacuc  et  la  nourriture  sont  déposés  dans 
«  la  fosse  aux  lions;  il  offre  les  aliments  qu'il 
«  portait  :  «  Prends  joyeux,  dit-il,  et  mange 
«  avec  plaisir  le  repas  que  t'envoient  dans  ce 
«  péril  le  Père  céleste  et  l'ange  du  Christ.  » 
«  Daniel  les  prend,  lève  les  yeux  au  ciel,  et, 
«  fortifié  par  la  nourriture,  répond  :  Amen, 
«  —  s'écrie:  Allehiia  (')  !  » 

Il  est  intéressant  de  rapprocher  ce  récit 
des  œuvres  de  l'art  chrétien  représentant  le 
même  sujet.  Prudence  ne  dit  pas  combien 
d'animau.x  étaient  renfermés  avec  Daniel 
in  lacu  leoniun:  le  texte  biblique  nous 
apprend  que  la  fosse  renfermait  sept  lions  (-). 
Les  artistes  chrétiens  n'en  représentent 
jamais  que  deux,  un  de  chaque  côté  du  pro- 
phète, traitant  la  lettre  de  la  Bible  avec  une 
liberté  dont  les  monuments  nous  donnent 
de  nombreux  exemples,  et  faisant  passer  la 
symétrie  avant  l'exactitude  littérale.  C'est 
ainsi  qu'ils  représentent  les  mages  tantôt  au 
nombre  de  deux,  tantôt  au  nombre  de 
douze,  et  qu'ils  augmentent  ou  diminuent 
arbitrairement  le  nombre  des  corbeilles  dans 
les  peintures  faisant  allusion  au  miracle  de 
la  multiplication  des  pains  :  la  pondération 
du  tableau,  le  groupement  harmonieux  des 
personnages  ou  des  accessoires,  l'emportent 
à  leurs  yeux  sur  toute  autre  considération. 
La  tradition  artistique  était  si  bien  établie 
en  ce  qui  concerne  le  nombre  des  lions 
qu'elle  finit  par  être  acceptée  non  seulement 

1.  Cathemerinon,  iv,  46-72. 

2.  Daniel,  xiv,  31. 


des  peintres  ou  des  sculpteurs,  mais  même 
des  poètes;  un  écrivain  espagnol  du  cin- 
quième siècle,  Dracontius,  s'exprime  ainsi: 
ii  La  fureur  des  lions  n'atteignit  pas  le  pieux 
Daniel,  à  qui  la  grande  bonté  de  Dieu  des- 
tine un  aliment,  laissant  à  jeun  l'un  et  l'autre 
lion  (').  »  Dracontius  avait  probablement 
sous  les  yeux  en  écrivant  ces  vers  une  pein- 
ture, un  bas-relief  ou  même  quelqu'un  des 
nombreux  ustensiles,  coupes,  lampes,  fibu- 
les sur  lesquelsce  sujetétait  ainsi  représenté. 
Par  d'autres  détails.  Prudence  sembleencore 
s'inspirer  des  monuments  artistiques.  Ainsi, 
il  montre  l'ange  saisissant  Habacuc  parles 
cheveux  pour  le  transporter  à  Babylone  :  le 
texte  sacré  le  raconte,  et  les  sculpteurs  chré- 
tiens ont  osé  représenter  sur  quelques  sar- 
cophages ce  sujet  difficile:  sur  un  sarcophage 
de  Brescia  la  main  de  l'ange  ou  peut-être 
la  main  divine,  sortant  du  ciel  figuré  par 
sept  étoiles,  tient  le  prophète  par  les  che- 
veux et  le  transporte  dans  les  airs  (")  ;  sur 
un  sarcophage  du  musée  de  Latran,  Daniel 
reçoit  une  corbeille  de  pains  des  mains 
d'Habacuc  qu'un  homme  barbu  tient  par  les 
cheveu.x  (').  Ce  personnage,  dit  M.  de  Rossi, 
ne  peut  être  un  ange,  car  jamais  l'art  chré- 
tien n'a  représenté  les  anges  avec  de  la 
barbe  ;  la  comparaison  avec  d'autres  figures 
du  même   bas-relief  permet  à  l'archéologue 

1.  Sceva  Danielem  rabies  atque  ira  leonum 
Non  tetigisse  pium,  cui  destinât  insuper  escam 
Magna  Uei  pietas,  jejuno  iitroque  teone. 

Dracontius,  De  Dco,  111,  123.  —  De  même,  dans  la  Vie 
de  saint  Simcon  Stylite,  9;  Domine,  (\\x\duos  leones\\\xm\- 
liasti,  suscipe  aniniam  ejus  in  pace.  (Rosweide,  Vitcc 
Patruin,  p.  172.)  —  Un  autre  exemple  de  la  liberté  avec 
laquelle  les  artistes  primitifs  traitaient  ce  sujet, est  la  pein- 
ture du  1"  siècle,  dans  la  catacombe  de  Domitille,  où 
Daniel  est  représenté,  non  dans  la  fosse,  mais  au  contraire 
sur  une  sorte  de  tertre  ou  d'estrade  qu'escaladent  les  lions, 
selon  l'usage  romain  pour  les  condamnés  a</ &\r//rtjy  voir 
Rome  souterraine,  fig.  10,  p.  109,  et  Hisl.  des  persécutions 
peiuiant  les  Jeux  premiers  siècles  d'après  les  documents 
archéologiques,  p.  403,  note  2. 

2.  Oderici,  /.  c. 

3.  Bull,  di  archeol.  crist.  1S65,  p.  69. 


152 


lacuuc   Dc   l'art   cbcctien. 


romain  d'y  reconnaître  la  seconde  personne 
de  la  sainte  Trinité,  le  Verbe  (").  Nous 
avons  déjà  vu  que  pour  Prudence  les  anges 
qui  apparurent  à  Abraham,  luttèrent  avec 
Jacob,  descendirent  dans  la  fournaise  de 
Babylone,  n'étaient  autres  que  le  Verbe 
divin  caché  sous  une  apparence  angélique. 
Le  poète  a  peut-être  une  pensée  semblable 
quand  il  met  dans  la  bouche  d'Habacuc 
ces  mots  adressés  à  Daniel:  «  Prends  ce 
«  que  t'envoient  le  Père  souverain  et  l'ange 
«  du  Christ  {-),  »  ajigelus  CJwisti.  Par  cette 
expression,  assez  étrange  à  propos  d'un  fait 
de  l'Ancien  Testament,  et  qui  semble  met- 
tre sur  la  même  ligne  l'Ange  et  Dieu  le 
Père,  Prudence  paraît  vouloir  désigner  le 
Christ  lui-même:  il  interpréterait  dans  ce 
cas  le  récit  biblique  comme  le  sculpteur  du 
sarcophage  de  Latran.  Ajoutons  que  les  bas- 
reliefs  représentent  souvent  Habacuc  offrant 
à  Daniel  la  nourriture  dans  une  corbeille  ;  une 
fibule  mérovingienne  le  montre  même  por- 
tant un  panier  attaché  sous  chaque  bras  (3). 
Prudence  est  tout  à  fait  d'accord  avec  la 
tradition  artistique  quand  il  peint  Habacuc 
«pliant  sous  le  poids  des  paniers  », //(?;^z> 
graveiu  canistris  (+).  Enfin  les  peintures  et 
les  bas-reliefs  montrent  toujours  Daniel 
priant  les  bras  étendus,  dans  l'attitude  dont 
nous  avons  déjà  parlé,  et  qui  aux  yeux  des 
premiers  chrétiens  était  un  symbole  de  la 
croix:  Prudence  le  représente  de  même 
«  étendant  vers  le  ciel  ses  deux  mains  », 
cum  tendcret  ad  siiperna  palmas  (').  Ses  vers 
sont  le  commentaire  le  plus  exact  et  le  plus 
circonstancié  des  innombrables  monuments 
de  l'art  chrétien  consacrés  à  la  représenta- 


1.  Ibid.,  p.  71. 

2.  Cathcinerinon,  IV,  68. 

3.  Edmond   Le    Blant,   Inscriptions  chrt'ticnnes  de  lu 
Gaule,  pi.  Lxxxvn. 

4.  Cathcinerinon,  iv,  62. 

5.  Ibid.,  52. 


tion   du  martyre   de  Daniel  et  de  ses  mer- 
veilleux épisodes. 

Les  peintures  des  catacombes,  et  surtout 
les  bas-reliefs  des  sarcophages,  reproduisent 
l'enlèvement  d'Élie  au  ciel  sur  un  char  de 
feu  (').  Le  prophète  est  quelquefois  repré- 
senté seul,  quelquefois  donnant  son  manteau 
à  Elisée  {^).  Les  artistes  n'ont  pas  cherché  à 
exprimer  la  nature  miraculeuse  du  véhicule 
qui  l'emporte  à  travers  les  airs  :  ils  se  sont 
toujours  bornés  à  copier  un  quadrige  an- 
tique (^)  :  sur  un  sarcophage  d'Arles  le  Jour- 
dain, couché  à  la  manière  des  fleuves  que 
personnifie  l'art  classique,  assiste,  presque 
sous  les  pieds  des  chevaux,  à  l'enlèvement 
du  prophète  (•').  Les  premiers  chrétiens  ont 
vu  dans  cette  histoire  biblique  une  figure 
soit  de  la  Résurrection,  soit  de  l'Ascension 
du  Sauveur  {•');  ils  l'ont  prise  aussi  comme 
un  symbole  de  la  délivrance  de  l'âme  fidèle, 
symbole  répété  dans  les  touchantes  invoca- 
tions des  liturgies  funéraires  (").  Prudence 
se  borne  à  raconter  l'histoire  d'Élie  comme 
un  exemple  et  une  figure  des  récompenses 
promises  au  chrétien  purifié  par  le  jeûne. 
«  Cette  observance  a  fait  la  grandeur  d'Elie, 
«  le  vieux  prêtre,  l'hôte  de  la  campagne 
«  aride.  On  raconte  qu'il  s'était  séparé  du 
«  tumulte  des  hommes  et  avait  méprisé  la 
«  société  de  leurs  crimes  pour  jouir  du  chaste 
«  silence  des  déserts.  Mais  bientôt  sur  un 
«  char  ailé  que  traînaient  des  coursiers  de 
«  feu,  il  fut  enlevé  dans  les  airs,  afin  que  la 
«  contagion  des  souillures  d'un  monde  cruel 

1.  Rois,  ii,  11-13. 

2.  \'oir  Rome  souterraine,  fig.  46,  p.  446. 

3.  Peut-être  le  quadrige  qui  emporte  dans  les  airs  le 
char  du  soleil;  cf.  Sedulius,  Carmen  Paschate,  I,  1S4,  et 
Piper,  Mvtkoloi^^ie  itnd  Symbolik  des  Christenthums,  t.  I, 

P-  75- 

4.  JCdmond  Le  Blant,  Etudes  sur  les  sarcophat^es  clin'- 
tiens  antiques  de  la  ville  d Arles,  pi.  xviii. 

5.  Martigny,  art.  Élic,  p.  273. 

6.  Edmond  Le  Blant,  Les  bas-reliefs  des  sarcophages 
chrétiens  et  les  liturgies  funéraires,  dans  la  Revue  archéo- 
logique, t.  XXXVI II,  (1S79),  p.  237. 


iLe  ^gmboligmc  chrétien  au  itie  siècle,  D'après  les  poèmes  De  IpruDcnce.  153 


«  n'atteignît  pas  l'homme  qu'avaient  illustré 
«  de  longs  jeûnes  (').  » 

«  Il  n'est  pas,  dit  avec  raison  Martigny, 
une  classe  de  monuments  dans  l'antiquité 
chrétienne  où  Jonas  ne  soit  reproduit  (').  » 
On  le  retrouve  sur  les  fresques  des  cata- 
combes, les  bas-reliefs  des  sarcophages,  les 
pierres  sépulcrales,  les  lampes,  les  médailles, 
les  pierres  gravées.  Trois  épisodes  de  l'his- 
toire du  prophète  sont  ordinairement  repré- 
sentés :  Jonas  jeté  à  la  mer  par  ses  compa- 
gnons de  navigation  et  recueilli  par  un  im- 
mense poisson,  —  Jonas  rejeté  sur  le 
rivage,  — ■  Jonas  assis  près  de  Ninive  sous 
l'arbrisseau  miraculeux  qui  protège  sa  tête 
contre  les  rayons  du  soleil.  Ces  trois  épi- 
sodes ont  été  racontés  par  Prudence. 

Jonas,  envoyé  de  Dieu  pour  aller  prêcher 
la  pénitence  aux  Ninivites,  veut  se  sous- 
traire à  sa  mission  et  s'embarque  sur  un 
vaisseau  qui  faisait  voile  vers  Tharse.  «  Il 
«  escalade  le  haut  navire,  on  détache  le 
«  câble  humide  qui  retenait  la  proue,  on 
«  prend  le  large,  la  mer  devient  orageuse. 
«  Alors  on  recherche  qui  est  cause  du  péril, 
«  et  le  sort  désigne  le  prophète  fugitif.  Le 
«  coupable,  dont  le  crime  avait  été  révélé 
«  par  les  dés  remués  dans  l'urne,  est  con- 
«  damné  à  périr  seul  au  lieu  de  tous  :  on  le 
«  lance  du  haut  du  navire,  il  est  englouti 
«  dans  la  mer  :  reçu  dans  la  gorge  d'une  bête, 
«  il  est  plongé  vivant  dans  le  gouffre  d'un 


1.  Elia  tali  crevit  observiintia, 
Vêtus  sacerdos,  ruris  hospes  aridi; 
Fragore  ab  omni  quem  remotiim  et  segregem 
Sprevisse  tradunt  criminiim  frequentiam, 
Casto  fruentem  syrtiiim  silentio. 

Sed  mox  in  auras  igneis  jugalibus 
Curruque  raptus  evolavit  pr,i,'pete, 
Ne  de  propinquosordium  contagio 
Dirus  quietum  mundus  adflaret  virum 
Olim  probatis  inclytum  jejuniis. 

Cat/tcmcrinon,  VU,  26-35 

2.  Martigny,  An.yo/ms,  p.  397. 


«  immense  ventre  (').  »  Les  artistes  chré- 
tiens ont  donné  à  l'animal  mystérieux  les 
formes  les  plus  fantastiques,  ils  en  ont  fait 
une  sorte  de  dragon  des  mers,  de  capricorne, 
d'hippocampe  aux  proportions  démesuré- 
ment agrandies,  se  préoccupant  sans  doute 
d'empêcher  toute  confusion  entre  ce  monstre 
marin  et  le  poisson  symbolique  si  souvent 
représenté  dans  les  monuments  des  trois 
premiers  siècles.  Prudence  s'amuse  à  racon- 
ter avec  plus  d'imagination  que  de  bon  goût 
le  séjour  de  Jonas  dans  les  entrailles  du 
monstre,  indiqué  d'un  mot  rapide  par  la 
Bible.  «  La  proie  rapidement  avalée  échappe 
«  à  l'atteinte  des  dents,  franchit  la  langue 
«  sans  la  rougir  de  son  sang,  et  de  peur  d'être 
«  broyée  par  les  humides  molaires  traversa 
«  toute  la  bouche,  passa  à  travers  le  palais  ; 
«  pendant  trois  jours  et  trois  nuits  elle  de- 
«  meura  dans  le  gosier  du  monstre,  errant 
«  à  travers  les  cavernes  des  viscères,  se 
«  promenant  dans  les  tortueux  détours  du 
«  ventre,  pouvant  à  peine  respirer  à  cause 
«  de  la  chaleur  que  dégageaient  intérieure- 
«  ment  les  entrailles  (^).  » 

Prudence  a  raison  d'arrêter  là  sa  descrip- 

1.  Celsam  paratis  pontibus  scandit  ratem, 
Udo  revincta  fune  puppis  solvitur, 
Itur  per  altum,  fit  procellosum  mare  : 
Tum  causa  tanti  quaîritur  pericli, 
Sors  in  fugacem  missa  vatem  decidit. 

Jussus  perirc  solus  e  cunctis  reus, 
Cujus  voluta  crimen  urna  expresserat, 
Prasceps  rotatur  acprofundo  immergilur  : 
Exceptus  inde  belluinis  faucibus 
Alvi  capacis  vivus  hauritur  specu. 

Cathemt'7-ino)i,  vu,  106- 115. 

2.  Transmissa  raptim  pra;da  cassos  dentium 
Eludit  ictus  incrucntam  transvolans 
Inipune  linguam,  ne  retentam  mordicus 
Ofiam  molares  dissecarent  uvidi. 

Os  omne  transit  et  palatum  pnuterit. 

Ternis  dierum  ac  noctium  processibus 
Mansit  fermo  de\oratus  gutture, 
Errabat  ille  per  latebras  viscerum, 
Ventris  recessus  circumibat  tortiles 
Anhelis  extis  intus  ;ïsiuantibus. 

Cathetneniwn,  vu,  1 16-125. 


154 


ÏRctiuc   Oc    I'3rt    cfjrcticn. 


tion  et  de  passer  à  un  autre  épisode.  Il  ra- 
conte ainsi  la  délivrance  du  prophète:  «  De- 
«  meure  intact  après  un  séjour  de  trois  nuits, 
«  il  est  vomi  avec  effort  par  le  monstre  sur 
«  le  rivage  murmurant  où  se  brise  le  flot,  où 
«  la  blanche  écume  bat  les  rochers  salés,  il 
«  tombe,  poussé  par  un  hoquet,  et  s'étonne 
«  d'être  encore  en  vie  (').  »  Le  poète  le 
montre  ensuite  se  rendant  chez  les  Ninivites 
et  leur  annonçant  la  colère  de  Dieu  qui  va 
consumer  leur  cité,  puis  «  montant  sur  le 
«  sommet  d'une  haute  montagne  d'où  il 
«  pourra  voir  l'embrasement  et  la  ruine  de  la 
«  ville,  et  là  abrité  par  les  rameaux  noueux 
«  d'une  plante  qui  naît  soudain  et  le  couvre 
«  de  son  ombre  (')  ».  La  Bible  ajoute  que 
le  Seigneur,  pour  donner  une  leçon  à  Jonas 
mécontent  de  voir  la  vengeance  divine 
arrêtée  par  la  pénitence  des  Ninivites,  fît 
au  lever  du  jour  piquer  par  un  ver  l'arbris- 
seau, qui  se  dessécha  subitement.  Prudence 
ne  mentionne  pas  cette  circonstance,  repro- 
duite sur  un  seul  monument  de  l'art  des 
premiers  siècles,  une  lampe  ayant  fait  par- 
tie de  la  collection  Martigny  ('),  et  s'abstient 
de  donner  un  nom  à  l'arbrisseau  miraculeux, 
courge  (nicnrbita),  selon  l'ancienne  version 
italique,  lierre  (hedera),  selon  la  traduction 
de  saint  Jérôme  :  la  plupart  des  monuments 
artistiques  suivent  l'ancienne  version  et 
montrent  Jonas  étendu  sous  une  cucurbita 
qui  s'arrondit  en  berceau  sur  sa  tête,  lais- 
sant pendre  ses  fruits  allongés. 

1.  Intactus  exin  tertise  noctis  vice 
Monstri  vomentis  pellitur  singiiltibus, 
yua  murmuranti  fine  fiuctus  frangitur, 
Salsosquecandens  spuma  tundit  pumices, 
Ructatus  exit  seque  servatum  slupet. 

Cathcmcrinon,  vu,  126-130. 

2.  Apicem  deinceps  ardui  niontis  petit 
V'isurus  uiide  conglobatum  turbidœ 
Fumum  ruinœ  cladis  et  dir:c  strucm, 
Tcxtus  flagcllis  multinodis  geiminis, 
Nato  et  repente  pcrfruens  umbraculo. 

Ihid.,  136-140. 

3.  Martigny,  Lettre  à  M.  Edmond  Le  Hlant  sur  une 
lampe  chri'tienne  inédite,  p.  8  et  planche  (Belley,   1872) 


Prudence  trace  ensuite  un  tableau  fort 
animé  de  la  pénitence  des  Ninivites  effrayés 
des  prédictions  de  Jonas.  Au  risque  de  m'é- 
carter  pendant  quelques  instants  du  sujet 
de  cette  étude,  je  demande  la  permission  de 
faire  une  courte  digression  sur  ce  curieux 
passage.  Par  une  coïncidence  assez  singu- 
lière, le  tableau  que  trace  ici  Prudence  n'est 
pas  absolument  dénué  de  couleur  locale  et 
paraît  à  peu  près  conforme  aux  renseigne- 
ments que  fournissent  les  découvertes  mo- 
dernes. Les  femmes,  dit-il,  arrachent  leurs 
colliers  et  remplacent  par  la  cendre  et  la 
pénitence  les  gemmes  et  les  tissus  de  soie('). 
L'orfèvrerie  était  en  Assyrie,  à  l'époque 
même  du  premier  empire,  parvenue  à  un 
degré  très  élevé  de  perfection  :  les  nom- 
breux bijoux  trouvés  dans  les  ruines  de 
Khorsabad  en  sont  la  preuve  (-).  On  y  a 
rencontré  beaucoup  de  pierres  fines,  corna- 
lines, agates,  primes  d'améthyste,  jaspes, 
lapis-lazuli,  qui  sont  percées  et  sans  doute 
étaient  destinées  à  être  assemblées  en  col- 
liers et  en  bracelets.  Quant  au.x  riches  étof- 
fes, la  textrine  assyrienne  est  célèbre  dans 
toute  l'antiquité  :  les  robes  de  soie  de  l'As- 
syrie étaient  encore  recherchées  à  l'époque 
romaine.  Prudence  montre  les  patriciens 
décorés  de  bulles,  htillati paires,  qui  déchi- 
rent leurs  vêtements  en  signe  de  deuil  ('). 
Bullati  patres  paraît  une  expression  assez 
étrange.  Ce  ne  peut  être  une  imitation  des 
mœurs  romaines,  car  à  Rome  la  bulle  était 
précisément  réservée  aux  jeunes  garçons, 
qui  la  déposaient  avec  la  robe  prétexte.  Si 
Prudence  avait  pu  avoir  quelque  connais- 
sance   de   l'art    assyrien,    on  s'expliquerait 

1.  Glaucos  amiclus  induit  monilibus 
Matrona  dcmptis,  proquc  gemma  et  serico 
Crincm  fliientem  sordidus  spargit  cinis. 

Ccithi-merinon,  vu,  148-150. 

2.  Victor  Place,  Ninive  et  P Assyrie,  t.  1 1,  p.  191  (Paris, 
1867). 

3.  Squallent  recincta  veste  bullati  patres. 

Ciithcmerinon,  vu,  151. 


ïLc  Symbolisme  c&tcticn  au  iu^  siècle,  D'après  les  poèmes  De  IpciiDcnce.  155 


facilement  ce  mot  :  les  fouilles  modernes  ont 
fait  découvrir  de  nombreux  bijoux  en  or,  de 
forme  ronde,  et  les  bas-reliefs  nous  ap- 
prennent que  ces  bijoux  étaient  portés  par 
des  hommes,  qui  se  paraient  de  bracelets 
et  de  massives  boucles  d'oreilles.  L'anneau 
de  celles-ci  était  garni  d'ornements  tantôt 
formant  des  pendeloques,  tantôt  imitant  de 
grosses  têtes  de  clous  (')  :  il  semble  que  le 
nombre  de  ces  clous  marquait  le  rang  plus 
ou  moins  élevé  des  personnages  qui  entou- 
raient le  roi.  La  qualification  de  bullati 
patres  "^ourx-aJiX.  s'appliquer  aux  grands  d'As- 
syrie ainsi  parés.  Le  roi  lui-même,  dit 
Prudence,  s'associa  au  deuil  universel  en 
dépouillant  ses  vêtements  teints  de  la  pour- 
pre de  Cos  et  en  déposant  son  diadème 
d'émeraudes  et  de  perles  enfilées  (-).  Ceci 
est  encore  d'une  couleur  exacte  :  le  com- 
merce des  Phéniciens  importait  en  Assyrie 
des  étoffes  teintes  en  pourpre  :  on  s'étonne 
seulement  d'entendre  parler  de  la  pourpre 
de  Cos,  Coas  iiinrices.  Cos  était  célèbre  dans 
l'antiquité  par  ses  tissus  diaphanes,  si  sou- 
vent chantés  par  les  poètes  et  réprouvés 
par  les  moralistes  ;  mais  la  pourpre  venait 
de  Tyr(3).  Prudence  est  le  premier  qui 
parle  du  murex  de  Cos.  Quant  aux  éme- 
raudes  du  diadème,  gemmas  virentes,  elles 
sont  parfaitement  à  leur  place  :  les  émerau- 
des  étaient  au  nombre  des  pierres  les  plus 
estimées  des  anciens  et  ils  en  possédaient, 
dit-on,  qui  atteignaient  des  dimensions  énor- 
mes. Il  existait  en  Egypte  des  gisements 
d'émeraudes  dans  le  voisinage  de  la  mer 


1.  Botta,  Monuincnt  de  Ninive,  pi.  CLXI. 

2.  Rex  ipse  Coas  œstuantem  murices 
Laenam  révulsa  dissipabat  fibiila, 
Gemmas  virentes  et  lapillos  sutiles. 
Insigne  frontis  exuebat  vinculum 
Tarpi  capillos  impeditus  pulvcre. 

Cathcmerinon,  vu,  156-160. 

3.  Tyrisque  ardebat  murice  lana. 

Virgile,  Enéide,  iv,  212. 


Rouge  (')  ;  l'une  de  ces  carrières  a  été  dé- 
couverte de  nos  jours  (^).  Il  y  en  avait 
également  en  Chaldée,  ou  du  moins  le  com- 
merce  en  apportait  dans  ce  pays  :  Théo- 
phraste  parled'une  émeraude  d'une  grosseur 
extraordinaire  qu'un  roi  de  Babylone  avait 
envoyée  en  présent  à  un  roi  d'Egypte  (3). 
Quant  aux  lapilli  sutiles  qui  ornaient  le 
front  du  roi,  selon  Prudence,  j'y  vois  un 
cordon  de  gemmes  enfilées  plutôt  que  des 
pierres  enchâssées  dans  un  diadème  de  mé- 
tal, comme  le  veulent  tous  les  traducteurs 
du  poète  (■+)  :  les  Assyriens,  conduits  par 
un  très  fin  sentiment  de  l'art,  n'aimaient 
pas  ces  incrustations,  qui  rompent  les  belles 
surfaces  unies  du  métal  (^)  :  ils  portaient  de 
préférence  des  gemmes  sans  monture,  enfi- 
lées. Lapilli  sutiles  serait  donc  ici  une 
expression  d'une  grande  justesse  archéolo- 
gique. Je  ne  prétends  point,  assurément, 
que  Prudence  ait  connu  la  civilisation  assy- 
rienne comme  on  la  peut  connaître  de  nos 
jours,  mais  il  m'a  paru  curieux  de  faire  voir 
qu'en  puisant  probablement  dans  sa  seule 
imagination  les  couleurs  du  tableau,  il  n'a 
point  commis  de  trop  grossières  erreurs,  et 
que  le  hasard  l'a  servi  avec  un  bonheur  ex- 
traordinaire. N'est-il  pas  permis  de  croire 
un  peu  à  l'intuition  des  poètes  ? 

J'ai  hâte  de  clore  cette  dissertation,  et  de 
rentrer  dans  les  limites  de  cette  étude.  L'his- 
toire de  Jonas  a  été  prise  dans  les  premiers 
siècles  chrétiens  comme   un  symbole  de   la 

1.  Du  Mesnil-Marigny,  Histoire  de  Véconomie politique 
des  aneiens  peuples  de  l'Inde,  de  VE^'pte,  de  ta  Judée  et  de 
la  Grhe,  t.  I,  p.  280.  (Paris,  1878.) 

2.  Mémoires  de  la  société  des  antiquaires  de  France,  t. 
xxxvm  (1877),  p.  2ig. 

3.  Thdophraste,  De  lapidibus. 

4.  Certains  lexiques  (par  exemple  le  Dictionnaire  clas- 
sique de  Quicherat  et  Daveluy)  s'appuient  de  l'autorité  de 
Prudence  pour  traduire  lapilli  sutiles  par  v<  pierres  en- 
châssées ».  Forcellini,  Totius  latiuitatis  Lexicon  (Schnee- 
bergae,  1829-1S31)  est  plus  prudent  ;  au  mot  sutilis,  rap- 
portant l'expression  lapilli  sutiles,  il  l'interprète  ainsi  : 
consuti  in  coronam  vel  adsuti  diadeinati. 

5.  Beulé,  Fouilles  et  découvertes,  t.  II,  p.  223.  (Paris,  1873.) 


REVUE  DE   l'art  CHRÉTIEN. 
1885.  —  2""^  LIVRAISON. 


156 


Ecuiic   Oc    rartcbrctien. 


Résurrection.  Jésus-Christ  lui-même  l'avait 
interprétée  ainsi  :  «  Cette  génération  mau- 
vaise et  adultère  demande  un  signe,  et  il  ne 
lui  en  sera  point  donné  d'autre  que  le  signe 
de  Jonas  le  prophète  ;  car,  comme  Jonas 
fut  dans  le  ventre  de  la  baleine  trois 
jours  et  trois  nuits,  ainsi  sera  le  Fils  de 
l'homme  dans  les  entrailles  de  la  terre 
trois  jours  et  trois  nuits  (').  »  Symbole  par 
excellence  de  la  Résurrection  du  Sauveur, 
l'histoire  de  Jonas  est  en  même  temps  un 
symbole  de  celle  qui  est  promise  aux  chré- 
tiens :  elle  figure  à  ce  titre  dans  les  prières 
liturgiques  et  a  probablement  cette  signifi- 
cation sur  les  sarcophages.  Prudence  la 
raconte  dans  une  pensée  moins  haute  et 
moins  dogmatique  :  il  ne  décrit  les  trois 
épisodes  ordinairement  représentés  sur  les 
monuments  —  le  prophète  précipité  du  ba- 
teau et  recueilli  par  le  monstre,  —  rejeté 
sur  le  rivage,  — •  abrité  sous  l'arbrisseau, — 
que  pour  arriver  à  la  longue  et  minutieuse 
description  de  la  pénitence  des  Ninivites 
et  lui  demander  cette  leçon  pratique  :  «  Dieu, 
«  ému  par  un  tel  repentir,  met  un  frein  à 
«  sa  colère,  adoucit  son  oracle  sinistre,  car 
«  sa  clémence  est  toujours  prête,  elle  absout 
«  facilement  les  péchés  de  ceux  qui  se 
«  repentent  et  se  laisse  toucher  par  les 
«  larmes  (=).  » 

Il  arrive  quelquefois  ainsi  à  Prudence  de 
tirer  un  simple  enseignement  moral  d'épi- 
sodes bibliques  ayant  aux  yeux  de  ses  con- 
temporains une  valeur  typique  beaucoup 
plus  haute.  Le  sacrifice  d'Abraham,  dans 
lequel  les  Pères  de  l'Église  et  les  artistes 
des  premiers  siècles  voient  tous  un  symbole 

1.  s.  Matthieu,  xn,  39,  40. 

2.  Mollitus  his  et  talibus  brevem  Deus 
Iram  refrénât  temperans  oraculum 
Prosper  sinistrum,  prona  nam  clementia 
Haud  difficulter  supplicein  mortalium 
Solvit  reatum  fitque  fautrix  flcntiuin. 

Cat/iciin-rhwn,  vil,  171-175. 


du  sacrifice  du  Christ  et  qui  apparaît  avec 
cette  signification  évidente  dans  une  des 
Chambres  des  Sacrements  au  cimetière  de 
Calliste  ('),  n'est  de  même  à  ses  yeux  qu'un 
bel  exemple  d'obéissance  à  Dieu  (-)  ;  ainsi 
encore  Job,  représenté  sur  quelques  sarco- 
phages comme  symbole  de  la  Résurrection 
de  la  chair,  à  cause  de  l'admirable  profes- 
sion de  foi  mise  dans  sa  bouche  par  la 
Bible  (3),  n'est  pour  Prudence  qu'un  type 
de  la  patience  du  juste  parmi  les  épreuves 
delà  vie  (■+). 

IE  terminerai  ce  rapide  aperçu  du  sym- 
bolisme de  Prudence  par  l'étude  de  trois 
~  autres  symboles,  dont  l'un  est  emprun- 
té à  l'Ancien  Testament  et  deux  au  Nouveau. 
Il  est  douteux  que  Samson  ait  jamais 
été  représenté  sur  les  monuments  de  l'ancien 
art  chrétien.  Martigny  fait  observer  que  la 
plupart  des  figures  où  l'on  a  cru  le  recon- 
naître, emportant  sur  son  dos  les  portes  de 
Gaza,  sont  des  images  plus  ou  moins  dé- 
fectueuses du  paralytique  de  l'Évangile  qui, 
guéri,  emporte  son  grabat  (').  Le  savant 
archéologue  cite  cependant  une  fresque  de 
la  catacombe  de  Saint-Hermès  dans  laquelle, 
dit-il,  ce  sujet  peut  être  reconnu  avec  quel- 
que vraisemblance.  Garrucci,  qui  publie 
cette  peinture,  y  voit  avec  plus  de  raison 
selon  moi  la  représentation  ordinaire  du 
paralytique  C^).  Samson  me  paraît  avoir  pris 

1.  De  Rossi,  Ruina  sotterranea,\.  II,  pi.  xvi,  6.  — Rome 
soiiterniiiu',  pi.  V,  1. 

2.  Psyclwinacliia,  Prœfatio,  1-8. 

3.  Job,  xix,  25-27. —  Ce  célèbre  passage  est  loin  d'être 
aussi  clair  dans  l'original  hébreu  que  dans  la  Vulgate: 
Girodon,  Exposé  de  la  Doctrine  catholiqut-,  t.  II,  p.  229, 
note  4.  Voir  sur  ce  sujet  une  très  curieuse  dissertation  de 
M.  Edmond  Le    Blant,    D'une   teprésciitation    ini'dite  de 

Joh  sur  un  sarcophage  d'Arles  (extrait  de  \a.Ke7iue  arché- 
logique,  1860.) 

4.  Psyc/ioinac/iia,  et  suiv. 

5.  Martigny,  art.  Samson,  p.  710. 

6.  Garrucci,  Sloria  delParle  cristiana,  pi.  i.xxxui,  2. 


le  ^pmtjolismc  chrétien  au  iM'  sicclc.  D'aptes  les  poèmes  De  IpruDcnce.  157 


place  pour  la  première  fois  dans  l'art  chré- 
tien par  deux  des  peintures  en  mosaïque 
dont  Prudence  a  composé  les  légendes. 
Deux  tétrastiques  du  Dittochœon  les  décri- 
vent. L'une  était  relative  au  lion  tué  par 
Samson,  et  représentait  probablement  le 
héros  déchirant  de  ses  bras  puissants  la 
bête  fauve.  «  Du  miel,  dit  le  poète,  est  sorti 
«  de  la  bouche  du  lion,  tandis  que  la  mâchoire 
«  de  l'âne  a  laissé  couler  de  l'eau,  »  ■ —  allu- 
sion aux  deux  faits  racontés  dans  le  livre 
des  Juges,  XIV,  8,  XV,  19.  «  C'est  ainsi, 
«  continue-t-il,  que  la  folie  nous  inonde  d'eaux 
«  insipides  et  que  la  force  produit  la  dou- 
«  ceur  (').  »  Le  second  tableau  représentait 
Samson  lâchant  dans  les  champs  des  Phi- 
listins trois  cents  renards  à  la  queue  desquels 
il  avait  attaché  des  torches  allumées.  «  Ainsi, 
«  dit  Prudence,  le  perfide  renard,  c'est-à-dire 
«  aujourd'hui  l'hérésie,  répand  dans  nos 
«  champs  la  Hamme  du  vice  (-).  »  Le  renard 
était  déjà  dès  le  temps  de  Prudence  ce 
qu'il  est  devenu  dans  la  littérature  du  moyen 
âge, le  type  de  ruse  et  perfidie.  Jésus-Christ 
a  comparé  Hérode  à  un  renard  (^\  Il  exis- 
tait probablement,  à  l'époque  où  vivait  notre 
poète,  de  ces  écrits  sur  la  signification 
symbolique  des  animaux,  Philologus,  Bestia- 
riutn,  dont  le  P.  Cahier  croit  pouvoir  faire 
remonter  l'original  jusqu'à  Tatien  {^)  et 
dont  on  trouve  une  mention  dans  le  décret 
Gélasien  sur  les  livres  condamnés  (5).  Vulpes 

1.  Invictum  virtute  comas  leo  frangere  Samson 

Agreditur  :  necat  ille  feram,  sed  ab  ore  leonis 
Mella  fluunt,  maxilla  asini  fontem  vomit  ultro  : 
Stultitia  exundat  lymphis,   dulcedine  virtus. 

Dittûchœon,  65-67. 

2.  Ter  centum  vulpes  Samson  capit,  ignibus  armât, 
Pone  fauces  caudis  circumligat,  in  sata  mittit 
AUophylum  segetesque  cremat  :  sic  callida  vulpes 
Nunc  heresis  flammas  vitiorum  spargit  in  agros. 

Ibid.,  69-72. 

3.  S.  Luc,  XiII,  32. 

4.  MiHanges  d\irchéologic,  t.  II,  p.  88. 

5.  Liber  Physiologus,  qui  ab  h.treticis  conscriptus  est, 
et  B.  .^mbrosii  nomine  signatus,  apocryphus.  M  igné,  Pa- 
irol.  lot.,  t.  LIX,  col.  163. 


esi  animal  dolosiiiii,  et  ttiinis  fraudu/e)iiii>n, 
ci  argiiinentosum,  dit  un  Bestiaire  latin  pu- 
blié par  le  P.  Cahier  (•)  :  cette  dernière 
épithète  s'applique  bien  à  l'hérésie.  Le 
Bestiaire  ajoute  :  Vulpes  igitur  figuram 
habet  diaboli  (-).  Il  n'est  pas  impossible  que 
Prudence  en  écrivant  les  vers  cités  plus 
haut  se  soit  fait  l'écho  du  Physiologus,  au- 
quel il  a  peut-être  emprunté  aussi  les  détails 
fabuleux  sur  les  amours  et  la  mort  de  la 
vipère  donnés  par  lui  dans  un  long  passage 
de  X Hamartigenia  (3),  symbole,  dit-il,  de 
l'union  de  l'âme  avec  le  démon,  d'où  naissent 
le  péché  et  la  mort  (''). 

Un  symbole  plus  intéressant,  et  dont  l'ori- 
gine se  trouvée  en  de  nombreu.x  passages  de 
l'Ancien  etdu  Nouveau Testament,est  donné 
par  un  autre  quatrain  du  Dittochœon.  Sous 
un  tableau  représentant  la  construction  du 
temple  de  Jérusalem  par  Salomon,  le  poète 
avait  écrit  :  «  Le  temps  vient,  où  le  Christ 
«  construit  dans  le  cœur  de  l'homme  son  vrai 
«  temple, dans  lequel  les  Grecs  apportent  leurs 
«adorationsetîesBarbaresleursprésents(5).)> 
Lidée  du  temple  spirituel  construit  par  le 
Christ  et  ouvert  par  lui  à  tous  les  hommes 
de  bonne  volonté.  Grecs  et  Barbares,  est  au 
fond  de  la  littérature  prophétique,  et  se  re- 
trouve sans  cesse  dans  l'Évangile  et  dans  les 
écrits  des  apôtres. La  littérature  du  deuxième 
siècle  l'a  plusieurs  fois  reproduite.  Dans 
une  vision  du  livre  d'Hermas  les  anges  cons- 
truisent de  pierres  vivantes  une  tour  qui  est 
l'Église  (*).  Un    autre  passage  montre  non 

1.  Mélanges  d'archéologie,  t.  II,  p.  20S. 

2.  Ihid.,  p.  209. 

3.  Hamartigenia,  5S1-607.  Cf.  Bestiaire  latin,  dans  les 
Mélanges  d'archéologie,  t.  II,  p.  134.  Mais  Prudence  a 
peut-être  tiré  plutôt  ces  détails  d'Elien,  de  Pline,  ou 
d'un  auteur  môdical,  comme  semblent  l'indiquer  les  vers 
582-583. 

4.  Hamartigenia,  608-624. 

5.Tempus  adest,quoteniplum  honiinis  sub  pectoreChristus 
jCdificet,  quod  Graia  colant,  quod  Barbara  ditent. 

Diltochceon,  83,  84. 
6.  Pasteur,  \'ision  III,  S. 


158 


Ectiuc   De  rart  cbrcticn. 


plus  les  anges,  mais  douze  belles  vierges, 
puissances  et  vertus  du  ciel,  travaillant  à 
l'édification  de  la  tour  (').  L'art  chrétien  a 
reproduit  sous  des  formes  diverses  cette  gra- 
cieuse allégorie,  et  on  peut  en  citer  plus  d'un 
exemple,  depuis  une  fresque  des  catacombes 
de  Naples  représentant  des  jeunes  filles  qui 
construisent  une  tour  {-)  jusqu'à  la  Dispute 
dic  Saint  Sacrement  où  Raphaël  a  dessiné, 
dans  un  coin  de  son  admirable  composition, 
derrière  le  groupe  de  droite,  un  édifice  gran- 
diose et  inachevé,  temple  spirituel  qui  croît 
toujours  et  ne  sera  couronné  qu'à  la  fin  des 
temps. 

Ainsi  l'Église  est  symbolisée  par  un 
temple  dont  les  élus  sont  les  pierres  vivan- 
tes, les  anges  ou  les  vertus  les  constructeurs, 
et  le  Christ  l'architecte.  Prudence  a  pris 
encore  le  temple  dans  un  autre  sens  symbo- 
lique. «  Détruisez  ce  temple,  avait  dit  le 
Sauveur  aux  Juifs,  et  je  le  rebâtirai  en  trois 
jours  (3).  »  Il  parlait  de  son  corps  destiné  à 
ressusciter  après  trois  jours.  Prudence,  dans 
un  beau  passage  de  XApotheosis,  oppose  de 
même  au  temple  juif  «  dont  les  holocaustes 
«  gisent  enterrés  sous  un  amas  de  ruines(+)  >> 
le  temple  chrétien  «  que  nul  ouvrier  n'a 
construit,  qui  n'est  fait  ni  de  bois  ni  de 
marbre,  qui  n'a  ni  voûtes  ni  colonnes,  mais 
a  été  formé  par  la  parole  éternelle  de  Dieu, 

1.  Ibid.^  Similitudes  ix,  x. 

2.  Bellennann,  Ueber  die  altcstcn  diristlichen  Begriib- 
nistâltcn,  planche  V  ;  Guéranger,  Suinte  Cécile,  fig.  13, 
p.  197.  (Paris,  1874.) 

3.  S.  Jean,  11,  19.  Cf.  S.  Matthieu,  XXVI,  61  ;  xxvn, 
40  ;  S.  Marc.  XIV,  58  ;  XV,  29. 

4.  At  tua  congestœ  tumulant  holocausta  ruinae. 

Apotheosis,  537. 


et  n'est  autre  que  le  Verbe  fait  chair.  C'est  là 
le  temple  éternel  que  les  Juifs  ont  essayé  de 
renverser  par  les  fouets,  la  croix,  le  fiel, 
qu'ils  ont  abattu  en  effet,  car  il  avait  pris 
dans  le  sein  de  sa  mère  les  éléments  mortels, 
mais  que  la  majesté  du  Père  a  rétabli  vivant 
après  trois  jours  (").  » 

Si  le  temple  a  été  pris  dès  l'antiquité  la 
plus  reculée,  et  sur  la  parole  de  Jésus- 
Christ  et  des  apôtres,  comme  le  symbole 
soit  du  corps  même  du  Sauveur,  soit  de  son 
Église,  cette  dernière  s'est  présentée  tout 
naturellement  à  l'esprit  des  chrétiens  sous 
une  autre  image  appartenant  au  même 
ordre  d'idées  et  indiquée  dans  \' Apocalypse 
de  saint  Jean.  L'Église  triomphante  est 
comparée  par  lui  à  une  Jérusalem  nouvelle, 
construite  de  métaux  éclatants  et  de  pierres 
précieuses,  éclairée  par  la  lumière  de  Dieu 
même,  illuminée  par  l'Agneau  (-).  Prudence 
s'est  inspiré  de  cette  brillante  et  suave 
peinture  quand  il  a  tracé,  à  la  fin  de  la 
Psychoniachia,  le  tableau  de  l'édifice  mer- 
veilleux du  temple  nouveau,  où  réside  la 
Sagesse,  assise  sur  un  trône  :  temple  cons- 
truit, comme  la  Jérusalem  nouvelle,  d'or, 
de  saphir,  de  jaspe,  d'améthyste,  ayant 
comme  elle  douze  portes,  symboles  des 
douze  apôtres,  et  dont  la  description  est 
calquée  sur  celle  de  la  cité  sainte  que  l'exilé 
de  Patmos  vit  descendre  du  ciel,  portant 
en  elle  la  clarté  de  Dieu  ('). 

Paul  Allakd. 

1 .  Apotheosis,  518-531. 

2.  Apocalypse,  xxi,  10-27. 

3.  Psyc/wiitaehia,  823-8S7. 


i   A^^  \'*y.  a'^-A  X^-*  a''^  a''»U  a'^-A  A^^  a'^  A^^  a'^VJ^  a"^-*  a'^  a'^-X  k^xU  a'^  [[^ 


&S5aa?^5?^ 


^^lie  beau  cst!)ctiqutet  FiDcal  cbrétiem^^ 


H  *AÔ^  *AiI^  ^^^  *AiI^  ^Atl^  ^;Al'f  ^A^"^  ^Aa'f  ^Atl'f  ^Ail'f  ''S.''  ''Si''  ^AÔ'f  ^Ail'f  ^;>1^  *Ail^ 

iTrS  lettres  îl''un   SOlitflitC  ■■^^--^■^^^-""^  Pour  être  proclamée ///^^^r^/^,  l'éducation 

^.  par    ^1.  €C.  €Cartier.  rvi,-^v.^7v^.-w.       artistique  ne  prétend  pas  moins  s'émanciper 
=;^^^=:^=:^==^=z====       de  tout  fondement  métaphysique:  comment 

l'art  pourrait-il  s'élever  au-dessus  du  vul- 
gaire terre-à-terre,  lors  même  qu'il  ne  se 
complaît  pas  dans  les  fanges  les  plus  ab- 
jectes? Puisque  le  plus  noble  apanage  de 
l'humaine  nature  n'est  que  «  la  sécrétion  de 
la  matière  grise  du  centre  cérébro-spinal  » 
l'artiste  n'a  guère  à  prendre  souci  de  préparer 
son  œuvre  par  la  méditation  du  sujet,  —  il 
ne  faut  plus  parler  des  sentiments  surna- 
turels, —  ni  par  l'étude  des  caractères  et  la 
composition  des  personnages.  L'audace 
remplace  le  travail  et  la  chance  tient  lieu 
de  talent.  Avides  de  lucre  et  gonflés  de 
gloriole,  les  Apelles  et  les  Phidias  de  l'ave- 
nir ne  s'imaginent  pas  qu'avant  de  four- 
nir.la  course,  il  faut  du  moins  apprendre  à 
marcher.  Comment  se  préoccuperaient-ils 
de  mûrir  dans  les  enseignements  du  maître 
et  la  méditation  des  œuvres  du  génie,  ces 
sublimes  problèmes  de  l'esthétique  qui,  en 
élevant  la  pensée  au  delà  des  horizons  sen- 
sibles, commande  à  l'inspiration  et  imprime 
aux  créations  de  l'art  un  reflet  de  la  beauté 
idéale  dont  la  splendeur  est  l'émanation  de 
la  Vérité  incréée  ? 


U    milieu   du    tourbillon 

S  des  événements  et  des 

a  .  , , 

^  idées  qui  emporte  notre 

époque,  parmi  les  ruines 
des  institutions  sociales 
et  les  audacieuses  néga- 
tions de  tout  principe 
basé  sur  la  vérité  révélée,  il  semble  oiseux 
et  téméraire  à  la  fois,  de  s'appliquer  à 
reconnaître  et  à  définir  les  éléments  syn- 
thétiques et  les  règles  fondamentales  de 
l'idéal  chrétien  dans  le  domaine  des  arts. 
Notre  siècle  a  vu  l'homme  assouplir  à  sa 
volonté  deux  puissants  éléments  et  faire 
de  la  conjonction  de  leurs  forces  opposées, 
les  collaborateurs  de  son  travail  et  les  véhi- 
cules de  son  existence  :  dès  lors  le  cours  de 
sa  vie  entière  semble  réglé  à  la  vapeur.  Plus 
n'est  besoin  d'apprendre  à  penser  avant 
d'oser  écrire, de  s'initier  aux  leçons  de  l'école 
avant  d'affronter  le  jugement  du  public. 
L'art,  soumis  au  scepticisme  positiviste  con- 
temporain, a  subi  les  funestes  effets  de  cette 
impulsion  fébrile  sur  la  formation  intel- 
lectuelle des  jeunes  générations.  Que  nous 
sommes  loin  des  laborieux  exercices  du 
trivium  et  du  qnadriviitni,  des  longues 
épreuves  de  l'apprentissage  pour  arriver  à 
la  maîtrise  !  Le  progrès  moderne  a  bien 
nivelé  ce  fatras!  Les  salons &\.\^s  expositions 
des  beaux-arts  sont  encombrés  de  ces  essais, 
de  ces  ébauches  hâtives  qui,  sous  l'étiquette 
menteuse  d'imprcssionnisiiie  ou  d\Hudcs, 
déguisent  mal  les  tâtonnements  d'artistes 
novices,  trop  tôt  émancipés  de  l'atelier,  voire 
de  l'école  de  dessin. 


IL 

LES  hautes  écoles  du  moyen  âge  s'é- 
taient appliquées,  on  sait  avec  quelle 
ardeur,  à  l'étude  de  ces  questions  spéculati- 
ves, pour  la  solution  desquelles  la  doctrine 
des  sages  de  l'antiquité  trouve  dans  la 
Révélation  évangélique  son  complément 
et  son  correctif  Le  nom  du  docteur  aneéli- 
que  se  présente  ici  sous  la  plume,  car  sa 
théorie  aristotélicienne  du   Beau,  illuminée 


REVUE   DE    l'art   CHKÉTIKN, 
1885.    —    2*"^    LIVRAISON. 


i6o 


Ectiuc    De    l'art    chrétien. 


par  la    Foi,  résume  dans  sa  plus  haute  for- 
mule l'enseignement  esthétique  des  siècles 
chrétiens.  Après  saint  Thomas  d'Aquin,  la 
notion  doctrinale  de  l'idéal  artistique   reli- 
gieux s'obscurcit  au  milieu  des  épreuves  de 
l'Église.    La    Renaissance    prit    garde    de 
relever  ces  études  qui  eussent  logiquement 
amené  la    condamnation  des  principes  mis 
en  vogue  par  le  néo-paganisme  et  le  discré- 
dit  des  œuvres   artistiques  conformes  à   la 
mode    du  jour.    Les  ténèbres    accumulées 
pendant  près  de  quatre  siècles,  avaient  si 
complètement  dérobé  à  la  vue  des  artistes 
et  de  leur  public  les  rayons  du  soleil  de  l'art 
chrétien,    qu'il  eût  semblé  chimérique,  au 
début  de  notre  siècle,  d'en   vouloir  réveiller 
la  notion.  L'art  religieux  était  si  bien  caché 
sous  le  travestissement  du  péplum  et  de  la 
toge,  si  bien  dissimulé  derrière  le  masque 
au   type  athénien,  si  bien  enserré  par  les 
bandelettes  du  culte  de  la  «  belle  antiquité  », 
qu'il  paraissait  frappé  de  la  rigidité  cada- 
vérique ;  mais  comme  Lazare,  il  n'était  pas 
mort,  il  dormait.Ce  ne  sera  pas   aux   yeux 
des   historiens  futurs  un  des  caractères  les 
moins  bizarres  du  XIX™^  siècle  que  cette 
rénovation   du  goût  du  moyen  âge  dans  le 
domaine  du  beau:  ou  plutôt,   ne  craignons 
pas  de  le  proclamer,  c'est  par  un  dessein 
manifeste  de  la  Providence  que  le  souftle  de 
l'esprit  chrétien  s'est  ranimé  dans  la  sphère 
des  œuvres   artistiques,   tandis    que  notre 
civilisation  et  l'art  qui  la  reflète,  s'abîment 
dans  les   négations   de   l'éclectisme   et  les 
prostitutions  des  sensualités  réalistes.  Sans 
doute,  des  éléments  hétéroclites  ont   con- 
couru  à  cette  étonnante   résurrection   des 
formes  plastiques  chrétiennes  :  aussi  les  uns 
se  sont  arrêtés  en  chemin,  parce  qu'ils  n'ont 
point  compris  le  but  de  leur  noble  mission  ; 
les   autres  se    sont  subitement    détournés, 
brûlant  ce  qu'ils  avaient  adoré  afin  de  con- 
quérir   une    popularité    frelatée.    Mais    la 


cause    de     l'art     religieux    est    immortelle 
comme    la  Foi  qui  l'inspire  :  elle  a  vu  de 
toutes    parts  s'élever  des    champions   con- 
vaincus et  dévoués  :    à    côté    de    ceux    qui 
aidés    du    crayon,    du    pinceau,    de  l'ébau- 
choir  ou  du  marteau,  travaillent  à  rendre  à 
l'idée  chrétienne,   dans  l'ordre  des  faits  et 
dans    le    domaine    des    formes,    l'influence 
dont  l'engouement  païen  l'avait  dépossédée, 
d'autres  vaillants  ont  pris  la    plume  pour 
défendre  la  cause  sainte  contre  l'ignorance 
de  la  foule  et  les    railleries  des  hommes  de 
métier.   Est-il   besoin  de  rappeler  —  pour 
ne  citer  que  ceux  dont  l'àme  est  retournée 
vers  la  source  de  toute  Beauté  —  Monta- 
lembert  et  Rio,  Boisserée  et  Gôrres,  Pugin, 
à  la  fois  apologiste  et  artiste  ?  Leur  œuvre 
n'a  pas  été  stérile  ni  leur  apostolat  infécond. 
Dans  la  o^rande  armée  de  la  Dresse,  les  rangs 
des  volontaires  de  l'art  chrétien  ne  sont  pas 
affaiblis,  l'existence   même  de  cette  Revue 
le  démontre;  nous  y  demandons  aujourd'hui 
une  mention  à  l'ordre  du  jour  pour  l'un   de 
nos  vétérans,  M.  E'tienne  Cartier,  l'éminent 
et    sympathique    auteur    des    Lettres  cPnn 
solitaire.    Quelque  faible  et  incomplet   que 
soit  le  résumé  de  ces  magistrales  études  d'es- 
thétique chrétienne,  auquel  la   Reinie  veut 
bien  ouvrir  ses  colonnes,    il  vaudra,    nous 
l'espérons,  aux  doctrines  si  bien   exposées 
par   l'érudit  écrivain,  la   cordiale   adhésion 
des  amis  de  l'art  chrétien. 

IIL 

«^  I  TRAVAILLERAI  faire  connaître  aux 
X  artistes  le  beau  véritable  »  tel  est  le 
but  (pie  s'est  proposé  l'auteur  ;  ses  lettres, 
écrites  au  lendemain  de  l'incendie  de  la 
«  grande  I^abylone  moderne  »,  reflètent 
cependant  \-a paix  des  cloîtres  bénédictins  ; 
à  Solesmes,  en  effet  «  le  beau  naturel  n'est 
que   l'encadrement  du    beau  véritable,    du 


ïLe   ûeau   esthétique   et   l'iDéal   cîjrctien. 


i6i 


beau  surnaturel  où  Dieu  lui-même  se  ma- 
nifeste dans  les  magnificences  de  la  liturgie, 
qui  est  l'art  chrétien  par  excellence.  » 

«  Le  beau,  comme  le  vrai,  a  sa  source  en 
Dieu,  qu'il  apprend  à  connaître  et  à  glori- 
fier. »  Il  faut  donc  avant  toute  chose  que 
l'artiste  chrétien  s'instruise  de  la  vérité  ré- 
vélée, puisque  «  ses  œuvres  doivent  être 
l'expression  des  croyances  de  tous  ».  Cette 
étude  est  d'autant  plus  nécessaire  à  notre 
époque  que  «  le  matérialisme  et  l'athéisme 
existent  depuis  longtemps  dans  les  ateliers 
de  nos  peintres  et  de  nos  sculpteurs  »  et 
qu'en  admettant  les  jugements  de  l'opinion 
sur  les  grands  peintres  de  la  Renaissance, 
«  on  s'expose  à  adhérer  ainsi  à  des  principes 
qui  sont  ceux  du  protestantisme  et  de  la 
Révolution  et  qui  conduisent  nécessaire- 
ment au  sensualisme  et  à  la  décadence.  » 

C'est  en  s'initiant  tout  à  la  fois  aux 
mystères  du  symbolisme,  aux  leçons  de 
l'archéologie  et  aux  règles  de  l'esthétique, 
que  l'artiste  chrétien  se  formera  à  l'accom- 
plissement de  sa  noble  mission. 

Le  symbolisme  «  est  l'expression  visible 
des  choses  invisibles»  ;  il  a  sa  source  et  sa 
raison  d'être  dans  les  perfections  inappré- 
ciables de  Dieu,  révélées  aux  hommes  par  le 
double  mystère  de  la  création  et  de  l'Incar- 
nation du  Verbe  ;  aussi  se  manifeste-t-il 
dans  les  choses  de  la  nature  comme  dans  les 
actes  de  la  liturgie,  «  qui  en  est  la  forme  la 
plus  élevée»,  depuis  les  sacrifices  d'Adam 
jusqu'aux  solennités  du  culte  catholique. 
Le  symbolisme  est  une  science  nettement 
définie  par  saint  Paul  (Rom.  I,  20)  ;  dès  les 
premiers  âges,  il  a  trouvé  d'admirables  inter- 
prètes dans  saint  Denys  l' Aréopagite  et  dans 
saint  Méliton  de  Sardes,  dont  la  Clavis,  si 
heureusement  retrouvée  par  le  cardinal  Pitra, 
«  est  le  manuel  le  plus  complet  du  symbo- 
lisme chrétien,  le  dictionnaire  indispensable 
de  ceux  qui  étudient  les  textes  sacrés  ». 


L'archéologie  qui,  comme  le  prophète 
Ézéchiel,  ressuscite  les  peuples  dont  elle 
relève  les  vestiges,  est  une  science  moderne; 
née  au  lendemain  de  la  découverte  de 
Pompéi  et  d'Herculanum,  elle  étend 
chaque  jour  son  empire  et  apporte  à  la 
vérité  de  nos  Livres  Saints  des  témoins 
providentiels  et  irréfragables.  Bien  que 
jusqu'ici  cette  science  «  ne  soit  pas  encore 
complète  parce  qu'elle  a  fait  plus  d'analyse 
que  de  synthèse  »,  elle  est  un  puissant  auxi- 
liaire pour  l'artiste  ;  mais  elle  ne  doit  pas 
être  plus,  car  «  l'essence  de  l'art  n'est  pas 
l'imitation,  pas  plus  l'imitation  d'une  époque 
que  l'imitation  de  la  nature  ». 

Qu'on  n'oublie  pas  cependant  que  «  l'art 
comme  la  société  a  deux  forces  dont  l'union 
constitue  sa  vitalité  ».  Ces  forces  sont  l'auto- 
rité et  la  liberté.  La  tradition  —  c'est-à-dire 
«  le  droit  de  rechercher  dans  le  passé  les 
formes  qui  ont  le  mieux  exprimé  l'idée  que 
l'artiste  veut  rendre  »  —  la  tradition  repré- 
sente l'autorité  ;  la  grande  hérésie  de  la 
Renaissance  est  de  s'en  être  séparée.  En 
effet,  «  il  n'y  a  pas  de  grand  art,  sans  art 
traditionnel,  »  puisque,  pour  être  compris 
et  justifié,  «  il  faut  que  l'art  reçoive  de  la 
religion  et  de  la  patrie,  l'idée  qu'il  doit 
exprimer  ».  L'étude  des  monuments  chré- 
tiens dans  le  passé  peut  seule  fournir  à 
l'artiste  cet  élément  indispensable  de  son 
programme. 

IV. 

Au  delà  des  horizonssensibles  des  choses 
contingentes,  l'artiste  doit  tendre  par 
les  élévations  de  l'àme  jusqu'à  la  contem- 
plation de  l'idéal,  du  beau  parfait  et  immua- 
ble. Le  beau,  que  tous  comprennent  par  un 
sentiment  d'attraction  intime  et  inné,  — 
d'où  son  nom  grec  za/,o;,  qui  attire  —  semble 
pouvoir  difficilement  être  défini  par  une 
formule  acceptée  de  tous.  Sans  s'arrêter  aux 


102 


IRetiuc   oc   rart   cijïcticu. 


théories  esthétiques  de  la  Grèce,  qui  cepen- 
dant eut  parfois  sur  ce  sujet,  <?:  des  accents 
vraiment  chrétiens  »,  M.  Cartier  demande 
à  saint  Denys  l'Aréopagite  de  «  résumer  la 
sagesse  antique  en  l'éclairant  des  lumières 
de  la  foi  »  :  son  Traitd  des  N'oins  divins, 
développé  par  saint  Thomas  d'Aquin  dans 
un  commentaire  récemment  retrouvé,  nous 
découvre,  en  effet,  les  vrais  principes  de 
l'esthétique  chrétienne. 

Le  beau,  se  manifeste  à  l'homme  par  le 
sens  de  la  beauté,  qui  en  est  l'effet  et  le  reflet, 
et,  de  même  que  le  bon,  lui  apparaît  dans 
l'identité  d'une  insondable  perfection  comme 
une  émanation  de  l'Infini  imprimant  la 
marque  de  ses  attributs  à  toute  créature. 
C'est  donc  Dieu  —  Platon  le  pressentait 
déjà,  —  qui  est  le  beati.  par  essence,  comme 
il  est  le  bon  par  excellence,  unissant  et 
maintenant  tous  les  êtres  par  le  lien  d'un 
amour  infini,  semblable  au  soleil  dans  une 
splendeur  sans  décadence  comme  sans 
accroissement.  «  Le  beau  est  une  ressem- 
blance divine  )>  :  d'une  part,  l'harmonie  de 
la  substance  avec  les  proportions  et  les 
ornements,  ramène  à  Vanité  par  la  conve- 
nance du  sujet  avec  la  pensée  créatrice  et 
par  son  rapport  avec  la  forme  parfaite  ; 
d'autre  part,  il  trouve  sa  manifestation  dans 
cette  trinité  des  sphères  où  le  beau  se 
révèle  parmi  tous  les  ordres  des  êtres,  le 
beau  sensible,  le  beau  intellectuel  et  le  beau 
moral.  C'est  ainsi  que,  grâce  aux  mystères 
de  la  création,  de  la  nature  divine  et  de 
l'Incarnation,  «  Jésus-Christ  est  le  beau 
suprême,  le  principe,  la  source  du  beau 
surnaturel  dans  le  monde  ;  c'est  lui  qui  le 
communique  à  tous  les  êtres  et  qui  nous  le 
dispense  par  sa  grâce  et  par  ses  sacrements  ; 
puisqu'il  s'est  fait  semblable  à  nous  pour  nous 
rendre  semblables  à  Dieu  en  nous  unissant  à 
Lui.JÉsus-CiiRisT  est  le  grand  maître  de  l'es- 
thétique, la  doctrine  et  le  modèle  du  beau ...» 


V. 


CONSIDÉRÉE  dans  son  rapport  avec 
l'homme,  l'esthétique  «  doit  recher- 
cher le  beau  absolu  et  l'unir  au  vrai  et  au 
bon  dans  la  lumière  de  l'intelligence  et 
l'amour  de  la  volonté  ».  Mais,  tandis  que 
«  en  Dieu,  le  beau  est  parfait  »,chez  l'homme, 
«  l'esthétique  varie  selon  les  rapports  qu'il 
établit  entre  le  vrai,  le  beau  et  le  bon  ». 

L'œuvre  tout  entière  de  la  création  —  que 
Dieu,  à  divers  périodes  de  cet  acte  tout- 
puissant,  déclara  bonne,  —  nous  montre  que 
«  le  beau  est  encore  plus  la  perfection  du 
bon  que  la  splendeur  du  vrai  »  ;  aussi  «  le 
beau  affirme  le  vrai,  mais  il  prouve  surtout 
le  bon  ».  N'est-ce  pas  ce  que  le  Créateur 
a  voulu  marquer  en  daignant  donner  à 
notre  nature  <lson  image  et  sa  resse7nblance?Jf 
Mais  l'éternel  ennemi  du  Bon  et  du  Beau 
a  réussi  à  faire  déchoir  l'homme  de  ce 
privilège  :  la  divine  ressemblance  est  altérée 
par  la  concupiscence,  qui  est  la  manifes- 
tation du  mal  vis-à-vis  de  la  beauté.  C'est 
ainsi  que  «  depuis  le  paradis  terrestre,  le 
beau  est  toujours  le  motif  et  la  récompense 
dans  la  lutte  du  bien  et  du  mal  ».  Le  motif: 
nous  voyons  à  chaque  page  des  annales 
de  l'humanité,  l'auteur  du  mal  «  employant 
les  trois  concupiscences  et  abusant  du  beau 
sensible  pour  détruire  le  beau  moral  », 
comme  les  monuments  de  toute  l'antiquité 
en  témoignent.  La  récompense  :  car  l'hom- 
me racheté,  en  usant  de  sa  liberté  pour  la 
soumettre  à  la  volonté  divine,  rétablit  par 
cet  effort  l'harmonie,  c'est-à-dire  la  beauté, 
dans  les  actes  de  son  intelligence  et  de  sa 
volonté  vis-à-vis  des  choses  sensibles,  et 
par  cette  triple  victoire  se  rend  digne  de  la 
communication  des  ineffables  beautés  que 
Jèsus-Ciirist,  le  prototype  du  beau,  nous 
a  méritées  par  la  Rédemption  victorieuse 
de  la  mort,  du  péché  et  de  l'enfer. 


le  beau  esthétique  et  TiDéal  cDrctien. 


163 


VI. 

TROIS  éléments  doivent  concourir  à  la 
formation  du  talent  de  l'artiste;  trois 
éléments  aussi  doivent  se  traduire  dans  ses 
œuvres  ;  il  faut  qu'elles  reflètent  le  caractère 
religieux,  social  et  individuel  du  milieu 
dans  lequel  elles  se  produisent.  «  Ces 
éléments  existent  avec  des  formes  variées 
et  à  des  degrés  différents.  Leur  puissance, 
leurs  rapports,  leurs  proportions  expliquent 
toutes  les  phases  de  l'art  chez  un  peuple, 
son  origine,  ses  développements,  ses  gran- 
deurs et  ses  décadences.  » 

Il  en  est  ainsi  particulièrement  dans  le 
domaine  des  idées  religieuses,  qui  forment 
la  véritable  pierre  de  touche  du  progrès 
artistique  à  tous  les  âges  de  l'humanité. 
Nous  ne  pouvons  suivre  ici  dans  ses  inté- 
ressants développements,  la  lumineuse  dé- 
monstration de  cette  thèse  que  M.  Cartier 
emprunte  aux  monuments  et  aux  théories 
de  toutes  les  civilisations.  Soit  que  la  vérité 
demeure  intacte  parmi  les  patriarches  et 
chez  les  Hébreux,  soit  qu'obscurcie  par  les 
erreurs  et  les  fictions  imposées  à  la  crédu- 
lité populaire,  elle  reste  à  peine  reconnais- 
sable  entre  les  billevesées  et  les  débauches 
du  paganisme,  toujours  la  religion  préside 
au  mouvement  artistique  et  littéraire  des 
peuples  antiques.  L'auteur  peut  donc  con- 
clure, en  s'autorisant  de  cet  examen  et  des 
témoignages  des  premiers  apologistes  de  la 
foi  chrétienne,  que  les  religions  païennes 
avaient  conservé  de  nombreuses  parcelles 
de  la  vérité  et  que  c'est  à  celles-ci  qu'il  faut 
attribuer  le  mérite  incontestable  de  leurs 
monuments  et  de  leurs  œuvres  artistiques. 

L'histoire  des  siècles  modernes  confirme, 
à  son  tour,  ce  témoignage  :  «  Le  Christ  est 
le  seul  élément  religieux  qui  puisse  main- 
tenant vivifier  l'art  et  produire  des  chefs- 
d'œuvre.»  Le  spectacle  des  œuvres  inspirées 


par  les  négations  hérétiques  ou  le  scepti- 
cisme protestant  et  rationaliste,  n'est  point 
fait  pour  infirmer  cette  vérité. 

«  L'art  chrétien  est  un  par  son  élément 
religieux,  mais  il  est  varié  par  son  élément 
social.  »  L'art,  en  effet,  s'épanouit  au  sein 
de  la  société  humaine  et  il  reflète  nécessai- 
rement les  conditions  variées  du  milieuioù 
il  se  produit.  C'est  ainsi  que,  suivant  les 
progrès  des  sciences,  —  sciences  spécula- 
tives comme  la  théologie  et  la  philosophie, 
et  sciences  positives  comme  les  mathémati- 
ques, l'histoire,  les  connaissances  naturelles, 
—  ainsi  que  le  développement  de  la  civili- 
sation et  des  mœurs,  l'art  s'élève  ou  s'abaisse 
avec  le  niveau  intellectuel  et  moral  du 
siècle.  De  même  que  la  connaissance  et 
l'amour  de  Dieu  sont  les  éléments  essentiels 
de  toute  prospérité  sociale,  ainsi  le  génie 
artistique  décroît  —  nous  en  sommes  les 
témoins  attristés,  —  sous  l'influence  du  scep- 
ticisme et  du  matérialisme  insurgés  contre 
l'Auteur  de  tout  bien  et  de  toute  beauté. 

Diverses  causes  individuelles  agissent 
également  sur  l'inspiration  de  l'artiste  dans 
la  composition  de  son  œuvre.  Les  races 
humaines  ont  produit  des  types  nettement 
caractérisés  et  sensiblement  marqués  dans 
les  monuments  de  l'Orient  et  de  l'Occident: 
il  semble  que  la  prophétie  de  Noë  à  l'égard 
de  ses  descendants  soit  traduite  jusque  dans 
les  travaux  des  fils  de  Sem  et  de  Japhet. 
Chaque  peuple  a  son  type,  chaque  contrée 
ses  aspects,  chaque  nation  son  caractère 
moral  ;  on  les  retrouve  dans  leurs  créations 
artistiques,  car  «  les  sens  de  l'artiste  se 
développent  dans  ses  rapports  avec  tout  ce 
qui  l'entoure  »  et  ses  œuvres  en  porteront 
nécessairement  le  reflet.  Ainsi  se  formèrent, 
malgré  les  divergences  du  caractère  dans 
chaque  individu  et  les  conditions  spéciales 
de  son  existence,  ces  écoles  et  ces  corpora- 
tions d'artistes,  dont  les  fortes  traditions  se 


164 


IRetiuc   De    ratt    chrétien. 


perpétuèrent.sous  l'égide  d'une  foi  commune 
pendant  tout  le  moyen  âge;  bien  qu'affaiblies 
par  la  corruption  de  la  Renaissance,  elles 
demeurèrent  debout  jusqu'au  fatal  boulever- 
sement révolutionnaire. 

VIL 

SI  l'analyse  nous  montre  qu'un  triple  élé- 
ment concourt  à  la  formation  intellec- 
tuelle de  l'artiste  et  à  la  création  de  ses  œu- 
vres, la  synthèse  nous  fait  bientôt  découvrir 
que  «l'art  est  un,  dans  son  principe,  dans  son 
but  et  dans  ses  moyens  ».  Le  principe  de 
l'art,  c'est  Dieu  ;  il  s'est  révélé  à  nous  dans 
l'ordre  de  la  nature,  par  la  création  de  la 
lumière, par  le  mystère  de  l'Incarnation  dans 
l'ordre  des  choses  surnaturelles.  Le  but  de 
l'art,  c'est  de  glorifier  Dieu  ;  telle  est  la 
fin  que  Dieu  s'est  proposée  en  faisant 
l'homme  et  en  le  rétablissant  plus  tard  dans 
la  grâce,  et  toutes  choses  lui  ont  été  données 
comme  des  moyens  pour  parvenir  à  ce  but. 
L'homme  est  doué  de  la  pensée  ;  il  la 
communique  par  la  parole,  base  de  la  litté- 
rature et  de  la  musique  ;  il  s'empare  de  la 
matière  pour  traduire  et  perpétuer  son  idée 
dans  les  monuments  de  l'architecture  et  de 
la  sculpture  ;  il  combine  les  éléments  de  la 
lumière  pour  revêtir  ses  œuvres  de  la  cou- 
leur et  les  animer  par  les  jeux  du  clair- 
obscur.  «  Ainsi  l'art,  expression  du  beau, 
de  l'invisible, est  un  par  ses  moyens  comme 
par  son  principe  et  sa  fin.  L'architecture,  la 
sculpture,  la  peinture  ne  doivent  pas  s'isoler. 
Elles  se  pénètrent,  elles  agissent  ensemble 
et  forment  une  unité,  comme  les  membres 
d'une  famille  ;  de  même  que  l'union  d'une 
famille  en  fait  la  Hoire  et  la  fortune,  cettt; 
alliance  des  branches  de  l'art  en  assure  la 
puissance  et  la  grandeur.  »  L'art  chrétien 
obéit  aux  mêmes  lois  que  l'Eglise  catholique, 
sa  mère:  «c'est  surtout  par  l'unité  cju'il  sur- 


passe l'art  païen.  »  Ici  encore  il  faut  cons- 
tater que  la  Renaissance,  qui  a  tout  divisé, 
tout  spécialisé,  a  fait  fausse  route  ;  en  retour- 
nant au  paganisme,  elle  n'a  plus  compris 
l'unité  et  la  fraternité  de  l'art. 

Vin, 

TELLE  est,  dans  un  résumé  bien 
incomplet  et,  nous  le  craignons,  bien 
peu  fidèle,  la  notion  de  l'art  chrétien  ainsi 
qu'elle  est  apparue  à  l'éminent  écrivain  de 
Solesmes  comme  le  couronnement  et  la 
synthèse  de  ses  incessantes  méditations  dans 
les  sphères  de  l'esthétique  éclairée  par  la 
foi.  Pour  «  formuler  sur  l'art  une  doctrine 
chrétienne,  bien  différente  de  celle  que  nous 
a  laissée  la  Renaissance  et  que  professe 
notre  matérialisme  moderne  »,  M.  Cartier 
ne  s'est  pas  borné  à  puiser  aux  sources 
pures  mais  profondes  de  la  théologie  et  de 
la  raison.  L'histoire  tout  entière  de  l'art, 
depuis  ses  origines  préhistoriques  jusqu'à 
ses  débordements  actuels,  est  là  pour  con- 
firmer les  enseignements  de  la  théorie 
spéculative.  C'est  en  parcourant  successi- 
vement les  principaux  monuments  de  la 
civilisation  antique  chez  les  Egyptiens,  les 
peuples  de  l'Orient,  les  Grecs,  les  Étrusques 
et  les  Romains,  puis  en  relevant  soit  dans 
les  catacombes,  soit  dans  les  écrits  des 
apologistes  et  des  Pères  de  l'Eglise,  les 
premiers  éléments  de  l'art  chrétien,  que 
l'auteur  nous  amène  à  l'étude  des  grandes 
œuvres  où  se  traduisent,  dans  l'ordre  des 
faits,  les  conceptions  artistiques  du  génie 
inspiré  par  la  foi  catholique.  Voici  l'architec- 
ture byzantine,  représentée  par  Sainte- 
Sophie  de  Constantinople,  dont  on  a 
manifestement  exagéré  rinfiuence  sur  l'art 
occidental:  puis  vient  l'architecture  romane, 
dans  ses  deu.x  aspects  créés  par  les  écoles 
du  Rhin  et  du   Midi  ;  le  style  ogival  parait 


le   beau   cstbétique   et  riDcal   chrétien. 


165 


enfin,  au  X 1 1 P  siècle  :  c'est  alors  que  «  l'ar- 
chitecture chrétienne  semble  avoir  atteint 
sa  perfection,  car  jamais  l'élément  religieux 
n'a  été  plus  heureusement  uni  à  l'élément 
social.»  Les  autres  branches  des  arts  suivent 
une  marche  parallèle  :  la  sculpture,  avec 
ses  filles,  la  glyptique  et  la  numismatique, 
apporte  son  témoignage  ;  il  en  est  de  même 
pour  la  peinture,  soit  qu'elle  s'applique  aux 
monuments  mêmes,  aux  manuscrits,  aux 
verrières,  aux  tapisseries,  aux  tableaux 
proprement  dits  ou  à  leurs  reproductions 
gravées. 

Nous  aimerions  à  pouvoir  reproduire, 
même  dans  un  cadre  restreint,  ce  magnifique 
tableau  de  l'histoire  du  génie  artistique  à 
travers  les  âges  ;  mais  le  lecteur  nous  per- 
mettra de  lui  laisser  le  plaisir  d'étudier  ces 
pages  si  instructives  dans  l'œuvre  de  M. 
Cartier.  Il  serait  impossible,  en  effet,  de 
donner  ici,  ne  fût-ce  qu'un  aperçu  de  tant 
d'observations  érudites,  de  judicieuses  cri- 
tiques, de  considérations  aussi  fermes 
qu'élevées  sur  les  caractéristiques  de  chaque 
époque,  dans  la  voie  du  progrès  artistique. 
Sans  doute,  quelques-unes  des  idées  émises 
sur  la  genèse  des  styles,  certains  faits 
invoqués  à  leur  appui,  donneraient  occasion 
de  formuler  des  réserves  ou  des  critiques  : 
c'est  ainsi  que  la  part  faite  aux  monuments 
et  aux  joyaux  artistiques  de  l'Allemagne 
est  bien  réduite,  alors  que  M.  Cartier  prend 
à  cœur  de  faire  attribuer  à  ses  compatriotes 
la  palme  dans  toutes  les  branches  de  l'art. 
De  telles  questions  peuvent  être  envisagées 
sous  trop  d'aspects  divers  pour  ne  pas 
demeurer  livrées  aux  disputes  des  savants  : 
mais  où  le  lecteur  n'hésitera  pas  à  donner 
gain  de  cause  à  l'érudit  écrivain,  c'est  dans 
la  réfutation  de  cette  thèse,  chère  à  nos 
modernes  rationalistes,  qui  voudrait  \-()ir 
dans  l'invasion  de  l'esprit  laïc  la  cause  de 
l'admirable  floraison  des  arts  au  XII  l'^siècle. 


Viollet-Leduc  n'a  pas  craint,  on  le  sait,  de 
donner  à  ce  système  l'appui  de  son  nom  et 
l'autorité  de  sa  science  archéologique  :  celle- 
ci  ne  gagnera  certes  pas  à  la  discussion  dont 
elle  est  l'objet  dans  les  Lettres  d'îin  solitaire. 

IX. 

IL  est  une  autre  thèse,  constamment  affir- 
mée et  universellement  admise  depuis 
trois  siècles,  contre  laquelle  M.  Cartier 
n'hésite  pas  à  s'inscrire  courageusement  en 
faux.  «  L'opinion  est  généralement  favorable 
à  la  Renaissance;  beaucoup  de  catholiques 
même  en  font  une  gloire  de  l'Église,  parce 
que  Rome  paraît  en  avoir  été  le  centre.  i> 
A  rencontre  de  ce  préjugé,  le  solitaire  de 
Solesmes  estime  «qu'il  y  a  là  une  erreur 
déplorable,  propre  à  arrêter  tout  retour  vers 
l'art  chrétien»  ;  il  s'appuie  pour  la  réfuter 
non  seulement  sur  les  principes  de  l'esthé- 
tique chrétienne  mais  encore  sur  l'étude  des 
chefs-d'œuvre  de  la  Renaissance  et  la 
biographie  de  leurs  auteurs.  Laissons-lui  la 
parole  : 

«  La  Renaissance,  —  dont  le  nom  même 
est  un  mensonge  esthétique  et  une  injure 
au  christianisme,  car  que  pouvait-il  re- 
naître de  vrai,  de  beau  et  de  bien  après  la 
naissance  du  Christ.-'  —  la  Renaissance 
fut  une  grande  victoire  du  tentateur,  une 
révolte  sociale  contre  Dieu  et  son  Lglise, 
un  triomphe  des  trois  concupiscences  sur  la 
chrétienté.  » 

«  La  Renaissance  altéra  le  beau;  la  Réforme 
nia  le  vrai;  la  Révolution  attaqua  le  bien;... 
elles  composent  une  trinité  infernale  et  ne 
sont  qu'un  même  acte  d'indépendance  de 
l'homme,  un  outrage  à  la  souveraineté  divine; 
si  on  étudie  bien  la  Renaissance,  on  verra 
qu'elle  a  été  le  principe  de  la  Réforme,  dont 
la  Révolution  fut  le  couronnement  et  la 
perfection.  La  Renaissance  a  été  une  pre- 


i66 


îRctiue  De   rart  cfjrctien. 


mière  séduction.qui  entraîna  les  deux  autres. 
Elle  profana  le  beau  sensible  en  le  détour- 
nant de   son   but  ;  le  beau    intellectuel  fut 
alors    obscurci  et  le   beau    moral  disparut 
dans  l'orgueil    de   l'esprit   et  l'ivresse    des 
sens...    La  grande  erreur  esthétique  de  la 
Renaissance  est  d'avoir  séparé  le  beau  du 
vrai  et  du  bien  et   de  l'avoir  placé  dans  ce 
qui  plaît   aux  sens.    Les  artistes  n'ont  plus 
cherché  le  beau  en  Dieu,  qui  en  est  le  prin- 
cipe et  la    fin  ;  ils  poursuivent  uniquement 
le  beau  sensible,  et  comme  ce  beau  a  besoin 
aussi  de  vrai  et  de  bon,  ils  cherchent  ce  vrai 
et  ce  bon  dans  les  choses  secondaires,  dans 
l'imitation  de  la  nature  et  dans  la  science  des 
moyens.  C'est  ainsi  que  la  Renaissance  se 
trouva  entraînée  à  l'étude  du  nu,  qui  devint 
pour  elle  une  passion  qu'elle  poussa  jusqu'à 
la  folie.   Le  nu  est  la  forme  de  la  concupis- 
cence ;  l'artiste  de  la  Renaissance  en  fit  son 
idéal  et  le  glorifia  dans  ses  œuvres  contraire- 
ment à  toutes  les  lois  des  convenances  et  de 
la  civilisation.  Il  n'en  rougitpas,comme  Adam 
devant  son  Créateur,  et  ne  craignit  pas  d'en 
offenser  les  regards  de  sa  mère  et  de  sa  fille; 
il  en  souilla  même  le  sanctuaire,  et  la  chapelle 
Sixtine  est  là  pour  montrer  à  quel  excès  fut 
poussée  cette  profanation,  témoin  ce  fameux 
ftigement   dernier,    où   Charles    Blanc    lui- 
même,  ne  peut  voir  c^xinne  grande  planche 
d'anaioinie.  » 


jS— 


MICHEL-ANGE  et  Raphaël  sont  les 
deux  coryphées  del'école  Renaissante. 
M.  Cartier  s'applique,  en  étudiant  leurs 
œuvres,  à  reconnaître  les  déplorables  consé- 
quences de  l'intluence  du  néo-paganisme  sur 
ces  puissants  génies. 

Raphaël,  on  le  sait,  a  compté  de  nos  jours 
des  admirateurs  fanatiques,  qui  malgré  leur 
ardente  orthodoxie,  «lui  rendaient  une  sorte 


de  culte  et  auraient  volontiers  demandé  sa 
canonisation  ».  C'est  ainsi  que  l'abbé  Darras 
déclare  la  Ti'ansfignration  «  le  chef-d'œuvre 
de  toutes  les  écoles,  le  dernier  terme  de  la 
puissance  humaine  en  peinture,  la  limite  qui 
dans  l'art  sépare  l'homme  de  l'ange  »,  tandis 
que   M.   le  marquis   de   Ségur  estime  que 
pour  dessiner  \2. Dispute  du  Sainf-Sacrcme^it, 
le  génie  de  Raphaël,  aussi  immatériel  que 
son  nom,  «  a  été  prendre  au  ciel  ses  couleurs, 
ses  expressions  et  ses  lignes  ».  Ces  éloges, 
même  en  faisant  la  part  d'un  enthousiasme 
hyperbolique,  sont-ils  justifiés.''  \.^  solitaire 
de    Solesmes,    tout  en    reconnaissant    que 
«  Raphaël  est  certainement  la  plus  pure,  la 
plus    belle,  la   plus    séduisante    personnifi- 
cation de  la  Renaissance  »,  n'a  pas  voulu 
s'en   tenir  au  sentiment   général,    dont  le 
comte  de   Maistre  déjà  faisait  la  critique; 
il  étudie  donc  le  peintre  d'Urbin  à  la  fois 
dans  les  actes  de  sa  vie  et  dans  les  œuvres 
de  son  pinceau.   On  aurait  mauvaise  grâce, 
après  avoir  lu  ces  pages,  empreintes  d'une 
admiration  profonde  pour  le  talent  incompa- 
rable de  Raphaël  en  même  temps  que  d'un 
inébranlable  attachement  aux  règles  de  l'es- 
thétique chrétienne,   à  ne   pas  souscrire  au 
jugement  formulé  au   terme    de  cette  con- 
sciencieuse étude:  «  Raphaël  est  le  peintre 
le  plus    admirable,  le  plus   parfait,   le  plus 
heureusement  doué  que  je  connaisse. . .  mais 
Raphaël  n'a  été  chrétien   ni  dans  sa  vie,  ni 
dans  ses  œuvres...   il  a  fait  d'une  manière 
admirable  de  l'art  pour  lart;  il  a  aimé  et 
glorifié  la  chair;  il  n'a  pas  cherché  le  beau 
surnaturel;  il  n'a  pas  vécu  avec  le  CiiuiST 
comme  Fra  Angelico,  et  il  n'a  pu  faire  les 
choses  du  Christ:  Chifa  case  di  Cristo,  con 
Cristo  debe  star  sevipre.  » 

Cette  devise  favorite  du  peintre  angélique 
résume  la  doctrine  catholique  tout  entière 
sur  le  beau.  Le  Christ  est  l'idéal,  car, 
comme   l'a  dit  Lamennais  :  «  Il  est  le  beau 


île   beau   cstîjctiquc   et   l'iDcal    cbrcticn 


167 


complet,  le  beau  dans  ses  rapports  avec  le 
vrai  et  le  bien!  »  Il  faut  donc  que  l'artiste 
s'applique  à  réaliser  dans  ses  œuvres  la 
devise  de  l'Apôtre  :  Iiistaurarc  omnia  in 
Christo.  Dans  la  sphère  artistique  comme 
dans  tous  les  autres  domaines  de  l'activité 
humaine,  le  Christ  est  la  voie,  la  vérité  et 
la  vie.  L'art  trouve  en  Lui  \  alpha  et  F  oméga, 
le  coiuinenceiiicnt  et  la  fin,  il  en  est  la  source^ 
car  rien  de  ce  qni  a  été  fait  na  été  fait  sans 
Lui  ;  il  en  est  le  couronnement,  car  il  est 
la  lumière  qui  a  hii parmi  les  ténèbres  du 
paganisme  et  du  sensualisme  et  qni  éclaire 
tout  Iiomme  venant  en  ce  monde.  Toute  œuvre 
de  l'artiste  doit  être  un  snrsnm  corda;  il  est 
vraiment  juste  et  raisonnable  qu'elle  redise, 
en  tout  temps  et  en  tout  lieu,  la  gloire  de 


Celui  qui  est  la  splendeur  éternelle  de 
l'Auteur  de  toutes  choses.  Heureux  sont 
ceux  à  qui  il  a  été  donné  de  comprendre 
les  grandes  vérités  de  l'esthétique  chrétienne 
et  qui  peuvent  dire,  comme  le  solitaire  de 
Solesmes  au  terme  de  son  œuvre  :  «  O 
Christ!  idéal  de  l'art  chrétien,  idéal  que 
l'œil  ne  peut  voir,  l'oreille  entendre  et  le 
cœur  de  l'homme  concevoir;  idéal  du  vrai, 
du  beau  et  du  bien,  idéal  de  Dieu,  idéal  de 
l'homme,  idéal  du  ciel  et  de  la  terre,  idéal 
du  temps  et  de  l'éternité,  idéal  qu'il  faut 
posséder  dans  son  âme  pour  bien  l'exprimer, 
éclairez-moi;  venez  en  moi,  pour  que  je  vous 
connaisse,  que  je  vous  adore  et  vous  aime  : 
venez  Seigneur  Jésus  !  Vejii,  Domine  fesu  !  » 
B'J"  Jean  Bethune  de  Villers. 


KEVUE  UE   LAKT  CHRETIEN. 
1885.  —  :""  LIVKAISON. 


ï±±^  kkk^AAÈ.  kà.±±^  ^k±±AÈ.^ÂAÈ., 


L^  ^  X  ^  ^^ 


Bvotjcrirs  et  tissus,  conservés  autrefois  à  la 


catj)éï)rale  ïi^Hugers»  (-'"•^-  article).  (voIi-t.  h,  (1884),  p.  270) 


1"^^^^^^^^  ;^  ^  ^  ^^^^  ^^T^'^  ^  ^TfT¥¥¥¥TfT¥¥¥^  ^ 


C&apitrc  i). 


Les  Vestimenta. 


\'ANT  de  commencer  ce  long 
chapitre,  il  ne  sera  pas  inutile 
de  parler  de  quelques  pièces, 
antérieures  à  1297. 

La  chasuble  de  saint  René,  dont  on  n'a 
malheureusement  aucune  description,  fut 
longtemps  conservée  à  la  cathédrale  avec 
son  calice.  Elle  était  sans  doute  fort  usée 
en  1297,  car  elle  figure  au  rang  des  chasubles 
communes  :  //rw  ochy  a/ias  çuofic/iatias, 
computata  illa  sancti  Rexati. 

A  l'église  collégiale  de  Saint-Julien  ap- 
partinrent jusqu'à  la  Révolution  les  vête- 
ments de  saint  Lezin,  évêque  d'Angers  et 
son  fondateur.  C'étaient  juie  aitbe,  une  chape 
(chasuble),  une  étole  et  un  manipule  cC étoffe 
de  soie  rouge  sans  s^alon  :  tous  ces  objets  restè- 
rent dans  le  trésor  jusqu'à  la  translation 
qui  en  fut  ordonnée  par  Mgr  l' évêque  datis  son 
église  (0.  L'étole  était  remarquable:  «  On 
voit  sur  l'un  des  bouts  la  figure  d  Eve  séduite 
par  le  serpent  avec  ces  mots  :  Per  Evam 
PF.RniTio,  et,  sur  r autre  bo2it,  l'AnJtonciation 
avec  ces  mots:  Per  Mariam  recuperatio  [-). 

Enfin  la  collégiale  de  Saint-Martin 
possédait  la  chasuble,  l'étole  et  le  manipule 
de  saint  Loup,  évêque  d'Angers  (3). 

Ces  précieuses  reliques  périrent  en  1793: 
il  n'en  reste  plus  que  le  souvenir. 

D'un  autre  côté  l'ouverture  des  tombeaux 

1.  Aich.  Dcpaitciiic'iitates,  c.  42. 

2.  B.  M.,  ms.  621,  p.  3. 

3.  Arch.  DJp.,  c.  42.  Nous  verrons  plus  loin  cLins  la 
lettre  de  Pocquet  de  Livonnière  au  P.  Montfaucon,  qu'il 
lui  annonçait  le  dessin  de  la  chasuble  de  saint  Loup:  il  a 
été  perdu  sans  doute,  s'il  ajamais  été  fait. 


de  quelques  évêques  d'Angers  aurait  [)u 
nous  donner  de  curieux  spécimens  d'anciens 
ornements  ;  malheureusement,  on  a  presque 
toujours  négligé  de  prendre  note  de  ce  qui 
fut  trouvé.  Voici  cependant  ce  qu'on  sait  des 
tombeaux  d'Ulger,  de  Raoul  de  Beaimiont 
et  de  Nicolas  Geslant. 

Un  chanoine  fit  briser, en  1757,1e  couver- 
cle de  pierre  du  mausolée  d'Ulger,  mort 
en  1 149  :  «  On  le  trotiva  couvert  de  ses  or- 
nements pontificaux.  Ses  souliers  étaient 
quarrés  par  les  extrémités  et  sans  talon,  le 
dessus  était  décoiipé  à  la  façon  de  la  chaus- 
'sure  des  anciens.  Son  suaire  s'était  conservé 
encore  entier  et  presque  dans  sa  première 
blancheur.  Comme  je  n'ai  vu  aucun  des 
restes  de  sa  soutane,  j' ignore  s'il  en.  avait  tine. 
Son  rocket  était  d'une  toile  assez  fine,  sa 
chasuble  d'une  étoffe  de  soie  a  fleurs 
rouges  sur  fond  violet.  Sa  crosse  de  bois 
était  dans  toute  sa  longuettr.  La  populace, 
informée  de  cette  découverte  et  poussée  par 
une  curiosité  funeste  accourut  en  foule  à  ce 
tombeau.  On  l'ouvrit  par  l'endroit  qu'on  avait 
i]iutilement  refermé  dès  le  matin.  Chacun 
s'empressa  d  enlever  quelque  partie  des  vête- 
ments, qui  couvraient  les  ossements  de  ce 
grand  évêque  :  rien  n'  ei'it  échappé  à  ce  pillage, 
si  on  ne  se  fût  empressé  de  cacher  ce  précieux 
ornement  à  ses  regards...  (').  >>  Le  couvercle 
ayant  été  brisé  du  côté  des  pieds,  il  est  fort 
possible  que  la  mitre,  dont  ne  parle  point  le 
chanoine,  auteur  involontaire  de  cette  pro- 
fanation, e.xiste  encore  dans  le  tombeau. 

Le  29  octobre    1846    furent    découverts 

I.  B.  M.  ms.  628,  p.  142. 


T5roDfric.s  et  tissus,  conserves  autrefois  à  la  catècoralc  D'ang;cr.s.       169 


quelques  débris  de  la  chasuble  de  Raoul  de 
Beaumont.enterré  dans  la  nef  en  r  197, vis-à- 
vis  d'Ulofer.  La  fosse  avait  été  bouleversée 
en  I  793.  Il  y  restait  cependant  les  fragments 
d'une  lampe  de  verre,  une  crosse  en  bronze 
et  des    lambeaux     d'étoffe,     conservés    au 


musée  de  l'Évêché.  Le  temps  a  si  profondé- 
ment altéré  les  couleurs,  qu'il  est  impossible 
de  s'en  faire  une  idée  exacte.  Voici  un  dessin 
de  ""/,  ofrandeur  naturelle  d'une  oartie  de 
cette  chasuble,  couverte  de  médaillons  ronds, 
remplis  de  lions,  chimères  ou  fleurs  de  lis  ('). 


Une  petite  rosace  à  quatre  lobes,  brodée 
en  soie  avec  un  pois  d'or  au  centre,  réunis- 
sait  les   médaillons,    dont   l'intervalle  était 


rempli  par  une  lleur  de  lis.   Le   fond  devait 

i.J'en  ai  donné  un  dessin  réduit  dans  l'Albiini,qui  accom- 
pagne ma  notice  sur  les  tombeaux  des  évcciues  d'Angers 


lyo 


ïRcDue   oc    rart   cfjccticn 


être  brun  ou  jaune  foncé,  les  encadrements 
des  médaillons,  les  animaux  et  les  fleurs  de 
lis  sont  brodés  en  or.  Les  feuilles  entre  les 
branches  des  fleurs  de  lis  sont  brodées  en 


soie  rouge  ou  verte. 


Le  12  janvier  1699  fut  ouverte  la  tombe 
de  Nicolas  Geslant,  mort  en  1290.  On  y 
trouva  la  mitre  blanche,  avec  laquelle  il 
avait  été  consacré,  une  crosse  de  cuivre, 
une  croix  de  cire  et  douze  petits  pots  de 
terre,  en  partie  remplis  de  charbon  ('  ). 

La  déclaration,  faite  le  11  juillet  1533 
par  le  chapitre  contre  François  de  Rohan, 
évêque  d'Angers  de  1499  à  1532  pour  le 
contraindre  à  contribuer  aux  réparations  de 
l'évêché,  de  l'église  et  de  son  mobilier 
nous  fait  connaître,  en  8 1  articles,  les  griefs 
des  chanoines,  relatifs  aux  ornements  :  j'en 
donne  de  courts  extraits.  Le  ton  emphati- 
que et  solennel  du  début  est  assez  curieux: 
on  y  verra  en  même  temps  combien  grand 
était  le  nombre  des  ornements. 

^  n Église  (T Angiers  est  tine  belle,grande 
«  et  notable  église  de  fondation  royalcct  église 
«  cathedra  lie  du  diocèse  d  Angiers,  laquelle 
«  est  composée  de  hnyt  dignitéz,  trente  cha- 
«  noynes,  deux  soitbs-chantres,  Jniyt  niaistres 
«  chappelains  et  corbelliers,  huit  à  nenf 
«  vingt  chappelains,  douze  serviteurs,  vingt 
«  drappeliers  et  six  enffans  de  ctieur,  les- 
«  quels  actuellement  jour  et  nuict  font 
((  oraison  et  prières  et  servyce  divin  au  de- 
«  dans  de  la  dite  Église. 

«  2^2.  ffcin pour  servir  lequel servicchono- 
«  rablement  et  dévotement  les  dits  sieurs  et 
«  chapitre  ont  plusieurs  chappes  de  dj'ap 
<<  d'or,  velours,  satin,  damas  et  autre  soyes 
«  et  autres  chappes  et  ornemens  à  grant 
(<■  quantité. 

((  2.:fj.  Item  des  quelles  chappes  et  orne- 
«  mens  précieux  par  quarante  cinq  jours  en 
«  lan  les  dits  doyen,   dignitéz,  chanoynes  et 
I.  B.  E.,  Ct'rémonial  de  Lehoreau,  1.  V,  p.  il. 


«  chappelains  sont    revêtus,  lorsqu'on  fait  le 
«  service  en  icelle  église. 

«  .?//.  Item  des  qîielles  chappes  et  orne- 
«  mens  précieux,  le  dit  évesqiie  d  Angiers  est 
«  tenic  à  tentretenement,  tant  par  coutume, 
«  ancienne  et  immémoriale,  que  aussy  par 
«  disposition  de  droict. 

«  2^^.  Item  et  la  raison  est  bonne,  car 
«  anciennement  toutes  les  églises  cathédral- 
«  les  estaient  églises  régulières  ut  probat 
«  ...  et  lors  les prélatz  estaient  temiz  J'ournir 
«  leu-rs  églises  des  ornemens  comme  estant  le 
«  chef  et  après  le  bien  et  revenu  principal  de 
«  r église  et  les  moyncs  loco  quorum  hodie 
«  successerunt  canonici  habebant  victum  et 
«  vestitum,  comme  aujourd luii  les  clianoynes. 

«  2-f6.  Item  car  leurs  prébendes,  qui  ne 
«  sont  de  vallcur  que  de  2  ou  joo  livres  ne 
«  sont  pour  satisfaire  ad  victum  et  vestitum 
«  duntaxat,  et  par  ce,  ne  sont  tenus  aux 
«  charges,  que  est  tenu,  lévesque,  qui  a  le 
<(  gros  bien  et  revenu  et  est  le  chef  de  l'église, 
«  et  les  chanoynes  sont  seulement  ses  membres 
«  et  ses  ministres... 

«  2^J.  Item  ce  néanmoings  durant  le 
«  temps,  que  le  dit  de  Rohan  a  esté  évesque 
«  d  Angiers,  qui  a  été  le  temps  de  trente  trois 
«  ans,  il  n'a  donné  aucuns  ornemens  en  la 
«  dite  église  ne  soubzveiiu  à  la  réparation  et 
«  entretencment  d'iceulx  ornemens,  pourquoy 
«  sont  tombés  en  grosses  ruynes  et  les  fault 
{(  nécessairement  réparer  et  pour  ce  couste- 
«  rait grands  deniers.... 

« J22.  Item  y  a  en  la  dite  église  cent 

<(  chappes  communes  et  plus  que  les  chappe- 
«  lains  de  la  dite  église  aux  festes  prennent 
«  et  depuis  le  temps  de  jj  ans  que  le  dit  de 
«  Rohan  a  été  évesqtie,  ont  pu  s'endommaiger 
«  de  la  somme  de  200  escuz  et  plus  (').  » 

Le  chapitre  II,  les  VESTIMENTA, 
comprendra,  suivant  l'ordre  des  inventaires: 

I".  Les  chapelles  coMi'LkTES,  Cappella 

I.  Arch.  Dép.  série  G.  N°  264,  passim. 


TBroîJCVics  et  tissus,  conscctics  autrefois  à  la  catbéQralc  D'Angers.      ryi 


INTEGR/1Î,  (chasuble,  tunique,  dalmatique, 
une  ou  plusieurs  chapes,  souvent  deux 
parements  d'autel,  quelquefois  même  des 
courtines  et  des  coussins). 

2"^.  Les  pièces  séparées:  Inful.e,dalma- 
tic.lî  particulares,  capp.e,  stoll.e  et 
manipulli,  burs.e  et  corporalia,  coli.eria, 
poignalia  et  paramenta  altarum,  alb^ 
serice.e,     map/e    serice.e    et    paramenta 

MAPARUM. 

3°.  Les  vêtements  spéciaux  :  vestimenta 
pro  episcopo,  pro  pueris  et  bidellis, 
bireti  et  cirotiiec.e  pro  capsis  portandis. 

4°.  Les  paramenta  altaris,  qu'on  peut 
considérer  comme  les  vêtements  de  l'autel, 
mais  seulement  ceux  qui  ne  figurent  pas 
dans  les  chapelles  complètes. 

5°.  Je  rattache  à  ce  chapitre  les  banniè- 
res, VEXiLLA.et  les  hais,  PALLIA,  pour  porter 
le  Saint  Sacrement  à  la  procession  de  la 
Fête-Dieu  ou  aux  malades. 

I.   CAPPELL.4:   INTEGREE. 

Bien  que  les  inventaires  de  1299  et  de 
1391  n'aient  pas  de  chapitre  sous  ce  titre, 
on  reconnaît  facilement  parmi  les  chasubles, 
destinées  au  maître-autel  et  les  dalmatiques 
certaines  pièces  assorties  et  rentrant  dans 
cette  catégorie. 

1391.  L'évèque  Nicolas  Geslant  (mort  en 
1289)  avait  laissé  par  testament  une  cha- 
pelle verte  :  Décima  (infula),  de  sainicto 
viridi,  ciiiii  aîwtfrasiis  aiireis  ni  statu  suf- 
ficienti.  —  Dalinatica  et  tiuiica,  de  sainicto 
viridi  ejusdem  coloris  cum  infula  superius 
notata.  (De  panno  sericeo  viridi,  cum 
aurifragiis  veteribus  deauratis,  quce  servit 
in  festis  confessorum  et  caret  propriis  stollis 
et  manipulis  1467.)  (Figurata  avibus  et 
variis  bestiis,  rubei  coloris,  habentibus 
capita  et  pedes  aurea    1561,  1606.) 

Des  six  autres  dalmatiques  pour  les  fêtes, 
quatre  de  sainicto  /-///reformaient  deux  cha- 


pelles avec  les  chasubles  tertia  et  quarla,  de 
sainicto  rubei  coloris,  in  competenti  statu  ;  de 
même  les  deux  dernières,  allice  bonce  et 
pulchrce,  quas  dédit  Guillelnms  Major,  quou- 
dam  episcopus  [1JI4),  avec  undecima  (ca- 
sula)  de  panno  albo  serico,  dyaprato,  duppli- 
cata  de  sainicto  croceo  in  bono  statu  ("). 

— •  Item  îina  infula,  cum  dalmatica  et 
tunica,  borne  et  pretiosœ  rubei  coloris,  quas 
dédit  bonœ  memorice  Briencius  deMacJiecolio, 
quondam  [i'jjç)  canonicus  andegavensis.  — 
L'évèque  Foulques  de  Mathefelon,  mort  en 
1355,  légua  «  duas  cappellas,  intégras  et 
fournitas  de  cappis,  pulcherrimas » 

—  Una  cappella  intégra,  rubea,  quam  dédit 
bonce  memorice  deffunctus  Fulco,  quondam 
andegavensis  episcopus,  continens  cappam, 
capsulam,  dalmaficam  et  tunicam,  zonam, 
manipuluin,  stolam,  sandalia,  unum  colerium, 
duo  poignalia,  albam  paratam  et  amictum, 
cui  cappellœ  stola  et  manipnlum  indigent 
duplicatnra.  (Seminata  avibus  peditatis  et 
capitatis  auro  ac  rondellis  etiam  aureis 
1595,  1606.) 

—  Una  alla  cappella  viridis,  fourrata  de 
syndone  rubeo,  continens  cappam,  capsulam, 
dalmaticam,  tunicam,  stolam,  zonani,  mani- 
puluiii,  colerium  et  unum  marchipedem, 
quam  dédit  ecclesice  dictus  dominus  fulco. 
(Panni  damasci  viridi  coloris, cum  aurifragiis 
rubeisad  parvas  stellas,  trifoliisque  nigris... 
infula  deest  1539.)  (Dalmatien  serviunt 
portoribus  reIi(iuiarLiin  in  festis  pr.ecipuis 
1561).  A  cette  chapelle,  on  ajouta:  Item 
una   stola  pulchra  et    nova   et   manipulum 

I.  Guill.uime  le  Maire  fit  un  voyage  à  Paris  et  aux 
environs  avant  sa  consécration  :  il  y  acheta  des  ornements 
et  autres  objets  ;  il  est  fort  probable  que  la  chapelle  en 
question  était  du  nombre.  «  Postmodum,  staliin  /'ans/as 
in  noinine  Domini  revertenles  et  ibidem  tribus  dicbiis 
iiiiinenles,  einimus  initi-am  pulchrain  et  giiamdam  paivi 
prelii,  pannos  sericos  duos  vel  très,  quadam  neccssitiûi 
pro  capclla,  ornainenta  episcopalia  et  alios  paniios  pro 
nobis....  >>  lômai  1291.  Livre  de  Guillaume  le  Maire,  publié 
par  M.  Port,  p.  58. 


172 


Ectiue   oe   l'3rt    cfjtcticn. 


ijgi.  (Deaurata,  qiue  proveniunt  de  abbatte 
sancti  Nicolay,  cuni  ymaginibus  141 8.) 

—  Ite»i  2ina  alia  cappella,  intégra,  de 
paniio  aiiri  rubei  coloris,  cuin  avions  aureis 
et  lozengiis,  quant  dédit  dejfimctus  Michacl 
Régis,  quondaii!  archidiaconus  transiiicdua- 
nensis  et  canonictts  andcgaveiisis  (ijôj), 
continens  capsiilaiii,  dalinaticain,  imiicaiii 
cîim  stolis  et  inaniptilis  et  paraiiientis  amic- 
titiiDi  et  albis.  (Figurata  avibus  cum  capiti- 
bus,  pedibus  atque  quadratis  seu  carellis 
aureis  cum  pulchris  aurifrasiis  1467.)  (Elle 
ne  sert  plus  1561.) 

—  Item  7ina  alia  cappella,  qutc  fuit  doniiiii 
Gerardi judicis  [rj^j],  continens  capsulain, 
dalmaticain  et  tunica/n,  eu  m  uua.  stola  et 
dîtobus  nianipulis,  qnce  cappella  non  est 
dupplicata,  quod  est  magnum  dapnum.  (Vio- 
letti  coloris  1421)  (quee  est  multum  exami- 
nata  et  potest  reparari  de  una  parva  cappa 
panni  consimilis,  quaï  est  etiam  dilacerata  et 
fuit  posita  dicta  cappa  cum  dicta  cappella 
1467). 

—  Itcn/  una  cappella  alba,  qnce  fuit  domini 
Radulphi  (de  Machecoul,  mort  évèque  en 
1358)  episcopi andegavensis,  pulckraet  nova, 
continens  duas  cappas,  capsula  m, daim  atica  m, 
tunicam,  dzias  stolas,  très  manipulas,  tria 
coleria,  quatuor  poignalia,  très  albas  para  tas, 
très  aniictos  et  unam  mapam  paratam. 
(Seminata  avabus  cum  pedibus  et  avibus 
aureis  et  cum  pulchris  aurifrasiis....  et  est 
satis  honesta  1561)  (avec  les  orfrois  à 
pigeons  d'or  1596)  (nommée  les  oyscaulx 
1646)0. 

—  Iton  una  alia  cappella,  pro  mortuis, 
Jatn  diu  empta  per  /.  Beguti  {13 5 5)  de  pe- 
cunia  capparum  {'),  continens  quatuor  cappas, 

1.  B.,  ms.  656,  t.  i,  p.  281 .  —  26  niay  1359.  Arrêté  entre 
les  exécuteurs  testamentaires  de  Raoul  de  Machecoul  et 
le  chapitre,  que  le  dit  chapitre  se  contentera  de  la 
chapelle  blanche  dudit  évoque,  pour  ce  qu'il  pouvait 
devoir  au  dit  chapitre,  durant  sa  vie. 

2.  Ceci  vient  h  l'appui  de  ce  ([ue  je  disais  pkis  haut  re- 
lativement à  l'argent  des  chapes. 


capsulant,  dalinaticain  et  tunicam  cum  dtta- 
biis  stolis  et  tribus  manipulis  et  paraiitcntis 
pro  albis  et  amictis  de  samicto  nigro,  ctvn 
orfrasiis  dupplicibus  et  four  rat  is  de  sandalis 
aduratis  et  poniis  ereis  tenentibus  ad  dictas 
cappas  in  pectore  et  scaptilis. 

—  Item  vestimenta  nigra  pro  def/îinctis, 
videlicet  infula,  dalniatica  et  tunica  ctitn, 
quatuor  cappis  et  multum  devastata. 

—  Item  una  alia  cappella  nova  cotidiana, 
pro  mortuis,  intégra,  de  similibus  peciis  de 
boucacino  nigro,  fourrata  de  boucacino  adu- 
rato  cum  orfrasiis  dtpplicatis  et  cunt  poniis 
ut  supra,  in  alia  cappella. 

Quatre  chapelles  complètes  furent 
données  par  Pierre  d'Avoir,  seigneur  de 
Châteaufremond  ;  voici  ce  qu'on  en  sait 
par  lalettre  de  fondation  de  son  anniversaire 
en  1390  et  par  les  inventaires  : 

—  ...  Duas  capellas  intégras,  de  dyapris 
albis,  galice  de  diaprés  iîlaxs,  quœ  duce 
capcllcr  sunt  munitcc  de  capsulis,  tunicis  et 
dalmaticis  et  paramcntis  altaris  a  parte 
superiori  et  inferiori,  pro  iina  dictaruin 
capellarum  ijço...  (Item  una  alia  capella 
alba  intégra  seminata  de  rosis  ad  arma 
dicti  domini  de  Castrofromundi,  cum  para- 
mcntis altaris  1391),  (la  chapelle  de  damas 
blanc,  nommée  les  Rouscttes.  Reparata  fuit. 
Nota  quod  dalmaticce  sunt  satini  aibi  de 
Burges  per  dominum  Bohic  fabricium  1595) 
(1646).  (Item  duae  peciae  panni  serici  albi 
seminati  de  rosetis  et  in  medio  cujuslibet 
rosetEe  sunt  arma  de  Castrofromundi  1467), 
(positct  fuerunt  rosetre  dalmaticis  per  domi- 
num Bohic  1595). 

Je  reprends  le  te.xte  de  1390,  relatif  à  la 
seconde  chapelle  blanche...  et  de  tribus 
capis  ejusdem  panni  et  coloris  cum  auri- 
fn'oiatis  pulchris  et  décent  i  bus  et  cum  une 
parainento pro  lectrino  seu  pulpito,et  est  dicta 
capella  muni  ta  de  albis,  stollis  et  fenionibiis 


TPioDccics  et  tis5U5,  consctDcs  autrefois  à  la  catbcDralc  D'Angers.       173 


ds  consimili panno  et  collerns  propresbytero, 
dyacoiio  et  subdyacono  et  de  niia  viappa  al- 
taris,  parata  de  itno  paraniento  auri  frigiato 
13ÇO  ;  (couverte  par  endroits  de  rondeaulx, 
où  il  apparaît  quelques  fils  d'or,  nommée  la 
chapelle  des  leçons  des  Vierges  et  du  temps 
paschal  1595)  (1643).  De  cette  chapelle 
faisait  partie  un  antiquum  paramentum 
album  in  duobus  peciis,  fere  consumptum, 
ad  arma  de  Castrofromondi  (1467). 

—  Item  unam  aliam  capellam  de  dyapris 
rubeis,  galice,  dvapres  vermeil,  muiutam 
de  capsula,  tunica  et  d'il  mat  ica,  et  de  para- 
mentis  altaris  firo  alto  et  basso,  et  de  tribus 
capis  cuin  auri/rigiatis  ejusdem  paiini  et 
coloris  ijço.  (Una  rubea  de  panno  serico 
1391)  (duplicata  de  sandalo  adureo  1418) 
(très  cappœ  rubei  coloris  figurata;  avibus  et 
parvis  rosis  aureis,  quas  dédit  deffunctus 
condam  de  Castrofromondi,  cum  bestiis  et 
floribus  ad  arma  de  Castrofromondi  i467)('). 
(la  chapelle  des  neuf  leçons  des  martyrs 
1606). 

—  Item  îinam  aliam  capellam  nigram, 
brodatam  et  ornatam  ad  lacrimas  albas  et 
AD  TALENTA  AURI,  muuitam  de  capsula, 
tunica  et  dalmatica  et  de  paramentis  pro 
alto  et  basso  et  tribics  capis  ejusdem  panni  et 
coleriis  cum  suis  atirifrigiatis  et  albis,  ami- 
clis,  stolis  et  fenionibus  consimilibus  et  cum 
tmo paramento pro  lectrino  ijço  (seminata 
de  lacrymis  argenteis  et  oculis  aureis, 
1467). 

—  Item  una  infula,  cum  dalmatica  et 
tunica  dupplicata  violeti  croceique  coloris, 
quœ  satis  indiget  reparatione  ijçi  (sint  po- 
sita;  in  reparatione  aliorum  vestimentorum, 
1421). 

—  L'inventaire  de  1391  comprend  dans 
rénumération   des   12    chasubles   réservées 


I.  Arch.  dép.,  série  G.  264.,  art.  308.  Item  une  chapelle 
de  damas  rouge,  semée  à  bestes  d'or  fin,  qui  sert  aux  festcs 
des  martyrs,  qui  est  quasi  consommée,  en  faut  avoir  d'au- 
tres, qui  coûteront  la  somme  de  60  1.  et  plus. 


au  grand  autel,  une  chasuble  jaune,  qui 
avec  deux  dalmatiques  de  même  travail 
formèrent  une  chapelle  complète  :  Octava 
(casula)  de  samicto  crocci  coloris,  operata 
diversis  operibus  et  cum  duabus  ymaginibus 
capitum  rétro,  quce  indiget  omnino  diippli- 
catione  et  est  formosissima  —  dalmatica  et 
tunica,  crocei  coloris,  operata  ad  modum 
tnfulœ  ejusdem  coloris  (figurata  de  serico 
croceo,  figurata  pluribus  rondellis  et  barris 
et  in  partibus  posterioribus  sunt  diversa 
capita,  qua;  servit  in  anniversario  circuli 
puerorum  psallette  et  in  festo  Sancti  Mi- 
chaelis  in  Muntetumba  1467).  (La  chapelle 
des  choreaux  1596.)  (Item  une  chapelle  de 
soie  jaulne  brodée  sur  le  champ  de  soie 
tannée  et  bleue,  nommée  la  chapelle  des 
Carreaux,  qui  sert  seulement  à  la  fête  de 
St  Michel  in  INIunte  tomba,  1643). —  Cette 
chapelle  existait  encore  au  XVII Je  siècle. 
Lehoreau  dit  en  effet  que  le  16  oct.  on 
se  servait  à  la  fête  de  St  Michel  in  Munte 
tumba  d'une  chasuble  jaulne  à  l'ancienne 
mode,  sur  laquelle  étaient  brodées  quelques 
petites  figures  de  chérubins,  et  de  dalma- 
tiques de  pareille  couleur  à  l'ancienne  mode, 
les  manches  cousues,  presque  comme  une 
aube,  excepté  la  longueur. 

En  i725,Pocquet  de  Livonnière  la  men- 
tionne en  ces  termes  ://_;•  a  aussi  un  ornement 
complet  d'une  espèce  de  satin  jatine  brodé 
de  soye  noire,  et  dans  le  bas  la  chasuble  est 
toute  fermée  et  les  dalmatiques  à  manches 
fermées  sont  cousues  jusques  à  la  ceinture, 
on  se  sert  de  cet  ornement  à  F  autel  le  jour  de 
St  Michel  {'). 

Cet  ornement  existait  encore  en  1757 
d'après  le  règlement  de  la  sacristie  ;  peut- 
être  môme  ne  fut-il  détruit  qu'à  la  Révolu- 
tion ;  on  en  voit  un  dessin  grossier  dans 
le  Cérémonial  de   Lehoreau,  L.  iv,  p.   203. 

—  1406.  Item    Oliz'crius   Maligneri,  ati- 
1.  Bib.  Nat.  ms  10,912,  fol.  159. 


^74 


iReuiie   De    lart   c&réticn. 


ditoi'  sacri palatii  apostolici  et  cantor  eccle- 
siariun  Andegavcnsis  et  Nannetensis  con- 
cessit,  tradïdit  et  assigiiavit  ad  honore  m 
Dei  et  Virginis  gloriosœ  et  omnium  sancto- 
riim  et  sanctarwn  et  in  remissionem  pecca- 
torum  sui  et  alioriim  quorum  in  aliqno 
potuit  aut  potest  et  in  futtirum  tcneri  très 
casullas,  stollas  et  maiiipulos  ac  paramenta 
albaruvi  et  amictutim  et  duos  patntos  pro 
altari  cuni  ymaginibus  sanctorum  evange- 
listarîim  et  docforuvi  quatuor. 

Quœ  omnia  duplicata  sunt  de  persico 
viridato,  de  bougrano,  de  panno  videlicet 
TiERCELiN  J)E  GENO,  stib  colore  crocco,  pro 
temporibîis  videlicet  adventus  Doiiiini,scptua- 
gesimœ  et  quadragesimce  îisque  ad  pasclia 
exclusive  et  ni/iil  ultra  iisque  ad  tempus  alius 
anni  revolutum  tempore  predicto.  Anno 
Doiiiini  niillcsiino  fi;YY""^  sexto. 

En  Carême  et  pendant  l'Avent  le  diacre 
et  le  sous-diacre  ne  portaient  pas  de  dal- 
matiques,  mais  des  chasubles.  (Très  infulre 
pro  presbytero,  dyacono  et  subdyacono  de 
serico  croceo...  item  unum  paramentum 
majoris  altaris  pro  tempore  adventus  Do- 
mini  in  duabus  peciis...  in  superiori  parte 
est  ymago  Trinitatis,  cum  quatuor  evange- 
listis  et  in  inleriori  sunt  quatuor  Doctores 
ecclesisecum  Virgine  Maria  in  medio  1467.) 
(Quasi  consumpti  1525.)  En  1467  cette 
chapelle  fut  affectée  au  temps  de  l'Avent  ; 
il  y  en  avait  une  autre  en  tiercelin  blanc 
pour  le  Carême. 

1421  —  Huit  panni  particulares  de  l'in- 
ventaire de  1391  sont  transformés  en  une 
chapelle  complète.  —  Item  unus  pannus 
aureus  crocei  coloris  continens  septem  pan- 
nos  cum  bordura  de  armis  Siciliae  et  An- 
degavi...  (seminattis  foliis  aiireis).  —  Item 
unus  alius  pannus  similis  coloris,  emptus  de 
pecunia  ecclesix,  continens  quatuor  alnas. 
(De  istis  octo  parmis facta  fîiit  cappella  ctini 
tribus  cappis.) 


—  Item  alla  cappella,  pnlchra  rubei  coloris 
deaurata,  melior  istitcs  ecclesice  p7'o  majori- 
bus  festis  deservieits,  quœ  etiam  ex  parte 
ipsius  (Ludovici  secundi,  régis  Siciliae) 
data  fuit,  continens  unam  cappam  tantum, 
infulain,  dalmaticam  et  tunicam  cum  stollis 
et  manipulis,  dtcppiicata  (de  satino  figurato, 
seminata  foliis  aureis  et  foliis  ad  instar  folii 
quercus,  ad  armadomini  régis  Sicilice  1532). 
(La  chapelle  des  Petites  Bretaignes,  de 
satin  broché,  1561,  1643.) 

—  Item  alla  capclla  pulchra,  pro  majori- 
bus  conpcssorum,  qiiœ  fuit  facta  expensis 
capittdi  panno  magna persei  coloris,  continens 
infulam,  dalmaticam-  et  tunicam,  cîim  stollis 
et  manipulis,  cum  tribus  cappis,  quarum 
umim  aurifrazium  dédit  dominus  F.  Doni- 
kojninis  ( IJ62)  et  in  eadem  capella  sunt  très 
albce  paratœ  et  très  amictus  ejjtsdem  panni. 
(de  serico  perseo,  seminato  Moribus  aureis 
et  cum  aurifragiis  ad  flores  liliorum  et  ayes, 
et  una  pars  non  habet  flores  1532.)  (de 
panno  dato  per  deffunctœ,  bonse  memoriœ, 
dominam  Margaretam  Andia;,  régis  Renati 
filiam,  qu:e  fuit  Angliee  regina  1539.)  {la 
chapelle  des  Bureaulx  1561.)  (de  l'une  des- 
quelles chapes,  les  orfrois  sont  à  ymages 
1595,  1643)  ('). 

—  Item  una  infula  et  dalmatica  et  tiinica, 
de  panno  nigro  lucaxo,  seminato  avibiis 
aureis  et  très  cappcc,  ducs  stollœ  et  maniputi 
de  eodcm,  pro  iirissis  dcffmictorjim  cum  para- 
nientis  loco  panni,  data  per  regem  Ludovi- 
r//;;i.(figurata  avibus  cum  capitibus,  pedibus 
et  parte  allarum  aureis,  1467.) 

—  Item  per  dictum  rcgcm  et  Yolandam 
ejus  uxorem,  in  ipsius  obscquio,  data  fuit 
juia  infula  cum  dalmatica  et  tunica  et  qtiinqtie 
cappce  et  paramenta   altaris,    cum   duabtts 

I.  Arch.  dép..  Série  G.  264.,  art.  248.  Item  et  mesme- 
mcnt  trois  cliappes,  qui  sont  de  drap  d'or,  appelées  les 
Burcau.r,  dont  les  orfrois  sont  de  fin  or,  où  il  est  besoin 
de  refaire  les  orfrois  de  l'une  des  dites  chappcs  et  réparer 
les  autres,  pourra  coûter  30'. 


T5roDcriC5  et  tissus,  conscrucs  autrefois  à  la  catfjcorale  D'Angers. 


ID 


stollis  et  tribus  vianipiilis  cnm  paramentis 
triiun  albariini  et  Irinm  amittorjtin  et  2ino 
paraniento,  iina  viappa  altaris,  tota  depanno 
(iainaseeiio  nigro,  figurât o  e2tin  mwifragiis 
mircis  cuin  scutis  ad  arma  régis  et  reginœ 
preedictœ.  (Unum  paramentuni  altaris,  con- 
tinens  duas  pecias  de  panno  damasceno 
nigro  :  et  in  superiori  pecia  est  ymago 
Crucifix!,  cuni  ymaginibus  beatœ  Mariœ  et 
bcati  Johannis  Evangelistce  et  in  inferiori 
pecia  est  ymago  beatie  Maria;.  In  qualibet 
quarum  dictaruni  peciarum  sunt  arma  do- 
mini  Régis  Siciliœ,  1467,  1643). 

—  Item  una  capella  rubea,  de  veluto 
figurato  ad fiores  aureas,  continens  easulam, 
dalinaticam  et  tunicam  cum  duabus  stollis, 
tribus  manipulis,  71110  parainento  uniiis  albce 
et  duobus  paramentis  altaris,  dupplicata 
totaliter  bougrano perseo  et  uno  ...  dupplieato 
iierceliiio  perseo  ad  X  V palmas  aureas  eum 
armis  dicti  domini  Lndovici  secundi,  régis 
Siciiice,  dupplicata  tiereelino  rubeo  cum 
orfrasiis  ad  ymagines...  (de  panno  sericeo 
rubeo,  cum  coronis  et  foliis  aureis  floribus- 
que  persei  coloris  ...  1467)  (la  chapelle  de 
vieux  drap  d'or  rouge,  qui  sert  aux  octaves 
du  Sacre  et  de  saint  Maurice  1595)  (et  y  a 
en  quelques  endroits  de  petits  rondeaux  de 
fil  d'or  1606). 

L'évoque  Hardouin  de  Bueil  (1387-1439) 
donna  les  trois  chapelles  suivantes,  inscrites 
à  la  suite  de  l'inventaire  de  142  i  : 

—  Una  (capella)  rubca,  de  panno  veluto, 
ad  cestercia  argentea  stellasque,  coronas 
aiircas,  ornata,  in  gjia  capella  sunt  infula, 
tunica,  dalmatica  eum  stollis  et  nmnipulis. 
Item  très  albce  et  amit i eodeni panno parati. — 
Item  très  capcc  seu plttvinalia  ejiisdein  paiini 
cum  ornatu,  cn?n  aurifrasiis  ad  ymagines  et 
arma  de  Castro  Fromondi.  Item  phiviale  seu 
eapa  depanno  et  veluto  ditiore,  ornatjc parato, 
cum  aurifrasiis  similibus  piyediclis  et  in 
dorso    ipsius    est    Assuuiptio    seu    coronatio 


beatcc  Maria,  ditissime  composita  et  ornata. 
(Cum  coronatione  beatce  Mariae,  angelis  et 
Agnis  Dei,  cum  pluribus  stellis  de  broderia, 
cum  armis  de  Castro  Fromondi  in  aurifrasiis 
1467.)  (La  chapelle  des  Croissants  1561, 
1643).  Cette  chapelle  était  munie  de  deux 
parements  d'autel/^^;^;^^^y//;/^'//i■.  (De  velosio 
rubeo,  senimato  de  croissants  gallice,  stellis 
et  coronis  1467.)  (...  quasi  consumpti  1595.) 
Elle  fut  prêtée  au  roi  de  Sicile,  pour  sa 
chapelle  du  château  d'Angers,  pour  la  fête  de 
Noël  (1443),  qui  fut  célébrée  coram  rege  ('). 
■ —  Item  alla  capella,  in  qua  sunt  infula, 
tunica  et  dalmatica  cum  stollis  et  manipulis, 
de  panno  albo  damasceno.  Item  très  cappce  de 
eodem  panno,  eum  aurifrasiis  perseis  consi- 
milibus.  Item  duo  paramenti  albi  pro  para- 
mento  altaris.  (Ad  arma  de  Castro- Fro- 
mondi 1467.) 

—  Item  alla  capella,  alba  panni  de  satino, 
in  qua  sunt  infula,  tunica  et  dalmatica  sine 
capis.  Item  7inum  corporale  cum  corpora- 
libus.  Item  duo  panni  albi  pro  paramento 
altaris  quic  quidem  capella  deputata  est  ad 
missam  beatce  JMarice  dicbjcs  sabbatinis. 
(Parvum  paramentum  de  satino,  album  in 
duabus  peciis,  qui  servit  altari  beatse  Maria; 
in   navi  ecclesiœ   subtus  Crucifixum,   1467). 

Plusieurs  ornements  furent  remis  à 
l'église,  après  la  mort  d'Hardouin  de  Bueil, 
entre  autres  les  deux  chapelles  suivantes  : 

—  Una  infula,  eum  stolla  et  manipula  et 
paramento  altaris,  de  quo  paramento  factie 
fuerunt  duce  dalmaticce  rubei  coloris  et  albi 
ad  modum  scangrii,  galicc  dcscequier  (échi- 
quier). 

— •  Item  una  alia  infula,  citni  paramento 
altaris  in  duabus  peciis,  viridis  coloris, 
figuratis.     De    predicto    paramciito    factcc 

I.  Conclusions  du  chapitre,  23  octobre  1443.  On  prête 
au  clerc  de  la  chapelle  du  Roy,  pour  la  fête  de  Xocl,  trois 
chappes  aux  croissants,  les  parements  d'autel  semblables 
et  les  ornements  de  drap  de  panne  donnes  par  la  feue  reine 
Yolande. 


KliVLÎE   DE  l'art   CHRÉTIEN. 
1S85.   —   s"'°   LIVK.MSOS. 


lyô 


IReuuc    î)C    r^rt    cfjrcticn 


fuerunt  dnœ  dalmaticcc.  Item  duo  paranicufa 
altaris,  viridis  coloris  ad  barras  aiiri,  quorum 
unu?n  posititm  fuit  in  paramcnto  dictarnm 
daimaticaritm. 

Viennent  ici,  suivant  l'ordre  chronolo- 
gique, les  riches  chapelles,  données  par 
René  d'Anjou. 

Ce  prince,  ami  des  arts  et  très  généreux, 
fit  présent,  le  4  mars  1462,  d'une  magnifique 
chapelle,  connue  jusqu'à  la  Révolution  sous 
le  nom  de  la  grande  Broderie.  Le  roi  et  la 
reine  de  Sicile  assistèrent  à  une  messe  du 
Saint-Esprit,  chantée  parle  chapitre,  pour  la 
réception  de  ce  chef-d'œuvre.  Voici  la  lettre 
de  René,  concernant  ce  don  royal  ('). 

«  Nous,  René  par  la  grâce  de  Dieu,  Roy 
de  Ihûlm  et  de  Sicile,  duc  d'Anjou  et  per 
de  France  et  duc  de  Bar,  comte  de  Provence, 
de  Forcalquier  pour  la  singulière  et  cordialle 
affection  que  avons  et  portons  à  la  dicte 
éo-lise    en    Révérence   et    honneur    du    dit 

es 

monsieur  saint  Maurice  et  de  ses  benoistes 
compaignons  soubs  la  protection  duquel 
avons  fondé  lordre  du  Croissant.  Nous  a 
icelle  église  pour  icelle  décorer  avons  donné 
et  octroie,  donnons  et  octroions  par  ces  pré- 
sentes les  aournements  d'unechappelle  toute 
batue  à  broderie  d'or  contenant  cinq  pièces, 
c'est  assavoir  chasuble,  tunicque,  dalma- 
ticque,  chappe  et  ung  parement  dautel  hy- 
storiés  de  la  Passion  Notre  Seigneur.  Et 
avons  voulu  et  voulons  que  des  à  présent 
comme  pour  lors  notre deces  advenu  ladite 
église  et  les  supposés  d'icelle  puissent  joir  et 
user  de  notre  présent  don  et  octroie  et  eulx 
servir  d'iceulx  aournements  aux  jours  et 
festes  convenables  et  requis   sans  ce   que 

après  notre  deces  il  leur  avoir  autres 

lettres  de  don  des  dicts  aournemens  que  ces 
présentes  et  sans  que  nos  successeurs  ou 
aiant  cause  leur  en  puissent  faire  demande 

I.  Registres  delà  Fabrique,  t.  I,  p.  72.   Littera  dona- 
cionis  pulcherrimx  capelliu  per  Renatum   regem  SiciliK. 


en  question  aucune  le  temps  aucun.  En  re- 
servant touttefois  avons  que  tant  que  vi- 
vrons nous  nous  en  pourrons  servir  en  notre 
chappelle  aux  jours  et  festes  que  bon  nous 
semblera.  En  tesmoing  de  ce  nous  avons 
signé  et  desputé  et  fait  signer  de  lun  de 
nos  secrétaires  et  apposer  et  placquer  notre 
scel  de  scrict.  Donné  en  nostre  chastel 
d'Angiers  le  iiij  jour  de  mars  lan  de  grâce 
mil  rccc  soixante  et  deux. 

Tj,      ,    Par  le  roy  nions  le  marquis  Dupont  aisn(5,  fils  de 

'  monseigneur  le  duc  de  Calabre  et  de  Loraine  aisné 

filz  du  dit  S'  Roy.  Les  comtes  deWaudemont  et  de 

Troye Jehan  s'' de  Beauveau, sen"'  daniou  Sallahdin 

dangleure  s'  de  Nogent  le  s'  de  Natelieure  et  plu- 

[sieurs  autres  presens. 

Nardiîau. 

1467.  —  Pulckerrima  cappella,  data 
ecclesiœ  per  serenissimiim  doinimim  nostrtim, 
domiiium  Renatum  regem  Iherusalem,  Sici- 
liœ  et  Ar agonis  ducemque  Andegaviœ,  mira- 
BiLi  ARTiFicio  contcxta,  brodât  a  ad  historiam 
de  vita  Christi  ab  annonciatione  dominica 
risque  ad  resurrectionem  Christi  inclusive, 
contincns  cappain,  iufulam,  duas  dalinaticas 
et  ununi parante ntum  altaris  de  resnrrectione 
Domini.  {\^Vi grant  chappelle, (\\i\  sert  à  Noël 
—  le  grand  parement,  qui  sert  à  Pâques 
1561)  [\?i  grande  chapelle,  faite  de  broderie 
à  ymages  fort  précieuses  et  riches  ....  1643.) 
(Un  autre  parement,  fait  en  Provence, 
comme  le  reste  de  la  chapelle,  fut  donné 
quelques  années  après.  Item  unum  aliud 
paramentum  de  passione  Domini  1505.) 
(Le  grand  parement  du  devant  d'autel,  qui 
sert  à  Noël,  1561.)  (Deux  beaux  et  riches 
parements,  faits  de  broderie  à  ymages,  fort 
précieuses  et  d'une  même  façon,  1643.) 

Item  une  estole  et  un  fanon  de  drap  d'or 
changeant,  cjui  ne  sont  apariés,  faits  à 
broderie  et  personnages  et  servent  à  la  grant 
chapelle,  1595. 

Pierre  du  I  '/liant,  peintre  du  roi  de 
Sicile,  broda  ces  belles  pièces;  son  héritière 


ISroDcrics  et  tissus,  conserves  autccfois  à  la  catbcDrale  D'3ngcrs. 


// 


reçut  en  1478  à  titre  de  reliquat  de  compte 
la  somme  de  4782  florins,  8  gros  ('). 

René  écrivit  au  chapitre  le  15  nov.  1479 
pour  le  prier  d'envoyer  chercher  un  second 
parement  d'autel,  du  même  travail...  «... 
Avons  fait  continuer  depuis  notre  partcmcnt 
de  notre  ville  d'Angers  le  parement  d'autel, 
selon  l'ouvrage  des  orfrois  des  chappcs, 
chasubles  et  autres  ornements  que  pieçà 
donnâmes  en  la  dite  église,  tellement  que  de 
présent  est  du  tout  parfait  et  achevé.  Veuillez 
envoyer  aticuns  de  vos  confrères  et  concha- 
noines pour  recevoir  le  dit  parement,  que  leur 
ferons  bailler.  —  Arles,  /j  nov,  I4jg  »  (^). 

Cette  chapelle  était  fort  estimée  en  1533. 
—  Art.  276.  Item  la  grant  chapelle,  qui  est 
une  chappc,  chasuble,  pour  diacre  et  sous- 
diacre,  toute  d'or  fn  nué  tant  du  long,  qtie 
du  travers,  que  l'on  estime  lx  mil  escus, 
pourra  cotister  à  réparer  jj  escus  if). 

La  grande  broderie  dont  Lehoreau  parle 
avec  admiration  dans  son  Cérémonial,  était 
estimée  de  son  temps  40,000  escus  (■*)  ;  elle 
ne  servait  que  le  jour  de  Noël,  de  Pâques 
et  de  la  Fête-Dieu.  Le  rèoflement  de  la 
sacristie  de  1757  dit  qu'on  ne  la  prenait 
plus  le  jour  du  Sacre,  crainte  de  la  poussière, 
dont  l'ég^lise  était  remplie.  Les  parements 
d'autel  ornaient  le  reposoirdu  Jeudi  Saint  : 
l'un  d'eux  fut  restauré  et  monté  sur  une 
carrée  de  tringles  en  i  764  (-).  La  chasuble 
fut  raccourcie  en  1763  (°). 

A  la  fin  du  règlement  de  1  757  on  lit  parmi 
les  observations  faites  aux  sacristains  celle- 

1.  Revue  des  questions  historiques,  1874,  p.  164.  Extrait 
des  Archives  des  Bouches-du-Rhône,  B.  273,  f"  igo. 

2.  Buil.  inonum.  de  P Anjou,  ii>57,  p.  88. 

3.  Arch.  di'p.,  sdrie  G.  264, art.  276. 

4.  B.  E.  C('réinonial  As  Lehoreau,  t.  V,  p.  14. 
•i.ArLh.dc'p.,icnc  G.  83  5,  comptes  de  Fabrique  1764a  1765. 

Alademoiselle  Lochard,  tapissière  pour  avoir  raccommodé 
le  devant  d'autel,  pareil  au  magnifique  ornement  de  la 
grande  broderie,  lequel  sert  présentement  au  reposoir  du 
jeudi  saint ...  48  livres. 

6.  .4>xh.di'p.,iûv\c  G. 835., comptes  de  Fabrique  de  1762 
à  1763.  Pour  avoir  fait  raccourcir  la  cliasuble  de  la  grande 
broderie,  relever  et  appliquer  le  galon  en  broderie,  qui  en 
fait  la  bordure,  6  livres. 


ci  :  «  On  ne  peut  trop  engager  les  sacristains 
d'avoir  un  soin  partictilier  des  ornements, 
surtout  de  L.\  gr.\nde  broderie,  qïd  est  le 
plus  bel  ornement  de  France,  de  le  couvrir 
toujours  avec  des  chappes  doublées  de  soie  et 
jamais  autrement  ...»  ('). 

L'unanimité  des  éloges,  donnés  par  tant 
de  témoins  vivant  à  une  époque  où  le  style 
gothique  était  pourtant  bien  dédaigné,  est 
curieuse  à  constater.Ce  magnifique  ornement 
fut  dépecé  et  brûlé  à  la  Révolution  (■). 

—  Sccunda  pulchra  cappella  panni  atiri 
preciosissimi  figurati,  continens  cappam,  in- 
fulam,  duas  dalmaticas  cum  aurifragiis  ad 
historiam  de passione  Domini  fesu-Christi 
beatique  Maitricii  et  sociorum  ejus,  data  per 
dictum  regem.  —  Très  pecice  panni  auri 
cramoisy, gai  lice,  semmatœfloi-ibus  cardonum 
et  cum  scuczonibus  ad  arma  domini  Renati, 
régis  Siciliœ  ad parandum  majus  altare  de 
longitudine  dicti  al  taris  et  latent  m,  datœ 
per  dictum  Regem  et  sunt  de panno  ditissimo 
et  sei'viunt  in  majoribus  festis.  Item  duce 
pecice  paramentoru7n  panni  aitrei  seminati 
foliis  aureis,  co7iti/ientes  qucelibet  pecia  très 
alnas  vel  circa  et  pomtntur  de  longitudine 
dicti  alla  ris.  Item  unum  paramentum  altaris 
m  iina  pecia  de  velosio  rttbeo,  in  quo  est 
coronatio  beatœ  Marice,  continens  tredecini 
ymagincs  de  broderia.  (Le  grand  parement 
de  drap  d'or  rouge,  qui  sert  aux  festes 
solennelles  comme  Noël,  la  Saint- Maurice 
1Ô43).  Quatuor  auricularia  panni  aurei 
cramoisy,  seminati  foliis  cardonum,  cum 
quatuor   houpis   de   simili   paramento.   (La 

CH.VPELLE  JOYEUSE    I  56  I -I  643.)  (5). 

1.  Musée  de  l'Évêché. 

2.  Arch.  dép. 

3.  Arch. déplient  G.,  N. 267, art. 267  et  27S.—  Item  une 
chappe  d'or  frisé,  qu'on  appelle  la  Joyeuse,  à  orfroi,  qui 
fort  endommagée,  pourra  coûter  à  réparer  la  somme  de 
50  escus.  Item  la  chasuble  et  deux  dalmoircs  de  la  dite 
chapelle,  tant  pour  les  orfrois,  que  drap  d'or  fin,  pourra 
coûter  à  réparer  la  somme  de  60  escus. 

B.  M.,  ms.  658,  p.  28S.  Entrée  de  M«''  Henri  Arnaud.  On 
lui  présente  sous  le  porche  une  chape,  appelée  lay<»)v«Jt'. 


178 


iR  c  U  u  c  D  c   r  3  r  t   c  I)  v  c  t  i  c  n . 


—  Tcrtia  pulchra  capclla  panni  aiiiri 
de  velosio  nigro  super  velosiiini,  ciun  foliis 
cardomim  et  arboribits,  dcserviens  m  com- 
vicmorationc  viorluoj-uin,  coutinens  cappani, 
infulam,  duas  dalmaticas    anii   mirifragiis 

ad  hisioriat}! If  cm  qiiinque  peciœ  paniît 

aurei  de    velosio  iiigro  super  velosiuiu,    sc- 
minatœ  foliis  cardonum,   quartirn  ducv  su7it 
pro    tabula    altaris,    tam    snperiori  quam 
inferiori,    et    7ina     illaniui,     qucc   est    bor- 
data  continet    très    alnas   cuni    tcrtia  parte 
alnce.  Altéra,   qua  non  est  bordât  a,  continet 
très  alnas   cuvi   diviidio  quartcrio.    Tertia 
magna  petia,  quœ  ponitur  super  altarc  juxta 
capsani,  continet  quinque  alnas  citni  uno  tertio 
et  est  bordata   de   velosio  in  parte  snperiori 
duntaxat.    Dtiœ    aller  peciœ  pro    latcribus 
altaris,  continentes  qucrlibet  très  alnas  cuvi 
diniidio  quarterio  et  snnt  bordatcc  de  velosio 
ab  utraque parte,  fiicrnntquc  dater pcr  dictitni 
doniinmn  Renatuni,  regeni  Siciliœ  cuni  cap- 
pella similis  panni.  Item  quatuor  carelli  de 
panno  aurco  nigro  valde  pretioso  super  velo- 
siuin  et  serviuntin  crastinoomniitm  sanctornni 
et  snnt  vacua.  —  L'inventaire  de  1 505  dit,  en 
parlant  de  cette  chapelle  :  ad  historiam  de 
passione  Domini  ;  d'autre    part,   d'après  un 
compte    de    fabrique    de    1464    à    1465    il 
paraît  évident  que  les  orfrois  de  la  chapelle 
rouge  furent  placés  sur  celle  de  velours  noir. 
(La  grant    chapelle    des    trépassés    1561.) 
(Une  belle  chapelle  de  drap  d'or  sur  velours 
noir  frisé  1643.) 

—  Item  alla  capclla  panni  aurei,  miinita 
aurifragiis,  ad  arma  ducis  Britannice,  conti- 
jiens  duas  c  appas,  consimiles,  infulam,  duas 
dalmaticas  cum  stollis  et  manipulis.  (La 
chapelle  des  Grandes-Bretaignes  et  les  deux 
chappes  de  mesme,  1561-1643.)  ('). 

—  Item  altéra  cappella  de  panno  série eo, 

1.  Ibid.,  art.  283.  Item  la  chasuble  et  deux  dalmoires 
de  drap  d'or  fin  frizé  sur  velours  cramoisy  et  orfrois  d'or  tin, 
aux  armoiries  de  Bretagne,  pourront  coijter  à  réparer  la 
somme  de  60  escus. 


seminato  foliis  aitrcis,  coutinens  infulam, 
dalmaticas  cum  unastola  et  uno  manipulo,  et 
in  infula  sola  snnt  arma  deffunctcc  RIaricc 
regincc  Sicilicc.  (...  de  purpura  seu  velosio 
rubeo,  seminata  foliis  quercuum  aureis  ... 
1539.)  {^La  chappelle  des  feilles  de  chcsne 
I  561- 1643.) 

—  Item  una  altéra  cappella  de  velosio 
violeto,  qucc  fuit  facta  de  tunicâ  defnnctce 

Ysabcllis,  regincc  Siciliœ,  cum  aurifragiis, 
sine  cat>pa.  (Capella  purpura  velousio  rubeo 
sive  violeto  figurato...  la  chappelle  qui  sert 
aux    festes    des    Appostres    et  dymanches 

1561)  (de  velours  rouge,  tirant  sur  couleur 
de  pourpre  1643). 

— ■  Capellœ  communes.  —  Item  tma  alla 
cappella  antiqua,  de  panno  serico  albo  figurato 
avibus  cum  capitibus  aureis  et  oculis  7iigris 
et  in  ejus  aurifragiis  suiit  duo  scuzoni pluries 
facti  :  continet  très  cappas  vctustate  consump- 
tas  cum  infula,  dalmaticis,  una  stolla  et  uno 
manipulo.  (La  chapelle  blanche,  nommée 
les  yeux  noirs  1595.) 

—  Item  una  alla  cappella  cum  infula 
panni  serici  et  dalmaticis  de  bombace,  gallice 
fustaine,    multum   consumpta  cum  stollis  et 

manipulis,  dcserviens  die  lunœ  et  die  mercurii 
in  missis  beatœ  Mariée.  (1505.) 

—  Item  una  cappella  de  satino  rubeo 
piano,  quœ  servit  quotidie  in  diebus  feriatis 
et  caret  stollis  et  manipulis.  (1595.) 

—  Item  una  alla  cappella  de  damasto 
viridi  per  dominum  Fournicr,  canonicum 
ad  missas  bcatoritm  Sebastiani  et  Serenedi 
duntaxat,  deserviendum,  ad  dicti  Fournicr 
arma,  Icgata.  ([643.) 

—  Cappellce  pro  mortuis.  —  Item  una 
cappella  nigra  de  ostade gallice,  qucc  deservit 
quotidie  in  missa  anniversariorum. 

—  Item  très  aliœ  infulce,  quarum  duœ 
sunt  de  tiercelino  albo  figurato  ad ymagincs 
et  angelos  cum  duobus  stollis  et  duobus 
manipulis  de  pari  panno  :  altéra  pro  subdya- 


15voDei'ics  et  tissus,  conserves  autrefois  à  la  catfjciiralc  D'Angers.      179 


cono  de panno  damasceno  albo,  sine  maniptdo 
et  serviiint  die  un  s  doniinicis  Kadragesiiiue. 
(1505.)  Item  zimun  parameuttini  majoris 
altaris  iii  ditabns  peciis  de  tiercelino,  depicto 
ymaginibiis     pro     teinpore     Kadragesinicc. 

—  /te/u  uiia  cappella,  ex  panno  albo 
deaiirato  cuiu  dalniaticis,  stollis  et  manipnlis 
data  per  depfnnctnni  doniinnin  de  Rely,  cpi- 
scopnin  Andegavenseni.  (1498.)  —  Item  tria 
paramenta  ad  deserviendnin  majori  altai'i, 
munita  circnniqnaque  velosio  violato,  data 
ecclesiœ  per  bonœ  meviorice  dcfnnctjini  doini- 
nnm  de  Rely.  (Le  grant  parement  de  drap 
d'or  blanc,  pour  les  festes  de  Notre-Dame, 
my-août  et  autres,  1643.) 

1505.  —  Item  una  capella  alba,  ex  satino 
albo,  einn  anrifragiis  veluti  violet i,  continens 
infulam  et  dalmatieas.  (1539.) 

—  Item  capella  cnm  dalmaticis  de  velnto 
nigro.  (1525.) 

1525.  —  Item  nna  capella  panui  dama- 
sceni  cendrati  continens  in/nlam,  dnas  dal- 
viaticas  cnm  anrifragiis  de  tajjetazio  rîtbeo 
cnm  Jloribns  albis  et  viridibns.  Capella  pro 
mortnis.  (La  chapelle  Cendrée,  1561.) 

1539.  —  Item  iina  alla  capella  pan  ni 
aurei  rasi  viridis  coloris,  continens  in/nlam, 
duas  dalmatieas,  dnas  stolas  et  très  manip7ilos, 
data  per  de/jnnctnm  boiuc  memorice  Reve- 
rendissimnm  in  Ckristo  patrem  et  domintim, 
domimim  Franciscnm  de  Rohan,  qnondam 
ai'c/iiepiscopnm  et  comitem  Lugdîinenseni 
et  episcopnm  Andegavensem,  Andegavinm 
filium  domini  Pétri  de  Rohan  Francicr 
marescali,  cnm  viveret,  ad  eornm  arma 
insignita.  (La  chapelle,  qui  sert  à  la  Saint- 
Martin  et  à  Saint-Jean-Baptiste,  1561.) 
(La  chapelle  de  Monseigneur  de Lyon,évesqne 
d'Angers,  lô-fji) 

—  Item  nna  capella  de  velozio  violeto, 
qnam  Jecit  eomponere  dominas  Fahic  (/jjy), 
expensis  Jabriccc.  Est  intégra.  (La  chapelle 


de  velours  violet,  qui  sert  aux  festes  des 
confesseurs  a  trois  chapes  doubles  1561.) 

— •  Loco  triiini  veternm  caparnm  pamii 
OSTADI-;  nigri,  pro  dejfunctis,  fnernnt  factce 
très  alice  capce  cnm  casnlâ  et  ditobas  dalmati- 
cis, munîtes  aurifragiis  futani  violet  i.  (ijôi.) 
Similiter  fnerjint  loco  veternm  casulce  et 
dalmaticarnm  damasci  nigri  confectee  aliœ  et 
positce  aurifragiœ  veternm,  qnia  consumptœ. 

1595.  —  Item  nna-  capella  de  velozio 
viollato,  nova,  fulcita  casula,  dnabus  dalma- 
ticis, capa  duabns  stollis  et  tribus  manipnlis 
eju,sdem  panni  {^16^/). 

ISQ*^'  —  Item  une  chapelle  de  velours 
ronge  incarnat,  garnie  d'une  chasuble,  deux 
dalmatiques,  une  estolle  et  deux  fanons,  nom- 
mée la  chapelle  ad  Arma  Sancti  illauritii. 
(On  y  ajoute  deux  chapes  de  velours  rouge, 
dont  les  orfrois  sont  faits  à  figures,  de  fil 
d'or  1606)  (et  au  chapperon  y  a  un  nom  de 
Jiisus  et  des  fleurs  de  lis,  1643).  {-^  cette 
chapelle  on  joint  encore  deux  autres  chapes 
de  v^elours  rouge,  dont  l'une  est  brodée  de 
jaune  en  bas  et  deux  escuçons  aux  chappe- 
rons,  1643.) 

—  Item  une  autre  chapelle  de  velours  noir, 
garnie  d'une  chasuble,  de  deux  dalmatiques, 
dont  les  orfrois  sont  de  toille  d'aigetit  rayée 
de  noir,  deux  belles  étoiles  et  trois  fanons 
de  mes  me  velours,  garny  de  franges  au  bout 
et  y  a  ti'ois  croix  de  passement  d'or.  — ■  Item 
deux  chappes  de  vellours  noir,garnyes  de  taille 
d'or  rayées  de  noir,  comme  la  chapelle  précé- 
dente. — Item  une  belle  et  oie  de  vellours  noir, 
bordée  aux  deux  côtés  de  passement  d'or  et 
garnie  de  trois  croix  de  mesme  passement 
dor,  scavoir  au  milieu  et  aux:  deux  bouts. 
—  Item  trois  pièces  de  parement,  dont  y  a 
une  de  satin  et  les  deux  aultres  de  taffetas,  le 
tout  orange,  qui  servent  à  parer  le  dit  autel 
au  temps  des  advents  avec  trois  chasubles  et 
une  chape,  pour  servir  aux  prêtre, soiibs  chan- 
tre, diacre  et  sous  diacre. 


i8o 


IRcuuc    De    l'art   cïjtcticn. 


1599-  — •  Jtcui  une  chapelle  de  drap  d'or 
blanc,  garnie  d'une  chappe,  d'tme  chasuble, 
deux  dalinatiqncs,  deux  étoiles,  trois  fanons, 
donnée  par  monsieiir  de  Beaulieu  Ruzé 
(évêque  d'Angers,  i^'èy),  secrétaire  d État 
et  y  sont  les  armes  de  roy  Henri  quatriesnie 
(trois)  et  celles  du  dit  sieur  de  Beaulieu 
(garnie  de  trois  chappes,  faites  du  parement 
d'autel  de  toille  d'argent  battue  d'or,  es 
quels  sont  les  armes  de  France  et  de  Po- 
loigne  et  du  dit  deffunt  sieur  Ruzé  évesque 
et  de  deux  carreaux  de  toille  d'argent  battue 
d'or,  donnéspar  ledit  sieur  Beaulieu  Ruzé). 
(Nommées  les  Rîcsées,  1643.) 

1 643.  Une  chapelle  de  velours  violet,  garnie 
de  leurs  étoiles  et  fanons  avec  l'écharpe, garnie 
de  clinquant  d' argent,  qui  sert  aux  diman- 
ches de  r Avcnt  et  du  Caresme  avec  une 
chappe  de  velours  tanné  brun,  aussi  garnie 
de  clinquant  d'argent. 

—  Item  une  chapelle  de  satin  violet,  conte- 
nant une  chasuble,  deux  dalmatiques,  deux 
étoiles  et  trois  fanons,  oîi  sont  les  armes  de 

feu  M.  Fouquet,  vivant  évêque  [1616-1621) 
garnie  de  clinquant  d'argent,  qui  sert  les  jours 
de  Pâques  fleuries,  vendredy  et  saniedy  saint. 

—  Item  une  chapelle  de  damas  rouge,  où 
sont  aussi  les  armes  dîidit  seigneur  évêque, 
garnie  de  deux  dalmatiques,  étoiles  et  fanons. 

—  Item  tine  chapelle  de  tabis  violet  à  fleurs, 
oii  sont  pareillement  les  armes  dudit  seigneur, 
garnie  de  deux  dalmatiques,  étoiles  et  fanons, 
qui  sert  aux  vigiles. 

—  Item  une  chapelle  de  damas  vert,  oii 
sont  aicssi  les  armes  du  dit  seignejw,  garnie 
comme  dessus,  qui  sert  aux  dimanches  pcr 
annum. 

—  Itein  une  vieille  chapelle  de  damas 
violet  contenant  la  chasuble,  deux  dalmatiqties 
(mises  pour  chasubles)  coupées  par  le  devant 
avec  es  toiles  et  fanons  avec  le  parement  du 
grand  autel  de  même,  qtci  sert  à  lavetit  et 
au  caresme. 


ii.  les  pièces  séparées  :  inful.^,  dal- 
matic^  particulares,  capp^,  stoll^ 
et  manipulli,  burs^  et  corporalia, 
colleria,  poignalia  et  paramenta 
albarum,  alb.<e  serice^e,  map^c  serl- 
ce^e,  et  paramenta  maparum. 

Inful.ï;. 

1297.  —  Item  quatuor  dcccm  in  fui  as  bonas 
et  pulc  liras  pro  festivitatibus. 

On  en  retrouve  douze  dans  l'inventaire 
de  1391  : 

Duœ  sunt  antiquse  et  multum  devastatse. 

Tertia,  quarta  de  samicto  rubei  coloris  in 
competenti  statu. 

Ouinta  de  samicto  rubei  coloris  in  com- 
petenti statu. 

Sexta  de  panno  mixto  auri  cum  orfrasiis 
aureis  satis  antiquis  et  indiget  reparatione. 

Septima  de  samicto  adurato  cum  leopar- 
dibus  aureis,  dupplicata  de  rubeo  in  bono 
statu.  (...  persei  obscuri  de  satino  cum 
leopardibus,  croissans  et  soleils  gallice,  ad 
legendum  lectiones  in  vigiliis  PaschEC  et 
Penthecostes  1539).  (Item  six  chasubles 
anciennes  à  dire  les  prophéties la  cin- 
quième de  taffetas  renforcé  avec  orfroys  à 
personnaiges,  semée  de  lyons,  de  croissans 
et  soleils,  doublée  de  taffetas  rouge,  1643.) 

Le  dessin  de  cette  chasuble  fut  fait  en 
1725  par  les  soins  de  Pocquet  de  Livon- 
nière  pour  dom   Montfaucon   (').   Il  existe 

I.  Bibl.  Nat.,  ms.  11,  918,  f'  156. 
Mon  très  reucrend  l'ère. 

Je  vous  ay  fait  long-tems  attendre  peu  de  choses,  cest 
plus  la  faute  des  dessinateurs  que  la  mienne  il  y  a  deux 
mois  qu'un  sculpteur  me  fait  espérer  un  beau  dessein  de 
la  Chasuble  non  acheuee  de  saint  Loup  notre  trentqua- 
triù'me.  Eueque  que  le  chapitre  de  saint  Martin  conserue 
aussi  preticusement  que  ses  reliques  ; 

Voicy  celles  de  la  Cathédrale,  M.  l'abbd  de  la  Chali- 
niere,  chanoine  et  professeur  de  Thie  a  pris  les  mesures 
au  juste  en  ma  présence  ayant  tout  fait  transporter  chez 
luy.  L'échelle  est  la  réduction  ordinaire  des  pieds  en 
pouces  et  des  pouces  en  lignes.  Il  a  tracé  la  Chasube  . 
(sic)  violette  le  reste  et  l'aube  pour  la  rouge  et  celle  de 
Damas  cest  on  orfeure  qu'il  y  a  employé  trois  jours,  il  y  a 
dans  les  pièces  du   bas  de  laube  des  choses  qui   ne  sont 


T5roDcric,3  et  tissus,  conscrucs  autrefois  à  la  cathcûrale  O'angccs.      18 1 


encore  avec  quelques  autres  que  je  donnerai 
plus  loin,  à  la  Bibliothèque  Nationale,  où  je 
l'ai  fait  copier,  d'après  l'indication  de  Mon- 
sieur de  Linas. 

Si  on  compare   cette   esquisse,   quelque 


grossièrement   tracée  qu'elle  soit,  avec   le 
manteau  d'Othon  1\",  donné  (pi.  X,  fig.  13) 

pas  acheuées,  votregraueur  les  suppleraet  rectifira  le  tout. 

Le  jeudy  saint  les  fêtes  de  saint  .Marie,  saint  Maurille 

et  saint  André  les  ciirds  de  la  ville  qu'on  apelle  Cardi- 


dans  le  magnifique  ouvrage  de  l'abbé  Bock 
intitulé:  Kleinodicn  des  heil.  Roiiiischen... 
on  est  frappé  de  la  ressemblance  de  ces 
deux  pièces.  On  les  dirait  sorties  du  même 
atelier.  La  couleur,  la  disposition  du  semé 
de  léopards,  de  croissants  et 
de  soleils,  les  rinceaux,  tous 
les  détails  offrent  une  analogie 
frappante. 

Octava  de  samicto  crocci 
coloris...  Voir  aux  chapelles 
complètes. 

Nona    operata    de    Horibtis 
iliorum     et    avium    in     statu 
competenti. 

Décima  de  samicto  viridi  ... 
Voir  aux  chapelles  complètes. 

Undecima  de  panno  albo 
serico  dyaprato  ...  idem. 

Duodecima  de  samicto  albo 
satis  antiqua,  in  pluribus  locis 
perforata,  cujus  dupplicatura 
est  totaliter  inutilis. 

—  Itou  ocio  a  lias  qiiotidia- 
nas,  coniputata  illa  sancti 
Rexati.  (Alia;  vero  septem 
sunt  antiqua;  minoris  valoris 
Ï391O  (Quinque  fuerunt  po- 
sitae  in  reparatione  alioruni 
vestimentorum,  duai  rémanent 
nullius  valoris  1418.) 

1 39 1 .  Item  octo  alice  iiifulce, 
qiiarnin  uiia  est  nova,  de  panno 
serico  diversonun  colormn  et 
diipplicata  de  serico  viridi. 

1 42 1 .  Après  la  mort  de  1  evê- 
que  Hardouin  de  Bueil,  on 
remit  plusieurs  chasubles  au 
chapitre  : 

—  Item  uiia  infiila  siiiiplex  coloris  aiirei 
figurata. 

naux  ainsi  qu'a  Sens   et  autres  anciennes    Cathédrales 
asistent  en  Chasuble  rouge  l'officiant. 

Il  y  a  beaucop  d'autres  particularités  dans  notre  Église 


l82 


iRcuiic  Dc  rart  cJjrctien. 


—  Item  7ina  alia  iiifula  picta  albi  coloris 
cum  stolla  et  alba. 

1467.  Itou  est  de  panno  aureo  legato 
ecclesùc  per  defiinctnm  inagistrum  fohannein 
de  la  Jumelière  ad  faciendani  unani  infulani 
et  est  valde  preciosa.  Modo  facta  est  dicta 
iiifula  ciuit  pulchris  aiirifragiis  ad  arvia 
dicti  de  la  Jiimelicre.  (Item  una  infula  de 
panno  aureo  violato  precioso...  1505.) 
(CommoJata  fuit  domino  du  Mas  decano 
(1535)  per  capitulum  ;  loco  illius  dédit  aliam 
capam  panni  velosii  aurei,  1539.) 

— Item  una  iiifitla  sola,  qiice  servit  in  capel- 
la  crnciata  de  parte  palacii,  Jibi  est  sepultnra 
defuncti  fohannis  Michaelis.(\  nfula  delaniata 
et  in  reparatione  aliarum  commissa,  1595.) 

que  je  ne  vous  détaille  pas  parce  quelles  regardent  plus 
les  ritualistes  que  les  antiquaires,  si  cependent  vous  le 
desirez,  je  vous  le  marquerez  en  vous  enuoyant  la  Chasu- 
ble de  saint  Loup.  Nous  auons  aussi  celle  de  saint  Lezin 
quinzième  Eueque  d'Anger  dans  l'Eglise  collégiale  de 
Saint-Jean-Baptiste  quil  a  bâtie;  elle  ne  diffère  gueres  de 
celle  de  saint  Loup. 

Je  n'ay  pu  mettre  la  main  sur  la  dissertation  sur  le 
canon de  nostre  concile  de  Tours. 

Jay  été  tenté  de  vous  enuoyer  le  dessin  de  plusieurs 
Tombeaux  dune  seule  Pierre  qui  sont  dans  deu.\  criptes 
sousterraines  de  la  collégiale  de  saint  Maurille  où  l'on 
voit  àcs  prochrisio,  mais  on  ignore  qui  sont  ceu.x  qui  y 
sont  inhumés,  cela  donneroit  peu  de  lumières. 

Je  vous  enuoye  l'Estampe  du  fameux  Ulger  notre 
45'=  Eueque,  à  cause  de  la  singularité  de  sa  mitre.  Depuis 
je  la  viens  de.xaminer  je  l'ay  trouuee  mal  faitte,  je  la  feray 
tirer  dapres  son  portrait  en  email  qui  est  dans  la  Cathé- 
drale. 

Je  souhailterois  mon  reuerend  Père  vous  fournir  quelque 
chose  de  plus.  Je  croy  que  c'est  une  des  loix  de  la  rep. 
des  lettres  daider  les  citoyens.  Si  on  l'obseruoit  exacte- 
ment les  ouurages  des  scauans  seroient  dans  leur  perfec- 
tion du  moins  a  la  IP"  édition  pour  moy  qui  ne  mérite  pas 
detre  architecte  je  veux  du  moins  être  manoeuure  et  fournir 
des  matériaux  a  ceux  qui  les  scauent  si  bien  mettre  en 
œuure.  Jay  Ihonneur  detre  auec  toutte  sorte  de  respect 

Mon  Très  reuerend  Pcre 

\'otre  très  humble  et  très  obéissant  seruitcur 
C.  G.  POCQUET,  p.  fr.  de  d.  f 
A  Angers,  ce  gnouembre  1725, 

La  suscription  a  été  collée  au  fol.  162. 
Au  très  Révérend  Père 

15 
Le  Révérend    Père   Uom   Bernard   de  Montfaucon  de 
l'Acad.  des  belles  lettres  à  Saint  (Germain 

A  Paris. 


—  Itci/i  nna  infula  mediocris  z<  a  loris,  quœ 
servit  ad  altare  beati  Rcnati. 

—  Item  una  alia  infida  cum  campoperseo, 
tota  seminata  parvis  pomis  de  pini  et  est 
duplicata  de  serico  croceo.  [i^ç^.) 

—  Item  una  alia  infula  de  serico  rubeo  et 
est  tota  rubea.  (/jpj.) 

—  Item  îina  alia  infula  viridis  coloris  de 
OSTAUE galice.  {iS95-) 

1505.  —  Item  nna  infula  c.s.meloti 
pcrsci,  seminata  floribus  lilii,  in  qua  sunt 
arma  ducis  Sabaudiœ. 

—  Item  duo  infulœ  de  satina  rubco, 
quarum  nna  deservire  solebat  ad  altare 
sancti  JMauritii,  alia  ad  altare  beati  Andrece, 
nna  sumptibus  capituli,  alia  sumptibus  régis 
Sicilia. 

Alia  infula,  data  per  dominant  de  la 
Tremoulle  ex  satino  rubeo,  cum  satis  pul- 
chris aurifragiis.  {i^SJÇ-) 

—  Item  una  alia  infula  de  satino  cramoisy, 
cum  manipullo  et  stollâ,  quam  dédit  deffunctus 
Jo.  de  la  Barre,  thesaurarius  hujus  ecclesicc 
(en  1490).  (...  furto  .sublata  per  hugonistas, 
sive  hugunes,  hugnes,  huguenots,  1561.) 

— ■  Item  una  alia  infula  de  cameloto perseo, 
cnm  duabus  stollis  et  duobus  maniptilis  ac 
duobus  7crceolis  stanni,  data  per  deffunctum 
Bcrtrandnin  Noury,  nunc  deserviens  altari 
sancti  Rcnati. 

1599.  Iton  une  chasuble  des  T repasses 
d'ostade  noire,  à  orfroys  de  satin  de  burge 
bleu  sans  estollc  ni  fanon.  [i6^j.) 

—  Item  deux  chasubles  neuves  de  came- 
lot de  laine  violet,  garni  de  leuis  cstolles  et 
fanons  de  mesme  étoffe. 

—  Item  deux  chasubles,  lune  de  serge  de 
soie  rouge   et  l'autre  de  camelot  rouge  avec 

fanons  et  es  toile  s.  {iâ./j.) 

1643.  Item  une  chasuble  de  damas  rotige, 
dont  la  croix  est  de  toille  d'or,  avec  son  cstolle 
et  fanon,  des  meubles  de  feu  M.  Bcaufils, 
vivant  chanoine.  (/6jo.) 


TBroDcrics  et  tissus,  conserves  autrefois  à  la  catfjérjralc  D'angcrs.      183 


—  Item  nne  autre  chasuble  de  camelot  rouge 
à  orfrois  de  masse  avec  son  estollc  et  fanon. 

On  ne  s'expliquerait  pas  le  petit  nombre 
des  chasubles  séparées,  inscrites  dans  les 
anciens  inventaires,    si  on  ne  se  souvenait 


qu'il  y  est  seulement  parlé  de  celles  destinées 
au  i/rand  autel  et  à  deux  ou  trois  autres 
exceptionnellement.  Des  ornements  spé- 
ciaux étaient  attachés  à  chaque  autel  et 
donnés   par  les   fondateurs  de   messes   ou 


anniversaires  ;  ce  ne  fut  qu'au  XVI 11'^  siè- 
cle, qu'on  transporta  tous  les  ornements  à 
la  sacristie,  au  grand  mécontentement  des 
chapelains  et  autres  officiers  de  l'église  ('). 
Quatre  des  chasubles  séparées  servaient 
I.  B.  E.  Cérémonial  de  Lehoreau,  t.  I,  p.  487. 


simultanément  aux  prophéties  ou  aux  le- 
çons. <*;  Tous  ces  habits  de  prophètes,  ser- 
vaient anciennement  de  chasubles,  quoiqu'il 
n')'  ait  point  de  croix  par  derrière,  comme 
sur  celles  d'à  présent.  (1699  à  1718)  ('). 
1.  Idem.,  Ibid.  t.  H,  p.  68. 


KKVUE   DE   I,'aKT  CMKÉTIBN. 
18S5.  —  î""-'   LIVRAISON. 


i84 


IRctiuc  Dc   rart  cïjtcticn. 


Pocquet  de  Livonnière  les  fit  dessiner  en 

1725  (')• 

La  première  était  violette  d'une  espèce  de 

tabis  :  j'en  ai  donné  la  reproduction  précé- 
demment. 

La  seconde  était  de  damas  rouge,  à  fleurs 
d'or,  avec  orfrois  à  personnages  :  le  dessin 
fait  voir  qu'elle  a  été  refaite,  les  orfrois  obli- 
ques présentant  sur  le  devant  des  saints  la 
tête  en  bas,  ont  été  évidemment  empruntés 
à  une  chape.  (V.  ci-contre,  fig.  i  et  2). 

La  troisième  était  d'une  espèce  de  moire 
verte,  garnie  de  galons  d'or  ;  j'en  donne 
aussi  le  dessin.  (Fig.  3  et4). 

La  quatrième  est  d'une  espèce  de  damas 
rouge,  garni  d'un  galon  de  broderie  d'or  : 
tout  le  contour  était  brodé  du  même 
galon  (=). 

L'une  d'elles,  trop  usée  sans  doute,  fut 
remplacée  en  1 760  par  une  chasuble  neuve, 

1.  Bibl.  Jiat.,  ms.  ii,  912,  fol.  161,  160,  159. 

2.  Il  y  a  encore  dans  l'cglise  d'Angers,  écrit  Pocquet  de 
Livonnière,  sur  les  marges  des  deux  planches  précédentes, 
deux  chasubles  de  la  mcme  façon,  à  la  réserve  des  deux 
bras  de  croix,  qui  ne  s'y  trouvent  point.  L'une  est  d'un 
tissu  d'or  et  l'autre  est  d'une  espèce  de  damas  rouge, 
garni  d'un  galon  de  broderie  d'or,  comme  celle-ci  à  la 
réserve  des  deux  bras  de  croix,  qui  ne  s'y  trouvent  pas. 
Tout  le  contour  du  bas  est  brodé  du  même  galon.  On  se 
sert  de  toutes  ces  chasubles  le  Samedi  Saint  pour  les 
prophéties. 


faite  à  l'antique  de  moire  violette,  ornée 
d'une  broderie  en  argent  pour  le  Vendredi 
saint,  payée  119  livres  ('). 

A  St-Maurice,  les  chasubles  étaient  si 
amples,  qu'elles  avaient  bien  cinq  pieds  de 
large  et  autant  de  long,  n  étant  qtiuii  peu 
échaticrécs  sitr  les  bras  (■).  La  croi.x  ne  com- 
mença à  y  figurer  qu'au  XVI 11^  siècle  ou  à 
la  fin  du  XVI  Je.  Auparavant  les  orfrois 
étaient  disposés,  comme  sur  les  anciennes, 
que  je  reproduis  ici. 

D.\LM.\TIC.E    PARTICULARES. 

1297.  Item  viginti  qniiiquc,  ta»i  daliiia- 
ticas  quam  titnicas,  coiinimiies.  (...  quarum 
nonnulla;  sunt  delaniatae  et  quasi  inutiles 
1391.)  Elles  servaient  au.\  diacres  et  aux 
sous-diacres,  portant  les  reliques  ou  les 
te.xtes  au.x  stations  et  au.x  processions. 
(Item  quindecim  dalmaticai  diversorum 
colorum,  pro  dyaconis  et  subdyaconis  reves- 
titis  in  festis  solemnibus  ad  ferendum  reli- 
quias  et  libros  in  processionibus  (1467.) 
(Inutiles,  ideo  non  articulentur.  1539.) 

L.  DE  Farcv. 
(A  suivre.) 

1.  Arc/i.  lù'p.,  série  G,  S35,  comptes  de  Fabrique  de  1759 
à  1760. 

2.  Voyage  liturgique  en   France  du  sieur  de  Matiléon. 
Paris,  1718,  p.  79. 


Httîue  ht  rHrt  cDrtttcn. 


Planche  V. 


Crucifix  de  la  Cathédrale  de  Léon  (face). 
(Musée  de  Madrid). 


/^^ i^i^^  j;i^i^iv^:^iih.i^^i^. i^^j^^  'V^.  -'Av -'A'^  J'Ni iA^ ^^/Al/Ai/Al /v^i^jv^i^  .^a.  ^.  i^  '^^  ^  ^^,  /t^  p^.  p^  p^j.  ^  ^^  ^^ 


^t7*^/'iti^it7^'itiyi»^':it,^t/'^.-'iti*,t.'.t.-:,t.tiu''^^ 


^Si'^s^  Hnciens  iboires  jsrulptcs.  im^^m^im 


it7^t7^i7^t7*\t7^ti*^t?^7^^',i7S7^t7^;r^t7^*?^;7^*; 


■>1   "  '■  *^  *     *P  '  t^'  *  ■  ♦  ■  ''  ■■  ♦.-^■t.'  '  It/l*^'  *•♦■■*  '^tj  _  'iti'  *  ';J^  ",  V» 


^^^^^'^^^YWWWWWWWWWWWWWWWWWWWWW^WW^  ^  T¥  ^ 


Ue  criicifir  De  la  catfjcDralc  De  Xlcow, 
au  musée  De  iliaDriD.  -^----w— ^-------w. 

I£  remarquable  morceau,  qui  fait  le 
sujet  du  présent  travail,  est  allé 
du  trésor  de  la  cathédrale  de  Léon 
dans  les  vitrines  du  musée  de  Ma- 
drid, oii  il  repose  à  côté  de  trois  autres  objets 
ayant  la  même  provenance.  J'ignore  la  date 
et  les  circonstances  d'une  aliénation,  soit 
volontaire,  soit  forcée,  dont  nous  avons  au- 
jourd'hui tant  d'exemples. 

Près  de  quinze  ans  se  sont  écoulés  depuis 
la  publication  de  notre  antique  sculpture 
espagnole  dans  les  colonnes  du  Magasin 
pittoresque.  En  novembre  1870,  on  ne  son- 
geait guère  à  l'archéologie,  aussi  n'accor- 
da-t-on  alors  que  peu  d'attention  à  un  monu- 
ment qui  en  méritait  davantage.  L'exposer  en 
pleine  lumière,  le  décrire  avec  les  dévelop- 
pements que  n'admettait  pas  le  Périodique 
où  il  fut  d'abord  accueilli  ;  telle  est  la  tâche 
à  remplir  maintenant.  Cette  tâche,  je  n'au- 
rais pu  m'en  acquitter  à  souhait  sans  l'obli- 
geance de  MM.  les  administrateurs  du  re- 
cueil demi-séculaire  qui  m'en  a  fourni  l'idée; 
avec  la  meilleure  grâce  possible,  ils  ont  mis 
à  ma  disposition  les  deux  magnifiques  cli- 
chés ci-joints,  reproduction  assurément  très 
fidèle  de  l'original,  et  qui,  peut-être,  auront 
encore  l'attrait  d'une  nouveauté  pour  beau- 
coup de  monde. 

L'historien  de  Léon,  Manuel  Risco,  men- 
tionne des  croix  et  des  crucifix  sur  lesquels 
j'aurai  l'occasion  de  revenir,  mais  il  n'en  cite 
aucun  d'ivoire.  A  la  fin  du  XYIII*^  siècle, 
un  voyageur  anglais,  Townsend,  nous 
apprend  qu'il  vit  au  trésor  de  la  cathédrale, 


où  affluaient  les  pèlerins,  plusieurs  crucifix 
célèbres  par  leur  valeur  métallique  ou  leur 
caractère  légendaire.  L'éclat  de  l'orfèvrerie 
frappa  spécialement  Townsend;  les  matières 
moins  brillantes  l'arrêtèrent  peu  ou  point  ('). 
En  l'absence  de  sources  écrites,  il  faut  bien 
chercher  ailleurs  ;  je  demanderai  donc  à 
l'objet  lui-même  les  renseignements  néces- 
saires pour  établir   son  origine. 

Ouvrage  à  la  fois  de  tabletterie  et  de 
glyptique,  notre  crucifix  se  compose  de  trin- 
gles assemblées  au  moyen  de  chevilles  :  la 
figure  du  Christ  est  indépendante. 

Essentiellement  de  type  latin,  la  croix 
n'offre  aux  extrémités  que  des  appendices 
rectilisfnes  à  chanfrein  léofèrement  accusé. 
Le  décor  de  la  face  est  très  complexe.  Au 
sommet,  la  colombe,  image  du  Saint-Esprit, 
flanquée  de  deux  anges  — •  il  en  manque 
un  —  descend  sur  une  représentation  du 
Sauveur  ressuscité.  L'Homme-Dieu,  im- 
berbe, la  tête  ceinte  du  nimbe  crucifère, 
montre  le  ciel  de  la  main  gauche;  sa  droite 
tient  la  férule  sommée  d'une  croix  pattée  ; 
un  ample  manteau  flotte  autour  de  son  corps 
nu.  Immédiatement  après,  viennent  trois 
lignes  d'inscription  en  manière  de  titu/its  ; 
IHC  NAZA 
RENVS  REX 
IVDEORU(m). 

Des  feuillages  et  des  animaux  occupent  le 
champ  des  branches  horizontales  et  de  la 
hampe.  Au  bas  de  cette  dernière,  un  hom- 
me, entièrement  nu  et  à  l'attitude  bizarre, 
fait  un  violent  effort  pour  regarder  en  haut. 

I.  Voyage  en  Esptuf/te,  fait  dans  les  années  1786  et  1787, 
pur  Jos.  Townsend  ;  trad.  de  Fictet-Mallet,  t.  I,  p.  314, 
Paris,  1809.  C\\.é,  Magasin  pittor.,  t.  .\.\.\V1  II,  p.  379. 


HEVUE  DE  l'art  CHRÉTIEN. 

1885.    —   2""^    LIVRAISON. 


i86 


Betjue   De   l'3rt   cbréticn. 


Sous  l'homme  apparaît  une  légende  votive  : 

FREDINANDVS  REX 

SANCIA  REGINA. 

Les  bordures  comportent  une  série  de  per- 
sonnages et  de  monstres  enchevêtrés,  dont 
l'explication  sera  tentée  plus  loin  ;  on  y  voit 
aussi  des  tourteaux,  des  losanges,  des  écail- 
les et  des  nattes  tressées. Hormis  les  champs, 
gravés  en  réserve  sur  fond  guilloché,  toute 
l'ornementation  est  sculptée  en  bas-relief. 

Le  Christ  en  ronde-bosse,  fixé  à  la  croix 
par  quatre  clous,  est  raide  et  lourd  :  bras  à 
peine  relevés;  pieds  verticaux  reposant  sur 
un  sîippedaneum  carré.  La  tête,  inclinée  à 
droite,  manque  absolument  de  distinction  : 
gros  yeux  à  prunelles  de  verre  (');  barbe  et 
cheveux  divisés  en  mèches  parallèles,  d'effet 
singulièrement  dur.  Les  moustaches  retrous- 
sées en  croc  rappellent  un  morceau  d'or- 
fèvrerie du  XI'5  siècle,  le  buste  de  saint 
Candide,  à  l'abbaye  d'Agaune  (').  Les  détails 
anatomiques  du  torse  sont  grossièrement 
indiqués.  I^ç.  perizoniiim  va  de  la  taille  aux 
genoux;  nœud  élégant,  plissage  symétrique, 
galon  strié.  Les  mains  et  les  pieds  offrent 
une  velléité  de  recherche  qui  ne  compense 
pas  la  pauvreté  des  bras  et  des  jambes.  On 
a  rapporté,  sur  l'intersection  des  branches, 
un  cartouche  cruciforme  servant  de  nimbe 
au  Christ.  Ce  cartouche,  guilloché  et  en- 
cadré de  moulures,  s'accorde  mal  avec  ses 
voisins  ;  j'y  soupçonnerais  volontiers  une 
restauration  déjà  ancienne,  qui  le  substitua  au 
nimbe  circulaire  primitif  brisé  par  accident. 

Plus  riche  encore  que  la  face,  mais  moins 
curieux  au  point  de  vue  iconographique,  le 
revers  est  intégralement  sculpté  en  bas-re- 

1.  On  voit,  au  Musée  de  la  Porte  de  Hal,  à  Bruxelles, 
deux  panneaux  d'ivoire  sculpté,  provenant  du  Limbourg. 
L'un  représente  le  Christ  foulant  aux  pieds  l'aspic,  le 
basilic,  le  lion  et  le  dragon  ;  l'autre,  l'Annonciation  et  la 
Visitation.  Les  yeux  de  toutes  les  figures  sont  en  verre 
bleu.  Voy.  Edm.  Marchai,  Mémoire  sur  la  sculpture  aux 
Pays-Bas,  p.  xil. 

2.  Voy.  Aubert,  Trésor  de  Saint-Maurice  d'Agaune, 
pi.  XXIII. 


lief  Au  centre,  l'Agneau  divin,  très  mutilé; 
en  haut,  l'aigle  de  saint  Jean  ;  à  droite,  le 
lion  de  saint  Marc  ;  à  gauche,  le  bœuf  de 
saint  Luc;  au  bas,  l'homme  ailé  de  saint 
Matthieu.  Bordures  et  baguettes  d'encadre- 
ment :  des  demi-oves;  une  tresse  ;  un  motif 
courant,  qui  simule  des  feuilles  indécises  ou 
une  espèce  de  grecque  rompue.  Le  décor  des 
champs,  dont  le  thème  général  consiste  en 
rinceaux  fleuronnés  et  animés,  offre  de  ca- 
pricieuses variantes.  Tête  :  deux  quadru- 
pèdes fantastiques  adossés  ;  entre  eux  un 
mascaron  tout  classique.  Croisillons  :  per- 
sonnages dévorés  par  des  monstres  ;  cen- 
taure poursuivant  deux  hommes  nus. 
Hampe  :  un  dragon,  un  hippocampe,  un 
griffon,  un  lion,  accompagnés  d'oiseaux,  de 
grappes  de  raisin  et  d'épis  de  maïs.  Sans 
être  précisément  créateur,  l'ornemaniste 
avait  une  imagination  vive  et  une  souplesse 
de  talent  qui  lui  permirent  d'enfanter  un 
petit  chef-d'œuvre.  La  statuette  du  Christ 
amputée  de  la  main  droite,  des  angles  écor- 
nés, des  cassures,  des  parties  frustes,  une 
énorme  lézarde,  prouvent  que  l'on  respecta 
fort  peu  ce  chef-d'œuvre  ;  et  pourtant,  à 
défaut  d'autres  raisons,  l'illustration  de  ses 
donateurs  aurait  dû  le  sauvegarder. 

Ferdinand  de  Navarre,  fils  de  Sanche  le 
Grand,  épousa  en  1032  Sancha,  sœur  et  hé- 
ritière présomptive  de  Bermudo  III,  roi  de 
Léon.  Bermudo,  ayant  été  tué  à  la  bataille  de 
Tamaron,  en  1037,  Ferdinand,  déjà  investi 
du  comté  de  Castille,prit,  non  sans  quelques 
difficultés,  possession  des  états  de  son  beau- 
frère,  et  il  fut,  avec  Sancha,  couronné  par 
l'évêque  .Servando,  le  22  juin  de  la  même  an- 
née. Devenu  ainsi  roi  de  Castille  et  de  Léon, 
Ferdinand,  d'abord  antipathique  à  ses  nou- 
veaux sujets,  s'attira  bientôt  leur  affection  ; 
il  mourut  le  27  décembre  1065  à  Léon; 
sa  femme  le  suivit  dans  la  tombe  en  1067  ('). 

I.  Manuel  Risco,  lUstoria  de  Léon,  p.   25,  28,  30,277. 


Hetjue  De  l'Hrt  ct)retun. 


Planche  VI. 


Crucifix  de  la  Cathédrale  de  Léon  (revers). 
(Musée  de  Madrid). 


anciens   itioires   sculptés. 


187 


La  date  de  notre  ex-voto  flotte  donc  entre 
1037  et  1065.  On  sait  que  Ferdinand  et 
Sancha  reconstruisirent  en  1060  l'église  du 
monastère  de  Saint-Jean-Baptiste,  qui  prit 
alors  le  nom  de  Saint-Isidore.  La  dépouille 
mortelle  du  grand  docteur  espagnol  y  fut 
apportée  de  Séville  en  décembre  1063, et  des 
fêtes  solennelles  signalèrent  cette  translation. 
Au  même  temps  que  le  corps  saint  arrivait 
à  Léon,  le  roi  maure  de  Séville,  Ben  Hamet, 
adressait  à  Ferdinand  et  à  Sancha  une 
foule  de  riches  présents  qu'ils  appliquèrent 
à  la  décoration  des  nombreuses  reliques  et 
du  mobilier  du  nouveau  sanctuaire.  Risco 
cite  un  précieux  coffret  d'ivoire  garni  d'or, 
destiné  à  un  fragment  de  la  mâchoire  du 
Précurseur  ;  Yepes  énumère  les  retables, 
couronnes,  calices,  croix,  etc.,  d'or  constellé 
de  pierreries,  témoignages  éclatants  de  la 
piété  des  souverains  léonais  envers  l'illustre 
patron  donné  à  leur  capitale.  Vers  1073,  la 
cathédrale  reçut  de  l'évêque  Pelage  une 
croix  magnifique,  crnz  admirable,  obtenue 
grâce  au  généreux  concours  de  la  dame  de 
Zamora,  Urraca,  fille  de  Ferdinand  et  sœur 
d'Alphonse  VI;  le  détail  suivant  est  plus  pré- 
cis. «  Dans  le  sacrarimn  particulier  (caina- 
riii)  du  maître-autel  de  Saint- Isidore,  écrit 
Manuel  Risco,  se  trouvent  encore  beaucoup 
de  choses  très  remarquables.  On  distingue 
parmi    elles    une  grande   image  du   Christ 

crucifié,   don   de  l'infante   Urraca J'ai 

examiné  cette  image  avec  beaucoup  de  soin, 
et  j'en  possède  une  copie  conforme  à  l'ori- 
ginal     Le   Christ   a,   comme   ceux    de 

Lucques,  de  Charlemagne  et  autres  de 
grande  antiquité,  les  genoux   tendus  et  les 

pieds  séparés sous  les  pieds  on  lit  le  mot 

MISERICORDIA,  puis  :  VRRACA 
FREDINANUI  REGIS  ET  SANCIE 
REGINE  FI  LIA.  Au  bas  de  la  croix, 
l'infante  est  représentée  à  genoux,  les  mains 
jointes,  élevées  et  tendues  ;  elle  est  désignée 


par  son  nom  tracé  au-dessus  de   la  tête  du 
personnage  (').  » 

L'heure  du  couronnement  eût  été  certes 
bien  choisie  pour  des  offrandes  à  la  cathé- 
drale, mais  les  circonstances  d'alors  ne  se 
prêtaient  pas  beaucoup  aux  largesses  ;  à 
peine  sortis  d'une  véritable  guerre  civile, 
Ferdinand  et  Sancha  manquaient  à  coup 
sûr  d'argent.  Le  moment  devint  plus  favo- 
rable en  1063,  quand  les  deux  souverains, 
solidement  affermis  sur  leur  trône,  impo- 
saient des  tributs  aux  princes  musulmans 
de  l'Andalousie.  Parmi  les  dons  de  Ben 
Hamet,  l'ivoire  africain  tenait  sa  place  ;  en 
outre,  sous  le  laconisme  de  Manuel  Risco, 
perce  une  frappante  analogie  entre  le  crucifix 
d' Urraca  et  celui  dont  nous  nous  occupons: 
quoique  faits  de  matières  différentes,  ils 
procèdent  évidemment  d'un  même  modèle. 
Or,les  anciens  types  artistiques,  en  Espagne, 
varient  selon  les  provinces,  où  leur  durée 
est  souvent  éphémère  ;  modifiés  qu'ils  sont 
bientôt,  soit  par  une  influence  extérieure, 
soit  par  les  formules  neuves  d'un  génie 
local.  Ces  considérations  réunies  m'engagent 
à  attribuer  notre  monument  aux  dernières 
années  du  règne  de  Ferdinand  plutôt  qu'aux 
premières.  En  dotant  Saint-Isidore,  où  il  de- 
vait être  inhumé,  le  couple  royal  ne  pouvait 
oublier  la  cathédrale  où  on  l'avait  couronné; 
refuser  à  celle-ci  une  part  quelconque  des 
trésors  de  Ben  Hamet,  eût  été  un  déni  de 
justice  incompatible  avec  le  noble  caractère 
des  personnages.  Le  cas  échéant,  une  créa- 
tion récente  aurait  inspiré  le  sculpteur 
d'Urraca,  à  moins,  ce  qui  ne  serait  pas  trop 
invraisemblable,  que  les  maquettes  des  deux 
crucifix  ne  fussent  sorties  de  la  même  main. 

Après     avoir     résumé    dans     une    page 

éloquente  la  part  que  les  maîtres  byzantins 

I.  IgUsia  de  Léon,  p.  146  et  147.  Pour  les  détails  qui 
précèdent,  Voy.  Hisl.  de  Léon,  p.  32  et  33;  Fi^lesiii  de  Léon, 
p.  53  et  1 46;  Yepes,  Cronica  de  la  Orden  de  Sun  Beni/o,t.  VI, 
Appeiid.,  fol. 40 1,  Ch.  Je  L'ma.s, Orfùvrerie  méroving.,^.(i<). 


i88 


îRctiue   tJC   r^rt   chrétien 


prirent  à  l'éclosion  de  l'art  arabe  en  Syrie,    1 
M.  Ch.  Bayet  continue   ainsi  :    «  A  l'autre 
extrémité  du  monde  musulman,  en  Espagne, 
il    en    est   de    même.    Ceux   qui   ont    écrit 
l'histoire  de  l'art  arabe  dans  ces  contrées,  y 
distinguent    une    première    période    qu'ils 
appellent  byzantine  et   qui  s'étend  jusque 
vers  la  fin  du  X^  siècle.  Entre  les  califes  de 
Cordoue  et  les  empereurs  deConstantinople, 
les  relations  sont  continues  :  les  savants,  les 
artistes  grecs  accourent  en  Espagne  (').  » 
De  son  côté,    Don  José  Amador  de  Los 
Rios,  a   exposé,   dans   un  savant  mémoire, 
l'action  d'un  double  courant  latin  et  grec 
sur     l'art    espagnol    pendant     la    période 
wisigothe  (').    Mais  le   conflit  de  ces  élé- 
ments étrangers  amena  la  formation  d'écoles 
nationales,  où  on  trouve  vers  le  XI«  siècle, 
les  noms  des  statuaires  castillans,  Aparicio 
et  Rodolfo  (j);  ni  latin,  ni  wisigoth,  ni  byzan- 
tin, ni  moresque,  bien  qu'il  emprunte  à  tous 
quelque  chose,  le  crucifix  de  Léon  est  pure- 
ment espagnol:  nous  allons  nous  en  assurer. 
En  éliminant  les  bordures  des  croisillons, 
historiées  de  fantaisies    qui  complètent  le 
décor  sans    rien   ajouter    au  thème,    et  en 
raccordant  les  encadrements  verticaux  inter- 
rompus,   on    apercevra    que    ces    derniers 
renferment  une  scène  continue,  développée 
sur  les  deux  montants.  A    droite  du  Christ 
ressuscité,  l'ange,  voisin  de  la  colombe,  est 
penché  vers    la    terre   et   tend   une    main 
secourable  à  un  personnage   nu   qui  atteint 
le  ciel  ;    immédiatement    après,    une    lutte 
d'hommes  et    d'animaux,   brisée   en  partie 
mais  laissant  voir  un  bras  levé  en  l'air.  Plus 
loin,  sur  la  hampe  :   deux  figures  humaines 
au    mouvement     ascensionnel    ;     un    ange 
debout,  armé  de  la  férule  crucifère,  accueil- 
lant   deux    suppliants  ;     enfin     un    couple 

1.  L'iiri  byzantin,  p.  288  et  2S9. 

2.  El  arte  la/ino-byzan/ino  en  Espanu,   in-4",  Madrid, 
1861. 

3.  Mag.pittor.,  loc.  cit. 


d'esprits  célestes,  au  vol,  repoussant  des 
groupes  précipités  la  tête  en  bas  (").  L'ange 
du  sommet,  à  gauche,  hélas  !  disparu,  était-il 
symétrique  à  son  correspondant?  Cela  n'est 
pas  impossible,  quoique  le  sujet  y  prête 
moins.  D'abord  un  mélange  de  douleur  et 
d'espérance  avec  intervention  de  monstres, 
puis  une  énergique  tentative  d'escalade. 
Là  grouillent  des  êtres  nus  dont  Michel- 
Ange  n'eût  pas  désavoué  les  hardiesses  ;  ils 
s'enchevêtrent,  grimpant  les  uns  sur  les 
autres,  ou  même  recourant  aux  échelles. 

Quelle  scène  religieuse  voulut  repré- 
senter l'artiste  }  Le  Jugement  dernier  ? 
Mais  ici  le  Christ  n'a  pas  l'attitude  sévère 
du  juge  qui  absout  et  condamne  sans  appel  ; 
il  intercède  en  faveur  du  genre  humain 
racheté  sur  la  croix.  A  mon  avis,  cette  com- 
position étrange  figurerait  le  Purgatoire, 
d'où,  le  premier,  sort  Adam, l'homme  courbé, 
à  sa  place  traditionnelle,  aux  pieds  du  cru- 
cifix. Les  ministres  du  Très-Haut  délivrent 
les  âmes  qui  ont  fini  leur  temps  d'expiation, 
et  ils  rejettent  dans  l'abîme  celles  qui  ont 
encore  à  y  endurer  des  souffrances  provi- 
soires avant  d'obtenir  le  bonheur  éternel. 
Les  démons,  sous  une  forme  monstrueuse, 
s'opposent  de  tout  leur  pouvoir  aux  efforts 
des  âmes  en  peine,  et  le  poste  assigné  aux 
esprits  du  mal  indique  qu'ils  veulent  barrer 
l'entrée  du  ciel.  La  croyance  au  Purgatoire 
est  aussi  vieille  que  l'Eglise,  puisque  le 
Canon  de  la  Messe  contient  une  prière  spé- 
ciale pour  les  fidèles  défunts  ;  mais  l'anti- 
quité ne  nous  révèle  cette  croyance  que  par 
les  textes  et  les  inscriptions.  Aucune  trace 
directe  n'en  existe  sur  les  monuments 
fio-urés  primitifs,  à  moins  qu'on  ne  la  trouve 
dans  l'Habacuc  apportant  des  aliments  à 
Daniel  prisonnier  au  milieu  des  lions,  allé- 
gorie fréquente  aux  Catacombes  et  inter- 

I.  Les   ailes   sont  mal  indiquées  sur   la  gravure,   mais 
on  les  devine  sans  peine. 


anciens  iuoircs  sculptes. 


189 


prêtée  de  plusieurs  manières.  On  pourra  con- 
tester mon  explication,  voir  des  emblèmes  là 
où  je  découvre  une  scène  réaliste  ;  un  fait 
que  l'on  ne  contestera  pas,  c'est  la  puissante 
originalité  du  maître  :  n'importe  le  but  qu'il 
a  visé,  il  la  atteint  en  restant  lui-même,  et 
sans,  que  je  sache,  avoir  imité  personne. 

Les  champs  des  croisillons  donnent  une 
autre  note;  leurs  gravures  copient  vraisem- 
blablement une  étoffe  musulmane,  peut-être 
un  tissu  moresque  d'Almeria  ou  de  Malaga. 

J'ai  signalé  le  dessin  incorrect  du  grand 
Christ  en  ronde-bosse  ;  on  n'y  trouve  rien 
de  la  perfection  anatomique  des  crucifix 
byzantins  et  carolingiens,  ni  de  l'expression 
religieuse  de  leurs  têtes.  Byzantins  comme 
Carolingiens  poursuivaient  un  type  idéal 
dont  les  écoles  de  l'Occident  s'écartèrent 
plus  tard.  Résolument  entré  dans  la  voie 
naturaliste,  l'art  chrétien  français,  au 
XII'  siècle,  s'inspira  du  modèle  vivant. 
Exemples  :  un  Christ  bourguignon,  à  M. 
Courajod  ;  un  Christ  manceau,  à  M.  L.  de 
Farcy  ;  une  Vierge,  à  Beaulieu  (Corrèze)  ; 
une  Vierge  normande,  à  M.  l'abbé  Porée  ('). 
Les  physionomies  de  ces  quatre  sculptures 
sont  empreintes  chacune  du  caractère  indi- 
gène,bourguignon,  manceau,  auvergnat, nor- 
mand. Les  maîtres  léonais  ou  castillans 
n'auraient-ils  pas  devancé  leurs  confrères 
transpyrénéens,  et  dès  le  Xl"=  siècle,  cédé 
aux  entraînements  du  réalisme  ?  Vetton, 
cantabre,  wisigoth,  notre  Christ  doit  repro- 
duire, sous  une  forme  individuelle  ou  collec- 
tive les  principaux  traits  d'une  race  locale  : 

I.  Le  Christ  de  M.  Courajod  a  été  publié  dans  la 
Gazette  archéoL;  la  Vierge  de  Beaulieu,  par  M.  Ernest 
Rupin,  dans  le  Bulletin  du  comité  des  travaux  Instar. 
Les  deux  autres  figures  auront  leur  tour.  Les  tendances 
naturalistes  du  XII'  siècle  se  font  sentir  ailleurs  qu'en 
France.  A  Innichen  (Tyrol),  existe  un  Christ  en  bois 
sculpté,  analogue  à  notre  figure  espagnole  ;  mais  les  têtes 
diftôrcnt  complètement.  Avec  son  visage  allongé,  sa  lèvre 
inférieure  saillante,  son  manque  de  moustaches,  son  collier 
de  barbe,  le  Christ  d'innichen  représente  au  vif  un 
habitant  du  pays.  \ aytiMitthcilun^^en  derK.K.  Central- 
Coiiiiiiissioii,  t.  XXIV,  pi.  à  la  p.  LXXIX  ;  Vienne,  1S79. 


un  fait  significatif  vient  appuyer  mon  asser- 
tion. Le  Sacranientairc  de  Roda,  manuscrit 
catalan  exécuté  au  dernier  quart  duXI'siècle, 
renferme  un  crucifix  où  personnage  et 
accessoires  offrent  l'imitation,  grossière  il  est 
vrai,  mais  précise,  des  belles  miniatures 
franco-irlandaises  du  IX°  (').  Donc,   quand 


Crucifix  peint  dans  le  Sacraiitcntaîrc  de  Roda. 
(D'après   \ Espaiïa  sagrada.) 

l'art,  en  Catalogne,  était  encore  soumis  aux 
influences  venues  de  par  delà  les  monts,  la 
plastique  castillano-léonaise,  au  rebours, 
manifestait  déjà  certaines  allures  indépen- 
dantes; au  lieu  de  s'incruster  dans  le  poncif 
hiératique,  elle  préférait  chercher  la  nature. 
Nous  nous  arrêterons  peu  à  l'Agneau  et 
aux  symboles  évangélistiques  du  revers. 
Obliofé  de  se  conformer  à  une  règle  absolue  le 
sculpteur  a  copié  de  pauvres  modèles  :  l'ange 

I.    Voy.  Espaùa    sai^ru'/a,  t.  .\L\'II,   pi.  à    la  p.  32S  ; 
Les  arts  sompi.,  pi.  XIV.  Les  deu.x  figures  sont  imberbes. 


190 


laetjuc   De   rart  chrétien. 


et  l'aigle  sont  médiocres  ;  le  reste,  l'Agneau 
surtout,  parait  singulièrement  maladroit. 
Quel  contraste  entre  ces  figures  traditionnel- 
les et  le  style  magistral  du  décor  fantaisiste! 

L'enroulement  végétal  historié  d'animaux 
est  d'origine  asiatique  ;  on  le  rencontre  à 
Rome  au  IV^  siècle  (');  les  Byzantins  et  les 
Barbares  septentrionaux  l'appliquèrent  avec 
un  égal  succès  à  l'ornementation  de  leurs 
œuvres  d'art.  A  la  rigueur,  l'ivoire  espagnol 
pourrait  réclamer  une  parenté  indirecte  avec 
quelques  peintures  grecques  cluXIssiècle(^); 
mais  le  motif  byzantin  est  plus  lâche,  les 
formes  de  ses  animaux  sont  plus  rondes. 

En   revanche,  si   l'on  compare  notre  ob- 
jectif  aux    sculptures    hindoues   et  à  une 
coupe  d'or  ciselé,  trouvée  à  Gross-Sz.  Miklos 
(Banat),  où  un  Barbare  de  race  gothique 
l'apporta  sans  nul  doute,  on  apercevra  entre 
eux  de  sérieuses  analogies:  même  dessin  ser- 
ré, même  faune  monstrueuse  (').  Selon  toute 
probabilité,    la  coupe  de   Gross-Sz.  Miklos 
est  de  fabrication   iranienne;  les  Barbares 
ont   laissé,    dans  les  régions   danubiennes, 
assez  de  riches  épaves  orientales   pour  au- 
toriser à  croire  que  les  produits  de  ce  genre 
leur  inspiraient  un  goût  très  vif.  Je  ne  pense 
pas  néanmoins  que  les  W'isigoths  aient  in- 
troduit l'art  perse  ou  hindou  en  Espagne  ; 
l'aspect  tout  byzantin  du  trésor  de  Guarrazar 
en  fournirait  au  besoin  la  preuve  négative. 
Mais  le  luxe  arabe  était  là,  qui  assurait  aux 
chrétiens  une  abondance  de  splendides  mo- 
dèles   importés    d'Asie  :    tissus    mésopota- 
miques,    broderies     syriennes,     ivoires    de 
Bagdad,  orfèvrerie  persane  et  hindoue  ;  on 
n'avait    que    l'embarras    du  choix.    Notre 
sculpteur  léonais  vit  indubitablement  toutes 
ces  belles  choses;  il  en  étudia  les  éléments, 

1.  Voy.  E.  Q.  Visconti,    Antica    suppeletiU  (Targento 
scoperta  in  Roma,  pi.  xv,  fig.  2. 

2.  Voy.   Labarte,    Hist.   des  arts  induslr..  Album,    pi. 
I. XXXVII. 

3.  ^'oy.  Arneth,  Gold-und  Silbctinonumenle,  tl.  II,  13. 


se  les  assimila  sans  descendre  à  une  copie 
servile,  et,  du  groupement  très  ingénieux 
de  motifs  empruntés,  il  sut,  en  y  mettant 
beaucoup  du  sien,  obtenir  un  effet  qui  lui 
est  personnel. 

Le  galbe  de  la  croi.x  est  latin.  Bien  que 
le  Mc'nologe  de  Basile  1 1  nous  montre,  au 
X'-XL'  siècle,  une  croix  stationnale  pareille, 
nous  avons  ici  le  type  directement  issu  des 
Catacombes;  angles  droits,  manque  absolu 
d'appendices  externes.  Le  titnlns,  compris 
dans  le  champ,  n'a  pas  les  ailes  saillantes 
dont  l'exagération  produisit  la  forme  à  dou- 
ble traverse.  Les  croix  du  trésor  wisigoth 
de  Guarrazar,  daté  de  Swinthila  et  de 
Reccesvinth  (621  à  672),  sont  au  type 
byzantin,  patte  et  quelque  peu  carré,  de 
la  croix  de  Justin,  à  la  basilique  Vaticane. 
Deux  seulement  font  exception  au  parti-pris 
général:  le  joyau  potence,  suspendu  à  la 
couronne  de  Reccesvinth;  \cx-voéo  àç.SWiv\- 


Croix  de  Reccesvinth.  (Revers.) 

thila,  dont  les  branches   feuillues  se  recour- 
bent en  volutes  élégantes.   On  perçoit  dans 


anciens  itioirciBi   sculptés, 


191 


ce  dernier  une  lueur  sassanide  tamisée  à 


F.x-vot,^  de  Swinthila 

travers  le  Bosphore,  mais  on  y  devine  aussi 
le  germe  du  système  décoratif  que  le  XI" 
siècle  verra  fleurir  à  Léon.  Héritiers  des 
traditions  wisiorothes,  les  orfèvres  asturiens 
suivirent  les  errements  de  leurs  devanciers: 
témoins  les  anciennes  croix  conservées 
au  trésor  (Camara  smita)  de  la  cathédrale 
d'Oviédo.  Don  d'Alfonse  11,  el  Casto,  en 
808,  la  Cruz  de  los  angeles  est  à  branches 
égales  et  sveltes;  la  Cru'  de  la  vidoria, 
offerte  par  Alfonse  III,  cl  Magno,  en  908, 
est  moins  évasée  et  plus  allongée,  ses  extré- 
mités se  découpent  en  trèfle  (').  Les  pièces 

I.   Publids    dans     les    Monuiiioitos    arquitcctonicos    de 
Es/iaila,  commentés  par    M.   de    Los   Rios  dans /f /«?/£• 


asturiennes,  destinées  à  être  emmanchées, 
sont  des  croix  stationnales,  sembables  à  la 
férule  que  porte  l'ange  debout  sur  la  face  de 
notre  monument.  La  croix  étant  le  svmbole, 
le  crucifix  la  représentation  naturelle  du 
mystère  de  la  Rédemption,  on  ne  saurait 
conclure  a  pi-iori  d'objets  distincts  que  la 
plastique  léonaise,  pour  ses  images  allégo- 
riques, s'en  tint  exclusivement  à  la  forme 
latine;  mais  la  légende  inscrite  sur  la  Cruz 
de  la  Victoria  révèle  une  circonstance  no- 
table. Il  y  est  dit  que  \ ex-voto  d'Alfonse  1 1 1  et 
de  la  reine  Jimena  fut  fabriqué  in  castello 
Gauzon  (Gozon,  entre  Aviles  et  Gijon);  au 
commencement  du  X"  siècle  existait  donc, 
dans  les  Asturies,  un  atelier  d'orfèvres  ap- 
partenant à  la  couronne,  le  château  de 
Gauzon  ayant  été  bâti  par  Alfonse  en  vue 
de  la  défense  des  côtes  (').  De  cet  atelier 
sortirent  vraisemblablement  d'autres  témoi- 
gnages de  la  piété  royale  envers  l'église 
d'Oviédo.  En  912,  Froila  II  et  Nunilo 
Jimena,  sa  femme,  gratifièrent  San-Salva- 
dor  (la  cathédrale)  d'une  châsse  d'argent 
rehaussée  de  82  agates  serties  d'or;  une  croix 
pattée,  cantonnée  des  symboles  évangélisti- 

latino  byzan/ino,  ces  précieux  objets  ont  été  photogra- 
phiés par  Laurent,  de  Madrid.  Au  revers  de  la  croix 
d'Alfonse  II,  on  lit  : 

»J-  SVSCEPTVM  PLACIDE  MANEAT  HOC  IN  HONORE  Ôi . 

Offert  Adefonsvs  hvmilis  servvs  xn. 

QVISQVIS    AVFERKE    PRESVMSERIT  MIIII, 

FvLMINE    DIVINO  INTEREAT    IPSE, 

NISI    LIBENS  VBl  VOLVNTAS    DEDERIT  MEA. 

Hoc  SIGNO  TVETVR  PIVS, 

HOC'SIGNO  VINCITVK  INIMICVS, 

Hoc  OPVS  PEKFECTVM    ESI    ERA  DCCCXLVI. 

L'inscription   suivante    court   derrière    Tex-voto    d'Al- 
fonse 1 1 1  : 
•f-svsceptvm  placide  maneat  hoc  in  honore  di  qvod  of" 

[fervnt. 
famvi.i  xpi  .^defonsvs  princrps  et  scemena  regina. 
qvisqvis  avferre  iloc  (sic)  donaria  nostra  presvmskrit 
fvlmine  divino  intereat  ipse, 

hoc  signo  tvetvr  pivs,  hoc  signo  vincitvr  inimicvs, 
hoc  opvs  perfectvm  et  concessvm  est 

SANTO    (sic)  SALVATORI     OVENTENSE  SEDIS  

ET  OPERATVM    EST  IN    CASTELLO  GAVZON   ANNO  REGNI   NSI  XLII 

[DISCVRRENTE  ERA  DCCCCLVI. 

Les  lectures  de  Manuel  Risco  {Espafia  Sagrada,  t. 
X.\XV'lII,p.  1.46  et  220I  ne  sont  pas  toujours  exactes: 
je  les  ai  rectifiées  à  la  loupe  sur  les  photographies. 

I.   Espaiia  S<i«racta,  t.  cité,  p.  215. 


192 


ïRetiue   De   Part    cfjrcticn. 


ques,et  une  inscription  au  nom  des  donateurs 
y  figurent  (').  Le  grand  cofTre  de  bois  qu'Al- 
fonse  VI,  fils  de  Ferdinand  et  de  Sancha, 
d'accord  avec  sa  sœur  Urraca,  recouvrit  de 
lames  d'argent  doré,  contenait  une  multitude 
d'anciens  reliquaires  en  métaux  précieux, 
ivoire  et  corail  (').  Oserait-on  affirmer  que 
l'exemple  de  la  lignée  directe  de  Pelage  ne 
fut  pas  imité  par  la  dynastie  navarraise  de 
Léon,  et  que  cette  dernière  n'eut  pas  aussi 
des  établissements  privilégiés,  où  des  maîtres 
habiles  travaillaient  le  métal,  les  pierres  pré- 
cieuses et  l'ivoire,  au  compte  du  souverain? 
L'art,  cette  expression  de  la  pensée  hu- 
maine sous  une  forme  palpable,  accessible 
à  tous  indistinctement,  lettrés  ou  illettrés, 
n'a  pas  jailli  d'un  seul  bloc,  comme  Athéné 
du  cerveau  de  Zeus;  de  longs  siècles  furent 
indispensables  à  son  entier  développement. 
Tour  à  tour  conventionnelles,  hiératiques, 
idéalistes  ou  réalistes,  selon  les  temps  et  les 
milieux,  la  plastique  et  la  peinture  ^n'en  dé- 
coulent pas  moins  d'une  même  source,  la 
nature.  Quand  l'immigration  ou  le  négoce 
eurent  amené  le  contact  d'antiques  civi- 
lisations déjà  mûres,  avec  des  peuples 
intelligents  encore  au  berceau,  ceux-ci  s'em- 
parèrent des  idées  étrangères  qu'on  leur 
offrait,  les  mêlèrent  à  leurs  propres  aspira- 
tions, et  alors  des  types  surannés,  rajeunis 
par  eux,  revêtirent  un  aspect  complètement 
neuf.  L'Egypte  et  la  Syrie  influencèrent  la 
Perse  et  l'Asie  antérieure;  elles  agirent  aussi 
efficacement  sur  les  Hellènes.  Douée  d'un 
génie  supérieur,  la  race  hellénique  atteignit 
en  tout  genre  le  plus  haut  degré  de  la  per- 

1.  Ibid.^  ibid.,  p.  262.  En  cl  esta  dibujada  (esquissée) 
la  cruz,  que  llaman  de  don  Pelayo  (de  la  Vicioria),  y 
los  quatro  animales  con  que  se  representan  los  quatro 
Evangelistas,  y  tiene  giavada   una  insciipcion    que  dice 

asi  :    gTOii    offervnt  famvli  XI'I  Froila  et  Suitito 

cof^nomento  Scemena era  DCCCCXLVIII. 

2.  Voy.  Ibid.,  ibid ,  p.  288,  l'inscription  alignce  sur 
le  monument.  Risco  ne  put  la  relever  intégralement, 
(juclques  lames  de  métal  ayant  été  arrachées  :  la  date 
manque.  W  291  :  Hallaronen  dicha  arca  los  fielcs  muchos 
cofrecitos   de  oro,   de  plata,  de  marfil  y  de  coral. 


fection.  Grâce  à  des  qualités  que  l'on  ne 
rencontre  nulle  part  ailleurs,  l'art  grec  s'im- 
posa aux  régions  méditerranéennes,  où  ses 
dérivés,  soit  latins,  soit  orientaux,  aux  épo- 
ques de  décadence,  restèrent  empreints 
d'un  cachet  qui  établit  leur  origine.  Réno- 
vateur social,  le  christianisme  n'attaqua  pas 
immédiatement  le  côté  matériel  de  l'art 
antique;  les  disciples  du  Sauveur  appliquè- 
rent d'abord  les  formes  païennes  au  nouveau 
culte,  en  leur  donnant  un  sens  allégorique. 
Arraché  aux  Catacombes  après  le  triomphe 
éclatant  des  doctrines  qui  l'inspiraient,  l'art 
chrétien,  produit  au  grand  jour,  traversa 
des  phases  successives  pour  aboutir  au  style 
byzantin.  Immobile  chez  lui,  ce  dernier, 
néanmoins,  contenait  un  germe  de  facultés 
créatrices  que  l'Occident  féconda  peu  à  peu 
sous  des  impulsions  diverses.  Là,  au  moyen 
âge,  chaque  pays  eut  ses  manifestations 
artistiques  nationales  et  même  provinciales, 
marquées  à  l'estampille  du  crû.  Les  nom- 
breuses écoles  de  l'Italie,  de  l'Allemagne  et 
de  France,  à  partir  des  Carolingiens,  se 
dégagent  assez  facilement  les  unes  des  au- 
tres; mais,  tant  dissimulé  qu'il  soit  derrière 
la  personnalité  du  détail  et  de  la  technique, 
le  fonds  byzantin  d'exploitation  y  perce  tou- 
jours. Or,  quand  les  arts  de  trois  grandes 
nationalités  européennes  ont  leurs  qualités 
distinctives,  issues  d'un  point  de  départ 
commun,  aurait-on  des  motifs  sérieux  pour 
refuser  à  l'Espagne  un  privilège  analogue  ? 
Aussi,  je  le  répète  en  terminant,  notre  cru- 
cifix, où  des  éléments  hétérogènes  s'harmo- 
nisent de  manière  à  former  un  ensemble 
puissant,  original  et  agréable  à  l'œil,  me 
parait-il  réunir  les  conditions  essentielles 
d'un  art  propre  aux  états  chrétiens  septen- 
trionaux de  la  Péninsule  ibérique,  avant  que 
le  style  ogival  n'y  fût  introduit. 

ClI.   DE  LiNAS, 

Associé  de  l'Académie  royale  de  Belgique. 


in: 


II 


CCrosôc,  Cîitrc  et  CC!)apr    offertes  à  mgr 


I  l'ctîêque   D'Hngers.    ^s^ii^sai^S^ii^i^i^iS^H^  n 


ggttj^j^^£te?3  c R I R E  à  propos  d'une 
^  crosse,  d'une  mitre  et 
^  d'une  chape,  récemment 


y:  offeries  à  Mgr  Freppel, 
H-  évêque  d'Ancjers,  un 
2  long  article,  paraîtra 
passablement  [présomp- 
tueux, quand  l'auteur  avouera  sans  fausse 
modestie  qu'il  en  a  dirigé  l'exécuiion.  L'un 
trouvera  que  c'est  le  prendre  de  bien  haut, 
l'autre  y  verra  un  pédantisme  déplaisant. 
Ces  reproches,  je  les  accepte  d'avance  : 
puisse  seulement  ma  voix, avec  ces  quelques 
pages  et  ces  photographies,  parvenir  aux 
archéologues  chrétiens  et  les  décider  à 
prendre  le  plus  souvent  possible  la  direction 
de  semblables  travaux,  dans  l'intérêt  de 
l'art  religieux  ! 

Si  l'ameublement  civil  (et  j'entends  ici 
surtout  les  papiers  peints,  les  étoffes,  les 
guipures  et  les  broderies),  a  tant  progressé 
depuis  vingt  ans,  ce  résultat  doit  être  sur- 
tout mis  à  l'actif  des  expositions  rétrospec- 
tives, de  l'union  des  arts  ap[)licpiés  à 
l'industrie,  et  aux  efforts  personnels  de 
collectionneurs  généreux,  qui,  descendant 
sur  le  terrain  de  la  pratique,  ont  dirigé  en 
quelque  sorte  les  fabricants  et  leur  ont  bien 
souvent  conhé  d'anciens  sjjécimens  à  repro- 
duire, ou  du  moins,  à  consulter. 

En  a-t-il  été  de  même  pour  le  mobilier  des 
églises  ?  Assurément  non.  La  différence  est 
frappante  :  quelle  recherche  et  quelle  élé- 
gance dans  les  tentures,  les  guipures,  les 
bronzes,  etc.  d'un  salon  ;  et  le  plus  souvent 
quelle   pacotille   et  quel    luxe   de    mauvais 


aloi  dans  nos  églises  !  On  ne  se  donne  même 
pas  la  peine  de  fabriquer  des  objets  spéciaux 
pour  les  besoins  du  culte.  \'oyez  si  j'e.xagère: 
à  part  les  bronzes,  les  vases  sacrés  et  les 
gros  m(;ubles  (chaires,  confessionnaux,  etc.) 
tout  le  re'-te  serait  aussi  bien  à  sa  place 
dans  un  salon  ou  une  chambre  qu'à  l'église. 
Ce  tapis  à  grosses  fleurs  Pompadour,  à 
ramages  Louis  XIII  ou  dans  un  style  mo- 
resque douteux,  étalé  sur  les  marches  de 
l'autel,  en  quoi  diffère-t-il  de  celui  de  nos 
appartements  .''  Ces  dentelles  qui  garnissent 
les  aubes,  les  nappes  d'autel, n'ont-elles  rien 
de  commun  avec  celles  des  ombrelles  ou  des 
robes  de  bal  .•^  Et  les  vases  de  fleurs  !  peut-on 
voir,  en  général,  quelque  chose  de  plus  ridi- 
cule? Des  coupes,  ici  en  faïence  imitation  de 
Rouen,  là  en  cuivre  repoussé,  ailleurs  des 
potiches  aux  formes  bizarres:  tout  e.xcepté 
des  objets  spéciaux  pour  l'église.  Enfin  il 
n'est  pas  jusqu'aux  ornements  sacerdotaux 
que  cette  absorption  des  objets  de  toilette 
féminine  et  de  mode  n'ait  envahis  !  Les 
neut  dixièmes  des  ornements  confectionnés 
à  l'avance  sont  brodés  sur  moire  blanche  ou 
rouge,  étoffe  qui,  par  sa  belle  qualité,  peut 
faire  ouvrir  de  grands  yeu.x  aux  personnes 
dévotcshabituées  à  manier  pour  leur  toilette 
le  salin  et  la  moire  (antique  ou  française), 
mais  absolument  étrano^ère  à  l'art  relii>"ieux. 
Quelles  broderies  fait-on  encore  de  nos 
jours  sur  un  pareil  fond  ?  Le  mauvais  guipé 
d'or  sur  carton,  un  peu  de  broderie  en  soie 
de  couleur  à  la  mécanique,  voilà  pour  l'or- 
dinaire :  tout  est  chétif,  misérable  au  fond, 
avec  une  apparence  prétentieuse  parfois,  je 


KEVUE  IJE   l.Alil'  CllKliTIE.-J. 
1885.  —  s»"-'  LIVK.USO.S. 


194 


îRctiuc    De    r3rt    chrétien. 


ne  parle  que  pour  mémoire  du  drap  d'or, 
brodé  en  bosse  avec  accompagnement  de 
paillettes:  on  en  voit  encore  partout  beau- 
coup trop.  Cet  exposé  pourrait  être  indéfini- 
ment prolongé,  mais  à  quoi  bon  ?  Tout  le 
monde  est  d'accord.  L'église  est  envahie 
par  la  pacotille  et  l'art  n'a  presque  aucune 
part  dans  tous  les  objets  qui  s'y  rencontrent. 
Quelle  en  est  la  cause  ?  Principalement  le 
manque  de  direction,  l'abstention,  pour  ainsi 
dire  complète,  de  ceux  qui  pourraient  guider 
les  fabricants  dans  l'exécution  des  objets 
du  culte  mieu.x  appropriés  à  leLir  destination, 
au  style  des  monuments  etc.,  en  un  mot 
des  archdologîies  chrétiens. 

Tandis  que  les  uns  dissertent  très  savam- 
ment sur  l'esthétique  du  beau, l'art  des  Cata- 
combes ou  des  premiers  siècles  du  christia- 
nisme, les  autres  se  renferment  exclusive- 
ment dans  l'étude  des  monuments  ou  des 
objets  anciens,  en  disant  qu'il  n'y  a  rien  à 
faire  avec  l'industrie  moderne.  Pendant 
que  les  rayons  des  bibliothèques  se  rem- 
plissent de  volumes  de  grand  mérite, 
j'entends  de  tous  côtés  le  bruitdes  machines, 
le  va  et  vient  des  ouvriers  de  milliers  d'ate- 
liers, où  se  fabriquent  journellement  toutes 
les  pièces  du  mobilier  de  nos  églises,  depuis 
les  buffets  d'orgues,  les  autels,  les  vitraux, 
jusqu'aux  broderies  et  aux  dentelles.  Pour 
les  directeurs  de  ces  établissements,  il  faut 
marcher  vite  et  ils  n'ont  le  temps  ni  de  lire 
les  mémoires  imprimés  à  grands  frais  par  les 
sociétés  savantes, ni  d'attendre  le  bon  vouloir 
de  messieurs  les  archéologues.  Si  ceux-ci, 
descendant  des  hauteurs  de  leur  science,  ne 
daignent  pas  mettre  la  main  dans  celle  de 
l'industriel,  l'aider  de  leurs  conseils,  seconder 
ses  efforts,  aucune  amélioration  sensible  ne 
se  produira  dans  le  mobilier  religieux. 
Nous  le  verrons  se  traîner  dans  une  infé- 
riorité pénible.jusqu'au  moment  où  honteux 
de    voir    la  maison    de    Dieu    moins    bien 


traitée  que  celle  de  l'homme,  les    amateurs 
d'art    religieux   sortiront  enfin  de  leur  abs- 
tention.   Une   action   personnelle   est    tout 
aussi  nécessaire  sur  le  terrain  artistique  que 
sur  le  terrain  politique.  Comment  en   effet 
faire    fructifier  ces  trésors  de   science,    ces 
patientes    et     minutieuses    recherches,    les 
découvertes  des  sociétés  savantes,  si  on  les 
laisse  dans  la  [)oussière  des  bibliothèques  ? 
Puisse    chaque     archéologue     chrétien, 
suivant  ses  aptitudes  et  la   nature  de  ses 
travaux,    se    mettre    à    la    disposition    de 
quelque  artiste,  sculpteur,   verrier,  brodeur 
etc.,   se   faire  près   de    lui    l'apologiste  des 
belles  époques  de  notre  art  religieux,  lui  en 
révéler  les  secrets, le  lui  faire  aimer,en  un  mot, 
devenir  l'apôtre  des  doctrines  renfermées 
dans  tant  de  livres  de  choix.   L'un  possède 
la  science  du  passé,  l'autre   connaît  toutes 
les  ressources  de  l'industrie  moderne  :  à  eux 
deux,  quelles  merveilles  ne  réaliseraient-ils 
pas!  Que  le  zèle  pour  la  beauté  de  la  maison 
de    Dieu   et    l'amour  de   l'art   chrétien    les 
rapprochent,   qu'ils  se  prêtent    un    mutuel 
appui  :   voilà  le  but  auquel  je  convie  tous 
les  amateurs  sérieux  de  l'art  religieux. 

Mais,  me  dira-t-on,  c'est  une  utopie.  Quels 
sont  les  moyens  pratiques  d'arriver  là  ?  je 
crois  pouvoir  en  indiquer  quelques-uns. 

1°  L'action  personnelle.  Bon  nombre 
d'archéologues  seraient  fort  capables  de 
diriger  le  plan  d'un  autel,  la  sculpture  d'un 
buffet  d'orgues  etc.,  ou  du  moins,  de  donner 
de  bons  conseils  aux  artistes  à  ce  sujet  ; 
qu'ils  ne  ménagent  ni  leurs  explications,  ni 
leur  peine  :  qu'ails  leur  prêtent  des  livres 
avec  reproductions  d'objets  d'art  ancien, 
pouvant  les  guider  et  les  renseigner.  Un 
encouragement,  une  critique  raisonnée 
faite  sous  une  forme  aimable,  sont  aussi 
de  précieux  auxiliaires.  Pour  tout  cela,  il  faut 
avoir  le  feu  sacré  et  le  désir  ardent  de 
travailler  à  la  gloire  de  Dieu:  ce  serait   faire 


Crosse,  ^itcc  et  ocfiapc  offertes  à  ^gr  Téticque  D'Angers. 


195 


injure  à  beaucoup,  que  de  supposer  qu'ils 
n'ont  ni  l'un  ni  l'autre  au  moins  à  l'état  latent. 

2"  Les  expositions  rétrospectives  d art  reli- 
gieux. Pourquoi  chaque  année,  dans  une 
région  de  la  France,  correspondant  si  on 
veut  aux  Universités  libres  ou  à  toute  autre 
division  topographique  de  convention,  n'or- 
ganiserait-on pas  une  exposition  analogue 
à  celles  de  Malines  et  de  Lille  ?  Les  objets 
seraient  rangés  méthodiquement  suivant 
leur  destination  et  par  ordre  chronologique, 
de  façon  à  ne  pas  faire  un  affreux  pèle  mêle 
dans  toutes  les  salles  et  à  permettre  de 
suivre  à  travers  les  siècles  les  divers  chan- 
gements de  forme,  d'ornementation  et  de 
procédés  d'exécution,  de  chaque  espèce 
d'objets.  Des  cours  et  des  explications 
publiques  seraient  donnés  à  certaines  heures 
de  la  journée  devant  les  objets  exposés,  et 
une  bibliothèque  de  livres  d'art  religieux, 
capables  de  compléter  l'enseignement  donné 
aux  yeux  par  l'exposition,  y  serait  annexée. 
Peut-on  penser  que  de  pareils  moyens 
seraient  sans  résultat  ? 

30  La  création  dans  chaque  diocèse  d'un 
comité  (fart  religieux,  étranger  à  toute 
influence  commerciale.  Les  plans  d'autels, 
les  projets  d'ornementation  etc.,  lui  seraient 
soumis  et  il  ne  se  contenterait  pas  d'une 
approbation  écrite  ou  d'un  conseil  donné 
par  lettre,  mais  enverrait  au  besoin  un  de 
ses  membres  fournir  des  explications,  des 
dessins  et  des  renseignements  techniques 
à  tel  ou  tel  artiste  chargé  de  l'exécution. 

4°  Enfin,  la  publication  et  la  reproduction 
par  la  Revue  de  l' Art  chrétien,  de  temps  à 
autre,  d'un  objet  moderne  mobilier,  dans  le- 
quel on  se  serait  efforcé  de  suivre  les  tradi- 
tions du  moyen  âge,  pour  encourager  les 
artistes  et  les  amateurs  d'art  chrétien  à  se 
prêter  un  mutuel  concours. 

Voilà  un  bien  vaste  programme:  peut-être 
est-ce   un    rêve    creux  !    Depuis  longtemps 


je  cherche  personnellement  à  le  réaliser,  je 
fais  appel  aux  amis  de  l'art  chrétien  pour 
y  travailler  avec  moi.  Aujourd'hui,  sans 
avoir  prétention  à  l'infaillibilité,  je  veux  leur 
montrer  ce  qu'on  peut  faire  dans  certains 
ateliers.  Ce  n'est  point  l'habileté  des  ouvriers 
qui  fait  défaut,  c'est  bien  plutôt  en  général 
la  direction  qui  leur  manque.  Qu'elle  leur 
soit  donc  largement  et  gracieusement  offerte, 
et  l'art  religieux  se  relèvera,  l'ameuble- 
ment de  nos  églises  n'aura  plus  à  rougir 
d'une  comparaison  avec  celui  de  nos  salons. 
L'un  doit  surpasser  l'autre,  tout  comme  au 
moyen  âge;  qui  s'en  plaindra  et,au  contraire, 
ne  le  trouvera  juste  }  Dieu  n'est-il  pas  plus 
grand  que  l'homme  et  plus  digne  de  provo- 
quer les  manifestations  de  l'art  sous  toutes 
ses  formes,  lui  la  source  de  toute  beauté  et 
tout  bien  ? 

Qu'on  me  pardonne  ce  long  préambule  : 
il  était  nécessaire  pour  expliquer  la  repro- 
duction d'objets  modernes  dans  une  Revue, 
consacrée  plutôt  aux  monuments  anciens 
de  l'art   chrétien. 

La  grande  salle  de  l'évêché  d'Angers  (') 
recevait,  le  jour  de  la  Toussaint,  dans  sa  vaste 
enceinte,une  multitude  de  fidèles  de  tout  rang 
et  de  toute  condition.  Il  s'agissait  de  remet- 
tre à  Monseigneur  la  crosse  d'honneur  pour 
l'exécution  de  laquelle  une  souscription 
avait  été   ouverte  dans  quelques  journaux. 

Le  vaillant  évêque,  auquel  les  catholiques 
voulaient  depuis  longtemps  donner  ce  té- 
moignage d'admiration  et  de  reconnaissance. 

I.  Cette  salle  du  XII"  siècle  était  autrefois  en  forme  de 
T  comme  celle  de  l'archevêché  de  Reims,  qui  s'appelait 
la  salle  du  Tau.  Vers  1230, la  partie  qui  regarde  la  cathédrale 
d'Angers  fut  diminuée  d'une  certaine  longueur,afin  de  don- 
ner au  bras  de  la  croix  alors  en  construction  la  même  éten- 
due qu'à  l'autre.  La  croisée  de  la  salle,  c'est-à-dire  la  partie 
transversale,  était  en  communication  avec  la  grande  salle 
actuelle  (la  nef,  comme  on  disait  encore  au  W'!""  siècle) 
par  trois  arcades  en  plein  cintre,  qui  furent  murées  vers  le 
commencement  du  X\'l  b'siccle  pour  être  séparées  en  trois 
appartements,  les  salons  d'aujourd'hui. 


196 


IR  c U  II c   De   Part   c îj v c t i  c n. 


lit  son  entrée  à  une  heure  et  demie  et  prit 
place  entre  ses  vicaires  généraux  sur  une 
estrade.  On  y  avait  placé  les  objets  qui  lui 
étaient  destinés.  Une  surprise  charmante 
attendait  là  Monseigneur  :  ce  n'était  pas 
seulement  en  effet  une  crosse  d'honneur 
qu'on  allait  lui  tiftrlr  ;  la  générosité  des 
souscripteurs  avait  permis  au  comité  d'y 
joindre  une   mitre  et  une  chape  superbes. 

Après  un  instant  consacré  à  l'admiration 
de  ces  merveilles  artistiques,  M.  \'ictor 
Pavie  prit  la  parole  au  nom  des  sous- 
cripteurs et  prononça  un  discours  auquel 
Monseigneur  répondit  de  la  façon  le  plus 
éloquente. 

Un  riche  album  renfermant  les  noms  de 
tous  les  souscripteurs,  écrits  par  les  sœurs 
de  Saint-Charles,  fut  ensuite  présenté  à 
Monseigneur,qui,par  une  délicate  attention, 
se  servit  de  la  crosse,  de  la  chape  et  de  la 
mitre  pour  donner  à  l'assistance  sa  béné- 
diction. Quelques  instants  après.  Monsei- 
gneur officiait  aux  vêpres  avec  ses  magni- 
fiques ornements. 

^-      ^      ^      ^      ^      ^>      *      ^/^      :?;-      ^;;      ^i:      ;};;      ^:      ^:      :■::      ^>      i.r:      î;': 


--^— --ï)rscription   Des   obiers^ 
olTcrts    à   .(Hgc    fcocquc    DVffngcrs. 

ON  dit  souvent  qu'un  mauvais  dessin  est 
préférable  aux  plus  longues  descrip- 
tions; je  suis  un  peu  de  cet  avis.  Cependant 
j'ai  mieux  à  offrir  ici,  aux  lecteurs  de  la y?c:7/(?. 
Ces  belles  photographies,  que  je  dois  à  la 
complaisance  d'un  ami,  prêteront  à  ma  des- 
cription un  lumineux  secours.  Ils  voudront 
bien  pourtant  me  lire  jusqu'au  bout  ;  peut- 
être  après  cela  seront-ils  plus  convaincus  des 
ressources  qu'on  trouve  encore  aujourd'hui, 
quand  on  le  veut,  dans  l'industrie  moderne 
pourl'c'xécution  de  belles  piècesd'orfèvrerie 
ou  debroderie  historiées.presque  semblables 
à  celles  dont  nos  anciens    in\enlaires    nous 


révèlent  l'existence.  De  là  au  désir  d'entre- 
prendre soi-même  quelqu'un  de  ces  travaux 
intéressants,  il  n'y  a  pas  loin,  et  c'est  en  cela 
que  cette  description  vient  à  l'appui  des 
vœux  que  j'exprimais  plus  haut  sur  le  rôle 
qui  me  paraît  appartenir  aux  archéologues, 
dans  la  direction  des  travaux  d'art  reli- 
ffieux. 


j(;      i/f      % 


=g=      **»*»*»»»-»»      :ji:      » 


Uà  (XroôSC  D'bonncur,- 

EXÉCUTÉE  PAR  M.  PO'JSSIELGUE,  DE  PARIS. 

DISONS  d'abord  que  c'est  une  com- 
position de   M.    Viollet    le    Duc,  en 
style    du    XI 11*^    siècle,    considérablement 
enrichie   pour    la  circonstance.    Ornée   de 
pierres  fines    et    de   perles,    la    crosse    est 
presque   entièrement   ànailh'c    sur  argent. 
Plus  d'un  lecteur  m'arrêtera  net:  {ylzniai/lc'e'h, 
dites-vous, quel  est  le  sens  exact  de  ce  mot  ? 
Le  nom  d't'/;/a// s'applique  ici  à  des  substan- 
ces   vitrifiées    sous    l'action   d'une    chaleur 
intense  et   diversement   coloriées   par   des 
oxydes  métalliques,  qu'on   a  fixées  sur  l'ar- 
gent  pour  en   rehausser  l'éclat.    L'ouvrier 
creuse    au  burin     les   parties    destinées    à 
recevoir  Xc'ii/ail,    en   ménageant  avec  soin 
des  filets  de  métal  pour  former  les  contours 
et  les  lignes  principales  du  dessin.  Il  dépose 
ensuite  dans  chaque  cavité  la  poudre  ou   la 
pâte   d'émail    (suivant    que    la   surface  est 
plate  ou  convexe)  met  la  jjièce  au  lour,  la 
polit  après  le  refroidissement  et  dore  toutes 
les  parties  métalliques  apparentes  entre  les 
divers  émaux.  On  appelle  ce  genre  de   tra- 
vail, très  usité  au  Xll'^et   auXIIU'  siècle, 
émiil  chxmplevé.    Tables    d'auti'l,    châsses, 
vases    sacrés  ou  profanes,    tombeaux   des 
évêques  ou  des  grands  seigneurs,  tout  était 
émaillé.  L'or  seul  eût  alors  paru  pauvre  et 
monotone  près  des  étincelantes  verrières  et 
des  brillantes  peintures  de  nos  cathédrales. 
Ce  procédé  demandait  une  grande  habileté 


H0;vu^  D0;  L'  ym0  ci;çRé;6i^ri.        pl.vu 


c(i^oss)e:  p'BomïiaHï:^  soin  cobfhet. 

pai-M  Poussielgue - E,usand  de  Paris. 


PhototToia  B.  Kahlen.  M'aUdbach. 


C'TOSyC,  e@itre  et  Cbapc  offertes  à  a^gr  réocque  D'angcrs.  197 


de  main  :  il  se  perdit  peu  à  peu.  Le  goût 
cliangea  et  se  corrompit  sous  l'intluence  des 
idées  païennes  et  réalistes  des  XVI I^  et 
XV'I  I  Lsiècles.pendant  lesquels  on  n'entend 
plus  parler  que  de  marbres,  de  bois  doré, 
d'argent  et  d'or  massifs  /  On  mesurait  alors 
la  beauté  d'un  objet  à  son  poids,  à  sa  valeur 
intrinsèque  :  la  matière  l'emportait  sur  l'art, 
sur  le  travail  de  la  main,  surtout  dans  les 
objets  d'orfèvrerie  d'église.  Les  études  ar- 
chéologiques ont  enfin  fait  justice  de  ce  faux 
luxe  du  XVI  île  siècle,  de  ces  broderies  qui 
ressemblaient  à  de  la  sculpture,  tant  elles 
étaient  en  relief  de  ces  soleils  considérables 
comme  on  l'écrivait  avec  admiration,  en 
parlant  de  certains  ostensoirs,  et  les  mé- 
thodes du  moyen  âge  sont  enfin  revenues  en 
honneur.  C'est  à  l'émail  champlevé,  qu'on 
a  demandé  en  grande  partie  la  décoration 
de  la  crosse  d'honneur  offerte  à  M^"^  Freppel  : 
le  bâton  lui-même  en  est  orné  en  entier. 

Une  inscription  latine,  composée  par  un 
bénédictin  de  Solesmes,  s'enroule  autour 
de  la  hampe,  divisée  en  quatre  parties,  par 
des  nœuds  semés  de  jolies  turquoises.  Un 
fond  d'azur  uni  sert  de  champ  tantôt  à 
d'élégants  feuillages, nuancés  d'émaux  peints 
au.x  couleurs  les  plus  harmonieuses,  tantôt 
au  ruban  d'or,  sur  lequel  est  émaillée  en 
noir  l'inscription  suivante: 

KAROLO  ■  .ÏMILIO     FREPPÎX  •  EPISCOPO  -  AXD  ■ 

HOCL.KTI  ■  BACVLVM  •  KLERVS  -  POPVLVSQVE  ■  DICARVXT- 
PONTIFICI    ■   DEXTRA    ■    QVOD    •    GERIT   ■    INTREPmA 

IPSI  •  QVEM  ■  GENVrr  •  FELIX  -  ALSACIA  ■  PLAVDIT  • 
PLAVDITET- ANDVS    QVEM  GAVDET-  HABEREPATREM  ■ 

yVEM  ■  PIA  ■  LEGIFERIS  -  IVNXIT  •  BRITANNIA  ■  PLAVDrr- 
GALLIA        TOTA    -    TIIÎI    •    PI.AVDIT       ATHLETA   •    DEI  - 


ANNO 


DOMINl 


M 


DCCC 


LXXXIV 


Le  nœud,  sphériquc  comme  presque  tous 
ceux  du  XII  h  siècle,  est  assurément  la  par- 
tie la  plus  riche.  Les  bustes  des  quatre  doc- 
teurs  de     l'Église    latine    (St    Jérôme,   St 


Augustin,  St  Ambroise  et  St  Gréeoire  le 
Grand)  ciselés  et  appliqués  sur  émail  bleu 
dans  des  médaillons  quatrilobés,  forment 
horizontalementavec  douze  pierresfines  une 
brillante  couronne.  On  remarque  en-dessus 
et  en-dessous,  entre  des  filigranes  semés  de 
perles,  quatre  écussons  émaillés  aux  armes 
de  Monseigneur  Freppel,  d'Obernai  (ville 
d'Alsace,  où  il  est  né),  du  chapitre  d'Angers 
et  de  Brest.  Une  ceinture  de  feuilles  sert  de 
transition  entre  le  nœud  et  la  v'olute,  décorée 
sur  fond  bleu  des  mêmes  ornements,  qui 
s'enroulent  autour  du  bâton. 

La  courbe  extérieure  de  la  crosse  est  en- 
richie de  feuilles  de  vermeil,  alternées  avec 
des  perles  de  corail  :  les  unes  et  les  autres 
sont  disposées  avec  art  pour  rompre  à  l'œil 
la  sécheresse  ordinaire  de  cette  partie.  Au 
centre  de  la  volute  voici  l'archange  St 
Michel,  terrassant  le  démon. 

Quelle  énergie  dans  sa  pose!  le  dragon 
semble  s'agiter  encore  et  se  redresser  contre 
la  lance,  dont  il  est  transpercé.  Ce  groupe, 
tout  en  vermeil,  ressort  admirablement  sur 
les  émaux  multicolores,  le  corail  et  les 
grenats,  dont  il  est  encadré.  Pouvait-on 
choisir  une  scène  mieux  appropriée  à  la 
circonstance  ?  Le  combat  du  bien  et  du  mal, 
de  l'ange  de  Dieu  et  de  Satan  est  sans 
doute  de  tous  les  temps  ;  mais  la  persécution 
religieuse  dont  nous  sommes  témoins  et  les 
luttes  soutenues  à  tout  instant  par  notre 
courageux  Lveque,  imposaient  au  comité  de 
souscription  ce  sujet,  si  souvent  représenté 
au  moyen  âge. 

L'ensemble  de  ce  beau  travail  fait  penser 
aux  objets  analogues,  cités  dans  nos  anciens 
inventaires.  Ceux  d'Angers  en  énumèrent 
plusieurs:  la  crosse  de  Foulques  de  Mathefe- 
lon.mort  en  1355  :  lion  unacroceaargcntca 
Si'ii  baculns pastoralis  in  plnribus  locis  divisa, 
cum  viratapondcris  cnin  ligiio  et  fcrro  Xl^l 
iiiareaniin  III  onciarimi  ad  insiçrnia  de  Ma- 


ig8 


EeDue   ne   P9rt    côrctien. 


thefelon  et  quatre  autres,  dont  la  plus  inté- 
ressante est  ainsi  décrite  :  Itou  uinis  bacuhis 
pastoraliscoopertus  argetitodeaiirato  etvariato 
adyniagincs  saïuforiiiii  Maurilii et  Rcnah  et 
in  crossaymaoo  beati  Manrilii et  beatiRcnati 
dettivitilo  exeuntis.  (Inv.  de  142 1.) 

L'inventaire  du  trésor  de  la  cathédrale 
de  Bayeux,  dressé  en  1476,  décrit  ainsi  la 
belle  crosse  de  Louis  de  Harecourt:  Item 
tmg  bastoji  pastoi'al  en  qjiatre  pièces,  tout 
d'argent  doré,duqiiel  la  verge  par  les  q7iarrés 
est  tonte  esmaillée  en  rondeanlx  et  entre  les 
rondeajilx  a  figures  de  branches  et  est  le  dit 
esmail  desmoly  et  cassé  en  phisietirs  lieux. 
En  la  pomme  qui  soutient  la  crosse  sont 
plusieurs  tabernacles  tous  esiiiaillics  et  aux 
deux  costés  a  detix  yniag-es.  Et  dedans  la 
7'otondité  de  la  croce  a  une  ymage  de  notre 
Dame  devant  laquelle  est  la  figure  de  ung 
evesque  priant.  Et  est  la  dite  croce  soustenue 
de  ung  angle  à  ailles  esmaillées  et  poise  dix- 
huit  marcs,  six  gros... 

Il  serait  facile  de  multiplier  les  citations 
et  les  descriptions  d'anciennes  crosses:  elles 
étaient  rarement  émaillées  de  haut  en  bas, 
on  avait  reconnu  la  fragilité  de  l'émail  ex- 
posé aux  chocs  et  aux  détériorations,  quand 
il  était  appliqué  sur  la  hampe  comme  à  la 
crosse  de  Bayeux.  Toutefois,  pour  une  pièce 
de  grand  prix,  on  aurait  tort,  je  crois,  de  se 
priver  de  cet  élément  de  décoration  et  on  ne 
l'a  pas  fait  pour  celle  offerte  à  Mg^"  Freppel. 

Le  splendide  écrin  mérite  aussi  de  fixer 
l'attention.  L'artiste  l'a  couvert  de  maroquin 
noir  et  semé  de  grands  médaillons  émaillés 
aux  armes  indiquées  précédemment,  et  d'ara- 
besques, formées  de  clous  dorés.  Poignée, 
charnières,  entrée  de  serrure  ornée  de 
dragons,  moraillon  avec  serpent  émaillé, 
tout  cela  minutieusement  doré  et  ciselé 
forme  un  ensemble  agréable  à  l'œil  et  qu'un 
archéologue  ne  dédaignerait  pas  d'examiner. 
On  s'est  évidemment  inspiré  du  coffret    du 


trésor  de  Conques,  de  la  cassette  dite  de 
Saint-Louis  conservée  à  Dammarie,  ou 
encore  de  l'écrin  de  la  couronne  reliquaire 
conservée  à  la  cathédrale  de  Namur. 

La  crosse  et  son  beau  coffret  font  le 
plus  grand  honneur  à  AP  Poussielgîic,  de 
Paris,  dont  les  ateliers  ont  déjà  produit 
tant  d'œuvres  remarquables.  Qu'il  reçoive 
ici  le  témoignage  de  l'entière  satisfaction  du 
comité. 


*****  ******  *   * 


*  *   *   * 


— ^--^  Xra  initcc  et  la  CCbape 

BRODÉES   PAR   M.    L.    GROSSE,    DE   BRUGES. 

LES  artistes  du  moyen  âge  ont  produit 
en  tout  genre  des  chefs-d'œuvre,  que 
nous  ne  pouvons  égaler  aujourd'hui  sans 
les  plus  grandes  difficultés:  c'est  une  vérité 
acquise  maintenant  et  l'expérience  le  dé- 
montre à  chaque  instant.  Toutefois  nous 
sommes  encore  bien  novices,  il  faut  l'avouer, 
dans  certaines  spécialités.  Que  de  progrès 
à  faire  encore  pour  remonter  le  courant  du 
mauvais  goût  et  les  fausses  notions  du  beau 
qui  depuis,  le  XVI  I<=  siècle,  faisaient  trop 
souvent  prévaloir  la  valeur  intrinsèque  d'un 
objet  sur  sa  valeur  artistique  ! 

Une  des  branches  de  l'art  religieu.K  les 
moins  connues  et  les  plus  intéressantes  est 
assurément  la  broderie.  Que  de  merveilles 
nous  révèlent  à  ce  sujet  les  anciens  inven- 
taires, témoins  authentiques  de  richesses 
aujourd'hui  disparues  !  C'est  là,  dans  quel- 
ques trésors  d'église,  dans  les  collections 
particulières  ou  dans  les  expositions  rétros- 
pectives, qu'il  faut  les  étudier  tout  d'abord, 
afin  de  tâcher  ensuite  de  les  imiter.  Les 
peintres  et  les  miniaturistes  les  plus  célèbres 
des  XIV^  et  XV^  siècles  ne  dédaignaient 
pas  la  broderie. /*Z(?r;r  rt'?^  Vilant,  peintre  du 
roi  de  .Sicile,  travailla  au  magnifique  orne- 
ment   connu    sous    le    nom    de    la  grande 


Ha:Y^I^  D^  L'  ym0  c(çiie[6i^u.  PL.vm 


miTï^ï:  (iPacE  ?inTÉniEUï^E)  ET  ÏITOLE. 

par  M  Grosse,  de  Bruges. 


Shntntvni»  T{.  KoMmi.  ïl.OUdbach. 


Crosse,  ^itrc  et  Cfjapc  offertes  a  a^gr  réticquc  ti'9ng;ers.         199 


brode7'ie,  donné  par  René  d'Anjou  à  notre 
cathédrale,  et  tant  d'autres...  Les  artisans 
du  moyen  âge  étaient  artistes,  ils  savaient 
parfaitement  dessiner  et  l'aiguille  entre 
leurs  doigts  habiles  devenait  un  pinceau 
délicat,  capable  de  tracer  les  scènes  les  plus 
compliquées. 

Voilà  ce  qu'a  compris  depuis  longtemps 
M.  Grosse,  de  Bruges.  De  cet  atelier  si 
bien  organisé  sont  sorties  des  broderies 
uniques  en  leur  genre,  entre  autres  la  grande 
bannière  delà  cathédrale  d'Angers,et  surtout 
la  mitre  et  la  chape,  dont  je  vais  parler. 

Entièrement  travaillée  à  l'aiguille,  la 
mitre  est  bordée  d'une  ligne  bleue,  semée 
de  perles  d'argent,  qui  forme  les  divisions 
principales  en  séparant  l'orfroi  vertical  et 
l'orfroi  horizontal  du  fond.  Sept  médaillons 
sont  espacés  sur  la  partie  centrale  et  en 
bas,  séparés  par  des  perles  fines  et  des 
feuillages  sur  fond  d'or.  Au  milieu,  Marie 
portant  l'enfant  Jésus,  première  patronne 
delà  cathédrale;  à  sa  droite  saint  Apothème 
et  saint  René  ;  au-dessus  saint  Lezin  et 
saint  Mainbœuf  ;  enfin  à  sa  fauche  saint 
Benoit  et  saint  Loup.  On  remarque  sur 
le  fond  de  la  mitre,  brodé  en  couchure 
d'or  avec  de  charmants  rinceaux,  saint 
Maurille  ressuscitant  saint  René,  et  saint 
Aubin  guérissant  un  aveugle.  On  a  groupé 
surla  face  principale  tous  les  saints  Évêques 
d'Angrers  autour  de  la  Sainte  Vieree.  La 
finesse  de  la  broderie  dépasse  ce  qu'on 
peut  imaginer  :  on  dirait  de  vraies  minia- 
tures, tant  sont  petites  ces  figures  d'évêques, 
dessinées  avec  talent  par  M.  de  Tracy  (de 
Gand)  dans  leurs  médaillons  sur  fond  bleu. 
Les  rampants  sont  garnis  d'une  crête  de  ver- 
meil avec  grosses  perles  fines  et  corail, 
travail  délicat  de  M.  I5ourdon-de  Bruyne 
le  célèbre  orfèvre  de  Gand. 

L'autre  face,  divisée  de  la  même  façon, 
est  consacrée  à  saint  Maurice  second  patron 


de  la  cathédrale  et  à  ses  compagnons  Inno- 
cent, Candide,  Exupère,  Vital  et  Victor. 
Au  sommet  voici  saint  Martin  tenant  une 
fiole  du  sang  de  saint  Maurice,  avec  lequel 
il  consacra  notre  église  sous  le  vocable  du 
chef  de  la  légion  thébaine.  Les  parties  laté- 
rales sont  ornées,  au  centre  de  deux 
grands  «  ro7ideaulx  »  avec  améthystes,  per- 
les et  feuillages  brodés,  et  tout  autour  de 
branches  de  rosiers,  que  le  XlIIe  siècle 
affectionnait  tout  particulièrement. 

Enfin  le  brodeur  a  tracé  sur  les  fanons 
deux  médaillons  avec  croix  d'or,  les  patrons 
de  Monseigneur,  saint  Charles  et  saint 
Emile  et  ses  armoiries,  au  milieu  de  rinceaux 
aux  plus  riantes  couleurs. 

Il  n'a  pas  fallu  moins  de465  journées  de  lo 
heures  aux  meilleurs  ouvriers  de  M.  Grosse 
pour  achever  ce  petit  chef-d'œuvre.  A  vrai 
dire  on  ne  sait  ici  ce  qu'il  faut  admirer  le 
plus,  de  la  perfection  des  figures  ou  de 
l'heureux  mélange  des  soies  aux  nuances 
chatoyantes,  de  la  beauté  des  perles  ou  de  la 
couchure  d'or,  si  régulièrement  exécutée. 
Quelle  somme  de  talent  et  que  de  difficultés 
vaincues  dans  une  si  petite  surface  ! 

Les  mitres  du  moyen  âge  étaient  souvent, 
comme  celle-ci,  ornées  à  profusion:  les  unes 
toutes  en  orfèvrerie  étaient  couvertes  de 
perles  et  de  pierreries,  les  autres  en  broderie 
historiée  :  presque  toutes  avaient  une  haute 
valeur  artistique.  Quelle  différence  entre  les 
anciennes  mitres  de  forme  si  élégante  et 
les  gigantesques  appareils  de  drap  d'or  avec 
croix  de  paillettes,  dont  on  coiffait  encore 
nos  évêques  pendant  les  deux  premiers  tiers 
de  ce  siècle  :  mode  déplorable,  venue  de 
Rome,  avec  tout  le  faux  luxe,  dont  on  a  dés- 
honoré nos  églises  depuis  Louis  XIV  sous 
le  prétexte  de  les  embellir.  Grâce  à  Dieu 
ces  mitres  énormes  sont  enfin  abandonnées 
etonrevient  de  tous  côtés  aux  bonnes  formes 
du  moyen  âge. 


200 


Eetiue   De   l'art    chrétien. 


La  Chape. 

La  chape  ne  le  cède  en  rien  à  la  mitre. 
Les  douze  apôtres  et  les  quatre  docteurs 
de  l'Église  latine  sont  rangés  sur  les  orfrois 
deux  à  deux,  sous  des  arcades  trilobées, 
au-dessus  desquelles  on  a  placé  des  anges 
aux  ailes  étendues.  Ce  motif  de  décoration 
très  commun  au  XI 11^  siècle  se  rencontre 
partout,  notamment  aux  arcatures  de  la 
Sainte-Chapelle  et  sur  les  châsses  d'Aix  et 
de  Cologne. Chaque  ange  tient  un  phylactère 
portant  le  nom  d'une  vertu  (fides,  castitas, 
etc..)  Personnages  aux  figures  douces  et 
o-raves  à  la  fois,  fonds  d'or  à  rinceaux  ou 
chevronnés,  ancres  souriant  aux  ailes 
diaprées,  colonnettes  argentées,  tout  cela 
est  merveilleux  comme  exécution.  Ces 
figures  si  variées  peuvent  être  examinées  à 
la  loupe. 

On  en  est  à  se  demander  comment 
l'aiguille  peut  réaliser  d'aussi  jolies  pein- 
tures ;  à  peine  distingue-t-on  les  points. 
Ces  beaux  orfrois  ont  été  copiés  en  partie 
sur  la  plus  belle  pièce  de  ma  collection,  que 
jNL  de  Linas  avait  singulièrement  appréciée 
à  l'exposition  de  Lille  et  dont  la  description 
a  été  donnée  dans    la  AVot/c,  année    1874, 

P-  335- 

Le  chai)eron  est  divisé  en  trois  arcades. 

La  plus  large  n;nferme  la  Résurrection.  Le 
Christ  sort  triomphant  du  tombeau,  l'éten- 
dard de  la  victoire  près  de  lui  :  son  nimbe 
est  bordé  d'un  rang  de  50  perles  fines  ;  au 
devant  deux  gardes  dorment  profondé- 
ment ;  un  troisième  se  réveille  en  sursaut. 
11  était  d'usage  autrefois  de  représenter  la 
figure  de  l'Ancienne  Loi  près  de  la  réalité 
de  la  Nouvelle  ;  on  s'y  est  conformé.  Voici, 
dans  l('s  parti(;s  latérales,  Jonas  rejeté  après 
trois  jours  [)ar  le  monstre  marin  et  .Samson 
qui  emporte  sur  son  dos  les  portes  de  Gaza. 
En-dessus  des  arcatures,  comme  aux  orfrois, 
deu.x  anges  à   mi-corps,  sortent  des  nuages 


et  tiennent  des  banderoles  avec  ces  textes  : 
Resîirrcxit  sic  ut  dixit,  Alléluia,  et  Eccc 
vicit  Ico  de  tribu  Juda. 

Une  frange  d'or  nouée  et  posée  sur  une 
autre  frange  de  soie  rouge  est  fixée  au 
chaperon,  entièrement  brodé  à  l'aiguille, 
connue  le  galon  qui  l'entoure.  A  vrai  dire  ce 
travail  de  couchure  à  rinceaux  d'or  est  plus 
minutieux  que  difficile:  c'est  surtout  aux 
figures  si  bien  exécutées,  qu'il  faut  s'arrêter. 

Que  dire  enfin  du  manteau,  tout  parsemé 
de  bouquets  d'or  et  de  fleurs  empruntées 
aux  anciens  manuscrits,  sur  un  fond  de 
satin  blanc  ?  Six  anges  alternés  avec  des 
fleurons  de  broderie,  rayonnent  vers  le 
chaperon.  Chacun  d'eux  joue  d'un  instru- 
ment de  musique.  Comme  les  ailes  aux 
nuances  les  plus  variées  coupent  heureuse- 
ment la  banderole  qui  les  entoure  !  Ces 
messagers  du  ciel  semblent  former  en  l'hon- 
neur du  Christ  ressuscité  un  concert  de 
louanges,  qui  se  traduit  par  les  inscriptions 
suivantes  :  Gloria  in  excchis  Deo.  —  Pax 
honiiîiibus  bonœ  voluntatis.  —  Hosanna  Filio 
David.  —  Sit  Gloria  Doiiiiiii  in  sicciila  ! 
Sanctits  Dondnus,Deîcs  Sabaoth. —  Tit  soins 
Doiniiuts,  tu  soins  altissivins. 

Le  parti  de  semer  un  fond  uni  (satin  ou 
velours)  de  <i  plaisajis  Jlorions  de  broderie  » 
ou  lie  <i papillons  )),  c'est-à-dire  d'anges  ou 
de  chérubins  avec  les  inscriptions  :  Da 
oioriani  Deo  ou  Gloria  in  exrclsis  (m  autres, 
était  assez  répandu, surtout  aux  Xl\''-'etXV<^ 
siècles.  J'en  connais  de  fort  beauxspécimens; 
on  en  trouve  aussi  souvent  dans  les  anciens 
inventaires.  Le  brodeur  prenait  ainsi  un 
moyen  terme  entre  Xtibaudcquin  (brocart  tis.sé 
d'or  et  de  couleurs)  ou  le  panmis  "ureus, 
étoffe  d'or  mêlée  de  velours  ciselé,  et  ces 
admirables  manteaux  entièrement  travaillés 
à  l'aiguille  et  représentant,  comme  à  .Saint- 
Bertrand  de  Comminges,  la  vie  de  la  Vierge 
ou  du  Christ  en  trente  ou  quarante  médail- 


H^Yu^  D^.  L-  n^0  (X^m^Hn. 


PL.  IX 


C(l3/1PE   (  OÏ^Ff\OIS.^ 
par  M  Grosse,  de  Bruges. 


Phuti'typte  B.  Ktlhlen,  M.liladhKch. 


Crosse,  ^itrc  et  Cbapc  offertes  à  90g:r  réticque  D'angers. 


20 1 


Ions  brodés  au  point  couché  sur  fond  d'or 
exécuté  aussi  à  la  main.  Ces  belles  pièces 
dataient  surtout  des  XI I^,  XI Ile  et  XI V^ 
siècles  :  plus  tard  il  n'en  est  plus  guère 
question.  La  reproduction  de  pareils  ouvra- 
ges serait  aujourd'hui  d'un  prix  inabordable. 
Revenons  à  notre  chape  :  une  riche 
bordure,  d'où  s'élancent  de  gracieux  bou- 
quets or  et  couleur  garnit  la  partie  inférieure; 
au  milieu  et  tout  en  bas  voici  les  armes 
de  Monseigneur  Freppel.  Mille  trente-neuf 
journées  de  travail  de  10  heures  ont  été 
employées  pour  faire  cette  magnifique 
chape,  digne  d'être  comparée  aux  plus  belles 
du  moyen  âge. 


Une  étole  assortie  avec  l'Annonciation 
et  le  Couronnement  de  la  Vierge  accom- 
pagne et  complète  ces  présents,  faits  par 
la  générosité  des  catholiques  à  Monseigneur 
l'évêque  d'Angers.  Un  seul  ouvrier  travail- 
lant 10  heures  par  jour  aurait  mis  à  peu 
près  4  ans  à  broder  les  trois  objets.  Puisse 
M.  Grosse,  auquel  les  souscripteurs  doivent 
d'avoir  pu  offrir  au  vaillant  défenseur  de 
l'Église  sous  une  forme  aussi  artistique 
l'expression  de  leur  reconnaissance,  persé- 
vérer dans  cette  voie  et  même  s'y  perfec- 
tionner encore  ! 

L.  DE  Farcv. 


NOUS  devons  à  M.  de  Farcy  l'expression  de  notre  reconnaissance,  non  seulement 
pour  son  intéressant  travail  sur  les  dons  offerts  à  Mgr  l'Évêque  d'Angers,  mais 
encore  pour  les  planches  qui  l'accompagnent  et  dont  notre  collaborateur  a  voulu  géné- 
reusement faire  les  frais,  afin  de  mettre  les  lecteurs  de  la  Revue  à  même  de  mieux 
connaître  les  travaux  décrits.  N.  D.  L.  R. 


°  S-^^-S.^^A.S^A^L^.^.S^.^;.^.r6.^^.S.^.3^JS.^^^.^,^^S.^^r§^ 


^  CCorresponïi  ance.  ^ 


On  lit  dans  la  Revue  des  questions  histori- 
ques, livr.  de  janv.  1885,  p.  317. 

Dans  la  Revue  de  l'Art  cJirétieii^  Mgr  Barbier  de  Mon- 
tault  fait  la  monographie  de  l'église  de  Fours,  près  Avi- 
gnon. Il  la  fait  remonter  à  l'époque  carolingienne  ;  nous 
croyons  qu'il  la  \  ieillit  trop.  Les  dessins  qui  accompa- 
gnent son  article  semblent  montrer  que  cette  église  ne 
doit  pas  être  antérieure  au  XI L'  siècle.  Elle  est  purement 
romane.  Fr.  riE  Fontaine. 


Mgr  X.  Barbier  de  Montault  nous  adresse 
les  quelques  mots  ci-après,  en  réponse  à  cet 
articulet  : 

La  monographie  de  Fours  n'est  pas  de  moi,  je  ne 
connais  pas  cette  église  et  mon  nom  ne  figure  pas  à  la 
suite  de  l'article.  L'auteur,  M.  Le  doyen  Fuzet, 
répondra,  je  pense,  à  l'erreur  chronologique  qu'on  lui 
impute.  X.  B.  de  M. 


De  son  côté  M.   le  chanoine  Fuzet  nous 
écrit  à  ce  propos  : 

«TE  suis  très  flatté  d'être  pris  pour  Mgr  Barbier  de 
I  Montault.  Mais  comme  notre  savant  collabora- 
teur serait  moins  flatté  que  moi  de  cette  méprise, 
je  réclame  la  paternité  de  mon  humble  étude.  M.  de 
Fontaine  n'admet  ])as  mon  opinion  sur  l'âge  de  l'église 
de  Fours  ;  il  croit  que  je  la  vieillis  trop.  La  vue  de  mes 
dessins  lui  a  suffi  pour  se   prononcer  sans   hésitation. 


Ce  serait  donner  trop  d'importance  au  petit  objet  de 
mon  travail  que  d'entrer  dans  une  longue  discussion. 
Je  me  bornerai  à  demander  à  M.  de  Fontaine  s'il  a  vu 
souvent  les  signes  lapidaires  <|ue  j'ai  relevés,  particu- 
lièrement le  G  en  forme  de  faucille,  sur  des  monu- 
ments postérieurs  aux  premières  années  du  XP  siècle. 
Les  autres  caractères  des  constructions  carolingiennes, 
que  j'ai  indiqués,  et  surtout  l'analogie  frappante  qui 
existe  entre  cette  église  et  d'autres  édifices  attribués 
sans  contestation  possible  à  l'époque  carolingienne, 
démontrent  que  je  n'ai  pas  trop  vieilli  ce  monument. 
D'ailleurs,  d'après  un  texte  authentique,  l'église  de 
Fours  est  tout  à  fait  au  commencement  du  XI 1= 
siècle,  l'objet  d'un  échange  entre  les  chanoines  d'Avi- 
gnon et  les  moines  de  l'abbaye  de  St-André  :  elle 
existait  donc  déjà.  Il  ne  faut  pas  oublier  que  le  midi 
de  la  France,  ayant  gardé  mieux  qu'aucune  autre  con- 
trée et  presque  sans  interruption  les  traditions  archi- 
tectoniques  romaines  dans  la  construction  des  édifices 
religieux,  a  vu  de  meilleure  heure  que  le  Nord  les 
églises  romanes  s'élever  en  grand  nombre  sur  son  sol 
où  les  centres  de  populations  chrétiennes  étaient  très 
multipliés  et  où  abondaient,  pour  servir  de  modèle 
aux  ouvriers,  les  restes  magnifiques  des  monuments 
romains.  Enfin  je  demanderai,  à  mon  savant  contra- 
dicteur, si  une  église,  parce  qu'elle  est  «  purement 
romane  >,  ne  doit  pas  être  antérieure  au  XIP  siècle,  ou 
cjuelle  différence  il  y  a  entre  une  église  «  purement 
romane  »,  et  une  église  de  l'époque  architecturale 
carolingienne  ? 

F.  Fuzet, 
Doyen  de  \'illeneuve-lez-Avignon. 


^  t±±±±à±k±±±±±±È.^±±±±±±àkP^P^kkkkk^±±AÂJ\  ^ 


h  f^^^^ 


ecinaillcnc  ôp^antinc. 


Ha  collection  SticnigocoDskoi. 


NE  précieuse  qualité  distingue  les  col- 
lectionneurs russes  :  la  libérale  com- 
munication de  trésors  archéologiques 
amassés  à  grands  frais  et  souvent  à 
grande  peine.  Je  ne  me  rappelle  pas,  sans  un 
regret  sincère  pour  l'homme,  l'excellent  M.  Se- 
vastianov  et  son  curieux  portefeuille  de  photo- 
graphies du  Mont  Athos,  qu'il  était  toujours  si 
charmé  d'ouvrir  au  premier  venu.  Que  d'emprunts 
la  science  pure  et  la  vulgarisation  n'ont-elles  pas 
faits  et  ne  font-elles  pas  encore,  tant  à  l'ancienne 
collection  Soltykov,  aujourd'hui  dispersée,  qu'efu 
riche  cabinet  de  M.  le  comte  Grégoire  Stroga- 
nov.  Durant  de  longues  années,  la  galerie  de  M. 
Alexandre  Basilewsky,  à  Paris,  fut  pour  ainsi  dire 
publique  le  vendredi  ;  on  y  entrait  avec  une  carte 
facilement  obtenue,  et  le  propriétaire  poussait  la 
courtoisie  jusqu'à  quitter  son  domicile  aux  heures 
d'admission,  afin  de  laisser  le  champ  libre  aux 
visiteurs.  Non  content  d'éditer,  à  l'aide  de  M. 
Alfred  Darcel,un  6"rt/rt/i?^'"«e  monumental  où  l'éru- 
dition n'est  égalée  que  par  la  magnificence  et 
l'exactitude  de  nombreuses  planches,  M.  Basi- 
lewsky savait  mettre  gracieusement  à  la  disposi- 
tion des  spécialistes  les  pièces  inédites,  dont  il 
n'avait  pas  jugé  à  propos  d'illustrer  son  ouvrage  : 
les  lecteurs  de  la  Kl-i'hc  de  l'art  clurticii  sont  édi- 
fiés sur  ce  point.  Hélas  !  la  collection  Basilewsky 
est  maintenant  perdue  pour  la  France,  elle  va,  à 
Saint-Pétersbourg,accroitre  les  trésors  amoncelés 
dans  les  vitrines  du  Musée  de  l'Ermitage  impérial. 
On  devra  donc  désormais  chercher  en  Russie  la 
solution  de  certains  problèmes  relatifs  à  notre 
art  national,  l'émaillerie  limousine  en  particulier. 
Des  circonstances  atténuantes  adoucissent  néan- 
moins le  chagrin  légitime  que  me  cause  la  nou- 
velle d'un  semblable  désastre  :  je  n'ai  jamais 
recouru  on  vain  à  l'obligeance  d'un  administra- 
teur d'établissements  scientifiques   russes,  même 


"ïïf 'ïïf'ïï?^^  ïïf  Sf  "5f"5 


lorsqu'il  s'agissait  d'objets  classés  hors  de  son 
département.  Nommer,  à  la  Bibliothèque  impé- 
riale, M.  Vladimir  Stassov,  aux  Antiques  de 
l'Ermitage,  M.  Ludolf  Stephani,  n'est  ici  qu'un 
acte  de  rigoureuse  justice.  Combien  de  fois  le 
dernier,  heureux  émule  d'Adrien  de  Longpérier, 
des  deux  Lenormant  et  de  cet  illustre  baron  de 
Witte  que  Français  et  Belges  se  disputent  à  l'envi, 
n'a-t-il  pas  interrompu  son  labeur  classique  pour 
répondre  à  mes  questions  sur  l'orfèvrerie  barbare, 
ou  faire  reproduire  à  mon  usage  des  monuments 
fort  étrangers  au  style  grec  (')  ?  Espérons  que 
l'avenir  ne  changera  rien  au  présent. 

Homme  de  goût  et  de  flair  —  passez-moi  le 
mot  —  M.  le  Conseiller  d'État  Svenigorodskoi 
dédaigne  les  routes  suivies  d'ordinaire  par  les 
collectionneurs  ;  il  en  a  choisi  une  moins  banale. 
Au  lieu  de  s'abandonner  au  torrent  du  bric  à  brac 
à  la  mode,  d'entasser  pêle-mêle  l'antique,  le 
moyen  âge  et  l'oriental  sur  des  meubles  de  la 
Renaissance  ou  des  étagères  du  Faubourg  Saint- 
Antoine,  M.  Svenigorodskoi  s'est  attaché  à  une 
spécialité  d'objets  très  rares,  les  émaux  cloisonnés 
byzantins.  Des  voyages  —  au  Caucase,  je  le  soup- 
çonne un  peu  —  et  les  découvertes  de  Kiev,  ont 
rendu  notre  fin  connaisseur  propriétaire  d'une 
série  de  remarquables  échantillons  que  lui  envie- 
raient les  plus  riches  musées  de  l'Europe. 

En  bon  Russe,  M.  Svenigorodskoi  a  voulu  imi- 
ter l'exemple  de  ses  généreux  compatriotes  ; 
exposé  d'abord  à    Aix-la-Chapelle    pendant    la 

I.  Pour  apprécier  l'immensité  des  travaux  de  M.  Ludolf 
Stephani  et  sa  profonde  érudition  classique,  il  faut  lire  les 
2 1  volumes  publiés  des  Co)>iples-rcndiis  de  la  Commission 
impériale  arclu'ologiqui:  riissc^  1859  à  1S81.  Dans  ces  vo- 
lumes, grand  in-4  ,  dont  la  partie  scientifique  est  entière- 
ment dévolue  au  docte  conservateur  des  Antiques  de 
l'Ermitage,  l'art  et  l'industrie  de  l'ancienne  civilisation  du 
Bosphore  Cimmérien  sont  présentés  avec  une  vigueur  de 
critique  et  une  clarté  au-dessus  de  tout  éloge.  Les  ouvrages 
de  M.  Stephani,  illustrés  de  gravures  dans  le  texte  et  de 
planches  in-folio,  semblent  peu  connus  en  France;  du 
moins  on  ne  les  cite  guère  bien  qu'ils  soient  rédigés  en 
allemand,  langue  aujourd'hui  indispensable  à  tout  homme 
voué  aux  études  sérieuses. 


KlîVUE  DE  L'-ART  CHRÉTIEN. 

1885.      —   2'"^   LIVRAISON. 


204 


iTxcuuc   Dc   rart    cljrcticn. 


saison  des  eaux,  son  trésor  a  été  ensuite  publié 
avec  luxe.  Le  texte  explicatif,  qui  accompagne 
les  planches,  est  dû  à  la  plume  érudite  d'un  jeune 
savant  assez  versé  dans  la  technique  de  l'émail- 
lerie  byzantine,  pour  remplir  honorablement  la 
tâche  difiicile,  dont  on  l'a  chargé  (').  Les  minu- 
tieux détails,  que  fournit  M.  l'abbé  Schulz  au 
sujet  des  couleurs  et  de  leur  disposition,  la  préci- 
sion mathématique  des  photot}'pics,  toutes  ces 
qualités  forment  un  ensemble  qui  permet  d'éta- 
blir son  jugement  sans  avoir  vu  les  originaux. 

Des  diverses  pièces  de  la  série,  lesplus  curieuses 
sont,  en  fait  à'uiiiaiin,  les  deux  pointes  d'un  cer- 
cle brisé  ou  fer  à  cheval  (diam.  o'"  20  environ). 
On  y  signale  au  premier  coup-d'œil  les  débris 
d'un  de  ces  nimbes  rapportés,  que  Byzantins  et 
Russes  clouaient  autour  de  la  tête  de  leurs  images 
peintes,  sur  la  plaque  d'orfèvrerie  qui  recouvre  le 
champ  du  tableau  (-;.  L'objet,  dont  la  restitution 
serait  facile,  est  en  or  complètement  émaillé  (larg. 
moyenne  O'"  03).  Fond  bleu-lapis  très  pur  ;  motif 
principal  :  grands  quatrefeuilles  composés  d'un 
disque  cantonné  A'otellcs  (ornement  amygdali- 
forme);  semis  irrégulier  de  tourteaux  et  de  petites 
otelles.  Couleur  du  décor  :  rouge,  turquoise  et 
blanc.  Cinq  bâtes  elliptiques  (o'"  02  sur  o™  015  ; 
il  n'en  reste  que  deux  entières  et  la  moitié  de 
deux  autres)  sertissaient  des  pierres  aujourd'hui 
absentes  ;  un  chapelet  d'orbicules  blancs  (perles) 
cercle  les  bâtes.  L'aspect  général  donne  quelque 
peu  la  note  du  travail  japonais,  mais  le  dessin 
laisse  beaucoup  à  désirer. 

M.  Schulz  regarde  notre  nimbe  comme  un 
début,  et  il  en  fixe  l'exécution  au  VIL'  siècle  ;  je 
n'oserais  me  montrer  aussi  affirmatif.  L'art  et 
l'industrie  naissants  peuvent  tâtonner,  ils  n'éprou- 
vent jamais  de  véritables  défaillances.  La  har- 
diesse primesautière  perce  toujours  dans  les  rudes 
essais  d'un  inventeur  ;  également  réparties,  soli- 
daires les  unes  des  autres.les  imperfections  de  son 

1.  Die  byzatitiiiisclieii  Zellen-emails  der  Samintung 
Sweiiigorodskoi.  (Les  émaux  cloisonnés  byzantins  de  la 
collection  Svenigorodskoi),  par  l'abbé  J.  Schulz.  Petit  in-8", 
14  planches  phototypées;  Ai.\-la-Chapclle,  Rudolf  lîarth, 
1884. 

2.  Les  Russes  emploient  toujours  ce  procédé;  mais 
parfois  aussi,  ils  se  bornent  :\  clouer  le  nimbe  sur  le  bois 
du  tableau,  enjolivé  de  dorures  et  d'arabcsc[ues.  La  cathé- 
drale de  Liège  possède  une  Vierge  peinte,  encastrée  dans 
une  monture  byzantine.  Pour  les  autres,  voy.  les  AiitiquiU's 
lie  la  Russie. 


CL'uvre  homogène  ne  choquent  pas  l'œil  exercé 
du  connaisseur  :  loin  de  là,  elles  répandent  fré- 
quemment un  charme  étrange  sur  la  création 
nouvelle,  à  qui  le  desuiit  iii pisccin  d'Horace  ne 
saurait  être  applicable. 

L'émail  en  litige  ne  répond  guère  aux  termes 
du  programme  ci-dessus  formulé  ;  les  moyens 
usuels  de  fabrication  y  sont  trop  mal  équilibrés. 
Un  maître  chimiste,  initié  à  tous  les  secrets  des 
manipulations,  se  montra  à  nous  doublé  d'un 
mécanicien  négligent  ou  inexpert.  Des  motifs 
maigres  et  vulgaires,  du  moins  sans  prétentions 
à  l'élégance,  s'emmanchent  d'une  façon  médiocre- 
ment habile  ;  les  cloisons  déjetées  forment  sou- 
vent des  courbes  irrégulières  et  disgracieuses. 
Certes,  Justinicn  n'aurait  pas  admis  un  ouvrage 
aussi  imparfait  sur  son  célèbre  autel  de  Sainte- 
Sophie.  A  défaut  d'un  monument  que  les  croisés 
de  1204,  sinon  des  spoliations  antérieures,  ont 
anéanti,  il  nous  reste  deux  points  de  comparai- 
son: la  couronne  votive  de  Monza,  dite  couronne 
de  fer, qui  doit  remonter  aux  temps  carolingiens, 
sinon  à  Théodelinde  ;  l'autel  de  Wolvinius  à 
Saint-Ambroise  de  Milan,  travail  exécuté  vers 
835  par  ordre  de  l'archevêque  Angilbert  (').  Les 
émau.x  de  la  couronne  sont  bleu  lapis  et  blanc  ; 
les  croi.x  et  les  encadrements  de  l'autel,  dont 
quelques  détails  atteignent  O"'  035   en   largeur, 

I.  Bock,  Klcinodien,  etc.,  pi.  XXXIII,  fig.  49.  Giulio 
Ferrario,  MomimeiUi  sacri  e  pri>f.  délia  basilica  di  Saut' 
Ambrogio,  pi.  XX.  Du  Sommerard,  Les  arts  ati  moy^n  âge. 
Album,  série  IX,  pi.  xvill.  —  Ferrario  (ouv.  cité,  p.  121) 
déploie  toutes  les  ressources  de  la  philologie  pour  dé- 
montrer que  Wolvinius  était  italien,  en  opposition  avec 
d'Agincourt  {Décadence  de  la  sculpture,  p.  53)  qui  attiibue 
à  cet  artiste  une  origine  germanique  :  V.TCa7\x\.ii  {Recherches 
sur  la  peint,  en  email,  p.  126  et  Hist.  des  arts  industr., 
pass.)  évite  de  se  prononcer.  Je  partage  le  sentiment  de 
d'Agincourt  en  articulant  à  l'allemande  V\'OL\'lNl(us) 
=  Votfinius  ;  alors  il  n'y  faut  voir  autre  chose  que  le  mot 
allemand  Wàlfinn  (louve)  latinisé.  Les  bas-reliefs  de  Vol- 
tinius  accusent  un  élève  des  Grecs,  mais  il  paraît  certain 
à  Labarte  {Hist.,  etc.  III,  394)  que  pour  Texécution  de  son 
décor  émaillé,  l'orfèvre  occidental  recourut  aux  praticiens 
de  Byzance,  contraints  de  se  réfugier  en  Italie  ])ar  la  per- 
sécution des  iconoclastes.  La  mort  de  l'empereur  Théo- 
phile rappela  les  émailleurs  orientaux  dans  leur  patrie, 
car,  après  le  IX'=  siècle,  on  n'entend  plus  parler  h  Rome 
d'ouvrages  incrustés  à  chaud,  et  Didier,  abbé  du  IMont 
Cassin,  depuis  Victor  III,  fit,  l'an  106S,  venir  de  Constan- 
tinople  des  spécialistes  en  ce  genre.  Nul  besoin  de  dire 
qu'a>ant  vu  l'autel  de  .Milan  en  1S58,  j'étais  de  l'avis  de 
Labarte  longtemps  avant  qu'il  n'eût  publié  son  grand 
ouvrage. 


BoiiueUcs   et    egélanges 


205 


offrent,  sur  champ  parfondu,  un  cloisonne  de 
guirlandes,  de  fleurons,  de  semis  géométriques, 
disposés  avec  une  netteté  et  une  symétrie  remar- 
quables. La  gamme,  peu  étendue,  comprend  le 
vert  émeraude  translucide,  le  rouge  purpurin  et  le 
blanc,  un  ton  pâle  exprime  les  carnations  de 
masques  d'une  sévérité  magistrale,  inscrits  dans 
des  médaillons  circulaires. 

En  faveur  de  sa  thèse,  M.  Schulz  pourrait 
invoquer  l'alliance  de  la  joaillerie  et  de  l'émail, 
également  observée  à  ?iIonza  et  à  Milan.  Les 
bâtes  du  nimbe,  d'une  simplicité  rudimentaire, 
ramènent  aux  sertissures  du  reliquaire  conservé 
dans  la  cathédrale  de  Tournai,  précieux  échan- 
tillon de  l'orfèvrerie  byzantine  au  VIL'  siècle. 
Néanmoins  cette  époque  de  luxe  plantureux 
aurait-elle  accepté  une  mesquine  représentation 
fictive,  et  n'eùt-elle  pas  cerclé  ses  pierreries  de 
véritables  perles  (')  .'  Avant  de  toucher  au  vif  de 
la  question,  il  faudrait  d'abord  s'enquérir  du  lieu 
précis  où  furent  découverts  les  fragments  vendus 
à  M.  Svenigorodskoi  —  il  l'ignore  sans  doute 
lui-même  —  ensuite  savoir  à  quelle  date  les 
Grecs  inventèrent  le  placage  métallique  des 
icônes  peintes.  Au  bout  du  compte,  renvoyer 
notre  nimbe  à  une  période  de  décadence  ne  serait 
guère  plus  hardi  que  d'en  faire  une  pièce  de 
début  ;  j'ai  exposé  le  pour  et  le  contre  avec  im- 
partialité :  au  lecteur  de  conclure  ! 

Dix  médaillons  circulaires  en  or  (diam.  0,08), 
bordés  de  granules  ciselés,  excitent  l'admiration  ; 
ils  inscrivent  des  personnages  à  mi-corps,  émail- 
lés  sur  fond  métallique.  Le  Christ,  IC  S.C  ;  phy- 
sionomie sévère,  chevelure  abondante  et  barbe 
noire  ;  col  de  la  tunique,  clai'iis  nng^Kstiis  et  livre, 
rehaussés  de  perles  imitées.  La  main  droite  bénit 
à  la  manière  grecque.  Gamme  :  bleu-foncé,  bleu- 
clair,  vert,  rouge  et  jaune.  La  figure  de  la  Vierge, 
MP  t)T  est  jeune,  plutôt  dure  que  douce.  Position 
hiératique  consacrée,  les  mains  étendues  en  avant. 
Long  voile  bleu-foncé  enveloppant  la  tète  et  le 
corps  ;  robe  bleu-clair  ;  nimbe  vert  translucide, 
semé  de  perles  et  de  croisettes.  Saint  Jean- 
Baptiste,   0  A  l(Xl  O   IIP0^P0M02  :   maigreur 

I.  Les  orfèvres  du  VU''  siècle,  qui,  en  Bourgogne,  imi- 
taient l'email  avec  du  grenat  cloisonné,  ont,  dans  les  mêmes 
circonstances,  employé  de  véritables  perles  coupées  en 
deux.  Haudot,  Mc'm.  sur  As  si'piilt.  des  Barbares,  pi.  XII, 
tig.  I,  2,  3,  5;  surtout  XIII,  1. 


ascétique  ;  barbe  et  chevelure  incultes  ;  Jiiandyas 
bleu  ;  attitude  et  nimbe,  comme  la  Vierge.  Saint 
Pierre,  O  Ari02  r[eTP02  :  tète  grise;  regard 
presque  farouche.  La  main  droite  bénit  ;  la  gauche 
tient  un  vo/uineu  et  une  férule  crucifère,  croi.x 
pattée  reposant  sur  un  double  crochet  formant  un 
Cl).  Nimbe  pareil  aux  deu.x  précédents  ;  clavus 
aiigiistus  gemmé.  Saint  Paul,  O  Ari02  nAA()2. 
Type  allongé,  front  dégarni,  système  pileux  noir. 
Codex  dont  la  reliure  offre  une  croix  cantonnée 
de  cœurs  orlés  de  blanc. 

A  la  suite  des  grands  Apôtres,  viennent  trois 
Évangélistes:StJean,0  AflOC  l(jf)0  0POAOrO2: 
Mxcxxy.,  faciès  participant  à  la  fois  du  saint  Pierre 
et  du  saint  Paul  ;  codex  orné  de  pierreries  et  d'o- 
telles.  Saint  Matthieu,  OAl'IO?  MA\(-)e02.  Sauf 
la  direction  des  prunelles  et  la  garniture  de  perles 
du  codex,  il  est  identique  à  saint  Jean.  Saint  Luc, 
O  ri02  (sic)  A0ÏKA2.  Age  mûr,  barbe  ronde, 
large  tonsure  monacale  ;  sur  le  codex,  des  cœurs 
disposés  en  croix.  Enfin  deux  célèbres  guerriers 
martyrs,  saint  Georges  et  sàint  Démétrius  :  0  A 
reOPri02,  o  A^1MITPIU2.  Ils  sont  imberbes 
et  vêtus  de  riches  chlamydes  laticlaves;paragaudes 
gemmées  en  haut  de  l'humérus  ;  croix  de  bénédic- 
tion dans  la  main  droite  :  ces  insignes,  de  forme 
pattée,  ont  une  longue  hampe.  La  chlamyde  de 
saint  Georges  est  rouge,  semée  de  cœurs  jaune 
ou  turquoise,  alternant  avec  des  perles  ;  sur  le 
manteau  de  saint  Démétrius,  on  distingue  des 
croisettes  et  des  otelles  émergeant  d'un  fond  vert- 
sombre. 

De  légères  nuances  peuvent  accuser  dans  nos 
personnages  une  fusion  plus  ou  moins  réussie 
des  matières  incrustées  ;  mais  style,  technique, 
gamme,  sont  tellement  semblables,  qu'une  com- 
munauté d'atelier  —  sinon  de  main  —  et  d'em- 
ploi jaillit  à  première  vue  de  cette  frappante  ana- 
logie de  caractères.  Un  simple  coup-d'œil,  jeté  sur 
la  couverture  d'un  Évangéliaire  grec,  à  la  biblio- 
thèque publique  de  Sienne,  inontrera  que  nous 
avons  ici  les  débris  d'un  plat  de  reliure  tlu  même 
genre,  débris  jadis  cloués  sur  champ  métallique 
à  rinceaux  ciselés.  Les  bords  des  disques  de 
M.  Svenigorodskoi  sont  percés  de  trous  et, comme 
ces  disques,  les  éléments  émaillés  de  Sienne  ont 
une  bordure  granulée  (').  Il   ne  faudrait   pas   un 

1.  Labarte,  Hist.  des  arts  industr.,  .Album,  pi.  ci. 


2o6 


IRcti  uc   Dc   part    c  1)  t  cticn. 


grand  travail  d'imagination  pour  restituer  le  mo- 
nument dont  nous  n'avons  que  les  disjccta  mcmbra 
incomplets.  En  haut,  le  Christ  entre  la  Sainte 
Vierge  à  droite  et  le  Précurseur  à  gauche:  les 
attitudes  le  prouvent  (').  Au-dessous  saint  Pierre 
et  saint  Paul  se  regardant.  Plus  bas,  un  cartouche, 
rectangle  ou  quatrefeuilles,  cantonné  des  Évan- 
gélistes.  Le  cartouche,  détruit,  offrait  probable- 
ment, soit  une  Crucifixion,  soit  une  Résurrection  ; 
la  direction  des  yeux  des  Evangélistes  permet 
d'assigner  à  chacun  sa  place  respective  :  les  pru- 
nelles convergent  certainement  vers  l'intérieur,  et 
elles  ne  sauraient  être  tournées  en  dehors.  Saint 
Jean  faisait  donc  face  à  saint  Matthieu  ;  saint 
Marc,  perdu,  à  saint  Luc.  Enfin,  saint  Démétrius 
et  saint  Georges,  accostaient  un  dernier  médail- 
lon qui  manque  à  l'appel  ;  une  seconde  Vierge 
peut-être  i^y.  La  reliure  de  Sienne  mesure  o'",365 
en  hauteur  et  o'",29  en  largeur  ;  ici,  tenu  compte 
des  espaces  intermédiaires,  nous  trouverions  en- 
viron 0^,50  sur  o"',38  :  dimensions  considérables, 
mais  non  inadmissibles  (3). 

M.  Schulz  veut  mettre  à  l'actif  du  X<=  siècle  les 
dernières  pièces  qui  viennent  d'être  sommaire- 
ment décrites  ;  je  risquerai  encore  un  avis  quelque 
peu  contraire  au  sien,  mais  cette  fois  j'ai  à  mon 
service  une  argumentation  plus  serrée.  La  maes- 
tria des  tètes  et  la  richesse  de  la  gamme  semblent 
avoir  beaucoup  trop  préoccupé  l'érudit  allemand  ; 
or,  ce  n'était  pas  là  qu'il  fallait  chercher  une  date. 
Jusqu'à  la  catastrophe  de  1204,  Constantinople 
posséda  des  praticiens  habiles,  inaptes  à  créer, 
capables  néanmoinsde  copier  avec  une  scrupuleuse 
exactitude   les  beaux  types  hiératiques,  conçus 

1.  Encore  une  infraction  <i  la  règle  posée  par  le  Guide 
de  la  peinture  qui  met  la  \'ierge  à  gauche.  Dans  mon  ré- 
cent travail  sur  le  triptyque  de  la  collection  Harbaville, 
j'ai  signalé  plusieurs  de  ces  infractions  à  diverses  époques; 
la  reliure  de  Sienne  a  été  omise  dans  le  nombre.  Elle  aussi 
place  la  Mère  de  Dieu  à  la  droite  du  Sauveur. 

2.  Les  divers  monuments,  hicrothcques  et  reliures,  que 
j'ai  étudiés  pour  former  mon  opinion,  ne  concordent  guère 
quant  au  rang  assigné  à  chaque  personnage  ;  les  émailleurs 
grecs  usent  sur  ce  point  d'une  liberté  voisine  de  la  fantaisie. 
A  Sienne,  en  outre,  le  médaillon  du  Christ  revient  deu.'c 
fois;  de  même  pour  la  \'ierge,  figurée  en  pied  et  en  buste. 

3.  Certaines  miniatures  du  manuscrit  grec  de  la  Biblio- 
thèque nationale  de  Paris,  n"^'  79,  fonds  Coislin,  atteignent 
o"'35  suro"'28;  en  y  ajoutant  les  marges  d'au  moins  o"'o6, 
on  a  o"'47  de  haut  et  o"'4ode  large,  chiffres  très  voisins  de 
mon  hypothèse. 


par  les  anciens  maîtres  ;  la  gamme  est  une  affaire 
purement  industrielle,  et  l'industrie  suit  toujours 
un  mouvement  progressif,  tant  qu'elle  a  sa  raison 
d'exister.  Les  guerres,  les  crises  sociales,  une 
nouvelle  direction  des  idées, peuvent  seules  arrêter 
l'essor  du  perfectionnement  matériel.  Comme  au- 
torités, j'interrogerai  à  mon  tour  la  méthode  de 
dessin  appliquée  au  rendu  des  draperies,  les  attri- 
buts distinctifs,  le  décor  des  étoffes,  la  paléogra- 
phie :  nous  allons  voir  quelle  sera  leur  réponse. 

Un  monument  à  date  certaine  donne  la  note 
exacte  de  l'émaillerie  byzantine  au  X«  siècle  : 
la  merveilleuse  hiérothèquc  de  Limbourg-sur-la- 
Lahn,  fabriquée  sous  le  règne  de  Constantin  X 
Porphyrogénète  (913-959)  (';.  Des  cloisons  sobre- 
ment distribuées  y  esquissent  le  drapé  des  tuni- 
ques et  àts pallia  ;  ces  minces  filaments  tracent 
des  plis  onduleux  rehaussés  d'ombres,  qui  visent 
au.x  effets  de  la  peinture.  Au  rebours,  nos  disques 
n'offrent  que  des  teintes  plates  ;  les  cloisons  éga- 
lement très  déliées,  sont  raides,  pressées,  d'un 
parallélisme  monotone  ;  rien  de  naturel,  une  sy- 
métrie de  convention,  dont  l'ancien  uniforme 
chevronné  des  tambours  ressuscita  le  fastidieux 
bariolage. 

Les  défauts  inhérents  à  la  série  Svenigorods- 
koi,  je  les  rencontre,  absolument  pareils,  sur 
d'autres  pièces  éinaillées  de  travail  bjv.antin, 
échelonnées  au  courant  du  XI*=  siècle  :  la  reliure 
de  Sienne  ('),  une  reliure  de  la  bibliothèque 
de  Saint-Marc,  à  Venise,  un  icone-reliquaire  à 
Notre-Dame  de  Maestricht  {').  La  férule  de  saint 
Pierre,  invoquée  en  faveur  d'une  époque  anté- 
rieure à  la  consommation  irrévocable  du  schisme 
oriental,  n'a  rien  de  décisif  et  ne  me  semble  pas 
être  un  signe  avéré  de  catholicisme.  La  rupture 
avec  le  Saint  Siège  ne  fut,  il  est  vrai,  officielle- 

1.  Voy.  E.  aus'm  Weerth,   Das  Siegeskreuz,  chromol. 

2.  Le  manuscrit  de  Sienne  remonte  au  X"  siècle,  mais 
la  reliure  est  évidemment  postérieure  :  on  attend  au  moins 
pour  habiller  un  livre  que  l'encre  n'en  soit  plus  humide. 
D'ailleurs  la  sécheresse  et  la  technique  des  personnages, 
le  détail  compliqué  des  accessoires,  n'ont  aucun  rapport 
avec  les  allures  magistrales  del'hiérothètiucde  Limbourg. 

3.  Labarte,  Hist.  des  arts  industr.,  Album,  pi.  Cil. 
Bock,  Dif  mittelalterlichen  Kunst-und  Reliquienschcetze 
zu  Maestricht,  p.  150,  fig.  59.  Bock  et  'Willemsen,  Antiq 
sacrées  de  Maestricht,  p.  230,  fig.  60.  Ch.  de  Linas,  L art  et 
V industrie  d'' autre/ois  dans  les  régions  de  la  Meuse  belge, 
pi.  VIII.  J.  Wcale,  Notice  sur  la  châsse  de  Saint-Sen'ais, 
photographie. 


Bouticlles   et   a^clançjcs 


207 


ment  proclamée  qu'en  1053,  lorsque  le  patriarche 
Michel  Cérulaire,  excommunié  par  le  cardinal 
Humbert,  légat  de  Léon  IX,  eut  à  son  tour  rayé 
le  nom  du  Pape  des  diptyques  sacrés  ;  mais  c'était 
l'explosion  définitive  d'un  feu  qui  couvait  depuis 
longtemps  sous  la  cendre.  Les  orages  suscités 
par  les  iconoclastes  et  ensuite  par  Photius,  n'eu- 
rent que  des  accalmies  momentanées.  Chaque 
fois  qu'un  prélat  ambitieux  ou  servile  occupa  le 
siège  de  Constantinople,  les  accès  d'indépendance 
se  renouvelèrent  ;  quand  le  schisme  n'était  pas 
déclaré  en  fait,  il  persistait  toujours  en  germe, 
malgré  les  efforts  de  Rome,  le  zèle  des  patriarches 
orthodo.xes  et  le  bon  vouloir  de  quelques  empe- 
reurs à  politique  clairvoyante.  Du  reste,  séparés 
ou  non  de  l'Église  Latine,  les  Grecs  ne  nièrent 
jamais  la  suprématie  personnelle  du  chef  des 
Apôtres;  ils  ont  interprété  à  leur  manière  lete.xte 
évangélique,  ils  n'ont  pas  osé  l'altérer. 

Le  saint  Pierre  émaillé  de  Sienne  tient,  comme 
celui  de  M.  Svenigorodskoi,  une  férule  jointe  au 
vohimen  traditionnel;  la  reliure  de  Venise  et  \ As- 
cension, ivoire  byzantin  de  la  collection  Carrand, 
à  Pise,  montrent  aussi  la  férule,  mais  suppriment 
le  volmnen  (').  Or,  sur  les  deux  derniers  monu- 
ments, saint  André  ayant  le  même  attribut  que 
saint  Pierre,  on  doit  supposer  là  une  allusion 
directe  à  leur  genre  de  mart}'re.  Au  pis  aller, 
les  Grecs  ne  pouvant  contester  le  titre  d'évêque 
de  Rome  à  saint  Pierre,  ne  l'auraient-ils  pas 
caractérisé  par  un  insigne  jadis  propre  aux  Sou- 
verains Pontifes,  sans  néanmoins  reconnaître  à 
ceux-ci  le  droit  de  juridiction  universelle  .^  A 
Sienne,  le  Rédempteur  sort  du  tombeau,  armé 
de  la  croix  à  double  traverse,  dite  patriarcale, 
tandis  que  saint  Pierre  n'en  porte  qu'une  simple; 
la  nuance  observée  entre  les  attributs  du  Maître 
et  du  disciple  eut  ici  sa  raison  d'être.  Tout  bien 
pesé,  les  représentations  de  férules  sont  rares 
dans  l'iconographie  byzantine,  et  elle  n'en  fournit, 
à  ma  connaissance,  aucun  exemple  qui  remonte 
authentiquement  au  X'  siècle. 

La  tonsure  de  saint  Luc  me  paraît  offrir  un 
cas  exceptionnel,  et  d'antiquité  relativement  mé- 
diocre.   L'hiérothèque  de   Limbourg,   les   minia- 

I.  Labarte,  ouv.  cité,  pi.  ix.  Cet  auteur  attribue  au 
X"-'  siècle  une  œuvre  dont  l'expression  vuljjaire  des  tètes, 
la  grosseur  des  pieds,  un  dessin  lourd,  accusent  tout  au 
plus  le  .\h. 


tures  d'un  manuscrit  de  notre  Bibliothèque  na- 
tionale (même  époque)  et  du  Mcnologc  de  Basile 
II  (976-1025)  coiffent  le  troisième  Évangéliste 
d'une  chevelure  intacte  (■).  Une  seconde  reliure 
de  Saint-Marc,  oîi  l'effilement  et  la  monochromie 
du  personnage  principal,  les  ombres  criardes  des 
figures  latérales,  accusent  tout  au  plus  la  fin  du 
XL'siècle.me  donne  seule  un  pendant  au  médail- 
lon de  M.  Svenigorodskoi.  A  Venise,  le  Christ 
en  pied  qui  occupe  le  centre  du  décor  et  les  bus- 
tes de  l'encadrement  sortent  de  mains  différentes  ; 
outre  leur  gamme  heurtée,  certains  de  ces  bustes 
ont  des  physionomies  étranges,  saint  Thomas  et 
saint  Philippe  tiennent  du  Bouddha  ;  avec  son 
crâne  rasé,  ses  yeux  hagards,  sa  face  triangulaire, 
sa  barbiche  pointue,  saint  Luc  est  un  véritable 
Mongol  (^).  Néanmoins  un  court  examen  suffit 
pour  établir  que  le  dernier  offre  une  reproduction 
maladroite  du  type  Svenigorodskoi,  exécutée  par 
un  industriel,' habile  praticien  sans  doute,  mais 
très  pauvre  dessinateur.  Le  modèle  précéda-t-il 
de  beaucoup  la  copie  .'  De  cinquante  ou  soixante 
ans,  pas  davantage,  puisque,  création  spéciale 
d'un  artiste  distingué,  on  ne  le  rencontre,  ni  au 
X<=  siècle,  ni  même  au  début  du  XL". 

La  chlamyde  de  saint  Démétrius  est  en  staii- 
racis,  étoffe  mentionnée  dès  687  par  le  Liber 
pontificalis,  puis  dans  une  lettre  de  Paul  I  (757- 
"jô"/)  à  Pepin-le-Bref,  et  encore  au  temps  de  saint 
Adrien  I  (772)  (^).  Les  Bollandistes  et  d'autres 
savants  font  dériver  staunicis  de  n-y.-j'Ai  (croix)  ; 
Du  Cange  s'en  réfère  à  un  grammairien  lombard 
qui  écrivait  au  milieu  du  XI'^  siècle,  Papias  : 
STOR.W  lacryiiia  est  ;  .STAUR.^CIOX  gemis  pallio- 
rnni  depictoritm  ex  stauracc.  La  variante  d'ortho- 
graphe, O  et  .\U,  mérite  considération.  Storax, 
chez  Papias,  est  évidemment  la  modification 
latine  de  cri'pa;,  boutercllc  de  lance,  nom  appliqué 
aussi  à  l'arbre  producteur  du  storax  blanc. ^goxxwwc 
balsamique  et  résineuse  livrée  au  commerce  sous 
forme  de  larmes.  Des  oiseaux  (pavanes)  histo- 
riaient  à  coup  sûr  le  tissu  de  Paul  I,  mais  les 
cortinœ  (rideau.x)  de  saint  Adrien  pouvaient 
offrir  un  décor  géométrique  :  De palliis  stanracin 

1.  Labarte,  ouv.  cité,  pi.  LXXXiv  (n"  70  G.)  Menolo- 
giuin  Grcecorum,  t.  I,  p.  125. 

2.  Labarte,  ouv.  cite,  pi.  cil. 

3.  Sergius  /,  n"  162  ;  S.  Hailrtuniis,  n"  320.  tiretser, 
Opéra  omnia,  t.  \1,  p.  708,  Epist.  XV;  Ratisbonnc,  1735. 


208 


ïRctiue   De    l'art   chrétien. 


sai  quadrapolis  (').  Les  chroniqueurs  occidentaux 
du  XI*^  siècle  nous  apprennent  que  l'on  faisait 
des  vêtements  liturgiques  en  stauracis  (■)  ;  l'ico- 
nograpliie  b\-7antine  médiévale  habille  ses  évè- 
ques  d'un  'jri.yyM-j  ou  r;y./:<Oi  (dalmatique)  en 
étoffe  échiquetée,  dont  les  carreaux  sont  établis 
par  des  baguettes  se  coupant  à  angles  droits, 
de  telle  sorte  que  cet  opiis  tessellatiiin  figure  à 
peu  près  un  semis  de  croisettes  équilatères  (3). 
Le  Mcnologe  (t.  IH,  p.  34)  rapporte  que  saint 
Jonas  fut  précipité  dans  l'eau,  attaché  h  crJoa/.ÎM, 
terme  impliquant  une  pierre  aiguë,  une  stèle. 
L'association  des  croix  et  des  otelles  (lacryiiue) 
sur  la  clilam\-de  de  saint  Démétrius  donnerait  à 
la  fois  gain  de  cause  aux  partisans  des  étymolo- 
gies  a-y.-j'Jjz  et  stora.v,  à  supposer  que  Papias  eût 
réellement  identifié  les  deux  radicaux,  chose,  à 
mon  avis.douteuse. Le  décor  byzantin  du  X«' siècle 
employa  l'otelle  et  la  croisette  d'une  manière 
indépendante,  il  ne  les  réunit  jamais  (■*)  :  leur 
alliance  est  plus  tardive,  on  en  sera  bientôt  con- 
\-aincu. 

1.  Boulanger,  cité  par  Du  Cange,  estime  que  (2uadra- 
pola  et  octaf.ulum  {Lib.  pont.  Cregorius  IV,  n"*462  et  465) 
signifient  des  étoffes  à  caissons,  soit  carrés,  soit  octogones; 
L.  de  la  Cerda  et  Henschenius  acceptent  une  opinion  qui 
déplaît  à  l'auteur  du  Glossariuin.  Je  risquerai  à  ce  sujet 
ma  petite  observation  sous  bénéfice  d'in\-entaire.  Le  Liber 
pontijicalis,  n"  463,  s'exprime  amsi  :  \'estein  de  fundato 
imam,  habentem  in  medio  histotiam  depietam  eu  m  ehryso- 
clavo.  On  lit,  au  n"  465  :  Vestem  de  fundato  cum  leonibus 
etperyclisin  de  octapulo.  J'interprète  le  premier  passage 
par  «  bandes  d'or  appliquées  sur  étoffe  unie  brodée  »  ;  le 
second  me  montre  le  même  genre  de  tissu  plain,  avec  lions 
brodés  et  encadrement  d'étoffe  à  caissons  octogones. 

2.  Pallia  stauracia,  Chron.  Fontiuietleuse,  c.  16.  Casu- 
las  de  storace,  Hariulfe,  Chron.  Centutense,  1.  11,  c.  10. 

3.  Voy.  Acta  sanct.  ;  Constant,  christ.;  etc.,  etc.  Des 
vêtements  sacerdotaux  en  étoffe  pareille  figurent  sur  les 
mosaïques  de  Saint-Marc,  à  Venise,  et  sur  une  miniature 
du  .XIV'  siècle,  reproduite  par  M.  Bayet,  L'art  byzantin, 
p.  231,  fig.  78.  Deux  fragments  de  tissus,  semés  de  croix, 
trouvés  dans  le  sarcophage  où  le  corps  de  saint  Paulin 
fut  déposé  en  1072,  datent  évidemment  de  cette  époque. 
Voy.  Fried.  Schneider,  Die  Krypta  von  5'  Paulin  zit 
Trier,  ap.  Jalirb.  dcr  Vereins  v.  .{ttcrthuins-Fr.  in 
Rheinl.  t.  LXXVIII,  pi.  vu. 

4.  Voy.  Dus  Siegeskreuz,  pi.  1  et  11.  Le  R.  P.  A.  Martin, 
Mél.  d'archi'ol.,  t.  III,  pi.  xvili,  C,  reproduit  une  étoffe 
du  British  Muséum,  fond  blanc,  croisettes  rouge,  bleu  et 
vert;  un  motif  évidé  en  croix  prolonge  chacune  de  leurs 
branches  et  limite  le  carré  au  milieu  duc|uel  s'isolent  les 
ornements  polychromes.  Autant  que  je  puis  en  juger,  ce 
tissu  serait  une  imitation  byzantine  de  fabrique  lucquoise. 


Des  cœurs,  que  leur  base  bilobée  distingue  es- 
sentiellement de  l'otelle,  sillonnent,  en  lignes  ver- 
ticales, la  chlamyde  de  saint  Georges  ;  les  espaces 
intermédiaires  sont  ponctués  de  perles.  Le  cœur 
est  entré  dans  l'ornementation  musulmane  ('), 
sans  néanmoins  y  avoir  pris  naissance;  parallèle- 
ment aux  tissus  b}/:antins  qu'il  diapré,  on  ren- 
contre d'autres  étoffes,  leurs  contemporaines  et  de 
même  fabrication,  où  ce  motif,  accru  d'un  pétiole, 
reproduit  exactement  le  pique  de  nos  cartes  à 
jouer.  L'intention  du  dessinateur  devient  alors 
évidente  ;  il  ne  songea,  ni  à  un  viscère  ni  à  une 
pointe  de  lance,  la  feuille  de  lierre,  avec  ou  sans 
queue,  fut  son  véritable  objectif  Le  lierre,  plante 
bachique  signalant  tous  les  objets  consacrés  au 
dieu  du  vin,  était  l'un  des  principaux  s_\-mboles 
d'un  culte,  aussi  cher  à  l'ancienne  Grèce  qu'anti- 
pathique aux  sectateurs  de  l'Islam.  Pour  réhabi- 
liter un  pareil  emblème  chez  les  chrétiens  orien- 
taux, il  fallait  que  le  souvenir  de  son  caractère 
primitif  eût  été  depuis  longtemps  effacé,  et  qu'au- 
cun vestige  n'en  souillât  plus  l'esprit  public.  La 
tradition  religieuse  est  lente  à  disparaître  :  na- 
guère Bretons  et  Allemands  s'obstinaient  à  jeter 
des  pièces  de  monnaie  dans  les  fontaines  jadis 
honorées  par  leurs  ancêtres  idolâtres  ;  les  vierges 
roumaines  chantent  toujours  des  hymnes  à  la 
Bonne  Déesse.  En  effet,  on  attend  jusqu'au  mi- 
lieu du  XI<=  siècle  pour  voir  le  costume  b_\-zantin 
arborer  franchement  les  cœurs  et  les  piques, 
autrement  dits  les  feuilles  de  lierre  (=).  Ces  motifs 

1.  Mél.  d'archéol.,  t.  III,  pi.  XV,  B,  anc.  collection 
Lescalopier.  Entre  les  cœurs  surgit  une  accolade  de  deux 
caractères  alphabétiques,  réunis  au  pied  d'un  é\  entail  tri- 
lobé à  tournure  égyptienne.  Ces  caractères  contournés 
par  le  renversement  du  carton,  offrent  une  remarquable 
analogie  avec  le  y  hébreu  ;  on  pourrait  y  reconnaître,  sous 
une  forme  altérée,  soit  le  //  et  le  'a  du  koufy,  soit  mieu.'i 
encore  le  r'ayn  nescry,  vu  le  point  diacritique  qui  les  sur- 
monte. Le  dessin  est  courant;  les  maigres  accessoires, 
lignes  droites  ou  brisées,  fleurs  de  lis,  étoiles,  palmettes, 
quatrefeuilles,  éventails,  anciennes  lettres  arabes  mal  ren- 
dues, associés  au  motif  principal,  m'engagent  à  voir  dans 
le  tissu  en  question  un  produit  des  fabriques  d'.Mexandrie, 
et  à  ne  pas  le  faire  remonter  plus  haut  que  la  fin  du 
XII' siècle. 

2.  Je  ne  m'arrête  pas  aux  étoffes  contorniates,  dont  les 
cartons  au  moins  datent  du  IV'  siècle  ;  elles  retracent  les 
jeux  iiaïens  du  cirque,  et  les  guirlandes  de  lierre  qui  en- 
cadrent leurs  énormes  rotœ  sont  parfaitement  motivées. 
(Voy.  Met.  d'ttrchéol.,  t.  IV  et  Les  orig.  de  torftvr.  dois., 
t.  II.)  Sur  une  miniature  byzantine  du  X'  siècle  (Bibl.Nat. 


jBouticUcs    et   99clangcs. 


209 


ornent  les  vêtements  impériaux  émaillés  sur  la 
couronne  de  Constantin  Monomaque  (1042-1055), 
ainsi  qu'un  merveilleux  tissu  exhumé  du  cercueil 
de  l'évéque  Gunther  (►f<  vers  1064),  à  Bamberg  ('). 
Sous  Nicéphore  Botaniate  (i 078-1 081),  une  mode 
adoptée  par  le  souverain  gagne  son  entourage, 
et  elle  persistera  encore  durant  un  certain  nom- 
bre d'années  ('). 

L'épigraphie  de  nos  médaillons  offre  certaines 
formes  recherchées  que  les  alphabets  de  l'hiéro- 
thèquede  Limbourg  ne  présentent  pas.  Signalons 
des  ligatures  ;  le   nœud   central  des  S  et  des  I  ; 

de  Paris,  n'  64  G.;  Les  arts  soin pt.,  pi.  XLIV),  la  chlamyde 
de  Salomon  est  semée  de  pointes  de  flèches  à  ailerons, 
n'ayant  rien  de  commun  avec  nos  feuilles  que  leur  dispo- 
sition. Le  Mcnologe,  où  abondent  les  rotcc  et  les  qiiadra- 
pola  de  tout  genre,  offre,  je  l'avoue,  un  exemple  d'étoffe  à 
cœurs  pareille  au  manteau  de  saint  Georges  (t.  II,  p.  139). 
Outre  que  l'exemple  est  isolé,  on  le  rencontre,  non  sur  le 
costume  d'un  personnage  marquant,  mais  sur  les  anaxy- 
rides  d'un  bourreau  asiatique.  Au  temps  de  Basile  II,  la 
mode  des  tissus  à  cœurs  débutait  sans  doute  ;  les  hautes 
classes  ne  l'adoptôrent  que  plus  tard.  D'ailleurs  le  long 
règne  de  Basile  se  partage  entre  le  X'-"  siècle  et  le  XF,  et 
le  style  des  illustrations  du  Mciiologe  accuse  nettement  la 
seconde  période. 

1.  Les  plaques  émaillées  de  la  couronne  et  quelques 
débris  de  sa  monture  sont  conservés  au  Musée  national 
de  Budapest.  Ces  objets  ont  été  publiés  :  en  Hongrie,  par 
Erdy  et  Mgr  Arnold  Ipolyi  ;  en  Autriche,  par  le  D''  F. Bock; 
en  France,  par  moi,  dans  deux  opuscules  connus  d'un  fort 
petit  nombre  de  spécialistes.  Pour  l'étoffe  de  (iunther, 
voy.  Ml'I.  d'archéoL,  t.  II,  pi.  XXXII  et  xxxill;  elle  com- 
porte l'effigie  équestre  d'un  empereur  dont  la  robe  com- 
porte des  trèfles  en  perles  blanches  alternant  avec  des 
piques  colorés  :  le  champ  du  tableau  est  diapré  de  feuilles 
analogues  aux  derniers.  Bien  que  les  dessins  du  R.  P.  A. 
Martin  inspirent  toujours  une  méfiance,  hélas!  légitime, 
on  ne  saurait  l'accuser  d'avoir  inventé  un  thème  décoratif 
très  simple  et  depuis  longtemps  vulgarisé. 

2.  Willemin,  Monum.  français  incd.,  pi.  ,XL,  a  reproduit 
en  couleurs  une  figure  tirée  du  ms.  de  notre  Bibliothèque 
nationale,  fonds  Coislin,  n"  79.  Elle  offre  le  portrait  assis 
de  Nicéphore  Botaniate  :  la  robe  de  l'empereur  est  cons- 
tellée de  cœurs  ;  sa  chlamyde,  de  piques.  Sur  une  autre 
page  du  même  manuscrit,  Nicéphore  trône  au  milieu  des 
dignitaires  de  la  cour  ;  des  piques  et  des  cœurs  ornent  les 
manteaux  de  quatre  des  cinq  personnages  représentés. 
L'ne  troisième  peinture  du  ("0(fer  précité  attribue  à  saint 
Michel  une  chlamyde  semée  de  fleurons  et  de  violettes,  qui 
confirment  l'intention  végétale  des  motifs  cardimorphes. 
L'hiérothèque  émaillce  de  la  cathédrale  de  (iran  (Hongrie) 
montre  Constantin  et  sainte  Hélène,  vêtus  de  robes  en 
étoffe  identique  à  celle  de  notre  saint  Georges.  {\'oy.Ja/ir- 
huch  der  K.  K.  Central-commission,  t.  Il I  ;  Der  Schats der 
Metropolitanldrche  su  Cran,  pi.  11.)  Le  style  du  monu- 
ment accuse  le  déclin  du  XI"  siècle,  sinon  tout  à  fait  le 

xif--. 


le  X  semblable  à  un  x  italique  minuscule  ;  le  C, 
à  qui  le  rapprochement  de  ses  lèvres  boutonnées 
donne  l'aspect  d'un  torques  barbare  ;  le  M  enfin, 
dont  la  traverse,  naissant  au  tiers  supérieur  des 
jambages,  détermine  un  V.  Ce  M  caractéristique 
apparaît  sur  la  reliure  de  Sienne  et  sur  les  lé- 
gendes des  miniatures  peintes  dans  un  volume 
destiné  à  Nicéphore  Botaniate  (voy.  la  note  précé- 
dente); je  ne  le  crois  pas  antérieur  au  XI'^^  siècle. 
Tenons  compte  aussi  des  noms  estropiés  :  Ilâ/oç 
pour  llau/.o;  (')  ;  Mavîii;  pour  My-'jkioz.  Les 
émaiUeurs  du  Porphyrogénète  respectaient  mieux 
l'orthographe  onomatologique,  et  si  un  cas  de 
force  majeure  les  contraignit  parfois  à  supprimer 
ou  changer  une  lettre,  la  faute,  aisément  répa- 
rable, n'altère  jamais  la  vraie  prononciation  du 
mot. 

Ainsi  donc,  chez  les  dix  plaques  de  AI.  Sveni- 
gorodskoi,  technique  et  accessoires  concluent  à 
l'attribution  au  XI»  siècle,  même  à  sa  seconde 
moitié.  On  m'objectera  toujours,  je  le  sais,  la  per- 
fection magistrale  des  têtes,  notamment  du  Christ 
et  du  saint  Luc  ;  mais  si,  aux  temps  de  Mono- 
maque et  de  Botaniate,  l'art  byzantin  périclitait, 
il  n'en  était  pas  arrivé  à  la  décadence  du  XIV>^ 
siècle.  Pourtant,  à  cette  dernière  époque,  les 
Grecs  savaient  encore  peindre  un  portrait  d'après 
nature  et  emprunter  leurs  types  religieux  aux 
anciens  maîtres.  Comment  donc,  je  l'ai  déjà  dit, 
ne  pas  accorder  le  même  talent  d'exécution,  et 
à  un  degré  infiniment  supérieur  aux  artistes  du 
XL  siècle,  disciples  presque  immédiats,  quoique 
assurément  dégénérés,  de  la  grande  école  macé- 
donienne ? 

A  la  suite  des  disques,  arrive  un  écusson  de 
forme  assez  rarement  employée  par  les  Byzan- 
tins ;  il  comporte  un  sujet  dont  le  dessin  et  la 
mise  en  scène  fournissent  une  ample  matière  à 
discussion.  L'objet  présente  un  carré  accru  au 
milieu  de  chaque  face,  d'un  demi-cercle  naissant 
à  distance  égale  des  angles,  de  manière  à  figurer 
une  sorte  de  rosace  à  huit  lobes,  quatre  aigus  et 
quatre  arrondis  ;  diamètre  total,  o">o8.  Le  thème 
reproduit  est  une  Crucifixion  émaillce  sur  champ 
d'or,  un  ample  titiitits  coupe  l'arbre  au  sommet, 
prolongé  outre  mesure,  et  donne  à  l'ensemble 
l'aspect  d'une  croix  à  double  traverse  ou  plutôt 
de  deux  croix  superposées.  Des  anges  à  mi-corps 

I.  On  trouve  Ilic/s;  sur  la  reliure  de  Sienne. 


2IO 


iRcuuc    De   rart    cfjrctien. 


occupent  l'espace  compris  entre  les  longues  bran- 
ches et  les  courtes.  Le  Christ,  déjà  mort,  penche 
la  tête  sur  sa  poitrine  ;  ses  bras  et  son  torse 
émacié  s'infléchissent  légèrement.  'Le  periaoïiiinn, 
qui  descend  jusqu'aux  rotules,  est  très  collant  ; 
l'étoffe  accuse  un  palliiiDi  virga'.uin  blanc  et  vert, 
les  raies  vertes  chargées  de  pois.  Les  jambes  ne 
sont  pas  détachées  ;  les  pieds  reposent  sur  un 
large  snppcdaneiim:  ils  suivent  une  direction  per- 
pendiculaire, et  le  gauche  recouvre  en  partie  le 
droit.  L'extrémité  inférieure  de  l'arbre  pénètre 
dans  un  monticule  indécis  oi:i  l'on  peut  soupçon- 
ner le  crâne  d'Adam.  Du  flanc  droit  du  Sauveur 
jaillit  un  filet  de  sang,  qu'une  femme  (l'Église) 
recueille  dans  un  calice  nimbé  ;  derrière  l'Église, 
la  Sainte  Vierge,  les  mains  étendues.  A  gauche, 
on  reconnaît  saint  Jean  :  imberbe,  attitude  dou- 
loureuse, la  joue  appuyée  sur  la  main  droite  ;  de 
l'autre  il  tient  le  livre  traditionnel.  Une  seconde 
femme  (la  Synagogue)  tourne  le  dos  au  disciple 
Bien-aimé.  Au-dessus  des  personnages  acces- 
soires les  légendes  ordinaires  :  lAg  0  VIOC  C^ 
_  lA^  H  MP  C  OV.  Dans  les  lobes  latéraux,  un 
maigre  bouquet  de  tiges  feuillues  ;  des  inscrip- 
tions contournent  les  arcs  des  premiers.  Tracées 
en  caractères  étrangers,  ces  inscriptions  resteront 
peut-être  indéchiffrables,  attendu  que  leur  courbe 
excipiente  ayant  été  mutilée,  le  commencement 
et  la  fin  ont  seuls  persisté  intacts  :  nous  aurons 
tout  à  l'heure  une  bonne  occasion  d'y  revenir. 

Un  trou  brutalement  percé  dans  chaque  bou- 
quet, la  mutilation  régulière  des  lobes,  prouvent 
que  notre  écusson,  d'abord  serti  sur  un  panneau, 
reçut  ensuite  une  autre  destination  qui  força  de 
recourir  aux  clous  et  de  modifier  les  contours. 
Hiérothèque,  reliure,  croix,  on  choisira  parmi 
elles  les  objets  que  décora  successivement  un 
aussi  curieux  morceau  ;  sans  m'arrcter  à  une 
question  secondaire,  je  vais  essayer  de  détermi- 
ner à  quelle  date  et  sous  quelles  influences  il  vit 
le  jour. 

Abstraction  faite  de  la  croix  et  des  légendes, 
le  monument  est  imprégné  d'une  saveur  occiden- 
tale —  j'irai  plus  loin,  germanique  —  qui  n'a 
point  échappé  à  la  .sagacité  de  M.  Schulz  :  mais, 
d'un  tel  caractère,  vouloir  conclure  a  priori  que 
l'émail  fut  exécuté  entre  850  et  1000,  c'est-à-dire 
au  temps  où    l'art  byzantin,  en   pleine  floraison, 


jouissait  d'une  certaine  indépendance,  me  semble 
quelque  peu  hardi. 

La  rosace,  au.x  pétales  alternativement  ronds 
et  anguleux,  est  un  des  motifs  géométriques  usi- 
tés dans  l'architecture  ogivale  ;  les  orfèvres  mo- 
sans  du  XIII''  siècle  ont  appliqué  cette  forme  à 
leurs  phylactères  :  chez  les  Byzantins,  je  la  ren- 
contre, au  XL"  siècle,  sur  la  reliure  de  Sienne  ;  au 
XIL',  sur  la  Pala  d'oro,  à  Venise,  et  sur  deux 
médailles  de  piété  en  plomb  (').  Eu  égard  au 
nombre  des  exemples  latins,  les  spécimens  grecs 
n'offriraient-ils  pas  un  cas  exceptionnel  et  d'ori- 
gine étrangère?  Notre  Christ,  avec  ses  jambes 
superposées  et  son  perisoniuîu  étriqué,  me  montre 
tout  juste  un  pastiche  —  réussi,  soit  —  du  ma- 
gnifique crucifix  en  émail,  jadis  propriété  de 
M.  Sévastianov.  Sur  ce  dernier  morceau,  marqué  à 
l'estampille  du  Porphyrogénète,  le  torse  est  moins 
effilé  ;  l'inflexion  du  corps  et  des  bras,  plus  accen- 
tuée ;  les  pieds  s'étalent  en  éventail  ;  le  perizo- 
nium  flotte  au  lieu  d'adhérer  (=).  Entre  les  deux 
figures,  je  n'aperçois  rien  de  réellement  commun 
que  le  style  des  têtes  et  le  filet  de  sang  jaillissant 
du  côté.  Un  développement  relatif  du  thorax, 
l'ampleur  du  periconiuiii  laissant  les  genoux  dé- 
couverts, la  disjonction  absolue  des  pieds,  signa- 
lent en  bloc  les  anciens  modèles  de  crucifix  grecs 
ou  latins.  Néanmoins,  les  écoles  plastiques  de  la 
Meuse  et  du  Rhin  enfreignirent  imc  règle  géné- 
ralement observée.  Un  ivoire  du  IX>-'  siècle,  à 
Tongres,  nous  montre  le  perijoniiiin  adhérent  ; 
un  encolpium  du  XIL',  à  Aix-la-Chapelle,  dispose 
en  équerre,  les  extrémités  inférieures  du  Christ, 
le  talon  droit  caché  sous  le  gauche  (3).  Toutes 
les  figures  en  question  affectent  une  excessive 
rigidité  ;  elles  s'éloignent  notablement  du  type 
Svenigorodskoi,  mais  on  en  connaît  d'autres  qui 
s'en  rapprochent  peut-être  davantage,  et  ont  avec 
lui  des  affinités,  sinon  directes,  du  moins  appré- 
ciables.  Il  s'agit  de  deux  Christs,    sculptés   au 

1.  Communication  de  M.  G.  Schlumberger. 

2.  Le  crucifi.x  Sévastianov  a  été  décrit  par  Labarte, 
llist.  des  Arts  ind.^  t.  III,  p.  424.  Le  U''  F.  Bock  reproduit 
cet  objet,  Geschichte  der  litnrg.  Ccwàndcr,  t.  II,  pi.  XVIll, 
sans  renvoi  à  un  texte  e.xplicatif;  mais  M.  Sévastianov 
m'avait  autrefois  montré  son  trésor  et  j'en  ai  gardé  un 
trop  lidèle  souvenir  pour  le  méconnaître. 

3.  Voy.  MJlanges  d'archéol.,X.  II,  pi.  VI;  Westwood, 
Fidilc  ivûrics,  p.  481;  etc.,  etc.;  Bock,  P/a/-hipe/li', 
part.  I.p.  144,  fis-  l-IX- 


BouMellzs   ct9@cïangc0. 


211 


XII<"  siècle  dans  des  provinces  françaises  assez 
distantes  l'une  de  l'autre,  le  Maine  et  la  Bour- 
gogne ;  le  visage  de  chacun  reflète  sa  nationalité 
propre.  Maigre  sans  exagération,  le  Christ  man- 
ceau,  en  bronze  fondu  et  doré,  a  les  yeux  clos, 
le  corps  presque  droit,  les  bras  à  peine  arqués, 
les  jambes  infléchies,  les  pieds  en  équerre  ;  les 
plis  du  pcrizonium  sont  raides  et  serrés  ;  les  lisiè- 
res de  l'étoffe  comportent  une  série  de  rectangles 
burinés.  En  bois  polychrome,  le  Christ  bourgui- 
gnon vient  de  rendre  l'âme,  comme  un  vers  su- 
blime du  poète  Sannazar  l'exprimera  plus  tard  : 
Stipretnamqiie  auram  ponens  capiit  expiravit. 

Bras  rigides,  corps  affaissé,  jambes  séparées, 
émaciation  complète  du  corps  et  des  membres. 
'L.Q perizoniitin,  qui  dépasse  les  genoux,  est  col- 
lant et  en  tissu  vert  semé  de  pois  (").  Au  demeu- 
rant, les  analogies  se  réduiraient  à  la  disposition 
des  membres  supérieurs  ;  au  mouvement  du  torse 
émacié  ;  au  perizoniuin  long,  adhérent  et  historié: 
mais,  ces  circonstances  éparpillées,  l'émail  Sveni- 
gorodskoi  les  rassemble  à  peu  près  toutes.  J'ap- 
puie sur  \e  periaonimn  ornementé,  car  si  le  setni- 
ciiictiiiin  d'un  Christ  irlandais  du  IX*^  siècle  est 
constellé  de  pois  rouges  {^),  la  forme  de  ce  vête- 
ment n'a  aucun  rapport  avec  les  spécimens  du 
XII'',  encore  moins  avec  notre  objectif  Vu  les 
difficultés  de  ma  thèse,  aucun  argument  ne  doit 
rester  dans  l'ombre,  aussi  l'on  excusera  la  puéri- 
lité des  détails  que  je  suis  contraint  de  mettre 
en  relief 

Les  figures  symboliques  de  l'Église  et  de  la 
Synagogue  ne  sont  pas  d'origine  orientale  ;  le 
Guide  de  la  peinture  n'en  fait  aucune  mention. 
D'ailleurs  les  artistes  byzantins,  assez  libres  par- 
fois dans  l'interprétation  des  textes  bibliques, 
suivent  toujours  la  lettre  du  Nouveau  Testament 

r.  Le  Christ  manceau  est  inédit,  il  appartient  à  la  collec- 
tion de  M.  L.  de  Farcy,  qui,  suivant  ses  habitudes,  me  l'a 
géndreusement  communiqué  :  M.  L.  Courajod  est  le  pro- 
priétaire du  Christ  bourguignon.  Ce  dernier,  un  peu  plus 
ancien,  a  été  publié  dans  la  Gazette  archéol.  t.  IX,  pi.  xiv, 
accompagné  d'une  notice  telle  que  M.  Courajod  sait  en 
faire. 

2.  Les  arts  soiiipt.,  pi.  XlV;  Bibl.  nat.de  Paris,  n"  257, 
anc.  fonds  lat.  Les  encadrements  sont  analogues  à  ceu.x  de 
VEvaiigc'liaire  de  Maeseyck,  attribué  aux  deu.\  sœurs 
Harlinde  et  Relinde  (VII1'=  siècle)  ;  l'exécution  des  figures 
est  très  remarquable.  Si  le  manuscrit  conservé  en  France 
ne  sort  pas  directement  de  l'Irlande,  il  pourrait  revendiquer 
une  origine  mosane. 


et  leur  iconographie  n'admet  que  des  esprits  cé- 
lestes ou  infernaux,  à  côté  des  personnages  réels 
de  l'Evangile.  Les  plus  sublimes  conceptions  du 
mysticisme  grec,  telles  que  l'institution  de  l'Eu- 
charistie et  la  divine  liturgie,  ne  vont  pas  au  delà 
du  Christ,  des  Apôtres  et  des  Anges.  Dieu  le  Père, 
la  Main  bénissante,  la  Sainte  Trinité,  sont  aussi 
représentés  à  l'occasion;  mais,  sauf  la  main,  je 
vois  là  des  abstractions  théologiques  personnifiées, 
nullement  des  allégories  ('). 

Il  semble  aujourd'hui  reçu  en  principe  que  les 
artistes  occidentaux,  depuis  Charlemagne,  jusqu'à 
1 100,  travaillèrent  sous  une  influence  byzantine 
prépondérante  :  le  fait,  vrai  dans  une  certaine 
mesure,  est  bien  loin  d'être  absolu.  Qu'au  IX<= 
siècle,  les  écoles  de  la  Meuse  et  du  Rhin  se  soient 
inspirées  de  modèles  grecs,  importations  commer- 
ciales ou  souvenirs  de  voyage  ;  qu'au  X«,  la  cour 
de  Théophanie  ait,  par  des  leçons  directes,  modi- 
fié le  goût  allemand,  on  n'en  saurait  douter.  Mais, 
en  descendant  au  fond  des  choses,  on  verra  que 
le  contingent  hellénique  fourni  aux  Germains  fut 
presque  toujours  matériel  ;  il  resta  étranger  au 
développement  des  idées.  Du  cadavre  en  disso- 
lution de  l'art  antique,  était  issu,  au  VI"-"  siècle, 
un  art  grandiose,  théâtral,  plus  décoratif  que 
pittoresque.  Cet  art  nouveau,  les  doctrines  icono- 
clastes ne  le  perfectionnèrent  pas,  bien  au  con- 
traire, et  quand  l'intelligente  dynastie  macédo- 
nienne l'eut  galvanisé,  en  le  dotant,  sinon  du 
souffle  créateur,  au  moins  d'une  exécution  incom- 
parable, il  garda  peu  de  temps  un  éclat  passager. 
Dès  le  XI'=  siècle  les  Byzantins  entraient  dans 
une  ornière  alors  cachée  sous  des  fleurs  ;  cent  ans 
écoulés,  les  fleurs  avaient  graduellement  disparu, 
l'ornière  creusée  à  fond  ne  laissait  aucun  espoir 
d'en  sortir.  Jeunes,  hardies,  pleines  d'une  sève 
généreuse,  tarie  chez  les  immobiles  praticiens  du 
Bosphore,  les  races  germaniques  apprirent  de 
ceux-ci  les  éléments  du  métier,  composition,  des- 

I.  J'excepte,  bien  entendu,les  Paraboles  et  l'Apocalypse 
où  tout  est  symbolique  :  néanmoins,  là  même  les  Byzantins 
s'attachent  à  la  lettre  autant  qu'à  l'esprit.  11  faut  arriver 
aux  Altéi^ories  et  moralités  du  Guide  de  la  peinture  pour 
rencontrer  dans  ce  livre  un  véritable  travail  d'imagination. 
Les  Grecs  ont  mis  une  telle  sollicitude  à  isoler  la  personne 
du  Christ  de  toute  formule  idolàtrique,  que  j'en  suis  à  me 
demander  sérieusement  si  les  humanisations  païennes  des 
astres  et  des  éléments,  associées  aux  anciens  crucifix  occi- 
dentaux, ne  seraient  pas  empruntées  à  l'Italie. 


XKVUE  DE  l'art  CHRETIEN. 
1885.  —  2""^  LIVRAISON. 


212 


IRcuue    De    l'3rt    cfjrcticn. 


sin,  procédés  ;  mais,  aux  enseignements  venus 
de  l'Est  elles  ne  se  firent  pas  faute  d'adjoindre 
le  résultat  de  leurs  propres  inspirations. 

Un  écrivain  de  grand  mérite,  M.  Paul  AUard, 
définit  ainsi  le  symbolisme  :  «  Représentation 
d'une  idée  au  moyen  d'une  image  interposée  entre 
elle  et  l'esprit.  Le  symbole  est  autre  chose  que  la 
comparaison.  Celle-ci  a  poui;  but  d'exprimer  une 
idée  en  plaçant  près  d'elle  un  objet  qui,  par  ses 
similitudes,  ou  même  par  ses  différences, aide  à  la 
comprendre.  Dans  le  symbole, au  contraire.l'image 
ne  se  sépare  pas  de  l'idée  et  fait  corps  a\ec  elle  (').» 
Dialecticiens  subtils,  grands  éplucheurs  de  mots, 
les  Byzantins,  en  paroles  et  en  écrits,  savaient  à 
merveille  embrouiller  une  question  théologique  ; 
ils  n'avaient  pas  assez  de  profondeur  dans  l'esprit 
pour  peindre  une  idée  collective  au  moyen  d'ima- 
ges dessinées.  Héritière  des  traditions  du  paga- 
nisme, Byzance  personnifia  d'abord  les  sciences, 
les  phénomènes  naturels,  les  éléments,  les  vertus 
morales  et  les  vices  ;  elle  fit  un  berger  virgilien 
du  roi  David  :  plus  tard,  elle  transporta  au  ciel 
les  mystères  liturgiques.  Est-ce  là  du  véritable 
symbolisme  ("')  .'Je  concède  encore  aux  Byzantins 
d'avoir  exprimé  la  Rédemption  au  moyen  de  la 
croix  ou  du  flambeau  entre  les  deux  arbres  édé- 
niques  ;  mais  verra-t-on  là  autre  chose  qu'une 
traduction  littérale  des  textes  sacrés  par  l'ébau- 
choir  ou  le  pinceau?  En  comparant  les  hiéro- 
thèqucs  de  Limbourg-sur-la  Lahn  et  de  Cortone, 
où  tout  est  immobile,  pensée  et  personnages,  aux 

1.  Rdvue  de  V Art  chrétien,  nouv.  série,  t.  1 1 1,  p.  I . 

2.  Sur  la  miniature  du  Méiiologe  (t.  II,  p.  59)  qui  repré- 
sente la  Fuite  en  Egypte,  une  femme  couroniie'e  de  tours 
accueille  les  divins  e.xilés  à  l'entrée  d'une  ville  qu'elle 
personnifie.  L'intention  symbolique  est  ici  très  claire, 
mais,  outre  une  forme  païenne  empruntée  aux  usages 
gréco-romains,  on  constatera  l'absence  de  tous  rapports, 
directs  ou  indirects,  avec  nos  doctrines  révélées.  Le  Guide 
de  la  peinture  (p.  160)  semble  n'indiquer,  dans  son  pro- 
gramme de  la  Fuite  en  Egypte,  que  des  murailles  et  non 
une  image  allégorique  :  «  Montagnes.  La  Sainte  Vierge, 
assise  sur  un  àne  avec  l'Enfant,  regarde  derrière  elle 
Joseph  portant  un  bâton  et  son  manteau  sur  l'épaule.  Un 
jeune  homme  conduit  un  âne  chargé  d'une  corbeille  de 
joncs  ;  il  regarde  la  Vierge  qui  est  derrière  lui.  Au  devant, 
une  ville  et  les  idoles  tombant  par-dessus  les  murs.»  E.\- 
cepté  la  châsse  éinaillée,  dite  de  Saint-Marc,  à  Huy,  où 
figure  une  Ville  personnifiée,  le  programme  du  Guide  a  été, 
sauf  quelques  variantes,  suivi  en  Occident  ;  il  y  aurait  h 
rechercher  qui,  des  Grecs  ou  des  Latins,  décida  la  sup- 
pression de  l'allégorie .' 


reliquaires  de  la  Vraie-Croix  que  possèdent  Liège 
et  le  Kensington-Museum,  on  saisira  facilement 
la  séparation  tranchée  du  poncif  grec  et  du  mys- 
ticisine  latin  ;  l'iminense  supériorité  intellectuelle 
du  second. 

Quoi  qu'il  en  soit,  un  genre  de  symbolisme,  que 
j'appellerai  synecdochc  pittoresque, et  qui  consiste 
à  résumer  l'idée  d'une  grande  association  spiri- 
tuelle dans  une  seule  figure  humaine  pourvue 
d'attributs  ad  hoc,  me  semble  avoir  échappé  à 
Byzance.  Donner  une  forme  palpable  aux  deux 
doctrines  révélées,  pour  les  opposer  l'une  à  l'autre 
devant  l'acte  suprême  de  la  Rédemption,  offre 
une  telle  hatitcur  de  pensée  que  l'on  doit  }■  recon- 
naître l'enfanternent  d'un  cerveau  créateur  et  par 
conséquent  occidental.  En  effet,  le  mutisme  du 
Guide  de  la  peinture,  le  manque  absolu  —  du 
inoins  que  je  sache  —  de  moiiuinents  byzantins 
authentiques,  mis  en  regard  de  la  fréquence  et  de 
la  variété  des  images  de  l'Église  et  de  la  Syna- 
gogue sur  les  œuvres  austrasiennes  et  germani- 
ques, favorisent  éloquemment  une  assertion  con- 
traire aux  opinions  reçues.  Je  décrirai  sommaire- 
iTient,  dans  un  ordre  à  peu  près  chronologique, 
ces  images,  la  plupart  en  ivoire  sculpté,  et  toutes 
annexées  à  une  Crucifi.Kion. 

IX=  siècle.  Tongres.  L'Église  regarde  le  Christ; 
elle  a  pour  attributs  une  lance  à  triple  flainme  et 
une  tige  feuillue.  La  Synagogue,  tenant  une 
palme,  s'éloigne  de  la  croi.x  en  retournant  la  tète. 
—  Bibliothèque  nationale  de  Paris.  Groupe  à  gau- 
che :  la  Synagogue,  qui  porte  un  étendard  à 
hampe  sommée  d'une  boule,  regarde  et  montre 
au  doigt  l'Église  trônant.  Celle-ci,  la  tête  ceinte 
d'un  nimbe  tourelé,  joint  à  l'étendard  spiculé  une 
espèce  de  Jlabellnni.  Aux  pieds  du  Sauveur,  une 
figure  assise,  les  regards  fixés  sur  le  mjstère  en 
train  de  s'accomplir,  ne  diffère  de  l'Eglise  que  par 
l'absence  du  nimbe  et  le  remplacement  du  Jfabel- 
liini  par  im  disque  ou  un  globe.  J')-  reconnaîtrais 
volontiers  la  Foi  ('). 

X"^  siècle.  Collection  Carrand  à  Pise.  L'Eglise 
recueille  le  sang  divin  dans  une  anipulla  à  large 
goulot.  La  Synagogue  s'en  va  en  retournant  la 
tète  ;  étendard  à  pomme  ("). 

1.  Met.  d'arc/u'ût.  t.  II,  pi.  V.  Ce  panneau  recouvre  le 
ms.  n"  650,  suppl.  latin.  Provenance,  Metz. 

2.  il///.  d\ire/u'ol.,  t.  11,  pi.  \  11. 


jl^oiiticllcs    et  a^clangcs. 


213 


XI"^  siècle.  Bibliothèque  royale  de  Munidi.  L'É- 
glise reçoit  le  sang  dans  un  calice;  étendard 
ferré. La  Synagogue,  arborant  un  étendard  inerme 
pose  la  main  sur  un  bouclier  que  tient  une  femme 
à  couronne  murale,  assise  devant  la  porte  d'un 
édifice  :  Jérusalem.  Au  bas  du  tableau,  la  Foi  ou 
l'Espérance,  sans  attributs  (').  —  Trésor  de  Pan- 
cienne  abbaye  d Essen.  L'Église  porte  obliquement 
sur  l'épaule  un  étendard  ferré,  et  elle  présente  un 
calice  au  flanc  blessé  du  CllRIST.  La  Synagogue 
se  détourne  complètement  du  Sauveur  pour 
regarder  saint  Jean  :  attribut,  une  palme  (').  — 
Cathédrale  de  Tournai.  L'Eglise,  SC A  ECLESIA, 
reçoit  le  sang  dans  un  calice.  La  Synagogue, 
HIERVSALE,  contemple  le  Christ:  elle  a  le 
costume  et  l'attitude  ordinaire  de  la  Vierge  qui 
manque  à  la  scène,  ainsi  que  saint  Jean  [').  — 
Musée  de  Tournai.  L'Église  tient  à  deux  mains 
une  aiupnlla  pareille  à  celle  de  l'ivoire  Carrand; 
mais  ici  le  vase  est  nimbé  :  un  flot  de  sang  y 
coule.  La  Synagogue  a  pour  attribut  l'étendard 
à  hampe  émoussée  ;  tête  retournée  vers  le  Christ 
par  un  mouvement  accentué  (4)  — •  Cathédrale  de 
Cividale,  en  Frionl.  Reliure  d'un  Psautier  du 
commencement  du  XIP  siècle,  donné  au  cha- 
pitre par  sainte  Elisabeth  de  Hongrie.  Panneau 
sculpté   en    bois  jaunâtre    imitant  l'ivoire.    Le 

1.  Labarte,  Hist.  des  arts  iiiiiiistr..  Album,  pi.  XL.  Met. 
d\irc!u'ol.,  t.  II,  pi.  IV. —  Une  lance  ferrée  caractérisant 
l'Église,  une  hampe  émoussée  presque  toujours  la  Syna- 
gogue, chaque  fois  cjue  ces  personnages  tiennent  un  éten- 
dard, il  faut  bien  reconnaître  une  intention  chrétienne 
dans  l'arme  de  guerre,  puisque  le  telum  inerme,  signe  d'im- 
puissance, ne  s'applique  jamais  qu'à  la  doctrine  vaincue. 
Quant  aux  autres  figures  symboliques,  les  artistes  austra- 
siens  varient  tellement  les  accessoires  de  leurs  Cruci- 
fixio7is,  que  les  plus  malins  peuvent  s'y  tromper. 

2.  E.  aus'm  Weerth,  Kunstdenkm.  deschrisll.  Mittelalt. 
in  lien  Rhcinl.,  pi.  xx\ll,  fig.  I  :  reliure  d'un  volume  exé- 
cuté pour  l'abbesse  Théophanon  (1039-1054}. 

3.  L.  Cloquet,  Tournai  et  Tournaisis,  p.  238,  fig. 
J.  '^^■aX^,  Expos,  de  Matines,  Album,  pi.  m. 

4.  Reusens,  Èténients  darc/u'ol.,  t.  I,  p.  298,  fig.;  1'" 
éd.  L.  Cloquet,  ouv.  cité,  p.  92,  fig.  —  Cet  ivoire  d'une 
exécution  fort  médiocre,  se  trouve  par  malheur  en  compa- 
gnie d'autres  morceaux  plus  que  douteux,  aussi  l'a-t-on 
diversement  apprécié.  Certains  le  datent  du  XIV"  siècle, 
on  a  même  dit  le  XVh'.  Si  c'est  une  copie,  le  modèle  an- 
cien a  été  scrupuleuseinent  rendu  ;  jjas  un  détail  suspect. 
Les  partisans  du  XVI"  siècle  basent  leur  opinion  sur  le 
serpent  enroulé  au  pied  de  la  croix;  l'objection  est  sans 
portée,  car  les  crucifix  occidentaux,  du  IX^au  .Kl"  siècle, 
offrent  plusieurs  exemples  de  ce  reptile  symbolique. 


Christ  n'est  pas  nimbé;  quatre  clous  le  fi.xent  à 
la  croix  cantonnée  des  symboles  évangélistiques. 
A  la  place  du  titulus,  la  Main  bénissante  et  la 
Colombe.  A  droite  et  à  gauche,  Michel  et  Gabriel, 
désignés  par  une  inscription  latérale,  encensent 
le  divin  Crucifié  et  recueillent  dans  une  coupe  le 
sang  qui  coule  de  ses  mains.  Au-dessous,  la 
Vierge  et  saint  Jean.  Au  bas,  l'Eglise,  S.  EC- 
CLESIA,  agenouillée,  soulève  à  deux  mains  un 
grand  calice  oii  tombe  le  sang  des  pieds;  elle  a 
pour  attributs  une  couronne,  une  clef  et  un  éten- 
dard sommé  de  la  croix.  A  côté  de  l'arbre,  la 
Synagogue,  SYNAGOGA,  debout,  les  yeux 
bandés,  tourne  le  dos  au  mystère  qu'elle  nie  ; 
caractéristiques:  une  tête  de  bouc  et  un  étendard 
dont  la  pointe,  armée  d'un  fer,  s'abaisse  vers  le 
sol.  L'encadrement  métallique  est  du  XIII'^  siècle, 
mais  le  panneau  date  au  moins  de  la  fin  du  XP, 
et  le  nom  de  la  donatrice  certifie  l'origine  ger- 
manique du  monument  (■). 

Une  initiale  historiéedu  Sacrainentairedc  Metz 
(IX'î  siècle)  nous  fournira  la  dernière  variante. 
L'ÉgIise,son  étendard  ordinaire  en  main,  recueille 
le  sang  dans  un  calice;  en  face,  un  homme  barbu, 
drapé  à  l'antique,  armé  d'un  bouclier,  élève  la 
main  droite  vers  le  CHRIST  :ce  personnage,  vrai- 
semblablement saint  Longin,  n'a  de  commun 
que  le  bouclier  avec  la  femme  signalée  sur  l'ivoire 
de  Munich  (-). 

J'ai  montré  comment  les  artistes  austrasiens 
c'est-à-dire  de  la  région  orientale  des  Gaules 
bornée  par  la  Meuse  et  le  Rhin,  depuis  la  Forêt 
Charbo/inière  jusqu'ciu  lac  de  Constance,  et  aussi 
la  sculpture  allemande,  formulèrent  en  synthèse, 
durant  la  période  carolingienne,  les  deux  doctri- 
nes révélées.  Ma  recherche  des  mêmes  figures 
sur  les  monuments  byzantins  n'a  produit  qu'un 

i.Gon,  Tties.  vet.  diptych,  t.  III,  pi.  xvi.  La  gravure 
montre  un  travail  plus  grossier  qu'il  ne  l'est  peut-être  en 
réalité  ;  une  sculpture  fruste  et  brisée  me  semble  avoir  été 
aussi  mal  comprise  que  mal  rendue  par  l'artiste.  L'éten- 
dard de  la  Synagogue,  ici  armé  d'un  fer  de  lance,  forme 
une  exception,  mais  le  sens  allégorique  reste  le  même  ;  le 
signe  d'impuissance  est  seulement  changé  en  aveu  de 
défaite  :  en  mettant  bas  les  armes,  l'Ancienne  Loi  se  recon- 
naît vaincue. 

2.  Bibl.  nat.  de  Paris,  n'  1141,  anc.  fonds  latin.  Mt'l. 
d'arc/u'ol.,  t.  II,  p.  52,  fîg.  Le  cliché  des  Métanges  laisse 
un  doute  sur  la  hampe  de  l'étendard  :  est-elle  armée  ou 
émoussée  ?  Médiocrement  scrupuleux,  le  R.  P.  Martin  n'y 
regardait  pas  à  un  détail  de  plus  ou  de  moins. 


214 


iRcuue   De   l'art    cbtcticn. 


résultat  négatif;  peut-être  ne  l'ai-je  pas  poussée 
assez  loin,  mais  elle  embrasse  une  longue  suite 
d'années,  et  l'art  du  Bas-Empire,  esclave  du  pon- 
cif, admit  rarement  les  innovations:  de  Justinien 
aux  temps  modernes,  aucun  thème  hiératique 
de  cet  art  ne  fut  peut-être  remanié  à  fond. 

Mon  résultat,  ai-je  dit,  est  purement  négatif, 
on  va  voir  en  outre  qu'il  se  restreint  à  un  bien 
petit  nombre  d'exemples. 

Une  miniature  du  célèbre  manuscrit  syriaque 
(VI'-*  siècle)  de  la  Bibliothèque  Laurentienne  à 
Florence,  représente  la  Crucifixion;  cette  scène 
est  très  développée.  Le  Chris  r,  accosté  des  deux 
larrons,  a  les  yeux  ouverts  :  Longin,  AOTINOC, 
donne  son  coup  de  lance  ;  l'estafier  à  l'éponge  fait 
pendant  au  centurion  romain.  En  bas,  trois  sol- 
dats tirent  au  sort  la  tunique  du  Rédempteur;  à 
droite,  la  Vierge  et  le  disciple  Bien-aimé;  à  gau- 
che, les  saintes  femmes  :  nulle  trace  de  symbo- 
lisme ('). 

La  Bibliothèque  royale  de  Munich  possède 
un  ivoire  sculpté,  empreint  d'un  tel  cachet,  qu'on 
croirait  à  une  œuvre  byzantine  du  X>=  siècle,  si 
l'absence  totale  d'inscriptions  et  la  vulgarité  de 
certains  personnages  n'y  laissaient  soupçonner 
une  réplique  allemande  du  XL".  La  copie  suit 
fidèlement  le  modèle,  mais  elle  se  trahit  par  la 
suppression  des  légendes  et  la  médiocrité  de 
l'exécution.  Le  tableau  (haut.  o"\27,  larg.  o'",i5), 
bordé  d'esprits  célestes  alternant  avec  des  figures 
assises  et  des  édifices  à  coupoles,  se  divise  en 
trois  registres  :  je  ne  m'arrêterai  qu'à  l'inférieur 
comportant  la  Crucifi.xion.  Outre  le  Chrlst,  les 
acteurs  du  drame  sont  la  Vierge,  saint  Jean  et 
les  deux  larrons  ;  ni  Église,  ni  Synagogue,  bien 
qu'il  restât  de  la  place  pour  les  introduire  dans 
la  composition.  Au-dessus  des  larrons,  le  soleil 
et  la  lune  sous  l'aspect  d'un  adolescent  et  d'une 
jeune  fille  à  mi-corps;  ils  tiennent  un  flambeau 
incliné  et  pleurent  la  mort  du  Créateur.  Ces  types 
ne  ressemblent  guère  à  l'Hélios  et  à  la  Phébé, 
accessoires  ordinaires  des  crucifi.x  austrasiens  {'). 

1.  Labarte,  //isi.  des  arlsind.,  pi.  l.xxx  de  l'Album. 

2.  Voy.  C.  Cahier,  Nom'.  7nél.  d'arcIu'oL,  Ivoires  etc., 
p.  29,  fig.  Ici,  les  cleu.x  larrons,  l'un  implorant  le  ClIKIsr, 
l'autre  détournant  la  tête,  pourraient  h  la  rigueur  être  re- 
gardés comme  symbolisant  l'Église  et  la  .Synagogue  ;  mais 
l'artiste,  fidèle  aux  usages  byzantins,  a  tout  simplement  mis 
en  action  le  récit  de  saint  Luc  (xxili,  39  à  42).  D'ailleurs 
à  supposer  qu'une  allégorie  se  cachât  derrière  nos  larrons 


Le  panneau  central  d'une  belle  agiothyride 
byzantine  en  ivoire,  au  Cabinet  des  Médailles  de 
Paris(XI"-'  siècle),  comporte  aussi  une  Crucifixion  ; 
mais  celle-ci  diffère  de  la  précédente,  et  par  les 
détails  et  par  le  style.  A  la  triade  réglementaire 
du  ChrI-ST,  de  la  Vierge  et  de  saint  Jean,  sont 
adjointes  deux  petites  figures  impériales,  Cons- 
tantin et  sainte  Hélène,  qui  surgissent  entre  l'ar- 
bre de  la  croi.x  et  les  personnages  évangéliques. 
Un  astérisque  et  un  croissant  représentent  au 
naturel  le  soleil  et  la  lune;  légendes  multi- 
pliées (■). 

Les  Crucifi.xions  émaillées  de  la  Pala  cforo, 
à  Venise  (XI^  et  XII^  siècle),  sont  ainsi  formu- 
lées :  la  plus  ancienne  montre  le  Ciirlst  entre 
la  Vierge  et  saint  Jean  ;  la  seconde  ajoute  Longin 
proclamant  la  divinité  du  Sauveur,  un  spectateur 
barbu  et  ime  femme.  Longin,  soupçonné  au  Sa- 
crauicittaire  de  Metz,  est  ici  mieux  caractérisé 
par  son  costume  militaire  et  son  bouclier  romain  ; 
l'homme  et  la  femme,  groupés  derrière  la  Vierge, 
expriment  un  sentiment  de  foi  plutôt  que  d'in- 
crédulité (=). 

Nous  l'avons  déjà  dit,  le  Guide  de  la  peinture, 
qui  règle  scrupuleusement  la  mise  en  scène  de  la 
Crucifixion,  garde  un  silence  absolu  quant  au 
symbolisme  des  deu.x  doctrines  révélées.  Mais  si 
l'iconographie  byzantine  ne  semble  pas  avoir  indi- 
vidualisé l'Eglise  et  la  Synagogue, elle  les  détailla 
certainement.   Sur  une   peinture    du   XI'-"   siècle, 

de  Munich,  cela  n'enlèverait  pas  au  génie  austrasien  l'hon- 
neur d'avoir  inventé  la  personnification  des  doctrines 
révélées. 

1.  Gravé  dans  le  Trésor  de  nuinist/i.  et  de  glypt.;  les 
Ann.  archéol.jL'artbyzantin.'Décnt  au  Catalogue,  n"  3269. 

2.  Labarte,  Hist.  des  arts  ind..  Album,  pi.  Civ.  «  Saint 
Longin,  le  centurion,  regarde  le  Christ;  il  élève  la  main 
et  bénit  Dieu.  »  Manuel  d'icon.  clirét.  (Guide  de  la  peint.) 
p.  195.  —  La  Crucifi.xion  d'un  diptyque  byzantin  en  ivoire, 
à  Saint-Ambroisc  de  Milan, (.Xl'^ — XII'=sièclej,n'associeau 
Christ  que  la  Vierge  et  saint  Jean  {Ç,ox\,Tlies.  vet.  dipl., 
t.  m,  pi.  xxxii;.  Je  cite  pour  mémoire  un  autre  diptyque 
indiqué  parGori  (loc.  cit.  pl.xxxvil)  comme  appartenant  à 
la  collection  Barberini,  et  dont  le  sort  actuel  m'est  inconnu. 
Le  Christ  enseignant  et  \i\Tkéotocos  y  figurent,  chacun  au 
milieudfs  principaux  épisodes  de  son  existence.  A  la  triade 
obligatoire  de  laCrucifixion,on  a  ajouté  une  femme  nimbée 
qui  tourne  le  dos  à  la  Vierge  et  la  masque  à  demi  :  Gori 
(p.  286)  en  fait  Marie  Cléophas,  et  il  a  raison.  Du  reste  la 
pièce  n'est  pas  byzantine;  elle  me  semble  italienne  et  du 
XIV'=  siècle,  autant  qu'une  médiocre  gravure  permet  d'en 

juger. 


jeoutjelles  et  agcUngcs. 


215 


Zacharie,  escorté  des  Docteurs  de  la  Loi,  encense 
le  Saint  des  Saints  dont  les  volets  prophétiques 
arborent  le  signe  de  la  Rédemption.  Une  autre 
peinture  (XII^  siècle)  spécifie  l'Église  dans  un 
double  tableau  largement  peuplé.  Au  registre  su- 
périeur, le  Christ,  entouré  des  Apôtres,  accueille 
un  adolescent  diadème;  à  l'inférieur,  un  évéque 
nimbé,  se  prosterne  devant  un  autel,  au  milieu 
de  son  clergé  ('). 

Au  Mont  Athos,  dans  l'Eglise  conventuelle  de 
Chilandari,  Didron  signale  une  fresque  peu  an- 
cienne, oii  l'Église  (grecque  schismatique)  est 
.symbolisée  par  un  grand  navire  chargé  de  passa- 
gers appartenant  à  toutes  les  conditions  sociales, 
depuis  lesApôtresjusqu'au  peuple: JéSUS-Christ 
tient  le  gouvernail.  Debout  sur  un  promontoire, 
Mahomet  lance  des  flèches;  Arius,  d'énormes 
livres;  le  Pape,sa  férule  pontificale  en  manière  de 
grappin  d'abordage.  Efforts  stériles,  ils  ne  réus- 
sissent pas  à  faire  sombrer  le  vaisseau  et  tombent 
désespérés  dans  l'enfer.  Cependant,  échappés  aux 
projectiles  de  leurs  adversaires,  les  Orthodoxes 
atteignent  le  rivage  opposé  où  saint  Paul  jette 
l'ancre  au  commandement  du  divin  pilote  (^). 
On  ne  saurait  méconnaître,  dans  cette  composi- 
tion si  largement  développée,  les  thèmes  primitifs 
du  Christ  covunandant  mtx  vents  et  à  la  mer  et 
du  Christ  marcluint  sur  la  mer,  formulés  par  le 
Guide  de  la  peinture  (^);  mais  sa  haine  du  catho- 
licisme a  suggéré  à  l'artiste  des  détails  qui  rap- 
pellent trop  les  caricatures  allemandes,  insultant 
Rome  d'après  les  écrits  de  Luther.  La  fresque 
de  Chilandari  nous  met  en  plein  XVL  siècle, 
bien  loin  de  la  vieille  concision  catholique. 

L'allégorie  directe  de  l'Église  et  delà  Synago- 
gue, on  l'a  vu,  est  absente  des  monuments  byzan- 

1.  Ch.  Bayet,  Uart  byzantin,  p.  175,  fig.  57;  p.  171, 
fig.  54.  Hibl.  nat.de  Paris.  —  Le  personnage  incliné  de- 
vant le  Christ  serait  peut-être  une  femme;  menton  ras, 
cheveux  médiocrement  longs,  retenus  par  un  bandeau  : 
néanmoins  le  style  du  pallium  et  la  tunique  à  larges  man- 
ches dénoncent  un  individu  masculin.  N'importe  le  se.xe 
de  la  figure,  on  reconnaît  ici  l'institution  divine  de  l'Église; 
mais  nous  ne  sommes  pas  au  Calvaire,  et  l'allégorie,  in- 
troduite au  milieu  d'une  scène  qui  la  rend  singulièrement 
compréhensible,  est  motivée  par  les  opinions  schisma- 
tiques  de  l'artiste.  (2ue  l'on  mette  les  peintures  latines  de 
la  Vocation  de  saint  Pierre  en  regard  de  notre  miniature,on 
verra,  que  le  Grec,  s'inspirant  d'un  ancien  modèle,  a  subs- 
titué une  fantaisie  au  traditionnel  Prince  des  Apôtres. 

2.  Guide  de  la  peint.,  p.  421,  notes. 

3.  P.  170  et  176. 


tins  que  j'ai  relevés;  le  calice  ne  s'y  trouve  pas 
davantage  :  sur  le  crucifix  Sévastianov,  le  sang- 
coule  à  terre.  L'idée  du  récipient  me  parait  donc 
exclusivement  occidentale;  au  XII^  siècle,  une 
miniature  de  la  Bibliothèque  royale  de  Bruxelles 
donne  au  divin  Crucifié  un  calice  pour  suppeda- 
neuvi;  au  XV^  l'Allemagne  met  en  scène  quatre 
anges  munis  de  calices  et  recueillant  le  sang  qui 
jaillit  des  plaies  du  Sauveur  (')  :  cet  usage,  que 
le  panneau  de  Cividale  nous  a  déjà  montré,  est 
même  encore  partiellement  observé  sur  les  cal- 
vaires des  peuples  de  race  germanique. 

Revenons  à  l'émail  Svenigorodskoi.  La  Syna- 
gogue n'a  d'autre  signe  distinctif  que  son  oppo- 
sition à  l'Église;  le  nimbe  du  calice,  véritable 
anneau  de  Saturne,  accuse  une  profondeur  mys- 
tique que  l'ivoire  de  Tournai  est  seul  à  nous 
offrir.  La  Vierge  manque  de  la  finesse  élégante 
qui  caractérise  les  anciennes  Panagia  byzantines. 
L'attitude  méditative  de  saint  Jean  ne  conclut 
à  rien  de  positif  Prescrite  dans  le  Guide  (^),  la 
main  appuyée  contre  la  joue  s'en  détache  au.ssi 
parfois  pour  se  diriger  vers  le  CHRIST,  et  ce 
double  modèle  est  indifféremment  usité,  en  Orient 
comme  en  Occident,  du  IX'^  siècle  au  XI*=.  Lourde 
sur  l'hiérothèque  de  Limbourg,  la  croix  à  double 
traverse  s'effile,  pareillement  à  celle  de  notre 
émail,  sur  l'agiothyride  de  Paris.  Formées  de  let- 
tres inégales  en  hauteur,  les  inscriptions  grecques 
n'accusent  pas  une  très  bonne  époque. 

L'examen  du  monument  en  cause  nous  a  révélé 
ce  fait  singulier  :  une  allégorie,  familière  aux 
occidentaux  dès  le  IX^  siècle,  apparaissant  tout 
à  coup  chez  les  Byzantins  avec  des  symptômes 
qui  accusent  la  décadence  plutôt  que  la  floraison 
ou  le  progrès.  Les  légendes  barbares  fournissent 
un  moyen  d'éclaircir  cette  difficulté  :  je  ne  sais 
trop  si  mon  explication  obtiendra  un  succès 
complet;  mais  provoquer  une  réfutation  serait 
déjà  fort  honorable  pour  elle. 

1.  Bibl.  de  Bourgogne,  ms.  942S;  Voy.  Met.  tPar- 
chéol.,  t.  II,  p.  49,  fig.  H.  Otte,  Handbuch  der  Kirchl. 
Kunst-Arc/taeot.iies  detitschen  Mittelalters,  5"=  éd.  t.  II,  p. 
686,  C>-«(V/mV((«  par  Martin  Schongauer,  fig.  J'ai  remarqué, 
sur  plusieurs  calvaires  en  Belgique  et  en  Flandre  fran- 
çaise, un  ange  au  vol,  muni  d'un  calice  et  rattaché  au 
crucifix  par  la  tringle  métallique  qui  simule  le  filet  de  sang. 
L'effet  produit  est  naïvement  singulier. 

2.  P.  195.  «  Auprès  de  la  Vierge  évanouie,  Jean  le 
Théologos  dans  l'affliction  et  la  main  sur  sa  joue.  » 


2l6 


IRciîuc    De  ratt    cfjrcticn. 


A  première  vue,  j'avais  soupçonné  que  les 
caractères  tracés  à  côté  du  texte  évangélique 
grec  ('),  appartenaient  à  un  alphabet  caucasien. 
N'ayant  sous  la  main  ancun  ouvrage  qui  permît 
d'asseoir  solidement  ma  vague  intuition,  j'ai 
recouru  à  un  jeune  membre  de  l'Institut,  très 
versé  en  numismatique  b}v.antinc,  et  ayant  aussi 
étudié  l'épigraphie  des  contrées  limitrophes  de 
l'empire  d'Orient.  M.  Gustave  Schlumberger 
n'a  pas  fait  attendre  sa  réponse  :  «  Les  caractères, 
écrit-il,  dont  vous  m'adressez  la  copie,  sont  cer- 
tainement géorgiens.  Je  dirai  même  qu'ils  ont  tout 
l'aspect  des  caractères  géorgiens  usités  au  XI 1° 
siècle  ou  "au  XIII«(2).  »  Plus  de  doute,  notre 
émail  a  dû  être  fabriqué  au  Caucase,  par  un  in- 
dustriel grec,  à  une  date  que  pourront  confirmer 
des  remarques  ultérieures. 

Depuis  l'affermissement  de  la  domination  russe 
au  Caucase,  les  pièces  d'orfèvrerie,  épargnées  par 
la  guerre  et  l'incurie  dans  les  édifices  religieux 
de  cette  intéressante  région,  sont  devenues  acces- 
sibles à  la  curiosité.  De  ces  pièces,  les  unes  por- 
tent le  cachet  indigène  ;  d'autres  ont  une  tournure 
byzantine  prononcée  ;  sur  la  plupart,  courent  des 
inscriptions  en  anciens  caractères  géorgiens  (3). 
Aux  environs  du  IV''  siècle,  les  Grecs  introdui- 
sirent le  christianisme  en  Géorgie,  mais,  proie 
successive  des  Perses  et  des  Musulmans,  elle  ne 
posséda  une  autonomie  véritable  que  depuis 
David  III  (1089-1 126)  jusqu'à  la  conquête  mon- 
gole en  1248.  Le  règne  de  Thamar  (11 84-12 12) 
marqua  certainement  l'apogée  de  la  prospérité 
géorgienne;  aussi  les  traditions  locales  attribuent 
à  cette  princesse  tous  les  souvenirs  persistants 
d'une  grandeur  anéantie.  On  doit  à  coup  sûr  en 
rabattre  un  peu  et  laisser  quelque  chose  à  l'actif 
des  prédécesseurs  ou  des  successeurs  de  la  célèbre 
reine  ;  mais  il  saute  aux  yeu.K  que  les  plus  beaux 
monuments  chrétiens  du  Caucase  datent  d'une 
période  comprise  entre  l'aube  du  XII^^  siècle  et 
le  milieu  du  XIII<=.  Selon  iM.  Bayet,  dont  je 
partage  aujourd'hui  l'avis,  l'immobilité  de  l'art 
byzantin  a  été  trop  exagérée  ;  cet  art  affiche  çà  et 
là  des  prétentions  originales,  et,  au  XVI<=  siècle, 
il  se  montre   déjà  moins   rebelle    au.x    influences 

1.  Saint  Jean,  XIX,  16  et  17. 

2.  Lettre  du  4  janvier  1885. 

3.  Voy.    Bayet,  ouv.  citd,  p.  285,  fig.  94  ;  287,  95  ;  289,96: 
d'après  les  photographies  rapportées  par  M.  Ern.  Chantre. 


étrangères  (').  Les  exemples  cités  par  l'érudit 
professeur  de  Lyon,  et  encore  la  fresque  de 
Chilandari,  offrent  des  casépisodiqucs  qui  durent 
se  produire  au  même  titre  à  des  époques  anté- 
rieures.De  Charlemagnc  aux  premiers  Capétiens, 
en  France,  un  peu  plus  longtemps,  en  Allemagne, 
Constantinople  exerça  sur  l'art  occidental  une 
action  relative  ;  oserait-on  affirmer  que  des  voya- 
geurs latins  n'aient  pas,  à  leur  tour,  introduit  en 
Grèce  les  formules  pittoresques  du  symbolisme 
austrasicn  ?  Les  Grecs  ont  copié  les  étoffes  fabri- 
quées aux  bords  du  Tigre,  ils  ont  adopté  les 
modes  arabes  ;  pourquoi  l'Ouest,  surtout  à  l'heure 
des  croisades,  n'aurait-il  pas  aussi  fourni  im  thème 
à  l'émaillerie  byzantine?  Tant  routinier  que  soit 
un  peuple,  laissez  tomber  chez  lui  une  idée  dans 
la  rue,  un  passant  la  ramassera  toujours.  Divul- 
guée aux  Bj'zantins,  n'importe  comment,  l'allé- 
gorie de  l'Église  et  de  la  Synagogue  était  bonne 
à  prendre  ;  un  cerveau  intelligent  l'utilisa. 

L'attitude  méditative  de  saint  Jean,  le  perizo- 
niuin  ponctué,  l'émaciation  exagérée  du  Christ, 
pourraient,  à  la  rigueur,  être  compatriotes  de  la 
formule  symbolique  des  deux  Révélations,  puis- 
que les  plus  anciens  exemples  de  ces  détails 
appartiennent  aux  écoles  occidentales  (=).  Mais 
n'oublions  pas  l'aphorisme  :  Qitiveiit  trop  prouver 
ne  prouve  rien  ;  recourons  à  des  données  moins 
vagues. 

Après  le  sac  de  Constantinople  en  1204,  les 
producteurs  d'objets  de  luxe,  ruinés  par  le  pillage 
et  l'incendie,  dédaignés  par  la  barbarie  victorieuse, 
cherchèrent  nécessairement  un  asile  au  dehors. 
La  côte  asiatique  de  la  Mer  Noire,  d'accès  immé- 
diat aux  fugitifs,  et  d'ailleurs  le  seul  point  qu'ils 
pussent  gagner  sans  risques,  devint  lein-  séjour 
naturel.  Or,  pendant  que  Baudouin  s'installait 
dans  sa  conquête,  les  soldats  de  Thamar  aidaient 
Alexis  Comnène  à  fonder  l'empire  deTrébizonde; 
Thamar  dut  profiter  de  la  circonstance,  et  il 
serait  invraisemblable  qu'au  retour  l'armée  géor- 
gienne n'eût  pas  ramené  des  Grecs,  orfèvres, 
peintres,   sculpteurs,    architectes,  pour  satisfaire 

1.  Ouv.  cité,  p.  265  et  266. 

2.  Le  saint  Jean  de  l'ivoire  de  Tongres  appuie  la  main 
contre  sa  joue;  sur  le  manuscrit  de  Florence,  la  main  est 
portée  aux  lèvres  ;  sur  l'agiothyride  de  Paris,  le  geste  indi- 
que ou  adore,  selon  qu'on  voudra  l'interpréter.  La  pre- 
mière attitude  a  prévalu  en  Occident. 


jaout)ellcs    et    Q9clangcs. 


217 


aux  exigences  magnifiques  de  la  souveraine  du 
Caucase. 

L'attribution  de  l'émail  Svenigorodskoi  à  une 
période  autre  que  le  XI IL'  siècle  soulèverait 
maintenant  d'assez  graves  difficultés. 

Divers  fragments,  bandeaux,  écoinçons,  petits 
disques  ornés  de  figures  à  mi-corps,  ne  réclament 
pas  un  examen  détaillé.  Articles  de  commerce, 
ces  pièces  décoratives  offrent  des  inégalités 
d'exécution  ;  les  personnages  et  les  écoinçons 
sont  très  réussis,  le  reste  l'est  moins.  Date  élas- 
tique ;  Xle  siècle  ou  XII"^^. 

J'userais  d'un  pareil  laconisme  à  l'égard  du 
résultat  des  fouilles  de  Kiev,  s'il  ne  me  représen- 
tait pas  une  marchandise  d'exportation.  D'abord 
une  série  de  disques  bombés  (diam.  o"'03)  réunis 
par  des  charnières  ;  aux  extrémités  du  système, 
un  anneau  et  une  chaînette  :  c'est  le  collier  que 
les  Russes  nomment  banni.  Des  six  éléments  du 
bijou,  trois  sont  ornés  d'oiseau.K  ;  trois  de  cercles 
et  de  triangles.  Gamme  brillante,  travail  soigné. 
Puis  viennent  trois  objets  o^2LX\i\é.s  boucles  d'oreil- 
/fi'.Forme  de  sphéroïde  très  aplati,  creux,  et  analo- 
gue aux  montres  dites  bassinoires  ;  au  sommet, 
une  échancrure  circulaire, dont  les  cornes  sont  mu- 
nies d'œillets  où  s'adapte  une  broche  de  fil  métal- 
lique courbé  en  arc;  sur  la  tranche,  une  gouttière 
ménagée  pour  recevoir  une  garniture  de  perles. 
Diamètres  :  o'"059,  o'"054,  0'"046.  Le  n"  i,  par 
rang  de  taille,  comporte  deux  volatiles  à  tète 
humaine  —  sirènes  ou  harpies  —  adossés  et  con- 
tournés :  entre  eux  surgit  une  plante,  imitation 
écourtée  du  lioiii  perse.  N°2:  oiseaux  dans  la  même 
j)0sture  que  les  sirènes  ;  lioin  réduit  à  l'état  de 
simple  croix.  N°  3:  disque  central  inscrivaiit  une 
rosace  des  plus  riches  ;  à  l'cntour,  quatre  tour- 
teaux alternant  avec  des  trapèzes  de  même  style 
que  la  rosace.  Tout  le  décor  de  ces  bijoux  hors 
ligne,  animau.x  ou  végétau.x,  est  empreint  d'un 
cachet  oriental  incontestable  (")  ;  la  tonalité  des 
émaux  rappelle  les  tissus  de  l'Inde  et  de  la  Perse, 
où  deu.K  couleurs  tranchantes  se  heurtent  sans 
offenser  l'teil  ;  le  cloisonnage  témoigne  d'une  rare 
habileté  de  main.  M.  Schulz  attribue  le  trésor  de 

I.  Des  monstres  à  tête  humaine  sont  brodds  sur  les 
suaires  orientaux  de  Saint-Lazare,  à  Autun,  et  de  Sainte- 
Anne,  à  Apt  ;  un  manuscrit  oigour  donne  une  tête  humaine 
à  Borak,  la  jument  de  Mahomet. 


Kiev  au  XI*^  siècle  ;  je  suis  cette  fois  d'accord 
avec  mon  savant  confrère  ('). 

Au  sujet  des  bijou.x  de  Kiev.  M.  Schulz  fait 
remarquer  un  détail  technique  assez  intéressant. 
Les  matières  de  deux  nuances,  parfondues  dans 
les  jambes  et  les  pattes  des  volatiles,  sont  juxta- 
posées, sans  filet  métallique  intermédiaire  :  on  a 
employé  le  même  procédé  sur  la  couronne  de 
Monomaque.  La  difficulté  vaincue  par  les  érnail- 
leurs  byzantins  était  légère  ;  ils  n'avaient  à 
remplir  qu'un  simple  trait  de  burin,  en  suivant 
la  méthode  de  la  niellure.  A  l'aube  du  XII<=  siè- 
cle, les  Limousins  connaissaient  déjà  la  juxta- 
position, et  ils  la  mirent  en  pratique  sur  une 
échelle  autrement  grande.  L'artiste  distingué  qui 
émailla  les  disques  du  coffre  de  Sainte-Foy,  à 
Conques,  et  qui  interprétait  aussi,  mais  bien  plus 
librement,  des  modèles  orientaux,  sut  juxtaposer 
deux  tons,  sans  nulle  bavure,  dans  des  cuves 
larges    de    o™oo2    à    o'"oo3. 

Les  sphéroïdes  de  Kiev  sont-ils  réellement  des 
boucles  d'oreilles  .-"  J'admettrai  en  principe  que 
les  Russes  ornèrent  leurs  conduits  auditifs  de 
bijou.x  fabriqués  pour  un  autre  usage  ;  néaninoins 
il    reste    des  doutes  :  essayons    de  les  éclaircir. 

Les  échancrures  accusent  une  insouciance 
poussée  jusqu'à  enlever  les  deux  tiers  d'un  tour- 
teau émaillé  ;  le  travail  des  broches  et  la 
soudure  des  œillets  sont  d'une  grossièreté  qui 
contraste  avec  l'élégance  des  appendices  du  col- 
lier :  évidemment  une  transformation  a  été  opérée 
à  Kiev,  par  un   orfèvre  maladroit. 

Les  exemplaires  de  M.  Svenigorodskoi  sont 
isolés  ;  ce  défaut  d'appariement  peut  résulter 
d'accidents,  car  on  a  exhumé  à  Vladimir  deux 
sphéroïdes  intacts  (diam.  o'"054)  du  même  genre, 
et,  à  côté,  les  débris  manifestes  de  leurs  corres- 
pondants. Mais  l'un  des  échantillons  de  Vladimir 
comporte  le  buste  de  saint  Georges  ou  de  saint 
Démétrius  C),  et  suspendre  aux  oreilles  l'image 

1.  Le  manuscrit  1208  (XL'  siècle),  à  la  Bibl.  nat.  de 
Paris,  contient  des  enroulements  rehaussds  d'oiseaux,  et 
aussi  de  quadrupèdes  ;\  tête  humaine.  Le  corps  de  ces  ani- 
maux est  ponctué  de  blanc,  détail  qu'offrent  également 
les  bijoux  de  Kiev.  \'oy.  Hist.  des  arts  ind.  Album,  pi. 
LXXXVII. 

2.  Voy.  Vlad.  Stassov,  Trésor  trouvé  a  Vladimir  (en 
russe),  pi.  II.  fig.  A,  M,  N,  O,  n.  Le  style  médiocre  du 
buste  du  saint  accuse  le  XI I'  siècle,  mais  l'exécution  des 
ornements  végétaux  est  aussi  parfaite  qu'au  .XI'. 


2l8 


îRetiuc  ne  rart   cïjtéticn. 


d'un  saint  paraîtrait  bien  osé  à  Constantinople  : 
on  doit  croire  que  la  noblesse  moscovite  fut  moins 
scrupuleuse.  A  mon  avis,  l'industrie  byzantine 
expédiait  au  commerce  russe  des  pendants  de 
collier  (biilld)  qu'une  mode  fit  passer  de  la  poitrine 
aux  oreilles  :  le  but  des  échancrures  était  de  don- 
ner place  au  lobe  charnu  et  de  le  soustraire  au 
contact  chatouilleux  des  perles.  Le  rude  métier 
indigène  se  chargea  de  modifier  au  goût  des 
acheteurs  les  délicats  produits  de  l'art  grec. 

Malgré  ses  allures,  parfois  tranchantes,  mon 
étude  ne  peut  diminuer  en  rien  le  mérite  du  livre 
de  M.  Schulz.  Aux  avantages  matériels  d'une 
typographie  soignée  et  de  14  planches  vraiment 
admirables,  ce  livre  joint  une  profonde  connais- 
sance du  domaine  de  l'érudition  aussi  bien  que 
du  terrain  expérimental.  Je  ne  prétends  pas  ici 
me  poser  en  critique,  tant  s'en  faut  :  la  collection 
Svenigorodskoi  m'a  simplement  fourni  un  thème 
sur  lequel  j'émets  d'autres  idées  que  mon  devan- 
cier. Les  siennes  sont-elles  préférables  aux  mien- 
nes ?  Tous  deu.x,  en  face  des  obscurités  byzan- 
tines, nous  avons  dû  recourir  à  l'hypothèse,  et 
l'hypothèse  n'entraîne  guère  à  sa  suite  que  des 
incertitudes  plus  ou  moins  vagues. 

Cil  de  Linas. 

-— ^  eCncorc  l'email  De  Boîtiers.  — ^ 

ON  nous  écrit  de  Poitiers  que  l'émail  du 
Musée,  cité  dans  notre  dernière  livraison, 
p.  6^,  et  l'objet  dont  il  a  été  parlé,  en  1884,  p.  493, 
col.  2,  sont  très  distincts.  Le  second  aurait  cer- 
tainement disparu,  tandis  que  le  premier  serait 
récemment  entré  au  Musée.  Nous  enregistrons 
la  réclamation,  avec  l'espoir  que  l'on  s'abstiendra 
d'y  répondre  et  que  l'affaire  en  restera  là. 

^iiniaturc   Du   terrier   De   rctiêcfjé 
D'Huignon.  ^-— ^-^-^-^-^-^.^— .--^^--^ 

ETTE   miniature  orne  un    magnifique 

manuscrit  conservé  dans  le  riche  dépôt 

des  Archives  départementales  de  Vau- 

diise  (■).    Elle    représente    le  cardinal 

Anglic  Grimoard  offrant  à    la  sainte  Vierge  le 

\.  Archives  départ,  de  Vauctuse,  G.  10. 


terrier  de  son  église.  La  reproduction  que  nous  en 
donnons  (pi.  X)  a  sa  place  marquée  dans  notre 
Étude  sur  r église  et  le  monastère  de  Sainte-Marie 
de  Fours  (').  Cette  reproduction  nous  dispense 
d'une  description  qui  aurait  certainement  moins 
de  charmes  que  la  vue  de  celte  belle  peinture.  A 
gauche  du  douzième  feuillet  où  on  la  trouve,  on 
lit  ces  vers: 

«  Suscipe  donapia  libroruiii 

Virgo  Maria 
Presulis  Anglici  famidari 

Quem  voluisti 
Onis  basilicœ  tis  (^)  Avini 

Virgin is  Aime 
Ipsi  saliiteni  serves 

Vitantque  perennem.  » 

«  Reçois,  Vierge  Marie,  l'offrande  pieuse  des 
livres  du  prélat  Anglicus  que  tu  as  appelé  au 
service  de  la  basilique  de  la  très  haute  Vierge 
dans  la  cité  d'Avignon.  Conserve-le  et  donne- 
lui  la  vie  éternelle.  » 

Sur  le  même  feuillet,  au-dessous  de  la  miniature 
et  des  vers,  on  lit  qu'Anglicus  Grimoard,  cha- 
noine du  monastère  de  Saint-Ruf  hors  les  murs 
de  Valence,  prieur  de  Saint-Pierre  de  Die,  frère 
du  pape  Urbain  V,  fut  nommé  à  l'évêché  d'Avi- 
gnon; le  lundi  12  décembre  1362,  qu'il  fut  nommé 
cardinal  du  titre  de  Saint-Pierre-ès-liens,  le  ven- 
dredi 18  septembre  1366,  que  ces  deux  frères 
étaient  fils  de  noble  et  puissant  seigneur  Guil- 
laume Grimoard  (^),  chevalier,  seigneur  de  Grisac 
et  de  Bellegarde,  au  diocèse  de  Mende,  que  Guil- 
laume Grimoard,  âgé  de  près  de  cent  ans,  mourut 
à  Avignon,  dans  l'hôtel  du  cardinal  Anglic,  le  16 
octobre  1366,  un  mois  après  l'élévation  de  son  fils 
au  cardinalat,  qu'à  ses  derniers  moments  il  bénit 

1.  Voir  dans  la  dernière  livraison  de  la  Revue  :  Etudes 
d'histoire  et  d'arcliéologie  sur  i/itleneuve-les-Avigtion. 

2.  Dans  mon  dernier  article  sur  V Eglise  et  le  monastère 
de  Fours,  j'ai  donnd  ces  vers  qu'on  a  imprimés  avec  quel- 
ques fautes:  ipse  pour  ipsi;  tiilam  pour  î'/Ai/«.  J'avais 
cru  pouvoir  lire  «  tis  »  tune.  C'est  bien  tis  que  porte  le 
texte,  et  l'obligeant  archiviste  M.  Duhamel,  nie  dit  que 
c'est  probablement  la  dernière  syllabe  tle  civitatis. 

3.  11  eut  pour  mère  Élise  de  Montferrand,  d'une  famille 
noble  ti.\ée  à  la  Canourgue  (Lozère)  à  la  lin  du  XII I""  siècle. 
V.  Rcclierchcs  sur  la  famille  de  Grimoard  et  sur  ses  pos- 
sessions territoriales  au  XIV"  siicle,  par  tabhé  J.  B.  Al- 
banls,  docteur  en  tliéologie  et  droit  canon.  Mende,  impri- 
merie Privât,  1866. 


i^(^^o;(^  i])(^  jA'^-m^   <^^^^'^'M^^. 


:0U  X. 


-^^^> 


jQo  uuelles    et    a^clanges 


219 


Dieu  de  tous  les  biens  et  Je  tous  les  honneurs  dont 
il  avait  comblé  ses  enfants,  et  qu'il  fut  transporté 
à  Bedouès  (')  pour  être  enseveli  dans  l'éijlise  de 
Sainte-Marie  nouvellement  érigée  en  la  collégiale 
par  Urbain  V.  Ajoutons,  pour  compléter  ces  da- 
tes mémorables  de  la  vie  d'Anglic  Grimoard, 
qu'il  fut  évéque  d'Albano  et  vicaire  du  pape  à 
Bologne  en  1367,  qu'il  fit  son  testament  le  11 
avril  1388,  mourut  le  14  du  même  mois,  dix-huit 
ans  après  Urbain  V,  et  fut  enseveli  dans  l'église 
de  Saint-Ruf  de  Valence  (°). 

Le  terrier  de  l'évêché  d'Avignon  forme  un  vo- 
lume in-folio  de  182  feuillets,  mesurant  0,43  de 
hauteur  et  0,30  de  largeur.  Il  fut  dressé  en  1366, 
par  ordre  de  Sicard  de  Fressinay,  écuyer  et  cla- 
vaire de  la  cour  épiscopale.  Ce  manuscrit  est  pré- 
cieux, non  seulement  à  cause  de  son  parfait  état 
de  conservation,  de  sa  belle  écriture,  de  sa  minia- 
ture, de  ses  encadrements  de  page,  de  ses  lettres 
capitales  coloriées,  mais  surtout  à  cause  des  indi- 
cations intéressantes  qu'il  fournit,  en  faisant  con- 
naître les  cens  et  services  annuels  dus  à  l'évêque 
da;is  la  cité  d'Avignon.  Toute  la  topographie 
d'Avignon  au  XI  V«  siècle  est  là  avec  les  rues,  les 
quartiers,  les  paroisses,  les  églises,  les  monastères, 
les  hôtels  de  la  ville  papale  et  aussi  avec  les  noms 
des  cardinaux,  des  prélats,  des  officiers  de  la 
cour,  des  artistes,  des  marchands,  qui  la  peuplent. 
Citons  quelques  noms.  Des  cens  annuels  étaient 
dus  par  Michel  Granerii  et  Jean  Varni,  curseurs 
du  pape,  par  Francisquet,  fils  et  héritier  de  Bro- 
card de  Campanini  de  Pavie,  musicien  (Tactor 
instriimentorinn  musicorinn),  par  la  veuve  de 
Pierre  de  Gerdon,  peintre,  qui  s'étaitremariéeavec 
maîtreGeminici  de  la  Turre  (^)  également  peintre, 
par  Agnès  de  Beaufort,  du  diocèse  de  Besançon, 
veuve  de  maître  Pierre  Obreri,  architecte  et  di- 
recteur de  l'œuvre  du  palais  apostolique,  par 
Jeanne  Laure,  brunisseuse  de  vases  d'argent  (bni- 
7iitnx  vasoruui  argciiii),  par  Ugues  de  Sade,  qua- 
lifié de  marchand  et  bourgeois.  L'abbé  de  Sade, 
qui  dans  ses  Mcuioires pour  la  vie  de  Pétrarque  (■*) 

1.  Paroisse  du  diocèse  de  Mende. 

2.  Baluze,  Viiœ papariiin  .Ivenion.,  t.  I,  p.  365,  374,  3S0, 
t.  II,  p.  1021. 

3.  Ce  nom  est  cité  par  M.  Achard,  Notes  sur  quelques 
anciens  artistes  d'Avignon.  Carpentras.  1836.  Voir  une 
note  de  M.  E.  Muntz  sur  la  statue  d'Uvbain  V  dans  la  Ga- 
zette archéologique,  1 884. 

4.  T.  I,  p.  40  des  Notes. 


attribue  à  sa  famille  une  illustre    origine,  n'avait 
pas  lu  notre   Terrier. 

On  trouve  en  outre  dans  ce  Terrier  des  détails 
curieux,  comme  celui-ci:  «  État  des  cens  en  pois- 
sons, en  aloses  et  sophes,  dus  par  certaines  mai- 
sons sises  dans  la  paroisse  Saint-Agricol,  dans 
lesquelles  était  anciennement  la  poissonnerie  d'A- 
vignon. Ces  cens  sont  paj-és  chaque  année  en 
carême  et  si  audit  temps  l'évêque  ne  veut  les 
poissons  et  préfère  transformer  cette  redevance 
en  argent,  son  procureur  doit  se  rendre  à  la  pois- 
sonnerie et  faire  taxer  par  deux  ou  trois  hommes 
probes  la  valeur  d'une  bonne  et  suffisante  alose 
et  une  douzaine  de  bonnes  et  suffisantes  sophes. 
Si  au  temps  indiqué  on  ne  trouve  pas  ces  poissons 
ou  que  les  censitaires  préfèrent  payer  la  valeur 
en  argent,  ils  pourront  le  faire,  à  condition  qu'une 
alose  vaille  toujours  une  douzaine  de  sophes  et 
une  demi-alose  une  demi-douzaine  de  sophes.  » 
Heureux  temps  oii  une  bonne  et  suffisante  alose 
ne  valait  qu'une  douzaine  de  sophes!  Si  le  ré- 
dacteur du  Terrier  revenait  sur  les  bords  du 
Rhône,  il  serait  bien  étonné!  Ce  rédacteur  nous 
apprend  qu'on  se  rappelait  encore  en  1366  que  le 
Rhône  passait  autrefois  près  des  Angles,  formant 
en  face  de  ce  village  une  île  appelée  l'île  de  Bar- 
nouin,  mais  que  dans  une  terrible  inondation,  le 
fleuve  changea  de  lit,  emporta  l'ile  de  Barnouin  et 
s'éloigna  des  collines  de  la  rive  droite.  Au  pied  de 
ces  collines  s'étend  aujourd'hui  une  plaine  fertile. 
Voyons  là  une  image  des  transformations  qui 
changent  sans  cesse  l'aspect  de  ce  monde,  et  au 
milieu  desquelles  la  Providence  nous  ménage  tou- 
jours quelques  compensations  pour  nous  consoler 
de  ce  qui  n'e.st  plus.  F.  FUZET. 

Doyen  de  Villeneuve-lez- Avignon. 

—  Une  ancienne  custoDe  à  reliques.  -— - 


ITcs   rcprcscntatioiis   Du 
De  tïcsus  au  ru""  siècle. 


Hacrc  -'  (icrur 


jlE  musée  d'antiquités  de  la  ville  de 
Gand  possède  une  ancienne  petite  cus- 
ttjde  à  reliques  qui  mérite  d'être  étu- 
diée, non  seulement  à  cause  de  son 
caractère  artistique,  mais  surtout  pour  les  inté- 
ressants problèmes  qu'elle  suggère  aux  archéo- 
logues et    aux   liturgistes.  Cet  objet  a  la  forme 


REVUE   UE   l'art  CHRéTlEN. 
1885.   —   2"**^   LIVRAISON. 


220 


IRctJiic    ûc    r^vt    cf)  té  tien. 


d'un  disque  mesurant  o'"054  de  diamètre.  Le 
fond  est  formé  d'une  feuille  de  carton  recou- 
verte, au  dos,  d'un  coupon  de  soie  cramoisie  ;  à 
la  face  antérieure,  d'un  tissu  léger  posé  en  dou- 
ble épaisseur  sur  une  feuille  de  pajjier  argenté. 
La  partie  centrale  du  disque  est  occupée  par  une 
rondelle  de  vélin,  qui  se  détache  légèrement  en 
saillie;  on  y  a  tracé  à  l'encre  rouge,  en  caractères 
inicroscopiques,  les  premiers  versets  de  l'évangile 
selon  saint  Jean,  que  le  prêtre  récite  en  terminant 
la  messe.  Le  te.\te  sacré  débute  absolument,  sans 
titre  ni  en-tètc  ;  il  est  interrompu,  vers  le  milieu, 
par  une  croisette  tracée  en  bleu,  dont  les  e.xtré- 
mités  sont  dites  dans  la  langue  du  blason  pattées 
et  florencées,  et  il  se  termine  par  ces  mots  : 


deo  i^mcias  —  ihesiis  nazareniis  rex  judioi  uni  (sic) 

miserere  mei  —  o  boue  iesii  irahe  me  post  te. 

Les  incorrections  et  les  répétitions  qui  émail- 
lent  toute  l'inscription,  indiquent  que  l'écrivain 
était  peu   familiarisé  avec   la  langue   latine. 

Une  torsade  formée  d'un  cordonnet  de  soie 
bleue,  dont  les  spirales  alternent  avec  celles  d'une 
cartisane  de  fil  d'or,  sert  d'encadrement  à  Xiiinbo 
ou  partie  centrale  du  reliquaire.  Huit  petits  sa- 
chets recouverts  les  uns  de  soie  verte,  les  autres 
de  soie  rouge,  et  retenus  par  des  fils  d'or,  gar- 
nissent la  zone  extérieure  ;  ils  contiennent  cer- 
tainement les  restes  vénérés  de  quelques  saints, 
mais  ne  présentent  aucune  indication  qui  nous 
révèle  le  nom  de  ces  personnages  sacrés. 

Dans  les  intervalles  des  sachets  on  avait  dispo- 
sé des  ornements  qui  ont  disparu,  peut-être  des 
chapelets  de  petites  perles  ;  ils  alternaient  avec 
des  enseignes  de  pèlerinage,  au  nombre  de  quatre, 
que  nous  décrirons  plus  loin. 

La  tranche  du  disque  est  masquée  par  un  cer- 


ceau de  carton  habillé  d'un  tissu  d'or  sur  chaîne 
de  soie  cramoisie  ;  cette  pièce  forme  rebord  et 
porte  à  la  crête  supérieure  une  légère  dentelle  de 
fils  d'or  tressés  en  résille,  qui  se  rabat  vers  le 
centre  du  reliquaire.  Une  torsade  de  cartisane, 
dont  les  spirales  sont  alternativement  garnies  de 
fils  d'or  et  de  soie  bleue,  est  attachée  sur  le  flanc; 
elle  aboutit  vers  le  liaut,  à  un  gland  vêtu  d'un 
chevronné  d'or  et  d'a/.ur,  qui  supporte  un  anneau 
d'attache  recouvert  de  soie  jaune. 

Le  style  de  ce  médaillon,  de  même  que  les 
détails  de  l'ornementation  et  les  caractères  du 
te.xte  central,  dénotent  clairement  l'époque  où  il 
a  été  exécuté;  on  ne  peut  le  reporter  en  décades 
premières  années  du  XVI<^  siècle,  et  même  tout 
porte  à  croire  qu'il  aura  été  exécuté  dans  quel- 
que maison  religieuse  de  Gand  ou  de  la  Flandre, 
pendant  la  seconde  moitié  du  XV'-'  siècle. 

Il  reste  à  étudier  les  quatre  enseignes  de  pèle- 
rinages qui  décorent  le  petit  reliquaire.  Ces  pla- 
ques, formées  d'une  mince  feuille  de  cuivre  es- 
tampé et  recouvert  d'une  légère  couciie  d'argent, 
sont,  comme  la  plupart  des  objets  de  ce  genre, 
de  forme  orbiculaire  et  mesurent  o'"02  de  dia- 
mètre. Les  trous  dont  elles  sont  repercées,  étaient 
destinés  à  les  fixer  sur  le  chapeau  ou  le  vêtement 
des  pèlerins  qui  les  emportaient  en  souvenir  des 
lieux  de  dévotion  qu'ils  avaient  visités,  ainsi 
que  l'usage  en  est  demeuré  dans  quelques  sanc- 
tuaires des  Flandres,  jusqu'à  une  époque  récente. 

Le  premier  médaillon,  vers  la  droite,  présente 
l'image  de  la  Vierge-Mère,  nimbée,  couronnée 
et  tenant  son  divin  enfant  sur  les  genoux:  elle 
est  assise  dans  une  stalle  richement  décorée  de 
contre-forts  et  de  pinacles,  dont  le  style  rappelle 
celui  des  chaises  figurées  sur  les  monnaies  des 
souverains  de  l'époque  bourguignonne.  A  l'exer- 
gue les  mots  ;  ûc  Ijill.  Un  triple  cercle  en  mou- 
lures forme  la  bordure. 

Cette  plaque  appartient  évidemment  au  célè- 
bre sanctuaire  de  la  Vierge,  qui  voit  depuis  six 
siècles,  affluer  dans  la  petite  cité  brabançonne 
des  foules  innombrables  de  pèlerins  autour  de 
l'image  miraculeuse  léguée  à  sa  fille,  la  duchesse 
Sophie,  par  sainte  Elisabeth  de  Hongrie. 

Sur  la  seconde  enseigne  on  voit  la  figure  d'une 
sainte  en  costume  d'abbesse,  tenant  de  la  droite 
un  livre,  de  la  gauche  une  crosse  ;  de  chaque  côté 
de  la  sainte,  un  animal,  dont  le  type  est  difficile 


Bouuellcs   et   s^clangcs 


221 


à  déterminer,  semble  vouloir  s'élancer  sur  elle  ; 
autour  de  la  tête  les  mots  :  Vuct^n'C.  La  petite  ville 
de  Wetteren,  entre  Gand  et  Terraonde,  honore 
d'un  culte  spécial  sainte  Gertrude  de  Nivelles,  à 
laquelle  l'iconographie  chrétienne  donne  pour 
attribut  caractéristique  des  rats,  par  le  motif  qu'on 
invoque  spécialement  sa  protection  contre  leurs 
ravages.  Il  est  probable  que  le  graveur  de  notre 
médaillon,  tout  en  exagérant  la  dimension  de  ces 
rongeurs,  a  voulu  rappeler  le  symbole  traditionnel 
de  la  sainte  fille  de  Pépin  de  Landen. 

La  troisième  plaque  est  d'une  attribution  moins 
aisée.  Elle  offre  l'image  d'un  diacre  portant  dans  la 
main  droite  une  grande  palme  et  dans  la  gauche 
un  livre  ;  près  de  lui  une  figure  d'homme  dans 
une  attitude  ironique;  entre  les  dcu.x;  personnages 
se  trouve  un  objet  dont  l'aspect  est  assez  confus, 
mais  qui  pourrait  bien  être  un  gril  carré.  Ce  mé- 
daillon serait  donc  le  souvenir  d'un  pèlerinage  à 
l'honneur  de  saint  Laurent.  Le  saint  diacre  était 
jadis  fort  vénéré  en  Flandre  et  dans  le  Brabant, 
oij  un  grand  nombre  d'églises  sont  dédiées  sous 
son  vocable.  La  ville  de  Lokeren,  au  pays  deWaes, 
notamment,  située  à  peu  de  distance  de  Wetteren, 
est  placée  sous  son  patronage  et  porte  dans  son 
blason  le  gril  caractéristique.  L'absence  d'épigra- 
phe sur  cette  plaque  empêche  de  déterminer 
avec  certitude    à  quelle  localité  elle  appartient. 

Le  quatrième  médaillon  placé  sur  notre  reli- 
quaire, représente  le  Sauveur  crucifié  ;  la  tête 
est  entourée  du  nimbe  et  il  est  vêtu  d'une  tunique 
qui  descend  jusque  sur  les  genoux.  La  croix  est 
inscrite  dans  un  encadrement  légèrement  orné  de 
rinceaux,  qui  accuse  très  nettement  la  forme  d'un 
cœur  et  dont  les  lobes  supérieurs  sont  décorés  de 
deux  petites  étoiles.  Sur  les  côtés  extérieurs 
la  légende  :  *toatl  *  —  *  luittcl  *  en  minuscules 
gothiques  ;  en  haut  cinq  étoiles.  Le  médaillon  est 
bordé  par  un  perlé.  La  reproduction  très  fidèle 
qui  se  trouve  en  regard  de  ces  lignes,  permettra 
d'apprécier  exactement  et  dans  ses  détails,  l'objet 
spécial  de  cette  notice. 

En  étudiant  ce  petit  médaillon  on  remarquera 
que  le  Christ  y  est  représenté  vêtu  de  la  longue 
tunique  à  manches,  qui  apparaît  dans  un  grand 
nombre  de  monuments  iconographiques  anté- 
rieurs au  XII>=  siècle,  tandis  que,  à  partir  de  cette 
époque,  le  divin  Crucifié  n'est  généralement  cou- 
vert que  d'un  peihoniiini,  dont  les  dimensions 


diminuent  à  mesure  que  l'on  se  rapproche  de 
l'ère  moderne.  Le  type  du  Sauveur  attaché  sur 
l'arbre  de  la  rédemption.vétu  d'une  ample  tunique, 
ne  s'était  guère  conservé,  pendant  la  dernière  pé- 
riode du  moyen  âge,  que  dans  certaines  représen- 
tations traditionnelles,  dont  la  plus  connue  est  le 
célèbre  Sacro  Volto,  de  Lucques.  Cette  image, 
dont  la  tradition  fait  remonter  l'origine  jusqu'aux 
contemporains  de  Jésu.s-Christ,  était  l'objet 
d'un  culte  très  populaire  dans  nos  provinces  : 
elle  était  représentée  notamment  sur  une  fresque 
du  XV"=  siècle,  qui  décorait  l'ancienne  chapelle 
des  ménétriers  à  Bruges. 

Notre  médaillon  offre  ensuite  un  autre  pro- 
blème ;  quelle  interprétation  faut-il  donner  au 
texte  que  porte  lisiblement  la  légende  .'  La  con- 
sonnance  des  mots  lotDi  (^i?//^/ appartient  certai- 
nement à  l'ancien  idiome  flamand,  mais  le  premier 
est  inintelligible,  à  moins  que  l'on  n'y  reconnaisse, 
par  suite  d'une  erreur  de  gravure,  la  préposition 
î'(ï«  (de)  qui,  jointe  au  mot  suivant,  indiquerait 
l'origine  de  l'objet,  l'endroit  où  se  trouvait  l'image 
vénérée  du  Crucifix. 

Le  nom  de  Battel  est  celui  d'un  hameau  voisin 
de  la  ville  de  Malines  (par  conséquent  pas  trop 
éloigné  de  Hal  et  de  Wetteren)  ;  il  s'y  trouvait 
autrefois  un  calvaire,  formant  la  dernière  station 
du  chemin  de  croi.x  qui  traversait  la  cité  et  dont 
le  point  de  départ  était  établi  au  Calvaire  du 
Grand  Pont.  La  distance  de  ce  Calvaire  à  celui 
de  Battel  mesurait  14903  pas.  La  gilde  des  archers 
qui  vénérait  spécialement  la  Sainte  Croix  con- 
damnait souvent  ses  membres  à  la  peine  d'un 
pèlerinage  à  Battel.  Le  registre  aux  résolu- 
tions de  cette  corporation  porte  à  l'année  1439  ■ 
Jan  Speellioven  gildenbroer  van  den  kniisboghe 
iverd  gecondeinneert  by  hooftinaiis  ende  gesxuorne  le 
doeii  ecne  pelgriinagic  teii  heyligen  Cnice  te  Battele. 
En  1580,  la  chapelle  de  Battel  fut  détruite  de 
même  que  tous  les  emblèmes  de  la  Passion  du 
Sauveur  qui  se  trouvaient  le  long  du  chemin  pour 
indiquer  les  diverses  stations.  L'érudit  historien 
des  Ki  Rues  de  Malines^ ,  M.  l'abbé  van  Caster,  qui 
a  bien  voulu  nous  donner  ce  renseignement,  ne 
possède  malheureusement  pas  d'autres  indications 
relatives  à  ce  pèlerinage. 

L'image  du  divin  Crucifié  est  placée  au  centre 
d'un  encadrement  dont  la  forme  insolite  n'a 
d'analogie  qu'avec  celle  du  cœur.  Peut-être  l'ar- 


222 


Kcuiic   De    rart    chrétien. 


tiste  a-t-il  voulu  symboliser  en  quelque  façon,  les 
sentiments  d'amour  et  de  tendre  piété  que  doit 
inspirer  le  souvenir  de  la  douloureuse  Passion  de 
l'Homme-Dieu.  Il  est  cependant  plus  naturel  d'y 
voir  plutôt  une  représentation  du  Cœur  du  divin 
Maître,  qui  a  aimé  le  monde  jusqu'à  l'immolation 
du  Calvaire.  Cette  explication  paraîtra  moins 
hasardée  si  l'on  veut  bien  nous  permettre  d'appor- 
ter ici  quelques  renseignements  relatifs  à  d'autres 
monuments  du  culte  du  Sacré-Cœur,qui  semblent 
contemporains  de  notre  petite  médaille. 

La  dévotion  si  répandue  au  Sacré-Cœur  de 
Jésus  n'est  certes  pas  une  nouveauté  dans  le 
dogme  catholique  et  l'on  a  pu,  en  suivant  la  trace 
lumineuse  des  écrits  des  Pères,  des  vies  des  Saints 
et  des  annales  de  l'Église,  en  marquer  l'origine  au 
moment  même  où  le  divin  Rédempteurconsomma 
son  sanglant  holocauste  sur  le  Golgotha.  Cepen- 
dant jusqu'au  jour  des  révélations  confiées  à 
la  bienheureuse  Marguerite-Marie  Alacoque,  le 
culte  du  Sacré-Cœur  était  demeuré  le  privilège 
de  quelques  âmes  d'élite  et  n'avait  reçu  ni  la  sanc- 
tion de  la  liturgie  ni  les  hommages  de  la  dévotion 
populaire.  Les  représentations  symboliques  du 
Sacré-Cœur  sont  inconnues  dans  le  domaine  des 
antiquités  chrétiennes,  en  dehors  des  images  qui 
nous  montrent  le  divin  Crucifie  frappé  au  côté 
par  la  lance  du  centurion  ;  il  faut  descendre  jus- 
qu'à la  dernière  période  du  moyen  âge,  lorsque 
une  dévotion  spéciale  aux  cinq  plaies  du  Sauveur 
se  répandit  dans  la  chrétienté,  pour  trouver  des 
tableaux  où  le  Cœur  de  l'Homme-Dieu  paraisse 
comme  sujet  spécial,  directement  offert  par  les 
artistes  à  la  piété  des  fidèles. 

Parmi  les  monuments  les  plus  curieux  du  culte 
rendu  au  Sacré-Cœur  en  même  temps  qu'aux 
autres  membres  blessés  du  corps  du  Sauveur, 
nous  signalerons  deux  estampes  conservées  dans 
la  collection  du  Musée  germanique  à  Nuremberg. 
Elles  remontent  aux  âges  héroïques  de  la  xylo- 
graphie, comme  en  témoignent  abondamment  les 
formes  archaïques  et  imparfaites  de  la  gravure  ; 
des  reproductions /ac-sù/n/e  en  ont  été  données 
dans  le  recueil  intitulé  :  Die  hohschnitte  des  //- 
und  ij  Jahtiiunderts  in  Germanischen  Musemn 
(Nuremberg,  Soldan,  1874,  in-40). 

La  première  de  ces  images  (pi.  XVI  du  recueil 
cité)  remonte  à  la  période  de  1420  à  1440  ;  elle 
présente  un  médaillon  circulaire  dont  l'encadre- 


ment est  formé  par  un  texte  illisible  ;  au  centre  un 
cœur  blessé,  dont  l'artère  supérieure  est  remplacée 
par  un  annelet  d'attache  :  L'image  de  l'enfant 
Jésus  entièrement  nu  et  assis  sur  un  coussin,  est 
placée  dans  le  cœur  ;  il  porte  le  nimbe  crucifère 
autour  de  la  tète,  un  fouet  plombé  et  une  verge 
entie  les  bras.  Le  médaillon,  qui  repose  sur  une 
croix  ornée  de  la  couronne  d'épines  et  des  clous, 
est  accompagné  aux  angles  de  quatre  disques 
moindres, où  les  mains  et  les  pieds  du  Sauveur  sont 
entourés  de  nimbes  crucifères;  dans  les  écoinçons 
la  lance  et  l'éponge  fixée  au  bout  d'un  roseau. 

Quoique  d'une  époque  un  peu  moins  ancienne, 
l'autre  vignette  du  Musée  germanique  n'est  pas 
moins  intéressante  pour  l'histoire  du  culte  du 
Sacré-Cœur.  Au  centre  de  l'image,  le  Cœur  divin 
encadré  de  la  couronne  d'épines  :  il  est  transpercé 
sur  toute  sa  largeur  d'une  grande  blessure  béante 
d'où  s'épanchent  des  gouttes  de  sang  :  dans  les 
angles  les  images  des  autres  plaies  du  Sauveur 
encadrées  de  nuages  stylisés,  entre  lesquels  se 
détachent  en  haut  et  en  bas,  des  réserves  carrées 
portant  les  sigles  :  1»  l).  0.  et  :  X-  p.  0.  Au  bas  de 
la  planche  est  placée  l'inscription  suivante  : 

^ifiT  inUuMiïiiijcr  ;^:irlîci  in  bcm  ï>crt:;f  lie» 
Ijaiijct  bie  Iniiijaftiijcn  atciigt  uiib  îTn-aitc  dire 
JDunbcn  ber  .^citcu  jryi  Uicidjc  ein  itilidj 
jncuuij  mit  luarcf  iiclii  uiib  pciiljt  ,^  mit 
anbacljt  aufidjt  Ucrdicnt  \ii  ^av  PL-fijcluifl 
aller  .fMiniï  tiurLl)  licrinjljug  dcé  Ijeiiiitcn  Ta- 
tLTô  imnd  l)cni  îlndicnci/  des  acljtcii  Patift  ai^ 
oft't  daû  liciïljiiljt  511. 

que  l'on  peut  traduire: 

«  Ce  cercle  à  l' intérieur  du  Cœur  pn'sente  la 
«  longueur  et  la  largeur  exactes  de  la  plaie  du  côté 
«  du  Christ  ;  quiconque  la  considère  attentivement 
«  avec  une  véritable  contrition  et  s' étant  confessé, 
«  mérite  sept  ans  d' indulgences  pour  tous  ses  pé- 
<i  chés,  par  concession  de  notre  saint  père  Innocent 
1  ]^ III et  selon  ce  qu'il  a  décidé.  » 

Le  catalogue  du  .Musée  fixe  la  confection  de 
cette  gravure  entre  les  années  1.1.84  à  1492,  et 
nous  apprend  que  le  bois  original  existe  encore 
entre  les  mains  de  l'imprimeur  Hessel  à  Altdorf. 

Il  ne  nous  a  pas  été  donné,  malgi-é  nos  recher- 
ches, de  retrouver  quelque  preuve  certaine  du 
privilège  concédé  par  le  pape  Innocent  VIII  aux 
pieux  serviteurs  de  la  «  plaie  du  côté  »  du  Sau- 
veur. Lors  même  que  l'indulgence  mentionnée 


Jl^ouucllcs    et   mélanges. 


223 


par  la  vieille  estampe  d'Altdorf  ne  s'autoriserait 
que  d'une  légende  populaire  sans  titre  régulier, 
il  convenait,  croyons-nous,  de  la  signaler,  avec 
la  petite  médaille  de  Battel,  comme  l'un  des  pre- 
miers monuments  de  la  grande  dévotion  des 
temps  modernes.  B.  de  V. 


LE  zélé  secrétaire  de  la  Revue,  M.  L.  Cloquet^ 
veut  bien  nous  signalcr,outre  ces  documents 
xylographiques,  les  textes  qu'on  va  lire,  dans  les- 
quels il  est  fait  mention  d'objets  ayant  quelque 
rapport  avec  le  culte  du  Sacré-Cœur: 

Item,  iing  aieur  d'or  csmaillé  de  rouge  cler  :  ou 
dedens  est  ung  crucifiement  de  Notre-Dame.  — 
Item,  ung  autre  reliquiaire,  où  il  a  ung  roy  et  une 
royne  qui  soustiennent  u)i  ballay  en  façon  d'un 
cueur,  011  il  a  dessus  une  croisette,  en  laquelle  il  a 
du  fust  de  la  vrayc  Croix,  et  au  dcssoulx  une  grosse 
perle  et  deux  esuieraudes  pesant  deux  onces  ('). 


lies  anciens  Uitraur  De  ï^Iêtcc.  '^— 

[N  sait   que  l'art  de   peindre   le  verre  et 
de  spiritualiser    en    quelque    sorte    la 
lumière  et  le  jour,  remonte  à  des  temps 
fort  reculés. 
«  Ac  sub  versicoloribus  figuris 

Vernans  hcrbida  crusta  sappitiratos 
Flectit per prasinum  vitnim  lapillos  (-),  )) 
dit  Sidoine  Apollinaire  dans  une  lettre  adressée 
à  Hesperius,  où  il  rend  compte  de  la  cérémonie 
à  laquelle  il  venait  d'assister,  en  450,  pour  la 
consécration  de  l'église  bâtie  à  Lyon  par  saint 
Patient.Cette  église  dédiée  aux  Machabées  fut  or- 
née de  vitraux  coloriés,  «  où,  sous  des  figures 
peintes,  un  enduit  d'un  vert  printanier  fait  éclater 
des  saphirs  sur  des  vitraux  verdoyants  ».  D'après 
le  poète  Prudence,  la  basilique  de  St-Paul-hors- 
les-murs  montrait  dans  ses  fenêtres  cintrées,  des 
vitraux  ornés  de  fleurs  aux  brillantes  couleurs. 
La  basilique  de  Ste-Agnès  bâtie  par  la  fille  de 
Constantin,  la  basilique  de  Byzance  dédiée  à  la 

I.  E,\t.  de  l'invent.  de  Charles  V,  1379,  n"  25CX3-2930). 
V.  Rl'giie  lie  JÉsus-CHRisr,  avril  1884,  p.  92. 

2.  Œuvres  d'Appollinaris  Sidonius,  traduites  par  J.  I".  Grégoire 
et  F.  Z.  Collombet.  Tome  I,  livre  II,  p.  174.  Collection  Migne,  vol. 
58,  col.  487. 


Sagesse  éternelle,avaient  reçu  le  même  ornement. 
Fortunat  décrit  les  verrières  peintes  qui  de  son 
temps  ornaient  déjà  les  églises  des  Gaules.  No- 
tre-Dame de  Paris,  St-Martin  de  Tours,  St-Denis 
étaient  célèbres  par  la  beauté  de  leurs  tableaux 
diaphanes.  Cet  art  délicat  et  gracieux  se  répan- 
dit dans  tout  le  Nord,  et  notre  Flandre,  si  riche 
en  monuments,  si  riche  en  belles  églises,  qui  ger- 
maient de  son  sein  comme  des  fleurs  superbes, 
avait  cultivé  de  bonne  heure  la  peinture  sur 
verre  ;  elle  possédait  d'admirables  vitraux  dont 
il  ne  reste  plus  qu'un  faible  souvenir.  La  fureur 
des  iconoclastes,  plus  barbares  que  les  barbares, 
a  détruit  les  magnifiques  verrières  de  St-Rom- 
baut  de  Malines,  de  Notre-Dame  d'Anvers,  de 
St-Sauveur  de  Bruges  et  de  tant  d'autres  qu'on 
ne  saurait  énumérer. 

Le  mauvais  goût  qui  régnait  aux  XYII"  et 
XVII F'  siècles  condamna  à  une  destruction  à 
jamais  regrettable  d'admirables  travaux  des  âges 
antérieurs  et  grand  nombre  de  verrières  échap- 
pées par  hasard  au.x  coups  des  hérétiques  périrent 
sous  les  sentences  des  marguilliers.  Il  ne  reste 
donc  en  Belgique  et  dans  le  nord  de  la  France, 
ces  contrées  ravagées  par  les  guerres,  les  luttes 
religieuses  et  le  vandalisme  révolutionnaire,  que 
peu  d'échantillons  de  cet  art  précieux.  Ste-Gu- 
dule  à  Bruxelles,  St-Jacques  à  Anvers,  la  cathé- 
drale de  Tournai  et  l'église  de  Notre-Dame  à 
St-Omer  en  offrent  de  remarquables  spécimens  ; 
l'on  ignore  généralement  que  dans  un  obscur 
village  de  la  Flandre  se  trouvent  d'antiques  vi- 
traux dignes  des  plus  beaux  temps  et  des  plus 
grands  noms  qui  aient  illustré  l'art  des  peintres 
verriers.  Le  village  de  Flêtre,  diocèse  de  Cam- 
brai, archiprêtré  d'Hazebrouck,  patrie  de  l'his- 
torien Jacques  Meyer  (1491-1  552),  appartenait 
à  l'illustre  famille  de  Wignacourt,  qui  lui  donna 
ses  armes  :  d'argent  à  trois  fleurs  de  lis  de  sable 
au  pied  nourri  de  gueules.  Là  se  trouve  une 
église  à  trois  nefs  dans  le  style  du  XV<=  siècle. 
La  magnificence  de  ses  anciens  seigneurs  l'avait 
dotée  de  plus  d'un  monument  remarquable  ;  un 
bas-relief  ou  ex-voto  d'albâtre,  en  style  florentin, 
représentant  la  scène  du  crucifiement,  œuvre 
d'un  grand  mérite  ;  un  banc  de  communion  en 
chêne  sculpté,  véritable  chef  d'œuvre  ;  de  belles 
pierres  tombales,  aujourd'hui  mutilées,  d'Antoine 


Van  HoLittc  et  de  Jehan  de  Wignacourt,  et  un 
ancien  tabernacle  en  forme  de  tour  qui  actuelle- 
ment sert  de  fonts  baptismaux'.  Ce  genre  de 
tabernacles,  que  les  Allemands  appellent  Sacra- 
incntshaiisclien  (ou  tourelles  eucharistiques),  était 
commun  autrefois,  11  en  existe  çà  et  là  quelques 
spécimens,  notamment,  dans  la  cathédrale  de 
Grenoble,  dans  l'église  de  St-Jcan  de  Maurienne, 
dans  celle  de  St-Pierre  de  Louvain,  dans  l'église 
de  St-Martin  à  Courtrai,  dans  l'église  paroissiale 
de  Dixmudc  (Flandre  occidentale)  qui,  comme 
celui  de  Flêtre,datent  de  la  fin  du  XVI'' siècle. De 
plus  les  seigneurs  de  Wignacourt  avaient  enrichi 
cette  église  de  vitraux  de  la  plus  rare  beauté. 
In  ecclesia  parochia/i  cernerc  est  fcnestras  vitrcas 
élégantes  adnioduni  a  viris  nobilibiis  doniXtas,à\'i 
Sanderus,  Flandria  illustrât  a,  tome  III,  fol.  92. 
Quoique  maltraités  par  les  ans  et  par  les  hommes, 
ils  ont  conservé  assez  de  couleur  et  d'e.xpression 
pour  qu'on  puisse  les  attribuer  à  un  maître,  mais 
le  nom  est  resté  inconnu.  Comme  les  architectes, 
les  sculpteurs  et  les  maçons  qui  élevaient  la 
maison  de  Dieu,  les  peintres  verriers  se  croyaient 
largement  payés  de  leurs  peines, quand  ils  avaient 
laissé  à  la  postérité  quelques  chefs-d'œuvre 
anonymes.  Ils  avaient  consacré  leur  temps  et  leur 
talent  à  embellir  un  pieux  édifice,  c'en  était  assez. 
Des  hommes  compétents  considèrent  les  vi- 
trau.x  de  Flêtre  comme  beaucoup  supérieurs  à 
ceu.x  de  la  cathédrale  de  St-Omer.  Ces  verrières 
au  nombre  de  quatre  datent  de  la  Renaissance, 
comme  le  dit  en  très  bons  termes  un  connai  seur, 
M.Latteux;  elles  offrent  les  trois  conditions  essen- 
tielles de  la  peinture  sur  verre  :  un  agencement 
bien  compris  de  composition,  un  beau  caractère 
dans  les  lignes  ;  une  coloration  harmonieuse  et 
douce  ;  et  enfin  une  exécution  facile  et  large. 

Les  quatre  verrières  représentent  V Iininaculce 
Conception,  Jcsits  an  milieu  des  docteurs,  le  Cru- 
cifientent  et  la  Résurrection.  La  croisée  de  l'/w- 
inaculce  Conception,  placée  au-dessus  de  l'autel 
latéral  de  gauche,  est  une  oeuvre  admirable.  La 
figure  de  la  Vierge  est  ravissante  d'expression, 
une  angélique  e.Ktase  se  peint  sur  ses  traits,  ses 
vêtements  coloriés  aux  plus  douces  teintes  de 
rose  et  d'azur  se  détachent  sur  un  fond  d'or 
rayonnant.  Dans  le  haut  du  vitrail,  le  Père  cé- 
leste plane  et  semble  bénir  sa  fille  bien-aimée  ; 


trois  beaux  anges  remplissent  les  vides  au-dessus 
de  l'image  de  Marie,  A  ses  côtés  on  voit  le  soleil, 
electa  ut  sol,  la  \\x\\ç., pulchra  ut  luna  ;  une  bande- 
role qui  serpente  au-dessus  de  la  tête  de  la  Vier- 
ge porte  le  texte  :  tota  pulclira  es  aniica  mea  et 
macula  non  est  in  te.  Des  médaillons  d'une  déli- 
catesse exquise  retracent  les  emblèmes  de  la 
Sainte  Écriture  appliqués  à  la  Mère  du  Sauveur  : 
Porta  celi.  —  Spéculum  sine  macula.  —  Exaltata 
quasi  cedrus.  —  Puteus  aqnarum  viventium.  — 
Radix  Jesse  floruit.  —  Sicnt  liliuminter  spinas.  — 
Hortus  conclusus.  —  Oliva  speciosa.  —  Civitas  Dei. 
Chacun  de  ces  petits  tableaux  mérite  l'attention. 

Les  armoiries  du  seigneur  de  Flêtre  et  de  sa 
femme  sont  au  bas  du  vitrail.  Cette  verrière  a 
été  exécutée  ou  plutôt  restaurée  à  l'époque  de 
Michel  de  Wignacourt  et  de  sa  femme  Gene- 
viève Adornes,  c'est-à-dire  vers  1650.  La  figure 
de  St  Michel,  son  patron,  a  disparu,  mais  l'e.x- 
trémité  du  fer  de  la  lance  est  restée  ;  par  contre, 
celle  de  Ste  Geneviève  est  parfaitement  conservée. 

Le  vitrail  représentant  JÉ.SUS  au  milieu  des 
docteurs,  se  trouve  au-dessus  de  l'autel  latéral 
de  droite,  dédié  à  saint  Nicolas.  Au  (.lire  des 
connaisseurs  c'est  l'œuvre  la  plus  remarquable 
des  quatre.  Au  sommet,  le  Père  éternel  bénit  son 
Verbe  bien-aimé,  et  des  anges  gracieu.x  jouent 
de  plusieurs  instruments  de  musique.  D'autres 
anges  placés  dans  les  intervalles  du  temple  écou- 
tent les  paroles  du  divin  Enfant.  C'est  là,  il  faut 
le  reconnaître,  une  idée  bien  ingénieuse.  Marie 
et  Joseph  sont  à  l'entrée  du  temple  et  contem- 
plent leur  Jésus.  Les  docteurs  l'écoutent,  les 
uns  avec  admiration,  les  autres  avec  stupeur.  Les 
tètes  du  pontife  et  des  docteurs  sont  belles  et 
vigoureuses,  l'architecture  est  légère,  aérienne, 
la  coloration  vive  mêlée  d'or  est  très  réussie. 

Le  troisième  vitrail,  placé  à  la  troisième  fenê- 
tre de  la  nef  de  gauche,  contient  deu.x  sujets 
superposés.  Au  sommet,  on  voit  Notre  Seigneur 
crucifié,  quatre  anges  reçoivent  dans  des  coupes 
le  sang  qui  découle  des  plaies.  La  Ste  Vierge 
et  St  Jean  contemplent  la  Sainte  Victime,  des 
soldats  jouent  aux  dés  les  vêtements  de  JKSUS, 
dans  le  fond  une  vue  de  Jérusalem.  Dans  la  par- 
tie inférieure  on  voit  JÉSUS  assis  au  bord  du 
puits  de  la  Samaritaine.  Ces  deu.x  tètes  sont 
très  expressives,  supérieures  peut-être    à  celles 


jl3out)cllcs    et   a^clangcs 


22: 


qui  représentent  la  scène  du  Calvaire.  Les  anges 
auprès  de  la  croix  ne  sont  pas  vêtus,  ce  qui  sem- 
ble caractériser  l'époque  de  la  Renaissance. 

Vis-à-vis  de  ce  vitrail,  dans  la  nef  de  droite,  se 
trouve  la  verrière  qui  représente  la  Résurrection, 
œuvre  remarquable.  Le  peintre  a  donné  aux  sol- 
dats, gardiens  du  sépulcre,  des  attitudes  variées 
de  surprise  et  de  stupeur,  et  le  Sauveur  s'élève 
majestueusement  au  milieu  d'cu.x.  Dans  la  se- 
conde partie  du  vitrail  se  trouve  retracée  une 
autre  scène  rappelant  un  fait  local  assez  curieu.x, 
dont  la  tradition  a  gardé  la  mémoire.  Un  fermier 
du  nom  de  Van  Naerden  frappa  au  visage  le  bailli 
du  comte.  L'action  violente  se  trouve  représen- 
tée, à  côté  celle  du  jugement,  et  plus  loin  celle  du 
pardon  (').  Les  têtes  et  les  costumes  de  cette 
scène  sont  pleins  de  vérité  et  peints  avec  une 
expression  ravissante.  La  date  1540  détermine 
l'époque  de  ce  travail. 

Nous  pouvons  assurer  qu'outre  les  deux  belles 
verrières  qui  se  trouvent  au-dessus  des  autels 
latéraux,  il  en  existait  si.x  autres  dans  les  nefs 
latérales,  dont  il  ne  reste  intacts  que  quatre  tym- 
pans. De  plus,  il  y  en  avait  aussi  dans  le  chœur 
à  côté  du  maître-autel.  Le  temps  et  la  négligence 
ont  causé  des  dommages  irréparables. 

Le  curé  actuel  de  Flêtre,  M.  l'abbé  Van  Cos- 
tenoble,  ami  distingué  des  arts,  restaure  l'église 
et  les  vitrau.x',  avec  un  zèle  et  une  intelligence 
qu'on  ne  saurait  assez  louer,  on  lui  devra  la  con- 
servation de  ces  remarquables  peintures,  de  ces 
objets  antiques  et  précieux  que  l'église  de  Flêtre 
renferme.  Les  deux  premières  verrières,  qui  sont 
actuellement  artistement  rétablies,  nous  sont  une 
preuve  que  le  cachet  artistique  de  l'époque  a  été 
aussi  bien  compris  que  rendu.  Ce  zèle  sacerdotal 
doit  inspirer  une  bien  vive  reconnaissance  à  tous 
ceu.K  qui  aiment  les  arts  et  les  doux  souvenirs  du 
beau  pays  de  Flandre. 

Ignace  de  Cou-sseiMaker. 

I.  Pour  perpétuer  le  souvenir  de  son  forfait  et  inspirer 
une  leçon  salutaire.  Van  Naerden  avait  été  condamné  à 
faire  faire  k  ses  frais  ce  vitrail,  ou  du  moins,  une  partie 
notable.  Ceci  ne  doit  pas  nous  étonner,  on  en  rencontre  de 
nombreux  exemples  dans  l'ouvrage  de  M.  Cannaert,  an- 
cien conseiller  à  la  cour  supérieure  de  Bruxelles,  intitulé: 
Recherches  sur  l'ancien  drcil  pénal  en  Flandre  ci particti- 
lièremejk  à  Garni,  pendant  les  XIV,  XV'  et  XVI'  siècles, 
et  aussi  dans  un  article  intitulé  :  Ancien  droit  pé)ial,  péna- 
Hté-i  singulières,  Messager  des  sciences  et  des  arts,  Gand, 
1S34.  pa-c  5. 


?^22ji^2^j^H^MMMMMp55 


www.  '^i  WWWWWWWW. 

Jiz  monograminc  3  V}  S  sur  les 
Rostics  (')•    •■-:-^^-— — --— ^--=^--— ^---^ 

ES  choses  les  plus  simples,  les  plus 
claires,  en  principe,  finissent,  peu  à  peu, 
par  devenir  les  plus  compliquées  et 
les  plus  obscures.  Tel  il  en  est  précisé- 
ment du  célèbre  monogramme  qui  nous  occupe. 
Rien  de  plus  élémentaire,  de  plus  évident  que 
son  origine  et  sa  signification  primitive;  et,  ce- 
pendant, malgré  l'usage  très  fréquent  que  nous 
faisons  aujourd'hui  de  ce  beau  monogramme  sur 
les  hosties,  son  interprétation  véritable  est  des 
moins  connues,  même  des,  prêtres  qui  l'ont  con- 
tinuellement sous  les  yeux.  Nous  allons  donc 
tâcher  d'en  parler  le  plus  brièvement  et  le  plus 
complètement  qu'il  nous  sera  possible. 


S 


I. 

I   vous  demandez  la  signi- 
fication de  ces  trois  lettres 


^^ 


à  ceu.x  qui  ne  s'occupent  point  î^ 
d'une  manière  spéciale  d'ar--3^ 
chéologie  chrétienne,  ils  ne  ^^ 
savent  le  moins  du  monde  à 
quoi  s'en  tenir.  C'est  tout  au 
plus  s'ils  vous  diront  que  ce  sont  là  trois  initiales 
d'une  phrase  qui  veut  dire  :  soit  Jésus  Homo 
Sahator,  soit  lu  Hoc  Sahts,  soit  enfin  Jésus 
Hostia  Salutaris.  Il  en  est  aussi  qui  se  piquent 
d'archéologie  religieuse  et  qui  ne  craignent  pas 
d'affirmer,  bien  plus  de  prononcer  ex  catltedm, 
que  ces  trois  lettres  signifient  : /«//j //<'////«///« 
Sahator.  Malheureusement  parmi  ces  derniers 
il  s'en  trouve  même  de  fort  savants,  et  il  est 
inconcevable  qu'ils  soient  tombés  et  demeurent 
dans  une  erreur  si  grossière. 

M.   l'abbé   Raphaël   Patroni,  par  exemple,   si 


I.  Extrait  de  mon  ouvrage  manuscrit  intitulé:  IJ Hostie 
et  son  symbolisme. 


220 


Eetiue   De   l'att   cbrétien. 


érudit  et  si  judicieux  d'ailleurs,  s'exprime  ainsi  : 
«  Les  Latins  impriment  sous  la  croix  et  au  centre 
de  l'hostie  ces  trois  lettres  I  H  S,  qui  'peu- 
vent être  interprétées  :  Jésus  Hoininuin  Sal- 
l'ator  (')■  »  Sur  un  socle  de  tabernacle  conservé 
au  musée  Borély  ou  Borelli,  à  IVIarseille,  et  re- 
produit en  phototypie  dans  la  IV"^  livraison  de 
la  superbe  revue  eucharistique  de  Paray-le-Mo- 
nial,  intitulée  :  Le  règne  de  jÉSUS-ClIRLST,  page 
283  de  l'année  1884  on  lit  ces  deux  vers  italiens 
qui  paraissent  être  du  XV"  siècle,  plutôt  que  du 
XVI«,  ainsi  qu'il  est  noté  sur  la  planche  : 
SE-PER-DILETO-CERCHANDO-TV 
VAI-CERCHA-IHS-CHE-CONTENTO- 

[SARAL 

Or  l'auteur  de  la  description  explicative,  qui 
se  signe  E.  de  L.  interprète  le  I  H  S  du  second 
de  ces  deux  vers,  de  la  manière  suivante: 

Se  per  dileto  cerchando  tu  vai;  cercha 
(Jesuin  Hominum  Salvatorem)z\\<t  contentosarai. 

Je  m'abstiens  d'autres  citations,  car  elles  se- 
raient superflues. 

II. 

POUR  bien 
saisir  le  sens 
authentique  de  ce 
monogramme,  il 
^^  faut  en  connaître 
'^^\p  l'origine.  Ces  trois 
lettres,  en  effet, 
n'étaient  au  com- 
mencement que 
des  caractères 
grecs,  de  sorte 
que  I  H  C  était  tout  simplement  le  mono- 
gramme de  JÉSUS,  dit  en  grec  l'/io-oj;,  ou  bien 
encore  en  lettres  majuscules  l'HiO'VS.  En  consé- 
quence le  monogramme  I  H  S  n'est  que  la 
contraction  de  tout  le  nom  l'yiaiO;,  en  ne  prenant 
que  les  deux  premières  lettres  et  la  dernière, 
bien  que  le  monogramme  grec  soit  le  plus 
souvent  exprimé  par  ces  deux  majuscules  seule- 
ment I  C.  Et  que  ce  soit  là  une  véritable  contrac- 
tion, on  le  voit,  à  ne  pas  en  douter,  par  le  sigle 
qui  s'y  trouve  très  souvent  au-dessus. 

On  pourrait  objecter  que  la  troisième  lettre  de 

I.  Esposizione  délia  Messa,  Tratt.  I,  Lez.  ix. 


ce  monogramme  n'est  point  le  sigma  grec,  mais 
bien  Vesse  ou  se  latin,  et  qu'en  conséquence  I  H  S 
latin  n'est  pas  le  monogramme  de  J  ESUS.  Or  cette 
objection  ne  fait  que  confirmer  notre  opinion, 
car,  pour  indiquer  le  nom  de  JESUS  en  latin,  il 
fallait  bien  changer  le  C  ou  ^  en  S.  On  dira  en- 
core que  dans  ce  cas  l'H  n'était  pas  nécessaire, 
mais  nous  ferons  remarquer  que  nos  pères  pro- 
nonçaient le  nom  JESUS  en  aspirant  l'e,  comme 
s'il  y  avait  Jhesus,  ce  que  l'on  voit  aussi  dans  le 
nom  Joannes  que  l'on  prononçait  et  écrivait 
Jolianncs,  en  tâchant  de  latiniser  au  possible  les 
mots  grecs  et  hébreux.  Cette  manière  d'écrire  et 
de  prononcer  le  saint  nom  du  Sauveur  a  été 
usitée  même  dans  le  vieux  français.  En  effet  une 
paraphrase  de  Y A%'e  Maria  du  XV^  siècle,  qui 
est  à  l'abbaye  de  Saint-Sauveur  de  Bologne,  a 
cette  strophe  : 

Fructus  veiitris  ini.  Sans  père 
Ihesu  fils  de  toy,  Virge  mère. 
Me  doint  user  du  fruit  de  vie 
En  Paradis  sans  depestie.  Amen. 

III. 

M  ON  interprétation  est  con- 
firmée par  la  grande 
autorité  de  mon  célèbre  ami, 
Mgr  Barbier  de  Montault.  Ce 
savant  archéologue  chrétien, 
dans  sa  description  du  fer  à 
hosties  dit  trésor  de  l'abbaye  de  Sainte-Croix  de 
Poitiers,  dit:  «  La  première  (hostie),  à  gauche, 
donne  le  nom  de  JÉSUS,  surmonté  d'un  sigle 
d'abréviation. Le  monogramme  est  abrégé,suivant 
la  forme  grecque  latinisée,  autrement  dit,  il  ne 
conserve  que  les  deu.x  initiales  et  la  finale  du 
nom.  Le  S  terminal  indique  bien,  en  effet,  un 
mot  latin  qui  se  lit  ainsi:  IHesuS.  Le  sigle, qui 
annonce  toujours  une  contraction,  prend  l'aspect 
d'un  dais  architectonique,  honneur  rendu  à  ce 
nom  glorieux  et  béni    (').   »    Ce   fer   à   hosties 

I.  Le  trésor  de  Pabbayc  de  Sainte-Croi.v  de  Poitiers,  XI, 
page  394.  Voir  aussi  le  mcme  auteur  :  Description  icono- 
graphique de  quelques  fers  A  hosties  de  r  Anjou.  —  Le  fer 
à  hosties  du  tnonasti^re  de  Sainte-Croix  à  Poitiers,  dans  le 
1='  volume  du  Règne  de  Jésus-Christ,  p.  39  et  suiv.  Ces 
ouvrages  très  savants,  comme  sont  tous  ceux  de  l'illustre 
écrivain,  m'ont  fourni  la  plupart  des  renseignements  con- 
tenus dans  cet  article.  Je  tiens  infiniuiciu  à  lui  montrer 
ma  vive  reconnaissance. 


JI3oiiticlles    et   a^clangcs. 


227 


vraiment  admirable,  est  du  XIII'=  siècle  et  peut 
donner  deux  grandes  hosties  et  trois  petites, 
différentes  les  unes  des  autres.  Il  a  été  reproduit 
en  similigravure  dans  le  premier  volume  du 
Règne  de  JÉSUS-CIIRIST,  année  1S83,  page  41. 

Cette  interprétation  devient  d'autant  plus  so- 
lide que  sur  maints  fers  à  hosties  du  moyen  âge, 
dont  j'ai  une  assez  bonne  collection,  sur  l'une  des 
hosties  l'on  voit  I  H  S  et  sur  l'autre  X  P  C,  tel 
que  l'ancien  fer  à  hosties  de  la  paroisse  de  Saint- 
Léonard  de  Campobàsso,  ce  qui  veut  dire  évi- 
demment Jésus  Christus.  Bien  plus,sur  l'actuel 
mais  très  ancien  fera  hosties  de  l'église  archiprc- 
trale  de  Mirabello,  diocèse  de  Bojano  (Molise), 
on  lit  X  P  I  H  S,  c'est-à-dire  ClIRlSTUS  JESUS, 
ou  bien  Christos  Jesous  en  grec.  Dans  ces 
sortes  de  monogrammes  on  met  donc  en  parfaite 
correspondance,  comme  pour  faire  pendant,  le 
nom  Christus  avec  le  prénom  Jésus.  Et  comme 
X  Pou  bien  XPC  signifie  évidemmentCHRiSTUS, 
de  même  I  H  S  ne  saurait  dénoter  que  le  saint 
nom  de  Jésus  purement  et  simplement.  LeMusée 
de  Rouen  possède  un  spécimen  des  fonts  baptis- 
maux en  plomb  au  millésime  de  1407  avec-  cette 
inscription  :  BENEDICTUS  IHS  CHRISTUS, 
c'est-à-dire  Jesus-Chri.STUS.  Cela  devient  encore 
plus  évident  par  les  deux  monogrammes  IHS  MA 

ou  bien  IHS  M  qui  se  trouvent  sur  plusieurs 
monuments  anciens,  comme  par  exemple,  le 
premier  sur  la  cloche  de  Villard-Eymond  (Isère), 
fondue  en  1632,  et  le  deuxième  sur  la  croix  de 
Caravaca  de  Piano  d'Erba,  en  Brianza  (Italie), 
et  qui    ne  peuvent  signifier  que  Jésus,    Maria. 

IV. 

ON  sera  peut-être 
étonné  de  voir 
ce  mélange  de  lettres 
grecques  et  latines 
dans  le  même  nom. 
Mais  qu'on  se  rassure, 
c'était  l'usage  très 
commun  de  cette  épo- 
que-là. On  voulait  ex- 
primer de  la  sorte 
l'union  des  trois  lan- 
gues, l'hébreu,  le  grec  et  le  latin  sur  le  titre  de 
la  croix  ;  on  voulait  désigner  l'unité  de  l'Eglise 
grecque  et  latine,  par  la  fusion  de  leurs  langues  ; 


on  voulait  symboliser  que  devant  Dieu,  comme 
devant  le  CHRIST  et  son  Église,  il  n'y  a  pas  de 
différences  de  nations  et  de  races,  mais  que  nous 
sommes  tous  un  en  JESUS-Christ  :  Non  est 
Jndœus,  neque  Grœcus. . .  Oinnes  enini  vos  uniim 
estis  in  Christo  Jesii.  (Ad  Galat.  III,  28.)  C'était 
donc  une  nouvelle  et  surnaturelle  confusion  de 
langues  bien  entendue  oîi  tous  les  peuples  ne 
devaient  être  de  nouveau  que  nniiis  labii,  comme 
avant  la  Tour  de  Babel. 

Ainsi,  comme  la  liturgie  latine  dérive  de  la 
grecque,  nous  gardons  encore  dans  la  liturgie 
actuelle  le  Kyrie  eleison  de  la  messe  et  des 
Litanies,  l'^^^wj  du  vendredi  saint,  et  le  Domimts 
Dcns  Sabaotli  du  Sanctus.  Lisez,  s'il  vous  plait, 
cette  strophe  de  l'office  de  saint  Ithier,  évèque 
de  Nevers: 

Lucem,  doxam  et  gaudia 
Ouibus  gaudet  recolentes, 

Ecce  prostratos  sceleriim, 
Doxe  particeps  superum. 
Lisez  encore   ces  deux   vers   d'une  inscription 
métrique  qui   nomme   les  saints  représentés  sur 
l'autel  d'or   de   Bàle,   et  qui    est   maintenant  au 
musée  de  Cluny: 

Quis  ut  Hel,  fortis,  medicus,  Solcr,  Benedictus  ; 
Prospice  terrigenas,  clemens,  mediator,  ousias  ! 

N'est-ce  pas  là  la  \\o\\\q\\ç.  fusion  des  langues 


dans  l'Eglise.'' 


V. 


PLUS     commun 
fut  encore  l'usa- 
ge d'écrire  même  le 
mot    latin    Christus 
parle  X  grec,  qui  se 
changea  ensuitedans 
le    X    latin.    Sur  la 
reliure  byzantine 
d'un  évangéliaire  du 
XI L'  siècle,  qui    ap- 
partient au  marquis  de  Ganay  et  qui  est  gravée 
dans  la  Gazette  des  beaux  arts,  tom.  XIX,  p.  3  10. 
on  dit  des  quatre  évangélistes  : 
v<  Mattheus,  Marcus,  Lucas,  scsq  i^sanctusque)  Johannes. 
Vox  horum  quatuor  reborat  te  XPE  redemptor.» 

Dans  la  prose  de  l'Annonciation  du  Missel  de 
Nouaillédc  la  fin  du  XV'  siècle,  qui  est  actuelle- 
ment à  la  bibliothèque  du  séminaire  de  Poitiers, 
on  trouve  : 


HEVUE   DIS    l'art  CHRÉTIEN. 
1885.  —  2'"^  LIVRAISON. 


228 


Ecuuc   ne   rart   chrétien. 


<,<  Tu  parvi  et  magni, 
Leonis  et  agni, 
Sahatoris  Xpis/i 
Templum  extitisti.  » 

A  l'extéiieur  de  l'église  de  Saint- Sylvestre,  à 
Venise,  il  y  a  une  croix  latine  avec  cette  inscrip- 
tion cruciforme,  formée  de  manière  à  ce  que  l'X 
soit  finale  de  CRVX  et  initiale  de  XFE  : 

c 


Sit  CRUX  vera  salus 

w 

o* 
n 

p 

Non  seulement  nous  voyons  que  même  le  nom 
latin  Cliristus  s'écrit  par  l'X,  mais  ce  qui  est  plus 
curieux  encore,  sur  le  dessin  d'un  des  sceaux  de 
l'abbaye  de  Sainte-Croix  de  Poitiers  l'on  voit  une 
croix  timbrée  au  centre  par  un  X  seulement.  Cet 
X  dénote  évidemment  le  CHRIST  (').  Enfin  le 
célèbre  M.  De  Rossi  dit  :  «  Dans  les  hymnes, 
poèmes  et  rythmes  alphabétiques  de  Fortunat 
(saint  Vciiance  Fortunat,  cvêquc  de  Poitiers),  au 
VP  siècle,  et  plus  tard  des  poètes  carlovingiens, 
l'X  latin  commence  toujours  le  mot  Xris- 
tiis  (=).  »  Il  avait  dit  ailleurs  que  l'X,  initiale  de 
Xoi(7-o;,  «  est  un  signe  cruciforme,  et  par  suite 
l'une  des  vraies  formes  du  signum  Christi,  main- 
tenue dans  la  consécration  des  églises,  lorsque 
l'évêque  trace  les  deux  alphabets  grec  et  latin 
sur  la  cendre  répandue  dans  la  nef  (3).  »  Après 
tant  de  raisons,  d'exemples,  d'autorités,  on  pour- 
rait aisément,  ce  semble,  me  donner  gain  de 
cause  ;  mais  il  y  a  davantage. 


VI. 


D 


^ANS  des  questions 
de  cette  espèce  on 
ne  saurait  absolument 
se  passer  de  l'avis  du 
célèbre  Guillaume  Du- 
rand, évêque  de  Mende, 
dont  le  Rationalc  di- 
vinoniui  officioriim  fait 
autorité.  Nous  le  citerons  d'autant  plus  volontiers 

I.  Collection  de  Dom  Fonteneau,  t.  LXXXII,pag.  131. 
1.  Huit,  di  Archeol.  crbt.   1881,  pag.   153. 
3.  Ibid.    pag.   152. 


qu'il  est  précisément  un  écrivain  du  XIII'^  siècle 
011  ces  sortes  de  monogrammes  étaient  très 
en  vogue,  même  sur  les  hosties.  Voici  donc 
ce  qu'il  dit  à  ce  propos:  «  Hoc  autem  nomcn 
Jésus,  Porphyrius  philosophus,  grieca  et 
latina  lingua  peritus,  scribebat  latine  JESUS, 
gr;Ece  vero  per  H.,  quam  Grœci  pro  longa 
sonant.  Unde  et  quidam  proferunt  GVSUS,  (d'où 
le  français  JÉSUS  et  l'italien  Gesu'):  Latini 
vero  per  elongam.  Rectius  ergo  videtur  sic  esse 
pingendum  Y  H  S,  per  graecam  abbreviationem, 
quam  PIlESUS  per  latinam  aspirationem,  sed  et 
hoc  nomen  Christus,  cum  sit  griccum,  graeca 
scribitur  abbreviatione  sic  X  P  C  ;  nam  Grœci 
ponunt  X  pro  CHI,  P  vero  pro  RE  et  C  pro  S. 
Si  autem  scribitur  per  SE,  a  latina  terminatione 
finitur.  »  Les  remarques  de  cet  écrivain  célèbre 
sont  si  sages,  si  raisonnées,  que  dorénavant  nous 
n'aurons  plus  aucun  doute  sur  l'origine  ni  sur 
l'interprétation  véritable  du  monogramme  IHS, 
quoique  on  ait  préféré  de  mettre  l'I  au  lieu  de 
l'Y  proposé  par  Durand. 

VII, 

ENFIN,  et  comme  raison  \f 
péremptùire  contre  la 
fausse  interprétation  de  ces 
trois  lettres  symboliques, nous 
nous  servirons  des  vers  mêmes 
du  socle  sus-nommé,  vers  qui,  ^^^S^^^^V 
malgré  l'orthographe  fautive  et  la  mauvaise  cou- 
pure, sont  passablement  italiens  et  de  onze 
syllabes,  autrement  dits  endecasillabi  à  la  façon 
de  ceux  de  la  Divine  Comédie  de  Dante,  bien 
que  différemment  rimes.  A  la  place  donc  de  ce 
Jesion  Hoininuiii  .S'rt/iV7A'/r;«,étrangement  prolixe 
et  qui  n'a  rien  cà  voir  avec  le  second  vers,  mettez-y 
Gesu',  tout  court,  et  vous  verrez  que  les  deux 
vers,  malgré  leur  orthographe  fautive,  sont  natu- 
rels et  assez  bons.  Il  faut  donc  lire  : 
Se  per  diletto  cercando  tu  vai, 
Cerca  Gesu'  che  contente  sarai  (')• 

I.  Non  seulement  M.  E.  de  L.  a  mal  interprété  ces 
deux  vers,  mais  il  n'en  a  même  pas  saisi  le  sens  littéral.  Il 
les  traduit  donc  ainsi  en  français  :  ^<  Si  pour  hicn-aimé  \w 
vas  cherchant,  et  que  tu  cherches  JÉSUS,  combien  tu  seras 
content  1  comblé)  >,  ou  bien  en  vers  : 

Tu  vas  pour  /w«-<j//«<' chercher  !  ...  cherche  JÉSUS 
\'a  !  lu  seras  content  et  ne  chercheras  plus. 


Bouuelles    et   ogélangcs 


229 


Il  est  clair  dafic  comme  la  lumière  du  jour  que, 
même  ici,  le  monogramme  IHS  ne  signifie  et  ne 
peut  signifier  autre  chose  quejESUS  pur  et  simple. 

VIII. 


ET  maintenant  quel 
est  la  raison  sym- 
boliquedece  monogram- 
me sur  les  hosties?  Pour 
la  bien  saisir  il  faut 
savoir  d'avance  ou  se 
rappeler  que  les  hosties 
sont  les  monnaies  de 
Jésus  -  Christ.  Aussi 
bien,  Ernulphe,  évêque 
de  Rochester  en  11 24,  nous  dit  que  le  pain 
eucharistique  était  donné  alors  aux  fidèles, comme 
il  l'est  aujourd'hui,  en  forme  de  monnaie  :  in  for- 
niavi  ninmiii  (').  Et  comme  sur  leurs  monnaies 
les  princes  font  imprimer  leur  nom,  voilà  pour- 
quoi il  était  tout  à  fait  convenable  que  sur  les 
hosties,  véritables  monnaies  de  JéSUS-Christ, 
on  trouvât  le  nom  de  notre  Roi,  qui  est  le  Roi 
des  rois  :  Rex  reguni  et  Doniinus  doininantmni. 
Cette  raison  est  donnée  par  Honorius,  savant 
prêtre  d'Autun,  mort  vers  1145  et  qui  s'exprime 
de  la  manière  suivante  :  «  Le  pain  reçoit  la  forme 
d'un  denier,  car  le  pain  de  vie,  le  CHRIST,  a  été 
livre  pour  un  certain  nombre  de  deniers,  lui,  le 
vrai  denier  qui  sera  donné  en  récompense  aux 
ouvriers  de  la  vigne.  L'image  du  Sauveur  est 
exprimée  avec  les  lettres  sur  le  pain, parce  que  sur 
le  denier  on  grave  l'image  et  le  nom  de  l'empereur 
et  que  par  ce  pain  l'image  de  Dieu  est  réparée  en 
nous  et  notre  nom  inscrit  dans  le  livre  de  vie  if).  » 
Or  le  savant  Pape  Benoît  XIV,  rapportant  ces 
explications,  les  approuve  fort  de  toute  son  auto- 
rité d'écrivain  ecclésiastique  hors  ligne  (3). 

Seulement  il  paraît,  qu'au  temps  d'Honorius.on 
se  contentait  de  mettre  sur  les  hosties  seulement 
le  monogramme  du  Christ  sans  son  image  :  cet 
u.sage  en  effet  ne  fut  introduit  que  vers  le  com- 

Or,  le  vrai  sens  littéral  est  celui-ci  :  Si  tu  cherches  (ou 
vas  cherchant)  ^-AX  agrément,  par  plaisir  {pour  te  réjouir), 
cherche  JÉSUS  et  tu  seras  content  (satisfait).  On  aura 
remarqué  que  l'auteur  a  confondu  diletto  :  bien-aimé, 
chéri,  avec  diletto:  plaisir,  déhce,  charme,  bonheur,  etc. 

1.  D'Achery,  Spicilegitim,  t.   III,  p.  471. 

2.  Gemma  anima;  lib.  I,  cap.  XXXV. 

3.  De   Synodo  diœces.,  lib.    I,  cap.  vi. 


mencement  du  XIIIi^  siècle.  Ce  fut  depuis  lors 
donc,  qu'en  vo)-ant  une  hostie,  on  pouvait  se 
demander  avec  JéSUS-Christ  à  l'égard  de  la 
monnaie  du  tribut  :  Ctijns  est  imago  Iiœc  et  sitper- 
scriptio  ?....  Reddite  ergo  quœ  siint  Dei,  Deo  ('). 

Enfin  le  monogramme  de  JÉSUS  sur  les  hosties 
est  son  étiquette  divine  pour  montrer  ce  qu'elles 
contiennent    réellement.   Ainsi,   comme    les  éti- 
quettes   Ckai-treuse,   Bénédictine,    Cognac,    Mar- 
sala,  Barbera,  etc.  placées  sur  certaines  bouteilles 
dénotent  le  vin   ou   la  liqueur  véritable  qu'elles 
contiennent,  de  même  les  mots  JESUS,  Chkistus, 
ou  JesuS-Christus  imprimés  par  monogrammes 
sur  les  hosties  nous  apprennent  que  ce  n'est  pas 
seulement  l'image  ou  le  nom  du  Sauveur  qu'elles 
contiennent  après  leur  consécration,  mais  le  Fils 
incarné  de  Dieu  lui-même,  réellement,  en  person- 
ne cni  honor  et  gloria  in  sœcula  sacidorum.  Amen. 
Monacilioni,  décembre  1884. 
Profess.  Archiprêtre  VINCENT  Ambrosi.ANI, 
Docteur  en  Théologie  et  en  Droit  Canon,  Membre 
de   la   Commission  permanente  des    Fastes  et 
Monuments  eucharistiques  de  Paray-!e-Monial. 


H  propos  D'une  Image  Du  Sacrc=CCocur. 


Nous  croyons  opportun  de  signaler  aux 
fidèles  de  récentes  représentations  du 
Sacré  Cœur  qui  visent  à  èXre: populaires,  et  qui 
ne  sont  pas  conformes  au  type  romain,  seul  auto- 
risé par  le  St- Siège. 

On  connaiss.'iit  déjà  les  plaies  lumineuses  et 
rayonnantes,  motifs  iconographiques  que  nous 
tenons  des  peintres  italiens  pré-raphaëlites. 

Indiquer  \a  place  dit  Cœur  ne  suffit  pas,  il  faut 
le  montrer.  Si  c'est  du  réalisme,  soit;  mais,  en 
tout  cas,  c'est  le  seul  moyen  de  traduire  exacte- 
ment la  vision  de  la  bienheureuse  Marguerite- 
Marie,  qui  a  7'u  le  cœur  enflammé  dans  la  poitrine. 
D'ailleurs,  le  décret  récent  de  la  Sacrée  Congréga- 
tion des  Indulgences  faisant  loi,  il  n'y  a  pas  lieu  à 
discussion.  Or,  Rome  a  déclaré  formellement  que 


230 


IRetîue  oe    rart   cfjrétien. 


tout  Sacré  Cœur,  où  le  cœur  ne  serait  pas  appa- 
rent, était  impropre  à  faire  gagner  les  indulgences 
attachées  à  la  prière  récitée  devant  une  image 
du  Sacré  Cœur.  C'est  donc  tromper  les  fidèles 
que  de  leur  mettre  entre  les  mains  une  représen- 
tation/(^«j'i'd'  et  qui  les  induit  en  erreur  sur  des 
indulgences  qu'ils  ne  peuvent  gagner. 

L'autorité  ecclésiastique  pourrait  être  plus 
vigilante  à  cet  endroit,  et  ne  pas  laisser  fabriquer 
et  répandre  une  image  condamnée.  Je  n'y  vois 
aucune  e.Kcuse  :  ni  d'indifférence,  car  alors  elle 
serait  coupable;  ni  d'ignorance,  puisqu'il  serait 
étrange  qu'on  ne  se  préoccupât  point  davantage 
de  connaître  les  décisions  du  St-Siège,  même 
les  plus  récentes  et  les  plus  pratiques;  ni  de  sys- 
tème et  de  parti-pris,  car,  grâce  à  Dieu,  le  galli- 
canisme a  fait  son  temps  et  n'est  plus  un  obsta- 
cle inintelligent  et  jaloux  à  la  diffusion  des  seuls 
et  vrais  principes,  qui  sont  ceux  enseignés  par 
Rome.  Nul  écart  n'est  possible  dans  cette  voie, 
oi;i  l'individualité  disparaît  pour  faire  place  à 
l'autorité,  qui  commande  à  la  fois  respect  et 
obéissance.  Erudimiiii  qui  judicatis. 

X.  B.  DE  M. 

iLz  plafonD  Du  Bccugin,  à  la  salle  De 
rincciiDic  Du  Bourg.  — ^-^— ^..^-^-^-.^ 

OUS  ce  titre,  M.  le  commandant 
Paliard  a  publié  dans  la  Chroiiiqtie  des 
arts  de  la  curiosité  (^l'èi^,'^.  276-277, 
284-285),  une  étude  qu'il  est  bon  de 
connaître  et  dont  je  détache  uniquement  la 
description  iconographique  : 

«  On  le  voit,  personne  n'entre  dans  les  de'tails,  et  ne 
cherche  à  rendre  compte  des  sujets  ;  nous  allons  essayer 
de  décrire  ces  saintetés  qui  intéressaient  Rome  au  temps 
de  la  Renaissance,  et  ne  sont  guère  à  l'ordre  du  jour  à 
notre  époque. 

«  La  voûte  se  compose  de  quatre  ronds  aplatis  à  la  base; 
ils  sont  placés  entre  les  nervures  et  groupés,  à  leur  som- 
met, autour  de  l'écu  de  Nicolas  \',  qu'entoure  une  couronne 
de  feuilles  d'acanthe.  Il  est  à  croire  ici  que  le  plafond  est 
fait  d'un  seul  jet,  quand  Raphaël,  aux  salles  de  la  Signa- 
ture et  d'Héliodore,  s'est  servi  des  ornements  existants, 
ne  remplissant  de  ses  figures  que  les  divisions  principales. 
«  Le  rond  placé  au-dessus  de  la  bataille  d'Ostie  repré- 
sente le  Père  Eternel  bénissant  le  monde  ;  assis  sur  des 
chérubins,   entouré   des    esprits    formant    la    hiérarchie 

I.  Matth.  XXII,  20-21. 


céleste,  il  tient  le  globe  dans  la  main  gauche  et  bénit  de 
la  droite.  Cette  composition  rappelle  le  tympan  de  V Ascen- 
sion de  Lyon,  aujourd'hui  à  Paris,  à  l'église  Saint-Ger- 
vais,  et  qui  est  fort  retouché  :  elle  est  semblable  aussi  au 
compartiment  supérieur  central  du  retable  de  l'autel  de  la 
chapelle  de  Saint-Michel,  à  l'église  de  la  Chartreuse  de 
Pavie.  On  sait  qu'au  contraire  de  Raphaël,  le  Pérugin  ne 
craignait  pas  de  répéter  les  mêmes  sujets  sans  presque 
rien  changer  ;  âpre  au  gain,  il  tirait  souvent  de  ses  pein- 
tures un  profit  d'autant  plus  grand  qu'elles  étaient  plus 
connues,  ce  qui  se  comprend  au  point  de  vue  de  la 
dévotion. 

«  Du  côté  opposé,  au-dessus  du  sacre  de  Charlemagne, 
le  médaillon  contient  un  sujet  relatif  au  Christ.  Notre- 
Seigneur  annonçant  la  venue  du  Saint-Esprit  à  ses  dis- 
ciples à  genoux  autour  de  lui,  leur  donne  sa  bénédiction; 
le  Père  est  au-dessus  du  CHRIST,  le  Saint-Esprit  au- 
dessous  pour  rappeler  l'évangile  selon  saint  Jean,  cha- 
pitre XIV,  où  le  Sauveur  les  avertit  qu'ils  recevront  tout 
ce  qu'ils  demanderont  en  son  nom,  et  qu'il  leur  enverra  du 
sein  de  son  Père  un  autre  consolateur;  il  leur  dit  en  outre 
qu'ils  devraient  se  réjouir  de  son  départ.  Cette  réunion  a 
lieu  avant  la  mort  de  J  ÉSUS  ;  aussi  la  trace  de  ses  plaies 
n'existe  pas. 

«  A  la  fresque  de  l'Incendie  correspond  le  jugement  par- 
ticulier d'Eve.  Eve  étant  morte,  son  ân-.e  paraît  devant  le 
Christ;  elle  implore  son  pardon  avec  la  plus  grande 
humilité,  les  anges  prient  pour  elle  ;  l'archange  saint 
Michel  lui  fait  pendant,  tenant  l'épée  de  la  droite,  les 
balances  de  la  gauche  ;  ses  actions  sont  pesées  ;  il  lui  est 
pardonné,  et  les  bras  ouverts  du  Christ  indiquent  qu'elle 
est  jugée  digne  des  limbes. 

«  Cette  composition  fait  penser  au  premier  péché  et 
à  sa  suite  ;  quelle  scène  triste  que  celle  d'Adam  et  Eve 
chassés  du  paradis  terrestre  par  l'ange  à  l'épée  de  feu  ! 
On  sait  gré  à  Antonio  Vite,  au  commencement  du  XV° 
siècle,  dans  sa  fresque  naïve  peinte  au  couvent  du  T  à 
Pistoia,  de  sa  pensée  consolante.  Devant  le  chérubin 
vengeur,  il  a  placé  un  deuxième  ange  qui,  accompagnant 
les  coupables,  tient  sa  main  sur  l'épaule  d'Adam,  en 
signe  de  protection  ;  c'est  leur  ange  gardien  :  il  les 
soutiendra  dans  les  misères  de  la  vie  nouvelle,  et  les 
aidera,  en  sanctifiant  leur  travail,  non  pas  à  retrouver 
le  paradis  perdu,  mais  à  gagner  le  paradis  céleste,  où 
ils  se  trouvent  aujourd'hui. 

«  Telle  est  l'opinion  de  l'Eglise  ;  elle  a  pensé  que  les 
premiers  humains,  après  leur  chute,  devaient  souffrir, 
mais   pour  se   réhabiliter  et  arriver  à  la  gloire  éternelle. 

«  Aussi,  Adam,  notre  premier  père,  et  Eve,  notre 
première  mère,  sont  inscrits  au  nombre  des  saints  par 
les  bollandistes.  Cette  fresque  du  Pérugin  se  trouve 
d'accord  avec  eux,  comme  la  dispute  du  Saint-Sacrement 
l'est  pour  Adam  placé  parmi  les  douze  saints  au  ciel, 
entre  saint  Pierre  et  saint  Jean  l'Évangéliste.  C'est  aussi 
pourquoi,  dans  la  représentation  de  Nôtre-Seigneur  aux 
limbes,  on  voit  Adam  et  Eve  au  premier  rang  parmi 
les  patriarches  délivrés  ;  après  Abel,  ce  sont  eux  qui 
attendaient  depuis  le  plus  longtemps  ;  le  vieillard  Siméon, 


BouDcUes   et  sgclangcs 


231 


saint  Jean-Baptiste  venaient  d'y  pdnétrer.  Bientôt,  à 
l'Ascension,  ils  feront  leur  entrée  triomphale  au  paradis, 
accompagnant  le  Sauveur  c[ui  y  arrivera  le  premier, 
suivi  de  tous  les  justes  élus  depuis  le  commencement  du 
monde. 

«  Opposé  au  Jugement  d'Eve,  après  sa  mort,  on 
remarque  le  Jugement  de  saint  Jérôme,  paraissant,  de  son 
vivant,  devant    le  tribunal  du   Christ. 

(,<  Ce  quatrième  sujet  est  placé  au-dessus  du  serment  du 
pape  saint  Léon  III.  Ici,  on  trouve  le  châtiment  au  lieu 
de  la  récompense. 

«  Le  Christ  occupe  la  partie  centrale  du  compartiment, 
ayant  à  sa  droite  saint  Jean  l'Évangéliste,  et  à  sa  gauche, 
celui  qui  deviendra  saint  Jérôme.  On  distingue  les  quatre 
archanges  :  Gabriel,  Michel,  LIriel  et  Raphaël,  et,  tout 
autour,  les  milices  célestes. 

<(  Jérôme,  après  avoir  été  jugé,  et  avoir  subi  la  peine 
du  fouet,  fait,  en  présence  de  son  Dieu,  de  la  main 
droite  tenant  la  pierre  dont  il  se  frappait  la  poitrine  et 
qui  le  désigne,  le  serment  de  n'avoir  plus  de  livres 
séculiers  et  de  n'en  lire  jamais.  Après  ce  serment,  il  est 
rendu  à  la  liberté.  (Lire  son  épitre  XXII'',  à  la  vierge 
Eustochie.) 

«  On  voit  la  dissemblance  avec  le  jugement  d'Eve  ; 
Jérôme  vivant  est  rendu  à  la  liberté  pour  travailler  à 
son  salut,  mais  il  n'obtient  pas  son  pardon  ;  le  Sauveur 
n'ouvre  pas  les  bras,  comme  dans  la  scène  d'Eve  ;  il  les 
retire,  au  contraire,  en  signe  de  réprobation  ;  les  anges 
s'abstiennent  de  prier  ;  c'est  l'expression  de  la  sévérité 
au  tribunal  de  Jésus-Christ. 

«,  Le  coupable  est  présent  en  réalité  devant  le  souve- 
rain juge,  ainsi  qu'il  l'écrit  .1  Eustochie,  quand,  Eve 
étant  morte,  son  âme  seule  paraît  au  jugement  particulier; 
l'idée  vient  de  rappeler  la  différence  que  Dante  répète 
à  satiété,  entre  lui,  Virgile  son  guide,  et  les  âmes  qu'ils 
abordent  :  «  Les  âmes  ne  portent  pas  ombre  comme 
les  vivants  »,  dit-il  sans  cesse.  Cette  distinction,  à  obtenir 
plutôt  par  une  diminution  dans  l'intensité  de  la  couleur, 
serait  difficile  en  peinture,  et  n'a  jamais  été  observée 
qu'accidentellement  ;  les  saints  sont  toujours  représen- 
tés avec  l'apparence  de  la  vie  au  ciel,  et  lorsque,  mysti- 
quement, ils  descendent  sur  la  terre,  bien  que,  au  point 
de  vue  catholique,  avant  le  jugement  dernier,  deu.\  corps 
réels  existent  seulement  au  paradis,  en  toute  certitude, 
ce  sont  les  corps  glorieusement  ressuscites  du  Christ  et 
de  la  sainte  Vierge  :  je  dis  en  toute  certitude,  car 
riCglise  a  pensé  à  d'autres  corps  glorieux  pouvant  s'y 
trouver  aussi,  mais  n'a  rien  décidé  à  ce  sujet. 

«(Saint  Jean  l'Evangéliste,  celui  que  Jésus  aimait,  est 
opposé  K  Jérôme  pour  le  calme  et  la  pureté  de  ses 
pensées  ;  l'esprit  de  Jérôme  était  troublé  par  les  visions 
gracieuses  qu'entretenaient  les  chefs-d'œuvre  littéraires 
du  paganisme  ;  c'est  pour  ces  lectures  qu'il  vient  d'être 
châtié.  Je  ne  comprends  pas  trop  ce  qui  est  figuré 
au-dessus  de  sa  tête,  j'y  vois  comme  une  auréole  nais- 
sante, interrompue  et  formant  croissant,  ou  une  auréole 
brisée  dans  sa  moitié  ;  seul,  au  milieu  de  la  réunion 
céleste,  il  est  privé  de  ce  signe  de    la  sainteté. 


«  Telles  sont  les  explications  que  l'étude  du  plafond 
de  la  salle  de  l'Incendie  du  Bourg  nous  a  suggérées  ; 
nous  croyons  qu'elles  ne  sont  pas  trop  éloignées  de  la 
vérité,  c'est-à-dire  de  ce  qu'a  voulu  représenter  l'artiste. 

«  Les  sujets  pèchent  par  une  composition  trop 
uniforme  ;  auraient-ils  pu  être  variés,  placés  si  près  l'un 
de  l'autre  dans  des  cercles  égaux .'  On  ne  sort  pas  de 
la  cour  céleste,  de  la  tête  du  Père  Éternel,  et  des  trois 
têtes  du  Christ  dominant  une  sainte  assemblée  ;  ces 
quatre  têtes  se  correspondent  régulièrement  près  de  la 
couronne  centrale  ;  mais  la  diversité  était-elle  possible 
avec  la  forme  et  la  disposition  des  fresques  ?  Le  tort 
du  Pérugin  est  d'avoir  choisi  une  pareille  division  de 
la  voûte,  et  l'on  peut  dire,  eu  égard  à  cet  arrangement 
ingrat,  que  son  œuvre  ne  manque  pas  d'habileté.  » 

Dans  le  volume  intitulé  Les  viusces  et  galeries 
de  Rome  que  j'ai  publié  à  Rome  en  1870,  à  la 
librairie  Spithover,  j'ai  essayé  de  déterminer 
l'iconographie  propre  des  quatre  tableaux  peints 
par  le  Pérugin,  qui  ne  me  paraissait  pas  exacte- 
ment comprise  par  Titi,  l'historiographe  du  palais 
apostolique  du  Vatican.  Quand  M.  Paliard 
déclare  que  «  personne  ne  cherche  à  rendre 
compte  des  sujets  »,  il  se  trompe  manifestement, 
puisque  au  siècle  dernier  on  s'en  préoccupait  déjà 
et  qu'il  y  a  treize  ans  que  j'ai  fait  connaître  ma 
manière  de  voir.  Voici  donc  mon  interprétation 
sommaire  (p.  151):  «  La  clef  de  voûte  est  scul- 
ptée aux  armes  de  Nicolas  V.  Les  fresques  qui 
décorent  ses  quatre  triangles  sont  de  Pierre 
Pérugin,  et,  quoique  Raphaël  ait  reçu  l'ordre  de 
les  détruire,  pour  les  remplacer  par  ses  propres 
compositions,  il  eut  le  bon  goût  de  les  conserver 
intactes.  Les  quatre  médaillons  à  fond  d'or  sont 
consacrés  au  triomphe  de  Dieu:  l°  JéSUS-Christ, 
entouré  d'anges,  apparaît  au  monde  avec  les 
personnifications  de  la  Miséricorde  et  de  la 
Justice  ;  2°  Le  Père  Eternel,  assis  sur  les  nuages 
au  milieu  d'anges  qui  l'adorent,  tient  en  main 
le  globe  du  monde  et  bénit  ;  3°  le  Christ  se 
manifeste  dans  la  gloire  entre  Elic  et  Moïse  ; 
4°  La  Trinité  :  Le  Père  au  ciel,  sur  la  terre  le 
Fils  entouré  de  ses  Apôtres  et  la  colombe  divine 
planant  sur  le  monde.  » 

Nos  interprétations  étant  singulièrement  dis- 
cordantes, qui  de  nous  deux  a  raison  ?  J'espère 
que  quelque  visiteur  intelligent  voudia  bien 
rendre  le  service  à  la  science  iconographique  de 
relire  nos  textes  en  face  de  l'original  et  nous 
transmettre  ses  observations. 

X.  lî.  HE  M. 


Société  de  Saint-Jean.  —  On  doit  en  grande 
partie  à  nos  amis  de  Saint-Jean  la  part  notable 
faite  dans  les  congrès  catholiques  à  la  question 
de  l'art  chrétien,  et  tout  particulièrement  ont-ils 
coopéré  à  la  mémorable  exposition  d'imagerie 
religieuse  de  Rouen.  Dans  le  sein  de  V Union 
catholique  de  Rouen  s'est  formée  une  section  per- 
manente d'art  chrétien,qui  perpétuera  les  fruits  de 
cette  belle  entreprise.  La  société  commence  à 
faire  souche;  une  société  de  Saint -Jean  est 
constituée  à  Montpellier,  en  vue  surtout  d'études 
archéologiques.  M.  Mallat,  que  nos  lecteurs  con- 
naissent, est  parvenu  à  fonder,  à  Angoulême,des 
cours  qui  sont  le  premier  élément  d'une  école 
libre  d'art  chrétien.  A  Paris,  les  confrères  s'inté- 
ressent vivement  à  l'eutreprise  du  R.  P.  Clair,  qui 
s'est  donné  la  mission  de  grouper  les  jeunes 
artistes  chrétiens  en  une  société,  qui  leur  procure 
un  mutuel  appui.  La  société  a  proposé  des  prix 
pour  des  concours  organisés  entre  eux.  Des  cours 
d'histoire,  de  littérature,  d'esthétique,  seront  le 
couronnement  de  l'œuvre;  on  annonce  l'ouver- 
ture d'un  atelier  de  peinture,  l'enseignement 
y  sera  donné  par  un  maître  de  premier  ordre. 

La  société  de  Saint-Jean  tient  l'œil  ouvert  sur 
toutes  les  manifestations  du  beau.  Ses  membres 
se  livrent  à  la  critique  des  travaux  de  la  plume, 
du  pinceau  et  du  ciseau  qui  intéressent  l'esthé- 
tique chrétienne.  Ils  recherchent  dans  les  salons 
les  œuvres  rarissimes  d'un  caractère  religieux, 
ils  mettent  en  relief  et  encouragent  les  artistes 
courageux  qui  osent  par  de  telles  œuvres  lutter 
contre  les  tendances  du  jour.  L.  C. 

Société  archéologique  du  Limousin.  {Bulle- 
tin, t.  XXXI,  in-S").  —  Celte  laborieuse  société  me 
donne  l'occasion  d'élucider  deux  points  d'archéologie, 
relatifs  l'un  à  l'iconographie  et  l'autre  au  mobilier 
liturgique. 

«  M.  Arbellot recherche  quel  est  le  person- 
nage que  l'empereur  romain  (Constantin)  foule 
aux  pieds  de  son  cheval.  11  se  demande  si  c'est 
un  personnage  symbolique  ou  un  personnage 
historique.  1 1  passe  en  revue  et  rejette  les  opinions, 
aujourd'hui  abandonnées,  de  ceux  qui  ont  vu 
dans  l'homme  abattu  et  foulé  le  mendiant  de 
S.  .Martin,  l'Héliodore  des  Machabées,  le  démon 
terrassé  par  St  Georges  ou  par  le  Christ  triom- 
phant   Il  combat  aussi  victorieusement  cette 

autre  opinion,  d'après  laquelle  on  verrait  dans  ce 
monument    une    représentation    de    Constantin, 


vainqueur  du  paganisme  ;  et,  s'inspirant  du  rôle 
de  l'empereur  chrétien  au  Concile  de  Nicée,  qui 
proclama  le  dogme  de  la  divinité  du  Christ, 
comme  aussi  se  fondant  sur  ce  principe  qu'un 
monument  qui  occupe  dans  l'église  une  place 
d'honneur  doit  représenter  un  sujet  religieu.x,  et 
que  l'un  des  personnages  étant  historique,  l'autre 
doit  l'être  aussi,  il  en  conclut  que  le  monument 
représente  Constantin,  vainqueur  de  l'hérésiarque 

Arius  et  le  foulant  aux  pieds  de  son  cheval 

MM.  Palustre  et  Rancé  ont  prétendu  que  le  per- 
sonnage foulé  au.x  pieds  du  cheval  ne  peut  être 
Arius  et  que  c'est  un  personnage  symbolique. 
Mais  ces  messieurs  ne  peuvent  donner  une  preuve 
de  leur  opinion  et  leur  assertion  à  ce  sujet  ne 
saurait  infirmer  les  déductions  de  notre  savant 
président.  »  (p.  377,  381.) 

L'opinion  de  M.  Arbellot  n'est  qu'une  hypothèse, 
de  date  récente, elle  n'a  donc  pas, logiquement, plus 
de  valeur  que  celle  à  laquelle  elle  se  substitue.  Le 
plus  ou  moins  de  probabilité  qu'on  est  dans  la 
vérité  se  trouve  dans  les  raisons  produites  de  part 
et  d'autre.  De  ce  que  Constantin  soit  un  person- 
nage historique,  il  ne  s'en  suit  nullement  que  ce- 
lui qui  l'accompagne  doive  avoir  la  même  quali- 
fication ;  car  il  n'est  pas  rare,  au  moyen  âge,  de 
trouver  le  symbole  uni  à  l'histoire  (').  Si  l'on  re- 
monte plus  haut,  à  l'antiquité,  le  fait  est  certain 
pour  des  monuments  analogues,  par  exemple, 
pour  les  monnaies,  ainsi  que  l'a  démontré  M. 
de  Longuemar. 

M.  Arbellot  restreint  sa  thèse  à  un  fait  parti- 
culier: ce  n'est  pas  assez.  Les  populations  n'au- 
raient pas  compris  ce  qui  était  déjà  loin  de  leur 
pensée  et  de  leur  souvenir.  Arius  pouvait  préoccu- 
per le  public  à  l'époque  arienne,  mais  après,  à  une 
distance  de  plusieurs  siècles,  il  était  parfaitement 
oublié  et  n'étaient  nos  traités  de  théologie  qui 
lui  font  beaucoup  d'honneur  en  le  réfutant,  com- 
me s'il  s'agissait  d'une  erreur  contemporaine,  il 
n'en  serait  plus  nullement  question.  La  question 
a  été  de  bonne  heure  enterrée,même  par  le  clergé; 
et  le  mo)-en  âge,  que  je  sache,  n'y  a  pas  pris  garde 
dans  ses  œuvres  d'art.  Pourrait-on  citer  quelque 
part  un  Arius  quelconque,  qui  déterminerait  un 
précédent  ou  un  similaire  ?  Arius  était  prêtre  : 
voilà  un  signe  certain  qui  permettrait  de  le  recon- 


i.  «  Dès  une  époque  reci:lée,  le  combat  du  guerrier  contre  le  sei- 
pent  syinbDlisa  la  victoire  du  christianisme.  Eusèbe,  Constantini 
l'ila,  III,  3,  m;ntionne  une  eflî^ic  d^î  son  liéros  perçant  le  dragon  à 
coups  de  lance  et  le  jetant  à  la  mer.»(AVî/.  de  l'art  chrél.,  1885,  p.  20). 


Cratjaur   Des   %)Ocictcs   savantes 


233  '■ 


naître.  Or  le  petit  être  foulé  aux  pieds  a-t-il  le 
caractère  ecclésiastique  ou  sacerdotal  à  un  titre 
quelconque  ?  Son  costume  ne  semble-t-il  pas 
plutôt  de  l'ordre  civil  ? 

Qu'on  remonte  à  l'idée  première.  Quel  est  le 
t»rand  fait  de  la  vie  de  Constantin  ?  C'est  assuré- 
ment l'établissement  officiel  du  christianisme, 
assuré  par  l'édit  de  Milan. Donc  la  victoire  rem- 
portée atteint  uniquement  le  paganisme  qui  seul 
peut  être  représenté  dans  cette  attitude  humiliée 
et  soumise. 

—  Au  XI'=  siècle,  le_  chroniqueur  Adémar  de 
Chabannes  écrivait  d'Etienne,  abbé  de  St-Mar- 
tial  de  Limoges,  en  g^6  :  «  Hic  composuit  super 
altare  Salvatoris  ecclesiam  ex  auro  et  gemmis 
et  argento  quam  vocavit  rminerain.  » 

Au  XIII'^  siècle,  Bernard  Isier  répéta  :  <■!  Fecit 
morenam  et  turrem  de  Aina.  >> 

Mimera  et  Morena  sont  donc  identiques. 
Du  Cange  traduit  imaiera  par  ciboriiim  et  mo- 
rena ^ds  palissade  :  il  donne  iniinerare  (munire, 
instanere)  comme  dérivé  de  niniiera. 

Pour  M.  Ducourtiaux  (p.  156),  luiinera  signifie 
tabernacle.  Cette  explication  est  moins  bonne  que 
celle  de  Du  Cange,  car  elle  suppose,  au  X^  siècle, 
l'existence  des  tabernacles,  ce  qui  n'est  pas  dé- 
montré, à  moins  qu'on  ne  lui  donne,  comme  au 
moyen  âge,  le  sens  de  dais. 

Etant  admise  l'équivalence  de  morena  pour 
munera,  qui  peut  fort  bien  être  une  faute  de  co- 
piste, je  trouve  dans  Anastase,  au  YisS  siècle,  le 
mot  iiuirena,  avec  la  signification  de  collier,  c'est- 
à-dire  un  objet  circulaire  ('). 

Que  put  mettre  l'abbé  sur  l'autel  ?  Ou  un  cibo- 
r  in  m  on  une  couronne  ?  L,e  ciborium,  même  en 
édicule,  ne  ressemble  guère  aune  église,  fût-il ^■'^- 
coiirtiné,  comme  dit  Viollct-le-Duc  (Dtct.du  Mo- 
bilier, t.  I,  p.  244). 

Au  contraire,  la  couronne,  ronde  comme  un 
collier,  peut  porter,  comme  à  Aix-la-Chapelle, 
des  tourelles  de  distance  en  distance  et  être  ornée 
de  personnages  (le  Christ  et  les  apôtres),  comme 
sur  la  célèbre  couronne  d'Agitulf,  du  trésor  de 
Monza.  Or  cet  assemblage  constitue  parfaitement 
l'aspect  d'une  palissade,  ou  mieux  d'une  enceinte 
fortifiée,  d'une  Jérusalem  céleste,  dont  l'hymne 
de  la  dédicace  dit,  à  la  suite  de  l'Apocalypse  : 

<,<  Cœlestis  urbs  Jérusalem, 

Beata  pacis  visio, 

Quae  celsa  de  viventibus 

Saxis  ad  astra  toUcris, 

Sponsa.-que  ritu  cingeris 

Mille  angelorum  millibus.  » 

I.  «  Item,  nmrenam  tritiiciii  aurcam.   qua:  habel  gemmas et 

buticulab.  »  —  «  Murenaminquapendcni  gcmnuK  hyacintliinœ  tre- 
decim.  » —  «  Murenani  filalani.ex  qua  geimiiiu  pendent  hyacinthin^ 
quatuordecim.  »  —  «  Onines  murenas  cuni  pertinanleeorum.  » 


Cette  Jérusalem  est  l'Église  d'en  haut,  modèle 
et  but  de  l'Église  d'ici-bas.  Le  nom  d'Église  lui 
convenait  donc  aussi  bien  que  celui  à' enceinte 
fortifiée,  car  tel  est  l'aspect  que  donnent  au  ciel, 
aux  IX'=  et  XIIL'  siècles,  les  mosaïques  de  Ste- 
Praxède  et  de  St-Jean  de  Latran,  à  Rome. 

X.  B.  de  M. 

Société  des  Antiquaires  de  France.  — 
M.  Paul  de  Fontenelle,  associé  correspondant, 
offre  à  la  Société  un  mémoire  sur  les  peintures 
murales  du  XIV'  siècle,  découvertes  à  la  cathé- 
drale de  Cahors,  en  1874,  et  dont  un  peintre  de 
cette  ville,  M.  Calmon,  a  entrepris  le  grattage 
et  commencé  la  restauration.  La  Société  des  étu- 
des du  Lot  voudrait  assurer  la  conservation  de 
ces  fresques,  et  sollicite  à  ce  sujet  le  concours 
des  ministres  des  cultes  et  des  beaux-arts. 

—  M.  Roman  lit  une  notice  sur  un  sceau  en 
bronze,  trouvé  dans  les  dragages  de  la  Seine. 
Le  type  représente  un  prélat  mitre,  crosse  et  bé- 
nissant, revêtu  d'une  chasuble,  d'une  tunique  très 
ornée  et  assis  sur  un  trône  de  forme  orientale  ; 
à  droite  de  sa  tête  est  un  petit  soleil.  La  légende 
doit  se  lire:  sigill(\im)  Bartlioloniei  Dei  gra{'C\2^ 
Cirduensis  (^/(scopus).  Sur  une  petite  banderole 
qui  longe  la  légende,  sur  le  côté  droit,  contre  le 
personnage,  on  lit  :  Pax  vobis  ;  c'est  le  sceau  du 
premier  évéque  de  Cardica,  dans  la  Morée. 

—  M.  Ramé  signale  une  curieuse  façade  en 
bois,  provenant  de  l'abbaye  de  Saint-Amand, 
transportée  de  Rouen  à  Paris,  et  exposée  actuel- 
lement dans  la  cour  d'une  maison  de  l'île  Saint- 
Louis. 


Société  des  antiquaires  de  Normandie.  — 

On  s'était  déjà  occupé  des  carrelages  funéraires 
de  Normandie  et  de  leurs  inscriptions,  mais  on 
ignorait  où  ces  petits  monuments  céramiques 
avaient  été  fabriqués.Une  notice  anonyme, publiée 
dans  le  Bulletin  de  la  Société,  nous  renseigne  à 
ce  sujet  :  <.(  Toutes  les  petites  briques  à  fond  brun 
avec  dessins  jaunes  ou  à  fond  jaune  avec  dessins 
bruns,  que  l'on  rencontrait  autrefois  en  si  grand 
nombre  dans  les  abbayes  de  la  Basse-Normandie, 
dans  les  salles  des  chàteau.x  voisins  de  Bayeux  et 
dans  les  vieu.x  hôtels  de  cette  ville,  sortaient  des 
mains  des  potiers  de  Molay.  > 

Société  historique  de  Compiègne.  —  Dans 
une  notice  historique  et  archéologique  sur  EHn- 
court-Sainte-Margnerite,  M.  Pe\recave  donne  la 
description  de  Téglise  actuelle  qui  date  de  1 127. 
Il  note  ce  fait  curieu.x  que  cette  belle  petite  église 
réalise  la  première  idée  des  contreforts  qui  per- 
mirent au  X\'^' siècle  la  hardiesse  de  nos  cathé- 
drales. On  )•  a  contre-buté  la  poussée  de  la  voûte 


234 


IRctiuc  De  i'^tt  cf)réticn. 


en  berceau  dans  la  nef  principale,  seule  existante 
alors,  par  de  simples  mais  robustes  arcades  en 
plein  cintre  qui  traversent  maintenant  les  colla- 
téraux. Cette  voûte  était  elle-même  renforcée  de 
légers  arcs-doubleaux,  supportés  par  des  pilastres 
ou  des  consoles. 

—  Ce  qu'ont  fait  M.  L.  Cloquet  pour  Saint-Jac- 
ques de  Tournai,  M.  l'abbé  Coyette  pour  Saint- 
Sépulcre  d'Abbeville,  M.  le  comte  de  Marsy 
l'entreprend  pour  Saint-Jacques  de  Compiègne. 
La  première  partie  de  son  travail,  la  seule  publiée, 
est  consacrée  à  l'histoire  de  la  paroisse.  Il  est 
assez  rare  que  les  papes  soient  intervenus  dans 
la  délimitation  des  paroisses;  il  en  fut  ainsi  àCom- 
piègne.  En  IT99,  Innocent  III,  se  rendant  aux 
vœux  des  habitants,  délégua  par  un  bref  l'évêque 
de  Paris  et  l'abbé  de  Saint-Denis  pour  régler 
l'établissement  et  la  délimitation  des  deux  nou- 
velles paroisses,  sous  les  titres  de  Saint-Jacques 
et  de  Saint-Antoine.  Au  nombre  des  particula- 
rités historiques  relatées  par  M.  de  Marsy,  nous 
remarquons  ce  qui  concerne  la  célébration  de  la 
fête  du  patron.  Un  ancien  usage, conservé  jusqu'en 
161 3,  était  de  tirer  l'oison  sur  la  rivière,  après  en 
avoir  demandé  la  permission  à  l'abbé  de  Saint- 
Corneille,  auquel  appartenait  la  propriété  et 
seigneurie  de  la  rivière.  En  même  temps  les 
bourgeois  de  la  ville  avaient  pour  habitude  de 
placer  des  musiciens  au  haut  de  la  tour  de  l'église 
et  de  leur  faire  exécuter  des  morceaux  d'harmo- 
nie en  signe  de  réjouissance.  C'était  aussi  ce  jour- 
là  que  la  confrérie  de  Saint-Jacques  de  Compos- 
telle  représentait  divers  mystères  et,  entre  autres, 
/e  miracle  de  Monseigneur  saint  Jacques. 


Académie  de  Reims Le  soixante-quator- 
zième volume  de  ses  Mémoires  ne  contient  qu'une 
seule  notice  archéologique,  relative  aux  objets 
mérovingiens  trouvés  à  Luternay  en  1882,  et  qui 
sont  aujourd'hui  au  musée  de  Reims.  C'est  l'oeu- 
vre posthume  de  M.  Victor  Duquénelle,  dont  la 
célèbre  collection  est  aujourd'hui  la  propriété  de 
la  Ville.  Cet  antiquaire  a  enrichi  les  Mémoires  de 
l'Académie  de  plusieurs  travau.x,  mais  il  n'a  pu 
malheureusement  réaliser  son  projet  de  publier 
un  catalogue  descriptif,  raisonné  et  illustré,  du 
musée  dont  nous  avons  plusieurs  fois  admiré  les 
raretés.  Il  a  contribué, par  son  zèle, à  la  sauvegarde 
de  l'Arc-de-Triomphe,  de  la  mosaïque  des  pro- 
mcnades,à  la  conservation  du  tombeau  de  Jovin  et 
de  beaucoup  d'autres  antiquités  qui  sont  abritées 
dans  la  chapelle  basse  de  l'archevêché.  M.  Duqué- 
nelle s'est  fait  aimer  de  tous  par  ses  nombreuses 
qualités;  nous  les  résumerons  en  un  seul  mot,  en 
disant  avec  son  biographe,  M.  Jadart,  que  c'était 
un  chrétien  de  vieille  roche. 


Société  des  antiquaires  de  l'Ouest.-  Le  R. 
P.  de  la  Croix  fait  part  à  la  Société  d'une  décou- 
verte importante,  opérée  par  M.  Bourlaud,  entre- 
preneur à  Poitiers.  M.  Bourlaud  a  trouvé,  en 
creusant  les  fondations  d'une  maison  située  rue 
j    de  la  Tranchée,  vingt-et-un  sarcophages. 

Ce  sont  des  sépultures  chrétiennes  de  l'époque 
carlovingienne.  Le  R.  P.  de  la  Croi.x  les  a  relevées 

I  avec  le  plus  grand  soin.  Ces  tombeau.x,  enfouis  à 
une  profondeur  de  trois  mètres  au-dessous  du  sol 
actuel,  et  pressés  les  uns  contre  les  autres,  sont 
maintenant  complètement  dégagés.  Plusieurs 
avaient  déjà  été  brisés  ;  il  en  reste  encore  huit  ou 
neuf  qui  sont  intacts,  et  dont  les  couvercles  en  dos 
d'âne  plus  ou  moins  prononcé  sont  généralement 

^  ornés,  dans  toute  leur  longueur,  d'un  relief  en 
forme  de  croix  ;  sur  l'un  des  couvercles,  on  voit 

'  un  cercle  dont  le  centre  est  occupé  par  une  croix 
dix  la  figure  du  chrisme  est  gravée  à  la  pointe. 

I  —  M.  Ducrocq  fait  ensuite  une  communicati(.in 
verbale  sur  un  usage  funéraire  de  l'Ouest  de  la 
France.  Il  s'agit  des  boîtes  à  crânes  de  la  Bre- 
tagne armoricaine.  Ces  boîtes,  en  forme  d'arches, 
sont  surmontées  d'une  croix  avec  cette  inscrip- 
tion :  Ci-gît  le  chef  de  A'...,  et  la  date.  L^ne  petite 
ouverture  est  ménagée  sur  l'une  des  faces,  afin 
qu'on  puisse  voir  l'intérieur.  —  On  trouve  de  ces 
boites  dans  beaucoup  de  localités  du  Finistère  et 
des  Côtes-du-Nord.  Il  y  en  a  également  un  assez 
grand  nombre  dans  l'ancienne  cathédrale  de 
Saint-Pol-de-Léon  ;  dans  le  cimetière  de  la  même 
ville,on  rencontre, indépendamment  d'un  ossuaire, 
six  édicules  contenant  des  tablettes  couver- 
tes déboîtes.  Dans  le  Morbihan,  au  cimetière  de 
Carnac,  notamment,  il  n'y  a  que  des  boîtes  à 
squelettes.  C'est  un  usage  général  en  Bretagne 
que  celui  des  ossuaires.  On  les  place  quelquefois 
sous  les  porches  des  églises,  mais  plus  générale- 
ment dans  les  cimetières  ou  charniers.  Les  os- 
suaires ou  charniers  sont  parfois  encombrés,  et 
!  alors  on  profite  de  certaines  fêtes  pour  enlever 
'  le  trop  plein  et  rendre  les  ossements  à  la  terre.  De 
même,  lorsqu'il  n'y  a  plus  aucune  place  dans  le 
champ  des  morts  pour  de  nouvelles  inhumations, 
on  enlève  les  ossements  et  on  les  porte  à  l'os- 
suaire. C'est  ainsi  que  se  forment  les  charniers 
,  dont  M.  Ducrocq  a  constaté  partout  l'existence. 
'  Puis,  afin  d'éviter  la  promiscuité  de  ces  charniers, 
i  beaucoup  de  familles  recueillent  les  crânes  de 
leurs  défunts,  et  les  déposent  dans  les  boîtes  qui 
viennent  d'être  décrites.  M.  Ducrocq  termine  en 
montrant  que  les  ossuaires  bretons  sont,  à  la  fin 
du  XIX"^  siècle,  un  reste  des  antiques  charniers 
des  anciennes  nécropoles.  Il  en  donne  la  preuve 
en  mettant  sous  les  yeux  de  la  Société  la  curieuse 
planche  de  l'atlas  de  la  Statistique  monumentale 
de  Paris,  d'Albert  Lenoir,  qui  représente  le  char- 


Cratiaur   Des   %!Ocicté.s   sauantes 


235 


nier  du  cimetière  des  Innocents,  au  moment  de 
sa  suppression  et  de  son  transfert  aux  catacom- 
bes, en  1786. 

Société  archéologique   de   l'Orléanais.    — 

Kn  crépissant  à  neuf  la  façade  extérieure  d'une 
maison,  sise  rue  du  Poirier,  n"  6,  à  Orléans,  des 
maçons  ont  mis  à  découvert  un  bas-relief  en 
pierre,  qu'une  couche  épaisse  de  mortier  dérobait 
aux  rejjards.  C'est  une  représentation  de  l'Annon- 
ciation. Un  ange  en  pied,  aux  larges  ailes,  tête 
nue,  vêtu  d'une  robe  flottante  que  retient  une 
double  ceinture,  tend  les  bras  vers  la  Vierge,  et 
lui  présente  une  branche  de  lis.  La  Vierge,  age- 
nouillée sur  un  prie-Dieu,  tourne  la  tête  vers  le 
messager  du  ciel,  en  posant  la  main  droite  sur 
son  cœur  et  la  gauche  sur  un  livre  ouvert,  en 
signe  de  foi  dans  les  divines  Ecritures.  M.  Bou- 
cher de  Molandon,  consacre  une  notice  à  ce 
curieux  spécimen  des  enseignes  sculptées,  au 
moyen  desquelles  nos  pères  mettaient  leurs 
demeures  sous  la  protection  d'un  religieux  sou- 
venir. 

Société  des  scienceshistoriciues  del'Yonne. 

—  On  savait  fort  peu  de  choses  sur  le  sculpteur 
Michel  15ourdin  et  sur  ses  œuvres.  Mariette,  dans 
son  Abecedario,  ne  lui  consacre  pas  une  seule 
ligne.  M.  E.  Vaudin  établit  que  cet  artiste  est  né 
à  Orléans,  qu'il  a  refait,  sous  Louis  XIII,  à  Cléry, 
le  tombeau  de  Louis  XI  qu'avaient  détruit  les 
Huguenots,  qu'il  est  l'auteur  de  la  statue  d'Ama- 
don  de  la  Porte,  grand  prieur  de  France,  qu'on 
voit  au  musée  de  Versailles  et  du  tombeau  de 
Pierre  Dauvet,  à  Saint- Valérien,  près  de  Sens. 

Société  archéologique  de  la  Charente.  — 
M.  Lièvre  continue  ses  explorations  archéolo- 
giques dans  le  département  de  la  Charente.  La 
statistique  du  canton  d'Aigre  est  accompagnée 
de  cjuatorze  planches. 

—  M.  Marcel  Bourdin  a  donné  communication 
de  quatre  pièces  judiciaires  relatives  à  un  singu- 
lier usage  sur  le  balayage  des  églises,  usage  qui 
régnait  encore  dans  l'Angoumois  au  XVIII" 
siècle.  Par  la  première  pièce,  les  doyen  et  cha- 
noines du  Chapitre  de  l'église  cathédrale  de  Saint- 
Pierre  d'Angoulcme  adressent  une  requête  à  M. 
le  lieutenant-général  d'Angoumois,  pour  leur 
permettre  de  faire  appeler  devant  eux  les  .syndics, 
manants  et  habitants  de  la  paroisse  de  Soyaux, 
qui  sont  obligés,  toutes  les  veilles  des  bonnes 
fêtes  de  l'année,  de  venir  balayer  ladite  église 
cathédrale.  Cette  obligation  n'ayant  pas  été  rem- 
[)lie  pour  les  trois  dernières  fêtes,  ils  demandent 
quelcsdils  habitants  soient  condamnés  à  des  dom- 
mages-intérêts et  amendes  applicables  au.x  répa- 
rations de  l'église  de  Soyau.x,  et,  en  outre,  au.x 
frais  de  l'instance  ;  et  comme  la  fête  du  Cori)s  de 


Dieu  est  prochaine,  ils  voudraient  qu'il  leur  fût 
enjoint  de  venir  incessamment  balayer  ladite 
église,  sous  peine  de  trente  livres  d'amende.  La 
deuxième  pièce,  signée  Haulier,  lieutenant-géné- 
ral d'Angoumois,  en  date  du  2  juin  1676,  cons- 
tate que  les  syndics,  manants  et  habitants  de  la 
paroisse  de  Soyaux  ont  été  condamnés  à  balayer 
ladite  église,  sous  peine  de  10  livres  d'amende,  le 
tout  conformément  à  un  titre  du  20  mai  1583.  La 
troisième  pièce  est  la  copie  d'un  arrêt  de  la  cour 
présidiale  d'Angoumois,  du  14  septembre  1684, 
rendu  entre  les  doyen  et  chanoines  du  chapitre 
de  la  cathédrale  d'Angoulême,  représentés  par 
Vivier  de  la  Barrière,  leur  procureur,  et  les  syn- 
dics et  habitants  de  la  paroisse  de  Soyaux,  repré- 
sentés par  Caillot,  leur  procureur,  et  enjoignant 
à  ces  derniers  de  balayer  ladite  église,  les  veilles 
des  quatre  fêtes  annuelles  et  d'y  porter  des  fleurs 
pour  l'orner  le  jour  de  la  Pentecôte  de  chaque 
année.  Les  habitants  de  Soyau.x  n'obéirent  pas 
longtemps  à  cet  arrêt,  car  une  nouvelle  requête 
fut  faite  au  lieutenant-général  d'Angoumois,  le 
23  août  17 14,  et,  le  i'^''  septembre  de  la  même 
année,  le  sieur  Héraud,  huissier  de  la  maréchaus- 
sée d'Angoumois,  les  cita  à  comparaître  à  hui- 
taine franche,  par  devant  les  juges  ordinaires  de 
la  sénéchaussée  et  siège  présidial  d'Angoumois. 

Société  archéologique  d'Avranches.  — 
Cette  Société  s'occupe  souvent  de  la  ville  de  Jer- 
sey qui,  par  son  passé,  appartient  à  la  Erance. 
Les  touristes,  conduits  par  des  guides  peu  intel- 
ligents, ne  connaissent  guère  que  des  églises  des 
quatre  derniers  siècles,  n'offrant  qu'un  médiocre 
intérêt.  Ce  sont  les  chapelles  des  manoirs  qui 
doivent  attirer  plus  particulièrement  l'attention 
des  antiquaires,  et  on  ne  peut  les  visiter  qu'avec 
l'agrément  de  leurs  propriétaires.  M.  Le  Héricher 
a  exploré  tous  ces  monuments,  et  il  constate  que 
les  plus  anciens,  de  construction  romane,  sont  la 
chapelle  du  manoir  de  Saumarès,  celle  du  manoir 
de  Rozel  et  la  Chapelle-ès-pêcheurs  de  Saint- 
Brelade. 

Société      d'émulation       d'Abbeville.      — 

M.  Vaillant  présente  une  cuillère  antique  dont  la 
hampe  est  ornée  d'un  petit  personnage  qui  sem- 
ble être  la  figure  de  l'apôtre  saint  Jacques. 
Ne  serait-ce  pas,  suppose  M.  Vaillant,  l'imitation 
de  l'usage,  d'après  lequel,  en  .\ngleterre,  une 
mariée  recevait  douze  cuillères  portant  l'image 
de  chacun  des  apôtres,  transformation  probable 
des  douze  deniers  du  mariage.' 

—  M.  Van  Robais  entretient  la  Société  de  la 
découverte  de  divers  objets  de  parure  en  bronze, 
réunis  en  cercle,  découverts  à  Villers-sur-Authie. 
M.  Prarond  leur  suppose  une  origine  Scandinave, 
en  insistant  sur  leur   parfaite  analogie  avec  les 


REVUE   DE  l'art  CHRÉTIEN. 
l8Sj.    —     2™=    LIVRAISON. 


236 


iRe\)uc   De    rart    cbrcticn. 


types  observés  par  lui  dans  les  musées  de  Copen- 
hague et  de  Stockholm.  M.  Van  Robais  uicline- 
rait  lui-même  vers  l'importation  Scandinave,  ex- 
plicable d'ailleurs  par  les  fréquentes  incursions 
des  pirates  du  Nord  sur  les  cotes  du  Ponthicu; 
mais  il  fait  observer  que  M.  de  Mortillet,  con- 
sulté à  ce  sujet,  s'en  tient  à  l'attribution  générale 
à  l'âge  du  bronze,  en  assimilant  ces  objets  avec  les 
bracelets,  les  anneaux,  les  épingles,  etc.  décou- 
verts dans  les  lacs  de  Suisse. 

Association  française  pour  l'avancement 
des  sciences.  —  Cette  association  a  fourni  les 
fonds  nécessaires  pour  exécuter  des  fouilles  dans 
les  environs  de  Clermnnt  (Landes).  Divers  ar- 
chéologues, sous  la  direction  de  M.  Teslut,  de 
Bordeaux,  et  Dufourcet,  vice-président  de  la 
Société  de  Borda,  se  sont  transportés  dans  les 
landes  de  Clermont  et  ont  fouillé  les  nombreux 
Tujiinli  qui  se  dressent  dans  cette  région.  Des 
constatations,  très  précieuses  au  point  de  vue 
archéologique,  ont  été  faites  et  seront  l'objet  d'un 
mémoire  que  MM.  Teslut  et  Dufourcet  se  propo- 
sent de  présenter  au  prochain  congres  de  Gre- 
noble. 

J.C. 


Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres. 

—  Séance  du  5  septembre  1S84.  M.  L.  Delisle  lit  un  mé- 
moire sur  les  sacramentaires  de  l'époque  carolingienne,  et 
sur  l'école  calligraphique  de  Tours  du  IX'=  siècle. 

Séance  du  31  novembre.  ÎVL  Ed.  Leblant  communique 
l'introduction  de  son  ouvrage  sur  les  sarcophages  chré- 
tiens de  la  Gaule. —  11  insiste  sur  ce  point,  que  les  modèles 
de  l'époque  païenne  étaient  encore  en  usage  dans  les 
ateliers  où  l'on  sculptait  les  sarcophages  chrétiens  h 
l'époque  mérovingienne.  Ce  fait  a  déroute  les  archéolo- 
gues du  siècle  dernier  qui  bien  souvent  ont  cherché  à 
expliquer  par  la  mythologie  des  scènes  représentées  sur 
des  sarcophages  dont  ils  ont  méconnu  le  caractère  chrétien. 

On  ne  siétonnera  pas,  après  cela,  d'entendre  Tertullien 
reprocher  amèrement  au.\  artistes  de  travailler  pour  les 
idoles.  La  fréquence  des  sujets  païens  sur  les  tombeaux 
chrétiens  a  conduit  les  archéologues  du  siècle  précédent, 
moins  circonspects  ou  moins  bien  renseignés  que  nos  con- 
temporains, à  confondre  des  scènes  manifestement  bi- 
bliques avec  des  scènes  empruntées  à  l'antiquité  classique. 
Les  apôtres  sont  devenus  des  savants  :  Moïse,  frappant 
le  rocher  de  sa  baguette,  a  paru  un  sorcier;  la  résurrec- 
tion de  Lazare,  un  sacrifice  aux  dieux  lares  ;  Jonas  vomi 
par  la  baleine,  un  homme  luttant  contre  un  énorme  dra- 
gon, etc. 

La  société  reçoit  de  nouvelles  et  nombreuses  adhésions 
à  sa  démarche  pour  la  conservation  des  monuments 
historiques  dans  les  colonies  et  possessions  françaises. 

M.  Courajod  communique  à  la  Société  une  statuette  de 
bronze  de  la  Renaissance  italienne,  appartenant  à  M.  Ch. 
Pultzky,  de  Pesth  (Hongrie).  Cette  statuette,  qui  repré- 
sente David  vaiiigueiir,  serait,  d'après  I\L  Courajod,  une 
reproduction  du  Da-tùd  mnAeM  par  .Michel-.'Xnge  d'après 
la  commande  qui  lui  en  était  faite  en  1502,  par  la  répu- 
blique florentine,  et  dont  la  trace  était  perdue  depuis  le 
milieu  du  W'II''  siècle. 


Le  même  membre  lit  une  note  sur  deux  manuscrits  de 
la  bibliothèque  de  \'ienne  (.Autriche,'.  Le  premier  est  un 
traité  dédié  à  Marguerite  d'.\utriche,  duchesse  de  Savoie, 
orné  de  miniatures  françaises,  rédigé  en  français  par  un 
jurisconsulte  napoli  tain,  Michel  Riz,  membre  du  parlement 
de  Paris  sous  Louis  XII.  Le  second  est  une  traduction 
française  de  \ Histoire  des  Juifs.,  de  Josèphe,  splendide- 
ment illustrée  de  miniatures,  datée  de  1463,  et  attribuée  à 
un  auteur  imaginaire,  le  moine  Requier.  M.  Courajod 
établit  que  ce  nom  de  Requier,  qu'il  faut  rayer  de 
l'histoire  littéraire  de  la  France,  provient  d'une  lecture 
inattentive  d'un  discours  en  vers  adressé  par  l'auteur 
inconnu  au  lecteur. 

Séance  du  16  Janvier.  —  AL  Robert  de  Lasteyrie 
communique  un  mémoire  dans  lequel  il  recherche  l'ori- 
gine d'un  ouvrage  d'ancienne  orfèvrerie  française.  11 
s'agit  d'une  croix  à  double  traverse,  ornée  de  pierres 
précieuses,  d'une  pierre  gravée,  de  perles,  et  filigranéc. 
Elle  a  certainement  servi  de  relitiuaiie  et  devait  renfer- 
mer du  bois  de  la  \'raie  Croix.  La  pièce  qui  la  termine 
indique  qu'elle  pouvait  êtie  fixée  h  une  hampe,  afin  sans 
doute  d'être  portée  processionnellemcnt  dans  certaines 
fêtes.  Elle  appartient  présentement  .'i  l'église  de  Gorre, 
paroisse  de  l'ancienne  province  du  Limousin.  Les  restes  de 
l'ancienne  orfèvrerie  de  Limoges  sont  nombreux  aux 
environs  de  cette  ville.  Cela  suppose  une  abondance  de 
production  considérable,  des  ateliers  remplis  d'artistes  et 
d'ouvriers.  L'abbé  Texier  s'est  occupé,  il  y  a  trente  ans, 
de  relever  l'existence  de  ces  beaux  restes  d'une  florissante 
industrie  d'art.  Depuis  lors,  il  n'en  a  plus  été  question.  11 
n'est  pas  inutile  de  signaler  aux  antiquaires  les  richesses 
qui  gisent  ignorées  dans  beaucoup  d'églises  de  la  Haute 
Vienne,  de  la  Creuse  et  de  la  Corrèze. 

La  belle  croix  de  Gorre  provient  de  l'abbaye  de  Grand- 
mont,  dont  le  trésor  fut  dispersé  en  1790.  Heureusement, 
nous  possédons  un  inventaire  détaillé  de  ce  trésor  et  la 
croix  à  double  traverse  dont  il  s'agit  y  est  décrite  d'une 
façon  qui  ne  laisse  aucune  place  au  doute.  Plusieurs  autres 
documents  de  l'abbaye,  nous  permettent  de  suivre  l'his- 
toire de  cette  croix  jusqu'aux  dernières  années  du  XV 
siècle,  jusqu'en  1495.  S'il  fallait  en  croire  le  plus  grand 
nombre  des  archéologues,  notamment  Didron,  Labarte, 
Barbier  de  Montault,  la  double  traverse  est  toujours  dans 
une  croix  l'indice  d'une  origine  orientale.  C'est  un  principe 
qui  a  été  parfois  poussé  juscjue  dans  le  voisinage  de  l'ab- 
surde ;  par  exemple,  lorsque  sur  une  croix  à  double  tra- 
verse on  trouvait  un  travail  évidemment  occidental,  on 
supposait  que  la  pièce,  rapportée  de  Constantinople,  avait 
été  ornée  par  des  artistes  italiens  ou  français.  Tel  n'est 
pas  l'avis  de  M.  R.  de  Lasteyrie  ;  il  admet  qu'après  les 
Croisades  nos  artistes  ont  pu  s'inspirer  des  ouvrages  by- 
zantins qu'ils  avaient  sous  les  yeux  et  reproduire  la  forme 
de  la  croix  à  double  traverse.  Quant  à  la  présence  des 
filigranes  sur  la  croix  de  Gorre,  elle  ne  prouve  nullement 
l'origine  byzantine  de  la  pièce:  nos  artistes,  aux  XIH'', 
XI\'"-et  XX'*^^  siècles,  ont  certainement  pratiqué  ce  mode 
d'ornementation.  Dès  lors,  il  devient  vraisemblable  C|ue 
la  croix-reliquaire  de  Gorre,  anciennement  placée  dans  le 
trésor  de  l'abbaye  de  Grandmont,  provient  d'un  atelier 
artistique  de  la  contrée  ;  et  cela  nous  amène  à  en  faire 
honneur  à  l'orfèvrerie  de  Limoges  du  .X^'^ou  du  XX'"-" 
siècle.  Sur  cette  croix  une  pierre  gravée  est  enchâssée  ; 
l'artiste  y  a  représenté  un  cavalier  combattant  contre  deux 
lions.  Dans  sa  main  gauche  il  tient  un  arc,  dans  sa  droite 
une  épée  courte.  Le  travail  est  barbare  ;  on  y  reconnaît 
l'art  persan  de  l'époque  des  Sassanides.  La  pierre  a  dû 
être  rapportée  d'Orient  au  temps  des  Croisades  et  confiée 
à  l'orfèvre  limousin  qui  en  a  orné  la  croix  de  Gorre. 

S.  E.  le  Cardinal  Lavigerie  vient  de  décliner 
le  titre    de  membre  de    l'Académie  des   Inscrij;- 


Cratiaur    Des    Sociétés    saoantcs. 


237 


tions  et  Belles-Lettres.par  un  sentiment  de  haute 
délicatesse. 

«  Au  fond,  écrit  l'archevêque  de  Carthage  à  M.  le  secré- 
taire perpétuel,  je  ne  suis  qu'un  missionnaire  ;  mes 
autres  titres  ne  valent  que  par  celui-Iîi.  Or,  si  un  mission- 
naire doit  tant  recevoir,  puisqu'il  manque  de  tout,  il  est  des 
choses  qu'il  ne  doit  pas  solliciter.  Pour  faire  une  brèche 
dans  la  barbarie,  j'ai  dû  m'entourer  d'une  légion  d'apôtres. 
Dans  la  lutte  engagée  à  l'intérieur  de  notre  Afrique,  onze 
d'entre  eu.\  ont  dé)à  versé  leur  sauL""  ;  d'autres  ont  suc- 
combé à  la  fatigue  et  à  la  maladie.  ()ue  dirait-on  de  moi, 
si,  pendant  C[ue  les  miens  ne  cherchent  que  les  palmes 
du  tnartyre,  on  ne  me  voyait  briguer  C|ue  les  palmes  de 
l'Institut.'  » 

On  sait  qu'à  ses  heures  et  au  milieu  de  ses  autres  tra- 
vaux, le  cardinal  s'occupe  de  tout  ce  qui  intéresse  la 
science  historique  et  archéologique  dans  les  régions  dont 
il  est  chargé,  en  qualité  de  délégué  du  .Saint-Siège.  C'est 
ainsi  qu'il  y  a  quelques  années  il  a  fait,  sur  la  demande  de 
M.  Rossi,  le  savant  conservateur  des  catacombes  de  Rome, 
des  recherches  couronnées  d'un  heureux  résultat  sur  les 
anciens  cimetières  chrétiens  de  l'.Afrique,  si  différents  de 
ceux  de  Rome,  et  sur  la  manière  dont  les  fidèles  persé- 
cutés sous  les  premiers  Empereurs,  s'en  servaient  pour 
leurs  réunions  et  pour  la  célébration  de  leur  culte  proscrit. 

A  l'époque  de  l'occupation  de  la  Tunisie,  il  a,  par  une 
lettre  publique  qui  était  une  sorte  de  traité  sur  la  matière, 
appelé  l'attention  de  l'Académie  des  Inscriptions  et 
Belles-Lettres  et  par  elle,  celle  du  ministère  de  l'Instruction 
publique,  sur  la  nécessité  de  créer  une  mission  et  un  mu- 
sée à  Carthage. 

Lui-même  avait  fait  ce  que  pouvaient  permettre  les 
ressources  d'un  particulier.  Il  avait  racheté  ce  ciui  restait 
des  ruines  de  l'Amphithéâtre,  du  Circjue,  du  Théâtre,  du 
Temple  de  la  déesse  Céleste,  des  anciens  cimetières  chré- 
tiens. Mais  il  déclare  être  à  bout,  et  il  signe  curieusement 
sa  lettre:  Docteur  de  la  Faculté' des Le/tres  de  Paris,  dcteur 
en  droit  civil,  docteur  en  droit  canonique,  docteur  en  théo- 
logie, mais  liélas .'  pas  docteur  en  finances. 


Archives  historiques  delà  Saintonge  et  de 
l'Aunis. —  Le  tome  XII  renferme:  1°  Docu- 
ments extraits  des  registres  du  Trésor  des  Chartes 
relatifs  à  l'histoire  de  la  Saintonge  et  de  VA  unis 
(1301-1321)  publiés  par  M.  Paul  Guérin,  archi- 
viste au.K  Archives  nationales  ;  2°  Histoire  de 
r abbaye  de  Notre-Dame  hors  les  murs  de  la  ville 
de  Saintes,  écrite  d'après  la  traduction  du  cartu- 
laire  par  le  frère  Boudet,  Bénédictin  de  Saint-Jean 
d'Angély  (i 047-1 791),  documents  publiés  par 
M.  Louis  Audiat  ;  3°  La  Fronde  à  Cog/iac,  (16^,0- 
1657),  pièces  publiées  par  M.  Jules  Pellisson, 
avocat  à  Cognac,  bibliothécaire  de  la  ville.  Ce 
volume  ne  démentira  nullement  cette  apprécia- 
tion de  M.  Henri  Stein  dans  sa  piquante  bro- 
chure intitulée  :  Le  Congrès  des  Sociétés  savantes 
(V.  Revue  de  l'Art  chrétien,  1885,  p.  112).  «  La 
jeune  association,  qui  parait  remplir,  à  mon  sens, 
les  meilleures  conditions  d'avenir  et  de  prospérité, 
serait  la  Société  des  Archives  historiques  de 
la  Saintonge  et  de  l'Aunis.  » 

Les  pièces  publiées  par  M.  P.  Guérin  forment 
un  ensemble  complet  de  ce  que  le  Trésor  des 
Chartes  renferme  sur   les  deux   provinces  dont 


!  Saintes  et  La  Rochelle  furent  les  capitales,  pour 
la  seconde  moitié  du  règne  de  Philippe  le  Bel  et 
pour  les  règnes  entiers  de  Louis  X  et  de  Philippe 
le  Long.  Parmi  les  renseignements  nouveaux 
qui  se  dégagent  de  ce  premier  recueil  de  docu- 
ments extraits  des  Archives  nationales,  on  remar- 
que ceu.x  où  l'histoire  des  communes,  celles  de 
Saint-Jean  d'Angély  et  de  La  Rochelle  en 
particulier,  ainsi  que  l'histoire  des  abba}-es,  des 
grands  fiefs  et  des  principales  familles  de  l'Auni.s 
et  de  la  Saintonge,  se  trouve  largement  repré- 
sentée. 

L' Histoire  de  l'abbaye  de  N.-D.  hors  les  murs 
de  la  ville  de  Saintes  avait  été  déjà  mise  à  profit 
par  M.  l'abbé  Joseph  Rriand  dans  son  Histoire 
de  l'église  Santone  (3  vol.  in-8°).  M.  Audiat  donne 
le  texte  complet  de  l'œuvre  de  Dom  Joseph 
Marie  Boudet. Dans  le  Mélange  et  dans  les  Lettres 
diverses  on  trouve,  à  côté  de  documents  du  moyen 
âge,  quelques  documents  modernes,  parmi  les- 
quels on  distinguera  une  Description  de  La 
Rochelle  en  1621,  qui  avait  été  envoyée  à  Peiresc, 
et  qui  a  été  retrouvée  à  Carpentras. 

Comité  archéologicjue  de  Senlis.  —  Le  der- 
nier volume  des  Comptes  rendus  et  Mémoires 
(t.  VIII,  — année  1882-83)  contient  la  relation 
d'une  ]:)romenade  archéologique  à  la  belle  abba}-e 
de  Saint-Luc  que  restaure  M.  Selmershcim,  à 
l'église  de  Précy,  monument  déparé  par  d'odieux 
vitraux,  mais  riche  de  plusieurs  beaux  ouvrages 
de  sculpture,  (notamment  une  sedes  sapientiœ  du 
XIIL  siècle  et  un  retable  de  la  même  époque)  ;  à 
Crou}--en-Thelle,  où  l'on  voit  une  église  du 
XI<=  siècle  ;  enfin  à  Xeuilly-en-Thelle,  terme  de 
l'excursion.  —  Au  retour  on  visita  à  PVesnoy,  une 
église  encore  en  partie  romane  ;  Belle-Eglise,  la 
bien  nommée  ;  Chambly,  dont  on  relève  les  belles 
voûtes  du  XIV'^  siècle,  ébranlées  par  le  temps, 
et  le  prieuré  roman  de  Saint-Aubin. 

]\I.  G.  Guérin  consacre  une  courte  notice  à 
l'église  de  Cinqueux,  un  des  plus  anciens  édifices 
de  l'Oise,  déplorablement  détérioré.  Cette  église 
conserve  une  voûte  lambrissée,  une  Vierge  assise 
du  XI L'  siècle,  quantité  de  pièces  artistiques  de 
valeur,  objets  de  peu  de  soins. 

Le  même  écrivain  élégant,  si  agréable  à  lire, 
émet  touchant  la  peinture  sur  verre  des  principes 
très  justes  ;  mais  nous  ne  pouvons  partager  toutes 
ses  appréciations  en  ce  qui  concerne  les  préten- 
dus défauts  de  dessin  qu'il  impute  aux  artistes 
du  moyen  âge.  Il  semble  ne  pas  comprendre  ce 
qu'il  y  a  de  voulu,  de  réellement  beau  et  grand 
dans  l'archaïsme  des  anciens,  et  trop  attendre  de.s 
progrès  modernes  au  point  de  vue  du  dessin.  Il 
proclame  avec  Victor  Orsel,  que  l'Art  chrétien  se 
résume  dans   cette  formule:  Baptiser  l'art  grec. 


238 


Ectjuc    oc    part    cOrcticn. 


Erreur  !  Les  maîtres  des  grands  âges  chrétiens 
n'ont  pas  greffé  leurs  conceptions  religieuses  sur 
le  type  grec.  Ils  ont  créé  de  toutes  pièces  des 
œuvres  comparables  à  des  enfants  issus  du  sang 
chrétien, plutôt  qu'à  des  païens  baptisés.  Aucun  art 
ne  fut  plus  autochthone  que  le  leur.  Quant  «  aux 
progrès  de  la  chimie  moderne  qui  ont  étendu  à 
l'infini  la  palette  du  verrier  »,  ces  artistes  s'en  sont 
assez  bien  passés.  Et  ne  les  blâmons  pas  trop,  ne 
fût-ce  que  pour  cette  raison,que  sans  eux  et  leurs 
idées  «  hiératiques,  >>  nos  grands  dessinateurs  du 
XIX<=  siècle  ne  soupçonneraient  peut-être  pas 
cette  chose  splendide  qu'on  appelle  un  véritable 
vitrail.  Distinguons,  de  grâce,  entre  les  progrès  du 
dessin,  et  cet  abus  que  l'on  peut  faire  des  effets 
trop  matériels  dans  l'art  monumental. 

M.  l'abbé  EcoUe,  qui  a  la  stupéfaction  facile,  se 
figure  bien  à  tort,  d'après  nous,  que  c'est  par  un 
progrès  réel  que  le  dessin  des  draperies  «  très 
raide  à  l'origine,  va  toujours  s'adoucissant  aux 
époques  suivantes  »,  et  jusqu'à  atteindre  au 
XV 1'=  siècle  «  une  souplesse  admirable  ».  Cette 
souplesse-là  avait  à  ce  moment  tué  l'art  monu- 
mental delà  vitrerie  en  couleur  ;  le  vitrail,  même 
dans  les  mains  de  grands  artistes,  était  devenu  un 
tableau,  c'est-à-dire  un  non-sens. 

Il  y  a  une  certaine  fermeté  de  trait, une  certaine 
dignité  d'attitude,  une  sobriété  solennelle  de 
détails,  un  cachet  puissant  et  expressif  des  figures, 
dont  nos  ancêtres  avaient  le  secret;  n'y  voient  que 
raideur,  ceux  qui  veulent  refaire  l'œuvre,  ratée 
d'après  eux,  du  XI H«:  siècle,  avec  les  procédés 
perfectionnés  de  l'Académie  moderne  !  Nous  les 
attendons  à  l'œuvre. 

Société  française  d'Archéologie.  —  La  So- 
ciété française  d'Archéologie,  fondée  en  1833  par 
M.  de  Caumont,  et  qui  a  son  siège  à  Caen,  vient 
d'élire  pour  directeur  quinquennal,  M.  le  comte 
de  Marsy  de  Compiègne,  en  remplacement  de 
M.  Léon  Palustre,  le  savant  auteur  de  La  Re- 
naissance en  France,  dont  le  mandat  touchait  à 
son  terme  et  qui  n'en  a  pas  voulu  accepter  le 
renouvellement  afin  de  se  consacrer  entièrement 
à  l'œuvre  magistrale  qu'il  a  entreprise. 

M.  Léon  Palustre  a  reçu  le  titre  de  directeur 
honoraire. 

h.\ç.c\' Avenir  du  Calvados  <\\i\  nous  apprend 
cette  nouvelle,  nous  félicitons  sincèrement  la  so- 
ciété du  choix  qu'elle  a  fait.  M.  de  Marsy  est  un 
ancien  élève  de  l'école  des  Chartes,  où  il  a  été  le 
disciple  des  Quicherat,  des  Guéssard,  des  Tardif. 
Ses  nombreuses  publications  sur  les  sujets  les 
plus  variés  sont  marquées  au  coin  d'une  érudition 
sans  pédanterie  et  d'une  critique  du  meilleur 
aloi.  Elles  ont  été  hautement  appréciées  en 
l'rance    et   à    l'étranijer    et  ont    ouvert  à    leur 


auteur  les  portes  d'un  grand  nombre  de  sociétés 
savantes. 

Depuis  plus  de  vingt  ans,  M.  de  Marsy  a  pris 
une  part  active  à  tous  les  congrès  archéologiques 
et  scientifiques  et  a  parcouru  l'Europe  presque 
entière,  l'Égj'pte  et  la  Terre-Sainte,  rapportant 
de  ses  voyages  des  notes  intéressantes  qu'il  a  su 
habilement  mettre  en  œuvre,  en  même  temps 
qu'il  nouait  d'utiles  relations  avec  l'élite  des 
érudits  et  des  antiquaires.  Nul  n'était  donc  plus 
apte  ni  mieux  préparé  à  prendre  la  direction 
d'une  Société  qui  restera  la  plus  importante  des 
créations  de  notre    émincnt  compatriote. 

Succéder  à  des  hommes  tels  que  MM.  de 
Caumont  et  Léon  Palustre  dans  la  présidence 
d'une  association  qui  s'étend  sur  toute  la  P'rance, 
organiser  chaque  année  un  congrès  archéolo- 
gique, diriger  le  Bulletin  monuviental,  ce  recueil 
si  justement  estimé  qui  compte  déjà  cinquante 
volumes.c'est  là  une  entreprise  délicate  qui  exige, 
pour  être  menée  à  bonne  fin,  les  aptitudes  les 
plus  diverses,  un  zèle  sans  bornes,  un  dévoue- 
ment de  tous  les  instants.  Ceux  qui  connaissent 
M.  le  comte  de  Marsy  ne  s'en  effraient  ni  pour 
lui,  ni  pour  la  Société  d'Archéologie,  car  ils 
savent  bien  qu'il  est  à  la  hauteur  de  la  tâche. 

Académie  royale  des  sciences  de  Belgique. 
—  M.  A.  Castan  est  un  chercheur  heureu.K,  et  la 
Belgique  lui  doit  bien  des  pages  de  son  histoire 
artistique.  Les  comptes  de  la  pompe  funèbre  de 
Philippe  le  Beau,  roi  de  Castillc,  qui  eut  lieu  à 
Malines,  en  1507,  et  des  pièces  d'une  procédure 
qui  eut  lieu  à  Bruxelles  en  1548,  lui  permettent 
de  compléter  ce  que  M.  A.  Siret  avait  déjà  fait 
connaître  sur  Jean  et  Jacques  Van  Battele,  pein- 
tres namurois  d'histoire,  de  miniatures  et  de 
portraits. 

Jean  Van  der  Wyckt,  surnommé  Van  Battele, 
naquit  vers  1488;  son  père  Jacques,  qui  devint 
peintre  de  l'empereur,  comptait  dès  1520  et  jus- 
qu'en 1532  parmi  les  fourriers  de  la  maison  de 
Charles- Quint.  Il  fut  vers  cette  époque  mandé  à 
Gandpour  les  obsèques  des  rois  d'^Vngleterre  etde 
F"rance;  il  s'intitule  dans  cette  circonstance  «pein- 
tre de  l'empereur  ».  Sa  signature  consiste  en  un 
monogramme  composé  des  lettres  I  et  W. 

Pour  la  décoration  des  pompes  funèbres,  Jean 
et  Jacques  Van  Battele  avaient  à  Bruxelles  un 
rival  qui  leur  fut  au  moins  préféré  un  jour  :  c'était 
Roland  Maille.  Le  gouvernement  lui  confia  en 
1539,  la  décoration  de  l'église  de  Sainte-Gudule 
pour  la  cérémonie  funèbre  en  l'honneur  de  l'im- 
pératrice i^lisabeth. 

—  Monsieur  Henri  Ilymans  tlonne  une  note 
sur  le  voyage  que  fit  Albert  Durer  en  1520,  et  sur 
le  portrait  de  Bernard  Van  Orley  qu'exécuta  ce 


CraDaur   Des   Sociétés   savantes, 


239 


grand  artiste.  Entre  les  nombreux  artistes  avec 
lesquels  nous  voyons  Albert  Durer,  dans  ses 
notes  de  voyage,  entrer  en  relations  pendant  son 
séjour  aux  Pays-Bas,  figurent  notamment  Pati- 
nier,  Lucas  de  Leydc  et  Bernard  Van  Oriey.  Sa 
rencontre  avec  Lucas  de  Leyde  donna  naissance 
à  un  portrait  dessiné,  longtemps  perdu  et  dont 
M.  Hymans  a  signalé  déjà  l'existence  au  musée 
de  Lille. 

Ses  relations  avec  Bernard  Van  Orley  furent 
particulièrement  cordiales.  «  J'ai  fait,  dit-il,  au 
fusain,  le  portrait  de  maître  Bernard,  le  peintre 
de  madame  Marguerite.  »  La  galerie  royale  de 
Dresde  possède  sous  le  n°  1859  un  portrait  peint 
par  Durer  qui  n'est  autre  que  celui  de  maître 
Bernard.  C'est  ce  qu'avait  avancé  déjà  en  1882 
M.  Ephrussi  dans  son  ouvrage  consacré  aux  des- 
sins d'Albert  Durer;  c'est  ce  que  M.  Hymans 
s'attache  à  établir  aujourd'hui  par  des  preuves 
tirées  d'une  inscription  que  porte  la  lettre  tenue 
en  mains  par  le  personnage  du  tableau  de 
Dresde. 

—  La  séance  publique  du  26  octobre  a  été  mar- 
quée par  un  discours  de  M.  Slingcneycr,  ayant 
pour  sujet  la  raison  d'être,  et  l'indispensable 
nécessité  de  la  peinture  d'histoire  et  de  la  sta- 
tuaire monumentale. 

L'art  décoratif,  proclame  l'éminent  directeur 
de  la  classe  des  Beaux-Arts,  est  la  vraie  raison 
d'être  de  la  grande  peinture.  Les  chefs-d'œuvre 
de  l'école  flamande  ont  été  commandés  par  les 
pouvoirs  religieux  et  civils  pour  les  édifices 
publics.  «  Il  ne  suffisait  pas  que  ces  toiles  innom- 
brables répandissent, dans  les  masses  populaires, 
le  goût  et  le  respect  de  scènes  dans  lesquelles  de 
mystérieuses  abstractions  :  Dieu,  religion,  huma- 
nité, patrie,  famille,  s'affirmaient  vivantes,  palpa- 
bles,incarnées  dans  des  types  sans  cesse  coudoyés. 
Elles  étaient  encore  constamment  multipliées 
et  vulgarisées  par  les  arts  décoratifs  en  pleine 
floraison.  >■ 

Selon  M.  Slingeneyer  «  une  époque  qui  ne 
crée  pour  la  plus  haute  expression  de  l'art  que 
des  musées  et  des  galeries  d'exposition  pério- 
diques est  une  époque  essentiellement  anti-artis- 
tique »  et  il  ajoute  avec  infiniment  de  raison  : 
«  L'alliance  intime  et  sérieuse  de  l'architecture, de 
la  sculpture  et  de  la  peinture  est  indispensable  à 
la  perfection  et  au  maintien  de  l'art  monumen- 
tal. »  «  Une  œuvre  d'art  de  notable  envergure 
réclame  le  cadre  de  l'édifice  public.  »  Nous  lui 
empruntons  encore  ces  considérations  pleines  de 
justesse  :  «  Une  église,  un  palais  des  beaux-arts, 
un  hôtel  de  ville,  une  bourse  de  commerce,  un 
palais  de  justice,  un  panthéon  national,  aussi  bien 
qu'une  halle,  une  bibliothèque,  un  conservatoire, 
une  académie,  une  école,  un   hospice,  un  hôpital, 


une  caserne,  en  un  mot,  un  foyer  d'attraction 
sociale  ou  de  vitalité  collective  quelconque,  per- 
mettent au  peintre  et  au  sculpteur  de  retracer 
une  scène  ou  de  modeler  un  groupe  pour  un 
centre  déterminé  d'idées  et  sur  des  données  pré- 
cises. Maîtres  des  conditions  matérielles,  des  mi- 
lieux d'éclairage  et  des  accidents  favorables  ou 
fâcheux  d'un  emplacement  connu,  les  artistes 
n'auront  à  redouter  aucun  mécompte  futur.  Ils 
pourront  en  conséquence  donner  libre  essor  à 
leur  puissance  de  concept  et  à  leurs  facultés  per- 
sonnelles. En  dehors  de  ces  conditions,  que 
devient  la  raison  d'être  d'une  statue  héroïque,  ou 
d'une  page  d'histoire  fiévreusement  élaborée  et 
que  le  gouvernement  ne  saura  où  placer?  >)  C'est 
le  langage  du  bon  sens,  et  ces  vérités  sont  telle- 
ment claires,  qu'il  semble  presque  naïf  de  les 
exprimer;  et  pourtant  tout  le  monde  y  recon- 
naîtra l'antithèse  et  la  condamnation  de  la  pra- 
tique du  jour,  inondant  nos  salons  de  statues  et 
de  tableaux,  qui  sont  des  objets  encombrants 
ailleurs  que  dans  l'atelier  ou  la  galerie  d'un 
musée. 

L'orateur  fait  appel  à  l'État,  qu'il  nomme  par 
euphémisme  Xhcritier  •<  des  biens  de  ces  fabri- 
ques d'église,  abba)^es,  communautés,  institutions 
charitables,  gildes,  confréries  et  institutions  qui 
commandaient  aux  maîtres  d'autrefois  ces  subli- 
mes pages  de  peinture  flamande,  etc.  >> 

Quelle  gloire  si  l'État,  par  ses  encouragements, 
relevait  la  grande  peinture!  M.  Slingeneyer  ne 
va  pas  jusqu'à  demander  au  Gouvernement  de 
bâtir  des  monuments  pour  permettre  au.x  artistes 
de  s'y  exercer  au  grand  art,  mais  c'est  la  conclu- 
sion qui  semble  résulter  de  sa  péroraison/;^  doiiio 
siiû,  nous  voulons  dire  pour  la  future  université 
artistique  d'Anvers,  à  laquelle  serait  réservée  la 
mission  patriotique  de  ressusciter  le  grand  art. 

—  L'Académie  d'archéologie  de  Belgique,  à 
Anvers,  se  propose  de  créer  à  l'occasion  de  ladite 
exposition,  une  fédération  des  sociétés  d'archéo- 
logie; elle  demande,  à  ce  sujet,  la  coopération  de 
l'Académie. 

Commission  royale  d'art  et  d'archéologie 
de  Belgique.—  18S4,  n°  7  et  8  du  Bulletin. 
M.  Van  Even,  nous  fait  connaître  les  principaux 
traits  de  la  vie  d'un  artiste  anversois  du  XVIi'-' 
siècle,  Alex.  Van  Papenhoven,  et  des  détails 
relatifs  à  une  de  ses  œuvres,  la  table  de  commu- 
nion de  l'église  de  Saint-Pierre  à  Louvain, 
exécutée  en  1707.  L.  C. 


Académies  et  sociétés  savantes  de  Rome. 

—  M.  Le  Bl.mt,  de  rinslitiit,  directeur  de  l'École  frani;aise 
de  Rome,  présente  une  lampe  en  terre  cuite,  sur  laquelle 
l'artiste  a  £;rav>5  en  traits  grossiers  l'image  de  Tobie  ex- 


240 


iRcuuc   De    l'art   cbrctien. 


trayant  le  fiel  du  poisson.  C'est  la  premicre  fois  qu'on 
trouve  un  pareil  sujet  sur  les  lampes  en  terre  cuite.  11  est 
même  très  rare  clans  les  monuments  d'un  autre  genre.  On 
ne  l'a  jusqu'ici  rencontré  que  sur  des  verres  peints  prove- 
nant des  catacombes,  et  sur  un  sarcophage  chrétien  des 
Gaules. 

M.  Armelliui  dit  que  S.  Em.  le  cardinal  Lavigerie, 
titulaire  de  Sainte-Agnès-hors-les-murs,  fait  en  ce  moment 
exécuter  à  ses  frais  des  réparations  dans  cette  basilique. 
Au  cours  des  travaux,  l'on  a  été  obligé  de  soulever  les 
dalles  de  marbre  qui  forment  les  dernières  marches  du 
grand  escalier,  ce  qui  a  amené  une  découverte  intéres- 
sante. En  etiet,  le  revers  d'une  de  ces  dalles  présentait 
l'image  d'une  jeune  femme  debout,  les  bras  étendus, 
dans  l'attitude  d'une  orante.  A  la  hauteur  du  visage,  se 
trouvaient  les  mots  :  Siincla  Ai^ms,  en  caractères  un  peu 
effacés  par  le  temps.  Nous  sommes  donc  en  possession 
d'un  portrait  de  sainte  Agnès  très  ancien,  et  probablement 
du  IV"  siècle.  Cette  plaque  de  marbre,  avec  sa  figure, 
devait  former  le  centre  de  l'ornementation  des  bases  de 
l'autel,  et  servir  à  désigner  le  sépulcre  de  l'illustre  martyre. 

M.  de  Rossi  se  souvient  avec  assez  de  précision d'axoir 
vu  dans  Bosio  une  gravure  semblable  à  celle  de  M.  Armel- 
lini.  De  plus,  il  ne  croit  pas  que  la  sainte  Agnès  décorât 
les  bases  de  l'autel,  qu'elle  fit  partie  de  la  truiisciuia,  car 
les  ir.inscimœ  étaient  d'ordinaire  travaillées  à  jour.  11 
vaudrait  mieux  la  considérer  comme  ayant  appartenu  aux 
fi?ctoralia,  c'est-à-dire  aux  balustrades  qui  aujourd'hui 
encore  entourent  les  autels  de  nos  basiliques. 

M.  Marucchi  communique  la  nouvelle  d'une  décou- 
verte que  M.  Venuto  vient  de  faire  à  Venise  dans  les 
décharges  de  la  basilique  de  Saint-Marc.  Il  s'agit  d'un 
tabernacle  de  marbre  dont  la  voûte  repose  sur  quatre 
colonnes  et  qui  par  suite  est  ouvert  de  tous  les  côtés.  Sur 
deux  arceaux  on  lit  l'inscription  :  En  exéciction  iVun  vœu 
et  pour  le  saint  de  la  tns  glorieuse:  Anastasie.  —  C'est  un 
monument  du  VI"  siècle,  qui  appartenait  à  une  église 
d'Alexandrie  et  que  les  Vénitiens  rapportèrent  d'une  de 
leurs  nombreuses  expéditions.  L'histoire  mentionne  une 
matrone  du  nom  d'.\nastasie  qui  résidait  à  la  cour  de 
Justinien  et  que  les  persécutions  de  l'impératrice  Théo- 
dora  forcèrent  de  se  réfugier  ;\  .-Mexandrie.  Elle  aura  élevé 
notre  tabernacle  de  ses  pieuses  mains.  On  sait  comment, 
dans  les  premiers  siècles  de  l'Eglise,  se  conservait  la  sainte 
Eucharistie.  Elle  était  renfermée  dans  une  colombe  d'or 
suspendue  à  la  voûte  du  ciboriuin,  sorte  de  dôme  qui  sur- 
montait l'autel  et  reposait  sur  quatre  colonnes.  Il  y  avait 
les  grands  et  les  petits  ciboria.  Le  nôtre  appartient  à  cette 
dernière  catégorie.  11  occupait  sur  l'autel  la  même  place 
que  nos  tabernacles  modernes.  On  voit  encore  à  la  voûte 
l'anneau  auquel  se  rattachait  la  chaîne  de  la  colombe. 

M.  de  Rossi  appelle  l'attention  de  la  réunion  sur  l'im- 
portance de  la  découverte.  L'édicule  de  Venise  est  le 
premier  exemple  que  nous  ayons  d'un  petit  ciboriuin.  La 
manière  dont  le  kai  est  écrit  ferait  penser  que  ce  taber- 
nacle appartient  au  VIII*-"  siècle  plutôt  qu'au  VI". 

M.  Le  Blant  confirme  cette  observation. 

M.  de  Rossi  poursuit  en  disant  qu'il  est  impossible  de 
connaître  la  noble  dame  désignée  sous  le  nom  à.' Anastasie, 
Il  n'y  avait  pas  de  vocable  plus  commun  en  Grèce  et  dans 
l'Orient.  La  qualification  grecque  donnée  à  cette  dame 
prouve  seulement  que  le  mari  de  cette  matrone  possédait 
l'une  des  hautes  charges  qui  donnaient  droit  h  cette  t|uali- 
fication,  comme  par  exemple  celle  de  préfet  du  prétoire. 

M.  Stevenson  dément  que  l'on  ait  trouvé  dans  la  rue 
Venti  Settembre  un  cimetière  chrétien.  Le  monument  dé- 
couvert sur  la  gauche  et  ;\   vingt  mètres  environ  de  la  rue 


n'est  ni  un  cimetière,  ni  surtout  un  cimetière  chrétien.  Il 
consiste  en  une  voie  souterraine,  située  en  grande  partie 
sous  l'.lgifc-r  Seri'iaiius,  et  longue  d'environ  dix-huit 
mètres. 

Ues  couloirs  moins  importants  qui  viennent  s'y  rattacher 
donnent  accès  h  deux  chambres,  dont  l'une,  de  forme  irré- 
gulière, contient  deux  puits  et  deux  escaliers,  tandis  que 
l'autre,  en  forme  de  rectangle,  se  termine  par  trois  grandes 
niches.  Sur  le  pavé  de  cette  dernière  se  dressent  deux 
espèces  de  tribunes,  et  l'on  y  a  trouvé,  en  outre,  un  plat  de 
terre  cuite  d'un  mètre  de  diamètre. Ce  sanctuaire,— car  c'est 
là  le  caractère  certain  du  monument, —  ce  sanctuaire  a  été 
creusé  vers  la  fin  du  III"  siècle  par  un  adepte  de  quelque 
secte  païenne.  M.  Stevenson  opinerait  pour  un  antre  de 
Mithra  ;  mais  la  divinité  principale,  le  Djus  ex  {>ctrâ  fait 
défaut. 

i\I.  de  Rossi,  au  contraire,  n'attache  aucune  importance 
à  l'absence  du  Deus  l'x  petrà.  Le  souterrain  peut  avoir  été 
visité  dans  le  passé  par  des  gens  qui  ont  enlevé  les  statues. 

M.  Sborsati  dit  qu'effectivement  ce  souterrain  porte  des 
traces  d'explorations  antérieures. 

M.  de  Rossi  entretient  la  réunion  de  l'état  des  fouilles 
dans  le  cimetière  de  Sainte-Domitille.  Du  cuhiculuiii 
d'Ampliatus,  célèbre  par  ses  peintures,  les  plus  anciennes 
que  l'on  connaisse,  part  un  escalier  qui  mène  à  des  gale- 
ries inférieures,  pourvues  elles-mêmes  âeii/bicula.  Quand 
on  voulut,  dans  le  cours  de  1S84,  examiner  l'un  de  ces 
derniers,  \e  fossor  que  l'on  chargea  de  le  déblayer  périt 
victune  d'un  effondrement.  La  terre  s'était  précipitée  par 
le  lucernaire.  La  crainte  d'un  nouveau  malheur  a  mis 
obstacle  à  ce  que  les  fouilles  fussent  de  longtemps  conti- 
nuées dans  ce  cubiculuin.  L'on  a  fini  cependant  par  y  ren- 
trer, et  tout  annonce  qu'il  s'y  fera  d'importantes  décou- 
vertes. Il  contient  trois  arcosolia,  avec  la  place  de  trois 
grands  disques  de  verre  peint,  mais  surtout  des  inscriptions 
gravées  à  la  pointe,  dont  voici  la  principale  : 

Spirita  sancta  (sic) 
in  mente  habete 
Bassum  p...  to 
rem  cum  suis  omnibus. 

Il  faut  insister  sur  cette  inscription.  Elle  a  été  gravée, 
disions-nous,  à  la  pointe,  c'est-à-dire  avec  l'extrémité  d'une 
lame  de  couteau  ou  de  tout  autre  instrument  semblable. 
Les  caractères  ne  sont  pas  en  lettres  majuscules,  mais  en 
écriture  courantedu  III"  ou  du  IV^siècle. Cette  inscription 
est  donc,  comme  celles  qui  l'accompagnent,  l'œuvre  d'un 
visiteur  qui  d'ailleurs  se  nomme  :  c'est  Bassus.  Or,  la  pré- 
sence dans  un  cubiculum  d'inscriptions  gravées  à  la  pointe 
annonce  d'ordinaire  par  elle  seule  qu'en  ce  lieu  se  trou- 
vaient déposées  d'augustes  reliques  dont  la  sainteté  attirait 
les  pèlerins. 

Miis  ici,  nos  conjectures  sont  confirmées  par  la  teneur 
même  de  l'inscription.  Elle  demande,  en  effet,  à  être  tra- 
duite ainsi  :  âmes  saintes,  pense::  à  lùtssus  (pécheur)  et  à 
tous  les  siens.  C'est  une  innovation  expresse,  une  formule 
de  supplication  dont  le  cimetière  de  .Saint-Calixte  nous  a 
déjà  offert  des  exemples.  Tout  fait  donc  penser  que  notre 
cubiculum  contenait  des  tombes  vénérables.  Il  est  vrai  que 
\ç,i  itinéraires  du  VII''  siècle  n'en  font  pas  mention,  mais 
l'on  sait  que  ces  documents,  s'ils  font  foi  pour  ce  qu'ils 
disent,  ne  prouvent  rien  contre  ce  qu'ils  taisent.  Ils  ont 
omis,  en  effet,  plusieurs  sépulcres  de  martyrs  dont  nous 
connaissons  néanmoins  l'emplacement  avec  certitude. 

(Journal  de  Rome.  ) 


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GUIDKS  DU  COLLECTIONNEUR.  —  Diction- 
71  a  ire  des  Eniailkurs  ;  Biograplties  :  Marques  et  Mono- 
grammes :  par  M.  E.  Molixikr,  attaché  à  la  Conser- 
vation du  Musée  du  Louvre.  —  Librairie  de  l'.Vrt, 
J.  Rouam,  éditeur.  Paris. 

I  K  volume  est  le  premier  d'une  série  dans 
laquelle  seront  successivement  représen- 
tées toutes  les  branches  de  la  curiosité, 
depuis  la  céramique  jusqu'à  la  gravure, 
depuis  l'orfèvrerie  jusqu'à  la  sculpture  en 
ivoire  ou  en  cire.  Réunir  dans  des  volu- 
mes d'un  format  réduit  tous  les  rensei- 
gnements nécessaires  au  collectionneur  :  biographies  d'ar- 
tistes, détails  techniques,  marques  et  monogrammes,  etc., 
telle  est  l'idée  qui  a  présidé  à  cette  nouvelle  bibliothèque. 
Le  volume  de  AL  Molinier  se  compose  :  i"  d'une  intro- 
duction dans  laquelle  l'auteur  passe  en  revue  les  princi- 
pales phases  de  l'histoire  de  l'émaillerie  ;  2"  d'un  diction- 
naire, par  ordre  alphabétique,  des  émailleurs,  au  nombre 
de  332  ;  3''  de  67  marques  et  monogrammes  ;  4"  d'une 
bibliographie  des  ouvrages  relatifs  à  l'émaillerie  ;  5'  d'une 
liste  des  principales  collections  d'émaux  de  la  France  et 
de  l'étranger.  Ces  différentes  sections  contiennent  un 
ensemble  d'informations  que  l'on  chercherait  vainement 
ailleurs. 

Le  volume  de  M.  Molinier  sera  suivi,  à  brève  échéance, 
d'un  Dictionnaire  des  ébénistes  et  d'un  Dictionnaire  des 
fondeurs  et  ciseleurs,  par  M.  de  Champeaux  ;  d'un  Dic- 
tionnaire des  monogrammes  et  marques  de  graveurs,  d'un 
Dictionnaire  des  monogrammes  et  marques  d'amateurs, 
et  d'un  Dictionnaire  des  céramistes. 

DICTIONNAIRE  DES  ÉMAILLEURS,  depuis 
le  moyen  âge  jusqu'à  la  fin  du  XVIII'  siècle, 
par  Emile  Molinier,  attaché  aux  Musées  du  Louvre. 
Paris,  Rouam,  1885. 

De  tous  les  livres  à  l'usage  du  collectionneur, 
les  plus  pratiques  sont  assurément  ceu.x  que  l'on 
peut  mettre  dans  sa  poche,  et  consulter  en  fure- 
tant chez  les  marchands  de  curiosités.  Le  mince 
volume,  dû  à  l'érudition  de  M.  Emile  Molinier, 
répond  donc  à  bien  des  exigences  actuelles,  car 
il  rassemble,  sous  un  format  portatif,  une  foule 
de  renseignements  utiles,  dispersés  à  droite  et  à 
gauche. 

Les  articles  biographiques,  consacrés  aux  pein- 
tres en  émail,  me  paraissent  irréprochables  ;  ils 
mettent  sous  les  yeux  du  lecteur,  dans  un  ordre 
méthodique,  les  principaux  caractères  au.xquels 
on  reconnait  l'œuvre  de  chaque  maitre,  en  y 
joignant,  s'il  est  possible,  un  fac-siniile  de  sa 
signature.  Pour  obtenir  un  tel  résultat,  il  a  fallu 
lire  nombre  de  catalogues  et  de  traités  spéciaux, 
visiter  à  diverses  reprises,  non  sans  une  attention 
soutenue,  les  musées  de  la  France  et  de  l'étran- 
ger. Les  dynasties  des  grands  artistes  de  Limo- 
ges  sont   naturellement  caressées   avec  amour  ; 


des  notices  sobres,  mais  nourries  de  faits,  passent 
en  revue  les  noms  illustres  des  Laudin,  des  Li- 
mosin,  des  Nouailher,  des  Pénicaud,  des  Rey- 
mond  et  de  beaucoup  d'autres  qui,  sans  avoir 
une  aussi  vaste  notoriété,  n'en  ont  pas  moins 
leur  mérite. 

Eu  égard  à  l'émaillerie  champlevée,  je  me  per- 
mettrai quelques  légères  observations  ;  l'auteur, 
malgré  sa  jeunesse,  est  déjà  trop  haut  placé  dans 
la  science  pour  redouter  une  critique.  <!;_Si  l'on 
admet,  dit  M.  Molinier,  p.  7,  que  saint  Eloi  ait 
fait  des  émau.x,  c'est  Abbon,  son  premier  maître, 
qui  a  dû  lui  en  enseigner  la  technique.  >)  Hypo- 
thèse pour  hypothèse,  je  préfère  encore  la  mien- 
ne. J'ai  dit  que  l'évèque  de  Noyon  avait  pu 
apprendre  l'émaillerie  sur  les  bords  du  Rhin  où 
fourmillent  des  échantillons  de  l'époque  gallo- 
romaine  ;  je  comprendrais  beaucoup  moins  que 
l'orfèvre  limousin  Abbon  eût  cultivé  un  art  dont 
les  spécimens  antiques  se  montrent  aujourd'hui 
si  clairsemés  dans  nos  régions  de  l'Ouest,  que 
l'on  peut  affirmer  sans  trop  de  hardiesse  qu'ils 
n'y  sont  pas  indigènes. 

L'inscription  tracée  sur  un  crucifix  à  carna- 
tions colorées,  fin  du  XII'^  siècle,  est  particulière- 
ment intéressante  :  lokaniiis:  Gariierius:  Lemo- 
viccnsis:  me  fesis:  f rat  ris  mei...  Ajouter  le  nom 
de  Jean  Garnier  à  une  liste  qui  n'en  compte  pas 
beaucoup,  signaler  un  nouveau  représentant  d'une 
école  dont  les  productions  sont  très  rares  ;  c'est 
bien  :  j'exigerais  néanmoins  davantage.  On  aime- 
rait à  connaître  le  propriétaire  de  la  pièce  en 
question,  pour  lui  faire  au  besoin  une  visite.  Il 
n'est  guère  facile  de  classer  un  émail  sans  l'avoir 
vu  ;  la  photographie  mèm.e  trompe  quelquefois, 
et  le  soleil  se  permet  d'infliger  au.x  adeptes  de 
cruelles  mystifications.  Autant  qu'on  en  peut 
juger  par  la  courte  notice  de  RL  Molinier,  j'au- 
rais rencontré  chez  AL  Spitzerdeu.x  crucifi.x;  ana- 
logues ;  je  me  souviens  confusément  d'un  troi- 
sième en  Belgique  ;  M.  Victor  Gay  possède  une 
figure  d'Apôtre,  aussi  à  carnations  colorées,  sor- 
tie d'un  atelier  limousin  non  déterminé  :  la  com- 
paraison de  ces  morceau.^  à  l'œuvre  de  Garnier 
éclaircirait  sans  doute  un  point  obscur  dans 
l'histoire  de  l'émaillerie. 

La  mention  de  l'orfèvre  artésien  Pierre  Quin- 
cauld,  émailleur  de  la  fin  du  XV--'  siècle,  flatte 
certainement  mon  patriotisme  local  ;  mais  pour- 
quoi l'oubli  des  Tournaisiens,  Jean  de  Brie'1401) 
et  Piérart  Hacon  (,1463).'  Hélas!  parce  que  les 
documents  belges  passent  difficilement  la  fron- 


242 


Eeuue   De    l'^tt   cfj rétien. 


ticrc  française.  Nos  crudits  voisins,  il  est  vrai, 
ne  jettent  pas  leurs  livres  à  la  tête  du  premier 
venu  ;  ils  affectent  même  envers  nous  une  réserve 
qui  ressemble  à  de  la  timidité  ;  mais  la  moindre 
avance  les  décide  toujours  à  communiquer  gra- 
cieusement le  résultat  de  leurs  travaux. 

Déjà  fertile  en  renseignements  oii  les  hommes 
du  métier  trouveront  beaucoup  à  prendre — je 
ne  parle  pas  des  simples  curieu.x  —  le  Diction- 
naire des  cmailleurs  est  encore  augmenté  d'un 
chapitre  que  l'auteur  intitule  modestement  :  Es- 
sai d'une  bibliographie  relative  à  l' histoire  des 
émaux.  Je  dirais  volontiers  que  l'Essai  est  un 
coup  de  maître,  car  il  enregistre  nombre  de  bro- 
chures, ignorées  du  public,  oubliées  peut-être 
par  ceu.x-là  mêmes  qui  les  ont  écrites.  Essai, 
néanmoins,  offrant  un  sens  élastique  propre  à 
excuser  les  omissions,  je  ne  blâmerai  pas  trop 
M.  Molinier  d'avoir  employé  ce  terme,  et  je  pro- 
fiterai de  la  marge  qu'on  me  laisse  ainsi,  pour 
combler  certaines  lacunes, en  dehors  des  Recueils 
périodiques  ou  des  Trésors  d'églises. 

Gaussen,  Portefeuille  archéologique  de  la  Cham- 
pagne ;  Barbier  de  Montault,  La  Bibliothèque 
Vaticane  ;  D''  Frantz  Bock,  Kleinodien  des  heil. 
romisch.  ReicJier  ;  E.  aus'm  Weerth,  A';//«A/t'«/t- 
màler  der  christ.  Mittelalters  inden  Rheinlanden; 
Joh.  Schulz,  Die  byzautiuischen  Zellen-Eniails 
der  Sainnilnng  Sivenigorodskoi ;  G.  Filimonov, 
Journal  de  Vai-t  ancien  en  Russie;  V.  Stassov, 
Trésor  ti-ouvé  à  Vladimir  (en  russe).  Ces  deside- 
rata pourront,  s'il  y  a  lieu,  trouver  place  dans 
une  seconde  édition  que  l'excellent  opuscule  de 
I\I.  Molinier  ne  saurait  manquer  d'avoir. 

M.  Rouam,  directeur  de  la  Librairie  de  l'Art, 
annonce  que,  sous  l'étiquette  générale.  Guides  du 
collectionneur,  il  veut  publier  une  série  de  petits 
dictionnaires  analogues  à  celui  dont  il  vient  d'être 
rendu  compte  :  parmi  eux,  un  Dictionnaire  des 
céramistes.  J'ai  lancé  tout  à  l'heure  un  mot  con- 
cernant les  livres  belges;  loin  de  me  rétracter,  je 
forcerai  encore  la  note.  J'avertis  donc  au  préa- 
lable le  futur  biographe  des  céramistes,  qu'il  lui 
sera  impossible  de  toucher  ^.us.  potiers  de  grès, 
s'il  n'a  pas  lu  attentivement  les  Mémoires  de 
MM.  Schmitz,  Schuermans  et  Van  Bastelaér,  dis- 
séminés dans  les  Bulletins  des  commissioris  royales 
d'art  et  d'archéologie,  de  l'Institut  archéologique 
liégeois  et  du  Cercle  archéologique  de  Charleroi. 

Ch.  de  Linas. 


Petite  Histoire  de  Picardie:  Dic- 
tio^:naire  historique  et  archéolo- 
gique DE  Picardie,  par  A.  J.\nvii;u.  Amiens, 
1884,  in-4".  —  10  francs. 

M.  A.  Janvier,  dans  le  noble  but  de  relever  le 
sentiment    un    peu   trop  affaibli  du  patriotisme 


local,  a  successivement  publié  une  Petite  histoire 
de  Picardie  et  V Histoire  d'Amiens  racontée  aux 
enfants  des  écoles  primaires;  il  avait  dû  écarter  les 
détails  qui  l'auraient  entraîné  trop  loin.  La  bonne 
pensée  lui  est  venue  d'utiliser  les  nombreu.K  ma- 
tériaux qu'il  avait  recueillis  et  de  les  grouper 
dans  un  Dictionnaire  encyclopédique.  C'est  une 
série  de  notices  succinctes, mais  substantielles, sur 
tout  ce  Cjui  concerne  l'ancienne  province  de  Pi- 
cardie: commerce,  industrie,  sciences,  beaux-arts, 
monuments,  grands  fiefs,  abbayes,  églises,  villes, 
institutions,  personnages  célèbres,  mœurs  et  cou- 
tumes, etc. 

M.  Janvier  convie  ses  lecteurs  à  lui  signaler 
les  omissions  et  les  erreurs  qu'il  aurait  pu  com- 
mettre, imperfections  qui  sont  inévitables  dans 
un  si  vaste  ensemble.  Pour  répondre  à  cet  appel, 
nous  ne  signalerons  pas  certaines  opinions  que 
nous  ne  pouvons  partager, mais  nous  présenterons 
quelques  remarques  au  point  de  vue  littéraire  et 
historique. 

Et  tout  d'abord,  pourquoi  avoir  donné  à  cette 
publication  le  même  titre  qu'à  un  ouvrage  anté- 
rieur, de  nature  toute  différente.  Cela  peut  éta- 
blir une  confusion  regrettable.  Si  l'auteur  tenait 
essentiellement  à  montrer  que  c'était  là  un  com- 
plément à  sa  Petite  Histoire  de  Picardie  (qui  par 
parenthèse  n'est  pas  si  petite  qu'il  le  dit),  il  suf- 
fisait d'intituler  son  œuvre  :  Dictionnaire  histo- 
rique et  archéologique  de  Picardie,  complément  de 
la  Petite  Histoire  de  Picardie. 

Dans  la  partie  biographique,  nous  regrettons 
l'omission  de  saint  Martin  qui,  par  son  acte  de 
charité,  conquit  à  Amiens  un  véritable  droit  de 
cité,  et  de  saint  Geoffro)-,  le  courageu.x  fondateur 
de  la  commune.  Ce  sont  là  des  personnages  au- 
trement célèbres  que  tel  ou  tel  auteur  de  troi- 
sième ordre  dont  les  écrits  sont  justement  oubliés. 

M.  Janvier,  après  beaucoup  d'articles,  a  men- 
tionné les  principaux  ouvrages  relatifs  au  sujet. 
C'est  là  une  excellente  méthode,  mais  dont  nous 
aurions  voulu  voir  de  plus  nombreuses  applica- 
tions. On  ne  saurait  exiger,  dans  un  Dictionnaire 
de  ce  genre,  une  bibliographie  trop  détaillée  ; 
mais  alors  qu'on  y  cite  telle  ou  telle  notice  d'une 
importance  secondaire,  on  s'étonne  de  ne  pas 
y  voir  figurer  des  publications  dont  le  mérite  et 
l'ampleur  doivent  attirer  l'attention.  Par  exemple, 
pourquoi  n'avoir  pas  mentionné,  à  l'article  BOU- 
LOGNE, \' Histoire  du  Boulonnais,  par  M.  H.  De 
Rosny,  1808,  4  vol.  in-S;  à  Cami'S  romain.s,  la 
Dissertation  sur  les  camps  romains  du  D^  de  la 
Somme,  par  le  comte  d'Allonvillc,  1823,  in-4°  ; 
à  Chantilly,  Chantilly,  étude  historique,  par 
M.  Rousseau,  1859.  in- 12  ;à  COUCV,  V  Histoire  du 
canton  de  Coucy,  par  A.  Verniers,  1876,  in-8°  ;  à 
Intendants,    Les  intendants   de    la  généralité 


15  i  1 1  i  0  g  r  a  p  f)  i  c . 


243 


d'AJiiieiiSyÇd.r  M.Boyer  de  Sainte-Suzanne,  1865, 
in-8°  ;  à  LiESSE,  Notre-Dame  de  Liesse,  par  les 
abbés  Duployé,  1862,  2  vol.  in-8o;  à  PÈRONNE, 
Le  vieux  Péronne,  par  M.  G.  Ramon,  2  vol.  in-8'^; 
à  ThiÉRACHE, /rt  Thiéraclie,  recueil  de  docinneiits, 
par  M.  Papillon,  1849,  in-4°,  etc.  etc.  ? 

Les  descriptions  archéologiques  sont  nom- 
breuses, sobres  et  exactes,  mais  la  terminologie 
n'est  point  partout  uniforme.  Il  est  dit  que  le 
portail  de  Saint-Pierre  de  Roye  «  est  du  genre 
d'architecture  romane  dit  lotnbard-flcuri  ».  C'est 
là  une  qualification  abandonnée  depuis  long- 
temps, parce  qu'elle  implique  une  fausse  origine. 

Puisque  nous  parlons  de  Roye,  ajoutons  que, 
d'après  M.  Janvier,  cette  ville  «fut  le  berceau  de 
la  secte  des  Illuminés  ou  Guérinets,  qui  tiraient 
leur  nom  de  Pierre  Guérin.curé  de  Saint-Georges- 
lez-Roye  ».  C'est  là,  en  effet,  ce  qu'ont  répété  de 
nombreux  historiens,  sur  la  foi  de  Vittorio  Siri. 
Nous  croyons  avoir  démontré  (')  que  Guérin  ne 
fut  jamais  hérétique  ni  hérésiarque  et  qu'il  fut 
victime  de  persécutions  locales,  que  favorisa 
la  politique  de  Richelieu. 

M.  Janvier  parle  parfois  au  passé  de  monu- 
ments ou  d'objets  qui  existent  encore.  Il  en  est 
ainsi  de  la  sainte  Face,  le  plus  précieux  joyau  de 
la  cathédrale  de  Laon,  pour  lequel  l'archiprêtre 
de  cette  basilique  fait  exécuter  une  châsse  qui 
sera  véritablement  digne  de  cette  insigne  relique. 
Ailleurs,  l'auteur  dit  que  «les  ruines  de  l'abbaye 
de  Longpont  ont  été  conservées  par  le  dessin  ». 
Celles  de  l'église  sont  conservées  en  réalité  et  ce 
sont  les  plus  vastes  que  possède  la  Picardie;quant 
à  l'abbatiale,  elle  est  métamorphosée  en  château 
où  la  famille  de  Montesquieu  a  formé  une 
splendide  collection  d'objets  d'art  et  d'antiquités. 

Ces  petites  critiques,  portant  sur  de  menus  dé- 
tails, n'ôtent  absolument  rien  à  la  valeur  générale 
du  Dictionnaire  historique  et  archéologique  de  Pi- 
cardie. C'est  un  excellent  résumé  des  nombreux 
travaux  qui  ont  été  publiés,  soit  isolément,  soit 
collectivement,  sur  une  contrée  aussi  riche  en 
monuments  qu'en  souvenirs  historiques,  et  c'est 
là  un  modèle  qu'on  peut  proposer  à  suivre  à 
toutes  les  autres  provinces. 

J.Corp.let. 


LE  MONT  DORE  ET  LA  BOURBOULE  histo- 
riques et  archéologiques,  et  leurs  environs,  par 
Ambroise  Tardieu.  Clerniont-Ferrand,  Mallevai,  1884, 
in-8"  de  36  pages,  avec  plusieurs  gravures  sur  bois 
dans  le  texte. 

M    Tardieu  est  un  écrivain  infatigable.  Nous 
.  ne  nous  en  plaindrons   pas,  car  son   but 
est  toujours  d'instruire  et  de  vulgariser  les  études 

1.  Orii^incs  rojvnnes  des  Filles  de  la  Croix,  chap.   II. 


auxquelles  il  se  livre  avec  tant  de  persévérance 
dans  son  cabinet.  Ce  petit  guide  sera  fort  utile 
aux  touristes,  car  le  point  de  vue  pittoresque  n'y 
est  point  négligé,  quoiqu'il  ne  soit  pas  mentionné 
au  titre.  On  lira  avec  intérêt  ce  qui  concerne  les 
pèlerinages  si  populaires  d'Orclval  (p.  17)  et  de 
Vassivlères  (p.  21),  tous  les  deux  consacrés  à  la 
Vierge.Dans  ce  dernier  sanctuaire,  reconstruit  en 
1555,  la  statue  miraculeuse  est  noire. 

Page  6  est  rapportée  la  lecture  d'une  inscrip- 
tion romaine  qui  se  termine  ainsi  :  VOTWM  SAL- 
VIT  BIBENS  MERITO.  Il  y  a  là  deux  fautes  de 
typographie  qu'il  ne  faudra  pas  oublier  de  corri- 
ger dans  une  nouvelle  édition  -.salvii  pour  soh'it 
etâiâe/is  au  lieu  deliùei/s. 

Page  20,  il  est  parlé,  au  château  de  Cordes, 
d'une  «  prison  appelée  oi/i>liette,  ayant  à  sa 
voûte  une  entrée  circulaire  par  laquelle  on  faisait 
descendre  les  criminels  ».  I-e  nom  est  récent  et 
la  chose  absolument  légendaire.  Dans  ma  Mono- 
graphie du  chàteaji  de  Bourbon-l' Archambaitlt 
j'ai  démontré  d'une  manière  irréfragable,  qu'une 
salle  souterraine,  placée  sous  une  tour  dans  des 
conditions  analogues,  n'était  qu'un  magasin  d' ap- 
provisionnements, surtout  pour  les  viandes  salées. 

MUSÉE  DE  BAR-LE-DUC.  CATALOGUE 
SOMMAIRE  ou  guide  du  visiteur  dans  les  dif- 
férentes salles  de  cet  établissement  et  dans  la  gale- 
rie des  illustrations  de  la  Meuse,  par  M.  A.  Jacob, 
conservateur  du  musée.  Bar-le-Duc,  Rolin,  in-8°  de 
80  pages  :  prix  1,50. 

Les  musées  ont  parfois  des  catalogues  pour 
renseigner  le  visiteur, mais  il  est  inouï  de  rencon- 
trer sur  les  objets  des  étiquettes  indiquant  l'âge, 
la  provenance,  l'usage,  etc.  Ce  serait  pourtant 
là  le  côté  sérieux  et  vraiment  pratique  !  Quand 
on  est  pressé,  et  on  l'est  toujours  en  voyage,  on 
ne  peut  pas  perdre  son  temps  à  feuilleter  un  cata- 
logue, généralement  long,  mal  fait  et  incomplet. 
Nous  demandons  instamment  qu'on  y  avise 
promptement  :  le  catalogue  se  vendra  peut-être 
moins,  mais  l'amateur  sera  plus  satisfait,  et  c'est 
l'essentiel. 

Le  musée  de  Bar-le-Duc  a  quelque  impor- 
tance. L'époque  romaine  et  franque  est  fort  bien 
représentée,  mais  toute  cette  partie  n'est  pas  en- 
core cataloguée.  Je  cherche  en  vain  dans  la 
notice  que  j'analyse  le  détail  des  sculptures  du 
moyen  âge,  qui  ne  sont  pas  d'un  mince  intérêt, 
par  exemple  les  retables  de  pierre,  sans  parler 
des  épitaphes  et  autres  inscriptions. 

Sur  un  seul  point  le  catalogue  cesse  d'être 
silencieux  ou  «  sommaire  »,  c'est  lorsqu'il  fait  dé- 
filer sous  vos  j'cu.x  les  liillustrations  de  la  Meuse», 
qui  remplissent  à  elles  seules  une  vaste  salle,  où 
me    semble  prédominer  un  peu    trop    l'élément 


REVUE  DE  L'.iRT  CHRÉTIEN. 
1885.    —    2""-"   LIVRAISON. 


244 


Ectiuc   De   r3rt   cbrctien. 


militairc.N'}-  a-t-il  pas  d'autres  gloires  à  signaler, 
et  la  part  faite  au  clergé,  aux  lettres,  aux  arts 
et  aux  sciences,  n'est-elle  pas  trop  maigre  rela- 
tivement ? 

Dans  chaque  musée  de  province,  j'aimerais  à 
voir  ainsi  une  salle  spéciale  affectée  aux  célébri- 
tés locales.  Bar-le-Duc,  qui  a  dans  ses  armes 
trois  pensées  —  elle  pense  à  s&s  gloires  — nous 
donne  un  bel  exemple,  dont  on  devrait  bien 
profiter  ailleurs  (■). 

LES  VERRIÈRES  DE  LA  CATHÉDRALE 
DE  CHALONS  en  général  et  plus  particulière- 
ment les  verrières  des  collatéraux,  par  M.  le  cha- 
noine Lucot,  archiprêtre  de  Châlons.  Châlons-sur- 
Marne,  Thouille,  1S84,  in-S°,  de  16  pag.  et  une  pho- 
tographie. 

Le  titre  de  cette  brochure  est  tout  à  fait  trom- 
peur ;  en  réalité,  il  n'y  est  traité  que  d'une  seule 
verrière  de  la  fin  du  XV<=  siècle,  celle  que  repré- 
sente la  planche. Or,  cette  fenêtre,  qui  vient  d'être 
restaurée,  se  compose  de  deux  fragments  de  ver- 
rières qui  n'ont  jamais  été  faits  pour  être  réunis, 
d'oij  résulte  un  effet  choquant  et,  pour  cette 
nouvelle  adaptation  à  une  fenêtre  en  style  du 
XIIP  siècle,  de  regrettables  mutilations,  sans 
compter  le  côté  ridicule  de  la  chose.  En  haut,  voici 
un  Père  éternel  qui  appartenait  très  probablement 
à  une  Annonciation  ;  il  bénit  des  saints  qui  n'en 
ont  plus  besoin,  puisqu'ils  régnent  avec  lui  dans 
la  gloire.  Deux  saintes  Vierges  sont  superposées, 
malgré  la  formule  esthétique  iio)i  bis  in  idem  ; 
Ste  Ursule  a  été  substituée  maladroitement  à 
Ste  Marguerite,  comme  le  démontre  très  bien 
M.  Lucot,  et  le  donateur  est  présenté  par  son 
patron  St  Jacques,  non  plus  à  la  Vierge,  placée 
trop  loin,  mais  à  St  Vincent  qui  lui  tourne  irré- 
vérencieusement le  dos.  Tout  cela  est  à  refaire 
ou  plutôt  à  défaire  pour  remettre  en  l'état  primi- 
tif 

J'étais  dernièrement  à  Châlons.  Voici  ce  que 
j'ai  constaté:  la  cathédrale  a  été  tuiifice  par  l'ar- 
chitecte diocésain,  c'est-à-dire  que  les  chapelles 
quelesXV*=  et  XVI'^  siècles  avaient  établies  entre 
les  contreforts  ont  été  supprimées  .systémati- 
quement et  remplacées  par  des   murs  percés  de 

T.  Puisque  je  parle  des  musées,  qu'il  me  soit  permis  d'expi-imer  un 
vœu  dont  on  comprcndm  l'importance  Chaque  année,  à  Trêves,  il 
se  publie,  en  Allemand,  un  bulletin  spécial,  qui  a  pour  litre  AfiisAy- 
graphie.  Rien  de  semblable  n'existe  en  France  et  il  conviendrait 
d'imiter  sur  ce  point  nos  voisins  qui,  en  fait  de  science,  savent  fort  bien 
à  quelle  source  doit  s'alimenter  l'érudition.  Tous  les  ans  donc,  on 
publie  l'inventaire  détaillé  des  objets,  do  toute  nature  et  époque,  qui 
sont  entrés  dans  les  collections  publiques  et  privées.  Ce  n'est  pas 
un  enregistrement,  mais  presque  une  description,  qui  s'étend  même 
aux  inscriptions,  textuellement  reproduites,  puis  accompagnées  d'un 
commentaire.  C^e  qui  se  pratique  pour  l'.'Mlemagne,  la  Belgique  et 
le  Luxembourg  ne  peut  nous  rester  étranger  ;  il  y  aurait  lieu,  comme 
terme  de  comparaison,  de  puiser  souvent  dans  ce  fonds  si  bien  pour- 
vu et  surtout  d'en  constitnerun  semblable  pour  tout  le  territoire  fran- 
çais. De  la  sorte  rien  n  échapperait  aux  chercheurs,  toiijoursen  quête 
(les  similaires,  quand  ils  étudient  une  question  spéciale. 


fenêtres  en  style  du  XIII<=.  Principe  absurde, 
qui  ment  à  l'histoire,  car  quelle  est  la  cathédrale 
ciui  n  été  construite  d'un  seul  jet  ;  et  quel  droit 
s'arroge-t-on  pour  faire  table  rase^de  fondations 
solennellement  acceptées  par  l'Eglise  ?  De  ce 
remaniement  intempestif  est  résulté  un  boule- 
versement général  des  verrières,  qui  reprennent 
tant  bien  que  mal  position  dans  des  baies  pour 
lesquelles  elles  n'étaient  pas  faites. 

Je  le  déclare  bien  sincèrement  et  je  voudrais 
être  entendu  de  l'administration  :  ces  préten- 
dues restaurations,  opérées  sans  étude  préalable 
et  sans  contrôle  ultérieur,  sont  funestes  à  l'art 
et  à  l'archéologie  :  elles  détruisent  ou  mutilent 
gravement  de  belles  pages  d'iconographie  chré- 
tienne :  le  mal  fait  est  presque  toujours  irrépa- 
rable. Empêchez  de  tomber,  réparez  les  plombs, 
comblez  les  lacunes,  mais  ne  refaites  pas  de  fond 
en  comble  un  sujet  que  vous  n'avez   pas  compris. 

Comme  en  somme  on  n'ose  pas  faire  du  vanda- 
lisme à  outrance,  on  arrive  forcément  à  garderdc^ 
vitraux  de  la  Renaissance,  qui  font  scandale  à 
Châlons,  tellement  le  nu  y  domine  et,  d'autre 
part,  on  sacrifie,  c'est  M.  l'archiprêtre  qui  le  dit, 
page  6,  des  verrières  du  XI P  siècle  que  «  leurs 
dimensions  considérables  ;>  ne  permettent  pas  de 
«  faire  entrer  dans  le  cadre  par  trop  étroit  de  nos 
fenêtres  ogivales  ». 

Avant  que  la  restauration  ait  achevé  son  œu- 
vre malsaine,  j'engage  vivement  M.  Lucot  à 
continuer  son  étude  archéologique.  La  cathédrale 
de  Châlons  possède  une  série  fort  remarquable 
de  vitraux  des  XIII<=  et  XIV'=  siècles  qu'il  im- 
porte de  mettre  en  lumière.  L'abside  surtout  et 
la  lose  septentrionale  méritent  une  description 
détaillée,  pour  f.iire  valoir  l'idée  générale  de  la 
composition  et  montrer  le  parti  qu'on  peut  tirer, 
en  vue  de  l'histoire  du  costume  ecclésiastique 
en  paiticulier,  de  représentations  de  ce  genre. 
M.  Lucot,  parlant  du  donateur  d'une  verrière,  dit 
seulement:  <<  Chanoine  en  habit  de  chcjeur.  >>  Ce 
n'est  pas  suffisant  ;  reste  à  décrire  cet  habit,  si 
c'en  est  un,  pour  savoir  quels  insignes  portaient 
au  X  V^  siècle  les  chanoines  de  Châlons. 

Les  brochures,  cornme  celle  que  j'annonce,  sont 
fort  utiles  pour  le  progrès  de  la  science.  Un 
guide  sommaire  et  bien  fait  serait  non  moins 
précieux  dans  chaque  cathédrale  pour  renseigner 
le  visiteur. 

NOTRE-DAME  DE  L'ÉPINE  ET]  SON  PÈLE- 
RINAGE, par  F.  A.  Rarrat,  curé  de  l'Epine.  Châlons. 
in-8",  de  181  pag.,  prix  1,50. 

Ce   livre  est  plein   de   longueurs   et    de  lieu.x  • 
communs,  il  gagnerait    incontestablement  à  être 
diminué  tle  près  de  moitié  et  il  serait  encore  as- 
sez développé  pour  les  pèlerins  (jui  visitent  cette 


16  i  &  I  i  0  g  r  a  p  î)  i  e 


245 


charmante  église.  Il  aurait  surtout  besoin  d'être 
soiL^neusement  révisé  par  un  savant  compétent, 
car  on  y  parle  archéologie  à  peu  près  comme  en 
1835.  Quelques  citations  permettront  d'en  juger. 
Le  tympan  de  la  porte  médiane,  à  l'occident, 
représente  la  vie  de  Notre-Seigneur:  il  n'y  a  donc 
pas  d'écart  possible.  Pourtant  l'auteur  voit,  dans 
l'annonce  au.x  bergers,  l'apparition  de  la  statue 
miraculeuse,  toutenavouant  qu'on  n'y  trouve  <'ni 
le  buisson  ni  la  figure  de  la  Ste  Vierge»  (p.  60). 
Plus  loin,  il  nomme  «  Charles  VII  et  Louis  XI, 
les  deux  principaux  bienfaiteurs  de  cette  église,  » 
(ibid.)  là  oij  il  y  a  certainement  deux  mages,  le 
troisième  ayant  été  brisé.  Il  se  méprend  sur  l'arbre 
dejesséetles  ancêtres  du  Christ,confondant  «  Ste 
Cécile  »  (p.  57)  avec  un  ange  musicien.  Il  croit 
que  l'élégant  édicule,  élevé  dans  le  sanctuaire  du 
côtéderévangile,servait  à  renfermer  «  le  SaintSa- 
crement,  les  vases  sacrés,  les  reliques  des  saints  » 
(p.  88),  tandis  que  c'est  l'abri  destiné  primitive- 
ment à  renfermer  la  statuette  de  la  Vierge  et  où 
elle  devra,  tôt  ou  tard,  faire  retour. 

J'ai  déshabillé  la  pieuse  image,  malgré  les 
protestations  du  curé,  et  j'ai  constaté  avec  joie 
que  c'est  bien  celle  que  virent  les  bergers  en 
l'an  1400  et  pour  laquelle  l'église  fut  construite 
en  1419.  Elle  est  même  plus  ancienne  que 
l'apparition  d'une  quinzaine  d'années  au  moins. 
Les  doutes  élevés  à  ce  sujet  sont  donc  sans 
fondement. 

On  parle  de  démolir  le  jubé  à  jour  qui  clôt 
le  chœur.  Je  m'y  oppose  formellement,  au  nom 
de  la  science.  Qu'on  le  débarrasse  de  ses  deux 
autels  et  les  fidèles  pourront  alors  suivre  à  leur 
aise  les  cérémonies.  De  plus,  j'observe  que  nulle 
place  ne  conviendrait  mieux  pour  exposer  la 
statue  vénérée,  aux  grands  jours,  que  cette  haute 
plate  forme,  qui,  ornée  avec  goût,  lui  constituerait 
comme  un  trône  d'honneur.  Le  jubé  ne  peut  être 
porté  ailleurs,  car  il  fait  corps  avec  la  clôture 
du  chœur  qui,  partant,  serait  notablement  muti- 
lée. Lesupprimer,  pour  mettre  à  la  place  une  grille 
de  fer,  serait  un  acte  odieux  de  vandalisme  contre 
lequel  s'insurgeraient  à  la  fois  les  fidèles  et  la 
presse  entière  au  nom  de  la  tradition,  de  l'histoire 
et   de  l'art. 

NOTRE-DAMK  D'AVIOTH  ET  SON  ÉGLISE 
MONUMENTALE,  au  diocèse  de  Verdun  (Meu.se), 
par  M.  l'abbé  Jacqiiemain,  curé  d'Avioth.  Sedan, 
Laroche,  in-S»'  de  132  pag.  et  2  pi. 

Il  est  certainement  très  utile  d'avoir  dans 
chaque  sanctuaire,  but  de  pèlerinage  et  de  curio- 
sité, un  livret,  indiquant  au  pieu.v  visiteur  et  au 
savant  tout  ce  qu'il  leur  importe  de  savoir  sur  le 
monument  et  s(jn  histoire  En  pareil  cas,  il  fau- 
drait éviter  les  longueurs,  le  style  de  la  chaire  et 
se  conformer  au  progrès  de  la  science  archéolo- 


gique. Je  le  dis  à  regret,  la  plupart  des  livres  de 
ce  genre  sont  écrits  par  des  ecclésiastiques,  à  qui 
manquent  les  études  premières  pour  traiter  pa- 
reils sujets  ;  aussi  ils  se  perdent  généralement 
dans  des  conjectures,  resassent  des  opinions  de- 
puis longtemps  abandonnées  et  expliquent  à 
leur  façon  des  choses  qui  sont  admises  tout 
autrement. 

Dans  le  livret  que  j'annonce,  il  y  a  trop  d'his- 
toire (pas  toujours  très  sûre),  et  souvent  absence 
de  critique  archéologique.  Ainsi  la  magnifique 
église  d'Avioth  n'est  pas  «  de  la  fin  du  XIIP  siè- 
cle )>  (p.  79),  mais  bien  des  XIV*^  et  XV^  siècles. 
Au  portail,  qui  rappelle  par  la  finesse  de  ses 
sculptures  celui  de  la  cathédrale  de  Reims,  le 
Juge  suprême  est  intercédé  par  la  Vierge  (non 
Ste  Madeleine)  et  St  Jean  Baptiste.  Page  95, 
une  Ste  Barbe  est  confondue  avec  «  la  Vierge 
Marie  sous  l'emblème  de  l'une  des  invocations 
de  ses  litanies,  ticrris  Davidica  .».  Les  splendides 
vitraux  sont  un  peu  dédaigneusement  traités 
«  d'art  de  l'imagier  sur  verre  à  son  enfance  » 
(p.  100).  La  pièce  de  monnaie,  décrite  page  21, 
a-t-elle  été  lue  exactement  et  n'est-il  pas  plus 
probable  que  IONS  AREP  doit  s'interpréter 
lOHû>i?teS  AïiC/i/eF isco/>i(s  ?  Je  ne  vois  pas  qu'il 
soit  <,<  impossible  de  fi.xer  la  destination  »  de 
l'ambon.  Est-il  bien  certain  qu'il  faille  lire,  dans 
la  scène  de  l'apparition  des  bergers,  sur  le  phylac- 
tère de  l'ange  :  NATVS  EST.  O.  P.  V.  AD  et 
interpréter  0 popiili,  venite  adoreimts .'!! ]e  n'ai  pas 
vérifié,  mais  iiatiis  est  puer  me  semble  la  lecture 
la  plus  sensée.  Sur  le  tombeau  de  Cécile,  morte 
en  1406,  «  en  tête  du  sarcophage,  deux  anges 
soutiennent  une  nacelle  renfermant  une  figure  en 
buste  »  (p.  1 1 1)  ;  rectifiez  :  deux  anges  enlèvent 
au  ciel  sur  une  nappe  blanche  l'âme  de  la  défunte. 

Somme  toute,  outre  de  nombreuses  erreurs 
que  je  ne  me  charge  pas  de  relever,  ce  guide  ne 
renseigne  que  très  imparfaitement  le  lecteur,  et  la 
partie  archéologique,  si  attachante,  devrait  être 
entièrement  refaite  à  nouveau. 

J'ai  passé  des  heures  délicieuses  à  visiter  cet 
incomparable  monument  qui  parle  si  éloquem- 
ment  aux  yeux  et  au  cœur.  M.  Palustre  a  pris  la 
photographie  de  ses  principales  curiosités,  de 
manière  à  former  un  album  qui  sera  certaine- 
ment d'un  haut  intérêt. 


L'ENSEIGNE  DE  LA  COMPAGNIE  D'ORDON- 
NANCE DE  CLAUDE  DE  LORRAINE,  DUC  DE 
GUISE,  par  M.  Léon  (jermain,  Nancy,  Crépin,  1S84, 
in-8°  de  20  pag.,  avec  une  gravure  sur  bois;  prix  2  fr. 

Le  duc  de  Guise  mourut  en  1550.  Son  enseigne 
représente,  sur  un  semis  de  C  (initiale  de  Claude) 
enlacés,  la  scène  de  l'Annonciation.  Dans  le  vase 
qui  sépare  la  Vierge  de  l'archange,  est  un  lis  à 
trois    fleurs  :  ces  trois  fleurs  signifient  symboli- 


246 


Eetiuc   ne   l'^rt    chrétien 


quement  que  Marie  fut  vierge  avant,  pendant  et 
après  l'enfantement.  Un  vitrail  du  XVl'^  siècle,  à 
St-Nicolas  de  Port,  pour  ne  pas  sortir  de  la  Lor- 
raine, nous  fournit  cette  explication  :  l'irgo  ante 
partHin,  virgo  in  partii,  virgo  post  partiim.  Dans 
plusieurs  autres  représentations  de  la  même 
contrée,  je  trouve  une  fleur  et  deux  boutons,  lors 
de  l'Annonciation.  Le  sens  est  facile  à  saisir  :  une 
des  trois  virginités  s'était  manifestée,  celle  ante 
partiiin;  les  deux  autres  s'épanouiront  plus 
tard. 

Favyn,  dans  son  Tlicâtrc  ifJionncur  et  de  che- 
valerie, 1620,  t.  n,  p.  143,  donne  les  caractères 
propres  de  Venseigne,  du  guidon  et  de  la  cornette  : 
«  Chacun  sçait  que  l'enseigne  d'une  compagnie 
de  gens  d'armes  à  cheval,  finit  en  poincte  à  deux 
queues  :  le  guidon  finit  pareillement  en  poincte 
et  n'a  seulement  qu'une  queue  :  mais  la  cornette 
est  quarrée.  » 

Après  les  funérailles  du  duc  François,  fils  de 
Claude  (1563),  ses  douze  enseignes,  ses  douze 
guidons,  <<:  de  fin  taffetas  noir  richement  peint, 
d'un  côté  aux  armoiries  de  Lorraine,  de  l'autre  à 
celles  de  la  ville  »  et  sa  cornette  «  de  taffetas 
rouge,  la  croix  blanche  par  le  travers  »,  restèrent 
suspendus  à  la  voûte  de  la  cathédrale  de  Paris. 

]\L  Léon  Germain  est  auteur  d'une  série  de 
petites  brochures  sur  la  Lorraine  :  elles  sont 
bien  faites  et  utiles  à  consulter.  Nous  conseille- 
rons à  l'auteur  de  ne  pas  se  borner  à  traiter  son 
sujet  au  point  de  vue  strictement  local,  mais  de 
l'élargir  en  le  faisant  entrer  dans  les  grandes 
lignes  de  l'histoire  et  de  l'archéologie  générales. 

X.  B.  DE  M. 


M.    Lièvre    continue    la    publication    de    son 

EXPLORATION  ARCHÉOLOGIQUE  DU  DÉ- 
PARTEMENT DE  LA  CHARENTE.  Les  mono- 
graphies des  cantons  de  Mansle  et  Aigre  sont 
venues  s'ajouter  à  la  monographie  de  celui  de 
St-Amand  de  Boixe  et  terminent  le  premier  vo- 
lume. Le  travail  de  M.  Lièvre  ne  manque  pas  de 
valeur.  On  remarque  cependant  facilement  que 
les  deux  derniers  fascicules  sont  moins  laborieu- 
sement soignés  que  le  premier,  et  bien  que  dans 
sa  courte  préface  l'auteur  nous  affirme  le  con- 
traire, il  est  évident  qu'ayant  entrepris  un  travail 
de  très  longue  haleine  au  moment  où  la  carrière 
de  tout  homme  est  déjà  avancée,  il  ne  s'attarde 
point  à  de  longues  recherches  et  vise  à  réduire 
son  œuvre  pour  avoir  le  temps  de  l'achever. 
(Exemple,les  communes  de  Ligné, Lupsault,  etc.) 
M.  Lièvre  se  connaît  en  préhistorique  et,  sous 
ce  rapport,  son  livre  et  ses  dessins  sont  pleins 
d'intérêt;  il  est  protestant  et  même  pasteur  de 
l'église  d'Angoulême,  partant,  il  connaît  une 
foule  d'anecdotes  locales  (pages    148,   159,   iji. 


212,  etc.,  etc.)  qui  ont  trait  à  sa  religion;  je  ne  le 
blâme  pas  de  relater  ces  anecdotes,  qui  cependant 
n'ont  pas  toujours  dans  son  livre  une  place  bien 
justifiée;  mais  ce  dont  on  est  en  droit  de  le  blâmer, 
c'est  de  se  montrer  trop  homme  de  parti-pris  lors- 
qu'il fouille  les  archives  de  nos  monastères  du 
moyen  âge.  Il  se  découvre  dans  tout  son  énerve- 
ment  lorsqu'il  rencontre  sous  chacun  de  ses  pas  les 
traces  de  leur  salutaire  influence.  Je  n'aime  pas  le 
>.<  disait-on  »,  non  plus  que  les  «  certains  rap- 
ports »  (p.  250),  qui  font  présumer  que  la  règle 
était  très  relâchée  au  monastère  de  Tusson.  Je  ne 
crois  pas  non  plus  que,  de  ce  que  l'abbesse  pou- 
vait écrire,  «  qu'il  fallait  tâcher  d'accroître  le 
nombre  des  vertus  et  non  des  personnes  »,  l'on 
soit  en  droit  de  conclure  que  «les  portes  du  couvent 
s'ouvraient  beaucoup  trop  facilement». Il  est  même 
étonnant  que  AI.  Lièvre,  qui  tient  à  passer  pour 
un  auteur  scrupuleux,  fasse  d'aussi  importantes 
révélations  sans  seulement  citer  ses  sources.  Nous 
avions  déjà  senti  une  pointe  d'aigreur  trop  vive 
et  trop  hasardée  à  propos  du  monastère  des  hom- 
mes de  St-Amand.  Cette  pointe  devient  ici  une 
flèche  envenimée  qui  ne  se  cache  plus. 

Je  ne  dirai  rien  des  termes  discourtois  em- 
ployés par  l'auteur  de  Y  Exploration,  à  l'adresse 
du  culte  ou  de  la  religion  catholique  (pp.  148,  151), 
mais  il  est  permis  de  le  rappeler  aux  convenan- 
ces lorsqu'il  sort  des  règles  du  bon  goût  (p.  153). 

En  résumé  le  premier  volume  de  Y  Exploration 
archéologique  du  département  de  la  Charente  est 
un  livre  intéressant,  surtout  au  point  de  vue  pré- 
historique, mais  écrit  dans  un  esprit  aveuglé  de 
parti-pris.  Joski'H  Mallat. 


ÉTUDES  SUR  LES  MONUMENTS  PRIMI- 
TIFS DE  LA  PEINTURE  CHRÉTIENNE  EN 
ITALIE   ET    MÉLANGES  ARCHÉOLOGIQUES, 

par  h.  Lkfort.  —  Petit  in-8°,  284  pp.   Paris.  —  Pion, 
1885. 

IL  s'agit  d'une  réédition  corrigée  et  augmentée 
de  la  Chronologie  des  peintures  des  catacombes 
romaines,  ouvrage  bien  connu  d'un  collaborateur 
distingué  de  la  Revue  archéologique  et  des  Mé- 
langes d' Archéologie.  Il  contient  une  description 
de  toutes  les  fresques,  classées  par  ordre  d'an- 
cienneté, qui  existent  encore  dans  les  catacombes 
de  Rome  et  de  Naples;  ce  travail  prend  la  pein- 
ture à  ses  débuts,  vers  la  fin  du  L"''  ou  le  com- 
mencement du  11*=  siècle,  et  il  suit  ses  nombreuses 
productions,  en  fi.xant  leur  date,  pendant  les 
siècles  de  persécution,  et  au  delà.  Une  récente 
inspection  des  catacombes  et  des  communications 
de  M.  de  Rossi,  ont  permis  à  l'auteur  de  faire  des 
ajoutes  intéressantes  au  travail  primitif  II  y  a 
introduit  une  note  descriptive  de  la  mosaïque  de 
Sainte-Pudentienne  à  Rome,  conforme  aux  der- 


TBibliograpbic. 


247 


nicrs  progrès  de  la  science  iconographique,  et 
des  détails  tout  nouveaux  sur  les  découvertes  les 
plus  récentes  faites  à  Rome  et  dans  la  banlieue, 
ainsi  que  dans  quelques  autres  localités  ;  sur 
les  peintures  d'un  arcosolium,  dans  la  catacombe 
de  Santa  Maria  di  Gcsii  à  Syracuse  ;  sur  le  ci- 
metière chrétien  Ag  Jiilia  Concoi-dia,  en  Vénétie, 
et  sur  des  peintures  inédites,  datant  du  moyen 
âge,  trouvées  à  Saint-Nicolas  de  Saint-Victor, 
près  du  Mont-Cassin.  Ces  dernières  peintures, 
dont  les  dates  s'échelonnent  tout  le  long  du 
moyen  âge,  du  XII''  au  XIV''  siècle,  sont  des 
plus  intéressantes  pour  l'histoire  de  l'art.  Les 
plus  anciennes  sont  un  nouveau  témoignage  de 
l'activité  déployée  par  l'école  locale  en  Campanie, 
à  l'instigation  des  bénédictins  du  Mont-Cassin, 
avec  le  concours  des  Byzantins. 


ÉLÉMENTS  D'ARGHEOLOGIK  CHRÉTIEN- 
NE, jMr  le  chanoine  Reuscns,  professeur  à  l'univer- 
sité catholique  de  Louvain.  4  demi-vol.  grand  in-8^  — • 
Tome  premier,  572  pp.,  orné  de  plus  de  600  grav.  — 
Peeters,  Louvain,  1884.  —  Se  vend  chez  l'auteur. 

Prix  :  18  fr.  (■)• 

Nous  avons  déjà  consacré,  l'an  dernier, 
(y.  Revue  de  l'Art  clirctien,  18S4,  p.  221) 
un  premier  article  à  cet  important  ouvrage.  Si 
l'expression  n'était  devenue  trop  banale,  nous 
dirions  que  l'éloge  n'en  est  plus  à  faire  ;  remar- 
quons plutôt,  qu'il  n'est  guère  de  pays,  qui  ne 
doive  envier  à  la  Belgique  un  si  excellent  traité 
d'archéologie  nationale.  Nous  avons  naguère 
amplement  justifié  cet  avis  ;  la  première  édition 
des  Elcnients  est  assez  connue  des  archéologues  ; 
bornons-nous  à  consigner  ici  les  développements 
dont  s'est  enrichie  la  seconde. 

Ce  sont  d'abord  quelques  pages  sur  les  princi- 
paux types  propres  à  l'iconographie  latine  et  by- 
zantine, tels  que  les  couronnes  portées  par  des  per- 
sonnages saints  dans  les  plis  de  leurs  vctcinents, 
et  dans  lesquelles  M.  Reusens  voit  l'équivalent  du 
nimbe,  plutôt  que  des  ablations;  et  \ç:  trône  àw 
Christ,  représentant  le  Sauveur  lui-même,  en- 
touré des  Apôtres  ou  de  leurs  symboles,  comme 
dans  la  mosaïque  du  baptistère  de  Ravcnne,  dont 
la  reproduction  est  l'objet  d'une  des  nouvelles 
gravures  de  l'ouvrage.  Postérieurement  au  VL' 
siècle,  la  cathedra  de  la  doctrine  devient  le  trône 
du  jugement  dernier,  par  allusion  au  verset  du 
psaume  IX  :  «  Paravit  in  judicio  thronuui  snum, 
etc.  »  Mais  ce  dernier  symbole  est  propre  à  l'O- 
rient (=').  L'auteur  e.vaminc  aussi  la  question,  in- 
téressante au  point  de  vue  de  certaines  contro- 
verses théologiques,  de  la  droite  et  de  ki  gauche 
donnée  aux  apôtres  saint  Pierre  et  saint  Paul. 


1.  1.,'ouvrage  sera  terminé  avant  la  fin  de  1885. 

2.  11  figure   sur  la   croi.x   byz:intine  des  sœurs  de  Nolre-Danie  ^ 
Nainur. 


Avec  M.  de  Vogiié,  W.  Reusens  reconnaît  la 
première  source  du  style  byzantin  dans  les  ingé- 
nieuses combinaisons  des  habitants  de  l'Haouran, 
réduits  par  le  manque  debois.à  faire  servir  la  pierre 
à  des  besoins  nouveaux.  Il  montre  la  part  que 
l'art  asiatique  et  l'art  romain  apportent  respective- 
ment à  la  constitution  du  nouveau  style  oriental. 
C'est  sous  l'influence  de  la  Syrie,  que  l'Occident 
avait,  dès  avant  Constantin,  fait  usage  de  l'arc 
cintré  et  suggéré  aux  architectes  de  Constanti- 
nople  l'arcade  sur  colonnes.  A  l'Asie  la  coupole 
était  redevable  en  partie  de  ses  progrès.  D'un 
autre  côté, l'art  romain  avait  donné  l'exemple  de 
l'emploi  de  la  brique  et  des  petits  matériaux,  ainsi 
que  des  placages  et  revêtements  si  usités  dans  la 
décoration  des  édifices  byzantins. 

Sous  Constantin  et  ses  successeurs,  Constanti- 
nople  orne  d'abord  ses  monuments  des  dépouilles 
de  l'art  antique,  puis  encourage  la  pratique  de 
l'art  plastique.  Persécutés  par  Léon  l'Isaurien  et 
les  autres  empereurs  iconoclastes,  les  arts  refleu- 
rirent et  curent  leur  apogée  au  X'^  siècle,  sous 
Constantin  Porphyrogénète.  Leur  décadence 
commença  au  siècle  suivant  et  les  croisés  con- 
sommèrent leur  ruine  en  1204. 

M.  Reusens,  à  la  suite  de  M.  de  Dartein,  nous 
explique  ensuite  les  origines  du  style  lombard, 
qui  est  la  principale  expression  de  l'art  roman 
du  VU"  siècle  à  la  fin  du  X'^.  Il  précise  la  part 
d'influence  qu'il  faut  accorder  aux  maîtres 
comaques  (ntagistri  coinaci),  ces  ouvriers  cons- 
tructeurs dont  ies  émigrations  se  sont  perpétuées 
à  travers  le  moyen  âge  et  jusqu'à  nos  jours. 

L'auteur  n'avait  rien  à  ajoutera  ce  qu'il  a  écrit 
avec  tant  de  précision  et  de  maturité  sur  l'archi- 
tecture romane  dans  le  Nord,  et  surtout  dans  son 
propre  pays  ('). 

Parmi  les  gravures  nouvelles  dont  M.  Reusens 
a  orné  son  bel  ouvrage,  citons  une  vue  intérieure 
de  la  curieuse  petite  église  de  Celles,  près  de 
Dinant,  et  la  vue  du  Baptistère  de  Padoue. 

A  propos  des  retables,  dont  l'usage  s'intro- 
duisit au  XLsiècle,il  fait  remarquer  leur  analogie 
avec  les  parements  d'autel,  ce  qui  a  permis  parfois 
de  placer  ceux-ci  au-dessus  de  l'autel,  comme  ce 
fut  le  cas  pour  la  célèbre  pala  d'oro  de  Venise. — 
Dans  le  principe,  les  retables  servaient  souvent 
à  masquer  les  châsses  à  reliques.  Au  fond  du 
sanctuaire  s'élevait  alors  l'autel  des  reliques;  dès  le 
XIL"  siècle,  cet  usage  fit  abandonner  celui  de 
construire  la  crypte  sous  le  chœur. 

i.M.  Reusens  écrit,  p.  348,  cette  phrase  peut-être  un  peu  absolue 
dans  sa  forme:  «Toutes  les  églises  romanes  sont  orientées. «Qu'il  nous 
permette  de  lui  sign.aler  une  eNception,  qui  d'ailleurs  confirme  la 
règle.  La  cathédrale  de  Tournai,  et  deu.v  églises  paroissiales  dont 
les  fondements  et  des  parties  debout  datent  de  l'époque  romane, 
celles  de  .Saint-Pierre  et  de  S;\int-Nicol,-is,  s'écartent  nettement  de 
l'orientation  liturgique. 


248 


îacuuc    DE    ratt    cfjccticn 


Les  reliques  étaient  parfois  placées  à  l'intérieur 
de  l'autel,  qui  était  alors  percé  de  feiiestrelles  à 
travers  lesquelles  les  fidèles  pouvaient  vénérer  les 
corps  saints.Undespluscurieux  autels  de  ce  genre 
est  celui  de  V Aller  Pons  à  Ratisbonne  (XII-^s.). 
On  exposait  aussi  les  reliques  sur,  ou  derrière 
l'autel.  Dans  ce  dernier  cas,  la  châsse  était  placée 
assez  haut  pour  que  les  fidèles  pussent  passer 
au-dessous, selon  un  usage  pieux  encore  existant 
en  plusieurs  localités  de  la  Belgique. 

Quelquefois  le  pignon  de  la  châsse  était  encadré 
dans  un  retable  précieux  dont  il  occupait  le  milieu. 
C'était  le  cas  pour  le  célèbre  retable  que  l'abbé 
Wibald  fit  exécuter  vers  le  milieu  du  XIl"-' siècle, 
pour  l'église  de  l'abbaye  de  Stavelot.  —  Nous 
avons  parlé  de  la  découverte  faite  danslesarchives 
de  Liège  par  M.  Van  de  Casteele,  du  dessin  de  ce 
retable,  document  unique  par  son  ancienneté  et 
son  importance  (').  M.  Reusens.qui  l'a  naguère  fait 
connaître  au  public,  en  donne  une  reproduction 
phototypique,accompagnée  d'une  description,  qui 
constitue  une  des  pages  nouvelles  de  son  livre  les 
plusinteressantespourlesarcheologues.il  attribue 
ce  précieux  monument  à  Godefroy  de  Claire,  de 
Huy. 

Il  ajoute  à  ses  anciennes  gravures  celledel'autel 
portatif  du  trésor  de  St-Servais  à  Maestricht,  et 
de  l'ambon  de  la  rotonde  du  Saint-Sépulcre  à 
Bologne  (v.  ci-contre  p.  249)  et  signale  les  remar- 
quables clôtures  de  choeur,  de  l'époque  romane, 
conservées  en  Allemagne.  Il  nous  fait  connaître 
de  nouveaux  spécimens  de  fonts  baptismau.x 
romans,  ceux  de  Saint-Germain  de  Tirlemont 
(en  cuivre)  de  Thynes  et  de  Gomes  (en  pierre) 
dans  la  province  de  Namur. 

Les  pages  consacrées  à  l'orfèvrerie  et  à  l'émail- 
lerie  sont  nouvelles  et  remarquables.  Depuis  la 
première  édition  des  Éléments,  cette  branche  de 
l'archéologie  a  fait  quelques  progrès.  Les  savants 
ont  éclairci  plus  d'un  doute  ;  notre  éminent  col- 
laborateur,M. Ch.de  Linas, a  découvert  l'art  mosan 
(mérite  que  l'Académie  de  Belgique  vient  de  re- 
connaître en  ouvrant  ses  rangs  à  l'archéologue 
artésien)  ;  les  AUemands.de  leur  côté,  ont  étudié 
l'histoire  de  leurs  célèbres  écoles  d'émailleurs.  M. 
Reusens  tient  ses  disciples  au  courant  des  progrès 
de  la  science. 

On  sait  que  les  artistes  byzantins  persécutés 
parles  Iconoclastes  trouvèrent  un  refuge  près  des 
Papes.  Adrien  I"  et  Léon  III  donnèrent  à  l'orfè- 
vrerie la  plus  vive  impulsion,  et  c'est  parmi  les 
élèves  des  orientaux,  que  Charlemagne  trouva,  à 
Ravenne,  des  artistes  pour  enrichir  de  vases  pré- 
cieu.x  son  oratoire  d'Aix-la-Chapelle.  Après  lui, 
l'art  retombe  presque  dans  la  barbarie.  L'amon- 
cellement des  pierres  précieuses.un  travail  délicat 

I.  Vo\x  Revue  de  v  Art  chrétien,  1883,  p.  236. 


de  filigranes,  l'emploi  de  camées  antiques  et  de 
pierres  d'Orient  perforées,signalent  les  œuvres  de 
cette  époque. 

A  la  fin  du  X"  siècle,  Téophanie,  épouse 
d'Othon  II,  donne  le  jour  à  l'école  de  Trêves,  qui 
produisit  les  magnifiques  émaux  cloisonnés  et 
translucides  et  les  joyaux  splendides  que  nos 
amis  de  la  gilde  de  Saint-Thomas  et  de  Saint-Luc 
ont  pu  naguère  admirer  dans  le  trésor  de  la  ca- 
thédrale de  cette  ville.  Cette  école  d'orfèvrerie  et 
d'émaillerie  trop  peu  remarquée  jusqu'ici,  donna 
naissance  à  l'art  rhénan  et  l'art  mosan.  L'Kx- 
position  de  Liège  a  mis  ce  dernier  en  relief  et  M. 
de  Linas  l'a  en  quelque  sorte  baptisé. 

L'influence  byzantine  donna  naissance  à  plu- 
sieurs centres:  Mayence,Hildesheim, Verdun,  etc. 
En  Belgique  l'art  précieux  fut  pratiqué  à  Gem- 
blou.x,  à  Waulsort,  à  Tournai.  Le  bienheureux 
Richard,  abbé  de  Saint- Viton,  à  Verdun, 
semble  avoir  pratiqué  le  premier  la  substi- 
tution, générale  en  Occident  au  XI I^  siècle, 
de  l'émail  champlevé  au  cloisonné.  L'usage  de 
graver  les  figures 
dans  le  métal  épar- 
gné et  l'emploi  de 
motifs  de  la  flore 
i?idigène  caractéri- 
sent le  style  nou- 
veau qui  s'affirme 
alors  en  Allemagne. 
En  même  temps 
nous  voyons  surgir, 
appelés  de  Lotha- 
ringie, des  artistes 
émailleurs.  Ainsi 
introduit  en  Fran- 
ce, cet  art  s'accli- 
mate dans  l'école 
limousine ,  oii  la 
gravure  prit  une 
place  prépondéran- 
te, et  oii  le  travail 
revêtit  le  caractère 
industriel  et  mer- 
cantile. Artistique- 
ment cette  école 
reste  bien  inférieure 
à  celle  du  Rhin. 

Tel  est  le  résume 
de  cet  important 
chapitre.  A  ses  gra- 
vures, au  chapitre 
des  calices ,  M. 
Reusens  ajoute  les 
chalumeau.x  eucha- 
ristiques tle  Wiltcn 
et  de  la  collection  Basilewskj-  ;  il  augmente  sa 
collection  de  py.xides  de  celles  de  Saint-Servaisà 


15  i  t)  l  i  0  g  r  a  p  f)  i  e . 


249 


Maestricht  (en  ivoire)  et  de  Hildesheim  (en  noix     |     représentant  unccroix-reliquairebyzantine  appar- 
de  coco).  Nous  trouvons  encore  de  beaux  buis     j     tenant  aux  sœurs  de  Notre-Dame   à   Namur,   et 


^gmimmw^m^mwMWW 


Ambon  de  la  rotcnde  du 

Sair.t  Sépulcre  à  Bologne, 

(d'après  de  Dartein). 


>^, 


quelques  développements  nouveaux  sur  plusieurs 
remarquables  reliquaires  de  la  Sainte  Croix. 
Mais  la  nouvelle  édition  est  surtout  enrichie  des 
jnifiques   gravures,   représentant    des   parties 


mac 


des  châsses  de  saint  Ser\-ais  et  de  saint  Candide 
à  Maestricht.  —  Signalons  également  des  coffrets 
orientaux  en  ivoire  et  des  reliquaires  bj-zantins. — 
M.  Reusens  emprunte  à  la  Revue  de  f^lrt  chrétien 


les  reliquaires  en  cristal  déroche  que  M.Rohaiilt 
de  Fleur)-  a  décrits  dans  nos  colonnes. 

A  propos  d'évangéliaires,  il  consacre  quelques 
lignes  à  l'école  anglo-sa.xonne  d'enluminure  et  à 
son  influence  sur  l'Occident.dont  l'évangéliaire  de 
I\Iaese)ck  reste  le  témoin.  L'école  carolingienne 
se  forme,  sous  l'influence  de  Charlemagne.de  cet 
art  combiné  avec  l'art  b)/.antin.  Ici  se  placent  des 


250 


iRctiuc    De    rart    chrétien. 


détails  empruntés  à  Labarte,sur  les  caractères  par- 
ticuliersde  cettcécole  ainsi  que  sur  l'école  romane, 
dont  la  Belgique  garde  des  œuvres  remarquables. 
L'auteur  reproduit  et  explique  un  spécimen  du 
cation  d'Eiiscbe  de  cette  époque.  Deux  spécimens 
nouveaux  de  peignes  liturgiques  romans  sont 
donnés  en  gravure,  celui  de  Stavelot  et  celui  de 
Nivelles  (■). 


,„.^  yl  t5  »  z> 


Aube  de  saint  Bernulphe,  (XI'  siècle). 

Nous  retrouvons  ici  \<tif!abella  de  la  collection 
Seillère  et  du  musée  de  Copenhague, que  M.  Ch. 
de  Linas  a  publiés  dans  la  Revue  de  /'A ri  chrétien. 
—  L'histoire  de  la  mitre  a  reçu  quelques  déve- 
loppements nouveau.x.d'un  grand  intérêt, ainsi  que 
celle  de  la  chasuble,  où  nous  trouvons  plusieurs 
gravures  que  ne  contenait  pas  la  première  édi- 
tion, et  tout  le  chapitre  des  ornements  sacer- 
dotaux. Parmi  les  gravures,  signalons  encore  des 
planches  très  belles  et  originales, représentant  des 
ivoires  de  N.-U.  à  Tongres  et  du  musée  de 
Tournai. 

Un  collaborateur  anonyme  de  M.  Reusens, 
dont  les  lecteurs  de  la  Rei'ne  de  t Art  chrétien 
reconnaîtront  le  style  sympathique  et  élégant,  a 
ajouté,  en  quelques  pages  magistrales,  les  réfle- 
xions élevées  de  l'artiste  au.x  doctes  leçons  du 
professeur.Après  l'exposédescaractèresde  chaque 
période  archéologique,  il  fait  ressortir  les  grandes 
lignes  historiques  et  la  valeur  esthétique  de  leurs 
développements.  Ces  pages, en  tous  points  remar- 
quables, sont  d'un  charme  particulier.  Elles  repo- 
sent  le  lecteur   de   !a   fatigue  que  procure  iné- 

I.   Ce  dernierest  reproduit  d'après  un  dessin   de  l'auteur   de  ces 
lignes,  ce  que  l'auteur  du  livre  a  sans  doute  ignoré. 


vitablement  la  lecture  d'un  traité  purement  didac- 
tique. Elles  empêcheront  aussi  l'élève  de  s'impré- 
gner exclusivement  des  notions,  froides  en  elles- 
mêmes,  de  l'archéologie  pure,  et  lui  épargneront 
le  danger  de  ne  pas  éprouver  l'émotion  généreuse 
qui  nait  de  la  contemplation  artistique  du  beau, 
à  travers  le  développement  de  la  civilisation 
chrétienne. 


NOTES   D'ARCHEOLOGIE,    D'HISTOIRE    ET 
DE   NUMISMATIQUE,    3"^^  série,  par  A.   Van   Ro- 

BAis.    —  Brochure  in-S  ',   73  pp.,  4  pi.  Abbeville.  — 
Paillart,    1883. 

Ce  petit  volume  de  mélanges  s'occupe  du 
Vimeu  (en  Ponthieu)  et  de  la  bataille  de  Saucourt 
(881),  —  de  la  tour  de  Saint- Valéry-sur-Somme, 
à  laquelle  il  enlève  le  prestige  poétique  de  la 
captivité  d'Harold,  le  vaincu  d'Hastings,  —  de 
la  croix  du  roi  de  Bohême  à  Crécy,  encore  con- 
servée et  reproduite  dans  une  des  planches  de  la 
brochure,  — de  Ringois,  le  patriote  martyr  d'Ab- 
beville,  —  d'un  dictionnaire  latin  écrit  au  XV*^ 
siècle,  par  le  prieur  Hanon  des  Chartreux  de 
Thuison,  —  de  quelques  sceaux  religieux  d'Ab 
beville,  —  de  la  porte  principale,  en  st)'le  Renais- 
sance, de  l'église  de  St-Vulpain,  —  du  mausolée 
de  Rambures,  aux  Minimes  d'Abbeville,  —  de  la 
statue  de  Charlemagne  du  musée  de  cette  ville, 
œuvre  de  Nicolas  Blasset  (reproduite  dans  une 
des  planches),  et  de  quelques  monnaies  et  autres 
antiquités  locales. 


MONUMENTS  FUNERAIRES  DE  L'EGLISE 
SAINT-ÉTIENNE  A  SAINT-MIHIEL,  (1349- 
1856)  par  L.  Germain  Broch.  in-8",  54  pp.  Bar-le-Duc, 
typ.  de  l'œuvre  de  Saint-Paul,  1884. 

L 'Eglise  de  Salnt-Mlliiel,  visitée  par  tous 
les  étrangers  à  cause  du  fameu.x  Sépulcre 
de  Ligier  Richier,  que  l'on  y  admire,  servit  de 
sépulture  à  un  grand  nombre  de  familles  distin- 
guées. Les  unes  sont  de  la  belle  époque,  comme 
la  tombe  de  Jacomin  V Avocat  (1349),  d'autres 
offrent  des  sculptures  dues  à  l'école  des  Richier. 
M.  Germain  attribue  le  monument  Uieulewart- 
Pourcelet  à  cette  école,  sans  oser  affirmer, 
avec  M.  l'abbé  Souhaut,  qu'il  soit  de  Joseph 
Richier,  petit-fils  de  Ligier.  L'épitaphe  de  Jean 
Bourgeois,  en  donnant  la  date  du  décès  de  ce 
grand  citoyen  (1635),  permet  à  l'auteur  de  réfuter 
les  insinuations  calomnieuses  qui  flétrissaient  sa 
mémoire.  Celui-ci  discute  la  question  de  savoir 
auquel  des  Richier  il  faut  attribuer  le  tombeau  de 
Warin  de  Gondrecourt  ;  question  qu'a  agitée  de 
son  côté  M.  l'abbé  Souhaut.  Il  ajoute  aussi  quel- 
ques données  à  ce  qu'a  dit  ce  dernier  du  mausolée 
de  la  famille  Leschuyer  et  de  son  auteur  présumé 
Gérard  Richier. 


T5ibliograpf)ic 


251 


L'ÉTOLK  DE  SAINT  CHARLES  BORROMÉE, 
dans  le  trésor  de  la  cathédrale  de  Nancy,  par  le 
même.  Brochure  in-8",  de  15  pp.  —  Nancy,  Crépin- 
Leblond,  1884. 

La  cathédrale  de  Nancy  conserve  dans  son 
Trésor,  l'étole  de  saint  Charles.  C'est  du  moins 
ce  qu'attestait  seule  jusqu'ici  la  tradition.  M. 
Germain  nous  fait  connaître  un  acte  découvert 
par  M.  H.  Lepage  dans  les  anciennes  archives 
du  noviciat  des  Jésuites,  qui  atteste  la  vérité  de 
cette  attribution  et  de  l'opinion  d'après  laquelle 
cette  relique  a  été  donnée  par  Antoine  de  Lenon- 
court,  second  primat. 

LES  ARMOIRIES  DE  GÉRARDMER  (Vosges) 
par  le  même.  —  Brochure  in-8",  de  8  pp.  —  Nancy, 
Crépin-Leblond,  1884. 

Quand,  à  l'occasion  des  fctes  de  1866,  on  voulut  repré- 
senter, dans  la  galerie  des  Cerfs  du  Palais  ducal,  les 
armoiries  des  principales  communes  de  la  Lorraine,  il  fut 
impossible  de  découvrir  celles  de  Gerardmer,  et  l'on  dut 
créer  un  blason  pour  les  besoins  de  la  circonstance. 

Un  curieux  passeport  de  pèlerins,  de  1784,  trouvé  par 
M.  V.  Cuny,  permet  à  M.  Germain  de  combler  cette  lacune. 
On  y  voit  un  écu,  au  cerf  passant,  appartenant  à  cette 
commune. 

UN  PORTRAIT  DE  MARGUERITE  DE  LOR- 
RAINE, DUCHESSE  D'ALENÇON,  AU  MUSÉE 
LORRAIN,  par  le  même.  Brochure  in-8°,  8  pp.  — 
Nancy,  Cré|jin-Leblond,  1S84. 

Le  musée  Lorrain  possède  un  petit  tableau  sur 
cuivre,  qui  serait,  :\  en  croire  l'inscription  qu'il  porte,  le 
portrait  de  Philippe  de  Gueldre,  veuve  du  duc  René  II, 
(*i*  '547)-  '^b  Germain  propose  d'y  voir  celui  de  Margue- 
rite de  Lorraine,  sœur  de  ce  dernier.  11  se  fonde  sur  la 
description  de  l'abbé  Laurent,  d'un  portrait  gravé  de  cette 
princesse  datant  de  1660. 

Marguerite  de  Lorraine  a  été  considérée  de  tout  temps 
comme  une  sainte,  et  sa  vie  a  été  écrite.  .Son  épitaphe  est 
conservée  au  presbytère  d'Argentan  et  l'auteur  l'a  repro- 
duite. L.  C. 

L'abondance  des  matières  nous  oblige  d'ajour- 
ner l'examen  du  tome  III,  de  l'ouvrage  de 
AI.  Colfs:  La  filiation  généalogique  de  toutes  les 
écoles  gothiques. 


^^  BcxiotJiques. 

le  règne  de  jésus-christ. 
Sommaire  du  n"  ue  janvier  1885. 

État  des  Œuvres  sociales  de  Paray,  par  le  Baron  DE 
.M.\RIC0URT.  —  Le  Règne  social  aie  XIII'  siècle,  par  le 
R.  P.  H.  DE  ROCHEMUKE.  —  Les  Corporations  de  Caiitpo- 
lùtsso,  par  l'archiprêlre  AmI'.ROsiani.  —  Bolsène-Orvieto 
(suite),  (jar  Mgr  X.  B.\riîier  de  Mont.\ult. — Monuments 
du  Kègiie,  par  l'abbé  Ch.-vbaud,  P.  F.  et  A.  de  S.  —  Le 
t\ègiie  ï/t' Jl'.sus-CHRIsr  manifeste' par  l'art,  par  M.  Gri- 
.MOU.vrd  de  S.mnt-Laurent. —  Pensées  sur  la  Création. 
par  un  missionnaire  de  Syrie. 


Cette  édifiante  et  superbe  publication  se  sou- 
tient au  niveau  élevé  où  ses  fondateurs  ont  su  la 
placer  dès  ses  débuts. 

L'étude  de  Mgr  Barbier  de  Montault  sur  Bol- 
sène  et  Orvieto  se  poursuit  par  la  description  de 
la  Chapelle  du  Corporal,  dont  la  voijte  et  les  murs 
ont  été  ornés,  de  i  557  à  1 563,  par  Ugolino  d'Hario 
et  Domenico  Leonardelli,  de  peintures  relatives 
au  Sacrement  de  l'Eucharistie.  Une  héliogra- 
vure représente  la  scène  symbolique  célèbre  dans 
laquelle  le  Christ,  entre  les  sept  chandeliers  d'or, 
élève  l'hostie.  Le  démon,  la  chair  et  le  monde 
sont  figurés  au  bas,  en  même  temps  que  l'homme 
vainqueur  de  ces  trois  ennemis  de  son  salut;  ce- 
lui-ci transperce  d'une  flèche  le  monstre  sata- 
nique  ;  son  cheval  foule  la  chair  d'une  femme,  et 
il  tourne  le  dos  à  une  cité  mondaine.  —  C'est  un 
magnifique  ensemble,  que  celui  de  ces  peintures, 
dont  Pie  IX  avait  commencé  la  restauration  à  la 
veille  de  l'invasion  de  ses  Etats  par  les  Piémon- 
tais.  La  moitié  du  travail  seulement  a  été  faite, 
le  reste  s'efface  de  jour  en  jour.  M.  de  Sarachaga 
a  l'heureuse  idée  de  provoquer  dans  la  Revue 
eucharistique  une  souscription  pour  l'achèvement 
de  ce  travail.  —  La  décoration  picturale  de  l'autel 
fournit  à  l'auteur  de  l'article  matière  à  une  in- 
téressante digression  sur  le  confessionnal,  dont 
l'iconographie  n'a  encore  été  étudiée  par  aucun 
auteur.  Le  confessionnal,  ce  meuble  moderne,  ne 
paraît  qu'en  germe  avant  la  Renaissance,  sous  la 
forme  d'un  simple  fauteuil. 

M.  l'archiprêtre  Vincent  Ambrosiani.que  notre 
Revue  se  félicite  de  compter  dès  à  présent  parmi 
ses  collaborateurs,  donne  des  fragments  de  sa  très 
intéressante  inonographie  des  processions  de  la 
Fête-Dieu  à  Campo-Basso. 

M.Grimouard  de  Saint-Laurent  commence  une 
étude  sur  les  rnanifcstations  du  règne  de  JÉSUS- 
Christ,  par  les  moyens  de  l'art. 

Les  belles  planches  du  /?r^«t' donnent, outre  les 
peintures  déjà  signalées,  les  Prêtres  de  l'ancienne 
loi  (suite  des  vitraux  inédits  de  St-Etienne-du- 
Rlont),  deux  sujets  des  reliquaires  de  Ste  Eulalic 
et  de  St  Vincent,  conservés  dans  le  Cantal,  sa- 
voir :  le  Christ  bénissant  et  le  Couronnement  de 
St  Vincent,  émaux  du  XII^  siècle  ;  enfin  un  nou- 
veau panneau  des  tapisseries  de  Rubens  à  Ma- 
drid, la  Alaison  d'Aubriete. 

bulletin   monumental. 
Sommaire  du  N°  6. 

Trésor  de  Monza  (Sicile),  par  Mgr  Barbier  de  Mon- 
T.\ULT.  —  La  Renaissance  en  /v-rfwtv  (2' article),  par  M. 
Anthy.me  Saint  P.-\ul.  —  Chronique. 

Sommaire  du   N°  7. 

Note  sur  l'ancienne  cathédrale  de  Mirepoi.v,  par  M. 
l'abbé  Goii.VLDO.  —   Tours  romanes  de  la  calhéiirale  de 


RUVUR   UE    l'art   CllKÉTlEN. 
1885.  —  2™'-"  LIVKAISO.N, 


252 


ïactiuc   De  rart  cijrcticn. 


Coutances,  par  M.  A.  de  Dion.  —  Chapelle  St-Lazare  à  la 
cathédrale  de  Marseille,  par  iM.  DE  BARTHÉLÉMY.  — 
Chronique.  —  Bibliographie. 

Sommaire  du  n°  8. 

Livoire  latin  du  musée  de  Nevers,  par  Mgr  BaruiER 
UE  IMONTAULT.  — Les  peintres  d'Ai'ignoji  sous  le  7rgne 
de  Clément  VI,  par  M.  Eugène  Muntz.  —  Documents 
sur  le  château  de  La  Carde  (Ariège)  par  M.  l'abbé  Ga- 
lîALDO.  —  La  chapelle  gothique  de  Péglise  Saint-Maurice 
de  Reims,  par  M.  Henri  Jad.\rt.  —  Les  sept  anges,  par 
M.  Julien  Durand.  —  Chronique.  Mouvement  de  la 
Société  française  d'Archéologie.  —  Congrès  archéologique 
de  Paniiers,  Foix  et  Saint-Girons  (fin).  —  La  collection 
Davillicr.  —  Bielioc;raphie.  —  Inscriptions  de  la  colo- 
nie romaine  de  Béziers,  par  Louis  Nogiiier.  —  L'Adour, 
la  Garonne  et  le  pays  des  Foi.v,  par  Paul  Perret  et  Eugène 
Sadoux.  —  Recueil  des  inscriptions  campanaires  du  dépar- 
tement de  l'Isère,  par  G.  \'allier. 

Nous  avons  reproduit  dans  notre  dernière 
livraison  les  appréciations  flatteuses  qu'a  susci- 
tées dans  la  presse  italienne  l'étude  de  Mgr  Bar- 
bier de  Montault,  sur  le  trésor  de  Monza.  Un  de 
nos  collaborateurs  prépare,  du  reste,  pour  une 
livraison  ultérieure,  un  compte-rendu  de  cet 
ouvrage  de  grand  mérite.  Nous  avons  également 
parlé  de  la  Reiinissaiice  en  France,  par  M.  L.  Pa- 
lustre, qui  est  l'objet,  dans  le  Bulletin  Monumen- 
tal, de  l'examen  d'un  critique  éminent  et  sym- 
pathique, M.  Anthyme  St  Paul.  La  6*=  livraison 
de  cette  dernière  Revue,  ne  contient  pas  d'autre 
étude.  On  y  trouve  toutefois  un  intéressant  com- 
pte-rendu du  Congrès  de  Pamiers. 


C'est  en  1298  que  fut  inaugurée  la  nouvelle 
cathédrale  de  Mirepoix.  Elle  fut  fondée  par  les 
seigneurs  de  Lévis,  qui  restèrent  ses  soutiens. 
Elle  fut  plus  tard  restaurée  par  Philippe  de 
Lévis,  cet  illustre  é\ôque  de  Mirepoix.  LTnc 
nouvelle  consécration  eut  lieu  en  1506. 

Monsieur  l'abbé  Gobaldo  rend  un  juste  tri- 
but d'éloges  aux  bienfaiteurs  de  l'église,  et  décrit, 
d'après  les  documents,  les  travaux  de  restaura- 
tion exécutés  vers  1 500,  et  les  objets  précieux 
donnés  par  l'évêquc  Philippe,  y  compris  de  mer- 
veilleux livres  à  miniatures,  dont  quelques-uns 
sont  conservés  à  la  bibliothèque  de  P'oix,  et  ont 
été  admirés, comme  nous  le  disons  plus  \o\x\{ Cliro- 
nigiie),  par  les   membres  du  Congrès  de  Pamiers. 

Viollet-le-Duc  a  remarqué,  que  la  cathédrale 
de  Coutances  a  dû  être  reconstruite  sur  les 
fondations  mêmes  de  la  primitive  église  romane, 
et  il  a  pu  dire,  qu'il    ne  reste  plus  de  traces  visi- 

es  de  la  construction  romane.  Toutefois,  des 
vestiges  enveloppés  dans  la  construction  du 
XI IL'  siècle  n'ont  pu  échapper  à  l'œil  de  M. 
Bouet,  et,  plus  heureux  que  lui,  1\I.  de  Dion  fait 
une  curieuse  restitution  delà  cathédrale  de  Geof- 
froy de  Montbray,  et  notamment  des  deux  tours, 
dont  il  explique  la  transformation  accomplie  si 
habilement  au  XI V'^'  siècle.  Il  donne  même  en  re- 


gard la  vue  de  la  façade  actuelle,  et  une  vue  pré- 
somptive de  la  primitive. 

Monsieur  Barthélcmj-  étudie  et  publie  en  une 
belle  gravure  les  sculptures  de  la  chapelle  Saint- 
Lazare  à  l'ancienne  cathédrale  de  Marseille.  Il 
révèle  en  même  temps  des  données  nouvelles  sur 
les  deux  artistes  qui  ont  collaboré  à  cette  œuvre: 
Thomas  de  Como  et  Laurancc. 


Mgr  Barbier  de  Montault  a  rencontré  dans  le 
musée  archéologique  de  Nevers  un  ivoire  latin 
inédit, remarquable  tant  au  point  de  vue  artistique 
qu'au  point  de  vue  archéologique.  —  Il  en  fixe 
la  date  entre  le  I V'-'  et  le  V°  siècle.— ;Cet  objet  re- 
présente la  Nativité  de  N.-S.  et  l'Epiphanie  ;  il 
doit  avoir  appartenu  à  un  coffret.  —  L'auteur 
s'occupe  à  cette  occasion  de  l'iconographie  de 
ces  deux  mystères  de  la  vie  de  N.-S. 

Plusieurs  C}xles  de  peintures  perpétuent, au  pa- 
lais des  Papes  d'Avignon,  le  souvenir  de  Clément 
VI.  —  M.Eugène  Muntz  nous  donne  de  quelques- 
uns  non  encore  publiés  des  reproductions  photo- 
graphiques, et  en  même  temps  il  publie  des  docu- 
ments sur  leiu's  auteurs  (').  Il  se  propose  d'étudier 
ultérieurement  les  peintures  elles-mêmes. 

_M.  H.  Jadart  décrit  la  chapelle  gothique  de 
l'Église  de  Saint-Maurice  de  Reims,  seul  vestige 
de  cette  ville  de  l'époque  ogivale  flamboyante. 

Monsieur  Julien  Durand  revient  sur  la  décou- 
verte fait  par  M.  Léon  Dumuys,  d'un  moule  de 
patène  liturgique,  où  figurent  les  sept  Archanges; 
les  rapprochant  d'un  autre  monument  analogue,  il 
se  livre  à  cette  occasion  à  une  petite  dissertation 
iconographique  sur  les  archanges  apocryphes. 

gazettk  archéologique. 

Sommaire  des  nos  ç)-i2.   1884. 

TE.XTE.  —  ]'ie7ge  en  bois  sculpté  provenant  de  Saint- 
Martin-dcs-Chatnps,  par  M.  R.  De  Lasteyrie. —  Terres 
cuites  grecques  de  la  collection  /«■//<)«,  par  M.  E.BaiîELON. 

—  Les  trésors  de  '^'aisselle  iV  argent  trouvés  en  Caule,  par 
MM.  H.THÉDENATet  A.  Héron  de  \'ii.leeosse  (,w//(;>. 

—  Quelques  calices  en  filigrane  de  fabrication  hongroise, 
par  M.  E.  Molinier.  — L'expiation  ou  la  purification  de 
Thésée,  par  M.  DE  Wri'iE. —  Fouilles  et  recherches  archéo- 
logiques au  sanctuaire  des  jeux  isthmiqucs,  par  M.  MON- 
CEAUX (fin).  —  Bas-}'elie/s  de  Luca  delta  Robbia,  à  Pere- 
tola,  par  M.  E.  MoLiNiER.  —  Chronique. 

PLANCHES.  —  XLll.  Vierge  en  bois  ])iovciiant  de 
Saint-Martin-des-Champs.  —  XLlll.  Terres  cuites  de  la 
collection  Bellon.  —  XLlv,  XLV,  XLVi.  L'expiation  do 
Thésée.  —  XLvii,  XLViii.  Calices  hongrois.  —  XLix.  Bas- 
relief  de  Luca  délia  Robbia,  à  Peretola.  —  L.  Tombeau  de 
Benozzo  Federighi,  par  Luca  délia  Robbia. 

I.  Ce  sont  nolan-.ment  :  .Simone  di  Marlino,  Dollio  de  Sienne, 
Malteo  di  Giov:inetto,  Pietro  Kiccio  d'.^it'zzo.  Jean  d'.Are/.zo,  Fran- 
cescoel  Nicolo  de  Fiorencia.  Robino  de  Romanis  (tle  Rome),  Jaco- 
minus  de  Kono,  Bernardus  ICscot  et  P.  dcCaslris,  l'etrus  Roadoli  et 
l'etrus  Rebant,  Bissonius  Cabalicanus  et  Joliannes  Moys  ;  Simon  de 
Lyon. 


TB  i  b  l  i  0  g  r  a  p  î)  i  c . 


253 


Après  la  belle  Vierge  en  ivoire  de  M.  Bligny, 
que  nous  avons  nous-même  fait  connaître  à  nos 
lecteurs  par  la  gravure,  M.  R.  de  Lasteyrie  nous 
en  présente  une  autre  plus  remarquable  encore. 
C'est  la  fameuse  Vierge  de  la  basilique  de  Saint- 
Denis, qui  daterait  du  XI I<=  siècle,  d'après  l'auteur, 
et  non  du  X^,  comme  l'a  avancé  notre  collabora- 
teur, M.  Rohault  de  Fleury. 

L'histoire  du  calice  est  encore  à  faire,  nous  dit 
M.  E.  Molinier.  A-t-il  lu  l'étude  de  M.  l'abbé  J. 
Corblet  sur  les  Vases  eucharistiques,  parue  récem- 
ment dans  nos  colonnes? — Cette  histoire  y  est  au 
moins  ébauchée.  Quoi  qu'il  en  soit,  M.  Molinier 
fournit  à  cette  question,  et  surtout  à  celle  de 
l'histoire  de  l'art  de  l'orfèvrerie,  quelques  maté- 
riaux de  grand  intérêt,  en  nous  décrivant  une  fort 
belle  série  de  calices  hongrois,  ornés  de  filigranes, 
que  l'exposition  de  Buda-Pesth  lui  a  permis  d'étu- 
dier. Cette  collection  débutait  par  un  petit  mo- 
nument fort  curieux  de  la  collection  Ivan  Paur, 
attribuépar  le  catalogue  auVI l'-'ou  VII V  siècle(.?). 
Elle  comprenait  de  remarquables  spécimens  de 
toutes  les  époques,  jusqu'au  XVI'^'  siècle,  et  la 
Gazette  a  reproduit  cinq  des  plus  beaux. 

Le  même  auteur  publie  la  description  du 
tabernacle  en  marbre  de  l'église  de  Peretola,  près 
de  Florence,  œuvre  inédite  de  Luca  délia  Rob- 
bia.  Il  fait  l'histoire  de  cette  œuvre  d'après  des 
extraits  décomptes.  Il  nous  fait  connaître  aussi 
le  tombeau  de  Benozzo  Federighi,  évêque  de 
Fiésole,  dû  au  même  artiste. 

REVUE    DE    L'ART    FRANÇAIS    ANCIKN   ET 
MODERNE. 

Sommaire  du  n°du  12  décembre  1884. 

P.ARTIE  ANCIENNE  ;  Les  tableaux  de  Quintin  Varin 
aux  Andelys,  par  M.  l'abbé  PORÉE.  —  Espercieux  chez 
Jiridan,  communiqué  par  M.  Etienne  Parrocel.  — 
Élection  de  Dejoux  à  l'Acadéiiiie  de  peinture  et  de  scul- 
pture, communiqué  par  M.  Étienne  Parrocel.  —  Le 
graveur  Bertrand  et  l'état  civil  de  Soisy-sous-Etiotles,  par 
M.  J.-J.  Guiffrey.  —  Partie  moderne  :  Picot  et 
Delarochc,  par  M.  A.  DE  Montaiclon.  —  Inventaire 
sommaire  des  œuvres  d'artistes  français  conservées  à  la 
Villa  À/édicis,  par  M.  HENRY  JOUIN.  —  Épitaphes  de 
peintres  relevées  dans  les  cimetières  de  Paris  :  Tliibault, 
Ilosio,  Robert-Lefevre,  Guillemot,  Augustin,  Bourgeois, 
Meynier,  par  M.  H.  J.  —  Bii!LIOGRAPHIE.  —  Nouvelles 
diverses.  —  Table  analytique  et  raisonnéc  delà  première 
année,  par  M.  H.  J. 

Sommaire  du  n°du  i  janvier  1885. 

Au  Lecteur,  le  Comité  de  Rédaction.  —  Partie  an- 
cienne :  Buste  de  Henri  IV,  attribué  à  Germain  Pilon, 
communication  de  i\I.  LÉOI'OI.D  Delisle.  —  Valaperta, 
un  portrait  de  Jean-Jacques  Rousseau,  par  M.  Anatole 
DE  MONTAIGLON.—  yî««('  Rubens,  par  M.  J.-J.  Guiffrey. 
—  Norbert  Roettiers,  graveur  de  monnaies  et  de  médailles, 
par  M.  V.-J.  Vaillant.  —  Les  graveurs  parisiens  The- 
venon  et  Guy  on,  communication  de  M.  F.  Pouv.  — 
Partie  .moderne  :  Épitaphes  de  peintres  relevées  dans  les 


cimetières  de  Paris  :  M""  Rouit  lard,  Rouillard,  Gros,  Gé- 
rard, Coutan,  par  M.  Henri  Jouin.  —  Nécrologie: 
Jean-Marie-Antoine  Idrac,  par  M.  H.  J.  ;  Jules  Bastien- 
Lepas^e,  par  M.  J.  G.  ;  François-Antoine  Zœgger,  par  M. 
H.  J.  —  Exposition  des  œuvre=  dH Eugène  Delacroix,  çnx 
M.  J.  G.  —  Bibliographie. 

M.  l'abbé  Porée  fournit  des  renseignements  sur 
trois  tableaux  de  Quintin  Varin,  le  premier  maître 
de  Nicolas  Poussin.  La  partie  ancienne  comprend 
en  outre  des  documents  sur  Espercieux  (1776), 
Dejoux  (1778),  Bertrand  le  graveur  (i 78.-1.),  et 
Beauvarlet  Jacques-Firmin,  id.  (1788). 

M.  V.  J.  Vaillant  donne  une  note  développée 
sur  Norbert  Roettiers,  graveur  de  monnaies  et  de 
médailles,  né  à  Anvers  en  1666,  mort  à  Paris 
en  1727.  —  M.  F.  Pouy  signale  dans  des  contrats, 
les  noms  de  deux  artistes  non  enregistrés  :  L.-G. 
Thevenon,  graveur  à  Paris  (1785)  et  M.  Gvyon, 
graveur  et  fondeur  de   caractères  à  Paris  (1789). 

L'ÉCHO  CATHOLIQUE,  MONITEUR  DES 
LETTRES  ET  DES  ARTS  CHRÉTIENS. 

Cette  publication  mensuelle  annonce  l'intention  de  tra- 
vailler à  la  vulgarisation  de  l'art  chrétien.  Nous  en  rece- 
vons un  numéro  spécimen  datant  de  juillet.  Il  contient  une 
série  de  faits  divers  touchant  l'art  religieu.x  ;  un  article  ré- 
clame au  profit  d'une  grande  maison  d'orfèvrerie  de  Paris  ; 
et  une  revue  des  tableaux  et  sujets  religieux  du  dernier 
salon  de  Paris.  Fra  Veridico  y  fait  les  honneurs  d'un 
examen  critique  h  toute  manifestation  du  sentiment  reli- 
gieux, jusque  dans  ses  déviations  —  Ce  journal  ne  parait 
pas  avoir  une  idée  faite  sur  ce  ciue  doit  être  l'art  chrétien  ; 
—  du  moins  ne  nous  fait-il  pas  connaître  ses  principes. 
Nous  lui  souhaitons  de  ne  pas  faire  aux  dépens  des  vrais 
principes  son  chemin  dans  le  monde  et  la  fortune  des 
éditeurs. 

SEMAINES   RELIGIEUSES. 

Le  Biilhtin  du  diocèse  de  Reims  du  24  janvier, 
donne  l'histoire  du  culte  de  saint  Marcoul  à 
Reims  et   à  Corbeny. 

Nous  signalons  de  nouveau,  sans  pouvoir  le 
résumer  ici,  l'article  d'érudition  publié  par  Mgr 
Barbier  de  Àlontault,  dans  la  Semaine  de  Poitiers, 
sur  le  vitrail  de  saint  Laurent  de  la  cathédrale  de 
Poitiers. 

La  Semaine  religieuse  de  Beauvais,  en  signa- 
lant les  belles  et  riches  broderies  de  l'église  de 
Fresnes-Léguillon,  émet  d'excellents  avis  au  su- 
jet de  la  confection  des  broderies  religieuses. 

La  Semaine  des  fidèles  du  Mans,  publie  une  sé- 
rie d'articles  sur  les  Instruiiients  de  la  Passion 
oii  sont  vulgarisées  les  riches  études  que  M. 
Rohault  de  Fleury  a  réunies  dans  son  mémoire 
sur  cette  question,  et  donne  une  notice  très  recom- 
mandablc  sur  les  chapelles  domestiques,  leur 
histoire,  leur  fréquence  dans  le  premier  siècle,  les 
dispenses  auxquelles  leur  usage  fut  surbordonné 
par  plusieurs  conciles,  et  les  conditions  en  vigueur 
actuellement  pour  célébrer  la  sainte  Messe  dans 
un  oratoire  privé.  L.  C. 


254 


iRetJuc  ne  l'^rt  cïj rétien. 


Xiitier  biiniograpînquc. 


:^rcl)tologte  ctBeau;c^:^rtô  '\ 


Jrrance. 


Albanès  (J.  H.).  — Armorial  et  sigillographie 
DES  ÉvKQUES  DE  MARSEILLE.  —  Grand  in-4°.  Mar- 
seille, Olive. 

Anonyme.  —  Questionnaire  archéologique  ou 
MEMENTO  DU  TOURISTE.  ÉgHses  et  cliâteaux,  par  ***, 
de  la  Société  française  d'archéologie.  Clermont-Fer- 
rand,  Thibaud,  1884,  in-S°,  22  pp. 

Audiat(L.). — Abb.we  de  Notre-Dame  de  Saintes, 
HISTOIRE  ET  DOCUMENTS,  publiés  par  M.  Louis  Audiat. 
—  Paris,  Picard.  In-8,  104  pp.  (Extr.  des  Archives 
historiques  de  la  Saintonge  et  de  l'Au?iis). 

Barbier  de  Montault  (Mgr).  (*)  —  L'appareil  de 
la  lumière  de  la  cathédrale  de  Tours.  —  Tours,  imp. 
Bousrez.  In-8°,  213  pp.  (Extrait  du  Bulletin  monu- 
mental.) 

Bar  la  (F.  xA.)  Curé  de  l'Épine.  (*)  —  Notre-Dame 
DE  l'Épine  et  son  Pèlerin-^ge.  —  Châlons  in-8°, 
de  t8i  pag.  :  prix  1,50. 

Berthelé (J.).  —  ARcnirECTURE  mérovingienne  ; 
La  date  de  la  crypte  de  Saint-Léger  à  Saint-Maixent 
(Deux-Sèvres).  —  Tours,  imp.  Bousrez.  In-8,  28  pp., 
avec  dessin.  3  fr.  (Extrait  du  Bulletin  monumental.) 

Blanc  (Charles).  — Collection  d'objets  d'art  de 
M.  Thiers,  léguée  au  Musée  du  Louvre.  —  Paris, 
Jouaust,  1884,  in-8°,  xvi-287  pp.,  34  pi.  et  fig. 

Bonnel  (l'abbé  J-)'  —  Notre-Dame-d'Espérance 
de  PoNTMAiN(Mayenne).  — Paris,  lib.  Oudin.  Li-i8"  j., 
x-275  pp. 

Catalogue  de  la  galerie  lapidaire  du  musée 
de  la  Société  des  antiquaires  de  l'Ouest.  —  Poi- 
tiers, imp.  Tolmeret  0=.  In-8°,  87  pp. 

Champeaux  (A.  de)  et  Adam  (F.  E.  ).  —  Paris  pit- 
toresque. —  Ouvrage  illustré  de  nombreuses  gravures 
dans  le  texte  et  de  10  grandes  eaux-fortes  originales 
par  Lucien  Gautier.  —  Paris,  imp.  et  lib.  Rouam.  In- 
fol.,  85  pp.  25  fr. 

Chevalier  (Mgr  C).  —  Herculanum  etPompéi, 
scènes  de  la  civilisation  romaine.  • — Tours,  imp.  et  lib. 
Mame  et  fils.  In-8",  216  pp.  et  gravures.  1,70  fr. 

Clément  (F.).  —  Hlstoire  de  la  musique  de- 
puis LES  temps  anciens  jusqu'a  nos  jours.  —  Grand 
in-S",  vi-823  pp.  avec  359  fig.,  68  portraits,  des  exem- 

I.  l^es  ouvrages  marqués  d'un  astérisque  (*)  sont  ou  seront 
l'objet  d'un  article  bibliograpliique  dans  la  Revue. 


pies  de  notations,  des  mélodies  et  des  fac-similés  tirés 
des  manuscrits.  Paris,  FLichette  et  Cie.  15  fr. 

Clermont-Ganneau  (C).  — Trois  monuments 
PHÉNICIENS  apocryphes.  — Paris,  Imp.  Nat.  In-8"  36 
pp.,  avec  fig.  (Extr.  Aw  Journal  asiatique.) 

Delvigne  (l'abbé  A.).  —  La  Renaissance  de 
l'art  religieux  au  XIX"  siîîcle,  allocution  pronon- 
cée le  16  novembre  1884  h  la  distribution  solennelle 
des  ])rix  aux  élèves  des  écoles  de  Saint-Luc  et  de  Saint- 
Grégoire  à  Tournai.  — Saint-Josse-ten-Noode,  in-8",  de 
19  pp. 

Dieulafoy(.\L'ircel). — L'art  .\ntique  de  la  Perse. 
Achéménides.  —  Parthes.  — Sassanides.  —  Paris,  Mo- 
rel.  3884,  in-fol.,  pi. 

Dufour  (l'abbé  V.).  — LesCharniers  des  églises 
DE  paris:  Saint-Séverin.  —  Paris,  Laporte.  In-8'^,  46  pp. 
3  fr- 

Dumon(A.). — Terres  cuites  orientales  etgré- 
C0-0RIENT.\LES:  Chaldée,  Assyrie,  Phénicie,  Chypre 
et  Rhodes.  —  Paris,  Thorin.  In-4",  39  pp.  4  fr. 

EpIGRAPHIE   du    DÉPARTEMENT    DU    PaS-DE-CaLAIS 

—  Ouvrage  publié  par  la  commission  départementale 
des  monuments  historiques.  T.  L  2'''  fascicule.  —  Arras, 
imp.  de  Sède  et  C".  —  Paris,  Em.  Lechevalier.  In-4°, 
p.  115  à  228  et  pi.  10  fr. 

Germain  (L.).  (*)  —  Monuments  funéraires 
DE  l'Église  saint- Etienne  a  saint-michel  (1349- 
1856.)  —  Broch.  in-8",  54  pp.  —  Bar-le-Duc,  typ.  de 
l'œuvre  de  Saint-Paul,  1884. 

Germain  (L.).  (*)  —  L'étole  de  saint-charles 
borromée,  dans  le  trésor  de  la  cathédrale  de 
NANCY. —  Brochure  in  8°,  de  15  pp.  —  Nancy,  Crépin- 
Leblond,  1884. 

Germain  (L.).  (*)  —  Les  armoiries  de  gérard- 
mer  (Vosges).  —  Brochure  in-8°,  8  pp.  —  Nancy, 
Crépin-Leblond,  1884. 

Germain  (L.).  (*) —  Un  portrait  de  marguerite 
DE  lorraine,  duchesse  d'alençon,  au  musée  lor- 
rain. —  Brochure  in-S",  8  pp.  —  Nancy,  Crépin- 
Leblond,  1884. 

Goudard  (A.  C).  —  Appendice  au  supplément 

A   LA  notice  sur  LES  MÉDAILLES  DITES  PIEDS  DE   SAN- 
GLIER. —  Toulouse,  lib.  Privât.  In-8'',   80  pp.  et  2  pi. 

Grandet  ( J.  ).  —  Notre-Dame  angevine,  ou  Traité 
historicpie,  clironologique  et  moral  de  l'origine  et  de 
l'antiquité  de  la  cathédrale  d'Angers,  des  abbayes, 
prieurés,  églises  collégiales  et  paroissiales,  etc.  Publié 
pour  la  première  fois,  d'ai)rès  le  manuscrit  original,  par 
M.  Albert  Lemarchand,  bibliothécaire  en  chef  de  la 
ville  d'Angers.  —  Angers,  Germain  et  Grassin.  In-8", 
11-643  pp.  7,50  fr. 

Grignon  (L.)  — ■  Description  et  historique  de 
l'église  Notre-Dame  en  Vaux,  de  Chai.ons,  col- 
légiale et  paroissiale. — Première  partie.  Description. 
Châlons-sur-Marne.  Thouille.  Li-8'>,  15  i  \i\x  et  [blanches. 

Guillaume  (P).  —   Le   Mv.stère  de  saint  Eu.s- 


1BitiIiograpf)ic. 


255 


TACHE,  joué  en  1504  sous  la  direction  de  B.  Chance!, 
cha|)elain  du  Puy-Saint-André,  près  Briançon. — In-S", 
115  p[).  Paris,  Maisonneuve. 

Héron  de  Villefosse  (A.)  et  H.  Thédenat. 
Inscriptions  romaines  de  fri'jus.  — Tours  et  Paris, 
Cliampion,  1884,  in-8°,  196  pp.,  i  pi.  et  15  figures. 

Hucher  (E.).  —  Trésor  de  Rennes,  trouvé  dans 
le  jardin  de  lapréfecture,en  septembre  1881. — Mamers, 
Fleury,  1884,  in-8°,  20  pp.  (Extrait  de  la  Revue  histo- 
rique et  archéologique  du  Afaine.) 

Jacob(M.  A.)  Conservateur  du  musée  de  Bar-le-Duc. 
(*)  Musée  de  Bar-le-Duc.  —  Catalogue  sommaire 
ou  guidI';  du  visiteur  dans  les  différentes  salles 

DE     CET     établissement     ET     DANS    LA    GALERIE    DES 

illustrations  de  la  meuse.  —  Bar-le-Duc,  Rolin, 
in-8°  de   80  pp.  :  prix  1,50. 

Jacquemain  (M.  l'abbé)  curé  d'Avioth.  (*)  — • 
Notre-Dame  d'Avioth  et  son  Église  monumentale, 
au  DIOCÈSE  DE  Verdun  (Meuse).  —  Sedan,  Laroche, 
in-8°  de  132  pp.  et  2  pi. 

Janvier  (A.).(*)  —  PetiteHistoirede  Picardie. 
Dictionnaire  historique  et  archéologique.  —  Amiens, 
Douillet,  in-4°  de  405  pp.  (10  fig.) 

Jourdan  (J.  B.  E.).  —  La  Rochelle  historique 
et  monumentale.  Préface  de  G.  Musset,  ancien  élève 
diplômé  de  l'Ecole  des  chartes.  —  La  Rochelle,  Siret. 
In-4°  en  deux  parties  ou  fasc,  avec  30  grav.  à  l'eau- 
forte  par  Ad.  Varin.  Fasc.  I,  7  pp.  et  p.  i  à  104  ;  fasc. 
II,  pj).  105  à  200.  —  L'ouvrage  complet:  60  fr. 

Lavanchy  (l'abbé  J. M.).  —  Les  Châteaux  de 
Duin;  LE  Château  de  Dérée.  —  Annecy,  imp.  Niérat 
et  C^   In-8",  122  pp. 

Lavoix  (H).  —  Histoire  de  la  musique. — In-8", 
368  pp.  avec  139  fig.  Paris,  Quantin.  —  3  fr.  50. 

Lefort  (L.)  (*)  —  Études  sur  les  monuments  pri- 
mitifs de  la  peinture  chrétienne  en  Italie  et 
MÉLANGES  archéologiques. — In-i8°  jésus,iv-289  pp. 
Paris,  Pion,  Nourrit  et  CK 

Lefebvre  (F.  A.).  —  La  Chartreuse  de  Saint- 
HoNoRÉ  a  Thuison,  près  d'Abbeville.  In-8",  xv-572 
1  p.  et  planche.  Paris,  Bray  et  Retaux. 

Lucot  (Chanoine).  —  Les  verrières  de  la  Ca- 
thédrale DE  Chalons  en  général  et  plus  parti- 
culièrement les  verrières  des  collatéraux. 
Châlons-.sur-Marne.  Tliouille,  1884,  in-8°  de  16  pp.  et 
une  photographie. 

Marsy  (de)  et  Travers  (E).  —  Excursion  de 
LA  Société  française  d'archéologie  a  l'île  de 
Jersey.  — Tours,  imp.  Bousrez.  In-8'^,  120  ])p. 

IVIarsy(C'"'  de).  —  Pierre L'HERMrrE,S0N  Histoire 
ET  SA  légende. — AmienSjDelattre-Lenoël,  in-8"de36p. 

Michel  (Edmond).  —  La  salle  des  thèses  de 
l'Université  d'Orléans  (ancienne  librairie),  suivie 
d'une  description  succincte  de  l'exposition  rétrospective 
de  1884. — Orléans,  Herluison.In-i6°,  16  pp. — 50  cent. 

Molinier(Émile).  (*) —  Dictionnaire  des  émail- 
leurs, depuis  le  moyen  âge  jusqu'à  la  fin XV 111=  siècle. 


Ouvrage  accompagné  de  67  maniues  et  monogrammes. 
Paris,  Rouam,  1885,  in-12  de  115  pp. 

Nexrat  (abbé  Stanislas)  et  Hippolyte  Réty.  — 

Du  ROLE  DE  LA   MUSIQUE  VOCALE    ET  INSTRUMENTALE 

DANS  LES  ÉCOLES  CHRÉTIENNES.  Avec  lettre  ap])roba- 
tive  de  Mgr  Perraud,  évêque  d'Autun.  —  In-S"  de 
50  pp.  1884.  Paris  et  Lyon.  Delhomme  et  Briguet.  — 
Prix  :  I  fr. 

Nicaise(A.)correspondantdu  ministère  de  l'instruc- 
tion publique,  président  de  la  Société  académique  de 
la  Marne.  —  L'Époque  gauloise  dans  le  départe- 
ment DE  LA  Marne, découvertes  et  études  archéo- 
logiques :  la  Sépulture  à  char  de  Sept-Saulx;  le 
Cimetière  de  Varilles,  commune  de  Bouy  ;  la  Sépulture 
à  char  et  le  Vase  à  griffons  de  la  Cheppe  ;  le  Cimetière 
du  Mont-Coutant  (Fontaine-sur-Coole).  —  Paris,  lib. 
Lechevalier.  In-8°,  74  pp. — 6  fr. 

Pilloy  (J.).  —  Études  sur  d'anciens  lieux  de 
sépulture  dans  l'Aisne.  —  4=  fascicule.  —  Saint- 
Quentin,  Triqueneaux-Devienne.  In-8°,  pp.  139  à  176 
et  2  pi. 

Poinssot.  —  Inscriptions  inédites  de  LAiiBÈSE 
ET'  DE  Ti.MGAD.  —  PaHs,  Imp.  Nat.,  1884,  in-8",  8  pp., 
fig.  (Extrait  des  Comptes-rendus  de  l' Académie  des  Ins- 
criptions. ) 

PuUigny  (vicomte  de). —  Étude  archéologique 

sur     la     forteresse    et    le    CHATEAU  DE  GiSORS.  — 

Gisors,  imp.  Lapicrre.  In-8'^,  28  pp.  et  plan.  —  i  fr.  25. 

Racinet(A.). — LeCostume  historique. — 500  pi., 
300  en  couleurs,  or  et  argent,  200  en  camaïeu,  avec 
des  notices  explicatives  et  une  étude  historique.  15'= 
livraison.  In-fol.,  98  pp.  et  24  pi.  —  Paris,  Firmin- 
Didot  et  C''=. 

L'ouvrage  formera  6  vol.  de  400  pp.,  dont  5  de  pi. 
et  un  de  texte.  Il  paraîtra  en  20  livraisons.  Chaque 
livraison,  12  fr. 

Rau  (C).  —  La  Stèle  de  Palenqué  du  musée 
NATIONAL  DES  Ét^^ts-Unis  A  WASHINGTON.  —  Traduit 
de  l'anglais  avec  l'autorisation  de  l'auteur.  Lyon,  imp. 
Pitrat  aine.  In-4",  105  pp.  (Extr.  des  Annales  du  musée 
Guimet,  t.  X.) 

Riocour  (E.  de).  —  Les  monnaies  lorraines.  — 
Nancy,  Crépin-Leblond,  1884,  in-8°,  44  pp. 

Robais  (A.  Van).(*) — Notes  d'archéologie,d'his- 
TOIRE  et  de  numismatique  (  ),  3"=  série.  —  Brochure 
in-8°,  74  pp.,  4  pi.  Abbeville.  Paillart,  18S3. 

Robert  (P.  C).  —  Examen  d'un  trésor  de  mon- 
naies (.;aui,oises  entré  au  Musée  de  Saint-Ger- 
main. —  Paris,  Imp.  Nat.,  1884,  in-8°,  16  pp.  (Extrait 
des  Comptes-rendus  de  l'Acad.  des  Inscriptions.) 

Saint- Paul  (Anthyme).  — Notre-Dame  d'Éta.m- 
PES.  —  Paris,  A.  Lévy.  Gr.  in-4,  15  p.  avec  3  plan- 
ches. 3  fr.  50.  (Extr.  de  la  Gazette  archéologique). 

Serurain  (Léon).  (*) —  L'Enseigne  de  la  compa- 
gnie d'ordonnance  de  CLAUDE  DE  LORRAINE  DUC  DE 

GUISE.  —  Nancy,  Crépin,  1884,  in-8°  de  20  pp.,  avec 
une  gravure  sur  bois.  —  2  fr. 


256 


iR  c  u  II  c   De    r  a  r  t    c  f)  ï  c  t  i  c  n. 


Souchiéres  (E.).  —  Les  Arts  rétrospectifs  au 
PALAIS  DES  CONSULS  (1S84). —  Rouen,  impr.  Cagniard. 
In-S°,  vn-195  p.  4  fr. 

Tardieu  (A).  (*).  —  Le  iniont  Doré  et  la  Bour- 

BOULE  HISTORIQUES    ET    ARCHÉOLOGIQUES,     ET     LEURS 

ENVIRONS — Clermont-Ferrand,  Malleval,  18S4,  in-.S" 
de  36  pages,  avec  plusieurs  gravures  sur  bois  dans  le 
texte. 

Tranchant  (C).  —  Notice  sommaire  sur  Chau- 
viGNv  DE  Poitou  et  ses  monuments.  2"  édition. 
Paris,  imp.  Rougier  et  C=,  In-i8  j.,  212  pp. 

Vaillant  (V.  J.).  —  Notes  boulonnaises  ;  Deux 
peintres  boulonnais.  — Baudren  Yvart  (16 10-1690), 
Joseph  Yvart  (1649-1728).  Boulognesur-Mer,  imp. 
Simonnaire  et  C'^  ;  Paris,  Em.  Lechevalier.  In-8°,  108 
pp.  --  S  fr. 

Tiré  à  100  exemplaires  numérotés. 

Vaudin  (Eugène).  —  La  c.\thédrale  de  Sens 
ET  ses  trésors  d'art,  cathédrale,  archevêché  et 
trésor.  —  Paris,  Champion,  in-4°,  23  pi. 


Allemagne. 


Bach  (M.).  —  Die  Renaissance  im  Kunstge- 
werbe,  1'=  série. — Stuttgart,  G.    Weise,  1884,  in-fol. 

Kekulé  (R.).  —  Die  antiken  Terracotten.  Im 
Auftrage  d.  arch.\olog.  Instituts  d.  Deutschen 
Reichs  herausgegeben.  IP  Band: —  Die  Terracotten 
von  Sicilien.  Stuttgart,  Spemann,  in-fol. 

Stegmann  (Dr.  Cari  v.).  —  Handbuch  der  Bil- 
dnerkunst  in  ihrem  ganzen  Umfange,  od.  Anleitg. 
zur  Erwerbg.  der  hierzu  erforder.  Kenntnisse  u.  Rat- 
geber  bei  den  verschiedenen  ^'ertahrungsarten.  2.  verb 
Aufl.,  bearb.  v.  Dr.  J.  Stoekbauer.  Mit  e.  Atlas,  enth. 
9  (lith.)  Foliotaf.  M'eimar,  B.  F.  Voigt  Gr.  in-8,  .\vi-322 
p.  12  fr. 


anglctcrrc. 


Nu.mismata  Orientalia  —  The  Plates  of  the 
Oriental  Coins,  ancient  and  modem,  of  the  late 
AVilliam  Marsden.  Londres.  Triibner,  1884. 


'15clgiqiic.^ 


Colfs(J.F.).  (*)  —  La  Filiation  généalogique  de 
toutes  les  écoles  gothiques.  — Ouvrage  orné  d'un 
grand  nombre  de  vignettes  explicatives  et  12  pi.  hors 
texte.  Tome  III.  École  gothique  frani^aise.  Liège,  lib. 
J.  Baudry.  In-8°,  402  pp. —  20  fr. 

Ubaghs  (Casimir).  — L'.\ge  et  l'ho.mme  préhis- 
toriques ET  ses  ustensiles  DE  LA  STATION  LACUSTRE 

PRiiS  DE  Maestricht.  —  2=  édit.  Liège,  ini]).  H.  Vail- 
lant-Carinanne.  In  8,  90  p.  et  2  pi.  4  fr. 


Cspagne.'- 


Madrazo  (P.  de).  —  Viaje  aktlstico  de  très 

SIGLOS    POR    LAS    COLECCIONES    DE    CUADROS     DE     LOS 

Reves  de  Espana,  —  desde  Isabel  la  Catôlica  hasta  la 
formacion  del  Real  Museo  del  Prado  de  Madrid. 
Fotograbados  de  Laurent,  Joarizti  y  Mariezcurrena. — 
Barcelona.  Est.  tip.  de  Daniel  Cortezo  y  Comp.,  edi- 
tores.  In-4,  317  p.  tela  con  plancha.  — 5  fr. 


31taUe.- 


Cinci  (.\.).-— Il  palazzo  dei  Priori  di  Volterra. 

—  Volterra,  Maffei,  1884,  in-8",  31  pp. 

Cinci  (A.).  —  Memorie  della  chiesa  prioria  di 
San  Pietroin  Volterra.  —  Volterra,  Maffei,  1884, 
in-8",  38  pp. 

Cinci  (A.). — Il  palazzo  del  podesta  di  Vol- 
terr.v.  — Volterra,  Maffei,  1884,  in-8°,2  2  pp. 

Cinci  (A.).  Il  teatro  vecchio  di  Volterra.  — 
Volterra,  Maffei,  1884,  in-8",  31  pp. 

Elena  (Mario).  —  Ricordi  di  un  viaggio  in 
Spagna  nel  1882.  —  Foligno,  tip.  Sgariglia.  In-8", 
173  PP- 

Farabulini  (prof.  David).  —  Archeologia  ed 
ARTE,  rispetto  a  un  raro  monumento  greco  conservato 
nella  badia  di  Grottaferrata:  dissertazione. — Roma,  tip. 
Befani.  In-8,  xii-236  pp. 

Gualandi(A.). — Le  lapidi  storiche  inBologna. 

—  Bologna,Azzoguidi,  18S4,  in-S",  20  pp. 

Lanciani  (Rodolfo).  —  L'atrio  di  Vesta.  Con 
appendice  del  Com.m.  Gio  Battista  de  Rossi.  In-4", 
Roma,  Spithôver,  1S84. 

Miintz  (Eugenio).  —  Il  palazzo  di  Venezia  a 
Roma,  —  trad.  Di  Giovanni  Gatti.  Roma,  Befani, 
1884,  in-8°. 

Pezzi  (Domenico).  La  grecita  nonjonica  nelle 
iscRizioNi  piu  antiche.  —  Torino.  E.  Loescher,  edit. 
In-4,  71  p.  5fr. 

Pietrogrande  (Giacomo).  —  Lscriziom  ro.mane 
NEL  MusEO  di  Este.  —  Roma,  tip.  Salviucci.  In-8", 
60  pp. 

Pigorini  (Luigi).  —  Il  Museo  nazionale  prei- 
storico  ed  etnogkafico  di  Roma.  —  Seconda  rela- 
zione  a  S.E.il  ministre  della  publica  istruzione. — Roma, 
tip.  Bencini.  In-8,  22  p.,  con  I  planta  del  Museo  Prei- 
storico-etnografico,  e  Kircheriano. 

Zonghi   (A.).  —  Le   antiche  carte   fabrianesi 

ALLA  ESPOSIZIONE  tïENERALE  ITALIANA  DI  TORINO:  

memoria.  I''ano,tip.  Sonciniana.  Gr.  in  8",  70  p. 

J.C. 


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SOMMAIRE.  —  CHAPELLE  DES  ARTS.  —  ÉCOLES  D'ART.  —  IMAGERIE.  — 
ŒUVRES  NOUVELLES  :  Peintures  iTiurales  à  Chéilons  ;  broderies  à  Cliâteau-Gontier  ;  vitraux  ;'i 
Saint-Vincent  de  Rouen  ;  basilique  de  Saint-Martin  à  Tours  ;  peintures  du  Pantliéon  ;  chapelle 
des  Dames  du  St-Sacrement  à  Rome;  cathédrale  de  Westminster;  médaille  de  Léon  XIII.  — 
RESTAURATIONS  :  Subsides  ;  vitraux  de  Saint-Étienne-du-Mont  ;  Les  Beaux-Arts  à  la 
chambre  des  députés  ;  vitraux  ^  la  cathédrale  deChâlons  ;  chapelle  de  la  Sainte- Vierge  h  Reims  ; 
église  de  Saint-Germain-des-Prés  ;  tour  de  Philippe  Auguste  et  porte  de  Saint-Denis  ;  palais 
des  Papes  à  Avignon  ;  caserne  de  Bonne-Nouvelle  à  Rouen  ;  tapisseries  de  Pontoise  ;  château 
de  Sigmaringen  ;  couvent  de  Haute-Rive  ;  château  de  Montaigne  ;  abbaye  de  Villers  ;  château 
des  Comtes  à  Gand  ;  architecture  religieuse  en  Belgique.  —  NOUVELLES  ET  TROUVAILLES  : 
Sarcophages  à  Rouen  ;  œuvres  de  Guido  Reni  et  de  Gérard  Dou  ;  ornement  de  saint  Ebbon  à  Sens  ; 
antique  autel  clirétien  à  Saint-Marcel-les-Sauzet  ;  document  sur  Jean  Perreal  ;  les  trappistes  aux 
Catacoinbes;  cloche  du  XIII^  siècle  à  Sainte-Marie-Majeure  (Je  Christophore).  —  DIVERS. 
—  CONGRÈS  de  Pamiers.  —   EXPOSITIONS.  —  MUSÉES.  —  CONCOURS. 


^. 


^ 


Ha  cbapcllc  Des  Hrts. 


A  Socictc  de  Saint-Jean,  de 
Paris,  a  voulu  répondre  à 
l'appel  de  Yœni're  du  Vœu 
national  an  Sacre- Cœur  de 
Jésus,  invitant  les  artistes  à 
s'assurer,com  me  les  avocats, 
les  médecins,  les  militaires, 

etc leur    chapelle   dans 

l'église  votive.  Convaincue 
qu'effectivement  il  y  a  un  puissant  intérêt  moral, 
à  ce  que  l'église  du  Sacré-Cœur  soit  pour  les 
artistes  chrétiens  un  foyer  d'inspiration  et  un 
centre  pieux,  elle  s'est  mise  en  rapport  avec 
plusieurs  membres  de  l'œuvre  du  Vœu  national 
et  avec  l'architecte  de  l'édifice,  feu  M.  Abadie. 
La  chapelle  de  Saint-Jean  l'Evangéliste,  dans  la 
crypte,  lui  a  été  désignée  comme  pouvant,  avec  une 
parfaite  convenance,  devenir  la  Cliapelle  des  Arts. 
Avec  la  haute  approbation  de  S.  E.  Monsei- 
gneur le  cardinal  Guibert,  elle  a  ouvert  une 
souscription,  à  laquelle  nous  sommes  heureux  à  la 
demande  de  nos  amis  de  la  Société  de  Saint-Jean, 
d'ouvrir  une  place  dans  nos  colonnes,  conviant 
nos  lecteurs  à  s'y  associer. 

Nous  nous  permettrons  cependant  une  seule 
réserve  sur  le  7iom  de  la  chapelle.  A  une  époque 
où  le  principe  de  l'art  pour  l'art  a  été  émis  et 
trouve  des  adeptes  si  nombreux,  ces  derniers 
s'imagineront  peut-être  qu'une  place  sera  réservée 
sur  l'autel  de  la  chapelle  aux  arts  personnifiés 
comme  des  sortes  de  divinités.  Nous  préférerions 
appeler  celle-ci,  soit  chapelle  de  Saint-Jean,  de 
Saint-Luc  et  de  Saint-Thomas,  patrons  des 
peinti-es  et  des  architectes,  soit  tout  simplement 


la  chapelle  des  Artistes. —  On  comprendrait  ainsi 
qu'à  Paris  et  en  France,  il  y  a  encore  des  artistes 
chrétiens  qui  désirent  se  recueillir  et  prier  dans 
un  sanctuaire,  affecté  pour  ainsi  dii-e  à  leur  cor- 
poration, et  qui  songent  non  seulement  à  relever 
l'art  par  la  religion,  mais  encore  à  glorifier  Dieu 
par  l'hommage  public  de  leur  foi,  comme  par  les 
travaux  de  leur  noble  profession. 

CHAPELLE   DES   ARTS. 
1"-  Liste. 

Anonyme,  par  AL  le  curé  de  Sainte-Elisabeth. 

fr.    I  ,ooo 
M.  l'abbé  Geranud,  chanoine  honoraire  d'Avi- 
gnon et  d'Ai.x fr.    loo 


eCcolcs  D'Hrt. 


dont 


A  l'rance  fait  en  ce  moment  des  efforts 
considérables  pour  organiser  l'ensei- 
gnement des  arts  décoratifs,  duquel 
dépend  l'avenir  des  industries  de  luxe 
nous  avons,  si  non  le  monopole,  du  moins 
la  suprématie.  Déjà  de  bons  résultats  ont  été 
atteints  depuis  des  années,  quant  au  perfectionne- 
ment du  dessin.  On  en  est  venu  ensuite  aux  appli- 
cations industrielles,  et  c'est  un  grand  pas  de  fait. 
Dans  le  courant  de  l'année  dernière  l'École 
de_  dessin  de  Saint-Etienne  a  été  transformée  en 
«  Ecole  régionale  d'arts  industriels  *».  Le  nouvel 
établissement  comprendra  les  cours  suivants  : 
1°  Dessin  élémentaire  ;  2°  dessin  moyen  ;  3"  des- 
sin supérieur;  4°  géométrie  ;  5°  géométrie  des- 
criptive; 6°  perspective;  7°  anatomie;  8°  histoire 
de  l'art  ;    9"  composition  décorative,  peinture  et 


258 


IRetiuc   De    rart    cfj  rétien. 


aquarelle;  iO°  modelage,  sculpture;  ii°  architec- 
ture; 12°  gravure;  13°  physique  et  chimie; 
14°  teinture  théorique;  15°  teinture  pratique; 
16°  dessin  géométrique  ;  17°  mécanique  ; 
18°  chauffage  ;  19°  tissage  ;  20°  mise  en  carte. 

On  ne  peut  que  se  réjouir,  de  voir  s'éta- 
blir à  Saint-Etienne  un  enseignement  com- 
plet d'art  décoratif,  appliquant  les  études  aux 
industries  spéciales  de  la  région.  Roubaix,  qui  a 
pris  les  devants,  en  ressent  déjà  tous  les  avan- 
tages; son  école  montre  de  jour  en  jour  de  plus 
grands  progrès. 


Passons  en  revue  à  cette  occasion  les  princi- 
pales écoles  de  même  genre,  existant  déjà  anté- 
rieurement. 

Le  programme  d'études  de  l'école  de  Limoges 
est  semblable  à  celui  de  l'école  des  arts  décoratifs 
de  Paris.  Bien  que  les  élèves  n'y  aient  pas  en 
vue  un  art  particulier,  les  applications  sont 
spécialement  dirigées  vers  l'industrie  de  la 
céramique,  prépondérante  à  Limoges  et  qui 
recrute  à  l'école  les  décorateurs  et  les  modeleurs 
dont  elle  a  besoin. 

Il  en  est  de  même  de  l'école  de  Nice,  créée  en 
1881.  Elle  a  déjà  rendu  de  grands  services,  en 
ce  sens  que  les  architectes  et  les  décorateurs  y 
appellent  des  collaborateurs  pour  la  construction 
des  nombreuses  villas  qui  s'élèvent  sur  le  littoral. 

L'école  d'Alger  date  aussi  de  1881.  Le  projet 
de  l'Administration  des  Beaux-Arts  est  de  com- 
pléter le  programme  de  cette  institution  par  des 
ateliers  d'applications  qui  seraient  confiés,  autant 
que  possible,  à  des  professeurs  indigènes,  afin  de 
conserver  aux  industries  en  vue  desquelles  ces 
ateliers  auraient  été  installés  leur  caractère  et 
leur  originalité. 

L'école  de  Roubaix  n'est  devenue  établisse- 
ment national  que  depuis  le  mois  de  mars  1883. 
Son  programme  d'études,  fort  étendu, est  à  la  fois 
théorique  et  pratique,  et  les  applications  qui  le 
couronnent  ont  principalement  en  vue  le  tissage, 
la  teinture  et  l'ornementation  des  étoffes;  les 
cours  qui  le  composent  sont  les  suivants:  dessin 
élémentaire;  dessin  d'après  la  bosse;  dessin 
d'après  le  modèle  vivant;  peinture;  ornement  ; 
histoire  de  l'art  ;  dessin  linéaire;  géométrie  élé- 
mentaire ;  algèbre  ;  géométrie  descriptive;  méca- 
nique et  construction  de  machines  ;  tissage  et 
mise  en  carte;  teinture  et  chimie  ;  architecture  ; 
cours  des  chauffeurs. 

L'école  de  Bourges  a  été  ouverte  en  mars  1882. 
L'effort  à  faire  pour  amener  la  population  à  la  fré- 
quenter a  été  d'autant  plus  grand,  qu'aucun  centre 
d'enseignement  artistique  n'existait  dans  la  ville 
de  Bourges,  qui  possède  cependant  de  nombreu- 
ses traces  d'une  des  plus  belles  époques  de  l'art. 


Voici  les  villes  qui,  en  1884,  pour  leurs  écoles 
nationales  d'art  décoratif,  leurs  écoles  régionales 
de  beaux-arts  ou  leurs  écoles  municipales  de  des- 
sin, ont  reçu  des  subventions  annuelles  iminitées 
sur  le  crédit  de  l'enseignement  du  dessin  :  Limo- 
ges, Bourges,  Alger,  Digne,  Sisteron,  Nice,  Hir- 
son,  La  Fère,  Origny,  Annona}^  Bar-sur-Seine, 
Brive,  Aubusson,  Montbéliard,  Evreux,  Montpel- 
lier, Rennes,  Vitré,  Tours,  Arbois,  Poligny, 
Saint- Amour,  Romorentin,  Mcnde,  Saint- Lô, 
Epernay,  Reims,  Vitry-le  Français,  Laval,  Nancy, 
Lorient,  Vannes,  Douai,  Landrecies,  Le  Cateau, 
Lille,  Roubaix,  Valenciennes,  Boulogne-sur-Mer, 
Saint-Pierre-lez-Calais,  Béthune,  Clermont-Fer- 
rand,  Volvic,  Rouen,  CharoUes,  Sorgues,  Poitiers, 
Le  Havre,  Château-Thierry,  Laon,  Laon  (Vaux- 
Saint-ÏMarcel),  Tulle,  Saint-Brieuc,  Cholet,  Se- 
zame,  Langres,  Luneville,  Pontivy,  Reméremont. 


NOUS  avons  eu  l'occasion  déjà  de  parler  de 
l'atelier  libre  ouvert,  par  les  soins  de  la 
Société  de  Saint-Jean,  aux  élèves  chrétiens  de 
l'école  des  Beau.x-Arts.  —  Un  atelier  pour  Dames 
est  en  projet.  —  Déjà  M.  A.  Mascarel,  membre 
de  la  Société  de  Saint-Jean,  fait  pour  les  jeunes 
personnes  à  l'Institut  Prat  un  cours  d'Histoire 
de  l'art  et  d'esthétique.  A  dater  de  cette  année, 
la  Société  de  Saint-Jean  ouvre  une  exposition 
annuelle  de  peinture,  sculpture  et  gravure  du 
1'='"  mars  au  1'=''  avril. 


L'ÉCOLE  de  Saint-Luc  de  Bru.xelles  a  été 
fondée,  il  y  a  quatre  ans  ;  c'est  aujour- 
d'hui une  institution  solide  et  prospère. 

La  distribution  des  pri.x,  faite  le  8  février  à  ses 
élèves,  a  été  un  véritable  événement.  Voici  quel- 
ques détails  à  ce  sujet,  que  nous  empruntons  à 
une  feuille  locale. 

Au.\  premiers  rangs  de  l'auditoire,  masse  dans  la  salle 
Marugg,  on  remarquait  M.  le  comte  F.  van  der  Straeten- 
Ponthoz,  plusieurs  dames  de  la  cour,  notamment  M'"'  la 
comtesse  de  Hemricouit  de  Griinne,  dame  dMionneur  de 
la  reine,  M. de  .Moieau,  ministre  des  Beaux-.-\its,  empêché 
d'assister  à  la  cérémonie,  avait  fait  exprimer  tons  ses  re- 
grets. Citons  encore  M.  L  de  Robiano,  ancien  sénateur  ; 
M.  Woeste  ;  iMM.  De  Winde,  secrétaire  de  l'.Association 
conservatrice  ;  le  général  baron  O.  Jolly,  et  beaucoup 
d'autres  notabilités,  parmi  lesquelles  plusieurs  artistes  ; 
un  grand  nombre  de  dames  assistaient  aussi  à  la  fête  ainsi 
que  les  élèves  de  l'école  Saint-Luc,  au  nombre  d'environ 
cent  et  cinquante,  accompagnés  de  leurs  parents.  Tout 
autour  de  la  salle  étaient  exposés  les  travaux  des  élèves. 

Lorsque  le  vénérable  fondateur  des  écoles  -Saint-Luc  en 
Belgique,  M.  le  baron  Béthune,  est  monté  au  bureau,  il  a  été 
salué  par  une  ovation  des  plus  sympathiques.  Le  bureau 
était  présidé  par  M.  le  comte  A.  de  1  lemricourl  de  Griinne, 
sénateur,  président  du  cojiiité  protecteur.  Tous  les  mem- 
bres du  comité  l'entouraient  ;  citons  notamment  le  Rév. 
doyen  de  Bruxelles,  M.  Nuyts,  président  d'honneur  du 
comité  ;  le  chanoine    Delvigne,   et    M.   A.  Beckers,  vice- 


CbroniQue. 


259 


présidents;  le  frère  Marès,directeur  de  l'école  de  Saint-Luc 
de  Gand  ;  le  frère  Mémoire- Élizée,  directeur  de  l'école  de 
Saint-Luc,  de  Bruxelles  ;  M.  E.  Nève,  M.  E.  Collés, 
architectes  ;  A.  Leclercq,  secrétaire. 

Après  un  rapport  sur  la  situation  de  l'œuvre,  par  M. 
Collés,  rapport  des  plus  intéressants,  Mgr  Cartuyvels  s'est 
levé...  Conticuere  oiniies,  iiilcntiqiie  ont  tenebant.  Le  sujet 
choisi  par  cet  orateur  sisympathique  et  si  compétent,  n'est 
autre  que  \art  chrclien  lai  •même.  La  parole  tour  à  tour 
spirituelle  et  austère,  caustique  et  vibrante  d'enthousiasme 
de  Mgr  Cartuyvels  a  littéralement  enlevé  l'auditoire. 

La  pensée  qu'a  développée  Mgr  Cartuyvels  est  celle-ci  : 
démontrer  la  supériorité  de  l'art  national  et  chrétien  de 
nos  pères  sur  l'art  moderne,  supériorité  due  :\  des  principes 
qu'il  est  en  notre  pouvoir  et  de  notre  devoir  de  restaurer 
aujourd'hui.  Les  causes  de  cette  supériorité  sont  ;  le  ca- 
ractère chrétien  des  artistes  et  une  tradition  universelle 
acceptée.  Les  principes  de  l'art  chrétien  sont  rationnels  : 
ils  découlent  de  cette  règle  qui  veut  que  le  beau  soit  la 
splendeur  du  vrai  dont  le  christianisme  est  la  plus  su- 
blime expression  :  vérité  religieuse,  vérité  morale,  vérité 
artistique,  vérité  scientifique,  vérité  sociale  et  politique. 

Aussi  ce  qui  distingue  l'art  chrétien  de  nos  pères,  c'est 
avant  tout,  le  sentiment  des  convenances  d'où  résulte  la 
physionomie  des  objets  d'art,  c'est-à-dire  le  style  propre- 
ment dit. 

L'application  de  ces  principes  montre  combien  nos  pères, 
dans  leur  architecture,  par  exemple,  savaient  admirable- 
ment approprier  leur  ornementation  au  but,  à  la  structure 
même  de  l'éditice,  comment  ils  employaient  rationnelle- 
ment les  matériaux  ;  comment,  enfin,  ils  savaient  mettre 
l'art  en  harmonie  avec  la  nature  physique  du  pays  et  du 
peuple,  avec  le  cliinat,  avec  la  nature  morale  et  religieuse 
de  la  nation,  avec  son  histoire.  L'art  chrétien  de  nos  an- 
cêtres doit  aussi  sa  supériorité  sur  l'art  de  décadence  qui 
sévit  aujourd'hui,  à  ce  qu'il  existait  une  union  intime  entre 
la  pensée  qui  concevait  tant  de  chefs-d'œuvre  et  la  main 
qui  les  exécutait  ;  enfin,  ce  qui  domine  cet  art  et  lui  donne 
son  caractère  tout  particulier,  c'est  la  moralité  de  l'art  et 
de  l'artiste,  c'est  l'inspiration  religieuse  et  fière,  l'origina- 
lité, c'est  la  grandeur  et  la  noblesse  de  la  pensée  unie  à  la 
science  et  à  la  force  dans  l'exécution.  Tous  nos  grands 
artistes  anciens  de  l'architecture,  de  la  sculpture,  de  la 
peinture,  de  la  musique,  etc.,  furent  des  catholiques, 
même  la  plupart  des  maîtres  de  la  prétendue  Renaissance. 
Or,  celle-ci  fut  plutôt  une  décadence,  une  révolution 
qu'un  progrès.  La  Renaissance,  en  effet,  rompit  au  XV'L 
siècle  avec  les  traditions  catholiciues  pour  renouer  les 
traditions  de  l'art  païen.  Elle  fut  sous  ce  rapport  une 
grande  hérésie  artistique,  comme  la  Réforme  a  été  une 
grande  hérésie  religieuse. 

Il  faut  restaurer  les  lois,  les  procédés,  les  principes  de 
l'art  traditionnel,  de  l'art  vraiment  belge,de  l'art  chrétien, 
tout  en  l'adaptant  à  nos  mœurs,  à  notre  vie  moderne.  C'est 
là  le  but  que  l'école  de  Saint-Luc  s'efforce  d'atteindre. 

Tandis  que  le  pays  est  couvert  d'anciens  monuments 
magnifiques,  qui  attestent  l'existence,  jadis,  d'une  vérita- 
ble école  artistique,  nous  n'avons  aujourd'hui  plus  d'art 
national.  Comparez  à  ce  sujet  la  superbe  église  de  Sainte- 
Gudule  et  le  temple  de  style  faussement  gothique,  bâtard, 
menacjant  déjà  ruine,  que  l'on  a  construit  à  Laeken. 

Nos  grands  artistes  catholiques  ont  pratiqué  les  vertus 
qui  sont  les  bases  morales  de  l'art.  Leur  humilité  leur  a  fait 
toujours  croire  que  leur  œuvre  était  au-dessous  de  leur 
idéal  ;  leur  vie  austère  et  pure  leur  a  gardé  l'énergie  du 
cœ'ur  et  de  l'imagination  dans  des  carrières  où  l'homme 
est   sollicité  particulièrement  par  les  voluptés  terrestres. 

L'école  de  Saint-Luc  s'elTorce  de  faire  des  artistes,  des 
ouvriers  chrétiens.  IClle  rend  à  ses  élèves  la  tradition  ar- 
tistique jointe  à  la  tradition  religieuse. 


Imagerie. 


ES  l'année  1878,  la  Gilde  de  Saint- 
Thomas  et  de  Saint-Luc,  dans  une 
séance  tenue  à  Saint-Omer,  s'était 
K<^  préoccupée  d'une  croisade  à  faire 
contre  les  abominations  de  l'imagerie  religieuse, 
telle  que  l'entendent  les  trafiquants  du  jour.  Par 
ses  soins,  un  volumineux  album  a  été  formé  de 
tout  ce  que  l'esprit  de  lucre,  l'afféterie,  le  mauvais 
goût  et  l'ignorance  ont  pu  produire  de  plus 
choquant  et  de  plus  drôle  dans  le  domaine  de 
l'imagerie.  —  Cette  curieuse  collection  a  été  mise 
par  le  bureau  de  la  Gilde  sous  les  yeux  de 
NN.  SS.les  évêques  de  Belgique.  Nous  apprenons 
avec  plaisir  qu'il  vient  de  recevoir  de  leurs 
Eminences  une  réponse  favorable  à  sa  suppli- 
que, que  toute  la  confrérie,  réunie  à  Trêves,  avait 
naguère  encore  appuyée  de  son  vote  unanime. 
Les  évêques  Belges  ont  daigné  prendre  une 
décision,  en  vertu  de  laquelle  rinipriniatur  sera 
donné  désormais  aux  images  recommandables. 
Nous  entretiendrons  nos  lecteurs  d'une  manière 
plus  explicite  de  cette  intéressante  question  dans 
notre  prochaine  livraison. 

LA  maison  Ktihlen  à  Gladbach  (Province 
Rhénane),  éditeur  du  Saint  Siège,  dont 
nos  lecteurs  ont  souvent  l'occasion  d'apprécier 
les  phototypies,  vient  de  publier  deux  tableau.x 
de  sacristie, exécutés  en  chromolithographie  avec 
un  soin  qui  ne  laisse  rien  à  désirer.  Pour  une  de 
ces  planches  l'artiste  a  adopté  le  style  roman, 
pour  l'autre  le  stj-le  ogival  du  XIV<=  siècle.  — 
Ces  tableaux  sont  divisés  par  une  croix, etforment 
ainsi  deux  colonnes;  au  centre  de  l'une  se  trouve 
l'image  du  Christ  en  croix,  au  centre  de  l'autre, 
son  monogramme  seulement  ;  ces  deux  colon- 
nes sont  divisées  par  des  cartels  oti  une  place  est 
réservée  pour  le  nom  du  patron  ou  le  titre  de 
l'église,  pour  celui  du  pape  régnant  et  de  l'évêque, 
et  enfin  pour  l'indication  des  oraisons  prescrites 
dans  le  diocèse.  Quelques  petites  erreurs  sont  à 
relever  dans  la  place  respective  des  emblèmes 
des  Évangélistes.  La  publication  de  ces  tableaux 
se  fait  avec  l'approbation,  conçue  en  termes  très 
flatteurs,  deNN.  SS.  les  évêques  de  Rottenburg, 
d'Hildesheim  et  d'Ermland. 


œCuttres  noiiuclles. 


]L  y  a  huit  ans,  des  travaux  artistiques 
importants  furent  entrepris  à  la  cathé- 
drale de  Châlons,  dans  la  chapelle  du 
Slj   Rosaire.  Celle-ci    fut  ornée  d'un  autel 
exécute  sur  les  plans  de  RIM.Ouradou  et  V'agny, 


REVUE   DE  l'art  CHKÉTIBN. 

X883.   —   -'"*'   I.IVKAISO.V. 


26o 


iRctiue   De    rart    c!j rétien. 


dans  le  style  du  XIV*^  siècle,  et  d'un  carrelage 
émaillé  de  même  st\le  et  de  peintures  murales  ; 
déjà  des  vitraux,  dus  à  la  munificence  de  NN. 
SS.  les  évèques  de  Prelly  et  Bara,  garnissaient 
les  fenêtres. 

Mais  on  avait  compté  sans  le  salpêtre,  qui,  de- 
puis, a  ravagé  les  peintures  de  M.  Lameire,  de 
Paris. L'œuvre  de  cet  artiste  était  à  reprendre  dans 
tout  le  pourtour  de  la  chapelle.  C'est  à  M.  Ver- 
nachet  que  la  tâche  a  été  confiée. 

M.  Lucot,  archiprétre  de  la  cathédrale,  rend 
compte,  dans  \q  Journal  de  la  Marne,  de  cette 
décoration  polychrome,  telle  qu'elle  a  été  conçue 
par  le  premier  et  restaurée  par  le  second.  Nous 
nous  plaisons  à  croire  que  ces  éloges  sont  mérités  : 

Les  motifs  de  décoration  (]ui  avaient  servi,  il  va  huit  ans,  à  orner 
les  tycnpans  de  l'arcature  de  la  chapelle  du  Rosaire,  c'est-à-dire  l'ob- 
jet principal  de  la  décoration,  M.  Lameire  les  avait  empruntés  aux 
diverses  invocations  qu'adresse  à  Marie  la  liturgie  catholique.  Tan- 
tôt il  avait  peint  les  symboles  sous  lesquels  la  liturgie  nous  la  repré- 
sente :  la  Rose  mystique,  l'Ktoile  du  matin,  l'Étoile  de  la  iner,  le 
Siige  de  la  sagesse,  la  Tour  d'ivoire,  la  Tour  de  David,  l'Arche 
d'alliance,  la  Forte  du  ciel,  etc.  Tantôt  il  niettait  en  scène  1  auguste 
Vierge  dans  les  titres  qu'elle  a  reçus  de  l'Eglise  ;  Consolatrice  des 
affligés.  Refuge  des  pécheurs.  Santé  des  infirmes.  Secours  des  chrétiens. 

Chaque  tvnipan  de  l'arcature  présentait  un  motif,  titre  ou  symbole 
déhcatement  pemt  au  trait,  et  se  détachant  sur  fond  d'or  au  milieu 
de  feuillages  et  de  fruits  gracieusement  développés.  Tout  a  été  fidèle- 
ment relevé  au  calque  par  M.  Vcrnachet,  tout  heureusemtnt  repro- 
duit. 

Deux  motifs  ont  seuls  disparu  pour  faire  place  à  des  scènes  qui 
rappellent  la  destmalion  particulière  de  la  chapelle,  et  que  nous  dé- 
crirons tout  à  l'heure. 

La  chapelle  de  la  Vierge,  à  la  cathédrale,  est,  on  le  sait,  la  cha- 
pelle du  Rosaire  et  le  siège  de  celte  confrérie,  très  anciennement  éri- 
gée dans  la  circonscription  de  la  paroisse  actuelle. 

Quand  les  Dominicains  disparurent  en  1791  et  que  leur  église  fut 
supprimée  avec  leur  maison,  la  confrérie  du  Rosaire  érigée  dans  leur 
église  dut  être  transférée  dans  l'église  paroissiale  la  plus  voisine  : 
c'était  la  l'rinité,  église  contiguë,  du  côté  du  Nord,  à  la  cathédrale, 
qui  n'était  pas  encore  paroisse.  La  Trinité  ayant  été  démolie  à  son 
tour  après  la  Résolution,  la  confrérie  du  Rosaireémigra  de  nouveau, 
et  fut  transférée  à  l'église  cathédrale,  devenue  paroissiale  après  le 
Concordat.  C'est  là  qu'elle  n'a  cessé,  dej3uis  cette  époque,  d'avoir  son 
siège . 

Pour  le  rappeler,  la  belle  Vierge  de  la  chapelle,  statue  de  bois 
attribuée  à  Bouchardon  et  qui  ornait  autrefois  le  retable  de  la  cha- 
pelle des  ruâmes  île  France  au  château  de  Louvois,  a  reçu  dans  les 
mains  un  rosaire.  Deux  peintures,  celles  que  nous  indiquions  plus 
haut,  placées  en  face  l'une  de  l'autre  dans  le  deuxième  tympan  de 
l'arcature  de  la  cliapelle,  caractérisent  mieux  encore  sa  destination. 
Du  côté  de  l'évangile,  saint  Dominique  à  genoux  devant  la  .S.iinte 
Vierge  reçoit  de  ses  mains  le  rosaire.  Du  côté  de  l'épine,  sainte  Ca- 
therine de  .Sienne,  la  plus  illustre  des  saintes  de  l'ordre  dominicain, 
est  agenouillée  devant  l'Enfant-Dieu  qui  lui  présente  deux  couron- 
nes, l  une  d  épines,  l'autre  de  roses  :  la  sainte  tend  les  mains  pour 
saisir  la  première,  afin  d  être  plus  conforme  dans  sa  vie  pénitente  à 
son  céleste  époux. 

Ces  peintures  ont  été  traitées  dans  le  même  genre  que  celles  des 
autres  tympans,  genre  camaïeu,  et  s'harmonisent  parfaitement  .avec 
elles  :  même  légèreté  de  pinceau,  même  sobriété  de  tons,  même  dis- 
tinction. 

On  avait  regretté,  dès  l'origine  de  la  décoration  de  la  chapelle,  que 
les  surfaces  qui  régnent  entre  l'arcature  des  murs  et  le  glacis  des  fe- 
nêtres fussent  sans  aucune  décoration.  Ces  regrets  étaient  d'aulant 
plus  fondés  que  les  fûts  des  colonnes,  et  les  glacis  surtout,  peints  en 
teintes  uniformes,  offraient  à  l'œil  assez  de  points  de  repos,  il  vient 
d'être  fait  droit  à  ces  desiderata. 

De  charmants  rinceaux,  qui  s'épanouissent  en  fleurs  et  en  fruits 
sur  ces  surfaces,  y  forment  une  gracieuse  décoration,  sobre  et  riche, 
du  plus  heureux  effet.  Les  lignes  d'or  qui  encadrent  les  arcs,  qui 
bordent  les  glacis,  qui  entourent  les  bases  des  colonnes  et  des  co- 
lonnettes  à  toutes  les  hauteurs:  les  points  d'or  multipliés  sur  les 
deux  grosses  colonnes  d'entrée  supportant  l'arc-doubleau  ;  les  mer- 
veilleuses arabesques  au  fond  d'or  et  au  chiffre  de  Marie  qui  déco- 
rent les  bases  des  torchères;  l'autel  surtout  avec  sesquatre-feuilleset 
les  chapiteaux  de  ses  colonnettes  si  richement  ornés  ;  enfin  la  grille 
de  fer  forgé  si  artistiquement  repeinte  et  redorée;  tout  cet  ensemble 


répond  dignement  à  la  grandeur  de  la  Reine  du  Saint-Rosaire.  Kt 
quand,  au  jour  des  solennités,  les  chandeliers  de  l'autel,  les  torchères 
et  les  appliques  ont  toutes  leurs  bougies  aijumées,  comme  il  nous  a 
été  donné  de  le  voir  encore  en  la  fête  de  l'Epiphanie,  il  va.  dans  ces 
effets  décoratifs,  produits  par  l'heureuse  alliance  des  métaux  et  des 
couleurs,  il  y  a,  dis-je,  pour  l'œil  de  l'artiste  une  satisfaction  à  laquelle 
participe  largement  le  cœur  de  tout  croyant. 

Souhaitons  pareille  décoration  au  Christ  de  la  Mission,  objet  delà 
vénération  des  fidèles,  à  la  cathédrale,  dans  le  croisillon  septentrional. 
Une  riche  tenture,  dans  le  même  goût,  dans  le  même  style,  dans  ces 
tons  doux  et  graves,  une  tenture  semée  de  croix  ou  du  monogramme 
du  nom  du  Christ,  enricliie  de  médaillons  où  seraient  peintes  les 
principales  figures  de  la  Passion,  formerait  un  fond  historié  d'où  se 
détacherait,  en  un  puissant  relief,  l'image  grandiose  du  divin  Ré- 
dempteur. 

Chère  à  nos  pères,  cette  image  du  Sauveur  doit  l'être  particulière- 
ment à  leurs  fils  en  ces  temps  d'odieuses  négations  et  de  profanations 
plus  odieuses  encore.  Aussi,  émettre  le  vœu  d'une  riciie  ornement.-i- 
lion  pour  le  Christ  de  la  Mission,  c'est  indiquer  une  œuvre  de  cir- 
constance, c'est  suggérer  un  acte  de  réparation,  aufjuel  ne  peuvent 
qu'applaudir  et  s'associer  les  âmes  vraiment  chrétiennes. 


LA  Gazette  de  Chàteau-Gontier  contient  un 
intéressant  article  de  notre  collaborateur, 
M.  L.  de  Farc)',  sur  des  remarquables  travaux  à 
l'aiguille  exécutés  par  M.  L.  Grosse  de  Bruges, 
pour  l'église  de  St-Remy,  à  Chàteau-Gontier. 
Ce  sont  des  ornements  exécutés  d'après  les  meil- 
leures données  archéologiques,  sans  aucun  doute 
sous  l'inspiration  de  notre  ami.  Le  brocard  qui 
sert  de  fond  à  tout  l'ornement,  et  qu'au  moyen 
âge  on  aurait  appelé  :  pannus  aiireiis,  a/luis,  ciiiii 
rondellis  et  griffonibus,  est  la  reproduction  d'un 
ancien  tissu  du  X1I<^  siècle,  conservé  au  musée 
diocésain  d'j'Vngers  et  que  nous  reproduisons  plus 
haut.  (V.  p.  168  art.  Broderies.)  Tout  le  reste  de 
cette  broderie  historiée  fait  penser  à  la  belle  épo- 
que du  XIIL'  siècle. 


ON  vientd'jnaugureren  l'église  Saint-Vincent 
de  Rouen  une  verrière  représentant  les 
différents  épisodes  de  la  vie  de  Jeanne  d'Arc. 

J\L  Duhamel-AIarette  y  a  traité,  dans  quatre 
compartiments,  les  quatre  scènes  les  plus  im- 
portantes de  la  vie  de  Jeanne  d'Arc. 

Le  premier  représente  :  Comment  Je/tanne, 
gardant  son  tronpeaii,oitït  les  voix  célestes  envoyées 
de  Dieu  :  le  second  retrace  le  grand  acte  qui  fut 
pour  ainsi  dire  le  couronnement  de  la  mission 
de  la  sainte  héroïne,  le  sacre  de  son  gentil  roj', 
et  porte  pour  légende:  Comment  Jehanne,  après 
avoir  délivré  Orléans,  fait  sacrer  le  roi  à  Reims. 

Les  deux  autres  rappellent  des  scènes  toutes 
locales  :  l'un  :  Comment  dans  sa  prison  Jclianne 
reçut  pieusement  la  sainte  communion  ;  l'autre,  le 
supplice  de  la  granile  Française  :  Comment  sur 
le  bûcher  Jehanne  affermit  sa  foi  en  Dieu  et  son 
amour  du  royaume. 

Les  compartiments  supérieurs  du  tj-inpan  sont 
entièrement  consacrés  aux  scènes  de  la  réhabili- 
tation de  Jeanne.  On  y  voit  : 

La  lecture  de  la  sentence  île  sa  réhabilitation.  — 
La  procession  et  l' inauguration  de  la  croix  élevée 


chronique. 


261 


place  du  l'ieiix-Marchc  en  mémoii-c  de  l' innocence 
de  la  Pucelle.  —  Sa  cliapelle  expiatoire  de  F  église 
de  Lisieiix  élevée  aux  frais  de  Pierre  Cauckon.  — 
La  tour  du  Donjon.  —  L'oriflaiiiine.  —  Les  deux 
fontaines  élevées  successivement  éi  Rouen,  et  enfin 
le  calvaire  d'Orléans. 

Notre  correspondant,  qui  nos  communique 
ces  détails,   ajoute    avec   infiniment    de    raison  : 

«  Nous  protestons  de  nouveau  très  énergique- 
ment  contre  le  placement  dans  une  église  de 
cette  verrière  qui  serait  beaucoup  mieux  à  l'hôtel- 
de-ville,  tant  que  Jeanne  d'Arc  n'aura  pas  été 
canonisée.  Par  cet  acte  audacieux  et  téméraire, 
on  manque  à  la  fois  aux  convenances  les  plus 
élémentaires  et  aux  lois  formelles  de  la  Ste 
Église.  »  X.  B.  DE  M. 


MGR  l'archevêque  de  Tours  vient  d'annon- 
cer à  ses  diocésains  qu'il  devait  renoncer 
à  construire, en  l'honneur  du  grand  thaumaturge 
des  Gaules,  la  basilique  monumentale  préparée, 
depuis  25  ans,  par  Mgr  Guibert.  Il  a  allégué  avec 
juste  raison  les  obstacles  soulevés  contre  le  projet 
par  la  municipalité  de  Tours  et  par  le  Gouverne- 
ment ;  il  a  ajouté  que  les  fonds  de  la  souscription 
seront  employés  à  bâtir  une  église  paroissiale, 
dédiée  à  saint  Martin, dans  un  quartier  populeux 
encore  dépourvu  d'un  sanctuaire. 


Nous   donnons    ici    l'esquisse    du  projet  gran- 
diose de  la  basilique  qui  avait  été  projetée. 


VOICI  l'ensemble  des  compositions  décora- 
tives du  Panthéon  dont  les  commandes  ont 
été  données  aux  peintres  suivants  par  la  direc- 
tion des  Beaux-Arts. 

Commandes  terminées  : 

M.  Caijanel  :  Episode  de  la  -vie  de  saint  Louis.  Prix  : 
50,000  francs. 

M.  Puvis  de  Chavannes  :  Episode  de  la  vie  de  sainte 
Geneviève.  Prix  :  50,000  francs. 

M.  J.  P.  Laurens  :  les  Derniers  instants  de  sainte  Gene- 
viève. Pri.\  :  50,000  francs. 

M.  Hébert  :  composition  pour  la  coupole,  représentant 
le  Christ  entouré  de  quatre personnaoes.  Pri,\  50,000  fr. 

M.  E.  Blanc  :  Episode  de  la  vie  de  Ctovis:  son  vau  à  la 
bataille  de  Tolbiac.  Prix  :  50,000  francs. 

M.  Baudry  :  Episode  de  la  vie  de  feanne  d'Are.  Prix  : 
50,000  francs. 

Commandes  non  terminées  ; 

M.  Henri  Lévy  :  Episode  emprunté  au  règne  de  Charle- 
magne.  Prix  :  50,000  francs. 

M.  E.  Delaunay  :  Attila  niirclie  sur  Paris  et  sainte 
Geneviève  calme  le  peuple.  Prix  :  50,000  francs. 

M.  Maillot  :  Episode  de  la  vie  de  sainte  Geneviève. 
Prix  :  50,000  francs. 

M.  Humberl,  compositions  symboliques  par  des  faits 
historiques;  la  Charité,  la  foi,  le  Christianisme,  la  Civili- 
sa/ion ei\t  Patriotisme.  Prix  :  50,000  francs. 

M.  Bonnat  :  le  Martyre   de  saint  Denis.  Prix  :  20,000  fr. 

Une  autre  commande  de  50,000  francs  avait  été  donnée 
à  M.  Meissonier  :  Episode  de  ta  vie  de  sairite  Geneviève, 
mais  l'artiste  n'a  point  commencé  son  travail. 


NOUS  apprenons  avec  plaisir,  que  M.  A. 
Verhaeghen,  l'un  des  promoteurs  en  Bel- 
gique de  l'art  chrétien  et  de  l'École  de  St-Luc, 
architecte  du  nouveau  Béguinage  de  Gand,  de  la 
ravissante  chapelle  du  Poortaker  de  cette  ville 
et  de  plusieurs  constructions  dignes  du  mo)-en 
âge,  est  appelé  à  construire  à  Rome  un  oratoire 
pour  les  sœurs  du  Très-Saint-Sacrement. 


C'E.ST  Sir  Tatton  Sykes,  le  baronnet  millionnaire  du 
comté  d'York,  surnommé  k{  le  bâtisseur  d'églises  v>, 
qui  a  entrepris  de  construire  à  ses  frais  la  cathédrale  du 
diocèse  de  Westminster,  pour  laquelle  le  cardinal  Plan- 
ning a  acheté  un  terrain,  il  y  a  quelques  années.  Nous 
avons  dit  quelques  mots  de  ce  projet  dans  notre  dernière 
livraison. 

Le  noble  bienfaiteur  se  propose  de  reproduire  ;\  Lon- 
dres la  célèbre  église  votive  de  \'ienne.  La  dépense  est 
évaluée  h  une  trentaine  de  millions.  Quand  il  aura  cons- 
truit l'église,  Sir  Tatton  Sykes  compte  se  faire  recevoir 
dans  son  sein. 


LA  médaille  commémorative  de  la  septième  année  du 
pontificat  de  Léon  XIII  vient  d'être  frappée,  selon 
l'usage,  ,^  l'approche  de  la  solennité  des  princes  des 
Apôtres.  Sur  la  face  de  la  médaille  est  gravée  l'auguste 
effigie  du  Souverain  Pontife.  La  légende  porte  ces  mots  : 
Léo  XIII.  Pont.  M.\x.  Anno.  vii.  Sur  le  revers,  est  re- 
présentée la  fai;ade  de  la  Basilique  de  Lalran,  vue  du  côté 


202 


IRetiuc   De    rart   cljtcticn. 


de  la  Tribune,  ainsi  que  le  nouveau  portique  monumental 
qui,  surplombant  celui  de  Sixte-Quint, unitlaliasilique  au 
Baptistère  de  Constantin.  On  lit  sur  l'exergue  l'inscription 
suivante  : 

PORTicu.  Producta.  Basilica. 

Cl".m.  Baptisterio.  Conjuncta 

a.  mdccclxxxiv. 

L'agrandissement  de  l'abside  de  Latran  et  la  prolonga- 
tion du  portique  de  Sixte-Quint  constituent  réellement 
une  des  gloires  du  pontifical  de  Léon  XIII.  Il  était  juste 
qu'une  œuvre  artistique  aussi  importante  et  destinée  à 
l'embellissement  du  premier  temple  du  monde  catholique 
fût  l'objet  d'une  médaille  commémorative. 

Cette  médaille  a  été  présentée,  le  25  juin,  au  Souverain 
Pontife  par  Mgr  Folchi,  secrétaire  du  Denier  de  Saint- 
Pierre,  et  par  le  graveur,  M.  le  chevalier  Blanchi,  qui 
en  ont  remis  à  Sa  Sainteté  trente  exemplaires  en  or  et  au- 
tant en  argent. 


ÏÏLcstaurations. 


A  commission  des  monuments  histo- 
riques, dans  sa  dernière  séance,a  adres- 
séàM.Ie  ministre  des  Beaux-Arts  des 
B-o^g^i^l  propositions  d'allocation  s'élevant  à 
47,300  francs,  pour  être  réparties  entre  les  édi- 
fices suivants  :  château  de  Foix  (Ariège)  ;  hôtel- 
de-ville  de  Loris  (Loiret)  ;  église  de  Lillers  (Pas- 
de-Calais)  ;  église  de  Moirax  (Lot-et-Garonne)  ; 
église  de  Creisker,  à  Saint  Pol-de-Léon  (Finis- 
tère),   et    la    Lanterne-des-Morts,      à     Journet 


(Vienne). 


A  la  suite  des  rapports  qui  lui  ont  été  adres- 
sés par  le  service  des  monuments  histo- 
riques, le  ministre  de  l'Instruction  publique  et 
des  Beaux-Arts  vient  d'approuver  le  projet  de 
restauration  des  vitrauxdel'église  Saint-Étienne- 
du-Mont,  dont  le  devis  s'élève  à  la  somme  de 
6,150  francs.  La  ville  de  Paris  prenant  à  sa  charge 
le  tiers  de  cette  dépense,  l'Etat  aura  à  payer  une 
somme  de  4,000  fr.  poiu-  ces  travaux,  qui  vont 
être  immédiatement  entrepris. 


A  la  chambre  des  députés,  M.  de  Soland, 
député  de  Maine-et-Loire,  a  pris  la  défense 
de  nos  monuments.  Il  convient  de  rapporter  des 
extraits  de  son  éloquent  plaidoyer. 

M.  LE  PRÉSIDENT.  —  Sur  le  chapitre  XV'^^  :  «  I-lntretien 
des  édifices  diocésains  »,  il  y  a  un  amendement  de  M. 
d'Aillières  et  plusieurs  de  ses  collègues  tendant  h  porter  le 
chiffre  de  600,000  fr.  ;\  790,000. 

M.  DE  Soi.AND.  —  Les  signataires  de  cet  amendement 
sont  des  partisans  résolus  des  économies,  et  pourtant  ils  ne 
croient  pas  se  mettre  en  contradiction  avec  eux-mêmes  en 
vous  demandant  le  maintien  des  crédits  primitivement 
inscrits  par  le  ministre  des  cultes  aux  chapitres  XIV=  et 
XV. 


En  eflet,  toute  réduction  de  crédit  n'est  pas  nécessaire- 
ment une  économie.  Quand  ces  économies  ont  pour 
conséquence  de  désorganiser  un  service  important,  ou, 
comme  c'est  le  cas  ici,  de  porter  atteinte  à  la  propriété 
nationale,  elles  constituent  un  acte  de  détestable  adminis- 
tration. (Très  bien  !  très  bien  !  h  droite.) 

11  ne  s'agit  pas  ici  de  dépenses  de  luxe,  de  faveurs  au 
clergé,  mais  bien  de  crédits  nécessaires  pour  l'entretien, 
la  conser\-ation  des  édifices  diocésains,  lesquels  dépen- 
dent du  ministère  des  cultes.  Il  s'agit  de  crédits  que  tout 
propriétaire  qui  ne  veut  pas  laisser  tomber  en  ruines  sa 
propriété  inscrit  <\  son  budget. 

L'État  a  revendiqué  la  propriété  des  édifices  diocésains  ; 
il  a,  par  conséquent,  le  devoir  de  les  entretenir,  de  les 
garantir  contre  toute  dégradation  ;  et  ce  devoir  est  d'au- 
tant plus  impérieux,  qu'il  s'agit  de  ces  merveilles  incompa- 
rables de  notre  art  national,  de  ces  cathédrales  françaises, 
qui  n'ont  pas  leurs  pareilles  et  qu'on  vient  visiter  de  tous 
les  points  du  monde. 

Si  par  négligence  ou  parti-pris  on  laissait  ces  monu- 
ments se  détériorer,  nous  serions  la  risée  du  monde 
intellectuel  et  artistique.  (Très  bien  !  très  bien  1  à  droite.) 
Or  qu'on  le  veuille  ou  non,  c'est  à  ce  résultat  qu'on  arrive- 
rait si  la  Chambre  acceptait  les  réductions  proposées  par 
la  commission. 

Prenons  le  chapitre  XV'  relatif  aux  grosses  réparations 
des  édifices  diocésains.  Le  crédit  demandé  par  le  ministre 
était  de  2  millions  et  déjà  ce  crédit  était  reconnu  par  ses 
prédécesseurs  comme  un  minimum  insuffisant,  car  il  re- 
pjésentait  un  quart  des  réparations  urgentes  K  faire  par 
année. 

Et  cependant  la  commission  et  le  gouvernement  rédui- 
sent ce  crédit  de  moitié  ;  or  aucun  homme  compétent  ne 
dira  que  ce  chiffre  de  l  million  peut  suffire  aux  besoins, 
car  il  doit  s'appliquer  à  plus  de  250  monuments  qui  repré- 
sentent des  kilomètres  de  murailles  et  de  toitures  ;  un 
grand  nombre  de  ces  édifices  datent  des  IV'^,  'V"-,  VL  et 
'VIL'  siècles,  et  doivent  être  soignés  comme  des  vieillards, 
enfin  la  nature  même  des  réparations,  qui  sont  des  répa- 
rations artistiques,  les  rend  plus  dispendieuses. 

Ce  crédit  d'un  million  donnerait  à  peine  4,000  fr.  pour 
chacun  de  ces  édifices.  Ce  crédit  est  tellement  insuffisant, 
que  ce  serait  leur   ruine  décrétée.   (Mouvements    divers.) 

Jamais  aucun  gouvernement  n'a,  du  reste,  agi  ainsi.  Je 
ne  vous  parlerai  point  du  rapport  de  Grégoire  h  la  Con- 
vention, je  ne  vous  rappellerai  pas  ce  qu'ont  fait  les  minis- 
tres républicains  de  1848,  car  on  me  répondrait  comme  on 
l'a  fait  l'autre  jour  pour  la  plantation  des  arbres  de  la  li- 
berté. Je  me  contenterai  donc  de  vous  citer  un  précédent 
contemporain  cjui  doit  toucher  la  majorité. 

En  1876,  la  première  fois  que  le  parti  républicain  fut 
maître  du  pouvoir,il  examina  avec  la  plus  grande  sévérité 
le  budget  des  cultes  et  la  commission  du  budget  raya 
600,000  fr.  sur  le  crédit  aflecté  aux  grosses  réparations  des 
édifices  diocésains  et  réduisit  ainsi  le  crédit  à  i  million 
800,000  fr. 

Mais  cette  commission  républicaine  examina  de  plus 
près  la  question  et  comprit  cjue  cette  réduction  était 
excessive,  et  spontanément,  avant  toute  discussion,  elle 
vint  demander  le  rétablissement  d'une  somme  de  200,000 
fr.  ce  C[ui  portait  l'ensemble  du  crédit  h  ce  chifl^re  de  2  mil- 
lions dont  nous  demandons  aujoiu'd'hui  le  maintien. 

Le  président  de  la  commission  était  M.  Cianibetta  et  le 
rapporteur  du  budget  des  cultes  M.  Conil,  dont  les  noms 
doivent  inspirer  confiance  à  la  majorité. 

La  Chambre,  jusqu'en  1S78,  vota  ce  crédit,  tant  il  est 
vrai  qu'il  constituait  bien  un  minimum  ;  une  seule  fois  on 
proposa  de  le  ré<luire,  et  ce  fut  le  ministre  de  l'Instruction 
publique  et  des  Beaux-Arts,  M.  Bardoux,  dont  l'esprit  était 


Cf)toniquc 


26 


o 


ouvert  à  toutes  les  questions  artistiques,  qui  défendit  le 
crédit. 

En  maintenant  ce  crédit,  vous  prouverez  que  vous  tenez 
pour  notre  pays  à  ces  belles  reliques  du  passé  qui  font 
l'admiration  des  étrangers. 

Il  ne  s'agit  pas  d'une  opinion  spéciale  à  la  droite.  Je 
puis  citer  les  paroles  de  M.  Pascal  Duprat,  qui  déclarait 
que  nos  édifices  religieux  étaient  la  gloire  et  la  fleur  de 
l'art  au  moyen  âge.  Et  j'ai  entendu  M.  Antonin  Proust 
interpeller,  en  1877,  M.  le  ministre  des  15eaux-Arts  pour  se 
plaindre  qu'on  nefaisait  pas  assez  pour  les  monuments  reli- 
gieux. 

Cet  assentiment  unanime  se  traduit  tous  les  jours  par 
des  faits.  Vous  avez  créé  des  écoles  d'art  appliqué  à  l'in- 
dustrie ;  savez-vous  leur  origine  ?  La  première  a  été  créée 
il  Notre-Dame  par  M.  \'iollet-le-Duc,  et  la  Chambre  sait 
que  l'œuvre  de  restauration  de  notre  vieille  basilique  fut 
l'honneur  de  sa  carrière  artistique. 

En  outre  de  cette  école,  vous  avez  créé  un  musée  des 
arts  appliqués  à  l'industrie.  Qu'y  voyons-nous?  Des  pierres 
soigneusement  recueillies,  des  corniches  de  nos  vieux 
édifices  religieux,  que  l'on  classe  comme  des  souvenirs 
précieux  et  inimitables  de  ce  qu'était  l'architecture  au 
moyen  âge.  Pour  le  musée  du  Trocadéro,  vous  avez  fait 
mouler  les  merveilleuses  statues  des  cathédrales  de  Char- 
tres et  d'Amiens. 

Ainsi  vous  dépensez  de  l'argent  pour  avoir  des  copies 
et  vous  laissez  tomber  en  ruines  les  originaux.  (Très  bien  ! 
très  bien  !  à  droite.) 

A  côté  de  la  question  d'art,  il  y  a  la  question  d'argent. 
Tous  les  édifices  qui  dépendent  du  ministère  des  cultes  ne 
sont  pas  des  œuvres  d'art,  mais  tous  ont  une  valeur  pécu- 
niaire considérable,  et  vous  le  savez  si  bien  que  vous  en 
avez  fait  le  tableau. 

Ceux  qui  rêvent  la  désaffectation  des  immeubles  qui  ne 
sont  pas  concordataires  se  plaisent  à  supputer  les  millions 
que  représentent  ces  édifices.  Qu'ils  fassent  au  moins  ces 
réparations  vulgaires  que  s'impose  tout  propriétaire  dili- 
gent, sinon  ils  s'exposent  il  certanis  mécomptes  dans  leurs 
espérances  de  millions  1  (Très  bien!  très  bien!) 

Je  le  répète,  je  ne  puis  croire  h  un  désaccord  sur  une 
pareille  question,  et  j'invoque_  l'appui  des  partisans  de  la 
séparation  de  l'Église  et  de  l'Etat.  Sinon  il  n'y  aurait  plus 
acheminement  vers  la  séparation  de  l'Église  et  de  l'État, 
il  y  aurait  acheminement  vers  la  séparation  de  l'État  avec 
le  sens  commun  ! 

Vo!.v  à  droite.  Elle  est  accomplie  ! 

M.  DE  SOL.\ND.  —  Il  serait  insensé  de  faire  payer  à  nos 
monuments  artistiques  les  plus  précieux,  la  rançon  de  nos 
rancunes,  de  nos  préjugés,  et  surtout  de  nos  prodigalités 
budgétaires.  (Très  bien  !  très  bien  !  à  droite.) 

Je  dis  que  c'est  là  une  détestable  économie,  et  qu'elle 
n'a  pas  même  le  mérite  d'être  une  mesure  générale.  Je 
prends  le  budget  du  ministère  des  beaux-arts,  et  j'y  vois 
un  crédit  pour  grosses  réparations  des  palais  nationaux. 

Eh  bien!  puisque  vous  trouvez  utile,  malgré  les  misères 
de  votre  budget,  de  garder  un  crédit  suffisant  pour  la 
restauration  et  la  conservation  de  vos  monuments  histo- 
riques, n'oubliez  pas  que  les  cathédrales  françaises  cons- 
tituent des  monuments  historiques  hors  de  pair.'Très  bien! 
très  bien  !) 

Kappelez-vous  que  les  constructeurs  de  la  cathédrale  de 
Chartres  y  ont  élevé  eux-mêmes  une  statue  à  la  Liberté  ; 
sur  cette  statue  on  peut  lire,  en  belles  lettres  onciales  du 
XI  IL'  siècle,  le  mot  lihertas,  et  c'est  là  de  l'émancipation 
des  communes  françaises  un  monument  inappréciable  ('). 

I.  .^u  sujet  de  cette  stntue,  un  de  nos  collaborateurs  nous  adresse 
la  remarc|ue  suivante  ; 

«  Il  y  a  là  une  erreur  iconographique   qui  remonte  ;\  un  article 


Et  les  ouvriers,  y  avez-vous  songé  ?  La  crise  économique 
que  nous  traversons  nous  préoccupe  tous.  J'ai  entendu 
M.  Tony-Révillon  demander  du  travail  pour  les  ouvriers 
en  bâtiments  ;  vous  cherchez  à  ouvrir  de  nouveaux  chan- 
tiers .' 

Eh  bien!  voilà  des  chantiers  qui  sont  ouverts,  et  l'on 
vous  propose  de  les  fermer  !  Est-ce  pour  équilibrer  le 
budget .'  Si  on  veut  faire  des  économies,  qu'on  réduise  les 
gros  traitements,  qu'on  supprime  les  sinécures,  mais  qu'on 
ne  réalise  pas  ces  économies  sur  le  salaire  des  travailleurs! 
(Très  bien  !  très  bien  !) 

Parmi  ces  travailleurs  il  en  est  que  vous  allez  mettre 
sur  le  pavé  :  ce  sont,  par  exemple,  les  ouvriers  formés  à 
l'école  de  Notre-Dame  par  .M.  Viollet-Ie-Duc.  Ce  sont  les 
sculpteurs  en  ornements  gothiques,  les  artistes  en  ferron- 
nerie, et  si  vous  supprimez  les  travaux  des  monuments 
religieux,  c'est  le  pain  que  vous  leur  enlevez.  (Très  bien  ! 
très  bien  !) 

C'est  comme  si,  à  Sèvres  et  aux  Gobelins,  vous  suppri- 
miez les  commandes.  Cette  opinion  n'est  pas  seulement  la 
mienne  ;  M.  Raoul  Duval  se  proposait  de  vous  demander 
de_  son  côté  un  supplément  de  crédit  pour  la  cathédrale 
d'Évreux,  et  dans  le  dossier  qu'il  m'a  communiqué,  voici 
ce  que  je  lis  au  rapport  de  l'architecte  départemental  : 
«  La  diminution  du  travail  serait  un  coup  réel  et  très 
regrettable  porté  aux  ouvriers.  » 

Ces  ouvriers,  pour  la  plupart,  se  sont  établis  avec  leurs 
familles  à  Évreux  sur  l'assurance  d'y  être  occupés  jusqu'à 
la  fin  de  la  restauration  de  la  cathédrale  et  la  moitié  devrait 
être  renvoyée.  (Mouvements  divers.) 

■Voilà  la  vérité.  (Très  bien  !  très  bien  !  à  droite.) 

Je  termine  et  je  dis:  si  vous  n'avez  pas  d'autre  ressource 
pour  équilibrer  votre  budget  que  l'abandon  de  nos  monu- 
ments les  plus  précieux  et  la  diminution  du  travail  de  nos 
ouvriers,  vous  ferez  bien  de  chercher  autre  chose,  car  ces 
moyens-là  ne  réussiront  pas.  (Applaudissements  à  droite. 
—  iVIouvements  divers.) 

Malgré  cet  excellent  discours,  la  majorité,  qui 
a  juré  de  sacrifier  à  ses  haines  inintelligentes 
tout  ce  qui  a  directement  ou  indirectement  un 
caractère  religieux  n'a  pas  accepté  l'amendement. 


UNE  des  anciennes  verrières  de  la  cathé- 
drale de  Châlons,  celle  de  la  cinquième 
travée  du  collatéral  méridional,  vient  encore 
d'être  restaurée  dans  les  ateliers  de  Î\I.  Leprévost, 
de  Paris,  et  complétée  par  IM.  Steinheil,  de  la 
Commission  des  monuments  historiques. 

Il  y  a  six  mois,  le  vitrail  de  la  quatrième 
travée  de  la  même  nef  avait  déjà  été  rendu  à  sa 
fenêtre,  après  avoir  été  l'objet  des  mêmes  restau- 
rations. C'était  le  vitrail  des  Sai>its,de  la  dernière 
moitié  du  quinzième  siècle. 

Le  dernier  vitrail  placé  est,  par  le  style,  des 
premières  années  du  seizième  siècle.  Il  repré- 
sente, dans  six  scènes  principales,  la  vie  et  la 
passion  du  diacre  saint  Etienne,  premier  martyr 
et  patron  de  l'église  cathédrale.  Nous  trouvons 
quelques    détails  à  son    sujet  dans  un  article  du 

de  Didron  dans  les  Annales  archéologiques.  M'"^  Félicie  d'.-\glac, 
avec  une  réelle' compétence,  a  rétabli  la  vérité  dans  sa  brochure  sur 
le  symbolisme  des  statues  de  la  cathédrale  de  Chartres,  démontrant 
qu'il  s'agit  ici  uniquement  de  la  liberté  qu'ont  au  ciel  les  élus.  » 

(X.  R  de  M.  ) 


264 


Eetiue    De    l'art   cljrcticn 


Journal  de  la  Marne,  dû  à  M.  Lucot,aicliiprêtre 
de  la  Cathédrale  ('). 

«  Au  sommet  du  tympan  de  la  fenêtre,  est  le  Christ  dans 
la  splendeur  des  cieux.  Les  anges  l'entourent  et  l'adorent. 
Sur  ses  épaules  se  développe  un  riche  manteau  de  pourpre; 
il  laisse  voir  les  cicatrices  de  ses  pieds,  de  ses  mains  et  de 
son  côté.  Assis  sur  un  arc  lumineux,  le  Christ  tend  les  bras 
à  son  courageux  serviteur  Etienne  ;  il  va  recevoir  dans  son 
éternelle  gloire  cet  intrépide  soldat  cjui  l'a  suivi  de  si  près 
dans  les  rudes  combats  de  la  vie,  qui  l'a  honoré  dans  la 
sanglante  confession  de  son  nom. 

«  Les  armoiries  des  donateurs  brillent  dans  les  quatre- 
lobes  au-dessous  de  la  rosace  du  tympan. 

«Les  quatre  grands  compartiments  de  la  fenêtre  ont  été 
réservés  naturellement  aux  scènes  de  la  vie  et  du  martyre 
de  saint  Etienne.  Des  inscriptions,  en  style  et  orthogra- 
phe du  XV'I"  siècle,  et  empruntées  aux  Actes  des  Apôtres, 
indiquent  les  sujets. 

«  Nous  n'avons  pas  à  faire  valoir  la  beauté  du  dessin, 
la  richesse  des  tons,  leur  harmonie,  le  sentiment  religieu.\, 
le  mouvement  et  la  vie  qui  régnent  dans  ces  scènes,  la 
science  du  costume  qu'elles  révèlent. 

«  Tout  en  admirant  ce  vitrail  comme  œuvre  de  peinture, 
il  nous  faut  cependant  reconnaître  (et  déjà  nous  l'avions 
fait  observer  ailleurs),  que  le  peintre-verrier,  par  l'abstrac- 
tion systématique  de  l'architecture  qu'il  commen(;ait  à 
pratiquer  ,'1  cette  époque,  faisait  une  œuvre  individuelle  et 
personnelle,  et  concourait  beaucoup  moins,  avec  ses  riches 
vitraux,  à  la  décoration  du  monument  que  les  premiers 
artistes  verriers,  avec  la  simple  ornementation  de  leurs 
grisailles  à  peine  rehaussées  d'étroites  bandes  historiées. 
Ceux-ci  secondaient  véritablement  l'œuvre  architecturale; 
ceux-là  la  dénaturaient,  quoique  d'une  façon  souvent 
ravissante. 

«  Ainsi,  dans  la  verrière  de  Saint-Etienne  qui  nous 
occupe  en  ce  moment,  nous  voyons  le  peintre-verrier  se 
mettre  complètement  à  l'aise  avec  l'architecture;  il  fait 
traverser  horizontalement  à  ses  scènes  la  fenêtre  dans 
toute  sa  largeur,  sans  nul  souci  des  meneaux  qui  la  divi- 
sent. Avec  le  dessin  si  correct  de  ses  tableaux  et  leur  bril- 
lant coloris,  il  avait  déjà  très  suffisamment  fait  oublier  le 
monument  :  l'œil  du  visiteur  s'arrête,  en  effet,  sur  cette 
belle  page  de  peinture;  il  s'y  complaît,  il  ne  cherche  rien 
de  plus.  Après  qu'on  a  longuement  contemplé  les  toiles 
magistrales  des  belles  galeries  de  Paris,  de  Florence  et  de 
Rome,  songe-t-on  bien  à  admirer  les  palais  magnifiques 
cil  elles  sont  installées.-' 

«  De  simples  décorateurs  qu'ils  étaient  dans  le  principe, 
et  qu'ils  auraient  dû  rester,  les  verriers  de  la  Renaissance 
étaient  donc  devenus  de  vrais  peintres,  et  avec  les  ressour- 
ces d'un  art  perfectionné,  ils  peignaient  sur  le  verre  de 
véritables  chefs-d'œuvre.  Que  l'on  compare  les  vitraux  du 
collatéral  nord  de  la  cathédrale  avec  ceux  du  sud  :  on 
jugera  de  la  distance  parcourue,  du  moyen  âge  à  la  Renais- 
sance, par  les  peintres-verriers. 

«  Ces  anciennes  verrières  du  XV"  et  du  XVI'  siècle,  et 
vraisemblablement  aussi  leurs  aînées,  sortaient  d'ateliers 
châlonais.  Une  verrière  incomplète  du  XV'I"  siècle,  de  la 
cathédrale  de  Châlons,  qu'on  a  pu  voir  à  l'exposition  des 
arts  décoratifs  au  Palais  de  l'Industrie,  à  Paris,  et  qui 
représente  la  vie  de  la  Sainte  \'ierge,  porte  à  son  couron- 
nement, au-dessus  de  la  scène  de  la  Présentation,  une 

I.  Conimant  sainct  Estienne  fut  esleu  diacre  par  les  .Apostres. 

Gommant  sainct  Estienne  dispute  contre  les  princes  de  la  loy. 

Gommant  sainct  Estienne  fut  condamné  au  concile  des  Juifs. 

Gommant  sainct  Estienne  fut  trainé  dehors  de  la  cité  pour  estre 
occis. 

Comm.ant  sainct  Estienne  fut  lapidé  par  les  mesclians  Juifs. 

Gommant  sainct  Estienne  fut  inhumé  et  ploré  par  les  gens  de 
bien. 


légende  qui  paraît  bien  justifier  cette  assertion.  Sur  un 
phylactère  gracieusement  soutenu  par  de  jeunes  enfants, 
on  lit  en  effet  :  I^an  mil  citt'j  cens  et  iie7'/...  Tovt fvsfaict 
en  ce  liev...  Lu  Viert^e  an  'I eiiipte  se  dédie povr  ilioime-,ir 
de  Die~ci...Kolre  vitrail  de  Saint-Etienne,  et  d'autres  encore 
que  nous  pourrions  signaler,  sont  de  la  même  époque,  de 
la  même  touche,  on  dirait  presque  de  la  même  main. 

«  C'est  une  particularité  de  plus  à  noter  à  lactif  de 
Châlons,  cité  ancienne,  vivant  encore  de  sa  vie  propre 
derrière  ses  murs  de  défense  en  plein  X\'IP' siècle,  cité 
non  moins  florissante  alors  dans  les  arts  qu'importante 
par  ses  marchés  et  la  fabrication  de  ses  draps.  » 


DANS  la  basilique  de  Reims,  on  vient  d'ache- 
ver la   restauration   de   la  chapelle   de   la 
Sainte-Vierge. 

On  se  souvient,  dit  le  Bulletin  religieux  du  diocèse  de 
Reims,  qu'en  grattant  l'aftVeux  badigeon  qui  recouvrait 
les  murailles  et  les  piliers  de  cette  chapelle  depuis  environ 
deux  siècles, on  découvrit  les  traces  d'anciennes  peintures. 
On  reconnut  bientôt  non  seulement  les  dessins,  mais 
encore  les  couleurs  d'un  beau  travail  très  complet  datant 
des  premières  années  du  .\V"I"  siècle,  exécuté  par  les 
soins  de  Robert  de  Lenoncourt,  archevêque  de  Reims, 
travail  terminé  en  1514.  Cette  date  se  voit  au  milieu  des 
chiffres  et  des  écussons  que  le  prélat  a  multipliés  sur  les 
piliers  et  les  larges  ébrasements.  M.  Lameire  est  l'auteur 
de  cette  restauration. 


LES  architectes  de  la  ville  de  Paris  viennent 
d'étudier  un  projet  de  restauration  de  l'é- 
glise Saint-Germaiii-des-Prés.  Ce  projet  qui  va 
être  soumis  à  l'approbation  du  Conseil  municipal 
consisterait  dans  le  dégagement  de  l'édifice  par 
la  démolition  du  presbytère  et  de  quelques  ma- 
sures qui  nuisent  à  l'aspect  du  monument,  et 
dans  la  dérnolition  du  porche  moderne  qui  mas- 
que en  partie  le  beau  portail  du  XIII"  siècle. 


On  lit  dans  le  Rappel  : 

Qu'est-il  advenu  de  ce  projet  de  conservation  et  de  res- 
tauration de  la  tour  d'enceinte  de  Philippe-Auguste  en- 
clavée dans  les  bâtiments  du  Mont-de-Piété  .'' 

Un  amateur,  archéologue  distingué,  avait  réussi  à  ras- 
surer les  antiquaires  dans  les  deux  lettres  qu'il  publiait 
naguère  dans  le  Rappel. 

Et  pourtant  l'on  démolit  la  tour  ;  des  démolisseurs  au 
jargon  tudesque  lui  donnent  le  coup  de  grâce.  Ce  vestige 
national  avait  droit  peut-être  à  plus  de  respect 

Il  serait  encore  temps  de  le  sauver,  ou  du  moins  de 
sauver  ce  qui  reste,  sans  même  entraver  l'agrandissement 
du  Mont-de-Piété. 

La  tour  fait  face  à  la  rue  des  Francs-Bourgeois;  on  y 
accède  par  un  passage  entre  le  Mont-de-Piété  et  la  maison 
qui  l'avoisine;  que  l'on  construise  une  voiitc  au-dessus 
de  ce  passage,  et  par-dessus,  continuez  le  Mont-de-Piété. 
Cette  voûte  aboutirait  à  la  tour  et  à  un  petit  square  qui 
l'environnerait,  grand  comme  la  main,  si  l'on  veut,  avec 
quelques  fleurs,  un  banc,  une  borne-fontaine  ;  ce  serait  un 
relira  plein  de  charmes. 


chronique. 


265 


Restaurez  la  tour,  les  matériaux  sont  encore  sur  les 
lieux;  couronnez-la  de  quelques  lierres  grimpants,  et  tous 
les  Parisiens  vous  remercieront. 

Il  faudra  de  l'argent  pour  cela,  direz-vous  ?  11  n'en  faut 
pas  tant. 

11  y  a  à  Paris  une  Société  protectrice  des  monuments 
parisiens  :  que  l'on  avise  et  que  l'on  se  presse. 

La  tour  est  de  l'an  1200;  c'est  la  seule  qui  nous  reste 
entic-re  ;  que  le  Mont-de-Piété  lui  permette  de  vivre  quel- 
ques siècles  encore.    . 


^'^  POU  LIN,  directeur  des  bâtiments  civils,  vient 
1 .  d'informer  M.  Charles  Normand,  secrétaire  gé- 
néral de  la  Société  des  monuments  parisiens,  que  les 
travaux  de  consolidation  nécessaires  à  la  conservation  de 
la  porte  Saint-Denis  seraient  entrepris  incessamment. 


LA  municipalité  d'Avignon  a  l'intention  de 
restaurer  le  vieux  palais  des  Papes  d'après 
les  projets  préparés  par  Viollet-le-Duc  et  d'y 
installer  ensuite  ses  musées,  une  école  des  Beaux- 
Arts  et   les  Archives. 


LA  caserne  de  Bonne-Nouvelleà  Rouen  va  être 
livrée  à  brefdélaiàla  pioche  du  génie  mili- 
taire. La  façade  qui  doit  prochainement  disparaî- 
tre est  tout  ce  qui  reste  actuellement  de  l'ancien 
prieuré  dont  la  première  pierre  fut  posée  le  16 
février  1655  par  NicolasDavanne,  alors  prieurde 
Meulan.  Le  portail  porte  encore  la  date  de  1656. 
Ce  prieuré  était  bâti  sur  l'emplacement  d'un 
temple  magnifique  élevé  vers  1066  sous  le  vocable 
de  Notre-Dame  de  Bonnes  Nouvelles  par  la  du- 
chesse RIathilde,  épouse  de  Guillaume,  duc  de 
Normandie.  M.  Paul  Baudry  écrit  au  Nouvelliste 
de  Rouen, -çowx  faire  observer  que,  malgré  l'asser- 
tion émise  au  conseil  municipal,  par  deux  fois, 
et  à  l'unanimité  chaque  fois,  la  commission  dépar- 
tementale des  antiquités,  chargée  de  veiller  à  la 
conservation  de  nos  richesses  archéologiques, 
avait  exprimé  le  vœu  que  la  ville  de  Rouen  prit 
des  dispositions  nécessaires  pour  assurer  la 
conservation  de  la  façade. 


LA  Cojinnission  des  antiquités  et  arts  de  Seine- 
et-Vise  (4"=  fascicule,  note  64)  nous  apprend 
que  toute  tentative  d'aliénation  des  tapisseries 
de  Notre-Dame  de  Pontoise  est,  pour  le  moment 
du  moins,  rejetée,  et  une  décision  récente  du 
conseil  municipal  de  cette  ville  vient  de  les  pro- 
téger contre  les  menaces  de  vandalisme,  en  spé- 
cifiant qu'elles  seraient  conservées  pour  servir 
d'ornement  au  futur  musée. 


M.  L.  Gauchez écrit  dans  le  Courrier  de  l'Art: 
T  E  prince  Charles-Antoine  a  e.xécuté  et  continue  à 
■'-^  faire  exécuter  d'importants  travaux  de  restauration 
a  son  immense  château  de  -Sigmaringen  ;  l'aile  gauche, 
qui  en  constitue  une  partie  presque  isolée,  a  été  complè- 
tement transformée  en  une  très  longue,  très  large  et  très 
belle  salle  à  trois  travées. 

C'est  là  qu'est  installé  le  Fiirstlich  H ohenzol Icrn^ sche 
Miiseion;  il  occupe  également  deux  cabinets  attenant  de 
droite  et  de  gauche  à  cette  vaste  galerie. 

L'aménagement  est  en  tous  points  excellent;  il  est  à  la 
fois  luxueux  et  de  bon  goût;  le  jour  pénètre  à  souhait,  il 
est  admirablement  distribué;  aussi  tous  les  objets  de  la 
collection  peuvent-ils  être  étudiés  dans  les  conditions  les 
plus  favorables,  et  ce  n'est  pas  peu  dire,  puisque  le  cata- 
logue de  ce  musée  ne  compte  pas  moins  de  dix  importants 
fascicules,  pour  ne  pas  dire  volumes  in-octavo. 


UN  incendie  vient  de  réduire  en  cendres  le  couvent 
de  Haute-Rive ,  ancienne  et  célèbre  abbaye  de 
l'ordre  de  Citeaux, fondée  en  1 187,  située  sur  les  hauteurs, 
à  deux  lieues  de  Fribourg.  L'église  elle-même,  attenant  au 
séminaire,  est  presque  entièrement  détruite  ;  le  clocher 
s'est  effondré  avec  les  cloches. 


NOUS  devons  aussi  enregistrer  la  destruction  par 
incendie,  du  château  de  Michel-Montaigne,  dont  les 
cinq  pavillons,  ilanqués  de  huit  tourelles,  s'élèvent  sur 
une  hauteur  qui  domuie  la  vallée  de  la  Livone,  les  côteau.x 
de  Chalus  et  de  Gurcon. 


CE  qui  restait  de  la  voûte  de  l'église  de  l'ancienne  abbaye 
de  \'illers  s'est  effondré  cet  hiver  à  la  suite  du  dégel. 


LA  ville  de  Gand  vient  d'acheter  les  restes  du  vieux 
château  de  Gérard  le  Diable,  dit  Chàleati  des  Comtes. 
On  peut  espérer  voir  ces  précieux  vestiges  du  passé  restau- 
rés prochainement. 

D'autre  part,  on  assure  qu'un  des  restes  les  plus 
remarquables  de  cette  vieille  cité  est  sur  le  point  de 
disparaître.  11  s'agit  de  la  jolie  tourelle  en  style  Renais- 
sance flamande  du  XN'I'^  siècle,  qui  s'élève  au  coin  de  la 
rue  Longue  de  la  Monnaie  et  de  la  rue  sans  Fin.  Cette 
gracieuse  construction  mérite  à  tous  les  égards  d'attirer 
l'attention  des  archéologues. 


N/T  ONSIEL'R  Doucet  a  réclamé  énergiquement,  à  la 
1  Chambre  des  Représentants  de  Belgique,  la  reprise 
des  travaux  de  restauration  de  la  cathédrale  de  Namur. 
Le  précédent  gouvernement  semblait  avoir  pris  le  parti 
de  laisser  les  édifices  religieux  mourir  de  leur  belle  mort. 
Des  temps  un  peu  meilleurs  sont  revenus  ;  à  défaut  de 
ressources  le  ministère  a  la  bonne  volonté  de  faire  son 
devoir. 

A  propos  de  cette  question,  une  proposition  a  été  faite 
par  M.  Delebecque,  tendant  à  ce  que  les  plans  des  nou- 
velles églises  â  construire  soient  mis  au  concours. 
M.  Delebecque  constate  avec  chagrin  une  sorte  de  dépres- 
sion de  l'art  architectural  dans  le  pays.  Les  artistes  reli- 
gieux sont  découragés  et  dépourvus  d'initiative.  11  leur 
faudrait  des  occasions  de  produire  leur  talent  avec  la  cer- 
titude morale  de  réussir,  sans  recourir  à  l'intrigue  ni  men- 
dier les  faveurs  officielles. 


266 


Ecuiic  De   l'art   cfjrcticn. 


M.  Woeste  a  fait  de  judicieuses  réserves  au  sujet  de 
cette  idée,  généreuse  en  soi.  Cette  innovation  constitue- 
rait une  nouvelle  entrave  à  la  liberté  des  communes.  Car 
le  gouvernement  devrait  subordonner  l'octroi  de  ses  sub- 
sides à  l'organisation  des  concours.  M.  Woeste  rend  hom- 
mage à  ce  que  l'initiative  des  particuliers  et  des  conmiuncs 
a  produit  de  remarquable,  en  fait  d'édifices  religieu.\. 
Depuis  quelques  années,  notamment  dans  les  Flandres,  il 
s'est  élevé  un  très  grand  nombre  d'églises  du  style  le 
plus  pur  qui  font  l'admiration  de  l'étranger. 

M.  Devolder, ministre  de  lajustice,craint  avec  raison  les 
inconvénients  du  système  des  concours.  11  n'est  guère,  ob- 
serve-t-il,  de  jurys  de  ce  genre  dont  les  décisions  n'aient 
été  critiquées. 


Jîoimcllcs  et  Ttoiitiailles. 


NE   haute  distinction    vient  d'honorer 
notre  collaborateur,   M.  Ch.  de  Linas. 
L'Académie  royale  de  Belgique  l'a  élu 
au    titre  d'associc  étrange?',  en  récom- 
pense de  ses  beaux  travaux  sur  ce  pays. 

Nos  lecteurs  n'ont  pas  oublié,  notamment,  les 
remarquables  études  que  le  savant  archéologue  a 
consacrées  à  l'école  mosane  d'émaillerie  à  l'occa- 
sion de  l'exposition   rétrospective  de  Liège. 


—  On  lit  dans  le  Bulletin  du  diocèse  de  Reims: 

ON  peut  visiter  librement,  dans  la  grande  salle  du 
palais  archiépiscopal,  itne  copie  très  remarquable 
des  Pcin/ures  anciennes  de  l'oratoire  de  Saint-Nicolas,  au 
Palais  du  Latran,  à  Rome. 

La  copie  commandée  par  Mgr  l'Archevêque,  grande 
comme  l'original,  est  destinée  à  l'église  de  Binson.  Cette 
peinture  est  une  des  preuves  les  plus  décisives  de  la 
Sainteté  d'Crbain  II,  qui  s'y  trouve  représenté,  avec  le 
nimbe  et  le  titre  de  saint,  au  milieu  d'autres  Papes,  saints 
comme  lui.  —  Nos  lecteurs  se  rappellent  d'avoir  lu  dans 
Xs.  Revue  de  I Art  clirétien  le  remarquable  article  de  M.  de 
Rossi  sur  cette  question  d'un  puissant  intérêt. 


NJ  OUS  avons  annoncé  (V.  Revue  de  l'Art 
\  chrétien,  1885,  p.  116),  la  récente  décou- 
verte faite  à  l'église  de  St-Ouen  à  Rouen.  —  La 
Semaine  religieuse  de  cette  ville  nous  fournit  à 
ce  sujet  de  nouveaux  détails,  en  même  temps 
qu'un  aperçu  historique  intéressant  ;  on  y  lit  : 

Les  tranchées  profondes  de  la  nef  ont  mis  à  découvert 
la  base  de  quelques  piliers  de  l'église  antérieure  à  l'édifice 
actuel,  des  fragments  de  l'ancien  pavage  de  cette  église 
en  carreaux  émaillés  du  XI Ile  siècle,  dont  plusieurs  à  per- 
sonnages des  plus  curieux,  des  pierres  enduites  de  couleur 
rouge,  des  colonnettes  à  dessins  noirs,  qui  ont  fait  partie 
des  églises  disparues,  et  d'autres  vestiges  intéressants 
pour  l'archéologie. 

On  a  aussi  mis  à  jour  un  bon  nombre  de  sépultures 
franques  nettement  caractérisées.  La  plupart  renfermaient 
des  chefs  francs  avec  leurs  armes  :  l'épée  ou  scarmasaxe, 
la  lance,  la  hache  ou  francisque,  et  le  couteau  ;  de  belles 
agrafes  de  ceinturons,  des  boucles  en  bronze,  des  boutons, 
des  aiguilles,  et  autres  menus  objets  faisant  partie  de 
l'équipement  militaire. 


On  a  recueilli  dans  une  riche  sépulture  deux  fibules 
d'un  grand  prix.  Elles  sont  en  or  et  rondes,  de  dimensions 
plus  considérables  que  de  coutume,  ornées  de  filigranes 
d'or  du  plus  gracieux  dessin  et  de  quatre  pierres  fines, 
dont  deux  sont  de  petits  grenats  et  deux  autres  de  petites 
émeraudes.  Les  pierres  sont  disposées  en  croix  et  accom- 
pagnées dans  l'intervalle  d'une  branche  à  l'autre  de  perles 
fines. 

Dans  le  même  tombeau,  on  a  découvert  une  agrafe  de 
ceinturon  en  bronze,  avec  plaque  en  argent,  d'uu  trax'ail 
réellement  artistique,  une  attache  en  bronze  formée  par 
des  serpents  enroulés.  On  a  trouvé  plusieurs  vases  aux 
pieds  des  squelettes.  <'  Le  trait  le  plus  caractéristique  des 
anciennes  sépultures,  a  dit  M.  Cochet,  est  assurément  la 
présence  d'un  ou  de  plusieurs  vases  funéraires,  invariable- 
ment destinés  à  accompagner  la  dépouille  mortelle  de 
l'homme  au  sortir  de  ce  monde.  »  Ce  fait  a  été  vérifié  une 
fois  de  plus  dans  les  sépultures  franques  de  Saint-Ouen. 
L'un  des  plus  gracieux  objets  après  les  fibules,  est  un  vase 
en  verre  très  fin  d'une  forme  élégante  et  originale,  avec 
anse,  intact  et  d'une  conservation  parfaite.  On  a  rencontré 
deux  pièces  de  monnaie,  les  seules  qu'aient  fournies  jus- 
qu'ici les  fouilles  et  dont  l'attribution  n'a  pu  être  encore 
fixée. 

Les  sépultures  ont  donné  plusieurs  pendants,  l'un  formé 
par  une  améthyste,  l'autre  en  verre  opaque;  et  deux  vases 
à  eau  bénite  cerclés  de  bronze  argenté.  Un  objet  très  curieux 
a  été  rencontré  dans  une  tombe;  c'est  une  sorte  de  pla- 
quette en  ivoire  délicatement  ouvragée,  avec  charnières 
en  fil  d'argent,  suspendue  à  des  chaînettes  en  bronze.  Est- 
ce  un  écrin,  un  coffret,  ou  des  tablettes  à  écrire.'  C'est  ce 
qu'une  étude  plus  attentive  déterminera  sans  doute. 

Parmi  les  objets  singuliers  trouvés  dans  ces  fouilles, 
nous  signalerons  des  œufs  qui  accompagnaient  la  sépul- 
ture d'un  enfant. 

(  )n  a  trouvé  encore  quelques  cercueils  de  moines.  On 
les  reconnaît  surtout  aux  chaussures.  C'était  l'usage  assez 
général  d'inhumer  les  moines  et  surtout  les  abbés  tout 
habillés,  dit  M.  l'abbé  Cochet. 

On  n'a  pas  rencontré  à  .Saint-Ouen  de  chaussures  dans 
les  sépultures  franques,  mais  seulement  dans  celles  du 
moyen  âge. 


BIEN  peu  d'amateurs  savent  sans  doute  qu'une  an- 
cienne petite  ville  de  France  possède  une  peinture 
de  Guido  Reni.  Voici  en  quels  termes  M.  Ambroise 
Tardieu,historiographe  de  l'Auvergne,  signale  cette  bonne 
fortune  dans  une  de  ses  récentes  publications  :  «  Figurez- 
«  vous  qu'il  y  a  dans  l'église  d'Herment  (^Pu^-de-Dôme), 
«  dans  nos  pauvres  montagnes  d'Auvergne,  un  magnifique 
«  tableau  de  ce  grand  peintre  (C'ruido  Reni  ou  le  Ouide) 
«  Il  représente  sainte  Radegonde,  et  vient,  je  crois,  soit 
«  d'un  prédicateur  du  roi  Louis  XIII, —  Pierre  lîesse, 
«  né  à  Herment,  —  soit  du  couvent  des  Cordeliers  de  la 
«  Celette.  Je  revendique  la  priorité  de  cette  découverte 
«  artistique  pour  l'Auvergne.  » 


MHOLLENDER    a    découvert   en     Angleterre    une 
.  Adoration  des  Mai;es  Ô.C  Gérard  Dow.  Sa  trouvaille 
est  en  ce  moment  àlïruxelleschez  son  heureux  propriétaire. 


LA  métropole  de  Sens  vient  de  rentrer  en  possession 
des  ornements  pontificaux  d'un  de  ses  plus  saints  et 
plus  célèbres  pontifes,  saint  Ebbon,  comte  de  Tonnerre 
et  plus  tard  archevêque  de  .Sens,  mort  à  Arces  en 
l'année  750. 


Côroniquc. 


267 


Tous  ses  ornements  pontificaux,  savoir  :  l'aube,  le  cor- 
don, le  manipule,  l'dtole,  les  tunicelles,  la  chasuble,  la 
mitre  et  les  sandales  furent  enfermés  dans  son  cercueil 
et  retrouvés  intacts  l'année  980,  époque  où  ses  reliques 
furent  relevées  de  terre  et  placées  au  trésor  de  l'abbaye. 
Vendus  après  la  Révolution,  ils  ont  été  rachetés  et  donnés 
par  les  enfants  de  M.  le  comte  Aug.  de  Bastard  à 
Monseigneur  l'Archevêque  de  Sens. 


DANS  une  récente  brochure  M.  l'abbé  Dedelit,  curé  de 
la  cathédrale  de  Valence,  rappelle  qu'un  heureux 
hasard  vient  de  faire  découvrir  h  Saint-Marcel-les-Sauzet 
un  antique  autel  chrétien.  11  n'est  malheureusement  pas 
entier  :  le  tiers  à  peu  près  manque  et  cela  est  d'autant  plus 
regrettable  quïl  serait  sans  contredit  un  des  plus  beaux 
que  possède  le  Midi  de  la  France.  11  mesure  0,45  de  haut, 
0,65  de  long,  0,35  de  large  ;  le  grain  de  la  pierre  est  com- 
mun ;  semblable  à  tous  les  autels  chrétiens  appartenant 
aux  sept  premiers  siècles,  il  se  compose  d'un  bloc  carré, 
aux  angles  duquel  se  trouve  une  colonne  engagée  du 
quart.  11  ressemble  aux  autels  de  la  même  époque  de 
Digne  et  de  Saint-\'ictor-de-Castel,  avec  cette  diffé- 
rence que  les  chapiteaux,simp]ement  dégrossis  à  Digne  et 
à  Saint-\'ictor,  sont  ici  d'un  travail  plus  soigné  ;  le  dessin 
est  mieux  étudié.  Enfin  il  est  décoré  du  sigiiuiii  Christi, 
entouré  d'une  couronne  tressée,  qui  devait  être  d'un  beau 
travail.  D'après  ces  données  on  peut,  sans  présomption, 
le  classer  parmi  les  monuments  qui  remontent  du  V"  au 
VI 1=  siècle. 


ME.-M.  Bancel,  qui  a  récemment  consacré  un  volume 
.  à  la  vie  et  aux  œuvres  de  Jean  Perréal,  peintre 
et  valet  de  chambre  des  rois  Charles  \'l  II,  Louis  XII 
et  François  I",  vient  d'offrir  à  la  Bibliothèque  Nationale 
deux  des  plus  précieux  documents  qui  nous  soient  parve- 
nus sur  ce  grand  artiste.  C'est  d'abord  une  lettre  du 
25  novembre  1510,  par  laquelle  Jean  Lemaire  des  Belges 
recommande  à  Marguerite  d'Autriche,  pour  les  travaux 
de  l'église  de  Brou,  «  niaistre  Jehan  Perréal  de  Paris, 
homme  à  ce  propre,  riche  de  sciences,  d'amys,  d'enten- 
dement, d'ingéniosité,  d'audace,  d'honneur,  d'avoir  et 
d'auctorité,  et  qui  désireroit  de  tout  son  cueur  y  faire  son 
chief-d'euvre  à  peu  de  coust  ».  L'autre  document  est  une 
lettre  de  Jean  Perréal  lui-même,  en  date  du  9  octo- 
bre 1  51 1  ;  il  y  rend  compte  des  projets  qu'il  avait  conçus 
pour  les  constructions  de  Brou. 


DANS  le  courant  de  l'hiver  dernier  on  annonçait  aux 
lecteurs  de  la  Di'fense  que  des  religieux  français 
seraient  chargés  du  soin  des  catacombes  de  Saint-Calixte, 
la  plus  grande  nécropole  de  la  primitive  Eglise.  Le  Saint 
l'ère  vient  d'exécuter  un  projet  qu'il  nourrissait  de]5uis 
C|uelques  années  et,  désormais,  les  Trappistes  qui  avaient 
autrefois  leur  résidence  dans  le  département  du  Nord, 
seront  les  gardiens  de  la  cité  des  martyrs.  A  l'entrée  du 
cimetière  de  Saint-Calixte  on  va  élever  une  maison  sous 
le  vocable  de  Notre-Damedes-Catacombes.  Le  prieur 
et  le  cellerier  de  cette  nouvelle  Trappe  ont  déjà  été  nom- 
més :  ce  sont  deux  anciens  officiers  des  zouaves  pontifi- 
caux qui  ont  échangé  la  tunique  militaire  contre  le  froc  du 
moine. 

Jusqu'à  présent  des  ouvriers  terrassiers  quelconques 
s'occupaient  des  fouilles  des  Catacombes.  Cette  situation 
va  être  modifiée  à  la  grande  satisfaction  de  tous  ceux  <|ui 
s'intéressent  à  la  Rome  souterraine.  On  est  enchanté  de 
savoir  que  des  religieux  remue'ont  à  l'avenir  cette  terre 
sacrée,  sanctifiée  par  d'innombrables  martyrs. 


La  présence  des  Trappistes  aux  Catacombes  produira 
la  meilleure  impression  sur  les  pieux  visiteurs.  Ces  graves 
ascètes  armés  du  pic  ne  rappelleront-ils  pas  les  saints 
fossoyeurs  qui  ont  creusé  les  galeries  des  Catacombes  il 
y  a  seize  siècles? 


LES  chanoines  de  Sainte-Marie-Majeure  ayant  voulu 
réparer  une  cloche  de  la  basilique  qui  était  brisée,  se 
sont  aperçus  qu'elle  portait  une  inscription  du  XI 1 1"  siècle 
mentionnant  sa  première  fonte  par  l'ouvrier  Alfano,  et  sa 
refonte  en  1  289  par  Guidoto  Pisaiii\7vay.  frais  de  Paiido/fo 
Savelli.  La  cloche  portait  en  outre  les  armoiries  des  Sa- 
velli.  Les  journaux  de  Rome  annoncent  que,  pour  éviter 
de  trop  fortes  dépenses,  les  chanoines  auraient  malheureu- 
sement décidé  de  sacrifier  ce  précieux  monument  et  d'en 
employer  le  métal  à  la  fonte  de  la  nouvelle  cloche.  11  serait 
même  déjà,  dit-on,  transporté  à  la  fonderie  Lucenti. 


PIE  IX,  en  mémoire    de  la  proclamation  de  l'Infailli- 
bilité, avait  décidé  d'élever  un  monument  sur  le  Jani- 
cule,devant  l'église  de  Saint-Pierre  iii  Montorio. 

Les  travaux  étaient  fort  avancés  à  la  mort  de  Pie  IX  et 
la  colonne  du  Concde  était  prêle  à  être  dressée.  Mais  le 
gouvernement  italien  a  résolu  d'élever  sur  le  Janicule  un 
monument  à  Garibaldi.  Le  pape  Léon  XIII  n'a  pas  voulu 
que  la  précieuse  colonne  se  trouvât  auprès  du  monument 
de  l'homme  qui  a  été  un  des  plus  irréconciliables  ennemis 
de  la  Rome  chrétienne  et  a  donné  l'ordre  qu'elle  fût  retirée. 
La  colonne  a  été  enlevée  et  transportée  au  \'atican  pour 
être  placée  dans  la  partie  du  jardin  connue  sous  le  nom 
de  la  Pigna,  où  elle  restera  définitivement. 


ON  \ient  de  découvrir  dans  la  maison  située  au  coin 
de  la  rue  de  la  \'allée  (n°  16)  et  de  la  rue  des  Sœurs 
Noires,  à  Gand,  un  troisième  échantillon  des  beaux  pave- 
ments du  X 1 1 1°  siècle. 

Le  premier  a  été   trouvé,   il  y  a  quelques  années,  dans 

une  salle  de  l'abbaye  de  Baudeloo,la  bibliothèque  actuelle. 

Le  second  a  été  rencontré  en   faisant  des  fouilles  dans 

la  cour  de  l'ancien  hôpital  de  Ste-Catherine  au  quai  de  la 

Grue. 


DANS  une  récente  audience,  Mgr  Macedo  Costa, 
évêque  de  Belem  de  Para,  au  Brésil,  a  entretenu 
le  Souverain- Pontife  du  projet  suivant.  11  s'agit  de  cons- 
truire un  paquebot  à  vapeur  qui,  nommé  Cliristophore, 
sera  destiné  exclusivement  au  service  d'une  mission  per- 
manente dans  la  vallée  de  r.Amazone.  Ce  sera  un  navire- 
église,  un  temple  Jlotlant.  Voici  quelques  détails  fournis 
par  Mgr  de  Macedo,  dans  son  rapport  au  Saint-Père  : 
«  La  partie  supérieure  du  pont  sera  presque  entièrement 
occupée  par  la  nef  de  l'église,  dont  l'intérieur  sera  orné 
avec  toute  la  richesse  possible.  De  même  que  les  cèdres 
du  Liban  ont  servi  à  construire  le  fameux  temple  de 
Salomon,  de  même  les  bois  d'ébénisterie,  si  abondants 
dans  la  vallée  de  l'Amazone,  rehausseront,  par  le  coloris 
varié  de  leurs  nuances,  l'éclat  de  l'enceinte  sacrée.  Au  fond 
se  dressera  l'autel  avec  son  retable  doré,  et  le  tabernacle 
où  habitera  le  Saint-Sacrement.  >• 

Le  navire  aura  sa  chaire,  ses  fonts  baptismaux,  son 
orgue,ses  ornements  pour  le  culte.  .Au-dessous  il  y  aura  un 
appartement  pour  l'Évêque  et  des  cabines  pourles  mission- 
naires. Le  navire  aura  120  pieds  de   long  et  30  de  large_ 


KEVUE    DE   l'art   CHKÉTIKN. 
1885.    —    2""^    LIVR.VISO.N. 


268 


îRctiuc  De    rart    cf)i-cticn 


CCongrès  et  ecrcur.sions. 


OUS  n'avons  pas  terminé, dans  lalivrai- 
son  précédente,  le  compte-rendu  du 
Congrès  de  Pamiers.  Nous  avons  laissé 
nos  archéologues  au  pays  de  Foix,  où 
Us  allaient  visiter  l'ancienne  église  de  Saint-Volu- 
sier,  consacrée  en  II 25,  et  conservant  encore  des 
l'estes  de  cette  époque.  C'est  encore  une  église  à 
nef  unique  de  grand  effet,  accompagnée  d'un 
transept  du  XI^"  siècle,  et  d'un  chœur  du  XIV<=s. 
La  bibliothèque  de  la  ville  possède,  comme  nous 
l'avons  dit  plus  haut,  quelques-uns  des  admirables 
volumes  enluminés  sur  les  ordres  de  Philippe  de 
Lévis  Mirepoix. Hélas!  les  ravissantes  images  ont 
donné  lieu  à  d'incroyables  mutilations.  Des 
lettrines  à  personnages,  découpées  par  une  maî- 
tresse d'école,  à  l'époque  de  la  Révolution, ont  été 
distribuées  en  récompense  aux  enfants  ! 

Nous  ne  nous  occuperons  pas  des  collections  d'his- 
toire naturelle  dont  ^MM.Garrignon  ont  enrichi  ce 
musée, ni  des  antiquités  romainesqu'onyconserve; 
mentionnons  des  chapiteaux  romans  historiés 
intéressants  au  point  de  vue  iconographique,  une 
inscription  chrétienne  sur  marbre,  une  plaque, 
fermail  du  XV'-'siècle,le  sceau  en  argent  de  Jeanne 
d'Artois,  et  des  poids  du  moyen  âge. 

Le  château  de  F"oix  garde  trois  tours,  dont  l'une 
remonte  au  XII'^  siècle.  La  plus  belle  est  la  tour 
ronde  attribuée  à  Gaston  Phœbus,  vers  le  milieu 
du  XIV«  siècle. 

Les  ruines  du  château  de  Durban  sont  d'un 
aspect  imposant.  Murs  debout,  murs  écroulés, 
arbres  et  rochers  sont  tellement  confondus,  que 
leur  enchevêtrement  ne  pouvait  être  débrouillé 
que  par  une  sérieuse  étude.  M.  de  Labordès,  fami- 
liarisé avec  les  château.x  du  pays  de  P^oix, explique 
au  Congrès  les  dispositions  de  l'ancien  manoir. 

Les  excursionnistes  visitent  la  Pile  romaine  de 
Luzenac,  une  des  plus  remarquables,  dans  le  Sud- 
Ouest  de  la  France,  de  ces  constructions  encore 
inexpliquées.  —  L'église  de  Luzenac,  avec  sa  tour 
dodécagone  élancée,  à  sommet  conique  en  pierre, 
issant  du  toit,  entre  la  nef  et  le  chœur,  date  du 
XV<=  siècle. 

Andressein  attire  l'attention  des  voyageurs 
par  la  silhouette  de  son  campanile  à  fronton, 
percé  de  trois  étages  d'arcades  (XIV*-'  siècle). 
M. D.N.Richard  a  donné  dans  nos  colonnes(liv.  de 
janvier,  p.  75)  la  description  des  peintures  votives 
qui  décorent  son  porche. 

Castillon  offre  une  intéressante  église.autrefois 
chapelle  castrale  des  comtes  de  Comminges  ;  elle 
se  distingue  par  son  abside  romane  et  offre  aussi 
un  clocher  à  fronton  percé  d'arcades,une  statue  de 
saint  Pierre;  le  livre  qu'il  tient  offre  une  inscription 
qui    a  déjà  exercé  la  sagacité  de  maint  observa- 


teur. Elle  contient  le  nom  du  maître  de  l'œuvre, 
Jean  de  la  Casa. 

A  Sentein,  on  se  trouve  en  présence  d'un  type 
curieux  d'église  entourée  d'une  enceinte  fortifiée, 
datant  du  XIL  siècle  ;  l'enceinte  est  postérieure 
d'un  siècle.  Son  ensemble  donne  à  la  localité  un 
haut  caractère  d'originalité  qu'on  chercherait  en 
vain  dans  le  reste  de  la  région. 

A  Saint-Giron,  le  congrès  visite  l'église  de 
Saint-Vallier,  qui  ne  garde  qu'une  jolie  porte 
sans  tympan,  à  colonnettes  en  marbre,  seul 
vestige  de  l'édifice  primitif  élevé  au  XI L  siècle. 
L'église  principale  ne  garde  d'ancien  que  son  clo- 
cher, surmonté  d'une  flèche  en  briques  du  XV« 
siècle.  Les  beautés  naturelles  du  site  l'emportent 
ici  sur  les  monuments  archéologiques. 

En  revanche  Saint-Lizier  est  la  plus  riche  en 
ce  genre,  parmi  les  localités  de  l'Ariège.  Voici 
son  vieux  pont  (Y>N^  siècle."')  dont  un  claveau 
est  timbré  des  armes  d'un  pontife ,  l'évêque 
saint  P^steven,  et  dont  une  des  assises  contient  un 
fragment  d'autel  votif  roman.  A  la  tête  du  pont 
s'élève  une  tour  carrée  qu'on  fait  remonter  à  1 120. 

Saint  Lizier  a  eu  le  privilège  de  posséder  à  la 
fois  deux  églises  cathédrales.  Au  XVI P  siècle, 
celle  de  Notre-Dame  resta  seule  en  possession  de 
ce  titre.  Elle  n'offre  pas  un  bien  grand  intérêt  par 
son  architecture.  Le  clocher,  assez  récent,  ren- 
ferme une  salle  ovale  d'une  disposition  curieuse. 
L'antique  salle  capitulaire,  qui  offre  le  caractère 
du  XIIL"  siècle,  est  le  témoin  de  l'existence  an- 
cienne du  Chapitre.  Dans  le  mur  de  l'église,  au 
voisinage  de  cette  salle,  est  encastré  un  curieux 
fragment  de  sculpture  antique;  on  y  voit  aussi  un 
élégant  tombeau  du  XIV<=  siècle,  avec  un  bas- 
relief  représentant  YEcce  Iioino. 

L'église  cathédrale  de  Saint-Lizier,  à  l'Est  de 
la  ville  inférieure,  est  beaucoup  plus  remarquable. 
Une  particularité  qu'elle  offre,  est  l'irrégularité 
extraordinaire  de  son  plan,  qui  présente  des  hors 
d'équerre  extravagants,  choquant  le  regard  du 
visiteur.  Il  serait  difficile  de  trouver  dans  un  mo- 
nument plus  d'incohérence  et  plus  de  variété 
dans  sa  construction. 

De  cette  bâtisse  étrange  se  dégagent  deux 
périodes  principales  :  l'une  «romane»  pour  les 
deux  tiers  inférieurs  des  murs  de  la  nef,  des  ab- 
sides et  du  transept,  et  rautre,ogivale,duXIV'=  siè- 
cle, pour  la  partie  supérieure  des  murs  delà  nef, 
les  voûtes,  et  les  supports  de  la  tour  centrale. 

L'abside  centrale  attire  surtout  l'attention. 
liUe  est  construite  avec  de  grandes  pierres  de 
remploi  appartenant  à  des  édifices  romans,  dont 
plusieurs  portent  encore  des  fragments  de  leur 
décoration  primitive.  Le  couronnement  circulaire 
à  double  rangée  de  modillons,  agrémentés  de 
figures  bizarres,  est  particulièrement  original. 


Cf)ron  ique. 


269 


On  conserve  dans  le  trésor  de  l'église  la  crosse 
dite  de  saint  Lizier,  qui  a  été  publiée  ('),  une 
mitre  du  XII<=  siècle,  et  quelques  autres  objets 
anciens.  —  On  remarque  aussi  quelques  restes 
de  vitraux  du  XV'  siècle.  On  conserve  au  pres- 
bytère le  buste  en  vermeil  de  saint  Lizier,  œuvre 
de  la  Renaissance,  rehaussée  de  riches  filigranes. 

Le  cloître,  roman,  offre  encore  un  rez-de- 
chaussée  dans  un  bon  état  de  conservation,  avec 
la  riche  décoration  de  ses  chapiteaux.  —  L'étage 
est  une  addition  du  XVP  siècle.  —  Le  cloître 
contient  encore  la  pierre  tombale  de  l'évcque 
Anger  II  de  Montfaucon. 


T  ' 


E  prochain  Congrès  fixé  au  21  juin  aura 
i  ^  pour  objectif  Montbrisson  (Loire).  Il  durera 
jusqu'au  2  juillet.  Il  se  tiendra  dans  la  salle  de 
la  DiaiKX.  Les  château.x  et  les  abbayes  du  Forez 
fourniront  aux  e.xcursionnistes  d'intéressants  su- 
jets d'études.  Ils  feront  des  excursions  :  1°  à 
Chamdrice,  Couzan,  Chalain,  d'Uzore  et  Mont- 
Verdun  ;  2°  à  Saint-Romain-le-Puy,  Sury  le 
Comtal  et  Saint-Rambers-sur-Loire  ;  3°  à  Saint- 
Bonnes- le-Chateau  ;  4°  à  Charlieu  et  à  la  Bénis- 
sons-Dieu ;  5°  à  Ambierne,  Saint-André  d'Ap- 
chon  et  Boisy. 


eCrpositions. 


'A  dernière  exposition  des  arts  décoratifs 
comprenait  plusieurs  séries  de  dessins 
représentant  les  écoles  nationales  dont 
a^l  les  travaux  se  rapportent  aux  arts  du 
verre  et  de  la  terre, savoirr£'6-fci/('  des  arts  dccoratifs, 
le  Cours  spécial  pour  jcnncs  filles,  à  Paris,  V Ecole 
des  arts  décoratifs  de  Limoges  et  V  Ecole  spéciale 
de  Sèvres.  —  Toutes  quatre  se  recommandaient 
par  la  valeur  sérieuse  des  études  présentées  ;  mais 
les  Écoles  de  Limoges  et  de  Paris  se  sont  distin- 
guées d'une  manière  spéciale  par  l'heureuse  et 
forte  impulsion  donnée  au.x  ouvrages  de  décora- 
tion. Le  placement  des  œuvres  a  été  fait  de  ma- 
nière à  faire  saisir  par  le  visiteur  l'enchaînement 
de  la  méthode  employée.  Cette  méthode  nous  est 
expliquée  avec  une  rare  compétence,  par  M.  J. 
Passepont,  dans  la  Revue  des  arts  décoratifs. 

«  Cette  méthode  si  simple  et  si  féconde,  elles  ne  l'ont 
point  inventée  ;  elles  l'ont  trouvée  toute  faite  et  vieille 
comme  le  monde.  C'est  celle  de  tous  les  grands  maîtres, 
depuis  les  Assyriens  jusqu'à  nos  jours.  C'est  celle  que  les 
Cirées  ont  affectionnée,  que  les  moines  du  moyen  âge  ont 
i'Otrouvée,que  les  Orientaux  ont  appliquée,que  des  modernes 
éminents,  chercheurs  infatigables,  ont  fait  revivre  et  mise 
en  œuvre  avec  éclat  ;  c'est  rinter])rétation  personnelle 
de  la  nature,  c'est  l'étude  constante  de  ce  grand  li\ie  que 


1.  Mélanges  d' Anhi'ologie,  t.  IV,  \).    191. 


l'on  doit  sans  cesse  consulter  et  apprendre  à  lire.  Elle 
est  immuable,  cette  méthode,  et  c'est  faute  de  l'avoir  trop 
longtemps  abandonnée  que  nous  nous  sommes  laissé  enva- 
hir par  la  routine  de  l'imitation.  Toutefois,  dans  ce  travail 
captivant,  dans  ces  recherches,  faut-il  encore  guider  sa 
marche,  car  si  au  premier  abord  la  décoration  semble  le 
domaine  exclusif  du  caprice  et  de  la  fantaisie,  elle  n'en  est 
pas  moins  soumise  à  des  rt-gles  imposées  par  le  besoin 
d'ordre,  inséparable  de  la  beauté.  Ces  règles,  ce  sont  en- 
core les  vieux  maîtres  qui  nous  les  enseignent.  Dégager 
les  principes  qu'ils  ont  suivis  dans  leurs  créations,  puis 
s'en  servir  pour  créer  à  son  tour,  pour  développer  l'esprit 
d'invention,  tel  est  le  grand  mystère.  Mais  il  ne  suffisait 
pas  de  le  proclamer,  il  fallait  l'expliquer.  \'oilà  ce  qu'on  a 
fait  dans  ces  écoles.  On  a  compris  C[u'il  était  grandement 
temps  de  ne  plus  se  borner  à  raconter  seulement  l'histoire 
de  l'ornement,  mais  qu'il  était  de  toute  nécessité  de  l'étu- 
dier aussi  au  point  de  vue  général,  d'en  faire  connaître  les 
arcanes  et  les  lois,  de  les  mettre  en  pratique  comme 
■VioUet-le-Duc  dans  ses  compositions,  M.  Kuprick  Robert 
dans  son  album,  ?»I.  Galland  dans  ses  séduisants  croquis. 
C'est  ainsi  que  les  professeurs  vigilants  de  Limoges,  et 
surtout  de  Paris,  sont  arrivés  à  obtenir  de  si  beaux  résul- 
tats, qui  font  sur  nous,  en  entrant  dans  cette  salle,  une  si 
vive  et  si  profonde  impression. 

«  A  l'exposition,  cette  méthode  est  particulièrement  ap- 
pliquée à  l'étude  de  la  fleur.  Car,  lorsqu'il  s'agit  d'orner  une 
matière  délicate  et  charmante  comme  la  porcelaine,  c'est 
aux  ornements  légers,  aux  décors  gracieux  qu'il  faut  avoir 
recours  et  on  ne  saurait  certes  mieux  les  trouver  que  dans 
les  plantes  vivantes,  source  éternelle  d'élégants  et  coquets 
motifs  pouvant  se  plier  à  presque  toutes  les  ordonnances. 

«  Pour  étudier  ces  types  élémentaires,  riches  et  variés, 
ou  bien  on  les  copie,  ou  bien  on  les  interprète  en  les  orne- 
manisant.  Dans  l'un  et  l'autre  cas,  les  travaux  des  élèves 
sont  très  bien  rendus  ;  il  y  en  a  d'excellents. 

«  Les  aquarelles  de  Limoges,  faites  d'après  nature,  sont 
exécutées  avec  une  rare  observation  des  valeurs  justes  et 
une  grande  habileté.  Voilà  qui  est  peint  et  dessiné  ;  il  n'y 
a  point  de  sécheresse,  il  n'y  a  point  de  négligences  ;  on  ne 
trouve  pas  l'abus  des  fondus  ou  des  taches  plaquées  sans 
transitions  ;  on  pourrait  peut-être  leur  reprocher  d'être 
en  général  trop  poussées,  peu  importe  ;  plusieurs  sont 
véritablement  des  œuvres  d'artistes.  Quand  on  rend  la 
fleur  de  cette  façon,  on  doit  bien  la  connaître  et  il  est  facile 
alors  de  la  grouper  en  bouquet  et  de  la  jeter  en  semis 
pondérés  comme  sur  ce  service  mignon  si  gentiment  exé- 
cuté par  les  élèves  de  Limoges  pour  M"'"=  Dubcuché. 

«  Les  études  de  flore  ornementale,  c'est-à-dire  faites  en 
régularisant  la  nature  pour  dégager  des  éléments  nou- 
veaux ou  pour  rechercher  l'unité  du  type,  sont  des  plus 
intéressantes.  Quelques-unes,  il  est  vrai,  sont  timides,  mais 
encore  suffisamment  bonnes  ;  ce  sont  celles  de  jeunes 
débutantes.  Dans  les  autres,  au  contraire,  on  sent  que. 
plus  familiarisés  avec  cet  exercice,  les  élèves  y  trouvent 
un  plaisir  extrême  et  font  ces  investigations  avec  cons- 
cience et  entrain  ;  elles  sont  traitées  avec  beaucoup  de 
soin,  elles  dénotent  des  recherches  patientes  et  bien  diri- 
gées ;  aussi  sont-elles  toujours  des  mieux  réussies. 

«  Rien  n'est  attachant,  captivant,  on  peut  dire,  comme 
cette  application  du  sentiment  personnel  à  ce  genre  de 
découverte.  Pour  procéder,  on  emploie  des  méthodes 
empruntées  à  la  géométrie  ;  on  soumet  la  fleur,  le  bouton, 
la  feuille,  le  fruit  ou  le  porte-graine  aux  opérations  régu- 
lières du  plan,  de  l'élévation  et  de  la  coupe  ;  on  pratique 
souvent  des  sections,  on  fait  même  des  développements  ; 
et  les  résultats  de  cette  dissection  réglée  sont  surprenants. 
De  plus,  les  interprétations  sont  nécessairement  variables, 
suivant  la  manière  de  voir,  d'analyser,  des  personnes  : 
c'est  une  mine  féconde  à  la(.[uelle  on  ne  saurait  trop  recou- 
rir. 11  est  facile  de  s'en  convaincre  en  jetant  uncoupd'œ'il 


270 


iRetiue  De   rart   cb rétien. 


rapide  sur  les  travaux  des  élèves.  Les  projections  des  fleurs 
mathématiquement  régularisées  fournissent  des  rosaces 
d'une  grande  élégance,  ([u'elles  soient  \ues  par  le  dessus 
ou  par  le  dessous,  qu'elles  soient  seules  ou  accompagnées 
des  petites  feuilles.  La  inême  richesse  décorative  se  re- 
trouve dans  les  profils.  Celui-ci,  avec  un  épi  ou  des  herbes 
mignonnes,  obtient  de  frêles  et  gracieuses  aigrettes.  Celui- 
li  enlève  les  pétales  et  ne  garde  que  le  culot  et  les  pistils 
pour  avoir  une  gerbe  légère.  Ailleurs,  la  fleur  est  grandie. 
Plus  loin,  ce  sont  des  essais  de  groupements  de  fleurs 
d'azalée  ou  de  gueule-de-loup  ;  ainsi,  sur  un  canevas  sy- 
métrique, procédant  de  la  palmette  ou  de  certaines  dispo- 
sitions de  fleurs  de  lotus  et  simplement  composé  de  trois 
branches  partant  du  même  culot,  l'élève  a  dessiné  au 
sommet  de  la  tige  centrale  une  gueulede-loup  vue  de  face, 
puis,  à  l'e.xtrémité  des  deux  tiges  latérales,  deux  autres 
gueules  h  peine  ouvertes  et  vues  de  profil.  Cette  disposi- 
tion en  éventail  est  charmante  et  e.xtrèmcment  décorative, 
aussi  la  retrouvons-nous  répandue  à  profusion  dans  le 
grand  art  ;  mais  là  où  les  Egyptiens  plaçaient  le  lotus,  les 
(Irecs  le  lis  marin  et  les  nombreuses  variétés  des  pal- 
mettes,  un  élève  place  une  fleur  idéalisée,  une  fleur  nou- 
velle qu'il  introduit  dans  l'ornement  et  du  même  coup  il 
obtient  non  seulement  une  nouveauté  heureuse,  mais  en- 
core un  motif  dont  il  pourra  tirer  de  grands  partis,  soit 
qu'il  l'emploie  seul,  soit  que,  par  répétition  ou  alternance, 
il  en  forme  une  bordure,  soit  que  par  rayonnement  il 
répète  cette  disposition  autour  d'un  centre  commun  pour 
produire  une  rosace  ou  la  décoration  complète  d'une 
coupe  ou  d'un  plat.  Au  premier  abord,  on  peut  trouver  que 
trois  tiges  partant  d'un  même  culot,  ce  n'est  point  naturel 
et  qu'il  faudrait  suivre  ses  modèles  de  plus  près  ;  à  cela, 
l'histoire  nous  répond  que  ces  anomalies  sont  permises  et 
que  nous  les  retrouvons  partout  au  siècle  de  Périclès  et  à 
la  Renaissance,  que  les  maîtres  nous  ont  donné  l'e.xemple 
et  dans  des  détails  et  dans  des  ensembles.  S'il  y  avait  une 
petite  observation  à  faire,  elle  devrait  porter  de  préférence 
sur  les  tiges,  qui  gagneraient  h  être  un  peu  moins  raides, 
plus  longues  et  meublées  légèrement  ;  rien  ne  s'y  prêterait 
mieux  d'ailleurs  que  les  feuilles  minces  et  élancées  de 
cette  plante.  L'exposition  nous  montre  de  nombreux  essais 
en  ce  genre,peints  sur  porcelaine  et  décorant  d'une  manière 
parfaite  et  originale  des  pièces  franchement  nouvelles.  » 


D'AUTRE  part,  M.  P.  de  Boutarel,  dans 
le  Monde  du  30  novembre  1884,  rend 
compte  en  ce.s  termes  de  V Exposition  de  t Union 
centrale  des  ait  s  décoratifs  pour  ce  qui  concerne 
l'art  du  verrier  et  du  mosaïste  : 

«  M.  Appert  remet  les  peintres-verriers  en  possession 
d'un  élément  décoratif  perdu  depuis  le  moyen  âge.  11 
s'agissait  de  reconstituer  le  procédé  de  fabrication  du 
verre  rouge,  employé  dans  les  vitraux  du  .\1  IL' siècle.  Ce 
verre  n'était  pas  coloré  dans  toute  son  épaisseur.  Le  rouge 
employé  ét:iit  trop  intense  pour  pénétrer  entièrement  la 
niasse  vitreuse  sans  perdre  de  son  éclat  lumineux.  La 
partie  colorée  n'était  donc  qu'un  placage,  appliqué  à  la 
surface  d'un  verre  blanc.  Mais  là  n'était  pas  la  difficulté; 
les  zones  de  différentes  couleurs  ne  sont  plus  qu'un  jeu 
depuis  longtemps  pour  le  souffleur  de  verre.  Ce  qui  consti- 
tuait un  problème  autrement  compliqué,  dans  le  procédé 
perdu,  c'était  l'inégale  répartition  du  rouge  dans  la  zone 
colorée.  Au  lieu  d'être  homogène  dans  toute  son  épaisseur, 
celle-ci  ne  devait  sa  coloration  qu'à  des  cloisons  rouges 
qui  la  coupaient  obli(|uement,  et  donnaient  à  sa  transpa- 
rence une  disposition  jaspée  où  la  (einte  pourpre  jouait 
avec  plus  de  feu. 

«  Celte  disposition  parfaitement  intentionnelle  au  XI IL' 
siècle,  av.iit  cessé  d'être  pratiquée  au  -XH'".  Les  progrès 


réalisés  dans  la  préparation  du  verre  permirent  peut-être, 
à  cette  époque,  une  fabrication  plus  régulière,  et  une  colo- 
ration plus  égale,  c|ui  parurent  un  perfectionnement,  au 
premier  abord,  et  qui,  par  le  fait,  furent  une  décadence. 
Bien  des  tentatives  ont  été  faites,  depuis,  pour  reproduire 
l'effet  primitif,  qui  est  resté  inaccessible  à  toutes  les  re- 
cherches jusqu'au  jour  où  M.  Appert,  avec  la  profonde  ex- 
périence qu'il  a  acquise  de  son  industrie,  a  voulu  à  son 
tour  s'occuper  de  cette  question,  qui  exigeait  probablement 
un  outillage  tout  spécial. 

«  Aujourd'hui  le  résultat  obtenu  ne  laisse  plus  aucun 
doute  sur  le  mode  de  fabrication  adopté  par  le  rénovateur. 
La  plus  parfaite  identité  existe  entre  ses  verres  rouges  et 
ceux  de  la  grande  époque  gothique,  tout  aussi  bien  dans 
la  nuance  que  dans  la  disposition  des  cloisons  colorées. 

«  La  peinture  sur  verre  est  le  premier  art  qui,  au  moyen 
âge,  ait  apporté  un  élément  décoratif  à  l'architecture.  .A 
proprement  parler,  le  nom  de  peinture  sur  verre  n'est  pas 
exact,  du  moins  à  l'origine  des  vitraux,  alors  qu'ils  étince- 
laient  de  tout  le  feu  de  la  coloration.  Que  se  passait-il,  en 
elïet,  à  cette  époque,  dans  la  composition  des  verrières? 
Le  plomb  en  arrêtait  les  lignes  générales,  et  les  grandes 
masses  colorées  qu'ils  circonscrivaient  étaient  formées  par 
des  verres  de  couleur,  auxquels  on  donnait  le  plus  de 
richesse  possible.  Ce  travail  d'ensemble  une  fois  bien  éta- 
bli, quelques  lignes  noires  frittées  \enaient  dans  les  per- 
sonnages, iiidic[uer  les  traits  du  visage,  les  contours  des 
doigts  et  les  plis  des  vêtements. 

«  Une  manière  de  procéder  aussi  sommaire  n'avait  évi- 
demment pas  à  compter  sur  la  finesse  du  détail  pour  arri- 
ver à  l'expression.  Aussi  le  mouvement  général  et  le  réseau 
métallique  t|ui  l'accusaient  étaient-ils  très  étudiés  dans  les 
vitraux  gothit[ues. 

«  Depuis,  lorsque  le  sentiment  des  formes  raphaëlesques 
et  le  goût  du  modelé  délicat  se  furent  généralisés,  la  pein- 
ture sur  verre  marcha  de  pair  avec  les  autres  arts  pour  la 
pureté  du  trait  et  la  correction  du  relief  On  vit  alors  le 
plomb  élargir  ses  mailles,  se  dissimuler  quelquefois  pour 
ne  pas  gêner  le  clair-obscur,  le  trait  faire  place  à  des  om- 
bres plus  savantes,  mais  dans  lesquelles  la  coloration  s'af- 
fadissait; en  un  mot  le  caractère  mural  disparaître,  pour 
laisser  le  champ  libre  à  l'art  indépendant,  défaut  capital 
dans  une  décoration  intimement  liée  à  l'architecture,  de- 
vant la  faire  valoir  et  non  pas  l'absorber. 

«  Telle  est  en  abrégé  l'histoire  de  la  peinture  sur  verre, 
qui,  à  l'origine  était  plutôt  de  \a  peinture  de  verre,  et  qui, 
encore  aujourd'hui,  sous  peine  de  compromettre  son  carac- 
tère propre,  fait  toujours  bien  de  se  souxenir  de  cette  défi- 
nition d'un  autre  âge. 

(<  On  prétend  que  l'orage  a  grondé  dans  le  cénacle  à 
propos  de  l'éclectisme  de  M.  ChampigneuUe  et  de  ses 
tendances  à  l'innovation.  Les  défenseurs  des  saines  tradi- 
tions auraient  vu  là  un  danger  qu'il  fallait  conjurer.  Nous 
n'avons  pas  à  nous  prononcer  sur  un  point  aussi  discutable. 
Nous  dirons  toutefois,  à  l'excuse  de  M.  ChampigneuUe, 
malgré  les  principes  rigides  posés  précédemment,  que, 
dans  une  verrière  commandée  pour  l'hôtel  du  Figaro,  il  lui 
était  quck|ue  peu  permis  de  ne  pas  suivre  la  même  esthé- 
tique que  dans  les  œuvres  qu'il  destine  à  l'église  Saint- 
Eustacheou  au  pèlerinage  de  ISenoitevaux;  et  que  proba- 
blement, s'il  avait  à  composer  un  sujet  pour  une  ogive,  il 
saurait  se  conformer  aux  règles  excellentes  de  l'époque  go- 
thique. 

<i  La  mosaïque  est  une  vitrification  d'une  autre  nature 
que  l'émail,  ou  plutôt  utilisée  diff("remnient.  L'émail  subit 
l'action  du  feu  sur  la  pièce  même  c|u'il  décore.  Ici  il  n'en  est 
plus  de  même;  l'artiste  fabri(|ue  à  l'avance  de  petits  cubes 
d'émail  de  différentes  couleurs,  légèrement  o])acifiés  par 
une  adjonction  d'étain;  après  quoi  il  exécute,  en  les  luxta- 
posant  sur  la  surface  à  décorer,  la  composition  c^i'ils  doi- 
vent re|)roduire.   Ces   petits   cubes  d'émail  adhèrent  à  la 


Cf)ro  nique. 


271 


muraille  au  moyen  d'un  ciment  spécial  d'une  très  grande 
résistance,  que  les  siècles  n'attaquent  pas  plus  que  la 
pierre.  La  preuve, c'est  que  les  mosaïques  de  Sainte-Sophie, 
à  Constantinople,  ont  été  exécutées  de  la  sorte,  et  que  si, 
de  nos  jours,  elles  ne  sont  plus  tout  à  feit  intactes,  il  faut 
s'en  prendre  à  l'esprit  destructeur  du  mercantilisme,  trop 
disposé  à  s'approprier  leurs  débris  et  à  en  tirer  profit  .lu- 
près  des  collectionneurs. 

«  De  Byzance,  l'art  de  la  mosaïque  passa  en  Italie  où  il 
est  toujours  grandement  représenté  par  la  fabrique-mère 
du  Vatican,dont  l'admirable  palette  possède  27,000  teintes. 
Il  est  de  toute  évidence  que  l'industrie  privée  ne  peut  pré- 
tendre à  une  semblable  surabondance.  Néanmoins  dans 
la  spécialité  de  l'ornement,  M.  Paris  a  su  se  créer  des  res- 
sources suffisantes  pour  exécuter  à  Paris,  les  grands  tra- 
vaux de  l'Opéra  et  de  l'Hôtel-de-X'ille.  L'émail  d'or  a  été, 
de  sa  part,  l'objet  d'une  attention  toute  particulière.  Au- 
jourd'hui, cet  élément  joue  un  rôle  important  dans  l'enca- 
drement extérieur  de  fenêtre  et  les  armes  de  la  ville  de 
Paris  que  M.  Paris  a  présentés  au  concours  ouvert  par 
l'union  centrale.  » 


Nous  appelons  toute  l'attention  de  nos  lec- 
teurs sur  l'exposition  létrospcctive  de  Buda- 
Pesth  organisée  pour  cette  année  à  côté  de 
l'exposition  internationale  moderne.  Elle  sera 
ouverte  du  2  mai  au  15  octobre,  elle  comprendra 
l'orfèvrerie,  les  tissus,  la  broderie,  et  toutes  les 
branches  de  l'art  religieu.K  et  profane.  L'orfèvre- 
rie de  la  Hongrie  Supérieure,  ou  orfèvrerie  de 
Siebcn-Burgen  y  sera  largement  repi'ésentée  et 
formera  le  principal  sujet  ifaUrac/hm  pouv  quan- 
tité d'archéologues. 


MUSIQUE   RELIGIEUSE. 

On  lit  dans  le  I>u'n  Public  de  Gand  : 

UNE  Exposition  internationale  d'inventions  et  de 
musique  se  tiendra  à  Londres  dans  le  courant  de 
l'année  1S85.  Le  conseil  d'administration  vient  de  prendre 
l'excellente  décision  de  former,  dans  la  deuxième  division, 
une  collection  rétrospective  d'instruments  de  music|ue, 
manuscrits,  imprimés,  tableaux,  dessins,  gra\ures,  sculp- 
tures et  autres  objets  d'art,  ayant  rapport  à  la  musique  et 
pouvant  servir  à  en  illustrer  ou  à  en  Hxer  l'histoire  à  tra- 
vers les  siècles. 

Sa  Majesté  la  Reine  d'Angleterre  a  daigné  consentira 
exposer  tous  les  beaux  objets  de  ce  genre  qui  se  trouvent 
dans  ses  collections,  et  son  exemple  a  été  suivi  par  la 
plupart  des  grandes  fiimiiles  du  Royaume-Uni.  Des  délé- 
gués ont  été  envoyés  à  Rome  et  dans  bon  nombre  de  pays 
pour  rechercher  et  emprunter  tout  ce  qui  peut  servir  à 
rendre  cette  exposition  utile  à  ceux  qui  étudient  l'histoire 
de  la  musique. 

M.  James  Weale,  l'archéologue  que  beaucoup  de  nos 
amis  connaissent,  est  spécialement  chargé  de  visiter  la 
Belgique,  la  Hollande,  l'Allemagne  et  le  Nord  de  la 
France. 

On  espère  réunirentre  autres  les  plus  imi)ortants  manus- 
crits de  plain-chant,  ainsi  qu'une  collection  de  livres 
liturgiques,  telle  que  jamais  on  n'en  aura  réuni  autant 
jusqu'ici.  Ce  sera  une  excellente  occasion  pour  les  spécia- 
listes de  comparer  entre  eux  les  textes  divers  et  parfois 
obscurs  de  ces  intéressants  manuscrits.  On  organisera  en 
outre  des  conférences,  des  discussions  scientitiques,  ainsi 
que  des  exécutions  de  plain-chant  et   des  concerts,  dans 


lesquels  on  entendra  d'anciens  instruments  et  d'ancienne 
musique. 

Le  Comité  de  l'Exposition  a  même  le  projet  d'établir 
une  Chapelle  avec  stalles,  ornée  de  l'ancien  lutrin  de  St- 
Pierre  de  Louvain  avec  ses  sièges  de  chantres,  de  graduels 
et  d'antiphonaires,  etc. 

Nul  doute  que  les  collectionneurs  et  amateurs  seront 
heureux  de  contribuer,  par  l'envoi  de  quelques  objets  inté- 
ressants, à  cette  cxhilîition  qui  promet  d'offrir  un  attrait 
tout  spécial.  X. 


Nous  lisons  dans  le  rapport  de  monsieur  Achille 
Lucas  à  la  Société  centrale  des  architectes,  sur 
le  salon  de  Paris  en  1884: 

LES  édifices  du  moyen  âge  sont  largement  représentés 
au  salon  d'architecture  et  en  grande  partie  par  des 
reproductions  commandées  pour  les  archives  et  les  publi- 
cations de  la  Commission  des  monuments  historiques. 
Nous  sommes  heureux  de  voir  l'Etat  s'intéresser  à  la  con- 
servation des  monuments  élevés  à  toutes  les  époques  dans 
notre  belle  France,  si  riche  à  ce  point  de  vue,  et  de  con- 
tinuer la  publication  de  ces  monuments  ;  d'autres  repro- 
ductions d'édifices  de  la  Renaissance  ont  été  exposées  et 
le  tout  forme  un  ensemble  très  intéressant  par  la  valeur 
de  ces  édifices  et  le  talent  avec  lequel  ils  sont  reproduits; 
ainsi  une  maison  à  \'esoul  par  M.  Aurenque,  le  travail 
si  important  de  M.  Alliert  Ballu  sur  la  restauration  de  la 
tour  de  .Solidor  à  Saint-Servan  et  la  mosquée  de  .Sidi- 
Abd-er-  Khaman  à  Alger  ;  ces  dessins  sont  fort  bien  rendus 
et  la  restauration  de  la  tour  de  Solidor  est  bien  comprise, 
aussi  applaudissons-nous  à  la  première  médaille  accordée 
h  M.  Albert  Ballu.  Le  château  de  Gisors  par  M.  Constant 
Bernard,  le  château  de  Foix  par  M.  Bœswilhvald  fils, 
l'abside  de  la  cathédrale  de  Uol  par  M.  Corroyer,  le  châ- 
teau de  Mehun-sur-Yèvre  par  M.  G.  Darcy, l'ancien  prieuré 
de  Binson  par  M.  Deperthes,  travaux  fort  intéressants, 
ainsi  que  celui  de  M.  Formigésur  l'église  de  Cornélia-del- 
Conflent.  Nous  avons  également  remarqué  la  restauration 
qu'a  faite  M.  Gagey  du  château  de  Bourbon-l'Archam- 
bault  et  pour  lac|uelle  il  a«btenu  une  2"  médaille,  celle  de 
M.  Goût  sur  l'église  de  Loctudy  et  de  très  jolis  dessins 
au  trait  par  M.  Hardion  et  représentant  le  cloître  Saint- 
Martin  à  Tours.  M.  Laffilée  a  exposé  un  châssis  compre- 
nant des  vues  d  édifices  relevés  dans  son  voyage  en  Italie 
et  l'oratoire  de  Saint-Bernardin  ;\  Pérouse. 

L'église  de  Rouy  a  été  reproduite  dans  son  état  actuel 
par  M.  Louzier  pour  la  Commission  des  monuments  his- 
toriques, ainsi  que  celle  de  Chadenac  et  celle  de  \'ille- 
neuve-lez-Maguclonne,  ces  deux  dernières  par  M.  Nodet 
qui  a  obtenu  une  mention  honorable  ;  il  en  est  de  même 
des  églises  de  .Saint-Basile  et  de  Saint-Martin  à  Étampes 
par  MM.  Petit-Grand  et  Simil  (Abel).  L'église  de  Saint- 
Avis-Sénieux  (Dordogne)  a  été  reproduite  par  M.  Rapine. 
M.  Ruprich-Robert  fils  a  obtenu  une  3"  médaille  pour  les 
plans  et  détails  de  la  ferme  seigneuriale  de  la  Valouine  : 
c'est  un  travail  très  intéressant,  fort  bien  rendu  et  qui 
comprend  des  motifs  de  liriqueteric  et  de  terre  cuite  très 
curieux.  Les  croquis  de  monuments  du  département  de 
Seine-et-Oise  par  M.  Selmersheim  sont  faits  avec  esprit. 
Nous  terminerons  cette  série  de  monuments  historiques 
par  la  restauration  de  M.  Sibien  c|ui  a  obtenu  une  mention 
honorable  jiour  l'église  de  Chennevières  et  par  celle  de 
Saint-Maclou  (de  Pontoise)  par  M.  Simil  (Paul). 

M.  Schoy,  architecte  belge,  a  présenté  la  restauration 
de  l'église  de  Notre-Dame  au  .Sablon  à  Bruxelles;  les 
annexes  faites  au  plan  ininiitif  en  détruisent  malheureu- 
sement rharmonie,mais  les  dessiusdes  façades,  au  nombre 
de  cinq,  sont  très  bien  rendus  au  trait  et  sur  grande 
échelle.  M.  Schoy  a  obtenu  une  3'' médaille. 


272 


iRctiue   De   rart    cbtétien. 


ecrpositions  prochaines. 


ANVERS.  —  Exposition  iini\erselle  des  Beaux-Arts  du 
2  mai  à  octobre  1885. 

BORDEAUX.  —  23"^  Exposition  annuelle.  Ouverture 
le  I'"'  mars  1885. 

C.LASCÛW.  — 24^^  Exposition  de  l'institut  des  Beaux- 
Arts,  du  3  fe'vrier  au  30  avril  1885. 

LONDRES.  —  Exposition  de  la  Royal  Academy. 
Ouverture  le  i'^''  mai  à  Burlington-House. 

LONDRES.  —  Exposition  des  Paiiiters  Etclurs,  (eaux 
fortes  originales),  Dudley  Cialery,  du  25   mai  au  4  juillet. 

MONTPELLIER.  —  Exposition  de  la  Société  artisti- 
que, ouverture  i^''  mai  1885. 

MOULINS.  —  Exposition   du  16  mai  au  16  juin  1885. 

NIMES.  —  Exposition  du  15  avril  au  17  mai  18S5. 

NOUVELLE-ORLEANS.  —  Exposition  universelle, 
du  16  décembre  1884  au  i^rjuin  1SS5. 

NUREMBERG.  —  Exposition  internationale  d'orfè- 
vrerie, joaillerie,  bronzes,  du  15  juin  au  30  septembre  1885. 

PARIS.  —  Salon  de  1885  du  i«r  mai  au  30  juin. 

PARIS.  —  Exposition  nationale  de  1886  du  i^r  mai  au 
13  juin. 

ROTTERL'>AM.  —  Exposition  triennale  de  l'académie 
des  Beaux-Arts,  du  31  mai  au  12  juillet  1885. 

TOULOUSE.  Ouverture  de  l'Exposition  le  1"''  mai. 


0iusces. 


ES  musées  du  Nord  de  la  France  se  développent 
d'une  année  à  l'autre.  La  ville  de  Saint-Omer 
vient  d'acheter,  pour  y  placer  ses  collections, 
une  vaste  maison  située  près  des  ruines  de 
f^j^is^ggg^l  l'abbaye  de  Saint-Bertin, entourée  aujourd'hui, 
comme  la  tour  Saint-Jacques,  d'un  jardin  public.  Saint- 
Omer  possède  depuis  longtemps  deux  musées  qui  se 
trouveront  ainsi  réunis  en  un  seul  établissement.  Le 
premier  de  ces  musées,  qui  renferme  les  tableaux,  s'étend 
dans  une  grande  salle  de  l'hôtel-de-ville  ;  l'autre,  fort  riche 
en  antiquités  de  tous  genres,  occupe  les  deux  étages  de 
l'hôtel  du  Bailliage,  un  petit  édifice  du  XVI IL'  siècle,  qui 
offre  un  spécimen  assez  coquet  de  l'architecture  Louis  XV 
en  province. 

Le  musée  d'antiquités  de  l'hôtel  du  Bailliage  s'est  enri- 
chi de  bien  des  débris  provenant  des  monuments  religieux, 
et  surtout  de  la  célèbre  abbaye  de  Saint-Bertin.  On  peut 
y  reconstituer  une  remarc[uable  collection  d'art  gothique, 
dalles  tumulaires,  mosaïques,  carreaux  émaillés,  morceaux 
d'architecture,  chapiteaux,  consoles  supportées  par  des 
figures,  etc.  Dans  la  première  salle,  au  rez-de-chaussée, 
sont  placées  trois  magnifiques  tapisseries  d'Arras  du  XV'' 
ou  du  XVL  siècle.  D'importantes  modifications  vont  im- 
médiatement être  apportées  dans  l'organisation  du  musée 
de  l'Ermitage,  par  suite  de  l'acquisition  de  la  célèbre 
collection  Basilewsky  faite  par  le  Czar,  ainsi  que  nous 
l'avons  annoncé.  L'empereur  de  Russie  a,  en  effet,  ordonné 
le  transfert  à  l'Ermitage  du  musée  de  Tsarskoé-Sélo,  con- 
sacré h  la  splcndide  collection  impériale  d'armes. 

En  1860,  ce  musée  ne  comptait  pas  moins  de  5,000 
pièces  réparties  en  18  séries  !  C'est  dire  quel  admirable 
ensemble  va  présenter  la  nouvelle  section  de  l'Ermitage 
où  seront  installés  la  collection  Basilewsky  et  le  musée  de 
Tsarskoé-.Sélo. 


^/T  EDMOND  Saglio,  conservateur  du  département 
1 .  de  la  sculpture  moderne  et  des  objets  d'art  du 
moyen  âge  et  de  la  Renaissance  au  musée  du  Louvre,  a 
été  envoyé  en  mission  par  le  ministère  de  l'Instruction  pu- 
blique, afin  d'étudier  les  Musées  de  l'Allemagne  dans  leurs 
rapports  avec  les  écoles  d'art  industriel. 


A 


l'Exposition  rétrospective  des  arts  décoratifs,  ouverte 
_  _  en  1882,  au  Palais  de  l'Industrie,  on  avait  remarqué 
une  estampe  anonyme  allemande,  de  la  fin  du  quinzième 
siècle  ou  du  commencement  du  seizième,  qui  représente 
quatre  études  pour  des  figures  d'Adam  et  d'Eve.  Cette 
]îièce,  jusqu'à  présent  unique  et  d'un  grand  intérêt  pour 
l'histoire  de  la  gravure,  vient  d'être  donnée  à  la  Biblio- 
thèque Nationale  par  M.  Dutuit,  de  Rouen. 


OUBLI.ANT,  qu'après  tout,  un  musée  ne  vaut  que  par 
ce  qu'il  renferme,  la  ville  de  Lille,  cédant  à  l'entraî- 
nement du  jour,  se  prépare  h  dépenser  deux  à  trois  mil- 
lions à  l'ornementation  Je  la  façade  de  son  Palais  des 
Beaux-Arts. 

Pendant  que  nous  faisons  ces  folies,  les  nations  étran- 
gères, avec  plus  de  bon  sens,  achètent  à  prix  d'or  nos 
richesses  artistiques.  Avec  l'intérêt  de  ces  deux  millions 
quelle  puissante  impulsion  on  pourrait  donner  à  l'art  et 
combien  ne  ferait-on  pas  surgir  d'artistes  .^  Mais  on  veut 
une  façade  ! 

En  revanche  la  bibliothèque  remplie  de  richesses  in- 
estimables, reste  placée  au-dessus  et  .\  côté  des  bu- 
reaux de  l'octroi  et  de  la  mairie,  chauffés  à  blanc  tout 
l'hiver  ;  elle  court  des  dangers  journaliers  de  destruction 
totale.  Sa  situation  est  inême  aggravée  par  la  contiguïté 
de  réservoirs  d'eau  prêts  à  ouvrir  leurs  vannes  pour  éteindre 
l'incendie  qui  se  déclarerait  dans  les  bâtiments  ;  de  telle 
sorte,  que,  si  elle  échappait  aux  flammes,  elle  périrait  par 
la  noyade. 


LE  musée  de  Berlin,  qui  a  fait  naguère  l'acquisition  du 
Portriiit  de  Holzschuhcr  exposé  par  le  propriétaire, 
au  Gcriiitinisches  Miiscuin,  à  Nuremberg,  vient  de  s'enri- 
chir d'un  autre  chef-d'reuxre,  le  Fra  Angelico  de  Dudley 
House,  au  prix  de  10,000  guinées  (262,500  francs). 


ON  a  inauguré,  le  16  septembre,  à  Prague,  le  Rudoifi- 
luun.  Musée  national  tchèque  des  arts  industriels.  Le 
Riidfllfiniiin  est  une  nouvelle  manifestation  du  réveil  mer- 
veilleux de  la  vie  nationale  en  Bohême.  L'archiduc  héritier, 
qui  a  toujours  témoigné  beaucoup  de  sympathie  aux 
Tchèques,  en  a  accepté  le  patronage  ;  la  caisse  d'épargne 
de  Prague  a  donné  les  fonds  nécessaires  pour  la  construc- 
tion de  l'édifice  ;  la  Chambre  de  commerce  et  la  Société 
des  amis  des  arts  ont  fait  le  reste.  Avec  le  courant  d'idées 
qui  domine  aujourd'hui  en  ce  pays,  le  h'i/didjîituiii  ne  tar- 
dera pas  à  devenir  une  très  curieuse  et  très  utile  institution 
qui  fera  honneur  et  aux  Tchèques  et  au  système  décen- 
tralisateur si  intclligemtnent  encouragé  par  M.  Taafe. 


LE  docteur  Imgram,  dans  une  conférence  donnée  à 
l'association  de  la  Librairie,  à  Dublin,  a  donné  une 
esquisse  remarquable  de  l'histoire  de  la  bibliothèque  du 
collège  de  la  Trinité,  en  même  temps  qu'une  liste  de  ses 
trésors  en  manuscrits  irlandais.  Cette  bibliothèque  con- 
tient entre  autres  choses  plusieurs  copies  faites  en  Irlande 
des  évangiles,  en   texte  latin,    de   la    Vulgate.  Parmi   ces 


chronique. 


273 


trésors,  on  remarque  aussi  le  Bnok  of  Kells  qui  a  été  con- 
servé clans  le  monastère  de  Kells  en  Meath,  le  Book  of 
Dur>-ow,  appelé  ainsi  du  nom  de  Durrow  dans  le  King's 
County  oii,  selon  Bède,  saint  Colombe  a  fondé  un  monas- 
tère. On  suppose  que  ce  livre  a  été  écrit  tout  entier  de  la 
main  de  saint  Colombe. 


LES  manuscrits  achetés  par  le  gouvernement  à  Lord 
Ashburnham  viennent  d'arriver  àFlorence,où  ils  vont 
enrichir  la  richissime  Bibliothèque  Laurentienne.  Cette 
magnifique  acquisition  est  des  plus  précieuses  pour  l'his- 
toire et  le  mouvement  littéraire  du  moyen  âge  en  Italie  ; 
la  série  des  manuscrits  de  Dante  est  d'une  importance 
telle  que  Florence  est  désormais  sans  rivale,  pour  tout  ce 
qui  a  rapport  au  plus  illustre  de  ses  poètes. 


LE  prince  Bandin  Gustiniani,  au  nom  de  lord  Ash- 
burnham, son  ami,  a  remis,  le  5  janvier,  entre  les 
mains  du  pape,  un  précieux  manuscrit  de  la  bibliothèque 
d'Ashburnham- Palace;  c'est  le  volume  contenant  les 
lettres  d'Innocent  III,  écrites  pendant  les  années  1207  à 
1209,  et  qui  était  sorti  des  archives  du  Saint-Siège  au 
commencement  du  XV°  siècle. 


LE  musée  communal  de  Bruxelles  est  actuellement 
divisé  en  deux  parties  ;  les  tableaux  et  dessins  se 
trouvent  à  l'Académie  des  beaux-arts,  près  de  la  gare  du 
Midi,  tandis  que  les  sculptures  et  les  antiquités  intéres- 
santes trouvées  dans  les  démolitions  de  vieilles  maisons 
ont  été  réunies  à  l'ancien  Marché  du  Parc. 

On  sait  que  la  ville  de  Bruxelles  a  fait  restaurer  (.'')  la 
Maison  du  Roi  située  en  face  de  l'hôtel-de-ville  ;  dès  l'achè- 
vement des  travaux  de  ce  joyau  architectural,  on  comptait 
y  installer  tout  le  musée  communal. 

Ce  projet  est  déjà  abandonné. 

Nous  lisons  à  ce  sujet  dans  la  Clironiqite  des  travaux- 
publics  : 

«Plusieurs  raisons  majeures  ont  obligé  l'administration 
communale  à  prendre  cette  détermination.  Il  a  été  reconnu 
que  les  locaux  de  la  Maison  du  roi  étaient  dès  à  présent 
insuffisants  pour  y  installer  d'une  façon  convenable  les 
nombreuses  curiosités  et  œuvres  d'art  que  la  ville  possède 
déjh. 

«  Il  serait  question,  parait-il,  de  construire  non  loin  du 
centre  de  la  ville,  dans  un  des  quartiers  qui  devront  être 
modifiés  pour  cause  d'assainissement,  un  édifice  destiné  à 
la  fois  au  musée  communal  et  à  la  bibliothèque  de  la  ville. 

«  Ce  musée  serait  complètement  isolé,  de  manière  h 
éloigner  tout  danger  d'incendie. 

«  Aujourd'hui,  les  collections  et  les  ouvrages  s'entassent 
dans  les  greniers  de  l'hôtel-de-ville,  sans  profit  pour  per- 
sonne. 

i  La  bibliothèque,  le  musée  indien  (qui  est  actuelle- 
ment établi  à  l'Académie  des  beaux-arts  où  fort  peu  de 
personnes  le  visitent),  les  tableaux  que  l'on  acquerra  avec 
le  legs  Wilson,  ainsi  que  quantité  d'objets  précieux,  cu- 
rieux et  historiques,  pourront  être  installés  dans  le  musée 
communal. 

«  L'archiviste  de  la  ville  s'occupe  activement  à  réunir 
tout  ce  qui  se  rattache  intimement  à  l'histoire  de  Bruxel- 
les. Depuis  nombre  d'années,  toutes  les  publications,  jour- 
naux, brochures,  etc.  etc.,  qui  paraissent  à  Bruxelles,  sont 
acquis  pour  la  bibliothèque  de  la  ville.  » 


CConcours. 


K  ministère  de  l'Instruction  publique  et  des 
Beaux-.^rts  institue  un  concours  pour  un  prix 
de  Beauvais,  dont  le  sujet  est  la  composition 
d'un  modèle  de  tapisserie  pour  la  manufacture 
nationale  de  Beauvais.  La  première  épreuve 
consistera  en  une  esquisse  peinte  au  tiers  de  l'exécution. 
Les  esquisses  devront  être  remises  le  22  avril  prochain.  Le 
programme  du  concours  est  à  la  disposition  des  artistes, 
au  bureau  des  manufactures  nationales,  3,  rue  de  \'alois. 


et  à  la  manufacture  de  Beauvais. 


ïL'aralirmic  ïitr  Bclffiquc. 
Pcogiramnic  De  concours  poiii*  1885. 

Partie  littéraire. 

PREMiiiRE  QUESTION. 

Faire  l'histoire  de  l'architecture  qui  florissait  en  Belgi- 
que pendant  le  cours  du  .W"  siècle  et  au  commencement 
du  XVh',  architecture  qui  a  donné  naissance  à  tant  d'édi- 
fices civils  remarquables,  tels  que  halles,  hôtels-de-ville, 
beffrois,  sièges  de  corporations,  de  justices,  etc. 

Décrire  le  caractère  et  l'origine  de  l'architecture  de 
cette  période. 

DEUXIÈME   QUESTION. 

On  demande  la  biographie  de  Théodore- Victor  A'an 
Berckel,  graveur  des  monnaies  belges  au  siècle  dernier, 
avec  la  liste  et  la  description  de  ses  principales  œuvres, 
ainsi  que  l'appréciation  de  l'int^uence  que  cet  éminent  ar- 
tiste a  pu  exercer  sur  les  graveurs  de  son  époque. 

TROISIÈME   QUESTIO.V. 

Quel  est  le  rôle  réservé  à  la  peinture  dans  son  associa- 
tion avec  l'architecture  et  la  sculpture  comme  éléments  de 
la  décoration  des  édifices.' 

Déterminer  l'influence  de  cette  association  sur  le  déve- 
loppement général  des  arts  plastiques. 

QUATRIÈME  QUESTION. 

Faire  l'histoire  de  la  musique  dans  l'ancien  comté  de 
Flandre  jusqu'à  la  fin  du  XVl"  siècle,  et  particulièrement 
des  institutions  musicales  religieuses  et  civiles  (chapelles 
et  musiques  particulières,  princières,  maîtrises,  confré- 
ries, etc.,  etc.). 

La  valeur  des  médailles  d'or  présentées  comme  prix 
sera  de  /ooo  francs  pour  la  preniière  question,  de  Soo 
francs  pour  la  t>-oisièmc  et  pour  la  quatrième,  et  de  600 
francs  pour  la  deuxième. 

Les  mémoires  envoyés  en  réponse  à  ces  questions  doi- 
vent être  lisiblement  écrits  et  peuvent  être  rédigés  en 
français,  en  flamand  ou  en  latin.  Ils  devront  être  adressés 
francs  de  port,  avant  le  i"  juin  1SS5,  îi  M.  J.  Liagre,  se- 
crétaire perpétuel,  au  Palais  des  Académies. 

Les  auteurs  ne  mettront  point  leur  nom  à  leur  ouvrage; 
ils  n'y  inscriront  qu'une  devise  qu'ils  reproduiront  dans  un 
billet  cacheté  renfermant  leur  nom  et  leur  adresse.  Faute, 
par  eux,  de  satisfaire  à  cette  formalité,  le  prix  ne  pourra 
leur  être  accordé. 

Les  ouvrages  remis  après  le  temps  prescrit,  ou  ceux 
dont  les  auteurs  se  feront  connaître  de  quoique  manière 
que  ce  soit  seront  exclus  du  concours. 

L'Académie  demande  la  plus  grande  exactitude  dans 
les  citations  :  elle  exige,  à  cet  effet,  que  les  concurrents 
indiquent  les  éditions  et  les  pages  des  ouvrages  qui  seront 
mentionnés  dans  les  travaux  présentés  à  son  jugement. 

Les  planches  manuscrites  seules  seront  admises. 


274 


iReuuc    De    13  rt    cfji-cticn. 


L'Académie  se  réserve  le  droit  de  publier  les  travaux 
couronnés. 

Elle  croit  devoir  rappeler  aux  concurrents  que  les  ma- 
nuscrits des  mémoires  soumis  à  son  jugement  restent  dé- 
posés dans  ses  archives  comme  étant  devenus  sa  propriété. 
Toutefois,  les  auteurs  peuvent  en  faire  prendre  copie  ;\ 
leurs  frais,  en  s'adressant,  à  cet  effet,  au  secrétaire  perpé- 
tuel. 

Sujets  d'art  appliqué. 
Architecture. 

Un  demap.de  un  projet  de  cimetière  pour  une  ville  de 
100,000  âmes. 

Le  projet  comportera  ;  i"  une  entrée  monumentale; 
2'  une  chapelle  :  3"  des  galeries,  etc. 

Le  plan  général  sera  dressé  à  l'échelle  de  o"',oo23;  l'élé- 
vation générale,  de  o"',oo5;  les  plans,  coupes  et  élévations 
de  l'entrée  et  de  la  chapelle,  de  o"',02  par  mètre. 

Le  choix  du  style  est  laissé  aux  concurrents. 

Musique. 

On  demande  un  quatuor  pour  instruments  à  cordes. 

Par  mesure  exceptionnelle,  ce  concours  est  limité  exclu- 
sivement aux  musiciens  belges. 

Un  prix  de  initie  francs^  attribué  h.  chacun  des  sujets 
précités,  sera  décerné  à  l'auteur  de  l'œuvre  couronnée. 

Les  compositions  musicales  devront  être  remises  au 
secrétariat  de  l'Académie,  a-'anl  le  i"  septembre  fSSj;  les 
plans  (sur  châssis)  devront  être  remis  avant  le  i"  octobre 
suivant. 

L'Académie  n'acceptera  que  des  travaux  complètement 
terminés  ;  les  plans  et  les  partitions  devront  être  soigneu- 
sement achevés. 

L'auteur  couronné  pour  l'architecture  est  tenu  de  don- 
ner une  reproduction  photographique  de  son  œuvre,  des- 
tinée à  être  conservée  dans  les  archives  de  l'Académie;  le 
manuscrit  de  la  partition  couronnée  devra  rester  dans  les 
archives. 

Les  auteurs  ne  mettront  point  leur  nom  à  leur  travail  ; 
ils  n'y  inscriront  qu'une  devise,  qu'ils  reproduiront  dans  un 
billet  cacheté  renfermant  leur  nom  et  leur  adresse.  Faute, 
par  eux,  de  satisfaire  à  cette  formalité,  le  prix  ne  pourra 
leur  être  accordé. 

Les  travaux  remis  après  le  terme  prescrit,  ou  ceux  dont 
les  auteurs  se  feront  connaître,  de  quelque  manière  que  ce 
soit,  seront  exclus  du  concours. 

^fOffcamnic  ûc  concoiii'sï  pour  1886. 

PARTIE  LITTÉRAIRE. 

PRE.MIÈRF  QUESTION. 

Quelle  était  la  composition  instrumentale  lies  bondes  île 
musiciens  employés  parles  magistrats  des  villes,  parles 
souverains  et  par  les  corporations  de  métiers,  principale- 
me7it  dans  les  provinces  beli^es,  depuis  le  XV"  siicle  jus- 
çuW  la  fin  de  la  domination  espat^nole?  Quel  était  le  genre 
de  musique  qu'exécutaient  ces  bandes  '/  Quelles  sont  les 
causes  de  la  disparition  presque  totale  des  morceaux  com- 
posés à  leur  usage  ? 

DKUXIÈME  QUESTION. 

Faire  Phistoire  de  la  céramique  au  point  de  vue  de  l'art 
dans  nos  provinces,  depuis  le  XV''  jusquW  la  fin  du  XVI II" 
sittcle. 


TROlSifcME   QUESTION. 

Quelle  influence  ont  exercée  en  France  les  sculpteurs 
nés,  depuis  le  X  V"  siècle,  dans  les  provinces  méridionales 
qui  ont  fait  partie  des  Pays-Bas  ?  Citer  les  œuvres  qu'ils 
y  ont  laissées  et  les  élèves  qu'ils  ont  formés. 

QU.\TRliiME   QUESTION. 

Déterminer  les  caractères  de  r architecture  flamande  du 
X  VI'  et  du  X  VU"  siècle.  Indiquer  les  édifices  des  Pays-Bas 
dans  lesquels  ces  caractères  se  rencontrent.  Donner  l'ana- 
lyse de  ces  édifices. 

La  valeur  des  médailles  d'or  présentées  comme  prix 
est  de  mille  francs  pour  la  première,  pour  la  troisième  et 
pour  la  quatrième  question,  et  de  huit  cents  francs  pour  la 
deuxième. 

Les  mémoires  envoyés  en  réponse  à  ces  questions  doi- 
vent être  lisiblement  écrits,  et  peuvent  être  rédigés  en 
français,  en  flamand  ou  en  latin.  Ils  devront  être  adressés, 
francs  de  port,  avant  le  i"''  juin  iSSô,  à  M.  Liagre  secré- 
taire perpétuel,  au  Palais  des  Académies. 

Pour  les  autres  conditions,  voir  le  concours  de  1885, 
page  697. 

Sujets  d'art  appliqué. 
Peinture. 

On  demande  un  projet  de  difilôine,  destiné  aux-  lauréats 
des  difl'érents  concours  ouverts  par  l'Académie  royale  des 
sciences,  des  lettres  et  des  beaux-arts. 

Ce  projet  (sur  châssis),  qui  devra  mesurer  i'",o8  sur 
95  centimètres,  est  destiné  à  être  réduit  de  moitié  pour 
l'exécution  graphique. 

Le  tiers  du  champ,  en  moyenne,  devra  être  réservé  pour 
les  écritures,  au  sujet  desquelles  les  concurrents  peuvent 
consulter,  au  secrétariat,  le  diplôme  actuellement  existant. 

Xiw^iù's.à.^  six  cents  francs  sera  décerné  à  l'auteur  du 
projet  couronné. 

Sculpture. 

On  demande  une  statue  représentant  2in  guerrier  ner- 
vien  devant  l'ennemi. 

La  figure  aura  i"',2  5  de  hauteur. 

Elle  sera  traitée  comme  si  elle  était  destinée  à  être  exé- 
cutée en  bronze,  pour  être  placée,  isolément,  en  plein 
air. 

Un  prix  de  huit  cents  francs  sera  décerné  à  l'auteur  du 
projet  couronné. 

Les  cartons  et  les  statues  devront  être  remis  au  secré- 
tariat de  l'Académie  avant  le  /"''  octobre  1SS6. 

L'Académie  n'acceptera  que  des  travaux  complètement 
terminés  ;  les  cartons  et  les  statues  devront  être  soigneu- 
sement achevés. 

Les  auteurs  couronnés  sont  tenus  de  donner  une  repro- 
duction photographique  de  l'œuvre,  pour  être  conservée 
dans  les  archives  de  l'Académie. 

Les  auteurs  ne  mettront  point  leur  nom  à  leur  travail  ; 
ils  n'y  inscriront  qu'une  devise,  qu'ils  i-eproduiront  dans 
un  billet  cacheté  renfermant  leur  nom  et  leur  adresse. 
Faute,  par  eux,  de  satisfaire  à  cette  formalité,  le  prix  ne 
pourra  leur  être  accordé. 

Les  travaux  remis  après  le  terme  prescrit,  ou  ceux  dont 
les  auteurs  se  feront  connaître,  de  quelque  manière  que 
ce  soit,  seront  exclus  du  concours.  L.   C. 


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Récrologte. 


ERNEST  Deger,  le  peintre  religieux  le  plus 
populaire  de  l'école  de  Dusseldorf,  et  pro- 
bablement de  l'AUemague.professeur  à  l'Académie 
de  Dusseldorf,  est  mort  le  27  janvier. 

Né  à  Bockenem,  près  d'Hildesheim,  royaume 
de  Hanovre,  en  1809,  il  suivit  son  maître  Scha- 
dow,  lorsque  celui-ci  fut  appelé  à  prendre  la 
direction  de  l'Académie  de  Dusseldorf  Depuis 
i869,Deger  était  professeur  de  peinture  religieuse 
à  cet  établissement  et  il  y  était  regardé,  à  juste 
titre,  comme  le  chef  du  groupe  d'artistes  catho- 
liques dont  l'école  se  faisait  honneur  ;  Ittenbach, 
les  deux  Muller,  Molitor,  Scttegast,  etc. 

On  a  généralement  considéré  comme  ses  meil- 
leurs travaux  les  peintures  à  fresque  qu'il  fit 
pour  la  chapelle  Saint-Apollinaire  à  Remagen, 
et  notamment  une  grande  page,  pleine  de  senti- 
ment et  d'onction  religieuse  représentant  le  Cru- 
cifiement. Il  passa  plusieurs  années  à  Rome  et 
en  Italie  avec  Ittenbach  et  les  frères  Muller, 
pour  se  préparer  par  l'étude  des  anciens  maîtres 
aux  peintures  qu'il  devait  exécuter  aux  frais  du 
comte  de  Furstenberg-Stammheim  pour  la  cha- 
pelle Saint-Apollinaire,  devenue  depuis  le  but 
du  pèlerinage  artistique  de  la  plupart  des  touris- 
tes qui  visitent  les  bords  du  Rhin. 

Deger  était  un  artiste  laborieux  et  très  produc- 
tif. Il  a  laissé  un  bon  nombre  de  tableaux,  notam- 
ment des  madones,  parmi  lesquelles  il  convient 
de  citer  celle  d'un  retable  d'autel  de  l'église  des 
Jésuites  de  Dusseldorf,  où  la  Vierge  Marie  est 
représentée  debout,  présentant  l'Enfant  JÉSUS 
à  l'adoration  des  fidèles.  Le  divin  enfant  étend 
les  bras  vers  le  peuple  dans  une  attitude  char- 
mante et  qui  semble  appeler  à  lui  tous  les  peuples. 
Cette  composition  a  trouvé  beaucoup  d'imita- 
teurs. 

Un  certain  nombre  des  tableau.x  de  ce  maître 
ont  été  gravés  et  ont  passé  dans  l'imagerie  popu- 
laire, grâce  à  la  société  de  Dusseldorf  pour  la 
propagation  des  bonnes  images  religieuses. 

Le  roi  Frédéric  Guillaume  IV  confia  à  Deger 
l'ornementation  de  sa  chapelle  de  Stolzenfels  ; 
l'artiste  y  développa,  clans  douze  fresques,  le 
thème  grandiose  de  la  Rédemption.  Cependant 
le  style  de  ces  peintures  n'offre  ni  la  grandeur, 
ni  le  sentiment  de  pieuse  simplicité  que  l'on 
trouve  dans  les  peintures  de  Remagen.  On  dirait 
que  les  élans  de  la  foi  de  l'artiste  ont  été  tempé- 
rés par  le  protestantisme  du  royal  propriétaire 
de  Stolzenfels. 

Deger  était  un  homme  droit  et  simple,  haute- 
ment estimé  de  tous  ceux  qui  l'ont  connu.  Chré- 


tien fervent,  enfant  fidèle  de  l'Église  catholique, 
il  cherchait  ses  inspirations  dans  la  prière  et  la 
méditation.  Homme  instruit  et  du  commerce  le 
plus  agréable,  il  savait  faire  aimer  Dieu  et  son 
Église  par  l'aménité  et  la  dignité  de  son  carac- 
tère, par  l'exercice  de  la  charité  autant  que  par 
son  apostolat  artistique  et  les  dons  de  son  beau 
talent.  Sa  vie  intègre  et  pieuse  de  même  que  sa 
mort  chrétienne  permettent 'd'espérer  que  l'âme 
de  l'artiste  est  aujourd'hui  en  possession  de  la 
Beauté  éternelle  dont  elle  a  cherché  à  réaliser  les 
visions  au  cours  de  son  pèlerinage  terrestre. 


LEpeintre  verrierHenriDobbelaere,deBruges, 
est  mort.  Il  avait  commencé  sa  carrière 
par  un  certain  nombre  de  tableaux,  et  fut  lauréat 
dans  un  concours  pour  le  prix  de  Rome.  On  cite 
de  lui  un  Calvaire  qui  obtint  un  certain  succès. 
Plus  tard  il  s'adonna  à  la  peinture  sur  verre,  et 
chercha,  à  la  suite  d'un  voyage  qu'il  fit  en  Angle- 
terre, à  mieux  se  pénétrer  des  principes  de  la 
peinture  sur  verre,  en  abandonnant  le  modelé  et 
l'aspect  de  réalité  des  tableaux  de  chevalet.  Si 
beaucoup  de  ses  travaux  laissent  à  désirer  au 
point  de  vue  de  la  science  archéologique,  il  n'en 
était  pas  moins  un  homme  très  dévoué  à  son  art. 


Ll'^  4  février  on  a  célébré  à  l'église  primaire 
de  Saint-Trond  les  funérailles  de  M.  Car- 
tuyvels,  chanoine  honoraire  de  la  cathédrale  de 
Liège, et  pendant  près  d'un  demi-siècle  curé-doyen 
à  Saint-Trond. 

M.  le  chanoine  Cartuyvels  a  été  au  cours  de 
sa  longue  carrière,  propagateur  zélé  de  l'art 
chrétien  dont  il  aimait  les  travaux,  moins  par 
science  archéologique,  que  son  dévouement  cons- 
tant au  saint  ministère  ne  lui  avait  pas  per- 
mis d'acquérir,  que  par  une  sorte  d'intuition 
qui  lui  faisait  trouver,  dans  cet  art,  l'e.xpression 
des  sentiments  et  de  la  foi  dont  il  était  pénétré. 
Aussi,  nommé  en  1837  curé  d'une  des  églises  les 
plus  délabrées  et  les  plus  mal  entretenues  du 
diocèse,  il  la  quitta  en  1881,  l'un  des  édifices  les 
plus  soigneusement  restaurés  du  pays.  A  l'avè- 
nement du  jeune  curé-doyen,  l'église  n'avait  ni 
clocher,  ni  sonnerie;  les  murs  étaient  nus  et 
presque  en  ruine  ;  les  autels  étaient  pauvres  et 
sordides,  le  mobilier  d'une  indigence  honteuse. 
Les  ossements  de  .saint  Trudo,  l'apôtre  de  ces  ré- 
gions et  le  patron  de  la  cité,  étaient  renfermés 
dans  une  caisse  bien  indigne  de  contenir  sembla- 
bles reliques  ;  la  plupart  des  églises  du  doyenné 
enfin,  se  ressentaient  de  l'état  d'abandon  dans 
lequel  la  Révolution  et  ses  suites  les  avaient  lais- 
sées. 

M.  le  do}-en  Cartuyvels  consacra  bonne  partie 
de  sa  vie  à  la  réparation  de  toutes  ces  ruines  et 
particulièrement  à  la  restauration  de  l'église  de 


KKVUE  DE   l'art  CHRÉTIEN. 
1S85.  —  3"":  LIVRAISON'. 


276 


IRctJuc  Dc   rart   ci)rcticn 


Notre-Dame.  Bientôt  une  tour  fut  édifiée,  et 
aujourd'hui  cette  tour  contient  des  cloches  so- 
nores en  bon  nombre.  Les  murs  des  nefs  res- 
plendissent de  peintures  murales,  les  fenêtres  de 
vitraux,  le  chœur  est  garni  d'un  riche  mobilier. 
On  y  remarque  un  autel  à  retable  et  des  stalles 
sculptées  par  maître  Blanchaert.  Des  retables 
peints  et  dorés  ont  remplacé,  dans  les  nefs  laté- 
rales, les  tristes  autels  qui  s'y  trouvaient.  Une 
châsse  superbe,  dessinée  par  le  baron  Béthune  et 
dont  l'exécution  a  valu,  à  maître  Bourdon,  la 
croix  et  les  distinctions  les  plus  honorables  lors 
de  l'exposition  de  Vienne,  renferme  aujourd'hui 
les  reliques  de  saint  Trudo.  Enfin,  l'église  Notre- 
Dame  et  ses  dépendances  ont  subi  une  transfor- 
mation complète. 

La  sollicitude  de  M.  le  chanoine  Cartu}'vels  était 
loin  de  se  borner  à  l'église  dont  il  était  le  ministre. 
Son  doyenné  renfermait  31  paroisses,  et  dans 
toutes,  ce  prêtre  vigilant  animait  les  desservants 
à  entretenir  de  leur  mieux,  à  orner  et  à  restaurer 
les  édifices  dont  ils  sont  les  gardiens  naturels. 
C'est  ainsi  qu'on  lui  doit  notamment  la  restau- 
ration de  l'église  de  Saint-Pierre  à  Saint-Trond, 
prête  à  tomber  en  ruines,  et  qui  est  l'une  des 
églises  romanes  les  plus  intéressantes  du  Lim- 
bourg. 

On  s'est  demandé  souvent  où  le  chanoine 
Cartuyvels  puisait  les  sommes  considérables,  né- 
cessaires à  des  travaux  si  multiples  et  que 
d'autres,  à  sa  place,  n'auraient  osé  entreprendre. 
— •  Excellent  administrateur,  chrétien  généreux, 
sachant  inspirer  la  confiance  à  toutes  ses  ouailles, 
c'est  dans  son  intelligence  supérieure  et  son  cœur 
d'élite  qu'il  trouvait  les  ressources  indispensables 
à  ses  projets;  c'est  en  donnant  l'exemple  par  son 
esprit  de  sacrifice  qu'il  obtenait  les  dons  de  ses 
paroissiens.  Enfin,  s'il  inspirait  la  confiance  à 
tous,  il  ne  donnait  la  sienne  qu'à  bon  escient  : 
doué  d'une  remarquable  perspicacité,  il  connais- 
sait les  hommes  au  bout  de  peu  de  temps  et 
discernait  rapidement  chez  eux   les  qualités  qui 


les  rendaient  propres  à  le  seconder   dans  ses  en- 
treprises pour  la  gloire  de  la  maison  de  Dieu. 


LE  30  janvier  est  décédé  à  Cologne  le  peintre 
Georges  Fuchs.  Artiste  de  talent,  il  s'était 
fait  par  la  reproduction  consciencieuse  des  monu- 
ments de  l'art  et  des  industries  du  mo}-en  âge, 
une  spécialité  à  laquelle  il  est  toujours  resté  fi- 
dèle. Il  copiait  avec  une  remarquable  exactitude 
et  une  intelligence  archéologique  qui  ne  laissait 
rien  à  désirer,  les  émaux  des  châsses,  des  coffrets 
et  des  reliquaires  conservés  dans  les  musées  et 
les  trésors  des  églises  de  Cologne.  Il  reproduisait 
aussi,  par  des  aquarelles  extrêmement  étudiées, 
les  tissus  anciens  et  les  broderies  précieuses  dont 
les  archéologues  de  ces  régions  mettaient  par- 
fois les  monuments  originaux  à  sa  disposition. 
Très  appliqué  au  travail,  malgré  sa  constitution 
des  plus  faibles  et  une  santé  chancelante  qui 
mettait  souvent  ses  jours  en  danger,  il  avait  réuni 
une  collection  de  dessins  très  considérable.  Il  a 
fait  également  bon  nombre  de  travaux  de  cette 
nature  pour  les  musées  de  Berlin,  dont  l'un  des 
conservateurs,  M. Von  Olfers, aimait  à  l'employer. 

Georges  Fuchs  avait  rencontré  un  protecteur, 
il  y  a  une  trentaine  d'années,  en  M.  Ruhl,  l'un 
des  collectionneurs  les  plus  entendus  et  les  plus 
distingués  de  Cologne.  Ce  dernier  avait  contri- 
bué à  développer  dans  l'artiste,  jeune  alors,  un 
goût  très  prononcé  pour  les  maîtres  si  délicats 
et  si  tendres  de  l'école  primitive  de  Cologne, 
dont  Fuchs  a  pour  ainsi  dire  multiplié  par  des 
copies  très  soignées  les  œuvres  les  plus  distin- 
guées. 

Catholique  fervent  et  humble,  Georges  Fuchs 
s'est  éteint  dans  la  cinquantième  année  de  son 
âge,  quittant  facilement  une  terre  où  il  avait 
occupé  bien  peu  de  place  et  où  depuis  long- 
temps il  ne  semblait  plus  retenu  que  par  un 
souffle,  à  une  vie  constamment  pure,  laborieuse 
et  chrétienne. 


REPONSE. 

DANS  la  dernière  livraison  de  cette  Revue, 
p.  137,  M.  L.  Germain  pose,  à  propos  de 
la  statue  de  Notre-Dame  de  Bon-Secours,  objet 
d'un  pèlerinage  très  populaire  à  Nancy,  une  ques- 
tion d'iconographie  religieuse  intéressante.  S'il 
ne  m'est  pas  possible  de  répondre  avec  précision 
à  la  question  d'origine  formulée  en  ces  termes  : 
Oia,  à  quelle  époque  et  dans  quelles  circons- 
tances, ce  type  a-t-il  pris  naissance  ?  —  ques- 
tion à  laquelle  il  n'est  pas  aisé  de  répondre  d'une 
manière  péremptoire,  —  je  puis  au  moins  appor- 
ter des  renseignements  qui  ne  laissent  pas  que  de 
répandre  un  peu  de  lumière  sur  la  conception  du 
type  dont  se  préoccupe  M.  Germain. 

Il  faut  certainement  rapprocher  du  type  de  la 
statue  sculptée  de  Nancy,  les  peintures  représen- 
tant sainte  Ursule  écartant  son  manteau  pour 
couvrir  ses  compagnes,  les  onze  mille  vierges,  — 
comme  cela  se  voit  dans  la  célèbre  châsse  de 
Bruges  peinte  par  Memlinc,  et  dans  d'autres  œu- 
vres d'art  représentant  le  même  sujet. 

L'idée  que  l'art  du  moyen  âge  a  voulu  rendre 
sensible  par  ces  sortes  de  représentations,  c'est 
celle  du  patronage,  de  la  protection  du  fort  s'éten- 
dant  sur  le  faible.  La  sainte  tutélaire,  —  sainte 
Vierge  Marie  ou  sainte  Ursule,  —  étend  les  pans 
de  son  manteau  sur  ses  protégés,  de  même  que  la 
poule  étend  ses  ailes  sur  les  poussins  qu'elle  a 
couvés.  La  plus  ancienne  image  de  cette  nature 
qui  me  soit  connue  représente  sainte  Odile,  l'une 
des  compagnes,  chef  de  cohorte,  de  sainte  Ursule, 
couvrant  de  son  manteau  doublé  d'hermine,  ses 
deux  sœurs,  Imaet  Ida. C'est  une  peinture  ornant 
la  châsse  de  sainte  Odile,  exécutée  en  1292,  et 
que  l'on  conserve  encore  dans  l'église  du  village 
de  Kerniel,  au  diocèse  de  Liège  ('). 

Existait-il  déjà,  à  la  même  époque,  des  images 
de  la  sainte  Vierge  représentée  dans  la  même 
attitude  ?  C'est  là  un  fait  qui  me  semble  pro- 
bable, sans  que  je  puisse  en  donner  des  preuves. 
11  est  hors  de  doute  toutefois  que  cette  concep- 
tion gracieuse  de  l'art,  figure  de  la  protection  de 
la  Sainte  Vierge  s'étendant  sur  tous  les  fidèles, 
n'est  pas  particulière  à  certains  pays;  elle  est 
beaucoup  plus  universelle  que  ne  paraît  le  croire 
M.  L.  Germain. 

C'était  la  manière  assez  populaire  de  représen- 
ter la  Vierge  Marie,  non  comme  la  Mère  du 
Christ,  mais  comme  la  Mère  de  tous  {Mater 
omnmiii),  et  l'on  trouve  des  exemples  d'un  art 
très  distingué  reproduisant  cette  conception  en 
Flandre  et  en  Italie,  aussi  bien  qu'en   France  et 


P- 


V.   notre  travail  sur   cette  cliAsse  dans  le  Beffroi. 
1  et  ss. 


toni.  II, 


en  Espagne.  Je  vais  citer  un  exemple  pour  cha- 
cun des  deux  premiers  pays.  L'un  est  une  sculp- 
ture, l'autre  une  peinture.  Ces  deux  monuments 
de  l'art  appartiennent  également  au  milieu  du 
XVe  siècle. 

A  l'Exposition  d'objets  d'Art  religieux,ouverte 
à  Malines  en  1S64,  se  trouvait  un  charmant 
groupe  sculpté  en  bois  de  chêne,  très  délicate- 
ment polychrome,  représentant  la  Sainte  Vierge 
abritant  sous  son  manteau  un  groupe  de  figurines 
plus  petites,  —  des  fidèles  de  différentes  condi- 
tions. Cette  sculpture  est  une  œuvre  de  l'école 
brugeoise  et  elle  porte  la  marque  de  l'artiste  qui 
en  est  l'auteur  :  Un  maillet  et  une  coquille  ('). 

Mais  nulle  part  cette  conception  n'a  trouvé 
une  expression  plus  aimable  et  plus  gracieuse 
que  dans  un  tableau  conservé  au  musée  de  Bo- 
logne. —  Il  est  vrai  que  c'est  l'œuvre  d'une  sainte 
et  d'une  des  femmes  les  plus  distinguées  de 
l'Italie  qui  en  a  produit  bon  nombre  dans  ce 
même  siècle;  de  sainte  Catherine  Vigri. 

Dans  cette  peinture,  la  Sainte  Vierge  apparaît 
avec  toute  la  sérénité  de  son  imposante  grandeur, 
comme  la  protectrice  d'une  foule  de  petites  fi- 
gures représentant  tous  les  états,  les  âges  et  les 
se.xes  différents,  la  plupart  à  genoux,  trouvant  un 
refuge  sous  les  plis  de  l'ample  manteau  de  leur 
mère  d'adoption.  —  Par  une  pensée  un  peu 
étrange,  la  sainte  artiste  a  représenté  sur  le  pre- 
mier plan,  deux  personnages  tenant  par  la  hampe 
des  bannières  très  élevées  dont  les  plis  ondoyants 
viennent  presque  caresser  le  visage  de  la  Reine 
du  Ciel.  Peut-être  ces  bannières  sont-elles  les  in- 
signes de  deux  corporations  de  Bologne  qui 
s'étaient  mises  sous  le  patronage  particulier  de 
la  Vierge  Marie  t 

Quoi  qu'il  en  soit,  le  tableau  peint  de  la  main 
de  sainte  Catherine  de  Bologne,  et  daté  de  l'an 
1455,  confirme  la  pensée  de  M.  L.  Germain,  et  il 
prouve  que  le  type  qui  fait  l'objet  de  sa  question 
jouissait  également  d'une  certaine  popularité  en 
Italie.  J.   H, 

QUESTION. 

Les  dccauats  zvallons.  — ■  Dans  son  Histoire  de 
F«-.r/?/«,  imprimée  en  1745,  l'abbé  Roussel,  par- 
lant de  l'évêque  Nicolas  Pseaume  et  du  concile 
provincial  de  Trêves  de  1549,  dit  :  «  Notre  évêque 
y  demanda...  la  restitution  de  quatre  décanats,  de 
Bazeille,  de  Longuyon,  de  Juvigny  et  d'Ivoy,  dit 

I,  V.  W'.  H.  James  W'eale  :  Catalogue  des  objets  d'art  religieux 
cxpost'sà  .\falines.  V.  aussi  X.  H.  J.  Westlake  -.A  Souvenir  of  the 
ExIiiHtimi  of  Christian  Art  hcld  at  Mee/ielin,  où  se  trouve  un 
crocjuis  de  ce  groupe.  Cette  sculpture  intéressante  appartenait  à 
M.  Steinrnetz,  un  ami  du  comte  de  Montalembert.  établi  à  Bruges. 


278 


IRetiuc  De  lart  cbrcticn. 


à  présent  de  Carignan,  qui  avaient  été  mis  en 
séquestre  entre  les  mains  du  métropolitain  au 
sujet  de  quelques  contestations  :  on  lui  accorda 
seulement  que  les  usages  et  les  rits  de  l'église  de 
Verdun  seraient  observés  dans  ces  quatre  décanats 
pour  témoignage  qu'ils  en  avaient  été  séquestrés. 
(Ms.,  Bihliot.  S.  Vit.  Vird.  et  Diurn.  Psabiiei.  — 
V.  la  réédition  de  1863-1864,  t.  H,  p.  10,  aussi  p. 
24  et  t.  I,  p.  s.) 

Les  historiens  modernes,  M.  l'abbé  Clouet> 
M.  Aug.  Digot,  etc.  rapportent  le  même  fait,  en 
reconnaissant  que  l'on  ne  connaît  ni  les  causes  ni 
la  date  de  ce  séquestre  ;  et  l'on  sait  que  ces  quatre 
décanats,  ainsi    que   celui    d'Arlon,   faisant  tous 


partie  de  l'archidiaconé  de  Longuyon,  étaient 
désignés  par  l'appellation  de  DÉCANATS  Wal- 
lons. 

Pourrait-on  nous  dire  :  1°  s'il  fut  donné  suite  à 
la  concession  précitée,  touchant  l'observation 
des  usages  et  r//j  verdunois  dans  les  décanats  en 
question  ;  2°  si  cette  concession  fut  observée  jus- 
qu'à la  Révolution  ;  3°  en  quoi  consistaient  les 
dits  usages  et  rits? 

(D'après  ce  que  nous  avons  pu  constater,  les 
livres  en  usage  dans  le  pays,  à  la  fin  du  XVI IP 
siècle,  étaient  conformes  au  rite  romain  ;  quelques- 
uns  étaient  imprimés  à  Vannes,  en  Bretagne.) 

L.  Germain. 


:^sà^k^}àiiidjtkukukuk<tiiid3i}àiii}d;^kf3i}à3i&: 


^■yTwlTri' 


I  '  irfTTUAfAl  I  '1f"'"<^ii^ '.".3 
^''^f^T?9TTTM^f^^TTln^^l333Li]  I 


Betîue  îie 


VBxt  chrétien 


!>  paraissant  tons  les  trois  mois.  ^| 
28'"^  année.  —  4^  %tx\t. 

W    ^omc  111/  (xxxv^  iïc  ïa  coïrcction).     4^! 


3'"^  litiraison.  —  :juil!ct  VS85.  . 


m^mm  JSculpture  liti  XCI'  sircle.  mm^®m 


fc^^^^::5A  destination  primitive 
de  ces  deux  frises  en 
chêne,  réuniesauXVI  II" 
siècle  sous  forme  de 
parement  d'autel ,  est 
difficile  à  déterminer. 
Voyons-nous  les  restes 
d'une  poutre,  sur  laquelle  on  plaçait  des 
cierges,  comme  il  en  existe  une  si  remar- 
quable dans  une  chapelle  de  la  cathédrale 
de  Cologne  ('),  ou  diverses  parties  d'un 
manteau  de  cheminée,  d'un  retable  ('), 
transformés  en  devant  d'autel  ?  Je  n'es- 
saierai pas  d'éclaircir  ce  point  secondaire. 
L'important  est  de  constater  que  tous  ces 

I.  Gailhabaud,  Architecture  du  V''  au  Xl'II"  siè'cle. 
i.  W. 

2.Je  trouve  dans  V Histoire  de  la  catliédrale  de  Beauvais 
par  M.  Gustave  Dujardin,  p.  70,  une  très  curieuse  gravure 
■du  sanctuaire  de  Beauvais,publiée  d'après  des  dessins  à  la 
plume  de  1731  et  de  1759.  On  y  voit  derrière  le  maître- 
autel  un  retable  en  maçonnerie,  couronné  d'une  frise^  un 
peu  analogue  à  celles-ci.  Elle  est  toute  couverte  de  bas- 
reliefs  :  .^  gauche,  le  quo  vadis ;  au  centre,  deux  anges  te- 
nant une  croix  ;  à  droite,  le  martyre  de  S.  Paul. 


petits  personnages  sont  l'ouvrage  d'un  ima- 
gier du  XV"  siècle.  Ils  étaient  autrefois 
rehaussés  d'or  et  de  brillantes  couleurs  ;  au- 
jourd'hui ils  sont  entièrement  dorés  sur  un 
fond  et  un  terrain  argentés. 

Malgré  la  défaveur,  dans  laquelle  étaient 
tombés,  pendant  le  XVI Ile  siècle,  tous  les 
travaux  de  l'art  gothique,  certaines  tables 
d'autel  de  vermeil  avaient  trouvé  grâce  et 
forcé  l'admiration  des  enthousiastes  du  grec 
et  du  romain  (').  C'est  évidemment  un  de 
ces  parements  de  métal,  qui  donna  l'idée 
d'empâter  tous  nos  personnages  et  de  les 
couvrir  de  l'apprêt  nécessaire  à  ce  genre  de 
dorure  :  triste  méthode  qui  enlève  aux  figu- 
res tout  leur  fini  et  leur  perfection  (-). 

Commençons  par  le  compartiment  infé- 
rieur, long  de  2'"20  sur  o™30  de  hauteur  et 

1.  Celui  de  l'abbaye  St-Germain  des   Prés  à  Paris,  en 

particulier,  qu'on  a\ait  fait  encadrer  d'une  large  moulure 
de  cuivre  ciselé  et  replace  à  l'autel  reconstruit  au  WIIU 
siècle. 

2.  Il  y  en  avait  deux  à  la  cathédrale   d'.Angers  et   un 
fort  beau  à  l'abbaye  de  St-Florent. 


REVUE    Ulî    L'aUT    chrétien. 
1885.  —  3'""=  LIVRAISON. 


28o 


îRctJue   DP  rart  cbrctien. 


représentant  hi  />ara/io/f  du  Mauvais  Riche 
et  de  Lazare,  en  cinq  tableaux  : 

1°.  Le  mauvais  riche  est  assis  à  une  table 
somptueuse  entre  une  femme  et  un  compa- 
gnon de  plaisir. 

2°.  A  la  porte  de  son  palais,  Lazare  se 
présente  la  cliquette  à  la  main:  un  huissier 
le  repousse,  tandis  que  deux  chiens  lèchent 
les  plaies  de  ses  pieds. 

3°.  Lazare  meurt  abandonné,  à  peine 
abrité  des  injures  de  l'air  par  un  misérable 
toit  :  un  ange  emporte  son  âme  dans  le  sein 
d'Abraham. 

4°.  Quel  contraste  dans  la  mort  du  mau- 
vais riche!  Secours  pour  son  corps  figuré 
par  un  homme  qui  tient  un  vase  et  une 
femme  qui  l'assiste;  secours  spirituels,  ren- 
dus par  deux  moines  récitant  le  Rosaire;  il 
a  tout  à  souhait.  Et  pourtant,  au  chevet  le 
démon  sûr  de  sa  proie,  attend  l'instant  de  sa 
mort. 

5°.  Du  milieu  des  flammes  de  l'enfer,  le 
mauvais  riche  aperçoit  Lazare  dans  la  gloire 
et  vainement  implore  son  assistance.  Au 
compartiment  supérieur,  plus  court  que 
l'autre,  on  ajouta  deux  personnages  à  chaque 
extrémité.  Cette  partie  est  consacrée  aux 
œuvres    de   miséricorde. 

Un  pauvre  (figure  de  Jésus-Christ, 
dont  il  porte  le  nimbe  crucifère)  reçoit 
deux  pains  de  la  main  d'un  homme,  qui  lui 
verse  ensuite  à  boire  et  lui  donne  des  vête- 
ments. Plus  loin,  le  Christ  accepte  l'hospi- 
talité dans  une  riche  demeure.  La  visite  des 
prisonniers,  les  soins  prodigués  à  un  malade 
et  enfin  l'ensevelissement  d'un   mort,  près 


duquel  se  tiennent  un  prêtre  et  son  clerc, 
complètent  la  représentation  des  œuvres  de 
Miséricorde. 

Restent  les  deux  sujets  en  style  plus 
moderne  des  extrémités. 

Le  premier  nous  montre  un  archevêque, 
portant  une  croix  à  double  traverse  (brisée 
depuis  quelques  années).  Devant  lui,  un 
infirme  appuyé  sur  une  béquille  (aussi  bri- 
sée) présente  son  pied,  comme  pour  deman- 
der la  guérison. 

Le  second  figure  le  même  disjnitaire  de 
l'Eglise,  donnant  le  baiser  de  paix  à  un 
homme  qui  lui  présente  une  bourse.  Le 
pontife  semble  vouloir  l'introduire  dans  une 
maison. 

Voici,  d'après  M.  le  chanoine  Tardif  ('), 
l'explication  de  ces  deux  sujets.  Le  pécheur 
repentant,  qui  vient  trouver  le  prince  des 
prêtres  pour  lui  montrer  sa  lèpre  et  lui  de- 
mander les  moyens  de  guérir,  est  représenté 
dans  le  premier.  L'accomplissement  des 
œuvres  de  miséricorde  est  évidemment  la 
condition  imposée  au  pécheur  pour  racheter 
ses  iniquités.  Après  s'y  être  livré,  nous  le 
trouvons,  dans  le  second,  revêtu  de  la  robe 
de  justice(recouvrée  parses  bonnes  œuvres); 
il  présente  au  pontife  le  prix  de  sa  rançon, 
sous  l'emblème  d'une  bourse,  en  reçoit 
l'accolade  de  la  réconciliation  et  s'apprête 
à  entrer  avec  lui  dans  la  demeure  des  saints. 

Ces  intéressantes  sculptures  font  aujour- 
d'hui partie  de  ma  collection. 

L.  DE  Farcv. 

I.    Répertoire    an-fu'olpgiqiw    de    FAnjoti,    1S58-1S59, 
p.    119. 


^^m^^^.Jxcs  ïitu):  bcnctiictions^lie  •Jacob» 


Hculpture  sur  hoiQ  tiu  musée  De  CcerDun,  (XHeuse), 


I. 

U  mois  d'août  1883, 
Monsieur  F"élix  Liénard, 
directeur  du  musée  de 
Verdun,  était  mis  en 
possession  d'un  panneau 
en  chêne  sculpté  et  peint, 
i(:ç5Pï5HÇDpjSa  dont  il  connaissait  de- 
puis longtemps  l'existence,  mais  qu'il  n'avait 
jamais  pu  aborder  dans  le  grenier  011  il  le 
trouva  enfin  tout  disjoint,  couvert  d'une 
couche  épaisse  de  boue  et  de  crépi.  Il  l'en 
eut  bientôt  débarrassé  ;  et,  quand  il  me 
signala  sa  précieuse  acquisition, on  travaillait 
déjà  à  resserrer  les  planches  disloquées  de 
ce  panneau,  à  raccorder  les  ais  rompus,  et  à 
remplacer  quelques  morceaux  brisés  du 
cadre.  Aux  mains  des  ouvriers,  dans 
l'encombrement  et  l'obscurité  de  l'atelier, 
l'œuvre  que  je  voyais  pour  la  première  fois 
ne  m'apparaissait  pas  dans  des  conditions 
fort  séduisantes;  et  pourtant  elle  me  frappa 
d'une  soudaine  admiration  qu'une  étude 
attentive  n'a  fait  qu'augmenter  en  moi.  Bien 
d'autres  ont  partagé  depuis  ce  sentiment, 
même  à  la  seule  vue  du  remarquable  dessin 
que  M.  Liénard  m'a  procuré  de  cette  page 
magistrale  d'art  chrétien,  et  que  la  Revue 
a  bien  voulu  faire  graver  pour  ses  lecteurs. 

IL 

EN  voici  la  description,  d'après  mes 
souvenirs,  d'après  le  dessin  de  M. 
Liénard,  et  d'après  les  notes  très  exactes 
qu'il  y  a  jointes. 

Le  panneau  du  musée  de  Verdun  a  i  m. 
85  de  longueur,  sur  o  m.  99  de  hauteur.  II 
est  divisé  en  deux  compartiments  carrés,  en- 


vironnés de  moulures  dorées,  et  séparés  l'un 
de  l'autre  par  une  gorge  assez  large  et  assez 
profonde  qui  est  elle-même  ornée  d'oves. 
Peut-être  cette  moulure  en  gouttière  et  ces 
ovesen  saillie  formaient-ils  aussi  le  motif  d'un 
encadrement  dont  je  suppose  que  le  pan- 
neau tout  entier  était  primitivement  entouré. 

Deux  faits  de  l'histoire  biblique  du  pa- 
triarche Jacob  sont  sculptés  en  bas-relief 
dans  les  deux  compartiments  :  dans  celui  de 
gauche,  qui  est  à  la  droite  du  spectateur,  la 
Bénédiction  de  Jacob  par  Isaac,  son  p:re  ; 
dans  l'autre,  la  Bénédiction  de  Jacob  par 
F  Ange.  Je  vais  les  décrire  dans  cet  ordre 
qui  est  celui  des  faits. 

i"^  Bénédiction  de  Jacob  par  Isaac,  son 
père.  —  Isaac,  vieux  et  aveugle,  est  assis 
dans  un  fauteuil  ou  chaire  à  haut  dossier. 
Il  est  coiffé  d'une  sorte  de  bonnet  de  couleur 
noirâtre,  couvrant  les  oreilles  et  surmonté 
d'un  turban.  Il  est  vêtu  d'une  robe  bleue 
doublée  de  jaune.  Il  est  presque  entière- 
ment enveloppé  dans  un  manteau  d'étoffe 
rouge,  tramée  d'or  et  rehaussée  de  dessins 
noirs.  Il  bénit  Jacob  agenouillé  devant  lui 
et  lui  offrant  à  deux  mains  un  plat  chargé  de 
viande  de  chevreau.  Jacob  a  la  tête  nue, 
les  cheveux  frisés  et  dorés.  Il  est  vêtu  de 
chausses  ou  braies  collantes  rouges,  etd'une 
tunique  ou  lévite  d'un  bleu-verdàtre  foncé, 
avec  bordures  en  or. 

Au-dessus  d' Isaac,  un  grand  cartouche 
doré  porte,  en  deux  lignes  et  en  caractères 
gothiques,  l'inscription  suivante  : 

iIÊccc.  ooof.  ftlii  iiici.  siriir 

iDûof.  aiifi.  plciu.  cm  liaûi.citàDûsi 

Voici  que  l'odeur  de  mon  fils  est  comme 
rôdeur  dun  chainpfertile  gu\i  béni  le  Seigneur. 


282 


IRctiuc    De    rart    cljtcticn. 


Ce  furent  les  paroles  mêmes  d'Isaac  après 
qu'il  eut  goûté  du  chevreau,  qu'il  eut  baisé 
son  fils,  et  qu'il  eut  senti  le  parfum  des  vête- 
ments dont  Rebecca  avait  habillé  Jacob  ('). 
Je  reviendrai  sur  la  valeur  paléographique 
de  cette  inscription  ;  et  j'observe  seulement 
que  l'artiste,  s'affranchissant  des  limites 
étroites  d'une  interprétation  littérale,  a  su 
réunir  en  un  seul  moment  les  deux  faits  les 
plus  saillants  de  cette  histoire  :  l'arrivée  de 
Jacob  pour  le  repas  demandé  par  Isaac,  et 
la  bénédiction  paternelle  qui  en  fut  la  con- 
séquence. 

Le  lieu  où  s'accomplit  cette  scène  fa- 
meuse a  été  parfaitement  représenté  par  le 
sculpteur  et  le  peintre.  C'est  une  salle  pavée 
de  carreaux  alternativement  rouges  et  gris. 
Elle  est  meublée,  à  droite,  d'un  lit  dont  on 
ne  voit  plus  guère  actuellement  qu'un  pied 
et  un  pan  de  rideau  mordoré  ;  le  reste  a  été 
brisé  par  les  mains  qui,  sans  aucune  précau- 
tion, ont  arraché  de  sa  place  notre  panneau. 
En  face  du  lit.dans  l'épaisseur  d'une  muraille, 
on  aperçoit  une  étagère  ou  crédence  qui  ren- 
ferme, en  bas,  un  grand  livre  à  couverture 
rouge  et  à  fermoir,  et  en  haut,  deux  petites 
bouteilles  et  un  chandelier.  Le  fond  de  la 
chambre  est  garni  de  niches  cintrées  que 
surmonte  une  frise  ornée  d'oves.  Des  bancs 
seulement  peints  et  non  sculptés  complètent 
ce  mobilier  tout  patriarcal.  La  lumière  est 
fournie  par  cinq  petites  fenêtres  hautes 
dont  les  volets  sont  si  habilement  sculp- 
tés, le  vitrage  si  finement  peint,  la  clarté 
si  heureusement  rendue,  qu'on  se  trouve 
en  présence  d'un  trompe-l'œil  des  mieux 
réussis. 

2°  Bénédiction  de  [acob  par  l' Ange.  — 
Jacob  et  l'Ange  viennent  de  lutter  pendant 
toute  la  nuit.  On  les  voit  de  profil  dans  la 
blanche  lumière  du  matin.  Un  coin  du  ciel 
plus  éclairé  que  les  autres  fait  pressentir  le 

1   Gen.  XXVII,  27. 


prochain  lever  du  soleil.  Jacob  n'est  plus 
le  gracieux  adolescent  du  tableau  précédent; 
c'est  un  puissant  lutteur  à  la  longue  cheve- 
lure noire,  aux  traits  fortement  accentués, 
aux  muscles  vigoureux,  au.x  bras  et  aux 
jambes  nus.  Il  porte  un  manteau  rouge  dou- 
blé de  bleu  et  retenu  par  un  grand  nœud  sur 
l'épaule  droite.  La  bordure  inférieure  de  ce 
manteau  est  dorée  et  brodée  de  fleurs  de 
lis  ;  on  y  lit  les  mots  suivants,  écrits  en 
lettres  romaines,  sauf  une  : 

NON   DIMITTAMTK  NISI  BENEDIXERIS. 

C'est  la  reproduction  presque  complète 
d'une  inscription  gothique  en  deux  lignes 
qui  se  voit  aussi,  dans  un  cartouche  doré, 
au  dessus  de  la  tête  du  patriarche  : 

J}2cm,  ïiimitrain.  te. 
iPiSi.  Iuiîii;;cfis3.  initlji. 

Je  ne  te  quitterai  pas 

Avant  que  tu  ne  m'aies  béni.  (') 

En  effet,  Jacob  saisit  son  mystérieux 
adversaire  par  les  reins,  et  incline  la  tête 
sous  sa  bénédiction.  L'Ange,  admirable 
d'élégance  et  de  majesté  surnaturelle,  est 
debout  en  face  du  patriarche.  Ses  pieds 
touchent  à  peine  le  sol.  Son  bras  nu  est  gra- 
cieusement élevé  pour  bénir,  et  sa  main 
s'étend  tout  entière  sur  la  tête  de  Jacob. 
Ses  longs  cheveux  ondulés  et  dorés  tombent 
sur  ses  épaules.  Ses  ailes  éployées  sont 
magnifiquement  nuancées  d'or,  de  rouge, 
et  de  noir  passant  à  l'azur.  Sa  robe  de 
couleur  mordoré-clair,  rayé  de  noir,  est  d'un 
éclat  vraiment  éblouissant  ;  elle  s'ouvre 
sur  la  hanche  et  laisse  voir  les  jambes 
nues  ;  elle  se  prolonge  par  derrière  en 
une  longue  traîne  qui  fiotte  au  vent  avec 
un  mouvement  et  des  plis  extrêmement 
agréables. 

Cette  scène  se  passe  en  plein  air,  sur  un 
terrain  herbeux  limité  à  droite  par  un  buis- 
son garni  de  baies,  et  à  gauche  par  un  petit 

I.  Gen.  xxxii,  26. 


^(^ydlë  Bë    JL'jlif|S   <î|Bé"^I(E|ï^  . 


PL  Air. 


aB«^ 


Sculpture  sur  bois    du  Musée  de  Verduu 


KëV(OI(^^  ]D)(^  U^Ml^ 


PL  .  XIII 


Sculptuve   sur    bois   du   Musée  de   Verdun 


Hes   Dcur   bcncîJictions   De   31acoô 


283 


rocher.  Ces  détails  de  premier-plan  sont 
sculptés.  Ceux  d'arrière-plan  ne  sont  que 
peints  :  c'est  un  paysage  assez  animé  ;  à 
droite,  une  forteresse  dont  la  porte,  défen- 
due par  deux  tours  jumelles  ajourées  de 
meurtrières,  livre  passage  à  deux  hommes 
armés,  Esaii  peut-être  et  l'un  de  ses  gens 
venant  à  la  rencontre  de  Jacob  (');  plus  loin, 
une  nappe  d'eau  où  navigue  un  petit  bâti- 
ment à  un  mât,  avec  sa  voile  et  ses  corda- 
ges ;  à  gauche,  une  forêt  au  bord  de  laquelle 
est  assis  un  personnage  qui  semble  manger 
ou  boire. 

III. 

LA  critique  d'art  ne  peut  s'empêcher  de 
louer  sans  réserve  l'ensemble  et  toutes 
les  parties  de  cette  œuvre  de  sculpture  et  de 
peinture.  Le  dessin  en  est  toujours  ferme 
et  simple,  très  savant  et  très  correct.  La 
perspective  est  excellente,  le  groupement 
des  personnages  parfaitement  compris,  les 
poses  etles  physionomies  absolumentvraies, 
l'anatomie  et  les  mouvements  exactement 
rendus,  sans  recherche  ni  minutie.  Les 
draperies  sont  du  meilleur  effet,  et  les 
moindres  objets  d'ameublement  sont  traités 
avec  un  goût  exquis.  Et  puis,  quelle  ravis- 
sante alliance  de  la  peinture  et  de  la  sculp- 
ture !  Il  me  semble  impossible  qu'il  y  ait  eu 
là  deux  artistes  et  deux  mains  :  c'est  le 
même  maître  qui  a  tenu  le  ciseau  et  le  pin- 
ceau ;  qui  a  si  bien  harmonisé  les  fonds 
miniatures  avec  les  reliefs  énergiquement 
peints  ;  qui  a  surtout  concentré,  avec  une 
habileté  suprême,  les  rayons  de  la  lumière 
et  les  couleurs  les  plus  vives  de  sa  palette 
sur  les  points  principaux  de  l'œuvre  sculp- 
tée, sur  les  traits  les  plus  dignes  de  l'atten- 
tion d'un  spectateur  intelligent. 

On  m'accusera  peut-être   de  montrer  ici 

I.  Ibid.  XXX  m,  I. 


trop  d'enthousiasme,  et  d'accumuler  trop  de 
louangeuses  épithètes.  E  n  vérité,  je  n'ex- 
cède aucunement  les  bornes  d'une  juste 
admiration,  et  ma  description  est  loin  d'avoir 
l'éclat  de  cette  antique  composition.  Quoi 
de  plus  beau  et  de  plus  grand,  par  exemple,, 
que  ce  contraste  de  la  force  matérielle  et 
physique  dans  Jacob,  et  de  la  force  spiri- 
tuelle et  surnaturelle  dans  l'Ange  qui  lutte 
contre  lui,  et  qui  couronne  sa  victoire  en 
bénissant  avec  amour  le  vaincu  ?  D'une  part, 
c'est  l'énergie  humaine  solidement  établie 
sur  la  terre  d'oi^i  elle  tire  sa  vigueur  ;  de 
l'autre,  c'est  l'esprit  céleste,  c'est  la  force 
divine,  ne  faisant  qu'effleurer  ce  monde  et 
empruntant  sa  puissance  aux  régions  supé- 
rieures de  l'éternelle  bonté.  Et  quoi  encore 
de  comparable,  pour  l'habileté  technique, 
à  cette  scène  de  la  bénédiction  du  vieillard 
Isaac,  à  ces  fenêtres  éclairées  par  le  soleil 
couchant,  à  ces  volets  entr'ouverts  pour 
recevoir  la  brise  rafraîchissante  du  soir, 
à  ce  trompe-l'œil  enfin,  comme  je  l'ai 
déjà  nommé,  si  parfaitement  réussi  que  la 
main  est  tentée  de  constater  que  tout  cela 
est  bien  réel  ^. 

lY. 

MAIS,  comme  il  s'agit  ici  d'art  chrétien, 
et  d'art  certainement  fort  peu  sécu- 
larisé par  la  renaissance,  il  nous  faut  péné- 
trer davantage  dans  cette  œuvre,  et  en 
déterminer  le  symbolisme,  d'après  les  doc- 
trines morales  alors  reçues  dans  le  milieu 
évidemment  très  religieux,  probablement 
même  très  monastique,  auquel  elle  était 
destinée. 

Or,  les  anciens  docteurs  ecclésiastiques, 
commentant  le  récit  de  la  lutte  de  Jacob 
contre  l'Ange,  avaient  enseigné  que  la  médi- 
tation sacrée,  l'oraison  et  la  contemplation, 
comme  on   parlait    alors,  ne  sont  possibles 


284 


IRcuiic   De   r^rt   cijrcticn. 


que  moyennant  d'énergiques  efforts,  soute- 
nus par  l'àme  chrétienne  cherchant  à  sortir 
des  ténèbres  des  choses  sensibles  pour 
arrivera  la  lumière  des  réalités  supérieures, 
et  prenant  pour  ainsi  dire  corps  à  corps 
l'invisible  lui-même,  pour  le  contraindre  à 
se  dévoiler  un  instant  et  à  bénir  la  lutte 
entreprise  dans  l'ardent  désir  d'arriver  jus- 
qu'à lui. Et  ce  n'est  pas  sans  souffrance,  sans 
une  réelle  diminution  de  ses  forces  corpo- 
relles, que  l'humanité  supporte  victorieu- 
sement ce  combat:  si  l'esprit  en  sort  agrandi 
et  fortifié,  la  chair  en  demeure  alanguie  et 
en  quelque  sorte  énervée.  ■ —  C'est  Jacob,  tel 
que  nous  le  montre  l'un  de  nos  tableaux, 
luttant  «jusqu'au  matin»  contre  un  person- 
nage mystérieu.x  et  surnaturel  ;  et  celui-ci, 
«voyant  qu'il  ne  pouvait  le  vaincre,  lui  tou- 
cha le  nerf  fémoral  qui  se  dessécha  aussitôt. 
Et  il  dit  à  Jacob  :  Laisse-moi,  car  déjà 
l'aurore  monte.  —  Jacob  répondit;  Je  ne  te 
quitterai  pas  que  tu  ne  m'aies  béni.  »  — 
C'est  Jacob,  dis-je,  méritant  le  nom  nou- 
veau à'/sra'él,  «  parce  qu'il  a  été  fort  contre 
Dieu  ;  »  c'est  Jacob  béni  par  le  céleste 
athlète,  et  s'écriant  avec  reconnaissance: 
«  J'ai  vu  Dieu  face  à  face,  et  mon  âme  a 
été  sauvée  (').  » 

Une  autre  doctrine,  très  familière  à  nos 
ancêtres  du  moyen  âge,  était  que  l'homme 
déchu  ne  peut  rentrer  en  grâce  auprès  de 
Dieu  qu'à  la  condition  de  porter  en  lui-même 
la  ressemblance  de  Jésus-Christ,  d'être 
marqué  de  son  sang  divin,  et  revêtu  de  ses 
mérites  infinis.  Notre  prière  n'est  digne 
d'être  exaucée  que  si  elle  est  faite  au  nom  du 
Médiateur  ;  notre  sacrifice  n'est  acceptable 
que  si  le  Rédempteur  même  y  remplit  le 


I.  6^t7;.  xxxu,  24-32. --Pour  le  symbolisme  de  tout 
ce  récit   biblique,  voir  S.  Grégoire  le  (irand,   Afoi:  siipi-r 

Job,  IV,  c.  40  ;  Hom.  XIV super  E=cch.  (coll.  XII);  l'al^bc 
Guerric,  disciple  de  S.    lieriiard,   Sermo  II  in  nath'.  S. 

JoaJi.Ii.;  .S.Thomas   d'Aquin,   in  IV  Sciiii'iit.  <X\%K-  W, 

plurics  ;  etc.  etc. 


rôle  de  victime.  Par  cette  substitution,  et  non 
autrement,  la  bénédiction  de  notre  Père 
céleste  peut  nous  être  rendue.  Tel  était 
l'enseignement  qu'on  retrouvait  dans  le 
récit  figuratif  de  la  bénédiction  patriarcale 
donnée  par  Isaac  à  Jacob,  transférant  au 
puîné  les  droits,  les  prérogatives  et  l'héritage 
du  premier-né.  Pour  l'obtenir,  cette  béné- 
diction si  vivement  désirée,  Jacob,  par  le 
conseil  de  sa  mère,  prend  les  vêtements 
d'Esati  et  s'en  revêt,  comme  le  chrétien  des 
mérites  de  Jésus-Christ.  «  La  voix,  dit 
Isaac,  est  sans  doute  la  voix  de  Jacob, 
mais  les  mains  sont  les  mains  d'Esati.  » 
Et  qu'offrent-elles,  ces  mains  d'Esati,  ou 
plutôt  ces  mains  du  Christ,  prêtre  et  sacri- 
ficateur éternel  ?  Elles  offrent  «  les  deux  che- 
vreau.x  »  symboliques,  ceux  des  expiations 
et  des  sacrifices  anciens  par  lesquels  était 
annoncé  et  représenté  d'avance  le  grand 
holocauste,  la  grande  expiation  de  Jésus- 
Christ,  de  «  l'Agneau  de  Dieu  »,  sur  la 
croix.  A  l'homme  racheté  par  ce  sacrifice, 
Dieu  donne  «  la  bénédiction  et  le  baiser  de 
paix  »  paternels,  comme  le  patriarche  Isaac 
à  son  fils  Jacob  ('). 

Les  deux  sujets  de  notre  panneau  cons- 
tituent donc  ensemble  une  très  belle  syn- 
thèse de  la  doctrine  catholique  sur  les 
rapports  de  l'humanité  avec  Dieu  ;  et  ils 
forment  un  tout  si  complet,  si  achevé,  que 
je  ne  serais  pas  trop  surpris  que  ce  panneau 
soit  resté  unique  et  n'ait  pas  eu  de  pendant. 
Il  n'en  avait  pas  besoin,  et  à  lui  seul  il  a  pu 
décorer  suffisamment  l'autel  d'un  oratoire, 
d'une  salle  capitulaire,  d'une  chapelle  privée 
ou  plutôt  conventuelle. 

I.  Ceii.  xxvn,  1-40.  —  Comparer  Gcn.  xxvii,  9, 
avec  Lev.  xvi,  5,  scqq.  et  Hch:  ix,  12,  seqq.  —  Quant  au 
symbolisme  de  ce  fait  historique,  voir  S.  Augustin,  Contra 
mendaciuin,  c.  X;  et,  avec  quelques  nuances  d'interpréta- 
tion, S.  Grégoire  le-(;rand,  Mor.  super  Job,  11,  c.  30. 
Hom.  VI  super  Ezeck.;  S.  Bernard,  Exliort.  ad  milites 
l'empli,  c.  VU;  S.  Thomas  d'.Aquin,  22.  q.  no,  a. 
3,  3 '"  :  etc.  etc. 


Ic3   Dcur   Ijéncoictions   De   ^Jacob, 


285 


V. 

PROBABLEMENT,  en  effet,  notre 
sculpture  verdunoise  appartint  jusqu'à 
la  Révolution  à  quelque  établissement  mo- 
nastique. Son  caractère  profondément  sym- 
bolique et  ascétique  convenait  moins  à  une 
église  paroissiale  ou  collégiale,  moins  surtout 
à  une  demeure  particulière  et  à  une  salle 
profane.  Les  documents  nous  font  absolu- 
ment défaut  pour  lui  assigner  sa  place 
historique  dans  l'ancienne  cité  épiscopale, 
dont  il  est  aujourd'hui  encore  l'un  des  plus 
précieux  ornements.  La  description  très 
détaillée  que  nous  avons  de  l'abbaye  de 
Saint -Vanne,  dans  l'histoire  inédite  de 
cette  célèbre  maison  par  Dom  Pierre  Le 
Court  ('),  ne  renferme  aucune  allusion  qui 
puisse  seulement  nous  guider  ;  et  cependant 
nous  conservons  le  soupçon  que  cette  œuvre 
d'art  est  d'inspiration  bénédictine.  Peut-être 
les  ruines  de  .Saint-Airy  et  de  Saint-Maur 
de  Verdun  nous  appuieraient-elles  de  leur 
suffrage,  si  les  ruines  avaient  une  voix 
comme  elles  ont  des  larmes,  «  lacryinœ 
rerum  !  » 

Pour  la  question  de  date  et  d'origine,  elle 
est  plus  facile  à  résoudre.  Les  détails  d'ar- 
chitecture et  de  mobilier  traités  par  le  peintre- 
sculpteur  n'ont  plus  rien  d'ogival  ;  le  coup 
de  ciseau  et  la  touche  du  pinceau  trahissent 
une  main  plus  moderne;  l'œuvre  semble  tout 
au  plus  de  la  fin  du  XV^  siècle,  et  presque 
certainement  du  commencement  du  XVI'^, 
si  l'on  prend  ses  termes  de  comparaison 
à  Verdun  même  et  dans  les  Trois-Evêchés. 
Ainsi,  les  palmes  qui  environnent  les 
deux  cartouches  à  inscriptions  sont  bien 
de  la  Renaissance  ;  les  costumes,  leurs 
formes,  leurs  plis,  leurs  couleurs,  rappellent 
le  règne  de  Louis  XI 1  plutôt  que  celui  de 
François  I^"".    Les  traits  les  plus  archaïques 

I.  Cet  important  manuscrit  appartient  h.  la  .Socictd 
archdolot;ii|ue  d'Arlon. 


sont  la  forme  du  lit  d'Isaac,  dans  la  première 
scène,  —  et,  dans  la  seconde,  le  buisson 
placé  derrière  Jacob  :  on  le  dirait  copié  sur 
certaines  miniatures  des  manuscrits  du 
XI<^  siècle  à  Saint- Vanne.  Le  dessin  des 
figures,  la  souplesse  des  draperies  et  la  grâce 
des  chevelures,  nous  montrent  que  l'ère  des 
«  ymaigiers  »  est  définitivement  close.  Et 
cependant  la  porte  aux  deux  tours,  les  pay- 
sages, la  broderie  du  vêtement  de  Jacob 
dans  sa  lutte  contre  l'Ange,  sentent  encore 
leur  XV<^  siècle.  Le  faire  n'est  nullement 
germanique;  et  si  le  ciseau  peut  être  exclusi- 
vement français,  le  pinceau  me  parait  trempé 
dans  les  fines  couleurs  des  Italiens  qui  dé- 
corèrent de  si  merveilleuses  peintures  le 
Palais  des  Papes  d'Avignon,  et  maintes 
églises  de  Florence  et  de  Rome.  Du  reste,  le 
dessin  général  et  Whiic  de  ces  deux  compo- 
sitions ne  sont  évidemment  pas  sans  d'étroi- 
tes relations  avec  le  génie  du  Pérugin  et  les 
procédés  de  son  école.  Le  caractère  paléo- 
graphique des  différentes  inscriptions  est 
aussi  à  remarquer.  Dans  les  deux  cartou- 
ches,les majuscules  seraient  plutôt  italiennes 
ou  même  rhénanes  que  lorraines  et  verdu- 
noises  ;  les  minuscules,  avec  leur  double 
liaison  dans  le  mot  ODOt,  et  avec  leur 
abondante  ponctuation,  accusent  nettement 
le  début  du  XVI^  siècle.  Sans  être  bien 
caractéristique,  l'orthographe  miCbi  et 
l'abréviation  Ull  pour  bene,  me  font  de  nou- 
veau songer  à  une  provenance,  ou,  du  moins, 
à  une  influence  étrangère.  Sur  le  bord  du 
manteau  de  Jacob,  dans  une  légende  en 
majuscules  romaines,  je  relève  le  second  6 
de  BENEDiXERis  :  il  est  oncial,  et  prouve  que 
les  deux  alphabets  coexistaient  encore  en  ce 
moment-là. 

Mais  quel  est  le  nom  du  maître  dont 
l'incontestable  talent,  nourri  aux  sources 
françaises  et  italiennes,  formé  aux  procédés 
de    l'art  de   la   Renaissance,    et   continuant 


286 


iRctiuc    De    r3rt    cfjréticn. 


d'obéir  aux  inspirations  symboliques  et  mys- 
tiques du  moyen  âge,  a  dessiné,  sculpté  et 
peint  ces  Detix  Bénédictions  de  Jacob  ?  Je 
n'ose  répondre,  même  par  des  conjectures; 
la  question  est  trop  peu  élucidée  encore.  Je 
sais  bien  que  j'ai  vu  quelque  part,non  loin  de 
Verdun,  et  d'une  époque  certainement  peu 
différente,  des  sculptures  offrant  plusieurs 
traits  de  erande  ressemblance  avec   notre 


panneau  verdunois  :  même  élégance  et  même 
dignité  de  formes  ;  même  manière  de  des- 
siner les  chevelures,  et  de  rattacher  les 
manteaux  sur  les  épaules  au  moyen  d'un 
nœud  fort  et  gracieux.  Mais  on  ne  saurait 
bâtir  une  induction  solide  là-dessus  ;  et  je 
laisse  aux  érudits  le  soin  et  le  plaisir  d'en 
dire  plus  long. 

Chanoine  Jules  Didiot. 


k^k^k^kf;i}di^}d;^kUkUk^kUi^iiUkUiiU 


s: 


IfIC 


i 


I^e  trésor  lie  Ftglise  îie  JSaintc^Clarie  près 


JSaint^'OCelse,  à  Cîtlan-  m^m^^mmsm^msï 


Sï 


Wî^KnK'^x'^^i/^'it^'^^'if^^^'in'Knxn^nx 


'ÉGLISE  de  Ste-Marie  près 
St-Celse  est  certainement 
une  des  plus  intéressantes, 
àtous  les  points  de  vue,dela 
ville  deMilan.quiencompte 
tant  de  remarquables.  En 
effet,  elle  se  distingue  à  la 


fois  par  ses  vastes  proportions,son  architecture  im- 
posante et  son  ornementation  variée.  La  Renais- 
sance y  brille  d'un  vif  éclat.  En  général,  les  visi- 
teurs, absorbés  par  l'examen  des  chefs-d'œuvre 
que  leur  signalent  les  guides, oublient  trop  facile- 
ment le  trésor,  qui  mérite  pourtant  une  attention 
sérieuse,  mais  dont  leur  inexact  et  incomplet  Du 
Pays,  auquel  ils  ont  tort  de  se  fier  aveuglément, 
ne  leur  dit  pas  un  mot. 

Grâce  à  la  courtoisie  du  supérieur  de  l'église, 
fier  de  m'exhiber  les  richesses  artistiques  dont  il 
est  le  gardien,  j'ai  pu,  en  iSSi,  étudier  à  loisir 
une  collection  précieuse  qui  représente  surtout 
l'art  moderne  dans  tout  son  épanouissement. 
M.  Georges  Callier,  inspecteur  de  la  Société  fran- 
çaise d'archéologie,  m'accompagnait  :  il  eut  l'ex- 
trême obligeance  de  me  prêter  le  concours  de  sa 
main,  ce  qui  me  permit  de  mener  rondement  la 
besogne.  De  sept  heures  à  midi,  l'inspection 
détaillée  fut  terminée  :  on  verra  que  la  matinée, 
fut  bien  remplie. 

Le  trésor  compte  trente-et-un  objets,  qui  se 
répartissent  ainsi  :  un  du  XIL"  siècle,  quatre  du 
XVIe,  vingt-deux  du  XVIIe  et  quatre  du  XVIIP. 
Quant  aux  objets  eux-mêmes,  ce  sont  une 
aiguière,  un  ostensoir,  quatre  calices,  deux  paix, 
quatre  croix,  une  croix  pectorale,  deux  tableaux, 
quatre  reliquaires,  une  exposition,  un  bénitier, 
un  missel,  un  coffret,  un  bijou,  un  autographe, 
trois  ornements,  une  broderie  et  une  tablette  de 
consécration. 

Je  vais  passer  successivement  en  revue  tous 
ces  vases,  ustensiles  et  ornements  liturgiques,  en 
ayant  soin  de  les  disposer  suivant  l'ordre  chrono- 


logique et  de  les  grouper  autant  que  possible, 
quand  ils  ont  une  même  destination.  En  les  dé- 
crivant minutieusement,  je  m'efforcerai  de  les 
montrer  sous  tous  leurs  aspects  et  de  faire  valoir 
leur  mérite  intrinsèque.  C'est  la  première  fois,  à 
ma  connaissance  du  moins, que  ce  sujet  est  traité  : 
on  ne  s'explique  pas  qu'aucun  amateur  n'ait  en- 
core eu  l'idée  de  tirer  parti  pour  la  science  de  ce 
petit  musée  artistique.  Il  est  temps  de  réparer 
enfin  une  omission  aussi  grave. 

Mais,  avant  d'entrer  en  matière,  qu'on  me  per- 
mette de  citer  Alillin,  à  propos  des  deux  églises- 
sœurs. 

«  Le  culte  de  saint  Celse  est  très  ancien  dans 
l'église  milanaise:  son  corps  fut  trouvé  par  saint 
Ambroise,  près  de  celui  de  saint  Nazaire,  au  mi- 
lieu des  champs  ;  le  saint  fit  transportera  Milan 
le  corps  de  saint  Nazaire  ('),  et  se  contenta  d'in- 
diquer la  place  où  était  celui  de  saint  Celse.  On 
lui  bâtit  ensuite  une  chapelle  que  l'archevêque 
Landolfe  de  Carcano  fit  réparer  vers  la  fin  du 
dixième  siècle,  et  il  déposa  le  corps  sous  le  grand 
autel,  où  il  est  actuellement  ;  le  sarcophage  qui  le 
contient  est  la  seule  chose  qui  rende  cette  église 
remarquable  {^)  ;  elle  a  été  rebâtie  en   1777. 

1.  «  Vers  l'an  542,  l'évêque  d'Autun,  S.Nectaire,  se  serait 
rendu  à  Milan  pour  y  vénérer  les  reliques  du  patron  de 
son  CL;iise:  «  Venerandus  Netharius  Mediolanum  adiit  ut 
<,<  sanctum  Nazarium,  suœ  ecclesi.c  patronum,  coram  ve- 
«  neraretur  *...  On  trouve  deux  fois  mentionne  ce  double 
vocable  (de  Notre-Dame  et  de  St-Nazaire)  :  la  première 
en  936  :  <,<  Kcclesia  sub  honore  alm.v;  Dei  genitricis  Mari;c 
«necne  Martyris  Christ!  Nazarii  dedicatio  »;  la  seconde 
en  II 12.  S.  Celse  est  associé  pour  la  première  fois  à 
S.  Nazaire,  comme  patron  de  l'église  d'Autun,  dans  une 
charte  à.  date  incertaine,  classée  entre  1122  et  1138,61 
pour  la  seconde,  dans  une  pièce  de  l'an  1253:  «  Ecclesia 
beatorum  Nazarii  et  Celsi.  »  {Méin.  de  la  Soc.  Édiienne, 
nouv.  sér.,  t.  VIII,  p.  333,  334-) 

«  La  S'"  Vierge  était  aussi  représentée  entre  St  Nazaire 
et  St  Celse,  dans  les  vignettes  des  livres  donnés  par  le 
cardinal  Rolin  (XV'-"  siècle)  à  St-Xazaire.  »  {Ibid.,  p.  343.) 

2.  «  On  y  voit  cependant  encore  des  chapiteaux  singu- 
liers par  leur  bizarrerie.  Les  figures  de  ces  chapiteaux 
décorent  les  lettres  initiales  de  quelques  chapitres  de 
l'ouvrage  de  Bugatti,  p.  261.» 


RKVUK   DK   l'art  CHRÉTIEN. 
1885.   —   3'"^  LIVRAISON. 


288 


ÎRcuue  De   lart   cljrctien. 


«  Ce  sarcophage  est  un  monument  clirétien  très 
curieux  :  il  a  été  sculpté  vers  la  fin  du  quatrième 
ou  au  commencement  du  cinquième  siècle  (■), 
et  il  paraît  que  ce  fut  Landolfe  qui,  vers  la  fin 
du  dixième,  fit  enfermer  ce  sarcophage  dans  une 
autre  caisse  de  marbre,  qui  a  tous  les  caractères 
de  ce  temps  (^).  Depuis  cette  époque,  cette  tombe 
sacrée  a  été  ouverte  pour  en  reconnaître  les  reli- 
ques (3).  On  y  a  trouvé  les  débris  d'une  caisse  de 
bois  et  un  coffre  de  plomb,  qui  porte  la  date  de 
l'époque  à  laquelle  les  objets  précieux  qu'elle 
contient  y  ont  été  renfermés,  en  1521  ("*),  lors  de 
la  première  reconnaissance  qui  fut  faite  de  ces 
reliques.  La  caisse  de  plomb  renfermait  elle-même 
le  corps  de  saint  Celse  ;  un  voile  imprégné  de 
son  sang  (-^), selon  l'usage  des  premiers  chrétiens; 
deux  boites  de  bronze  (6),  et  une  de  terre  (''),  qui 

1.  «  On  voit, sur  la  face  principale,  JÉSUS-Christ  entre 
saint  Pierre  et  saint  Paul  ;  chacun  d'eux  a  près  de  son 
visage  une  petite  croix  ;  à  droite  du  Sauveur  est  la  crèche. 
Deux  colonnes  corinthiennes  supportent  un  petit  toit  co- 
nique en  paille,  l'Enfant  dort  dessous,  bien  emmaillotté  et 
coitîè  d'un  capuchon.  Saint  Joseph,  appuyé  sur  le  toit, 
tient  une  hachette,  symbole  de  sa  profession  ;  près  de  lui 
sont  les  trois  rois  mages  avec  des  anaxyrides  et  des  tiares; 
ils  regardent  l'étoile  flamboyante  ;  à  l'autre  extrémité  est 
le  tombeau  de  Jésus-Christ,  en  forme  de  tour,  forme 
qui  a  été  adoptée  pour  les  tabernacles.  Un  ange  annonce 
aux  deux  Maries,  Madeleine  et  Salomé,  la  résurrection  du 
Sauveur,  et  leur  montre  h  la  porte  le  linceul  dans  lequel 
il  était  enseveli  ;  plus  loin  le  Seigneur  fait  revenir  saint 
Thomas  de  son  incrédulité. 

«  Sur  un  des  petits  côtés  on  a  figuré  la  guérison  de 
l'Hémorrhoisse;et  sur  l'autre  est  unirait  de  l'Ancien  Tes- 
tament, Moïse  frappant  le  rocher  de  sa  baguette  pour  en 
faire  jaillir  une  source.  » 

Ce  sarcophage  a  été  reproduit  parBugatti  {Afeiiiorie  di 
S.  Celso,  Milan,  1782,  in-4°),  Giulini  (i^/d7«or^>(^'^'  Milano, 
2'=  édit..  Milan,  1S54,  t.  I,  p.  672),  le  P.  Garrucci  (,Stor. 
dcir  arte  cris/.)  et  Grimouard  de  St-Laurent  {Rev.  de  tart 
chrét.,  t.  XXX,  p.  m). 

2.  «  Cette  caisse  et  le  sarcophage  sont  gravés  avec  soin 
dans  le  savant  ouvrage  de  Gaetano  Bugatti  dont  j'ai  déjà 
parlé.  Supra,  p.  62,  V,  planche  i,  n°M  et  2.  » 

3.  «  La  dernière  fois,  en  1778.  La  relation  de  cet  inven- 
taire est  très  intéressante  dans  l'ouvrage  de  Bugatti,  C. 
XXI L» 

4.  «  Cette  inscription  est  rapportée  et  figurée  par  le  père 
Bugatti,  p.  162.» 

5.  >ilbid.,  pi.  II,  n"2.  » 

6.  «  Ibid.  pi.  II,  fig.  4,  4,  5:  (Jn  lit  sur  le  couvercle  d'une 
des  boîtes  une  inscription,  n"7,  en  lettres  anciennes,  qui 
apprend  qu'elle  contient  les  reliques  des  saints  Chrysati- 
ihe  et  Daria,  Agnis  et  Cœcitia.  » 

7.  «  Sur  le  couvercle  de  plomb  de  ce  vase  est  une  in- 
scription d'après  laquelle  on  apprend  qu'il  contient  les 


contenaient  de  la  poussière  mêlée  du  sang  de  diffé- 
rents saints  ou  martyrs  ;  une  croix  de  bronze  an- 
tique (■)  à  charnière,  espèce  de  phylactère,  desti- 
née aussi  à  renfermer  une  relique,  et  enfin  une 
monnaie  de  cuivre  de  François  P'\  roi  de  France 
et  duc  de  Milan.  Le  coffre  de  plomb,  scellé  de 
nouveau,  a  été  replacé  sous  le  nouvel  autel  de 
marbre  dont  on  a  décoré  cette  église  :  la  croix  et 
la  monnaie  ont  été  déposées  dans  le  trésor  de  la 
sacristie.»  (Millin,  Voyage  dans  le  Milanais,  t.  I, 
p.  105.) 

«  Le  cintre  (de  la  grande  porte  de  l'église  St- 
Celse)  est  orné  de  figures  grossières  d'animaux, 
et  soutenu  par  des  grotesques,  tels  qu'on  en  voit 
dans  les  églises  des  onzième  et  douzième  siècles; 
et  quant  à  l'architrave,  où  l'on  a  figuré  le  mar- 
tyre  de  saint   Celse  (2),  je  ne  puis  croire,  avec 

reliques  des  saints  apôtres  Pierre,  Paul,  Thomas,  Bar- 
tholomcc,  et  des  saints  martyrs  Christophore,  Didier., 
Prpsper,  Fabien,  Jea7i  et  Paul.  Ces  inscriptions  sont  aussi 
du  dixième  siècle.  » 

1.  «  C'est  une  croix  pectorale:  on  y  voit  Jésus-Christ, 
vêtu  d'une  longue  tunique,  avec  un  nimbe,  ce  qui  prouve 
qu'elle  a  été  faite  entre  le  cinquième  et  le  dixième  siècle; 
la  tête  du  Sauveur  est  entourée  d'une  auréole  au  milieu  de 
laquelle  est  une  croix;  à  la  partie  supérieure  sont  les  let- 
tres <i>C,  c'est-h-dîre,  ^S>^,luinicre  ou  <j)usfjp€<r,  luminaires j 
entre  les  signesdu  soleilet  de  la  Vierge;  souslesmédaillons 
de  saint  Jean  on  lit  :  lAE  pour  IAOY,YO  pour  YC,  c'est-à- 
dire  lAOY  O  YIOC  COY,  voici  votre  Fils,  et  sous  saint 
Jean  lAOY  H  MHTHP  COY,  voilà  votre  Mère. 

(,<  Le  revers  de  la  croix  présente  l'image  de  la  'V'ierge 
debout,  vêtue,  avec  les  mains  étendues  pour  prier.  On  lit 
auprès  ces  lettres  MP»,  c'est-à-dire  Mt|ttip  0e y,  la  Mère 
de  Dieu.  Aux  quatre  coins  sont  les  bustes  des  Évangélis- 
tes  avec  les  initiales  de  leurs  noms.  Cette  croix  a  aussi 
été  gravée  dans  l'ouvrage  de  Bugatti,  pi.  11,  n"  i.  » 

On  ne  me  l'a  pas  montrée  dans  le  trésor:  aurait-elle  été 
égarée  depuis  et  Millin  l'a-t-il  réellement  vue  ou  n'en  par- 
le-t-il  que  d'après  Bugatti.' 

2.  «  En  voici  l'explication  selon  la  légende  de  saint 
Nazaire  et  de  saint  Celse.  Saint  Nazaire  sort  de  Rome, 
après  avoir  distribué  son  bien  aux  pauvres.  —  Néron, 
assis  sur  une  chaise  curule,  dont  les  bras  sont  ornés  de 
têtes  de  serpents.  Cet  empereur  porte  une  couronne 
radiée.  Il  ordonne  de  partir  aux  deux  cents  cavaliers  qu'il 
envoie  pour  prendre  saint  Nazaire  qui  prêchait  alors  en 
France,  où  il  avait  conduit  le  jeune  saint  Celse.  —  Les 
cavaliers  sont  en  route.  —  Saint  Nazaire  est  représenté 
dans  les  Gaules,  occupé  à  la  prière.  —  Les  deux  saints 
sont  conduits  à  Néron  :  on  les  voit  dans  la  barque  d'oii 
ils  doivent  être  précipités  dans  la  haute  mer;  les  mari- 
niers leur  promettent  la  vie  et  de  se  convertir  à  Jl^sus- 
Chris  r,  s'ils  veulent  commander  aux  tlots  de  s'apaiser.  — 
Le  miracle  s'opère,  et  les  deux  saints  passent  tranquille- 
mentà  pied  dans  la  mer.— Saint  Nazaire  est  devant  le  bour- 


Le  trésor  De  Vtçlm  De  %aintc=e@arie  près  ^aint^Cclse,  à  ei^ilan.  289 


AUegranza,  qu'elle  y  ait  été  encastrée  dans  le 
douzième  siècle,  puisqu'elle  s'ajuste  parfaitement 
avec  les  chapiteaux.  »  (Millin,  Voyage  dans  le 
Milanais,  t.  I,  p.  io8). 

«  L'église  dont  les  murs  lui  sont  communs  (à 
Saint-Celse),  et  qui  reçoit  son  surnom  de  cette 
proximité,  S.  Maria  pressa  S.  Celso,  est  bien 
plus  digne  d'attention. 

<<  On  vénérait  depuis  longtemps  une  image  de 
la  Vierge,  qu'on  dit  que  saint  Ambroise  avait  fait 
peindre  sur  un  petit  mur,  au  lieu  où  il  avait 
trouvé  les  corps  de  saint  Celse  et  de  saint  Nazaire. 
Le  duc  Filippo  Maria  Visconti  la  plaça,  en  1429, 
dans  une  église  qu'il  fit  bâtir;  l'image  était  sur 
l'autel  de  la  Vierge,  couverte  d'un  voile  blanc  et 
défendue  par  une  grille  de  fer.  Le  30  décembre 
1485,  pendant  la  messe,  la  Vierge  elle-même 
souleva  le  rideau  avec  sa  main  droite;  deux 
anges  vinrent  en  soutenir  les  pentes,  et  elle  s'of- 
frit rayonnante  aux  yeux  de  tous.  Le  prêtre 
baissa  le  voile;  il  fut  après  enchâssé  dans  du 
cristal,  et  les  malades,  qui  ont  plus  de  foi  dans  le 
secours  des  miracles  que  dans  la  science  des 
médecins,  viennent  depuis  solliciter  la  grâce  de 
le  toucher. 

«  Après  une  apparition  si  mémorable,  l'an- 
cienne église  ne  fut  plus  assez  vaste  pour  le  con- 
cours qui  s'y  rendait,  et  ne  parut  plus  digne  d'un 
si  haut  témoignage  de  la  protection  divine. 
L'opinion  commune  est  que  le  dessin  en  a  été 
donné  par  le  Bramante.  »  (Millin,  ]''oyûge  dans  le 
Milanais,  t.  I,  p.  109.) 

«  La  sainte  image  est  sous  l'autel  dans  une 
caisse  d'argent  ;  cet  autel  est  terminé  par  une 
belle  statue  de  la  Vierge  à  qui  deu.x  anges  posent 
une  couronne  d'or  sur  la  tête;  des  lampes  tou- 
jours ardentes  l'entourent,  et  le  dais  de  brocard 

reau  qui  va  lui  trancher  la  tête.  Saint  Celse  attend  le  même 
son:  son  pallium  est  orné  d'une  croix,  ce  qu'on  ne  trouve 
pas  sur  les  monuments  plus  anciens.  Ces  deu.\  histoires 
ne  sont  pas  fii^urées,  comme  les  autres,  dans  des  arcades 
soutenues  par  des  colonnes  torses,  mais  elles  le  sont  entre 
trois  arbres.  Giulini,  loc.  cit.,  et  AUegranza,  p.  172, 
en  tirent  la  conclusion  que  ces  arbres  indiquent  le  lieu 
précis  où  saint  Celse  reçut  le  martyre,  lieu  qui  était,  selon 
les  actes  de  ces  saints,  hors  de  l'ancienne  Porte  Romaine, 
ad  très  moros,  aux  trois  mûriers,  et  ils  en  concluent  que 
ces  arbres  sont  ces  trois  mûriers;  ces  arbres  étaient  alors 
fort  rares:  ne  peut-on  pas  dire  aussi  bien  que  ce  sont  des 
palmiers,  symljoles  de  la  victoire  que  les  deux  martyrs 
vont  remporter?  » 


qui   a  servi  à  l'entrée  de  l'empereur  Charles  VI 
la  couvre.  »  {Ibid.,  p.  1 1 1.) 
Passons  maintenant  au  trésor. 


I.  —  Croir  De  procession  (rii'  .siècle). 

HAUTEUR    I™,   LARGEUR   0,69. 


LES  croix  de  procession  ont  conservé  dans 
le  Milanais  la  forme  antique,  c'est-à-dire 
qu'elles  n'ont  pas  de  hampe,  mais  simplement  ce 
qu'on  nomme  en  blason  une  fiche  ou  manche 
très  court,  destiné  à  les  porter.  Pour  bien  se 
rendre  compte  de  ce  genre  de  croix,  dont  Rome 
offre  deux  spécimens  seulement  dans  la  basilique 
de  Latran  ('),  il  faut  avoir  vu,  réunies  en  proces- 
sion générale,  toutes  les  paroisses  de  Milan, 
spectacle  imposant  qui  se  répète  pour  la  Fête- 
Dieu  et  la  fête  du  Saint-Clou  et  auquel  j'ai  eu 
l'heureuse  chance  de  pouvoir  assister  en  188 1. 
Ces  croix  dorées  et  artistement  travaillées,  la 
plupart  du  XVI=  siècle,  produisent  un  effet  mer- 
veilleux, qu'on  n'oublie  jamais  ensuite.  Entre 
toutes  brille  la  croix  de  Saint-Celse,  ce  prototype 
de  l'art,  si  original  et  si  vrai,  du  haut  moyen  âge, 
qui  y  a  prodigué,  pour  l'embellir,  les  délicatesses 
du  filigrane,  l'éclat  des  gemmes  et  les  reliefs  puis- 
sants de  la  ciselure.  En  présence  de  tant  de  dé- 
tails que  je  ne  pourrai  qu'énumérer  rapidement, 
force  m'est,  pour  être  tout  à  fait  intelligible,  de 
renvoyer  le  lecteur  à  la  belle  photographie  de 
Giulio  Rossi,  qui,  malgré  son  format  in-folio,  est 
encore  un  peu  petite  peut-être  pour  un  objet  de 
cette  importance  archéologique. 

Le  nœud  est  un  polyèdre,  dont  toutes  les  lignes 
géométriques  sont  accusées  par  des  bandeaux  de 
filigrane,  avec  pierres  précieuses  aux  points  de 
jonction.  Le  dessus  du  nœud,  à  surface  plane,  est 
aussi  filigrane  et  gemmé.  Le  fil  d'or  forme  une 
succession  de  volutes,  d'oîa  se  détachent  de  petites 
vrilles  terminées  en  tète  d'épingle.  Les  pierres 
sont  toutes  montées  en   bâte  ovale   avec  quatre 

I.  Peut-être  s'agit-il  d'une  croix  analogue,  puisqu'on  la 
qualifie  grande,  dans  ce  texte  reproduit  par  .M.  Muntz, 
dans  les  Arts  à  la  cour  des  papes,  t.  III,  p.  240,  261  : 
«  '475,  5  junii.  It.  solvimus  heredibus  magistri  Symeonis 
artificis  pro  reparatione  crucis  magnx  processionis,  duc. 
8,  c.  I  ».  Il  s'agit  de  la  basilique  de  St-Pierre. 


290 


ïReiJUC  De  rart  cibréticn. 


griffes  (i),  toutefois  les  griffes  n'existent  pas  pour 
les  plus  petites.  Ces  pierres  sont  le  rubis,  le 
saphir,  l'émeraude,  la  topaze,  le  plasme  d'éme- 
raude  et  le  cristal  de  roche. 

Dans  les  cinq  losanges  formés  par  les  rubans 
de  filigrane,  sont  rapportées  des  plaques  d'or, 
travaillées  au  repoussé,  où  figurent  les  quatre 
symboles  évangélistiques  et  deu.x  prophètes, 
c'est-à-dire  les  hérauts  de  la  croix  dans  l'ancienne 
et  la  nouvelle  loi.  Les  personnages  sont  en  buste. 
L'ordre  observé  est  celui-ci: 

Roi,  couronne  en  tête,  cheveux  longs,  manteau 
sur  la  tunique,  main  gauche  montrant  la  paume. 
Je  n'hésite  pas  à  y  voir  David. 

Lion  de  St-Marc,  nimbé,  ailé,  passant  et  ap- 
puyant ses  deux  pattes  de  devant  sur  son  évan- 
gile fermé. 

Taureau  de  St-Luc,  dans  la  même  attitude 
que  le  lion. 

Roi,  semblable  au  précédent  et  qui  doit  être 
Salomon  (^). 

Aigle  de  St-Jean,  avec  le  nimbe  et  le  livre 
fermé. 

Homme  de  St-Matthieu,  nimbé,  ailes  baissées 
et  livre  aux  mains. 

Ces  petites  plaques  estampées  pourraient  fort 
bien  remonter  au  XI'-'  siècle  et  provenir  d'un 
objet  d'époque  antérieure  à  la  croix,  qui  admet 
dans  sa  décoration  des  éléments  divers,  emprun- 
tés à  des  monuments  disparus  ou  renouvelés. 

Lacroix  est  de  forme  latine,  c'est-à-dire  avec 
une  tige  plus  développée  que  la  tête,  pattée  ou 
évasée  à  ses  e.xtrémités,  pommetée  en  disques 
plats,  fleuronnée  et  repommetée:  on  me  pardon- 
nera cette  expression,  puisque  le  blason  ne  fait 
pas  difficulté  de  dire  recroisctce,  qui  est  une  locu- 
tion analogue  {^).   Le  jaspe  du  fond  est  une  ad- 

1.  En  1781,  on  ouvrit  dans  la  cathédrale  de  Palerme 
la  tombe  de  Frédéric  II  et  de  son  épouse  Constance 
d'Aragon,  morte  à  Catane  en  1222.  Un  des  bijou.\,  repro- 
duit dans  la  Revue  de  l'Art  chrétien,  t.  XXI,  p.  16,  montre 
toutes  les  pierres  serties  dans  une  bâte,  munie  de  quatre 
griffes  passant  par-dessus  la  bâte,  comme  â  St-Celse. 

2.  Salomon  et  David  prophétisent  la  crucifixion  sur 
une  miniature  du  XII"  siècle,  à  la  cathédrale  de  Trêves. 

3.  La  croix  de  St-Celse  a  la  plus  grande  ressemblance 
avec  celle  qui  tapisse  l'abside  dans  la  belle  mosaïque  de 
St-Jean  de  Latran,  datée  de  la  fin  du  XIII^  siècle.  Il  y  a 
ainsi,  en  dehors  même  de  la  croix,  à  chaque  extrémité, 
un  prolongement  qui  s'y  soude  presque  maladroitement. 
Toutes  les   deux  sont  pommetées  et  ont  un    médaillon 


dition  moderne  (')  :  je  suppose  là  primitivement, 
comme  à  l'évangéliaire  d'Éribertau  Dôme,  des 
feuilles  d'émail  vert  translucide. 

Le  filigrane  d'or,  applique  sur  bande  d'argent, 
court  autour  des  profils  et  est  rehaussé  de  pier- 
res fines,  taillées  en  cabochon,  presque  toujours 
rondes,  mais  aussi  parfois  longues  et  baroques. 

Les  gemmes,  serrées  les  unes  contre  les  autres, 
bordent  en  grénetis  les  pommes,  dont  le  champ 
est  gemmé,  et  les  fleurons  qui  portent  un  sujet  en 
orfèvrerie. 

Si  les  camées  antiques  sont  communs  sur  l'or- 
fèvrerie du  moyen  âge,  en  revanche,  les  camées 
sculptés  à  cette  époque  sont  d'une  rareté  ex- 
trême (2).  Ici,  il  y  en  a  quatre  fort  beaux  et 
byzantins  d'origine  :  les  pâtes,  au  nombre  de 
cinq,  ont  aussi  la  mêine  provenance.  Le  musée 
chrétien  du  Vatican  possède  une  certaine  quantité 
de  ces  pâtes  de  verre  opaque  ou  de  ces  pierres 
taillées  en  reliefs,  mais  dépourvues  de  leur  mon- 
ture   (3):   c'étaient    parfois,  à  l'origine,  de  petits 

central.  (Voir  la  gravure  de  la  croix  romaine  dans  la 
Mosaïque  de  Gerspach,  p.  131.) 

Charles  le  Chauve,  d'après  la  Bible  qui  est  au  Louvre, 
porte,  dans  la  main  gauche,  un  globe  bleu,  sur  lequel  est 
empreinte  une  croix  latine,dont  les  extrémités  supérieures 
sont  pattées  et  pommetées.  (Jaccjuemin,  Hist.  génér.  du 
costume.) 

Les  croix  pommetées  se  voient  aussi  en  France  à  la 
Renaissance,  témoin  celle  de  Marchastel,  au  diocèse  de  St- 
Flour,  gravée  dans  le  tome  W  iM  Bulletin  de  la  Société 
archéologique  de  la  Corrèzc,  p.  407. 

Un  chroniqueur  contemporain,  parlant  des  restaura- 
tions entreprises  à  Fontevrault  par  l'abbesse  Jeanne  de 
Bourbon,  en  1638,  signale,  près  du  tombeau  du  prince 
Raymond,  comte  de  Toulouse,  qui  vivait  au  XIII"  siècle, 
«  sa  figure  armée,  avec  la  cotte  d'escarlatte,  au  milieu  de 
laquelle  estoit  la  grande  croix  de  Tolose,  pâtée  et  accom- 
pagnée de  12  besans  d'or,  3  à  chaque  poinctc.  »  Or  la  croix 
de  Toulouse  est  une  croix  cléchée  et  poiiunctée. 

1.  «  Crux  magna,  cum  quatuor  petiis  de  diaspro  a 
lateribus,  in  medio  cum  uno  quadro  de  alabastro  et  simi- 
liler  in  extremitatibus  de  alabastro,  cum  uno  pomo  in  pede 
de  diaspro.  »  {Inv.  de  St-Pierre  de  Rome,  1489.) 

2.  Jules  Labarte  a  écrit  dans  la  Gazette  des  Beaux-.lrts, 
2"'°  sér.,  t.  IV,  p.  382:  «  Les  Byzantins,  qui  en  avaient  con- 
servé la  technique,  furent  les  seuls,  durant  le  moyen  âge, 
qui  gravèrent  sur  pierres  dures.  »  Dans  l'inventaire  de 
Charles  V,  je  crois  reconnaître  un  de  ces  camées  d'origine 
orientale,' comme  le  reliquaire  lui-même:  «  Un  reliquaire 
d'or  plein  de  reliques,  de  la  façon  de  Damas,  garny  d'un 
bon  saphir  au  milieu,  où  est  ung  Dieu  enlevé  >>.  —  Voir 
dans  le  Glossaire  archéologique  de  V.  Gay,  p.  258,  plu- 
sieurs «  camées  byzantins  du  I.V  au  XII"  siècle  ». 

3.  La  Bibliothl'que  Vaticanc,  Rome,  1867,  p.  116. 


ïLe  trésor  De  réglise  Dc  ^aintc=^aric  prcs  %aint=(2rcl.sc,  à  e@ilan.  291 


tableaux  de  dévotion,  portés  au  cou,  des  encol- 
pia{}')  ou  montés  en  anneaux  {^').  La  croix  de 
St-Celse  montre  péremptoirement  quelle  fut 
ultérieurement  leur  affectation  (3).  Considérées 
comme  l'équivalent  des  gemmes, elles  en  tiennent 
lieu  et  sont  montées  par  le  même  procédé.  Quel- 
ques-unes de  ces  pâtes  font  actuellement  défaut 
à  l'appel,  et  l'on  a  rempli  tant  bien  que  mal  leur 
alvéole  restée  vide,  car  la  croix  a  subi  une 
double  restauration,  à  la  Renaissance  d'abord, 
époque  des  appliques  d'orfèvrerie,  puis  au 
XVIh-  siècle. 

A  la  fin  du  XV*^  siècle  furent  rapportés  et 
fixés  par  des  clous  à  tète  ronde,  les  person- 
nages suivants  qui  n'ont    pas  exactement    rem- 

1.  Le  moine  Gunther,  de  l'abbaye  de  Pairis,  raconte 
qu'après  la  prise  de  Constantinople  par  les  Croisés,  il  rap- 
porta, en  1207,  à  Philippe,  empereur  des  Romains,  «  Do- 
mino Philippo,  serenissimo  imperatori  »,  un  tableau,  en 
or  gemmé,  contenant  des  reliques  et  deux  grosses  pierres  : 
sur  l'une  d'elles  était  sculptée  la  Crucifi.\ion,  et  sur  l'autre 
la  Majesté  de  Dieu.  Ce  tableau  se  suspendait  au  cou  de 
l'empereur,  à  l'aide  d'une  chaîne  d'or,  lors  des  solennités. 

«Tabulam  videlicet  quamdam  inestimabilis  fere  pretii, 
auro  et  gemmis  pretiosis  operosissime  exornatam  et  pluri- 
ma  sanctarum  reliquiarum  gênera,  longe  auro  et  gemmis 
pretiosiora,  ibi  diligenter  recondita,  continentem  ;  quant 
tabulam  Grecorum  imperator,  in  solemnibus  festis,  velut 
quoddam  certum  pignus  imperii,  gcstare  consueverat,  de 
coUo  suo  catena  aurea  dependentem  ;  oui  tabule,  prêter 
aurum  vel  alias  gemmas  quamplurimas,  jaspis  unus  mire 
magnitudinis  inlixus  est,  passionem  Domini  sibi  inscul- 
ptam  et  béate  X'irginis  et  Joannis  evangeliste  ymagines 
hinc  inde  assistentes  :  est  etiam  sapphyrus  ibi  quidam 
admirande  quantitatis,  cui  divina  majestas  (que  nulla 
prorsus  jmagine  proprie  representari  valet,  artiticiose  ta- 
men  ita  ut  fieri  potuit)  insculpta  est.  » 

2.  XJ Inventaire  du  trésor  du  S.  Sûg'i:  sous  Boniface  VI II 
en  1295,  enregistre,  parmi  un  certain  nombre  de  pierres 
antiques,  des  pierres  que  leur  sujet  religieux  indique 
comme  ayant  été  gravées  au  moyen  âge  :  «  Item,  unum 
annulum  pontificalem,cum  une  saffiro  ubi  est  faciès  sudarii 
sculpta,  cum  iiij  granatis  et  iiij  perlis  grossis  »  (n°  549). 
—  <(  Item,  unum  annulum  pontificalcm  cum  uno  cameo 
parvo  in  medio,  in  (;|UO  est  imago  \'irginis  cum  filio  in 
campo  nigro  )>  (n"  580).  —  «  Item,  unum  annulum  cum 
balasso  rotundo  vel  granato,  in  quo  est  sculptus  unus 
Agnus  Dei  »  (n°  593).  —  «  Item,  unum  balassum  in  quo 
est  sculpta  média  majestas  et  est  inclusus  in  auro  cum 
litteris  »  (n"  638). 

3.  La  collection  Basilewski  possède  une  statuette  de 
diacre,  «  en  vermeil  repoussé  et  filigrane  »,  du  XIII'-' 
siècle.  1  Dans  le  livre  (évangéliaire)  qu'il  porte  est  encastré 
un  jaspe  sanguin  représentant  le  Christ,  œuvre  de  glyp- 
tique byzantine  •>  ;  le  Christ  est  assis  en  majesté,  bénit  et 
tient  le  livre  des  évangiles. (t^.jj.  des  Beaux-Arts,  2""-'  sér., 
t.  XVI  11,  p.  539,54.  ;t.  XIX,  p.  438.} 


placé  la  composition  première.  En  bas,  sur  le 
prolongement  de  la  tige,  les  deux  donateurs,  un 
roi  et  une  reine,  couronne  en  tête,  genoux  fléchis- 
sants, les  mains  tendues  en  manière  de  supplica- 
tion ('):  ils  sont  vus  de  profil  et  ont  les  pieds 
chaussés.  Les  deu.x  longues  tresses  de  la  reine 
pendent  dans  son  dos. 

I.  Mongeri  nomme  ces  deux  personnages  Louis  le  Dé- 
bonnaire et  Judith,  mais  sans  autre  fondement  que  la 
date  fausse  de  la  croix  et  une  légende  : 

«  Gli  armadi,  poi,  contengono  più  d'una  preziosa  opéra 
per  la  storia  del  lavoro  artistico.  D'alto  interesse  è  la  bella 
croce  stazionale  che  qui  venne  portata  dalla  abbazia  délia 
certosadi  Chiaravalle.  Essa  risale  al  IX  secolo,  anzi  ail' 
anno  822,  ed  è  quella  istessadata  in  dono  daU'imperatore 
Lodovico  il  Pio  alla  metropolitana  milanese,  nell'  occa- 
sione  in  cui  siriconcilio  colla  citta.  Essa  è  ricca  di  smalti, 
di  cammei,  con  caratteri  greci,  in  parte  sostituiti  quando 
impossibile  il  dire,  di  simplici  piètre.  Tra  questi  cammei 
che  figurano  immagini  religiose,  altro  ve  ne  ha  di  métallo 
a  rilievo  con  che  sono  designate  diverse  figure  di  regnanti, 
in  cui  si  riconosce  il  donatore  colla  consorte  Giuditta, 
Lotario  ed  Ermengarda,  ed  altre.  » 

M.  Manlz,  qui  a  copié  Mongeri,  répète  la  même  erreur 
archéologique  et  historique  : 

«  C'est  un  monument  respectable  que  la  croix  donnée 
en  822  à  la  métropole  milanaise  par  celui  que  les  Italiens 
appellent  Lodovico  il  Pio.  Ce  prince,  que,  dans  un  moment 
d'indulgence,  nous  avons  surnommé  le  Débonnaire,  avait 
fait  crever  les  yeux  à  Bernard,  roi  d'Italie,  et  couper  la  tête 
à  bon  nombre  de  personnages  de  sa  cour.  La  chose  faite, 
il  voulut  bien  en  témoigner  quelque  regret, et  c'est  lorsqu'il 
se  réconcilia  avec  les  Lombards,  qu'il  fit  cadeau  à  la  cathé- 
drale de  cette  croix  fameuse.  Supportée  par  un  pied  de 
bronze  décoré  de  trois  pélicans, d'un  dessin  un  peu  chimé- 
rique, la  croix  de  Louis  le  Débonnaire  est  taillée  dans  un 
marbre  rouge.  Elle  est  enrichie  d'ornements  filigranes  et 
de  pierreries  de  couleurs  diverses,  cabochons  ou  pierres 
gravées  dans  un  goût  presque  byzantin.  Au  milieu  est  un 
crucifix  en  métal  doré  et,  au  bout  de  chaque  bras  de  la 
croix,  se  détachent  en  relief  les  figurines  pleurantes  de 
la  Vierge  et  de  .St-Jean.  Ces  figures  ne  paraissent  pas  du 
l.V  siècle  et  il  se  pourrait  que  la  précieuse  relique  eiit 
subi  plus  d'une  restauration.  Mais  le  monument  n'en  est 
pas  moins  admirable  et  du  plus  grand  intérêt  pour  l'his- 
toire. Cette  croix  appartient  aujourd'hui  à  l'église  de  Santa 
Maria  presso  San  Celso.  M.  Giuseppe  Mongeri  l'a  décrite 
en  quelques  lignes  dans  un  livre  excellent  et  nouveau, 
VArtein  Milano.  »  {Gaz.  des  Beaux-Arts,  2""'  sér.,  t.  VI, 
p.  461-462.)  Que  d'erreurs  M.  Paul  Mantz  a  accumulées 
dans  ces  quelques  lignes  !  La  croix  ne  présente  rien  de 
carlovingien,  les  oiseaux  du  pied  (aigle,  phénix,  pélican) 
sont  tout  h.  fait  modernes,  les  pierres  gravées  sont  com- 
plètement byzantines  ;  on  peut  parfaitement  dater  le 
crucifix,  la  Vierge  et  St  Jean  ;  la  croix  n'est  pas  taillée 
dans  le  marbre,  ce  qui  serait  on  ne  peut  plus  insolite. 

Voir  sur  les  représentations  d'empereurs  et  impératrices 
aux  pieds  du  Christ  un  article  de  M.  Julien  Durand  dans 
le  Bulletin  iniounnenlal,  1S82,  p.  513  et  suiv. 


292 


IRcuuc   Dc    l'art   chrétien. 


Au-dessus,  dans  le  fleuron,  mais  débordant 
sur  son  diamètre  trop  restreint,  S.  Jean-Baptiste, 
en  tunique  et  manteau,  pieds  nus,  tenant  des 
deux  mains  un  médaillon,  oîi  devait  figurer 
l'Agneau  de  Dieu:  il  est  barbu,  se  présente  de 
face  et  a  un  large  nimbe  plein  autour  de  la  tête. 

Au  milieu  de  la  croix,  le  Christ,  attaché  par 
quatre  clous,  les  pieds  juxtaposés  sur  un  support, 
les  bras  presque  horizontaux,  le  torse  déjeté 
obliquement,  un  linge  très  large  enveloppant  les 
reins  et  noué  en  avant,  les  }-eux  fermés,  les  che- 
veux longs  et  la  barbe  entière.  La  tête,  légère- 
ment inclinée  à  droite,  porte  en  coiffure  (■), 
comme  disait  pittoresquement  Didron,  à  la  mode 
italienne,  un  nimbe  crucifère. 

Au-dessus  du  divin  Crucifié,  deux  anges  sem- 
blent descendre  du  ciel:  pieds  nus,  les  ailes  vo- 
lantes, vus  par  le  dos,  ils  tendent  les  mains  vers 
le  Christ,  comme  s'ils  voulaient  le  délivrer.  Au 
moment  de  son  arrestation,  JÉSUS  n'avait-il  pas 
dit  à  S.  Pierre  qu'à  sa  voix  pourraient  accourir 
plusieurs  légions  d'anges  pour  le  défendre  {^)  ? 
D'après  la  tradition  de  la  Grèce  et  de  l'Italie,  ces 
anges  se  nomment  S.  Michel  et  S.  Gabriel. 

Tout  au  haut  de  la  croix, dans  le  fleuron  termi- 
nal, un  chérubin  à  mi-corps  tend  ses  bras  en 
croix  et  lève  deux  ailes  vers  le  ciel,  tandis  que 
les  deux  autres,  soudées  à  sa  poitrine,  sont  rame- 
nées en  avant. 

A  droite,  dans  un  fleuron,  la  Vierge  en  buste, 
voilée  de  son  manteau,  baisse  tristement  la  tète 
et  croise  ses  bras  sur  sa  poitrine,  en  regardant 
mourir  son  fils.Son  nimbe  est  une  rondelle,  posée 
en  arrière;  le  même  est  donné  à  S.  Jean  qui  lui 
fait  face  à  gauche.  Imberbe,  vêtu  de  la  tunique 
et  du  manteau,  l'apôtre  appuie  sa  tête  sur  sa 
main  droite  en  signe  de  douleur  et  laisse  retom- 
ber la  gauche  comme  dans  un  moment  de  décou- 
ragement. 

Tous  ces  personnages  en  argent  doré  ressortent 
en  ronde  bosse  sur  le  fond;  seuls  S.  Jean  et  la 
Vierge  sont  en  demi-relief,  mais  d'une  forte  saillie. 

Les  pommes  ou  boules  aplaties  garnissent  les 
angles  de  la  croix,  flanquent  à  droite  et  à  gauche 
sa  tête  et  sa  tige  et  enfin  s'ajoutent  en  prolon 

1.  Annal,  arch.,  t.  II,  p.  37g. 

2.  «  An  putas  quia  non  possum  rogare  Patrem  meum  et 
exliibebit  mihi  modo  plusqiiam  duodccim  legiones  ange- 
lonim  ?);  (S.  Matth.,  xxvi,  53.) 


gement  aux  fleurons,  qui  eux-mêmes  se  décou- 
pent en  sept  lobes  arrondis  (').  Le  huitième  lobe 
manque,  à  cause  du  raccord  opéré  à  l'aide  d'un 
triangle  tronqué  et,  comme  le  médaillon  de  S. 
Jean-Baptiste  se  rattache  en  deuxendroitsàla  tige 
et  à  la  croix,  il  n'a  que  six  lobes,  placés  latérale- 
ment.Or  les  pommes  ont  dansleur  champ, circons- 
crit d'un  chapelet  de  gemmes,  une  pâte  ou  un 
camée,  que  voici  dans  l'ordre  où  ils  se  présentent  : 

En  bas,  à  droite,camée  à  deux  couches  (=),  d'un 
diamètre  de  quatre  centimètres,  figurant  le  lion 
de  S.  Marc,  ailé,  passant  à  senestre,  nimbé  et 
tenant  son  évangile  fermé  des  deux  pattes  de 
devant;  à  gauche,  camée  aussi  à  deux  couches, 
mais  sur  fond  blanc,  où  l'aigle  de  S.  Jean,  vu 
presque  de  face,  essorant,  piétine  son  livre  fermé. 
La  série  devait  se  compléter  par  le  bœuf  de 
S.  Luc  et  l'homme  de  S.  Matthieu. 

Plus  haut,  au  pied  de  la  croix,  à  droite,  pâte 
byzantine  verte.rectangulaire,  haute  de  deux  cen- 
timètres: S.  Pierre,  à  mi-corps,  tenant  sa  clef  tra- 
ditionnelle, désigné  par  une  inscription  coupée 
en  trois  lignes  et  avec  un  nimbe  en  saillie;  à  gau- 
che, pâte  semblable,  haute  de  trois  centimètres: 
le  Christ,  IC  XC,  en  buste,  le  nimbe  crucifère  au- 
tour de  la  tête,  bénissant  de  la  droite  et  de  la 
gauche  tenant  fermé  le  livre  de  vie. 

A  la  pointe  du  fleuron  de  droite,  derrière  la 
Vierge,  pâte  byzantine,  de  couleur  verte:  Marie 
en  buste,  voilée,  les  mains  tendues  en  avant  et 
nommée  mère  de  Dieu  par  ces  sigles  convention- 
nels MÏÏr  ©V;  à  la  pointe  inférieure  du  croisillon, 
pâte  byzantine,  de  couleur  bleue,  présentant 
le  même  sujet. 

Au  bas  du  croisillon  de  gauche,  le  Christ  de 
pitié  ('),  nu,  à  mi-corps,  avec   le  nimbe  crucifère 

1.  Dans  les  inventaires,  le  lobe  arrondi  prend  le  nom 
de  «  demy-compas».(/«z/.(/i?  Fabbaye  de  Si-Dc>tis,tn  1634.) 

2.  On  disait  au  moyen  âge  carnahieu,  comme  le  démon- 
tre de  Laborde  dans  son  Glossaire,  c|ui  donne  à  ce  camée 
sur  pierre  dure  son  vrai  nom:  iNiccoh:  quand  la  sardoine 
très  foncée  est  recouverte,  sans  nuances  internicdiaires, 
d'un  onyx  ou  d'une  agate  Ijlanclie,  on  l'appelle  niccolo,  qui 
n'est  peut-être  qu'un  diminutif  de  nniccolo,  dérivé  A^onice, 
onyx.  Ce  genre  d'agate  convient  aux  intailles  dont  il  fait 
valoir  la  gravure.  II  a  été  trts  souvent  employé  par  les 
anciens,  surtout  par  les  graveurs  de  Rome.  » 

3.  M.  Julien  Durand  l'appelle  £^av/itfw<7,  conformément 
à  l'Évangile;  mais,  depuis  la  vision  de  S.  Grégoire,  en 
iconographie  il  n'est  connu  pue  sous  le  nom  de  Chrisl  tie 
pilU.  (  /itillc't.monum.,  18S2,  p.  509-512.) 


le  trésor  De  rcglisc  De  ^ainte^^aric  près  %aint=Cclse,  à  a^ilan  293 


et  son  nom  en  grec,  petite  pâte  verte  ;  derrière 
S.  Jean,  camée  à  deux  couches,  haut  de  trois  cen- 
timètres et  demi,  oii  l'on  voit  la  majesté  de  Dieu, 
assis,  nimbé  du  nimbe  crucifère,  bénissant  et  te- 
nant le  livre  appuyé  sur  ses  genoux. 

Il  manque  deux  camées  ou  deux  pâtes  aux 
angles  supérieurs  du  croisillon  et  aux  pointes  du 
sommet. 

Enfin,  en  amortissement  du  fleuron,  un  camée 
à  deux  couches,  où  l'aigle  de  St  Jean,  nimbé  et 
détournant  la  tête,  se  tient  dans  la  même  attitude 
que  le  second  camée  décrit. 

Le  revers  de  la  croix  était  probablement  bien 
mutilé,  lorsque  le  XVII"  siècle  s'avisa  de  le  res- 
taurer et  compléter  dans  un  tout  autre  style.  Les 
filigranes  ont  été  remplacés  par  des  bandeaux 
d'argent  estampé;  les  parties  en  saillie  ont  reçu 
presque  partout  des  cabochons  entourés  de  pier- 
res, puis  d'épaisses  plaques  de  cristal  de  roche 
abritent  ce  qui  reste  de  la  croix  primitive. 

Les  plaques  d'or  conservées  ont  un  fort  relief 
et  comprennent  les  sujets  suivants  :  en  bas,  un 
roi  et  une  reine,  à  genoux,  couronnés  et  mains 
jointes:  ce  sont  les  donateurs  et  ce  groupe  a  don- 
né évidemment  l'idée  de  les  reproduire  sur  la 
face,  quoiqu'il  ne  soit  pas  probable  qu'il  y  ait  eu, 
à  l'origine,  pareille  répétition.  Dans  cette  attitude 
humble  et  confiante,  on  croit  entendre  comme  un 
écho  de  ces  paroles  de  la  sainte  liturgie  :  «  Non 
intres  in  judicium  cum  servo  tuo,  Domine,  quia 
nullus  apud  te  justificabitur  homo,  nisi  per  te 
omnium  peccatorum  ei  tribuatur  remissio.  Non 
ergo  eum,  quœsumus,  tua  judicialis  sententia  pre- 
mat,  quem  tibi  vera  supplicatio  fidei  christianje 
commendat;  sed,gratia  tua  succurrentc,  mereatur 
evadere  judicium  ultionis.  » 

Au-dessus,  dans  le  fleuron,  un  apôtre,  sans  ca- 
ractère déterminé;  sa  barbe  est  pointue,  il  a  les 
cheveux  longs  et  le  nimbe  uni  et  il  tient,  dans  la 
droite  et  fermé,  le  livre  de  la  doctrine  évangélique 
qu'il  a  enseignée  au  monde. 

Dans  le  triangle  qui  opère  le  passage  du  fleu- 
ron à  la  croix,  un  saint,  en  tunique  et  inanteau, 
est  figuré  à  mi-corps  et  nimbé:  rien  ne  permet  de 
lui  assigner  un  nom,  peut-être  est-il  encore  un 
apôtre. 

Au  centre  de  la  croix,  le  Christ  juge  se  mani- 
feste dans  sa  majesté.  Debout,  pieds  nus,  portant 
encore  la  trace  des  clous  qui  percèrent  ses  mem- 


bres, il  lève  le  bras  droit,  comme  pour  prononcer 
une  sentence:  de  la  gauche,  il  ouvre  sa  tunique 
pour  montrer  la  plaie  de  son  côté.  Cette  tunique, 
qui  ne  descend  qu'à  mi-jambe,  est  galonnée  au 
rebord  inférieur,  et  recouverte  en  partie  par  sori 
manteau,  jeté  en  sautoir  sur  son  épaule.  Deux 
anges  soutiennent  l'auréole  qui  l'enveloppe  :  de 
leurs  deux  ailes,  une  vole  et  l'autre  est  abaissée. 
Prèsdelui,trophéesdesa passion,  figurent, à  droite, 
la  croix  dans  laquelle  s'enlace  une  couronne  d'épi- 
nes,et  la  lance,  à  gauche.  Sous  ses  pieds,  le  saint 
sépulcre,  dont  il  est  sorti  au  troisième  jour,  pré- 
sente un  édicule  circulaire,  coiffe  d'une  coupole 
pointue.  De  chaque  côté,  deux  morts, drapés  dans 
leur  linceul,  s'élancent  des  sarcophages  où  ils 
dormaient,  à  la  voix  qui  les  appelle. 

Sur  le  bras  droit,  un  ange,  nimbé,  à  mi-corps, 
vu  presque  de  profil, sonne  de  la  trompette  pour 
convoquer  les  morts  au  tribunal  suprême;  sur  le 
bras  gauche,  un  autre  ange  déroule,  des  deux 
mains,  un  phylactère  qui  contient  les  paroles  de 
l'appel;  il  est  nimbé  et  en  buste. 

Au-dessous  du  Christ  et  des  ressuscitants,  la 
Vierge,  debout,  voilée,  nimbée,  les  mains  présen- 
tées du  côté  de  la  paume,  dans  une  attitude  fa- 
milière au  moyen  âge,  intercède  pour  le  genre 
humain, ainsi  que  S.  Jean, le  disciple  bien-aimé,qui 
regarde  le  Christ,  les  mains  croisées  sur  la  poi- 
trine.Tous  les  deux,  par  une  répétition  qui  serait 
inexplicable  si  elle  ne  témoignait  pas  d'un  dépla- 
cement, reparaissent  dans  les  triangles  qui  unis- 
sent les  extrémités  du  croisillon  aux  fleurons. 
Leur  attitude  prouve  qu'ils  étaient  originaire- 
ment fixés  sur  la  face  où  est  la  crucifixion.  S.  Jean 
passe  le  premier  à  droite,  autre  preuve  de  trans- 
position :  il  est  nimbé  et  a  la  tête  appuyée  dans 
sa  main;  la  Vierge,  les  mains  tendues,  et  la  tête 
penchée  ('),  est  maladroitement  reléguée  à  gau- 
che. Ces  petites  figures,  occupant  peu  de  place, 
ont  un  lien  étroit  et  traditionnel  avec  la  scène  du 
Calvaire.  Les  quatre  fleurons  de  la  face  devaient 
donc  probablement  être  consacrés  aux  symboles 
des  évangélistes. 

Nous  avons  déjà  vu  deu.x  apôtres,  tiois  autres 
reviennent    encore    ici.    S.    Pierre    fait    suite    à 

I.  Telles  sont  la  plupart  des  Vierges  bjzantines,  même 
celles  dites  de  S.  Luc.par  exemple  les  \'ierges  de  Ste-Ma- 
rie  ///  ara  iœii,  de  Sic- Marie  de  la  Consolation  et  de  Ste- 
Maric  in  via  la/a,  h  Rome. 


294 


IReuuc   tic    r3rt    cfjtctien. 


s.  Jean,  dans  le  fleuron  du  croisillon,  à  droite  :  vu 
aux  trois  quarts,  il  a  aussi  le  nimbe  plat,  sa  ph}'- 
sionomie  habituelle,  (tète  ronde,  cheveux  abon- 
dants), les  deux  clefs  dans  la  main  gauche  et  le 
livre  fermé  sur  la  poitrine.  Derrière  la  Vierge 
est  S.  Paul,  à  la  seconde  place  par  conséquent  : 
nimbé,  le  front  un  peu  dégarni,  il  porte  la  barbe 
en  pointe  et  le  livre  de  ses  épîtres  dans  sa  main 
gauche. 

Le  troisième  apôtre,  nimbé  et  sans  caractère 
distinctif,  est  placé  sous  le  fleuron  terminal,  au- 
dessus  d'un  chérubin  qui  a  motivé  celui  de  la 
face  :  nimbé,  l'esprit  céleste  a  revêtu  la  forme 
humaine;  il  se  tient  debout  et  de  ses  six  ailes, 
deux  se  croisent  derrière  sa  tête,  deux  autres  vo- 
lent horizontalement  et  les  deux  dernières  sont 
ramenées  en  avant. 

Enfin,  le  fleuron  qui  couronne  la  croi.x  con- 
tient, dans  un  champ  circulaire,  préparé  pour  lui 
servir  d'auréole,  l'Agneau  pascal:  sa  tête,  entou- 
rée du  nimbe  crucifère,  se  détourne  pour  appeler 
à  sa  suite  les  brebis  de  son  troupeau  qu'il  a  ra- 
chetées par  sa  mort  et  une  de  ses  pattes  tient  une 
croix  triomphale,  pommetée  à  ses  branches. 

Cette  remarquable  pièce  d'orfèvrerie,  si  inté- 
ressante encore  malgré  sa  mutilation,  a  dû  être 
exécutée,  sinon  à  Milan,  du  moins  en  Italie,  dans 
le  dernier  quart  du  XII'^  siècle.  Sa  physionomie, 
le  dessin  des  figures,  et  surtout  la  décoration,  in- 
diquent une  époque  avancée  de  la  période  romane 
à  son  déclin.  Voici  l'opinion  de  M.  Courajod,  que 
je  n'accepte  pas  sans  réserves  : 

«  L'église  de  San-Celso  a  prêté  une  croix  de 
jaspe,  chargée  de  figures  d'argent  doré.  Cette 
croi.x  fort  belle  n'est  peut-être  pas  aussi  vieille 
que  le  pense  le  catalogue.  La  face  semble  être 
tout  au  plus  des  XL'  ou  XIL  siècles  et  le  revers 
des  XIIL  ou  XIV*^.  Il  est  impossible,  en  tout 
cas,  d'y  voir  un  travail  carolingien.  »  (Gaz.  des 
Beaux-Arts,  2"  sér.,t.  XI,  p.  390.) 

II.  —  Higuicrc  et  son  bassin,  (ruf  siècle). 

CES  ravissants  ustensiles,  qui  se  complètent 
mutuellement,  offrent  un  type  parfait  de 
l'orfèvrerie  du  XVL"  siècle,  arrivée  à  son  apogée. 
On  ne  peut  rien  imaginer  de  plus  gracieux  et  de 
plus  noble,  de  plus  orné  et  de  plus  simple  à  la  fois. 


L'effet  est  obtenu  par  la  pureté  des  lignes  non 
moins  que  par  la  richesse  du  décor,  qui  e.xclut 
toute  surcharge  et  profusion.  L'œil  s'arrête  volon- 
tiers sur  un  produit  d'une  exécution  aussi  habile 
et  d'un  dessin  aussi  pur  :  c'est  beau  comme  l'an- 
tique, qui  a  évidemment  guidé  l'inspiration  de 
l'artiste. 

On  prononce  à  Milan  le  nom  de  Benvenuto 
Cellini  comme  celui  de  l'auteur  de  ce  chef-d'œu- 
vre ('}.  Je  n'en  suis  pas  surpris  :  toutefois,  à  défaut 
de  preuve  certaine  de  l'authenticité  de  la  tradi- 
tion, il  est  plus  prudent  de  s'abstenir,  car  affir- 
mer serait  téméraire  :  contentons-nous  de  louer 
et  d'admirer.  M.  Eugène  Pion,  à  qui  j'avais 
signalé  cette  pièce  et  qui  l'a  fait  graver,  donne 
carrément  son  sentiment  :  «  Benvenuto  est  cer- 
tainement étranger  à  ce  travail  (=).  » 

Le  vase  est  essentiellement  païen  comme  com- 
position, ce  qui  n'exclut  nullement  l'idée  qu'il 
ait  été  fait  pour  servir  primitivement  à  l'église  : 
la  Renaissance  ne  se  gênait  guère  à  cet  endroit. 
Cependant,  tenons-le  plutôt  pour  objet  civil  (j) 
et  fabriqué  pour  orner  le  dressoir  et  laver  les 
mains,  avant  et  après  le  repas,  de  quelque  grande 
dame,  princesse  ou  souveraine  (^).  Le  buste  de 
Diane  me  fait  songer  involontairement  à  Diane 

1.  Mongeri  ne  se  prononce  pas:  «Qui  si  conserva  pure  un' 
anfora  d'argento  cesellata,  attribuita  a  IJenvenuto  Cellini, 
conce  che  egli  porta  la  responsabilita  délie  opère  di  simili 
génère  del  suo  tempo,  comunque  pur  siano.  Altri  oggetti 
di  orificeria  vi  sono  deposti,  donc,  in  parte,  del  arcives- 
covo  Carlo  Borromeo,  assai  devoto  e  benemerito  del 
santuario.  » 

M.  Paul  Mantz  conteste,  au  contraire,  l'attribution  : 
«  L'église  Santa-Maria  presso  San  Celso  possède  une 
aiguière  et  un  bassin  d'argent  doré  du  plus  pur  XVI' 
siècle.  Ces  deux  pièces  splendides  sont  naturellement  attri- 
buées à  Benvenuto  Cellini.  Elles  sont  de  son  temps;  voilà 
tout.  Du  reste,  par  l'élégance  souveraine  de  la  forme  et 
par  la  perfection  de  l'outil,  ces  deux  orfèvreries  étaient  au 
nombre  des  merveilles  exposées  (en  i872)au  palais  Brera.» 
{Gas.  des  Beaux-Arts,  2""'  sér.,t.  VI,  p.  462.) 

2.  Benvenuto  Cellini,  p.  300. 

3.  «  Bien  qu'elles  n'aient  rien  dans  leur  décoration  qui 
puisse  les  rattacher  au  culte,  ces  deux  pièces,  ainsi  que 
tant  d'autres  ouvrages  profanes,  sont  conservées  dans  le 
trésor  d'une  église,  où  elles  ont  dû  arriver  comme  pré- 
sent. 1>  (Iliid.) 

4.  Voir  sur  la  forme,  l'usage  et  la  marque  des  aiguières, 
le  Glossitire  Arclu'oloifiçite,  p.  14-1^. —  Nicot  définissait 
ainsi  l'aiguière  en  1606  :  «Aiguière  est  un  vase  d'estain, 
argent  ou  or,  où  on  met  l'eau  qui  sert  pour  verser  dans 
le  verre  ou  laver  les  mains.  » 


Le  trc0or  De  Tcglise  De  ^ainWB^mc  près  ^aint=Cclse,  à  a^ilan.   295 


de  Poitiers,  la  célèbre  duchesse  de  Valentinois, 
qui  aima  et  encouragea  les  arts  :  nous  sommes 
juste  à  l'époque  de  sa  puissance,  au  milieu  de  ce 
XVI«  siècle,  dont  elle  fut  une  des  divinités  les 
plus  populaires. 

L'art  ne  doit  pas  seulement  parler  aux  yeux  : 
sa  mission  est  encore  de  s'adresser  à  l'esprit,  de 
façon  à  doubler,  pour  ainsi  dire,  le  plaisir  que 
cause  toujours  la  vue  d'un  objet  hors  ligne.  Le 
symbolisme,  quoiqu'il  n'ait  pas  été  ici  appliqué 
dans  toute  sa  rigueur,  revendique  sa  part  dans 
l'idée  d'ensemble  de  la  décoration,  motivée  par 
l'eau  que  le  vase  est  destiné  à  contenir  (').  Or 
l'eau  est  une  force  irrésistible,  de  là  les  mufles 
de  lions;  elle  glisse  et  ondule,  comme  le  serpent 
qui  se  dissimule  sous  l'herbe;  elle  purifie,  c'est 
pourquoi  nous  voyons  tant  de  petits  enfants,  qui 
personnifient  l'innocence  même;  elle  fait  par  des 
pluies  bienfaisantes  éclore  les  plantes  et  grossir 
les  fruits  jetés  sur  la  panse  de  l'urne  ;  les  coquilles 
rappellent  l'élément  qui  est  leur  vie;  les  limaçons, 
l'humidité  dans  laquelle  ils  se  complaisent  ;  les 
fleurs  de  lis  proviennent,  dit-on,  comme  type 
héraldique,  de  la  fleur  de  l'iris  qui  croît  au  bord 
des  ruisseaux;  enfin  l'œuf  lui-même,  tout  plein 
de  liquide,  exprime  catégoriquement  la  vie  qui 
vient  dans  le  monde  par  la  femme.  Ce  tableau, 
exaltant  les  vertus  fécondes  de  l'eau,  serait  par- 
fait, si,  à  la  place  de  Diane  (^),  trônait  une  Vénus, 

1.  La  salière  de  Benvenuto  Cellini,  conservée  à  Vienne, 
prouve  péremptoirement  que  les  artistes  de  la  Renais- 
sance s'cfibrçaient  de  donner  un  sens  à  leurs  compositions. 
(Pion,  Benvemito  Cellini,  p.  168-179.) 

M.  Frèrejean,  à  Lyon,  possède  un  prefericuliim  à  par- 
fums, de  style  étrusque,  qu'il  a  rapporté  de  Rome.  L'anse 
est  formée  par  un  hippocampe,  au  bas  deux  poissons  sont 
posés  en  sautoir,  double  symbole  de  l'eau.  La  panse  res- 
semble à  une  fleur  de  nénuphar,  par  allusion  à.  l'eau  odori- 
férante, car  les  parfums  viennent  des  fleurs. 

2.  M.  de  Laurièrc  s'est  efforcé,  étant  donnée  une  Diane 
comme  motif  principal  d'une  aiguière,  de  trouver  quel 
rapport  pouvait  e.xister  entre  cette  déesse  et  l'élément 
liquide.  Voici  ses  observations  qui  ne  manquent  pas  de 
sagacité  :  «  Je  ne  vois,  dit-il,  que  la  fontaine  dans  laquelle 
Diane  se  baignait,  lorsqu'elle  fut  surprise  par  Actéon, 
qu'elle  changea  en  cerf.  On  pourrait  peut-être  alors  hasar- 
der que  Diane,  symbole  de  la  chasteté  et  partant  de  la 
pureté,  exprime  la  pureté  de  l'eau  contenue  dans  le  vase. 
D'après  le  dictionnaire  de  Rich,  Diane,  à  Rome,  était  la 
déesse  delà  lumière, comme  l'indiquerait  la  racine  de  son 
nom,  dies.  Elle  était  aussi  identifiée  avec  l'Artémise  des 
Grecs.  L'Artémise  Arcadienne  était  la  déesse  des  nymphes 
et  on  l'adorait  comme  telle  en  Arcadie.  Or  les  nymphes 
rappellent  naturellement  l'eau.  » 


la  beauté  idéale,  car  la  mythologie  nous  enseigne 
que  Vénus  naquit  de  l'onde;  mais, sans  chercher 
querelle  à  l'artiste,  j'aime  mieux  croire  que  la 
déesse  lui  a  été  imposée  par  suite  du  nom  de 
celle  qui  devait  posséder  et  avait  probablement 
reçu  en  cadeau  une  allégorie  si  charmante,  des- 
tinée à  mettre  en  évidence  l'attrait  de  sa  per- 
sonne et  de  ses  qualités  (■). 

Je  n'ai  pas  exagéré  la  haute  et  profonde  portée 
de  ce  décor  multiple,  mais  un,  comme  on  va  s'en 
convaincre,  en  me  suivant  pas  à  pas  dans  ma 
description  fidèle,  ou  mieux  encore  en  regardant 
simultanément  les  deux  belles  photographies  in- 
folio qui  ont  été  exécutées  par  l'habile  photogra- 
phe de  Milan,  M.  Giulio  Rossi. 

L'aiguière,  en  hauteur, accuse  trente-trois  centi- 
mètres (2).  Son  pied,  circulaire  et  bas,  est  circons- 

I.  «  La  chambre  qui  renferme  ce  trésor  (une  peinture  du 
Corrège,  exécutée  vers  151S  à  San  Paolo  de  Parmej  est 
carrée  :  au  milieu  d'une  des  faces  est  une  grande  chemi- 
née. Notre  illustre  artiste  l'a  décorée  d'une  Diane  de  gran- 
deur naturelle  ;  la  déesse  est  assise  de  côté  au  milieu  des 
nuages,  dans  un  char  orné  de  ciselures.  Elle  revient  de  la 
chasse,  et  va  dans  l'Olympe  reprendre  sa  place  parmi  les 
dieux;  une  grâce  pudique  règne  sur  son  visage  qui  est 
d'une  beauté  parfaite.  .Ses  cheveux  blonds,  au  milieu  des- 
quels brille  le  croissant,  flottent  négligemment  sur  son 
arc  et  sur  le  carquois  qu'elle  porte  attaché  à  ses  épaules  ; 
d'une  main  elle  retient  son  voile  bleu  que  soulève  le  vent, 
et  de  l'autre  elle  guide  les  deux  charmantes  biches,  d'une 
blancheur  éclatante,  qui  la  conduisent.  On  lit  en  latin,  sur 
la  cheminée,  l'énergique  et  prudent  adage  de  Plutarque 
qui  conseille  de  ne  point  attiser  le  feu  avec  une  épée  : 
<iJg7ie!ii  gladio  ne  fodias.  >>  (Millin,  Voyage  dans  le  Mila- 
nais, t.  II,  p.  92.) 

Cette  fresque  fut  commandée  par  l'abbesse  Jeanne  de 
Plaisance,  dont  on  y  voit  les  armes  ;«  ses  armoiries  sont 
trois  croissants,  c'est  probablement  ce  qui  a  donné  au  Cor- 
rège l'idée  de  représenter  dans  cette  chambre  Diane  avec 
ses  génies  et  ses  attributs.  » 

Henri  II  fit  exécuter  pour  Diane  de  Poitiers  par  Paul 
Romain  et  Ascagne  Desmarry,  élèves  de  Benvenuto 
Cellini,  «  une  assiette  àcadenatz,  garnye  de  cuillier,  Cous- 
teau et  fourchette,  avec  un  petit  cotire  au-dessus  servant 
de  salière,  sur  lequel  est  couchée  une  Diane.  »  (Pion, 
Benvenuto  Cellini,  p.  68.) 

Le  D'  Muoni,  prié  de  rechercher,  parmi  les  italiennes 
du  nom  de  Diane,  à  qui  put  appartenir  originairement 
l'aiguière  de  Milan,  m'écrit:  «,  Vi  fu  una  Diana  Cordona, 
moglie  di  Vespasiano  (jonzaga,  primo  duca  di  Gubbio, 
fatta  avelenare  dal  maritonel  1559  perche  infedele.  » 

2.  La  vraie  proportion  entre  l'aiguière  et  son  plateau  a 
été  donnée  par  l'orfèvre  espagnol  Juan  de  Arphe,  dans  sa 
Varia  coniinensuracion,  au  XVI''  siècle.  L'aiguière  étant 
placée  sur  l'ombilic  de  son  bassin,  on  tire  avec  un  compas 
un  demi  cercle,  qui  part  des  extrémités  du  rebord  du  bas- 
sin. Sa  hauteur  ne  doit  pas  dépasser  le  bec  de  l'aiguière. 
[Gaz.  des  Beaux- Arts,  2*=  sér.,  t.  XX,  p.  95.) 


296 


m  e  u  II  c    oc    r  a  r  t    c  fj  r  c  t  i  c  n . 


crit  par  des  m  ju  lures  et  sa  partie  bombée  s'entou- 
re d'une  collerette  de  feuilles  d'acanthe  et  se 
rehausse  de  ronds  gravés.  La  tige,  très  courte  et 
lisse,  est  traversée  par  une  première  bague  mou- 
lurée, puis,  près  du  col,  par  une  plus  développée 
et  garnie  de  godrons. 

La  panse,  de  forme  ovoïde,  a  sa  pointe  décorée 
d'une  couronne  de  fleurs  de  lis,  incisées  dans  le 
métal,  qui  est  l'argent  doré.  En  haut,  des  têtes  de 
femmes  embéguinées,  c'est-à-dire  le  menton  ap- 
puyé sur  un  linge  noué  à  la  hauteur  des  tempes, 
alternent  avec  des  mufles  de  lion  et  des  rosaces, 
les  uns  et  les  autres  séparés  par  des  languettes  à 
roses  et  des  godrons  perlés.  Au-dessous  le  même 
motif  est  répété  cinq  fois  :  il  forme  un  cartouche 
dont  les  bandeaux  de  contour  se  subdivisent  en 
compartiments  variés  et  se  prolongent  en  une 
double  fleurde  lis. Ce  motif  comprend  une  coquille, 
vue  par  le  revers  et  doublée  d'une  guirlande  de 
fruits;  au-dessous,  une  vieille  femme,  prolongée 
en  gaine,  à  l'instar  des  termes  antiques,  croise  les 
bras  au-dessous  de  sa  poitrine  dénudée,  pendant 
que  deux  enfants  du  sexe  masculin  et  entière- 
ment nus,  soulèvent  la  draperie  qui  part  de  sa 
tête;  plus  bas  encore,  un  mufle  de  lion,  que  sur- 
monte une  autre  guirlande  de  fruits,  mâche  un 
anneau  auquel  pendent  encore  des  fruits  agglo- 
mérés (^). 

Tout  d'un  coup  et  sans  transition,  par  un  mou- 
vement un  peu  brusque,  l'œuf  (-')  de  la  panse  est 
coupé  horizontalement  pour  recevoir  un  buste  de 

1.  L'aiguière  que  fit  Benvenuto  Cellini  pour  l'évêque  de 
Salamanque  était  ornée  «  con  tanti  belli  animaletti,foglia- 
mi  e  maschere  quanta  inimaginar  si  posse  »  et  celle  du 
cardinal  Cibo,  <'  tutti  e  dua  richissimamente  lavorati  di 
fogliami  e  di  animal!  diversi.  »  (Pion,  Benvenuto  Cellini, 
p.' 261.) 

Benvenuto  Cellini,  exécutant,  en  1 546,  pour  la  duchesse 
Éléonore,  quatre  petits  vases,  a  soin  de  spécifier  que  les 
mascarons  sont  traités  à  l'antique  :  «  con  belle  masche- 
rine  in  foggia  rarissima,  all'antica.  » 

Un  compte  du  24  décembre  1537  révèle  que  le  cardinal 
d'Esté  fit  exécuter  par  Benvenuto  Cellini  «  un  bassin  et 
une  aiguière  ovale  en  argent,  ornés  de  figures  »  qui  fut 
offerte  au  roi  François  I.  {Gaz.  des  Beaux-Arts,  t.  XVII, 
p.  295.) 

2.  A  l'aiguière  du  cardinal  de  Ferrare,  exécutée  par  lien- 
venulo,  le  bassin  était  de  forme  ovale  «  bacino  ovato  ». 
Ailleurs  il  est  dit  que  c'est  l'aiguière  qui  a  la  forme  d'un 
œuf,  «  uno  bochale  ovale  de  argento,  lavorato  a  figure  ». 
(Pion,  Benvenuto  Cellini,  p.  167.) 


femme  (■),  trop  étroit  pour  ce  large  support.  Cette 
tête  rapportée  se  dévisse  (2)  et  c'est  par  l'orifice 
béant  que  l'eau  s'introduit  dans  le  vase.  Son  nom 
lui  est  donné  par  son  attribut  ordinaire,  le  crois- 
sant qui  domine  son  abondante  chevelure,  parta- 
gée sur  le  front  oîi  elle  ondule  et  nouée  derrière 
la  nuque  en  tresses  dont  les  extrémités  retom- 
bent sur  le  cou.  Diane, la  déesse  de  la  nuit  et  de 
la  chasse,  porte  une  armure  qui  indique,  d'acord 
avec  ses  traits,  son  énergie  virile  :  aux  épaules 
saillissent  les  têtes  de  lions  rugissants  qu'elle  a 
abattus  de  sa  main.  Au-dessus  de  la  tête  s'élève, 
comme  un  diadème,  une  large  coquille  contre 
laquelle  rampent  deux  limaçons  (3)  et  dont 
l'intérieur  de  la  valve  forme  déversoir  pour  l'eau 
qui  s'épanche.  Ces  limaçons  tirant  leurs  cornes 
et  placés  au-dessus  du  front,  sont-ils  une  satyre.' 
Pourquoi  pas?  Diane  pouvait  vanter  son  adresse 
à  l'arc  et  sa  course  rapide  dans  les  bois,  mais 
non  sa  vertu,  démentie  par  l'histoire  ("*)  ;  ce 
qui  n'empêche  pas  de  dire  avec  Horace  :  la  chaste 
Diane,  protectrice  des  vierges  (^). 

Enfin,  un  serpent,  à  la  peau  squameuse  fidè- 
lement imitée  par  le  burin,  après  un  double 
repli  c]ui  forme  l'anse,  soude  aux  épaules  de  Diane 
la  pointe  de  sa  queue   entortillée  en  volute  (6). 

1.  «  Uno  bacile  d'argento,  con  una  figura  de  argento 
dentro.  —  Doi  bocali  d'argento  de  octo  pezzi  tutti  d'argen- 
to. v>  {!nv.  de  Benvenuto  Cellini,  1538.) 

2.  «  Une  esguière  couverte.  »  (Inv.  du  surint.  Fouquel, 
1661.) 

3.  Sur  un  dessin  de  Léonard  de  Vinci,  reproduit  par  la 
Gazette  des  Beaux-Arts,  t.  XXV,  p.  150,  on  voit  ((  un  buste 
de  vieux  guerrier  sans  bras,  couvert  d'une  armure  et  sou- 
tenu par  un  coquillage.  Sa  tête  est  coiftée,  en  guise  de 
casque,par  la  coquille  d'un  escargot  qui  se  redresse  au  der- 
rière de  la  tête  et  est  tenu  en  laisse  par  un  amour  assis  à 
califourchon  sur  la  coque,  les  ailes  déployées  et  tournant 
le  dos.  » 

4.  Annal.  Arch.,  t.  XXIV,  p.  38.  N'est-ce  pas  Diane 
qui  a  enlevé  au  ciel  Hippolyte,  comme  chante  Prudence 
(Contr.  Syinmach.,  Il,  54-55)  : 

« cum  Musa  pudicum 

Ra|)tavit  juvenem  volucrique  per  iittora  cursu.  5> 

5.  «  Dianani  tencnedicite  virgines.  »  (Horat.,  l)a.,  I.  21.) 

6.  «  Une  aiguière  d'argent,  esmaillée  de  plusieurs  figu- 
res, dont  l'ance  et  le  biberon  sont  de  2  serpens.  »  ilnv. 
de  Charles  V,  1379,  n"  1493.)  —  «  Une  autre  aiguière 
de  cristal...  et  l'ance  d'une  serpent  volage.»  (Inv.  du 
due  de  Berry,  1416,  n"  379.)  —  «  Une  longue  esguière  d'ar- 
gent, qui  gecte  son  eau  par  la  gueullc  d'un  serpent  et  ung 
autre  serpent  servant  d'ance.  »  {Inv.  du  cardinal  d'Ani- 


Le  trésor  ne  l'église  De  ^ainte=9[9arie  près  %!aint=Cel5e,  à  ^ilan.    297 


Le  poinçon,  apposé  sur  l'aiguière  et  répété  sur 
le  plateau,  se  compose  des  deux  initiales  N  etW, 
au-dessus  d'un  mufle  de  lion  (').  Peut-être  ce 
signe  aidera-t-il  à  reconnaître  le  lieu  de  la  fabri- 
cation, en  donnant  en  même  temps  le  nom  de 
l'artiste,  pour  qui  le  lion  ne  fut  probablement 
qu'un  meuble  parlant. 

Le  bassin  est  circulaire  et  d'un  diamètre  de 
vingt-deux  centimètres.  La  bordure  extérieure 
offre  une  série  de  coquilles  et  la  bordure  intérieure 
une  guirlande  de  feuilles  pressées,  nouées  de  dis- 
tance en  distance  par  des  bracelets  gemmés. Entre 
lesdeux  court  une  large  frise,  où  le  même  motifse  ré- 
pète quatre  fois.  Dans  un  cartouche,  intérieurement 
découpé  en  quatre-feuilles,  sourit  une  petite  tête 
d'ange  ailé;  au  dehors,  des  coquilles  et  des  guir- 
landes de  fruits  que  des  enfants  nus  tiennent  d'une 
main,  tandis  que  de  l'autre  ils  rejettent  en  arrière 

boise,  15 10.)  —  «  3  vases  à  pattes  de  feuillages,  ...  les  ances 
ce  sont  des  serpents  très  entortillez.  »  [Inv.  de  FI.  Rober/et, 
1528.) 

Il  y  avait,  dans  la  célèbre  collection  Pourta'ès,  parmi 
les  «  terres  sigillées  »  de  Bernard  Palissy,*  une  charmante 
aiguière  semée  de  fossiles,  de  plantes  et  d'animaux  grim- 
pants, dont  l'anse  gracieuse  est  formée  par  une  couleuvre.  » 
(Ga::.  des  Beaux-Arts,  t.  XVII,  p.  392.) 

Le  baron  Gustave  de  Rothschild  possède  une  aiguière, 
en  faïence  d'Urbino  (X\'I"'  siècle),  «  dont  le  goulot  est 
formé  par  un  dauphin  renversé  et  l'anse  par  des  serpents 
enroulés.  »  (Gaz.  des  Beaux-Arts,  t.  XIX,  p.  401.) 

Une  aiguière,  qui  appartient  au  duc  de  Rutland  et  qui 
porte  la  date  de  1579,  «emprunte  une  grande  partie  de  sa 
décoration  au  monde  de  la  mer...  l'anse  est  formée  par 
une  figure  de  guerrier  se  terminant  en  double  queue  de 
serpent.  »  {Gaz.  des  Beaux--Arts,  2''  pér.,  t.  X,  p.  312.) 

I.  <"<  On  y  remarque  deux  poinçons.  Le  W  du  premier 
indiquerait,  au  moins  pour  la  restauration,  un  artiste  étran- 
ger à  l'Italie.  Le  second  a  été  relevé  par  M.  Darcel  sur  un 
vidercome  allemand  des  collections  du  Louvre,  D,  766.  » 
(Pion,  Benvcniito  Celtiiii,  p.  300.)  M.  Pion  donne  ces  deux 
poinçons  ;  l'un  est  en  forme  d'écusson,  porte  une  espèce 
de  face  humaine,  à  cornes  ou  longues  oreilles  et  est  sur- 
monté de  la  lettre  W;  le  second  est  un  N  inscrit  dans  un 
cercle. 

Le  docteur  Muoni,  de  Milan,  qui  a  revu  l'aiguière  à 
mon  intention,  m'écrivait  en  1882;  <<  Rinvenni  sul  vaso  le 
due  lettere  N,  \V,  alte  due  o  tre  millimetri  al  piii.  Non 
potendo  il  Wesser  iniziale  di  artista  italiano,  io  credo  che 
hà  il  marchio  dell'  assaggiatore  délia  zecca,  essendo  l'og- 
getto  d'arte  italiana,  se  non  del  Cellini,  del  Caradosso  o 
di  loro  allievi.  Jo  vedo  sotto  la  lettera  W,  non  una  testa  di 
leone,  ma  una  testolina  di  toro.  »  Le  poinçon,  pour  le 
docte  milanais,  présente  donc  une  tête  de  taureau,  vue  de 
face  et  sa  signification  serait,  non  une  signature  d'artiste, 
mais  une  marque  apposée  par  la  monnaie  pour  constater 
le  titre  du  métal. 


la  draperie  qui  les  recouvrait.  Si  l'ange  a  pu  faire 
croire  un  instant  à  une  destination  religieuse,  on 
renoncera  vite  à  cette  illusion,  quand  on  aura  vu,. 
à  l'entre-deux,  sous  un  chapelet  de  perles,  la 
figure  barbue  et  cornue  d'un  vieux  satyre,  à  l'œil 
ardent  et  à  la  bouche  moqueuse,  dont  le  front 
est  surmonté  d'une  coquille  et  au  menton  duquel 
pend  une  houppe. 

L'eau  en  tombant  sur  les  mains  risque  d'écla- 
bousser les  vêtements,  quand  le  bassin  est  rond  et 
sans  profondeur.  On  a  cherché,  au  XVII^  siècle, 
à  obvier  à  cet  inconvénient,  en  ajoutant  un 
rebord  qui  le  transforme  en  cuvette.  Ce  rebord, 
qui  lui  donne  un  aspect  vulgaire,  est  évidé  en 
godrons  creu.x  (')  et  contourné  de  feuillages,  au- 
dessus  d'un  cordonnet  de  grosses  perles. 

A  la  même  époque,  on  grava  au  milieu  du  bas- 
sin, en  grandes  lettres  d'écriture  cursive,  le  mo- 
nogramme du  nom  de  Marie,  MAA:  ce  redou- 
blement de  la  voyelle  A  est  tout  à  fait  insolite  et 
n'a  nullement  sa  raison  d'être,  l'abréviation  ou 
plutôt  la  contraction  du  mot  se  faisant  toujours 
par  l'initiale  et  la  finale  seules.  M.  Pion  trouve  ce 
chiffre  *:d'im  effet  déplorable»  (p.  300). 

III.  —  Pcnt-à=col  (ruf  Siècle). 

C'EST  le  seul  nom  qui  convienne  à  ce  bijou, 
pieusement  offert  par  S.  Charles,  car  ilpeint 
aux  yeux  l'objet  désigné,  dont  la  destination 
était,  en  effet,  d'être  suspendu  au  cou  if).  Le 
moyen  âge  l'a  créé,  conservons-le,  puisqu'il  n'a 
ni  synonyme  ni  équivalent. 

On  sait  que  les  Italiens  se  plaisent  à  orner 
leurs  statues  de  bijoux  et  de  parures,  comme  si 
c'étaient  des  personnes  vivantes  :  le  raffinement 
est  même  poussé  jusqu'à  en  garnir  les  tableau.x 

1.  «  Item  une  couppe  d'argent,  couverte,  godoronnce, 
pesant  iij'".  —  Item  six  gobellectz,  godoronnez,  dorés  à 
moytic,  pesant  iij"',vj".  »  (Iiiv.  de  Marie  de  Bretagne,  1477.) 

2.  <<  Pent-à-col,  un  bijou,  qui,  comme  nos  médaillons,  se 
portait  au  cou.  1>  De  Laborde,  dans  son  Glossaire,  après 
cette  définition,  cite  à  l'appui  sept  textes  de  132S,  1352  et 
13S0.  J'en  donnerai  trois,  empruntés  à  X Inventaire  de  Par- 
genterie  et  à  celui  de  Charles  V,  pour  montrer  l'emploi 
du  mot  et  la  forme  du  bijou  :  «  Un  fermail  ront,  à  pent-à- 
col,  où  il  a  une  esmeraude...  Un  pentacol  d'un  saphir,  de- 
dens  une  bourse...  Un  petit  reliquaire  de  jaspre,  en  façon 
d'un  pentacol,  environné  de  menue  pierrerie.» 


298 


ïR  etiuc  De   rart  cfjrcticn. 


qui  ne  s'y  prêtent  pourtant  guère,  en  raison  de 
leur  surface  plane.  A  Ste-Marie  près  St-Celse,  la 
Madone  vénérée  motivait  pareil  don  :  nous  ver- 
rons plus  loin  des  tableaux  votifs  qui  ont  pour 
but  spécial  d'honorer  Marie. 

Le  saint  archevêque  de  Milan  ne  pouvait  placer 
dans  une  église  un  bijou  de  toilette,  fabriqué 
pour  les  personnes  du  monde  et  acheté,  à  tout 
hasard,  chez  un  joaillier.  Il  prit  la  peine  de  le 
commander,  afin  qu'il  fût  digne  de  la  Madone 
qu'il  devait  parer,  du  lieu  saint  où  il  attirerait  les 
regards  de  la  foule  et  enfin  du  donateur,  très 
strict  en  tout  ce  qui  tenait  à  la  convenance  et  à 
l'appropriation  dans  les  choses  du  culte.  Le  bijou 
sortit  des  mains  de  l'artiste,  tel  qu'il  avait  pu  le 
souhaiter,  traité  avec  goût  et  franchement  conçu 
dans  un  esprit  religieux,  je  dirai  même  symboli- 
que. N'était-il  pas  naturel  de  placer  sur  la  poitrine 
de  Marie,  témoin  de  tant  de  souffrances,  près  de 
son  cœur  compatissant,  la  mémoire  du  Calvaire, 
de  cette  crucifixion  oii  son  divin  Fils  lui  recom- 
manda, dans  un  suprême  adieu,  en  la  personne 
de  S.  Jean,  son  disciple  bicn-aimé,  l'humanité 
tout  entière?  Ce  sentiment  devait  aller  au  cœur 
de  S.  Charles,  qui  voyait  dans  la  Vierge  une  mère 
chérie,  dont  il  réclamait  sans  cesse  le  patronage. 

D'une  tête  d'ange,  émaillée  de  blanc  et  aux 
ailes  repliées, émaillées  rouge  et  bleu, ce  qui  donne 
les  trois  couleurs  des  vertus  théologales  (^),  par- 
tent trois  chaînes  d'or  qui  aboutissent  à  un  mé- 
daillon de  cristal,  autour  duquel  on  lit  en  légende 
cette  devise:  IN  TE  CONFIDO  DEVS  MEVS. 
La  monture  est  en  or,  égayée  de  quatre  fleurons 
en  émail  bleu  qui  coupent  le  grénetis  du  pourtour  ; 
à  celui  d'en  haut  est  fixée  une  des  chaînes  et  à 
celui  d'en  bas  une  perle  pendante,  suivant  la  pra- 
tique du  temps,  qui  aimait  particulièrement  les 
pendeloques  (2). 

1.  Le  trésor  de  lacath.  de  Béiiéveni,  p.  12. 

2.  La  Gazette  des  Beaux- Arts,  t.  XIX,  p.  34S,  reproduit  un 


Le  médaillon  s'ouvre  par  le  milieu  et  ses  deux 
cristaux  bombés  sont  maintenus  dans  une  bor- 
dure émaillée,  où  le  cartouche  se  détache  en  blanc 
sur  un  fond  noir,  comme  les  rebords,  avec  quel- 
ques pièces  rouges. 

A  l'intérieur  est  placée  une  crucifixion,  haute 
de  deux  centimètres,  très  finement  sculptée  sur 
un  bois  à  fibres  compactes,  que  l'on  dit  provenir 
du  Calvaire  :  ce  travail  microscopique,  fait  à  la 
loupe,  doit  être  examiné  avec  cet  instrument 
pour  bien  se  rendre  compte  de  son  mérite.  Le 
Christ  meurt  sur  la  croix  entre  les  deux  larrons. 
La  Vierge  assiste  à  son  agonie,  triste  mais  rési- 
gnée, les  mains  jointes.  La  foule  du  peuple  a 
envahi  la  colline,  occupée  militairement,  sous  la 
conduite  d'un  centurion  à  cheval.  Des  soldats 
tirent  au  sort  la  robe  sans  couture  ('). 

Je  ne  sais  rien  de  plus  achevé  que  ce  tableau 
minuscule,  si  plein  de  vie  et  de  relief,  parfaite- 
ment encadré  dans  une  monture  d'un  travail  non 
moins  savant,  en  sorte  que  le  tout  constitue  un 
objet  de  haute  valeur  artistique,  comme  savait  si 
bien  les  façonner  la  Renaissance  italienne  qui 
excellait  à  ces  bijoux. 

X.  Barbier  de  Montault. 
(A  suivre.) 

charmant  bijou  du  XVI'=  siècle  de  la  collection  du  prince 
Czartorisky.  A  un  collier  pend  un  A  en  diamants,  accosté 
de  deux  amours  et  surmonté  d'une  couronne  en  rubis  ;  à 
la  partie  inférieure  se  balance  à  un  anneau  une  perle  en- 
filée et  taillée  en  poire. 

I.  L'inventaire  de  la  maréchale  de  Saux  de  Tavanes  fut 
rédigé  en  161 1,  date  de  sa  mort  ;  celle  de  son  mari  était 
arrivée  en  1573.  Comme  elle  vécut  96  ans,  le  bijou  en 
question  concorde  parfaitement  avec  l'épiscopat  de  saint 
Charles.  *  Ung  pendant  d'or,  dans  lequel  est  l'efligie  dudit 
feu  seigneur  maréchal  de  Tavanes  et  au  bas  duquel  pen- 
dant est  une  perle  ronde,  prisée  24 1. —  Ung  aultre  pendant, 
d'agatte  d'un  costé  et  de  cristal  d'autre,  enchâssé  d'or, 
dans  lequel  y  a  l'image  de  Dieu  de  Pitié  et  au  bout  d'iceluy 
une  perle  ronde,  prisé  30  I.  »  (Reii.  des  Soc.  sav.,  7'"°  sér., 
t.  V,  p.  300.) 


g^^g??SSg?:^^^^gg^:^ 


Broïiertes^  et  tissus,  conservés  autrefois  à  la 


catbéïirale  ïi^Hugers*  cv-anicic).  (v.  2-iivr.  1885,  p.  168). 


|r     ^ir    Ti      Tii      ^|i      ^ir      ijr    Tr    ^ir    Tr     Tir    Tr       lir      lir     Tir     Tr    Tr      lir     Ts^    Tr      lir    Tiî^    Tb^    TS^ 


Capp/E. 
L  était  d'usage  de  chaper  tout 
le  chœur  à  certaines  grandes 
fêtes  et  à  quelques  processions, 
'aussi  ne  s  etonnera-t-on  pas  du 
grand  nombre  de  chapes  citées  dans  les 
inventaires.  Chaque  chanoine  en  donnait 
une,  mais  le  plus  souvent  à  sa  fantaisie. 
«  //  serait  à  désirer,  dit  Lehoreau,  que  les 
cinq  cluipes  (qui  servent  aii  cJiantre  et  à  ses 
quatre  aides,  le  dernier  chanoine  reçît,  le 
sous  chantre  et  les  2  maires  chapelains)  fus- 
sent égales.  Le  chantre  a  la  phis  précieîtsc, 
le  chanoine  et  le  sous  cJiantre  en  ont  deux 
vioindres  et  les  deux  maires  chapelains  deux 
moindres  que  les  précédentes  :  toutes  sont  de  la 
couleur  du  joiir.  Ce  qui  fait  la  difficjilté  c'est 
que  chaque  chanoine  donne  ait  chapitre  sa 
chape  telle  et  de  quelle  couleur  qù  il  lui  plaît, 
pourvu  qitelle  soit  ait  moins  de  la  somme  de 
200  livres.  Bu  lyii  et  i"]  12  les  nouveaux 
chanoines  se  sont  joints  ensemble  pour  avoir 
des  chapes  semblables,  en  sorte  qîtil y  en  a  un 
bon  nombre  et  de  très  précieuses^'),  nonobstant 
la  misère  des  temps  à  cause  des  guerres,  et 
depuis  longues  années  on  ri  en  a  donné  de  si 
propres  et  en  si  grand  nombre,  en  sorte  que 
l'église  d'Angers  est  à  présent  l'une  des 
cathédrales  les  plus  riches  en  ornements  i^\  » 
1297.  Elles  sont  divisées  en  trois  catégo- 
ries, suivant  leur  valeur  :  1°  celles  des 
chanoines,  2°  celles  des  chapelains  et 
3'^  celles  des  clercs. 

1.  B.  E.,  Cérémonial  de  Lehoreau,  t.  III,  p.  142.  Le 
7  mai  1714  pose  du  nouveau  chapier.  —  Depuis  171 1,  12 
et  13  les  clianoines  ont  donne  douze  à  treize  chapes  des 
phis  belles  du  temps,  quant  au  drap  d'or. 

2.  Ideni,  Ibid.,  t.  I,  p.  4. 


—  Item  triginta  cappas  pro  canonicis. 
pulc liras  et  bonas. 

—  Item  triginta  quinque  pro  capellanis. 
bonas  et  suffcietites. 

— Item  quadraginta  sexpravas pro  clericis. 

Le  cahier  de  l'inventaire  de  1391,  relatif 
aux  chapes.est  arraché;  on  lit  toutefois  à  la  fin  : 

1391.  Sequuntur  ea,  quœ  post  precedens 
inventarium  fuerunt  legata,  data  et  empta 
pro  dicta  ecclesia. 

—  Una  cappapulc/ierrima,pannidamasceni 
deaurati per  totum,  cum  piilchro  aurifrasio 
OPERis  Y'LO\<.Y.^TVii\,continens  hystoriam  nati- 
vitatis  Domini  Jhu  Xi,  quavi  dédit  ecclesiœ 
dominus  cardinalis  Neapolitanus,  thesau- 
rarius  (Thomas  Amatanus  1391)  mensis 
novembris  anno  millesimo  CCC°  nonagesimo 
primo.  (141 8.) 

141 8.  Un  grand  nombre  des  chapes  sui- 
vantes remontaient  au  XIV"^  siècle,  bien 
qu'elles  soient  décrites  pour  la  i'^  fois  dans 
les  inventaires  de  141 8  ou  les  suivants. 

— Primo,  una  cappa pulcherrima  deaurata 
cum ymaginibus  et  firmario  inpectore  et  duo- 
bus  cornis  argentiesmallati  rétro  super  scapu- 
las,  quœ  corme  sunt  in  ciistodia  sacristce,quam 
dédit  magister  P.  de  sancto  Dyonisio.  (1335.) 

—  Item  una  cappa  pulcherrima  panni  aurci 
diversorum  colorum,  cum  pulcherrimis  auf- 
frasiis,  quam  dédit  hic  deffunctus  magister 
J.  Hancepie,  quondam  thesaurarius  et  cano- 
nicus  ecclesiœ  Andcgavensis.  (ijSj.)  In  ca- 
pile  ymago  creatoris  et  virginis  Maries  et  in 
buto  sancti  Alartini,  nudum  vestientis.  (Usu 
detrita  1539.) 

—  Itejn  duce  alice  cappcc  pulchr(C,de  samicto 
azurato  operato  diversis  ymaginibus  aviiim. 


REVUE   DE   l'art  CHRÉTIEN. 
1885.   —    3"'<^   LIVRAISON. 


300 


IRctiui?    tic    ratt    cfjrctien. 


qiias  dedit  ae_^iincta  do^nina  Maria  ni  nati- 
vitate  Ltidovici primogeniti  sui  et  auffrazta 
fada  fucnint  siimptibiis  ecclcsicc  ad  yniagi- 
nes  apostolortim  et  m  buto  infei'iori  ex  tino 
latere  sancti  Matcricii  et  ex  alto  sancti  Lau- 
rencii  et  alia  ad ymagines  prophetarum  et  in 
capite  ymagû  sancti  Mauricii. 

—  Item  diuc  aliœ  cappa,  de  sainito  rnbei 
coloris,  operatce  ciim  diversis  avibus,  quarum 
domina  dédit  panmmi  et  atiffrazia  facta  fue- 
runt  siimptibus  ecclesiœ,  zuia  in  aitffraziis 
ad  ymagines  episcoporum  et  in  buto  sancti 
Silvestri,  alia  in  auffraziis  martyrum  in 
buto  sancti  Mauricii,  compétentes. 

— Item  una  alia  cappa  depanno  auri,divcr- 
sornin  colorum  cum  auffraziis,  y maginibiis 
et  armis  domini  Hardouini  andcgavensi^ 
episcopi  (1372-1430)  quam  idem  cpiscopus 
dédit  ecclcsiœ. 

—  Item  alia  cappa  pulchra,  de  panno  auri 
diversorum  colorum  cum  aiffraziis  ymaçia- 
tis,  quam  dédit  deffunctus  M.  Bonihominis. 
(1362.) (De  panno  aureo  alexandric  et  yndii 
coloris...  1467)  (la  chape  de  la  Madeleine — 
in  cujus  capucio  sunt  très  ymagines.  — 
Médius  sancti  Pauli.  1595). 

— Item  unaalia  cappa,  de  saniito  rubci  colo- 
ris, cum  ymaginibus  diversis  et  cum  auffra- 
ziis de  armis  sancti  Mauricii  rétro  caput  et 
diversis  aliis  armis  Andegavi  et  Britanniœ 
et plurium  aliorum,  quam  dédit  deffunctus 
Gau,  butilariiis  (1375),  quondam  canonicns 
ecclesiœ  Andegavcnsis. 

—  Item  una  alia  cappa  de  auro,  diverso- 
rum colorum,  cum  auffraziis  et  pluribus 
ymaginibus,  quam  dédit  Andréas  Bcsson- 
nelli,  canonicus  Andegavcnsis ( 1 36 j),  in  ca- 
pite atffrazii  unus  episcopus. 

—  Item  sex  alûe  cappce,  quarum  trcs  ha- 
bent  firmalia  argentea  et  alice  tertice  habent 
firmalia  cuprca,  quidquidam  dictum  in  anti- 
quo  inventario,  quarum  prima  est  de  serico 
diversorum  colorum,  per  carrellos,  dupplicata 


sandalo  rubco  cum  firmalia  pulchro  et  magno 
argentei  deaurati,  lapidibus  seminato  et 
bordato  excepta  certa  pccia  in  dextcra  parte 
ad  intra  et  dcfficiunt  plurcs  lapides. 

—  Item  alia  de  panno  violcto  seminato 
petiis  aureis,  dupplicata  sajtdalo  et  bougrano 
cum  aiff'raziis  ad  arma  Francicc,  cumfirma- 
lio  aigenteo  dcaurato  seminato  fioribus  lilii, 
ad  arma  Franc iœ,  cum  figura  assumptionis, 
cum  tribus  lapidibus  et  ceteri  defficiunt  et 
cum  duobus  pomis  argentei  s  rétro. 

— Item  duce  cappœ,desericoalbo,dupplicatœ 
de  sandalo  rubco,  cum  firmaliis  argenteis 
deauratis  ad  arma  de  Credonio,et  egent  rcpa- 
ratione,  in  uno  firmalio  déficit  una  banda. 

—  Item  alia,  de  serico  viridi,  cum  magnis 
animalibus  aureis,  dupplicata  de  sandalo 
rubco  cum  firmalio  aigcnteo  esmaillato  ad 
unum  scutum  lozangiarum  argent i  et  adurei, 
cum  quarta  parte  scuti  aureiadmodum  crucis. 

—  Item  alia,  de  serico  ad  barras  aurei  et 
adurei  coloris  dupplicato  de  bougrano  rubeo  et 
de  samito  viridi  cum  pulchro  firmalio  argenti 
ad  modum  ttirrium  cum  lapidibus  et  deffi- 
ciunt duo  lapides  in  buto  pinaculoruni. 

—  Item  duo  aliœ  cappœ  habentes  quœlibct 
duo  pâma  argentea  super  scapulas  inpectore, 
vidclicet  una  de  panno  serico  ad  bestias  diver- 
sorum colorum  dupplicata  de  satino  de 
diversis  pcciis  cum  auriffraziis  et  quatuor 
pomis  et  eget  reparatione,  et  alia  antiquata 
de  panno  serico  ad  scuta  adurata  dupplicata 
de  bougrano  adurato  cum  quatuor  pomis  et 
etiam  indigent  reparatione. 

—  Item  una  alia  cappa  persea,  quœ  solebat 
Jiabere  poma  dcaurata  cum  fioribus  liliorum 
cum  fil-mal io  cupreo  ad ymaginem  Annun- 
tiationis  et  duobus  pomis  et  eget  reparatione. 

—  Item  XVII'""  cappœ  antiquœ  pro 
canonicis  satis  compétentes  : 

Prima  est  de  bono  panno  serico  acu  con- 
fecto  forti  ad  diversos  colores  armaque 
virginis,   dupplicata  croceo  cum  firmalio 


IBrooeries  et  tissus,  conscrtiés  autrefois  à  la  catbéUrale  D'3ngers.      301 


cupreo  angelorum,  in  uno  quorum  caput 

defficit. 
Secunda  de  panno  serico,  viridi  coloris,  cum 

animalibus    aurais,  dupplicata  de  sandalo 

rubeocumfirmaliocupreoadgalum.(i467). 
Tertia  de  panno  serico,  viridi  coloris,   cum 

avibus  dupplicata  de  sandalo  rubeo  et  cro- 

ceo  (cum  avibus  de  auro  de  lucques  1467.) 
iiij''''  de  panno    serico,    viridi  coloris,  cum 

animalibus  deauratis,dupplicata  de  croceo 

et  viridi. 
v'a  de    panno    serico,    viridi    coloris,    cum 

griffonis    ad    alas    albas,    dupplicata    de 

sandalo  adureo.  (1467.) 
vi^^  de  panno    serico,    viridi    coloris,    cum 

pavonibus  et  cervis,  dupplicata  de  sandalo 

viridi.  (1467.) 
vii^  de  panno  aurato  ad  barras  dupplicata 

de  sandalo  violeto. 
viii''^  consimilis. 
ix^  de  panno  rubeo,  cum  capitibus  et  pedi- 

bus  cum  orfrazio  ad  ymagines  apostolo- 

rum,  dupplicata  de  sandalo  viridi. 
x^  de    panno    serico    viridi,    cum  magnis 

avibus  rubeis.dupplicata  de  sandalo  viridi. 
xi^  de    panno   serico    violeti    coloris    cum 

auffrazio  ad  ymagines,  dupplicata  sandalo 

persei  coloris. 
XII'''  de  sandalo  adureo  seminato  ymaginibus 

apostolorum,  dupplicata  de  sandalo  rubeo. 
xiii^'  consimilis    extra    dupplicaturam    quse 

est  de  boucacino  albo. 
xiiijta  de   panno  serico  rubeo  cum  orfraziis 

pulchris,  dupplicata  de  samicto  viridi. 
xv''i  de  serico    rubeo    cum    magnis   avibus 

dupplicata  de  sandalo  viridi. 
xvita  de   serico  rubeo  seminato  pavonibus 

etaliis  avibus  aureis  cumorfraziispulchris, 

dupplicata  de  samito  croceo. 
xvii'='    de    serico    persei    coloris,    seminato 

pavonibus. leonibus, dupplicata  de  sandalo 

rubeo.  (142 1.) 

—  Item  de  vig  inti  cappis  script is  ni  anti- 


quo  inventario  defficiebant  XI'"  cappœ  et  sic 
restant  novem  antiquœ  satis  compétentes. 
Prima  de  panno  rubeo  cum  leopardibus  et 

rosis  aureis,dupplicata  de  bougrano  nigro. 
11^  consimilis   coloris  et  figurée,    dupplicata 

diversis  peciis  tellae  albae. 
III'''  de  serico  viridi  seminato  animalibus  et 

avibus,  dupplicata  de  sandalo  viridi  cum 

peciis. 
iiii^  de  baudequino  violeto  seminato  leoni- 
bus aureis,  dupplicata  de  samito  violeto 

cum  peciis. 
v^a  de  serico  rubeo  cum  orfrasiis  acu  factis  et 

scutis  diversis,  dupplicata  diversis  peciis. 
vjta  de  serico  violeto  separata  cum  orfraziis 

cum  ymaginibus  breyibus,  dupplicata  sin- 

done  viridi  quasi  croceo. 
viia  de  serico  viridi  cum  figuris  sphericis  et 

rotondis   pavonibus  cum  orfrasiis  planis, 

dupplicata  de  samito  viridi. 
viii^  de  serico  ad  barras  diversorum  colo- 

rum  et   cum  orfraziis  planis  cum  lozan- 

giis,    dupplicata    de  samito    adureo  pro 

majori  parte. 
IX'''  de  serico  rubeo  seminato  avibus  et  mu- 

tonibus   aureis   et   aliis  ymaginibus  cum 

pulchris  orfrasiis  ad   ymagines  apostolo- 
rum,    dupplicata     sindone     viridi     cum 

peciis.  (142  I.) 

—  Item  de  XVI  cappis  veteribus  et  qîuc 
multis  repai'ationibus  indigebant  defficiebant 
X  et  adJmc  restant  sex  taies  qnales  : 
Prima  de  sandalo   rubeo  forti,    dupplicata 

de  bougrano  adureo. 
Secunda  consimilis  coloris,  dupplicata  peciis 

bouofrani  dealbati. 
Tercia  etiam  rubei  coloris,  simplex,  exceptis 

aliquibus  peciis  ad  intra. 
iiij^'''  de  serico  rubeo  seminato  leopardibus  et 

floretis  aureis,  dupplicata  bougrano  \nridi. 
v'^  de  serico  violeto  cum  pluribus  peciis  ad 

aquilas,    duplicata    de    eodem,    excepta 

pecia  bougrani  nigri. 


302 


iReuuc   De    rsrt   chrétien. 


vi'a  de  serico  ad  barras  perseas  et  rùbeas 

cum  leonibus  et  est  simplex.  (142 1.) 

—  Item   trii^iiita  octo  cappcr,  taies  qiiales 
pro  cappellaiiis. 
Prima  est  de  serico  rubeo  cum  orfrasiis  ad 

ymagines  apostolorum,   dupplicata  bou- 

grano  adureo. 
ii^^^  de  serico  rubeo  seminato  floribus  cum 

orfraziis  viridibus  ad  lozangias,  dupplicata 

de  samito  adureo. 
iii^  baudequino  viridi  cum  orfraziis  barratis 

et  est  simplex. 
\\\]^^  quasi  consimilis  panni  et  est  simplex 

cum  orfraziis  rubeis  ad  lozangias. 
v'a  de  baudequino  adureo  cum  ymaginibus, 

qusesunt  ...  ursos  tenentes,  qua;  capa  est 

simplex. 
vi^a  de  baudequino  violeto  seminato  avibus 

aureis  cum  peciis  de  tella  grossa  alba  ad 

intra,  quse  cappa  est  simplex. 
VII'''  de  baudequino  rubeo  cum  avibus  croceis, 

dupplicata  de  bougrano  persico. 
VIII''-  de  panno  serico  croceo  dupplicata  bou- 
grano persico. 
IX"''  de  samito  adureo  cum  foliis  et  vmasjine 

Trinitatis,    cum    orfraziis    ad    lozangias, 

dupplicata  tella  alba. 
X'^  de   sandalo  renforcato  violetto  ad  follias 

cum  orfraziis  plurium  peciarum,dupplicata 

tella  rubea. 
xp  de  panno    persico    ad    moletas    aureas 

taconatas  et  est  simplex. 
xii""^  simplex  de  baudequino  violeto,  semi- 
nato de  languis  aureis,  repeciata. 
xiii'i  simplex    consimilis    coloris    seminata 

avibus  aureis  cum  orfraziis  croceis. 
xiiri'''  de   duobus  pannis  videlicet  inferiori 

parte  de  serico  albo  et  supcriori  de  serico 

cum  Rondellis  ad  agims  Dei,  dupplicata 

peciis  diversorum  colorum. 
xv'='  de  serico  diversorum  colorum  de  peciis 

et  diversis  coloribus  cum  modicis  orfrasiis 

aureis,  dupplicata  bougrano  viridi. 


xvi^'''  de  serico  albo  damasceno  cum  anlma- 

libus  et  avibus  ad  aures  captis,  repeciata, 

dupplicata  bougrano  adureo  de  diversis 

peciis. 
xvii''''  simplex   de    baudequino    violeto    ad 

rondelles    de    serico    croceo    cum    foliis 

tenentibus  ad  orfrazia. 
xviii^  simplex  de  baudequino  violeto  ad  ron- 
delles cum  griffonibus  et  orfraziis  deauratis. 
xix^  simplex  de  baudequino  rubeo  ad  yma- 
gines   et    praîsepi     super    caudam    cum 

orfraziis  aureis  latis. 
xx^  de  baudequino  adureo  cum  rondellis  ad 

griffones  et  foliis  in  rondello  et  est  simplex. 
xxi=i  simplex   de    baudequino    violeto  cum 

rondellis     aureis    ad     ymagines     regum 

tenentium  capita  serpentium. 
xxii'^'1  simple.x  de  serico  rubeo  cum  rondellis 

ad  aves,  portantes  rosas  rubeas. 
xxiii-''  de  baudequino  perseo  seu  adureo  cum 

leopardibus    aureis     et    orfrazio    aureo, 

dupplicata  in  parte  tella  nigra. 
xxiiij'-'  simplex  de  baudequino  violeti  coloris 

cum    rondellis  ad  aves    et    bestias   cum 

orfraziis  duarum  peciarum  dupplicata  de 

bougrano  perseo  in  parte  et  in  alia  parte 

de  tella. 
xxv'-i  de  baudequino  cum  ymaginibus   ad 

croceas  et  scripturas,  est  brevis. 
xxvi^''  simplex  de  panno  aureo  ad  aves  cum 

orfraziis  aureis. 
xxvii'i  de  serico  seminato  ad  turres  et  lilia, 

dupplicata  bougrano  adureo. 
xxviii-''  de  serico  viridi   seminato  leonibus 

coloratis,   dupplicata   tella  alba  et  nigra 

per  pecias. 
XXIX'''  de  baudequino  rubeo  dupplicata  tella 


nigra. 


xxx^  de  serico  rubeo  cum  arboribus  viridi- 
bus, dupplicata  sindone  violeto. 

xxxi-'  de  serico  aurei  coloris  dupplicata  tella. 

xxxii-'  de  serico  croceo  repeciata,  dupi^licata 
in  parte  peciis  sericis. 


TgroDeries  et  tissus,  conscrtjés  autrefois  à  la  catî)CDrale  n'angers.      303 


xxxiii''!  de  serico  aureo  repeciata,  dupplicata 
tella  cum  peciis. 

xxxiiijt=i  de  serico  aureo  ad  barras,  duppli- 
cata tella  rubea  et  alba. 

xxxv^'i  de  baudequino  rubeo  seminatobestiis 
croceis,  dupplicata  bougrano  persico. 

xxxvi'^  de  serico  aureo  repeciata,  dupplicata 
tella  viridi. 

xxxvii'i  de  croceo  et  rubeo  penitus  inutilis. 

xxxviii'i  de  serico  aureo  cum  animalibus 
dupplicata  tella  viridi  repeciata  cum  peciis 
de  persico.  (142 1.) 

—  Item  iina  alia  cappa,  de  vehito  adiirato, 
siemmata  florelis  deauratis  cum  aitrifrizio , 
in  cujus  capîtcio  est  depicta  Resurrcctio,  quam 
dédit  magister  Robertus  Botitevillaift,  canoni- 
C71S  hiijits  ecclesice,  die  prima  novembris,  anno 
Dominimillesimoqttadriiigentcsimodecimo — 
(cum  trifoliis  aureis,  cum  aurifrasiis  Aposto- 
lorum,  1 4 1 8),  (de  velosio  perseo  seminato  par- 
vis foliis  de  broderie —  1 467),  (la  vieille  chap- 
pe  de  velours  pers,  presque  toute  usée,  1595.) 

Cappae  novœ  et  de  novo  datce. 

—  Item  ima  alia  cappa,  panni  deaurati, 
rtibei  coloris,  ad  folias  et  avcs  cum  atirifra- 
giis  ad  ymagiues,  quam  dédit  /.  Alontaudii 
( i^oy),  dupplicata  bougrano  viridi. 

—  Item  una  alia  cappa  pulcherrima, 
quam  dédit  Gar.  Robiiii,  de  panno  aureo 
cramoseo  et  minutati  auri  brochato,  cum 
auriffrazio  diversis  ymaginibus  dupplicibus, 
cumymaginc  sanctiMauricii  rétro  etAnmin- 
ciationis  in  alio,  dipplicata  tiercclino  perseo. 

—  Iteiti  luia  alia  cappa  de  panno  consimili, 
cum  aurifraziis  ad  ymagines  apostolorum  et 
rétro  cum  ymagine  Rcs7irrectionis  et  beatœ 
Marice  Rlagdalenœ,  qtiam  dédit  R.  Cotin, 
archidiaconus  Andegavensis,  dupplicata  tier- 
cclino perseo. 

—  Item  îina  alia  cappa,  de  panno  aureo 
cramoseo,  Jigurato  ad  folia  aurea  ad  modum 
palmarui>i  de  veluto purpîireo,  cum  aurifra- 
ziis et  ymaginibics  dupplicibus  diversoruvz 


sanctorum,  et  in  posteriori  ad  ymaginem 
Assumptionis,  quam  dédit  doinimis  Rex 
Siciliœ   et  in  capite  cmn  coronis  de  perlis. 

1424.  Die...  anno  Domini  millesimo 
CCCC^'^  XXIIII^''  Maoister  Tkeobaldus 
de  Lîicé,  canonicus  et  thesaurarius  luijus 
ecclesiœ,  qui  debcbat  diias  cappas  ;  unam 
ratione  canonicatus  et  prcbcndœ,  aliam 
ratione  thesaurariœ . . .  ad  augmentationem 
et  decorem  ecclesiœ  nostrœ  dédit  tinam  pul- 
cherriniam  cappam  de  panno  rubeo  auri  ad 
bandas  et  in  cd,tamq2tam  pulchriori  et  dit  ion 

fuit  REX  Karolus  receptus  et  de  novo  po- 
nitur  in  inventario.  (seminata  barris  aureis 
magnis  et  latis,  data  per  T.  de  Lucé,  cujus 
arma  sunt  in  capucio  et  firmaculo,  1467), 
(...  ad  ejus  arma,  videlicet  unius  leonis  ar- 
genti  in  campo  rubei  coloris  gularum  dicti . . . 
les  Barres,  1561)  (1643). 

1425.  —  Item  una  cappa,  de  panno  perseo, 
dupplicata  de  boucacino  rubeo, cum  aurifragiis 
ad  ymagines,  quam  dédit  magister  Jo.  Costin. 

—  Item  una  cappa,  de  veluto  rubeo  cra- 
moseo, brochcto,  aureo  ad  magnas  arbores,  et  in 
capucio  sîint  arma  de  A  lenczonio ,  quam  de  dit 
magister  le  Bouvier,  (seminata  foliis  vineee, 
1467.)  (Cappa  de  Euckaristia,  1561)  (1643). 

—  Item  alia  cappa,  de  veluto  rubeo, 
brocheto,  aureo  ad  arbores  nigras,  cum  auri- 
fraziis ad  ymagines  et  in  capucio  est  ymaga 

Trinitatis,  duplicata  bougrano  adureo;  cum 

panno  fuit  derobata  vallens  XXX^^  regalia. 

1467.  —  Una  cappa  nigra,  de  satino  figu- 

rato,    scu  damasceno  cum  aurifragiis  panni 

AUKEi  DE  LucQUES.  (Servit  Cantori,  1595.) 

—  Item  quinque  cappcc  nigrcc,  de  patina 
damasceno,  cum  parvis  aurifragiis  auri  de 
LucQUEs,  factœ  de  pannis  dimissis  ecclesiœ 
in  obsequiis  defunctcc  dominœ  Ysabellis,  re- 
ginœ  Siciliœ,  nltimum  defunctce.  (1505.) 

—  Item  cappœ  nigrœde  bonbace,  gai.lice 
FUSTANE,  pro  bachariis. 

—  Una  cappa,  de  velosio  rubeo,  seminata 


304 


lacDuc  De  rart   c&rcticn. 


foliis  et  fioribtis  aiircis,  citiii  pnlchris  auri- 
fragiis,  in  cujîis  captuio  sunt  arma  sancti 
Mauricii.  Data  ccclesiœ  per  defmictuin  do- 
mimmt  Johaniiem  de  Grangia,  thesanrarmm. 
{1434.)  Estque  frangiatuni  caputium  cir- 
cumquàque,  (la  grant  chape /"raw^^,?,  1595), 
(couverte  de  grandes  raies  d'or,  nommée  la 
Frange,  parce  qu'elle  a  de  la  frange  autour 
du  chaperon,  1643.) 

—  Item  una  alla  cappa,  panni  aurei  rubei 
coloris,  foliis  aureis  et  rosis  cooperta  cimipul- 
chris  aurifragiis,  in  cujus  firmaculo  estymago 
sancti  Mauricii,  data  ecclcsiœ per  dcfuiictîim 

Johanncni  Bernardi,  tune  archidiaconnm 
(1^3^)  et postmodo  archiepiscopuni  Ttironen- 
sem.  (Capa  de  Eticharistiâ,  1561,  1643.) 

—  Item  una  alia  pulchra  cafipa:  panni 
aurci  violati  cuni  magnis  barris  aureis 
latis.  Data  ecelesice  per  magistruni  Htigo- 
nem  Fresneati  etiam  eanonicuni  ( i6j2)  et  est 
ad  arma  ipsiits.  (Les  barrées  1561)  (i6^j). 

— •  Item  dîue  cappœ  consimiles,  de  panno 
aureo  et  satino  fiourato  scminato  foliis  aureis 
C7un  aurifragiis,  (dictes,  les  chainnettes, 
Ij6i),  ( ...  semées  de  feuilles  de  chesne,  1606). 

—  Item  una  alia  cappa panni mtrei  violati, 
C2tm  foliis  et  rosis  aureis,  data  per  defunctum 
Johannem  de  la  Jîimellih'e,  archidiacomini 
transligeriensem  ( Tj].£i),  in  cîipis  capucio  et 
firmaculo  sjcnt  arma  dicti defmcti.  (à  double 
frizeure, ...  in  capucio  est  figura  Assumptio- 
nis  beatce  INIariœ...  1561)  (la  chape,  qui  sert 
à  M.  le  chantre  au  Sacre  et  aux  autres  festes 
solennelles,  1599)  (plus  viollette  que  rouge, 
1643).  Les  orfrois  sont  remplacés.  (Mense 

junii  anno  millesimo  quingentesimo  quadra- 
gesimo,de  capa  panni  aurei  violati...  fuerunt 
amota  aurifragia  et  posita  alia  data  per  D. 
Petrum  Ernault  cantorem  (1524),  suntque  in 
billettâ  insignia  ejusdem  Ernault,  videlicet 
un  chevron  d'argent  et  très  pal  mas  argenti, 
en  champ  d'azur.) 

—  Item  una  pulchra  cappa  panni  aurei 


rubei,  cum  pulchris  aurifragiis,  data  ecclc- 
siœ per  magistruni  Guillertmi7}t  Tourneville, 
cano7ticîim  ejusdem  ecelesice  (1^6^)  et  archi- 
presbytcrum  andegavenseju,  in  cuj'us  capucio 
et  firmaculo  sunt  arma  ipsius.  (La  quelle 
deffunt  AL  de  la  Barre  a  fait  racoustrer  et  y  a 
fait  mettre  les  armes  de  M.  J.  Guillaume 
Ruzé,  vivant  évêque  d'Angers,  1 606)  (  1 643). 

—  Item  tnia  alia  cappa  de  velosio  violato, 
seminato  solibus  de  broderia  et  faeta  fiit  de 
panno  ecclcsiœ  :  sed  defttnctus  domimis  fo- 
hannes  Bouhalle,  scolasticus  (i^j/')fecitfieri 
aurifragia  et  broderiam  et  solvit  factionem. 
—  (Item  una  alia  consimilis,  facta  sumpti- 
bus  ecclesiee  et  ad  arma  S.  Mauricii,  1505). 
(Les  deux  chapes  de  velours  rouge,  couver- 
tes de  soleils  d'or,  1643.) 

—  Item  una  cappa  panni  aurei,  de  velosio 
figurato  de  rubeo  et  nigro,  seminati follagiis 

aureis,  facta  de  panno  ecclesiœ,  expensis  fa- 
bricœ.  (...  et  pomis  aureis,  in  cujus  capucio 
est  ymago  Dei  Patris  cum  duobus  angelis, 

1532.) 

—  Item  una  alia  cappa  panni  aurei,  sîiper 
velosium  cendratum  cum  follagiis  aureis,  data 
ecclesiœ  per  D.  D.    Theobaldtim   de   Vitry 
thcsaurariîim  ( i^-{.2),  ad  arma  ipsius  in  fir- 
maculo, (la  chape  brûlée  et  desteinte,  1561). 

— •  Item  7tna  alia  cappa  pa/uii  a7trci,  persei 
coloi'is,  cum  barris  et  foliis  aureis,  c]7iam 
defu7îctus  M.  Guiller77ius  de  S'^  /iisto,  caiitor 
( i^^6)  fecit  fieri  de  pec7i7iiis  ecclesiœ  i/i  qua 
arma  ipsius  S7i7it  sc7ilpta.  (In  cujus  capucio 
est  ymago  beata;  Mariœ  cum  angelis,  1539) 
(...  que  soulloit  porter  le  chantre  à  la  S. 
Maurille,   1561)  (de  vellours  violet,  1643). 

— Ite/zt  7i7ia  alia  cappa  de pa7ino  a7i7'eo  alho 
dai7iasce7to,c7U)i  foliis  a7i7-eis  data  ecclesiœ  per 
Reve7'e7idissimu77i  do7/ii7i7cm  do77iin7im  G.  car- 
dinalem  de  Estotavilla  (i^ji)  ad  ar7/7a 
eJ7isde7it.  (Elle  ne  sert  plus  et  est  au  fond 
du  chapier,  car  elle  est  fort  rompue,  1595). 

—  Ite77i  7i7ta  alia  cappa  de pa7i/w  da7iiaseeno 


IBroDerics  et  tissus,  conservés  autrefois  à  la  catbéDralc  D'3ngcrs.      305 


sine  aura,  data per  vm^isiriinijacohun  de  Ca- 
strogironis,canonicuviadarmaipsius.(i^o^.) 

—  Item  una  alia  cappa panni aiwei  violet i , 
data  per  dcfimctuvi  dominiim  Filliasti-e, 
cardinalcvi  sancti  Marci  ad  arma  ejusdem. 

— Item  una  cappa  aurea,facta  de  broderia, 
kistoriata  cum  angelis  et  archam^eiis.  (La 
chape  qui  sert  le  jour  monsieur  S.  Michel, 
au  chantre,  1595.) 

—  Item  U7ia  alia  cappa  de  broderia  cujtLS 
campus  est  viridis,semmatus  lozengiis  sett,  bar- 
ris ac pluribns  armis  seu  scuzonibus  aureis. 
(Elle  ne  sert  plus  et  est  au  fond  du  grand 
chapier,  elle  se  nomme  les  bahus,  1595.) 

—  Item  una  alia  cappa  discolor,  cum  barris 
antiquis  ad  arma  de  Castro fromondi  in  aui'i- 
fragiis  et  capucio.iln  cujus  capucio  est  histo- 

riadominicce  annunciationis,  non  articulatur, 

I539-) 

—  Item  gtiatuor  cappœ  albœ  de  panno  de 
damasto  legato  per  dominum  Symon  Bordier 
canonictim  (1450).  (De  satino  albo  cum 
aurifragiis  satini  violeti  sive  persei,  fulciti 
pipionibus  de  pigeons,  galice,  1539.) 

— Item  cappa  de  velosio  cramoisy,  tota  dup- 
plicata  de  bogranopersco,  absgue  aurifrasiis, 
facta  de  clamidibus  dcfinictorum  militîtm  du 
Croissant.  (Fuit  facta  cappa  cum  aurifragiis 
et  in  capucio  fuerunt  posita  arma  domini  de 
Martigny-Briand.) 

—  Item  sunt  très  magnce  peciœ  et  una 
parva  de  panno  consimili,  ex  qtiibus poterunt 
fieritres  cappœ.  Ex  istis peciis  fuerimt  factœ 
duce  capes  et  de  residuo,  quod  superfuit  fue- 
runt fact  ce  sex  longcres  adfacienda  aurifra- 
giade  tribus  cappis,  videlicet  aurifragia  pro 
dicta  cappa  domini  de  Martigneyo  et  alia  duo 
aurifragia,  unum  pro  capa  domini Ludovici, 
militis,  domini  de  Bcllavalle  et  aliud  pro 
cappa  domini  Johannis  de  Bcllavalle. 

—  Cappa;  communes  et  antiquai.  • —  Dncc 
cappœ  panni  aurei  de  Lucques,  semmatce 
foliisct  avibus  an  ri  de  LucQUES. 


—  Item  dîiœ  cappœ  persei  coloris,  seminatœ 
foliis  et  avibus  auri  de  Lucques. 

— Item  una  alia  cappa  rubea,  citm phiribus 
ymaginibus,  antiqucc  factionis  ad  arma  dcf- 
functi  Potier. 

—  Item  quinqîte  cappœ  albœ,  novœ,  de 
TIERCELIN,  datce  per  defunctum  Karolum 
regcm,  cum  plurib^is  aliis  pannis  sericis  et 
sunt  munitœ parvis  aurifragiis  de  Lucques. 

—  Item  quatuor  cappœ  rtibeœ  C2un  ymagi- 
nibus, habentes  vultus  deformatos. 

—  Item  tina  cappa  de  scrico  croceo,  pro 
tempore  Adventtis  et  Kadragesimœ. 

—  Item  ducE  cappœ,  persei  coloris,  similiter 
cum  ymaginibîis  deformatis. 

■ —  Item  quattior  deccm  cappœ  diversorum 
colorum  antiqtiœ  et  mtiltum  examinatœ, 
servicntes  in  quadragesima  pro  tractu 
dicendo. 

Item  undecim  cappœ,  rnbeœ  antiquœ, 

servientes  infestis  apostolorum  et  martyrtim . 

—  Item  djtodecim  antiquœ  cappœ,  diver- 
sorïim  colorum,  dcpputatœ  ad  serviendzmi  in 
festis  confessornni. 

—  Item  7ina  cappa  cîtmparvis  quadratis  et 
sentis  diversorum  colorum,  qtiœ  est  satis 
pnlchra. 

—  Item  quindecim  cappœ  communes  et  an- 
tiquœ diversorum  colorum. 

1505.  Item  alia  capa  de  veluto  uigro  nova, 
atirifragiata  ut  supra. 

— ■  Item  una  capa  de  veluto  uigro,  quasi 
consnmpta. 

—  Item  îina  capa  de  veluto  nigro.  cum 
aîirifragiis  parmi  persei  deatirati,  quœ  deser- 
vit  cantori. 

De  ces  trois  chapes  on  fiiitdesdalmatiques 
pour  les  enfants  de  chœur.  (Quatuor  dalma- 
tica;  pro  pueris,  factœ  ex  velosio  nigro  qui 
remansit  ex  capis  de  velosio  simili,  quœ  so- 
lebant  deservire  in  festis  mortuorum  1525.) 

—  Item  una  alia  capa  panni  aurei  de  ve- 
losio figurât 0  de   rubeo  et  nigro,  seminata 


îo6 


iRcuiic   tic   l'art    cD rétien. 


follagiis  aureis,  facta  de  panno  ecclesiœ  ex- 
pends  fabricce.  (1525.) 

—  Item  duœ  capœ  de  vclosio  Cramoisy. 

—  Item  una  ptilchra  capa  ex  panno  albo 
aiLreo  ctun  pulchris  et  preciosis  aurifragiis 
ad  arma  deffuncti  domini  Chauveau  the- 
saurarii  ( i^yj)  qui  eam  dédit. 

—  Item  septem  capœ  de  panno  perseo  deau- 
rato  de  bonis  qicondam  rcginœ  Anglice  cnm 
dive7'sis  attrifragiis  sumptibtis  diversomun 
caTioniconim  videlicct  deffuncti  Hermani  de 

Vienne,  decani  Sancti  Martini  (  t^^j),  Jo- 
hannis de  la  Vignolle dccani(i-j.6^),0.  Prin- 
cipis  cantoris  (146^),  Al.  Denyau,  decani  de 
Credonio,  Pétri  de  Beauveatt,  tune  archidia- 
coni  (1482),  Renati  de  la  Vignolle,  decani 
SanctiLa2idi(i4Sç)ctJohannisBinet(i4S4). 

—  Itejn  una  capa  de  brode  ria  super  panno 
fetiderato  dataper  deffunctîtmDominiimJ.  de 

la  Vignolle,  decanum,  ad  ejus  arma.  (1464.) 

■ —   Iteju   îina  alla  capa  de    broderia   de 

taffetas  cramoisy  cuiii  attrifragiis  ejusdem 

pamii   data   per  deffunctum    dominum  Jo. 

Bellangier  cantorcni  (148S),  in  capucio  ctcjus 

jiguratur ymago  beatœ  Maricc.  (Une  chape 

de  soie  jaulne  par  quelques  endroits,  en  la 

billette  de  laquelle  y  a   un   chevron  brisé, 

deux  fleurs  de  lys  et  une  estoille,  1599.) 

■ —  Item  una  alla  capa  dataper  A.  Denyau, 
ex  panno  atireo  figu,rato  barris  figuris  albis. 
(La  petite  aux  coulleuvres,  1561.) 

— Item  aliapidchra  capella  (mis  p.  cappa) 
ex  panno  de_ffunctœ  Reginœ  Siciliœ  deaurato 
ciim  aurifragiis  sumptibtis  ecclesiœ  factis. 

—  Item  îina  capa  de  damasco  albo,  cum 
aurifragiis  panni  Rcginœ  Anglia;  data  per 
domimim  Guillermîim  Jamelot.  (i^jj.) 

—  Item  îina  capa  ex  panno  deaurato,  quam 
Jieri  fccit  defunctus  A.   Denyau  canonicîis. 

—  Item  très  capœ  ex  albo  panno  deaurato, 
datœ  ecclesiœ  per  bonœ  memoriœ  deffunctum 

Jo.  de  Rely  episcopum  andegavensem. 

—  Item  quatuor  capœ  de  satino  albo,  cum 


aurifragiis  de  satino  perseo  fîtlcitoviviom^vs 
deauratis  de  pigeons  T)'oK,galice.{\^ft?,  quatre 
chappes  de  satin  blanc  avec  orfrois  de  satin 
violet  ou  pers  couverts  de  pigeons  d'or,  1561.) 
— Ite7n  una  capa  alba  nova  ex  panno  vocato 
SATIN  Bi^iocMÉ  d'or  ciun  aurifragHs  a  la 
CORDE  quœ  qîiidem  capa  deservit  cantori. 

—  Item  2cna  cappa  de  taffetazio  albo  facta 
ex  dupplicatura  capœ  panui  dcaurati  quam 
aliqtiando  dédit  dominus  Chauveau  thesaura- 
rius.  (1473.) 

—  Item  7ina  capa  de  taffetazio  viridi  dup- 
plicata  de  bougrano  viridi. 

—  Item  una  capa  de  panno  veluto  violato 
cîim  attrifragiis  data  per  deffunctum  P .  Hu- 
bert capellamim  hujus  ecclesiœ  dtwi  viveret, 
(habens  aurifragia,  in  cujus  capucio  est 
ymago  beati  Nicholay...  1539.)  (La  chape 
de  velours  violet,   1595.) 

—  Item  djue  capœ  ex  panno  damasco  vi- 
ridi, cum  suis  aurifragiis  dates  per  deffun- 
cticm  Gcrmanum  Colin  et  Math^u'imim  Jolys 
cappcllanos  Jmfus  ccclesicc.  (Les  deux  da- 
mas verts  avec  franges,  1539.) 

— Quadraginta  dtiœ  capœ  sericeœ  partim  et 
deauratœ  et  nonmillœ  aliœ  non  tamen  sericeœ 
pro  nimia  vctustate  quasi  consumptœ  adjisum 
quot/iidianum  ecclesiœ  capellanis  psalteribus 
et  aliis  habituatis  hujus  ecclesiœ  deservientes. 

1525.  —  Una  cappa  nigra,  de  satino figu- 
rato  seu  damasceno,  cum  aurifragiis  panni 
aurei  de  Lucques. 

—  Ite77Z  una  capa  panni  argentati,  cum 
aurifragiis  deauratis  auri finis,  ecclesiœ  data 
per  Domimim  Stephamim  Tremblay  (1^04). 

—  Ite?n  una  alla  capa  similis  ex  dono  dicii 
Tremblay,  exceptis  aurifragiis,  sumptibtis 
ecclesiœ  factis.  (Les  deux  chapes  de  drap 
d'argent.  Les  Argens,  1595)  (...ne  servent 
plus,  1599.) 

—  Item  tindecim  capœ  ex  panno  damasceno 
per  dejfunctam  Annam,  reginam  Fkanci.k, 
ecclesiœ  datœ    cum    aurifragiis    sumptibus 


iBroDeries  et  tissus,  conscctiés  autrefois  à  la  catbcDralc  Dangers,      307 


nonmdloj^iini  cappellanoruDi  factis,  (in  una 
quarum  est  ymago  David  et  crozille,  in 
altéra  vero  poma  et  pira  ex  broderia,  1539). 

—  Itein  alla  capapamii  anrei,  diversorum 
colorum,  cum  aurifragiis  aureis,  in  cujus 
capucio  est  Jiistoria  Transfigurationis  et 
scriptipii  ibidem  :  bonniu  est  vero  hic  esse. 
(Les  larrons,  la  chape,  faicte  de  pasquerettes 
de  diveres  couleurs,  1595.) 

— •  Item  alia  capa  ex  paiino  aureo  rtibeo, 
friziato  cum  anrifragiis  aureis  ad  arma 
deffuneti  domini  Louet,  decani  ( i^ç^)  in 
billeta  apposita. 

—  Item  una  alia  capa  panni  damasccni 
figurati  Fusci,  bleu,  galice,  per  niagisti'iim 
Jacobum  Fournie r  pro  receptione  sua  in  ea- 
nonicîim  soluta.  (Panni  damasci  violeti  obs- 
curi,  1539}  (la  chape  de  damas  cendré  de 
Fournier,    1561.) 

Cappœ  de  novo  factœ. 

Quinqne  capœ,  de  saiiuo  albo  de  Burges, 
quarutn  très  sunt  mitnitce  aurifragiis 
de  satina  rubeo  se7nitiato  litteris  aureis 
mus,  MARIA  ;  reliquce  vero  duœ  snnt  immitœ 
aurifragiis,  floribus  lilii  seminatis.  ( i^ÇS-) 

—  Très  capœ,  de  satino  viridi,  aurifragiis 
aureis  inunitœ.  (Diruptœ  pro  aliis  reparan- 
dis,  1595.) 

—  Très  capce  de  damas  bleu  cuvi  auri- 
fragiis aureis.  (Les  deux  de  damas  cendré 

à  trois  chapes  simples  pour  les  répons,  1 595.) 

—  Très  capœ  ex  satino  rubeo,  cum  aurifra- 
giis aureis.  (Les  vieux  satins  rouges  1595.) 
(Trois  vieilles  chapes  rouges  de  satin  couleur 
ventre  de  biche,  usées  et  rapiécées,    1643.) 

—  Quatuor  capce  panni  damasceni  rubei 
cum  aurifragiis.  (Les  quatre  chapes  de 
damas  rouge,  1595.) 

—  Alia  capa  panni  satini,  bleu  galice, 
historiata  arbore  Jesse,  data  per  magistruin 
foh.  Pépin .  (Une  chappe  de  gris  couverte 
de  quelques  images  et  pommes  dorées, 
nommée  les  Pépins...  1606).  (Ueuxchappes 


bleues  appelées  Jessé  et  saint  Evrou,  1643.) 
(La  chape  de  satin  bleu  couverte  depinnes, 
1539.)  (La  chape  des  pinnes  des  Confes- 
seurs, l'arbre  de  Jessé,  1561.) 

—  Alia  capa  ex  satino  brochât 0,  in  capucio 
cujus  est  ymago  beatœ  Ma7'iœ  data  per  Ma- 
gistrum  Jo. Hubert  cappellamun.iln  capucio 
cujus  sunt  arma  memorandi  Domini  Renati 
Régis  Sicilice.  —  La  chape  de  satin  broché 
cendré  au  commun,  1595.) 

— •  Alla  cappa  ex panno  croceo,  et  violata 
in  capucio  cujus  est  ymago  sancti  Michaelis, 
data  per  magistrum  JM.  Beaujils.  (Panni 
figurati  crocei  violetique  coloris,  1539.)  (Une 
vieille  chape  nommée  la  chape  du  dyable 
toute  rompue,  1595.) 

— Item  una  alia  capapan7ii aurei albi  capti 
ïu  petia  similis  patmi  inferius  in  capitulo 
auricnlariorum  invcntoriati,  munita  auri- 
fragiis aureis  per  doniimwi  Ernault  cantorem 
data...  Item  très alnœ panni  aurei  albi  restan- 
tes ex  octo  alnis  similis  panni  de  quibus 
captae  fuerunt  quatuor  alnce  pro  confectione 
capee  factse  pro  domino  cantore  qui  aurifragia 
aurea  ejusdem  capae  dédit.  —  Item  una  alna 
de  simili  panno  existens  in  capseta  de  satino. 

1539.  Item  una  capa  ex  panno  aureo  7'azo 
nigri  coloris  in  cujus  capucio  est  adoratio 
trium  Rcgum.  Aurifragia  a  Rondeaux  in 
quibus  sunt  mistcria  dominicce  incartiatiotiis, 
in  billeta  tnsignia  Reverendi  in  Christo 
patris  Domini  fohannis  episcopi  Andega- 
vcnsis,  qui  ipsam  dédit  anno  Domini  millc- 
simo  quingentesimo  trigesimo  nono.  (La 
chappe  de  Monseigneur  Olivier  oui  sert  à 
monsieur  le  chantre  aux  anniversaires  so- 
lennels et  à  l'oraison  à  l'anniversaire  dudit 
donateur  seulement,  1561.) 

—  Item  tma  capa  panni  aurei  friziati  in 
cujus  capucio  est  crucifixus,  quod  capticium 
est  aligatum  (quatuor  esquillettis  et  billc- 
tis  duobus, quibus  sex  esquilletis  sunt  ti'cdecini 
FERRA    AURE.\     in  ipsaquc  billeta    insignia 


REVUE  DE  l'art  CHRÉTIEN. 

1885.   —   3'"=   LIVRAISON. 


3o8 


îRctiuc   De   rart   chrétien. 


de  Montejean  una  crossa.  Qitani  dcdit  Rc- 
verendus  pater  Renatus  Boursault,  canonictis 
abbas  sancti  Melani  Redonensis,  de  Ebronio 
et  de  Ponteron,  viense  Aprilis  Anno  Doniini 
M°  V^  et  XL. 

—  Item  una  capa  similis  pa7ini  (ornement 
de  J.  de  Rely),  aurci albi qtiam  ex panno pre- 

dicto  œ7-e proprio fccit  Jieri  vir  egregiiis, 

domiiius  Johanncs  du  Maz  decanus  ecclesiœ 
andcgavensis,  cujns  domini  arma  sjint  in  bil- 
leta  snb pileo protonotharii.  (La  chape  de  M. 
du  Maz  grand  doyen  d'Angers  1595),  (dont 
l'orfroi  est  fait  à  lacz  d'amour,  1599)  (1643). 

—  Item  una  cappa  ex  panno  satini  broc ati 
aurei  albi  cujus  aurifragia  S7int  a  cordonis 
et  deservit  cantori.  (La  chape  du  chantre  des 
festes  N.  D.  à  cinq  chapes  simples,  nommée 
les  couleuvres,  1595.)  (Une  chape  de  toile 
d'argent,  appelée  les  couleuvres  au  chaperon 
de  laquelle  y  a  une  N.  D.  de  pitié  et  à  la 
billette  les  armes  de  S.  Maurice,  1606.) 

—  Item  duce  capœ  ex  panno  damasci  atirei 
razi  viridis  coloris,  consimilis  panni  capellœ 
domini  de  Rohan,  quce  sunt  dupplicatce  bou- 
grano  rubeo  habentes  pulchra  aurifragia,quos 
dédit  boncB  Tnemoriœ  Reverendissinni-s  in 
Christo pater  Dominus  Franciscus  de  Rohan, 
quondam  archiepiscopus  Lîigdîtnensis  et  cpi- 
scopjcs  Andcgavensis. {]^ç.sô.euKc\\a.^e.?,àç.àr?i^ 
d'or  vert  nommées  \&sLyons,  1595),  (1643). 

—  Item  tma  alla  capa  panni  aurei  rtibci 
coloris  friziati  data  per  deffnnctum  bonce 
memorice  magistrum  Petrum  le  Gay  cano- 
nicîim,  in  cîijus  bileta  sunt  arma  domini 
fohannis  Loueti  quondam  Decani  ecclesiœ 
hujîis.  (Du  seigneur  de  Chizé,  1561)  (nom- 
mée Chissé)  (et  y  a  trois  crouzilles  à  la 
billette,  1599)  (1643). 

— Item  duce  capce  ex  velozio  violeto  obscuro, 
tournant  sur  couleur  perse,  habentes  auri- 
fragias  et  capucia  composita  a  oyseaulx  de 
fil  d  or.  (Les  deux  chapes  violettes  aux 
oyseaulx  d'or  sur  les  orfroys,  1595.) 


—  Item  una  alla  capa  ex  velozio  cramoysi 
in  cujus  caputio  sunt  arma  dargcnt  a  une 
bande  de  six  pieczes  d'azur  et  snb  sctcto, 
scribitur  Los  en  croissant. 

— ■  Item  una  alla  capa  ex  simili  panno 
velozii  in  captitio  cujus  sunt  arma  du  Bellay 
d'aigent  à  ftisées  de  gîietdes.  A  fleurs  de  lys 
dazur  et  stib  scribitur  Los  en  croissant. 
(Les  deux  de  velours  rouge  nommées  les 

GRANDS  CROCIIETZ.  (1595.) 

Cappa;  communes. 

—  Item  duce  capœ  ex  velozio  cramosiaco, 
quoi'7im  aitrifragia  S7i7it  cuJ7isda77i  pa7i7ii 
se77ii7iata  7'amys  et  floribus  perseis  et  albis. 
(Elles  servent  aux  festes  des  Apôtres  au 
répons,  1595)  (1606). 

—  Itei7i  vigi/tti  q7iat7ior  capœ  pa7ino7'U77i 
sericor7im  partim  dca7trator7U77  pai'tim  710/1, 
diverso7'U])i  color7i77i  quœ  7isui  quotidiaiio 
habituatorum  ecclesiœ  dese7'viu7it . 

—  Item  très  capce  a7itiq7iœ,  çua7'7im  7C7ia 
est  de  ta/et  as  violet,  duœ  ve7'o  aliœ  ex  pa7ino 
sericeo  7'7ibri  coloris  desuper  compositœ  ad 
ymagines  de  broderia,  earum  atirifragia  ex 
velosio  grizeo  sive  ce7idrato  desupei'  b/'odato. 
Fue7'unt  ob  vetustate77i  dirtitœ,  ideo  7i07i  ar- 
ticulentur. 

—  Ite77i  duœ  capce  ex  satino  incar/iat, 
confectœ  ex  pa/ino  ecclesiœ.  Aurifi-agia 
ve7'o  expensis  venerabili7tm  vi7'07'îi.m  domi- 
7to7'U77i  foha7i7iis  T7'ucha7dt  sacrœ  paginœ 
p7'ofessoris  decani  de  inter  Sarta77i  et  Me- 
diianam  et  Re/iati  Bradasne  habe/is  in 
billcta  illitis  arma  capelloruni  ecclesiœ.  (  1 643.  ) 

— •  Itcni  duce  capce  ex  sati7to  j'iibeo  ex 
pa7i7io  ecclesiœ.  Aui'ifragia  vero  siu/iptibus 
ve7icrabili7im  virorum  77iagistri  Iohan7iis 
Doysfcau  licentiarii  et  domini  Pliilipi  Cha- 
vet,  capellanor7n7i  co7ifecto7'U77i,  quor7i7n  in- 
sig7iia  ift  billetis  pate7it.  (  164J.) 

—  Ite77i  duœ  capœ  ex  satino  violeto  ex 
pajino  ecclesiœ.  A7irifragia  vero  et  7-eliqua 
sumptibus  venerabiliiun   vi7'07-7im   T>iagistri 


IBroDeries  et  tissus,  consertics  autrefois  à  la  catbénralc  D'anprs.      309 


Guillelmi  Coué  licentiarii  et  Mathurini 
Tanibonneau,  notarii  capituli  confectce.  Refec- 
tœfuej^unt  per  Domiinim  Haurcs  tune  f abri - 
ciwii.  (Les  deux  chapes  de  satin  violet  pour 
les  répons  à  3  chapes  doubles  des  confes- 
seurs Coué  et  Tambonneau,  t  595)(avecques 
orfrois  où  sont  écrits  en  plusieurs  endroits 
ces  mots  Jésus,  Maria,  1606). 

—  Item  icna  capa  ex  sati'no  turquino 
BLEU  per  totiuii  desuper  contexta  broderia 
ex  panno  ecclesiœ.  Aurifragia  vero  et  cetera 
alia  expensis  cgregii  vii'i  domini  Johannis 
de  Bordigné  jjiris  doctoris  tmic  sancti 
Ebrulji  capellani  exindc  canonici  ecclesiœ 
andegaveiisis  confecta,  in  cujiis  capiitio  est  Sti 
Ebrulji  yviago  et  arma  ejusdem  de  Bordigné. 
(La  chape  de  M.  de  Bordigné  de  satin  de 
Turquisse  bleu  couverte  de  soye  blanche, 
d'autres  couleurs  par  endroits,  1495.) 

—  Item  qitattior  capœ  de  satino  de  Bruges, 
quariim  diiœ  sunt  coloris  ricbei,  duce  vero 
incarnatœ  et  aurifragia  ex  vclozio  rubeo  et 
viridi  ad  arma  Castrofromondi.  (Des  quel- 
les deux  servent  à  trois  chapes  simples  et 
deux  autres  à  trois  chapes  doubles  des 
Martyrs,  1595.) 

—  Item  duce  capce  de  satino  de  Bruges, 
viridi  coloris,  aurifragia  de  velozio  rubeo 
seminato fioribus  atcreis  et  albis.  (Oui  servent 
aux  ailes  aux  (■)  festes  des  confesseurs  à 
trois  chapes  doubles,  1595),  (1606). 

—  Item  deux  alicc  capœ  satini  de  Bruges, 
persei  coloris  :  aurifragia  unius  sunt  ex 
velozio  l'ubeo  avibus  aureis  seminata,  alte- 
rius  vero  de  satino  rubeo  superscripto  Jus 
Maria,  (pour  les  ailes  aux  festes  des  con- 
fesseurs à  III  chapes  simples,  1595.) 

1 541.  —  Eodcm  anno  fieru7it  remotœ  duœ 
capœ,  una  satino  albo,  dicta  Ave  Maria,  al- 
téra ex  damarsio  albo  pro  aliis   reparandis. 

I.  Lehoreau  donne  le  nom  A'aisles  ou  ailes  aux  deux  ou 
quatre  chapelains,  qui  accompagnaient  le  chantre  sur 
son  banc,  aux  fûtes  à  trois  ou  cinq  chapes. 


— Loco  dictamm  caparum  ftierimt factœ  duœ 
alice  plu7'imoi'zim  pan7ioru)n. 

1544.  — A7mo  Domini  M.  V'^.XLIIII 
fuerunt  factœ  duœ  capœ  ex  velosio  viridi 
semmatœ  cai'ellis  aureis  quibus  fuerunt 
posttœ  am'ifragia,  tina  qtiœ  erat  capœ  panni 
azirei  persei  diruptœ  et  altéra,  quœ  erat  capœ 
cantons  ex  panno  aureo  viole  ti  coloris friziato. 

—  Eo  anno  fuencntfactœ  duœ  capœ  panni 
damarsei,  îina  munita  aurtfragiis  ex  velosio 
veteri  coloris  viridis,  altéra  velozio  grizeo 
seminato  fioribus. 

—  Ex  capis  quatuor  panni  buigensis  albi 
fîicrunt   diruptœ  duœ  et  confecta  tma  pro 

Choristis  ex  codem  pajino. 

Exduobus  veteribus capis  albis  de  damarsio 
vocatis  LE,s  BORDiERS  fuH  facta  7inica  pro 
choristis  aurifragia  posita  siiper  casulam 
servientem  altari  Sancti  Renati  dictitn. 

—  Item  mense  j'unii  anno  Domini  mille- 
simo  quingentesimo  quadragesimo  œre  ecclesiœ 
fuit  emptus  pannus  aitreiis  sive  tela  aurea 
figurata  friziata  similis  panno  capce  datœ  ec- 
clesiœ per  dominum  Abatem  5^'  Melani 
ex  quo  factœ  fuerunt  très  capœ  quaruvi 
unamfecitfieri  circumspectus  dotninus  Rena- 
tus  Valin,  juris  doctor,  peniteiitiarius  eccle- 
siœ et  dédit  aurifragia  preciosa,  in  cujtis 
caputio  est  figura  (de  drap  d'or  blanc  à  dou- 
ble frizure,  1643). 

Secundam  vero  nobilis  vir  donmnis  fo- 
hannes  Herse,  juris  ticentiarius  canonicus 
dédit  aiirifragium  in  capticio  figura  et  in 
billetta  autem  illius  insignia  trois  herses  en 
champ  d'azur.  (1643.) 

Tertiam  vei-o  fieri  fecit  et  aurifragia  de- 
dit  pj'eciosa  nobilis  etiam  vir  d.  Vvo  de 
Thessé,  canonicus  in  cujtcs  capucio  est  et  in 
billetta  ejîisdem  de  Thesse  insignia  djcn  lyon 
rampant  seméde  fieurs  de  lys.  (  164J.) 

—  Item  una  capa,  panni  aurei  violcti, 
confecta  ex  panno  ecclesice  aurifi-agia  vide- 
licet  et  alia  expensis  venerandi  in  Christo 


3IO 


EcDuc   De   rart   cfjrcticn. 


patris  iiobilis  Johannis  du  Mas,  episcopi, 
imper  decani  nostri  et  Dovihii  temporalis 
de  Duretal  in  cujus  capiitio  est  yniago 
crucijixi  et  in  billet  a  insignia  dicti  du 
Mas.  La  grant  chape  de  drap  d'or  viollet. 

(1643-) 

—  Item  duœ  capte,  quas  dédit  Revei'endus 

in  Christo  pater  doniinus  Gabi'iel  Bouvery 
miseratione  divina  cuj'us  caputio  est  obitiis 
beatissimœ  Mariœ  Virginis,  altéra  vero  est 
depanno  aureo  rubeo  cramosiano,  atirifragia 
vero  sunt  sumpttwsi  et  magnifici  operis  in 
quorum  capiitio  est  Rcsurrectio  Domini  et  211 
bille  ta  tdriusque  sunt  insignia  dicti  Reve- 
rendi episcopi.  (Les  deux  chappes  de  Mon- 
seigneur d'Angers  l'une  de  drap  d'or  viollet, 
l'autre  de  drap  d'or  blanc  à  friseure  de 
velours  rouge.)  (De  panno  aureo  albo  sem- 
mato  rosis  pomis  et  floribus  argenteis  cum 
figuris  de  velousio  rubeo  cramosiano  1595.) 

(1643-) 

Cappœ  communes. 

—  Item  îtna  capa  panni  damasci  rubei 
confecta  ex  panno  ccclesiœ,  aurifragia  vero 
expensis  discreti  viri  magistri  Francisci 
Patry  presbyteri  capellani  in  cttjns  caputio 
est  nativitas  domini  et  in  billcta  duœ  litterœ 
F.  P.  cum  armis  apostolorum  Pétri  et  Pauli. 

—  Item  duiF  capce  de  satino  albo  de  Bruges. 
Les  deux  chappes  qiii  servent  aux  allés  aux 
/estes  des  vierges. 

—  1595.  Item  une  chape  de  drap  d'or 
sur  velours  vert,  fort  belle  et  riche,  en 
la  billette  de  laquelle  sont  les  armes  de 
deffuiit  maître  fchan  de  Breilrotid,  cha- 
noine (1643). 

—  Item  une  belle  et  riche  chape  de  drap 
d'or  viollet,  changeant,  laquelle  dcjfunt 
maistre  Guillaume  de  Mandon,  chanoine, 
a  autrefois  fait  raccoustrer  et  s  appelle 
la  cHAi'E  DE  Mandon,  à  la  billette  de 
laquelle  sont  escripts  ces  mots  Jésus  Marl\. 
(1643-) 


1606.  —  Item  deux  chappes  neufves  de 
vchnirs  noir. 

—  Item  quatre  autres  chapes  neuves  de 
camelot  noir  dont  les  orfrois  sont  de  camelot 
bleu. 

—  Item  quatre  chapes  d'ostade  noire 
neuves,  orfroisées  de  satin  de  Burges  bleu. 

—  Item  trois  chapes  de  velours  noir  à 
orfrois  de  drap  d'or. 

—  Item  trois  chapes  de  velours  7toir  à 
orfrois  de  drap  d'or. 

—  Item  deux  chapes  de  damas  noir. 

—  Item  deux  chapes  d'ostade  noire  potir 
servir  aux  anniversaires  à  trois  chappes. 

—  Item  deux  étales  et  tm  fanon  de  satin 
de  Burges  de  couletir  orange  et  une  autre 
et  oie  et  un  fanon  de  velotirs  noir. 

—  Item  deux  chapes  de  damas  blanc  netif 
avecques  vieils  orfrois  d'or  de  masse  tirés  à 
person  na  iges.  (1643.) 

—  Item  deux  aultres  chapes  aussi  de 
damas  blanc  neuf  appelés  caffart  avecques 
vieux  orfrois  d'or  de  masse  tirés  à  person- 
naiges  comme  les  précédentes.  (1643.) 

—  Item  deux  autres  chapes  de  satin  de 
Burges  blanc  avecques  orfrois  de  satin  de 
Burges  incarnat  et  vert.  (1643.) 

1643.  —  Item  une  c happe  de  toile  d'or, 
meslé  de  soye  noire,  donnée  par  défunt 
viaitre  Gervé  poy  et  vivant  chanoine  de  la 
dite  église  ralongée  au  costé  de  toile  de  faux 
or,  et  sert  au  chantre  pour  les  anniversaires 
solennels. 

—  Trois  chappes  neîifves  de  damas  vert 
avec  leurs  orfroyes  à  personnages  de  niasse. 

Depuis  171 1  et  1 713  les  chanoines  don- 
nèrent douze  à  treize  chapes  des  plus  belles 
du  temps,  quant  au  drap  d'or  ('). 

Les  chapes  avaient  leur  chaperon  en 
pointe  (-).  L.  de  Farcy. 

(A  suivre.) 


1.  B.  E.,  Cérémonial  <\ç.  Lehoreau,  t.  III,  p.  142. 

2.  Voyage  liturgique  en  France  du  sieur  de  Mauloin,  p.  79. 


Des  basejS  et  bes  ustensiles  euebaristiques. 


(Quatrième  article.)  (Voy.  p.  53.)  '^mmmmmmemmm 


Cl)apttre   \)U*  —  Des  ciboires. 


]  E  ciboire  est  le  vase  destiné  à 
contenir  des  hosties  consacrées 
pour  la  communion  des  fidèles. 
Hospinien,  Gabriel  Biel,  Du- 
plessis-Mornay,  Jonas  Porrée  et  quelques 
autres  écrivains  ont  avancé  que  l'usage  de 
réserver  la  sainte  Eucharistie  et  de  la  con- 
server dans  des  ciboires,  ne  s'était  introduit 
dans  l'Église  que  vers  l'an  12 15,  après  la 
célébration  du  IV"  concile  de  Latran.  Cette 
assertion  est  démentie  parles  témoignages 
les  plus  irrécusables. 

Nous  avons  montré  ailleurs  que,dès  l'ori- 
gine de  l'Église,  les  fidèles,  en  diverses 
circonstances,  communiaient  hors  du  sacri- 
fice de  la  messe,  et  que  les  espèces  consa- 
crées étaient  réservées  à  leur  intention. 
Aussi,  les  Constitutions  apostoliques  recom- 
mandent-elles aux  diacres  de  renfermer 
dans  le  tabernacle  les  hosties  qui  n'auraient 
point  été  consommées  pendant  le  Saint- 
Sacrifice  ('). 

Nous  allons  nous  occuper  successive- 
ment :  1°  des  noms  des  ciboires  ;  2°  de 
leur  matière  ;  3"  de  leur  forme  et  de  leurs 
dimensions  ;  4°  de  leurs  ornements  et 
de  leurs  inscriptions  ;  5°  nous  fournirons 
des  indications  sur  un  certain  nombre 
de  ciboires  remarquables  ;  enfin,  6'^  nous 
dirons  quelques  mots  sur  les  pavillons  de 
ciboires. 

I.  Lib.  VIII,  G.  XIII. 


3rtiClC  ).  —  Des  divers  noms  des  ciboires, 

LE  vase  destiné  à  contenir  la  réservée 
eucharistique  a  été  le  plus  ordinai- 
rement désigné  sous  le  nom  depj.ris  (py- 
xide),  dans  le  cours  du  moyen  âge,  et,  sous 
celui  de  ciborinin  (ciboire),  depuis  trois  ou 
quatre  cents  ans.  D'autres  appellations, 
moins  fréquemment  usitées,  ont  servi  à  dé- 
signer ces  vases  eucharistiques.  Nous  allons 
mentionner  leurs  principales-dénominations 
et  en  indiquer  l'étymologie. 

Aprosioiov  (de  xpro;,  pain,  et  ©îpw,  je  porte). 
Les  Grecs,avons-nous  dit,  donnent  ce  nom 
à  l'endroit  situé  derrière  l'autel,  où  est  ré- 
servé le  saint  Viatique.  Ils  désignent  aussi 
par  le  même  terme  la  boîte  ouest  renfermé 
le  pain  eucharistique  ('). 

CiiRiSMALE.  — Catalan  cite  un  manuscrit 
de  Reims  où  la  bénédiction  du  vase  eucharis- 
tique porte  le  titre  de  Prefatio  clwismalis  {^). 
Mais  ce  terme  s'applique  ordinairement 
à  la  boîte  qui  renferme  le  saint  Chrême,  au 
linge  dont  on  enveloppait  le  front  de  ceux 
qui  venaient  de  recevoir  le  baptême  ou  la 
confirmation,  et  à  la  toile  dont  on  revêt  les 
autels  nouvellement  consacrés. 

CiBORIUM,  yj.çiOùivj,  yj.ç,i-yjoiO'j,  /_c'c&)rov.  —  Ce 

n'est  guère  que  depuis  trois  siècles  que  les 
Grecs  ont  désigné  sous  ce  nom  les  coffrets 
eucharistiques. 

Dans  les  anciens  textes,  ces  expressions 
s'appliquent  toujours  au.K  édicules  soute- 
nus par  des  colonnes,  servant  de  couronne- 

1.  Goar,  Eitcol.,  p.  209. 

2.  Pontifie,  roiiitin.,  lit.  xvill. 


REVUK  DE   l'art  CUKÉTIë.W. 
1885.  —  3™*  LIVRAISON. 


312 


IRcuuc   Uc    rart    cbrctien. 


ment  à  l'autel.  On  trouve  cœborium,  avec  le 
sens  de  vase  eucharistique,  dans  un  inven- 
taire de  la  cathédrale  de  Prum  (').  Mais  ce 
n'est  qu'au  XV°  siècle,  et  surtout  au  XVI^ 
que  cette  appellation  se  généralise. 

Les  érudits  sont  loin  d'être  d'accord  sur 
l'étymologie  du  mot  ciboire.  Grancolas  (') 
et  l'abbé  Thiers  veulent  qu'on  ait  appelé  les 
vases  eucharistiques  f/<5tf/7'^.y, parce  qu'autre- 
fois ils  étaient  suspendus  sous  des  balda- 
quins, nommés  ciborium.  Duranti  (')  le 
fait  dériver  de  /ic^opiov,  coupe  ;  Robert 
Etienne  de  /jS^-o:,  coffret  ;  Casalius  (f)  et 
M.  du  Sommerard  de  cibns,  parce  que 
l'hostie  qu'il  contient  est  la  nourriture  de 
l'âme.  Hesychius,  Saumaise,  Casaubon, 
Dacier,  etc.,  pensent  que  ce  mot  vient  de 
l'égyptien  et  qu'il  signifiait,  dans  cette 
langue,  une  espèce  de  fève  dont  la  forme 
servait  de  modèle  à  certains  vases,  ou  qu'on 
employait  elle-même  à  leur  confection. 

Ces  vases  eucharistiques  sont  parfois  dési- 
gnés par  le  terme  de  ciborium  minus  (5), 
pour  les  distinguer  des  édicules  destinés  à 
protéger  l'autel. 

Cette  identité  de  noms  pour  deux  objets 
tout  à  fait  différents  a  induit  certains  litur- 
gistes  en  erreur.  Ainsi  le  savant  Gropper(-) 
voit  des  vases  eucharistiques  dans  les  cibo- 
rium que  le  pape  Symmaque  donna  au.x 
basiliques  romaines  de  Saint-Sylvestre  et  de 
Saint-André, d'après  le  témoignage  d'Anas- 
tase  le  Bibliothécaire  ;  mais  il  est  certain 
qu'à  cette  époque,  le  mot  ciborium  n'avait 
pas  encore  le  sens  de  vase  eucharistique. 

Le  terme  ciborium  a  également  servi  pour 
désigner  1°  les  petits  autels  portatifs  que 
l' Ordre  romain  appelle  tabula  itineraria  ; 

1.  Bulle  t.  monum.ji.  XV,  p.  298. 

2.  Lesanc.  liturg.,\..  n,  p.  241. 

3.  De  Ritib.  eccles.  cath. 

4.  De  christ,  vet.  sacr.  rit. 

5.  Du  Cange,  Constant,  christ.,  1.  III,  c.  i.xni. 

6.  ])e  asscriiatione  Euchar.,  art.  II,  C.  XXV. 


2°  les  tabernacles  adhérents  à  l'autel  ;  3"  les 
niches  creusées  dans  le  mur  près  de  l'autel, 
pour  y  garder  la  réserve  eucharistique. 

Dans  les  anciens  inventaires,  le  mot  ci- 
boire subit  maintes  altérations  telles  que  : 
cibo/um,  ciborctim,  civorium,  civorius,  cybu- 
reum;  cJiiboirc,  chyboillc,ciboing)ie,  ciboingrc, 
syboingne,  etc. 

On  donnait  spécialement  le  nom  de 
ciboriolum  aux  petits  vases  destinés  à  porter 
le  saint  Viatique. 

CoLUMBA,7r:pc!77cpiov. — Ce  nom, qui  indique 
une  forme  très  fréquente  du  ciboire, apparaît 
dans  le  testament  de  .S.  Perpétue,  évêque 
de  Tours,  lequel  date  de  475  ("). 

EucHARiSTiALE  (sous-entendu  vas).  —  On 
trouve  ce  mot  dans  un  Pontifical  du  X"^ 
siècle,  cité   par  Catalan  ("). 

Margarita  (perle).  —  Fortunat  donne  ce 
nom  à  un  vase  d'or,  dans  lequel  on  mettait 
le  corps  de  Jésus-Christ. 

Pastophoria.  —  Bellarmin  croit  qu'on  a 
désigné  par  là  des  custodes  eucharistiques. 
Ce  n'a  pu  être  que  très  exceptionnellement, 
car  le  pastophore  désigne  l'endroit  où  l'on 
conservait  les  livres  liturgiques  et  tout  ce 
qui  servait  à  l'autel. 

Pvxis,  TTJït;,  Tr-jficv,  TTufrjov  (de  7tj;i;,  buis). 
—  Les  anciens  appelaient  pyxide  les  cas- 
settes à  bijoux,  parce  qu'ordinairement 
elles  étaient  en  buis.  Les  chrétiens,  consi- 
dérant à  bon  droit  la  sainte  Eucharistie 
comme  le  plus  précieux  des  trésors,  donnè- 
rent, par  analogie,  le  nom  de  pyxide  aux 
coffrets  qui  renfermaient  des  hosties  con- 
.sacrées.  Cette  dénomination,  la  plus  répan- 
due au  moyen  âge,  s'appliquait  aux  grands 
ciboires  aussi  bien  qu'aux  petits  vases  de 
Viatique.  On  trouve  les  formes  altérées  de 
pixis,  pyxida,  pyxomelum,  buxis,  buxida, 
bussida,  bustela,  bustia,  etc. 

i.D'Achéiy,  Spicil.,  t.  v. 
2.  Po7itific.  roman.,  tit.  xvill. 


Des  uascs  et  Des  ustensiles  cucbaristiques. 


313 


Les  vases  eucharistiques  sont  encore 
désignés  sous  les  noms  à'a7'ca,  capsa,  cap- 
se/la,  capsii/a,  cassa,  conditornim,  copa,  cophi- 
nns,  ciipa,  aippa,  aistodia,  Jiierotheca,  kostia- 
ria,  locjilum,  repositoriiuii,  sitspcnsio,  tahcr- 
iiacitl/iiii,  tccha,  htrris,  vas  ;  condttoire, 
conserve,  Joyau  pour  le  Saint-Sac rc ment , 
repositoire,  réserve,  etc. 

3ttiCle   il.  —   De  la  matière  des  ciboires. 

LE  Poîttifical  romain,  qui  détermine  la 
matière  du  calice  et  de  la  patène,  ne 
parle  pas  du  ciboire  ;  mais  l'argent  est  requis 
formellement  par  un  décret  de  la  Congré- 
gation des  Évêques  et  Réguliers,  en  date 
du  12  septembre  1588. 

L'argent  doré,  au  moins  pour  l'intérieur 
du  ciboire,  a  toujours  été  la  matière  le  plus 
généralement  employée  ;  c'est  elle  que 
recommandent,  d'abord  principalement  et 
ensuite  exclusivement,  les  conciles,  les 
synodes  et  les  rituels,  en  ne  tolérant  l'étain 
que  pour  les  paroisses  pauvres.  On  a  aussi 
employé,  mais  rarement,  l'albâtre,  l'alumi- 
nium, le  bois,  le  bronze,  le  cristal,  le  cuivre, 
l'électrum,  la  fonte,  l'ivoire,  le  laiton,  le 
marbre,  l'or,  les  pierres  précieuses,  le  platine 
et  le  verre. 

Albâtre.  —  A  Saint-Bénigne  de  Dijon, 
on  conservait  les  espèces  consacrées  dans  un 
vase  d'albâtre,  haut  d'un  demi-pied,  et  dont 
le  couvercle  avait  un  pied  de  diamètre.  Ce 
vase  était  renfermé,  près  de  l'autel,  dans 
une  armoire  sur  la  porte  de  lacjuelle  on 
lisait  cette  inscription  :  Hostia  salveto  nostrce 
spes  sanctce  salutis  ('). 

Arc.ent.  —  Guillaume,  évéque  d'Autun, 
fit  présent  à  l'église  Saint-Etienne,  d'un 
ciboire  d'argent,  en  forme  de  coupe,  pesant 
quatre  marcs  ;  il  était  doré  en  dedans  et 
en  dehors  ('). 

1.  Voyas;e  litt.  de  deux  Bénéd.,  t.   I,  picm.  partie,  p.  142. 

2.  Hist.  episc.  Aiitissiod.,  c.  Lvn. 


Il  est  peu  d'inventaires  de  trésors  du 
moyen  âge  qui  ne  mentionnent  des  ciboires 
en  argent.  Quand  la  forme  des  coupes  pré- 
valut, on  se  bornait  souvent,  comme  de 
nos  jours,  à  faire  la  coupe  proprement  dite 
en  argent  ;  le  pied  était  en   cuivre  argenté. 

Le  concile  de  Lyon  (1850)  veut  que  la 
coupe  des  ciboires  soit  en  argent  doré. 
Beaucoup  d'autres  conciles  n'exigent  la 
dorure  que  pour  l'intérieur  de  la  coupe. 

Bois.  —  Les  premiers  chrétiens,  qui  con- 
servaient chez  eux  la  sainte  Eucharistie,  la 
déposaient  dans  un  coffret  de  bois,  parfois 
même  dans  une  simple  corbeille  d'osier. 
S.  Zenon  de  Vérone  parle  «  du  pain 
eucharistique  déposé  dans  un  vase  de  bois  ». 
Les  Contjimes  de  Chmy,  rédigées  par  S. 
Udalric,  désignent  sous  le  nom  de  pyxis 
coi-ticea  la  boîte  eucharistique  que  l'on 
mettait  dans  la  colombe  d'or  suspendue  au- 
dessus  de  l'autel. 

S.  Grégoire  de  Tours  (')  nous  apprend 
que  Léon,  treizième  évêque  de  Tours,  qui 
avait  été  ouvrier  en  bois,  fabriquait  des 
tours  eucharistiques  en  bois,  qu'il  recouvrait 
de  feuilles  d'or. 

En  II 28,  dans  l'église  monastique  de 
Deutz,  i3rès  de  Cologne,  un  ciboire  en 
bois  fut  l'objet  d'un  miracle.  Cette  pyxide 
était  placée  dans  une  niche  en  forme  de 
fenêtre,  près  de  l'autel,  et  close  par  un 
châssis  revêtu  de  soie.  Un  incendie  dévora, 
avec  l'abside,  le  vase  à  encens,  une  burette 
d'étain,  la  boîte  à  hosties  non  consacrées  ; 
en  un  mot,  tout  ce  qui  se  trouvait  dans  la 
niche  fut  brûlé,  à  l'exception  de  la  py.xide 
eucharistique.  L'abbé  Rupert  fit  rétablir  cet 
armariiun  et  l'on  y  grava  cette  inscription  : 
Hoc  corpus  Doinini  flammas  in  pyxide 
vicit  (''). 

1.  Hist.  Franc,  1.  X,  c.  xxxi. 

2.  Kupert,   De  tncendio    Tuitieusis,   c.  Y  ;    Mabillon, 
Anii.  bened.,  sec.  xu,  c.  49. 


3H 


iRcuuc    De    l'art    cbrcticn. 


A  l'abbaye  d'Olivet  (Loiret),  le  saint 
Sacrement  était  conservé  dans  une  espèce 
de  tourelle  en  bois  ('). 

Laurent  Allemand,  dans  les  visites 
pastorales  qu'il  fit,  de  1493  à  1497,  dans 
son  diocèse  de  Grenoble,  prescrivit  de  rem- 
placer les  coffrets  eucharistiques  en  bois 
par  des  pyxides  en  métal.  Ces  coffrets  en 
bois  étaient  de  formes  très  diverses,  carrés, 
longs,  oblongs,  ovales,  etc.  (-). 

On  trouve  en  Allemagne  des  pyxides  de 
.  Viatique  en  bois,  revêtues  d'une  broderie  de 
perles  de  verre,  œuvre  de  religieuses  qui 
ont  voulu  ainsi  suppléer  à  l'émail.  Pendant 
la  Révolution  de  1793,  on  a  souvent  été 
forcé  d'employer  des  ciboires  de  bois  ;  c'est 
ce  que  l'on  fait  encore  aujourd'hui  en  cer- 
taines circonstances.  «  A  la  cathédrale  de 
Beauvais,  dit  l'abbé  Barraud  ('),  ainsi  qu'à 
l'église  .Saint- Etienne  de  la  même  ville,  on 
a  fait  faire,  il  y  a  quelques  années,  les  vols 
d'églises  étant  devenus  très  fréquents,  des 
ciboires  en  bois  de  palissandre,  et  l'on  s'en 
sert  encore  quelquefois  maintenant,  lors- 
qu'on peut  craindre  quelque  soustraction 
sacrilège.  Ils  ont  la  même  forme  que  ceu.x 
de  métal.  On  place  dans  l'intérieur  une  toile 
de  lin  fortement  empesée,  à  laquelle  on  a 
donné  la  forme  d'une  coupe  et  que  l'on  a 
bénite  avec  la  formule  en  usage  pour  les 
corporaux.  C'est  dans  cette  coupe  que  se 
consacrent  et  que  se  conservent  les  hosties. 
Chaque  matin  on  l'enlève  et  on  la  met 
dans  un  ciboire  d'argent  ou  de  vermeil 
dont  on  se  sert  pour  la  communion.  Lorsque 
les  messes  sont  dites,  la  coupe  est  replacée 
dans  le  vase  de  bois, et  le  ciboire  d'argent  est 
reporté  à  la  sacristie.  L'usage  des  vases 
ou  des  boîtes  en  bois  pour  les  circonstances 
dont  il  est  ici  question   est  autorisé    dans 

1.  Voy.  lut.,  1. 1,  i"--  p.,  p.  24. 

2.  L'abbé  Tripier,  Aatice  sur  le  ciborium  de  la  cathédrale 
de  Grenoble,  dans  le  Biillet.  tnonum.,  1S58,  p.  14. 

3.  Notices  sur  les  ciboires,  1858,  p.  35. 


le  rituel  de  Beauvais,  publié  en  i  783,  par 
les  ordres  de  Monselyneur  de  la  Roche- 
foucauld.    » 

Chez  les  Grecs  modernes,  Xartophorion, 
boîte  pour  le  pain  consacré  du  Viatique,  est 
en  ars:ent  et  même  en  or  dans  les  églises 
riches;  mais,  dans  la  plupart  des  églises 
rurales,  elle  est  en  bois  ('). 

Cristal  et  Verre.  —  La  Chronique  des 
évêques  de  Minden  nous  apprend  que  jadis, 
dans  une  église  voisine  de  Hildesheim,  on 
conservait  l'Eucharistie  dans  des  vases  de 
verre. 

Au  couronnement  de  Charles-Ouint,  la 
sainte  Eucharistie  fut  portée  devant  lui, 
sous  un  dais  brodé  d'or,  dans  une  cassette 
de  cristal,  renfermée  dans  un  coffret  en 
bois  (-'). 

A  Saint-Rambert  (Ain),  on  conservait  le 
saint  Sacrement  dans  une  tour  vitrée  (f)  ; 
à  l'église  Sainte-Croix  de  Rome,  c'était 
dans  un  vase  de  cristal,  placé  derrière 
l'autel  (■*). 

En  1861,  Pie  IX,  à  l'occasion  de  la 
béatification  de  Benoît-Joseph  Labre,  a 
offert  à  l'église  de  Sainte- Marie -des- 
Monts,  un  ciboire  en  cristal  de  roche, 
monté  en  or  et  bordé  d'une  couronne 
d'améthyste. 

Cuivre.  —  A  partir  du  XI I^  siècle,  quand 
l'ivoire  devint  plus  rare,  on  employa  fré- 
quemment le  cuivre  doré  ou  émaillé,  désigné 
sous  le  nom  âl œuvre  de  Limoges.  Les  inven- 
taires mentionnent  aussi  des  pyxides  en 
simple  cuivre.  Elles  ne  sont  pas  ordinaire- 
ment dorées  à  l'intérieur  de  la  coupe. 
Peut-être  y  plaçait-on  les  hosties  ren- 
fermées dans  une  autre  petite  boite  de 
matière  plus  précieuse,  ou  bien  les  enve- 
loppait-on dans  un  petit  corporal. 

1.  Richard  Simon,  Bibl.  crit.,  t.  I,  p.  160. 

2.  Paul  Jovc,  Hist.  sui  temp.,  1.  XXVII. 

3.  Voy.  litt.  de  deux  nt'néd.,  t.  I,  p.  239. 

4.  Thiers,  Diss.  sur  les  autels,  p.  206. 


Des  ttascs  et  Des  ustensiles  eucharistiques. 


ô'5 


Étain.  —  Cette  matière,  qui  est  presque 
partout  proscrite  de  nos  jours,  était  jadis 
tolérée  pour  les  églises  pauvres.  Les  statuts 
synodaux  de  Jean  Avantage ,  évêque 
d'Amiens  (1454),  et  d'un  de  .ses  successeurs, 
François Faure(  1 662), en  permettent  l'usage. 
Feydeau  de  Brou  le  confirma  en  1697,  mais 
à  la  condition  e.xpresse  que  ces  ciboires 
contiendraient  une  petite  boîte  d'argent, 
pour  y  mettre  les  saintes  hosties. 

Fonte.  —  Un  inventaire  des  Célestins 
d'Éclimont  (Eure-et-Loire)  mentionne  un 
ciboire  de  fonte  bien  dorée  ('). 

Ivoire.  —  Cette  matière  est  fréquemment 
désignée  dans  les  anciens  inventaires.  Les 
statuts  synodaux  d'Eudes  de  Sully,  évêque 
de  Paris,  ordonnent  que  les  pyxides  de 
Viatique  soient  en  ivoire,  propter  casuiii. 

L'auteur  de  la  Vie  de  sainte  Claire  parle 
d'une  châsse  d'ivoire  où  était  réservée 
l'Eucharistie  (').  Dom  Martène  signale  les 
ciboires  en  ivoire  qu'il  a  vus  aux  cathédrales 
de  Sion  et  d'Autun,  aux  monastères  de 
Ferrière  (diocèse  de  Sens)  et  de  la  Grasse 
en  Languedoc  (^).  Mabillon  cite  celui  de 
l'église  des  chanoines  réguliers  de  Vérone(''). 

La  Congrégation  des  Évêques  et  Régu- 
liers, par  un  décret  du  26  juillet  158S, 
interdit  les  pyxides  en  ivoire, 

Laiton.  —  On  donnait  au  moyen  âge  les 
noms  à'electrîiin  ou  aiiricalqne  à  une  espèce 
de  laiton  où  le  cuivre  était  mélangé  avec  de 
l'étain,  et  quelquefois  avec  une  addition 
d'autres  métaux  ("). 

Makkre. — A  lacathédrale  deMaurienne, 
le  Saint-Sacrement  était  réservé  dans  un 
vase  de  marbre  C'). 

1.  Texier,  Dict.  (Torfcvr.,  au  mot  ciboire. 

2.  Surius,  XII  aug. 

3.  V^oy.  lilUr.,  t.  I,  i"  partie,  p.  68,  156  ;  2''  part.,  p.  55  ; 
Deniiliq.  ritib.  1.  I,  c.  V. 

4.  Itcr.  i/al.,  p.  178. 

5.  liariaud,  of>.  cit. 

6.  Voy.  litt.,  t.  I,  i"-'  part.,  p.  247. 


Or.  —  Les  ciboires  en  or  ont  toujours 
été  rares.  Ce  sont,  en  général,  des  dons 
faits  aux  églises  par  les  papes,  les  princes 
et  de  puissants  seigneurs.  L'empereur  Cons- 
tantin fit  présent  à  l'église  Saint-Pierre  de 
Rome  d'une  tour  eucharistique  et  d'une  co- 
lombe, toutes  deux  en  or,  pesant  trente 
livres,  ornées  de  215  pierres  précieuses  ('). 

Venance  Fortunat  loue  le  zèle  de  l'arche- 
vêque de  Bourges,  qui  avait  fait  faire  une 
tour  d'or  où  était  renfermé  le  corps  de 
Jésus-Christ. 

Flodoard  (')  rapporte  qu'un  voleur  essaya 
de  s'approprier  un  ciboire  d'or,  en  forme  de 
tour,  suspendu  au-dessus  de  l'autel  de 
Notre-Dame  de  Reims,  mais  qu'il  se  laissa 
choir  et  mourut  du  coup. 

La  Sainte-Chapelle  de  Paris  possédait  un 
ciboire  en  or,  estimé  1300  livres,  qui  fut 
volé  en  1573.  Un  inventaire  de  1532  {^)  en 
donne  la  description  suivante  :  «  Ung  repo- 
sitoire  nommé  ciboire,  où  l'on  mect  le 
Sainct-Sacrement,  lequel  est  dessus  le  grand 
hostel,  pendu  au  bout  d'une  crosse  de 
cuyvre,  et  est  ledicte  repositoire  tout 
d'or,  excepté  la  moulure  et  empâtement 
du  pied,  qui  est  d'argent  doré  ;  au  hault 
duquel  y  a  une  petite  croix  d'or,  et  en  chacun 
costé  d'iceluy,  y  a  ungcrucifi.x  d'or  eslevé, 
et  deux  tittres  de  Jhcsics  Nazaremis  rex 
Judeorîini.  » 

Pierres  précieuses.  —  Les  inventaires 
du  moyen  âge  mentionnent  parfois  des  ci- 
boires en  agate,  en  béryl,  et  en  diverses 
autres  pierres  précieuses. 

Hugues  de  Flavigny  nous  apprend  que 
l'empereur  S.  Henri  donna  au  monastère 
de  Saint-Vanne  une  custode  d'onyx  pour 
servir  de  suspension  eucharistique. 

I.  Anast.  Bibl.,  in  Sylvestro. 
1.  Hist.  Remeiis.,  1.  I,  c.  xvi. 

3.  In^iiit.  lies  reliques  de  la  Sainte-Chapelle.,  public  par 
M.  Douel  d'Arcq  daus  la  Rev.  arch.,  t.  X ,  p.  192. 


3i6 


IRcuiic   De    rart   chrétien. 


HrtiClC  iij.  —  De  la  forme  et  des  dimen- 
sions    des     ciboires.     ^^^--.v:^.•<.-=^.^.v^^^^.vs-^^-c~~l^^J^^-J-^.•^^ 

§  I.  —  Des  ciboires  en  forme 
de  tour. 

ON  asouvent  donné  aux  ciboires  la  forme 
d'un  petit  édicule  rond,  carré,  hexa- 
gone ou  octogone,  surmonté  d'un  toit  coni- 
que, hérissé  ou  non  de  crochets.  Ces  tours 
eucharistiques,  j^our  lesquelles  on  trouve 
une  formule  spéciale  de  bénédiction  dans 
le Sacrainentaire gallican,  étaient  conservées 
dans  les  sacristies  ou  les  ariuariuni.  On  les 
posait  parfois  sur  l'autel  pendant  le  saint 
Sacrifice,  afin  de  distribuer  la  communion 
aux  fidèles,  et  c'est  là  l'origine  des  taber- 
nacles adhérents  à  l'autel,  qui  ont  conservé 
longtemps  la  forme  de  leur  type  primitif 
Dans  le  cours  du  moyen  âge,  on  suspendait 
la  tour  au-dessus  de  l'autel  ;  en  Orient,  elle 
était  attachée  au  centre  intérieur  du  cibo- 
riuni.  En  Occident,  la  tour,  protégée  par 
une  petite  tente  en  soie,  était  fixée  à  une 
crosse  munie  d'une  poulie;  Mabillon  prétend 
que  cet  usage  était  inconnu  à  l'Italie. 

Sandelli  {')  a  décrit  des  tours  eucharisti- 
ques en  argile  rougeâtre,  qui  ont  été  trou- 
vées dans  les  catacombes  de  Rome  ;  elles 
servaient  aux  fidèles  pour  emporter  chez 
eux  la  sainte  Eucharistie.  Ces  antiques 
pyxides  avaient  à  peu  près  la  forme  des 
autels  carrés  faits  d'une  seule  pièce.  Des 
lampes  en  bronze  ou  en  argile  adhéraient  à 
quelques-unes  d'entre  elles  et  rappellent  nos 
lampes  brûlant  perpétuellement  devant  le 
saint  Sacrement.  Un  petit  meuble  en  terre 
cuite  et  de  forme  ronde,  publié  par  M.  Per- 
ret (-),  a  beaucoup  d'analogie  avec  les 
tours  dont  parle  Sandelli  et  a  probablement 
servi  aussi  à  conserver  l'Eucharistie. 

Le  pape    Innocent  I    (402-417)  fit   don 

1.  De  sacr.  syttaxib.,  c.  xix. 

2.  Cutiic.  de  Rome,  t.  IV',  pi.  xix,  n.  4. 


d'une  tour  d'arg-ent  à  l'éarlise  des  Saints- 
Gervais-et-Protais.  Le  pape  Hilaire,  mort 
en  46S,  fit  un  semblable  présent  à  la  basili- 
que de  Latran. 

S.  Aredius,  abbé  de  Saint-Yrieix,  men- 
tionne quatre  tours  parmi  les  vases  sacrés 
qui  lui  appartenaient  ('). 

S.  Rémi,  archevêque  de  Reims,  enjoignit 
à  son  successeur,  par  son  testament,  de  faire 
confectionner  une  tour  (turricîibiin)  et  un 
calice,  avec  la  matière  d'un  vase  d'or,  pesant 
dix  marcs,  que  lui  avait  donné  Clovis  ('). 

La  tour  eucharistique  que  Félix,  évêque 
de  Bourges,  donna  à  son  église,  était  aussi 
en  or.  Venance  Fortunat  (')  l'a  célébrée 
dans  les  vers  suivants  : 

Quant  benejiincia  décent,  sacratl  ut  corporis  agnl 
Margaritum  i/tgeiis,  aurea  dona  feront  ! 

Cedunt  chrysolithis  salomonia  vasa  metallis  ; 
Ista  place le  /nagis  ars  facit  atque  fides. 

Grégoire  de  Tours  nous  raconte  qu'un 
diacre  sacrilège,  de  la  ville  de  Riom,  trans- 
portait de  la  sacristie  une  tour  in  qitâ  iiiystc- 
riiiiii doiiiinicicorporis habcbatur(;^)\ que  cette 
tour  s'échappa  de  ses  mains  et  alla  se  placer 
d'elle-même  sur  l'autel  où  se  célébraient  les 
saints  Mystères.  Ce  texte  a  donné  lieu  à 
diverses  interprétations.  Mabillon  et  J.  B. 
Thiers  pensent  que  cette  tour  ne  contenait 
que  les  vases  sacrés  nécessaires  à  la  célé- 
bration de  la  messe.  J.  Gropper,  Duranti, 
Bona,  Dom  Chardon  et  le  P.  Le  Brun 
croient,  au  contraire,  que  cette  expression 
collective  ininisterituii  ou  mystcrium  douii- 
iiici  corporis  comprend  non  seulement  les 
vases  liturgiques,  mais  aussi  les  hosties 
réservées  pour  la  communion.  Il  pouvait  y 
avoir  quelque  doute  sur  l'interprétation  de  ce 
passage,  alors  que  l'on  discutait  sur  le  sens 
du  mot  iiiinisteriiim  ;   mais  Dom  Ruinart, 

1.  Mabillon,  Vet.  analecta,  t.  II,  p.  57. 

2.  Flodoard,  Hist.  eccles.  Remens.,  1.  I,  c.  xvin. 

3.  Lib.  III,  caim.  xxv. 

4.  De  Glor.  inaii.,  1.  i,  c.  l.xxxvi. 


Des  Dascs  et  Des  ustensiles  eiicbaristiqucs. 


'M 


dans  l'édition  qu'il  a  donnée  du  livre  de 
Grégoire  de  Tours,  affirme  que  tous  les 
manuscrits  qu'il  a  pu  consulter  portent ;;y5/^- 
rhiDi  :  ce  qui  nous  semble  trancher  la  diffi- 
culté. 

Parmi  les  églises  qui  conservaient  jadis 
la  sainte  Réserve  dans  des  ciboires  en 
forme  de  tour,  nous  citerons  les  cathédrales 
de  Laon,  Reims,  Bourges,  Digne,  Orléans; 
Saint-Michel  de  Dijon,  Saint-Laurent  de 
Rouen,  Saint-Benoît  à  Paris,  l'abbaye  de 
Marmoutiers,  les  Célestins  d'Avignon  et  de 
Paris,  etc.  ('). 

On  conserve,  dans  l'église  de  l'ancienne 
abbaye  de  Sénanques,  une  tour  du  XI II^ 
siècle,  en  bois  peint  et  doré  ;  le  corps  prin- 
cipal est  octogone,  percé  de  trente-deux 
fenêtres  et  surmonté  d'une  sorte  de  clocher 
à  six  pans.  On  y  lit  l'inscription  suivante, 
que  M.  Viollet-le-Duc  (-)  suppose  avoir  été 
repeinte  d'après  l'ancienne:  Qvimandvcat  : 
hvnc  :  pane  m  :  vivct  :  in  œternvin. 

Les  antiques  tours  eucharistiques  sont 
devenues  extrêmement  rares  ;  on  en  ren- 
contre fort  peu  dans  les  musées.  Un  très 
petit  nombre  de  ces  curieux  monuments  ont 
été  dessinés. 

Un  tableau  du  XV^I®  siècle,  conservé 
dans  la  sacristie  de  la  cathédrale  d'Arras, 
représente  le  grand  autel  de  cette  église,  à 
peu  près  tel  qu'il  était  au  XI 11^  siècle.  Une 
custode,  en  forme  de  tour,  est  tenue  sus- 
pendue par  un  ange  qui,  la  tête  en  bas, 
semble  descendre  de  la  volute  d'une 
crosse  {'). 

Ce  n'est  point  sans  un  motif  symbolique 
qu'on  a  donné  la  forme  de  tour  aux  vases 
eucharistiques  :  c'est  l'emblème  de  la  force 

1.  Bellotte,  Rit.  eccl.  Laudun.,  p.  49;  Chardon,  HUt.  des 
sacr.,  t.  II,  p.  250  ;  Thiers,  De Pexp.  du  St-Sacr.,  t.  I,  p.  40, 
42;  Moléon,  Voy.  li/urg.,-p  180;  Bénédictins, fV'r.  lilt-,  t.  I, 
p.  21,  67,  etc. 

2.  Die/,  du  rnobil./rtwç.,  t.  I,  p.  246. 

3.  Ann.  arch.  t.  IX,  p.  i. 


morale  que  le  chrétien  puise  dans  la  sainte 
Communion.  L'Eucharistie,  dit  Novarini('). 
est  la  tour  inexpugnable  de  l'Eglise  et  ne 
peut  être  mieux  réservée  que  dans  un 
ciboire  en  forme  de  tour.  S.  Germain  de 
Paris  ('')  remarque  que  ces  sortes  de  vases 
sont  destinés  à  nous  rappeler  le  sépulcre  de 
Notre-Seigneur,  qui  fut  creusé  en  forme  de 
tour  dans  un  rocher.  On  considérait  aussi 
la  tour  comme  l'emblème  de  la  sainte  Vierge, 
turris  Davidùa,  mais  cette  application  était 
faite,  même  aux  ciboires  qui  n'avaient  pas  la 
forme  turriculée  ;  car  Guillaume  Durand  (■') 
dit,  d'une  manière  générale  :  «  Le  coffre 
(capsa)  dans  lequel  on  conserve  les  hosties 
consacrées,  signifie  le  corps  de  la  Vierge 
glorieuse.  Il  est  tantôt  de  bois,  tantôt 
d'ivoire  blanc,  tantôt  d'argent,  tantôt  d'or, 
tantôt  de  cristal,  et,  selon  ces  diverses  ma- 
tières, il  exprime  les  diverses  vertus  du 
corps  de  Jésus-Christ.  » 

Il  faut  remarquer  que  les  tours  ne  ser- 
vaient parfois  qu'à  renfermer  un  autre  vase 
eucharistique  :  telle  était  la  tour  d'ivoire 
de  l'abbaye  de  Saint-Waast  d'Arras,  qu'une 
tradition  erronée  regardait  comme  le  vase 
où  Marie-Madeleine  conservait  ses  parfums. 


§   ^• 


Des  ciboires   en  forme  de 
colombe. 


Dom  Martène  pense  que  l'usage  des 
ciboires  en  forme  de  colombe  est  plus  an- 
cien que  celui  des  tours  (^)  :  mais  cette 
assertion  ne  parait  reposer  sur  aucune 
preuve.  Il  est  question  tout  à  la  fois  de 
tours  et  de  colombes  dans  des  textes  du 
IV^  et  du  \^  siècle  :  antérieurement  à 
cette  époque,  il  n'en  est  fait  aucune  mention. 
Il    est    vrai     que    Tertullien    désigne    une 

1.  Agnus  eiiehar.,  c.  LV,  n.  56S. 

2.  Ap.  D.  Martène,  Thés,  anecd,  t.  \',  p.  95. 

3.  Ratio».,  1.  I,  c.  in. 

4.  De  aittiq.  EecL  rit..  1.  I,  c.  \',  art.  3. 


3i8 


Eetiue   De    rart   cfjrcticn. 


ésflise  sous  le  nom  de  <i  la  demeure  de  notre 
colombe  (')  »;  mais  ce  passage  peut  donner 
lieu  à  diverses  interprétations.  Quant  à  la 
colombe  en  verre  provenant  des  catacombes, 
que  l'on  conserve  au  musée  chrétien  du 
Vatican,  rien  ne  prouve  que  ce  soit  un  vase 
eucharistique. 

Le  P.  Le  Brun  pense  que  l'usage  des 
colombes  est  originaire  de  l'Orient.  Il  est 
certain,  dumoins,que  les  plus  anciens  textes 
relatifs  à  ces  vases  nous  viennent  d'auteurs 
orientaux.  Mais  faut-il  admettre  avec 
Macri  {■)  que  ce  fut  S.  Basile  qui  inventa 
cette  forme  ?  Rien  dans  la  vie  de  ce  saint 
ne  peut  le  faire  conjecturer. 

Les  colombes  n'ont  peut-être  été  d'abord 
qu'un  ornement  emblématique  qu'on  plaçait 
sur  les  tours  et  les  coffrets  destinés  à  con- 
tenir l'Eucharistie.  Nous  nous  expliquerions 
ainsi  la  double  mention  de  tours  et  de 
colombes  qui  est  faite  dans  des  textes  du 
V  siècle.  On  lit,  en  effet,  dans  iVnastase 
le  Bibliothécaire,  qu'Innocent  I  fit  faire  une 
tour  d'argent,  accompagnée  d'une  colombe 
dorée,  pour  l'église  des  martyrs  saint  Ger- 
vais  et  saint  Protais  ;  que  le  pape  Hilaire 
donna  aussi  une  tour  d'argent  et  une  colom- 
be d'or,  de  deux  livres  pesant,  à  la  basilique 
de  Latran  ;  que  Constantin  fit  don  à  la 
basilique  de  Saint-Pierre  d'une  tour  et  d'une 
colombe  de  l'or  le  plus  pur,  enrichies  toutes 
deux  de  prases,  d'hyacinthes  et  de  deux 
cent-quinze  perles  blanches.  Au  siècle 
suivant,  la  sainte  Eucharistie  n'était  pas 
toujours  déposée  dans  l'intérieur  de  la  colom- 
be, mais  dans  une  pyxide  suspendue  au 
bec  de  l'oiseau.  Il  en  était  ainsi  au  monas- 
tère de  Cluny.  Quand  la  réserve  était 
contenue  dans  l'intérieur  de  la  colombe,  on 
renfermait  souvent  l'hostie  dans  une  petite 
boîte  ou  dans  un  linge.  Ce  dernier  usage 

1.  Ariv.  Valent.,  en. 

2.  Hierolex.,  v""  Ciborium. 


était  observé  à  Saint-Théoffray,  dans  le 
Velay,  comme  le  prouve  un  passage  de 
ses  archives,   rapporté  par  Du  Cange  ('). 

Voici  quel  était,  au  moyen  âge,  le  mode 
de  suspension  le  plus  ordinaire:  la  colombe 
était  fixée  sur  un  plateau,  accroché  par 
deux  ou  trois  chaînes  à  un  dais  qu'enve- 
loppait un  rideau  ou  pavillon.  Une  chaîne, 
attachée  au  sommet  de  ce  pavillon,  roulait 
sur  une  poulie  fixée  à  l'extrémité  d'une 
crosse.  Cette  chaîne  passait  dans  la  tige 
de  suspension,  et  le  célébrant  n'avait  qu'à 
ouvrir  une  petite  porte  percée  dans  cette 
tige  pour  faire  descendre  la  colombe  sur 
l'autel.  C'est  à  peu  près  le  même  système 
qu'on  emploie  de  nos  jours  pour  les  réver- 
bères. 

Mabillon  a  constaté  que  les  colombes 
eucharistiques  avaient  été  extrêmement 
rares  en  Italie  ;  il  en  a  vu  une  en  auricalque 
au  monastère  de  Bobbio,  en  Sardaigne  (*). 

En  France  et  en  Belgique,  tout  au  con- 
traire, la  forme  de  colombe  a  été  générale- 
ment admise  jusqu'au  XVL-  siècle.  Il  y  en 
avait  encore  un  certain  nombre  aux  deux 
siècles  suivants.  Les  vovaçreurs  et  les  litur- 
gistes  de  cette  époque  ont  mentionné  celles 
des  cathédrales  de  Rodez  et  de  Chartres  ; 
des  abbayes  de  Saint-Denys,  de  Chésy-sur- 
INIarne,  de  Saint-Paul  de  Sens,  de  Saint- 
Waast  d'Arras,  de  Grandmont  (diocèse  de 
Limoges),  de  Cluny,  de  Saint-Germain-des- 
Prés,  de  Saint-Bénigne  de  Dijon,  des 
prieurés  du  Val-Dieu  en  Champagne,  de 
Ruffec,en  Berry  ;  des  églises  de  Saint-Maur- 
les- Fossés  près  de  Paris,  de  jolans  près 
de  Châteaudun,  de  Saint- Luperce  près  de 
Chartres,  de  Saint-Julien  d'Angers  ;  des 
Cordeliers  et  des  Jacobins  de  Rodez,  etc. 

Ce  ne  fut  point  sans  raison  qu'on  choisit, 

1.  Columba  desupcr  altareaurea,  ubi  dominicum  leponi- 
tur  corpus  in  linteo  mundo  servandum.  Glossar.,  v° 
Columba. 

2.  lier  italic,  p.  217. 


Des  tia.scs  et  Des  ustensiles  eucharistiques. 


319 


pour  les  ciboires  suspendus,  la  forme  de 
colombe.  Pour  renfermer  le  mystère  de  la 
charité  divine,  on  voulut  imiter  la  forme 
de  l'oiseau  qui,  chez  presque  tous  les 
peuples  de  l'antiquité,  fut  regardé  comme  le 
symbole  de  l'amour.  Il  en  fut  ainsi  chez  les 
Indiens,  ainsi  que  l'attestent  encore  aujour- 
d'hui leurs  antiques  pagodes.  La  Vénus  des 
Cypriotes  et  des  Grecs  l'attelait  à  son  char 
et  la  portait  à  la  main.  Selon  Elien,  cette 
déesse  se  métamorphosait  elle-même  en 
colombe.  C'est  sans  doute  à  cause  du  senti- 
ment dont  ces  oiseaux  étaient  l'emblème, 
que  les  habitants  d'Ascalon  en  nourrissaient 
un  nombre  si  considérable  ;  que  les  Assy- 
riens en  plaçaient  l'image  sur  leurs  éten- 
dards ;  que  les  Syriens  les  adoraient  et 
que  les  Samaritains  leur  rendaient  un  culte 
sur  le  mont  Garizim. 

Dans  le  symbolisme  chrétien,  la  colombe 
n'est  pas  seulement  l'emblème  de  l'amour 
divin,  mais  encore  de  la  simplicité  de  l'âme, 
de  la  paix  du  cœur,  de  la  candeur,  de  l'in- 
nocence, etc.  Voilà  un  ensemble  de  motifs 
bien  suffisants  pour  expliquer  comment  la 
forme  de  la  colombe  a  été  si  affectionnée 
pour  les  vases  qui  devaient  contenir  la 
divine  Eucharistie,  source  de  toutes  les 
vertus  et  foyer  de  l'amour  divin.  C'est 
donc  à  tort  que  le  P.  Chesneau,  dans  son 
Oi'pJiée  eiuliaristique,  prétend  que  cette 
forme  a  été  déterminée  par  le  souvenir  des 
colombes  mystérieuses  qui  apparurent  à 
divers  prêtres,  alors  qu'ils  célébraient  le 
saint  Sacrifice  de  la  Messe.  Ces  apparitions, 
en  supposant  même  qu'elles  soient  toutes 
incontestables,  n'eurent  lieu  qu'en  petit 
nombre  et  alors  que  l'usage  des  colombes 
eucharistiques  était  déjà  introduit  dans 
les  Eglises  grecque  et  latine.  D'ailleurs, 
tous  les  écrivains  du  moyen  âge  sont 
unanimes  dans  l'interprétation  de  ce  type 
symbolique. 


Tous  les  vases  en  forme  de  colombe 
n'étaient  point  destinés  à  contenir  l'Eucha- 
ristie. Il  en  est  qui  n'avaient  d'autre  but 
que  de  figurer  le  Saint-Esprit.  On  en  a 
trouvé  dans  les  catacombes  qui  ont  évidem- 
ment servi  de  lampes.  On  en  plaçait  au- 
dessus  des  chaires  épiscopales  pour  figurer 
l'inspiration  du  Saint-Esprit. 

La  forme  de  colombe  était  aussi  donnée 
à  certains  reliquaires,  et  même  à  de  simples 
objets  de  piété,  que  les  fidèles  conservaient 
dans  leur  demeure. 

Des  doutes  se  sont  élevés  sur  la  destina- 
tion des  colombes  qu'on  suspendait  au-des- 
sus des  tombeaux  et  dans  les  baptistères. 
Certains  liturgistes  y  voient  de  véritables 
ciboires  ;  d'autres  pensent  que  ce  n'étaient 
que  des  images  du  Saint-Esprit. 

En  ce  qui  concerne  les  tombeaux,  nous 
croyons  qu'il  faut  faire  une  distinction  entre 
ceux  qui  étaient  surmontés  d'un  autel  et  ceux 
qui  en  étaient  dénués.  Les  colombes  dont 
ces  derniers  pouvaient  être  ornés,  n'étaient 
évidemment  que  des  emblèmes  de  l'Esprit- 
Saint  ;  mais  les  tombeaux-autels  pouvaient 
être  surmontés  de  la  custode  eucharistique. 
Quand  le  moine  de  Saint-Denys  rapporte 
qu'un  soldat  de  Sigebert,  roi  de  Soissons, 
monta  sur  le  tombeau  de  saint  Denys  pour 
enlever  une  colombe  d'or  qui  y  était  sus- 
pendue et  qu'il  se  perça  le  flanc  en  tombant 
sur  sa  propre  lance,  nous  pensons  qu'il  s'agit 
ici  d'une  colombe  eucharistique,  parce  que  le 
tombeau  de  saint  Denys  était  surmonté  d'un 
autel  (■). 

Il  est  certain  qu'il  y  avait,  dans  les  bap- 
tistères, des  colombes  n'ayant  d'autre  desti- 
nation que  de  représenter  le  Saint-Esprit, 
qui  apparut  sous  cette  forme  au  baptême 
de  Notre-Seiçrneur.    Les  actes    du  concile 

o 

de    Constantinople,    tenu     sous     Memnas, 

I.  Greg.  Tur.,  De  glor.  mart.,  c.  Lxxu. 


KEVUE   DE   l'art  CHRÉTIEN. 
1S85.   —    3"'=    LIVRAISON. 


320 


IRctiuc   De    part    cfjrcticn. 


en  536,  mentionnent  les  plaintes  des  moines 
d'Antioche  contre  l'hérétique  Sévère  qui 
s'était  approprié  les  colombes  d'or  et  d'ar- 
gent, images  du  Saint-Esprit,  suspendues 
dans  les  baptistères,  et  qui  donnait  cet 
ingénieux  prétexte  qu'  «  il  ne  convenait  pas 
de  représenter  le  Saint-Esprit  sous  la  forme 
de  colombe  ».  D'un  autre  côté,  on  a  fait 
remarquer  que  les  néophytes  recevaient  la 
communion  immédiatement  après  le  baptê- 
me, et  que  l'Eucharistie  devait  être  réservée 
pour  cet  usage,  dans  les  vastes  baptistères 
où  se  trouvaient  souvent  plusieurs  autels. 
Mais  il  nous  paraît  bien  plus  probable  que 
les  nouveaux  baptisés  communiaient  avec 
les  hosties  consacrées  à  la  messe  spéciale 
que  l'évêque  célébrait  pour  eux. 

§  3.  Des  boites  cylindriques. 

Beaucoup  de  ciboires  du  moyen  âge 
avaient  la  forme  d'une  boîte  cylindrique,  à 
couvercle  plat  ou  le  plus  souvent  conique. 
Cespyxides,ordinairement  en  cuivre  émaillé, 
peuvent  être  considérées  comme  les  dimi- 
nutifs des  tours  dont  nous  avons  parlé  plus 
haut.  Cette  forme  était  très  répandue  du 
XI<^  au  XI  Ve  siècle.  En  général, cette  custode 
sans  pied  est  profonde  de  quatre  centimètres 
environ  et  d'un  diamètre  de  six  à  sept  cen- 
timètres. Son  couvercle  conique,  d'environ 
cinq  centimètres  de  hauteur,  se  termine  par 
une  petite  croix.  Une  charnière,  établie  sur 
le  rebord  de  l'ouverture,  relie  entre  elles  les 
deux  parties  de  la  custode.  L'intérieur  est 
.souvent  doré  ;  à  l'extérieur,  le  fond  est 
émaillé  en  bleu  d'outre-mer,  sur  lequel  on 
a  réservé  des  surfaces  circulaires  en  émail 
blanc,  avec  épargne  de  cuivre  doré  et  de 
rinceaux  interposés  de  place  en  place. 

Ces  petites  pyxides,  qu'on  voit  fréquem- 
ment dans  les  musées  et  les  collections  par- 
ticulières, étaient  parfois  déposées  dans  de 
plus  grands  ciboires,  en  forme  de  tour  ou  de 


coupe.  L'inventaire  latin  du  trésor  de  la 
cathédrale  de  Laon, dressé  en  1523, et  publié 
par  M.  Edouard  Fleury, constate  ces  usages  : 
«  Un  vase  très  remarquable  d'argent  doré, 
de  ceux  qu'on  nomme  coupes,  sur  le  couver- 
cle duquel  se  dresse  une  croix  dorée,  pourvue 
d'un  crucifix  de  vermeil.  Il  renferme  une 
pyxide  d'argent  où  sont  déposées  les  hosties 
consacrées  qu'on  porte  aux  malades,  et  dont 
le  couvercle  d'argent  est  aussi  surmonté 
d'une  croix  (').  » 

A  cette  époque,  les  synodes  et  les  rituels 
recommandent  d'avoir  deux  sortes  de  ciboi- 
res, l'un  plus  grand,  qui  doit  rester  dans  le 
tabernacle,  l'autre  plus  petit,  pour  porter  le 
saint  Viatique  aux  malades  :  le  prêtre  qui 
remplissait  ce  ministère,  faisait  usage  de  ces 
custodes  cylindriques.  Antérieurement,  on 
mettait  parfois  la  sainte  hostie  dans  un  sim- 
ple corporal  ou  dans  un  petit  sac,  coutume 
qui  fut  interdite  par  plusieurs  conciles  {^). 

%  4.  Des  ciboires  en  forme  de 
coupes  à  pied. 

Quand  on  ne  voulut  plus  suspendre  les 
pyxides,  on  leur  donna  un  pied  analogue  à 
celui  du  calice.  L'usage  de  ces  ciboires  pé- 
dicules a  dil  surtout  se  propager  à  l'époque 
où,  la  communion  des  fidèles  devenant 
moins  fréquente,  le  prêtre  ne  consacra  plus 
à  chaque  messe  les  hosties  qu'il  devait 
distribuer  aux  assistants,  sur  une  grande 
patène. On  trouva  plus  commode  de  réserver 
un  certain  nombre  d'hosties  dans  un  vase 
spécial,  différent  parfois  de  celui  cjui  conte- 
nait le  saint  Viatique.  Très  rares  à  l'épo- 
que romane,  ces  pyxides  se  multiplient  au 
XI  II<^  siècle  et  se  rencontrent  partout  au 
XVI^.  Ces  vases  de  communion  se 
composent  d'une   coupe  épatée,  surmontée 

1.  Ed.  Fleury,  Invent,   du  trésor  de  la  cath.  de  Laon, 

P-  45- 

2.  Mansi,  Contil.,  t.  XXIV,  p.  403. 


Dc0  tiases  et  Des  ustensiles  eucDanstiqucs. 


321 


d'un  couv^ercle  en  forme  de  dôme,  qu'on 
ferme  au  moyen  d'une  charnière  à  goupille. 
La  coupe  est  supportée  par  une  tige,  avec 
ou  sans  renflements,  qui  se  termine  le  plus 
souvent  par  un  pied  circulaire  à  sa  base. 
On  voit  que  c'est  la  forme  que  nous  avons 
conservée  pour  nos  ciboires  modernes, 
à  cette  exception  près  que,  depuis  le 
XI 11*^  siècle,  nous  avons  supprimé  la  char- 
nière pour  que  le  couvercle  puisse  s'enlever 
complètement. 

En  Allemagne,  on  rencontre,  au  XV^  siè- 
cle, des  coupes  hexagones,  à  bords  droits, 
ayant  pour  couvercle  un  dôme  émaillé,  le 
tout  porté  sur  un  pied  élevé. 

Au  XVI Ile  siècle,  M.  l'abbé  Boudon, 
archidiacre  d'Evreux,  inventa  des  ciboires 
à  charnières  dont  le  couvercle,  placé  sous 
le  menton  des  fidèles,  était  destiné  à  rece- 
voir les  hosties,  au  cas  où  elles  viendraient 
à  tomber.  Les  orfèvres  modernes  ont  cru 
perfectionner  ce  vase,  en  adaptant  au  cou- 
vercle une  plaque  qui  fait  l'ofiîce  de  patène. 
On  usurpe  par  là  sur  les  privilèges  de  l'évê- 
que,  on  supprime  le  rôle  liturgique  de  la 
nappe  de  communion,  et  l'on  donne  au 
ciboire  une  destination  qui  ne  lui  appartient 
pas.  M.  l'abbé  Decron  s'est  fait  l'apologiste 
de  cette  regrettable  innovation  (')  ;  un 
savant  bénédictin  de  Solesmes  a  solidement 
réfuté  les  erreurs  accumulées  dans  sa 
brochure  ('). 

C'est  également  dénaturer  l'office  de  la 
custode  de  Viatique  que  de  ménager  dans  sa 
tige  un  récipient  pour  l'huile  des  infirmes. 
C'est  là  un  expédient  utilitaire  qui  date 
d'assez  loin,  avec  des  modifications  diverses. 
Il  y  a  un  compartiment  pour  les  saintes 
huiles  dans  un  ciboire  du  XV^  siècle,  con- 
servé à  Saint-Cunibert  de   Cologne.  C'est 

1.  De  Vadminislr.  de  l'Euch.  auxJidUes  ou  plaidoyer 
pour  la  conservation  des  charnières  à  la  coupe  des 
ciboires.  Angers,  1S67. 

2.  Detaformetradit.  des  ciboires.  Arras,  iS6g. 


un  hexagone  à  six  fenêtres  surmontées  de 
clochetons,  avec  une  adjonction  insolite 
de  gargouilles. 

§  5.  Des  autres  formes  de  ciboires. 

Outre  les  quatre  principales  formes  de 
ciboires  que  nous  venons  d'indiquer,  il  en 
est  d'autres  qu'il  faut  considérer  comme 
exceptionnelles. 

Une  peinture  de  la  neuvième  chambre  du 
cimetière  de  Saint-Marcellin  et  de  Saint- 
Pierre,  nous  montre  un  petit  agneau  qui 
porte  sur  le  dos  un  coffret  nimbé.  Buona- 
rotti  pense  que  c'est  une  pyxide  eucharis- 
tique. 

On  a  trouvé  dans  les  catacombes  de 
petits  coffrets  en  bronze  avec  un  anneau  au 
sommet  du  couvercle.  D'un  côté,  on  voit 
le  monogramme  du  Christ  avec  les  lettres 
symboliques  A  û  ;  de  l'autre,  une  colombe. 
Plusieurs  antiquaires  croient  que  ces  sortes 
de  custodes  étaient  destinées  à  contenir 
l'Eucharistie  et  à  être  suspendues  au  cou  des 
fidèles.  On  les  aurait  placées  dans  les  sépul- 
tures comme  un  des  objets  les  plus  chers 
aux  défunts.  M.  de  Rossi  ne  voit  dans  ces 
petits  coffrets  carrés  que  des  cncolpia,  ayant 
seulement  contenu  des  reliques  ('). 

D'Agincourt  a  dessiné,  dans  son  Histoire 
de  r Art  (-),  un  ciboire  en  forme  de  tasse, 
qui  provient  de  l'église  de  Saint-Ambroise 
de  Milan.  Les  bas-reliefs  dont  il  est  orné 
représentent  l'histoire  de  Jonas,  les  miracles 
de  l'Hémorrhoisse,  du  Paralytique  et  de 
Lazare.  Cette  forme  de  tasse,  fermée  par  un 
couvercle  plus  ou  moins  bombé,  a  été  quel- 
quefois usitée  au  XVI 11^  siècle  pour  porter 
le  saint  Viatique. 

S.  Jérôme  {f)  nous  dit  qu'Exupère,  évêque 
de  Toulouse,  portait  le  corps  de    Notre- 

1.  Bullet.,  1872,  p.  ig. 

2.  Sculpture,  pi.  xn,  n.  2. 

3.  Epis  t.  XLIV. 


322 


iRcDuc  ne  r3rt  cbrcticn 


Seigneur  dans  un  panier  d'osier  et  le  Pré- 
cieux Sang  dans  une  fiole  de  verre,  parce 
qu'il  avait  vendu  les  vases  d'or  et  d'argent 
de  son  église,  pour  subvenir  aux  besoins 
des  pauvres. 

Dom  Mabillon  a  vu,  dans  le  baptistère  de 
la  cathédrale  de  Pise,  un  globe  dans  lequel 
on  conservait  autrefois  l'Eucharistie  pour 
les  nouveaux  baptisés  ('). 

A  Notre-Dame  de  la  Ronde,  à  Rouen, 
on  réservait  le  saint  Sacrement  tout  au  haut 
du  contre-retable  de  l'autel,  dans  une  lan- 
terne vitrée  dont  le  bois  était  doré  (^). 

On  a  mis  quelquefois  des  hosties  miracu- 
leuses dans  des  châsses.  11  en  fut  ainsi  à 
Douai,  dans  l'église  Saint-Amé,  pour  l'hostie 
miraculeuse  de  l'an  1254,  qui  a  donné  lieu 
à  la  procession  séculaire  du  Saint-Sacrement 
de  Miracle.  Elle  était  renfermée  dans  une 
châsse  d'argent,  qu'on  nommait  la  fiertre 
du  Sacrement.  Ce  n'est  qu'au  XVI 11'=  siècle 
qu'on  la  suspendit  dans  une  boîte,  à  la 
couronne  d'un  ostensoir  (3). 

Les  auteurs  du  Voyage  littéraire  (■•)  dé- 
crivent ainsi  le  coffret  dans  lequel  on  con- 
servait, à  la  Sainte-Chapelle  de  Dijon, 
l'hostie  miraculeuse,  percée  de  coups  de  canif 
par  un  Juif:  «  C'est  un  coffre  d'or,  long 
environ  d'un  pied  et  demi,  large  d'un  bon 
demi-pied,  et  élevé  pour  le  moins  autant.  Il 
est  très  bien  travaillé  et  orné  de  plusieurs 
agates.  C'est  un  présent  du  duc  d'Épernon. 
Auparavant,  on  la  mettait  dans  un  autre 
coffre  plus  petit,  de  vermeil  doré,  émaillé  si 
délicatement  qu'on  ne  peut  se  lasser  de  le 
voir.  » 

Un  inventaire  du  trésor  de  la  cathédrale 
d'Amiens,  fait  en  1347,  mentionne  comme 

1.  I ter  ital.,  p.  io6. 

2.  Moldon,  Voy.  lihirg.,  p.  407. 

3.  L'abl)é  Capelle,  Recherches  sur  l'hist.  du  St-Sacr.  de 
Miracle  de  Douai,  p.  27. 

4.  Tome  I,  I'-  pan.,  p,  144. 


n'étant  plus  en  usage,  un  grand  vase  d'ivoire 
en  forme  d'arche,  où  l'on  conservait  jadis 
l'Eucharistie  ('). 

Les  chanoines  réguliers  de  Saint-Léonard 
de  Vérone  conservaient  la  sainte  Réserve 
dans  une  urne  d'ivoire.  Les  Bénédictins  de 
Saint-Bénigne  de  Dijon  la  mettaient  dans 
un  vase  d'albâtre  (^). 

M.  de  La  Borde  (')  décrit  un  ciboire,  en 
forme  de  coffret  carré,  qui  appartient  à  la 
collection  Germeau.  Celle  du  prince  Solty- 
koff  possédait  une  pyxide  carrée,  éniaillée 
de  bleu, la  seule  de  cette  forme  que  connaisse 
M.  Darcel  (^). 

On  s'est  quelquefois  servi  de  vases  hé- 
misphéroïdaux,  sans  pied  et  sans  couvercle, 
pour  porter  le  Viatique  aux  malades.  A  la 
cathédrale  de  Séville,  c'est  dans  un  cœur 
d'or  qu'est  porté  le  Viatique  à  l'archevêque. 

Parfois  on  s'est  servi  d'un  simple  calice  en 
guise  de  ciboire.  C'est  dans  un  calice  que 
l'abbé  Zozime  porta  l'Eucharistie,  sous  les 
deux  espèces,  à  sainte  Marie  l'Égyptienne. 
C'est  également  dans  un  calice,  couvert  d'un 
linge  blanc,  que  les  moines  de  Cluny  por- 
taient le  Viatique  aux  malades  (-').  Le  con- 
cile de  Narbonne,  tenu  en  l'an  1609,  dit  que 
lorsque  les  prêtres  administrent  la  commu- 
nion, ils  doivent  porter  l'hostie  dans  une 
pyxide  oit  dans  itn  calice.  Bouteroue  (*)  a 
prétendu,  mais  à  tort,  que  les  calices  à 
anses,  surmontés  d'hosties,  figurés  sur  les 
monnaies  de  Caribert  et  de  Dagobert  I, 
représentaient  la  forme  des  ciboires  de  cette 
époque.  Le  P.  Mabillon,  tout  en  combattant 
l'argument  numismatique,  invoqué  par  Bou- 

1 .  Garnier,  Invent,  du  trt'sor  de  la  cath.  d'A  miens  (Métn. 
des  ant.  de  Picard.,  t.  X,  p.  262). 

2.  Voy.  liit.,  t.  I,  p.  142. 

3.  Notice  des  émaux,  etc.,  p.  67. 

4.  Gasette  des  Beaux-Arts,  t.  X,  p.  224. 

5.  D'Achéry,  Sf>ic.,  t.  IV  :  Coutumes  de  Cluny,  1.  III, 
c.  XXVIII. 

6.  Recherches  curieuses  des  monnoyes  de  France. 


2;)cs  tiares  et  D£s  ustensiles  cuc&aristiqucs. 


323 


teroue  et  Leblanc,  ne  nie  point  pourtant 
que  des  calices  n'aient  pu  servir  autrefois  de 
ciboires  ;  bien  loin  de  là,  il  rapporte  que  le 
pape  Grégoire  1 1 1  fit  suspendre  un  calice  à 
l'abside  d'une  chapelle  de  Saint-Pierre  de 
Rome,  et  il  ajoute  qu'on  ne  peut  lui  assigner 
un  autre  usage  que  la  conservation  des 
espèces  consacrées  ('). 

Dans  quelques  trésors  d'église,  on  trouve 
des  vases  qui  servaient  tout  à  la  fois  de 
ciboire  et  d'ostensoir.  M.  l'abbé  Pascal  (') 
en  décrit  un  de  la  manière  suivante  :  «  Le 
pied  est  octogone  et  supporte  une  tige  assez 
courte,  à  peu  près  comme  celle  de  nos 
ciboires  de  médiocre  dimension.  Cette  tige 
porte  une  sorte  de  coupe  à  parois  perpendi- 
culaires et  à  huit  pans.  Elle  est  couronnée 
d'un  couvercle  fait  en  forme  de  pyramide, 
qui  se  termine  par  une  croix.  Au  milieu 
d'un  de  ces  pans  est  percée  une  ouverture 
ronde,  munie  d'un  cristal.  C'est  derrière 
celui-ci  que  se  plaçait  l'hostie.  Le  fond  de 
ce  vase  est  doré  et  servait  en  même  temps 
à  recevoir  les  autres  saintes  espèces  que 
l'on  conservait.  Le  couvercle  est  adhérent 
à  la  coupe  et  s'ouvre  par  le  moyen  d'une 
charnière.  > 

3ttiCle    it).    —    Des    ornements    et    des 
Inscriptions   des    ciboires,  ^-^^.-^^<'-;-i^x;^-v^^^-'^^'^^ 

LES  églises  pauvres  avaient  de  simples 
ciboires-coupes  en  étain  ou  en  cuivre, 
dont  quelques  moulures  faisaient  tout  l'or- 
nement. Mais  dans  les  cathédrales  et  les 
riches  monastères,  la  coupe,  son  couvercle 
et  son  pied  étaient  ciselés  ou  émaillés  et 
offraient  des  rinceaux  et  des  arabesques, 
entremêlés  de  monogrammes,  de  blasons, 
d'enroulements  en  filigranes,  de  pierres  pré- 
cieuses, de  figures  d'hommes  et  d'animaux, 


1.  Dcazym.  et  fer  m.,  c.  vill. 

2.  Dict.  de  Liùirg.,  au  mot  Ostensoir. 


quelquefois  même  de  scènes  bibliques  et 
hagiographiques. 

Les  custodes  en  ivoire,  munies  d'un  cou- 
vercle légèrement  conique,  sont  sculptées 
en  demi-relief  et  représentent  des  sujets 
religieux,  tels  que  les  trois  jeunes  Hébreux 
dans  la  fournaise,  l'histoire  de  Jonas,  IMoïse 
recevant  les  tables  de  la  Loi,  le  frappe- 
ment du  rocher,  Jésus  et  la  Samaritaine, 
le  Paralytique,  la  résurrection  de  Lazare, 
etc.  Sur  les  pyxides  en  cuivre  émaillé,  on 
trouve  les  mêmes  sujets,  mais  plus  souvent 
des  rinceaux,  des  fleurs,  des  rosaces,  des 
fleurons,  des  croix,  des  figures  d'anges  et  de 
saints. 

L'inscription  du  nom  de  l'orfèvre  est  très 
rare;  mais,  dès  le  XI 11^  siècle,  des  gravures 
placées  sur  un  écusson  ou  ailleurs  indiquent 
fréquemment  le  propriétaire  ou  le  donateur. 
Cet  usage  traditionnel  a  été  vivement 
attaqué  par  des  liturgistes  français  du 
XVI  le  siècle. 

Les  longues  inscriptions  sont  bien  plus 
rares  sur  les  ciboires  que  sur  les  calices. 
Une  custode  qui  faisait  partie  de  la  col- 
lection Debruge-Duménil  portait  ces  mots  : 
Iiitvs portatvi'  pcr  cjvot  (pour  qvod)  mvndvs 
salvatvr. 

Autour  d'une  pyxide  pédiculée  du  musée 
d'antiquités  de  Bruxelles,  on  lit  :  ^  Discal  - 
qvi  ■  ncscit  ■  Jiic  ■  Jiostia  -  saiicta  ■  qviescit. 

La  Gallia  Christiana  (')  cite  les  vers 
suivants  que  Roger,  évêque  d'Oléron,  fit 
graver  au  commencement  du  XI I^  siècle, 
sur  un  ciboire  en  bois,  recouvert  de  lames 
d'argent  : 

Res  super  impositas  commutât  Spiritus  almus. 
Fit  de  pane  caro,  sanguis  substantia  vini. 
Sumpta  valent  anim;u  pro  corporis  atque  salute. 
Dantur  in  hac  mensa  sanguis,  caro,  potus  et  esca. 
Verba  refert  cœn;L'  super  hrec  oblata  sacerdos. 
Munera  sanctificat  et  Passio  commemoratur. 
Hanc  Morlanensis  Raynaldus  condidit  aram. 
Pncsul  Rogerius  Oloensis  jussit  ut  essem. 

I.  T.  I,  p.  126S. 


324 


iRctiuc    De    l'art    cfjrcticn. 


article  ti.    —  Indication  de  quelques  ciboi- 
res remarquables,    ^*^^^.vl^>-i.^vî--.^:,-c^>^vs-^vi-^^o.-^^:,^^^-^^^ 

Amiens.  —  Le  musée  d'Amiens  conserve 
une  colombe  du  XI I'^  siècle,  qui,  après 
avoir  appartenu  à  l'église  de  Raincheval, 
passa  dans  le  trésor  de  l'abbaye  de  Corbie. 
J'en  ai  publié  le  dessin  en  1842,  dans  le 
tome  V  des  Mémoires  de  la  Socic'té  des 
Antiquaires  de  Picardie.  Ce  précieux 
ciboire  se  compose  d'une  colombe  et  d'un 
plateau  à  rebords  ciselés,  sur  lequel  elle 
repose;  le  plateau,  vers  le  centre,  devient 
concavo-convexe,  et,  sur  la  partie  concave, 
on  lit  cette  inscription  circulaire,  gravée  par 
une  main  inhabile  :  Olini  eccelsioe  (pour 
ecclcsicc)  de  Raincheval.  Les  rebords  du  pla- 
teau sont  percés  de  douze  petites  ouvertures, 
disposées  dans  un  ordre  symétrique,  pour 
attacher  les  chaînettes  qui  devaient  tenir 
la  colombe  suspendue.  Les  ailes  et  la 
queue  sont  seules  émaillées  ;  le  reste  du 
corps  était  recouvert  d'une  peinture  brune 
que  le  temps  a  fait  disparaître  en  partie. 
On  a  tâché  d'imiter  l'agencement  des 
plumes  par  des  écailles'  imbriquées,  nuan- 
cées d'or,  de  bleu,  de  vert,  de  blanc,  de 
jaune  et  de  rouge.  Sur  le  milieu  du  dos,  entre 
les  deux  ailes,  on  a  ménagé  une  ouverture 
peu  profonde,  destinée  à  recevoir  les  hosties 
consacrées  ;  elle  est  surmontée  d'un  cou- 
vercle qu'on  maintenait  à  l'aide  d'un  bouton 
tournant. 

Arras.  —  M.  le  chanoine  Van  Drivai 
possède  un  ciboire  en  cuivre  bronzé,  exécuté 
au  repoussé,  et  dont  les  courbes  sont  fort 
gracieuses.  Cette  œuvre  du  XV^  siècle  a 
été  trouvée  dans  le  jardin  d'une  ancienne 
communauté  religieuse  à  Douai  ;  elle  a  2 1 
centimètres  de  haut.  Le  diamètre  de  la  coupe 
est  de  dix  centimètres.  Près  de  la  petite 
couronne  du  couvercle,  on  remarque  trois 
trous.  Étaient-ils  destinés  à  donner  de  l'air 


à  l'intérieur,  pour  que  les  hosties  s'y  conser- 
vassent mieux?  Ou  plutôt  n'ont-ils  pas  servi 
à  recevoir  les  attaches  d'une  croix  ou  d'un 
couronnement  quelconque  dont  le  couvercle 
aurait  été  sommé  ? 

Assise.  —  On  conserve  à  l'église  Saint- 
Damien,  dans  un  reliquaire  d'albâtre,  une 
boîte  d'ivoire  dans  laquelle  sainte  Claire 
gardait  l'Eucharistie. 

Bordeaux.  —  Au  musée  des  Antiques, 
ciboire  en  cuivre  jaune,  doré.  Les  croix 
qu'on  voit  sur  le  pied  sont  formées  par  de 
simples  traits  gravés  à  la  pointe.  Les  quatre 
médaillons  du  couvercle,  représentent  tous 
l'Agneau  divin  portant  l'étendard  de  la 
Résurrection.  Autour  de  chaque  médaillon, 
on  lit  cette  inscription  :  ^  Ave  Jlfaria 
gracia  pi. 

BuRGOs.  —  Au  trésor,  placé  dans  une 
sacristie  haute,  est  un  ciboire  d'or  orné 
d'émaux  et  de  pierres  précieuses.  D'après 
le  custode,  sa  valeur  serait  d'un  million. 

]\L\ESTRiciiT.  —  Au  trésor  de  l'église 
Saint-Servais,  on  conserve  la  coupe  que 
la  tradition  dit  avoir  été  apportée  mira- 
culeusement à  saint  Servais.  Cette  coupe 
est  enchâssée  dans  un  ciboire  en  vermeil. 

MiNDEN.  —  M.  Ch.  de  Linas  décrit  ainsi, 
dans  la  Revne  de  r Art  CJiréticn  ('),  divers 
ciboires  de  la  cathédrale  de  Minden  :  «  Vase 
en  cristal  de  roche  sculpté,  monture  d'ar- 
gent, hauteur  :  o'"28  ;  diamètre  :  o'"09. 
Symboles  asiatiques  du  lion  et  de  l'aigle  ; 
travail  oriental  du  X^  siècle,  à  mettre  en 
regard  des  gobelets  de  l'abbaye  d'Oignies. 
—  Tour  eucharistique  hexagone,  en  bois, 
recouvert  d'argent  battu  ;  hauteur  :  o'"24  ; 
diamètre  o'",  12.  Aux  angles,  des  colonnet- 
tes  supportant  une  plate-bande  gemmée 
et  filigranée  ;  dans  chaque  entre-colon- 
nement,     une    figurine    d'apôtre  ;    sur    le 


I.  Janv.-mars  1881,  p.  56. 


Des  tiascs  et  Des  ustensiles  eucbacistiqucs. 


325 


couvercle  pyramidal,  les  bustes  du  Sauveur 
et  de  cinq  apôtres  :  XP  siècle.  —  Ciboire 
de  cuivre  doré,  hauteur  o'",35  ;  diamètre, 
o"\i5.  Pied  lisse  :  nœud  sur  lequel  on 
voit  une  arcature  abritant  la  Vierge-Mère 
couronnée  ;  un  loculus,  ménagé  dans  son 
giron,  reçoit  la  sainte  Eucharistie.  Une 
colombe  amortit  le  couvercle.  Travail 
français  du  XII^  siècle.  >> 

Paris.  - —  Au  musée  du  Louvre,  ma- 
gnifique vase  du  Xll^  ou  du  XI 11^  siècle, 
provenant  de  l'abbaye  de  Montmajour. 
Ce  ciboire  se  compose  de  deux  valves, 
d'à  peu  près  même  forme,  dont  l'inférieure 
repose  sur  un  pied  ajouré  et  dont  la 
supérieure  est  surmontée  d'un  bouton. 
Sur  ce  vase  en  cuivre  doré,  ciselé,  émaillé 
et  enrichi  de  pierres  fines,  on  voit  figurer 
huit  apôtres,  huit  anges  également  nimbés, 
des  oiseaux  fantastiques,  etc.  Les  têtes 
des  figures  sont  seules  ciselées  en  relief  ; 
les  détails  des  bustes  sont  simplement 
gravés  sur  le  métal.  Les  fonds  sont 
incrustés  d'émail  bleu.  Dans  l'intérieur  du 
couvercle,  on  lit  cette  inscription  :  Jllaois- 
ter:  G:  Alpais  :  fecit  :  lentovicarum.  «  La 
signature  d'un  artiste,  à  ces  époques, 
dit  M.  de  Laborde  ('),  est  un  fait  rare 
et  précieux  ;  le  nom  à' A/pais  donne  à 
celle-ci  plus  d'importance  encore,  parce 
qu'on  s'est  servi  de  la  forme  et  de  la  dési- 
nence de  ce  nom  pour  démontrer  l'établis- 
sement, à  Limoges,  d'une  colonie  d'artistes 
grecs  venus  en  ligne  directe  de  Cons- 
tantinople.  Rien  n'est  moins  fondé.  Ce 
nom  a  une  désinence  toute  méridionale  et 
au  moins  aussi  limousine  que  grecque. 
La  finesse  d'exécution  des  parties  ciselées 
et  la  beauté  des  émaux  font  de  ce  ciboire 
un  chef-d'œuvre  de  la  fabrique  de  Limo- 
ges. »    Nous  devons  ajouter    que,  si  pres- 

I.  Noiicedes  émaux  du  Lotivre,  N°  31. 


que  tous  les  archéologues  qualifient  ce 
vase  de  ciboire,  Mgr  Barbier  de  Montault 
n'y  voit  qu'un  scyp/ms,  c'est-à-dire  une 
coupe  ministérielle  pour  administrer  l'Eu- 
charistie sous  l'espèce  du  vin  (').  —  Un 
autre  ciboire,  en  forme  de  coupe  à  couver- 
cle, est  également  conservé  au  musée  du 
Louvre  ;  la  coupe  est  décorée  de  quatre 
médaillons  circulaires,  renfermant  le  mo- 
nogramme de  J.  H.  S.,  et  non  point,  comme 
on  l'a  dit,  celui  de  la  Vierge  Marie.  — 
Le  musée  de  Cluny  possède  un  certain 
nombre  de  custodes  eucharistiques  en 
cuivre  émaillé  de  Limoges  (XII I^  siècle). 
Parmi  celles  qui  sont  en  ivoire  sculpté, 
l'une,  n''  386,  représente  les  pèlerins 
d'Emmaiis  et  les  quatre  Evangélistes  ;  une 
autre,  n°  385 ,  figure  l'Aveugle-né ,  la 
Samaritaine,  la  guérison  du  Paralytique  et 
la  résurrection  de  Lazare. 

Rome.  —  Benvenuto  Cellini  a  exécuté 
pour  Paul  III  une  pyxide  d'or  destinée, 
dans  les  offices  pontificaux,  à  la  commu- 
nion des  cardinaux-diacres  et  des  laïques 
nobles. 

Saint-Maurice  d'Agaune.  —  On  con- 
serve au  trésor  de  cette  abbaye,  deux 
ciboires  désignés  sous  le  nom  de  coupe  de 
Charlemagne  et  coupe  de  S.  Sigismond. 
M.  Éd.  Aubert,qui  les  a  décrits  (-),  attribue 
le  premier  au  XI 11^  siècle  et  le  second 
au  XI I^.  La  prétendue  coupe  de  Charle- 
magne a  été  convertie  en  reliquaire.  Les 
médaillons  elliptiques  du  pied  représentent 
la  figure  trois  fois  répétée  d'un  saint  assis. 
Les  cinq  médaillons  ovales  de  l'hémisphère 
inférieure  nous  montrent  le  massacre  des 
saints  Innocents,  le  baptême  de  Notre- 
Seigneur,  les  trois  Rois  chez  Hérode, 
les  trois    Rois   à   cheval,    suivant   l'étoile, 

1.  Bullet.  monum.,  t.  XVLII,  p.  153. 

2.  Trésor  de   S.    Maurice  d'Agaune,  dans    les    Méin. 
des  Ant.  de  France,  t.  XXXÎI,  p.  104  et  loS. 


326 


IRcuue   De   rart   chrétien. 


et  la  Circoncision.  Les  cinq  médaillons 
de  l'hémisphère  supérieure  sont  décorés 
des  sujets  suivants  :  L'Annonciation,  la 
Visitation,  l'Annonciation  de  l'ange  aux 
bergers,  la  Naissance  du  Christ,  et  l'Ado- 
ration des  Mages.  «  A  l'intérieur,  dit 
M.  Aubert,  se  trouve  un  objet  bien  peu 
en  harmonie  avec  la  composition  éminem- 
ment chrétienne  des  sujets  contenus  dans 
les  médaillons,  et  bien  fait  pour  décon- 
certer les  archéologues  :  je  veux  parler 
d'une  petite  figurine,  fondue,  ciselée  et 
dorée,  qui  est  fixée  au  fond  de  la  coupe 
inférieure  et  représente  un  Centaure  portant 
en  croupe  un  jeune  enfant.  Que  signifie  ce 
souvenir  païen  de  l'éducation  d'Achille  ?  » 
La  coupe  de  Sigismond  est  un  ciboire  d'ar- 
gent travaillé  au  repoussé  et  décoré  de 
simples  ornements  gravés.  Le  bouton,  de  j 
forme  ovoïde,  qui  termine  le  couvercle,  est 
creux  et  contient  un  morceau  de  métal, 
en  sorte  qu'il  est  impossible  de  bouger  ce 
ciboire  sans  produire  comme  un  bruit  de 
grelots.  «  Cette  circonstance,  dit  M.  Au- 
bert ('),  a  donné  lieu  à  la  description  sui- 
vante, trouvée  dans  un  inventaire  du  mois 
d'août  1659  :  Alia pyxis  argcntca  quce  dmn 
feriiir  sonat.  »  D'après  Mgr  Barbier  de 
Montau'lt,  ces  deux  vases  seraient  des 
scyphi  et  non  des  ciboires. 

Saint-Omer.  —  A  la  cathédrale,  ciboire 
du  XI I^  siècle,  en  forme  de  calice  turriculé, 
dont  le  couvercle  a  la  forme  d'un  toit  coni- 
que ;  il  est  enrichi  de  perles  fines. 

Sen.s.  —  A  la  cathédrale,  ancien  scypims 
en  vermeil,  du  XIII^  siècle,  qui  a  été  mé- 
tamorphosé à  usage  de  ciboire,  quand  fut 
supprimée  la  communion  sous  les  deux 
espèces.  La  coupe  et  le  couvercle  sont 
décorés  d'arcatures  feuillagées  et  de  rieurs 
de  lis. 

I.  Ihid.  p.   176. 


Tarentaise.  —  A  Saint-Pierre,  ciboire 
du  XI 11^  siècle,  en  bronze  doré,  muni  d'un 
couvercle  à  charnières  et  désigné  fausse- 
ment sous  le  nom  de  calice  de  saint  Pierre 
de  Tarentaise. 

Varsovie.  —  A  l'église  des  Pères  Ré- 
formés, ciboire  en  vermeil,  exécuté  par 
Sigismond  III,  roi  de  Pologne,  qui  était 
tout  à  la  fois  peintre,  alchimiste,  tourneur, 
graveur  sur  pierre  et  orfèvre.  L'inscription 
latine,  gravée  sur  le  pied,  ne  laisse  aucun 
doute  sur  cette  attribution  :  Sigismiindus 
III,  rcx  PoloJiic,  fundator  huitcs  cntus 
(conventîis)  Jianc  pyxideni  propria  manu 
fabricavit  et  ccclesic  PP.  reformatoriun  S. 
Antonii  donavit  ('). 

Il  y  a  d'autres  ciboires  plus  ou  moins 
remarquables  et  de  formes  diverses  aux 
cathédrales  de  Dantzig  (XV'^s.)  et  Munster 
(XI Ile  s^j  aux  églises  de  Sainte-Catherine 
de  Cologne  (XV^<^  s.),  de  Léau,  en  Belgique 
(XIII^s.),  d'Obermillengen  (Allemagne); 
aux  monastères  de  Klosterneuburg ,  en 
Autriche  (XIV'^  s.),  et  de  Saint-Antoine  à 
Novgorod,  en  Russie  (XI 1 1^  s.)  ;  au  couvent 
des  Sœurs-Noires,  à  Mons  (XV^  s.)  ;  à 
divers  collèges  d'Oxford;  aux  musées  de 
Steen,  à  Anvers  (XI 11^  s.),  d'Avignon,  de 
Bruxelles  (XI  I«  s.),  de  Guéret  (XIV^  s.), 
de  Moscou  (XI«=  s.)  ;  au  Musée  chrétien 
et  à  la  Bibliothèque  du  V^atican  ;  au  mu- 
sée archiépiscopal  de  Lyon  (XI 11^  s.); 
dans  les  collections  particulières  de  MM. 
Basilewski,  l'abbé  Couissinier  à  Marseille 
(Vie  s.)_  Desmottes,  de  Lille,  Gaillard 
de  la  Dionnerie,  à  Poitiers,  le  prince  de 
Hohenzollern,  le  prince  Soltykoff,  Spitzer, 
Van  der  Cruisse,  de  Waziers,  à  Lille,  etc. 

Des  orfèvres  habiles  reproduisent  aujour- 
d'hui ou  imitent  des  ciboires-coupes  du 
moyen  âge.    Nous   connaissons   un  certain 

I.  Przezdziecki,  Mon.  de  l'anc.  Pologne,  t.  I,  p.  38. 


De0  \)a.sc0  et  Des  ustcnsilC0  ciicbatistiqucs. 


327 


nombre  de  ces  œuvres  d'orfèvrerie ,  qui 
méritent  tout  à  la  fois  l'approbation  des 
artistes  et  des  antiquaires. 

Nous  nous  bornerons  à  mentionner  un 
seul  de  ces  ciboires.en  style  duXII  1^=  siècle, 
dont  le  modèle  est  dû  au  R.  P.  Arthur 
Martin  et  qui  appartient  à  l'église  de 
Sémur  (Côte  d'Or).  M.  l'abbé  L.  Picard  a 
bien  voulu  nous  en  adresser  la  description. 
Ce  vase  est  en  vermeil,  haut  de  o"\35.  Le 
pied  se  divise  en  quatre  lobes,  ornés  cha- 
cun d'émaux  historiés,  et  séparés  par  un 
dragon  dont  la  tête  s'avance  à  l'extérieur 
et  dont  la  queue  remonte  sur  le  pied.  Le 
premier  émail  représente  un  sacrifice  en 
général  ;  le  deuxième.  Moïse  frappant  le 
rocher  ;  le  troisième,  les  raisins  de  Chanaan 
rapportés  aux  Hébreux  dans  le  désert  ; 
enfin,  le  quatrième,  le  serpent  d'airain. 
Ces  sujets,  bien  choisis,  sont  des  imitations 
parfaites  du  XI 11^  siècle.  Le  nœud  est 
gros,  divisé  en  quatre  parties  rondes  et 
plates  par  le  bout.  Chacune  est  terminée 
par  un  émail  et  séparée  par  une  pierre. 
L'émail  représente  l'emblème  des  Evan- 
gélistes  :  l'homme,  le  bœuf,  le  lion  et  l'aigle. 
La  coupe  est  entourée  d'un  filigrane  en 
vermeil,  repercé  à  jour.  Au-dessus  se  voient 
encore  quatre  émaux  ;  sur  le  premier,  est 
reproduite  la  Cène  avec  ces  mots  :  Hoc  est 
corpus  lucnin  ;  sur  le  deuxième,  le  Christ  en 
croix.  D'un  côté,  se  tient  la  Synagogue 
à  demi  penchée  ;  elle  a  les  yeux  bandés, 
sa  couronne  tombe,  et  son  sceptre  se 
brise.  De  l'autre,  l'Église  couronnée  dans 
son  triomphe  du  Calvaire  ;  ses  yeux  sont 
couverts  d'un  bandeau  ;  d'une  main  elle 
tient  un  sceptre  entier  ;  de  l'autre  main, 
une  coupe  où  elle  recueille  le  sang  qui 
coule  du  cœur  même  de  Ji';sus  en  croix. 
Ce  sont  les  deux  Testaments  ou  les  deu.x 
Lois  :  l'une  finit,  l'autre  commence  ;  l'une 
aboutit   à  la   croix    dont  elle    est    la    pré- 


paration et  où  elle  trouve  à  la  fois  son 
complément  et  sa  fin  ;  l'autre,  née  dans 
le  sang  du  Calvaire,  doit  régner  avec 
le  Christ.  Au-dessus,  le  soleil  et  la  lune 
assistent  au  déchirant  spectacle  de  l'agonie 
et  de  la  mort  du  Fils  de  Dieu.  Sur  le  troi- 
sième émail,  on  voit  le  Christ  au  tombeau  ; 
le  quatrième  représente  saint  Thomas,  avec 
cette  inscription  :  Doniinns  meus  et  Deus 
lucus,  paroles  du  saint  Apôtre,  reconnaissant 
le  Sauveur  à  l'inspection  de  ses  plaies.  Le 
couvercle  offre  encore  quatre  émaux  où  l'on 
voit  les  quatre  grands  Prophètes,  avec  leurs 
noms,  et  quatre  rubis. 


article  Mh 


Des   pavillons     du    ciboire. 


ON  sait  que  le  ciboire,  lorsqu'il  est  dans 
le  tabernacle,  doit  reposer  sur  un 
corporal  et  rester  couvert  d'un  pavillon 
blanc,  en  forme  de  rotonde,  percé,  au  som- 
met, d'une  ouverture  pour  la  croix  qui 
surmonte  le  couvercle  du  vase  sacré.  Le 
ciboire  doit  toujours  être,  quand  on  l'ouvre, 
dégarni  du  pavillon.  Ce  vêtement  est  un 
souvenir  du  voile  nommé  autrefois  custode 
ou  tabernacle,  dont  on  enveloppait  la 
pyxide  suspendue  au-dessus  de  l'autel. 
L'usage  du  pavillon  est  prescrit  en  1594, 
par  le  concile  d'Avignon. 

On  connaît  quelques  pavillons  véritable- 
ment artistiques  :  tel  est  celui  que  l'on  voit 
aux  Carmélites  d'Amiens,  brodé  en  or,  en 
soie  et  en  perles  fines,  œuvre  d'anciennes 
reiigfieuses  de  ce  couvent. 

M  ^L  Berger  et  Chantrier  ont  exécuté  des 
pavillons  brodés  d'une  manière  fort  remar- 
quable, dont  les  principaux  sujets  sont  :  le 
monogramme  du  Christ,  la  croix  avec  l'alpha 


REVUK   UE    l'art   CHRÉTIEN. 
1885,  —  3""^  LIVRAISON. 


328 


îRctJuc   De    rart    cDréticn. 


et  l'oméga,  le  Chrisme  des  catacombes, 
l'oiseau  qui  se  nourrit  de  la  vigne  mystique, 
les  colombes  qui  boivent  à  une  même  cou- 
pe, etc. 

En  Allemagne,  dans  beaucoup  d'éo-lises, 
on  place  au  fond  de  la  coupe  du  ciboire  un 


linge  en  lin,  s'adaptant  exactement  à  la 
coupe  et  formant  une  sorte  de  corporal.  Cet 
usage  était  jadis  recommandé  en  France 
pour  les  ciboires  en  étain. 

L'abbé  J.  Corblet. 
(A  suivre.) 


pf^^^^  ^.a*  *Aii^  *;ii^  ^S.'^'^S.^  ^^^""^AÔ^  ''^^^^Ati^  ^ê^  ^^^^Ail^  ^^^  'xâ^'i^ 


I. 


s^^Tttttg  ES  objets  d'un  usaae  très 
fréquent  sont  souvent 
ceux  dont  l'origine  pré- 
sente le  plus  d'incerti- 
tude :  l'habitude  de  les 
voir  fait  qu'on  s'en 
exagère  l'antiquité  ;  les 
modifications  de  forme,  naissant  d'emplois 
variés, permettent  de  douter  du  type  primitif, 
et  l'on  en  vient  à  croire  à  l'inutilité  des 
recherches  sur  une  question  dont  il  est 
convenu  de  dire  que  le  principe  se  perd 
dans  la  nuit  des  temps. 

De  tous  les  emblèmes  nationaux,  la  croix 
de  Lorraine  est,  peut-être,  le  plus  populaire 
dans  son  pays,  le  plus  connu  au-dehors  ; 
bien  peu  de  personnes  cependant  savent 
son  histoire.  Hâtons-nous  d'ajouter  que  cette 
ignorance  provient  de  causes  complexes  ; 
mais  la  vérité  peut  facilement  s'établir. 
Quelques  historiens  des  XVI !«  et  XVI 11^ 
siècles,  et,  mieux  encore,  le  témoignage  irré- 
cusable des  monuments  attestent  cette  ori- 
gine certaine  :  la  ^7'^?'.rrt'i?Zfrrrt/;/(:  remonte, 
comme  emblème  de  ce  duché,  à  René  1 1 
(1473-150S)  ;  venue  par  la  maison  d'An- 
jou, elle  dérive  directement  de  la  ci-oïv  de 
Hongrie,  que  Mgr  Barbier  de  Montault  (') 
considère  à  juste  titre  comme  étant  de  pro- 
venance orientale,  et  sur  laquelle  nous  se- 
rons heureux  de  nous  trouver  avec  cet 
éminent  écrivain  ecclésiastique  en  pleine 
communauté  d'idées. 

«Un  archéologue  de  quelque  valeur, nous 
écrit  un  de  nos  plus  savants  correspondants, 
a  émis,  il    y   a  une    trentaine   d'années    au 

I.  Mgr  X.  Barbier  de  Montault,  La  croix  à  double 
croisillon,  dans  le  Bullelin  archéologique  et  historique  de 
la  Soc.  archéol.  de  1  arn-et-Garonne,  t.  X,   1882. 


moins,  une  opinion  sur  l'origine  de  la  tra- 
verse inférieure  de  la  croix  de  Lorraine, 
qu'il  estimait  être  le  développement  du  sup- 
port des  pieds,  comme  le  développement 
du  titre  avait  amené  chez  les  Grecs  le  type 
d'une  seconde  traverse  ajoutée  à  la  partie 
supérieure.»  Cet  archéologue  serait  feu  Di- 
dron  ;  mais  les  Annales  archéologiques,  qu'il 
dirigeait  avec  tant  de  talent,  ne  portent 
pas  trace  de  cette  opinion,  même  compul- 
sées à  l'aide  de  la  table  si  complète  de 
Mgr  Barbier  de  Montault. 

Cette  assertion  a  été  acceptée  sans  con- 
trôle, sur  la  foi  du  maître,  par  les  écrivains 
venus  après  lui  :  aussi  a-t-elle  été  répétée 
plusieurs  fois  presque  comme  un  axiome 
incontestable. 

Nous  avons  consulté  à  ce  propos  un  des 
derniers  représentants  de  cette  opinion,  qui 
a  eu  pacifiquement  cours  pendant  une 
longue  période,  —  celle  précisément  où 
l'iconographie  a  formulé  ses  règles  et  ses 
principes,  —  et  la  réponse  a  été  ce  que  nous 
attendions  :  le  vague  au  lieu  du  certain, 
l'hypothèse  à  la  place  de  la  réalité,  l'affir- 
mation, mais  non  la  preuve. 

Dans  cet  état  de  choses,  quelle  que  soit 
l'origine  première  de  cette  appréciation  que 
nous  jugeons  risquée  et  sans  appui  dans  la 
tradition,  nous  croyons  devoir  intervenir 
pour  établir  la  vérité  telle  que  nous  la  ma- 
nifestent les  textes  et  les  monuments. 

IL 

D'OU  provient  l'ignorance  de  la  plupart 
des  historiens  touchant  l'oriçrine  de  la 
o 

croix  de  Lorraine?  Afin  de  répondre  à  cette 
question,  il  convient  de  rappeler  les  circons- 
tances   de  l'adoption  de  cette  croix  comme 


330 


ïRctiue   De    rart    cfjréticn. 


emblème  ;  et,  pour  cela,    il  faut  remonter  à 
la  bataille  de  Nancy, livrée  le  5  janvier  1477. 

La  défaite  dernière  du  duc  de  Bourgogne, 
Charles  le  Téméraire,  dont  nous  n'avons 
pas  besoin  de  faire  ressortir  les  graves  con- 
séquences pour  la  France  et  l'Empire,  fut 
pour  les  vainqueurs  la  glorieuse  inaugura- 
tion du  règne  de  René  II,  c'est-à-dire  le 
retour  de  l'ancienne  dynastie,  l'union  indis- 
soluble des  duchés  de  Lorraine,  de  Bar  et 
du  comté  de  Vaudémont,  la  succession  aux 
prétentions,  irréalisables  mais  pleines  de 
prestige,  de  la  maison  d'Anjou  sur  plusieurs 
royaumes,  duchés  et  comtés  ;  enfin  le 
rétablissement  de  la  prospérité  publique. 
L'importance  de  cette  période  fait  compren- 
dre comment  la  bataille  de  Nancy  constitue 
le  souvenir  national  le  plus  populaire  et 
l'événement  capital  de  l'histoire  du  duché  ; 
comment  aussi  le  siafne  de  ralliement  em- 
ployé  dans  cette  mémorable  journée  devint 
l'emblème  par  excellence  de  la  Lorraine. 

Quel  était  ce  signe  ?  Les  monuments  et  les 
chroniques  ne  laissent  aucun  doute  à  cet 
égard  ;  ils  nous  répondent  :  la  croix  double 
ou  à  deux  traverses.  Mais  d'où  cette  croi.x 
tirait-elle  son  origine  .''  Les  contemporains 
ne  s'en  préoccupèrent  pas  beaucoup  ;  ils 
connaissaient  cet  emblème,  importé  par 
René  d'Anjou,  depuis  environ  un  demi- 
siècle.  Ne  remontait-il  pas  aux  plus  anciens 
ducs,  ne  pouvait-il  provenir  de  Jérusalem 
par  Godefroid  de  Bouillon,  héros  auquel 
René  II  (')  et  ses  successeurs  des  XVlc  et 
XVI I^  siècles  prétendaient  se  rattacher. 

Cette  opinion  se  répandit  presque  univer- 
sellement, enveloppant  même  la  croi.x  de 
Jérusalem  des  armoiries  du  roi  René,  et  ces 
deux  emblèmes,  pourtant  bien  différents  de 
forme,  furent  très  souvent  confondus. 

Dans  la  Vraye  ddclaralioii  du  fait  et  con- 

I.  V.  l'épitaphe  de  ce  duc,  dans  l'i?glise  des  Cordeliers 
de  Nancy. 


duite  de  la  bataille  de  Nancy  ('),  dictée  par 
René  II  à  son  secrétaire  J.  de  Lud,  le  duc 
s'exprime  ainsi  :  «  Et  avoy  sur  mon  harnois 
une  robbe  de  drap  d'or...  et  une  barde 
(armure  du  cheval)  aussi  couverte  de  drap 
d'or,  et  sur  lesdictes  robbe  et  barde  trois 
doubles  croix  blanches.  »  Néanmoins,  la 
Chronique  de  Lorraine,  presque  contempo- 
raine, nous  dit  du  comte  de  Campobasso 
et  de  ses  compagnons,  lorsqu'ils  passèrent 
de  l'armée  du  duc  de  Bourgogne  à  celle  de 
René  II:  «  Tous  ostirent  leurs  croix  de 
Sainct-Andreu  et  prindrent  celle  de  Hie- 
Ki'SALEM,  celle  que  li  duc  René poiioit  (').  » 
Mais  cette  erreur  de  nom  est  immédiatement 
détruite  ;  car,  dans  la  phrase  suivante,  ainsi 
que  dans  d'autres,  la  Chronique  ne  parle 
plus  que  de  la  croix  double. 

En  1550, dans  l'oraison  funèbre  de  Claude 
de  Lorraine,  premier  duc  de  Guise  (fils  de 
René  II),  Claude  Guillauld  prétend  nous 
enseigner  l'origine  de  cette  croix;  il  explique 
qu'elle  devait  «  monstrer  que  les  ducs  de 
Lorraine  ont  esté  doublement  chrestiens, 
lorsque  non  contens  de  leur  pays,  assis  au 
cœur  de  la  chrestienté,  ils  ont  entrepris  la 
conqueste  de  Hiérusalem  et  de  toute  la 
terre  sainte  à  leur  despans,  s'en  sont  rendus 
maistres,  et  en  ont  jouy  longtemps,  et  en  sont 
morts  roys  paisibles  ».  Il  nous  apprend  aussi 
que  cette  croix  était  1  enseigne  de  la  maison 
ducale,  <,<  qui  monstre  superabondance 
de  cœur  fidèle  à  la  deffense  de  l'Evangile 
dont,  comme  Abraham  eut  augmentation 
de  lettres  en  son  nom  pour  sa  grande  foy, 
ainsi  la  famille  de  lorraine  a  eu  augmen- 
tation de  signes  de  croix  pour  leur  fervent 
zèle  à  la  défension  de  la  terre  sainte  (')  ». 

1.  Publiée  par  dom  Calmât,  Hist.  de  Lorr.,  l'°  édit., 
t.  III,  pr.,  col.  cxxiv- 

2.  Chronique  de  Lorrni/u;  publiée  par  M.  l'abbé 
Marchai,  dans  les  Doctinients  de  L'hist.  Je  Loir.,  t.  V, 
1859  ;  V.  p.  286. 

3.  René  de  Bouille,  Hist.  des  ducs  de  Guise,  t.  I,  p.  229. 


HDriginc   Oe    la    croir    De    Lorraine, 


331 


Dans  le  récit  des  funérailles  du  même 
prince,  le  héraut  d'armes  de  Lorraine, 
Emond  du  Boullay,  rattache  aussi  la  croix 
double  à  la  conquête  de  Jérusalem  ('). 

En  [663,  le  P.  Saleur  rapporte,  du  reste 
sans  l'adopter,  la  singulière  version  que  voici: 
«...  Plusieurs,»  dit-il,  «croyent  pieusement 
que  les  Princes  Lorrains  portent  en  devise 
la  ditte  croix  ...  à  l'imitation  de  Gode- 
froy  de  Bouillon,  qui  prenant  la  Croisade 
en  ses  Armes,  chousit  la  double  Croix, 
pour  dénoter  qu'il  pretendoit  replanter 
en  Palestine  la  Croix  de  Nostre  Seigneur, 
représentée  par  le  Croison  supérieur  et  celle 
de  S.  Pierre,  autrement  de  l'Église,  par  le 
Croison  inférieur...  (").  » 

Quel  n'a  pas  été  notre  étonnement  de  voir 
que  Dom  Calmet,  dans  un  passage  de  sa 
grande  Histoire  de  Lorraine  {f),  malheureu- 
sement trop  étendu  pour  que  nous  puissions 
le  reproduire  ici,  retombe  dans  la  confusion 
de  la  croix  double  de  Hongrie  et  de  la  croix 
potencée  de  Jérusalem  !  Cependant  il  cite  le 
P.  Benoît  Picart,  qui,  nous  le  dirons  plus 
loin,  mentionnait  très  clairement  la  véritable 
origine;  et  lui-même,  dans  \ Abrégé  de  r his- 
toire de  Lorraine,  avait  bien  exposé  les  faits. 

De  nos  jours,  dans  \ Histoire  des  ducs  de 
Guise  (■•),  M.  René  de  Bouille  a  répété  que 
la  croix  de  Lorraine  est  «  probablement 
formée  d'après  celle  des  armoiries  de  Jéru- 
salem ».  Enfin,  le  savant  bibliophile  nan- 
céien,  feu  M.  l'abbé  IVIarchal,  publiant,  avec 
beaucoup  de  soin,  la  célèbre  Chronique  de 
Lorraine,  est  retombé  dans  la  même  confu- 
sion; il  l'a  en  outre  aggravée  d'une  erreur,  en 
disant  qu'il  existe  des  croix  doubles  sur  les 

1.  Enterrement ...  de  ...  Claude  de  Lorraine,  Paris,  1620, 
p.  53  et   158. 

2.  La  clef  ducale  de  la  sércni.'isimc,    tris  auguste   et 
souveraine  maison  de  Lorraine...,  Nancy,  1663,13.  131. 

3.  Dom  Calmet, //«/.  de  Lorr.,  l'^ddit.,  t.  III,  dissert., 
col.  Xxxix-XL  ;  2'^^  cdit.,  t.  V,  col.  l.xvi  et  stiiv. 

4.  T.  I,  p.  229. 


monnaies  du  duc  Charles   H,   prédécesseur 
de  René  d'Anjou  ('). 

Du  moment  que  les  historiens  lorrains 
méconnaissaient  ainsi  l'origine  de  la  croix 
double,  et  comme  la  branche  de  Guise,  en 
lui  donnant  une  très  grande  renommée, 
agréait  peut-être  une  interprétation  favora- 
ble à  ses  vues  politiques,  on  comprend  que 
les  écrivains  français  aient  suivi  les  mêmes 
errements. 

Cette  croix,  dit  le  P.  Menestrier,  <(  est 
r  ancienne  devise  de  la  maison  de  Lorraine  ». 
Et  il  ajoute  la  description  suivante,  qui  est 
à  retenir  :  «  C'est  une  croix  grecque,  alezée, 
à  double  traverse,  la  plus  haute  plus  courte 
que  la  basse  (^).  » 

Dans  nombre  d'ouvrages  historiques,  nu- 
mismatiques  ou  héraldiques  le  nom  de  croix 
de  Lorraine  a  été  donné  à  des  croix  doubles 
tout  à  fait  étrangères  à  ce  duché  et  bien  anté- 
rieures à  l'époque  où  cet  emblème  y  fut  reçu. 

in. 

LES  opinions  que  nous  venons  de  rap- 
peler se  rattachent,  parfois  à  l'insu  de 
leurs  auteurs,  à  l'origine  légendaire  de  la 
maison  de  Lorraine,  abandonnée  au  com- 
mencement du  XVI 11^  siècle  par  le  duc 
Léopold.  Par  contre,  il  convient  de  faire 
voir  que,  dès  le  XVI I^  siècle,  quelques 
historiens  ont  proclamé  la  vérité  de  la 
manière  la  plus  formelle. 

Le  Commentarins  lotharigiensis  de  Chif- 
flet,  imprimé  en  1649,  renferme.sur  ce  sujet, 
un  paragraphe  très  remarquable  ;  il  est  en 
latin  et  passablement  long  ;  cependant, 
comme  les  écrivains  qui  adoptèrent  cette 
version  n'ont  guère  fait  que  l'abréger  plus 
ou  moins,  il  nous  parait  nécessaire  de  le  re- 
produire entièrement  : 

1.  Citron,  de  Lorr.,  ibid.,  p.  278,  note. 

2.  Menestrier,  La  nouvelle  méthode  raisonnée  du 
blason,  Lyon,  1761,  p.  78,  79  ;  cite  aussi  par  Mgr  Barbier 
de  Montault,  ibid.,  p.  34-35,  note. 


o  -->  o 


Hctiiic   De    rart    chrétien. 


«  TKSSERA  MILITARIS. 

«  Cnix  est  regia  Hungarica  :  prisci  enim  Pannoniœ 
Rces,  à  quibiis  Andegaui  se  ortos  pr;edicabant,  prius- 
quam  prasferrent  parmam  octonis  ex  argento  et  minio 
taenijs  transuersis  exaratam,  scuto  vtebantur  argenteo 
bifidâ  cruce  coccineâ  impresso.  At  rubrum  geminata; 
cruels  colorem  Renatus  I,  Dux  Andegauiœ.immutauit  : 
eius  enim  scutum(quodprostatin  sacelloSanctiMauritij 
Andegauensis,  cum  alijs  Procerum  Ordinis  Lunje  cres- 
centis  ab  eo  institut!)  à  sinistrâ  parte  sustentatum  cerni- 
tur  aureo  arboris  trunco,  qui  virentibus  surculis  reuiuis- 
cit;à  dextrâ  autem  aureo  coruo,eiusdem  metalli  coronâ 
collum  redimito  cum  duplicata  CRVCE  NIGRA, 
quîe  à  globulorum  sertulo  in  corui  pectus  propendet. 

<(  Renati  I,  filius  loannes,  Dux  Calabriaî,  eodem 
vsus  est  crucis  colore  nigro.  Obseruauit  enim  loannes 
de  Haynin,  Eques  Hannonius,  in  pugnà  raontis  Heri- 
cij,  cui  prcesens  aderat  anno  M.  CD.  LXV.  Ducis  Ca- 
labriœ  cataphrados  équités  gesiasse  Bandas,  seu  iœnias 
albas,  NIGRIS  (Z^^QY&M'à  geminatis  acu pidas. 

«  Lotharingie!  porro  sanguinis  Duces,  lolandâ  An- 
degauâ  Renati  I,  filiâ,  loannis  sorore,  progeniti  seruatâ 
Hungaricie  crucis  forma,  atrum  colorem  in  aureum 
comniutarunt  ;  vtunturque  etiamnum  tessarâ  illâ,  quam 
vocant  Lotharingiœ  crucem  (■).  » 

Le  p.  Saleur,  que  nous  avons  déjà  cité, 
reproduisit,  comme  certaine,  la  même  opi- 
nion sur  l'origine  de  la  croix  de  Lorraine  ; 
enfin  le  P.  Benoît  Picart,  au  commencement 
du  siècle  dernier,  s'y  rangea  également  (°). 
Qu'était-ce  donc  que  la  croix  de  Hongrie, 
et  comment  fut-elle  adoptée  par  la  seconde 
maison  d'Anjou  ?  C'est  ce  qu'il  importe 
d'examiner. 

IV. 

DANS  une  description  des  armes  de 
Hongrie,  nous  lisons  que  «  la  croix 
Patriarchale  »  est  celle  «  qu'Etienne  pre- 
mier, Roi  de  Hongrie,  reçut  du  saint  Siège 
en  l'an  looo  (')  ».  Le  P.  Benoit  Picart  dit 
aussi  que  la  croix  double  «  fut  donnée  par 
le  S.  Siège  à  S.  Etienne,  roi  de  Hongrie, 
pour  ht  faire  porter  devant  lui  ». 

Cependant  l'origine  de  cet  emblème  reste 

1.  J.  J.  Chifflet,  Commen/ariiis  lotharicnsis,  Anvers, 
1649,  p.  95-96. 

2.  Origine. ..de  la  maison  di  Lorraine,"^  owX^x-lo^,'^  522. 

3.  Les  souverains  du  monde,  1722,  t.  IV,  p.  74. 


incertaine,  et  nous  croyons  plutôt  avec 
Mgr  Barbier  de  Montault,  qui  a  traité  la 
question  avec  beaucoup  de  sagacité  ('),  que 
cette  pièce  héraldique  a  pour  principe  une 
relique  de  la  vraie  croix,  rapportée  de  Jéru- 
salem parle  roi  André  II  (i 205-1 235),  père 
de  sainte  Elisabeth,  règne  à  partir  duquel 
on  la  voit  figurer  dans  les  sceaux. 

Quelle  était  exactement  la  forme  de  cette 
croix  reliquaire  1  11  faudrait  à  cet  égard 
étudier  les  monuments  les  plus  anciens  qui 
la  représentent  ;  mais  la  Hongrie  est  bien 
éloignée  de  nous.  Le  hasard  heureusement, 
ce  bon  génie  des  archéologues,  nous  a  fait 
découvrir  un  sceau  fort  intéressant  qui  se 
trouve,  d'une  façon  assez  extraordinaire,  ap- 
pendu  à  un  titre  conservé  dans  le  trésor  des 
Chartres  de  Lorraine  (=).  Il  s'agit  de  l'acte 
original  par  lequel  Ferri  IV,  duc  de  Lor- 
raine, donne  en  1326,  à  sa  femme,  Isabelle 
d'Autriche,  les  terres  de  Neufchâteau  et  de 
Châtenoy.  Le  texte  se  termine,  comme  de 
coutume,  par  la  mention  de  l'apposition  du 
sceau  ducal  ;  cependant  on  n'y  voit  d'autre 
sceau  que  celui  dont  nous  donnons  la  figure, 
empreint  sur  cire  rouge  dans  une  cuvette 
de  cire  blanche  en  partie  brisée  ;  il  repré- 
sente la  croix  double,  avec  la  légende  : 
►^ S.  AGNETIS.  REGINE.  VNGARIE. 


Nul  doute  sur  cette  princesse  n'est  pos- 


1.  Mgr  Barbier  de  Montault,  ibid.,  p.  121-123. 

2.  Lay.  A'eufeiiâteau  I,  n" 20. 


©riginc    De    la    croir   De    Lorraine. 


333 


sible.  Fille  ainée  de  l'empereur  Albert  I, 
belle-sœur  du  duc  de  Lorraine,  Agnès  d'Au- 
triche épousa  André  III,  roi  de  Hongrie,  le 
dernier  souverain  de  la  famille  de  saint 
Etienne;  devenue  veuve  en  1301,  elle  se 
retira  en  Suisse,  où  elle  fonda  le  monastère 
de  Kœnigsfelden. 

L'image  de  ce  sceau  doit  être  rapprochée 
de  ce  que  dit  Mgr  Barbier  de  Montault  dans 
sa  savante  étude  : 

«  Sur  un  vitrail  de  l'abbaye  de  Kœnigs- 
felden (Suisse),  qui  date  de  la  fin  du  XIV^ 
siècle,  sainte  Elisabeth  de  Hongrie...  est 
représentée  en  reine,  tenant  de  la  main 
gauche  une  croix  à  double  traverse,  de  cou- 
leur blanche,  pattée  aux  extrémités  et  fichée 
à  la  pointe  de  la  tige,  comme  on  dit  en  bla- 
son, c'est-à-dire  aiguisée  pour  être  fixée 
dans  le  sol.  Le  P.  Cahier  ne  donne  pas  cet 
attribut  dans  ses  Caractéristigues  des  Saints, 
et  il  y  a  lieu  de  s'en  étonner.  Que  signifie 
donc  cette  croix?  Faut-il  y  voir  en  sa  qualité 
de  tertiaire  franciscaine,  la  croix  du  saint 
patriarche  François  d'Assise  .''C'est  possible, 
cependant  je  ne  le  pense  pas.  Je  préfère  plu- 
tôt faire  de  cette  croix  une  vraie  croix,  celle 
même  qui  figiirc  dans  les  armes  de  Ho7!grie, 
et  de  la  sorte  l'attribut  indiquerait  la  race 
royale  et  le  pays  d'origine  (').  » 

Le  sceau  que  nous  publions  paraît  donner 
complètement  raison  à  Mgr  Barbier  de 
Montault  ;  la  croix  y  çsX  pattée  à  toutes  ses 
extrémités  ;  de  plus,  elle  est  Jichée,  ou  ter- 
minée, en  bas,  par  un  appendice  destiné  à 
la  fixer  verticalement  au-dessus  d'un  sup- 
port, pour  l'exposition.  Ces  particularités 
montrent  qu'au  XIV^  siècle,  on  avait  encore 
l'intention  de  représenter  un  objet  réel  ;  plus 
tard,  on  le  perdit  de  vue  ;  on  simplifia  et  on 
modifia  cette  croi.x  de  différentes  manières, 

I.  Mgr  Barbier  de  Montault,  ibùi.,  p.  121,  note  4. —  Le 
vitrail  en  question  fut  peut-ctrç  commandé  par  la  reine  de 
Hongrie  dont  nous  publions  le  sceau,  puisque  c'est  elle 
qui  fonda  le  monastère  de  Kœnigsfelden. 


que  l'on  peut  étudier  sur  les  sceaux,  les  mon- 
naies et  les  armoiries,  d'abord  des  rois  de 
Hongrie,  puis  delà  seconde  branche  d'An- 
jou, enfin  delà  maison  de  Lorraine. 

Passé  l'époque  que  nous  venons  de  citer, 
nous  devons  nous  attacher  à  la  maison 
d'Anjou-Sicile,  car  c'est  par  cette  voie  que 
la  croix  double  se  dirigea  vers  la  Lorraine; 
nous  n'avons  donc  pas  lieu  de  rester  davan- 
tage dans  le  royaume  de  saint  Etienne  ;  et 
pourtant  l'on  trouverait  de  l'intérêt  à  suivre 
les  modifications  de  ses  armoiries,  à  étudier 
l'histoire  du/^rr//de  Hongrie  ancien,  à  le  re- 
connaître dans  les  armes  de  Marie-Thérèse, 
de  la  pauvre  reine  de  France,  Marie-An- 
toinette,   enfin  du  nouveau  royaume  auto- 


nome de  Hongrie. 


V. 


EN  1270,  Charles  II  de  France-Anjou, 
roi  de  Naples,  de  Sicile  et  de  Jérusa- 
lem, épousa  Marie,  sœur  et  héritière  de 
Ladislas  IV,  roi  de  Hongrie,  décédé  dans 
les  premières  années  du  XIV^  siècle.  Cet 
État  entra  ainsi  dans  la  maison  d'Anjou; 
il  y  resta  jusqu'à  la  mort  de  Louis,  dit  le 
Grand,  roi  de  Hongrie  et  de  Pologne,  arri- 
vée en  1382,  époque  à  laquelle  Marie, 
l'aînée  des  filles  de  ce  prince,  apporta  le 
premier  des  deux  royaumes  à  son  mari 
Sigismond  de  Luxembourg,  devenu  empe- 
reur et  roi  de  Bohème.  Cependant  la  mai- 
son d'Anjou  n'était  pas  éteinte;  ses  branches 
collatérales  réclamèrent  l'héritage  de  Louis; 
plusieurs  de  ses  membres  se  parèrent  du 
titre  de  roi  de  Hongrie  et  manifestèrent 
leurs  prétentions  par  leurs  armoiries.  On 
sait  que  Jeanne  II,  dernière  héritière  de  la 
première  maison  d'Anjou  se  qualifiait  reine 
de  Hongrie,  de  Jérusalem,  de  Sicile,  etc.  ('); 
peu  de   temps  avant  sa  mort,  qui  eut  lieu 

I.  Lecoy  de  la  Marche,  Le  roi  René,  t.  II,  p.  213  (Pièces 

just.). 


334 


iRcuiic    De    r3rt    cfjrcticn. 


en  1435,  elle  adopta  René  de  France, 
de  la  seconde  maison  d'Anjou,  si  connu 
sous  le  nom  du  Roi  Rend;  personne  n'ignore 
qu'il  devint  duc  de  Lorraine,  en  1431, 
par  suite  de  son  mariage  avec  Isabelle 
de  Lorraine,  fille  aînée  et  héritière  du  duc 
Charles. 

\'ergara  a  publié  une  monnaie  qui  aurait 
beaucoup  d'intérêt  pour  le  sujet  que  nous 
traitons  s'il  était  possible  d'accorder  grande 
confiance  à  la  manière  dont  il  a  lu  la  légende 
principale,  àsavoir  ROBERT.  DEL  GRA. 
lERL.  ET.  SICIL.  R;  on  y  voit,  en  effet, 
au  revers,  une  croix  à  double  croisillon  ('). 
Par  malheur  le  carlin  dont  il  est  question, 
reproduit  successivement  par  Fauris  de 
Saint-Vincent  (^),  Duby  {^),  et  Poëy  d'A- 
vant (■*),  toujours  d'après  la  vicme  soture, 
n'est,  suivant  toute  apparence, connu  aujour- 
d'hui, en  original,  dans  aucune  collection. 
On  peut  craindre  qu'il  s'agisse  d'une  pièce 
appartenant  à  René  d'Anjou,  qui  aurait 
été  mal  lue  par  son  premier  éditeur. 
Une  chose  qui  donne  particulièrement  à 
le  supposer,  c'est  que  jamais,  ce  semble, 
Robert,  roi  de  Naples,  de  Sicile  et  de  Jéru- 
salem, troisième  fils  de  Charles  H,  n'a  pu 
avoir  de  prétentions  sur  le  royaume  de 
Hongrie,  échu  en  partage  à  Charles  Martel, 
son  frère  aîné. 

VL 

LE  roi  René  fit  un  usage  fréquent  de  la 
croix  à  double  traverse  et  l'on  ne  peut 
douter  que  cet  emblème  n'ait  pour  origine 
les  prétentions  de  la  maison  d'Anjou  à  la 
couronne  de   Hongrie.  Examinons  cepen- 

1.  C.  A.  Vergara,  Monete  del  regno  di  Napoli;  Rome, 
1715.  in-4",  p.  40,  et  pi.  xil,  fig.  3. 

2.  Fauris  de  .Saint-Vincent,  ATc'innires  sur  les  juonuaùs 
gui  ont  eu  cours  en  Provence  sous  les  comtes. 

3.  Duby,  Traité  des  inonnoies  des  barons  de  Fraiu-e,\'a.ns, 
1790,  t.  II,  p.  loi,  pi.  xcvi,  n"  4. 

4.  Poëy  d'Avant,  Monnaies  féodales  de  la  France,  t.  II, 
p.  324,  n"3987  ;  pi.  Lxxxix,  fig.  17. 


dant   deux   autres  hypothèses  qui  nous  ont 
été  proposées. 

René,  nous  dit-on,  a  pu  adopter  la  croix 
double  à  cause  de  ses  prétentions  au  royau- 
me de  Jérusalem;  au  lieu  de  la  croix  de 
Godefroid  de  Bouillon,  il  aurait  pris  la  croix 
patriarcale  de  Jérusalem  ou  du  saint  sépul- 
cre. Didron  a  écrit  dans  ses  Annales  Ar- 
chéologiqties  (')  :  «  L'origine  (de  la  double 
traverse  des  croix  grecques)  est  orientale; 
rien  de  plus  certain,  et  la  croix  de  Jérusalem 
en  est  le  type.  » 

Cette  supposition  est  tout  à  fait  inadmis- 
sible, car  la  croix  potencée,  si  universelle- 
ment connue,  constituait,  au  XV'  siècle,  le 
seul  emblème  possible  des  successeurs  de 
Godefroid  de  Bouillon;  aussi  à  l'exemple  de 
la  première  maison  d'Anjou,  et  concurrem- 
ment avec  la  croix  double,  René  fit  placer 
ce  symbole  sur  plusieurs  de  ses  mon- 
naies ("). 

En  second  lieu,  ajoute-t-on,  l'usage  de  la 
croix  à  deux  traverses  a  pu  avoir  pour 
motif  la  dévotion  particulière  de  René  à  la 
vraie  croix,  dont  ce  prince  a  vénéré  notam- 
ment trois  reliques  :  celle  de  Marseille,  dont 
il  détacha  une  parcelle  pour  l'église  Sainte- 
Croix  d'Angers;  celle  de  Saint- Laud  d'An- 
gers, célèbre  dans  tout  le  moyen  âge,  celle 
de  l'abbaye  de  la  Bussière,  au  diocèse  d'An- 
gers (maintenant  à  l'hôpital  de  Baugé),  qu'il 
fit  garnir  d'or  et  de  pierres  précieuses. 

La  vraie  croi.x  de  la  Bussière  est  com- 
plètement noire,  ce  qui  concorde  parfaite- 
ment avec  les  armoiries  de  René  à  la  cathé- 
drale d'Angers,  et  le  texte  de  Chifilet,  cité 
plus  haut;  mais, l'on  sait  que  René  11  donna 
à  la  croix  double  la  couleur  blanche.  Rien 
d'étonnant,  nous  fait-on  observer,  que  ces 
princes  aient    choisi    de    préférence    cette 


1.  Tome  V,  p.  328. 

2.  Poiiy  d'Avant, /te/.,  pi.  xci,  fig.  17,  18,  19,20,  pi.  xcn, 
fig.  1  et  2. 


©riginc    De    la    croir    ûc    Lorraine 


335 


devise  (en  dehors  de  toute  considération  de 
meubles  d'armoiries)  uniquement  pour 
demander  à  la  croix  du  Sauveur  aide  et 
protection  dans  les  dangers  et  contre  leurs 
ennemis.L'office  de  l'Exaltation  est  plein  de 
ces  formules  :  «  Salvator  mundi,  salva  nos; 
qui  per  crucem  et  sanguinem  tuum  rede- 
misti  nos,  auxiliare  nobis  >)  —  «  Salv^a 
nos,  Christe  salvator,  per  virtutem  crucis.  » 
—  «  Per  signum  crucis  de  inimicis  nostris 
libéra  nos,  Deus  noster.  » 

Cette  hypothèse,  plus  spécieuse  que  la 
précédente,  doit,  selon  nous,  être  également 
écartée.  Si  le  roi  René  avait  eu  l'intention  de 
représenter  une  relique  célèbre  en  France, 
il  aurait  commandé  que  la  forme  en  fût 
toujours  respectée,  que  cette  image  occupât 
constamment  une  place  privilégiée,  enfin 
qu'une  inscription  appropriée  l'accompagnât 
toujours  sur  les  monnaies  où  elle  figure.  Or, 
la  croi.x  double  de  ce  souverain,  dont  la 
forme  varie,  ne  jouit  guère  d'une  situation 
éminente  que  sur  les  monuments  numis- 
matiques;  ailleurs  on  la  voit  se  répéter 
comme  un  emblème  secondaire  et  ne  jouer 
qu'un  rôle  accessoire;  enfin  les  légendes  qui 
l'entourent  sur  les  monnaies,  —  o  crv.k  ave 
SPEs  VNiCA  (Provence),  —  six  xo.men  domixi 

BENEDICTVM,     BENEDICTUM     SIT      XOMEN 

DO^[I^•I  NOSTKi  iHEsv  xpisTi  (Lorraine),  — 
surtout  les  deux  dernières,  d'un  usage  pres- 
que universel,  ne  présentent  rien  de  très 
particulier.  Toutefois  la  légende  O  criix  ave, 
spes  imica  permettrait  de  penser  que  le  roi 
de  Sicile  avait  encore  une  certaine  connais- 
sance de  l'origine  première  du  symbole 
repris  par  lui,  puisque,  comme  l'a  fait  re- 
marquer tout  récemment  un  savant  nuniis- 
matiste,  on  retrouve  cette  légende,  avec  la 
date  1505,  dans  l'inscription  d'un  reliquaire 
de  la  vraie  croix  conservé  à  Namur,  et  sur 
un  méreau  de  la  même  ville,  daté  de  15 19  ; 
elle  y  entoure  une  croix  à  double  croisillon 


qui,  sans  doute  aussi,  rappelle  une    insigne 
relique  de  la  Passion  ('). 

VIL 

IL  nous  reste  à  montrer  comment  la  croix 
du  roi  René  tire  son  origine  de  celle 
de   Hongrie. 

Ce  prince  ne  prit  dans  aucun  de  ses  actes 
le  titre  de  roi  de  Hongrie  (-');  mais,  dans  les 
deux  grands  sceaux  de  majesté,  dont  il  fit 
usage  de  1434  environ  à  1467,  il  inscrivit  ce 
titre  en  première  ligne;  de  plus,  en  pendant 
de  l'écu  à  ses  armes  pleines,  où  le  premier 
quartier  représentait  les  armes  de  Hongrie 
moderne,  il  fit  placer  un  autre  écu  de  même 
dimension,  aux  armes  de  Hongrie  ancien, 
c'est-à-dire  offrant,  au-dessus  d'un  mont  de 
trois  coupeaux,  la  croix  à  double  traverse, 
légèrement  pattée  à  toutes  ses  extrémités  (j). 


Dans  la  suite,  René  reconnut,  sans  doute, 
le  peu  de  fondement  des  prétentions  au 
royaume  de  Hongrie  qui  lui  avaient  été  lé- 
guées; cependant  il  continua  à  en  porteries 
armoiries  au  premier  quartier  de  ses  armes 
pleines, où  ses  successeurs, comtes  du  Maine 
ducs  de  Lorraine,  et  leur  descendance,  les 
conservèrent;  il  garda  la  croix  sur  ses  mon- 

1.  Alph.  de  Scliodt,  Méreaitx  du  chapitre  de  Saint- 
Aîihain,  à  Namur,  p.  8  ;  extr.  de  la  Revue  belge  de 
Numism.,  1885,  pi.  ix,  fig.  i.  —  Un  jeton  angevin  du  roi 
René  porte,  avec  la  croi.x  double,  la  légende  :  CRV'CEM 
TUAM  ADORAMVS  DOMINE. 

2.  Du  moins  dans  ceux  qui  sont  actuellement  connus.  — 
M.  Lecoy  de  la  .Marche  ne  parle  point  de  ce  titre  de  roi 
de  Hongrie  pris  par  René  sur  deux  de  ses  sceaux;  il  a 
cependant  reconnu  les  armoiries  de  ce  royaume. 

3.  O.  de  Wrée,  La  gJ/iéalo^ie  des  comtes  de  ftandre..., 
Bruges,  1642,  pi.  105  et  106.  —  P.  J.  E.  de  Smyttère,  Les 
ducs  de  Bar...,  1884,  pi.  VI  et  viil  (cet  auteur  a  pris  Técu 
de  Hongrie  pour  celui  de  Jérusalem).  —  Lecoy  de  la  Mar- 
che, iliid.,  t.  1,  p.  493. 


REVUE   DE   l'art  CHRÉTIEN. 
1885.   —    3""'=   I.IVRAISO.N. 


336 


îlxcuuc    De    I'3rt    c()  ré  tien. 


naies;  enfin  il  la  suspendit  fréquemment  à 
un  chapelet  attaché  au  cou  des  aigles  par 
lesquelles  il  fit  d'habitude  supporter  ses  ar- 
moiries. Les  ducs  de  Lorraine  ont  retenu 
ces  différentes  applications. 

Quelques  écrivains  ajoutent  que  ce  collier 
des  aigles  portait  l'inscription  Dévot  hty  suis, 
devise  qu'on  explique  de  plusieurs  manières; 
mais  nous  croyons  qu'ils  ont  fait  confusion 
entre  deux  choses  différentes. 

Les  monnaies  du  roi  René  portant  la  croix 
à  double  traverse  sont  assez  nombreuses  ; 
ne  pouvant  nous  arrêter  ici  à  les  décrire, 
nous  nous  bornerons  à  donner  l'une  de  celles 
qu'il  fit  frapper  pour  la  Lorraine  ('). 


Dès  le  règne  de  ce  prince,  les  formes  de 
la  croix  de  Hongrie  commencèrent  à  s'alté- 
rer et  à  varier.  Ne  cherchant  plus  à  expo- 
ser, à  l'appui  de  prétentions  abandonnées, 
l'image  d'un  objet  réel  qui  les  manifestait 
primitivement,  désirant  seulement  conser- 
ver la  représentation,  d'exactitude  peu  ri- 
goureuse, d'un  pieux  souvenir  de  famille, 
enfin  décidé  à  ne  plus  lui  accorder  qu'un 
rang  secondaire  parmi  ses  nombreux  emblè- 
mes, le  roi  René  permit  souvent,  à  lui-même 
ou  à  ses  artistes,  de  modifier  la  forme  an- 
cienne de  la  croix,  de  manière  à  la  rendre 
plus  simple  et  plus  symétrique;  c'est  ainsi 
que  la  pointe  inférieure  et  l'épatement  des 
extrémités  disparurent;  la  seconde  traverse, 
déjà  placée  singulièrement  bas  dans  le  sceau 
de  la  reine  Agnès,  descendit  fréquemment 
encore  davantage,  et  l'on  vit  diminuer  la  dif- 
férence de  longueur  des   deux  croisillons. 

I .  F.  de  Saulcy,  Recherches  sur  les  monnaies  des  ducs 
héréditaires  de  Lorraine,  1S46,  pi.  x,  fig.  13. 


L'écartement  de  ces  croisillons  a  été  déter- 
miné, dans  certains  cas,  par  l'usage,  sur  des 
jetons,  de  mettre  entre  eux,  aux  côtés  de  la 
croix,  les  lettres  RR,  signifiant  sans  doute 
Renatus  Rex  ('). 

Jean  d'Anjou, fils  du  roi  René,  et  Nicolas, 
son  petit-fils,  régnèrent  sur  la  Lorraine  de 
1453  à  1473;  ils  continuèrent  à  faire  usage 
de  la  croix  double. 

Sur  les  monnaies  et  les  jetons  des  princi- 
paux pays  où  le  roi  René  exerça  son  auto- 
rité, cette  croix  persista  plus  ou  moins  de 
temps.  Mais  c'est  seulement  en  Lorraine 
qu'ayant  acquis  une  signification  nouvelle, 
elle  devint  le  symbole  principal  de  l'état. 

VIIL 

RE  N  É  de  Lorraine,  petit-fils  par  sa  mère 
du  roi  René,  succéda,  sur  le  trône 
ducal,  à  son  cousin,  Nicolas  d'Anjou,  en 
1473;  il  fut  le  restaurateur  de  la  dynastie 
nationale  et  l'ancêtre  de  tous  les  ducs  qui 
vinrent  après  lui.  René  II  tint  en  grand 
honneur  la  croix  double  ;  il  en  fit  le  princi- 
pal insigne  militaire  et  emblème  de  l'État; 
il  resta  fidèle  à  la  forme  primitive  de  la  croix 
byzantine  et  plaça  même,  d'habitude,  les 
deux  croisillons  plus  haut  qu'ils  ne  l'étaient 
dans  la  croix  de  Hongrie,  à  en  juger  par  le 
sceau  de  la  reine  Agnès. 

Cela  permet  de  douter  que  ce  prince  ait 
été  bien  informé  de  l'origine  exacte  de  cet 
emblème.  S'il  n'y  avait  vu  qu'une  allusion  à 
la  couronne  de  Hongrie,  il  n'aurait  pas  mis 
ainsi  en  évidence  un  témoin  de  prétentions 
absolument  vaines  et  abandonnées.  Pas  plus 
que  René  d'Anjou,  il  n'a  choisi  la  croix  dou- 
ble pour  rappeler  le  royaume  de  Jérusalem, 
car  ce  symbole  n'aurait  été  compris  par  per- 
sonne, et,  du  reste,  il  n'aurait  osé  en  faire 
usage  du  vivant  de  son  aïeul.  Il  ne  pouvait 
non  plus  partager  l'opinion  des  chroniqueurs 

I.  Jules  Rouyer  et  Eugène  Hucher,  Histoire  du  jeton  au 
moyen  âge,  1858,  p.  m,  112,  pi.  Xiv,  fig.  118,  119. 


©riffine   De   ïa    croir   De    Lorraine. 


337 


du  XVI^  siècle,  qui,  en  général,  crurent  que 
cet  emblème  provenait  de  Godefroid  de 
Bouillon;  René  devait,  en  effet,  savoir  par- 
faitement que  jamais  ses  ancêtres  paternels 
ne  s'en  étaient  servis.  Quant  à  dire  qu'il 
ait  voulu  représenter  une  vraie  croix,  les 
objections  que  nous  avons  fait  valoir  au  su- 
jet de  René  d'Anjou  s'imposent  ici  avec  plus 
de  force  encore;  car  il  n'existait  dans  le 
duché  de  Lorraine  aucune  relique  impor- 
tante et  célèbre  du  bois  de  la  croix  et  l'on 
ne  voit  pas  qu'avant  la  bataille  de  Nancy, 
René  1 1  ait  fait  un  voyage  en  Anjou  ou  en 
Provence,  ni  qu'il  ait  jamais  témoigné,  à 
l'égard  des  reliques  vénérées  par  son  aïeul, 
d'une  dévotion  particulière. 

Tout  porte  donc  à  penser  que  le  duc  de 
Lorraine  ignorait  l'origine  précise  de  la  croix 
double  du  roi  René,  et  qu'il  l'adopta  comme 
un  emblème  de  famille,  provenant  de  la 
maison  d'Anjou  et  en  indiquant,  d'une 
manière  vague  et  générale,  les  royales 
prétentions. 


Plusieurs  monnaies  de  René  1 1  offrent, 
au  revers,  la  croix  double;  sur  deux  d'entre 
elles,  on  la  voit  accompagnée  des  légendes  : 
<i*  ADiwA  :  NOS  :  devs:  salvta:  nr  :  (Adjttva 


nos  Dens  salutaris  nostcr)  ;  et  :  salve  crv.k 
l'RECiosA.  Nous  donnons  ici  l'une  des  plus 
intéressantes  ("),  on  remarquera  combien 
les  deux  traverses  y  sont  placées  haut. 

Sous  les  successeurs  de  René  H,  la  croix 
double  redevint  beaucoup  plus  symétrique; 
ainsi  que  nous  l'avons  montré,  on  se  méprit 
étrangement  sur  son  origine,  et  l'on  perdit 
la  signification  de  la  double  traverse. 

C'est,  bien  à  tort,  cet  abaissement  du 
second  croisillon,  ou  croisillon  inférieur, 
qui,  aux  yeux  des  archéologues,  constitue 
proprement  la  croix   de    Lorraine. 

En  réalité,  et  de  nos  jours  encore,  la 
forme  varie,  ainsi  que  la  couleur  ;  mais 
l'excès  de  symétrie   est  très  fréquent. 

Notre  tâche  est  terminée,  car  dans  cette 
notice  destinée  à  élucider  d'une  manière 
très  succincte  lorigiue  de  la  croix  de 
Lorraine,  nous  ne  pouvons,  comme  nous  le 
ferons  ailleurs,  suivre  l'histoire  de  cet  em- 
blème jusqu'à  l'époque  actuelle,  en  étudiant 
ses  changements  et  ses  adaptations  diverses. 
Nous  espérons  avoir  démontré  ce  fait  :  la 
croix  de  Lorraine  n'est  autre  que  la  croix  de 
Hongrie,  altérée  par  des  modifications  suc- 
cessives; apportée  à  la  Lorraine  par  le  roi 
René, qui  l'avait  adoptée  comme  héritier  des 
prétentions  de  la  première  maison  d'Anjou, 
elle  devint,  depuis  le  règne  glorieux  de 
René  H,  l'emblème  spécial  de  la  maison 
souveraine  et  de  la  nation. 

Léon  Germain. 

I.  F.  de  Saulcy,  ibid.,  pi.  xin,  fig.4. 


-'  S.^^ j&J&j&^gfe^gR^^^^i?q.z^XX^^^^%i%^;^^^^^^;^^;%.^;^*  ^ 


«^^^^^^S^È^^^;^$^^^^ 


ïîoubdirs  etQclanges, 


/Tt^-^Zr-^  'tyd'  V^  t^J  V^  ÎV^  t^  t^  -VfT  Vf7  tiVJ  tv^  ^  V^l 

ï^ouillcs  à  Saint=Oucn  De  Houen. 


'ETABLISSEMENT  d'un  calorifère 
dans  la  belle  églisederancienne  abbaye 
de  St-Ouen  de  Rouen,  a  nécessité,  en 
décembre  i8S4,des  travaux  importants 
dans  le  sous-sol  de  cet  édifice.  On  a  dû,  notam- 
ment, faire,  sous  la  nef  principale, une  excavation 
qui,  partant  de  l'extrémité  Ouest  de  l'intersection 
du  transept  ,  s'étendait  jusqu'à  la  quatrième 
ti-avée  de  la  nef,  comprenant  une  longueur  de 
20  m.  40,  sur  une  largeur  de  S  m.  20,  et  atteignant 
une  profondeur  de  4  m.  80. 

Cette  excavation  dans  un  sol  sanctifié  par  la 
prière  depuis  quatorze  siècles,  et  dont  on  peut 
dire  avec  le  psalmiste  «j;  Dovms  sanctificatio)iis... 
jibi  laiidaveriuit  te  patres  nostri...  >  a  donné  lieu 
à  des  constatations  précieuses  ou  soulevé  des 
questions  intéressantes  au  point  de  vue  de  l'ar- 
chéologie monumentale  ;  elle  a,  de  plus,  amené 
des  découvertes  importantes  pour  l'étude  des 
sépultures  et  de  l'art  depuis  les  premiers  temps 
qui  ont    suivi    l'entrée    des  barbares    en  Gaule. 

La  Revue  de  l'Art  clirctien  ne  pouvait  passer 
cet  événement  sous  silence  sans  manquer  à  ce 
qu'elle  doit  à  son  titre,  à  elle-même  et  à  ses  lec- 
teurs. 

Nous  indiquerons  d'abord  rapidement,  les 
remarques  les  plus  intéressantes,  à  diver.s  égards, 
que  ces  fouilles  ont  permis  de  faire  ;  nous  réser- 
verons pour  un  second  paragraphe  tout  ce  qui  a 
trait  aux  sépultures,  qui  embrassent  une  période 
s'étendant  du  V^^  au  XII<=  siècle. 

§!• 

LA  fondation  de  l'abbaye,  qui  devait  prendre 
plus  tard  le  nom  du  célèbre  chancelier  de 
Dagobert  I,  se  perd  dans  la  nuit  des  origines  du 
ciiristianisme  en  Neustrie. 

Plusieurs  églises  se  sont  succédé  sur  ce  sol  con- 
sacré depuis  tant  de  siècles  au  culte  de  Dieu. 
D'après  une  Vie  de  sainte  Clotilde,  écrite  peu  de 
temps  après  sa  mort,  cette  pieuse  princesse  aurait 


reconstruit  les  édifices  d'un  antique  monastère 
situé  dans  un  faubourg  de  Rouen  et  datant  du 
temps  de  S.  Denis  {sic).  Cette  église  fut  incen- 
diée par  les  Normands  en  841  lors  de  leurs 
incursions  dans  le  pa\'s  qui  plus  tard  devait  leur 
être  cédé  et  prendre  leur  nom  ('). 

Elle  fut  rebâtie  vraisemblablement  avant  la 
cession  de  la  Normandie  à  RoUon  en  912.  Le 
mauvais  état  de  l'édifice  peut-être,  mais  plus  vrai- 
semblablement le  souffle  magique  et  la  ferveur 
qui  firent  surgir  au  XI"=  siècle  tant  de  superbes 
églises  monastiques  en  Normandie ,  détermina 
l'abbé  Nicolas  de  Normandie  (1042  à  1072),  à 
entreprendre  la  reconstruction  totale  de  l'église  de 
son  abbaye.  On  m'excusera  de  rappeler  dans  la 
Revue  de  F  Art  c/irc'tie)i,  pour  donner  une  idée  du 
mouvement  architectural  et  religieux  qui  se  fit 
sentir  alors  d'une  façon  merveilleuse  dans  la 
seule  Normandie,  les  paroles  qu'Orderic  Vital 
met  dans  la  bouche  de  Guillaume  le  Conquérant 
à  son  lit  de  mort  :  «  Pendant  le  temps  que  j'ai 
gouverné  le  Duché,  il  y  a  été  construit  dix-sept 
couvents  de  moines  et  six  couvents  de  religieuses, 
où  pour  l'amour  du  Roi  des  cieux,  on  célèbre 
chaque  jour  avec  pompe  l'office  divin  et  où  l'on 
fait  d'abondantes  auinônes  (2).  » 

Il  la  construisit  daiis  de  très  vastes  propor- 
tions :  «  Jllirce  inagnitudiiiis  et  iiiagnificentiœ 
basilicaui  cœpit  »  dit  Orderic  Vital,  et  fut  enseveli 
dans  cette  église  {{quain  ipse  a  fundainentis  cœpe- 
rat  »,  ajoute  le  chroniqueur.  Les  travaux  mar- 
chèrent lentement,  car  cette  «  basilica  ingens  »  n'a 
été  dédiée  qu'en  1 126  (3).  Ce  monument  fut,  dit- 
on,  brûlé   deux  fois,  en    11 36  et  1248,  et  chaque 

1.  Abbé  Cochet,  Notice  sur  un  cimetiire  chrétien  exploré 
à  St-Ouen  de  Rouen  en  iS/i.  Dieppe,  1872,  in-8",  p.  40.  et 
Dom  l'ommeraye.  Histoire  de  t'abbaye  St-Ouen,  Rouen, 
1662,  in-f",  p.  148,  188. 

2.  Ord.  \'ital,  édition  de  la  Société  de  t'JIistoire  de 
France,  t.   III,  p.  241. 

3.  Orderic  Vital  ;  édition  de  la  Société  de  l'Histoire  de 
France,  t.  III,  p.  431-432,  id.  1.  4,  id.  t.  III,  p.  433.  Abbé 
Cochet,  Répertoire  (irc/iéologii/ue  de  ta  Seine-lnjérieurc, 
in-4»,  p.  374. 


Bouticlles    et   mélanges 


339 


fois  il  se  releva  de  ses  ruines.  Mais,  en  suivant  de 
près  les  assertions  du  vieil  historien  de  l'abbaye, 
d'après  lequel  tous  les  historiens  et  archéologues 
ont  écrit  ;  en  recourant  aux  textes  eux-mêmes,  on 
arrive  à  cette  conclusion  que  ces  deux  incendies 
de  II 36  et  de  124S  ne  furent  que  partiels,  et, 
tout  au  plus,  comme  à  la  cathédrale  de  Bayeux, 
n'atteignirent  que  les  parties  hautes  de  l'édifice. 
Pour  l'année  1136,  Orderic  Vital  dit  que  le 
monastère  «  nobile  cœnobium  »  fut  brûlé,  mais 
il  ne  parle  pas  spécialement  de  l'église  (').  Quant 
à  l'incendie  de  124S,  la  Chronique  de  St-Oueii, 
écrite  au  XI V*-'  siècle,  citée  par  D.  Pommcraye  et 
publiée  en  entier  par  M.  Francisque  Michel,  parle 
seulement  d'un  «  grant  feu  qui  fut  en  l'abbaie  et 
furent  les  cloques  arses  et  moult  d'autres  bonnes 
choses  »,  mais  elle  ne  dit  rien  de  l'église  et  repré- 
sente aussitôt  l'abbé  occupé  à  reconstruire,  non 
pas  l'église,  mais  le  réfectoire  et  le  dortoir  (-). 
Ajoutons  enfin  qu'en  note,  sous  le  passage  oi;i 
Orderic  Vital  mentionne  l'incendie  de  I136,  son 
éditeur,  le  savant  archéologue  A.  Le  Prévost,  s'ex- 
primait ainsi  :  «  Nous  avons  peine  à  croire  que 
cotte  destruction  ait  été  complète  ;  et  la  portion 
d'église  qui  subsiste  paraît  présenter  les  caractères 
du  XI<=  siècle  plutôt  que  ceux  d'une  époque  déjà 
avancée  du  X 11°  (3).»  Cette  portion,  dont  parle 
A.  Le  Prévost,  connue  sous  le  nom  de  Chambre 
aux  Clercs,  et  voûtée  en  deux  étages  comme  quel- 
ques absides  contemporaines,  est  une  de  ces  absi- 
dioles  qui  couraient  contre  le  mur  Est  des  longs 
transepts  des  églises  romanes. 

J'ai  insisté  sur  ce  point  parce  que  les  restes 
d'une  église  antérieure  trouvés  sous  le  sol  de 
l'édifice  actuel  me  paraissent,  comme  on  va  le 
voir,  présenter  les  caractères  non  équivoques 
du  Xle  siècle. 

De  ceci  nous  croyons  être  en  droit  de  conclure 
d'ores  et  déjà  que  l'édifice  actuel,  commencé  en 
13 18,  a  succédé  immédiatement  à  un  autre  dont 
les  fondations  et  même  le  gros  œuvre  inférieur 
remontaient  au  milieu  du  XP  siècle. 

Combien  on  serait  hcureu.x  d'avoir  la  certitude 
absolue  que  la  tranchée  pratiquée  en  1 884  nous  a 
ouvert  le  sol  même  où  s'étaient  élevées  non  seule- 
ment l'église   du   XP'  siècle,   mais  encore   celles 

1.  T.  V,  p.  66. 

2.  D.  Pommeraye,  0/1.  cit.  p.  276. 

3.  Onl  Vital,  t.  III,  p.  432. 


reconstruites  et  après  les  ravages  des  Normands 
et  du  temps  des  premiers  mérovingiens!  Il  faut 
reconnaître  qii'on  est  réduit  sur  ce  point  à  des 
conjectures  qui,  cependant,  on  le  verra,  ont  une 
certaine  force. 

Pour  en  revenir  à  la  superposition  exacte  de 
l'église  actuelle  sur  l'édifice  antérieur,  elle  est 
établie  jusqu'à  l'évidence  et  par  les  textes  et  par 
les  récentes  découvertes  archéologiques. 

Quant  aux  textes,  la  Chronique  de  l'abbaye  de 
St-Ouen,  déjà  citée,  le  prouve  en  maints  endroits, 
notamment  à  propos  de  la  sépulture  des  abbés 
morts  antérieurement  à  l'année  1318.  L'abbé  Ni- 
chole  de  Godarville,morten  i2o8,fut,  lisons-nous, 
«enfouyen  la  chapele  S.Jean  qui  adonc  estoit; 
or  est  quant  à  présent  pour  le  neuf  moustier  qui 
a  esté  depuis  que  il  fu  enfouy,  commenchié,  en 
la  chapele  S.  Estiene  qui  adonc  estoit  S.  Jean.  » 
L'abbé  Jean  de  Fonteine  {*b  1287)  fut  «  enterré 
el  cueur,  entre  le  grant  autel  et  le  petit  et  \-  est 
encore  aujourd'hui  ».  L'abbé  Jean  de  Courcclles 
(►i<  1302)  fu  enfouy  devant  l'autel  de  N.-D.  et 
encore  y  est-il  aujourd'hui  (')  ». 

Un  fait  d'histoire  locale,  la  fondation  de  l'église 
paroissiale  de  Sainte-Croix-Saint-Ouen,  fournit 
la  même  démonstration. Antérieurement,  les  fonc- 
tions curiales  et  paroissiales  pour  une  certaine 
étendue  de  territoire  voisine  de  l'abbaye  se  fai- 
saient dans  une  partie  de  l'église  abbatiale  elle- 
même.  Or,  des  lettres  d'un  vicaire-général  de 
l'archevêque  de  Rouen,  datées  de  1339,  rapportent 
«  qu'il  y  avait  longtemps  déjà,  savoir  pendant 
qu'il  faisait  la  même  fonction  pour  révérend  père 
Pierre  de  Colmieu,pour  lors  archevêque  de  Rouen, 
le  curé  et  les  paroissiens  de  Sainte-Croix  avaient 
représenté  que  le  lieu  où  ils  s'assemblaient  pour 
les  divins  mystères,  menaçait  ruine  à  cause  delà 
faiblesse  des  piliers  et  qu'on  avait  abattu  d'autres 
bâtiments  qui  l'appuyaient,  de  telle  façon  que  les 
dits  curé  et  paroissiens  ne  pouvaient  être  en  assu- 
rance de  leur  vie  et  administrer  et  recevoir  les  sa- 
crements avec  la  tranquillité  et  le  repos  d'esprit 
nécessaires  (2)  ». 

On  fit  droit  à  cette  requête  :  des  lettres  de  l'an- 
née suivante  portent  (<  qu'à  de  très  nombreuses 
reprises  le  curé  et  les  paroissiens  de  Sainte-Croix- 

1.  C/iron.,  p.   II,  14,   16. 

2.  D.  Pommeraye,  op.  cit.  p.  388. 


RKVL'K    IJB     L  AKT   CHKIÎTIEN. 
1885.   —  3'"*^  LIVKAISUN. 


340 


Ecuuc   De    rart    cbïcticn. 


Saint-Ouen  de  Rouen  s'étaient  plaints  de  ce  que, 
comme  l'église  du  monastère  de  St-Ouen,  dans 
laquelle,  ou  dans  une  partie  déterminée  de  la- 
quelle les  curés  de  la  dite  paroisse  avaient  cou- 
tume d'ancienneté  de  célébrer  les  offices  divins  et 
d'administrer  les  sacrements  à  leurs  paroissiens, 
était  actuellement,  à  cause  de  sa  réédification, 
dans  un  tel  état  de  ruine  que  le  curé  pour  célé- 
brer et  administrer  les  saints  sacrements,  les  pa- 
roissiens pour  les  entendre  et  les  recevoir,  étaient 
en  danger  de  vie  ;  que  comme  il  n'y  avait  pas 
d'espoir  que  de  longtemps  l'ouvrage  de  la  réédifi- 
cation  du  monastère  fût  achevé...»  elles  autorisent 
l'édification  et  la  perfection  d'une  église  déjà  com- 
mencée dans  le  cimetière  de  l'abbaye. 

Je  renverrai  enfin,  à  une  charte  de  l'année  1321, 
extrêmement  précieuse  pour  l'étude  de  la  cons- 
truction de  l'église  abbatiale  de  St-Ouen,  publiée 
et  commentée  par  M.  Quicherat  dans  la  Bi- 
bliothèque de  V École  des  CJim'tes  (■).  Elle  énonce, 
notamment  :  que  le  chevet  de  l'église  précédente 
s'était  écroulé  ;  que  pour  éviter  pareil  accident  il 
avait  fallu  en  démolir  une  partie,  vraisemblable- 
ment le  transept,  et,  ajoute  M.  Quicherat,  <{  la  nef 
toute  seule  sera  restée  pour  l'exercice  du  culte  en 
attendant  la  nouvelle  bâtisse».  C'est  absolument 
ce  que  disent  les  chartes  relatives  à  l'égh'se  de 
Sainte-Croix-St-Ouen. 

Signalons  maintenant  les  constatations  succes- 
sives amenées  par  les  travau.x  de  18S4;  et,  dans  un 
instant,  nous  verrons  comment  elles  corroborent 
les  documents  écrits. 

A  quatre-vingt-dix  centimètres  environ  du  sol 
actuel  on  rencontra  le  niveau  du  pavage  d'une 
église  antérieure,  des  fragments  de  carrelages 
émaillés,  figurant  des  fleurs  de  lis,  des  orne- 
ments; mais  toutefois  ce  pavage,  on  le  comprend, 
ayant  été  détruit  pour  la  réédification  de  la  nef  ac- 
tuelle,n'existait  que  par  places  et  paraissait  man- 
quer d'unité.  Les  carreaux  étaient  de  dimensions 
inégales,  de  couleurs  différentes  et  aussi  d'époques 
diverses  qui  pouvaient  varier  du  commencement 
du  XIIP  au  commencement  du  XIV^'  siècle. 
Plusieurs  carreaux  émaillés  à  dessin  ocre  sur  fond 
brun  foncé  méritent  une  mention  spéciale.  Ces 
carrcau.x  représentent  un  moine  sous  une  arcature 
analogue  à  celles  qui  encadrent   l'effigie  des  dé- 

I.  3'=  Série,  t.  m,  p.  464-476. 


funts  sur  les  dalles  funéraires  du  XIII' siècle. 
C'est,je  crois,  un  type  assez  rare. 

A  mesure  que  l'excavation  gagnait  en  profon- 
deur et  en  étendue,  on  mettait  à  découvert  les 
assises  des  fondations  sur  lesquelles  reposent  les 
piliers  qui  portent  la  grande  voûte  et  séparent  la 
nef  principale  des  collatéraux.  —  Il  est  bon  de 
rappeler  que  les  travaux  de  reconstruction  ayant 
été  interrompus  ou  ayant  marché  très  lentement 
depuis  la  mort  de  l'abbé  Marc  d'Argent,  la 
nef  actuelle  ne  date  que  du  XV'=  siècle.  —  Les 
fondations  ont  été  reprises  à  cette  époque.  Dans  la 
paroi  Sud,  à  quatre-vingt-dix  centimètres  environ, 
se  trouvait,  entre  chacun  des  piliers  actuels,  un 
fort  éperon  de  forme  prismatique  ;  deux  durent 
être  détruits  pour  les  nouveaux  travaux  ;  on 
constata  alors  qu'ils  englobaient  la  base  des 
piliers  de  l'église  antérieure  ('). 

Les  mêmes  massifs  existaient  dans  la  paroi 
Nord  de  la  fouille. 

Pêle-mêle  dans  les  remblais  on  rencontra  trois 
ou  quatre  chapiteaux  absolument  identiques, 
comme  ornementation  et  comme  dimensions,  à 
ceux  de  la  Chambre  a?ex  Clercs. 

Un  autre  chapiteau  présentant  tous  les  carac- 
tères de  l'architecture  romane  du  XI«  siècle  avait 
été  employé  comme  une  pierre  ordinaire  dans  la 
reprise  des  fondations  au  XV^^  siècle.  C'était  ce 
type  si  commun  de  deux  feuilles  terminées  par 
une  rude  et  grossière  volute  séparées  par  une 
sorte  de  console  en  retrait.  On  le  trouve  dans 
toutes  les  églises  normandes  du  XI^  siècle  et  M.  de 
Caumont  le  figure  comme  le  type  le  plus  usuel 
et  le  plus  caractéristique. 

Un  troisième  chapiteau,beaucoup  plus  original, 
offrait  une  suite  de  godrons  sur  lesquels  bro- 
chait aux  -^  de  la  hauteur  une  ceinture  de 
belles  feuilles  d'eau  largement  traitées. 

Une  base  de  colonnette,  provenant  sans  doute 
de  l'ordre  supérieur  et  employée  comme  remblai, 
avait  identiquement  les  mêmes  moulures  que 
celles  qui  se  voient  à  la  Chambre  aux  Clercs  et 

I.  Rien  de  fréquent  comme  d'empâter  ainsi,  lors  d'une 
reconstruction,  les  colonnes  ou  piliers  de  l'édifice  que  l'on 
refaisait.  C'est  ainsi  qu'il  y  a  quelques  années,  on  voyait 
à  gauche  du  chœur  de  l'église  .St- Pierre  de  Caen,  ;\  la 
place  de  quelques  pierres  dégradées  au  bas  d'un  pilier,  la 
base  trcs  nettement  caractérisée  d'une  colonnette  de 
l'église  antérieure. 


Jl3outiclle0  et  mélanges. 


341 


aux  colonnettes  de  l'ég-lisc  de  Saint-Georges  de 
Bocherville,  près  Rouen,  dédiée  avant  1066. 

Je  reproduis  ici  un  des  chapiteaux,  et  une  base 
de  colonne,  l'un  et  l'autre  offrent  les  signes  les 
plus  manifestes  de  l'architecture  du  X.!^  siècle, 
(N°s  2,  2,  pi.  XIV). — J'y  joins  aussi  le  plan  d'un  des 
massifs  tel  que  les  ouvriers  ont  assuré  l'avoir  dé- 
gagé de  l'éperon  qui  le  renfermait.  (N°  I,  pi.  XIV). 

Enfin,  en  perçant  le  mur  extérieur  du  collaté- 
ral Sud,  on  vit,  encore  en  place,  les  bases  d'un 
pilier,  qui  devait  être  à  demi  engagé  dans  le  mur 
extérieur  de  l'église  précédente.  Il  était  en  face 
d'un  massif,  au  même  niveau,  et  les  moulures  de 
la  base  étaient  pareilles.  On  a  ainsi  cette  démons- 
tration intéressante  que  l'ancienne  église,  com- 
mencée au  XI"  siècle,  avait  également  trois  nefs 
présentant  chacune  en  largeur  les  dimensions  de 
l'église  nouvelle,  et  offrant  le  même  écartement 
entre   les  piliers.  Orderic  Vital  a  donc  eu  bien 

raison  de  dire  que  c'était  une  «  basilica  ingens 

mirœ  magniiiidinis  ».  Cependant  ces  dimensions 
n'ont  rien  d'anormal,  même  pour  le  Xl'^  siècle. 
L'église  actuelle,  et  conséquemment  l'ancienne, 
ont  en  effet  une  largeur  totale  dans  œuvre  de 
26  m.  Or,  pour  ne  citer  qu'un  exemple,  l'église  de 
l'abbaye  de  Saint-Etienne  de  Cacn, complètement 
terminée  avant  la  mort  de  Guillaume  le  Con- 
quérant (►P  10S7),  et  par  conséquent  à  peu  près 
contemporaine,  a  une  largeur  de  27  m.  ('). 

Une  observation  qui  offre  plus  d'intérêt  a  trait 
à  l'orientation  anormale  de  la  nef  actuelle  de 
l'église  de  Saint-Ouen.  Elle  présente  une  orien- 
tation déviant  sensiblement  vers  le  Sud-Ouest, 
et  différant  notablement  de  celle  de  la  cathédrale 
de  Rouen.  Cependant,  chose  curieuse,  l'ancienne 
église  suivait  l'orientation  habituelle.  En  la  re- 
construisant on  s'est  donc  volontairement  écarté 
de  la  règle  générale,  intentionnellement  on  a 
dérogé  à  l'orientation  de  l'église  ancienne  dont 
les  fondements  étaient,  comme  aujourd'hui,  la 
preuve  matérielle.  Quelle  raison  a  guidé  les  abbés 
ou  les  constructeurs?  Est-ce  une  nécessité  maté- 
rielle de  construction,  une  pensée  liturgique?  Je 
ne  puisque  livrer  cette  constatation  à  la  sagacité 
et  aux  recherches  des  architectes,  des  archéolo- 
gues et  des  liturgistes. 

L'étude  des  procédés  d'établissement  des  fon- 
dations a  démontré  la  justesse  des  observations 

I.  Joanne,  Guide  en  Normandie,  p.  307. 


données  par  M.  Viollet  le  Duc,  dans  son  Diction- 
naire d^ architecture  (^) :  «Les  fondations  de  la  pé- 
riode romane  sont  toujours  faites  en  gros  blocages 
jetés  pêle-mêle  dans  un  bain  de  mortier;  ra- 
rement elles  sont  revêtues  de  parements  de  pierre 
de  taille  (libages),  posées  par  assises  régulières  et 
proprement  taillées;  les  massifs  sont  maçonnés  en 

moellons,   bloqués  dans  un  bon  mortier 

D'anciennes  vases,  des  limons  déposés  par  les 
eaux,  des  remblais  longtemps  infiltrés  par  les 
eaux  paraissaient  aux  constructeurs  des  sols  suffi- 
sants; mais  aussi  donnaient-ils  dans  ce  cas  à  la 
base  des  fondations  une  large  assiette.  Ils  ne 
manquaient  jamais  de  relier  entre  eux  tous  les 
murs  et  massifs  en  fondation  ;  c'est-à-dire  que 
sous  un  édifice  composé  de  murs  ou  massifs  iso- 
lés, par  exemple,  ils  formaient  un  gril  de  maçon- 
nerie sous  le  sol,  afin  de  rendre  toutes  les  parties 
de  fondements  solidaires.  » 

Telles,  exactement,  ont  apparu  les  fondations 
de  Saint-Ouen,  surtout  à  droite  où  la  reprise  du 
XV<ï  siècle  était  plus  complète  et  montrait  cette 
large  assiette  s'élargissant  en  gradins,  et  ces 
assises  régulières  en  libage,  dont  parle  le  savant 
architecte. 

Faut-il  voir  un  exemple  de  ces  grils  qu'il 
signale,  dans  une  sorte  de  mur  qui  traversait  per- 
pendiculairement la  nef  principale  <à  la  hauteur 
du  troisième  pilier?  Ce  mur,  dont  la  crête  supé- 
rieure commençait  à  2"'9odu  sol  actuel,  avait  une 
épaisseur  de  60'=,  et  une  hauteur  de  60*^,  il  finissait 
donc  à  3'"50  de  profondeur.  Composé  en  partie, 
à  gauche,  de  grosses  pierres  brutes,  il  offrait,  à 
droite,  un  massif  de  pierres  de  petit  appareil, 
carrées  et  reliées  par  un  mortier  d'une  force  et 
d'une  cohésion  extrêmes.  Une  partie  de  ces  cubes 
présentait  des  stries,  des  carrés,  des  losanges  et 
d'autres  ornements  rectilignes  obtenus  au  trait, 
preuve  qu'ils  provenaient  d'un  édifice  plus  ancien. 
Ce  mur  était  assurément  postérieur  à  l'époque  des 
inhumations  que  j'appellerai  de  la  seconde  couc/te, 
car  pour  le  construire,  on  avait  dû  entamer  et 
vider  quelques-uns  de  ces  sarcophages  ;  alors  par 
respect  pour  les  ossements  des  morts  qu'il  avait 
fallu  déranger,  on  en  avait  déposé  une  partie 
dans  deux  petites  auges,  ou  petits  sarcophages 
en  pierre  dont  l'un  avait  les  dimensions  suivantes  : 
longueur  8o<',  largeur  60*-',  profondeur   i8<^.    Une 

I.   l'erbo  :  Fondations. 


442 


îRcDuc   De   l'9rt   cbréticn. 


autre  partie  pouvait  avoir  été  déposée  dans  deux 
autres  sarcophages  voisins,  les  seuls  ayant  servi 
à  des  inhumations  multiples  et  dont  le  premier 
avait  à  la  tcte  un  trou  a\-ant  dû  servir  à  passer  ces 
ossements.  Par  contre,  ce  mur  était  plus  ancien 
que  le  XII<^  siècle,  puisque  des  cercueils  de  cette 
époque  reposaient  sur  sa  crête. 

J'ai  omis  de  dire  qu'en  asseyant  le  bas  des 
fondations  les  plus  anciennes,  celles  du  XI<=  siècle, 
pour  éviter  des  tassements  et  l'efTondrement  des 
cercueils  de  la  couche  la  plus  profonde,  on  avait 
eu  le  soin  d'emplir  tous  ceux  que  l'on  engageait 
partiellement  ou  qui  étaient  tout  à  fait  contigus, 
d'un  bain  de  blocage  et  de  mortier. 

Ai-je  besoin  de  faire  remarquer  que  le  sol  a  été 
maintes foisbouleversé,  ravagé  pendantdes  siècles, 
lorsque  l'on  a  procédé  aux  inhumations  succes- 
sives; lorsque,  au  XI^^  siècle  au  moins,  puis  au  XV<?, 
il  a  fallu  asseoir  ou  reprendre  ces  puissantes  et 
massives  fondations,  et  jeter  ensuite  pêle-mêle  le 
remblai?  Ainsi  s'e.xpliquequ'à  certains  endroits,  à 
une  profondeur  médiocre,  on  ait  trouvé  des  frag- 
ments de  peinture  sur  stuc  offrant  notamment  des 
lettres  majuscules  romaines  ou  romanes,  en  blanc 
sur  fond  noir,  d'une  hauteur  de  lo  c,  des  cubes 
noirs  venant  d'une  mosaïque  ;  puis,  plus  bas,  rien 
que  de  la  terre  ;  au  contraire,  à  côté  de  ces  frag- 
ments, ou  romains,  ou  au  moins  d'époque  franque, 
et  au  même  niveau,  des  fragments  de  colonnettes 
romanes,  un  morceau  de  sculpture  de  la  même 
époque  au  plus  tôt,  demi-médaillon  en  pierre  figu- 
rant l'abdomen,  les  organes  sexuels  et  la  jambe 
gauche  d'un  jeune  garçon  accroupi....  etc. 

A  mesure  que  l'on  s'enfonçait  dans  le  sol, 
paraissaient  des  restes  informes  de  poterie  gros- 
sière grise,  noire  ou  rouge,des  morceaux  de  tuiles 
à  rebord,  les  inévitables  coquilles  d'huître,  une 
dalle  de  marbre  blanc  en  plusieurs  morceaux,  du 
marbre  rouge,  des  cols  d'amphore  de  dimensions 
diverses,  des  fragments  de  poterie  rouge  à  grain 
compact  et  à  la  glaçure  si  fine,  en  terre  de 
Lezoux  ;  quelques-uns  avaient  des  dessins,  des 
arabesques,  un  autre  a  montré,  assez  mal  impri- 
mée, une  marque  de  potier,  déjà  trouvée  à  Rouen, 
où  on  lisait  of.  Priini. 

A  plus  de  4  m.  70,  on  rencontrait  encore  ces 
fragments  que  l'on  sentait  résistants  sous  le  [Med, 
dans  la  terre  végétale  imprégnée  par  l'eau  de  la 


petite  rivière  voisine  de  Robec,  dont  on  atteignait 
le  niveau. 

Il  ne  faut  point  omettre  quesur  toute  l'étendue 
de  la  fouille,  à  une  profondeur  continue  de  3  m. 
20  à  3  m.  50,  on  voyait  les  traces  d'un  violent 
incendie.  l,a  terre  était  noire,  la  maçonnerie  en 
caillou  littéralement  calcinée  et  brûlée;  des  tuiles 
sont  calcinées  par  places  ;  la  terre,  cuite  par  le 
feu,  a  l'aspect  d'une  sorte  de  brique  rouge,  on  est 
là  en  face  d'un  terrible  incendie.  Quand  a-t-il  été 
allumé?  Est-ce  par  les  Normands  en  S41  ?  Cela 
est  inadmissible.  Cet  incendie  est,  en  effet,  anté- 
rieur aux  plus  anciennes  sépultures,  celles  de  la 
couche  inférieure,  car  le  fond  des  sarcophages  les 
plus  enfoncés  ne  dépasse  pas  3  m.  60;  pour  les 
placer  il  a  fallu  entamer  cette  couche  de  débris 
calcinés.  Or  ces  sépultures  sont  certainement 
franques-mérovingiennes.  On  est  donc  en  face 
d'un  incendie  datant  d'une  époque  plus  reculée, 
de  cet  incendie  qui,  ainsi  qu'on  l'a  si  souvent 
remarqué,  se  rencontre  infailliblement  au-dessus 
des  ruines  romaines.  On  l'y  constate  avec  une 
régularité  fatidique.  Sans  doute,  il  faut  en  recher- 
cher les  causes  mystérieuses  dans  une  immense 
et  atroce  conflagration  générale  mise,  lors  de  leur 
entrée  en  Gaule,  par  les  Barbares  qui  auront,  à  la 
lettre,  promené  le  feu  dévastateur  sur  tous  les 
points  habités  sans  exception. 

On  était  à  peu  près  arrivé  à  la  plus  grande 
profondeur  lorsqu'on  rencontra,  dans  cette  terre 
à  peu  près  naturelle,  une  couche  d'un  béton  d'une 
extrême  cohésion  courant  dans  la  direction  Sud- 
Ouest  à  Nord-Est,  sur  une  largeur  de  4  m.  envi- 
ron et  a\-ant  une  épaisseur  de  15  cent.  Était-ce 
là  le  nudeiis  d'une  de  ces  voies  romaines  cons- 
truites partout  avec  tant  de  soin  ?  Cela  est 
possible,  car  on  est  à  5  m.  en-dessous  du  sol 
actuel  et  à  la  profondeur  moyenne  du  sol  au 
temps  des  Romains.  L'abbé  Cochet  a  constaté 
qu'à  Rouen,  notamment,  le  sol  s'était  élevé  de 
28  à  33  cent,  par  siècle.  «  Cette  moyenne  de  30 
à  33  cent.,  continue-t-il,  est  celle  que  l'on  trouve 
dans  toutes  les  villes  romaines  de  la  Gaule  ('). 
A  i\Ietz  on  a  constaté  une  élévation  de  5  à  6  m.; 
à  Trêves  le  niveau  s'est  élevé  de  14  à  20  pieds  ; 
à  Toulouse  l'e-xhausscmcnt  est  de  5  à  6  m.; 
à  Troyes,  il  n'est  pas  moindre  de  4  m.;  sous  le 

I  L'abb'J  Cochet,  Xoticc sur  le  ciinetihc  de  St-Oucn; 
p.  45,  46. 


jT5ouV)cHes    et   o^élangcs. 


443 


chœur  de  la  cathédrale  on  a  rcncontrij  un  hypo- 
causte  à  3  m.  30  ;  à  Poitiers  l'élévation  est  égale- 
ment de  30  c.  par  siècle.  » 

!5  II. 

LES  sépultures  constituent  la  partie  la  plus 
intéressante  des  découvertes  amenées  par 
les  travaux  de  l'église  St-Ouen.  Le  nombre  des 
sarcophages  n'est  pas  moindre  de  108,  et  les 
inhumations  embrassent  une  période  allant  des 
premiers  temps  mérovingiens  au  milieu  du  XII'= 
siècle. 

Il  ne  peut  être  question  de  donner  ici  un  pro- 
cès-verbal détaillé  de  l'ouverture  de  ces  tombes, 
ni  un  inventaire  complet  des  objets  qu'elles  ren- 
fermaient. La  commission  départementale  d'anti- 
quités de  laSeinc  Inférieure  doit  d'ailleurs,je  crois, 
publier  un  travail  de  ce  genre.  Je  veux  unique- 
ment signaler  les  traits  saillants  qu'ont  offert  ces 
explorations  que  j'ai  suivies  très  exactement 
jusqu'au  23  décembre,  accompagné  de  M.  Léon  de 
Vesly,  professeur  à  l'École  des  Beaux-Arts  de 
Rouen,  qui  a  bien  voulu,  pour  la  rédaction  de 
cette  note,  m'aider  de  ses  connaissances  tech- 
niques, leur  donner  du  prix  en  les  illustrant  avec 
son  habile  crayon,  et  mettre  à  ma  disposition, 
avec  une  courtoisie  parfaite,  les  notes  qu'il  a 
prises  depuis  mon  départ  de  Rouen.  S'il  n'a  pas 
voulu  accepter  d'être  ici  mon  collaborateur  en 
titre,  je  veux  au  moins  lui  adresser  tous  mes 
remercîments. 

Ainsi  que  je  l'ai  déjà  dit,  il  y  a  lieu  de  présumer 
que  ces  inhumations  ont,  même  les  plus  anciennes, 
été  toutes  faites  dans  le  sol  d'une  église.  Malgré 
les  prohibitions  incessantes,  et  par  conséquent 
inefficaces  de  l'autorité  ecclésiastique,  on  a,  en 
effet,  toujours  inhumé  dans  les  églises.  Non  seu- 
lement les  évêqucs,  les  abbés,  mais  même  les 
laïques  les  plus  considérables  par  leur  noblesse, 
leurs  fonctions  et  leur  richesse  y  ont  été  fréquem- 
ment ensevelis. 

Grégoire  de  Tours  en  cite  plusieurs  exemples. 
Un  des  Dialogues  du  pape  Grégoire  I  contient 
aussi  ce  curieux  passage  :  «  Si  les  morts  ne  sont 
pas  sous  le  coup  de  graves  péchés,  il  leur  est 
profitable  d'être  inhumés  dans  les  églises.car  leurs 
parents,  toutes  les  fois  qu'ils  entrent  dans  l'église, 
se  souviennent  de  leurs  morts  dont  ils  voient  les 
tombeau.x  et  prient  pour  eux  ;  mais  quant  à  ceux 


qui  sont  sous  le  poids  de  péchés  graves.c'est  moins 
une  cause  d'absolution  qu'une  aggravation  de 
damnation  que  leurs  corps  soient  placés  dans  les 
églises  (').  » 

Si  donc  je  ne  me  trompe,  à  St-Ouen  nous  som- 
mes en  présence  des  sépultures  des  plus  grands 
personnages  de  l'époque  franque. 

Circonstance  bien  précieuse,  elles  n'ont  jamais 
eu  à  subir  ces  violations,  si  fréquentes,  occasion- 
nées par  la  cupidité,  et  auxquelles  elles  étaient 
en  butte,  dès  l'époque  mérovingienne  même. 
Grégoire  de  Tours  montre  Gontran  Boson  pil- 
lant dans  l'église  de  Metz  le  tombeau  d'une  de 
ses  parentes  enterrée  avec  beaucoup  d'or  et  de 
riches  ornements  if).  Moitié  curiosité,  moitié 
cupidité,  l'empereur  Othon  III  fait  ouvrir  le  tom- 
beau de  Charlemagne  et  }•  prend  une  partie  des 
bijoux  d'or  avec  lesquels  il  avait  été  déposé  dans 
la  tombe  (3). 

Autre  indice  de  richesse  :  à  St-Ouen  tous  les 
morts  ont  été  ensevelis  dans  des  sarcophages  de 
pierre,  tandis  que  généralement  ces  sarcophages 
sont  rares  dans  les  sépultures  franques.  A 
Caranda  (Aisne),  on  ne  rencontre  que  trente 
sarcophages  de  pierre  sur  environ  2000  sépul- 
tures (4). 

Rapprochement  plus  significatif  encore,  le 
cimetière  franc  exploré  par  l'abbé  Cochet,  en 
1871,  dans  l'enclos  de  l'ancienne  abbaye  de  St- 
Ouen,  donne  peu  de  sarcophages  d'un  seul  mor- 
ceau, peu  d'objets  de  prix  ;  les  inhumations 
multiples  dans  un  même  tombeau  y  sont  fré- 
quentes, enfin  les  sépultures  ont  été  en  partie 
violées.  J'en  tire  cette  double  induction; —  i°que 
les  sépultures  trouvées  en  1S71  dans  l'enclos 
étaient  celles  de  personnes  d'une  condition  infé- 
rieure ;  —  2°  que  si  les  dernières  ont  toujours  été 
à  l'abri  des  violations,  elles  l'auront  dû  à  la  sain- 
teté du  lieu  où  elles  ont  été  faites  (^). 

Dans  l'église  St-Ouen  enfin,  on  creusa  un  mètre 
au-dessous  de  la  partie  inférieure  des  sarcophages 

1.  Martcne,  De  antiquis  Ecclesiœ  ritibus.  Anvers,  1763, 
in  f",  t.  II,  p.  372,  373- 

2.  Cochet,   Sépultures  franques...  p.   144. 

3.  Labarte,  Les  arts  industriets  au  moyen  âge,  in-4",  t.  I, 
P-  365- 

4.  Y\^m)-,  Antiquités  de  l'Aisne,  Paris,  1S78,  in-4",  t.  II, 

P-  133- 

5.  Abbé  Cochet,  Notiee  sur  les  sépultures  lie  St-Ouen, 
p.  28  à  40  et  passim. 


344 


îReuiie   De   l'Srt    cîjrctien. 


les  plus  emfoncés  sans  trouver  la  moindre  trace 
d'inhumations  gallo-romaines.  Nous  nous  trou- 
vons donc  ramenés  par  ce  fait  à  reporter  les 
ensevelissements  les  plus  anciens,  à  la  date  où 
l'histoire,  dégagée  des  légendes,  donne  les  pre- 
mières dates  authentiques  pour  la  consécration 
à  Dieu  de  l'emplacement  de  l'abbaye  de  St-Ouen, 
c'est-à-dire  au  temps  de  Ste  Clotilde. 

Les  inhumations  se  présentèrent  par  couches 
superposées,  fait  très  fréquent  dans  le  sol  des 
basiliques  ou  des  églises  d'abbayes  remontant  à 
une  époque  très  reculée  (')• 

Les  premières  tombes  qui  parurent  aux  regards 
furent  quatre  cercueils,  placés  côte  à  côte  vis-à-vis 
le  2"  pilier. 

Les  quatre  sarcophages,  renfermant  des  inhu- 
mations évidemment  contemporaines,  étaient  de 
dimensions,  de  formes  et  de  pierres  différentes, 
l'un  en  vergelé,  le  second  en  pierre  dure  de  Cau- 
mont  ou  de  Vernon,  le  troisième  en  pierre  tendre 
de  Beaumont  (Oise),  le  quatrième  en  roche  St- 
Maximin,  preuve  nouvelle  de  l'observation  faite 
par  Tabbé  Cochet  que  rien  n'était  plus  fréquent 
que  d'utiliser  pour  de  nouvelles  inhumations  les 
anciens  sarcophages  que  l'on  rencontrait  à  sa 
disposition.  Ces  quatre  tombes  n'ont  donné  que 
des  restes  informes,  imprégnés  de  matières 
organiques, des  sandales  à  peu  près  conservées  (2), 
des  restes  de  bâton  de  bois  au  côté  droit  du 
mort,  des  fragments   de  fils  d'or  et  d'ornements. 

C'étaient  sans  doute  des  tombes  d'abbés  ;  pour 
l'une  d'elles,  au  moins,  le  fait  n'était  pas  douteux. 
A  l'intérieur  du  cercueil,  derrière  la  tête,  se  trou- 
vait une  plaque  de  plomb  portant  cette  inscrip- 
tion : 

HIC  REQUIESCIT  PIE  MEMORIE  DO 
NXUS  RINFREDUS  MONACUS  ET  ABB.  HUJU 

S  LOCI  QUI  ECCLESIAM  ISTAM  POST 

COMBUSTIONEM       ESTAVIT       MU 

RO     CINSIT     ET  ET  ALIIS 

DOXIS  DITAVIT. 

Nous  renvoyons  à  D.  Pommeraye  pour  l'his- 
toire de  l'administration  de  cet  abbé  qui  gouverna 
le  monastère  de  1126  à  1142.  La  plaque  ne 
fait   que  confirmer  ce  que  disaient   de    lui    les 

1.  /i/.  Ibid.  p.  42.     ■ 

2.  Sur  l'usage  des  sandales  funèbres,  voir  la  longue  et 
savante  note  de  l'abbé  Cochet,  dans  sa  Notice  sur  les 

fouilles  de  St-Oueii,  p.  19  à  22. 


anciens  documents.  Nous  ajouterons  seulement 
que  la  phrase  ecdesiam  istain postcotnbiistionein... 
estavit  (sans  doute  pour  restauravit)  confirme 
notre  opinion  sur  la  destruction  partielle  causée 
par  l'incendie  de  11 36.  Autrement  on  eût  mis,  a 
fundaineiitis  cœpit  ou  une  autre  phrase  analogue. 

L'habitude  d'inhumer  les  abbés  et  les  grands 
personnages  laïques  ou  ecclésiastiques  avec  des 
plaques  de  plomb  dans  le  cercueil  était  fréquem- 
ment suivie.  Il  y  en  avait  au.x  tombes  des  abbés 
Nicolas  (*b  1092)  et  Roussel  dit  Marc  d'Argent, 
(^  1339)  tous  deux  abbés  de  St-Ouen;  à  celles 
du  célèbre  chroniqueur  Robert  de  Torigny  et  de 
son  successeur  comme  abbé  du  Mont  St-Michel  ('). 

Le  procès-verbal  de  l'ouverture  faite  par  l'abbé 
de  Fécamp  en  15 18  de  la  tombe  de  Richard  II, 
duc  de  Normandie,  mort  en  1027,  constate  aussi 
la  présence  d'une  lame  de  plomb  dans  le  cercueil. 

Il  est  vraisemblable  que  les  trois  autres 
sarcophages  contenaient  les  restes  d'autres  abbés, 
mais  il  serait  difficile  de  déterminer  exactement 
lesquels.  Quant  à  l'absence  de  crosse,  elle  s'ex- 
plique par  ce  fait  que  les  insignes  épiscopaux  ne 
furent  concédés  aux  abbés  de  St-Oucn  qu'au 
XIII"  siècle  (2). 

Notons  comme  appartenant  aussi  à  un  person- 
nage ecclésiastique  une  sépulture,  enfoncée  un 
peu  plus  profondément  en  terre,  rencontrée  à 
l'extrémité  Ouest  de  l'excavation. 

Des  sandales  étaient  encore  aux  pieds  du  mort, 
sa  tête  était  dans  une  sorte  de  niche  formée 
par  deux  dés  de  pierres  rapportées,  et  derrière 
la  tête  une  plaque  de  plomb  très  décomposée 
laissait  difficilement  lire  ces  mots  : 

XVI  KL  OCTO 
RIS  OBIIT  HV 
GO  ARCHIDIACON 
ANNO         DNI 
MLVII  XO 

Le  personnage  dont  on  venait  de  trouver  la 
sépulture  n'est  pas  un  inconnu  pour  l'histoire 
locale  (3).  C'était  un  archidiacre  et  chanoine 
de  Rouen   qui  vivait   au  milieu    du  XI'=  siècle. 


1.  D.  Pommeraye,  op.  cit.  p.  256  et  297.  Bulletin  monu- 
mental, a.nn6&\Zj-„  p.  658.  Leroux  de  Lincy,  Essai  sur 
l'abbaye  de  Fc'caiitp.  Rouen,  in-8'^,  1840,  p.  42. 

2.  D.  Pommeraye,  op.  cit.,  p.  130. 

3.  Histoi>-e  de  l'J^i^lisc  Cathédrale  de  Rouen,  Rouen, 
1686,  in-4",  p.   363. 


Retîue  De  THrt  cl)rétien. 


PL.   XIY. 


ftSQ. 


FOUILLES  A  SAINT-OUEN  DE  ROUEN. 


jl3out)elles  eta^élangcs. 


345 


La  vieille  histoire  de  la  cathédrale  de  Rouen 
rapporte,  d'après  les  Annales  des  Saints  de 
l'Ordre  de  Saint-Benoît,  que  la  ville  de  Rouen 
étant  désolée  par  une  famine,  demanda  aux 
religieux  de  l'abbaye  de  St-Wandrille  d'amener 
dans  la  ville  les  reliques  de  S.  Wulfran.  Le  clergé 
de  Rouen  vint  les  recevoir  processionnellement, 
ayant  à  sa  tète  l'archidiacre  Hugues,  homme  très 
éloquent,  et  auquel  sa  sagesse  avait  acquis 
l'estime  et  l'affection  du  clergé  et  du  peuple. 
Hugues  prononça  dans  la  cathédrale,  sur  les 
mérites  du  saint,  un  sermon,  pendant  lequel 
une  guérison  miraculeuse  se  produisit.  Hugues 
signa  en  1052  une  charte,  en  compagnie  de 
l'abbé  de  St-Ouen.  On  ignorait  la  date  de  sa 
mort  et  le  lieu  de  sa  sépulture,  les  voici  connus 
maintenant. 

M.  Saladin,  professeur  de  tissage  à  l'école  de 
sciences  de  Rouen,  a  examiné  et  analysé  un  tissu 
trouvé  dans  une  de  ces  sépultures.  Il  y  a  reconnu 
un  tissu  à  deux  lames  composé  de  trois  fils  au 
centimètre,  conséquemment  très  lâche,  une  sorte 
de  canevas;  «les  fils,ajoute-t-il,sont  rugueu.x, rudes 
et  jarreux,  il  y  a  tout  lieu  de  croire  que  ce  n'est 
pas  un  vêtement  mais  un  fragment  de  cilice.  » 
Un  tissu  semblable,  trouvé  par  l'abbé  Cochet  en 
1871,  avait  été  apjjrécié  de  même  par  un  chimiste 
qui  l'avait  étudié  (i). 

La  deuxième  couche  de  sépultures  n'a  pas  pré- 
senté de  particularités  dignes  d'être  signalées. 
Les  morts  y  sont  encore  en  général  inhumés  les 
bras  croisés  sur  la  poitrine  ;  les  cercueils  sont 
d'ordinaire  beaucoup  plus  larges  et  plus  hauts  à 
la  tête  qu'aux  pieds.  De  trois  côtés  ils  offrent  un 
rectangle  parfait  ;  mais  le  quatrième  côté  biaise 
extrêmement  en  se  rétrécissant  vers  les  pieds.  Il 
est  à  croire  que  c'est  une  raison  d'économie  qui 
faisait  adopter  cette  forme,  permettant  d'obtenir 
ainsi  dans  un  bloc  rectangulaire  de  dimension 
restreinte,  deux  sarcophages,  ce  qui  eût  été  im- 
possible si  la  diminution  eût  porté  sur  les  deux 
angles  supérieurs. 

Trois  cercueils  étaient  en  plâtre,  ils  étaient 
formés  de  panneau.x  fabriqués  séparément  et 
soudés  ensuite  sur  place.  Deux  montraient  à 
la  paroi  extérieure,  derrière  la  tête,  une  sorte  de 
cercle,  ou  de  rosace,  dans  lequel  étaient  inscrits 

I.  Notice  sur  les  fouilles  de  St-Ouen,  p.  39. 


quatre  rayons  formant  croix,  et  peut-être  quelques 
ornements  assez  grossiers. 

Les  couvercles  de  forme  légèrement  prisma- 
tique montraient  des  rainures  en  relief  repré- 
sentant à  peu  près  un  Y,  ou  la  pièce  de  blason 
appelée  pairie.  Des  cercueils  de  plâtre  ont  été 
rencontrés  à  Paris,  place  Gozlin,  et,  comme  à 
St-Ouen  de  Rouen,  ils  provenaient  des  sépultures 
d'une  ancienne  abbaye,  celle  de  St-Germain  des 
Prés.  «  Ils  avaient,  dit  M.  de  Lasteyrie,  la  forme  si 
commune  des  auges  à  parois  verticales,  rétrécie  à 
l'une  des  extrémités.  Ils  étaient  fermés  par  une 
dalle  de  plâtre  que  le  poids  des  terres  a  souvent 
effondrée.  La  plupart  ont  à  la  tête  un  ornement 
en  forme  de  rosace,  beaucoup  en  ont  un  pareil 
aux  pieds  ;  quelques-uns  ont  leurs  parois  exté- 
rieures complètement  couvertes  de  dessins  gros- 
siers. »  Ces  cercueils  ont  été  parfois  désignés  par 
le  nom  de  cercueils  parisiens,  mais  on  en  a  ren- 
contré ailleurs,  dans  l'arrondissement  d'Éperney 
notamment.  Ils  sont  attribués  au  Ville  siècle ('). 

Une  particularité  pouvant  servir  à  dater  ceux 
de  StOuen  est  que  l'un  d'eux  était  partiellement 
engagé  sous  le  cercueil  de  l'abbé  Rainfroy,  et 
écrasé  sous  son  poids,  preuve  qu'il  lui  était 
antérieur  et  sans  doute  de  beaucoup. 

Ce  n'est  qu'à  la  troisième  couche  que  l'on  a 
rencontré  les  inhumations  avec  armes  et  bijoux 
qui  dénotent  la  période  franque.  Tandis  qu'aux 
deux  couches  supérieures,  on  n'a  trouvé  dans  les 
sarcophages  que  des  restes  informes  de  vête- 
ments, des  sandales,  sans  doute  des  inhumations 
ecclésiastiques,  désormais  ce  ne  sont  plus  que 
des  morts  ayant  emporté  dans  la  tombe  leur  cos- 
tume tout  entier,  leurs  armes,  leur  nombreux 
mobilier  funéraire,  ces  bijoux  si  précieux  pour 
l'histoire  de  l'art  franc. 

A  quelle  époque  a  cessé  la  coutume  d'inhumer 
ainsi  ? 

Quelle  est  la  date  précise  ou  seulement  ap- 
proximative de  chacune  de  ces  belles  sépultures  ? 

Dans  les  travaux  de  Saint-Ouen  aucun  indice 
important  n'est  venu  faire  avancer  sur  ces  points 
l'archéologie  sépulcrale. 

D'une  part  on  sait  que  Charlemagne  a  été 
inhumé  revêtu   de  ses  ornements  et   avec   une 


I.  Revue  arclu'ohi^iquc;  Mai  1S76.  Bulletin  monumen- 
tal, 1876,  p.  640,  641. 


346 


IR  e  \)  u  c   De    r  a  r  t    c  Ij  r  c  t  i  c  n  . 


infinité  d'objets  du  plus  haut  prix.  La  tombe  de 
Bernard,  roi  d'Italie,  son  petit-fils,  mort  en  8iS('), 
contenait  notamment  des  chaussures  de  cuir 
rouge  et  des  semelles  de  bois.  Enfin  Lothaîre  II, 
mort  en  986,  aurait  été  inhumé  le  corps  enve- 
loppé d'une  robe  de  pourpre,  agrémentée  de 
pierres  précieuses  et  tissue  d'or  (=).  Par  contre  il 
paraît  résulter  d'un  passage  d'une  chronique  de 
l'abbaye  de  Fleury,  qu'au  XI«  siècle,  on  avait 
déjà  presque  perdu  le  souvenir  de  l'ancienne  cou- 
tume d'inhumer  les  guerriers  avec  leurs  armes  (3), 
puisque  la  découverte  d'une  épée  dans  une  ancien- 
ne sépulture  porte  le  chroniqueur  à  noter  ce  fait 
comme  digne  de  remarque  et  comme  preuve  d'une 
habitude  autrefois  suivie.  Ce  serait  alors  vers  le 
X"=  siècle,  qu'aurait  cessé  cet  usage  auquel  seul 
nous  devons  la  connaissance  de  l'art  à  cette 
période  reculée  de  notre  histoire. 

Pour  en  revenir  aux  sépultures  franques  de 
Saint-Ouen,  elles  ont  donné  le  mobilier  funéraire 
habituel,  et  je  passerai  sur  ce  qui  est  déjà  bien 
connu.  Les  armes,  scramasaxes,  couteaux  multi- 
ples et  de  dimensions  diverses,  lances,  haches,  se 
sont  montrées  aux  places  où  on  les  trouve  généra- 
lement. La  plupart  étaient  extrêmement  oxydées, 
brisées  par  la  rouille  ;  certaines  offraient  ces  efflo- 
rescences  ou  boursouflures  en  forme  de  coquilles 
que  quelques  savants  avaient,  à  tort  je  crois,  pris 
pour  des  ornements  anciens  (■•).  Lorsqu'une  de 
ces  soufflures  existant  sur  un  scramasaxe  vint 
à  crever,  il  en  sortit  un  liquide  blanc  et  transpa- 
rent. 

On  a  remarqué  les  restes  d'un  certain  nombre 
d'épées  ;  or,  d'après  l'abbé  Cochet  (5),  l'épée  est 
une  arme  qui  dénote  un  grand  personnage  et  ne 
se  trouve  que  sur  le  guerrier  de  distinction,  le 
leude,  le  chef  ou  le  centenicr  (<^). 

Plus  rare  encore  est  le  fauchard,  comme  celui 
que  l'on  a  découvert  dans  une  riche  sépulture  où 
se  trouvaient  aussi  de  nombreux  fils  d'or  prove- 
nant de  vêtements.  Je  suis  heureux  de  le  repro- 
duire grâce  au  crayon  de  M.  de  Vesly.  (N°  3).  Il  se 

I.  Notice  sur  les  sépultures  de  Saint-Ouen,  p.  2 1 . 
2    V.  Larousse,  Dictionnaire  universel,  verbo  :     Funé- 
railles. 

3.  Martène,  De  antiguis  Ecclesiœ  rilibus,  t.  II,  p.  36g. 

4.  \'.  Abbé  Cochet,  Sépultures  gauloises,  rom.iincs, 
franques,  p.  128. 

5.  Tombeau  de  Childéric,  p.  6o-6l. 

6.  kl.  ibid. 


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kl 

te 


m 


rapproche  assez  de  celui  connu  sous  le  nom  de 
fauchard  de  Vendhuile,  reproduit  par  j\l.  l'icury 
dans  son  ouvrage  sur  les  Antiquitcs  de  l'Aisne  (■). 

Chose  singulière  et  qui 
prouve  combien  les  mêmes 
procédés  de  combattre,  et 
l'usage  des  mêmes  armes  se 
sont  perpétués  longtemps,  ce 
fauchard  rappelle  que,d'après 
Froissart,  le  sire  de  Reaujeu, 
«  tenoit  un  glaive  roit  et  fort 
à  un  zolch  fer  bien  acérct  et 
desous  ce  fier  avoit  un  havet 
agut  et  prendant  ;  si  ques, 
quant  il  avoit  lanciet  et  il 
pooit  sachier  en  fichant  le 
havet  en  plates  ou  haubergon 
dont  on  estoit  armet,  il  con- 
venoit  con  en  venist  ou  con 
fust  renversé  (2).  » 

Viennent  ensuite  ces  affi- 
ches ou  ferrets  de  bronze 
appelées  parfois  terminai- 
sons de  ceinturon  et  qui  se 
trouvent  dans  tous  les  cime- 
tières francs.  A  Saint-Ouen, 
comme  ailleurs,  on  les  a 
rencontrés  à  la  ceinture  ;  ils 
ont  été  l'objet  de  diverses 
discussions  ;  il  y  a  lieu  de 
penser  que  c'étaient  des  atta- 
ches qui  perçaient  et  reliaient 
la  double  épaisseur  du  cuir 
du  ceinturon  en  arrière  de  la 
boucle  (3). 

Voici  encore  (N°  4)  une 
plaque  de  métal  ornée  à  jour 
d'un  très  beau  travail  prove-  ■  j 

nant    d'une   des   plus   riches  ""       ' 

sépultures.  Elle  a  quelque  analogie  avec  celle 
figurée  par  l'abbé  Cochet,  dans  son  ouvrage 
sur  le  Tombeau    de  ChildMc  (•*).  Peut-être  est-ce 

1.  T.  II,  p.  248. 

2.  Froissart,  Éd.  de  la  Société  d'Histoire  de  France,    I, 
p.  63. 

3.  V.  Abbé  Cochet,  Sépultures  gauloises,  franques,  etc.; 
p.  174,  195.  Le  nicme,  Tombeau  de  Childéric,  p.  271,  287. 
—  Fleury,  Antiquités  de  l'Aisne,  II,  p.  124.  —  Album  des 
fouilles  de  Caranda,  pi.  xxxiii,  et  nouvelle  série,  pi.  x. 

4.  P.  249. 


I 


Xietjuc  Ue  rHrt  cftrcttcn. 


PL.   XV. 


FOUILLES  A  SAINT-OUEN  DE  ROUEN. 


BouDcllcs   et  Mélanges 


347 


un  simple    ornement  appliqué   en  arrière   de    la 
plaque  ou  de  la  contreplaque  du  ceinturon,  car 


i»iô:^//v^O: 


h 


0-,    o 

P 


il  a  été  également  trouvé  à  la  ceinture  du  mort. 
Il  se  pourrait  encore  que  ce  fût  une  sorte  d'at- 
tache appliquée  au  ceinturon  et  dont  chaque 
dentelure  aurait  supporté  de  petites  courroies  en 
cuir,  au  bout  desquelles  pendaient  les  ciseaux, 
les  pinces  à  épiler,  le  peigne,  etc.  et  tous  ces  mêmes 
objets  avec  lesquels  les  morts  étaient  déposés 
dans  la  tombe. 

Telle  serait  aussi  la  destination  d'une  rouelle 
identique  à  celle  trouvée  à  Caranda  et  reproduite 
planche  XXXI,  n°  8  de  l'album  des  fouilles  ('). 

On  a  v^oulu  y  voir  une  sorte  de  décoration  ou 
d'insigne  militaire.  Je  crois  que  c'est  une  opinion 
tout  à  fait  hasardée.  J'y  verrais  beaucoup  plus 
volontiers,  suivant  une  conjecture  habilement 
développée  par  M.  de  Longpérier,  un  objet  d'où 
pendaient  les  diverses  attaches  auxquelles  étaient 
suspendus  les  ustensiles ,  pinces  épilatoires , 
stylets...  dont  nous  venons  de  parler  ('').  Ces  ob- 
jets seraient  alors  l'équivalent  des  anneaux  de 
métal  d'oij  partent  diverses  chaînettes  trouvées 
dans  des  sépultures  de  Saint-Oucn,  et  déjà 
rencontrées  ailleurs  (3). 

L'art  franc  proprement  dit  peut  citer  parmi 
les  plus  beau.x  et  les  plus  intéressants  spécimens 
encore  connus,  un  grand  nombre  des  objets  ren- 
contrés dans  les  sépultures  de  St-Ouen  :  Un  stylet 
d'argent  avec  torsades  d'or.  Les  stylets  sont  chose 

1.  7\e.\.uy,  Antiquités  de  l'Aisne,  II,  p.  169. 

2.  Bulletin  de  la  Société  des  Antiquaires  de  France, 
année  1867,  p.  92  à  104. 

3.  Abbé  Cochet,  Sépultures  gauloises,  franques... 
p.  I  18.  Tombeau  de  Childéric,  p.  194,  234. 


commune  dans  les  sépultures  franques;  trois 
autres  tombes  de  St-Ouen  en  ont  encore  donné  ('). 
L'album  des  fouilles  de  Caranda  (pi.  35,  et  16; 
nouvelle  série),  en  reproduit  plusieurs  dont  l'un 
est  absolument  pareil  à  celui  de  St-Ouen  ;  comme 
le  nôtre,  il  a  le  nœud  carré  à  angles  abattus,  sur 
lequel  est  gravée  une  croix  pattée.  L'un  de  ceux 
d'Hermès,  en  bronze  argenté  à  ciselures  annu- 
laires, au  nœud  à  quatre  facettes,  est  aussi  presque 
identique  {f)\  mais  il  semble,  d'après  les  descrip- 
tions données,  qu'ils  soient  tous  en  bronze  ;  celui 
de  St-Ouen  est,  au  contraire,  en  argent  avec 
des  torsades  d'or. 

Parmi  les  nombreuses  boucles  de  ceinturon, 
plaques  et  contreplaques,  nous  reproduisons  les 
suivantes.  (No^  6,  6...  pi.  XV). 

L'une  d'elles  ornée  de  grenats  de  Syrie  est 
fort  intéressante.  Ces  bijoux  ne  sont  pas  com- 
muns (3).  Le  travail  se  rapproche  assez  de  celui 
de  divers  bijoux  du  tombeau  de  Childéric  figurés 
par  M.  Labarte.  Toute  découverte  de  ce  genre  est 
utile  ;  elle  peut  servir  à  la  solution  de  la  contro- 
verse qui  existait  entre  M.  Labarte  et  (+)  M.  l'abbé 
Cochet  au  sujet  des  procédés  de  fabrication  de 
ces  bijoux  et  aussi   de  leur  provenance. 

Une  autre  est  curieuse  comme  travail,  en  ce 
qu'elle  offre  une  ornementation  obtenue  par  treize 
parties  réservées  en  creux  dans  le  métal,  et  rem- 
plies d'une  sorte  de  pâte  colorée,  d'un  aspect 
légèrement  vitreux  là  oii  elle  est  demeurée  intacte. 
Là  oij  elle  est  tombée  en  partie,  sa  cassure  est 
blanche,  légèrement  friable  et  l'aspect  est  d'un  gris 
sale.  Une  troisième  plaque  se  fait  remarquer  par  la 
grossièreté  de  son  dessin  et  de  l'exécution.  L'art 
est  tombé  bien  bas,  ou  la  main  est  fort  mal  habile. 
Chose  singulière,  cette  plaque  de  facture  bar- 
bare a  été  trouvée  dans  la  même  tombe  que  la 
jolie  paire  de  fibules  en  or  qui  constitue  une  des 
plus  belles  découvertes  faites  dans  la  nécropole 
deSaint-Oucn.  Elles  sont  en  or,  de  forme  ronde, 
ornées  de  gracieux  filigranes  d'or,  enrichies  de 
pierres  triangulaires,  grenats  et  émeraudes,  dis- 
posées en    forme  de  croix,  la  pointe  du  triangle 

1.  V.  les  ouvrages  de  l'abbé  Cochet;  Sépultures  gau- 
loises, franques,  p.  327,  328,  190,  Normandie  souterraine, 
p.  247.  Tombeau  de  Childéric,  p.  215. 

2.  Mémoires  de  la  Soc. académique  de  F  Oise;  t. XI, p.  72,74. 

3.  Les  arts  industriels,  t.  I. 

4.  Labarte,  op.  cit.  II  p.  254  à  272. 


KliVUK    DE    l'.\RT   CHKÉTIli.'v, 
1835.    —    3""^    LIVRAISON. 


348 


ECU  II  c    De    rart    chrétien. 


dirigée  vers  le  centre,  et  séparées  par  des  perles. 
Le  filigrane  était  formé  d'argent,  soit  d'un  seul  fil 
obtenu  à  la  filière  et  tordu  ensuite  plus  ou  moins 
de  manière  à  produire  l'effet  d'une  spirale,  soit 
plus  rarement  de  deux  fils  ronds  tordus  ensem- 
ble ;  le  filigrane  est  retenu  sur  le  fond  des 
bijoux  par  une  soudure  habilement  pratiquée. 
Les  dispositions  funiformes  du  filigrane  sont 
constantes  à  l'époque  mérovingienne  (■). 

Les  fibules  de  Saint-Ouen  sont  presque  iden- 
tiques comme  travail  aux  fibules  d'or  trouvées  par 
l'abbé  Cochet,  à  Parfondaval  (-)  et  figurées  en  or 
et  couleur  par  M.  Labarte.  Elles  se  rapprochent 
encore  sensiblement  de  celles  découvertes  à  Cau- 
debec-lez-Elbeuf,  et  à  Nesle-Hodeng  (3). 

Cette  découverte  d'objets  identiques  dans  un 
rayon  peu  étendu  est  pour  moi  un  argument  du 
plus  grand  poids  en  faveur  de  la  provenance 
nationale,  j'oserais  presque  dire  locale,  de  ces 
objets  d'orfèvrerie  ainsi  répandus  dans  un  certain 
périmètre.  En  583,  il  y  avait  à  Paris,  devant  la 
cathédrale,  une  place  oij  les  orfèvres  étalaient  les 
pièces  d'argenterie  et  exposaient  les  bijoux  aux 
yeux  des  acheteurs  ('*).  Les  lois  barbares,  dans 
leur  évaluation  de  la  vie  des  diverses  classes  de 
personnes,  assignent,  à  Vesc/ave  don  ouvrier  en 
or  un  prix  beaucoup  plus  considérable  qu'au 
Romain  propriétaire  (5). 

Il  y  avait  donc  dans  notre  pays  des  orfèvres  et 
des  ouvriers  en  or  assez  nombreux  pour  qu'on 
s'occupât  spécialement  d'eux  dans  les  lois.  Ne 
peut-on  pas  admettre  que  Rouen  aussi  comptait 
ses  orfèvres,  chez  lesquels  achetaient  les  riches 
seigneurs  Francs  de  la  Haute-Normandie.  Quoi 
qu'il  en  soit  de  cette  dernière  conjecture,  l'art 
national  peut,  on  le  voit,  revendiquer  à  toute 
époque  des  productions  qui  ne  valaient  pas  seu- 
lement par  le  prix  de  la  matière,  mais  qui  se  dis- 
tinguaient par  une  exécution  réellement  habile 
et  par  un  goût  encore  assez  éclairé. 

Reste  maintenant  à  signaler  quelques  traits 
particuliers  et  quelques  faits  nouveau.x  révélés 
par  les  sépultures. 

1.  Labarte,  Op.  cit.,  I,p.  265. 

2.  Abbé  Cochet,  Sépullures^  etc.,  p.  120. 

3.  Bulletin  îles  Anligiinires  de  France,  1869,  p.  141. 

4.  Labarte,  I,  p.  236-250. 

5.  De  Pdtigny,  Nist.  des  Institiitiflns  Mérovingiemies ; 
t.  III,  p.  401,  402. 


Un  très  grand  sarcophage  en  pierre  de  vergelé 
contenait  le  cadavre  d'un  jeune  enfant  d'une  di- 
zaine d'années.  On  n'a  trouvé  dans  ce  sarcophage, 
encore  fermé  comme  au  jour  de  l'inhumation,  ni 
ces  petites  armes,  ni  ces  petites  parures,  ni  ces 
jouets  que  la  piété  des  parents  y  déposait  sou- 
vent, il  n'y  avait  absolument  rien  que  deux  co- 
quilles d'œuf  placées  un  peu  au-dessus  de  l'épaule 
droite,  coquilles  que  j'ai  retirées  moi-même, 
encore  à   peine  endommagées. 

Martigny  dans  son  Dictionnaire  des  Antiquités 
chrétiennes  rapporte  que  Boldetti  avait  plus  d'une 
fois  observé  en  Italie,  dans  les  locitli  de  martyrs 
des  coquilles  d'œufs  naturels,  et  que  d'autres  fois, 
il  avait  rencontré  dans  des  tombeaux  ou  parmi 
des  reliques  de  martyrs,  des  œufs  de  marbre  en 
tout  semblables  à  ceux  des  poules. 

«  L'œuf,  continue  Martigny,  après  avoir  cité  un 
passage  de  saint  Augustin,  l'œuf  dans  les  sépul- 
tures chrétiennes  était  donc  l'un  des  innombrables 
symboles  de  résurrection,  au  moyen  desquels  nos 
pères  dans  la  foi  échappaient  à  l'horreur  que  la 
mort  inspire  à  ceuxqui  n'ont  point  d'espérance... 
Il  était  aussi  un  symbole  de  régénération  et  de 
résurrection  des  corps.de  là  l'usage  demangerl'œuf 
bénit  avant  toute  nourriture  le  jour  de  la  Pcîqite  de 
résurrection   appelée   aussi  Pàque   de    l'œuf  (■).» 

Je  ne  sais  si  cette  découverte  de  coquilles 
d'œufs  s'est  déjà  produite  en  France.  Il  ne  me 
souvient  point  de  l'avoir  vue  mentionnée. 

Deux  des  plus  riches  sépultures  étaient  incon- 
testablement celles  qui  portent  les  no-  14  et  65 
sur  les  plans  des  entrepreneurs.  La  première 
offrit.sur  le  cou  et  le  haut  de  la  poitrine  du  mort, 
un  grand  stylet  en  bronze.  A  la  ceinture  une 
boucle  et  une  contreplaque  de  ceinturon  damas- 
quinée en  argent  et  reproduite  plus  haut. Toujours 
à  la  ceinture,  ces  objets  si  joliment  travaillés  à 
jour,  dont  j'ai  aussi  donné   la  reproduction. 

A  la  hauteur  de  la  hanche,  à  gauche,  une  grosse 
masse  ou  gangue  formée  de  fer,  de  cuivre  et  de 
bois,  se  terminant  en  pointe  ;  on  y  voyait  encore 
trois  petits  anneaux  formés  d'une  feuille  de 
bronze. 

Le  sarcophage  en  pierre  de  vergelé  avait  été 

I.  .Martigny,  Dictionnaire  des  Antiquités  c/m'tiennes ; 
2'-'  Éd.  V"  œufs.  —  C.  f.  .Smith,  Dictionnary  of  Christian 
Antiquitics,  V"  Eggs. 


iî3out)clUs    et    8@élangcs. 


349 


fendu  à  diverses  places,  sans  toutefois  qu'il  y  fût 
entré  de  terre  extérieure;  on  y  voyait  seulement 
une  couche  de  8  à  lo  cent,  d'une  matière  épaisse, 
blanchâtre  et  un  peu  solidifiée  à  la  partie  supé- 
rieure. La  pièce  la  plus  singulière  et  qui  m'amène  à 
en  parler  spécialement,  est  un  objet  qui  avait  été 
déposé  sous  le  mollet  gauche  du  mort,  et  par  l'effet 
du  temps  en  avait  soulevé  les  os.  Cet  objet  ressem- 
blait assez  à  un  petit  seau  dont  le  milieu  aurait  été 
formé  de  douves  de  bois,  retenues  par  des  cercles 
de  bronze,  ayant  S  centimètres  de  diamètre;  au- 
dessus  et  au-dessous,  se  voyaient  de  petites  ron- 
delles de  métal,  découpées  à  jour. 

L'autre  sépulture  en  pierre  de  Saint-Leu, 
n°  65,  se  présenta,  avec  trois  autres,  abritée  par 
une  sorte  de  voûte  faite  sans  doute  pour  les 
protéger,  lors  de  travaux  ultérieurs  dans  la  basi- 
lique ;  au-dessus  des  terres  recouvrant  les  cer- 
cueils, on  avait  fait,  en  moellons  informes,  mêlés 
d'un  peu  de  ciment,  une  sorte  d'arc  de  décharge 
devant  neutraliser  le  tassement  ultérieur  des 
terres  rapportées  en -dessus. 

Cette  tombe 
était  riche  en 
objets  précieux. 
JAu.x  pieds,  on 
'trouva  une  fiole 
ou  œnochoé  en 
verre  de  163 
millimètres  de 
hauteur.au  gou- 
lot en  forme  de 
trèfle.  L'anse  at- 
tachée à  ce  gou- 
lot regagnait  la 
panse  par  une 
ligne  sinueuse, 
présentant  une 
gracieuse  volu- 
te. Un  dessin 
(No  8)  rempla- 
cera avantageu- 
sement toute 
description  ; 
c'est  un  objet 
d'une  grande 
valeur  par  sa  conservation,  par  sa  forme  gra- 
cieuse et  par  sa  grande  rareté.  A  gauche  était 
un  couteau  de  fer;  toujours  à  gauche  et  à  la  hau- 


teur de  la  main,  la  chainette  et  l'objet  en  ivoire 
reproduits  également  (N°  5),  et  de  petites  plaques 
de  bronze.  Il  est  difficile  d'affirmer  quelle  était  la 
destination  de  cette  plaque. 


Enfin,  trait  commun  à  la  sépulture  précédente, 
on  trouva  à  gauche  et  au  bas  du  mollet,  des  an- 
neaux de  bronze  de  8  centimètres  de  diamètre 
reliéB  par  des  rivets  à  des  fragments  de  cuir. 

Quels  étaient  ces  deux  objets?  Mon  savant  col- 
laborateur voit  (dans  le  dernier  du  moins),  une 
aumônière.  Mais  il  m'est  difficile  de  me  rallier  à 
son  avis.  L'existence  de  seaux  en  cuivre  ou  en 
bronze  dans  les  sépultures  franques  est  un  fait 
assez  commun  et  qui  a  attiré  fréquemment  l'atten- 
tion des  archéologues  ;  mais  le  plus  petit  de  ces 
seau.^,  le  seau  de  W'eisbadc,  a  15  centimètres  de 


350 


IRcviuc    De    ravt    cbréticn. 


diamètre,  les  autres  sont  beaucoup  plus  grands, 
tandis  qu'à  Saint-Oucn,  le  diamètre  est  de  8 
centimètres  seulement.  Nous  sommes  en  face 
d'objets  à  peu  près  inconnus  dans  les  usages 
funéraires  de  l'époque  franque,  il  importait  donc 
de  les  décrire  avec  soin  et  de  les  signaler  d'une 
façon  spéciale  ('). 

Je  ne  saurais  non  plus  omettre  la  présence,  dans 
des  sarcophages  en  pierre  et  non  ouverts  ni  effon- 
drés, de  petits  morceaux  de  silex  taillés. 

De  semblables  silex  ont  déjà  été  rencontrés 
dans  des  cimetières  mérovingiens  (-). 

M.  Fleury,  dans  son  ouvrage  sur  \ç.sAiitiqiiiti's 
de  l'Aisne;  plus  récemment  encore  M.  Rcnet  dans 
son  Mémoire  sur  les  fouilles  de  Hennés,  ont 
étudié  longuement  cette  question  et  résumé  les 
diverses  opinions  des  archéologues.  Il  est  permis 
de  dire  qu'aucune  des  conjectures  émises  jusqu'à 
présent  ne  satisfait  entièrement. 

Les  découvertes  de  St-Ouen  ont  toujours  un 
résultat  utile  sur  un  point.  Elles  confirment  l'opi- 
nion de  ceux  qui  voient  dans  la  présence  de  ces 
silex  un  fait  volontaire  et  non  un  hasard  dû  à  la 
composition  du  terrain  ou  à  des  inhumations 
remontant  à  l'âge  de  pierre.  Les  trois  inhumations 
de  St-Ouen  oi:i  on  en  a  rencontré,  étaient  faites 
dans  des  cercueils  de  pierre  encore  entiers,  et, 
dans  un,  la  terre  ne  s'était  pas  infiltrée.  Comme 
précédemment,  ces  silex  se  trouvaient  au  bassin 
ou  à  la  ceinture.  Les  découvertes  de  St-Ouen 
établissent  donc  l'intention  encore  insuffisam- 
ment démontrée  de  déposer  ces  silex  dans  quel- 
ques tombes. 

La  nécropole  de  St-Ouen  n'a  donné  que  sept 
monnaies  dans  quatre  sépultures.  L'une  de  ces 
monnaies  est  de  Probus.  Les  autres  n'ont  pu  être 
déterminées  exactement  ;  il  y  en  a  une  qui  paraît 
byzantine.  En  général,  dit  l'abbé  Cochet,  on  ne 
laissait  d'argent  que  par  mégarde  dans  les 
sépultures  mérovingiennes  (■*). 

Il  faut  encore  noter  qu'une  des  sépultures  de 
la  troisième   couche,  qui  n'a  donné   ni   armes   ni 

1.  Abbé  Cochet,  St'ptilliires  frangues  ;  p.  2S8,  294,  296. 

2.  C'est  toutefois  un  fait  rare  en  Normandie,  et  l'abbé 
Cochet  n'en  signale  qu'un  petit  nombre.  Normandie  sou- 
terraine, p.  220.  Sépultures  gauloises,  franques...    p.  197. 

3.  Mémoires  de  la  Société  académique  de  l'Oise,  t.  XI, 
1"=  partie,  p.  1 12  à  122. 

4.  Normandie  souterraine,  p.  247.  Tombeau  de  Childéric, 
p.  421,430. 


bijou.\,  a  offert  une  grande  quantité  de  franges 
d'or  partant  de  l'épaule,  se  développant  sur  la 
poitrine,  se  séparant  à  la  ceinture  en  deux  parties, 
contournant  les  fémurs,  pour  se  terminer  de  cha- 
que côté  à  moitié  de  la  hauteur  du  tibia.  M.  de 
Vesly  désirait  prendre  un  dessin  exact  de  ces 
franges  et  de  leur  disposition,  mais  quelqu'un, 
survenant  ultérieurement,  et  dérangeant  cette 
tombe,  a  empêché  la  réalisation  de  ce  projet. 

Une  autre  tombe  voisine,  celle  qui  a  donné  le 
fauchard,  a  montré  aussi  de  très  nombreux  fils 
d'or  provenant  du  vêtement. 

Ces  décou\'ertes  de  fils  d'or  dans  les  très  an- 
ciennes sépultures  sont  assez  rares.  M.  Viollet  le 
Duc  en  a  trouvé  dans  des  sépultures  de  St-Denis 
qui  devaient  être  contemporaines  de  celles  de 
St-Ouen. 

Divers  auteurs  parlent  de  sépultures  de  reines 
et  même  de  rois  mérovingiens  inhumés  à  St- 
Ouen  ;  mais,  comme  le  faisait  déjà  remarquer  un 
bénédictin  qui  écrivait  au  siècle  dernier,  ce  fait 
est  loin  d'être  prouvé  ;  nous  nous  abstiendrons 
donc  de  toute  conjecture  sur  aucune  des  tombes 
qui  se  sont  présentées  à  notre  examen  (2). 

Je  considère  comme  un  des  traits  saillants  des 
sépultures  de  St-Ouen  et  comme  une  des  parti- 
cularités qu'il  importe  le  plus  de  noter.l'absence  de 
ces  vases  funéraires  que  l'abbé  Cochet  et  tous  les 
archéologues  ont  toujours  rencontrés.Leur  présen- 
ce est  un  des  signes  les  plus  connus  de  l'archéologie 
funéraire.  J'ai  assisté,  et  je  pourrais  même  dire  j'ai 
procédé  moi-même  à  l'exploration  de  la  plupart 
des  tombes.  J'ai  bien  remarqué,  dans  quelques 
sarcophages  effondrés  et  que  la  terre  extérieure 
avait  envahis  des  fragments  minimes  de  poterie 
grise  (3),  avec  lesquels  on  ne  pouvait  reconstituer 
ni  un  vase  ni  même  un  fragment  de  vase  ;  mais, 
dans  aucune  sépulture  encore  intacte  comme  au 
premier  jour,  je  n'ai  vu  de  vase  à  encens,  ni  même 
de  vase  funéraire  (sauf  la  fiole  de  verre).  Je  viens 
de  faire  un  nouvel  appel  au.x  souvenirs  de  mes 
deux  compagnons    les   plus   assidus    M.   l'abbé 

1.  Dictionnaire  d'architecture,  V"  Tombeau. 

2.  Semaine  religieuse  du  Diocèse  de  /\ouen,  année  1884, 
p.  1266. 

3.  La  Semaine  reiigieuse  de  J^ouen,  année  1SS4,  p.  1293, 
dit  «  qu'on  a  trouvé  plusieurs  vases  aux  pieds  des  sque- 
lettes »,  mais  c'est  une  légère  inexactitude,  échappée  h  la 
rapidité  de  la  rédaction. 


jiîJouticUcs    et   mélanges. 


351 


Biard,  vicaire  à  St-Ouen,  et  M.  de  Vesly,  tous 
deux  confirment  la  remarque  que  j'ai  faite  et  se 
portent  garants  de  son  exactitude.  Je  devais 
signaler  ce  fait  qui  vient  contre  les  données 
connues. 

De  cette  dernière  remarque  et  aussi  des  diverses 
observations  qui  préccdent,  nous  croyons  pouvoir 
conclure  qu'il  n'y  avait  dans  les  rites  et  dans  les 
habitudes  funéraires,  rien  d'absolument  fixe  et  de 
rigoureusement  invariable... Si  l'on  trouve.comme 
partout,  les  armes  et  les  bijoux,  on  rencontre  de 
plus  dans  deux  tombes  des  objets  à  peu  près 
inconnus  ;  une  troisième  seule  donne  une  petite 
fiole  de  verre  comme  on  n'en  voit  que  très  rare- 
ment dans  les  sépultures  chrétiennes.  Un  petit 
enfant  est  mis  dans  la  tombe  avec  deux  œufs, 
fait  peu  commun.  A  côté  des  usages  généraux 
et  des  règles  uniformément  suivies,  il  y  avait  donc 
une  part  assez  large  réservée  à  l'initiative  indi- 
viduelle, aux  dernières  volontés  du  défunt  ou 
aux  souvenirs  pieu.x  de  ceu.x  qui  lui  survivaient. 
Gu.sTAVE  A.  Prévost. 

P.  S-  —  Si  j'ai  pu  étudier  de  si  près  ces  travaux 
de  l'église  St-Ouen, je  me  fais  un  devoir  de  dire  que 
je  le  dois  à  la  bienveillance  de  M.  l'abbé  Paploré, 
chanoine  honoraire  de  la  cathédrale  de  Rouen, 
et  curé  de  St-Ouen. Il  avait  eu  la  bonté  de  m'auto- 
riser  et  même  de  m'inviter  à  suivre  ces  fouilles  si 
intéressantes.  J'espérais  lui  en  témoigner  ici  ma 
vive  reconnaissance.  Une  courte  maladie  l'a 
enlevé, avant  l'achèvement  des  travau.x,à  l'estime 
et  à  l'affection  de  ses  paroissiens  ;  au  lieu  de 
remercîments,  je  ne  puis  plus  qu'adresser  à  sa 
mémoire  un  respectueux  souvenir. 

G.  A.  P. 

Quelques  rcniarques  .sur  l'ancienne  ctofte 
Dite  Stauracis  ou  Btauracinus.  ^— ^— --- 

UAND  un  savant  de  la  compétence  de 
M.  Ch.  de  Linas  a  traité  un  sujet, 
on  peut  presque  dire  a  priori  que  ce 
sujet  a  été  épuisé.  Malgré  cela  il  sera 
permis,  je  l'espère,  de  glaner  après  lui,  ne  fût-ce 
que  pour  constater  son  habileté  supérieure  à 
éclairer  tout  ce  qu'il  trouve  sur  son  chemin.  Je 
vais  donc  essayer  d'aborder  la  question  de  savoir 


à  quelle  espèce  de  tissus  pouvait  appartenir  le 
s/aiimcis  ou  staiiraciit7is  et  pourquoi  il  fut  appelé 
ainsi.  Puissé-je  ne  pas  avoir  une  amère  désillusion, 
et  puissent  les  lecteurs  apprendre  quelque  chose 
par  ce  petit  article  d'essai  sur  l'importante  et  très 
difficile  science  des  tissus  anciens. 


D'ABORD  est-ce  bien  stmiracis  ou  plutôt 
stauracinus  que  cette  étoffe  était  appelée? 
D'après  l'archéologue  célèbre  que  nous  venons 
de  nommer,  son  nom  latin,  ou  mieux  latinisé, 
serait  précisément  stmiracis.  «  La  chlamyde  de 
saint  Démétrius,  dit-il  à  ce  propos, est  en  staiiracis, 
étoffe  mentionnée  dès  687  par  le  Liber poniifica- 
lis,  puis  dans  une  lettre  de  Paul  I  (ys?-?^?)  à 
Pépin  le  Bref.et  encore  au  temps  de  saint  Adrien  I 
{772)  (•).  »  De  notre  côté,  cette  étoffe  nous  la 
trouvons  désignée  sous  le  nom  de  stauracinus^ 
comme  si  l'on  disait /«««?«  stauracinus,  en  pre- 
nant ainsi  l'adjectif  pour  le  substantif  ayant  la 
qualité  indiquée  par  lui.  C'est  ce  que  l'on  fait  en 
mainte  occasion  dans  toutes  les  langues  ancien- 
nes et  modernes. 

C'est  conformément  à  cet  usage  fort  naturel 
qu'on  dit  satin  pour  indiquer  l'étoffe  de  soie  fine 
et  lustrée,  brocart  celle  qui  est  brochée  d'or  et 
d'argent,  et  ainsi  du  reste.  Or,  dans  les  textes 
originaux  nous  trouvons,  et  le  stauracis  (2)  de 
notre  auteur,  et  stauracinus,  de  plusieurs  au- 
tres, mais  seulement  employé  comme  adjectif 
Ainsi  Anastasele  Bibliothécaire,  auteur  du  Libe7' 
pontificalis,  cité  par  notre  illustre  archéologue, 
dit  précisément:  «  In  altari  B.  Petronilla;  posuit 
vestem  de  staurace  unam,  habente  pericl}sum  de 
blattis,  seu  chrysoclavo  »  (In  Léon.  III)  ;  et  ail- 
leurs :  Cor  ti  lia  s  de  palliis  stauracinis  seu  quadruplis 
(In  Advian.),  non  pas  quadrapolis,  comme  M.  de 
Linas  lit  d'après  Boulanger,  cité  par  Du  Cange. 
Et  quoique  dans  la  Chron.  Fontanellcnsc,  cap.  16. 
on  trouve  Pallia  stauracia,  et  dans  la  Chron.  Cen- 
tiilense,  lib.  II,  c.  io,ily  ait  :  casulas  de storace  {^)  ; 

1.  Revue  de  l^Art  chrétien,  18S3,  p.  207. 

2.  Du  Cange  donne  aussi  comme  synonyme  de  stauracis 
et  de  stauracinus  les  mots  stauracium,  stauracin,  stora- 
cis,  storasium. 

3.  Cette  faute  d'orthographe  est  peut-être  dérivée  de 
ce  que  les  fran(,-ais  prononcent  la  diphthongue  au  même 
latine  par  o.  truand  on  voulait  exprimer  des  figures  amyg- 


352 


IRetîue   De    l'Srt    c|)rcticn. 


ces  deux;  textes  appartenant  à  une  époque  où  le 
latin  ecclésiastique  était  fort  corrompu,  ne  sont 
pas  de  nature  à  détruire  entièrement  tout  doute 
à  cet  égard.  Du  reste,  ainsi  que  nous  Talions  voir, 
la  question  de  la  désinence  ne  nous  préoccuperait 
pas  le  moins  du  monde,  si  le  mot  stanracimis  pris 
substantivement  n'avait  une  étymologie  beaucoup 
plus  propre  à  résoudre  la  question.  Quoi  qu'il 
en  soit,  pourtant,  qu'on  daigne  me  lire  jusqu'au 
bout,  car  j'ai  l'espoir  d'apporter  mon  petit  rayon 
de  lumière  sur  ce  sujet  de  grand  intérêt  au  double 
point  de  vue  de  la  liturgie  et  de  l'archéologie. 
II. 

OUANT  à  l'étymologie,  je  tombe  absolument 
d'accord  avec  le  savant  auteur.  C'est  bien  de 
^"^^  ijTx^i^ii  (croix), non  pas  de  (7ripa;(bouterolle 
de  lance),  en  latin  styrax,  et  même  storax,  nom 
de  l'arbre  producteur  du  storax,  arbre  assez  sem- 
blable au  cognassier,  et  dont  la  larme  parfumée 
est  employée  en  guise  d'encens  et  même  en 
médecine.  La  Calabre  surtout,  en  Italie,  en  est 
très  riche.  L'altération  assez  grave  de  la  racine 
^-a.M  en  <J7ip  suffirait  à  elle  seule  pour  faire 
rejeter  cette  étymologie  erronée.  C'est  avec  un 
vif  regret  que  je  me  vois  obligé  de  remarquer 
que  les  Grecs  écrivaient  communément  orJoi, 
d'où  est  dérivé  le  mot  latin  styrax. 

Voici  maintenant  ce  que  dit  à  ce  sujet  un  docte 
livre  de  deux  auteurs  italiens,  ou  mieux  mal- 
tais, c'est-à-dire  le  Hierolexicon  des  deux  savants 
frères  Dominique  et  Charles  Macri  :  «  Stauraci- 
nus  ;  hoc  vocabulum  varie  a  plerisque  intellectum 
fuit,  sed  rêvera  absque  probabilitatis  fundamento. 
Ouare  hoc  vocabulum  nil  aliud  significat,  quam 
te.xtilecrucibus  contextum...;  nzy.-joo;  enim  grœce, 
latine  cniccin,  et  zoivo:,  patens  et  intermediatum 
significant  (').  »  Or,  si  l'on  voulait  admettre 
l'étymologie  de  ces  auteurs,  il  n'y  aurait  pas  le 
moindre  doute  que  le  nom  propre  et  véritable 
de  ce  tissu  fût  staiiraciniis  qui,  en  conséquence, 
serait  un  substantif  pur  et  simple,  bien  qu'on  le 
trouve  employé  même  en  tant  qu'adjectif,  comme 
quand  on  dit  :  une  robe  d'étoffe  satin,  un  paletot 

daliformes  semblables  aux  larmes,  on  disait  communé- 
ment ad  lacrymas  comme  on  peut  le  voir  môme  dans  les 
articles  de  M.  de  Farcy  sur  les  Broderies  et  tissus  de  la 
cathédrale  d'Angers.  (Revue  de  l'Art  cliréticii,  1884,  p.  270 
et  suiv.,  et  18S5,  p.  168  et  suiv.) 
I.   Hierote.vicon,  V.  Stauracinus. 


de  drap  castor,  de   velours,  pannus    villosus,  dit 
depuis  vei/osins  ou  vc/osns  au  substantif  ('). 

III. 

POUR  ce  qui  concerne  les  qnadrapolis  que 
ces  deux  savants  frères  lisent  quadniplis, 
ils  s'en  servent  pour  appuyer  leur  interprétation 
de  la  manière  suivante  :  «  Nam  quadruplam  figu- 
ram  angulares  cruces  formabant,  et  ideo  Polystan- 
ria  dicebantur,  id  est  multis  crucibus  referta.  » 

Le  célèbre  Torrigius,  dans  son  traité  De  cryptis 
vaticanis,  (deuxième  édition,  p.  184,)  est  tout  à  fait 
de  la  même  opinion.  Les  quadrupla;  ne  seraient 
donc  aucunement  semblables  à  des  caissons  car- 
res, ainsi  que  le  veut  Boulanger,  mais  à  des  croix 
formées  par  la  lettre  grecque  T  quatre  fois  répé- 
tée et  arrangée  de  manière  à  former  une  croix 
ainsi  qu'il  suit  :  ={--  Essayez,  en  effet,  de  prolon- 
ger d'autant  toutes  les  traverses  de  cette  croix 
composée  àe  ga/nina  et  de  décrire  en  tous  les 
sens  d'autres  croi.K  semblables  mais  continues, 
et  vous  verrez  avec  étonnement  en  sortir  des 
quadrapolcs  ou  mieux  quadruplœ  qui  ne  sont 
autre  chose  que  le  résultat  des  croi.x  ainsi  for- 
mées, et  en  définitive  des  gamma  leurs  éléments. 
Voilà  pourquoi  ces 
sortes  de  vêtements 
sacrés  étaient  ap- 
pelés gammadia 
y  ZjUuâ'îia, c'est-à-dire 
semés  de  gamma. 

Et  puisqu'il  arrive 
toujours  qu'on  passe 
du  simple  au  compo- 
sé, comme  la  figure 
de  la  croix  était  très 
connue  et  en  grand 
honneur  chez  les 
chrétiens,  des  murs 
et  des  tombeaux  de 
leurs  catacombes,  ils  ,.  _■■  .. 
commencèrent  à  la 
parader  et  à  la  bro- 
der sur  les  vêtements  liturgiques.  St  Grégoire 
de  Nazianze  (Orat.  2^    in  Julian.)  raconte  que 

I.  Item  unum  paramentum  altaris  in  una  pecia  de 
vetosio  rubco,  in  quo  est  coronatio  beatiï  MariiV,  conti- 
nens  tredecim  ymagines  de  brodcria.  »  (La  Chapelle  joy- 
eu.se,  1461-1643)  — i^l-ievue  de  PArt  chn'/ien,  1885,  p.  177.) 


Boutiellcs    et   a^élangcs 


353 


lorsque  les  Juifs,  par  ordre  de  Julien  l'Apostat, 
s'étudiaient  de  rebâtir  le  temple  de  Jérusalem 
en  haine  du  CllKlST,  ils  virent  une  splendide 
croix  entourée  d'une  auréole  circulaire  et  de 
magnifiques  petites  croix  sur  les  vêtements  de 
chacun  d'eux.  C'est  là  peut-être  l'origine  des 
TTo/i/çrâupiov.Dans  la  suite,quand  le  christianisme 
eut  conquis  toute  sa  liberté,  et  devint  la  religion 
de  l'État,  cette  croix  se  montra  en  public  et  on 
en  tissa  même  des  étoffes  qu'on  appela  staitra- 
cini.  De  même  que  la  croix  était  un  signe 
honoré,  vénéré,  adoré  même  des  chrétiens,  cet 
honneur  et  cette  vénération  furent  étendus  à  la 
lettre  grecque  T  (taii)  semblable  au  T  latin, 
symbole  de  la  croix.  En  effet  Tertullien  dit  : 
«  Ista  littera  Graecorum  Tau,  nostra  autem  T, 
species  crucis  est  (')  ;  »  et  saint  Isidore,  après  le 
docteur  africain,  ajoute  :  «  Tau  littera  speciem 
crucis  demonstrat  (2).  )) 

Or  c'est  précisément  l'arrangement  de  quatre 
T  disposés  pied  contre  pied,  qui  a  produit 
la  croix  de  Jérusalem,  autrement  dite  croix 
potencée,  dont  voici  un  échantillon  ►!<  .  Cette 
croix  avec  les  quatre  croisettes  aux  angles,  '^ 
outre  ce  qu'en  dit  M.  de  Linas  dans  ses  Œuvres  de 
saint  Élfli,  p.  53,  se  trouve  aussi  dans  une  mon- 
naie de  cuivre  à  moi  dans  l'exergue  de  laquelle 
on  peut  lire  seulement:  IL...  REX...  c'est-à-dire 
PHIIPrVS  REX  (3). 

Mais  si  le  T  est  la  figure  de  la  croix,  le  1"  sym- 
bolise le  Christ  lui-même  qui  par  saint  Paul  est 
appelé  d'abord  Pierre  qui  suivait  le  peuple  hébreu 
dans  le  désert  :  conséquente  eos  petra,  petra  autem 
erat  Christns  (I  Corinth.,  X,  4),  et  ensuite  Pierre 

1.  Tertull.  Contra  Marcion.,  lib.  III. 

2.  S.  Isid.,  De  Vocal.  Cent.,  cap.  xxv. 

3.  Dans  une  autre  monnaie  en  argent,  également  h  moi, 
il  y  a  une  simple  croix  potencée.  Du  coté  de  l'effigie  se  lit: 

►J.  PHILIPP.  III  REX, 
et  au  revers,  du  côté  de  la  croix  : 

IX  HOCSIGNO  VIN'CES.  1621. 
Ce  sont  évidemment  des  rois  d'Espagne  qui  étaient 
aussi  rois  de  Naples.  Dans  la  superbe  monographie  du 
Pape  saint  Grégoire  VII,  récemment  publiée  comme 
prime  par  la  Vocf  délie  Verità  de  Rome,  on  peut  voir  un 
dessin  représentant  Godefroi  de  Bouillon  à  cheval  tout 
couvert,  lui  et  son  cheval,  de  ces  sortes  de  croix  dont  ce 
héros  chrétien  timbra  ses  armes  pour  représenter  le  Saint 
Sépulcre  et  les  cinq  plaies  de  N.  S.  Une  croix  simple 
surmonte  son  casque  tout  orné  des  instruments  de  la 
passion. 


angulaire,z/i't?  sunimo  atigulari lapide  ChristoJes7c 
(Eph.,  II,  20).  Cette  figure  de  la  pierre  angulaire 
appliquée  à  Jésus-Christ,  premier  fondement 
spirituel  de  l'Eglise,  nous  la  trouvons  approuvée 
par  le  Prince  des  apôtres  lui-même,  là  où  il  dit  : 
Ecce  pono  in  Sion  lapident  suniinnnt,  angiilareni, 
electnni,pretiosiim  :  et  qui  crediderit  in  euni  non 
confundetnr  (I  Petr.  ,  il  ,  6).  Or  le  gamma 
grec,  r,  par  sa  forme,  représente  précisément  la 
pierre  angulaire,  et  par  là  jÉSUS-ClIRlST  lui- 
même.  Il  n'est  donc  point  étonnant,  bien  plus  il 
était  fort  naturel  que,  comme  on  avait  tissé  des 
étoffes  semées  de  croix,  on  en  fit  d'autres  ornées 
de  r  appelées  à  cause  de  cela  textilia  gajnmata,et 
les  vêtements  qu'on  en  faisait  ganunadia.  Qu'on 
prenne  la  peine  de  regarder  avec  un  peu  d'atten- 
tion les  anciennes  mosaïques  et  les  anciennes 
fresques,  et  l'on  sera  convaincu  de  ce  que  j'avan- 
ce. Les  évêques  grecs  surtout  en  faisaient  et  en 
font  encore  un  usage  très  fréquent,  nommément 
sur  les  penulœ  {^'). 


IV. 


DU  reste  comment  interpréter  autrement  ces 
deux  passages  d'Anastase,  passages  se  rap- 
portant au  pape  Léon  IV  :  «  Fecit  vêla  serica 
de  prasina  quatuor,  habentia  tabulas  de  chryso- 
clavo  eu  m  effigie  Christi,  et,  in  média  cruces,  et 
gamviadias  de  chrysoclavo  cum  orbiculis,  in  qui- 
bus  sunt  imagines  Apostolorum  (2)»  —  «  Gain- 
madia  duo  et  columnas  argenteas  octo  (3)  ?  »  On 
pourrait  dire,  sans  doute,  que  tout  cela  s'expli- 
querait à  merveille  en  supposant  seulement  que 
sur  ces  costumes  ecclésiastiques,  il  y  eût  des 
croi.K  et  des  gamma  cousus  ou  brodés  sans  en 
déduire  le  moins  du  monde  que  ces  croix  et  ces 
gamma  fussent  tissés  avec  l'étoffe  elle-même  ; 
mais  alors  de  quel  droit  aurait-on  pu  dire  :  cor- 
tinas  de  palliis  staiiracinis,  et  pallia  stanracia,  et 
même  casnlas  de  storace,  c'est-à-dire,de  stanracc? 
Il  faut  donc  de  toute  nécessité  admettre  que 
l'étoffe  elle-même  était  tissée  en  croix  eten^rtw- 

I. «Soient  gra:ci  episcopi  in  eorum  planetis  intexere  ad 
modum  crucis  quadruphcatelitteram  Gamma,  eodem  mo- 
do quo  in  duplo  aureo  gallico  quadruplicata  recenter  incu- 
ditur  littera  L.  »  Macri,  Ilierolexicon,  v.   Casula. 

2.  Anast.  liiblioth.,  in  Léon.  II'. 

3.  kl.,  ibid. 


554 


IRcuiic   Dc   l'art    cbrcticn 


vm,et  non  pas  seulement  que  des  habits  sacerdo- 
taux ou  laïques  avaient  des  croix  et  des  gamma 
superposés  ou  brodés. 

Écoutons  encore  les  savants  frères  Macri,  qui 
disent  :  <s  Igitur  hoc  vocabulum,  nedum  vestem, 
sed  etiam  textile  hisce  caracteribus  angularibus 
formatum  significat,  ad  denotandum,  ut  Balsa- 
mon  inquit,  quod  Christus  sit  angularis  lapis. 
Item  Gammadion,  -/aau.à'lcov,  vélum  aut  simile 
quidquam,  similibus  litteris,  quae  gamma  dicun- 
tur,  ornatum  (').  » 

V. 

D'APRÈS  tout  ce  que  nous  venons  de  dire, 
ce  n'est  pas  une  témérité,  ce  me  semble, 
d'avancer  que  nos  modernes  étoffes  quadrillées 
ou  à  carreaux  aient  pour  devancières  les  staiiri- 
cinos  et  les  textilia  gammata.  En  effet,  de  même 
que  de  deux  T  juxtaposés  par  la  jambe  on  forme 
un  T,  et  que  de  deux  T  placés  l'un  à  côté  de 
l'autre  en  sens  inverse  par  leurs  têtes  ou  traverses 

il  en  résulte  une  véritable  croix  '||,  ;  ainsi,  en 
continuant  de  la  sorte,  on  obtiendra  un  quadrillé 
rectangulaire  comme  il  suit  : 


Par  la  même  raison,  lorsque  quatre  gamma 
auront  formé  une  croix  à  branches  égales  et  cou- 
pées mutuellement  par  le  milieu  en  forme  de 
croix  grecque  improprement  dite,  ainsi  que  nous 
l'avons  vu  plus  haut,  il  sera  très  facile  d'en  for- 

I.  Hierolexicon,  v.  Gammadia.  Impossible  de  prendre 
le  stauriicis  ou  staura.v,  ou  mieux  stauracinus  pour  une 
étoffe  de  couleur  jaune  à  l'imitation  de  celle  du  storax  du 
moment  qu'on  le  fait  ddriver  de  o-arupôs  plutôt  que  de 
a-Tvpa|.  Du  reste  cette  étymologie-là  ne  serait  point  isolée. 
Voici  en  effet  la  famille  des  vocables  grecs  latinisés  qui 
en  dérivent  : 

I'.  Staurolatra,  a-TaupoXâTiTjs,  id  est  crucis  adorator,  ou 
adorateur  de  la  croix  ; 

2".  Stauropala,  o-TaupoiraTts,  id  est  crucis  pejuraior^  ou 
traître  de  la  croix  ; 

3".  stauropcgium,  <rTovpoirr|Y'-<»'i  i'i  est  crucis  coit/ixio, 
crucifiement  ; 

4".  Stauro/>/ii/ti.v,<rTaLvpo^i.\a,^,idest  crucis  custos  ou  bien 
gardien  de  la  croix,  etc. 


mer  des  quadrillés  en  véritables  carrcau.x  de  la 
manière  suivante  : 


m 


m  R 


«  M 


1   11   1 


Que  l'on  continue  de  la  sorte  et  on  sera  tout 
à  fait  convaincu  que  par  des  gamma  suivis  sans 
interruption  on  aura  des  qiiadruplae  à  carreaux 
d'où  dérivent  nos  quadrillés.  Mais  ne  manquez 
pas  de  remarquer  que  les  espaces  blancs  qui  en- 
tourent les  carreaux  de  notre  figure  ne  sont 
autre  chose  que  des  gamma  unis  ensemble. 

C'est  maintenant,  je  pense,  qu'on  comprendra 
à  merveille  pourquoi  Anastase  a  fait  l'étoffe  de 
stauriciims  synonyme  de  quadrapolae  ou  qua- 
dniplae,  car  des  croix  à  branches  égales  se 
continuant  sans  interruption  produisent  forcé- 
ment des  carreaux.  C'est  maintenant  aussi  que 
l'on  comprendra  la  raison  qui  a  fait  que  ces  sor- 
tes d'étoffes  furent  dites  à  cckiqiiier.^ï)  effet,  pour 
ne  pas  être  trop  diffus,  il  suffira  d'inviter  nos  lec- 
teurs à  lire  la  page  173  de  la  dernière  livrai- 
son de  cette  Revue,  où  il  est  écrit  : —  Uiia  infula 
cum  stolla  et  nianipulo  et  parauieiito  a/taris,  de 
qiio  parainento  factœ  fiicrunt  duce  dalinaticœ  ru- 
bei  coloris  et  albiad  modum  scangrii,galice  desce- 
quier. 

YI. 

ET  ici  que  l'on  me  permette  de  hasarder  une 
autre  remarque.  En  bien  des  inventaires 
anciens  on  trouve  indiqué  des  étoffes  et  des  vête- 
ments semés  de  compas.  «  Item  une  cappe  d'ou- 
vrage sarrazinois...,  à  un  tassil  d'argent,  esmaillé 
et  doré  à  quatre  àç.m\-coinpas  (').  »  —  «  Item 
unum  aliud  pluviale...  cum  aurifrisio  ad  certes 
coiHpassus  inagiios  et  parvos.  Item  unum  aliud 
pluviale...  cum  aurifrisio  sine  figuris  ad  quosdam 
conipassus.  —  Item  unum  aliud  pluviale...  ad 
cotnpassus per  totuDi.  —  Item  unum  ;iliud  pluvia- 
le... ad  conipassus  ^(t2i\xxo  in  campo  rubco  ad  aves 

I.  Inventaire  de  la  cathédrale  de  Cambrai,  1359. 


BouticlUs    et   ^élang;e0. 


355 


et  animalia  (').  » — «  Item  une  autre  chappe  d'un 
drap  d'or,  dont  le  champ  est  blanc  semé  de  com- 
pas d'or, et  dedans  le  compas  à  griffons  volans  {^).% 
—  Item  une  chasuble  d'un  drap  de  soie  jaune,  à 
compas.  »  —  «  Item  un  drap  de  soie  bien  faible, 
dont  le  champ  est  vermeil,  semé  de  compas  et  es 
compas  à  lions  qui  ont  les  testes  et  les  piez 
blans  (3).  »  —  «  Item  aliud  pluviale  de  catemito 
albo  cum  magnis  rôtis  et  cum  duobus  pappagal- 
lis  in  qualibet  rota  et  cum  compaxibus  in  pra;di- 
ctis  rôtis.  —  Item  aliud  pluviale  de  dyaspero  albo 
ad  rotas  parvas  et  stellas  et  compaxibus  inter  ip- 
sas  rotas.  (Ibid.)  » 

L'illustre  Mgr  Barbier  de  Montault,  mon  maî- 
tre plus  que  mon  ami,  dit  que  ces  compas  sont 
des  quater-fcuilles  angnlcs.  Plus  bas  il  ajoute  : 
«  Le  compas  est  donc  un  jeu  de  cet  instrument, 
traçant  des  courbes  diverses,  comme  le  polylobe, 
le  quatre-feuilles,  etc.  ("*).  »  Comme  je  n'ai  jamais 
vu  des  compas  de  cette  espèce  dans  les  anciennes 
étoffes,  je  n'ai  pas  de  compétence  pour  exprimer 
une  opinion  à  cet  égard,  surtout  lorsque  le 
maître  a  parlé.  Mais  si  par  hasard  ces  compas 
très  fréquents, ce  dont  on  ne  voit  pas  trop  la  raison 
d'être  dans  les  ornements  sacrés,  en  admettant 
que  ce  soient  des  instruments  de  mathématiques  ; 
si  ces  compas,  dis-je,  avaient  la  forme  de  |L.  ^  _lj 

compassiis  magni  et parvi,  ou  bien  celle  de  | | 

(~  j  f~      i  r~  I "^  faudrait-il    pas    dire  que 

ce  ne  sont  autre  chose  que  des  gamma  différem- 
ment placés  et  combinés  .■■  Si  mon  illustre  et  très 
savant  maître  n'approuve  pas,  ainsi  que  je  le 
crains  fort,  mes  idées,  qu'il  daigne  m'éclairer 
dans  cette  même  Revue  par  un  de  ses  articles  qui 
n'admettent  presque  jamais  de  réplique.  En  tout 
cas,  je  serais  heureux  de  l'avoir  respectueusement 
provoqué.  Fas  est  a  magistro  doceri. 
Monacilioni,  avril  1885. 

Profess.  Archiprêtre  VINCENT  AmI!ROSI.\NI, 
Docteur  en  théologie  et  droit  canon,  membre  de 
la  commission  permanente  des  Fastes  et  Monu- 
ments eucharistiques  de  Paray-le-Monial. 


1.  Inventaire  de  Saint-Pierre  de  Rome,  1361. 

2.  Inventaire  du  Saint-Sépulchre  de  Paris,  1379,  n"  16. 

3.  Ibid.,  n"  41  et  n°  62. 

4.  Revue  du  Musée  et  de  la  Bibliollùquc  eu:hiirisliques, 
18S4,  p.  275. 


Inucntairc  Du  mobilier  De  ^igr  ïloiiis 
0iartini,  éoêaiie  D'Koste.  ^^^.^^^.^^ 

ouïs  Martini,  natif  de  Nice,  fut  nommé 
à  l'évêché  d'Aoste  (Piémont), le  31  jan- 
vier 161 1.  Le  17  mars  de  la  même  an- 
née, il  fit  venir  de  Rome  à  Aoste,  trois 
bustes  de  marbre  que  le  chev'"Antonin  Bertolotti, 
dans  ses  Notisie  raccolte,  dit  n'être  cependant  ni 
anciens  ni  importants.  Encore  la  même  année, 
vendredi  4  novembre,  il  célébra  son  premier 
synode  diocésain.  En  161 8,  il  fit  faire  une  magni- 
fique châsse  en  argent  pour  renfermer  le  corps 
de  saint  Joconde,  évêque  d'Aoste,  patron  de  sa 
cité,  laquelle  est  portée  processionnellement  le 
jour  de  sa  fête,  chômée  le  30  décembre.  La 
dernière  année  de  sa  vie  (1621),  il  reçut  à  la 
cité  d'Aoste,  après  la  fondation  de  leur  couvent 
(1619),  les  religieux  capucins,  que  la  Révolution 
française  expulsa  en  1800  et  qui  n'y  revinrent 
plus.  Un  acte  de  visite  de  la  cathédrale  d'Aoste, 
faite  le  6  mars  1624,  par  Mgr  J.  B.  Vercellin,  in- 
dique une  riche  chasuble  offerte  à  son  église  par 
son  prédécesseur,  Mgr  Martini  :  \{  Planetam  quon- 
dam  Domini  episcopi  Martini,  ex  quodam  opère 
serico  et  auro,  coloris  albi  et  rubei.  »  Cet  orne- 
ment fait  maintenant  partie  du  trésor  de  la  cathé- 
drale. 

D'après  l'inventaire  transcrit  ci-après, nous  pou- 
vons avoir  connaissance  du  personnel  de  la  mai- 
son de  cet  évêque,  et  des  pièces  de  l'évêché,  là  au 
moins  où  il  y  avait  du  mobilier  soumis  à  l'inven- 
taire. Sa  famille  aurait  été  composée  de  trois  ec- 
clésiastiques :  le  vicaire-général,  i{  don  Lodovico  » 
et  <.(  don  Bernardo  »  ;  et  en  domestiques,  elle  au- 
rait eu  «  Carlantonio  »,  «  Francesco  »  et  «  Ago.s- 
tino  ».  Les  pièces  visitées  pour  le  récolement  de 
l'inventaire  sont  ainsi  désignées  et  dans  le  même 
ordre  :  grande  salle  supérieure,  deux  chambres  à 
l'usage  du  vicaire-général  ;  la  2<^,  avec  cabinet 
pour  la  bibliothèque,  peint  en  vert,  jaune  et  azur; 
galerie  au  levant,  deux  chambres  de  don  Lodovico; 
salle  voisine  des  chambres  de  l'évêque  ;  apparte- 
ment particulier  de  l'évêque,  composé  de  deux 
chambres  et  un  cabinet-bûcher,  dont  la  i"-'  cham- 
bre seule  fut  inventoriée  ;  salle  du  puits,  poêle 
(chambre  commune),  cuisine,  petite  cuisine,  dé- 
pense, chambre  de  don  Bernardo  ;  prisons,  cha- 


REVl'E  DE   l'aKT  CHRÉTIEN. 
1885.  —  3""^  LIVRAISON. 


356 


iRcuiic  De   rart    cfjrcticn 


pelle,  chambre  de  Carlantonio,  voisine  de  la 
grand'salle  ;  chambre  de  Franccsco,  voisine  du 
bûcher  ;  cantine. 

Afin  d'être  plus  sûr  du  sens  de  plusieurs  des 
termes  employés  dans  cet  inventaire,  introuvables 
dans  les  dictionnaires,  nous  avons  recouru  à  l'obli- 
geance de  l'honorable  famille  de  M.Jean  Medici 
qui,  depuis  plusieurs  années,  réside  à  Aoste,  en 
qualité  de  directeur  des  garde-chasses  royales, 
dans  la  vallée  d'Aoste,  et  pour  témoignage  de 
notre  reconnaissance,  nous  tenons  à  déclarer  ici 
que  personne  autre  n'aurait  pu  servir  mieux  notre 
désir. 

Aoste,  le  12  décembre  1S84. 

Pierre-Étienne  Duc, 

Clianoine  delà  catlicdralc  d'Aoste. 


Inventario  delli  mobili  di  Mons  :  e 
Vescovato  (')• 

I.  —  Nella  sala  grande  di  sox)ra. 

1.  Una  credenza  di  legno  bianco,  con  una  chiave. 

2.  Una  cassa   di    legno   di  noce,    longa,    con  due 

chiavi. 

II.  —  Nella  caméra  p\  del  Vlcario. 

3.  Una  tavela  di  legno  bianco,  con  il  suo  telaro   if) 

di  simil  legno. 

4.  Uno  tapeto  sopra  essa  tavela,  di  panno  verde, 

assai  longo. 

5.  Uno  horologgio  da  polvere  ( '),  di  lottone,  piccolo. 

6.  Uno  sigiUo  di  ferro,  con  l'arma  di  Mons'''^  R"". 

III.  —  Nella  2\  caméra. 

7.  Uno  candeliero  di  lottone  C^). 

S.  Due  lettere  ('),  con  sue  colonne  e  telari  {^). 
9.   Due  paliasse  di  tela  nova. 

10.  Uno  letto  di  piuma  bona,  con  il  suo  cussino  longo 

e  uno  matarasso  di  lana. 

11.  Una  coperta  di  filo  biancha  operata. 

12.  Due  coperte  di  lana,  una  biancha  e  l'altra  rossa. 

1.  Il  y  avait  des  meubles  faisant  partie  de  l'hoirie  de  l'évéque,  et 
d'autres  qui  appartenaient  à  l'évêché  même. 

a.  M.  le  chanoine  Duc  m'ayant  prié  d'ajouter  quelques  notes,  je 
préviens  qu'elles  ne  seront  pas  chiffrées,  mais  distinguées  par  les  let- 
tres fie  l'alphabet.  —  X.  Barbier  de  Montault,  Prélat  de  la  Maison 
de  Sa  Sainteté,  Référendaire  de  la  signature,  etc. 

Telaro,  dessus  de  la  table,  garni  primitivement  de  toile,  telti  et, 
plus  tard,  de  drap  ou  de  cuir. 

2.  Sal)lier. 

/'.  Chandelier  do  laiton,  cuirve  jaune.  On  dit  en  italien  ottoiic. 

3.  Bois  de  lit,  proprement  litih-e. 

c.   L,es  colonnes  supportent  le  telaro  ou  ciel  en  t.nle. 


13.  Una  tavela  di  legno  biancho,  con  li  soi  trespi  ('). 

14.  Uno  tapeto  sopra  di  essa  di  lana  di  Bergamo  {"')) 

di  divers!  colori. 

15.  Una  stancia  piccola  per  li  libri,  depinta  di  verde, 

giallo  et  azurro. 

16.  Una  cassa  piccela  di  legno   di   noce,  serrata  cen 

chiavadura  ('). 

17.  Doi  forcieri  (*),  uno  verde  et  altro  negro,  con  sue 

chiavi. 

18.  Uno  meschetto  (')    da  letto  di  rarela  con  rete  di 

frusco  i^)  lavorata. 

19.  Uno  piede  di  legno  per  esse  meschetto. 

20.  Une  p.irasele  di  coranie  ('),  et  una  sachossa  (") 

di  corame. 
2  1.  Cadreghe  morelle  (')  tre,  et  una  di  legno. 

22.  Altra  cadrega  da  letto  et  à  malati  (■^). 

IV.  —  Sopra  la  galleria  o  sia  lobbia  f'  )  verso, 
levante. 

23.  Una  banca   lenga,   senza  una  gamba,    di   legno 

bianco. 

24.  Una  piccola  tavola  quadra,  di  legno  bianco,  senza 

la  gamba. 

25.  Tre  scalini  di  legno  dinoce,  per  una  credenza. 

26.  Una  gabbia  grande  per  polastri  (''). 

27.  Uno  bariletto,  pieno  di  aceto. 

28.  Una  cassa  grande  ("),  piena  di  scritture.   ' 

29.  Uno  letto  di  piuma,  piccolo. 

30.  Una  canestra  fatta  a  modo  disporta  ("). 


V. 


Nella  p'.  caméra  di  don  Lodovico. 


31.  Una  bella  lettera  di  legno   di    noce,  con  le  sue 

colonne  e  telaro. 

32.  Dei  letti  di  piuma  et  uno  cussino  longo. 

33.  Una  pagliassa  di  tela  nova. 

34.  Due  coperte  di  lana,  una  rossa  et  altra  bianca. 

35.  Una   coperta   di   pelle   di    mottone,    bianca   e 

negra  ('^). 

1.  Treipi  ;  monté  sur  trois  pieds  ;  généralement  pieds,  appuis. 

2.  Laine  de  Bergamc. — \,e  n.  i6o  fait  mention  d'une  tapisserie  de 
Bergame.  C'est  une  ancienne  sorte  de  tapisserie  fort  commune  et 
de  peu  de  valeur,  ainsi  nommée  à  cnuse  de  la  ville  de  Bergamo,  d'où 
sont  venues  les  premières  tapisseries  de  ce  genre.  L'usage  des 
papiers  peints  en  a  fait  abandonner  l'usage. 

3.  Loquet. 

4.  Forzic)-i\  espèce  de  coffre-fort  à  l'usage  d'une  famille,  où  l'on 
enferme  l'or  et  l'argent,  et  ce  que  l'on  a  de  plus  précieux. 

5.  Moustiquièrc,  rideau  ordinairement  de  gaze  ou  de  mousseline 
très  claire,  dont  on  entoure  les  lits  dans  les  pays  où  l'on  a  besoin  de 
se  préserver  de  la  piqûre  des  moustiques,  etc. 

6.  Filet  fait  avec  une  plante  filamenteuse. 

7.  Un  parasol  en  cuir. 

8.  Sachossa  :  poche  ou  bourse,  étui  ;  littéralement  sacoche. 
g.  Chaises  couvertes  de  basane  violette. 

a.  Chaise  pour  des  malades,  lit  de  repos. 

10.  Lobbia,  galerie  en  bois. 

h.  Grande  cage  à  renfermer  des  poulets. 

11.  Coffre. 

12.  Une  corbeille  en  forme  de  cabas. 

13.  Une  couverte  de  peau  de  mouton,  blanche  et  noire. 


Bouucllcs   et   0@élang;c0 


357 


36. 

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38. 
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5°- 
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53- 
54- 
S5- 
56. 

VII. 

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58. 
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60. 
61. 
62. 


63- 


Una  cassa  longa  verde,  con  sua  chiave. 
Una  cassetta  ])iccola  con  un  luchetto  (■). 
Una  tavola  di  legno  bianco,  con  doi  trespi. 
Uno   stalino    (•')    dei)into   sovra  la  tavola,   con 

cinque  tiretti. 
Uno  caramale  {'),  di  tolla  grande. 
Doi  branderali  (')  di  ferro  in  croce. 
Uno  candeliero  di  lottone. 
Uno  cussinetto,    guarnito  di    veluto    rosso,    per 

cavalcare  {'). 

VI.  Nella  2'  cannera  di  don  Lodovico. 

Una  lettèra  di  legno  di  noce. 

Una  paiassa  di  tela  nova. 

Uno  letto  grosso  di  piuma  bona,  con  suc  cussino 

longo. 
Doi  origlieri  di  piuma. 
Due  coperte  bianche  di  lana. 
Una  coperta  di  filo,  operata  di  diversi  colori. 
Altra  coperta  di  pelle  di  mottone. 
Una  tavola  quadra  di  noce  bella. 
Uno  tapeto  sopro  di  essa  di  lana  di  bergamo,  di 

diversi  colori. 
Una  cassa  di  noce  bella. 
Uno  porta  raantello  di  legno  di  noce. 
Uno  fortiero  con  peli  tanetti  (''). 
Una  cadreglia  di  legno  di  noce. 

—  Nella   sala  vicina  aile  camere  di  Mons."' 
R'"". 

Una  credenza  di  legno  di  noce  con  il   scalino  (=) 

e  chiave. 
Doi  branderali  ('^),  con  pomi  di  lottone. 
Bernazzo,    niolla,   forchetta   e  rampino  ('"),    con 

porno  di  lottone. 
Il  protratto  ('')  del  papa. 
Una  portera  ('),  con  l'arme  di  ^lons'''^. 
Doi  ferri  da  portera  ("). 

VIII.  Nella  p.\   caméra  di  Mons"  R'"". 

Quattro  forciere  di  corame  rosso  (')  novi,  con  sue 
chiavi 


1.  Cadenas. 

a.  Des  îUS  de  table,  à  étagères,  avec  cinq  tiroirs. 

2.  Kncricr  de  tôle  ;  en  italien,  calamaio. 

3.  Un  trépied  ancien,  en  forme  de  croi.\,  qu'on  met  dans  la  che- 
minée pour  soutenir  le  bois,  en  italien  alavi.  lis  sont  ou  en  fer  ou  en 
terre  cuite. 

4.  Un  petit  coussin,  garni  de  velours  rouge,  pour  voyager  à 
cheval. 

b.  Coffre  tout  garni  de  poils  de  porc  ou  de  sanglier,  comme  on 
fait  encore  à  Rome. 

5.  Socle. 

c.  Chenets. 

6.  Pelle  à  feu,  pincette,  barre  en  fer  ijui  sert  iV  attiser  le  feu,  cro- 
chet jwur  attirer  les  braises. 

ii.   Portrait:  en  italien,  rityatto, 

7.  Portière  de  velours  brodé  aux  armes  de  l'évèque. 
f.   Fers,  tringles  de  fer  pour  tendre  la  portière. 

8.  Coffre-fort,  recouvert  de  cuir. 


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7S. 

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So. 
Si. 


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S5- 
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83. 
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90. 
91. 
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97. 


Una  lettera  da  campo  (')   di  noce,   con  4   pomi 

dorati. 
Uno  fornemento  da  letto   di   panno  rosso,   con 

frangia  di  tela. 
Uno    tapeto    rosso,    conforme    al    fornemento 

sodetto  (°). 
Uno    letto   di  piuma,    bello    et    bono,   con  doi 

cussini  di  piuma  longhi. 
Due  coperte  di  lana,  una  rossa  et  altra   biancha. 
Una  coperta  di  seta  gralda  (^)  operata. 
Uno  tapeto  grande  turchesso  (■*)  operato. 
Una  grande  pezza  di  sargia  (=)  verde. 
Una  portera,  con  l'arma  di  Mons''"=. 
Una  tavola  di  legno  bianco,  con  suo  piede. 
Uno  tapete  verde  sopra  essa  tavola. 
Due  fodrette  grande  di  tela  vernisata  (' j. 
Uno  bocale  con  catino  di  maiorica  ('). 
Una  croce  con  piede  di  legno. 
Uno  candeliero  da  tre  gambe  di  lottone. 
Una  cavagna  ('')  grande. 
Uno  oregliero  ('). 
Uno  candeliero  di  lottone. 


IX. 


Nella  caméra  1'^  di  Mons'■^ 


Due  tavole  di  noce  con  soi  telari  e  trespi 

et  uno  tapeto  turchesso  vecchio. 
Una  scancia  (")  piccola,  uno  sîgillo  (")  di  ferro. 
Due  cadreghe  di  legno. 
Una  cassa  longa,  con  chiave. 
Due  scancie  longhe  per  libri. 
Uno  cassetto  piccolo  sopra  la  tavola. 
Un  quadro  dorato  di  S.  Anna. 
Una  croce  di  legno  dorata. 

X.  —  Nel  camerino  di  Mens'*. 

Doi  forcieri,  uno  verde  altro  negro. 

Banche  tre  di  legno  bianco. 

Una  paiazza. 

Una  coperta  di  lana  bianca. 

Uno  inginochiatore  (^),  dipinto  di  rosso. 

Uno  ouso  dell'aqua  benedetta  ('')  dit  argento. 

Uno  cussino  longo  da  letto  di  lana. 

Uno  horologgio  da  polvere. 


1.  Lit  de  camp. 

2.  Susdit. 

3.  Jaune;  eji  italien,  giallo  et  au  moyen  âge,  gialdo, 

4.  Bleu. 

5.  Serge  verte. 

6.  Deux  taies  d'oreiller,  en  toile  cirée. 

7.  Pot  et  cuvette,  en  faïence  ou  majoUtiuc.  Poterie  de  terre  ver- 
nissée ou  émaillée  dont  La  fabrication  a  pris  naissance  à  Faenza  ville 
d'Italie.  L'ile  Majorque  en  a  aussi  fait  un  commerce  très  étendu, 
d'où  est  venu  le  nom  de  Maiolica. 

8.  Panier. 

9.  Coussin,  oreiller. 

10.  Tablette  à  mettre  des  livres,  papiers,  etc. 

11.  Cachet,  sceau. 

a.  .-Xgenouilloir,  prie-Dieu. 

12.  Bénitier. 


558 


Eetiuc   De    rSrt   chrétien. 


XI.  —  Nella  legnara  (')• 

98.  Una  cassa  vecchia  guasta. 

XII.  —  Nella  p'  caméra  dalla  legnara. 

99.  Uno  candeliero  di  lottone. 
100.  Una  lettèra  di  legno  bianco. 
loi.   Una  paiazza  di  tela  nova. 

loi.   Uno    letto    di     piuma    bono,   con    suo    cussino 
longo  di  piuma  et  2  origlieri  di   piuma   grandi. 

102.  Due  coperte  bianche  di  lana. 

103.  Uno  scabello  di  legno  bianco. 

104.  Uno  forciero  di  corame  negro,  con  sua  chiave. 

105.  Tre  casse  dipinte,  una  con  la  chiave. 

XIII.  —  Nella  sala  del  pozzo. 

106.  Una  tavola,  con  suo  telaro  di  noce. 

107.  Uno  scabello  di  legno  bianco. 

108.  Due  cadreghe  di  legno  di  noce. 

109.  Dieci  cadreghe  di  panno  azurro. 
iio.  Tre  cadreghe  di  panno  verde. 

111.  Al   pozzo   la  sua  corda  con  cadenazzo  et  catena 

di  ferro. 

XIV.  —   Nel   peilo. 

112.  Una  tavola  longa,  con  doi  trespi  di  legno  bianco. 

113.  Una  banca  longa,  uno  credenzone. 

114.  Una  concha  (")  da  pastare. 

115.  Uno  cavaletto  (')  per  li  niantelli. 

XV.  —  Nella  cusina. 

116.  Una  tavola  di  legno  bianco. 

117.  Due  banche  di  legno  bianco. 

118.  Una  credenza  guasta. 

119.  Una  tavola  doppia  longa,   con  trespi,   sotto  la 

fenestra. 

120.  Una  banca  piccola. 

121.  Una  roda  da  rosto,  con  la  catena  da  rosto  {'). 
VVI.  —  Nel  cusinetto.    (=). 

121.  Uno  trêve  ('"). 

122.  Una  cassa  vecchia. 

123.  Uno  credencino  piccolo. 

124.  Doi  asti  da  tapulare  ('). 

125.  Una  techa  {')  di  ferro,  et  un  altra  darame  (''). 

126.  Due  schioffette  (')  di  lottone  et  una  di  ferro. 

127.  Doi  mortari  di  pietra,  con  uno  pistone  di  legno. 

128.  Una  cazetta  di  lottone,  col  manico  di  ferro. 

1.  Bûcher. 

2.  -Vuge  pour  détremper  et  pétrir  la  farine. 

3.  Chevalet,  espèce  de  porte-manteau. 

4.  Broche  à  rôtir,  tige  de  fer  pointue  par  un  bout,  armée  d'une 
espèce  de  pouUc,  de  l'autre.  On  perce  de  part  en  part  et  l'on  fait 
glisser  jusqu'au  milieu  de  la  broche,  la  pièce  de  viande  ou  de  gibier 
cjue  l'on  veut  faire  cuire  devant  le  feu. 

5.  Ciisinello,  petite  cuisine. 

6.  Poutre. 

7.  Deux  planches  pour  liftcher. 

8.  PoClc. 

a,   lin  italien,  rame,  cuivre  rouge. 

9.  Chaufferettes. 


129.  Due  tapulere  di  ferro,  et  uno  cortello  grosso  (') 

per  la  prima. 

1 30.  Un'  altra  cazza  di  lottone. 

131.  Una  secchia  (")   di  arame  et  una  di  legno  ferrata. 

132.  Uno  zubretto  per  l'aqua  ('). 

133.  Doi  gavi  (■")  et  uno  seggione. 

134.  Doi  testi  (^)  uno  di  ferro  et  altro  d'arame. 

135.  Una  padella  da  castagne  (°)  et  altra  per  la  buga- 

da  (')  et  altra  da  frigere  ("). 

136.  Doi  branderali  di  ferro  grossi. 

137.  Doi  altri  branderali  piccoli. 

138.  Tre  aste  da  rosto,  due  catene  da  foco,  et  2  braz- 

zi  (')  per  le  catene. 

139.  Bernazze,  moUa  e  forchietta. 

140.  Tre  scaldaletti  {'")  una  gradicella  (")  di  ferro. 

141.  Una  pesa  (''),  una  padella  da  frigere  col  manico 

longo. 

142.  Uno  manico  da  pignatta  ("'),  doi  ferri  da  rostire 

li  tordi  {"). 

143.  Una  bacilla  ('')  di  lottone,  uno  falcetto  ('*)  et 

uno  ferro  per  cavar  la  carne. 

144.  Due  lucerne  ('')  di  ferro. 

145.  Doi  quartaroni  ('")  di  stagno,  tre  mezzi,   2  terzi, 

uno  stagnone. 

146.  Uno  salino  di  stagno  {""). 

147.  Sei  piatti  di  stagno  grandi,  undeci  mezzani,  altri 

piu  piccoli  23,  tondi  36,  scudelle  cinque,  una 
cazulara  i(")  di  ferro  et  2  cazuli,  una  bacilla  et 
boccale  di  stagno,  due  sottocoppe  di  maiorica, 
una  padella  d'arame  da  torta  (''),  una  raspa  da 
formaggio. 

148.  4  quadri  di  vetro  grandi,  3  mezani,  et  uno  piccolo. 

149.  Doi  salini,et  uno  bocale  et  una  tazza  di  maiorica. 

150.  Una  cortellera  (")  con  cortelli   10  et  una  for- 

cina  ("'). 

151.  Cochiari  d'argento  9  et  forcine  d'arg"  10  (•"*). 

1.  Mezzaluna  —  hâcho  ire. 

2.  Seau  à  puiser  de  l'eau  et  un  autre  avec  les  cercles  en  fer. 

3.  Seau  en  bois. 

4.  Gavie,  espèce  de  terrine  pour  laver  la  vaisselle. 

5.  V.ases. 

6.  Poêle  pour  faire  rôtir  les  châtaignes. 

7.  Poêle,  chaudière  pour  la  lessive,  en  vieux  français  tuée. 

8.  Poêle  à  frire. 

g.  Deux  bras  en  fer. 

10.  Bassinoires, 

11.  Grattoir  en  fer  pour  le  fromage,  râpe. 

12.  Un  poids. 

13.  Poignée  pour  prendre  une  marmite. 

14.  Grives. 

15.  Bassin  pour  se  laver  les  mains. 

16.  Hachette,  pour  couper  le  bois. 

17.  Lampes. 

18.  Le  quarteron  équivaut  à  deux  bouteilles,  le  demi  à  la  pinte, 
le  tiers  au  bocal,  l'étagnon  â  une  bouteille.  ICncore  aujourd'liui  les 
buveurs  des  campagnes  se  servent  de  ce  vocabulaire. 

ig.  Salière  d'élain. 

20.  Ecumoire. 

21.  Casserole  pour  la  tourte. 

22.  Porte-couteaux. 

23.  Kourchette  longue  pour  le  bouilli  et  le  rôti. 

24.  Cuillers  et  fourchettes. 


Bouticlles   et  a^éUnscs. 


359 


152.  Paroli  (')  2,  una  aramina  (=)  uno  zubbaro,  3  sec- 

chie  di  legno. 

153.  Uno  bronzino  piccolo,  altro  mezzano,    et  altro 

grande. 

XVII.  —  Nella  dispensa  (>). 

154.  Una  tavola  in  mezzo  (■*)  di  legno  bianco,  et  altre 

tutto  intorno. 

155.  Una  parola  grande  d'arame  (s). 

156.  Due  olle  (^)  grandi  et  4  mezzane. 

157.  Due  rastelleri    (7)   da   pane,  una  quartana    (^), 

due  cavagne  grande. 

158.  2  sacchi  di  pelle,  una  cadrega   di    lena  (ï')   uno 

mezzo  sacco,  et  altro  guasto. 

XVIII.  —  Nella  caméra  di  don  Bernardo. 

159.  Una  tavola,  col  telaro  di  legno  bianco. 

160.  Uno  tapeto  di  tapezzaria  di  Bergamo. 

161.  Una  lettera  di  legno  bianco. 

162.  Uno  pavaglione  ('")  di  filo  colorato. 

163.  Una  coperta  di  lana  bianca. 

164.  Doi  letti,  tre  cussini  longhi  et  tre   origlieri  et  tre 

pelli  con  pelo  ("). 

165.  Uno  materazzo  et  una  paliazza  nova. 

166.  Uno  bronzo  grande  con  tregambe  ("),  uno  can- 

deliero  di  lottone. 

167.  Due  schiofetti  (")   di  lottone,  una  bona,   l'altra 

guasta. 

168.  2  candelieri  di  lottone  guasti. 

169.  2  salini  di  stagno,  uno  bono  et  altro  guasto. 

170.  2  ghere  ('■!)  di  stagno,  una  bona,  l'altra  guasta. 

171.  Una  padella  piccola  di  ferro  da  frégera  ('s). 

172.  Due  cazze  ('*)  di  lottone,  col  manico  di  ferro. 

173.  Una  botteglia  {'^)  da  olio,  una  cazulara  di  ferro. 

174.  Una  pradesella  di  ferro,  et  uno  ferro  grande  per 

tener  la  padella  ('^). 

175.  Cinque  catene  da  vacca  di  ferro. 

176.  Una  cadregha  di  legno  di  noce,  doi  pendoni  ('9) 

di  corame. 

1.  Marmite  en  cuivre,  paiiwlo. 

2.  Marmite  plus  grande  au   fond  et  plus  étroite  au  sommet,    le 
contraire  àw paiuoto  qui  s'élargit  au  sommet. 

3.  Office. 

4.  Au  milieu  de  la  pièce, 

5.  Paiuoh  gratnic,  chaudière. 

6.  Cruches  en  terre  rouge  avec  les  anses  au  bord, 

7.  Espèce   de  grille  en  bois  qu'on  suspendait  à  la  voûte  pour  y 
mettre  séclier  le  pain. 

8.  Mesure  ancienne. 

9.  De  laine  ? 

10.  Pavillon  de  lit. 

11.  Trois  peaux  avec  le  poil. 

12.  Marmite  en  bronze  avec  trois  pieds. 

13.  Porte-braise  en  terre,  servant  de  potager  portatif. 

14.  -Aiguière. 

15.  Poêle  à  frire. 

16.  Grande  cuiller  demi-sphériqtfe. 

17.  Bouteille. 

18.  Instrument  de  fer  sur  lequel  on  pose  la  poêle  quand  elle  est 
au  feu. 

19.  Pendaglio,  pentes. 


177.  Salieri  di  legno  22  et  un  porta  formaggio  et  uno 

gavio  di  legno. 

178.  Due  casse  con  sue  chiavi,   una  rossa  et  Taltra 

biancha. 

179.  Uno  tapeto  di  lana  di  diversi  colori. 

180.  Due  tazze  di  maiorica,  un  bauUo  (')  guasto. 

XIX.  —  Nelle  carcerl  (=). 

181.  Due  pagliazze,  una  grande  e  l'altra  piccola. 

XX.  —  Nella  cappella  robbe  che  non  sono  di  essa(3). 

182.  Una  credenza. 

183.  Uno  tapeto  di  diversi  colori. 

184.  3  candelieri  di  lottone  (•<). 

185.  Quattro  quadri  di  diverse  pitture. 

XXI.  Nella  caméra  di  Carlo  Antonio,    vicina   alla 

sala  grande. 

186.  Una  lettera  di  legno  bianco,  con  il  telaro. 

187.  Una  paiazza  di  tela  nova. 

188.  Uno  letto  di  piuma,  con  suo  cussino  longo. 

189.  Una  coperta  di  lana  bianca,   guasta. 
igo.  Altra  coperta  di  drappo  griso  a  scachi  (5). 

191.  Altra  di  pellizza  di  mottone  (*). 

192.  Uno  riglero  di  piuma. 

193.  Una  cadregha  di  noce,  guasta. 

194.  Uno  mochetto  con  sua  forcina  et  bandogliera  ("). 

195.  Una  tavola  con  trespi  di  noce. 

196.  Uno  tapeto  di  diversi  colori. 

XXII.  —  Nella  caméra  dl   Francesco,   vicina  alla 

legnara. 

197.  Una  credenza  di    noce. 

198.  Una  carcota  (^)  sopra  due  banche. 

199.  Una  paiazza  guasta. 

200.  Uno  letto  buono  di  piuma, con  ilsuo  cussino  longo. 

201.  Altro  cussino  longo  di  lana  del  materazza. 

202.  Una  coperta  di  lana  bianca. 

203.  Altre  tre  coperté  di  drappo  grise,  una  de'  quali  è 

nova. 

203.  Doi  para  di  botti  diz  corame  (*)  boni,  altro  poco 

bono  et  altro  mezza. 

204.  Una  banca,  uno  bastolo  piccolo  guasto  ('°),  sacchi 

per  il  letame  ("). 

1.  En  italien,  baule,  malle. 

2.  Le  cacliot  de  l'évêché  était  au  couchant  du  vestibule  du  palais 
et  occupait  l'emplacement  des  trois  chambres  destinées  actuellement 
à  la  chancellerie,  situées  au  rez-de-chaussée;  on  y  descend  par  deux 
marches.  Au-dessus  étaient  les  prisons  proprement  dites,  et  elles  ont 
fait  pl.tce  depuis  à  la  chapelle  épiscopale,  et  aux  vieilles  archives. 

3.  Dans  la  chapelle,  objets  qui  ne  lui  appartiennent  pas. 

4.  Le  troisième  cliandelier  était  affecté  au  cierge  du  saïuttis. 

5.  Drap  gris  quadrillé. 

6.  Fourrure  de  peau  de  mouton. 

7.  MosL-hetto,  mousquet,  avec  sa  baguette  en  bois  pour  le  charger 
et  la  bandouillère. 

8.  Petit  poids. 

9.  Deux  paires  de  sacs  à  vin  en  cuir  pour  les  vendanges,  encore 
en  usage. 

10.  Petit  biit. 

11.  Bissacs  qu'on  met  aux  bêtes  de  charge. 


ï6o 


IReuiic  Dc  rart   cb rétien. 


205.  Una  sigure  (')  da  squarare,  uno  pioletto,  et  due 

piole  da  bozza  {'). 

206.  Doi  sapponi,  uno  sappone  da  prato   (0,  cinque 

fossori  o  sia  capponi  (■*). 

207.  Quattio  badili  (^),uno  palo  di  ferro  piccoloC"),  uno 

candeliero  di  ferro. 
20S.  Una  cusella  ferrata  (^),  con  il  suo  cordone. 

XXIII.  —  Nella  cantina. 

209.  Nelli  doi  crottini  (7),  il  vaselli  piccoli  boni,  2  cat- 

tivi,  et  uno  grande  bono. 

210.  In  mezzo  detti  crottini,  uno  vasello  (^)  mezzano 

bono. 

211.  Nella  crotta  ('')  grande  {-}),    vaselli  tra  piccoli  e 

mezzani  12  et  grandi  cinque. 

212.  Una  moscarola  ('");  doi  zobbari  (")>  uno  grande 

l'altro  piccolo. 

213.  Una  preggia  et  doi  sestari  ('-) 

214.  Nel   torchio    ('3)    il   torchio  compito,    4  vaselli 

grandi,  due  tine  quadre  et  due  tonde  ('••). 

215.  2  zubbri  da  bugada  (''),  una  banca  longa. 

216.  Una  ta  vola  longa  di  noce  et  un   altro  asto   ("■) 

longo  di  noce. 

XXIV.    —    Summa  in  tulto délie  retroscritte 

cosse  (''). 

217.  Credenze  n°  cinque,  tra  bone  e  guaste  et  uno  cre- 

denzone  nel  peilo. 

218.  Cadreghe  di  panno  verde  et  morello  16. 

219.  Cadreghe  di  legno  7. 

220.  Lettere  di  noce  et  legno  bianco  9. 

221.  Tavole  di  noce  et  legno  bianco  12,  et  2  guaste, 

senza  piede. 

222.  Casse  di  noce  et  altro  legno,   bone  S,   guaste  3, 

et  uno  cassione  ('^)  di  scrittura. 

223.  Baulli  tra  boni  e  guasti  10. 

224.  Vasselli,  tra  grandi  e  piccoli,  29. 

1,  Scurc,  hache  pour  équarrir  le  bois. 

2.  Petite  hache  ;  deux  hachettes  pour  les  tonneaux  servant  de  tine. 
5.  Deux  grosses  sapes,  une  pour  les  prés. 

4.  Cinq  faux. 

5.  Pelles  à  pointe  carrée. 

6.  Barre  de  fer  petite. 

a.  Courge-bouteille,  garnie  de  bandes  en  fer,  avec  son  cordon  de 
suspension. 

7.  Petite  cave. 

8.  Petit  vase. 

/■.  X\i  Mont  Doré,  on  nomme  Iniin  Je  !a  Grotte,  une  source  qui, 
en  1423  et  1463,  était  appelée  de  la  Crota  (.\.  Tardieu,  Le  Mont 
Doré,  p.  10). 

9.  Cave  grande. 

10.  Garde-manger  suspendu,  en  terme  vulgaire  mousquière. 

11.  Zobbtiri,  espèce  de  barils  portatifs,  évasés  au  sommet,  pour 
transporter  la  vendange. 

12.  Sétier.  Preggia  ei  sestari:  mesures  du  vin. 

13.  Pressoir. 

14.  Rondes. 

15.  Cuvicrs  pour  la  lessive. 
16    Planche,  affitlo. 

17.  Somme  totale  de  toutes  choses. 

18.  Gros  coffre. 


225.  Coperte,  tra  bone  e  cattive  di  diverse  sorti,  di  lana 

e  pelle,  seta  e  filo,  24. 

226.  Tapeti  di  diverse  sorti,  11. 

227.  Letti,  tra  piccoli  e  grossi  di  pluma,  11. 

228.  Cussini  longhi  da  letto  di  piuma,  12, 

229.  Origlieri  di  piuma  et  lana,  8. 

230.  2  matarassi  con  soi  cûssini  boni  di  lana. 

231.  Banche  longhe  e  curte  (')  12. 

232.  Fornementi  da  letto,  3. 

233.  Candelieri  11,  lottone  et  uno  di  ferro. 

234.  Paliazze,  1 1. 

235.  Forcine  d'argento  10,  c  cocchiari  d'arg°  q. 

236.  Piatti  di  stagno  grandi,  6,  mezzani,  11;  piu  pic- 

coli,  23;  tondi,    76;    scudelle,    5;    due    ghere 
guaste. 

237.  Una  ghera  e  bacilla  di  stagno  novo  di  Lione.  (='). 

238.  Bronzi,  4;  paroli,  3. 

23g.  Schiofette  di  lottone,  4  et  una  di  ferro. 

240.  Stagna  quartaroni  2,  mezzi  3,  terzi  2,  stagnone  i. 

241.  Scaldaletti  di  arame,  3. 

XXV.  —  Seguita  l'inventario  délia  lingiaria   (  )  et 
vesti  6  paramenti  ('). 

242.  Due  pianete  (■•)   di  damaschino,   una  verde   et 

altra  morella  {''),  con  sue  stole  e  manipoli. 

243.  2  borse  per  li  corporali  ('),   una  verde  et   altra 

bianca,  ricamata  con  oro. 

244.  4  corporali,  3  lavorati  et  altro  non  lavorato. 

245.  Uno  cordone  (■=)  di  seta  rossa  con  oro,  et   altro 

di  refïo  (*)  bianco. 
24C.   Una  mitra  d'ormesino  bianco. 
247.   Doi  para  di  candelieri  di  lotone  da  altare,  con  sua 

crocc. 
24S.   Una  bugia  (?)  d'argento. 

249.  4  camici  (^),  doi  sottili  et  doi  mezzani,  con  soi 

amiti. 

250.  6  rochetti  3  sottili  et  3  mezzani. 

251.  2  missali  romani,  uno  pontificale,   uno  ceremo- 

niale  romano. 

252.  6  tovaglie  da  mano  per  la  massa  (9). 

253.  2  scatole  da  hostie  lavorate  di  seta  ('"). 

254.  2  capelli  pontificali  ("),   et  altri  2   con  cordoni 

verdi  ordinarij  (<'). 

1.  Courtes. 

a.  Notons  cette  aiguière  et  son  bassin  en  étain  de  Lyon. 

2.  Lingerie. 

3.  Ornements. 

4.  Chasubles  de  damas. 
/'.  Violette. 

5.  Bourses  pour  les  corporaux. 

c.  Ces  deux  cordons,  l'un  rouge  et  or,  et  l'autre  un  fil  blanc,  ser- 
vaient à  suspendre  la  croix  pectorale. 

6.  Kil,  en  italien  refe, 

7.  Bougeoir. 

8.  Aubes, 

g.  Serviettes. 

10.  Boites  à  hosties. 

11.  Chapeaux  pontificaux. 

d.  Les  évoques  n'ont  droit  qu'au  cordon  vert  au  chapeau. 


Bou\3tUt&   et   a9clan0cs 


361 


255.  Una  cotta  (')  per  servire  la  messa. 

256.  2  vesti,  con  2  morette  C^)    di  zambalotto  ondato, 

morelle. 

257.  Una  veste  di  seta  morella  ondata. 

258.  Una  zimarra  (=)  di  zambalotto  ondato  negra. 

259.  Uno  mantello  longo  di  saietta  morella  ('). 

260.  Uno  manteletto  di  saietta  morella. 

261.  2  vesti  da  cavalcate  morelle,  una  di  zambalotto 

et  altra  di  saietta. 

262.  Stivalli,  calcette  di  telaet  speroni  (^). 

263.  Camise  (s)    10,     colari   C^),   maniglieri  para  ('), 

scalfini  para  {^). 

264.  Calcette  da  stoffa  para  fasoletti  (  9). 

265.  Serviette  longhe  da  mano  ('°)  di  lino,  2. 

266.  Mantili  (")  di  lino  3,  de  quali  uno  e  damascato. 

267.  Mantilotti  ('-)  di  lino  54,  inclusouno  stracciato- 
26S.  Mantilotti  di  rista  {">)  novi  55  inclusi  li  doppi  che 

servoao  per  servietta  da  mano. 

269.  Mantilotti  di  resta  oliani  ('<)  7;  stracciati,  26. 

270.  Serviette  longhe  di  rista   oliane  5,  stracciate  10, 

nove  6. 

271.  Mantili  di  rista  novi  6,  oliani  7,  stracciati  6,  per 

la  urcina  4,  tele  nove  per  la  cucina  3. 

272.  Mudande  ('s)  di  tela  per  Mons''=,  para  3. 

273.  Linzoli  ("')  di  rista  boni  para  20,  guasti  para  i,  et 

2  longhi  che  servono  per  fornimento  da  lettoC''). 

274.  Fodrette  di  tela  2  oltre  le  gia  scritte. 

275.  Camise  per  Agostino  5,  per  don  Lodovico  16. 

276.  Sacchi  di  corame  2,  di  tela  2  et  doble  2. 

277.  Tovaglie  di  don  Lodovico  3. 

27S.  Camisetta  ('^)  et  sottocalce  rosse  ('-^)  per  Mons''^ 

279.  Uno  para  di  calcette  a  taffetta  (-")  di  lana  per 

Mons™. 

280.  Una  zimarra  d'ermisino,  beretino.  (''). 

281.  Una  croce  d'oro  da  portareal  collo. 

282.  Uno  zendale  verde  (^'). 

1.  Surplis  à   manches  courtes,  que  l'on  porte  dans  l'exercice  des 
offices. 

a.  Soutanes  et  mozettes  en  étoffe  de  laine  moirée, 

2.  Simarre. 

3.  Sergette  violette. 

4.  Bottes,  guêtres  en  toile  et  éperons. 

5.  Chemises. 
'ô.  Collets. 

7.  Manchettes. 

8.  Une  paire  de  pantoufles. 

9.  Mouchoirs. 

10.  Kssuie-mains. 
iT.  Nappes. 

12.  Petites  nappes. 

13.  De  rite. 

14.  Mi-usés. 

15.  Caleçons. 
10.  Draps. 

17.  Garniture  de  lit. 
lîj.  Chentiseltc. 

19.  Sous-bas  ronges. 

20.  Taffetas,  étoffe  de  soie  fort  mince  et  tissue  comme  de  la  toile. 
/•.  Ormesin,  de  couleur  brune. 

21.  Tablier. 


283.  2  veli  da  calice  uno  negro,  l'altro  bianco. 

2S4.  Uno  balandrano    (^)  di   baracano   (')  berettino. 

285.  Uno  feltro  negro  (=). 

286.  Uno  pezzo  di  damasco  taneto  (^)  e  verdo. 

287.  Uno  pezzo  di  mocaiata  in  seta. 

3lntientairc  Des  meubles   qui   se  sont 
trouvés  à  rcQlisc  D'au?ctiiUc  (jBcu.se). 

Extrait  du  registre  des  délibérations,  1665. 

1.  Premièrement  se  trotive  dix-neuf  serviettes,  nappes, 

tant  bonnes  qu'autres. 

2.  Et  trois  serviettes  truandé  (••). 

3.  Une  toille  longue  pour  servir  à  la  Communion. 

4.  Cinq  nappes  d'autel  de  nappcrie. 

5.  Deux  autres  en  jolivure  de  dantelle. 

6.  Et  un  devant  d'autel  de  mesme  parure. 

7.  Avec  la  couverture  du  tableau   (s)   N»  Damme   d'une 

mesme  façon. 
S.   Cinq  autres  nappes  simple  pour  servir  aussi  à  l'autel. 
9.   Une  autre  petite  nappe,  propre  à  inettre  sur  les  fonds 

baptismaux. 

10.  Une  paire  de  courtinne  avec  les  rideaux. 

1 1.  Et  deux  autres  paires  sans  rideau.x,  scavoir  une  paire 

de  petits  et  une  paire  de  grands,  toute  de  toille. 

12.  Une  courtinne  aussy  de  toille  pour  servir  au  crucifix. 

13.  Deux  paires  de  courtines  rouges  avec  les  rideaux. 

14.  Un  devant  d'autel  verd. 

15.  Un  abis  entier  de  coulleur  jaune,  scavoir,  courtines, 

rideaux  et  devant  d'autel. 

16.  Quatre  couvre-chef  pour  la  Vierge. 

17.  Une  couronne  avec  un  carquan  (°). 

18.  Et  deux  chapelé  de  chrislal. 

19.  Un  autre  petit  chapele'  bleu,  avec  une  croix  d'argent. 

20.  Deux  abis  blan  tnaillé  et  lassez. 

21.  Trois  aubes  et  deux  surplis. 

22.  Un  tapis  rouge  pour  servir  au  pepistre. 

Cet  Inventaire,  que  j'ai  copié  aussi  textuelle- 
ment que  possible,  est  suivi  d'un  Mémoire  des 
maisons  qui  doivent  des  huiles  à  r église. 

L'usage  d'habiller  la  statue  de  la  Vierge 
n'existe  plus  guère  que  dans  quelques  églises  du 
diocèse:  il  a  disparu  à  .,\uzeville,  il  y  a  une  ving- 
taine d'années. 

a.  Bataduran,  manteau  de  voyage. 

1.  Bouracan,  espèce  de  camelot  d'un  grain  plus  gros  que  celui 
du  ramelot  ordinaire. 

2.  Feutre  noir. 

3.  Couleur  tannée. 

4.  Truandé,  vieux  mot  qui  signifiait  troué  ou  fatigué  par  l'usage 
et  ne  pouvant  plus  servir  à  rien. 

5.  Quel  était  ce  tableau  ? —  Dans  l'ancienne  église,  il  y  en  avait 
un  peint  sur  bois  représentantleCHKisren  croix, et,  de  chaque  coté, 
des  personnages  à  genoux  surmontés  d'armoiries. 

6.  Collier  plus  ou  moins  riche  dont  on  ornait  le  cou  de  la  Vierge. 
Ce  vieux  mot  n'avait  pas  le  sens  odieux  qu'on  lui  donne  aujourd'hui. 


302 


ïRctiiie   De   rart   cfj rétien. 


Cet  inventaire  nous  montre  l'usage  des  devants 
iraiiiel  de  couleur,  —  usage  qui  tend  à  revivre, 
mais  qui  ne  se  pratique  pas  dans  notre  pays. 

Si  l'église  d'Auzeville  était  pauvre  en  aubes  et 
en  surplis,  elle  était  assez  riche  alors  en  autres 
linges,  et  surtout  en  nappes  et  serviettes.  Cela 
tient  à  un  usage  fort  ancien,  qui  se  pratique  en- 
core dans  beaucoup  d'églises  :  aux  enterrements 
des  fidèles,  la  famille  du  défunt  enveloppait  la 
croix  d'une  serviette  blanche,  et  cette  serviette 


restait  à  l'église. 


GILLANT, 
Curé  d'Auzeville. 


Crcsor  De  la  carfjéDrale  D'3o.ste.  (picmom.) 

Ses  principales  richesses  sont  : 

I"   T  JN  magnifique   diptyque  en  ivoire  de  l'empereur 
\J    Honorius,    découvert  en   1833  dans  une  vieille 
sacristie  de  la  cathédrale,  et  dont  l'abbé  Gazzera  a  donné 
la  description  à  l'Académie  des  sciences  de  Turin. 

2"  Châsses.  —  Il  yen  a  deux  :  l'une  renferme  les  reliques 
de  saint  Grat,  patron  principal  du  diocèse.  Elles  y  ont  été 
transférées  le  2  juillet  1458.  L'autre  châsse  renfermant  les 
reliques  de  saint  Joconde,  second  patron,  est  du  X\'II'' 
siècle.  Toutes  les  deux  sont  en  argent,  ornées  de  pierre- 


ries, et  décorées  de  deu.\  statuettes  aussi  en  argent,  repré- 
sentant les  saints  et  saintes  les  plus  vénérés  dans  la  vallée. 
Leur  valeur  artistique  l'emporte  sur  le  prix  de  la  matière. 

2  "  Reliquaire  de  St  Jean-Baptiste.  —  C'est  une  tête  en 
argent,  représentant  le  saint.  Elle  renferme  la  mâchoire 
inférieure  du  saint  apportée  à  Aoste,  par  saint  Grat.  Fran- 
çois I",  comte  de  Challand,  en  fit  présent  à  la  cathédrale, 
l'an  1421. 

4"  Agrafe  de  chape.  —  Bijou  précieux,  formé  d'un 
camée  antique  entouré  d'une  monture  en  filigrane  d'or, 
dans  laquelle  sont  enchâssés  des  rubis,  des  saphirs,  des 
perles.  Le  camée  offre  l'image  d'une  impératrice  romaine. 

5°  Une  chasuble  de  damas  en  soie  violette. — La  tige  et 
le  croisillon  de  la  croix,  reproduits  en  broderie  à  l'aiguille 
sur  les  deux  pans  de  la  chasuble,  sont  d'un  excellent  tra- 
vail. Sur  le  pan  postérieur,  on  voit  deux  écus  armoriés  de 
Mgr  Antoine  de  Prey,  évoque  d'Aoste  (1444-1464). 

6°  Livres  liturgiques.  —  Un  magnifique  graduel  en  deux 
volumes,  du  plus  grand  format,  décorés  de  neuf  miniatures 
principales  peintes  sur  vélin  —  un  Missel  portant  sur  plu- 
sieurs de  ses  pages  en  vélin  les  armoiries  de  l'évêque 
Oger  Moriset  (1411-1434) —  un  pontifical  du  XIV"  siècle. 

y"  Retable  d'autel  en  bois  sculpté. — Plus  de  vingt  scènes 
de  la  vie  et  de  la  mort  de  N.  S.  y  sont  représentées  par  de 
petites  figures  sculptées  en  demi-relief.  Il  paraît  être  du 
commencement  du  XI IP'  siècle. 

Le  cloître  de  la  cathédrale  est  de  1460. 

Les  stalles  du  chœur  de  146g. 

Pierre  Duc, 
chanoine  d'Aoste. 


Réunion  des  sociétés  savantes,  à  la  Sor- 
bonne.  —  J-e  Congrès  annuel  des  sociétés  savan- 
tes s'est  ouvert  le  8  avril,  à  midi  et  demi  ;  les 
délégués  se  sont  réunis  en  séance  préparatoire 
dans  le  grand  amphithéâtre  de  la  Sorbonne,  sous 
la  présidence  de  M.  Chabouillet,  qui  leur  a  sou- 
haité la  bienvenue.  Les  sections  se  sont  ensuite 
formées  :  celle  d'histoire  et  de  philologie,  sous  la 
présidence  de  M.  Léopold  Delisle;  celle  d'archéo- 
logie, sous  la  présidence  de  M.  Chabouillet;  celle 
des  sciences  économiques  et  sociales,  sous  la 
présidence  de  M.  Emile  Levasseur  ;  celle  des 
sciences  mathématiques,  sous  la  présidence  de 
M.  Paye,  et  celle  des  sciences  naturelles,  sous  la 
présidence  de  M.  de  Quatrefages. 

Section  d'histoire. —  Plusieurs  communications 
ont  été  faites  par  MM.  Jodare,  Dumas  de  Bauly 
et  Guibert  sur  les  Livres  de  raison  et  les  indica- 
tions qu'on  peut  en  tirer  pour  l'histoire  locale. 
M.  Victor  Duruy  a  fait  remarquer  qu'on  pourrait 
peut-être  puiser  dans  ces  documents  des  rensei- 
gnements sur  la  question  toujours  indécise  de 
la  valeur  de  la  monnaie  à  certaines  époques. 
M.  Forestié,  de  Montauban,  a  rappelé  que  le  livre 
de  comptes  des  frères  Bonis,  dont  il  a  entretenu  la 
réunion  à  diverses  reprises,  lui  avait  permis  d'éva- 
luer à  vingt  centimes  de  notre  monnaie  la  valeur 
du  denier  tournois  du  XV<^  siècle. 

M.  l'abbé  Rancealu  une  notice  sur  l'Académie 
d'Arles  qui  fut  fondée  en  1647  et  fut  la  première 
affiliée  à  l'Académie  française. 

M.  Ed.  Forestié  a  fait  une  communication  sur 
les  comptes  des  consuls  de  Montauban  au  XVI"^ 
siècle. 

Section  d'archéologie.  —  Une  intéressante 
communication  de  M.  Vauquelin,  sur  des  pierres 
tombales  qu'il  a  découvertes  à  Bernay,  a  eu  pour 
résultat  d'appeler  l'attention  sur  les  dégradations 
constantes  de  ces  monuments  et  sur  les  moyens 
d'empêcher  qu'ils  disparaissent. 

Le  P.  de  La  Croix  a  f;iit  une  communication 
sur  les  pierres  tombales  qu'il  a  découvertes  dans 
le  département  de  la  Vienne  et  sur  les  moyens  de 
préciser  leur  date  par  le  style  de  leurs  ornements. 

M.  Ed.  P'orestié  a  présenté  un  très  beau  reli- 
quaire du  XI IL'  siècle  en  émaux  de  Limoges. 
Une  de  ses  faces  représente  le  massacre  des  In- 
nocents, l'autre  est  ornée  de  têtes  d'anges  d'un 
beau  travail. 


Section  des  Beaux-Arts.  —  M.  Kaempfen, 
directeur  des  Beaux-Arts,  a  ouvert  la  session  par 
un  discours  de  circonstance,  dans  lequel  il  a  en- 
tretenu la  réunion  des  expositions  de  Delacroix, 
de  Basticn-Lepage  et  des  Pastellistes. 

M.  Carton  a  lu  un  travail  très  étendu  sur 
Pierre  Adrien  Paris,  un  habile  dessinateur  du 
XVIII'ï  siècle,  qui,  en  mourant,  a  légué  son  cabi- 
net de  travail  à  la  ville  de  Besançon.  C'est  lui  qui, 
sous  l'Empire,  fut  chargé  d'expédier  au  Louvre 
les  sculptures  antiques  achetées  au  prince  Bor- 
ghèse. 

M.  Cariez  a  lu  une  piquante  étude  sur  le  Puy 
de  Musique  de  Caen  (1671-1585).  C'était  un  con- 
cours de  musique  institué  par  l'évêque  et  qui 
donna  de  graves  soucis  à  deu.x  prélats. 

M.  Durieux  a  lu  et  commenté  la  correspon- 
dance de  David  d'Angers  avec  M.  Béthune, 
maire  de  Cambrai,  au  sujet  de  l'exécution  du 
tombeau  de  Fénelon,  l'une  des  œuvres  les  plus 
accomplies  du  célèbre  statuaire. 

Le  samedi,  13  avril,  la  séance  solennelle  de 
clôture  a  eu  lieu  sous  la  présidence  de  M.  Goblet, 
ministre  de  l'instruction  publique.  Dans  son  dis- 
cours, tout  entier  consacré  aux  questions  scienti- 
fiques et  artistiques,  il  a  promis  de  soutenir  la 
loi  en  préparation  sur  la  conservation  des  monu- 
ments historiques  et  d'accorder  aux  Sociétés  des 
subventions  aussi  larges  que  possible  afin  de  les 
aider  dans  leurs  travaux. 

M.  Goblet  a  été  assurément  bien  inspiré  en 
séparant  la  science  et  l'art  de  la  politique,  con- 
trairement à  ce  qu'avaient  fait  plusieurs  de  ses 
prédécesseurs  dans  lom-s  discours  de  Sorbonne. 
Mais  il  a  gâté  sa  péroraison  en  invoquant  Y  esprit 
de  la  Révolution.  L'esprit  révolutionnaire  a  dé- 
moli les  églises,  mutilé  les  statues,  dévasté  les 
abbayes,  incendié  les  châteaux,  brûlé  les  archi- 
ves, fermé  les  universités,  déporté  les  professeurs, 
guillotiné  les  savants,  inspiré  la  haine  et  le 
mépris  du  passé.  Nous  ne  voyons  pas  trop  com- 
ment cet  esprit  là  pourrait  utilement  inspirer  les 
érudits  et  les  archéologues. 

Comité  des  travaux  historiques.  — 
I\L  Maurice  Faucon,  d'après  des  documents 
inédits,  trace  l'historique  de  la  construction  de 
l'église  abbatiale  de  la  Chaise-Dieu  ;  il  signale  la 
part  qu'y  prit  Clément  VI,  élev'é,  dès  son  enfance 
dans  ce  célèbre  monastère  ;  il  fait  connaître  l'ar- 


ttlîVUE   DE    I. -AKT   CHRETIE.N'. 
IÊ85.  —  3""^  LIVRAISON. 


364 


Ectiuc  oc   ract   cïjrctien. 


chitecte  qui  en  dirigea  les  travaux  et  les  artistes 
qui  décorèrent  l'édifice.  Ses  renseignements 
détaillés  sur  la  provenance  des  matériaux,  les 
moyens  de  transport,  le  mode  et  la  quotité  des 
salaires,  nous  montrent  quelles  étaient  les  condi- 
tions économiques  du  travail  dans  l'affreuse 
solitude  oij  saint  Robert  établit  un  véritable 
foyer  de  civilisation.  Cet  édifice  a  été  construit 
au  XIV'=  siècle  dans  le  style  gothique  du  midi. 
Les  caractères  dignes  de  remarque  de  l'intérieur 
sont  :  1'^  l'absence  totale  de  chapiteaux  dans  les 
piliers,  la  forme  de  ceux-ci  et  leur  pénétration 
par  les  nervures  de  la  voûte,  sans  qu'elles  soient 
reçues  par  aucune  colonnette  faisant  saillie  et 
leur  servant  de  prolongement  le  long  du  pied- 
droit  ;  2°  la  hauteur  égale  des  trois  nefs  et  la 
tendance  de  la  principale  au  plein-cintre,  en  rai- 
son de  sa  largeur.  A  l'extérieur,  il  faut  noter  des 
contreforts  sans  arcs-boutants,  appliqués  contre 
les  murs  latéraux  jusqu'à  la  naissance  du  toit, 
disposition  qui  résulte  presque  nécessairement 
de  l'égalité  des  nefs  et  de  l'absence  de  chapelles 
en  dehors  des  collatéraux.  M.  Maurice  Faucon 
proteste  contre  l'erreur,  répétée  par  tous  les  his- 
toriens modernes  de  l'abbaye,  par  laquelle  on 
attribue  au  maître  italien  Taddeo  Gaddi  les  car- 
tons des  quatorze  célèbres  tapisseries  de  la 
Chaise-Dieu;  ils  datent  manifestement  et  authen- 
tiquement  du  premier  quart  du  XV!"-'  siècle  ;  ils 
portent,  quant  au  dessin,  le  caractère  très  marqué 
de  l'école  flamande  de  ce  temps.  Le  tombeau  du 
pape  Clément  VI,  aujourd'hui  réduit  à  son  effigie 
solitaire,  était  jadis  accompagné  de  quarante- 
quatre  personnages,  rangés  comme  une  garde 
d'honneur  autour  de  la  figure  du  pape.  Ainsi  ce 
n'étaient  pas,comme  à  d'autres  célèbres  tombeaux 
de  papes  qu'a  laissés  la  Renaissance,  des  sym- 
boles de  haute  puissance  temporelle  ou  spiri- 
tuelle, conceptions  métaphysiques  familières  au 
génie  italien,  ou  encore  des  figures  d'anges  et 
de  saints,  qui  décoraient  celui  de  Clément  VI. 
En  ceignant  la  tiare,  il  n'avait  pu  dépouiller 
l'esprit  féodal,  si  vivace  dans  ce  Limousin  où  il 
était  né  ;  en  devenant  pape,  il  n'avait  pas  cessé 
d'être  l'homme  de  sa  maison,  et  il  se  faisait 
accompagner  dans  la  mort  de  tous  ceux  qui, 
dans  sa  vie,  lui  avaient  été  le  plus  étroitement  unis 
parles  liens  du  sang. 

—  M.  Georges  Bourdon  décrit  ainsi  un  anneau 
épiscopal,  trouvé  dans  la  tombe  de  Jean  II  de  la 
Cour  d'AubcrgcnviUe,  ancien  chancelier  du  roi 
saint  Louis  et  évoque  d'Evreux  de  124.1  à  1256  : 
«Ce  bijou  enormassif  se  compose  de  l'anneau  pro- 
prement dit, finement  guilloché,  et  d'une  large  pla- 
que à  quatre  lobes,  correspondant  au  chaton  d'une 
bague  ordinaire.  Cette  plaque,  qui  s'étendait  sur 
une  partie  de  la  main  et  que  l'évêquc  présentait 
à  baiser  aux   fidèles,  est   richement  décorée  de 


filigranes  figurant  des  arabesques  ornées  de  fleurs 
et  de  feuillages.  Le  centre  en  est  occupé  par  une 
grosse  topaze  sertie  dans  un  chaton.  Huit  petits 
chatons,  répartis  sur  les  quatre  lobes,  contiennent 
des  pierres  précieuses,  un  grenat  alternant  avec 
un  saphir.  Le  saphir  à  droite  du  lobe  supérieur  a 
disparu.  L'anneau  de  Jean  d'Aubergenville  est 
un  ravissant  spécimen  de  ces  œuvres  d'orfèvrerie 
à  filigranes  et  à  cabochons,  qui  caractérisent  l'art 
du  XIIL'  siècle  et  qui  restèrent  en  faveur  jusqu'à 
la  fin  du  siècle  suivant,  notamment  pour  les  croix- 
reliquaires,  et,  en  général,  pour  tous  les  bijoux  en 
matières  précieuses  de  dimensions  peu  considé- 
rables. » 

—  M.  Robert  de  Lasteyrie  s'occupe  de  la  croix 
de  Gavre  dont  nous  avons  parlé  en  détail  dans 
notre  dernière  livraison  (p.  236). 

Le  même  membre  rend  compte  d'une  com- 
munication de  M.  Bénet,  archiviste  de  Sâone-et- 
Loire,  sur  un  croquis  d'architecture  du  XV<=  siècle 
conservé  à  INIàcon  ;  ce  dessin,  daté  de  149g,  donne 
le  pû/ir/rai/  d'une  clôture  de  chapelle  élevée  dans 
l'église  cathédrale  deChàlons-sur-Sàone,aux  frais 
d'un  des  chanoines  de  cette  église.  Les  artistes 
avaient  l'habitude  d'annexer  ces  sortes  de  croquis 
au  te.xte  du  marché  qu'ils  passaient  en  bonne  et 
due  forme.  L'ensemble  du  projet  est  fort  riche  et 
bien  composé  ;  mais  l'exécution  du  dessin  est  tout 
à  fait  grossière.  A  cette  occasion,  M.  de  Lasteyrie 
fait  les  réflexions  suivantes  : 

En  voyant  l'extrême  délicatesse  de  ces  ouvrages,  leur 
complication,  l'étonnante  habileté  que  les  artistes  du  XV" 
siècle  apportaient  à  leur  exécution,  on  est  étonné  qu'ils 
aient  pu  accomplir  de  pareilles  œuvres  d'après  des  dessins 
aussi  imparfaits.  Le  croquis  retrouvé  par  M.  Bénet  ne 
fait  pas  exception  sous  ce  rapport.  On  possède  un  certain 
nombre  de  dessins  originaux  de  maîtres  maçons  ou  d'ar- 
tistes du  moyen  âge,  tous  sont  aussi  défectueux  de  dessin. 
Je  ne  parle  pas  seulement  de  ceux  cjui  peuvent  être  con- 
sidérés comme  de  simples  croquis,  uniquement  destinés, 
dans  l'esprit  de  celui  qui  les  traçait,à  rappeler  les  grandes 
lignes  d'un  éditice,  comme  le  fameux  pi. m  de  Saint-Gall. 
J'excepte  également  le  recueil  deVilard  de  Honnecourt,qui 
n'est  qu'un  carnet  de  notes.  Mais  que  l'on  examine  les 
dessins  du  .\  111"=  siècle  que  MM.  Varin  et  Didron  ont 
découverts,  il  y  a  fiuelques  années,  conservés  :\  l'état  de 
palimpsestes  sur  les  feuillets  d'un  obituaire  de  la  cathé- 
drale de  Reims,  ou  ces  grands  dessins  que  possède  la 
Maison  de  l'œuvre  de  la  cathédrale  de  Strasbourg,  ou 
encore  ces  dessins  du  XV'' et  du-Wl"  siècle  tiue  l'on  con- 
serve dans  plusieurs  villes  d'.Allemagnc.on  retrouvera  dans 
tous  cette  même  simplicité  d'exécution,  ce  même  mépris 
pour  ce  que  les  dessinateurs  modernes  appellent  le 
re/icù/. 

—  M.  Charles  Robert  a  communiqué  au  Comité 
une  plaque  d'ivoire  représentant  les  litanies  de  la 
sainte  Vierge,  ceuvre  du  XIV'^  siècle.Cc  n'est  pas 
un  dipt}-que,  mais,  comme  on  disait  alors,  un 
tableau  clouant  à  deux  vantaux.  Ce  qui  fait  l'inté- 
rêt de  ce  petit  monument,  ce  ne  sont  pas  ses 
représentations  qu'on  trouve  fréquemment  ail- 
leurs, mais  les  multiples  bévues  de  l'artiste  qui  a 


Crauaur   QC0   Sociétés   0ai)ante0. 


365 


écrit  les  légendes.  RI. An.  de  Montaiglon,  en  procé- 
dant par  comparaison,  a  pu  rétablir  les  textes 
que  le  graveur,  ignorant  du  latin,  avait  si  étran- 
gement estropiés.  Si  l'on  ne  se  reportait  point 
aux  monuments  analogues  et  aux  textes  de 
l'Ecriture  Sainte,  il  serait  difficile  de  deviner  des 
inscriptions  telles  que  celles-ci  :  SPILILIVMNV. — 
David  cvpre  ma.  —  Fvsa  fedeu,  etc. 

Sociétédel'Histoire  ecclésiastique  de  Paris. 

—  Le  calice  de  S.  Chrodegand,  qui  se  trouvait 
jadis  à  Saint-Martin-des-Champs,fait  aujourd'hui 
partie  de  la  collection  Basilewski,  récemment 
achetée  par  l'empereur  de  Russie.  M.  Rohault  de 
Fleury  consacre  une  notice  à  ce  vase,  fondu  en 
bronze  et  orné  de  lames  d'argent  avec  dessins 
gravés  en  noir.  Les  lames  forment  des  triangles 
terminés  par  des  rosaces  géométriques  ou  des 
rosaces  isolées  sur  le  bronze.  Le  nœud  est  enrichi, 
au  milieu,  d'une  bague  avec  une  suite  de  petits 
cercles  et  de  deux  autres  bagues  perlées.  On  lit 
sur  les  lèvres  du  vase  cette  inscription  incom- 
plète :  iii  noniine  dni  oiniiipotcntis  grinifridus 
presb...  La  forme  des  caractères  et  des  ornements 
fait  croire  à  M.  Rohault  de  Fleury  que  ce  calice 
doit  remonter  au  commencement  du  VIII"=  siècle. 

Société  des  Antiquaires  de  l'Ouest.  —  Le 
R.  P.  Camille  de  La  Croix  interprète  trois  nouvel- 
les inscriptions  franques,  gravées  en  creux  sur  des 
couvercles  de  sarcophages  découverts  à  Antigny 
(Vienne).  Après  beaucoup  de  considérations  épi- 
graphiques,  il  croit  pouvoir  les  lire  et  les  traduire 
ainsi:  i°RVilVLIAN.*  VY.t:ka(  la  pierre  deRumilia- 
na  ou  à  Rumiliana)  ;  2°  Tavrvs  VIVAT  IN  Deo. 
Tavri  (ou)  Tavro  PETRA  (que  Taitriis  vive  en 
Dieu, cette  pierre  esta  Taurus  ou  est  celle  de  Tauriis); 
MAGNEFRVD.-E  PETRA  (la  pierre  de  Magnefriida, 
c'est-à-dire  :  cette  sépulture  est  celle  de  Magne- 
fruda).  Cette  formule/t?/rrt,  dans  le  sens  de  sépul- 
ture, n'avait  pas  encore  été  signalée  jusqu'ici  dans 
les  recueils  épigraphiques,  et  c'est  là  ce  qui  donne 
un  intérêt  tout  particulier  à  ces  inscriptions.Quant 
à  la  formule  vivat  in  Deo,  elle  avait  été  men- 
tionnée,dans  les  Gaules,  par  MM.  de  Longuemar 
et  Le  Blant,  mais  sur  des  monuments  qui  datent 
des  III^  et  IV"=  siècles,  tandis  que  les  inscriptions 
d'Antigny  ne  peuvent  point  remonter  au  delà  de 
la  fin  du  VI^  siècle. 

Académie  du  Var.  —  Le  dernier  volume  de 
son  Bulletin  est  occupé  presque  tout  entier  par 
VHistoire  de  Toulon,  due  au  docteur  Gustave 
Lambert.  Nous  y  trouvons  de  savantes  recherches 
sur  l'église  Notre-Dame.  Son  style,  dans  les 
parties  qui  ont  échappé. aux  reconstructions  né- 
cessitées par  les  catastrophes  qu'elle  a  subies, 
accuse   la   fin  du   XI'=   siècle,    ce    qui    corrobore 


pleinement  la  tradition.  Le  plan  et  le  style  roman 
de  l'église  primitive  se  révèlent  :  dans  l'épaisseur 
de  ses  murs  hors  de  toute  proportion  avec  les 
dimensions  de  l'édifice  ;  dans  l'absence  d'abside  ; 
dans  l'arcade  qui  forme  l'entrée  du  maitre-autel, 
ainsi  que  dans  les  piliers  massifs  à  forme  et  base 
prismatiques.  On  trouve,  il  est  vrai,  dans  ce  vieux 
monument,  des  parties  d'un  style  architectural 
qui  répondent  à  ce  qu'on  appelle,  dans  le  midi,  le 
gothique  de  transition,  et  qui  ne  peuvent  être  que 
du  mih'eu  ou  de  la  fin  du  XII^  siècle,  telles,  par 
exemple,  que  le  plein-cintre  en  arc  brisé  de  l'an- 
cienne nef  médiane  et  les  arcades  aiguës  à 
double  rang  de  claveaux  des  deux  nefs  latérales. 
Cette  bizarrerie,  qui  pourrait  jeter  quelque  con- 
fusion sur  l'époque  réelle  de  la  construction  pri- 
mitive, ne  présente  cependant  rien  qui  ne  puisse 
être  expliqué  par  l'histoire  du  monument.  On 
sait,  en  effet,  que  la  ville  de  Toulon  a  été  bien 
des  fois  saccagée  et  incendiée  dans  le  cours  du 
XII'^  siècle.  On  peut  donc  admettre  comme  un 
fait  certain  que  l'église,  qui  ne  devait  avoir, 
comme  presque  toutes  les  églises  de  ce  temps, 
qu'une  toiture  en  charpente,  a  dû  être  ruinée 
plusieurs  fois  et  finalement  réparée  dans  le  goût 
de  l'époque,  vers  les  dernières  années  du  XI  I« 
siècle,  cent  ans  environ  après  sa  construction. 
De  là  cette  rencontre,  dans  la  voûte  et  les  arcades, 
du  style  gothique  de  transition  greffé  sur  un 
plan  conçu  et  exécuté  d'après  les  formules  de 
l'architecture  romane.  J.  C. 

Académie  des  Inscriptions  et  Belles  Lettres. 
— Dans  la  séance  du 30  janvier,  M.Clermont-Gan- 
neau  a  communiqué  une  note  relative  à  une 
découverte  faite  par  lui,  il  y  a  une  quinzaine 
d'années,  dans  une  vieille  construction  de  Jéru- 
salem. Il  s'agit  d'un  bloc  de  pierre  sur  une  des 
faces  duquel  il  distingua  une  inscription  grecque. 
En  fouillant  le  sol  et  dégageant  le  bloc,  l'inscrip- 
tion apparut  tout  entière.  Elle  disait  :  «  Que 
l'étranger  qui  aura  franchi  cette  limite  soit  averti 
que  la  mort  peut  s'ensuivre  pour  lui.  >  On  a\'ait 
sous  les  yeux  un  fragment  des  stèles  qui,  dans  le 
temple  bâti  par  Hérode,  formaient  un  cordon 
entre  le  parvis  des  Gentils,  situé  à  l'extérieur,  et 
l'enceinte  intérieure,  réservée  aux  Juifs.  Il  était 
interdit,  sous  peine  de  mort,  aux  Gentils  de 
s'introduire  dans  le  parvis  sacré,  et  on  sait  que 
saint  Paul  faillit  être  lapidé  par  la  foule,  parce 
qu'on  l'accusait  d'avoir  introduit  avec  lui  des 
Grecs  dans  ce  parvis.  M.  Clermont-Ganneau 
voulut  s'approprier  le  bloc  en  question  ;  il  en  fut 
empêché  par  le  bruit  qu'on  fit  à  dessein  autour 
de  sa  trouvaille  et  par  l'intervention  des  autorités 
turques.  La  précieuse  pierre  fut  transportée  à 
Constantinople,  où  elle  est  aujourd'hui  encore 
parmi  les  collections  impériales.  Grâce  à  l'obli- 


î66 


Ecljuc   Oc   r^rt    chrétien, 


geance  de  M.  Sorlin-Dorigny,  M.  Clerniont- 
Ganneau  a  pu  obtenir  un  moulage  parfait  du 
bloc,  qu'il  a  placé  sous  les  yeux  de  l'Académie 
avant  de  l'offrir  au  musée  du  Louvre. 

Société  Nationale  des  Antiquaires  de  France. 
- —  SàT/ur  du  10  dcccuibrc  iSS-f.. —  M.  Rainé  fait 
l'examen  critique  de  l'ouvrage  consacré  par  le 
P.  de  La  Croix  à  cet  li\-pogée  de  Poitiers,  dans 
lequel  l'auteur  des  fouilles  de  Sanxay  voudrait 
reconnaître  un  sanctuaire  du  VI"  siècle  érigé  à 
soixante-douze  martyrs  Poitevins  inconnus  jus- 
qu'ici. M.  Ramé  ne  voit  autre  chose  dans  le  sou- 
terrain, si  heureusement  découvert  par  le  P.  de  La 
Croix,  que  le  tombeau  d'un  abbé  Mellobaude 
dont  le  nom  seul  est  connu  et  dont  la  date  est 
ignorée.  Mais  les  termes  de  comparaison  fournis 
par  la  Meiitoria  Veiierandi  k  Clermont,  et  surtout 
par  le  Sacramcntaire  de  Gellone, permettent  d'at- 
tribuer le  monument  au  VIII*^  siècle,  ce  qui  le 
rend  précieux  malgré  son  extrême  barbarie,  à 
raison  du  petit  nombre  d'œuvres  de  cette  époque 
parvenues  jusqu'à  nous, 

M.  Héron  de  Villefosse  lit  au  nom  de 
M.  Berthelé,  un  mémoire  sur  l'église  de  Gourgé, 
près  Parthenay.  Le  chevet  de  cette  église  re- 
monte aux  dix  dernières  années  du  IX«  siècle  ; 
il  fait  partie  d'une  catégorie  d'édifices  dont  les 
spécimens  sont  excessivement  rares  en  France. 

M.  de  Lasteyrie  fait  quelques  réserves  au  sujet 
de  cette  attribution.  Les  caractères  signalés  par 
M.  Berthelé  sont  peu  tranchés  et  conviendraient 
aussi  bien  à  un  édifice  de  la  première  moitié  du 
XL"  siècle. 

M.  Héron  de  Villefosse  communique  ensuite, 
de  la  part  de  M.  Guigue,  une  inscription  décou- 
verte dans  le  Rhône,  qui  mentionne  pour  la 
première  fois  les  corporations  des  négociants 
transalpins  et  cisalpins.  Le  personnage  auquel 
l'inscription  a  été  élevée  et  qui  fut  préfet  de  cette 
corporation  est  originaire  de  Trêves. 

Le  même  membre  lit  une  lettre  de  M.  Rochetiii, 
contenant  d'importantes  remarques  sur  le  texte 
et  le  sens  d'une  inscription  en  caractères  grecs, 
découverte  à  la  source  du    Groseau  (Vaucluse). 

Séance  du  2^  dcceiiibre  iSS-j..  —  M.  Palustre  fait 
connaître  un  monument  funéraire  de  la  famille 
d'Alesso,  retrouvé  au  château  d'Ussé  (Indre-et- 
Loire).  Il  communique  ensuite  les  photographies 
de  remarquables  objets  d'orfèvrerie  faisant  partie 
du  trésor  de  la  cathédrale  de  Trêves. 

M.  Courajod  lit  un  mémoire  intitulé  Geniiaiii 
Pilon  et  les  monuments  de  la  chapelle  de  Birague 
à  Sainte-Catherine  du  Val  des  Ecoliers,  dans 
lequel  il  démontre  à  l'aide  de  gravures  et  de 
dessins  anciens,  que  deux  écussons  de  marbre 
blanc,  d'un   goût  charmant   et  d'une  très    belle 


exécution,  entrés  récemment  au  Louvre,  pro- 
viennent du  célèbre  tombeau  de  Valentine  Bal- 
biani,  femme  du  chancelier  de  Birague. 

M.  Héron  de  Villefosse  annonce  à  la  Com- 
pagnie que  le  P.  Camille  de  La  Croix  vient  de 
commencer  des  fouilles  à  Antigny  (Vienne),  dans 
un  ancien  cimetière  mérovingien  et  que  ces 
fouilles,  qui  promettent  d'être  fructueuses,  ont 
donné  déjà  des  résultats  importants  ;  il  présente 
l'estampage  d'une  inscription  romaine  qui  avait 
été  employée  pour  faire  un  sarcophage  et  qui 
renferme  des  noms  gaulois  intéressants.  Une  note 
de  M.  Ernault,  professeur  à  la  Faculté  des  lettres 
de  Poitiers, accompagne  l'envoi  du  P.  de  La  Croix. 
Plusieurs  inscriptions  funéraires  mérovingiennes 
ont  été  découvertes  ;  l'une  contient  une  formule 
nouvelle  relative  au  respect  dû  à  la  sépulture. 

Séance  du  i^  janvier  iSS^.  —  M.  Palustre 
présente  des  photographies  de  belles  miniatures 
de  manuscrits  du  XVL'  siècle  provenant  de  la 
cathédrale  de  Mirepoix,  et  appartenant  aujour- 
d'hui à  la  Société  archéologique  de  Toulouse. 
Elles  paraissent  devoir  être  attribuées  à  Antoine 
Nyort,  qui  travailla  pour  Philippe  de  Léris,évêque 
de  Mirepoi.x.  {y .  Revue  de  P Art  chrétien,  1885, 
pp.  252  à  268.) 

Séance  du  2j  février  iSSj.  —  Une  commis- 
sion est  nommée  pour  examiner  les  réponses 
faites  par  les  diverses  Sociétés  savantes  de 
France  à  l'appel  que  la  Société  leur  a  faite  pour 
la  conservation  des  monuments  de  P'raiice  et 
d'Algérie. 

M.  Charle  Read  communique  un  beau  médail- 
lon en  bron/.e  émaillé  représentant  le  roi  Louis 
XII.  MM.  Courajod  et  Muntz  le  rapprochent  de 
diverses  pièces  analogues. 

Séance  du  y  mars.  —  M.  L.  Palustre  adresse 
une  note  sur  une  inscription  qui  se  lit  sur  un 
chapiteau  du  XII'^  siècle  dans  l'église  de  Châtil- 
lon-sur-Indre  et  qui  donne  le  nom  d'un  sculpteur 
inconnu  jusqu'ici.  Elle  est  ainsi  conçue  :  Petnis 
fanitor  capitellum  istud  fecit  priinum. 

Séance  du  11  mars.  —  M.  Courajod  commu- 
nique une  petite  figure  en  terre  de  pipe  repré- 
sentant sainte  Barbe  et  qui  vient  d'être  donnée 
au  Musée  du  Louvre  par  M.  Henri  Havard. 

M.  Guillaume  lit  une  note  sur  la  découverte 
d'une  médaille  à  l'effigie  d'Hélène,  mère  de 
Constantin,  qui  vient  d'être  faite  à  Valenciennes. 

M.  Héron  de  Villefosse  communique  de  la  part 
de  M.  Berthelé  le  te.xte  d'une  inscription  récem- 
ment découverte  à  Aulnay  (Charente  Inférieure) 
et  relative  à  un  soldat  de  la  XIV'-'  légion. 

Séance  du  3j  mars.  ■ —  M.  de  Barthélémy  pré- 
sente au  nom  de  MM.  Richard  et  de  la  Broisse 


Ctatjaur   Des   Sociétés  sauantcs 


367 


un  coffret  d'ivoire  paraissant  être  de  fabrication 
persane  du  XIII<^ouXlVe  siècle,  et  ayant  con- 
tenu de  longue  date  des  reliques  de  saint  Tug- 
dual,  évèque  de  Tréguier.  Ce  coffret  appartient 
au  président  du  conseil  de  fabrique  de  l'église 
de  la  Trinité  à  Laval. 

M.  le  baron  de  Geymuller  présente  un  recueil 
de  dessins  d'architecture  d'Antonio  da  San  Gallo 
(l'Ancien)  et  de  son  neveu  Francesco. 

Séances  des  i'^''  et  8  avril.  —  La  société  archéo- 
logique de  l'Orléanais  adresse  une  lettre  d'adhé- 
sion au  vœu  formulé  par  la  société  des  Anti- 
quaires de  France  pour  la  préservation  des 
monuments  anciens. 

M.  Palustre  présente  une  suite  de  photographies 
des  bas-reliefs  en  marbre  blanc  disposés  e.\té- 
rieurement  autour  de  l'abside  dans  l'église  de 
St-Paul-lez-Dax  ;  peut-être  proviennent-ils  de 
l'ancienne  église  bâtie  dans  le  courant  du 
X<^  siècle.  Les  sujets  sont  tirés  de  la  Passion,  sauf 
un  seul,  qui  reproduit  des  animaux  fantastiques 
décrits  dans  les  anciens  bestiaires  ;  ces  bas-reliefs 
sont  comparables  à  ceux  de  Saint-Sernin  de 
Toulouse. 

M.  Julliot  annonce  que  le  trésor  de  la  cathé- 
drale de  Sens  s'est  enrichi  d'une  collection  d'or- 
nements pontificaux  de  diverses  époques  donnés 
par  la  famille  Auguste  de  Bastard.  (V.  notre 
Chronique,  Congrès  de  la  Sorbonne.) 

M.  Pilloy  présente  un  choix  d'objets  retirés  de 
sépultures  franques  à  Homblières  (Aisne). 

M.  Buhot  de  Kersers  présente  une  plaque  de 
bronze  trouvée  à  la  Croix  Moulte-Joie  près  Bour- 
ges ;  cet  objet,  anciennement  émaillé,est  orné  d'un 
sujet  représentant  une  femme  agenouillée.  Au- 
dessus,  en  minuscules  gothiques  du  XIV'^  siècle, 
la  devise  :  Espéra  en  Deo. 

M.  de  Geymiiller  dit  que  le  volume  de  Giuliano 
da  San  Gallo  à  la  bibliothèque  Barbcrini  a  subi 
un  remmargement  qui  a  agrandi  son  format.  San 
Gallo  ayant  dessiné  dans  ce  volume  depuis  l'an- 
née 1465  jusqu'en  15  14,  les  dessins  de  sa  jeunesse 
sont  d'une  main  plus  légère  que  les  suivants  et 
ont  pu  être  attribués  à  son  fils  Francesco  qui  a 
ajouté  des   annotations  manuscrites  au  volume. 

M.  Mlintz  ajoute  que,  grâce  à  l'obligeance  de 
M.  de  Geymuller,  il  peut  fi.xer  la  date  d'un  des 
voyages  de  Giuliano  en  P'rance  ;  au  mois  d'avril 
1496,  le  célèbre  architecte  italien  quitta  Avignon 
pour  se  rendre  à  Frasse  en  pasTjant  par  Arles,  St- 
Maximin  et  Draguignan. 

Séance  du  ij  avril.  —  M.  Gréau  conteste  que 
la  plaque  de  bronze  portant  l'inscription  espéra 
en  Deo  et  communiquée  dans  la  séance  précé- 
dente ait  jamais  été  émaillée  ;  il  n'y  voit  qu'un 
travail  de  burin  sur  un  fond  doré  ;  l'objet  n'en 
est  pas  moins  très  intéressant. 


M.  de  Boislisle  lit  un  travail  sur  la  grande 
fonte  des  objets  d'orfèvrerie  en  1690  ;  elle  a  eu 
pour  conséquence  de  développer  l'industrie  de  la 
faïence  à  Aloustiers  et  à  Marseille.  M.  Nicard 
dit,  que  c'est  aux  époques  les  plus  tristes  de  notre 
histoire,  qu'on  a  fabriqué  le  plus  d'argenterie, 
pendant  la  guerre  de  cent  ans,  par  exemple. 

M.  Bapst  annonce  que  M.  le  B°"  Pichon  a  re- 
cueilli des  notes  sur  toutes  les  fontes  exécutées  à 
l'hôtel  de  la  Monnaie,  et  rappelle  que,  suivant 
l'opinion  de  I\L  Darcel,  l'argenterie  tenait  lieu  de 
numéraire  au  moyen  âge. 

M.  Courajod  lit  un  mémoire  sur  le  buste  de 
Jean  de  Bologne  conservé  au  Musée  du  Louvre; 
il  démontre  qu'il  a  été  sculpté  par  Pietro  Tacca, 
attribution  qui  a  été  dernièrement  contestée  par 
M.  Abel  Desjardins. 

Séances  des  22  et  2Ç  avril.  —  RL  Molinicr 
présente  divers  fragments  de  poterie  italienne  du 
genre  dit  à  la  Castcllana,  très  répandu  dans  toute 
l'Italie  pendant  plusieurs  siècles  ;  il  décrit  ensuite 
les  faïences  du  XIV*^  siècle  qui  décorent  l'exté- 
rieur de  la  cathédrale  de  Lucques. 

M.  Germain  Bapst  fait  une  communication  sur 
un  des  joyaux  de  la  couronne  de  France  connu 
sous  le  nom  de  Côte  de  Bretagne. 

M.  Gaidoz  lit,  sur  épreuves,  un  travail  relatif 
aux  rouelles  celtiques  qu'il  considère  comme  des 
amulettes. 

M.  Ramé  a  la  parole  pour  présenter  des  obser- 
vations sur  les  inscriptions  de  la  crypte  de  l'église 
St-Savinien  à  Sens  ;  il  les  croit  antérieures  à  l'an 
857. 

M.  de  Lasteyrie  conteste  ces  conclusions  ;  il 
regarde  les  inscriptions  comme  postérieures  à 
l'an  1068. 

M.  Gaidoz  établit  un  rapprochement  entre  le 
bas-relief  d'Esus  conservé  au  Musée  de  Cluny  et 
un  sujet  analogue  figuré  parmi  les  bas-reliefs  de 
la  Porte-Noire  à  Besançon. 

M.  Gréau  exhibe  une  roue  de  bronze,  ainsi 
qu'un  beau  choi.x  de  rouelles  en  bronze  et  en 
plomb  de  sa  collection. 

Séance  du  6  mai.  —  1\L  l'abbé  Duchesne  pré- 
sente des  observations  sur  un  manuscrit  du  Liber 
Pontificalis  en  deux  parties  séparées  mais  se  rac- 
cordant sans  aucun  doute  possible  :  l'une  de  ces 
parties  est  à  la  bibliothèque  de  Poitiers,  l'autre, 
comprenant  trois  cahiers  et  provenant  de  la  col- 
lection d'Ashburnham,  a  été  acquise  par  l'Italie 
pour  la  bibliothèque  de  Florence  ;  il  est  mainte- 
nant prouvé  que  cette  deuxième  partie  a  été 
frauduleusement  détachée  du  manuscrit  de  Poi- 
tiers. Monsieur  le  baron  de  Geymuller  présente 
un  recueil  de  dessins  d'architecture  d'Antonio  da 
San  Gallo  (l'.Ancicn)  et  de  son  neveu  Francesco. 


368 


iRcuuc   De    l'art    cfjrctien. 


Si'aiice  du  ij  mai.  —  M.  Molinier  présente  la 
cbroinolithographic  d'un  triptyque  en  cuivre 
émaillé  appartenant  au  Musée  national  de  Bu- 
dapest. Il  établit  que  ce  triptyque,  qui  passe 
pour  une  œuvre  byzantine  du  X'=  siècle,  est  celle 
d'un  faussaire  qui  s'est  servi  d'une  gravure  de 
Gori  représentant  une  des  mosaïques  byzantines 
conservées  au  baptistère  de  Florence. 

Séance  du  20  mai  iSSj.  —  M.  de  Villefosse 
fait,  au  nom  de  M.  l'abbé  Duchesne,  hommage 
de  son  mémoire  intitulé:  Les  Sources  du  Alartv- 
rologe  liicroiiymieii  ;  étude  critique  d'un  précieux 
document  hagiographique  dont  M.  l'abbé  Du- 
chesne prépare  une  édition  définitive  en  collabo- 
ration avec  M.  J.  B.  de  Rossi. 

Commi.ssion  royale  d'Art  et  d'Archéologie 
de  Belgique.  —  M.  Ed.  Baes  entreprend  de 
prouver  que  l'art  n'a  point  pris  naissance  dans 
nos  contrées  septentrionales,  mais  que  l'influence 
exercée  par  la  Grèce,  et  particulièrement  par 
l'Italie,  a  fourni  l'inspiration  première  de  toutes 
nos  écoles  de  peinture.  Pour  lui,  tous  les  types 
primordiaux  de  l'art  des  peuples  du  Nord  peuvent 
être  ramenés  à  des  modèles  romains  ou  byzantins. 
L'école  de  Giotto  a  donné  une  tournure  nouvelle 
à  ces  types.  L'ornement  affecte  dans  nos  régions 
un  caractère  plus  original,  mais  la  figure  byzan- 
tine continue  à  dominer  jusqu'au  XIV'^  siècle,  et 
prend  plus  tard  son  origine  en  Italie.  L'Italie, 
selon  notre  auteur,  a  fait  l'éducation  de  nos  ar- 
tistes gothiques,  et  non  l'école  germanique, 
comme  d'aucuns  le  prétendent.  Il  retrouve  les 
t\-pes  italiens  dans  les  figures  de  l'école  de  Van 
Éyck  ;  c'est  ce  qu'il  s'efforce  d'établir  en  invo- 
quant une  multitude  d'exemples  puisés  un  peu 
partout.  Il  arrive  ainsi  à  conclure,  «  que  l'art 
n'est  point  un  produit  spontané  du  géi.ie,  qu'il 
s'est  toujours  composé  au  moinsd'autant  de  scien- 
ce et  d'expérience  que  d'inspiration  ».  La  déduc- 
tion nous  parait  tout  à  fait  juste,  mais  nous  ne 
comprenons  plus  bien  quand  il  ajoute,  comme 
autre  conséquence,  «  que  l'éclectisme  est  toujours 
le  système  le  plus  rationnel,  le  seul,  pour  ainsi 
dire,  capable  d'élever  l'expression  d'un  artiste  ». 

Si  nous  repoussons  ce  corollaire,  qui  ne  découle 
pas  du  tout  de  la  proposition,  nous  ne  reconnais- 
sons pas  moins  la  justesse  de  celle-ci,  qui  ne  dif- 
fère pas,  du  reste,  de  celle  qu'incidemment,  notre 
collaborateur,  M.  de  Linas,  développait  en  termes 
plus  saisissants  dans  son  article  sur  le  crucifi.x  de 
Léon  (V.  livr.  de  janvier,  p.  193). 

M.  Baes  traite  en  passant  une  intéressante 
question,  qui  mérite  un  instant  d'examen.  On 
sait  que  deu.x  usages  avaient  prévalu  autrefois, 
en  ce  qui  concerne  la  manière  de  traiter  la  figure 
du  Christ.  Les  Grecs  orthodoxes   la   montraient 


sereine  et  belle,  malgré  la  souffrance;  les  Latins 
préoccupés  d'exprimer  la  souffrance,  l'altéraient 
jusqu'à  consacrer  un  type  voulu  de  laideur. 

De  là,  les  efforts  des  sculpteurs  d'Occident, 
pour  représenter  une  flexion  du  torse,  plus  con- 
ventionnelle que  vraie,  qui  se  remarque  dès  le 
XIIL  siècle,  et  surtout  au  XIV^  ce  qui  donne 
aux  Christs  de  cette  époque,  le  caractère  de  l'art 
du  XV*^.  Cette  même  fle.xion  se  retrouve  dans 
les  figures  de  madones  avec  l'enfant  JÉSUS.  Nos 
contrées  montrent  une  véritable  prédilection  pour 
les  attitudes  forcées.  D'après  M.  Baes,  les  maniè- 
res affectées  à  la  cour  de  France,  le  parti-pris 
d'élégance  exagérée,  ne  peuvent  avoir  été  étran- 
gers à  l'essor  de  cet  art  à  allures  élégantes  ;  mais 
il  fait  remonter  l'origine  de  cette  sorte  de  cam- 
brure au  parti-pris  des  confréries  de  sculpteur-, 
fabricants  de  Christs  (Jhcsusmainius)  à  attitude 
contorsionnée. 

Nous  devons  une  mention  toute  spéciale  à 
l'intéressante  notice  de  M.  Van  Even,  sur  maître 
Jean  Borman,  le  grand  sculpteur  belge  de  la  fin 
du  XV>^  siècle,  auteur  du  retable  de  l'église  de 
Gusthow,  (grand  duché  de  Mecklembourg),  dont 
la  décoration  picturale  est  attribuée  à  Bernard 
Van  Orley. 

—  Avant  l'exposition  nationale  de  Bru.\ellcs, 
en  1880,  on  méconnaissait  l'existence  en  Bel- 
gique de  verres  à  la  façon  de  Venise.  M.  H. 
Schuermans,  a  prouvé,  nous  l'avons  dit,  (V. 
Revue  de l' Art  chrétien,  18S4,  p.  492)  que  des  ver- 
res artistiques  ont  été  fabriqués  en  Belgique  dans 
le  XVIf^  siècle,  notamment  à  Anvers  et  Liège. 
Le  savant  archéologue,  continuant  ses  recherches 
si  remarquables  et  si  précieuses,  entre  dans  des 
développements  sur  l'histoire  de  cette  fabrication 
à  Anvers,  Bruxelles,  Liège,  Huy,  Châtelet,  Na- 
mur,  Gand  et  dans  les  villes  voisines  de  la  Belgi- 
que: i\Iaestricht,Bois-le-Duc,]\Iiddelbourg.On  sait 
aujourd'hui  que  l'Angleterre,  la  Hollande,  l'Al- 
lemagne peuvent  prétendre  au  même  honneur  ; 
et  quant  à  la  France,  elle  a  eu  aussi  de  nom- 
breux ateliers,  comme  l'établit  un  autre  article 
de  M.  Schuermans  lui-même,  dont  nous  nous 
occupons  plus  loin  (V.  Périodiques). 

Signalons  une  notice  du  même  auteur  sur  Si- 
mon Cognoullc,  sculpteur  liégeois.  Six  panneaux 
sculptés  par  lui,  représentant  l'histoire  d'Alexan- 
dre, étaient  récemment  offerts  aux  enchères  à 
l'hôtel  Drouot  ;  ils  ont  été  acquis  pour  18,500  frs 
par  le  musée  de  Berlin. 

Société  des  Sciences,  Arts  et  Lettres  du 
Hainaut.  —  Nous  avons  parlé  de  X histoire  de  la 
ville  de  Biiiche,  par  M.  Th.  Lejeunc,  commencée 
dans  le  tome  VII  de  cette  publication  (V.  Revue 
de  l'Art  chrétien,    1884,    p.    185).   Le  tome  VIII 


Cratjaur  Des    ^ocictcs    0atiantes. 


369 


contient  la  fin  de  cette  laborieuse  étude.  —  Signa- 
lons des  détails  sur  l'antique  trésor  de  l'abbaye  de 
Lobbes  transféré  à  Binche  en  1409.  Plus  tard  les 
corps  de  saint  Ursmer  et  de  ses  compagnons,  la 
relique  de  saint  Pierrc.et  d'autres  reliques  insignes 
furent  placés  dans  de  nouvelles  et  précieuses  cliâs- 
ses  (1419).  Marguerite  d'York  offrit  au  chapitre 
une  parcelle  de  la  sainte  Croix  enchâssée  dans  un 
reliquaire  précieux.  Après  avoir  échappé  à  plu- 
sieurs pillages  que  subit  la  ville  dcRinche.le  trésor 
inestimable  du  chapitre  de  Saint-Ursmcr  tomba 
en  17S9  aux  mains  des  révolutionnaires.  Les 
châsses,  conduites  à  Mons,  y  furent  profanées,  les 
corps  saints  brûlés,  et  leurs  cendres  jetées  aux 
quatre  vents  du  ciel,  à  l'exception  de  ceux  de 
saint  Théodulphe  et  de  saint  Àmoluin. 

M.  Lejeune  nous  donne  ensuite  l'histoire  du 
château  de  Fontaine  l'Évêque  élevé  au  XIII'' 
siècle,  mais  dont  il  ne  reste  de  primitif  que  la 
chapelle  castrale,  remaniée  en  partie  au  XVI I<^ 
siècle,  et  restaurée  par  M.  Cador. 

Cercle  archéologique  de  Mons.  —  Cette 
laborieuse  société  publie  de  volumineux  mé- 
moires, qui  seront  des  documents  sérieu.x  pour 
l'histoire.  Nous  y  trouvons  reproduite  une  confé- 
rence de  M.  L.  Devillers,  l'infatigable  archiviste, 
qui  a  dépouillé,  depuis  de  nombreuses  années, 
les  archives  paroissiales  et  communales  de  Mons, 
pour  en  tirer  l'histoire  des  monuments  de  cette 
ville.  Résumant  aujourd'hui  ses  recherches,  il 
nous  donne  un  aperça  sur  le  passe  artistique  de 
Mons;  ce  travail  demande  d'être  résumé  ici. 

On  possède  à  présent  la  liste  des  maîtres  ma- 
çons, pensionnaires  de  la  ville,  depuis  Jehan  le 
Roy,  nommé  en  1316,  et  l'on  connaît  la  plupart 
des  anciens  maîtres  maçons  attitrés  des  comtes 
de  Hainaut,  parmi  lesquels  brillent  Michel  de 
Rains,  l'auteur  des  plans  de  la  collégiale  de  Ste- 
VVaudru,  et  Jehan  Spiskin,  qui  fut  préposé  à  la 
direction  des  travaux  (1450).  Au  XVI'=  siècle  ap- 
paraît le  célèbre  Jacques  De  Brœucq,  le  restaura- 
teur de  l'architecture  dans  les  Pays-Bas,  à  l'épo- 
que de  la  Renaissance. 

Le  premier  nom  de  peintre  montois  se  ren- 
contre en  1399  :  Jehan  le  Poindeur,  peint  en 
cette  année  des  (^//77/'i'  historiés.  En  1418,  Pierre 
Henné  e.xécute  le  portrait  de  Marguerite  de  Bour- 
gogne et  de  Jean  IV.  M.  Devillers  a  recueilli  une 
quinzaine  de  noms  de  peintres  du  XV'^  siècle. 
Nous  ne  nous  arrêterons  pas  à  ceux  des  siècles 
suivants. 

Les  enlumineurs  ne  font  pas  défaut.  On  sait 
que  Jacques  Pilavoine  travailla  à  la  transcription 
des  ouvrages  du  fameux  VVancquelin.  Les  archi- 
ves montoises  mentionnent  des  ouvrages  d'enlu- 
minure faits  par  Martin,  enlumineur  (1468),  par 


Jehan  Kareton,  peintre  (1469J,  par  Jehan  Bac- 
qon,  enlumineur  et  escripvain  (1471-1488),  par 
Jehan  Leroy,  calligraphe  et  enlumineur  (1468- 
148 1),  et  par  Pierre  Gouset  (15 19). 

Jehan  et  Henri  le  Verrier  sont  souvent  cités 
dans  les  comptes  de  Ste-W'audru,  et  il  y  eut  à 
Mons  toute  une  lignée  de  peintres  sur  verre  du 
nom  d'Eve,  dont  on  conserve  encore  des  vitraux 
dans  la  collégiale. 

Les  orfèvres  furent  nombreux  à  Mons  aux  XV*-' 
et  XVI'î  siècles.  On  tr.ouve  dans  le  XIII«  siècle 
Wauthier  l'orfèvre.  Rappelons  ici  que  le  mé- 
tier reçut  des  statuts  dès  1406,  et  que  l'on  con- 
serve au  musée  de  la  ville  deux  plaques  d'étain 
sur  lesquelles  les  maîtres  appliquaient  leurs  poin- 
çons. Les  noms  de  cinquante  orfèvres  y  figurent 
avec  leurs  marques  respectives. 

M.  Devillers  ne  nous  fait  connaître  que  des 
sculpteurs  du  XV^^  siècle.  Maître  Gilles  le  Kat 
(141 1),  A.  Coppin  et  Jehan  Melluit  (1444),  Jac- 
quemart Amand  (1487).  Au  XV*=  siècle,  il  cite 
Michel  Boenne,  déjà  connu,  et  Jehan  De  Thuin, 
l'habile  collaborateur  de  Jacques  De  Brœucq. 
Nous  avons  déjà  cité  celui-ci  comme  architecte. 
Il  s'illustra  aussi  comme  sculpteur,  et  l'ancien 
jubé  de  Ste-VVaudru,  son  chef-d'œuvre,  remplit 
encore  l'église  de  ses  débris  dispersés.  Louis  le 
Doulx  mérite  une  mention  après  lui. 

Le  XVIP  volume  des  Annales  du  cercle  est 
consacré  tout  entier  à  un  travail  historique 
étendu  sur  l'abbaye  de  Cambron  (suite  au  tome 
XIV)  par  M.  Clément  Monnier.  Cette  monogra- 
phie traitée  très  minutieusement  laisse  très  peu 
à  glaner  sur  le  même  sujet  :  tout  semble  avoir  été 
dit.  Parmi  les  nombreuses  gravures  qui  accom- 
pagnent ce  livre,  nous  en  remarquons  quelques- 
unes  très  artistiquement  lithographiées  par  Vas- 
seur  à  Tournay,  notamment  la  statue  du  tombeau 
de  Williames  de  Gavre,  celle  de  sa  femme,  le  tom- 
beau d\'m  seigneur  de  la  famille  d'Enghien,  etc. 

L.  C. 

Institut  royal  des  Architectes  Britanniques 
(septième  conférence  générale,  mai  iSS^)  Cantor- 
béry- Londres.  (Notes  de  voyage  et  rapports)  par 
Charles  Lucas,  architecte,  membre  de  la  Société 
centrale  des  architectes  et  de  la  Société  des  ingé- 
nieurs civils,  membre  honoraire  et  correspondant 
de  l'Institut  royal  des  Architectes  Britanniques  (^'). 

L'Institut  royal  des  Architectes  Britanniques 
est  une  association  puissante,  fondée  en  1S34,  et 
qui  au  23  octobre  1 884,  ne  comptait  pas  moins  de 
1276  membres,  dont  412  membres  titulaires,  694 
membres  associés  et  170  membres  ou  associes 
honoraires.  Son  fonds  de  réserve,  destiné  à  divers 

I.  Paris.  Librairie  Clain,  rue  l>ert;èie,  20.  Uiicheret 
C'",  18S5.  hi-8',  48  pp. 


370 


IRcDiic   OC    rart    cbrcticn. 


prix  ou  bourses  de  voyage,  s'élève  à  cent  vingt 
mille  francs,  et  la  balance  des  recettes  et  des  dé- 
penses annuelles  pour  l'année  1S83,  a  dépassé 
cent  mille  francs  (p.  15). 

«  Ses  mémoires,  »  dit  M.  Lucas,  «  constituent 
«  aujourd'hui  la  première  de  toutes  les  publica- 
«  lions  des  Sociétés  d'architecture  du  monde 
«  entier.  L'archéologie  pure  et  la  science  appli- 
«  quée,  les  méthodes  d'enseignement  et  les  pro- 
«  cédés  de  construction  y  trouvent  tour  à  tour  la 
«  solution  d'importants  problèmes  traités  avec  les 
«  développements,  et,  chose  précieuse  pour  les 
«  architectes,  avec  les  illustrations  qu'ils  récla- 
«  ment...  » 

On  doit  féliciter  M.  Lucas  du  soin  qu'il  prend 
de  tenir  les  lecteurs  français  au  courant  des  actes 
de  cette  association  importante  ;  c'est  le  meilleur 
moyen  de  leur  faire  connaître  la  situation  et  les 
tendances  de  l'architecture  en  Angleterre. 

Les  conférences  de  l'Institut  royal  des  Archi- 
tectes Britanniques  ressemblent  fort  au.x  réu- 
nions annuelles  de  la  Gilde  de  Saint-Thomas  et 
de  Saint-Luc  de  Belgique  ou  aux  congrès  des 
architectes  français.  Elles  comprennent  des  visites 
de  monuments,  alternant  avec  des  séances  con- 
sacrées à  la  lecture  de  mémoires.  Monsieur  Lucas 
nous  fait  un  récit  fidèle  des  travaux  de  la  confé- 
rence de  mai  1884.  Les  membres  visitèrent  la 
nouvelle  chambre  du  conseil  et  la  nou\'elle  bi- 
bliothèque de  Guildhall,  le  nouveau  Stock-Ex- 
change,  le  Metropolitan  Railway,  le  Ro^'al 
Architectural  Muséum,  la  nouvelle  église  catho- 
lique de  l'Oratoire  à  Bromptnn,  le  nouveau  collège 
central  technique  de  South-Kensington,  l'exposi- 
tion internationale  d'hygiène  et  d'enseignement, 
les  hôtels  de  Sa  Grâce  le  duc  de  Sutherland,  de 
sir  Wilfrid  Lamson,  de  lord  Leconfield  et  de  sir 
Stevvart  Hogdson,  l'exposition  de  dessins  au 
Surlington  Fine  Arts  Club  et  les  vastes  ateliers  de 
matériau.x  de  construction  de  MM.  \V.  Cubitt 
et  C'e. 

En  dehors  de  ces  visites,  six  réunions  furent 
tenues  au  local  de  l'Institut  royal.  Une  e.xposition 
très  intéressante  des  œuvres  de  Georges  Edmund 
Street.  William  Burger  et  VioUet  Le  Duc  y  avait 
été  organisée.  Elle  comprenait  des  dessins  origi- 
nau.x,  des  autographies  et  des  gravures.  Voici  la 
liste  des  mémoires  dont  il  fut  donné  lecture  : 

M.  Arthur  Gates  :  Devoirs,  obligations  et 
relations  mutuelles  de  l'architecte,  du  client  et  de 
l'entrepreneur,  eu  égard  à  ce  qui  se  pratique  en 
A  ngleterre  et  à  l'étranger. 

MM.  Beresford  Hope,  G.  Aitchison  et 
Wethered  :  La  vie  et  les  œuvres  de  George  Ed- 
mnnd  Street,  William  Burger  et  Eugène  Viollet 
Le  Duc. 

M.  R.  rhcné    Spiers  :    Le   diplôme  d'architecte 


en  France  et  le  système  allemand  d'éducation  de 
l'architecte. 

M.  le  Prof'  Kerr  :  L'architecture  anglaise 
dans  trente  ans  d'ici. 

On  le  voit,  le  programme  de  la  réunion  était 
bien  fourni,  mais  l'heureuse  alternance  des  visites 
aux  monuments,  parfois  un  peu  fatigantes,  avec 
les  séances  à  l'Institut  royal  permit  de  le  réa- 
liser en  moins  d'une  semaine. 

M.  Ch.  Lucas  a  complété  ses  notes  sur  la  réu- 
nion de  l'Institut  ro)-al  par  un  rapport  très 
intéressant  sur  les  deu.x  derniers  volumes  des 
Transactions  de  cette  association,  et  le  compte- 
rendu  d'un  ouvrage:  <i  Architecture  and  Public 
Buildings  »  par  William  H.  White.  Deux  mots 
seulement  siir  ce  dernier  ouvrage  :  M.  William 
H.  White  est  anglais  de  naissance,  mais  il  a  passé 
di.x  ans  à  Paris,  et  il  en  a  rapporté  une  admira- 
tion, un  peu  excessive  et  qu'il  ne  dissimule  pas, 
pour  l'école  nationale  des  Beau.x-Arts.  Au 
contraire,  il  critique  amèrement  le  manque 
d'organisation  de  l'enseignement  de  l'architecture 
en  Angleterre.  Nous  ne  pouvons  discuter  ici  en 
détail,  les  idées  de  M.  \Vhite.Nous  nous  bornerons 
à  constater  que,  sans  Ecole  de  Beaux-Arts,  l'An- 
gleterre, restée  plus  longtemps  que  la  France 
fidèle  à  ses  traditions  nationales,  y  est  revenue 
avant  elle;  et  que  les  plus  grands  adversaires  de 
l'école  des  Beaux-Arts  se  sont  précisément  ren- 
contrés parmi  les  artistes  français  qui  étaient 
certes  à  même  d'apprécier  son  influence. 

Société  centrale  des  Architectes  de  France. 
—  Conférences  faites  au  siège  de  la  société  pendant 
l'année  i88q..  —  Paris,  imprimerie  Chain,  rue 
Bergère,  20.  Une  brochure  in-8",  de  88  pp. 

Voici  la  liste  des  conférences  publiées  dans  ce 
fascicule  : 

M.  Gaston- lieriard  :  Zf/z/ciV  sur  l'architecture 
indienne. 

M.  Durand-Claye  :  Le  nouveau  programme 
de  l'assainissement  de  Paris. 

M.  Charles  Lamaire  :  Aperçu  général  sur  la 
décoration  monumentale  et  particulièrement  sur  la 
décoration  entre  le  I V'^  et  le  X  V'^  siècle. 

Citons  la  conclusion  de  cette  intéressante 
étude  :  «  Il  faut  avoir  le  courage  de  le  dire  :  la 
<i  Renaissance  a  dévoyé  l'art  décoratif,  en  lui 
«  désapprenant  les  lois  rigoureuses  de  l'esthétique, 
«  lois  toujours  observées   par  ses  devanciers...» 

C'est  aussi  l'opinion  de  la  Revue  de  l'Art 
chrétien. 

M.  Lucas:  La  septième  conférence  générale  des 
A  rchitectes  Britanniques. 

Nous  rendrons  compte  ailleurs  de  cette  confé- 
rence publiée  séparément  par  son  auteur. 

G.   H. 


'^i^^mms)^m.  Btbltograpljie,  m^m^smmim 


LE  LIVRE  DES  PEINTRES,  DE  CAREL  VAN 
MANDER,  traduit  et  commenté  par  M.  Henri 
Hv-MAXS,  Conservateur  du  Cabinet  des  Estampes 
de  Bruxelles  et  membre  de  l'Académie  royale  de 
Belgique.  —  Librairie  de  l'Art,  J.  Rouam,  éditeur, 
Paris,  1885. 

[lE  Livre  des  Peintres  de  Carel  Van 
Mander,  écrit  avec  beaucoup  de  con- 
science et  non  sans  de  nombreuses 
recherches, à  une  époque  oii  des  sour- 
ces d'information  actuellement  taries 
existaient  encore,  a  toujours  été  estimé  des  éru- 
dits  et  consulté  par  tous  les  écrivains  qui  ont 
voulu  étudier  avec  quelque  soin  la  vie  des  pein- 
tres appartenant  aux  races  germaniques  ;  mais,  à 
vrai  dire, il  n'était  connu  que  de  ceux-là. Non  seule- 
ment le  Sc/ii/der-Boeckn's.  pas  été  traduit  jusqu'à 
ce  jour,  mais  il  n'a  été  ni  commenté  ni  réimprimé 
dans  une  édition  moderne,  où,  tout  en  donnant 
dans  leur  intégrité  les  biographies  réunies  avec 
tant  de  soin  par  le  vieux  maitre  flamand,  on 
aurait  orienté  le  lecteur,  suppléant  aux  lacunes 
du  livre  original,  par  le  résultat  des  investigations 
faites  depuis  l'an  161 8,  date  de  l'édition  la  plus 
récente  de  Van  Mander.  Mais  même  cette  édition 
est  d'une  lecture  difficile  ;  lorsque  le  lecteur  se 
trouvait  en  présence  de  ce  respectable  in-40,  im- 
primé en  lettres  gothiques,  —  édition  posthume 
cependant  qui  commence  par  une  série  de  pièces 
de  vers  en  l'honneur  de  l'auteur,  donnant  en- 
suite un  long  poème  didactique  sur  le  noble  art 
de  la  peinture,  abordant  enfin  l'histoire  des  di- 
vers peintres  de  l'antiquité  classique,  poursuivant 
par  celle  des  peintres  italiens,  dont  assurément 
Van  Mander  savait  moins  que  Vasari  n'en  avait 
dit  avant  lui, —  il  fallait  une  certaine  dose  de  per- 
sévérance pour  ne  point  rester  en  chemin  avant 
d'en  arriver  aux  biograpliies  des  peintres  fla- 
mands, hollandais  et  allemands  qui,  en  réalité, 
contiennent  la  moelle  du  travail  de  l'auteur  ;  et, 
même  ici,  on  pouvait  être  rebuté  par  le  ton  un  peu 
déclamatoire,  sur  lequel  celui-ci  commence  la 
plupart  de  ses  vies  de  peintre.  Il  n'y  a  donc  pas 
d'inexactitude  à  dire  qu'en  réalité  Van  Mander 
était  connu  des  seuls  érudits  et  absolument  ignoré 
du  reste  des  lecteurs. 

Il  n'en  sera  plus  de  même  après  l'importante 
publication  dont  M.  H.  H\-mans  vient  d'enrichir 
l'histoire  des  Beaux-Arts.  Dans  les  deux  magni- 
fiques volumes,  où  la  traduction  française  de 
Van  Mander  apparaît  éditée  avec  toutes  les 
recherches  de  la  typographie  moderne,ornée  d'un 


grand  nombre  de  portraits  et  de  quelques  autres 
Y)\Anc\\Qs,facsiini/cs  du  recueil  de  Lampsonius.des 
gravures  de  Goltzius.de  Jean  \Viericx,pour  lepre- 
mier  volume,  pour  le  second,  reproductions  de 
même  nature  d'après  les  eaux-fortes  de  Van  Dyck, 
les  burins  de  Frisius,  de  Sadeler  et  de  Hondius, 
empruntés,  on  le  voit,  aux  documents  anciens, 
—  le  lecteur  a  les  renseignements  les  plus  com- 
plets sur  l'e.xistence  des  artistes  dont  Van 
Mander  s'est  occupé.  En  effet,  après  av^oir  traduit 
et  annoté  le  texte  original,  .M.  Hymans  ajoute 
dans  un  «  Commentaire  »  tout  ce  que,  grâce  aux 
recherches  des  érudits  modernes,  on  a  appris 
depuis  que  le  Scliilder-Boeck  a  vu  le  jour.  Le 
commentaire  est  précieux  ;  il  rectifie  les  er- 
reurs de  l'auteur  lorque  des  erreurs  ont  été 
commises.  Plus  souvent  il  confirme  les  renseigne- 
ments donnés,  les  développe  par  des  citations 
empruntées  aux  publications  plus  réccntes,et  con- 
dense ainsi, dans  un  résumé  substantiel  à  peu  près 
tout  ce  que  l'on  connaît  sur  chaque  peintre  auquel 
Van  Mander  consacre  une  notice.  — Le  traduc- 
teur étant  un  homme  de  grande  érudition,  très  au 
courant  des  recherches  entreprises  de  toutes  parts 
et  des  publications  locales  qui  souvent  ont  réussi 
à  répandre  la  lumière  sur  plus  d'un  point  contesté, 
il  en  résulte  que  son  nouveau  Van  Mander  est  un 
livre  d'un  haut  intérêt, indispensable  à  touthomme 
désireux  de  connaître  de  près  les  maîtres  de 
race  germanique  dont  les  œuvres  ornent  les  gale- 
ries publiques  et  les  collections  particulières. 

Au  premier  abord  toutefois  les  deux  volumes 
de  la  nouvelle  édition  de  Van  Mander  ne  paraî- 
tront pas  d'égale  importance, ou  plutôt,  pour  être 
plus  exact, l'intérêt  qu'offre  chacun  d'eux  est  d'un 
ordre  différent.  Le  premier  volume,  consacré  aux 
peintres  les  plus  anciens,  entretient  le  lecteur  des 
artistes  les  plus  illustres  incontestablement,  des 
hommes  sur  lesquels  il  aimera  à  obtenir  les  détails 
les  plus  abondants.  Citer  les  noms  de  Hubert  et 
de  Jean  Van  Eyck,  ceux  de  Hugues  Van  der 
Goes,  Israël  Van  Meckenen,  Hans  Memling, 
Lancelot  Blondeel,  Martin  Schongauer,  Roger 
Van  der  Weyden,  Albert  Durer,  Corneille  Engel- 
brechtsen,  Lucas  de  Leyde,  Quentin  Messys, 
Jean  de  Calcar,  Joachim  Patinier,  Henri  Blés, 
Lambert  Lombart,  Hans  Holbein,  Jean  de  Ma- 
buse  etc.  etc.  c'est  rappeler  les  étoiles  de  première 
grandeur  cjui,  en  dehors  de  l'Italie,  ont  brillé  au 
firmament  de  la  peinture.  Mais  tous  ces  artistes 
ont  vécu  avant  V'an  Mander  ;  c'est  donc  à  ses 
recherches,  à  ses  lectures,  en  un  mot  aux  sources 


kKVUE  UE  l'art  CHKÉTIEN. 
1885.   —  3""=   I,IVRA[SON. 


372 


IRctiiic  Dc  rart  cfjrétien. 


ouvertes  par  ses  devanciers  que  l'on  doit  les  infor- 
mations réunies  par  leur  biographe.  Avec  le 
second  volume,  au  contraire,  nous  arrivons  à 
l'histoire  des  peintres  occupant  un  rang  secon- 
daire dans  la  hiérarchie  des  illustrations.  Si  l'on  y 
rencontre  la  biographie  d'hommes  de  talents  émi- 
ncnts  comme  Michel  Janson  Mierveld  et  les  Pour- 
bus.c'est  presque  exclusivement  au  domainesecon- 
daire  du  portrait  qu'ils  doivent  la  notoriété  dont 
ils  jouissent  ;  mais  après  eux,  il  faut  descendre. 
Les  Michel  Coxie,  les  Corneille  Molcnacr,  les 
Fredeman  de  Vries,  les  deux  Savery  ;  —  Cor- 
neille Ketel,  l'ami  intime  de  Van  Mander  —  et 
Lucas  de  Heere,  son  maître  et  son  initiateur 
aussi,danslesrccherchesbiographiques,recherches 
dont  l'élève  aurait  assez  largement  profité,  dit-on, 
—  tous  ces  artistes,  d'un  talent  reconnu  et  estimé 
d'ailleurs  —  ne  peuvent  prendre  rang  à  côté  des 
peintres  d'ordre  supérieur  auxquels  bonne  partie 
du  premier  volume  est  consacrée.  Mais,  ne  l'ou- 
blions pas,  ces  artistes  moins  richement  doués, 
sont  les  contemporains,  parfois  les  amis  de  Van 
Mander  ;  il  a  été  en  rapports  suivis  avec  la  plu- 
part d'entre  eux.Pour  leurs  biographies  il  devient 
donc  source  à  son  tour,  et  désormais  on  ne  peut 
étudier  leur  vie  et  leurs  travau.K  sans  recourir 
au  livre  de  leur  confrère  bienveillant.le  judicieux 
témoin  de  leurs  travaux. 

M.  Henri  Hymans  n'est  pas  de  ces  traducteurs 
dont  le  travail  est  un  acte  de  trahison  envers  les 
auteurs  dont  ils  ouvrent  les  livres  aux  lecteurs 
d'une  autre  langue  ;  il  a  rendu  au  contraire  un 
service  signalé  k  Carel  Van  Mander,  auquel  l'édi- 
tion de  la  Librairie  d'Art  va  donner  un  regain  de 
notoriété  et  dont  il  étendra  largement  le  cercle 
de  lecteurs.  Mais  le  traducteur  a  particulièrement 
bien  mérité  de  la  littérature  consacrée  à  l'histoire 
de  l'art  qu'il  a  enrichie  d'un  livre  de  valeur. 

Au  mérite  des  recherches  savantes  poursuivies 
pendant  longtemps  en  vue  delà  nouvelle  édition 
de  Van  Mander,  M.  Hymans  joint  celui  de  citer 
avec  une  grande  loyauté  les  auteurs  auxquels  il 
emprunte  les  renseignements  ajoutés  à  l'œuvre 
originale.  —  C'est  là,  dira-t-on,  simple  affaire  de 
probité  littéraire.  Nous  le  voulons  bien,  mais  c'est 
là  un  genre  de  probité  qui  n'est  peut-être  pas 
aussi  commun  que  sont  disposés  à  le  croire  ceux 
dont  on  n'a  pas  démarqué  le  linge  et  qui  n'ont 
jamais  retrouvé  les  fragments  de  leur  travail  sous 
des  signatures  dont,  comme  le  geai  de  la  fable, 
toute  la  valeur  est  empruntée  aux  plumes 
d'autrui. 


BIBLIOTHÈQUK  DE  L'ART  ANCIEN.  HANS 
HOLBEIN,  par  Jean  Rousseau.  Ouvrage  accompa- 
gné de  deux  portraits  de  Hans  Holbein  et  de  trente- 
cinq  gravures  d'après  les  œuvres  du  maître.  —  Librai- 
rie de  r.Art,  J.  Rouam,  éditeur,  Paris  1885. 


Cette  élégante  plaquette  in-4°,  de  70  pages,  où 
une  série  de  gravures  exécutées  avec  beaucoup 
de  goût  prennent  la  plus  grande  place,  est  une 
sorte  de  conférence  écrite,  non  sans  verve,  sur  la 
valeur  esthétique  de  l'œuvre  de  Holbein  et  la 
place  qu'il  convient  d'assigner  au  maître  dans  le 
domaine  des  arts.  On  comprend  qu'après  les  re- 
cherches dont  le  peintre  d'Augsbourg  a  été  l'objet 
dans  les  temps  récents,  et  notamment  après  le 
livre  du  docteur  Woltmann  (')  ;  il  est  difficile 
d'éclairer  d'une  lumière  nouvelle  les  faits  de  la 
vie  de  Holbein  et  l'histoire  de  ses  travaux.  M. 
Rousseau  n'y  prétend  aucunement,  mais  il  cher- 
che à  mettre  en  relief  le  génie  du  maître,  et  les 
caractères  particuliers  de  son  prodigieux  talent. 
Quelques-unes  de  ses  opinions  paraissent  très 
contestables,  entre  autres  celle-ci  :  «  Comme 
artiste,  il  t/ei/f  tout  entier  dans  ses  dessins.  Ses 
plus  belles  peintures  n'ajoutent  rien  à  sa  gloire; 
û!t  contraire. 'h  Ceci,  évidemment,  est  excessif.  Le 
tempérament  de  Holbein  était  trop  un  véritable 
tempérament  de  peintre,  et  même  de  coloriste, 
quoique  l'auteur  de  l'étude  ne  soit  pas  sans  réti- 
cences à  cet  égard,  pour  n'avoir  besoin  que  du 
crayon  pour  se  manifester  dans  toute  sa  pléni- 
tude. Peu  de  peintres  ont  même  possédé  mieux 
que  ce  maître,  l'art  suprême  de  modeler  en  pleine 
lumière  et  en  pleine  pâte.  Retrancher  de  son 
œuvre  la  Vierge  de  Darmstadt  avec  la  famille  de 
Jacob  Meyer,  la  répétition  de  ce  chef-d'œuvre  de 
la  galerie  de  Dresde,  le  magistral  portrait  de 
Hubert  Morretti,  l'orfèvre  de  Henri  VHI,  con- 
servé dans  le  même  musée  qui  n'est  pas  cité 
dans  l'étude  dont  nous  nous  occupons,  et  les 
nombreu.x  chefs-d'œuvre  qui  reproduisent  sur  la 
toile  la  personnalité  toute  vivante  des  contem- 
porains de  Holbein,  chefs-d'œuvre  auxquels  la 
plume  de  M.  Rousseau  sait  d'ailleurs  rendre 
justice, —  ce  serait  incontestablement  amoindrir 
l'éclat  dont  la  postérité  a  entouré  le  nom  du 
maître.  —  Ceci  soit  dit  sans  contester  en 
rien  le  mérite  des  merveiilcu.x  dessins  de  Hans 
Holbein. 

Les  nombreuses  gravures,  notamment  une  série 
de  portraits  tirés  de  la  collection  de  Windsor 
Castle,  appartenant  à  S.  M.  la  Reine  d'Angle- 
terre, sont  exécutées  avec  beaucoup  de  soin,  et 
font  ressortir  la  haute  intelligence  des  physiono- 
mies qui  caractérise  le  génie  de  Holbein. — Cette 
première  étude  sernble  annoncer  une  suite  ;  nous 
croyons  que  des  volumes  semblables,  d'un  aspect 
aussi  séduisant  et  si  accessible  à  toutes  les  bour- 
ses (le  prix  est  de  2  frs  50)  consacrés  à  d'autres 
artistes  de  même  valeur,  auraient  un  grand 
succès. 

i.  Holbein  11  nd  seine  Zeii  von  D'  Alfred  Woltmann^ 
2  vol.  et  un  supplément. 


15  i  b  l  i  0  g  r  a  p  5  i  c . 


373 


Die  reiter-statuette  karls  des  gros- 
sen  aus  dem  dome  zu  metz. 

M.  E.  Auss'm  Weerth,  professeur  à  l'université 
de  Bonn,  a  publié  une  étude  intéressante  dans 
les  «  Jahrlntcher  des  Vereins  von  Altlierthiims 
frennden  »  sur  la  statuette  équestre  de  Charle- 
magne,  travail  en  bronze,  que  possédait  autrefois 
la  cathédrale  de  Metz,  et  qu'on  trouve  aujour- 
d'hui au  musée  Carnavalet  à  Paris. 

Les  monuments  de  l'art  plastique  de  l'époque 
carolingienne  sont  fort  rares;  ils  méritent  déjà  à 
ce  titre  une  attention  particulière.  La  statuette, 
objet  de  la  notice  du  savant  allemand,  est  loin 
d'être  inconnue;  elle  a  déjà  été  décrite  et  repro- 
duite à  différentes  reprises  par  la  gravure,  notam- 
ment dans  l'Histoire  de  France  de  H.  Bordier  et 
Ed.  Charton  (')  où  l'artiste  l'a  dessinée  vue  obli- 
quement du  côté  droit,  et  dans  le  beau  volume 
que  M.  Vétault  a  consacré  à  l'histoire  du  grand 
empereur  d'Occident  (■).  Dans  cette  dernière 
planche  le  cavalier  est  également  vu  un  peu 
obliquement,  mais  du  côté  gauche  cette  fois. 
Enfin  Albert  Lenoir  avait  déjà  antérieurement 
fait  graver  ce  monument  curieux. 

Malgré  les  doutes  de  quelques  savants,  l'ori- 
gine de  cette  figurine  et  l'époque  à  laquelle  il 
convient  de  l'attribuer,  n'ont  pas  été  sérieusement 
contestées.  Mais  nous  croyons  que  son  authenti- 
cité n'a  jamais  été  mieux  établie  par  la  compa- 
raison avec  des  monuments  de  la  même  période, 
et  les  documents  relatifs  au  héros  représenté,  que 
dans  le  travail  publié  dans  le  recueil  de  Bonn. 
Jusqu'à  présent  aussi, on  n'avait  pas  réuni  des  ren- 
seignements aussi  précis  sur  les  péripéties  par  les- 
quelles a  passé  cette  statuette.  Ces  renseignements 
nous  paraissent  trop  intéressants  pour  ne  pas  les 
reproduire  d'une  manière  très  succincte,  d'après  le 
travail  dont  le  titre  figure  en  tête  de  ces  lignes. 

Jusqu'à  la  Révolution  il  existait  non  pas  une, 
mais  deux  statuettes  équestres  de  Charlemagne, 
dans  la  cathédrale  de  Metz.  Les  deux  ouvrages 
en  fonte  étaient  considérés  comme  des  portraits, 
exécutés  du  vivant  de  l'homme  illustre  entre  tous 
qu'ils  représentaient.  L'une  de  ces  statuettes  était 
en  vermeil,  l'autre  en  bronze  doré.  Toutes  deux 
étaient  exposées,  avec  un  cérémonial  particulier, 
à  certaines  fêtes  de  l'année. 

La  statuette  en  vermeil  figurait  aux  grandes 
fêtes,  pendant  la  messe  solennelle,  sur  le  lutrin, 
au  milieu  du  chœur  de  la  cathédrale.  Elle  y  de- 
meurait, depuis  le  C/w/rt  jusqu'après  la  Commu- 
nion ;  après  cela,  le  coste  précédé  d'un  chanoine, 
tenant  à  la  main  un  bâton  d'ivoire,  reprenait  la 
statuette  pour  la  replacer  sur  l'autel  où  il  avait 
été  la  chercher. 

1.  Édition  de  1S64,  p.  181. 

2.  Charlemai(ne,^d^\  Alphonse  Vctault,Tours,i877,  pl-H- 


La  statuette  en  bronze  apparaissait  seulement 
à  l'anniversaire  de  la  mort  de  Charlemagne.  Dès 
la  veille  du  28  janvier,  elle  était  placée  sur  un 
autel  en  marbre,  entre  quatre  cierges  qui  brûlaient 
pendant  ^6  heures  ;  cet  autel  se  trouvait  sans 
doute  sur  le  jubé  de  la  cathédrale  démoli  en  1764. 
La  statuette  équestre  n'était  enlevée  qu'après  la 
messe  chantée  pour  le  repos  de  l'âme  de  l'empe- 
reur. 

On  perd  la  trace  des  deux  petits  monuments 
à  l'époque  de  la  Révolution.  Probablement  la 
figurine  en  métal  précieux  fut  fondue.  L'autre, 
trouvée  en  1807  chez  un  pharmacien  de  Metz, 
fut  achetée  par  Albert  Lenoir,  alors  de  passage 
en  cette  ville.  A  la  vente  publique  qui  se  fit  à  la 
suite  du  décès  de  ce  savant,  en  1839,  ce  curieux 
objet  n'ayant  atteint  que  le  prix  de  800  frs.,  fut 
retiré  par  la  famille.  Il  resta  un  certain  nombre 
d'années  entre  les  mains  de  M.  Albert  Lenoir, 
fils  du  défunt,  actuellement  secrétaire  perpétuel 
de  l'École  des  Beau.x-Arts,  qui  le  vendit  plus 
tard  pour  la  somme  de  3000  frs.  La  statuette 
équestre  reparaît  en  1867,  à  l'Exposition  univer- 
selle de  Paris,  où  elle  figurait  sous  le  No  1670, 
dans  le  catalogue  de  l'histoire  du  travail.  Elle 
appartenait  alors  à  M™e  Evans-Laube. 

Peu  de  temps  après  cette  dame  mourut,  et  sa 
collection  fut  vendue  au.K  enchères. Notre  statuette 
fut  achetée  alors  par  l'administration  communale 
de  la  ville  de  Paris,  au  prix  de  5000  frs.  Malheu- 
reusement le  précieux  monument  fut  placé  dans 
une  annexe  de  l'Hôtel-de-Ville,  où  des  bureau.x 
se  trouvaient  installés,  et  l'annexe,  comme  l'hôtel 
principal,  devint  la  proie  des  flammes  lors  du 
grand  incendie  organisé  par  les  soins  de  la  Com- 
mune en  1871.  —  Retrouvée  dans  les  décombres 
de  l'annexe  incendiée,  peu  de  temps  après,  non 
sans  avoir  souffert  de  notables  dommages,  l'œu- 
vre carolingienne  a  étéplacée  depuis  dans  l'ancien- 
ne demeure  de  M'"<=  de  Sévigné,  au  musée  com- 
munal de  l'hôtel  Carnavalet,  où  elle  se  trouve 
encore. 

L'étude  de  M.  le  professeur  Auss'm  Weerth, 
est  illustrée  d'une  jolie  phototypie  de  M.Kuhlen, 
représentant  la  statuette  équestre  vue  de  profil, 
et  de  3  autres  planches. 

DIE  schlosskirchezu  wechselburg, 

DEM  EHEMALIGEN  KLOSTER  ZSCHILLEN. 
Zur  Erinncruny  an  die  siebenhundert  jahrige  Jubelfeier 
der  Kirchweihe  am  15  August  1884.  Gezeichnet  u. 
geschrieben  von  Joseph  Prill,  Kaplan.  Leipzig,  Hugo 
Lorenz,  1884. 

L'église  du  château  de  Wechselburg,  en  Saxe, 
non  loin  de  Rochlitz.est  un  monument  qui,  depuis 
longtemps,  a  attiré  d'une  manière  particulière, 
l'attention  des  archéologues  allemands.  De  cons- 
truction assez  remarquable,  ce  sont  surtout  les 


374 


IReuuc    De    l'^rt   cbtctien. 


belles  sculptures  décorant  l'intérieur  du  monu- 
ment qui  l'ont  mis  en  fa\'eur.  De  nombreux 
outrages  ont  d'ailleurs  atteint  l'édifice  et  rendu 
inévitables  de  trop  importantes  restaurations 
pour  que  le  caractère  primitif  de  l'œuvre  n'ait  pas 
eu  à  souffrir. 

L'ouvrage  que  nous  signalons  à  nos  lecteurs  et 
qui  a  été  publié  à  l'occasion  du  jubilé  sept  fois 
séculaire  de  la  consécration  de  l'église,  est  une 
monographie  de  ce  monument  intéressant.  C'est 
une  étude  écrite  après  de  savantes  recherches  et 
sur  des  documents  authentiques ,  compulsés 
d'ailleurs  et  ordonnés  avec  une  véritable  compé- 
tence. 

L'auteur  consacre  d'abord  une  vingtaine  de 
pages  à  l'histoire  de  cette  église  qui,  pendant  les 
sept  siècles  de  son  existence,  a  changé  plusieurs 
fois  de  destination,  et  dont  la  destinée  a  voulu 
que  même  le  nom  changeât,  de  même  que  l'usage 
auquel  la  construction  était  affectée. 

La  construction  a  été  édifiée  comme  église 
conventuelle.  Le  couvent  de  Zschillen,  —  c'est  le 
nom  que  portait  alors  cette  maison  religieuse,  — 
a  été  fondé  par  Dedo  IV,  fils  de  Conrad  de  Wet- 
tin,  un  ami  de  l'empereur  Lothaire  ;  il  avait 
épousé  Mathilde,  sœur  de  l'archevêque  de  Colo- 
gne Philippe  I,  et  fille  du  comte  Goswin  de 
Heinsberg.  Par  sa_  fille  Agnès,  il  est  l'un  des 
ancêtres  de  sainte  Elisabeth  de  Hongrie. 

Destiné  à  une  communauté  de  chanoines  régu- 
liers de  l'Ordre  de  Saint-Augustin,  le  couvent 
était  achevé  et  habitable  en  1184,  la  dédicace  de 
l'église  ayant  eu  lieu  à  la  fête  de  l'Assomption  de 
cette  année. 

Il  ne  semble  pas  que  la  vie  des  membres  de  la 
communauté  ait  répondu  à  la  piété  de  ses  fonda- 
teurs ;  à  peine  un  siècle  plus  tard,  vers  1275,  le 
couvent  fut  supprimé  et  les  religieux  chassés  ;  la 
maison  fut  donnée  à  cette  époque,  ou  plutôt 
vendue  au.x  chevaliers  de  l'Ordre  Teutonique.  Ce 
changement  avait  été  amené  par  le  désordre 
dans  lequel  vivaient  les  chanoines,  et  la  révolte 
contre  leur  prévôt,  qui  fut  même  blessé  griève- 
ment à  la  jambe  par  l'un  d'entre  eux.  La  suppres- 
sion du  couvent  se  fit  du  consentement  de  l'évêque 
de  Meisscn,  Withigo,  qui,  par  un  document  daté 
du  7  novembre  1278,  permit  que  la  maison 
passât  aux  mains  des  chevaliers  de  l'Ordre  Teu- 
tonique et  prît  désormais  le  nom  de  Sainte-Marie 
de  Jérusalem.  Les  chevaliers  demeurèrent  en 
possession  de  l'église  et  des  bâtiments  claustraux 
jusqu'au  moment  des  troubles  religieu.x,  consé- 
quence de  la  réforme  préchée  par  Luther.  —  Un 
incendie  considérable,  survenu  en  1537,  réduisit 
en  cendres  la  plupart  des  constructions  de  l'an- 
cien couvent  et  toutes  ses  archives.  Deux  ans 
plus  tard, les  chevaliers  durent  quitter  à  leur  tour 


la  maison  qu'ils  avaient  possédée  pendant  260 
ans,  le  protestantisme  ayant  été  introduit  dans  le 
pays  par  Henri,  duc  de  Saxe,  qui,  suivant  un 
système  suivi  de  tous  temps  par^  les  ennemis  de 
l'Église,  en  fit  un  domaine  de  l'Etat.  C'est  à  cette 
époque  aussi  que  l'ancien  couvent  de  Zscliillen  et 
la  maison  de  Sainte-Marie  de  Jérusalem,  prit  le 
nom  fatidique  de  Wechselburg. 

Cependant  le  domaine  ne  resta  que  quatre  ansla 
propriété  des  ducs  de  Saxe  ;  il  fut  vendu  alors 
aux  comtes  de  Schoenberg  qui  en  sont  encore  les 
possesseurs  actuels.  La  maison  ayant  été  sécula- 
risée, l'église  le  fut  aussi,  et  jusqu'au  commence- 
ment du  XVIIL"  siècle,  aucun  service  religieux 
n'y  fut  célébré;  les  constructions,  privées  en  partie 
de  leurs  toitures,  servirent  de  sellerie,  de  maga- 
sins et  de  remise.  Cependant,  sous  la  régence  du 
comte  Alban,  en  1843,  alors  que  depuis  trois 
siècles,  le  château  et  l'église  de  Wechselburg 
étaient  propriété  de  la  maison  de  Schoenberg, 
une  ère  nouvelle  devait  commencer  pour  ce  mo- 
nument. Quoique  protestant,  le  propriétaire 
voulut  ouvrir  partiellement  le  temple  au  culte 
catholique  qui  n'y  avait  plus  été  célébré  depuis 
l'année  1539.  Cet  acte  de  haute  générosité  devait 
porter  ses  fruits,  et  vingt-six  ans  plus  tard,  le  19 
mars  1869,  le  fils  de  cet  homme  de  cœur,  le 
comte  Charles  de  Schoenberg- Forderglauschau 
et  sa  digne  épouse,  Adèle  comtesse  de  Rechteren- 
Limpurg,  rentrèrent  à  Rome  dans  le  giron  de 
l'Église  catholique.  Revenu  à  Wechselburg,  le 
noble  propriétaire  entreprit  une  rcstavu^ation 
complète  et  somptueuse  de  l'ancien  monument, 
y  réintégrant  l'image  de  la  Mère  de  Dieu,  en 
l'honneur  de  laquelle  Dedo  avait  bâti  l'église  et 
fondé  la  maison  religieuse. 

Nous  ne  suivrons  pas  l'auteur  dans  la  descrip- 
tion architecturale  du  monument.  Celle-ci  d'ail- 
leurs ne  serait  utile  qu'accompagnée  des  plan- 
ches assez  nombreuses  de  la  monographie. 
L'église  castrale  de  Wechselburg  est  un  édifice  à 
trois  nefs,  avec  transept  et  absides  circulaires. 
Du  côté  Nord,  un  porche  de  construction  élégante 
donne  accès  à  l'église.  A  l'Ouest  se  trouvent  les 
soubassements  des  deux  fortes  tours  qui  n'ont 
jamais  été  bâties.  Une  tour  centrale  devait  aussi 
s'élever  sur  la  croisée  conformément  au  petit 
modèle  de  l'église  que  tient  la  statue  placée  sur 
le  tombeau  du  fondateur. 

Nous  avons  dit  que  le  monument  est  particu- 
lièrement remarcjuable  par  sa  scul[)ture  décorative 
et  la  statuaire  qui  l'ornent  à  l'intérieur.  Trois 
œuvres  de  l'art  plastiquedonnentunc[)h)-sionomie 
particulière  à  ce  sanctuaire.  Le  tombeau  de  Dedo, 
le  fondateur,  et  de  sa  femme,  la  chaire  de  vérité 
et  le  groupe  de  la  croi.x  triomphale  qui  se  trouvait 
au-de.ssus  du  jubé   et   dont   on  doit  regretter  le 


TB  i  {)  l  i  0  g  r  a  p  6  i  e . 


37  5 


déplacement.  Ce  dernier  groupe,  qui  n'est  pas 
connu,  en  dehors  de  la  Saxe,  autant  qu'il  le  méri- 
terait, se  compose  d'un  ensemble  majestueux  de 
neuf  figures.  Au  centre,  le  divin  Crucifié,  a}'ant  à 
ses  côtés  sainte  Marie  et  saint  Jean,  foulant  aux 
pieds,  l'une  une  figure  de  reine,  l'autre  une  figure 
de  roi.  La  partie  supérieure  de  la  croi.x  et  ses 
branches  se  développent  en  larges  trilobés  ;  dans 
celui  qui  se  trouve  au-dessus  de  la  tête  du  CHRIST, 
on  voit  Dieu  le  Père,  avec  le  Saint-Esprit,  sous  la 
forme  d'une  colombe,  aux  côtés  des  anges  sou- 
tiennent les  bras  de  la  croix.  Au  pied  de  celle-ci, 
Adam,  magnifiquement  drapé  dans  un  ample 
linceul,  reçoit,  en  un  calice,  les  prémices  du 
sang  réparateur  du  CllRl.ST.  —  Comme  style  et 
comme  sentiment, ce  calvaire  est  une  œuvre  hors 
ligne.  Le  tout  est  taillé  dans  le  bois  de  chêne  du 
pays  ;  les  figures  principales  ont  plus  de  2  mètres 
de  hauteur.  Au  point  de  vue  de  l'iconographie, 
le  maitre  qui  a  exécuté  ce  travail  a  conçu  son 
œuvre  en  s'affranchissant  des  données  qui  avaient 
cours  à  son  époque  ;  ainsi,  il  est  rare  de  voir 
intervenir  Dieu  le  Père  et  le  Saint-Esprit  dans  la 
scène  du  Crucifiement.il  est  plus  rare  encore  d'y 
trouver  des  figures  couronnées  sous  les  pieds  de 
la  Mère  du  Chrlst  et  de  son  disciple  bien-aimé. 
M.  Joseph  Prill  voit  dans  ces  figures,  sous  la 
sainte  Vierge,  la  personnification  de  l'idolâtrie, 
.sous  saint  Jean,  celle  du  grand  prêtre  du  Judaïs- 
me (').  Cette  interprétation  est  entièrement 
admissible.  Toute  la  statuaire  de  l'église  parait 
appartenir  à  la  fin  du  XII«  siècle,  c'est-à-dire 
qu'elle  est  contemporaine  de  la  construction  pri- 
mitive. 

La  monographie  de  l'église  castrale  de  Wech- 
selburg  est  un  travail  bien  fait,  qui,  non  seulement 
dénote  des  recherches  historiques  et  des  études 
consciencieuses,  mais  qui  révèle  chez  son  auteur 
une  véritable  intelligence  archéologique.  Douze 
planches  dessinées  par  M.  Prill,  et  une  photogra- 
phie du  grand  calvaire,  accompagnent  cette 
étude.  Ceux  qui  s'intéressent  au.v  monuments  de 
la  statuaire  si  remarquables  de  Wechselburg, 
trouveront  trois  e.xcellentes  phototypies  qui  les 
reproduisent  dans  le  bel  ouvrage  publié  par 
M.  le  professeur  C.  Andreae  en  1S75,  sous  les 
auspices  de  la  reine  Carola  de  Saxe  {'). 

J.  H. 

LA  LINDE  KT  LES  LIBERTÉS  COMMUNA- 
LES A  LA  LINDE,  par  M.  l'abbé  Croustat,  curé  de 

1.  L'importance  de  ce  calvaire  et  la  conception  du  statuaire  rap- 
pellent-involontairement  que,  aux  ternies  de  l'acte  de  fondation  de 
l'évùtjue  de    Meissen    l'église  est  consacrée  ;   /«  lwnori:in  saïute  et 

l'/CTOR/OSSIME  tTiicis  et  fiettte Dei  ^etntricis  et  sempcrvirginU 
Marie  sanctique  Joluinnis  apoatoli  et  evattgeliste. 

2.  Monumente  des  Mittelalters  u.  der  Renaissance  aus  dem 
Saechsischen  Erzgebirge  v.  Roniniler  u.  Jonas,  unter  artistischer 
Leitung  v.  C.  .-Xndreae.    Dresden.  (ieorg  (iilbers  1875. 


Pontours.  Périgueux,   Dupont,  1884,  in-8°  de  504  pp. 
et   quatre  lithographies:  pri.x  4  francs. 

QUE  ce  livre  soit  le  bienvenu  et  serve  de 
modèle  aux  curés  qui,  mettant  à  profit 
leurs  loisirs,  entreprennent  d'écrire  l'histoi- 
re des  paroisses  de  leurs  diocèses  respectifs. 
M.  Goustat  s'est  longuement  étendu  sur  La  Linde, 
petite  ville  du  Périgord,  qui  a  un  château,  des 
fortifications,  plusieurs  églises  et  des  familles 
nobles.  J'aurais  voulu  moins  de  considérations 
générales,  presque  toujours  oiseuses  :  le  volume 
eût  été  abrégé  alors  d'une  centaine  de  pages  et 
réduit  à  de  justes  proportions.  Il  semble  même 
parfois,  à  son  ton  doctrinal,  que  l'auteur  est 
en  chaire  et  sermonne  son  public.  Plus  d'une 
étymologie  est  risquée,  il  ne  faudrait  pas  se 
lancer  sur  ce  terrain  glissant  sans  une  connais- 
sance spéciale  de  la  philologie. 

Il  y  a,  dans  cette  histoire  communale,  de 
curieux  renseignements.  J'en  énumérerai  quel- 
ques-uns. Le  droit  de  bourgeoisie  s'acquérait  par 
acte  notarié  (p.  1 08-109).  La  liste  officielle  des 
bourgeois  est  donnée  de  15x2  à  1673:  comme 
don  de  joyeu.x  avènement, ils  paient  d'ordinaire  ou 
une  somme,  qui  varie  suivant  leur  générosité, 
ou  une  belle  hallebarde  «  garnye,  manchée  et 
dorée»,  pour  la  défense  de  la  ville  (p.  109-126). 

La  ville  avait  non  seulement  des  armoiries, 
mais  un  «  drapeau  »,  confié  à  la  garde  du  <"<  pre- 
mier consul  ».  Il  était  de  «  couleur  bleue,  avec  un 
soleil  et  croix  blanche  pour  signe,  avec  un  écus- 
son  et  fleur  de  lys  »  (p.  Jl,  140,  149). 

Les  consuls,  au  nombre  de  six,  administraient 
la  ville.  L'insigne  de  leur  dignité  était  «  un  cha- 
peron, moitié  rouge,  moitié  noir,  sur  l'épaule 
gauche  ».  La  charge  était  annuelle  et  élective  : 
l'acte  d'élection  se  rédigeait  en  latin,  en  1528  (p. 
141,  147,  169). 

Un  coffre  à  trois  clefs  renfermait  les  titres  de 
la  ville  (p.  149). 

La  prestation  de  serment  par  les  consuls  se 
faisait  à  l'autel  même  et  acte  en  était  dressé.  La 
«  main  dextre  »  du  récipiendaire  se  posait  «  sur 
le  myssal  garny  de  crois  et  sur  le  Te  igitur  »  ; 
ailleurs  il  est  dit  sur  «  le^  Teygitur  et  croix  » 
(p.  152)  et  sur  les  «  saints  Évangilles  »  (p.  176). 

Un  statut  de  l'an  1535  porte  «que  doresna- 
vant,  touts  les  dimanches,  après  que  le  pain 
bényct  sera  faict  et  bényct,  le  mérillier  qui  a 
accoustumé  pourter  le  dict  pain  bényct  au  por- 
tai de  l'esglize,  le  pourtera  et  mettra  sur  une  table 
ronde  ou  aultrc  table  faicte  expressément,  à 
l'yssue  et  portai  de  la  dicte  esglize  et  chascun  que 
bon  semblera  prandra  là  dudict  pain  benjct,  sans 
que  le  dict  mérillier  soict  tenu  le  pourter  ni  le 
pourte  par  ladite  esglize  à  null  »  (p.  169). 

En  163 1,  à  l'occasion  de  la  peste,  on  ordonna 


376 


m  eu  II  c  De  rart  cJjrctien. 


de  «tuer  tous  les  chiens  et  les  chats  pour  esviter 
plus  grand  mal  »  et  ce  sous  peine  de  «  troys 
livres  d'amande  »  (p.  i6i). 

Les  collecteurs  des  tailles  allaient  dans  les 
rues,  «  portant  un  bâton  carré,  long  de  deux 
aunes  et  d'environ  deux  doigts  de  large,  sur 
lequel  plusieurs  crans  tailles  au  couteau  indi- 
quaient le  montant  des  sommes  dues  parles  habi- 
tants et  les  paiements  faits  par  eux  »  (p.  155).  Cet 
usao-e  donna  son  nom  à  l'impôt  lui-même. 
Aucun  bâton  de  ce  genre  n'a  encore  été  signalé 
dans  les  collections:  j'appelle  volontiers  l'atten- 
tion sur  ce  point. 

Il  y  avait  aussi,  à  La  Linde,  un  collecteur  spé- 
cial, délégué  par  le  «  général  et  grand  maistre 
de  tout  l'ordre  de  la  Sainte  Trinité  »,  «  pour 
lever  et  recevoir  toutes  les  aumosnes  et  charrités 
que  les  personnes  de  piété  foiront  en  faveur  des 
pauvres  esclaves  chrétiens  détenus  dans  les  fers 
et  entre  les  mains  des  barbares  »  :  ainsi  s'exprime 
une  procuration  de  l'an  1742  (p.  436). 

Toutes  les  «  ordonnances  et  délibérations  » 
prises  en  la  «  maison  commune  »,  étaient  «  affi- 
chées au  poteau  de  la  halle  et  aux  trois  grandes 
portes»  de  la  ville  (p.  182). 

Passons  maintenant  à  la  partie  strictement 
ecclésiastique.  Le  syndic,  nommé  par  «  tous  les 
habitants  de  la  paroisse  »  avait  la  «  gestion  et 
administration  »  des  <i  biens  de  l'esglize  et  des 
paroissiens»,  selon  la  teneur  d'un  acte  de  1766 
(p.  355-358).  Les  habitants  étaient  encore  convo- 
qués, <<;  au  son  de  la  cloche  »  et  à  la  porte  de 
l'église, pour  les  questions  d'intérêt  général:  ainsi, 
en  1770,  on  décida  la  vente  «  d'un  ormeau  et  de 
certains  cerisiers»,  pour  faire  un  lambris,  qui 
existe  encore  et  qui  porte,  au  milieu  de  fleurs  et 
de  dessins  de  fantaisie,  le  nom  du  curé  et  ces 
sentences  :  Ad  majorent  Dei  gloriam  —  Sit  nouieii 
Domini  benedictnm  —  Hors  de  F  église  point  de 
saint  (p.  349-360)  ('). 


I.  J'ai  relevé  plusieurs  inscriptions  analogues   dans  le   diocèse 
d'.-\ngers. 

A  LA  PLUS  GRANDE  GLOIRE  DE 
DIEV 

P.im''.  lîciicc  ij5irarS  T>t  X.i  Coiidjc  a«l 

t-ot  Tirccbcc  Xc  iii  •Octolirc  iflys 

îln.iiu  Xfoitc  P.ic  51011  Jrcot.iniciit  Xa 

Ranime  ûc  rtoo  1.  Pour  J;tcc  vtuiviloncc 

7i  X.i  «Coii'jtnictioii  aco  PCiitcio  T^c 

X.i  _è'   Picrflc  liit  Tic  .3^'  ;(iilicii  >I;t  Pour 

.l'aire  Xc  XaniBni  Vt  oTcttc  i!;aiiBC  ÎCt 

Ojôc  jiiBtt  aiicii  lîrconiioiii'jaiitc 

ihanui  T)C5  Paroioàiciir.  PcHlc  l^icii  Prier  T>icii 

Coiio  Xcc.  Z'imaiicûcû  Pour  Xc  itcpoô 

Tic  sioii  ?tinc  v!5t  Pûtiv  iciiin  "Dt  %t'j 

Pcrc  >!-t  iP.crc  Aîiii  .èoiit  vl^iiôcpiiltuceoi 

Tiaiio  icttc  Jiollôt 

lïcaiiicôcaiit  ;tii  Pacc. 


Je  ne  m'arrêterai  pas  aux  inscriptions  de 
cloches,  fréquemment  mentionnées,  pages  281, 
306,  310,  316,  328,  342,  348,  346  ('). 

Page  346,  on  lit  le  procès-verbal  de  la  béné- 
diction d'une  église,  qui  eut  lieu  en  171S;  p.  479, 
\acte  capitulaire  de  la  paroisse,  qui  donne,  en  1745, 
aux  seigneurs  de  Paty  le  titre  de  «  restaurateurs 
et  bienfaiteurs  insignes  de  leur  église  »;  p.  363  et 
43 1,  les  formalités  à  remplir  pour  avoir,  en  dehors 
du  sanctuaire,  droit  de  banc  et  de  sépulture, 
moyennant  une  taxe;  p.  319,  un  «  titre  clérical  » 
pour  ordination  en  1737  et,  p.  323,  la  légende  du 
dragon  brûlé  par  St-Front,  ce  qui  aurait  fait 
donner  à  une  paroisse  le  nom  de  St-Front  de 
Colubri.  Comme  le  dit  avec  raison  l'auteur,  il  faut 
voir  là  «  un  emblème  du  triomphe  du  culte  chré- 
tien sur  le  druidisme  et  l'idolâtrie  »,  car  le  même 
fait  se  répète  «  presque  dans  chaque  ville  où 
aborde  un  héraut  du  nouvel  évangile  ». 

M.  Goustat  s'étonne  que  «  la  nef  ne  soit  pas 
dans  l'axe  de  la  coupole»  (p.  279).  Cela  s'explique 
fort  bien,  puisque  «  le  transept  »  est  <i  apparem- 
ment du  XlIIe  siècle  :>>  et  que  la  nef  n'est  que 
du  «  XV*^  ».  Ces  déviations  sont  communes  en 
France  et  indiquent  constamment  deux  époques 
distinctes  dans  la  construction. 

Deux   chapiteaux  romans,   placés   en   regard, 

2).  Église  de  Afoti/if^n^!  {XVll"  siècle). 

Semis  d'étoiles. —  I  MA  R  (Jesui  Rcdemptor,  Maria).  —  Fleur  de 
lis.  —  Croissant  de  la  lune.  —  La  colombe  divine  dans  une  auréole. 

(I-'an) 

LE  PRES.-\NT. 
L.-\MBRY. 

fa  fM) 

F.^IRE 

IE.-\N  S  (c!^)  RE. 
T.\IN''  Frocukeuk  de 
FABRIQVE. 
PAL. 

3).  Église  d' Echcmird  (1705). 

(Si  vous)  VOICY 

.NE.    FAITES         MON  FILS 
PENITE.NCE         RIEN  AIME 
VOVS-PERI  (en  qui  j'ai 

RE/..  'rOV.S  mis  mes  complaisances) 

F.  P.  (fait  par)  RENE  LA.NGLOIS. 
1705. 
4).   Église  de  Faveraye  (1736). 

M.  (Monsieur)  P.  GVIÎRIN 
P.  C.  D.  F.  ( prêtri  cnri  de  Fa-vcraye)  1736. 
5).   Église  de  Be/iuard (ijt;). 

EN  1777  BEHVAR 
A  ETE  ERl(iERl-:N 
CVRE  PRKMIl'.R  CV 
RE  M.  R.  (i.WCJ.VlN  ; 
PRICMIER  l'KOCVKE 
VR  nie  F.MiRlCE  M  (ai) 
TRE  P.  V.V.  (pierre).  CADY  : 
LAMBRV  Ft  (/ail)  EN  ME 
ME  ANE^<:;;«.'f/ 
I.  .•\  ceux  qui,  comme  M.  Farnier,  s'occupent    de   la  littérature 
des  cloches,  je  crois  devoir  indiquer  un  procès-verbal  de  l'an  1784, 
reproduit  par  la  Kez-ue  Poitevine,  1884,  p.  259.    Les  éléments  de  la 
formule,  sont,  après  la  date:  la  cloche  a  été  présentée,'!  la  bénédiction 
solennelle,   par   N.    N.    et    N.   .\.,   qui  l'ont  nommée  N.,   en   pré- 
sence de 


TB  i  b  l  i  0  ff  r  a  p  b  i  c 


377 


ont  donné  lieu  à  bien  des  interprétations  qu'il 
serait  trop  long  de  reproduire.  Je  me  contenterai 
d'exposer  la  mienne,  qui  me  paraît  la  plus  pro- 
bable et  la  mieux  motivée.  Cette  question  d'ico- 
nographie a  son  intérêt  particulier. 

Sur  le  chapiteau  du  midi,  le  serpent  est  enroulé 
autour  du  pommier  fatal,  chargé  de  fruits  :  il  se 
tourne  vers  Eve  et  lui  présente  une  pomme,  en- 
core attachée  à  la  tige.  Eve  la  prend  d'une  main  : 
derrière  elle  un  gros  oiseau  semble  la  saisir. 
Adam,  de  l'autre  côté  de  l'arbre,  tend  les  mains 
pour  prendre  le  fruit  de  perdition.  A  sa  suite 
vient  un  personnage,  cheveux  hérissés,  vêtu  d'une 
peau  d'animal,  les  pieds  chaussés,  un  bâton  pas- 
toral dans  la  gauche  et  de  l'autre  brandissant 
une  croix  hastée.Nos  premiers  parents  sont  <<:  sans 
sexe  ». 


La  pensée  qui  se  dégage  de  cet  ensemble  est 
celle-ci,  suivant  moi  :  le  serpent  tente  la  femme, 
qui  consent;  aussitôt  elle  devient  la  proie  du  cor- 
beau ('),  c'est-à-dire  que  sa  mort  est  la  suite  du 
péché,  car  cet  oiseau  s'acharne  principalement 
sur  les  cadavres.  Ainsi  se  traduit  symboliquement 
cette  sentence  de  l'apôtre  S.  Paul  :  «  Per  unum 
hominem  peccatum  introïvit  in  hune  mundum  et 
per  peccatum  mors.  »  {Ad  Rom.,  V,  12).  A  la 
partie  opposée  apparaît  S.  Jean-Baptiste,  auquel 
seul  conviennent  les  caractéristiques  indiquées; 
armé  de  sa  croix,  il  prêche  la  pénitence:  «  Peni- 
tentiam  agite  »  {S.  Alatth.,  III,  2),  et  leur  mon- 
trant sa  houlette,  le  peduin  antique,  il  leur  dit, 
avec  la  Genèse,  que  la  vie  pastorale  sera  la  pu- 
nition de  leur  faute  et  l'épreuve  par  laquelle  ils 
devront  reconquérir  la  grâce  perdue  (-).   Quant 


à  l'absence  de  sexe,  elle  signifie  l'état  d'innocence; 
en  effet,  l'innocence  disparue,  ils  se  voient  nus{^'). 
Au  second  chapiteau,  un  animal,  à  tête  d'hom- 
me, étale  son    impudeur,    couché  sur    le    dos  ; 

I.  «  Et  aperli  sunl  oculi  ambaruni,  cumque  cognovissent  se  esse 
nudos   »  [Gènes.,  III,  7.) 


c'est  le  type  de  la  concupiscence  et  des  plaisirs 
sensuels,  notoirement  désignés  par  le  soin  que  le 
sculpteur   a  eu  de  mettre  en  évidence  les  seins, 

1.  «    Te  Satanas  diaco  invenit  et  occidit,  »  dit  le  P/iyiio!og7is. 

2.  «    In  sudoi'O  vultiis  tui  vosccris  pane  »  [Gen.,  iil,  19)  —  <[  In 
laborib  tis  comedes  ex  ca  (leira)  cur.ciis  diebus  vitre  ux  1>  (m,  17). 


378 


Eetiuc  Dc  ratt  cfjrcticn. 


le  nombril  et  l'anus.  Deux  lions,  dont  un  ailé,  se 
précipitent  sur  lui.  Par  le  péché,  par  la  volupté 
surtout,  conséquence  immédiate  de  la  faute  ori- 
ginelle, l'homme  s'est  dégradé  et  est  devenu  sem- 
blable à  la  bête,  ut  jiimentum  {Psalm.  LXXII,22). 
Au  dernier  jour,  il  reste  dans  cette  posture,  qui 
est  sa  condamnation,  et  le  démon  sous  la  forme 
du  lion,  se  jette  sur  lui  pour  le  dévorer.  L'office 
des  morts,  empruntant  ce  symbole  à  David  (')> 
nous  le  dit  expressément:  i.  Domine  JESU 
Curiste,  rex  gloric-e,  libéra  animas  omnium  fide- 
lium  defunctorum....  de  ore  leonis.  »  Si  l'un  de 
ces  lions  est  ailé,  c'est  pour  mieux  exprimer 
l'ardeur  avec  laquelle  il  fond  sur  sa  proie. 

Il  faut  se  tenir  en  garde  contre  le  symbolisme 
faux,  qui  ne  procède  pas  de  la  tradition  du  moyen 
â"-e.  L'homme-animal  n'est  donc  pas  «  le  dieu 
Pan  »  (p.  327),  pas  plus  que  les  poils  qui  ter- 
minent sa  «  double  queue  »  ne  sont  «  deux 
branches  de  lis  fleuries  ».  Ces  sortes  de  queues 
sont  fort  communes  à  l'époque  romane  et  leur 
épanouissement  en  feuillage  pourrait  bien  ne  pas 
avoir  le  sens  qu'on  leur  a  prêté  dans  un  article 
du  Bulletin  uionuniental. 

Enfin,  dois-je  insister  sur  la  place  même  attri- 
buée à  ces  deux  chapiteaux. 'Il  est  convenu, depuis 
longtemps,  que  le  nord  symbolise  le  péché,  la 
mort,  la  damnation  éternelle.  Pourquoi  alors  la 
chute  serait-elle  au  midi,quand,commeà  la  cathé- 
drale d'Angers,  sa  vraie  situation  est  également 
au  nord  ?  C'est  que ,  par  la  pénitence  prê- 
chée  par  saint  Jean,  l'homme  coupable  s'étant 
réhabilité,  mérite  d'entrer  au  paradis,  figuré  par 
la  chaleur  pénétrante  et  le  vif  rayonnement  du 
midi,  images  de  la  gloire  céleste. 


NOTICE  HISTORIQUE  ET  ARCHEOLOGI- 
QUESUR  L'ABBAYE  DE  ST-JOUIN  DE  MAR- 
NES, par  M.  Bélisaire  Ledain.  Poitiers,  Tolmer,  1S84, 
in-8",  de  88  pages. 

Cette  notice  est  très  bien  conduite  et  l'intérêt 
qu'on  éprouve  à  la  lire  se  soutient  jusqu'au  bout. 
Elle  serait  complète,  si  l'on  y  trouvait,  à  la  fin, 
les  sceaux  et  les  armoiries  des  abbés  :  c'est  de 
rigueur  dans  les  publications  de  ce  genre. 

J'y  signalerai,  entre  autres  renseignements  ar- 
chéologiques, la  description  de  l'église,  qui 
malheureusement  n'est  pas  toujours  exacte  au 
double  point  de  vue  de  l'iconographie  et  dc  la 
chronologie,  deux  inventaires  datés  de  1560  et 
1683,  l'indication  des  reliques  et  la  mention  d'un 
lutrin,  terminé  par  un  griffon,  au  lieu  de  l'aigle 
traditionnel;  au  Moùtier  d'Ahun,  c'était  un  qua- 

I.  «  N'e(iu:indo  rapiat  ut  leo  aiiitnim  meam  »  (Psalm.  VII,  3).  — 
«  Sf.lva  ir.c  et  ore  leonis  »  (X.^i,  22).  —  «  .\  leonibus  uiiicam  meam  » 
(XXXIV,  17).  St  Pierre  dit  expressément  ;  «  Diaboliis  tanquani  leo 
riigiens  »  (1  tipiit.  v,  8). 


drupède,  et  wn  pélican  en  Belgique  (').  Il  y  aurait 
lieu  de  rechercher  la  raison  d'être  de  ces  deux 
singularités. 

M.  Ledain  me  permettra  de  lui  signaler  deux 
lacunes  bibliographiques.  La  façade  de  St-Jouin  a 
été  décrite  par  moi, dès  iS/ô.dans  \d, Revue  de  V Art 
chrétien,  p.  222-225,  et  les  reliques  dc  S.  Aléen  et 
de  St-Judicacl  ont  été  retrouvées  en  1S5S  dans 
l'ancienne  église  abbatiale  de  S.  Florent-lez- 
Saumur,  comme  il  résulte  de  mes  deux  bro- 
chures :  Abrégé  de  la  vie  de  S.  Florent,  prêtre  et 
confesseur,  suivi  de  la  translation  de  ses  reliques 
et  de  prières  en  son  honneur,  avec  une  note  sur 
S.  Mécn  abbé  ;  Angers,  1S58,  in- 18,  de  34  pages. 
—  Appendice  aux  actes  de  S.  Florent,  prêtre  et 
confesseur;  Angers,  1863,  in-8°  de  106  pages. 

M.  Godard-Faultrier  a  depuis  longtemps  dé- 
terminé le  symbolisme  de  la  femme  allaitant 
deux  serpents  :  d'après  un  texte  contemporain 
(XII'=siècle),c'estle  supplice  des  mauvaises  mères. 
{Annal,  arch.,  t.  III,  p.  64.)  Je  ne  crois  pas  que 
la  statue,  placée  en  haut  du  pignon,  figure  le  Père 
éternel,  mais  bien  le  Fils,  assis  pour  le  jugement 
et,  au-dessous,  la  sainte  Vierge,  non  la  Religion. 
Au  XII'^  siècle,  on  ne  lui  donnait  guère  la  forme 
humaine  et  les  fresques  du  baptistère  deSt-Jean, 
à  Poitiers,  attestent  qu'on  se  contentait  alors 
d'une  main  bénissante,  entourée  d'un  nimbe 
crucifère. 

Le  cardinal  Alain,  dont  il  est  question  p.  66, 
est  le  célèbre  Alain  de  Coétivy,  dont  le  magni- 
fique tombeau  se  voit  à  Rome  dans  l'église  de 
Ste-Praxède  :  je  l'ai  publié  dans  Les  chefs-d'œu- 
vre de  la  Renaissance  à  Rome. 

J'ai  aussi  décrit,  en  185  i,  dans  le  fouriial  de 
Loudun{n^  17)  le  sceau  et  les  armoiries  de  l'abbé 
Arthur  de  Cossé,  dont  parle  M.  Ledain,  p.  68. 

Enfin,  je  ferai  observer  que  la  dédicace  et  la 
fête  patronale  (je  ne  dis  pas  du  titulaire,  car 
l'église  est  sous  le  vocable  de  St-Jean  l'évangé- 
liste),  ont  occasionné  des  foires,  et  que,  en  1751, 
l'évêque  de  Poitiers  renvoya  la  célébration  de 
cette  fête  au  dimanche.  C'est  un  des  plus  anciens 
exemples  de  cette  mesure  sanctionnée  par  le  con- 
cordat. 

DIE  WANDGEMAELDE  DER  S.  GOERGE- 
KIRGHE  ZU  OBERZELL  AUF  DER  REICHE- 
NAU,  von  D'  Franz  Xaver  Kraus,  Freiburg  im  Breis- 
gau,  1884,  grand  iti-t'olio,  de  22  pag.  à  2  colon,  et 
16  planches. 

La  pierre  reste  froide  quand  elle  n'est  pas 
réchauffée  par  la  couleur.  Au  mo)-en  âge,  la 
décoration  pohchrome  était  considérée  comme 
le    complément  indispensable    de    l'architecture 

I.  Le  lutrin  de  l'église  St-Martin,  à  Chièvres  (Belgique), 
est  surmonte  d'un  pélican  en  dinanderie,  il  est  daté  de 
1484.  [Ga^.  des  Beaux-Arts,  2'"'  sér.,  t.  XXX,  p.  166.) 


Re\)uc  De  VHvt  cl)rcticn. 


Résurrection  du  fils  de  la  Veuve  de  Naïm. 


ï^rcsoucs  mi  xi'  siècle  à  l'aObapc  ti'Obcr>cll. 


Pêche  miraculeuse. 


15  i  t)  U  0  g  r  a  p  &  i  e . 


379 


qu'elle  avivait.  Elle  comportait  deux  éléments  : 
une  ornementation  très  variée  et  des  scènes 
historiées. 

L'effet  général  était  produit  par  l'harmonie 
des  couleurs  et  la  simplicité  de  la  composition, 
qui  évitaient  de  fatiguer  à  la  fois  l'œil  et  l'esprit. 

Les  spécimens  de  peinture  murale  ne  sont  pas 
rares  et  l'on  en  découvre  sans  cesse  sous  le  ba- 
digeon. Il  importe  essentiellement  de  les  conser- 
ver et  de  les  décrire.  Une  étude,  accompagnée  de 
planches,  offrira  toujours  un  grand  intérêt  aux 
archéologues  :  les  artistes  y  trouveront  aussi  des 
modèles.  Leur  conservation  s'impose  d'elle-même, 
puisque  c'est  une  page  de  l'histoire  de  l'art  qui 
vient  s'ajouter  à  tant  d'autres.  Les  recouvrir  ou 
gratter  constitue  un  acte  réel  de  vandalisme  :  on 
regrette  vivement  qu'il  ait  été  fait  de  la  sorte  à 
Rome,  dans  la  basilique  de  St-Laurent-hors-les- 
murs,  pour  des  fresques  du  XIIL"  siècle  qui  tapis- 
saient les  parois  de  la  nef  et  qui  ont  disparu  à 
jamais  sous  d'autres  fresques  en  style  moderne. 

Viollet-le-Duc,  par  son  projet  de  décoration 
de  Notre-Dame  de  Paris,  avait  ouvert  une  voie 
féconde  :  il  n'a  été  ni  goûté  ni  compris,  et  cette 
tentative  heureuse  est  restée  en  chemin.  Qui  la 
reprendra?  Jusqu'ici  on  n'a  encore  fait  que  des 
essais,  pas  toujours  heureux,  comme  à  Notre- 
Dame  de  Poitiers.  On  a,  pour  ainsi  dire,  impro- 
visé des  variations  multiples  sur  un  thème  insuffi- 
sant. L'étude  préalable  des  types  a  manqué  et 
rien  ne  peut  la  remplacer,  ni  le  goût  personnel  ni 
l'imagination. 

Les  ouvrages  de  Mérimée  sur  St-Savin,  de 
Guilhermy  sur  la  Ste  Chapelle,  d'Ouradoux  sur 
Notre-Dame  de  Paris  sont  devenus  classiques  sur 
la  matière.  Celui  du  docteur  Kraus  y  ajoute  un 
élément  nouveau  d'information.  L'illustre  pro- 
fesseur de  théologie  de  l'université  de  Fribourg 
et  conservateur  des  antiquités  ecclésiastiques  de 
Bade  a  fait  une  œuvre  vraiment  utile  par  cette 
publication  de  luxe,  qui  a  paru  tout  récemment 
sous  les  auspices  de  leurs  Altesses  Sérénissimes 
le  grand  Duc  et  la  grande  Duchesse  de  Bade, 
protecteurs  éclairés  et  généreux  de  l'art  et  de 
l'archéologie. 

L'église  de  St-Georges  d'Oberzell  de  Reiche- 
nau,  l'île  voisine  de  Constance,  date  des  X«  et 
XI"^  siècles,  époque  approximative  des  fresques 
qui  la  décorent  (').  Ces  fresques  se  superposent  sur 
trois  rangs  :  dans  les  écoinçons  des  arcades,  une 
série  de  médaillons  où  les  abbés  probablement  du 
monastère,  figurés  en  buste,  tiennent  un  livre  à 
la  main;  au-dessus,  les  faits  de  l'Évangile  sur 
fond  bleu  ;  à  l'étage  des  fenêtres,  aux  trumeaux, 

I.  M.  Biyet  ( Balkl  </•/.'//.,  1885,  p.  21)  écrit  :  «  Les  peintures 
sont  fort  anciennes,  bien  qu  on  ne  soit  pas  d'accord  sur  leur  date  : 
quelques  archéologues  les  attribuent  .lu  X»  ou  même  au  Xl<:  siècle. 
M.    Kraus  les  croit  de  la  fin  du  diNiénie.  » 


les  apôtres,  pieds  nus,  nimbés  et  déroulant  des 
phylactères.  Des  méandres,  de  formes  diverses, 
séparent  les  trois  plans. 

La  première  planche,  où  se  voit  la  résurrection 
de  Lazare,  est  seule  en  couleur,  toutes  les  autres 
sont  au  trait  :  elle  représente  une  travée  en  élé- 
vation. 

Le  Christ  est  nimbé  du  nimbe  crucifère,  mais 
les  apôtres,  qui  le  suivent,  sont  dépourvus  de  ce 
signe  de  la  sainteté.  Toutefois  on  les  reconnaît  au 
double  vêtement,  aux  pieds  nus  et  au  rouleau 
qu'ils  ont  en  main.  St  Pierre  marche  le  premier, 
sa  barbe  et  ses  cheveux  sont  blancs. 

Lazare  ressemble  à  une  momie  :  les  assistants 
se  bouchent  le  nez  par  suite  de  l'odeur  infecte 
qui  se  dégage  du  corps  putréfié,  détail  réaliste 
que  n'ont  pas  inventé  les  trécentistes  italiens. 

A  la  résurrection  du  fils  de  la  veuve,  les  por- 
teurs sont  au  nombre  de  quatre  (')  et  à  leur  bran- 
card pendent  des  draperies  (pi.  V.). 

Le  lépreux  guéri,  qui  a  au  côté  une  corne  pour 
signaler  sa  présence,  se  rend  au  temple,  porteur 
d'une  colombe  qu'il  offre  au  grand  prêtre,  assis, 
le  livre  de  la  Loi  en  main  (pi.  Vi).  Cette  colombe 
n'indique  pas  seulement  le  rachat  pour  le  péché, 
mais  elle  est  aussi  le  symbole  de  l'innocence 
recouvrée. 

Les  démons,  sortis  de  la  bouche  des  possédés, 
sautent  à  califourchon  sur  le  dos  des  porcs  qu'ils 
entraînent  à  la  mer  :  ils  sont  nus,  ailés  et  cornus 
(pi.  VII).  Guérison  de  l'hydropique  (pi.  Viii).  JÉ- 
SUS sommeillant  dans  la  barque  (pi.  IX)  :  s'étant 
réveillé,  il  se  tourne  vers  deux  têtes  de  diables 
cornus  qui,  du  haut  des  airs,  soufflent  la  tempête, 
et  par  le  geste  de  l'allocution  à  trois  doigts,  qui 
est  aussi  celui  de  la  bénédiction  latine,  leur  im- 
pose  silence.   Le  distique   se  lit  ainsi  : 

<i  Carne  Deus  dormit.  Perimus.  Jhesusque  resurgit 
Majestate  jubet,  ventus  et  unda  silent.  » 

Trois  autres  sujets  :  résurrection  de  la  fille  de 
Jaïre,  guérison  de  l'hémorrhoïsse  et  guérison  de 
l'aveugle-né,  se  voient  sur  les  planches  V  et  X. 

Le  jugement  dernier,  de  facture  plus  récente, 
remplit  la  planche  XIV.  Le  Christ,  assis  dans 
une  auréole,  montre  ses  plaies  ;  les  morts  sortent 
de  leurs  sépulcres,  à  la  voix  des  anges  qui  les 
appellent  ;  les  apôtres  sont  rangés  sur  des  bancs  à 
droite  et  à  gauche  du  trône,  parce  que  leur  maître 
les  a  établis  juges  des  douze  tribus  d'Israël. 

Les  deu.x  dernières  planches  reproduisent  huit 
miniatures  empruntées  au  célèbre  évangéliaire 
de  l'archevêque  Egbert,  qui  est  à  la  bibliothèque 
de  Trêves  et  que  le  D^  Kraus  a  aussi  dernièrement 
publié   (2).    Ces    petits    tableaux    remontent    au 

1.  «  Pauperem  duorum  portât  miseratio  bajulorum,  nec 
quattuor,  ut  mortuo.  v>  (.S.Augustin.,  St-n/r.  cxxi.) 

2.  J'en  rendrai  compte  prochainement  ici  même. 


REVUE   DE   l'art  CHRÉTIEN. 
1885.   —    3"'^    LIVRAISON. 


38o 


iRctiuc    Dc    rart    cbrcticn. 


X"  siècle.  Sur  beaucoup  de  points,  la  ressemblance 
est  frappante  avec  les  fresques  d'Oberzell,  mêmes 
attitudes  et  costumes,  surtout  même  fond  d'ar- 
chitecture classique.  Ce  serait  cà  croire  parfois 
que  l'artiste  fut  le  même,  latin  et  non  certai- 
nement byzantin.  Je  n'ose  aller  jusque-là,  ni  re- 
monter au  X*-"  siècle,  la  peinture  murale  ayant,  à 
mon  avis  du  moins,  un  aspect  sincèrement  roman. 
Toutefois,  pour  expliquer  cette  similitude,  on 
peut  admettre  que  le  peintre  a  connu  le  manus- 
crit de  Trêves,  qu'il  l'a  copié  par  endroits,  et  en 
d'autres  s'est  contenté  de  s'en  inspirer.  Ces  sortes 
de  traditions  locales  ne  sont  pas  insolites  en  Al- 
lemagne. Par  exemple,  au  trésor  de  la  cathédrale 
de  Trêves,  on  constate  que,  sous  l'archevêque 
Egbert,  le  cloisonnage  de  verroterie  se  pratiquait 
encore,  absolument  comme  au.x  temps  mérovin- 
giens :  il  y  en  a  deu.x  spécimens  frappants,  l'étui 
du  saint  Clou  et  l'autel  portatif  A  première  vue, 
ce  qui  a  été  fait  pour  certaines  parties  de  l'autel, 
on  croirait  à  une  intercalation  de  pièces  d'époque 
antérieure  :  je  ne  partage  pas  du  tout  cette  opi- 
nion. De  même,  pour  les  fresques  d'Oberzell,  qui, 
quoique  postérieures,  ont  une  ph)'sionomic  fran- 
chement millénaire,  s'il  m'est  permis  d'employer 
cette  expression  pour  caractériser  l'époque  qui 
suit   immédiatement  l'ère  carlovingienne. 

Le  texte  du  D''  Kraus  est  ce  qu'on  peut  atten- 
dre d'un  maitre  en  archéologie  chrétienne.  Il  est 
court,  mais  substantiel.  On  sent  partout  que  l'au- 
teur possède  parfaitement  son  sujet  et  il  prodigue 
en  notes  de  véritables  trésors  d'érudition,  qui 
mettent  sur  la  voie  des  recherches  à  faire  pour 
juger  à  l'aide  des  œuvres  analogues.  L'épigraphie 
surtout  y  est  traitée  avec  prédilection  et  les  vers 
des  anciens  poètes  viennent  à  propos  fournir  d'u- 
tilesrapprochements  oud'ingénieuses  restitutions. 
Un  pareil  livre  fait  certainement  honneur  à  la 
science  allemande,  dont  le  docte  professeur  est 
un  des  représentants  les  plus  méritants. 

NOTES  SUR  UN  PONTIFICAL  DE  CLÉMENT 
VI  et  sur  un  missel,  dit  de  Clément  VI,  conservé 
A  la  bibliothèque  de  Clermont,  par  René  Fage  ; 
Tulle,  Crauffon,  1885,  in-8",  de  18  pp. 

Je  dirais  Missel  plutôt  que  Pontifical,  car  la 
notice  ne  parle  que  de  messes.  Ces  messes  sont 
votives  :  la  même  particularité  existe  dans  le 
missel  poitevin  de  la  bibliothèque  Harlcienne,  à 
Londres,  qui  est  du  XII<^  siècle.  Je  ne  vois  pas 
sur  quoi  on  pourrait  s'appuyer  pour  affirmer  que 
«  ce  sont  là  précisément  les  messes  que  les  papes 
disent  ordinairement  depuis  nombre  de  siècles». 
Les  papes  disent  les  messes  du  missel,  tout  comme 
les  autres  prêtres.  Cet  appendice  au  Missel  vient 
de  se  vendre  iio  fr.  :  il  valait  davantage  et  le 
Limousin,  haut  ou  bas,  ne  devait  pas  le  laisser 
écha[)per,  car  son  authenticité  est  certaine.  Peint 


par  Jean  Bosquet  ('),  il  fut  vendu  à  Avignon,  en 
1352,  au  pri.x  de  trois  sous  d'or. 

J'avais,  depuis  bien  des  années,  établi  que  le 
missel  de  la  bibliothèque  de  Clermont  n'avait  pu 
appartenir  à  Clément  Vl,  mais  seulement  à  un 
membre  de  sa  famille.  M.  Page  me  donne  raison. 
Je  l'attribuais  au  XV^  siècle,  dans  une  note  insé- 
rée dans  la  Revue  de  V Art  chrétien  :  on  y  a  lu  le 
millésime  1462. 

Page  15,  une  miniature  est  ainsi  décrite:  «  Le 
Christ  assis  sur  le  même  siège  qu'un  pape  ;  le 
Saint-Esprit  sort  de  la  bouche  du  CHRIST 
et  va  dans  celle  du  pape.  »  Ces  sortes  de  Trinité 
sont  communes  à  cette  époque  :  Didron  les  a  si- 
gnalées dans  les  Annales  archéologiques  et  V His- 
toire de  Dieu.  Leur  interprétation  ne  soulève 
aucune  difficulté.  Si  l'on  costume  le  Père  éternel 
en  pape,  c'est  uniquement  pour  lui  donner  les 
insignes  de  la  plus  haute  dignité  qui  soit  sur  terre, 
comme  au  même  temps  on  l'habillait  aussi  en 
empereur,  témoin  un  vitrail  de  la  collégiale  de 
Montreuil-Bellay  (ALiine  et  Loire). 

A  part  cette  double  erreur  liturgique  et  icono- 
graphique, je  m'empresse  de  rendre  justice  à 
l'auteur  qui  a  su  écrire  un  mémoire  intéressant 
sur  deux  manuscrits  qu'il  aidera  à  faire  connaître 
comme  il  convient. 

ARMORIAL  GÉNÉRAL  DE  l'ANJOU,  par  Jo- 
seph Denais.  .\ngers,  (lermain,  3  vol.  in-8,  avec  plan- 
ches. 

Cet  ouvrage  important  et  bien  fait,  d'une  utilité 
pratique  incontestable,  a  été  commencé  en  1878: 
j'en  ai  alors  rendu  compte  dans  la  Revue.  Il 
vient  de  s'achever  par  la  publication  du  ly"  et 
dernier  fascicule,  qui  comprend  uuq  préface,  lar- 
gement traitée,  et  deux  tables,  très  commodes 
pour  les  recherches  :  l'une  donnant  les  meubles 
héraldiques,  avec  renvoi  aux  diverses  familles  qui 
en  ont  paré  leur  écusson;  l'autre  les  devises  sei- 
gneuriales ;  toutes  les  deux  observent  Vordre 
alphabétique.  Enfin  l'ouvrage  se  termine  par  l'in- 
dication des  sources  mises  à  contribution  et  qui 
sont  pour  la  plupart  manuscrites  et  inédites. 

Sans  doute,  l'auteur  a  eu  principalement  en 
vue  de  rendre  service  à  sa  province  natale  ;  bon 
exemple  à  imiter  partout  ailleursoù  les  armoriaux 
locaux  font  généralement  défaut.  Mais  son  vaste 
recueil,  qui  a  exigé  tant  de  patience  et  de  re- 
cherches, a  aussi  une  portée  générale  considérable. 
Ainsi,  pour  me  limiter  à  l'ecclésiologie,  je  signa- 
lerai la  triple  série  d'armoiries  des  évêques  d'An- 
gers, des  communautés  religieuses  et  des  corpora- 

I .  Parmi  les  peintres  attachés  à  la  décoration  du  palais 
de  Sorgiies,  en  1321  et  1322,  M.  Eugène  Munlz  a  signalé 
«  Joliannes  Bosqueti  »  et  <(  Petrus  Hosi|ueti  »  {Le palais 
ponlipcal  de  Sorgiies,  p.  3). 


TBiblio  graphie 


381 


L^ 


(ions  ouvrières.  Hors  de  l'Anjou  on  sentira 
donc  le  besoin  de  le  consulter,  soit  pour  y  ap- 
prendre des  renseignements  ignorés,  soit  pour 
établir  des  points  de  comparaison,  ou  encore  pour 
combler  des  lacunes. 

Je  félicite  sincèrement  IM.  Denais  d'avoir  mené 
à  terme  un  Armoriai  qui  certainement  est  un  des 
modèles  du  genre. 

X.  B.  DE  M. 

LK  PALAIS  DE  JUSTICE  DE  BRUXELLES 
CONSIDÉRÉ  AU  POINT  DE  VUE  ARTISTIQUE, 
TECHNIQUE,  ADMINISTRATIF  ET  POLITI- 
QUE, par  Clément  Lab\e.  Ingénieur  en  chef  hono- 
raire des  Ponts  et  Chaussées.  —  Liège,  Imprimerie 
et  Lithographie  Demarteau,  1885.  Brochure  in-8°, 
de  96  pages. 

E    Palais   de  Justice  de  Bruxelles  ne  fera 
pas  école  et  ne   méritera  jamais  que  la 
«  qualification  d'une  MONSTRUOSITÉ.  '» 

i.  Considéré  au  point  de  vue  des  mœurs  et  des 
«  idées  de  ce  temps,  on  l'appellera  une  ŒUVRE 
«  DE  PARVENU.» 

«  En  fait,  il  n'est  que  le  produit  d'une  coterie.  » 

(P-  95-) 

Telles  sont  les  conclusions  du  travail  de  M.  La- 
bye.  Elles  seront  admises  par  tous  ceux  qui  se 
donneront  la  peine  d'examiner,  à  la  lumière  des 
vrais  principes  de  l'art,  le  nouveau  Palais  de 
Justice  de  Bruxelles, 

M.  Labye  s'est  beaucoup  occupé  dans  sa  longue 
et  honorable  carrière  des  questions  administrati- 
ves en  matière  de  travaux  publics.  La  critique 
qu'il  fait  du  mode  d'éxecution  et  son  examen  des 
responsabilitcs  mises  tv/yt"//, adopté  pour  les  travaux, 
acquièrent  par  là  une  valeur  toute  spéciale.  C'est 
à  notre  avis  la  partie  la  plus  intéressante  de  son 
travail,  comme  c'est  aussi  la  partie  la  plus  déve- 
loppée. 

«  L'entreprise  n'a  été,  î>  dit  M.  Labye,  <i  qu'une 
«  régie  déguisée  qui  a  permis  à  l'entrepreneur  de 
«  se  livrer  à  toutes  sortes  de  combinaisons,  de 
«  manœuvres  et  de  spéculations  qu'une  régie  ad- 
<<  ministrative  francliement,  sérieusement  et  loya- 
<i  lement  exécutée,  c'est-à-dire  fonctionnant  à 
«  visage  découvert,  eût  rendues  impossibles. 

«Pour  pouvoir  apprécier  le  côté  moral  de 
«  l'entreprise,  il  suffit  de  lire  ce  que  X Etoile  Belge, 
«  dans  son  numéro  supplémentaire  du  17  mars 
«  1884,  publie  des  démêlés  du  sieur  Dcvestel 
«  (l'entrepreneur)  avec  ses  sous-traitants.  Le 
«  nouveau  Palais  était  à  peine  ouvert,  que  ses 
«  locaux  retentissaient  des  procès  suscités  à  l'oc- 
«  casion  de  sa  eonstruction.  »  (p.  56.) 

Quant  aux  responsabilités,  M.  Labye  n'hésite 
pas  à  les  faire  retomber  sur  l'Administration. 
Citons  à  ce  propos  cette  excellente  définition  que 


les  ministres  feraient  bien  de  méditer  chaque 
jour  :  «  L'Administration  est  une  puissance  avec 
<i  laquelle  le  Parlement  doit  compter,  et  son 
«  premier  esclave  est  d'ordinaire  le  chef  du  dépar- 
«  tement  qu'elle  salue  comme  son  maître. ^>  (p-8i.) 

Nous  ne  partageons  pas  aussi  complètement  les 
idées  de  l'auteur  sur  l'art.  Il  nous  semble  qu'il 
ne  se  fait  pas  une  notion  absolument  exacte  de 
ce  qu'il  faut  entendre  par  le  style,  et  qu'il  oublie 
que  la  forme  est,  en  architecture  comme  ailleurs, 
l'expression  d'une  idée  ou  le  résultat  de  l'appli- 
cation d'un  principe. 

De  là  sans  doute  ces  affirmations  qui  paraîtront 
bien  étranges  aux  lecteurs  de  la  Revue  de  l'Art 
chrétien. 

« il  n'est  pas  douteux  que  l'association  du 

«  style  ogival  aux  autres  types  de  l'architecture 
«  ne  blesse  qu'un  préjugé.  »  (p.  21.) 

«  Il  n'existe  aucune  incompatibilité  scientifi- 
«  que,  artistique  ou  pratique  entre  les  diverses 
«  formes  de  l'architecture.  î>  (p.  21.) 

«  Un  Palais  de  Justice  est  de  sa  nature  un 
«  monument  où  il  doit  être  permis,  possible  et 
«  même  avantageux  de  combiner  entre  eux,  non 
«  seulement  plusieurs  styles,  mais  encore  des 
«  modes  de  construction  très  différents.»  (p.  93.) 

Jusqu'à  présent  on  reprochait  aux  adversaires 
du  Palais  de  Justice  de  Bruxelles  d'être  trop 
exclusifs,  trop  partisans  d'un  style  déterminé. 
On  expliquait  ainsi  leur  aversion  pour  le  singulier 
mélange  de  formes  opéré  par  Poelaert.  Mais 
voici  un  partisan  déterminé  de  l'éclectisme.  Et 
lui  aussi  critique  amèrement  le  nouveau  Palais. 
Que  faut-il  en  conclure?  C'est  que  ce  monument 
tant  prôné  comme  le  chef-d'œuvre  de  l'architec- 
ture laïque,  ne  satisfait  personne. 

C'est  un  fait  que  nous  enregistrons  avec  plaisir 
pour  le  plus  grand  honneur  de  l'architecture 
chrétienne. 

X. 


LEXIQUE  D'ART,  par  J.  Adeline.  —  In-8'^  de 
420  pp.  1400  vignettes.  — (Bibliothèque  de  rensei- 
gnement des  Beaux-Arts.)  Paris,  Quantin,  1S85.  — 
Prix,  2,50;  relié,  3,00  fr. 

L'ART,  dans  ses  branches  variées,  possède  un 
\ocabulaire  dont  tous  les  termes  n'ont  pas, 
à  beaucoup  près,  été  accueillis  dans  les  diction- 
naires usuels,voirc  même  dans  les  plus  volumineux 
glossaires.  Pourtant  tout  lettré  s'intéresse  aujour- 
d'hui aux  dissertations  archéologiques  et  aux 
critiques  artistiques  d'écrivains  spéciaux,  dont  la 
langue  se  hérisse  de  termes  techniques.  Le 
lecteur  qui  veut  comprendre  est  désappointé  du 
mutisme  de  son  dictionnaire.  ]\I.  Adeline  a 
voulu  venir  en   aide  à   ces   profanes  ;   étant   de 


382 


IRctiuc    De    l*3rt    chrétien. 


ceux-ci,  nous  l'en  remercions,  ainsi  que  M.  Ouan- 
tin,  qui  a  fait  de  son  lexique  un  joli  livre 
émaillé  d'une  foule  de  vignettes  fort  gentilles. 
Elles  donnent  au  livre  une  double  utilité.  S'il 
arrive  qu'on  ignore  le  sens  d'un  mot,  souvent 
aussi  l'on  oublie  le  nom  d'une  chose.  De  là  un 
second  problème,  qu'on  pourra  désormais  ré- 
soudre. En  l'occurrence,  feuilletez  le  lexique  de 
M.  Adeline  :  vous  y  trouverez  la  plupart  du 
temps  l'image  de  l'objet,  et  son  nom  à  coté. 

Nous  ajouterons  nos  desiderata  à  nos  félicita- 
tions.Pourquoi  ne  pas  indiquer  \e genre  des  noms, 
que  les  spécialistes  mêmes  intervertissent  par- 
fois }  L'auteur,  au  surplus,  aurait  pu  formuler  ses 
définitions  en  des  termes  plus  rigoureusement 
exacts.  Quelques  exemples  au  hasard  : 

Arside : — Extrcinitt'ifune l'glisc située derrih-ele  chœur. 
—  Ce  n'est  ni  bien  tourné  ni  complet.  L'abside  est  un  che- 
vet en  hémicycle  ;  il  y  en  avait  dans  les  basiliques  païen- 
nes, dépourvues  de  chœur. 

.■\I)AT-V0IX:  —  Couronnement...  itYtini  pour  but  de  cons- 
tituer un  plafond  ou  une  voi'ite C'est  le  plafond  d'une 

chaire  ;  cela  n'a  rien  d'une  voûte. 

Amortisse.MENT  :  —  Motif  d'ornementation  affectant 
une  forme  pyramidale...  C'est  inexact;  e.\.:  amortissement 
d'un  contrefort. 

Animaux  symboliques  :  — Représentation  d'animaux 
monstrueux  et  fantaisistes,  etc..  Pardon,  pas  nécessaire- 
ment monstrueux,  jamais  fantaisistes,  mais,  au  contraire, 
toujours  conformes  à  uneconvention  traditionnelle,  et  très 
généralement  la  traduction,  dans  la  langue  imagée  de  l'art, 
des  textes  sacrés. 

Tour  :  —  Construction  beaucoup  plus  haute  que  large 
à  base  circulaire,  polygonale  ou  carrée...  Exemple  :  une 
cheminée  de  fabrique  ? 

Tkiforium  :  —  Galerie  (ajoutez:  généralement  aveugle) 
placée  au-dessus  des  nefs  latérales  des  basiliques  ou  des 
églises. 

Triptyque:  —  Tableau  peint  (ou  sculpté)  que  recou- 
vrent deux  volets...  N'est-ce  pas  plutôt  un  tableau  en  trois 
panneaux  dont  deux  recouvrent  le  troisième  ? 

Assemblage  :  —  Mode  de  jonction  des  pièces  de  char- 
pente et  du  bois  de  menuiserie.  Et  les  assemblages  du 
fer  } 

B.\IE  :  —  Ouverture  rectangulaire  ou  de  forme  curvi- 
ligne, (ces  5  mots  n'ajoutent  que  de  l'obscurité)  pratiquée 
dans  une  muraille. 

Baldaquin  :  —  Dais  richement  orné  (?)  supporté  par 
des  colonnes  appliquées  contre  une  muraille  (?? ) 

Base  :  —  Soubassement  d'un  édifice  (.') 

Battement  :  —  Battée,  trini^le  saillante  (c'est  au  con- 
traire une  cavité),  contre  laquelle  s'applique  (dans  laquelle 
se  ferme)  le  battant  d'une  porte  ou  d'une  fenêtre. 

Calv.\ire  :  —  Croix  de  pierre  ou  de  fer...  Erreur  que 
tout  lecteur  redressera  lui-même. 

Gloire  :  —  Cercle  de  lumière  que  l'on  place  autour  de 
la  tête  des  saitits.  C'est  le  nimbe. 

Gothique  :  —  Se  dit  en  peinture  et  en  sculpture  des 
œuvres  du  moyen  âge,  et  qui  sont  caractérisées  par  des 
figures  grêles,  dont  Us  attitudes  et  les  'nouvements  affectent 
une  certaine  raideur,  mais  qui,  en  revanc/ie,  sont  d'une 
finesse  d'exécution  et  d'une  perfection  de  défaits  admi- 
rable (!)  Nous  trouvons  cela  réussi. 

IconOkJRAphie:  Art  d'étudier  (mettez  déchiffrer)  et  de 
décrire  (?)  les  sculptures, peintures... 


Profil  :  (Arch.)  Se  dit  des  dessins  représentant  un  édi- 
fice en  coupeverticale...  Le  profil  n'est  qu'un  trait  dans  ces 
dessins,  celui  qui  marque  la  forme  extérieure  de  la  partie 
coupée. 

Rempant:  ...  le  rempant  d'une  toiture.  C'est  versan, 
que  l'on  dit. 

Symbolisme  :  —  Se  dit  principalement  dans  le  style 
gothique  de  la  façon  dont  on  peut  interpréter  les  peintures 
et  sculptures  dans  lesquelles  les  7'ices  et  les  -c'ertus  sont  re- 
présentés sous  forme  de  personnages  et  d?  animaux  fantasti- 
ques. Le  symbolisme  est  ici  défini  d'une  façon  fantastique. 

Plusieurs  mots  semblent  avoir  été  oubliés  ou  omis  à  tort 
ex.  :  pixide,  autel  portatif,  canon  d autel,  fenestrages,  courti- 
nes (en  étoffe), culde  bouteille  {terme  dev'itrev'it),  férusalem 
céleste,  (sorte  de  dais),  custode,  hiérot/tèque,  tétramorphe, 
thoreutique,  palimpseste,  etc.  etc. 

Nous  rendrons  compte  dans  notre  prochaine 
livraison  de  plusieurs  autres  volumes  récemment 
parus  de  l'intéressante  collection  de  la  Bibliothè- 
que de  l'enseignement  des  Beaux-Arts. 


ANVERS  ET  SES  FAUBOURGS.  —  GUIDE 
D'ANVERS  ;  histoire  et  description  de  ses  monu- 
ments, par  L.  Kintsschots.  (Prix  :  relié  fr.  4,00.) 

La  métropole  commerciale  de  la  Belgique  vient 
de  voir  s'ouvrir  dans  ses  murs  une  Exposition 
universelle  qui  s'annonce  sous  les  meilleurs  aus- 
pices, et  ne  peut  manquer  d'être  un  centre  puis- 
sant d'attraction  pour  les  nations  voisines. 

L'étranger  cependant,  après  avoir  payé  un 
juste  tribut  d'admiration  aux  merveilles  entassées 
dans  les  galeries  monumentales  du  Palais  de 
l'E-xposition,  visitera  avec  plaisir  la  cité  artisti- 
que, parcourra  ses  rues  et  ses  places  publiques, 
examinera  ses  monuments  grandioses  et  contem- 
plera à  loisir  les  chefs-d'œuvre  qu'Anvers  garde 
avec  un  soin  si  vigilant  dans  ses  musées  ou  dans 
ses  belles  églises. 

Les  guides  ordinaires  des  voyageurs  les  con- 
duisent comme  au  pas  de  course  à  travers  ces 
merveilles,  donnant  çà  et  là  quelque  renseigne- 
ment ou  remarque  banale  sur  les  chefs-d'œuvre 
les  plus  en  vue.  Il  nous  manquait  un  guide  artis- 
tique sérieux, œuvre  d'un  archéologue.d'un  artiste. 

C'est  cet  ouvrage  que  nous  pouvons  annoncer 
aujourd'hui.  —  Voici  comment  l'apprécie  le 
Journal  des  Beaux-Arts,  dans  son  N"  du  31  mai  : 

(,<  AL  L.  Kintsschots  vient  de  publier  un  Guide 
d'Anvers,  tout  à  fait  bien  venu  en  ce  moment.Ce 
Guide  est  réduit  à  sa  plus  utile  et  plus  simple 
expression  avec  une  excellente  entente  de  la 
situation  du  voyageur.  Il  est  édite  par  la  maison 
Descléc  dans  le  style  si  artistique  habituel  et 
inhérent  à  cette  maison.  On  y  trouve  un  excel- 
lent plan  d'Anvers,  une  vingtaine  de  gravures 
inédites  finement  tracées,  un  plan  de  l'exposition, 
etc.  Le  volume  est  mignon,  facile  à  emporter, 
facile  à  lire  ;  en    somme,   c'est    une   c.>ccellente 


15  i  b  l  i  0  g  r  a  p  î)  i  c . 


383 


acquisition  à  faire  et  à  conserver  comme   souve- 
nir.  Par    une    division     bien    comprise,    par    un 


système  d'abréviation  pratique,  par  une  sage 
part  faite  à  l'histoire  et  à  la  critique,  le  Guide  de 
M.  Kintsschots  reste  un  livre.  » 

Nous  rappelons  à  nos  lecteurs  que  le  même 
éditeur  a  entrepris  de  publier  une  collection 
complète  de  Guides  be/ges.  Trois  volumes  de  la 
série  ont  déjà  paru,  savoir: 

Bruges  et  ses  environs,  par  J.  Weale. 

Prix  4,00. 
Tournai  et  Tournaisis,  par  L.  Cloquet. 

Prix  4,00. 
Anvers  et  ses  faubourgs,    par   L.   Kintsschots. 

Prix  3.00. 
Les  volumes  qui  concernent  Bruxelles,  Gand, 
Malines,  Mons,  sont  sous  presse. 

NOTICE  SUR  DES  VASES  ORNÉS  DE  SU- 
JETS, UNE  PARURE  ET  DES  ÉPÉES  EN 
BRONZE  DÉCOUVERTS  DANS  L'ARRONDIS- 


SEMENT   D'ABBEVILLE,   par   A.  Van   Robais, 
broch.  in-8,  22  pp.   14  pi  —  Amiens,  Douillet,  1879. 

Cette  brochure  décrit  un  vase  en  bronze  décou- 
vert à  Estrebœuf,  et  portant  une  figure  de  Mi- 
nerve ;  un  autre,  provenant  d'Abbeville,  où  est 
figuré  Vulcain  initiant  un  mortel  au  travail  du  fer; 
une  patère  et  une  parure  en  bronze,  trouvées  à 
Villers-sur-Authie,  et  des  épées  de  même  ma- 
tière, provenant  d'Eaucourt-sur-Somme,  et  de 
Mautort  près  Abbeville. 

NOTES  D'ARCHÉOLOGIE,     D'HISTOIRE    ET 

DENUMlSMATlQUE,(3"=séne),par  leménie,  broch. 
76  pp.  4  pi.  —  Abbeville,  Paillart,  1883. 

Ce  petit  volume  de  mélanges  s'occupe  du 
Vimeu  (en  Ponthieu)  et  de  la  bataille  de  Saucourt 
(881),  • —  de  la  tour  de  Saint- Valery-sur-Somme, 
à  propos  de  laquelle  il  combat  la  légende  de  la 
captivité  d'Harold,  le  vaincu  d'Hastings,  dans 
ladite  ville,  —  de  la  croix  du  roi  de  Bohème  à 
Crécy,  encore  conservée  et  reproduite  dans  une 
des  planches  de  la  brochure,  —  de  Ringois,  le 
patriote  martyr  d'Abbeville,  —  d'un  dictionnaire 
latin  écrit  au  XV<^  siècle,  par  le  prieur  le  Ver  des 
Chartrcu.x  de  Thuison,  —  de  quelques  sceaux 
religieux  d'Abbeville,  —  de  la  porte  principale, 
en  style  Renaissance,  de  l'église  de  St-Vulfran, 
— du  Mausolée  de  Rambures, des  Minimes  d'Ab- 
beville, de  la  statue  de  Charlemagne  du  musée 
de  cette  ville,  attribuée  à  Nicolas  Blasset  (repro- 
duite dans  une  des  planches),  et  de  quelques 
monnaies  et  autres  antiquités  locales. 

LE    CALICE   DE    SAINT     CHRODEGAND    A 

SAINT-MARTIN-DES-CHAMPS,  parti.  Rohault 
deFleury. — Broch,  inS'de  S  pp. — Paris,  Fechoz,  18S5. 

NOUS  avons  annoncé  la  vente  de  la  splen- 
dide  collection  Basilewski,  naguère  encore 
l'une  des  gloires  artistiques  de  Paris.  (V.  Revue 
de  l'Art  chrétien,^,  l'^ô).  Sous  forme  d'adieu  à 
cette  galerie,  dont  la  perte  est  irréparable,  notre 
collaborateur,  M.  Rohault  de  Fleury  vient  de 
publier  une  description  du  calice  de  saint  Chro- 
degand,  un  monument  de  l'histoire  ecclésiasti- 
que de  Paris.  (765-775.) 

UN  FER  A  GAUFRES  DU  XV''  SIÈCLE  aux 
armoiries  de  la  ville  de  Besançon  et  de  ses  sept 
quartiers  ou  bannières,  par  A.  Castan.  Broch.  in-S°, 
16  pp.  Besançon  • —  Didivers.  1884. 

Il  ne  manque  pas  de  fers  à  gaufres  aux  armes 
d'une  maison  nobiliaire  ;  on  n'en  a  pas  encore 
signalé  portant  des  armoiries  municipales.  'SI.  E. 
Ri  voire  de  Genève  en  possède  un  des  plus  cu- 
rieux,dont  M.  Castana  publié  la  description  dans 
les  Mémoires  de  la  Société  d' Emulation  du  Doubs. 
Il  offre  les  armoiries  de  la  ville  de  Besancon    et 


384 


Ecuuc    De    l'art    cbttticn. 


de  ses  sept  quartiers  ou  bannières.  D'un  carac- 
tère très  artistique,  il  présente  un  t)'pe  remar- 
quable à  classer  dans  la  collection  des  ustensiles 


domestiques  du  moyen  âge.  C'est  à  ce  titre  que 
nous  le  reproduisons,  en  remerciant  l'auteur, 
d'avoir  bien  voulu  nous  en   procurer   les  clichés. 


Ajoutons,  détail  pittoresque,  que  le  pâtissier  qui 
débitait  les  friands  disques  sortis  de  ce  fer,  s'était 


fabriqué  des  armes  parlantes  ayant    pour  pièces 
trois  gaufres  circulaires  à  surface  quadrillée. 


'î5itilioç);rapf)ie. 


385 


M.  Castan  y  voit  surtout  avec  raison  un  docu- 
ment héraldique  précieux  concernant  sa  ville 
natale,    dont    l'histoire  doit  tant  à  son  érudition. 


LA  FILIATION  GKNÉALOGIQUE  DE  TOUTES 
LES  ÉCOLES  GOTHIQUES,  par  J.  F.  Colfs,  tome 
III.  (Ecole  gothique  française.)  —  Paris  1884,  grand 
in-8'-',  400  pp.  nombreuses  gravures. 

Nous  avons  fait  connaître  la  première  partie 
de  ce  travail  original,  qui  prétend  enlever  à  la 
France  non  seulement  la  gloire  d'avoir  créé  le  style 
ogival,  mais  même  l'honneur  de  l'avoir  compris. 

Nous  l'avons  dit,  l'auteur  rejette  comme  gros- 
sièrement fautive  la  classification,  due  à  de  Cau- 
mont,  du  style  gothique  en  primaire,  rayonnant 
et  flamboyant.  Il  y  substitue  la  sienne  :  école 
gothique  mère,  école  allemande,  école  française 
et  école  flamboyante. 

Pour  lui  l'école  allemande  est  l'école  gothique 
la  plus  pure  ;  l'école  française  est  partie  romane, 
partie  gothique.  Elle  s'est  servie  de  fragments 
gothiques  sans  connaître  le  secret  du  style  ogi- 
val. De  celui-ci,  la  France  et  la  Belgique  n'ont 
emprunté  à  l'Angleterre  que  quelques  éléments  : 
le  contrefort,  l'arc-boutant,  la  fenêtre,  la  balus- 
trade, le  pinacle,  quelques  ornements  à  moulures. 
L'Allemagne  possède  seule  l'école  secondaire 
gothique  continentale. 

«  L'école  française  travaillait  sans  programme 
transitionnel.  Elle  ne  comprenait  pas  le  point 
de  départ  d'une  école. 

«  Tandis  que  la  cathédrale  d'Amiens  était  gref- 
fée(sic)  avec  le  gothique  primaire  anglais  en  arcs- 
boutants,  en  pinacles,  en  balustrades,  en  fenêtres, 
elle  continuait  le  même  jour,  à  la  même  heure,  à 
recevoir  des  bases  et  des  piliers  romans,   etc..  » 

Telle  est  l'idée  développée  dans  le  volume  dont 
nous  nous  occupons. 

En  somme,  M.  Colfs  reproche  au.x  architectes 
français  du  XIII*=  siècle,  d'avoir  tenu  compte  du 
passé,  de  n'avoir  pas  brisé  avec  la  tradition  anté- 
rieure, de  n'avoir  pas  fait  table  rase  du  roman 
préexistant, d'avoir  achevé  les  cathédrales  au  lieu 
de  les  jeter  bas  pour  les  refaire  en  style  ogival 
pur,  ou  du  moins  de  n'avoir  pas  «architecture  les 
membres  romans  en  gothique»,  de  n'avoir  pas 
transformé  la  grosse  colonne  romane  en  pilier 
gothique ,  d'avoir  même  «  architecture  à  côté 
d'un  membre»,  c'est-à-dire,  d'avoir  ajouté  un  or- 
nement ogival  à  une  ossature  romane. 

11  cite  comme  exemple  la  cathédrale  de  Reims, 
ses  portails  construits  devant  les  contreforts  des 
tours,  et  cachant  la  structure  de  celles-ci  au  lieu 
de  la  montrer,  et  Notre-Dame  de  Paris,  qui  a 
emprunté  ses  deux  tours  à  l'église  de  Lin- 
coln, antérieure  de  40  ans,  plaçant  d'ailleurs  un 
portail  roman  entre  ses  tours  gothiques. 

Nous  ne  nous  arrêterons  pas  à  réfuter  ce  sys- 


tème, qui  se  détruit  lui-même  par  l'e.xagération 
desesconclusions.il  tend,en  effet,  nous  l'avons  dit, 
àdénier  aux  artistes  français  du  XIII<^siècle, l'hon- 
neur d'avoir  compris  l'art  ogival,  et  à  faire  de  la 
cathédrale  de  Cologne  le  chef-d'oeuvre  gothique 
par  excellence.  C'est  le  cas  de  se  servir  de 
l'adage  vulgaire  :  qui  prouve  trop  ne  prouve  rien. 

Le  premier  volume  de  ce  trop  grand  ouvrage 
méritait  l'attention. Il  contenait  des  données  nou- 
velles, discutables  mais  intéressantes, sur  les  ori- 
gines anglaises  du  style  ogival,  et  des  considéra- 
tions sur  l'art, qui  ne  manquaient  pas  de  justesse 
ni  de  logique. 

Mais  deux  erreurs  se  sont  glissées  dès  le  prin- 
cipe dans  les  raisonnements  de  notre  auteur,  et 
l'amènent  à  des  conclusions  entièrement  contrai- 
res à  toutes  les  idées  reçues. 

L'une  est  de  supposer  à  tort  une  sorte  d'in- 
compatibilité, ou  du  moins, de  désaccord,  entre  le 
style  roman  et  le  style  gothique,  et  d'oublier  que 
le  second  est  le  développement  et  comme  la  flo- 
raison du  premier.  L'autre  est  de  croire  que  l'art 
ogival  consiste  dans  les  ornements  et  les  moulu- 
res, plutôt  que  dans  les  formes  essentielles,  dans 
la  structure  générale  ;  que  son  propre  est  «  d'ar- 
chitecturer  des  bases  et  des  chapiteaux  ».  — 
Aussi,  dans  ses  longs  développements  sur  les  élé- 
ments constitutifs  des  écoles  gothiques,  M.  Colfs 
accorde-t-il  beaucoup  de  place  à  des  détails 
secondaires,  aux  profils  de  bases,  aux  ornements 
de  chapiteau.x,  aux  terminaisons  de  contreforts, 
et  laisse-t-il  dans  l'ombre  le  système  des  voûtes 
qui  joue  un  rôle  si  prépondérant  dans  l'art  ogival. 
S'il  avait  étudié  son  sujet  à  ce  point  de  \-ue,  il 
aurait   été  amené  à  rendre  justice  à   la  France. 

Toutefois  M.  Colfs  veut  bien  reconnaître,  que 
l'école  française,  en  dépit  de  ses  défauts  essentiels, 
mérite  d'être  connue,  enseignée,  après  avoir  été 
«  remise  sur  plan  nouveau  ».  Ce  grand  travail 
fait,  il  sera  permis  à  la  P'rance  d'en  propager  le 
programme  et  d'établir  une  école  sans  défauts. 
L'auteur  développe  le  programme  de  l'école  de 
l'avenir,  qu'il  souhaite  à  la  France.  Ce  programme 
complétera  l'ensemble  des  moulures  et  éléments 
nécessaires  à  une  cathédrale  gothique  française, 
attendu  que  le  XI IL'  siècle  n'en  a  pas  créé 
l'alphabet  complet.  C'est  ce  que  M.  Colfs  compte 
faire,  en  y  ajoutant  toutes  les  parties  qui  man- 
quent. «  Il  sera  libre  à  la  France,  ajoute-t-il,  de 
suivre  le  complément  de  style  que  nous  lui  pro- 
poserons et  que  nous  allons  entreprendre  nous- 
même,  par  la  bonne  raison  que  si  c'était  un  simple 
architecte  au  lieu  d'un  architecte  archéologue, 
qui  dût  composer  une  église  avec  ces  éléments 
constitutifs  incomplets,  il  se  perdrait  dans  la  com- 
position ;  il  serait  impuissant  d'ajouter  ce  qu'il}- 
manque,  attendu  que,  pour  le  faire,  il  faut  con- 
naître les  secrets  du  génie  créateur  de    l'école.  » 


386 


lactiuc   t)c   rart    chrétien. 


On  voit  que  notre  auteur  est  convaincu  de  la 
grandeur  de  sa  mission.  On  pourrait  lui  souhaiter 
des  vues  plus  modestes  et  un  style  plus  intelligible. 

LES  VOYAGES  DE  GULLIVER,  édition  com- 
plète et  traduction  nouvelle  par  B.  H.  Gausseron; 
illustrations  en  couleur  par  l'oirson.  —  A.  Quantin, 
éditeur. 

La  maison  Quantin  vient  de  donner  une  riche  édition  de 
Gulliver,  illustrée  en  cliromotypie,  édition  malheureuse- 
ment trop  complète  d'un  livre  spirituel,  mais  çà  et  là  fort 
incongru.  Elle  pénétrera  dans  les  familles  et  sera  lue  par 
une  multitude  de  jeunes  gens.  Au  milieu  de  pages, 
écrites  avec  un  talent  plein  de  fine  ironie,  d'humour 
et  d'ingénieuse  originalité,  ceux-ci  trouveront  semées 
des  grossièretés  révoltantes  et  des  insinuations  impies. 
Comment  l'éditeur  peut-il  ;\  ce  point  perdre  de  vue  la  partie 
consciencieuse  de  son  public? 

Le  nouveau  livre  de  M.  Quantin  est  remarquable  par  un 
genre  d'illustration  dont  le  premier  essai  ne  date  que  d'une 
couple  d'années.  Un  autre  livre  d'étrennes,  aussi  dépravé 
qu'élégant,  le  Co7ite  de  PArcIicr,  avait  ouvert  la  voie  d'une 
manière  plus  brillante.  L'innovation  consiste  dans  des 
illustrations  en  chromotypie  disséminées  dans  le  texte.  In- 
timement mêlées  au  texte,  les  vignettes  forment  avec 
celui-ci  une  œuvre  unique;  au  point  de  vue  technique, 
elles  réalisent  véritablement  l'unité  de  l'œuvre,  produite 
sur  la  presse  typographique  même.  Leur  aspect  est  celui 
de  gravures  en  noir  qui  seraient  peintes  à  l'aquarelle.  Les 
teintes  de  couleurs  sont  obtenues  par  des  tirages  restreints. 
On  ne  fait  usage  que  des  trois  couleurs  primitives,  le  bleu, 
le  rouge  et  le  jaune,  donnant,  dans  une  certaine  mesure, 
par  leur  superposition,  les  couleurs  intermédiaires. 

Ce  qui  caractérise  cette  colorfition,  ce  sont  des  teintes 
pâles,  grainées,  nuageuses,  donnint  dans  le  livre  dont  nous 
parlons  des  effets  réussis  de  ciel,  et  des  tons  trop  légers  et 
trop  creux  pour  les  terrains;  les  dégradations  de  la  teinte 
plate  sont  obtenues  mécaniquement  sur  zinc,  par  une  mor- 
sure d'acide  spéciale,  constituant  la  nouveauté  du  procédé. 
Les  profanes  s'y  trompent,  et  l'autre  jour  le  Courrier  de 
l' Art,  qui  devrait  s'y  connaître,  expliquait  à  ses  lecteurs 
comment  on  obtenait  ces  teintes  à  la  main,  en  peignant 
à  la  grosse  broSse  à  travers  un  papier  découpé,  à  la  manic-re 
de  l'imagerie  d'Épinal. 

Au  fait,  le  mérite  de  M.  Quantin  est  d'avoir  semé  large- 
ment et  mclé  intimement  la  vignette  au  texte;  ,à  ce  point 
de  vue,  son  livre  n'a  pas  eu  son  pareil  encore.  D'autres 
zinco-chromotypies  ont  été  faites  d'une  manière  bien  plus 
heureuse  comme  coloris.  Les  teintes  de  celles-ci  sont 
crues,  nullement  harmonisées,  mal  superposées.  L'œuvre 
semble  avoir  été  faite  trop  hâtivement  et  paraît  inachevée. 
Çà  et  là  quelques  vignettes  oubliées  et  restées  en  noir 
l'indiquent  assez.  Nous  recommanderions  aux  familles  le 
Gulliver  àe  M.  Quantin,  s'il  était  soigneusement  expurgé, 
non  seulement  de  certaines  grossièretés,  mais  encore  de 
considérations  sur  les  religions,  à  tendance  hérétique, 
que  l'auteur  met  dans  la  bouche  de  ses  chevaux  intelli- 
gents. Lauteur  n'a  pas  craint  de  laisser  percer  l'oreille 
maçonnique  dans  des  vignettes,  où  l'on  se  plaît  à  montrer 
le  crucifix  foulé  aux  pieds.  L.  C. 

Nous  apprenons  que  notre  collaborateur  Mgr 
Barbier  de  Montault,  de  concert  avec  M.  L.  Pa- 
lustre, ont  sur  le  métier  une  monographie  com- 
plète du  trésor  de  la  Cathédrale  de  Trêves.  Nos 
lecteurs  trouveront  ci-contre  im  spécimen  des 
belles    planches    de  cette    publication    de   luxe. 


C'est  une  reproduction  en  phototypie  de  la  fa- 
meuse couverture  d'évangéliaire  conservée  au 
Trésor  de  Trêves. 


Nous  avons  reçu  une  importante  Étude  biblio- 
graphique de  M.  Cartier  sur  la  Triomphe  de 
Saint-François,  ouvrage  magnifique  que  les  fils 
du  grand  Saint  d'Assise  ont  publié  naguère  à  la 
gloire  du  fondateur  de  leur  Ordre.  —  On  sait  que 
rien  n'a  été  épargné,  ni  au  point  de  vue  typogra- 
phique, ni  à  celui  des  illustrations,  pour  rendre  ce 
volume  digne  du  Saint  déjà  si  populaire,  pour  le 
faire  mieux  connaître  encore  et  aimer  davantage. 

Il  appartenait  assurément  à  l'auteur  des  «  Let- 
tres d'un  Solitaire  »  de  commenter  l'une  des 
publications  de  notre  temps  oîj  la  part  la  plus 
large  a  été  faite  à  l'art  chrétien,  et,  si  nous  avons 
eu  le  regret  de  recevoir  ce  travail  trop  en  retard 
pour  l'imprimer  dans  le  présent  fascicule,  nous 
nous  félicitons  cependant  de  pouvoir  l'annoncer  à 
nos  lecteurs,  et  nous  tenons,  dès  à  présent,  à 
remercier  M.  Cartier  d'avoir  donné  son  Étude  à 
la  Rei'uc  de  l'Art  chrctien.  Elle  paraîtra  dans 
notre  livraison  d'Octobre. 


©crioïitques.  ^^ 


BULLETIN  DU  COMITÉ  DES  TRAVAUX 
HISTORIQUES.  Paris,  Imprim.  nation.,  188361  1S84, 
in-8°. 

Ce  bulletin,  qui  paraît  à  des  époques  indéter- 
minées, offre  totijours  un  grand  intérêt  en  raison 
des  documents  inédits  qu'il  contient.  Je  n'en 
ferai  point  l'analj-se;  je  veux  seulement,  à  propos 
d'inventaires  ecclésiastiques,  appeler  l'attention 
sur  quatre  objets  dont  il  me  paraît  possible  de 
déterminer  l'attribution  avec  plus  de  précision. 
Il  y  a  profit  pour  la  science  à  élucider  ainsi  ces 
questions  nouvelles. 

M.  Darcel,  relevant  les  principales  pièces  d'ar- 
genterie de  l'abbaye  de  Signy,  en  1790,  écrit  : 
«  Dans  la  sacristie,  une  coquille  d'argent  accom- 
pagne le  bénitier  et  le  goupillon  de  même  métal. 
C'est  la  première  fois  que  nous  rencontrons  cette 
pièce  nécessaire  pour  administrer  le  baptême.  » 
(1883,  p.  44.) 

Je  crois  tout  autre  la  destination  de  cette 
coquille.  Remarquons  d'abord  qu'elle  se  trouve  à 
la  sacristie:  si  clic  eût  servi  au  baptême,  elle  de- 
vrait rester  habituelleinent  'aws.  fonts  baptismaux. 
Ue  plus,  elle  accompagne  un  bcnitier  et  un  gou- 
pillon, aussi  d'argent  ;  elle  a  donc  avec  ces  usten- 
siles un  rapport  direct.  Je  n'en  vois  pas  d'autre 
que  celui  indiqué  par  la  bénédiction  même  de 
l'eau,  qui  se  faisait,  chaque  dimanche,  dans  le 
bénitier  portatif,  avant  l'aspersion.  Cette  cocjuille 
contenait  donc   le  sel    que  le  prêtre  devait  bénir 


IBibliOQxaiibic. 


387 


et  elle  aidait  aussi  à  le  verser  dans  l'eau  du  béni- 
tier. Le  contexte  établit  clairement  cette  affec- 
tation spéciale. 

Parmi  les  objets  requis  pour  l'administration 
du  sacrement  de  baptême,  «  aliis  requisitis»,  se 
trouvée  mentionné  par  le  Rituel  romain:  <i  Vascu- 
lum  cum  sale  benedicendo  vel  jam,  ut  dictum 
est,  benedicto.),)  L'attribution  serait  donc  possible 
pour  cette  destination,  même  en  dehors  du  rite 
de  l'infusion.  Mais  il  y  a  aussi  cette  rubrique  du 
Rituel,  dans  VOrdo  ad  faciendam  aquain  bciicdi- 
ctam:  «Prcxparatosale  et  aquamundabenedicenda 
in  ecclesia  vel  in  sacristia.  »  Or  il  faut  pour  con- 
tenir ce  sel  un  vase  quelconque:  ici  il  a  la  forme 
d'une  coquille. 

On  lit  dans  Xlincntairc  ifAigiies-Mortes,  en 
1599:  «Plus,  une  chasuble  et  deux  flouques  de 
pourpre,  deux  estolles  et  deux  manipouls  avec 
huict  esguillons  »  (n°  3).  «  Plus  une  chasuble  de 
velours  cramoisy  rouge,  deu.x  estolles,  deux  ma- 
nipouls, quatre  flouques  de  même  et  douze  es- 
guillons d'argent  surdoré»  (n°  10). 

M.  Darcel  dit  à  ce  propos:  «  L'inventaire  de 
l'église d'Aigues-Mortes nous  donne quelquechose 
de  nouveau,  ce  sont  des  «  esguillons  >>,  qui  sont  au 
nombre  de  huit  dans  un  cas  et,  dans  un  autre,  au 
nombre  de  douze,  «  d'argent  surdoré».  Ils  sont 
catalogués  à  la  suite  des  étoles  et  des  manipules. 
Nous  serions  assez  perplexes  sur  leur  usage  si 
l'excellent  Glossaire  archéologique  que  publie 
M.  Victor  Gay  ne  venait  nous  apporter  un  éclair- 
cissement.Il  donne,  en  effet,  un  compte  de  Notre- 
Dame  de  Saint-Omer,  du  X  V'J  siècle,  ainsi  conçu  : 
«  Pour  douze  aiguillettes  de  cuir  de  chien  ferrées 
«  pour  atachier  les  affîques  aux  chappes  de  l'é- 
«glise.  »  Les  afRques  dont  il  est  ici  question  sont 
les  agrafes  qui  servent  à  maintenir  la  chape  fermée 
sur  la  poitrine.  Sans  ce  document  nous  aurions 
pu  croire  que  ces  «esguillons  »  servaient  à  ferrer 
î'e.xtrémité  des  cordons  des  aubes.  »  (1884,  p.  60.) 

Les  «  capes»  de  l'église  d'Aigues-Mortes  sont 
enregistrées  dans  une  série  de  numéros  de  31  à 
45:  pas  une  seule  fois  la  mention  des  «esguil- 
lons »  n'y  est  ajoutée  à  leur  description.  J'en 
conclus,  contrairement  au  texte  cité,  que  les  «  es- 
guillons »  ne  se  réfèrent  pas  exclusivement  à  ce 
vêtement  ecclésiastique.  Accompagnant,  au  con- 
traire, les  chasubles,  les  fiouques  ou  dalmatiques, 
les  étales  et  manipules,  ils  doivent  avoir  avec 
eux  un  rapport  direct  et  en  faire  pour  ainsi 
dire  partie  intégrante.  En  effet,  leur  usage  s'est 
maintenu,  sinon  pour  la  chasuble,  au  moins 
pour  les  autres  ornements.  A  la  dalmatiquc,  ils 
relient  près  du  cou  les  deu.x  cùtés  laissés  ouverts 
pour  pouvoir  y  passer  librement  la  tête:  on  les 
maintient  encore  en  Italie.   A  l'étole,  comme  au 


manipule,  ils  rapprochent  les  deux  bandes  pen- 
dantes: ceci  est  encore  d'usage  journalier. 

Qu'on  relise  attentivement  le  texte  et  l'on  verra 
aussitôt  que  le  nombre  des  «  esguillons  »  cor- 
respond à  celui  des  ornements  :  chaque  flouque 
en  comporte  deux,  chaque  étole  et  chaque  mani- 
pule un  seul.  Or,  au  n°  3,  deux  flouques,  deux 
étoles  et  deu.x  manipules  donnent  précisément  un 
total  de  «  huict  esguillons  ».  Au  n°  10,  à  deu.x 
étoles,  deu.x  manipules  et  quatre  flouques  corres- 
pondent nécessairement  «  douze  esguillons  ». 

Si  ces  «  esguillons  »  sont  mentionnés  à  part, 
c'est  évidemment  qu'ils  étaient  mobiles  et  qu'on 
ne  les  mettait  à  l'ornement  qu'au  moment  même 
où  l'on  s'en  servait. 

Le  texte  de  Saint-Omer  ne  doit  pas  être  pris  à 
la  lettre.  Il  dénote  seulement  le  genre,  c'est-à-dire 
un  cordonnet  ferré.  L.a.  ferncre  terminale  était  re- 
quise en  raison  même  de  la  destination,  car  la 
pointe  devait  traverser  les  trous  ou  œillets  prati- 
qués dans  l'étoffe.  Je  citerai,  en  exemple,  une 
statue  d'évêque  qui  est  au  musée  de  Cluny  et 
dont  j'ai  déjà  parlé  dans  le  Bulletin  monumental, 
à  propos  de  l'Inventaire  de  Paul  III  :  il  en  existe 
une  bonne  reproduction  en  plâtre  au  musée  des 
Dunes,  à  Poitiers. 

A  Aigues-Mortes,  la  ferrure  était  «  d'argent 
surdoré,».  Cette  matière  luxueuse  dénote  que  les 
cordons  devaient  être  également  en  matière  pré- 
cieuse, comme  la  soie  tressée.  Actuellement,  on 
se  sert  presque  toujours  de  rubans  ou  passements, 
ce  qui  n'était  pas  non  plus  impossible  à  l'époque 
qui  nous  occupe. 

<<:  Esguillons  >>  est  synonyme  d'  «aiguillettes». 
Or  les  aiguillettes  furent  très  en  vogue,  dans 
le  costume  civil,  au.x  XVI*=  et  XVII''  siècles.  La 
similitude  de  nom  peut  permettre  de  conclure  à 
l'analogie  de  forme,  de  matière  et  d'usage.  Ce 
rapprochement  est  trop  dans  la  nature  même  des 
choses  pour  ne  pas  être  indiqué  ici. 

«  Ouoddam  reliquiarium  argenteum  cum  armis 
de  sancto  Felice  (abbé  de  ce  nom),  quod  portât 
prelatus,  dumad  celebrandum  vadit,  ante  pectus.» 
(Inv.  del'abb.  de  S.  Psalmody,  1491,  n°  2.)  L'usage 
est  connu.  Ces  sortes  de  reliquaires,  suspendus 
au  cou  et  retombant  sur  la  poitrine,  étaient 
adoptés  par  la  liturgie  angevine,  à  l'occasion  de 
la  station  qui  se  faisait  avant  la  grand'  messe.  La 
même  pratique  est  indiquée  à  Monza  par  une 
fresque  du  XX''-'  siècle,  dans  la  chapelle  de  la  reine 
Théûdelinde.  Ici  le  reliquaire  remplace  la  croix 
pectorale  à  reliques,  dont  l'usage  n'avait  pas  en- 
core passé  des  évêques  au.x  abbés.  M.  Darcel  lui 
a  donné  son  vrai  nom  quand  il  l'a  appelé //yArc- 
tcre.{Ann.arcli.,  t.  XVIII,  p.344,  ^xK. Phylactères.) 
Je  lui  emprunte  cette  citation  :  «Ces  reliquaires 


REVUE  DE  l'.\RT   CHKÉTIEX. 
1885.    —  3'"-   LIVRAISON. 


388 


Ectiiic  DE  rart   chrétien. 


sont  évidemment  portatifs,  car  l'ordinaire  de 
St-Germain  renferme  cette  prescription  :  «  Meb- 
«  domadarius  vero  missse  portabit  crucem  cum 
«  duobiis  filacteriis  et  veniet  processionaliter  per 
«  navem  monasterii.  ))  De  même  dans  l'ordre  de 
Cluny  :  «  Signa  autem  omnia  piilsantiir,  sicut 
«  cum  fratres  filactcria  portant,  antequam  cgre- 
«  diantur  ab  ecclesia,  proptcr  reliquias  ;  ))  et  plus 
loin:  «  Omnis  scilicet  basilica  ornamentis  suis  ex 
«  integro  decoratur,  filactcria  appenduntur.»  Que 
ces  phylactères  aient  été  portés  au  cou,  il  n'y  a 
rien  d'impossible  à  cela,  mais  rien  ne  le  prouve 
dans  les  exemples  cités.  Aussi  Du  Cange  ou  ses 
continuateurs,  ont-ils  tort  de  dire  que  le  mot 
filacieriitiii  désigne  «  une  petite  boîte  à  reliques 
<i  qui  se  portait  suspendue  au  cou  par  des  phy- 
<,<  \dLcX.hvcs(Jï/actcriis)  ou  par  des  cordons,  durant 
^^  les  processions.»  Ils  ont  donné  à  un  accessoire  le 
nom  du  reliquaire  lui-même,  croyant  devoir  attri- 
buer à  ce  reliquaire  tout  entier  le  nom  de  ce  qui, 
suivant  eux,  le  portait.  Suspendu  ou  non  à  des 
cordons,  le  reliquaire  devait  s'appeler,  dans  l'ori- 
gine et  d'après  sa  nature  propre,  «  un  phylactère  ». 
Précisons.  Les  monuments  et  les  usages  litur- 
giques expliquent  les  textes,  quand  ils  ne  sont  pas 
suffisamment  clairs  :  donc  des  reliquaires  ont  été 
portés  au  cou,  où  ils  étaient  suspendus  avec  des 
cordons,  soit  pour  la  procession,  soit  pour  la  cé- 
lébration de  la  messe,  sans  préjudice  de  la  croix 
portée  à  la  main  en  quelques  endroits  par  l'offi- 
ciant, ainsi  que  je  l'ai  expliqué  en  parlant  du 
Trésor  de  l'abbaye  de  Sainte-Croix  de  Poitiers.  Du 
Cange  peut  se  tromper  sur  l'étymologie,  mais  il 
a  raison  quant  au  fond  :  le  phylactère  est  de 
petite  dimension,  et  c'est  pour  cela  même  qu'il 
est  éminemment  portatif  et  peut  se  mettre  au  cou, 
n'offrant  pas  un  poids  incommode. 

Les  Anakcta  juris  pontificii  m'avaient  induit 
en  erreur  au  sujet  du  canivetiivi  de  Clément  V, 
mot  traduit  par  canif  par  Mgr  Chaillot.  Voici  des 
textes  qui  tranchent  définitivement  la  question: 
<<  Unam  canivetam  cum  vasina  (vagina).  »  (/nz'. 
de  Farcli.  Nicolaï,  1443,  n°  30.)  Cet  article  est 
précédé  de  deux  autres  :  «  Duos  antiquos  cultel- 
los  trenchatorios,  cum  viris  (virolis?)  de  argento 
et  vasina  »  (n°  44).  «  1111°''  cultellos  ad  servien- 
dum  in  mensa,  cum  vasina  »  (n°  46).  «  Item, 
duos  cultellos  ad  serviendum  in  mensa,  cum  cani- 
veto  et  vasina  »  (n°  246).  Le  canivetmn,  distinct 
du  couteau,  est  donc  un  instrument  tranchant, 
renfermé  dans  une  gaine  et  affecté  au  service  de 
la  table. 

gazette  des  beaux-arts. 
Sommaire  du  n"  de  juin   1884. 

La  part  de  l'art  italien  dans  quelques  vionuincnts  de 
sculpture  de  la  première  Renaissance  française,  (fi^-)  p.ir 
Louis  CoURAJOD.  — Les  sculpteurs  français  de  la  Renais- 


sance. Michel   Colombe  (fin,   fig.  et  planche),    par    LÉON 
Palustre. 

Sommaire  du  n°  de  juillet. 

Sabha  da  Castiglione.  Azotes  sur  la  curiosité  italienne  à 
la  Renaissance,  (fig.)  par  Ed.  BonnaffÉ.  —  Rubens,  fii' 
article),  pi. ,  par  l'AUL  Mantz.  — La  miniature  en  France 
du  XIII'  au  XVL siècle,  (fig.)  par  Lecov  DE  LAt.M ARCHE. 
—  Exposition  d'œuvres  de  maîtres  anciens  tirées  des  co'l- 
lections  privées  de  Berlin,  en  iSSj,  par  Ch.  Ephrussi. 

Sommaire  du  no  d'août. 

Sabba  da  Castiglione.  Notes  sur  la  curiosité  italienne  à 
la  Renaissance,  (fin,  fig.),  par  Ed.  Bonnaffé.  —  La 
dinanderie,  (fig.)  par  SPlRE  Blondel.  —  La  tapisserie  en 
Angleterre,  (fig.)  par  E.  MuNTZ.  —  Exposition  rétrospec- 
tive de  Rouen,  (fig.)  par  Paul  Mantz.  —  Les  portraits  de 
Lucrèce  Borgia,  à  propos  d'un  portrait  récemment  décou- 
vert, (fig.)  par  CtL  YRL4RTE.  —  La  miniature  en  France 
du  XI IF  au  XVF  siècle,  (2'-' article  fig.)  par  Lecoy  de  la 
M.\RCHE.  —  La  part  de  Part  italien  dans  quelques  monu- 
ments de  sculpture  de  la  preniière  Renaissance  française, 
(fig.,  fin)  par  LouiS  Courajod.  —  La  damasquinerie, 
(fig.)  par  Spire  Blondel.  —  Correspondance  d'Attgle- 
tcrre  {Musée  Britannique,  Galerie  Nationale,  South 
Kensington,  fig.),  par  Claude  Philippe. 

LA  Gazette  est  une  revue  mensuelle.  Le  dernier 
volume  publié  comprend  les  six  livraisons 
de  juillet  à  décembre.  Sa  réputation  n'est  plus  à 
faire;  elle  rend  des  services  incontestables  à  l'art, 
tant  ancien  que  moderne,  et  aussi  à  l'archéologie, 
qui  y  occupe  une  large  place.  Citons  les  travaux 
qui  rentrent  dans  le  cadre  de  la  Kcrne. 

Edm.  I5onaffé,  Sabba  da  Castiglione.  C'était  un 
amateur  de  la  Renaissance,comiTiandeur  de  l'ordre 
de  St-Jean  de  Jérusalem  :  bonne  étude,  vivement 
écrite.  En  français,  il  faudrait  écrire  Saba,  sans  le 
redoublement  du  b.  Le  coffret  en  cristal  repro- 
duit page  29,  me  paraît  être  une  custode  pour  la 
réserve  solennelle  de  l'Hostie  des  présanctifiés, 
le  jeudi  saint  :  les  sujets  qui  y  sont  figurés  ne 
laissent  pas  de  doute  sur  la  destination. 

Paul  Mantz,  Rubens.  Du  maître,  une  belle  eau- 
forte  de  Mercier,  d'après  le  tableau  du  musée 
d'Anvers,  où  Ste  Anne  apprend  à  lire  à  la  Vierge, 
sous  les  yeux  de  St  Joachim. 

Lecoy  de  la  Marche,  De  la  miniature  en  France 
dn  Xflf^  au  XVf'^  siècle.  Tableau  d'ensemble 
qui  gagnerait  à  être  plus  didactique  et  qui  est 
illustré  de  nombreuses  planches,  entre  autres  la 
Purification,  empruntée  aux  Grandes  Heures  du 
duc  de  Berry.  On  y  voit  aussi  les  devises  et  em- 
blèmes de  René  d'Anjou  (p.  74,  362),  son  portrait 
(p.  237,  245),  et  une  Vierge  qui  lui  est  attribuée, 
(P-  369)- 

Spire  l^londel,  La  dinanderie;  son  origine  et 
ses  diverses  transformations. 

Eug.  Muntz,  La  tapisserie  en  Angleterre,  ar- 
ticle plein  d'érudition  et  révélant  pour  ainsi  dire 
le  célèbre  atelier  de  Mortlake,  fondé  en  16 19. 

Paul  Mantz,  l'Exposition  rétrospective  de  Rouen, 
coup  d'oeil  un  peu  trop  rapide,  mais  dont  il  faut 


l!ôiblioçtâpî)ic 


389 


retenir  une  Vierge  peinte  en  Francs  au  XV<=  siècle 
sur  un  modèle  byzantin  :  j'avais  en  Italie  fait  la 
même  remarque.  Les  deux  monogrammes  qui 
nomment  la  mère  et  le  fils  sont  des  traductions 
du  grec:  MA  DI,  IHS  XRS.  On  remarquera 
dans  Xristus  le  r  latin  substitué  au  rho,  qui  a  la 
forme  de  notre  P  ;  le  monogramme  MA,  avec  la 
première  et  dernière  lettre  signifie  MariA  :  ici 
on  lui  donne,  contrairement  à  l'habitude,  le  sens 
de  j\Iater.  V.  p.  303,  une  dalmatique  en  velours  de 
Gênes,avec  orfrois  historiés,de  la  fin  duXV'siècle. 
L.  Courajod,  La  part  de  l'art  italien  dans  quel- 
ques nionnnients  de  sculpture  de  la  première  Renais- 
sance française.  Voir  surtout  le  bas-relief  de  la 
mort  de  la  Vierge  qui  est  au  Louvre  :  l'Assomp- 
tion y  est  traitée  d'une  façon  absolument  païenne. 

Sp.  Blondel,  La  damasquinerie  :  histoire  de  ce 
procédé  décoratif  Comment  l'auteur  a-t-il  pu  ou- 
blier les  portes  du  baptistère  de  Latran(V'^  siècle), 
gravées  par  Rohault  de  Fleury  dans  son  album  du 
Latran  et  décrites  dans  la  Revue  de  l'Art  chrétien, 
t.  XXI,  p.  219?  Comment  surtout  a-t-il  pu  écrire 
que  les  portes  de  St-Paul  hors  les  murs  «ont  péri 
dans  l'incendie  de  1823  ))  ?  (p.  272).  La  Revue 
lui  donnera  encore  sur  ce  point  une  réponse 
satisfaisante,  t.  XXII,  p.  100. 

'Eàm.'QonndSé, Le  mausolée  de  Claude  de  Lorraine, 
mort  en  1550:  il  en  reste  encore  d'admirables 
bas-reliefs,  sculptés  par  Dominique  Florentin  et 
superbement  reproduits  en  héliogravure. 

Eug.  Muntz,  Jacopp  Bellini,  d'après  le  recueil 
récemment  acquis  par  le  Louvre.  Bellini  est  du 
XVI'^  siècle  et  plusieurs  de  ses  crayons  sont  con- 
sacrés à  des  scènes  religieuses:  Martyre  de  St  Sé- 
bastien (p.  353),  la  Nativité  de  N.-S.  (p.  355), 
St  Georges  et  le  dragon  (p.  435,  437),  St  Chris- 
tophe (p.  436),  la  Crucifixion  (p.  440),  la  Mise  au 
tombeau  (p.  443). 

De  Chenevières,  La  mosaïque  de  l'abside  du 
Panthéon,  exécutée  par  Poggesi,  fondateur  de 
l'atelier  de  Sèvres,  sur  les  cartons,  assez  mal 
conçus,  d'Hébert. 

Paul  Sédille,  L'architecture  moderne  à  Vienne, 
avec  une  vue  et  des  détails  de  l'église  votive 
construite  en  style  de  la  fin  du  XIII^  siècle 
(p.  462,  463,  464). 

Henri  Saladin,  L'art  du  moyen  âge  dans  la 
Fouille.  L'auteur  s'est  rendu  justice  en  parlant 
de  «la  pauvreté  de  son  bagage  archéologique» 
(P-  505).  Qu'on  compare  ce  qu'il  a  écrit  sur 
St-Nicolas  de  Bari  avec  ce  qu'en  a  publié  la 
Revue  en  1SS3  et  1884  et  l'on  sentira  de  suite  la 
différence.  Le  trésor  est  bien  maigrement  énoncé 
quand  on  le  réduit  à  sept  objets  (p.  515,  516J. 
L'inscription  du  ciborium  n'a  aucun  sens  telle 
qu'elle  est  transcrite  (p.  512).  Comme  gravures, 
pas  assez  nettes,  notons  une  vue   de  la  crypte 


(p.  509),  une  autre  de  la  grande  nef  (p.  512)  et  le 
ciborium  (p.  5  17). 

Em.  Molinier,  L'exposition  rétrospective  d'or- 
fèvrerie à  Budapest,  avec  un  grand  dessin  de 
l'aiguière  en  bronze  du  XII«  siècle,  qui  est  en 
forme  de  tête  de  femme  (p.  525). 

Anatole  de  Montaig!on,yf(7;/  Goujon  ;  étude  in- 
téressante sur  ses  œuvres  existantes  ou  disparues. 

Louis  Gonse,  La  collection  Thiers  au  Louvre. 
Elle  occupe  deux  salles  et  contient  des  pièces 
fausses  ou  douteuses  et  quelque  peu  de  bric  à 
brac.  A  noter  les  deux  beau.x  anges  en  terre 
cuite  de  Verocchio,  gravés  p.  412,  413. 

Ernest  Maindron,  ZLé-j  affiches  illustrées.  L'auteur 
commence  par  l'historique  des  affiches.  Il  oublie 
la  célèbre  collection  de  la  Minerve,  à  Rome,  qui 
remonte  au  XV=  siècle.  X.  B.  DE  M. 

BULLETIN   MONUMENTAL. 
SOMMAIRE  DU  N°   I,  JANVIER-FÉVRIER. 

Avertissement,  par  le  C''  de  Marsv.  —  Le  musée 
d'Agen,  par  M.  G.  Tholix,  avec  2  planches.  —  Le  vitrai! 
de  ta  Crucifixion  à  la  cathédrale  de  Poitiers,  par  M^^' 
X.  Barbier  de  Montault,  (premier  article),  avec  une 
photogravure.  —  Les  inscriptions  des  trésors  d'argenterie 
de  Bernay  et  de  Notre-Dame  d'Atenço?i,  par  M.  ROBERT 
MOWAT,  (premier  article),  avec  9  fac-similé.  —  Les  anciens 
pupitres  des  églises  de  Reijns,  par  M.  H.  Jadart,  avec 
une  planche.  —  Recueil  de  peintures  et  sculptures  héraldi- 
ques,Ptoulta,  Pludual,  Lanvolton,  Tréguidel,  Saint-Quay, 
par  M.  P.\UL  Chardin,  avec  2  planches  et  12  figures. — 
Découvertes  archéologiques  dans  l'église  de  Saint-Ouen 
à  Rouen,  par  M.  l'abbé  S.\UV.\ge.  —  Société  française 
d'archéologie.  —  Chronique.  —  Bibliographie. 

NO  2  MARS-AVRIL. 

Les  inscriptions  des  trésors  d'argenterie  de  Bernay  et  de 

Notre-Dame  d'Alençon,  par  M.  ROBERT  Mo\VAT,(deuxième 
article),  avec  16  fac-simile.  —  Le  vitrait  de  la  Crucifixion 
à  la  cathédrale  de  Poitiers,  par  M*'  X.  Barbier  DE  MoN- 
TAULT,  (deuxième  article),  avec  une  planche.  —7  Les  dé- 
bris du  Musée  des  monumettts  français  à  l'Ecole  des 
Beaux-Arts,  par  M.  Louis  CouR.\jOD,  avec  4  planches 
et  4  figures.  —  Le  tire  sur  la  verrerie  à  la  façon  de  Venisr, 
par  M.  H.  Schuermans. — Notre-Dame-de-'Saux et Mont- 
pezat  {Ta7-n  et  Garonne),  par  Vl.  A.  DE  ROUMEJOUX.  — 
Abbaye  de  Montreuil-sous-Laon,  par  M.  le  comte  DE 
1M.4RSY,  avec  une  figure.  —  Société  f-ançaise  d' Archéolo- 
gie. —  Chronique.  —  Bibliographie  forésienne  sommaire. 
— ■  Bibliographie. 

LE  Bulletin  monumental,  la  plus  ancienne 
revue  archéologique  française,  qui  vient  de 
passer  sous  la  direction  de  M.  le  comte  de  Mars\-, 
commence  sa  6"  série,  et  sa  48'^  année. 

Nous  y  trouvons  une  notice,  par  M.  G.  Tholin, 
sur  le  musée  d'Agen,  qui,  en  moins  de  dix  ans,  a 
pris  des  développements  extraordinaires,  surtout 
au  point  de  vue  archéologique. 

Mgr  X.  B.  de  Montault  a  entrepris  l'étude  du 
vitrail  de  la  Crucifixion  à  la  cathédrale  de  Poi- 
tiers, et  nous  donne  à  cette  occasion  quelques 
belles  pages  d'iconographie  chrétienne. 


390 


IRetiiic   oc   l'art    cbrcticn. 


L'auteur  fixe  la  date  de  ce  vitrail  superbe  aux 
premières  années  du  XUh'  siècle.  Ille  considère 
comme  le  plus  ancien  exemple  de  la  peinture  sur 
verre  monumentale,  en  proportion  directe  avec 
l'édifice  et  le  spectateur.  Il  commente  d'une 
manière  remarquable  le  rapport  parfait  qui  existe 
entre  le  «aint  sacrifice,  célébré  au  pied  du  vitrail, 
et  le  triple  sujet  :  Passion,  Résurrection  et  Ascen- 
sion, que  représente  celui-ci. 

Deux  donateurs,  figurés  dans  le  haut  de  la 
fenêtre,  ont  donné  lieu  à  bien  des  conjectures. 
M.lechanoine  Auberya  vu  Henri  II  ctEléonore. 
Mgr  Barbier  de  Montault  est  parvenu  à  déchiffrer 
l'énigme  de  l'importante  inscription  contenant  la 
dédicace  ;  il  l'a  reconstituée  en  ces  termes  : 

►f»  THEOBALD'  COMES  BLASONIS  DEDIT  H.A.NC 
VITREAM  ET  DVAS  ALIAS  VITREAS  CVM  VALENCIA 
VXORE  ET  FILIIS  SVIS  AD  HONORÉ  XPI  ET  SCOR  El. 

Ses  prédécesseurs  n'avaient  lu  qu'un  fragment 
de  6  ou  7  mots  presque  dénués  de  sens  ;  il  est  fort 
curieux  de  suivre  les  savantes  et  ingénieuses  dé- 
ductions par  lesquelles  il  est  arrivé  à  ce  texte  si 
explicite,  sans  laisser  aucune  place  à  l'arbitraire. 
Au  point  de  vue  de  l'archéologie,  remarque 
l'auteur,  le  vitrail  de  la  Crucifixion  offre  un 
intérêt  majeur.  Son  inscription  donne  une  date 
positive,  et  son  style  offre  un  brillant  spécimen 
de  l'école  poitevine. 

Il  est  le  point  de  départ  d'un  thème  iconogra- 
phique qu'on  retrouve  ailleurs.  On  voit  la  Cruci- 
fixion représentée  aux  absides  des  cathédrales  de 
Reims,  de  Troyes  et  du  Mans.  Le  XIIL  siècle 
pissé,  il  faut  arriver  à  la  Renaissance  avant  de 
rencontrer  de  nouveau  la  Crucifixion.  Le  même 
sujet  a  été  reproduit  dans  les  mosaïques,  dans  les 
retables  d'autel,  dans  les  objets  figurant  sur 
l'autel  lui-même:  les  missels,  les  évangéliaires,au.x 
diptyques.  Mgr  Barbier  de  Montault  cite  comme 
exemple  le  célèbre  diptyque  en  ivoire  de  la 
cathédrale  de  Tournai,  dont  il  donne  la  gravure. 
On  y  retrouve  les  trois  scènes  de  la  Crucifixion, 
de  l'Ascension  et  de  la  Majesté.  Il  fait  observer, 
avec  le  P.  Cavalieri,  que,  symboliquement,  une 
des  prières  du  canon  rappelle  les  trois  vertus 
théologales,  qu'il  faut  également  voir  dans  le 
vitrail  de  Poitiers  et  dans  le  diptyque  de  Tournai. 

—K3H f©^- 

Si  nous  ne  nous  arrêtons  pas  avec  M.  R.  Mo- 
wat  au.x  inscriptions  pointiUées  des  argenteries 
de  Bernay  d'Alençon,  ce  n'est  pas  faute  d'ap- 
précier ce  travail  intéressant,  mais  qui  sort  du 
cadre  de  notre  programme.  Il  en  est  autrement 
d'un  article  de  M.  L.  Courajod,  retraçant  la  déso- 
lante histoire  du  musée  des  monuments  français. 
Elle  se  résume  en  ces  quelques  lignes,  empruntées 
à  l'auteur  :  «La  Révolution  française... renverse  les 
temples  et  les  palais  et  jette  aux  quatre  vents  du 


ciel  la  poussière  des  monuments  de  la  France;  un 
homme  ramasse  quelques  fragments  de  ces  démo- 
litions, et  constitue  simplement,  en  les  recueil- 
lant, une  collection  merveilleuse  qui  s'appela  le 
Musée  des  monuments  français.  Une  pensée 
néfaste  fait  disperser  de  nouveau  tant  de  chefs- 
d'œuvre  péniblement  restaurés  et  ferme  tout  à 
coup  l'asile  qui  leur  avait  été  ouvert Des  éta- 
blissements publics  se  disputent  quelques-uns 
des  morceaux  principau.x  et  les  sauvent  une 
seconde  fois.  Les  autres,  subitement  privés  de 
tous  égards,  se  voient  abandonnés  ou  transformés 
en  matériaux  de  construction.  » 

L'ancien  dépôt  des  Petits-Augustins  a  gardé 
beaucoup  de  la  physionomie  que  lui  avait  donnée 
Lenoir,  en  dépit  de  l'incurie  de  l'administration 
des  Beaux-Arts  et  du  vandalisme  des  artistes.  Le 
portail  d'Anet  est  toujours  à  sa  place  avec  les 
statues  que  Lenoir  avait  placées  dans  ses  niches, 
et  le  buste  en  marbre  de  cet  homme  éminent.  Il 
en  est  de  même  de  l'arc  de  la  façade  du  château 
de  Gaillon,  abritant  dans  sa  baie  centrale  le  bé- 
nitier de  l'abbaye  de  Saint-Victor.  Une  grille 
tirée  de  Saint-Denis  ferme  cet  arc  triomphal. 
Dans  la  deuxième  cour  on  retrouve  le  célèbre 
lavabodes  moines  deSaint-Denis  datantduXIIL' 
siècle,  etc.,  etc. 

—iQi K>i— 

Les  anciens  pupitres  de  l'église  de  Reims,  que 
nous  fait  connaître  M.  A.  Jadart,  sont  d'un  cer- 
tain intérêt,  mais  se  rapportent  à  des  époques 
fort  récentes. 

Bien  intéressant  dans  son  genre  fort  spécial  et 
à  son  point  de  vue  local,  et  illustré  d'une  ma- 
nière charmante,  est  le  recueil  fait  par  M.  P. 
Chardin, de  divers  monuments  héraldiques(Pluha, 
Pludual,  LanvoUon,  Tréguidcl,  Lequoy). 

M.  l'abbé  Sauvage  entre  dans  des  détails  sur 
les  découvertes  récentes  à  l'église  de  Saint-Ouen 
de  Rouen,  dont  nous  nous  occupons  plus  haut 
d'une  manière  étendue.  (V.  Mélanges,  p.  33'S.) 

— f©^ — ^©^- 

Nous  avons  rendu  compte  des  travaux  de 
M.  H.  Schuermans,  parus  dans  le  Bulletin  de 
r  Académie  de  Belgique  (  V.  Revue  de  l'A  rt  chrétien, 
1884,  p.  492)  sur  les  ateliers  de  verres  à  la  façon 
de  Venise,  qui  ont  existé  dans  différentes  villes 
de  Belgique.  Cet  archéologue  a  étendu  ses  in- 
vestigations à  la  PVance,  et  établi  que  cette 
industrie  artistique  y  fut  également  en  honneur 
dès  le  XVI''  siècle.  Saint-Germain-en-La)-e  pos- 
séda un  instant  un  atelier  de  ce  genre  établi 
par  Henri  III.  Louis  de  Gonzague  attira  à  Ne- 
vers  des  verriers  d'Altare  (Mont-Serrat).  Altare, 
concurrente  deVenisc.étaitune  modeste  bourgade, 
qui  eut  durant  plusieurs  siècles  corporation  close 
de  verriers.  M.  l'abbé  Boutillier,  curé  de  Coulan- 


16  i  t)  l  i  0  g  t  a  p  ï)  i  e . 


391 


ges,  a  découvert  que  Jacques  Saroldo  fut  le  pre- 
mier verrier  appelé  à  Nevers  par  Louis  de  Gonza- 
gue.  Henri  IV  attira  à  son  tour  les  verriers 
d'Altare,  et  M.  Schuermans  nous  montre,  sous  le 
premier,  la  France  divisée  en  plusieurs  départe- 
ments de  verriers,  Lyon,  Nevers,  Rouen,  Nantes, 
Melun. 

L'église  de  N.-D.  de  Saux,  près  de  Montpezat, 
est  regardée  par  la  plupart  des  archéologues 
comme  romane.  M.  À.  de  Roumejoux,  après 
l'avoir  étudiée  en  compagnie  de  M.  P.  de  Fonte- 
nille,  entreprend  de  prouver,  qu'on  ne  peut  la 
faire  remonter,  en  très  grande  partie,  plus  haut 
que  la  fin  du  XV^'siècle.Les  coupoles  ne  sont  pas 
byzantines  ;  ainsi  s'évanouit  en  partie  l'intérêt 
qu'elles  présentaient. 

L'église  de  Montpezat,  du  XIV°  siècle,  est 
intéressante  par  son  unité.  Elle  contient  plusieurs 
objets  d'une  grande  valeur  archéologique. 


GAZETTK  ARCHÉOLOGIQUE. 

Sommaire  de.s  nos   j.2. —    1885. 

TEXTE.  —  Tête  d'aveugle  du  Musée  d'Orléans,  par 
E.  Babelon. —  Bandeaux  d'or  estampés  iroui'és  près  de 
Carcérès,  par  C.  SCHLUM BERGER.  —  l'êtes  chypriotes  du 
Musée  de  Constantinople,  par  S.  RlEN.\CH.  —  Note  sur  un 
miroir  grec  du  cabinet  des  Médailles,  par  Hauser.  — 
Miniatures  inédites  de  «  l' Hortus  deliciaruin  >>,  (suite),  par 
Lasteyrie.  —  L'Hercule  Epitrapézios,  de  Lysippe,  par 
Ravaison. —  Chronique.  — yVcadémie  des  inscriptions 
et  belles-lettres.  —  Société  nationale  des  antiquaires  de 
France.  —  Nouvelles  diverses.  —  Sommaires  des  recueils 
périodiques.  —  Bibliographie. 

PLANCHES.  I.  Tête  d'aveugle  du  Musée  d'Odéans.— 
II.  Bandeaux  d'or  trouvés  près  de  Carcérès.  —  III.  Têtes 
chypriotes  du  Musée  de  Constantinople.  —  iv,  v,  vi.  Mi- 
niatures inédites  de  VHortus  deliciarum.  —  vu,  vill. 
L'Hercule  Epitrapézios. 

Sommaire  de.s  nos  ^-4.  —  1S85. 

TEXTE  :  —  L'Hercule  Epitrapézios,  par  E.  R.WAISON. 

—  Le  David  de  bronze  du  château  de  Jjury,  par  Michel- 
Ange,  par  COURAJOD.  —  Stucs  de  la  Fanu'sine,  par 
COLLIGNON.  —  Vénus génitrix  en  bronze,  par  DeWitte. 

—  Le  tombeau  des  d'Orléans  à  Saint-Denis,  parTsCHUDI. 

—  La  nunatque  de  Lillebonne,  par  B.abelon.  —  Tête  de 
Gaulois  du  Musée  de  Bologne,  par  A.  DE  BARTHÉLÉMY.  — 
Vierge  du  XI V"  siècle  à  la  cathédrale  de  I^angres,  par  L. 
Palustre.  —  Les  trésors  de  vaisselle  d'argent  trouvés  en 
Gaule  (suite),  par  H.  ThÉdenat  et  A.  HÉRON  de  Vil- 
LEFOSSE.  —  Chronique.  —  Académie  des  inscriptions 
et  belles-lettres.  Société  nationale  des  antiquaires  de 
France. —  Nouvelles  diverses.  —  Bibliographie.  —  Som- 
maires de  recueils  périodiques. 

PLANCHES. —  IX.  David,  de  Michel-Ange,  bronze  de 
la  collection  Thiers,  et  bronze  de  la  collection  Pulzsky.  — 
X.  Stuc  de  la  Farnésine. —  xi.  Vénus  génitrix. —  xii.  Tom- 
beau des  d'Orléans  à  Saint-Uenis.  —  xiil-xiv.  Mosaïque  de 
Lillebonne.  —  xv.  Tête  de  Gaulois  du  Musée  de  Piologne. 

—  XVI.  Vierge  du  XI  V*"  siècle  à  la  cathédrale  de  Langres. 

Nous  avons  fait  connaître  déjà  (V.  Rciiic  de 
l'Art  cJirctien,  1884,  p.  381)  le  commencement 
d'une  très  intéressante  publication  duc  à  M.  Rob. 
de  Lasteyrie.  Elle  a  pour  objet  le  célèbre  manus- 


crit VHorliis  dcliciarmii  de  l'abbesse  Herrade  de 
Landsperg,  détruit  par  le  feu  avec  la  Bibliothèque 
de  Strasbourg,  mais,  heureusement,  après  avoir 
été  copié  soigneusement  par  AI.  le  C'"^de  Bastard. 
M.  de  Lasteyrie  a  fait  reproduire  au  trait  quel- 
ques nouvelles  miniatures  inédites,  et  il  les  décrit 
avec  compétence. —  Elles  représentent  la  légende 
des  Sirènes, qui,  dans  l'iconographie  du  moyen  âge, 
symbolisait  les  dangers  que  le  monde  fait  courir 
aux  âmes  chrétiennes  ;  l'histoire  de  Salomon, 
les  roues  de  la  Fortune,  et  l'échelle  des  Vertus. 

Le  moyen  âge  donne  aux  Sirènes,  non  pas 
comme  l'antiquité,  la  forme  d'oiseau.x  à  tête  hu- 
maine, mais,  comme  aux  Néréides,  la  forme  de 
femmes  à  queue  de  poisson.  Comme  le  fait  voir 
l'auteur  de  l'article,  ce  n'est  pas  seulement  dans 
ces  modèles  courants  que  puisaient  les  artistes 
occidentaux  de  l'abbesse  Herrade,  mais  à  une 
source  plus  voisine  de  l'antiquité,  qui  n'était  autre 
que  Byzance.  C'est  assez  évident  dans  la  vignette 
de  la  Descente  du  Saint-Esprit,  qui  est  reproduite 
en  même  temps. 

UHortits  contient  aussi  le  sujet  du  Pressoir 
divin,  qui  était  connu  du  XV<"  au  XVII^  siècle, 
mais  dont  des  exemples  du  XVII'^  siècle  étaient 
encore  à  montrer. 

En  1502,  Louis  XII  fit  commander  un  mau- 
solée à  quatre  sculpteurs  italiens:  Michèle  d'Aria 
et  Girglanno  de  Viscardo,  artistes  dont  la  ré- 
putation ne  sortit  guère  de  leur  ville  natale, 
Donato  di  Battesto  di  Mattea  Bcnti  et  Bene- 
detto  di  Bartolomeo,  deux  maîtres  florentins 
distingués,  dont  le  second  fut  un  des  artistes 
les  plus  illustres  de  la  Renaissance.  Le  texte  du 
contrat  d'entreprise  a  été  conservé,  et  M.  H.  de 
Tschiidi,  nous  donne  la  preuve,  qu'il  se  rap- 
porte au  tombeau  des  ducs  d'Orléans,  conservé  à 
Saint-Denis,  et  dont  l'auteur  nous  donne  un  bon 
dessin.  Il  croit  pouvoir  avancer  que  le  projet  fut 
fourni  par  un  artiste  français.  Le  monument, 
érigé  primitivement  en  l'église  des  Célestins,  fut, 
après  diverses  vicissitudes,  transporté  à  Saint- 
Denis  en  18 16. 

La  cathédrale  de  Langres  possède  une  statue 
de  la  Vierge,  en  marbre  blanc,  donnée  par  le  roi 
Philippe  II  à  l'évêque  Guy  III  de  Bauder 
vers  1337.  Elle  offre  une  grande  ressemblance 
avec  celle  qu'en  1348,1a  reine  Jeanne  d'Évreux 
donna  à  rabba)-e de  Saint-Denis.  M. Léon  Palustre, 
qui  la  signale  et  en  fournit  une  belle  planche,  in- 
cline à  l'attribuer  à  l'influence  flamande.  Sa  tête 
est  couverte  du  bonnet  phr\gien,  à  l'instar  des 
personnages  de  l'Ancien  Testament  élevés  en  di- 
gnité ;  l'enfant  Jésus  serre  une  colombe  dans  les 
mains.  M.  Palustre  voit  dans  celle-ci  une  allusion 
aux  étreintes  de  la  grâce  (.'). 


392 


IRcouc  De   r^tt  cîjccticn. 


SEMAINES  RELIGIEUSES. 

La  Semaine  rf/igiciise  de  jl/o/!t/'e//ier  continue  à 
donner  les  monographies  paroissiales (Saint-Ran- 
zille  le  ]\Iontmei,  Murviel  etc.)  de  M.  l'abbé  Sou- 
pairac,  archiviste  du  diocèse. 

La  Semaine  religieuse  de  Clcrviont  nous  fait 
l'honneurderésumernotredernier  article  touchant 
le  moitogyammc  du  Sauveur  sur  les  hosties.  Seule- 
ment elle  néglige  l'occasion  que  cet  emprunt  lui 
procurait,  d'accorder  à  notre  Revue  une  mention 
bienveillante,  ou  tout  au  moins  de  la  citer.  Nous 
comptons  que  l'oubli  sera  réparé  par  notre  excel- 
lent confrère. 

De  son  côté  la  Semaine  religieuse  de  Bcauvais 
reproduit  le  préambule  de  l'article  que  M.  L.  de 
Farcy  a  donné  dans  la  même  livraison  sur  les 
dons  offerts  à  Monseigneur  Freppel.  Soulignant 
les  vœux  de  notre  collaborateur, pour  l'institution 
d'un  Comité  d'art  chrétien,  elle  rappelle  avec 
à-propos  que  cette  institution,  due  à  feu  M.  l'abbé 
Barnaud,  a  existé  sous  l'épiscopat  de  Mgr 
Gignoux  : 

«  Tous  ceux  qui  ont  eu  le  bonheur  de  suivre  les  cours 
d'archéologie  du  savant  chanoine,  ajoute-t-elle,  n'ont  pas 
oublié  les  services  rendus  par  le  Comité  diocésain.  Cer- 
taines destructions  intempestives,  certaines  restaurations 
pires  encore  que  les  ruines,  suffiraient  sans  doute  à  en 
motiver  la  résurrection.  A  Angers,on  apprécie  grandement 
les  avantages  de  cette  direction  supérieure  ;  elle  sert  très 
opportunément  à  trancher  les  difficultés  qui  partagent 
souvent,  à  tort  ou  à  raison,  l'exécution  et  la  commande.  Si 
quelque  chose  peut  être  tenté  dans  ce  sens,  nous  avons  la 
ferme  conviction  cjue  la  haute  pensée  qui  préside  à  ce 
diocèse  saura  y  pourvoir. 

Le  même  journal  donne  un  excellent  article  sur 
Vimagerie  religieuse,  pour  préconiser  le  résultat 
de  l'exposition  de  Rouen,  et  recommander  les 
meilleurs  produits  de  la  bonne  imagerie  popu- 
laire renaissante. 

La  Semaine  des  fidèles  du  7l/rt«j  poursuit  son 
étude  sur  les  instruments  de  la  Passion.  Celle  du 
diocèse  d'Évreux  tire  d'un  ancien  almanach 
(1749),  une  curieuse  notice  sur  la  grosse  horloge 
d'Évreux. 

M.  l'abbé  Abbellot  décrit  dans  la  Semaine  de 
Limoges  la  châsse  émaillée  de  Bellac,  datée  du 
XII*^  siècle,  par  l'abbé  Texier.  Signalons  enfin 
dans  V Aquitaine  une  petite  notice  sur  les  Saints- 
Suaires. 

MAGASIN  PITTORESQUE. 

Le  Magasin  pittoresque,  (livr.  du  30  nov.  18S4), 
donne  en  gravure  le  mausolée  de  Gérard  de 
Roussillon  de  Herthe,  fondateur  de  l'abbaye  de 
Vézelay  (XIV*-'  siècle). 

M.  Ch.  de  Linas  pubh'e  dans  le  N"  2  de  cette 
année  une  étude  sur  la  croix-reliquaire  de  la 
cathédrale   de   Tournai,   étude   dont   le  savant 


archéologue  a  déjà  donné  les  conclusions  dans 
notre  Revue  (V.  p.  26,  1SS5).  Elle  est  accompa- 
gnée d'une  belle  gravure  sur  bois  représentant  le 
joyau  en  question. 

Dans  le  No  9,  nous  trouvons  un  article  de 
M.  Henri  Bouchot,  du  cabinet  des  estampes,  sur 
quatre  peintres  célèbres.  Van  der  Weyden,  Gé- 
rard Van  Ouwater,  Jérôme  Bosch  et  Bellcgambc. 
M.  Bouchot  parait  ignorer  les  travaux  si  lumi- 
neux publiés  sur  ces  artistes  en  Belgique  par 
MM.  Wauterset  Pinchart.  M.  H.  Hymans,  dans 
sa  récente  traduction  de  Van  Mander  dont  nous 
parlons  plus  haut  (V.  p.  371),  a  complété  tout 
ce  que  l'on  sait  jusqu'à  ce  jour  sur  la  vie  et  les 
leuvres  des  quatre  artistes  cités.  Le  Magasin 
pittoresque  a  du  moins  enrichi  l'iconographie 
artistique  de  quelques  portraits  de  plus.  Il  en  a 
trouvé  les  éléments  dans  un  précieux  recueil  ma- 
nuscrit de  la  Bibliothèque  d'Arras,  recueil  de  289 
portraits  au  crayon  ou  à  la  sanguine  d'artistes  qui 
ont  vécu  entre  le  XIV"^  et  le  XVII<^  siècle. 

Le  même  numéro  contient  une  description 
d'une  enseigne  de  pèlerinage,  en  étain,  du  moyen 
âge,  offrant  les  effigies  de  saint  Mathurin  de 
Larchant  et  de  saint  Maur,  dessinées  par  G. 
Loustau  ;  et  une  belle  gravure  du  siège  impérial 
de  Goslar. 

MESSAGER    DES    SCIENCES     HISTORIQUES 
DE  BELGIQUE. 

L'église  de  Brugelette  (Hainaut)  possède  une 
série  de  mausolées  de  la  famille  de  Jauge-Mas- 
taing,  de  l'époque  de  la  Renaissance.  Comme  on 
peut  s'en  convaincre  par  la  reproduction  de  l'un 
d'eux,  jolie  gravure  due  au  burin  distingué  de 
M.  Ch.  Vasseur,  il  ne  manque  pas  d'une  certaine 
valeur  artistique.  Nous  avons  quelques  motifs  de 
les  attribuer  au  sculpteur  montois  Louis  Ledoulx, 
l'élève  de  Vr.  Duquesnoy.  Les  archives  de  Mons, 
patiemment  dépouillées  par  M.  L.  Devillers,  nous 
apprennent  en  effet,  qu'il  était,  en  1664,  le  sculp- 
teur choisi  par  la  famille  de  Mastaing,  pour  exé- 
cuter à  Sainte-W'audru  des  travaux  dus  aux 
largesses  d'une  dame  de  cette  maison  (').  Nous 
signalons  ce  point  intéressant  à  l'auteur  érudit 
de  la  description  épigraphique  et  héraldique  de 
ces  sépultures,  le  R.  P.  H.  R.  Vanderspeeten. 

M.  Paul  Bergmans  nous  fait  connaître  la  bio- 
graphie du  sonégicn,  P.  F.  Le  Blan,  carillonneur 
de  la  ville  de  Gand  au  siècle  dernier,et  auteur  de 
plusieurs  compositions  musicales  ;  et  M.  A.  D. 
Wauters,  fait  connaître  une  artiste  peintre  mon- 
toise  du  XVI L'  siècle,  Micheline  Woutiers,  qui 
laissa  quelques  œuvres  signées. 

I.  V.  Ann.  du  Cercle  arch.  de  Mons,  t.  XVI. 


':5ibUo5tapbic 


OVO 


M.  le  comte  de  Limbourg-Stirum  possède  le 
portrait  d'un  personnage  qui  n'est  pas  sans  impor- 
tance, (Jacques  de  Thienne,  seigneur  de  Castres), 
exécuté  en  peinture  d'émail  par  le  fameux  Léo- 
nard Limosin,  qui  vivait  au  XVI'^  siècle.  M.  G. 
Varenberg  nous  donne  la  description  et  la  photo- 
typie  de  cette  œuvre,  dans  un  article  comprenant 
une  notice  sur  l'artiste  Limousin,  une  étude  du 
procédé  de  peinture  en  émail  et  une  biographie 
de  Jacques  de  Thienne. 

Les  Variétés  du  J/^jj'rt^^';- contiennent  quelques 
notes  d'un  intérêt  local.  Consignons  ici  le  nom  du 
graveur  Norbert  Hegelbrouck,  sur  lequel  sont 
fournis  des  renseignements  peu  honorables. 

REVUE   CATHOLIQUE. 

Monsieur  N.  D.  Reines  a  donné  dans  la  livrai- 
son de  septembre  1884,  une  intéressante  étude 
sur  la  flore  ou  le  règne  végétal  comrrie  symbole 
et  ornement  dans  le  culte  et  dans  l'art  chrétien. 

THE  AMERICAN  JOURNAL  OF  ARCH^O- 
LOGY  AND  OF  THE  HISTORY  OF  THE  FINE 
ARTS.  Baltimore,  29,  Cathedral  Street,  1885. 

L'Amérique,  dont  l'activité  dans  les  études 
archéologiques  se  fait  sentir  par  deçà  l'Océan,  et 
dont  les  musées  disputent  à  la  vieille  Europe  ses 
antiquités  les  plus  précieuses  en  cas  de  vente, vient 
de  donner  le  jour  aune  nouvelle  Revue  d'archéo- 
logie et  d'histoire  des  Beaux-Arts.  Cette  publi- 
cation, de  format  in-S°  et  trimestrielle,  contiendra 
360  pages  par  an.  Elle  a  pour  directeur  M.  le  pro- 
fesseur Charles  Eliot  Norton,  pour  rédacteur 
en  chef  W.  le  docteur  A.  L.  Frothingham,  et 
pour  collaborateurs,  leurs  éminents  compatriotes 
MM.  Alfred  Emerson,  T.  \V.  Ludlow,  Allan 
Marquand,  A.  R.  Marsh,  Justin  Winsor  et  Char- 
les C.  Perkins,  le  célèbre  directeur  du  Musée  de 
Boston. 

Elle  s'est  assurée  en  Europe  la  précieuse  colla- 
boration de  MM.  le  docteur  Charles  Waldstein, 
de  l'Université  de  Cambridge  ;  Eugène  Mùntz  ; 
Emile  Molinier,  du  Musée  du  Louvre  ;  Ernest 
Babelon,  du  Cabinet  des  Médailles  ;  Enrico 
Stevenson,  membre  de  la  Commission  commu- 
nale archéologique  de  Rome;  le  professeur  Orazio 
Marucchi,  membre  de  la  même  Commission  ;  le 
commandeur  G.  B.de  Rossi,  directeur  des  Musées 
du  Vatican,  etc. 

Le  premier  fascicule  trimestriel  de  The  Ame- 
rican Journal  of  Archœology  and  of  the  Historyof 
tlie  Fi>ie  Arts  débute  par  un  numéro  de  103 
pages  tout  à  fait  attachant.  M.  Charles  Eliot 
Norton  inaugure  le  volume  en  traitant  de  The 
first  American  Classical  Arclueologist,  M.  Charles 
Waldstein  s'occupe  de  la  frise  du  Farthénon,  M.  A. 
C.  Merriam,   de   vases   funéraires  d'Alexandrie, 


M.  A.  L.  Frothingham,  de  la  renaissance  de  la 
sculpture  en  Europe  au  XIII«  siècle,  et  M.  A.  P. 
Marsh,  de  l'Ancient  Crude-Brick  Construction 
and  its  Influence  on  the  Doric  Style. 

Viennent  ensuite  l'intéressante  communication 
faite  par  M.  Eugène  Mtintz  de  l'acte  inédit  du 
décès  d'Antonio  da  San  Gallo,  des  comptes  ren- 
dus de  livres  nouveaux,  les  sommaires  des  re- 
cueils périodiques  et  un  résumé  des  découvertes 
archéologiques  faites  récemment  en  tous  pays. 

Le  numéro  est  accompagné  de  trois  planches 
qui  méritent  une  mention  spéciale  ;  elles  sont 
exécutées  par  Y Heliotype  Printing  Company  de 
Boston  et  représentent:  trois  vases  funéraires,  le 
portail  latéral  de  Notre-Dame  de  Paris  exécuté 
par  Jean  de  Chelles  en  1 257,  et  quatre  des  statues 
du  porche  nord  de  la  cathédrale  de  Chartres 
(1230- 1240). 

Nous  souhaitons  bonne  et  longue  vie  à  ce 
nouveau  et  distingué  confrère. 

REVUE   DE    L'ART    FRANÇAIS    ANCIEN   ET 
MODERNE. 

Sommaire  du  x°  2.  —  Février  18S5. 

Partie  ancienne  :  Tapisseries  exe'cutées  en  ijS6  par 
Pierre  Du  Moulin,  sur  les  dessins  de  Robert  Paigne, 
document  communiqué  par  M.  HENRY  Havard.  — 
fehan  II  et  François  Clouet,  par  M.  Henry  Jouin.  — 
Les  orfèvres  de  Paris  officiers  municipaux  (1557-1735), 
communiqué  par  M.  Charles  Gizoux.  — Le  portrait  de 
Louis  XV  par  Justinar  et  ses  copies,  par  M.  H.  J.  — 
Partie  moderne:  Les  sculpteurs  de  la  Restauration, 
par  M.  J.-J.  GuiFFREY.  —  Épitaphes  des  sculpteurs  Cal- 
lion  et  Pajou,  par  M.  A.  DE  iNIOXTAiGLON.  —  Épitaphes 
de  peintres  relevées  dajts  les  cimetières  de  Paris:  Dupré, 
Johannot,  Citenavard,  JI^"'  Huclierot  de  Malherbe,  Cos- 
sard,  Langlois,  par  M.  H.  J.  —  NÉCROLOGIE:  Rodolplie 
Bresdin,  par  AI.  H.  J.  —  Bibliographie. 

De  vieilles  tentures  qui  décoraient  l'État  de  Bretagne  à 
Nantes,  furent  refaites  en  I5fcl6,  par  Pierre  Du  Moulin, 
tapissier  parisien,  sur  les  cartons  du  peintre  Robert 
Paigné.  C'est  ce  qui  ressort  de  documents  importants, 
découverts  récemment  par  M.  Henry  Havard.  M.  Henry 
Jouin  fait  connaître  quelques  renseignements  nouveaux 
sur  François  Clouet  et  Guillaume  Geolîfroys,  son  confrère, 
en  qualité  de  peintres  du  roi  Jean  H.  M.  Ch.  Gizoux  con- 
tinue la  liste  des  orfèvres  de  Paris  officiers  municipaux 
(1557-1735)- 

Sommaire  du  n°  3.  —  .aiars   1885. 

Partie  .ancienne  :  Tentures  de  la  chambre  du  roy  en 
1624,  document  communiqué  par  M.  J.  Ro.max.  —  Mar- 
ché passé  pour  quatre  tableau  r  de  yacques  Houx  (  1 663), 
document  communiqué  par   M.  Ch.  de  Gr.\NDM.\ison. 

—  Jean-Iiapliste  Blanchard,  maître  peintre  (1705-17 17), 
par  M.  Hexky  Jouin.  —  Lettre  de  Charles-Xicolas  Co- 
cliin  sur  un  dessin  du  cabinet  du  roi,  document  commu- 
niqué par  M.  Henry  de  Chennevières.  —  Lettre  de 
Basaii  père,  relative  à  une  œuvre  de  Charles-Xicolas  Co- 
chin,  communication  de  M.  IVI.\URICE  Tourneux.  —  Les 
orfèvres  de  Paris  of/iciers  municipaux  (l 557-1735),  com- 
munication de  M.  Charles  Ginoux  (fin).  —  Tapisseries 
exécutées  en  1 586  par  Pierre  Du  Moulin,sur  les  dessins  de 
Robert  Paigné,  communication  de  M.  H.  H.WWKD  ( suite). 

—  i'n  dernier  mot  à  propos  de  jus/inar,  par  M.  H.  J.  — 


394 


îRcuuc  De   rart   cfjrcticn. 


Partie  moderne:  Les  sculpteurs  de  la  Restauration, 
par  M.  J.-J.  GuifFrej'  (fin).  —  Exposition  de  l œuvre  tt Eu- 
gène Delacroix;  par  M.  J.  G.  —  Èpitaphcs  de  peintres  re- 
lex'ées  dans  les  cimetières  de  Paris:  Mlle  Soi'ais,  Vandacl, 
Bouchot,  IVankowicz,  Perlet,  par  Î\I.  H.  J.  —  J3uîLI0- 
GRAPHIE. 

Sommaire  du  n"  4.  —  avril  1885. 

Partie  ancienne  :  Guillaume  Erondelle,  orfèvre  de  la 
reine  de  Navarre,  (1541),  par  J.-J.  GUIFFREY.  —  Extraits 
de  divers  ini'entaires  du  château  de  Afonceaux  (1623), 
communiqués  par  M.  J.  Roman.  — Antoine  Silvin  01/ 
Sflvin,  peintre  du  r^Ji'  (16S4-16S6),  par  M.  HENRY  JOUIN. 

—  Actes  d état-civil  de  la  Rose,  Torro,  Brun,  Hubac, 
extraits  des  archives  conununales  de  Toulon  (1687- 1776), 
communiqués  par  M.  Charles  Ginou.x.  — La  galerie 
de  Jacques  II  à  Saint-Germain  en  L.aye  (1701),  par 
M.  V.-J.  Vaillant.  —  Dépenses  du  voyage  du  roi  à  Coinpiè- 
çne  en  1730,  Slodtz,  Oudry,  Leroy,  Messdnnier,  document 
"communiqué  par  M.  Henry  de  ChenneviÈRES.  — Jean- 
Philippe  Boulle  (1725),  par  M.  Henri  Stetn.  —  Les 
sculpteurs  Boiston  père  et  fils  (  1 744- 1 789),  par  M.  AUOUSTE 
CaSTAN.  —  Tiipitseries  exécutées  en  i^Sô  par  Pierre  Du 
Moulin,  sur  les  dessitts  de  Robert  Paigné,  communication 
de  M.  Henry  Havard  (Jin).  —  Partie  moderne  : 
Louis  David,  par  M.  ANATOLE  DE  MONTAIGLON.  -^  Le 
peintre  Lamperière,  par  M.  VICTOR  Advielle.  —  Epita- 
phcs de  peintres  relevées  dans  les  ciuictières  de  Paris  : 
Mme  Haudebourt-Lescot,  Giiyot,  Tliiénon,  Copinet,  par 
M.  H.  J.  —  Bibliographie. 

Sommaire  du  x°  5.  —  mai    1885. 

Partie  ancienne  :  Lettre  de  Louis  XIII  aux  Consuls 
de  Toulon  au  sujet  du  peintre  Fouguières  (162c),  àocu- 
ment  communiqué  par  M.  Charles  Ginoux.  —  Etienne 
Dumonstier  (\  ^gS),  note  communiquée  par  M.  J.-J.  GuiF- 
FREV.  —  Les  Fréminet  (ij^S-J --,71,  par  M.  HenryJouin. 

—  Baudrain  Yvart,  peintre  du  Roi  {1611),  par  M.  V.-J. 
Vaillant.  —  Adam,  peintre  de  la  ville  d'Amiens  (1416), 
noie  communiquée,  par  M.  Henry  Havard.  —  Crozat 
(1728),  pièce  communiquée  par  ,M.  J.  Roman.  —  Bout  de 
Van  de  Louis  XII II  à  Saint-Denis  (  1716;  :  Perrot,  Slodtz, 
Gousson,  Pillement,  Berain,  document  communiqué  par 
i\I.  Henry  de  Chennevières.  —  Le  chevalier  Ernou 
(1731),  par  M.  Anatole  de  Montaiglon.  —  Une  lettre 
de  Chardin  (1777),  communiquée  par  M.  ALFRED  Dar- 
CEL.  —  Partie  moderne  :  Lettre  d' Horace  Vernet  à 
Victor  Schnetz  sur  le  Salon  de  1827,  communiquée  par 
M.  Gaston  Le  Breton.  — Louis  David {1748-182^),  par 
M.  A.  DE  M.  (Suite  et  fin).  —  Domini</ue  Doncrc  (1820), 
par  M.  Victor  Advielle.  — Èpitaphcs  de  peintres  rele- 
vées dans  les  cimetières  de  Paris  (1846-1848)  :  Pardon, 
Ducis,  Gaillot,  Marilhat,  Vien,  M'"'  Lebois  de  Glatignv, 
par  M.  H.  J.  —  Bibliograpliie. 

Parmi  les  documents  de  cette  livraison  nous 
remarquons  celui  qui  concerne  Adam,  le  peintre, 
connu  déjà  sous  le  nom  d'Adam  de  France,  qui 
travaillait  pour  la  ville  d'Amiens.  Il  exécuta 
«  soixante  personnages  de  saints  et  saintes  peints 
es  tourelles  du  tour  de  la  forteresse  de  la  ville  ». 

L.  C. 

REVUE   DES   ARTS   DÉCORATIFS. 
SOM.MAIRE    DU    N°    DE    DÉCEMBRE    1 884. 

TEXTE.  —  DŒuvre  de  Clodion,  par  H.  Thirion.  — 
Les  écoles  de  dessin  à  la  S-  exposition  de  l  Union  centrale; 
réjlexions  d'un  passant,  par  J.  PassepONT.  —  Nos  planclies 
hors  texte.  —  Chronique  de  l'enseignement  (écoles,  mu- 
sées,  manufactures).  —   Ga;cette   universelle  (exposition, 


œuvres  nouvelles,  faits  divers).  —  Documents  bibliogra- 
phiques. La  curiosité  et  les  ventes. 

PLANCHES  HOR.S  TEXTE.  —  Céramique,  XVIII= 
siècle  :  cache-pot  et  jardinière  en  porcelaine  de  Sèvres, 
pâte  tendre  (collection  de  M""  de  Cassin  et  de  M.  Ed. 
André).  —  Armoire  en  chêne  sculpté,  époque  Louis  XIV 
(collection  de  M.  H.  Bouilhet).  —  Cheminée  du  château 
d'Ecouen,  par  J.  Bullant  (milieu  du  X\T'-'  siècle). 

SOMM.  DES  N°s  DE  FÉVRIER-MARS-AVRIL  1885. 

TEXTE.  —  Les  carreaux  de  Bourgogne,  par  M.  HENRI 
Monceaux.  —  Plateau  ojjcrt  au  czarpar  la  ville  de  Mos- 
cou, par  iM.  Henry  WiLSON.  —  A'otes  sur  la  broderie, 
par  M.  Th.  Biais.  —  Le  Musée  de  Bailleul,  par  M.  .\N- 
tony  VALAiîRi.;GUE.  —  Chroniques.  —  Bulletin  de  la 
Société  de  l'Union  centrale  des  Arts  décoratifs. 

De  l'état  actuel  de  l'industrie  du  mobilier,  par  AL  H  F.NRI 
FourL)INOIS.  —  Gustave  Doré,  artiste  de  l'industrie,  par 
AL  Paul  Dalloz.  —  Étude  sur  les  coupes  phéniciennes, 
par  AI.  Germain  Bapst.  —  Nos  planches  hors  texte.  — 
Lettre  d'Allemagne  :  Les  publications  relatives  à  l'art 
industriel,  par  Hermann  Billung.  —  L'Enseignement 
professionnel  à  l'établissement  des  L^oges,  par  AL  PlLLE- 
mont.  —  Chroniques.  —  Erratum. 

PLANCHES  HORS  TEXTE.  -  Commode  ornée  de 
bronzes  ciselés  par  Cresscnt,  ébéniste  du  Régent  (XVIII'= 
siècle),  collection  de  sir  Richard  Wallace,  spécimens  des 
carreaux  de  Bourgogne  (XII''-XV'=  siècles).  —  Orfèvrerie 
russe  :  plateau  offert  au  czar  par  la  ville  de  AIoscou.  — 
Pendule  en  porcelaine  dure  de  Sèvres  (fabrication  de 
1770).  —  Dessus  de  buvard  en  marqueterie  de  bois  de 
poirier,  d'amarante  et  d'ébène,  exécuté  par  AI.  Henri 
Fourdinois.  —  Meuble-cabinet  et  meuble-étagère, exécutés 
par  AL  Henri  Fourdinois. 

GRAVURES  DANS  LE  TEXTE.  —  Divers  motifs  de 
décoration,  frises,  bandeaux,  etc.  en  carreaux  de  Bour- 
gogne. —  Alortier,  sonnette  de  bronze,  anneau  en  faïence 
de  Delft  (collection  du  Musée  de  Bailleul).  —  Coupes 
phéniciennes.  —  Fleurons,  lettres  ornées,  culs-de-lampe. 

BULLETIN  D'HISTOIRE  ECCLÉSIASTIQUE  A 
VALENCE. 

So.M.MAIRE  DU  N°  DK  SEPTEMBRE-OCTOBRE 

1884. 

Justine  de  la  Tour-Gouvernet,  baronne  de  Poët-Célard; 
épisode  des  controverses  religieuses  en  Dauphiné  durant 
les  vinot  premières  années  du  XVIP  siècle,  par  M.  l'abbé 
TOUI'IN,  curé  de  Suze-la-Rousse.  —  Visite  des  églises  du 
Bas-  Vivarais  en  i6yj-/6,  par  M.  Monge  délégué  de  réi'êque 
de  Viviers,  par  AI.  le  D'  Francus.  —  Catalogue  histori- 
que des  commandeurs  de  Saint- 1 'incent-lec-Charpey  (dio- 
cèse de  Valence),  par  feu  Al.  Beli.on,  ancien  maire  de 
Charpey.  —  Documents  relatifs  aux  représentations  théâ- 
trales en  Dauphiné  de  1 4S4  à  JJJJ,  publiés  par  AI.  le  chan. 
Ulysse  Chevalier.  —  Chronique  du  diocèse  de  Valence, 
par  AI.  l'abbé  L.  Chosson,  aumônier  du  T.-S. -Sacrement 
à  Valence. 

So.M.MAIRE  DU  N"  DE  NOVEMDRE-DÉCE.MBRE. 

Justine  de  la  Tour-Gouvernet,  baronne  de  Poét-Célard, 
épisode  des  contro-aerscs  religieuses  en  Dauphiné  durant 
tes  vingt  premières  années  du  XVI P  siècle,  par  M.  l'abbé 
TOUPIN,  curé  de  Suze-la-Kousse.  —  Nécrologie  :  la  révé- 
rende mère  Damascène  Buisson,  i)ar  AI.  l'abbé  L. Chosson, 
aumônier  du  T.-S.  Sacrement  à  \'alence.  —  Histoire  reli- 
gieuse de  Ponten-Royans,  par  AI.  l'abbé  F1LLEI',  aumônier 
de  la  Trinité  à  Valence.  —  Chronique  du  diocèse  de  Va- 
lence, par  M.  l'abbé  L.  Chosson,  aumônier  du  T.-S. -Sacre- 
ment à  Valence. 


TB  i  &  U  0  g  r  a  p  f)  i  c . 


395 


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Iuî)e;c  bibliographique. 


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:arcl)éologie  ctBeau;c  :^rts '\ 

Adeline  (J.).  (*)  —  Lexkjue  d'Art.  —  In-8°  de 
420  pp.,  140C  vignettes.  —  (Bibliothèque  de  rensei- 
gnement des  Beaux-Arts).  Paris,  Quantin,  1SS5.  — 
Prix,  2,50. 

Barbier  de  Montault  (Mgr.  X.)  —  Le  vitr.\il 

DE  St-LaURENT  .\     LA  CATHÉDRALE     DE  PoiTIERS.  

Poitiers,  Oudin,  in- 8°,  de  20  pp. 

Bordier  (Henri).  —  Description  des  peintures 

ET  AUTRES  ORNEMENTS  CONTENUS  DANS  LES  MANUS- 
CRITS GRECS     DE    LA     BlULIOTHEQUE    NATIONALE.     — 

4=  livraison,  pp.  281-336.  —  Paris,  Champion,  1884, 
in-8°,  fig. 

Borin  (A).  —  La  cathédrale  de  Moscou  et  la 
LÉGENDE  DE  SAINT  JONAS.—  Paris,  Ghio.  Petit  in-8°, 
67  pp. 

Castan  (A).  (*)  —  Un   fer  a  gaufres  du  XV^ 

SIÈCLE  AUX  AR.MOIRIES  DE  LA  VILLE  DE  BESANÇON  ET 
DE  SES  SEPT  QUARTIERS    OU    BANNIERES.  BrOChurC, 

in-S»,  16  pp.  Besançon,  Didivers,  1884. 

Corblet  (J.)  — Recherches  historiques  sur  les 
AGAPES.  —  Brochure,  in-8°,  22  pp.  Amiens,  Rousseau- 
Leroy,  1885. 

Congrès  archéologique  de  France.  —  50=  ses- 
sion. —  Séances  générales  tenues  à  Caen  en  1883, 
par  la  Société  française  d'archéologie  pour  la  conser- 
vation et  la  description  des  monuments.  —  Paris, 
Champion.  In^'^,  Lxvii-561  pp.  et  grav.  10  fr. 

Demay  (G.).  —  Inventaire  des  sceaux  de  la 

COLLECTION  ClaIRAMBAULT,  A  LA  BIBLIOTHEQUE  NA- 
TIONALE. —  T.  L  Paris,  Hachette  et  Cie.  In-40  à  2 
col.,  11-704  pp.  12  fr. 

Denais  (Joseph).  (*)  —  Ar.morial  général  de 
l'Anjou.  —  Angers,  Germain,  3  vol.  in-S^,  avec 
planches. 

Despierres  (M"'=  G.)  —  Origine  du  Point 
d'Alençon.  —  In-S°  de  23  pp.  Alençon,  imprimerie 
A.  Lepage,  8,  rue  du  Collège,  1882. 

Doughty  (C.).  —  Documents  épigraphiques 
recueillis  dans  le  nord  de  l'Arabie.  —  Paris,  lib. 
Klincksieck.  In-4,  69  pp.  et  57  pi.  28  fr. 

Duhamel  (L.).  —  Une  église  ro.mane  et  deux 
inscriptions  ruMULAiRES  A  Orange.  — Paris,  Cham- 
pion, 1884,  in-8°,  12  pp. 

I.  Les  ouvrages  ni,-irqui5s  d'un  astérisque  (*)  sont  ou  seront 
l'objet  d'un  article  bibliograpliique  dans  la  Revue. 


Fage  (René).  (*)  —  Notes  sur  un  pontifical 
DE  Clément  VI  et  sur  un  missel,  dit  de  Clément 
VI,  conservés  a  la  bibliothèque  de  Clermont.  — 
Tulle,  Crauffon,  1885,  in-8°,  de  18  pp. 

Garnier  (J.).  —  Notice  sur  la  Société  des  an- 
tiquaires de  Picardie.   —  Amiens,  in-S°  de  22  pp. 

Gausseron  (B.  H.).  (*)  —  Les  voyages  de  Gul- 
liver, édition  complète  et  traduction  nouvelle  ; 
illustrations  en  couleur  par  Poirson.  —  A.  Quantin, 
éditeur. 

Girard  de  Rialle.  —  Monuments  mégalithi- 
ques DE  Tunisie. — Angers,  impr.  Burdin,i884,  in-8'', 
II  pp.jfig.et  pi. (Extrait  du  Bulletin  des  antiquités  afri- 
caines, 1884.) 

Goustat    (l'abbé),    curé  de   Pontours.    (*)  —  La 

LiNDE  ET  LES  LIBERTÉS  COMMUNALES  A  LA  LiNDE.  

Périgueux,  Dupont,  1884,  in-8°  de  504  pp.  et  quatre 
lithographies  :  prix  4  fr. 

Hamy  (le  Dr.  E.  T.).  —  Décades  American.ï:, 
mémoires  d'archéologie  et  d'ethnographie  améri- 
caines. —  Livraison  I.  Paris,  lib.  Leroux.  In-S",  32  pp. 
avec  fig.  4  fr. 

Hardy  (M.). — Le  cimetière  fr.anc  d'Eu  (Seine- 
Inférieure)  et  la  tombe  d'un  monétaire.  — 
Rouen,  lib.  Métérie.  In-S»,  32  pp.  avec  dessins.  2  fr. 

Heiss  (A.).  —  Les  Médailleurs  de  la  Renais- 
sance. —  (Cinquième  monographie  Spinelli  ;  Anony- 
mes d'Alphonse  \"  d'Esté,  de  Lucrèce  Borgia,  etc., 
les  Délia  Robbia,  G.  délie  Corniole,  Bellini,  Cortanzo, 
etc.)  Paris,  Rothschild.  Grand  in-4°,  88  pp  avec  11 
phototypographies  inaltérables  et  100  vign.  60  fr. 

Lecoy  de  laMarche(A.).  (*)  —  Les  Manuscrits 
ET  la  Miniature.  — •  Paris,  imp.  et  libr.  Quantin.  In- 
8°,  359  PP-  avec  107  fig.  3  fr.  50. 

Lécuyer.  —  Collection  Camille  Lécuyer.  — 
Terres  cuites  antiques,  trouvées  en  Grèce  et  en  Asie- 
Mineure.  Notices  de  MM.  Fr.  Lenormant,  J.  De  Wit- 
te,  A.  Cartault,  G.  Schluniberger,  E.  Babelon,  C. 
Lécuyer.  —  Paris,  RoUin  et  Feuarden,  4=  livr.,  in-fol. 

Ledain  (B.).  —  Notice  historique  et  archéo- 
logique de  l'abbaye  de  Saint-Jouin  de  Marnes. — 
Poitiers,  imp.  Tolmcr  et  C"^.  In-8,  91  pp.  (Extrait  des 
Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires  de  l'Ouest.) 

Lucas  (Ch.).  (*)  —  L'institut  royal  des  archi- 
tectes BRITANNIQUES  :  Notes  de  voyage  et  rapports, 
1884  et  1885.  Paris,  Chaix,  in-8''.  48  pp. 

Ménard  (René).  —  Histoire  des  arts  décora- 
tifs :  —  les  Emblèmes  et  .attributs  des  Grecs  et  des 
Romains.  Paris,  Rouam,  in- 16,  93  pp.  avec  27  fig. 
o  fr.    75. 

Miintz  (E).  —  La  Renaissance  en  Italie  et  en 
France  a  l'époque  de  Charles  VIII,  ouvrage  publié 
sous  la  direction  et  avec  le  concours  de  M.  Paul 
d'Albert  de  Luynes  et  de  Chevreuse,  duc  de  Chaul- 
nes.  Illustré  de  300  grav.  et  de  38  pi.  tirées  à  part. 
Paris,  Finnin-Didot  et  C"".  ^1-4",  xi-564  pp.  30  fr. 


KEVUE  DE   l'art  CHRÉTIEN. 
1885.  —  3""^  LIVRAISON. 


396 


ïRctiue   DE    rart    cl)  rétien. 


Peladan  (].).  —  Introduction  a  l'histoire  des 

PEINTRES  DE  TOUTES  LES  ÉCOLES  DEPUIS  LES  ORIGINES 

jusqu'à  la  Renaissance.  Accompagné  du  portrait  des 
peintres  et  de  la  reproduction  de  leurs  chefs-d'œuvre. 
(Pinacographie  des  œuvres  existantes  et  des  œuvres 
perdues  de  chaque  maître.)  Quattrocentisti.  Ecole 
florentine  :  l'Angelico.  Paris,  libr.  Loones.  In-4,  32  pp. 
et  I I  grav. 

Cette  publication,  consacrée  aux  maîtres  du  moyen 
âge,  commencera  par  les  écoles  italiennes.  Chaque 
monographie  se  vend  séparément  au  prix  de  o  fr.  60 
la  livraison  d'une  feuille. 

Perrot  (G.)  et  Chipiez  (Ch.).  —  Histoire  de 
l'art  dans  l'antiquitk_  (Egypte,  Assyrie,  Perse, 
Asie  Mineure,  Grèce,  Étrurie,  Rome.)  T.  I  (l'E- 
gypte), LXXiv-880  pp.  avec  66  grav.  et  20  planches 
hors  texte,  dont  5  en  couleurs  ;  t.  II  (la  Chaldée  et 
l'Assyrie),  826  pp.  avec  432  grav.  et  15  planches  dont 
4  en  couleurs;  t.  III  (Phénicie,  Chypre,  Asie  Mineure), 
928  pp.  avec  452  grav.  et  10  planches  dont  g  en  cou- 
leurs, dessinées  d'après  les  originaux  ou  d'après  les 
documents  les  plus  authentiques.  Paris,  imp.  Chame- 
rot  ;  lib.  Hachette  et  C=. 

L'histoire  de  l'art  dans  l'antiquité  formera  5  ou  6 
volumes.  Chaque  volume,  30  fr. 

Pognon.  —  Inscription  de  Mérou-Nérar  I", 
ROI  d'Assyrie.  Paris,  Leroux.  In-S,i28  pp.  (Extrait  du 
Joiir7ial  asiatique.  ) 

Poncet  (P.  F.). —  Étude  historique  et  artisti- 
que sur  LES  anciennes  ÉGLISES  DE  LA  SaVOIE  ET  DES 

rives  DU  LAC  LÉMAN.  Annecy,  imp.  Niérat  et  C<=.  In-8, 
98  pp.  Extrait  des  Mémoires  et  dociiments  publics  par 
r Académie  Salcsienne. 

Quicherat  (J.).  Mélanges  d'archéologie  et 
d'histoire.  Antiquités  celtiques,  romaines  et  gallo- 
romaines,  mémoires  et  fragments  réunis  et  mis  en  ordre 
par  Arthur  Giry  et  Auguste  Castan.  In-S°,  viii-581 
pp.  avec  portrait,  figures  et  8  planches.  Paris,  Picard. 

Racinet  (A.).  —  Le  Costume  hlstorique  :  500 
planches,  300  en  couleurs,  or  et  argent,  200  en  camaïeu, 
avec  des  notices  explicatives  et  une  étude  historique  ; 
i6<=  livraison.  Paris,  lib.  Firmin-Didot  et  CK  In-f<=,  iiS 
pp.  et  23  pi. 

Chaque  livraison  ordinaire  :  1 2  fr. 

Raguenet  de  Saint-Albin  (Octave).  —  Joseph 
Etienne  Vaslin,  annaliste  de  l'église  de  Beau- 
vais,  (1690-1771).  —  Broch.  in-8°,  161 8,  Orléans, 
Cologne,  1S84. 

Ramée  (Daniel).  Histoire  générale  de  l'archi- 
tecture. Renaissance.  Paris,  Dunod,  1885,  gr.  in-8", 
471  pp.,  fig. 

Rogeron  (L.).  Les  i-oRTiFic.vrioNS  et  la  tour 
de  CÉSAR  de  Provins.  Provins,  Vernant,  1864,  in-8", 
24  pp. 

Rohault  de  Fleury  (G.).  (*)  -  -  Le  calice  de 
SAiN-i-  Chrodrgand  a  Saini'-Martin  dk  Champs.  — 
Broch.  in-8",  de  88  pp.  Paris,  F'echo/,,  1825. 


Rondot  (N.).  (*)  —  Les  Sculpteurs  de  Lyon  du 
xiv"=  au  xviii=  siècle.  Paris,  Charavay  frères.  Grand 
in-8, 79  pp.  8  fr.  {^yM.àç.X'x  Revue  lyo7inaisei) 

Roulliet  (.\.).  — Michel  Colombe  et  son  ieuvre. 
Tours,  Rouillé- Ladevè/.e  In-8,  76  pp.  (^yXx.Ae.'s,  Anna- 
les de  la  Société  d'agriculture,  sciences,  arts  et  belles-let- 
tres du  département  d' Indre-et-Loire.) 

Rousseau  (Jean).  (*)  — •  Bibliothèque  de  l'art 
ancien.  Hans  Holbein.  Ouvrage  accompagné  de 
deux  portraits  de  Hans  Holbein  et  de  trente-cinq 
gravures  d'après  les  œuvres  du  maître.  —  Librairie  de 
l'Art,  J.  Rouam,  Éditeur,  Paris  1885. 

Sainte-Marie  (E.  de).  —  Mission  a  Carthage. 
Paris,  Leroux.  Grand  in-8,  238  pp.  et  grav.  15  fr. 

Schlumberger  (G.).  —  Sigillographie  de  l'em- 
pire byzantin.  Paris,  Leroux.  In-4,  vii-749  pp.  avec 
1 100  dessins  par  Uardel.  100  fr. 

Thirion  (H.).  —  Les  Ada.m  et  Clodion.  Paris, 
Quantin.  In-4,  416  pp.  avec  75  grav.,  dont  15  pi.  hors 
texte,  tirées  en  couleurs  et  or.  50  fr. 

Van  Mander  (C).  (*)  —  Le  livre  des  peintres. 
Vie  des  peintres  flamands,  hollandais  et  allemands 
(1604).  Traduction,  notes  et  commentaires  par  Henri 
Hymans,  conservateur  à  la  bibliothèque  royale  de 
Belgique.  T.  II.  Suivi  d'une  table  analytique  des 
matières  contenues  dans  l'ouvrage.  Paris,  Rouam.  In-4, 
498  pp.  et  39  grav.  50  fr. 

Van  Robais  (A.).  (*)  —  Notice  sur  des  vases 
ornés    de   sujets,    une    parure   et  des  épées  en 

BRONZE    découverts    DANS    l'ARRONDISSEMENT  d'Ab- 

beville.  —  Brochure,  in-8",  22  pp.  Amiens,  Douillet, 
1879. 

Van  Robais  (A.).  (*)  —  Notes  d'archéologie, 
d'histoire  et  de  numismatique,  (3=  série).  — Broch. 
76  pp.  4  pi.  Abbeville,  Paillart,  1883. 

Vaudin  (Eugène).  —  Fastes  de  la  Sénonie 
monument.\le  et  historique.  Auxerre,  Drot,  in-8°, 

328  pp. 

Vigouroux  (l'abbé  F.).  —  La  Bip.le  et  les  dé- 
couvertes modernes  en  Palestine,en  Egypte  et  en 
Assyrie,  avec  i  24  plans,  cartes  et  illustrations  d'après 
les  monuments,  par  M.  l'abbé  Douiliard,  architecte. 
Précédé  d'une  lettre  de  Mgrl'évêque  de  Rodez.4^  édit., 
revue  et  augmentée.  Pans,  Berche  et  Tralin.  2  vol. 
in-8  j.  :  t.  I,  X-272  pp.  ;  t.  II,  634  pp.  16  fr. 


9ng:Ictcrrc. 


Hodgetts  (J.  Frederick).  —  Older  England. 
Illust.  by  the  Anglo-Saxon  Antiquities  in  the  British 
Muséum.  In  a  Course  of  six  Lectures. 2=  série.  London, 
Whiting.  In-8,  142  pj).  7  fr.  25. 

Kastromenos  (P.-G.).  —  The  monuments  of 
ATHENS:.'\n  Historical  and  Archaeological  description. 
Translated  from  the  Greek  by  Agnès  Smith.  Londres, 
Stanford,  in-8". 


IBibUoQïà^bit 


397 


ailemagnc  et  3utricf)e. 


Arendt  (Archit.  Ch.).  —  Monographie  du  châ- 
teau DE  ViANDEX.  Luxemburg,  Buck.  Grand  in  f", 
VI-20  pp.  et  2  1  pi.  25  h. 

Bahrfeldt  (M.).  —  Nu.mismatisches  Literatur 
BLAiT.  Vol.  VI,  Hannover,  Mayer.  In-8,  131  pp.  et  pi. 
4  fr.  50. 

Brugsch  (Heinr.). — Thésaurus  inscriptionu.m 
.AEGVPTiACARU.M.  .'Vltagyptische  Inschriften,gesammelt, 
verglichen,  iibertragen,  erklart  u.  autographiert.  Mytho- 
logische  Inschriften  altagypt.  Denkmaler.  (4*=  livraison). 
Leipzig,  Hinrichs.  In-4,  619-850  pp.  69  fr. 

Cesnola   (Dir.    Louis   P.   di).  —  A  descriptive 

.\TLAS  OF  THE  CeSNOLA  COLLECTION  OF  CYPRIOTE  AN- 
TIQUITIES    IN    THE    METROPOLITAN     MUSEUM    OF    ART, 

New- York,  [In-3  vols.]  Vol.  i.  With  préface  by  Samuel 
Birch,  LL.  D.  5  parties.  Berlin,  .\sher  et  C.  In-fol., 
150  pp.  et  150.  264  fr. 

Furtwaengler  (A.).  —  Collection  Sabouroff. 
Monuments  de  l'art  grec,  9=  livr.   Berlin,  Asher,  in-f°. 

Hauser  (Alois).  —  Styllehre  der  architekto- 
nischen  Formen  des  Mittelalters.  Im  Auftrage 
des  k.  k.  Ministeriums  fiir  Cultus  und  Unterricht. 
AVien,  Alf.  Holder.  In-8°,  viii-132  pp.  et  115  gravures. 
3f- 

Katalog  der  orientalisch-keramischen  Aus- 
stellung  im  Orientalischen  Museu.m  1884.  Mit 
zahlreichen  Illustr.  (eingedr.  u.  i  Lichtdr.-Taf  ).  Wien. 
Gerold.  In-8°,  XLiii-150  pp.  4  fr. 

Kraus  (F.  X.).  —  Real-Encyklopaedie  der 
christlichen  Alterthumer.  Mit  zahlreichen,  zum 
grossten  Theil  Martigny's  Dictio7inaire  des  antiquités 
chrétiennes  entnommenen  Holzschn.  lo"  livraison. 
Volume  II, pp.  193-288.  Freibourg  im  Brisgau,  Herder. 
In-8°.  2,50  fr. 

Kraus  (D''  Franz-Xaver).  (*)  —  Die  Wandge- 
maelde  der  S.Georgekirche  zu  Oberzell  aufder 
Reichenau.  — •  Freiburg  im  Breisgau,  1884,  giand 
in-folio,  de  22  pp.  à  2  colon,  et  16  planches. 

Lubke(Wilh.).  —  Geschichte  der  Architektur 
VON  den  altesten  Zeiten  bis  auf  die  Gegenwart 
dargestelt.  6.  verm.  u.  verb.  Aufl.  In-4  Halbbdn). 
Vol.  I  (2  fascicules).  In-8",  xii-674  pp.  10  fr.  20. 

Ludwig  (Heinr.).  —  Lionardo  da  Vinci,  d\s 
BucH  V.  der  Malerei.  Neues  Material  aus  den  Orig.- 
Manuscripten,  gesichtet  u.  dem  Cod.  Vatic.  1270 
eingeordnet.  Stuttgart,  Kohlhammer.  Iii-8°,  xii-288  pp. 
8  fr.  25. 

Miller  (Prof  U''  Konr.).  —  Die  romischen  Be- 
grabnisst.atten  in  Wurtte.mberg.  Stuttgard,  Wildt' 
sche  Buchhandlung.  In-4°,  56  pp.  et  illustr.  2  fr.  15. 

Petteneg  (D"'  Ed.  Grafvon).  — Sphragistische 

MiTTHEILUNGlONAUSIlKM  OeUTSCH-OrDENS-CeNTRAL- 

archive     Frankfurt  a,  -Main,   Rommel.   In-8o,  40   pp. 
4  fr.  25. 


Riess  (Prof  Cari).  —  Grabmonumente.  Eine 
.Sammlg.  von  Grabsteinen,  Stelen,  Grabkreuzen,  Obe- 
lisken  etc.  in  verscheidenen  .Stilarten,  entworfen  und 
gezeichnet,  t«  et  2'=  livraisons.  Stuttgart,  Wittwer. 
In-f°,  5  pl-  La  livraison  :  5  fr.  L'ouvrage  aura  10  livrai- 
sons. 


'IPcIgiQuc- 


Golfs  (J.  F.).  (*)  —  La  fili.\tion  généalogique 
de  toutes  les  écoles  gothiques.  —  Tome  III, 
(Ecole  gothique  française).  Paris,  1885,  grand  in-8'^, 
400  pp.  nombreuses  gravures. 

Hymans  (Henri).  (*)  Conservateur  du  Cabinet 
des  Estampes  de  Bruxelles  et  membre  de  r.\cadémie 
royale  de  Belgique.  —  Le  livre  des  peintres,  de 
Çarel  van  Mander.  —  Librairie  de  r.A.rt,  J.  Rouam, 
Editeur,  Paris,  1885. 

Kintsschots  (L).  (*)  —  Anvers  et  ses  Fau- 
bourgs. —  Guide  d'Anvers  ;  histoire  et  descriptioa 
de  ses  monuments.  —  Prix:  relié  fr.  4,00. 

Labye(C.),  Ingénieur  en  chef  honoraire  des  Ponts 
et  Chaussées.  (*)  —  Le  Palais  de  Justice  de  Bru- 
xelles  considéré   au  point  de    vue   artistique, 

TECHNIQUE,    ADMINISTRATIF  ET  POLITIQUE.    Liège, 

imprimerie   et   lithographie   Demarteau,  1885.  Broch. 
in-8°,  de  96  pp. 

Poncin  (Désiré).  —  De  la  science  .\u  moyen 
AGE.  Archéologie  balistique,  i''  partie.  Anvers,  Louis 
Legros.  In-8°,  219  pp.  6  fr. 

Seghers  (Julien  et  Louis).  —  Trésor  calligra- 
phique. Recueil  de  lettres,  initiales,  etc.,  du  moyen 
âge  et  de  l'époque  de  la  renaissance.  46  feuilles  sépa- 
rées, contenues  dans  un  magnifique  custode  porte- 
feuille en  percaline  rouge,  0.43 '0.32  avec  plaque 
spéciale  or  et  noir.  Bruxelles,  Muquardt,  éditeur.  50  fr. 


Danemark. 


Sehested  (N.  F.  B.).  —  Arch.eologiske  Under- 
siEGELSER  1S7S-1S81.  Udgivue  efter  hans  Dœd.  Med. 
V.  lithogr.  Kort  og  XXXVI  Kobbertavler.  (Un  guide 
en  francj-ais  pour  l'intelligence  des  figures  se  trouve  à  la 
fin  de  l'ouvrage).  Kjœbenhavn,  Reitzel.  In-4°,  192  pp. 
12  fr. 

Sick  (J.  F.).  Notice  sur  les  ouvrages  en  or  et 
EN  argent  dans  le  Nord  et  sur  la  «  S<elvka.mmer  » 
des  rois  de  Dane.marck.  KjtEBEHAVN,  Lehmann  et 
Stage.  —  In-8°,  52  pp.  avec  9  pl.  6  fr.  70. 


■■  OBspaçtnc.^ 


Gestozo  y  Ferez  (P.).  —  Guia  artistica  de 

SeVILLA.  HisTORIA  V  DESCRIPCION  DE  SUS  PRINCIPALES 

monu.mentos  religiosos  y  civiles,  y  noticia  de  l.\s 
preciosidades  artistico- arqueologic.\s  que  en 
ella  se  conservan  de  .\cquitectur.\,  escultura  v 

pintura,  grabado,  orfebreria,  ceramic.a.,  etc.  

Sevilla.  Est.  tip.  de  El  Ordeti.  In-4°,  187  pp.  4  fr. 


398 


ïRetiuc  De   rart   ci)  ré  tien. 


aEtat.s=33ni5.' 


DESCRiTTi.  —  Torino,  tip.  Paravia  di  I.  Vigliardi.  In- 
i6,  31  pp. 


Hunnewell  (Jam.  F.).  The  hisïorical  monu- 
ments OF  France.  Boston,  James  R.  Osgood  &  C°. 
—  In-S'^,  336  p.  avec  illustrations.  9  fr.  40. 


<3\tâ\ic.^ 


Bertolotti  (A.).  Artisti  subalpini  a  Roma  nei 
SECOLi  XV,  XVI  et  XVII.  Mantova,  tip.-editr.  Mon 
dovi.  —  In-8°  gr.  300  pp.  5  fr. 

Campani  (A.).  Guida  per  il  visit.\tore  dei 
R.  Museo  Nazionale  nell'  antico  palazzo  del 
PoTESTA  IN  Firenze.  Firenzc,  tip.  Bencini.  —  In-16, 
164  pp.  2  fr. 

Cernicchi  (J.).  —  The  cathedral  of  Perugia, 
(english,  french  and  italian  Guide).  —  Perugia,  typ. 
of  Santucci.  In-i6,  39  pp. 

Dani  (prof.  d.  Girolamo).   —  Memorie  storiche 

DELLA  CHIESA  E  ANTICA  SCUOLA  Dl  SaN  NiCOLA  DA 
ToLENTINO  IN  VICENZA,  d'ALL'a   1499  AL   1817.  Vi- 

cenza,  tip.  Commerciale.  In-8,  56  pp. 

De  Mari  (Francesco),  Duca  di  Castellaneta.  —  Ri- 
CORDI  p.\TRii  :  relazione  alla  Commissione  dei  monu- 
menti,  sul  ristauro  di  quelli  esistenti  nella  chiesa  di 
San  Giovanni  a  Carbonera.  Napoli,  tip.  e  lib.  Festa. 
—  In-i6,  32  pp.  I  fr. 

Ferretti  (Corrado).  —  Memorie  storico-critiche 

DEI  PITTORI  ANCONITANI    DAL    XV  AL  XIX  SECOLO. 

Ancona,  A.  G.  Morelli  edit.  In-8,  184  pp.  3  fr.  50. 
Garigulo  (can.  T.  M.).   —  Appunti  storici  in- 

TORNO  ALLA  COLONNA  ERETTA  NELLA  PIAZZA  PRINCI- 
PALE DI  Lecce  IN  ON0RE  DI  sant'Oronzo.  • —  Lecce, 
tip.  Campanella.  In- 16,  14  pp. 

Giampaoli  (le  chanoine  Lorenzo).  —  Il  monu- 
mentale     OSPIZIO     DEL    GRAN     SAN     BeRNARDO    SUL 

MONTE  GiovE  :  memoria  storica,  compilata  su  docu- 
menti  inediti  ;  con  brève  appendice.  —  Prato,tip.  Lici. 
In  8,°  So  pp.  3  fr.  50. 

Luciani  (C.  S.)  —  Catalogo  illustrato  delle 

ANTICHE  MONETE  romane  disposte  IN  ORDINE  CRO- 
NOLOGICO  NEL  SUO  MONETIERE    IN    ACQUAVIVA    DELLE 

FoNTi.  —  Bari,  Gissi  e  Avellino.  In-8%  60  pp. 

Manno  (barone  Antonio).  —  Due  insigni  moxu- 

MENTI  d'ARTE  ERETTI  IN  ToRINO   NELLA    CHIESA    PAR- 

rochiale  dei  sancti  Pietro  E  P.\0L0,  BREVEMENTE 


Masini  (G.).  —  Cenni  storici  sulle  belle  arti 
in  Bologna,  publicati  dalle  locale  Giunta  dis- 
trettuale  per  l'Esposizione  Générale  italiana 
IN  Torino  18S4.  —  Bologna,  Regia  tipogr.  In-8°, 
33  PP- 

Molmenti  (P.  G.).  —  Lo  statuto  dei  pittori 
VENEziANi  NEL  SECOLO  XV.  —  Venezia,  tip.  dell'Em- 
porio.  In-8°,  58  pp. 

Ostoya  (G.).  —  Les  anciens  maîtres  et  leurs 
œuvres  a  Florence  :  guide  artistique.  — •  Florence, 
imp.  suce.  Le  Monnier.  In-8°,  vi-301  pp.  4  fr. 

Servanti  Collio  (conte  Severino).  Descrizione 
DI  NOVE  CROCI  antiche  stazionali  e  processionali. 
—  Camerino,  Savini.  In-8'',  42  pp. 

Urbani  de  Gheltof  (G.  M.).  —  I  .miniatori  di 
San  Marco.  —  Venezia,  tip.  dell'  Emporio.  In-S", 
68  pp. 

Non  mis  en  vente. 

Zuradelli  (Crisanto).  —  La  Basilica  in  San  Pie- 
tro d'Oro.  — Pavia,  tip.  Fusi.  In-8°,  291  pp. 


ïRoumanie. 


Melchisedec  (l'évêque).  —  Inscriptiunile  bi- 
sericelor  armenesci  din  Moldova.  —  Bucuresci, 
tip.  Academiei  Romane.  In-4%  12  pp.,  o  fr.  60.  — 
(Extrait  des  Annales  de  l'Académie  roumaijie). 


iRussie. 


Compte-rendu  de  la  commission  impériale  ar- 
chéologique POUR  l'année 1 88 1.  Avec  un  atlas(3lith., 
I  chromolith.  u.  2  Lichdr.-Taf  in  gr.  Fol.)  • —  Saint- 
Pétersbourg  et  Leipzig,  Voss.  In-4°,  .xxi-148  pp.  40  fr. 

Mélanges  gréco-ro.mains,  tirés  du  Bulletin  de 
l' Académie  impériale  des  sciences  de  Saint-Pétersbourg. 
—  Tome   V,    liv.  I.  St-Pétersbourg  et  Leipzig,  Voss, 


Sort.  In-8°,  91  pp.  i  fr.  50. 


^UèDC. 


Botliger  (John).    —  Bronsarbeten  of  Adrian 
de  Fries  I  Sverige,  sarskildt  a  Drottningholm 
En  konsthistorisk  undersôkning.   Samson    et   Wallin, 
Stockholm.  In-4",  68  pp.  et  16  pi.  26  fr.  J.  C. 


^m'mm 


^  ^:^Ji:^^:^j^LjLJ^JL^JL:^^Ji^jL^^:^^^j^^^ 


SOMMAIRE.  —  CHAPELLE  DES  ARTS.  —  ŒUVRES  NOUVELLES:  Églises  de 
Châtillon-sur-Indre  ;  de  Chaillot  (Amiens)  ;  de  Castillon-sur-Dordogne  ;  d'Arcachon  ;  de  Bieujac 
(Bazas);de  Bordeaux  ;  de  Chandernagor  ;  de  Gheratte-Hau leurs  ;  de  Sens  ;  de  Lourdes  ;  peintures  au 
Vatican  ;au  Panthéon  de  Paris  ;  CollcgiuDi  martyricm;  médaille  du  bienheureux  Charles-le-Bon  ;  mo- 
saïque du  dôme  d'Aix-la-Chapelle.— RESTAURATIONS  ET  DESTRUCTIONS  :  Subsides  alloués  ; 
travaux  à  la  cathédrale  de  Paris  ;  à  la  porte  Saint-Denis  ;  à  l'église  de  Honfleur  ;  à  la  cathédrale 
de  Laval  ;à  l'église  de  Saint- Vincent-de-Paul  de  Marseille  ;  au  sanctuaire  de  St  Bernard  à  Dijon  ; 
restauration  des  vitraux  deSaint-Etienne  du  Mont  ",  démolition  du  jubé  de  Pagny  ;  du  prieuré  de 
Bonne-Nouvelle   à  Rouen  ;   peintures   murales    du    château  de  Runkelstein  ;  la  Saalburg  (Hom- 

bourg)  ;  Florence  ;  Rome  ;  etc —  NOUVELLES  ET  TROUVAILLES  :  Découverte  à  Tournai  ; 

trouvaille  en  Palestine,  etc....  —  EXPOSITIONS  :  Paris;  Nurenberg;  Anvers  ;  etc....  —  CONGRÈS 
ET   EXCURSIONS:  en   Provence;  à  la  Sorbonne  ;  à  Lille.     —  MDSÉES. 


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Hppcl  en  fatieur  De  la  CCbapcIIc  Des  Hrts 
Uans  laBasiliquc  ocdiontmartre  à  Baris. 


OUS  sommes  heureux  de 
reproduire  XAppel  suivant 
que  la  Société  de  Saint- 
Jean  vient  de  publier  pour 
solliciter  des  offrandes  en 
faveur  de  la  chapelle  des 
Arts  : 

Nous  venons  avec  confiance 
solliciter  votre  adhésion  à  une 
œuvre  qui  affirmera  l'une  des  plus  anciennes  et  des  plus 
glorieuses  traditions  de  notre  pays  :  l'iilliance  de  la  Reli- 
gion et  de  l'Art. 

Après  nos  désastres  la  France  eut  la  pensée  d'implorer 
la  clémence  et  la  protection  de  Uieu,  en  lui  élevant  un 
temple  magnifique  au  sommet  de  Montmartre.  Riches  et 
pauvres  apportèrent  bientôt  et  continuent  d'apporter  leurs 
offrandes. 

Bien  plus,  la  magistrature,  l'armée,  la  marine,  la  méde- 
cine, l'agriculture,  l'industrie  ont  voulu  avoir  dans  la  basi- 
lique, chacune  sa  chapelle,  dédiée  à  son  patron  tradition- 
nel, suivant  la  coutume  de  nos  ancêtres;  et  S.  Em.  le 
cardinal  Guibert  a  daigné  accueillir  favorablement  ces 
vœux. 

Les  artistes,  les  personnes  s'intéressant  à  l'art  n'étaient 
pas  jusqu'à  présent  représentes  dans  cette  église,  qui  sera 
cependant  une  des  œuvres  d'architecture  les  plus  considé- 
rables de  notre  siècle. 

La  Socii'té  de  Saint-Jean  pour  le  développement  de  Part 
chrétien  ('),  composée  de  peintres,  de  sculpteurs,  de  mu- 
siciens, d'architectes,  de  graveurs,  de  professeurs  et  de 
critiques  d'art,  d'hommes  et  de  femmes  du  monde,  a  pris 
l'initiative,  avec  l'assentiment  de  .S.  Ém.  le  Cardinal,  d'une 
souscription,  à  l'effet  d'élever  et  de  décorer  une  chapelle 
dédiée  à  saint  Jean,  laquelle  sera  nominativement  et  spé- 
cialement la  Chapelle  des  Arts.  Les  artistes  sauront  qu'ils 

I.  Fondée  en  1872  et  reconnue  d'utilité  publique  par  décret  du  5 
mars  1878. 


ont  à  Paris  un  sanctuaire  où  l'on  prie  régulièrement  pour 
eu.x,  pour  les  membres  de  leurs  familles  vivants  ou  décédés. 
Déjà  plusieurs  versements  considérables  ont  été  spon- 
tanément effectués.  Aujourd'hui  la  Société  de  Saint-Jean 
fait  appel  aux  sentiments  généreux  de  tous  les  artistes  ; 
elle  s'adresse  encore  à  ceux  qui  veulent  aider  à  la  gran- 
deur de  l'art  par  la  religion. 

Les  souscriptions  en  espèces  ou  en  objets  d'art  en  vue 
d'une  vente  seront  reçues  avec  reconnaissance,  et  publiées 
tous  les  mois  dans  le  Bulletin  spécial  de  l'œuvre.  Un  reçu 
sera  toujours  délivré.  Les  versements  pourront  être  faits 
ait  bureau  du  l 'œii  national,  6,  rue  de  Furstenièer'^  Paris 
avec  indication  de  la  destination  spéciale  de  l'offrande. 
Pour  la  remise  des  objets  d'art  et  tous  renseignements 
écrire  à  M.  le  Secrétaire  de  la  Société  de  Saint-Jean,  jj 
rue  de  Grenelle,  Paris. 

Les  membres  du  conseil  : 

Baron  rVA\'RII.,  ministre  plénipotentiaire,  président. 

Duc  DF.  Brissac,  \"  vice-président. 

Germer-Durand,  des  Pères  de  l'Assomption,  2'-' vice- 
président. 

A.  GiLLET,  du  clergé  de  Paris,  secrétaire. 

BOUVRAIN,  architecte,  trésorier. 

LÉON  Babeur,  archiviste. 

E.  Descoites,  inspecteur  général  des  mines,  conseiller. 

Ed.  DidrON,  peintre  verrier,  conseiller. 

Arnold  Mascarel,  ancien  magistrat,  chargé  du  coitrs 
d'esthéti(/ue  à  l'Institut  de  Jf.  Prat,  conseiller. 

'^llcn'Eh,  peintre  d'histoire,  conseiller. 

Mouroux,  critique  d'art,  conseiller. 

État  des  souscriptions  au  1"  juin  1885. 

Anonyme  par  M.  le  Curé  de   Sainte-Elisabeth 

à  Paris fr.  looo 

—  M.  l'abbé  Giraud,   chanoine  honoraire  d'Avi- 
gnon et  d'Aix     ...         ...         ...         ...         ...         fr.  loo 

—  Fleurs  de  la  colline  (r  versement)      ...          »  200 

—  I\L"''de  Lejallet, offrande  de  son  premier  tableau.  120 

—  Fleurs  de  la  colline  (2''  versement)      —        —  184 

—  M.  le  Comte  de  Grimoiiard  de  Saint-Laurent.     500 


Total  fr.  2104 


400 


IRctiue    De    ract    chrétien 


ŒCuDrcs  noiiucllcs. 


LA  Semaine  religieuse  de  Bourges  rend  compte 
des  travaux  exécutés  à  l'ancienne  collégiale 
romane  de  Châtillon-sur-Indre.  Nous  ne  savons 
ce  qu'il  faut  penser  de  «  l'escalier  monumental  » 
qui  «  se  développe...  avec  des  courbes  gracieuses 
aux  extrémités  qui  contournent  le  contrefort  cir- 
culaire supportant  les  piliers  de  l'ancien  narthex  » 
détruit  par  les  protestants  en  1569;  ni  des  ta- 
bleaux du  Chemin  de  la  croix  en  bronze  galva- 
nisé, lesquels  sont  enchâssés  dans  un  premier 
tableau  «  de  forrtie  romane  en  bois  du  Nord  )), 
tableau  posé  en  saillie  «  sur  un  second  cadre 
foncé,  de  deux  mètres  de  hauteur,  en  magnifique 
chêne  de  Hollande,  poli  comme  le  marbre,  avec 
courbes  gracieuses  en  haut  et  en  bas,  et  dont  les 
fonds   sont   décorés  d'arabesques    en   platine   ». 

Tout  cela  nous  paraît  d'un  goût  bien  suspect, 
à  en  juger  à  simple  lecture. 

On  a  suspendu  à  l'arc  triomphal  une  couronne 
de  lumières  vraiment  monumentale  ;  elle  mesure 
2™85  de  diamètre  sur  4™oo  de  hauteur,  et  com- 
porte 108  lumières.  Cette  œuvre  importante  a 
été  exécutée  par  la  maison  Béer. 
— K!H KiX— 

ON  va  démolir,  paraît-il,  la  vieille  église  de 
Chaillot  (Amiens),  pour  la  reconstruire 
dans  le  nouveau  quartier  Marbeuf,  à  côté  de  l'em- 
placement occupé  par  le  presbytère.  Les  plans 
et  devis  ont  été  dressés  par  M.  Magne. 

L'église  de  Saint-Pierre  de  Chaillot,  remonte 
à  1097.  Vers  1740  on  reconstruisit  la  nef  et  le 
portail. 

— K5< K><— 

ON  vient  d'inaugurer  les  travaux  de  l'église 
de  Castillon-sur-Dordogne,   élevée  sur  les 
plans  de  M.  H.  Ducourt. 

— >Oi K><— 

IL  s'est  formé  à  Arcachon  un  comité  ayant 
pour  but  d'aviser  aux  voies  et  moyens  né- 
cessaires à  la  reconstruction  de  l'église  parois- 
siale de  Saint-Ferdinand.  M.  le  maire  d'Arcachon 
et  M.  le  curé  de  Saint-Ferdinand  sont  présidents 
d'honneur  de  ce  comité. 

— fO< KM-< 


E 


N  mars  dernier  a  eu  lieu  la  bénédiction  de 
la  nouvelle  église  de  Bieujac  (Bazas). 

— >0^ fO-< 

EN  septembre  ont  eu  lieu  la  bénédiction  et 
l'inauguration  de  l'église  votive  et  diocé- 
saine du  Sacré-Cœur,  récemment  construite  dans 
le  quartier  de  la  gare  du  midi  à  Bordeaux.  S.  G. 
Mgr  Guilbert,  entouré  d'un  nombreux  clergé,  a 
présidé  la  cérémonie. 


LE  25  janvier  1875,  on  posait  la  première 
pierre  de  l'église  du  Sacré-Cœur  à  Chan- 
dernagor  (Indes  françaises).  L'église  a  été  ter- 
minée au  commencement  de  cette  année  et 
solennellement  bénie  le  27  janvier,  par  Mgr 
l'archevêque  de  Calcutta. 

«  C'est,  assure-t-on,  un  des  plus  beaux  monuments  de 
Chandernagor.  Elle  est  située  presque  sur  la  rive  du 
fleuve.  Elle  est  voûtée,  et  un  dôme  élégant  surmonte  le 
sanctuaire.  Les  fenêtres  sont  ornées  de  beaux  vitraux. 
Elle  est  composée  d'une  nef  et  de  deux  bas-côtés  avec  des 
passages  pavés  en  marbre,  aussi  bien  que  le  sanctuaire 
où  ils  aboutissent.  Le  long  des  murs  des  bas-côtés,  en  de- 
hors, circulent  des  galeries  couvertes,  faites  pour  entrete- 
nir la  fraîcheur  pendant  les  grandes  chaleurs. 

«  L'église  est  dédiée  au  Sacré-Cœur  de  Jésus,  et  les 
autels  latéraux  sont  consacrés  à  la  sainte  Vierge  et  à 
saint  Joseph.  » 


LE  27  avril  a  eu  lieu  la  consécration  de  la 
nouvelle  église  de  Cheratte-Hauteurs,  pro- 
vince de  Liège,  par  Mgr  Doutreloux,  évêque  du 
diocèse.  La  cérémonie  s'est  faite  avec  grande 
solennité,  et  tout  le  monde  a  rendu  justice  au 
mérite  de  la  nouvelle  construction. 

L'église,  dont  on  doit  les  plans  à  M.  l'archi- 
tecte Van  Assche,  est  à  trois  nefs  ;  elle  est  con- 
çue dans  le  style  roman,  et  elle  est  divisée  en  six 
travées  par  des  piliers  carrés.  La  tour  est  placée 
à  l'entrée  de  la  nef  centrale,  le  chœur  se  termine 
carrément. 

La  longueur  totale  de  l'église  est  de  36  mè- 
tres. La  nef  et  les  collatéraux  ont  une  largeur, 
prise  hors  œuvre,  de  15^60. 

La  nef  est  éclairée  par  des  lumières  en  forme 
d'oculus,  et  le  chœur  par  une  grande  fenêtre  à 
trois  lumières.  Les  ressources  étant  très  restrein- 
tes pour  l'importance  de  l'édifice,  on  a  employé 
les  moyens  les  plus  simples  pour  la  construc- 
tion. Les  murs  ont  été  élevés  en  appareil  irrégu- 
lier, en  moellons  de  grès  houiller,  pris  dans  les 
carrières  des  environs.  Les  piliers,  les  arcs  et  les 
encadrements  des  fenêtres  et  des  portes  sont  en 
appareil  régulier.  La  charpente  et  le  plafond, — 
la  nef  n'est  pas  voûtée, — -sont  construits  en  bois 
de  sapin  du  Nord, avec  solives  moulurées  apparen- 
tes. Le  chœur  a  une  voûte  cintrée  en  bardeau.x. 
Avec  ces  moyens  et  ces  matériaux  aussi  simples 
qu'économiques,  l'effet  produit  est  excellent,  et 
l'on  doit  particulièrement  féliciter  l'architecte 
d'avoir  dédaigné  l'emploi  du  plâtre  et  des  ma- 
tériaux qui  n'ont  pas  plus  de  sincérité  qu'ils  n'ont 
de  durée,  et  qui  cependant  sont  la  grande  res- 
source de  la  plupart  des  architectes  en  Belgique. 
— J©< K>^- 

LA  métropole  de  Sens  vient  de  s'enrichir 
d'un  nouvel  objet:  c'est  un  fauteuil  en  bron- 
ze doré  et  ciselé,  destiné  à  servir  de  trône  épis- 
copal,    \xx\  faiiJcstcuil,  comme  on  disait  autrefois 


chronique. 


401 


(faldistoriitiii).  Il  a  été  confectionné  par  la  maison 
Poussielgue  de  Paris,  sur  un  modèle  du  XII*^ 
siècle,  dont  le  dessin  se  trouve  dans  le  Diction- 
naire raisonné  du  Mobilier  finançais, àe  Viollet-le- 
Duc,  tome  !«■■. 

A  LOURDES,  le  trésor  de  la  Basilique  s'est 
enrichi  d'un  présent  qui  tire  son  prix  de  sa 
haute  provenance.  Il  s'agit  d'un  ornement  en  ap- 
plication. Une  reine  d'Europe  l'a  brodé  de  ses 
propres  mains  ;  elle  l'offre  à  Notre-Dame  de 
Lourdes,  pour  attirer  sur  sa  royale  famille  et  sur 
son  peuple  les  bénédictions   de   la  Reine  du  ciel. 


SA  Sainteté  Léon  XIII  a  fait  couvrir  de  pein- 
tures les  voûtes  de  la  galerie  des  Candcla- 
bres  au  Vatican.  Ce  travail  a  été  confié  à  M.  Louis 
Seidz,  peintre  bavarois,  qui,  sur  les  indications  du 
Pape,  y  a  représenté,  dans  une  série  de  tableaux, 
saint  Thomas  d'Aquin,  vainqueur  des  hérésies. 
En  voici   les  sujets  : 

Dans  le  premier,  le  saint  docteur  remet  à  l'Église  ses 
œuvres  et  reçoit  en  récompense  l'éloge  des  hommes  et 
celui  du  Christ.  Le  Saint-Esprit  éclaire  l'Eglise  assise  sur 
la  chaire  de  saint  Pierre,  d'où  sort  la  branche  fleurie.  Un 
ange  porte  la  manne  de  la  loi  nouvelle,  le  Saint-Sacre- 
ment, et  un  autre  ange  porte  l'Ancien  et  le  Nouveau  Tes- 
tament.La  Raison  humaine  est  figurée  par  Aristote,  cju'ins- 
pire  le  Docteur  angélique. 

Le  second  tableau  représente  l'Église  repoussant,  grâce 
à  l'aide  de  saint  Thomas,  les  assauts  de  la  fausse  philoso- 
phie et  de  l'hérésie.  La  foudre  part  des  œuvres  du  saint 
et  fait  écrouler  leur  édifice  de  mensonge. 

Dans  le  troisième,  on  voit  la  science  et  la  religion  unies 
entre  elles. 

Dans  le  quatrième  tableau,  l'art  païen  montre  à  l'art 
chrétien  l'école  du  beau. 

Le  5"  sujet  comprend  une  figure  ailée  qui  montre  le 
soleil,  symbole  de  la  bénédiction  du  Ciel,  vivifiant  de  sa 
lumière  les  œuvres  humaines. 

Le  6>^  et  dernier  sujet  représente  un  chevalier  armé  re- 
cevant le  Rosaire  et  le  bas-relief  représente  la  victoire  de 
Lépante. 


ON  venait  de  découvrir  —  ou  à  peu  près  — 
les  nouvelles  peintures  murales  entrant 
dans  la  décoration  d'ensemble  du  Panthéon,  au 
moment  oîi  ce  temple  a  été  profané  de  la  manière 
que  l'on  sait.  Ces  nouvelles  peintures  ont  pour 
auteurs  :  celles  de  droite  —  chapelle  Sainte- 
Geneviève  —  M.  Blanc,  et  celles  de  gauche,  M. 
Henri  Lévy. 

Dans  un  ensemble  de  huit  panneaux,  M.  Blanc 
a  représenté  la  marche  d'Attila  sur  Paris  et  Clo- 
vis  à  la  bataille  de  Tolbiac. 

M.  Henri  Lévy  a  peint  tout  le  côté  gauche  de 
cette  chapelle  comportant  également  huit  pan- 
neaux. L'artiste  a  emprunté  ses  sujets  à  l'histoire 
de  Charlemagne. 


Dans  les  deux  grands  panneaux  du  milieu,  il 
a  représenté  Charlemagne  couronné  empereur 
d'Occident  par  le  pape  Léon  III,  l'an  800,  et  les 
ambassadeurs  envo)-és  par  Haroun-al-Raschid  à 
l'empereur. 


NOUS  recevons  les  statuts  du  Collegiuui  cul- 
tornni  martynim.  Cette  société,  qui  a  son 
siège  à  Rome,  se  propose  le  noble  but  de  pro- 
mouvoir le  culte  des  martyrs  et  en  même  temps 
l'étude  de  l'archéologie  chrétienne.  —  Son  règle- 
ment indique  une  organisation  très  sérieuse. 
Tous  nos  vuLUx  accompagnent  une  œuvre  aussi 
excellente. 


NOUS  avons  décrit  le  magnifique  cortège 
historique  organisé  à  Bruges,  au  mois 
d'août  de  l'année  dernière,  pour  inaugurer  solen- 
nellement le  culte  du  bienheureu.x  Charles  le 
Bon.  Une  médaille,  d'un  beau  style,  vient  d'être 
frappée  d'après  le  dessin  de  M.  le  baron  J. 
Béthune  d'Ydewalle.  C'est,  on  le  sait,  ce  maître 
qui  a  tracé  le  dessin  de  la  châsse  remarquable, 
joyau  de  cette  splendide  démonstration  artistique 
et  religieuse.  Le  pri.x  de  cette  médaille,  par 
exemplaire  en  argent,  sera  de  20  frs.  et  de  5  fr. 
par  exemplaire  en  bronze.  Une  réduction  de  2  fr. 
par  médaille  en  argent,  et  de  i  fr.  par  médaille 
en  bronze  sera  accordée  aux  souscripteurs  de 
YAlbiun  illustre  du  cortège. 

Adresser  les  souscriptions  à  M.  le  comte  de 
Waldbott  de  Bassenheim,  à  Saint-André,  lez- 
Bru  ères. 


Le  Courrier  de  l'Art^àe  Paris,  rend  compte,  en 
ces  termes,  d'un  travail  dû  à  l'un  des  meilleurs 
artistes  chrétien  de  ce  temps  : 

UN  travail  artistique  très  important  vient  d'être  ter- 
miné h  la  cathédrale  d'Aix-la-Chapelle.  Dans  la 
seconde  moitié  du  X\'lll''  siècle  les  mosaïques  de  la  cou- 
pole dans  la  chapelle  dite  du  Palatinat  avaient  été  rempla- 
cées par  des  ornements  en  stuc  de  très  mauvais  goût,  qui 
furent  enlevés  il  y  a  quelques  années.  On  trouva  alors  en 
dessous  des  traces  de  mosaïques  anciennes,  et,  en  les 
e.xaminant  de  près,  on  les  trouva  conformes  aux  descrip- 
tions des  chroniqueurs  d'Aix-la-Chapelle.  Le  baron 
Béthune,  de  (iand,  fut  chargé  aussitôt  de  les  reconstituer. 
Après  avoir  étudié  de  très  près  les  mosaïques  de  Rome 
et  de  San-\'itale  de  Ravenne,  il  se  mit  ^  l'œuvre  et  pré- 
para ses  cartons,  qui  furent  exécutés  par  la  maison  Sal- 
viati,  de  \"enise.  La  composition  de  i\I.  Béthune  repré- 
sente le  Christ  trônant,  sur  fond  d'or,  entouré  des  divers 
emblèmes  évangélii|ues  et  des  Prophètes  en  blanc  qui  lui 
apportent  la  couronne.  Le  gouvernement  et  la  Société 
archéologique,  dite  de  Charlemagne  d'Aix,  s'intéressent 
beaucoup  .\  ces  restaurations,  et  l'on  espère  que  le  mur 
octogonal  de  la  chapelle  ainsi  que  le  sol  et  le  sous-sol 
seront  prochainement  couverts  de  mosaïques  analogues. 


402 


îRctiuc  De   rart  cbrcticn. 


ïlcstauratlons  et  X)C5tructions.  •--^ 

A  commission  des  monuments  histo- 
riques a  proposé  diverses  allocations, 
montant  à  So.ooo  fr.  environ,  à  répartir 
entre  les  édifices  suivants  :  Hôtel-de- 
ville  de  Saint-Amand  (Nord),  églises  d'Eu  (Seine- 
Inférieure),  de  Vertheuil  (Seine-et-Oise),  et  de 
Prémery  (Nièvre)  ;  églises  de  Cour-sur-Loire 
(Loire-et-Cher),  de  Javarzay  et  d'Airvault  (Deux- 
Sèvres),  Notre-Dame  de  Cléry  (Loiret)  ;  de 
Saint- Avit-Senieur  fDordogne),et  de  Rozoy-en- 
Brie  (Seine-et-Marne).  La  Commission  a  en  outre 
proposé  le  classement  de  la  grille  de  l'iiospice 
de  Troyes  (Aube),  œuvre  de  ferronnerie  très 
importante  du  dix-huitième  siècle,  et  de  l'église 
de  Manéglise  (Scine-Inféricure),  type  remarqua- 
ble de  l'architecture  normande  au  XII"^  siècle. 
Elle  s'est  prononcée,  en  outre,  en  faveur  du  clas- 
sement de  l'église  du  Grand-Brassac  (Dordogne), 
un  des  édifices  à  coupoles  les  plus  intéressants 
et  les  mieux  conservés  du  Périgord,  et  du  clocher 
de  Beny-sur-Mer  (Calvados),  édifice  remarquable 
du  XII'^  siècle. 


ON  vient  de  dresser,  en  bordure  de  la  rue  du 
Cloître-Notre-Dame,  un  énorme  échafau- 
dage pour  la  restauration  d'un  des  clochetons  de 
la  cathédrale.  Il  s'agit  de  hisser  à  la  hauteur  de 
plus  de  trente  mètres  un  bloc  de  pierre  pesant 
plusieurs  tonnes. 

D'un  autre  côté,  il  est  question  d'exécuter  à 
bref  délai  le  projet  de  dégagement  de  la  vieille 
basilique  du  côté  de  la  Seine.  Tout  un  pâté  de 
vieilles  maisons  qui  s'élevaient  entre  la  rue  Cha- 
noinesse  et  la  rue  Massillon  est  déjà  rasé,  laissant 
libre  un  vaste  emplacement  qui  permettra  de 
porter  à  25  mètres  la  largeur  de  la  rue  du  Cloître 
qui  longe  la  cathédrale. 


ON  sait  dans  quel  état  déplorable  se  trouve  la 
porte  Saint-Denis.  Nous  avons  dit  que  des 
démarches  avaient  été  faites  à  ce  sujet  par  la 
Société  des  Amis  des  Monuments  parisiens.  On 
s'avise  en  ce  moment  à  sa  consolidation. 


ON  s'occupe  des  travaux  de  restauration  de 
l'église  Sainte-Catherine  de  Ronfleur,  mo- 
nument du  XV'^  siècle,  qui  offre  un  intérêt  tout 
spécial,  en  ce  qu'il  est  com[)lètement  construit  en 
bois  et  qu'à  ce  titre  il  est  unique  en  Prance.  Ces 
travau.x,  qui  sont  exécutés  avec  soin,  ont  été  inter- 
rompus quelque  temps,  faute  de  ressources  ;  mais 
ils  viennent  d'être  repris  et  tout  fait  espérer  que 
l'exécution  s'en  poursuivra  désormais  jusqu'à  en- 
tier achèvement,  grâce  au.K  subventions  de  l'État, 


aux  allocations  municipales  et  aux  souscriptions 
particulières  sur  lesquelles  comptent  le  clergé  et 
la  Fabrique  de  la  paroisse. 


ON  a  commencé  les  travaux  de  restauration 
qui  doivent  transformer  la  cathédrale  de 
Laval.  On  s'est  occupé  d'abord  du  portail  orien- 
tal, qui  fait  face  à  la  petite  rue  des  Curés.  Un 
certain  nombre  de  masures  donnant  sur  la  rue 
Renaise  et  sur  celle  du  Sacriste  vont  être  abat- 
tues. Un  escalier  sera  établi  pour  donner  accès  a 
la  porte  placée  sous  l'orgue.  On  se  propose  ensuite 
de  placer  une  flèche  sur  la  base  de  la  tour  posée 
sur  l'abside,  et  de  construire  un  chœur  dans  le 
style  du  XIIL'  siècle. 


o 


N  fait  en  ce  moment  d'importants  travaux 
à  la  nouvelle  église  de  Saint-Vincent-de- 
Paul,  à  Marseille. 

La  sculpture  et  les  ornementations  sont  ache- 
vées depuis  le  sommet  des  flèches  jusqu'à  l'étage 
des  cloches.  Il  n'y  aura  pas  moins  de  900  statues 
ou  figures  à  sculpter  sur  la  façade.  Ces  travaux 
occasionneront  une  dépense  de  plus  de  600,000 
francs  dont  l'entreprise  ne  dispose  pas  en  ce  mo- 
ment. 

Les  vitraux  des  fenêtres  hautes  représentent 
des  sujets  tirés  de  l'Ancien  et  du  Nouveau  Testa- 
ment. Tous  sortent  des  ateliers  de  M.  Ed.  Didron. 
Le  vitrail  qui  décore  la  cinquième  fenêtre  de  la 
nef  latérale  donnant  sur  le  cours  Devilliers,  repré- 
sente la  vie  de  saint  Louis  —  patron  du  donateur, 
Mgr  Robert,  —  en  une  douzaine  de  médaillons 
figurant  les  événements  principaux,  depuis  la 
naissance  jusqu'à  la  mort  de  Louis  IX. 


L'ŒUVRE  de  la  restauration  du  sanctuaire 
natal  de  S.  Bernard, à  Fontaines,  près  Dijon, 
se  poursuit  avec  activité.  Déjà  on  a  achevé  le 
donjon.  Les  travaux  de  cette  année  ont  pour  but 
la  restauration  du  sanctuaire.  Un  grattage  déjà 
commencé  va  permettre  de  reconnaître  la  forme 
précise  de  cette  chambre  où  naquit  le  grand  doc- 
teur du  douzième  siècle,  et  de  déterminer,  par 
conséquent,  la  voûte  à  construire  et  l'ornementa- 
tion des  murs. 


NOUS  avons  annoncé,  dans  notre  dernière 
livraison  (V.  p.  262),  que  le  ministre  de 
l'Instruction  publique  et  des  Beaux-Arts  venait 
d'approuver  le  projet  de  restauration  des  vitrau.K 
de  l'église  de  Saint-Ltienne-du-Mont.  Voici 
quelques  détails  au  sujet  de  leurs  auteurs. 


Cbroni  que. 


403 


On  sait  que  la  plupart  de  ces  magnifiques 
vitraux,  placés  dans  les  chapelles  des  bas-côtés 
sont  peints  par  Jean  Cousin,  Nicolas  Pinaigrier, 
et,  assure-t-on,  les  fils  de  ce  dernier.  En  se  repor- 
tant à  l'historien  Chalmel  et  à  d'autres  auteurs,  on 
peut  se  demander  si  l'attribution  des  verrières  de 
Saint-Étienne-du-Mont,  faite  à  Nicolas  Pinai- 
grier, deuxième  enfant,  est  bien  exacte  ('). 

Cet  artiste  eut  quatre  fils  :  Robert,  Nicolas,  Jean 
et  Louis  ;  tous  les  quatre  sont  nés  à  Tours  ;  ils 
furent  élèves,  et  aussi,  dit-on,  collaborateurs 
de  leur  père.  Ils  se  firent  tous  un  .nom  dans 
la  peinture  sur  verre,  mais  le  plus  célèbre  fut 
A'icolûs,  auquel  on  attribue,  concurremment  avec 
Jean  Cousin,  la  peinture  des  verrières  de  Saint- 
Étienne-du-Mont. 

D'après  M.  Doublet  de  Boisthibault,  dans  sa 
Notice  sur  les  Pinaigrier,  il  y  eut  un  Nicolas 
Pinaigrier,  fils  du  Nicolas  dont  nous  venons  de 
parler,  et  petit-fils  de  Robert,  qui,  de  1618  à  1635, 
exécuta  un  grand  nombre  de  vitraux  dans  diver- 
ses églises  de  Paris  et  particulièrement  dans  une 
chapelle  du  cimetière  de  St-Étienne-du-Mont.  Ce 
ne  peut  être  celui-là  qui  travailla  concurremment 
avec  Jean  Cousin,  ce  dernier  étant  mort  depuis 
plus  de  cinquante  ans. 

Est-ce  Robert  Pinaigrier,  qui  a  peint  les  vi- 
traux de  St-Étienne-du-Mont,  dont  parlent  les 
journaux  de  Paris?  Est-ce  Nicolas  Pinaigrier, 
son  fils?...  II  est  regrettable  de  ne  pouvoir  être 
fixé  à  cet  égard.  Mais  il  semble  bien  établi  que 
les  belles  verrières  qui  vont  être  l'objet  d'une  res- 
tauration, sont  l'œuvre  de  l'un  des  membres  de 
la  famille  des  Pinaigrier. 


LE  département  de  la  Côte-d'Or  vient  de 
perdre  une  de  ses  anciennes  œuvres  d'art  ; 
le  jubé,  ou  pour  mieux  dire,  la  clôture  du  chœur 
de  la  chapelle  de  Pagny  a  été  enlevée  et  trans- 
portée à  Paris. 

Nous  lisons  à  ce  sujet  dans  le  Journal  des  Arts: 

«  'D  lEN  de  mieux  composé,  de  plus  élcgant  et  de  plus 

XV  ferme  à   la  fois  que  ce  petit  monument  élevé  en 

1538  et  attribué,  selon  toute  vraisemblance,  à  l'architecte 

sculpteur  dijonnais  Hugues  Sambin  ;  de  fines  colonnettes 

I.  Robert  Pinaigrier  est  né  à  Tours  vers  1490  et  mort  dans  la 
même  ville  vers  le  milieu  du  XVl';  siècle.  11  fut  l'un  des  grands 
peintres-verriers  do  l'école  française  et  sut  dans  ses  travaux  allier  la 
puissance  du  génie  à  une  gracieuse  originalité.  D'une  nature  fran- 
chement prime-sautière,  il  fut  gaulois  avant  tout  et  gaulois  de  !a 
rabelaisienne  Touraine. 

On  lui  attribue  généralement  les  magnifiques  vitraux  de  Cliampi- 
gny-sur- Vende  ;  ce  fut  lai  qui,  vers  1530,  peignit  ,à  Cliartres  les 
vitraux  de  l'église  de  St-Hilaire.  Quelques  années  après,  il  était 
appelé  à  Paris  pour  peindre,  avec  Jean  Cousin,  ceux  de  l'église  de 
St-Gervais.  «  On  compte  encore  parmi  ses  ouvrages  »,  dit  Chalmel, 
«  les  vitraux  de  Saint-J,acques-de-la-Boucherie,  de  Sainte-Croix  en  la 
«  é.\.é.,  ceux  de  Saiut-Éticinic-dii-Monl.  »  Le  célèbre  antiquaire  Le- 
noir,  estimait  que  les  verrières  de  Saint-Etieime-du-Mont  «  offraient 
«  mie  des  plus  riches  collections  qui  fussent  sorties  du  pinceau  de 
«  Robert  Pmaigriei.  » 


posées  sur  une  arcature  basse  et  pleine  supportent  une 
frise  d'une  excellente  exécution  ;  la  porte  centrale  est 
surmontée  d'un  arc  élancé  dont  les  pieds-droits  sont  ac- 
costés de  deux  statues  ;  deux  autres  figures  se  dressent 
au-dessus  des  grands  panneaux  servant  de  retables  à  deux 
autels  placés  aux  extrémités.  Les  colonnettes  en  pierre 
rougeâtre  et  polie,  les  marbres  noirs  du  soubassement 
contrastent  de  la  manière  la  plus  heureuse  a\ec  l'albâtre 
blanc  dont  sont  faites  toutes  les  parties  sculptées  et  il  en 
résulte  un  effet  d'ensemble  très  soutenu  et  cependant 
discret  et  sobre. 

Les  armoiries  prodiguées  à  l'intérieur  et  à  l'extérieur  de 
la  chapelle  en  faisaient  un  véritable  monument  historique, 
et  les  écus  des  \'ienne,  des  Longvy,  des  Chabot,  etc.,  met- 
tent partout  une  signature  héraldique  ;  aussi  avions-nous 
souvent  rêvé  une  restauration  générale  de  ce  précieux 
sanctuaire  seigneurial  ;  il  nous  semblait  digne  de  la  pre- 
mière famille  ducale  de  France,  de  restituer,  —  et  il  fallait 
pour  cela  si  peu  de  bonne  volonté  et  d'argent  !  —  de 
rendre  à  la  chapelle  de  Pagny  sa  parure  d'art  et  de  sou- 
venirs. Au  lieu  de  cela,  le  propriétaire  a  mieux  aimé 
l'exploiter,  et  l'ordre  est  venu  par  le  télégraphe  d'expédier 
le  jubé  à  Paris,  non  pour  en  orner  une  chapelle  de  fainille, 
ce  qui  serait  encore  admissible,  mais  pour  le  vendre  fort 
cher,  il  est  vrai,  h.  un  amateur  du  quartier  des  Champs- 
Elysées,  dont  on  cite  le  nom.  Voilà  ce  qui  se  répète  à 
Dijon,  et  ce  que  nous  aimerions  à  entendre  démentir, 
mais  le  fait  même  de  l'enlèvement  n'est  que  trop  certain. 

Au  surplus,  pour  nous,  les  monuments  sont  faits  moins 
de  pierres  que  de  souvenirs  ;  on  peut  transporter  les  pier- 
res, on  ne  déplace  pas  les  souvenirs,  et  ce  qu'il  y  a  de 
meilleur  dans  une  œuvre  comme  le  jubé  de  Pagny,  si  beau 
qu'il  soit  intrinsèquement,ne  peut  ni  se  vendre  ni  s'acheter. 

André  Arnoult.  » 


NOUS  avons  parlé  delà  démolition  des  der- 
niers restes  'du  prieuré  deBonne-Nouvelle  à 
Rouen,  et  nous  avons  été  l'écho  des  protestations 
qu'a  élevées  M.  Paul  Baudry  contre  cet  acte  de 
destruction.  Celui-ci  veut  bien  nous  envoyer,  à 
ce  sujet,  d'intéressants  renseignements. 

«  Il  n'est  malheureusement  que  trop  certain  que  tout 
le  prieuré  de  Bonne-Nouvelle,  de  Rouen,  lequel  dépendait 
autrefois  de  l'abbaye  du  Bec  et  servait  à  usage  militaire 
depuis  longtemps,  a  disparu  aujourd'hui,  sauf  la  façade 
de  la  chapelle  dont  d'ailleurs  les  derniers  instants  sont 
comptés. 

De  ses  vieux  monuments  notre  ville  était  fière. 
On  vantait  leur  grand  nombre  et  leur  antiquité. 
C'était  trop  de  richesse  :  on  les  jette  par  terre. 
La  ville  s'ennuyait  de  l'uniformité. 

Un  bertiment  en  pierre,  datant  des  religieux  bénédictins 
et  relativement  moderne,  mais  très  beau,  a  été  rasé  ;  et 
il  est  regrettable  que  l'on  n'ait  pas  pu  ou  cru  pouvoir 
le  reconstruire  ailleurs.  On  n'aurait  eu  que  l'embarras 
du  choix  pour  lui  donner  une  destination.  On  a  cru,  sans 
doute,  que  les  pierres  ne  supporteraient  pas  une  réédifi- 
cation.  Croyons-le. 

Ce  qui  sera  éminemment  déplorable,  ce  sera  l'abattafc 
et  la  non  reconstruction  de  la  façade  de  l'ancienne  chapelle 
ou  église.  La  façade  était  en  pierre  sculptée,  et  la  seule 
partie  de  la  chapelle  à  conserver  ;  mais  au  point  de  vue  de 
l'art  et  de  l'histoire,  il  fallait  la  conserver.  Ici  encore  on 
aura  reculé  devant  les  frais.  Dans  d'autres  circonstances 
cependant,  l'argent  ne  nous  fait  pas  encore  absolument 
défaut. 


REVUE  DE  l'art  CHRÉTIEN. 
1335.  —    3"'°    LIVRAISON. 


404 


iRcDiic   De  rart    cbccticn. 


Mathilde,  femme  de  Guillaume  le  Conquérant,  était, 
d'après  la  chronique,  en  prière  à  cet  endroit,  où  déjà 
existait  une  maison  religieuse,  lorsque,  un  jour  de  la  fin 
d'octobre  1066,  elle  y  apprit  la  victoire  d'Hastings.  Joignant 
alors  cette  heureuse  nouvelle  à  celle  que  l'ange  annoni;aà 
Marie,  elle  voulut  que  l'édifice  où  elle  se  trouvait,  devint 
un  beau  temple  dédié  au  mystère  de  rAnnonciation,sous 
le  vocable  de  Notre-Dame  de  Bonne-Nouvelle. 

Une  autre  Mathilde,  la  veuve  de  Henri  V,  empereur 
d'Allemagne,  mourut  dans  ce  monastère  et  y  fut  inhumée 
en  1 167. 

Le  prieuré  de  Bonne-Nouvelle  eut  beaucoup  à  souft'rir 
des  guerres  qui  affligèrent  notre  ville  au  moyen  âge,  et  la 
couvrirent  de  ruines. 

Davanne,  prieur  de  Meulan,  devenu  prieur  de  Bonne- 
Nouvelle,  qui  s'appelait  aussi  Notre-Dame  du  Pré,  y 
iniroduisit  la  réforme  de  Saint-Mauret  voulut  rendre  à  la 
maison  sa  splendeur  primitive.  11  répara  et  embellit 
l'église  qui,  dans  tous  les  cas,  n'était  plus  celle  de 
Mathilde;  il  l'allongea,  et  l'agrandit  de  plusieurs  chapelles. 
Enfin,  le  16  février  1655, il  posa,  au  nom  de  la  Duchesse  de 
I.ongueville,la  première  pierre  du  beau  portail  qui  va  être 
perdu,  et  dont  vous  donnera  une  insuffisante  idée  la 
lithographie  qui  accompagne  ma  lettre. 

C'est  ;\  tort  que  l'artiste  a  figuré,  à  la  partie  supérieure, 
deux  anges.  L'un  des  personnages  est  un  ange,  l'autre  la 
Sainte  Vierge. 

Le  portail  était  accolé  à  la  partie  occidentale  de  l'édi- 
fice ;  et,  malgré  ses  défauts  et  quelques  ornements  un  peu 
prétentieu.x,  oft'rait  un  riche  spécimen  de  l'architecture 
religieuse  du  XVI1<^  siècle.  L'entrée,  au-dessus  de  laquelle 
paraissait  la  date  de  1656,  était  surmontée  d'un  fronton 
triangulaire  percé  d'une  niche  et  reposant  sur  quatre 
colonnes  corinthiennes  dont  les  fûts  cylindriques  enca- 
draient probablement  les  statues  de  saint  Benoit  et  de 
saint  Maur.  Plus  haut,quatre  pilastres  alternaient  avec  des 
bouquets  de  fruits  et  de  fleurs,  accompagnés  eu.\-mcmes 
de  deux  cartouches,  sur  l'un  desquels  le  mot  Pax,  carac- 
téristique de  la  congrégation  de  Saint-Maur,  était  sculpté. 
Au  milieu,  dernier  souvenir  de  l'architecture  ogivale, 
paraissait  une  longue  fenêtre  dont  la  pointe  supportait  un 
acrotère  chargé  d'un  vase,  et  dont  les  meneaux  émoussés 
se  terminaient  par  une  grande  fleur  de  lis.  Enfin  tout 
l'c-tage  supérieur  était  occupé  par  un  sujet  représentant 
l'.Annonciation  de  la  Sainte  Vierge.  Au-dessus  se  trouvait 
le  Saint-Esprit,  et  les  côtés  de  l'amortissement,  contour- 
nés en  ailerons,  (l'artiste  les  a  faits  à  tort  en  carré)  for- 
maient un  fronton  circulaire  que  dominait  la  croix. 

Voisin  de  cette  ancienne  et  intéressante  maison,  dont 
j'ai  publié  une  notice  dès  1847,  j'ai  tenu  à  plaider  sa  cause 
auprès  de  la  ville  et  auprès  de  la  Commission  départe- 
mentale des  antiquités  dont  je  suis  membre. 

Far  deu.x  fois,  en  effet,  cette  commission  a  émis  un 
vœu  favorable  à  la  reconstruction  de  la  façade  de  l'église. 
Aussi,  quelle  a  été  ma  surprise,  lorsque  j'ai  lu  dans  le 
n"  à.uNouve//iste  de  Rouen  du  24  janvier  dernier  (je  crois),  à 
propos  du  compte-rendu  d'une  séance  du  conseil  municipal, 
que  la  commission  départementale  des  antiquités  n'avait 
pas  estimé  cjue  cette  façade  valût  les  frais  de  reconstruc- 
tion. 

J'ai  répondu,  comme  vous  le  savez,  dans  le  n"  du 
25  janvier,  qu'il  y  avait  là  une  inexactitude  complète  et 
que  nous  avions,  au  contraire,  exprimé  le  vteu  que  la  ville 
de  Rouen  prit  les  dispositions  nécessaires  pour  assurer  la 
conservation  de  la  façade. 

Dans  le  compte-rendu,  qui  n'avait  d'ailleurs  rien  d'offi- 
ciel, s'est-on  trompé  ou  a-t-on  voulu  rappeler  l'avis  d'une 
commission  autre  que  la  nôtre.'  Toujours  est-il  que  mes 
efforts  ont  été  insuffisants  pour  défendre  le  monument. 


Excusez  mon  griffonnage  que  je  n'ai  pas   le  temps  de 
relire  et  croyez  à  mon  dévouement. 

P.'\UL   B.^UDRY.  » 


Nous  recevons   au   moment  de  mettre  sous 
presse  cette  nouvelle  communication  : 

La  Motte  à  Rouen,  20  juin  1885. 

Ce  matin,  vers  10  heures,  à  été  abattue,  d'un  coup,  la 
façade  de  l'église  du  prieuré  de  Bonne-Nouvelle,  au  sujet 
de  laquelle  vous  avez  bien  voulu  accueillir  une  note 
de  moi. 

Des  madriers  avaient  été  disposés  contre  la  malheu- 
reuse façade,  on  les  a  fait  mouvoir  au  moyen  de  crics, 
pendant  que  l'on  tirait  avec  une  longue  corde  la  partie 
supérieure  du  monument  ;  et  en  3  ou  4  minutes,  tout  est 
tombé  sur  le  sol,  sans  le  couvrir  à  une  grande  distance, 
mais  presque  en  s'aftaissant. 

Il  sera  difficile  de  recueillir  quelques  épaves  d'une  pa- 
reille ruine,  quatre  colonnes,  la  date  de  1656,  les  armes  de 
la  congrégation  de  St-Maur,  et  quelques  fragments  de 
guirlandes  peuvent  cependant  être  sauvés.  Àlais  quel 
malheur  qu'un  amateur  riche  ne  se  soit  pas  présenté  pour 
acquérir  et  faire  réédifier  ce  curieux  type  de  l'architecture 
Louis  XIV  ('). 

Encore  un  souvenir  archéologique  perdu. 

P.\UL    B.AUDRV. 


NOUS  tirons  un  extrait  piquant  du  savant 
ouvrage  dont  un  historien  belge,  M.  le 
baron  Kervyn  de  Lettenhove,  vient  de  publier 
le  5"^  volume  (-'). 

On  sait  tout  le  vacarme,  qui  s'est  fait  depuis  bientôt 
trois  quarts  de  siècle  autour  de  la  vente  malencontreuse, 
consentie  par  les  chanoines  delà  cathédrale  de  St-Bavon, 
de  deux  ou  trois  panneaux  du  célèbre  tableau  des  frères 
Van  Eyck,  l'Adoration  de  l'.Agneau,  l'une  des  perles  de 
l'art  flamand,  —  panneaux  peu  convenables  du  reste  pour 
être  placés  dans  une  église. 

Qui  se  douterait  que  nous  avons  failli  perdre  le  tableau 
tout entie>\  sous  l'administration  <<  paternelle  »  du  prince 
d'Orange,  Guillaume  le  Taciturne .' 

C'était  en  1579.  Le  Taciturne,  maître  de  fa  Hollande 
et  de  la  Zélande,  avec  Anvers  et  Gand,  se  flattait  de 
dominer  toutes  les  autres  provinces.  Une  seule  chose  lui 
manquait  pour  réaliser  son  projet  ;  l'argent  faisait  défaut, 
mais  il  avait  résolu  de  confisquer  les  biens  du  clergé,  des 
hôpitaux  et  des  nobles  cjui  avaient  quitté  le  pays....  Elisa- 
beth d'Angleterre  vint  au  secours  de  nos  Gueux  et  leur 
fit  des  prêts  assez  considérables.  Son  agent,  _Davison, 
emporta  de  notre  pays  comme  gage  des  prêts  d'Elisabeth, 
des  joyaux  d'une  valeur  de  vingt-huit  mille  livres. 

Les  magistrats  de  Gand  voulurent  faire  davantage  ; 
ils  songèrent  à  remettre  à  Davison,  afin  qu'il  l'oftrît  à  sa 
souveraine,  le  chef-d'œuvre  des  Van  Eyck,  enlevé  de 
l'église  de  .Saint-Bavon.  Grâce  au  zèle  de  quelques  catho- 
liques gantois,  l'Agneau  mystique  n'alla  pas  rejoindre 
dans  les  galeries  d'Hampton-Court  d'autres  monuments 
des  arts,  précieuses  dépouilles  de  la  maison  de  Bourgogne. 

1.  La  façade  ne  mesurait  que  12  mitres  à  la  base. 

2.  Les  Huguenots  et  tes  Gueux.    Etude  liistoriquc  sur  vingt-cinq 
années  du  XVl*-'  siècle,  par  M.  le  baron   Kervyn  de  Lettenhove. 
Tome  V,  Rruges,  chez  ISeyaert-Storie. 


Cfjtonique. 


405 


Le  projet  de  cession  du  célèbre  tableau  des  van  Eyck, 
doit  donc  être  inscrit  à  l'actif  de  nos  Gueux,  à  côté  des 
innombrables  actes  de  vandalisme  dont  nous  leur 
sommes  malheureusement  redevables. 


ON  ne  se  contente  plus  d'édifier  à  Anvers 
des  monuments  de  tout  calibre  et  de  toute 
nature,  on  fait  aussi  disparaître  peu  à  peu  les 
vieux  monuments  artistiques. 

Depuis  que  la  Tour  bleue  a  ouvert  la  marche, 
bien  des  souvenirs  historiques  et  séculaires  l'ont 
suivie  dans  l'oubH.  On  modernise  des  rues  pit- 
toresques, et  l'on  ne  s'apercevra  que  trop  tard  du 
vandalisme  qu'on  commet.  C'est  ainsi  que  ces 
jours-ci  la  vieille  pompe  de  la  plaine  de  Malines 
—  une  colonne  un  peu  délabrée,  surmontée  d'une 
statue  de  la  Vierge,  à  laquelle  on  s'accorde  à 
reconnaître  une  véritable  valeur  artistique  —  a 
été  totalement  enlevée  pour  être  remplacée  par 
un  candélabre  rococo  au  milieu  d'un  stationne- 
ment de  voitures.  Il  est  vrai  qu'ici,  si  le  bon  goût 
est  lésé,  on  s'est  débarrassé  d'autre  part  d'un 
emblème  superstitieux,  ce  qui  fait  compensation 
peut-être,  dans  certaines  sphères. 


CHARGE  pour  les  Halles  d'Ypres  d'un 
travail  décoratif  par  un  procédé  analogue 
à  celui  des  Graffiti  de  la  cathédrale  de  Sienne, 
M.  Delbeke  a  soumis  un  avant-projet  à  la  Com- 
mission   des  monuments   qui   avait  conseillé  ce 


genre  de  décoration. 


DES  peintures  murales,  bien  intéressantes 
par  leur  antiquité  et  leur  importance  his- 
torique, puisqu'elles  remontent  au  moyen  âge  et 
retracent  des  scènes  de  la  légende  de  Tristan  et 
du  St-Graal,  vont  être  rendues,  après  d'émou- 
vantes péripéties,  à  leur  lieu  d'origine,  le  château 
de  Runkelstein.Cet  antique  manoir  s'était  écroulé 
en  partie  en  1868  et  de  grands  pans  de  murs,  re- 
couverts de  précieuses  fresques,  restaient  debout 
à  une  hauteur  vertigineuse.  Le  locataire  de  ces 
ruines,  le  D'^  de  Kofler,  fit  alors  scier  et  retirer  à 
grande  peine  et  à  grands  frais,  ces  reliques  artis- 
tisques  pour  les  transporter  à  son  château  de 
Klobenstein. 

Plus  tard,  le  château  de  Runkelstein  ayant 
passé  en  la  possession  de  l'empereur  d'Autriche, 
le  D''  de  Kofler  a  fait  hommage  au  nouveau  pro- 
priétaire du  trésor  qu'il  avait  sauvé. 


LES  travaux  de  réédification  de  la  Saalburg, 
près  de  Hombourg,  qui  ont  déjà  coûté  à 
l'empereur  Guillaume  la  somme  de  26,600  marks, 
se  continuent:  ils  ont  été  entrepris  après  i870,sous 
la  surveillance  du  colonel  Cohausen  et  visités  à 


différentes  reprises  par  l'empereur. Ce  vieux  castel 
remonte  à  l'époque  de  l'invasion  romaine,  avant 
J.-C.  Sa  ruine  complète  date  de  213,  comme  le 
prouve  une  pierre  votive  dédiée  à  Caracalla,  dé- 
couverte sur  les  lieu.x  et  qui  se  trouve  actuelle- 
ment dans  la  tour  du  château  de  Hombourg. 


IL  est  question  à  Rome,  sous  prétexte  d'embel- 
lissement, de  bouleverser  l'ile  Saint-Barthélé- 
my et  de  reconstruire  (nous  ne  disons  pas  réparer) 
les  deux  ponts  qui  la  mettent  en  communication 
avec  la  ville  et  avec  le  Transtevere.  Ce  projet, 
déjà  vieux  d'un  an,  semblait  avoir  été  abandonné 
par  suite  des  protestations  de  tout  ce  que  Rome 
compte  d'artistes  et  d'archéologues.  Le  conseil 
municipal  avait  émis  un  vœu  dans  le  même  sens 
et  le  ministre  de  l'Instruction  s'était  prononcé 
également  pour  «  la  conservation  des  deux  vieux 
ponts  et  de  l'île  historique  du  Tibre  dans  leur 
intégrité  ».  Le  génie  civil,  de  qui  émanait 
ce  projet  destructeur,  revient  à  la  charge,  et  l'on 
craint  de  voir  disparaître  ces  restes  précieu.x  du 
temps  d'Auguste,  de  Valentinien  et  de  Gratien. 
Ceux  qui  n'ont  pas  vu  Rome  depuis  8  ou  10 
ans,  ne  se  reconnaîtraient  plus  dans  certains  quar- 
tiers de  la  ville.  Des  palais,  des  églises,  des  cou- 
vents,des  rangées  entières  de  maisons  ont  disparu. 
Et  l'on  n'en  est  qu'au  commencement,  à  en  juger 
par  les  plans  dressés  par  la  municipalité.  Sous  peu 
on  verra  encore  tomber  la  façade  du  palais  Altieri  ; 
le  palais  Borromeo,  qui  abrite,  outre  le  collège 
Germanique-Hongrois,  l'université  Grégorienne, 
est  condamné  également  à  être  coupé  en  deux  et 
à  être  abandonné.  La  démolition  du  palais  Tor- 
lonia  n'est  qu'une  affaire  de  temps. 


A  Florence,  on  s'occupe  activement  delà  pro- 
chaine restauration  de  l'église  de  la  Trinité. 
Les  études  et  recherches  préparatoires  ont  amené 
la  découverte  de  plusieurs  inscriptions,  de  sculp- 
tures sur  pierre  et  de  traces  de  peintures  à  fres- 
que. Cette  église,  on  le  sait,  contient  quelques 
chapelles  de  familles  patriciennes  qui  présentent 
par  conséquent  un  grand  intérêt  historique.  Le 
marquis  Salembeni  fera  restaurer  la  sienne  à  ses 
frais.  Les  descendants  des  autres  familles  illustres 
suivront  sans  doute  cet  exemple.  Les  projets  et 
dessins  de  restauration  sont  déjà  prêts,  et  l'on 
n'attend  plus,  pour  commencer  les  travaux,  que 
l'approbation  de  la  Commission  conservatrice  et 
du  Gouvernement. 

Tel  est  aussi  le  cas  de  la  chapelle  (ft-//a  PUtà, 
à  l'église  San  Satiro  de  Milan,  chapelle  qui  serait 
l'œuvre  du  Bramante.  Les  travaux  de  restaura- 
tion ont  été  confiés  à  M.  Enrico  Strada. 


4o6 


Ectiiic   De    l'art   cDrctien 


LES  travaux  entrepris  au  Mercato  Vecchio  à 
Florence  se  continuent  avec  une  activité  dé- 
plorable. On  démolit  et  on  nivelle  l'ilôt  circonscrit 
par  les  rues  Caliniera  et  dei  Speciali  et  la  place 
des  Tre  Re,  sans  tenir  aucun  compte,  sans  garder 
aucun  plan  des  antiques  substructions  mises  à 
jour.Dans  le  premier  bloc  de  maisons  supprimées 
on  a  retrouvéuneancienneimpassequi,delaruedes 
Peintres,  aboutissait  à  l'auberge  de  la  Coroncina. 
Elle  était  bordée  de  portes  basses  du  XI V'^  siècle 
donnant  dans  des  salles  très  solidement  voûtées; 
le  sous-sol  était  formé  de  murs  énormes  en 
pierres  carrées  qui  ont  appartenu  sans  doute  aux 
constructions  romaines  de  ce  quartier,  le  plus  an- 
tique de  la  cité.  Il  est  vraiment  regrettable,  dit  le 
journal  A  rte  e  Stor/a,  que  l'on  détruise  ainsi  à 
l'étourdie,  sans  se  donner  le  temps  de  les  étudier, 
sans  même  prendre  la  peine  de  les  relever,  ces 
restes  aussitôt  abattus  que  découverts,  malgré 
l'intérêt  qu'ils  présentent,  notamment  pour  l'éta- 
blissement d'un  plan  topographique  de  Florence 
au  moyen  âge. 


Quelques  misérables,  aj'ant  à  leur  tête  les  auto- 
rités locales,  viennent  de  profaner,  à  Viterbe,  les 
restes  mortels  du  Pontife  Clément  IV,  après  avoir 
enlevé  aux  PP.  Dominicains  l'église  monumen- 
tale de  Ste-Marie-dei-C^W/'.  Pendant  la  nuit  du 
19  au  20  quelques  ouvriers  conduits  par  le  secré- 
taire et  l'ingénieur  de  la  municipalité,  ont  mis  la 
main  à  la  démolition  du  mausolée.  Bientôt  on  trou- 
va à  l'intérieur  l'urne  en  marbre  qui  en  contenait 
une  autre  en  bois,  et,  celle-ci  ayant  été  ouverte, 
on  aperçut  la  dépouille  du  Pontife.  Dès  le  lende- 
main matin,  le  sous-préfet  et  le  syndic,  sans  autre 
formalité,  firent  enlever  au  squelette  le  riche 
anneau  pontifical  qu'il  portait  encore,  les  gants, 
les  sandales,  les  agrafes  de  la  chape  et  l'étole  : 
puis,  les  ossements  ont  été  pris  et  jetés  pêle-mêle 
dans  une  cassette  que  l'on  a  emportée  au  palais 
municipal  d'oii  elle  sera  envoyée,  dit-on,  à  la 
pinacothèque  ou  musée  de  l'ancienne  église  de 
Saint-François  ;  et  tout  cela  a  été  fait  sans  que 
l'on  ait  même  pris  la  peine  de  rédiger  le  moindre 
procès-verbal  constatant  l'authenticité  des  restes 
mortels  de  Clément  IV  si  audacieusement  pro- 
fanés. 


X?oiit)clies  et  Tioimaiileô.  - 


'U  moment  oij  cette  livraison  va  paraître 
Wi  nous  apprenons  qu'une  importante 
ï\^'  découverte  a  été  faite  à  la  cathédrale 
&ai  de  Tournai.  On  démolit  actuellement 
les  dcu.x  autels  gigantesques  en  marbre  qui  dé- 
daraient  et    rapetissaient   le  splendide  transept 


de  cette  basilique.  On  savait  depuis  longtemps 
qu'ils  masquaient  des  fresques  romanes,  datant  de 
vers  1200,  dont  des  fragments  ont  été  mis  au  jour 
lors  du  grattage  des  murs.  L'attente  des  archéolo- 
gues n'a  pas  été  trompée, et  un  monument  pictural 
remarquable  s'offre  à  leurs  études.  Déjà  l'on  a 
découvert,  au  transept  septentrionnal,  un  panneau 
d'environ  10  mètres  de  hauteur  sur  3  de  largeur, 
la  plus  fameuse  page  iconographique  de  l'époque 
qui  existe  dans  le  pays,  pour  ne  pas  dire  plus. 

La  légende  de  sainte  Marguerite  d'Antioche 
s'y  déroule  dans  sept  zones  horizontales  de  pein- 
tures, s'étageant  de  haut  en  bas.  Au  sommet,  la 
fille  du  prêtre  des  gentils.  Théodose,  gardant  le 
troupeau  de  sa  nourrice,  est  appréhendée  par  les 
esclaves  du  gouverneur  Olibrius,  qui  a  résolu 
de  la  prendre  pour  femme;  plus  bas  on  voit  la 
vierge  amenée  devant  le  gouverneur  (assis  dans 
une  cathédrale)  et  résistant  à  ses  sollicitations. 
Dans  le  troisième  panneau  elle  est  emmenée  et 
décapitée.  Les  deux  zones  inférieures  ne  sont 
qu'incomplètement  dégagées  ;  on  reconnaît  la 
Sainte  dans  une  femme  dépouillée  de  ses  habits, 
et  renversée,  qu'un  sbire  saisit  aux  cheveux  (peut- 
être  une  allusion  à  la  tentative  qu'on  fit  de  noyer 
la  Sainte).  Le  panneau  inférieur,  dont  un  ange 
aux  ailes  éployées  occupe  le  centre,  est  consacré 
à  l'apothéose  de  sainte  Marguerite. 

Dans  la  partie  moyenne,  ces  zones  régulières 
sont  interrompues  par  la  présence,  dans  l'archi- 
tecture de  l'édifice,  d'une  grande  arche  romane, 
sous  laquelle  on  a  représenté  l'épisode  qui, 
selon  la  Légende  dorée,  marqua  la  captivité 
de  sainte  Marguerite  :  un  dragon  apparut  dans 
son  cachot,  et  l'engloutit  dans  sa  gueule  immense; 
mais  la  croix  que  portait  la  vierge  de  JÉ.SUS- 
Christ,  se  mit  à  croître  dans  le  ventre  du  mons- 
tre, et  l'ouvrit  en  deux,  donnant  la  liberté  à 
sainte  Marguerite.  La  figure  de  celle-ci,  peinte 
au  centre  de  l'arche,  a  été  cachée  à  une  époque 
postérieure  par  une  rose  héraldique  gigantesque. 
On  a  déjà  enlevé  celle-ci,  et  mis  à  nu  l'immense 
et  vigoureuse  figure  du  dragon  ;  le  corps  de  la 
sainte  disparaît  dans  sa  gueule  béante,  tandis 
que  d'autre  part  elle  sort  saine  et  sauve,  dans 
l'attitude  d'une  orante,  des  flancs  entrouverts  du 
monstre.  Les  tympans  de  l'arche  sont  décorés  de 
deux  branches  de  palmier. 

Le  retour  d'un  mur  voisin  offre  une  majes- 
tueuse et  élégante  figure  de  femme  couronnée, 
vêtue  d'un  ample  manteau  et  tenant  de  la  main 
gauche  un  disque  crucifère;  plus  bas,  un  fragment 
d'une  autre  figure  féminine,  tenant  une  flèche. 

Autour  de  ces  peintures  historiées  on  retrouve 
des  fragments,  singulièrement  intéressants,  de  la 
peinture  décorative  qui  ornait  tout  le  transept. 

On  a  des  raisons  sérieuses  de  croire  que  cette 
décoration   picturale  consacre  le  souvenir  d'une 


Cfjronique. 


407 


grande  bienfaitrice  de  la  cathédrale,  Marguerite 
d'Alsace,  fille  du  comte  de  Flandre  Thierry  et 
épouse  de  Baudouin  IV,  comte  du  Hainaut. 

Sous  peu,  on  découvrira  l'autre  fresque,  qui, 
on  a  lieu  de  le  croire,  offrira  un  intérêt  non  moins 
puissant.  Comme  pour  la  première  on  connaît  d'a- 
vance la  partie  supérieure  du  panneau.  Elle  figure 
une  cité,  la  Jérusalem  céleste.dans  l'enceinte  de 
laquelle  se  presse  un  groupe  serré  d'anges  ayant 
à  leur  tête  les  archanges  Michel  et  Gabriel.  M.  le 
vicaire  général  Voisin  croyait  que,  conformément 
à  ce  qui  se  voit  ailleurs,  la  scène  qui  domine  cet 
épisode  devait  être  celle  du  Jugement  dernier  ; 
nous  saurons  prochainement  si  l'éminent  prélat 
a  deviné  juste.  Ces  peintures  sont  d'un  carac- 
tère plus  mystique,  plus  grandiose,  et  tracées 
d'une  main  plus  habile,  que  les  naïves  liistoires 
qui  leur  font  pendant.  —  On  sait  que,  lorsqu'au 
milieu  du  siècle  dernier,  il  fut  question  d'élever 
l'autel  qu'il  s'agit  à  présent  de  démolir,  les  bons 
chanoines  eurent  un  moment  d'hésitation  à 
sacrifier  ces  peintures,  à  cause  de  leur  richesse 
extraordinaire,  chose  qui  n'eut  pas  lieu  pour 
celles  du  transept  Nord  ;  ils  chargèrent  deux  de 
leurs  collègues  d'examiner  s'il  n'y  avait  pas 
lieu  de  les  conserver  ;  elles  furent  finalement 
condamnées  à  disparaître. 

Nous  n'entrerons  pas  pour  le  moment  dans 
des  détails,  comptant  pouvoir  donner  dans  la 
prochaine  livraison  de  la  Revue  une  description 
détaillée  de  ces  peintures. 


LA  légende  avait  fait  de  Jean  Goujon  une 
victime  de  la  Saint-Barthélémy.  M.  Anatole 
de  Montaiglon  vient  de  publier,  dans  la  Gazette 
des  Beaux-Arts,  des  documents  authentiques  qui 
sont  de  nature  à  désespérer  les  partisans  de  cette 
fin  tragique  du  célèbre  sculpteur.  Il  résulte,  en 
effet,  de  ces  documents,  découverts  dans  les 
archives  italiennes  par  un  chercheur  italien, 
M.  Sandonnini,  que  Jean  Goujon  s'est  expatrié  en 
1562,  qu'il  s'est  fixé  à  Bologne,  et  que  c'est  là 
qu'il  doit  être  mort  de  1564  a  1568,  soit  au  moins 
six  ans  avant  la  Saint-Barthélémy. 


LES  fouilles  opérées  par  la  Société  orthodoxe 
de  la  Palestine,  aux  abords  du  temple  de  la 
Résurrection  à  Jérusalem,  ont  mis  à  jour  les  restes 
du  mur  d'enceinte  de  cette  ville  et  du  seuil  de  la 
porte  par  laquelle  on  sortait  du  temple  de  Jésus. 
Ces  vestiges  touchent  les  édifices  construits  par 
l'empereur  Constantin,  c'est-à-dire  l'emplacement 
où,  d'après  la  légende,  le  Christ  est  mort  et  res- 
suscité. 


eCrpositions. 


dernière 


''k*S!s»^^ANS    notre    dernière     livraison 

^  \  n'avons  dit  qu'un  mot  (v.  p.  258)  de 
-  l'exposition  ouverte,  rue  de  Sèvres,  33, 
par  une  réunion  de  jeunes  artistes, 
sous  les  auspices  de  la  Société  de  Saint-Jean. 
Cette  exposition  a  été  fort  intéressante  et  fait 
honneur  à  ceux  qui  en  ont  pris  l'initiative. 

Parmi  les  œuvres  d'art  ancien  signalons  une 
curieuse  collection  de  toiles  peintes,  représentant 
des  sujets  tirés  des  tapisseries  d'Arras.  Certains 
indices  autorisent  à  penser  que  ces  copies  ont 
été  exécutées  sous  les  yeux  et  dans  l'atelier  de 
Raphaël,  pendant  que  le  maître  composait  les 
célèbres  cartons  d'Hamptoncourt.  Citons  encore 
un  très  beau  portrait  de  Bossiiet  à  y^  ans,  par 
Rigaud  ;  deux  ravissants  Mignard  faisant  partie 
de  la  collection  de  M.  le  duc  de  Brissac,  et 
surtout  un  merveilleux  buste  de  saint  Ignace, 
argent  et  bronze  doré,  d'Alonzo  Cano. 

Un  goût  sévère  a  présidé  au  choix  des  œuvres 
modernes  admises  à  l'honneur  de  figurer  dans  ce 
charmant  salon. 

Cette  exposition  est  destinée  à  se  renouveler 
annuellement  par  les  soins  de  la  Réunion  artis- 
tique de  la  rue  de  Sèvres,  association  de  jeunes 
artistes  chrétiens  fondée  en  1884,  et  formant  une 
section  de  la  société  de  Saint-Jean. 

Nous  n'avons  que  des  sympathies  pour  les 
efforts  de  nos  amis  s'associant  pour  la  pratique 
de  l'art  honnête.  —  Nous  éprouvons  le  besoin 
d'ajouter  que  notre  idéal  serait  encore  bien  autre 
chose:  nous  voudrions  voir  non  seulement  des 
chrétiens  cultiver  l'art  quelconque,  mais  encore 
des  artistes  généreux  embrasser  l'art  essentiel- 
lement chrétien. 

— KH f©i— 

L'EXPOSITION  internationale  d'ouvrages 
d'orfèvrerie,  joaillerie,  bronzes  d'art  et 
d'ameublement,  qui  doit  avoir  lieu  à  Nuremberg 
du  15  juin  au  30  septembre  1885  se  prépare  acti- 
vement. Les  travaux  de  construction  s'achèvent. 
La  France,  qui  s'était  d'abord  tenue  sur  la 
réserve,  y  sera  glorieusement  représentée.  De 
nombreuses  adhésions  sont  parvenues  au  secré- 
tariat du  Comité.  Cette  exposition  offrira  à  l'ad- 
miration des  visiteurs  des  collections  intéressan- 
tes et  choisies.  Elle  montrera  bien  3,000  chefs- 
d'œuvre  artistiques,  depuis  les  temps  égyptiens, 
jusqu'au  commencement  de  notre  siècle,  et  don- 
nera ainsi  une  image  complète  du  développement 
des  arts  et  métiers  métallurgiques.  Le  projet  de 
la  loterie  jointe  à  l'exposition  est  arrêté  et  l'exé- 
cution en  est  remise  à  des  personnes  de  confiance. 


4o8 


IRcuuc    De    rart    cfjrétien. 


La  loterie  consistera  en  5,ooolots,  parmi  lesquels 

un  gros  lot  de  20,000  marcs  (valeur  de  25,000  fr.). 

-^<3H JCM— 

C'EST  à  Portsmouth  que  se  tiendra  cette  fois 
l'exposition    annuelle    d'art    ecclésiastique 
ancien  et  moderne. 


A 


Bath  vient  d'être  inaugurée  une  Exposition 
industrielle  et  artistique. 

'-^K>'. — K5^- 

UXE  exposition  internationale  de  céramique 
est  annoncée  comme  devant  avoir  lieu  à 
Delft  du  I  juin  au  31  juillet  prochain,  sous  le 
patronage  de  la  Société  Néerlandaise  pour  le 
développement  de  l'Industrie. 


L'EXPOSITION  d'Anvers  a  subi  la  loi  fatale 
de  l'imperfection  humaine  ;  elle  s'est  ouverte 
au  milieu  d'un  amoncellement  gigantesque  de 
caisses  non  déballées.  Aussi  ne  sommes-nous  pas 
à  même  d'en  donner  à  nos  lecteurs  un  aperçu 
général  au  point  de  vue  spécial  de  l'art  chrétien. 

Les  installations  largement  conçues  et  com- 
binées avec  intelligence  et  avec  goût,  sont  d'un 
aspect  superbe.  Des  hectares  de  charpentes  mé- 
talliques légères  couvrent  de  larges  allées;  elles 
sont  portées  sur  des  supports  dont  on  a  un  peu 
gâté  la  légèreté  d'aspect,  par  les  colonnades  pos- 
tiches qui  les  habillent  :  les  vitrages  sont  voilés 
par  des  veliini  d'un  bel  effet  décoratif  ;  toutes  les 
nations  ont  rivalisé  de  bon  goût  pour  compléter 
l'ornementation  de  ces  multiples  nefs, qui  étendent 
à  perte  de  vue  leurs  perspectives  fuj'antes.  Bref: 
l'intérieur  est  réussi,  remarquable  même,  et  fait 
grand  honneur  à  M.  Bordiau,  l'architecte  de  cette 
colossale  construction.  Il  a  tiré  un  parti  singuliè- 
rement heureux  d'une  circonstance  qui  aurait 
pu  contrarier  beaucoup  l'œuvre  d'un  architecte 
moins  avisé.  Obligé  de  livrer  passage  à  la  rue  de 
Bruxelles,  qui  coupe  en  deux  l'emplacement  des 
Halles,  il  a  jeté  au-dessus  de  cette  voie  un  pont, 
qui  ménage  sous  toit  un  immense  palier  domi- 
nant, d'une  part, la  galerie  centrale  des  Halles  de 
l'Industrie,  d'autre  part,  les  Halles  des  machines. 
De  ce  vaste  observatoire,  le  coup  d'œil  est  féeri- 
que, peut-on  dire  ici  sans  trop  d'emphase. 

Nous  tenons  à  dire  un  mot  de  la  façade,  qui 
n'est  pas  terminée  à  l'heure  oii  nous  écrivons,  en 
plein  mois  de  juin  !  —  plus  d'un  mois  après  l'ou- 
verture.—  Nous  y  trouvons, poussé  à  l'e.xtrémité  de 
ses  conséquences  les  plus  absurdes,  ce  système  es- 
sentiellement faux,  celui  de  la  décoration  postiche. 
Nous  avions  vu  toutes  les  excentricités  que  peut 
produire  une  architecture  aux  abois  et  dénuée  de 
principes,  surtout  en  fait  de  façades  ;  nous  con- 
naissions des  monuments  dont  la  porte  principale 


s'élè\-e  plus  haut  que  les  toits;  des  façades  qui 
n'ont  avec  l'édifice  aucun   rapport  de  structure, 

etc A  Anvers  on  a  imaginé  mieux  que  tout 

cela;  on  a  élevé  une  façade  devant  le  bâtiment, 
en  avant  des  Halles,  n'ayant  pas  même  avec 
celles-ci  un  point  de  contact  quelconque.La  façade 
est  une  œuvre  à  part,  indépendante  du  reste 
de  l'œuvre!  —  Le  bâtiment  offre  en  façade  réelle 
une  cloison  légère,  basse,  longue  à  l'infini  ;  la  fa- 
çade d'apparat  est  prodigieusement  haute, et  flan- 
quée de  tours  élancées. C'est  le  monde  renversé:au 
lieu  de  l'harmonie,  la  contradiction.  Etrange  aber- 
ration, d'un  esprit  cependant  plein  de  ressources, 
mais  lancé  dans  une  voie  fausse.  —  Et  quels 
mensonges  systématiques  dans  tout  le  détail  !  Cet 
arc  de  triomphe  gigantesque,  semblable  aux 
monuments  séculaires  dont  le  sol  a  peine  à  porter 
la  masse  effrayante,  c'est  un  décor  tendu  sur  un 
squelette  de  fer.  Et  le  long  péristyle  dont  les 
arcades  s'étendent  à  perte  de  vue  derrière  ce 
colosse,  et.  cette  terrasse  qui  le  précède,  soutenue 
par  un  long  mur  aux  lourdes  assises  de  pierres 
vigoureusement  appareillées,  tout  cela  n'est  que 
planches  et  plâtre,  tout  cela  n'est  qu'un  masque 
indigne,  s'il  parvient  à  tromper  le  spectateur, 
grotesque,  s'il  laisse  apercevoir  le  truc.  Eh  bien! 
voilà,  nous  semble-t-il,  la  splendeur  du  faux  et  du 
laid,  le  type  achevé  d'un  système,  qui  est  le  con- 
trepied  de  ce  que  réclame  le  bons  sens  et  le  sen- 
timent véritable  de  l'art  architectural.  En  présence 
de  cette  orgie  de  carton-pierre  et  de  plâtre,  on 
se  demande  si  l'on  n'aurait  pas  obtenu  un  effet 
bien  plus  heureux,  en  consacrant  une  mince  part 
des  sommes  folles  englouties  dans  ces  construc- 
tions décoratives,  à  l'achèvement  pur  et  simple, 
avec  des  matériaux  de  bon  aloi,  et  une  ornemen- 
tation logique,  naïve  et  naturelle,  de  la  construc- 
tion telle  qu'elle  est  dans  ses  lignes  nécessaires  et 
rationnelles.  Nous  posons  cette  question  à  ceux 
de  nos  lecteurs,  qui  iront  à  Anvers. 


LES  éditeurs  de  notre  Revue,  dont  les  édi- 
tions sont  si  conformes  aux  principes  ar- 
tistiques que  nous  préconisons,  ont  e.xposé  à 
Anvers  quelques  spécimens  de  leurs  produits. 
Il  est  juste  que  nous  leur  accordions  une  des 
premières  places  dans  la  revue  de  \ Exposition 
iinivei'seile,  que  nous  commençons  aujourd'hui,  et 
que  nous  insérions  ce  compte-rendu,  que  nous 
adresse  un  appréciateur  compétent  : 

Non  loin  de  l'entrce  principale,  au  commencement  de  la 
section  belge,  on  rencontre  l'exposition  des  imprimeries 
rdunics  de  Saint-Jean  l'Évang^liste,  à  Tournai,  et  de 
Saint-Augustin,  à  Bruges-Lille. 

Le  mobilier  est  tout  d'abord  digne  d'attention.  Il  est 
modeste,  mais  de  bon  style.  Il  est  fait  de  sapin  verni,  go- 
thiquement  moulure,  rehaussé  de  filets  rouges  et  d'un  sys- 
tème très  riche  de  bandes  ornementales  à.  fond   d'or.  On 


chronique, 


409 


nous  fait  remarquer  que  ce  riche  ddcor  est  lui-même  un 
produit  de  l'imprimerie  brugeoise.  Il  consiste  en  bandes 
de  papier  collées  dans  des  creux  qu'offrent  les  moulures 
d'encadrements.  Les  bandes  sont  d'un  dessin  distingué; 
elles  se  vendent  en  feuilles,  et  l'on  s'en  sert  d'une  manière 
très  heureuse  à  orner  des  cadres.  La  démonstration  de  leur 
emploi  est  faite  ici  d'une  manière  complète. 

Les  meubles  de  MM.  Desclée  et  C"  se  distinguent  aussi 
par  la  manière  ingénieuse  dont  on  a  multiplié  les  surfaces 
utiles  dans  une  installation  relativement  restreinte.  L'idéal 
en  ce  genre  est  réalisé  par  un  long  retable,  qui  se  dresse 
entre  deux  rangées  de  vitrines  adossées.  Ce  retable  offre, 
à  chacune  de  ses  deux  faces,  une  triple  superficie  couverte 
de  feuilles  d  impression  et  d'images,  grâce  à  un  système  de 
volets,  dont  les  16  panneaux  mobiles  sont  utilisés  tant  au 
revers  cju'à  l'avers  et  s'ajoutent  aux  panneaux  de  fond. 
Cette  combinaison,  empruntée  aux  triptyques  du  moyen 
âge,  montre  comment  on  peut  profiter  des  exemples  du 
passé  pour  les  applications  les  plus  modernes. 

A  côté  de  ce  meuble  original  on  remarque  un  arbre  ver- 
tical au  pourtour  duquel  se  feuillettent  une  dizaine  de 
grands  panneaux  tournants  à  double  face.  Ce  système  n'est 
pas  nouveau.  Nous  nous  rappelons  l'avoir  vu  employé  a 
l'exposition  nationale  de  Bruxelles,  section  des  manuscrits. 
Mais  il  est  ici  réalisé  dune  manière  plus  élégante.  A  côté 
se  trouve  une  table  de  bibliothèque,  aux  sculptures  gothi- 
ques, disposée  en  gradins,  sur  laquelle  de  splendides  mis- 
sels sont  ouverts  sur  des  lutrins,  et  des  livres  d'une  richesse 
étonnante  étalés  aux  yeux  du  passant. 

Nous  nous  sommes  trop  arrêté  aux  bagatelles  de  l'exté- 
rieur. Ce  n'est  pas  que  le  contenu  ne  vaille  le  contenant  : 
il  méritait  même  une  plus  riche  enveloppe.  Le  monde  mo- 
derne n'a  pas  vu  de  plus  belles  reliures,  que  celles  de  ces 
missels,  somptueux,  dignes  de  reposer  sur  l'autel  majeur 
de  quelque  cathédrale  gothique.  Les  plus  beaux  cuirs  du 
Levant  garnissent  leurs  plats,  disposés  en  une  mosaïque 
polychrome,  dont  les  couleurs  diverses  font  ressortir  le 
dessin  plein  de  style  d'une  riche  impression  en  or.  Les  cor- 
nières, les  clous  ornés,  les  fermoirs  émaillés,  forment  une 
précieuse  garniture  d'or  ou  de  vermeil,  rappelant  la  belle 
orfèvrerie  du  moyen  âge.  —  Ouvrons  délicatement  l'un  de 
ces  beaux  volumes,  sans  souiller  la  tranche  dorée  aux 
reflets  obliques  de  vermillon,  ni  les  gardes  précieuses,  où 
des  emblèmes  sacrés  se  jouent  dans  de  merveilleux  dia- 
prages.  Nous  trouvons  à  l'intérieur  cette  perfection  typo- 
graphique, qui  fit  la  gloire  des  Plantin.  Les  amateurs  de 
toutes  nations  qui  visiteront  Anvers  cet  été,  iront  tous 
admirer  les  merveilles  du  palais  Morétus.  Ils  croiront 
peut-être  perdue  pour  jamais  cette  race  de  typographes 
artistes,  cpii  ne  parait  guère  pou\oir  revivre  dans  le  siècle 
de  la  vapeur,  du  journalisme  et  de  la  grosse  manufacture. 
Mais  qu'ils  viennent  voir  ici  les  impressions  liturgiques  de 
Saint-Jean,  et  ils  ne  désespéreront  pas  de  notre  époque, 
même  sous  ce  rapport. 

Non  pas  que  nous  admettions  que  d'emblée  les  modernes 
émules  des  Elzévir  et  des  Plantin  aient  atteint  la  perfec- 
tion de  ces  maîtres  illustres.  Mais  c'est  un  grand  mérite, 
d'avoir  entrepris  du  moins  de  renouer  leurs  traditions,  qui 
ont  précisément  fait  la  gloire  do  cette  ville  dAnvers.  Ils 
ont  fait  plus  ;  au  point  de  vue  esthétique  et  iconographique, 
ils  ont  remonté  plus  haut,  ils  ont  cherché  un  idéal  plus 
complet,  un  style  plus  pur,  un  sentiment  plus  profondé- 
ment chrétien  et  liturgique.  Les  graves  vignettes  xylogra- 
phiques qui  ornent  leurs  livres  liturgiques  ne  seront 
comprises  que  par  les  personnes  initiées  au  grand  style 
chrétien;  mais  celles-là  pourront  mesurer  la  distance  qui 
sépare,  au  point  de  vue  artistique  et  idéal,  ces  œuvres 
liturgiques  si  naïvement  expressives,  et  si  pleines  de  sens 
chrétien,  des  modèles  mêmes  exécutés  par  des  maîtres 
sans  rivaux  au  point  de  vue  de  la  technique,  mais  appar- 
tenant à  l'époque  de  la  décadence  du  style. 


Nous  serions  entraînés  trop  loin,  si  nous  entreprenions 
de  décrire  ici  les  missels  et  bréviaires  de  divers  formats, 
les  bibles  et  livres  liturgiques  pour  fidèles,  et  les  nombreux 
produits  dus  à  l'initiative  de  la  maison  de  Saint-Jean. 
Notons  en  passant,  que  ces  somptueuses  éditions  sont, 
dans  des  exemplaires  de  choix,  encore  rehaussées  par  des 
enluminures  à  la  main,  dont  des  spécimens  sont  exposés 
dans  les  panneaux  intérieurs  du  polyptyque  dont  nous  avons 
parlé  plus  haut. 

La  partie  la  plus  importante  de  l'oeuvre  iconographique 
et  hautement  artistique  de  cette  maison  déjà  célèbre,  se 
retrouve  dans  une  publication  à  la  portée  de  tous  et  par- 
ticulièrement opportune.  Nous  voulons  parler  de  la  col- 
lection de  ces  images  liturgiques  populaires,  qui  repro- 
duisent fidèlement  la  tradition  ancienne,  consacrée  au 
moyen  âge  par  la  pratique  constante  d'un  thème  si  poétique 
et  à  la  fois  si  plein  de  doctrine,  dans  une  forme  artisticiuc 
si  pure. 

Cette  œuvre  aux  apparences  bien  modestes  (ces  images 
se  vendent  au  vil  prix  de  un  ou  deux  centimes,  selon  le 
luxe  du  tirage),  est  en  réalité  un  des  monuments  modernes 
de  l'art  chrétien  renaissant.  Le  jour,  que  nous  appelons  de 
nos  vœux,  où  la  maison  Uesclée  aura  créé  le  calendrier 
complet  des  Saints  (il  nous  semble  qu'elle  n'en  a  fourni 
jusqu'ici  qu'un  tiers)  elle  aura  ofiert  à  l'Église  le  plus  bel 
hommage  qui  puisse  lui  être  fait,  et  doté  le  monde  chré- 
tien d'un  instrument  d'apostolat  des  plus  puissants. 

A  côté  de  ces  œuvres  liturgiques  monumentales,  de  ces 
impressions  austères,  en  rouge  et  noir,  de  ces  gravures  au 
simple  trait  et  aux  formes  hiératiques,  voici  la  riche  col- 
lection des  chromolithographies  de  la  maison  de  Saint- 
Augustin,  à  Bruges.  Ici  c'est  le  charme  des  couleurs  pures 
et  harmonieuses,  la  délicatesse  du  dessin,  le  fini  du  modelé, 
mis  au  service,  non  seulement  de  la  grande  iconographie 
chrétienne,  mais  encore  de  sujets  moins  graves,  d'œ'uvres 
profanes,  et  même  d'articles  courants  de  la  papeterie 
d'usage  commun,  mais  toujours  d'allure  distinguée.  Car 
quel  est  l'objet  usuel  que  l'artiste  ne  puisse  anoblir,  par 
la  pureté  de  la  forme  ou  le  bon  goût  des  décors  .' 

Ce  sont  d'abord  les  images  religieuses  interprétées  dans 
le  style  de  la  miniature  du  moyen  âge.  Signalons  un  Ecce 
Homo,  une  Mater  dolorosa,  une  sainte  Ursule,  une  sainte 
Clotilde  et  un  saint  Rémi,  qui  sont  des  chefs-d'œuvre  du 
genre.  Les  petites  images,  format  livres  de  prières,  forment 
déjà  une  riche  collection,  qui,  nous  l'espérons,  s'accroîtra 
de  jour  en  jour.  Elles  sont  exécutées  non  seulement  en 
chromo,  mais  également  en  grisaille,  genre  qui  plaira 
davantage  au  public  d'un  goût  distingué,  mais  de  convic- 
tion tiède  à  l'égard  du  style  ancien.  Voici  une  superbe 
série  de  diplômes  en  chromolithographie,  d'un  grand  style 
décoratif.  Remarquons  la  collection  des  billets  des  rois, 
respirant  un  vrai  parfum  moyen  âge  et  quelques  pages 
très  riches  du  Livre  de  Famille,  publication  sous  presse 
qui  est  annoncée,  si  nous  avons  bon  souvenir,  depuis  plu- 
sieurs années  déjà,  et  que  nous  nous  étonnions  de  ne  pas 
voir  encore  paraître  ;  des  spécimens  de  la  fameuse  collec- 
tion de  Modèles  de  dessin  d'après  l'excellente  méthode  du 
F.  Mares,  directeur  de  l'école  de  Saint-Luc  de  Gand  ;  des 
planches  magistrales  de  la  monographie  de  l'église  Saint- 
Sauveur,  par  A.  Verhaeghen  ;  deux  planches'de  l'album 
en  voie  de  publication,  du  cortège  historique  de  Louvain, 
spécimens  de  ce  que  la  maison  a  produit  de  plus  fort  en 
fait  de  chromolithographie  quelque  peu  rcalistique;  telles 
sont,  au  milieu  de  bien  d'autres,  les  pages  saillantes  enca- 
drées dans  les  tableaux  tournants  que  nous  avons  signalés. 

Sous  les  vitrines  nous  remarquons  les  publications  les 
plus  riches,  notamment  une  superbe  édition  de  V Imitation, 
traduction  en  vers,  de  Corneille,  impression  en  rouge  et 
noir  sur  papier  de  Hollande,  avec  planches  en  couleurs 
de  toute   beauté,  presque  égales  aux  plus  fines  enlumi- 


410 


JRetJUC   De   r^rt   cfjrcticn. 


mires.  Notons  aussi  la  série  des  Almanachs  catholiques  de 
luxe,  une  des  productions  spéciales  de  MM.  Desclce,  par 
laquelle  ils  ont  du  coup  dépassé  en  richesse  et  en  distinc- 
tion tout  ce  qu'on  avait  produit  jusqu'ici  dans  le  genre 
almanach.  La  Kcviu- de  t'.lrtc/irctien,  un  de  leurs  périodi- 
ques, étale  ses  belles  et  savantes  pages  illustrées,  et  ses 
planches  soignées,  représentant  tous  les  genres  d'illustra- 
tion modernes,  gravure  xylographique,  chromolithogra- 
phie, phototypic,  etc.,  etc.  X. 


UN  des  attraits  de  rE.xposition  d'Anvers  est 
l'e-xhibitioii  de  l'École  de  St-Luc  de  Gand. 
Des  protecteurs  et  d'anciens  élèves  de  cette 
école  se  .sont  entendus  pour  organiser  à  Anvers 
un  ensemble,  qui  rappelle  le  quartier  gothique  de 
l'exposition  de  Ttn-in,  que  tous  les  visiteurs  ont 
admiré.  Nos  amis  ont  construit,  dans  l'une  des 
plus  importantes  galeries  de  l'exposition,  une 
chapelle,  une  sacristie,  un  salon  et  un  bureau. 
Ces  diverses  pièces  sont  reliées  entre  elles,  et  le 
visiteur  peut  les  parcourir  à  l'aise.  Elles  offrent 
chacune  dans  son  genre,  un  spécimen  du  savoir- 
faire  des  artistes  formés  par  les  principes  artisti- 
ques de  l'École  de  St-Luc. 

Ainsi,  l'enseinble  des  constructions,  le  gros 
œuvre,  la  voûte  en  bardeaux  de  la  chapelle,  les 
belles  portes  et  les  châssis  de  chêne,  les  plafonds, 
les  lambris,  et  la  somptueuse  cheminée  de  pierre 
sont  l'œuvre  de  M.  Louis  Gildemyn,  constructeur 
à  Gand  ;  l'autel,  avec  son  retable  sculpté  et  poly- 
chrome, la  crédence,  les  chaises  d'église,  la  pein- 
ture de  la  chapelle,  la  statue  de  N.-D.  de  Lourdes, 
avec  un  superbe  baldaquin,bonnombrede meubles 
et  de  menus  objets  de  décoration,  sont  confec- 
tionnés par  les  frères  Blanchaert,  de  RLiltebriigge, 
habiles  sculpteurs  s'il  en  fut,  et  par  M.  Bressers- 
Blanchaert,  peintre  décorateur  à  Gand;  M. Rooms, 
lui  aussi  sculpteur  de  talent  et  d'avenir,  e.xpose 
un  magnifique  retable  de  cheminée,  en  chêne 
massif,  orné  de  statues  ravissantes,  des  chaises, 
une  table  de  salon  et  un  btireau-ministre.  MM. 
De  Clercq,  frères,  se  sont  chargés  des  menus 
objets  de  sculpture  ;  un  guéridon  couvert  de 
cadres,  de  boîtes  à  ouvrage,  de  coffrets  à  bijou.x 
et  d'autres  gracieux  petits  meubles  faits  dans  leur 
atelier  champêtre, une  vraie  succursale  des  ateliers 
de  la  Forêt-Noire  et  du  Tyrol,  montrera  aux 
visiteurs  les  plus  délicats,  que  l'art  chrétien,  saine- 
ment entendu,  s'applique  à  tous  les  objets  utiles. 

M.  Bourdon-Dc  Bruync,  l'éminent  orfèvre  gan- 
tois, que  le  roi  a  décoré,  a  orné  de  lustres,  chan- 
deliers, bénitiers,  porte-missel,  de  vases  sacrés, 
d'objets  ravissants,  les  appartements  que  nous 
avons  décrits.  MM.  Janssens,  de  Nevele,  qui  ont 
rapidement  conquis  une  réputation  bien  méritée 
comme  peintres-décorateurs,  ont  bien  voulu 
décorer  le  salon.  M.  l'auwels,  jeune  sculpteur 
gantois,  qui  a  récemment  terminé  de   brillantes 


études  à  l'École  de  St-Luc,  expose  une  fort 
belle  statue. 

MM.  Robert  De  Pauw  et  Henri  de  Tracy, 
artistes-peintres,  ont  complété  l'ensemble  de  ces 
diverses  pièces,  l'un  par  quelques  portraits,  l'autre 
par  un  retable  peint  et  des  miniatures  sur  par- 
chemin. 

M.  Duquesne, l'excellent  relieur,a  déposé  sur  les 
tables  plusieurs  spécimens  de  reliures  gothiques. 

Enfin  M.  Aug.  Van  Assche,  l'architecte  que 
toute  la  Belgique  apprécie,  et  dont  nous  parlions 
un  peu  plus  haut,  et  M.  Van  Kerkhove,  architecte 
provincial  de  la  Flandre  Orientale,  l'auteur  de 
l'hôtel  de  ville  de  St-Nicolas  dont  nous  avons 
parlé  dans  notre  avant-dernière  livraison  (p.  125), 
se  sont  joints  à  leurs  confrères  et  ont  e.xhibé  quel- 
ques-uns de  leurs  beaux  plans  de  restauration  et 
de  constructions  nouvelles.  Nous  devrions  encore 
ajouter,  qu'on  peut  admirer  des  plats  et  des  v-ases 
de  porcelaine  peints,  des  vitraux  religieux  et 
civils,  des  étoffes,  des  objets  de  ferronnerie,  etc. 
Bref,rexposition  qu'a  organisée  l'École  de  St-Luc 
forme  un  tout;  toutes  les  industries  artistiques  y 
donnent  la  main  à  tous  les  arts,  pour  produire 
un  ensemble  harmonieux,  rationnel,  vraiment 
chrétien  et  national. 


Nous    lisons    au    même    sujet    dans    le     Bien 
Public  de  Gand  : 

A  INSI  que  nous  l'avons  dit  avant-hier,  le  Roi  a  visité 
xi.  l'exposition  collective  organisée  par  l'Ecole  de  St- 
Luc,  de  Gand.  _  Sa  Majesté  a  été  reçue  par  l'éminent 
fondateur  de  l'École,  M.  le  baron  Béthune,  fils  de  l'an- 
cien membre  du  Congrès  national,  et  ancien  sénateur 
de  Courtrai,  que  Léopold  I  avait  en  haute  estime. 
AL  Béthune,  après  avoir  présenté  à  -Sa  Majesté  les  artistes 
présents  à  la  visite  royale,  M^L  R.  De  Pauw,  Bourdon- 
De  Bruyne,  Léop.  Blanchaert,  de.  Tracy,  Bressers  et  L. 
Cjildemyn,  a  rappelé  au  Roi  que  l'École  de  St-Luc  a  été 
fondée,  il  y  a  24  ans,  dans  le  but  de  former  des  artistes 
chrétiens  ;  il  a  résumé,  en  c[uelques  phrases,  les  progrès 
réalisés  depuis  la  fondation,  sans  cju'aucun  subside 
officiel  soit  venu  alléger  les  charges  des  bienfaiteurs,  — 
le  nombre  considérable  des  élèves  (500)  et  les  principaux 
travaux  exécutés  par  les  professeurs  et  les  élèves  sur  tous 
les  points  du  pays. 

Sa  .Majesté  a  daigné  examiner  avec  la  plus  grande 
attention  les  ouvrages  exposés  et  paraissait  enchantée  de 
l'aspect  harmonieux  et  poétique  de  l'exposition  de  Saint- 
Luc.  Elle  a  complimenté  clnleureusement  les  exposants, 
notamment  M.  Gildemyn  pour  ses  belles  boiseries, 
M.  de  Tracy  pour  ses  charmantes  miniatures  et  son  trip- 
tyque, I\L  Bressers  pour  ses  magnifiques  peintures  déco- 
ratives. Le  Roi  s'est  arrêté,  avec  une  visible  satisfaction, 
devant  l'aulel,  œuvre  de  M.NL  Léopold  et  Léonard  Blan- 
chaert et  de  i\L  Bressers-Blanchaert,  il  a  beaucoup  loué  le 
caractère  artistic|ue  de  cette  œuvre  et  son  étroite  affinité 
avec  les  chefs-d'œuvre  du  moyen  âge.  En  passant  dans  le 
salon,  le  Roi  n'a  pas  ménagé  ses  éloges  aux  tableaux,  si 
bien  peints,  de  AL  Robert  De  l'auw  ;  il  a  félicité  l'artiste 
de  la  parfaite  ressemblance  du  portrait  de  feu  AL  Cruyt, 
et  de  son  talent  dans  la  peinture  intitulée  Ln  érudit  et 
dans  le  portrait  déjeune  fille  qu'il  a  exposé. 


chronique. 


411 


Le  grand  argentier  de  M.  Léonard  Blanchaert  a  eu 
auprès  de  Sa  Majesté,  le  succès  qu'il  obtient  auprès  de 
tous  les  visiteurs. 

Le  Roi  paraissait  si  charmé  de  l'exhibition  de  Saint-Luc, 
qu'il  a  voulu  en  faire  une  seconde  fois  le  tour  et  admirer 
de  nouveau  le  beau  triptyque  de  Saint-Joseph,  œuvre  de 
M.  Henri  de  Tracy.  Enlin,  il  a  examiné  attentivement  les 
superbes  plans  de  restaurations  exposés  par  MM.  les 
architectes  Van  Assche  et  Van  Kerkhove  et  a  tenniné  sa 
visite  en  réitérant  à  ^L  le  baron  Béthune  ses  félicitations 
au  sujet  du  beau  succès  par  lequel  l'École  de  St-Luc  vient 
de  s'affirmer  une  fois  de  plus. 

On  nous  annonce  que  plusieurs  des  meubles  exposés 
dans  les  salons  de  l'Ecole  de  St-Luc,  sont  acquis  pour  la 
Tombola. 


Pour  trouver  l'École  de  St-Luc,  à  l'Exposition  d'Anvers, 
demander  l'exposition  du  Ministcre  des  Travaux  Publics; 
l'École  de  Saint-Luc  se  trouve  à  côté  de  cette  dernière. 


L'EXPOSITION  des  Beaux-Arts  à  Anvers  a 
été  signalée  déjà  par  toute  la  presse  comme 
le  témoignage  d'une  sorte  d'effondrement  artis- 
tique; et  cela  est  vrai  tout  particulièrement  pour 
la  France  et  la  Belgique  ('). —  Les  €Bcaiix-Arts» 
tels  que  les  entendent  nos  artistes  modernes,  n'ont 
rien  qui  puisse  intéresser  spécialement  nos 
lecteurs,  et  nous  n'avons  pas  assumé  la  mission 
de  leur  rendre  compte  des  exhibitions  des  salons. 
Nous  nous  bornerons,  en  ce  qui  concerne  cette 
importante  exposition  d'Anvers,  à  reproduire 
les  conclusions  formulées  par  un  de  nos  amis  de 
Belgique, dans  un  journal  de  son  pays.  —  Après 
avoir  rendu  justice  au  talent  des  exposants,  et 
décrit  les  toiles  les  plus  remarquables  de  la 
section  française,  il  termine  par  ces  conclusions 
profondément  justes  : 

Je  n'ignore  pas  que  bon  nombre  de  journaux  et  de  cri- 
tiques d'art  feront  grand  état  de  toute  une  catégorie  de 
tableaux  dont,  par  respect  pour  mes  lecteurs  et  mes  lec- 
trices, je  n'ai  pas  parlé.  —  On  voudra  ériger  peut-être  la 
grande  toile,  la  Jeunesse  de  Bacchiis,  en  clou,  —  c'est 
ainsi  qu'ils  parlent,  —  de  l'exposition.  Nous  savons  fort 
bien  que  AL  Bouguerau,  l'auteur  de  ce  tableau  et  qui  a 
peint  aussi,  hélas  !  la  Vierge  aîix  A/iges,  membre  de  l'Ins- 
titut, officier  de  la  Légion  d'honneur,  est  une  célébrité  à 
Paris,  et  un  très  habile  peintre.  Mais  quel  nerf  et  cjuelle 
conviction  peut  avoir,  je  vous  le  demande,  l'artiste  qui,  à 
notre  époque  de  lutte  acharnée  entre  le  bien  et  le  inal, 
peint  un  jour  la  Vierge  aux  Atiges  et  qui  mettra  ensuite 
tous  ses  soins,  tout  son  art,  à  cette  autre  peinture  où  le 
grand  attrait  consiste  dans  une  exhibition  de  femmes  dont 
le  costume  ne  peut  se  décrire  que  par  un  éloquent  silence.'' 
—  Assurément  AL  Bouguerau  n'est  pas  le  seul  virtuose  du 
genre  et  on  trouve,  presque  dans  tous  les  salons  de  l'Ex- 
position française  et  même,  dans  une  moindre  mesure, 
chez  les  autres  nations,  des  images  où  les  lois  de  la  pu- 
deur sont  absolument  sacrifiées  aux  règles  académiques, 
mais  cela  ne  relève  guère  la  valeur  de  l'école,  au  con- 
traire... 

I.  Les  journaux  artistiques  belges  avouent  ([ue  l'exposition  des 
Beaux-Arts  d'.\nvers  est  un  désastre,  en  ce  qui  concerne  les  œuvres 
belges.  —  l'ius  rien  de  l'école  flamande  jadis  florissante.  —  Le 
journal  des  Beaux-Arts  déclare  cjuc  l'œuvre  de  ce  «  Kracli  »  est  le 
mépris  des  principes.  L'avons-nous  assez  dit?  — 


Il  faut  conclure:  Si  l'art  n'est  qu'une  convention  par 
laquelle  nous  cherchons  à  prolonger  parmi  nous  les  er- 
reurs morales  et  les  principes  matérialistes  des  civilisations 
éteintes  dans  la  honte  et  les  débauches  les  plus  ignomi- 
nieuses ;  —  si  l'objet  de  l'art  est  de  représenter  ce  qui  reste 
encore  de  beauté  dans  l'animalité  de  notre  pauvre  nature 
déchue  ;  de  tendre  aux  sens  grossiers  des  pièges  subtils  ; 
si  enfin  l'art  doit  être  un  des  nombreux  agents  qui  con- 
duisent les  nations  à  une  inéluctable  décadence,  —  oui,  la 
France  a  encore  quelques  artistes  hors  pair.  Ils  ont  appris 
le  métier  de  leur  art  ;  ils  possèdent  leur  académie,  savent 
dessiner  le  nu  et  modeler  les  chairs. 

Mais  si,  au  contraire,  l'art  doit  servir  à  ramener  le  règne 
du  Christ  dans  les  âmes;  s'il  doit  être  l'expression  d'une 
foi  vivante,  règle  de  nos  consciences  ;  s'il  est  le  signe  d'une 
civilisation  qui  puise  sa  force  dans  la  lutte  contre  la  cor- 
ruption native  de  l'homme;  —  si  enfin,  l'artiste  a  pour 
mission  de  prendre  dans  la  nature  créée  les  éléments  d'une 
beauté  supérieure,  éternelle,  —  entrevue  seulement  sur  la 
terre  et  dont  la  pleine  possession  sera  la  récompense  de 
ceux  qui,  ayant  conservé  un  cœur  pur,  auront  mérité  de 
voir  Dieu,  —  oh  I  alors,  je  prie  ces  messieurs  de  conserver 
tous  ces  titres  à  la  gloire  pour  les  marchés  peut-être  un  peu 
encombrés  de  leur  propre  pays,  et  de  ne  pas  les  envoyer 
dans  le  nôtre,  comme  articles  d'exportation. 

XX. 


Au  mois  d'avril,  trois  expositions  ont  été  ouvertes  pres- 
que simultanémentaupalaisde  la  via  Nazionale  :  i^l'expo- 
sition  des  objets  et  documents  recueillis  par  la  Commission 
nommée  ad  hoc,  pour  servir  à  l'histoire  de  la  Renaissance 
italienne  ;  2"  l'exposition  artistico-historique  de  la  ville 
de  Rome  :  3°  l'exposition  des  objets  d'art  anciens  et  mo- 
dernes en  bois,  organisée  par  la  Commission  du  Museo 
artisticû  industriale. 


ecrposîtions  prochaines. 

AMIENS.  —  Exposition  du  28  juin  au  31  juillet. 

ANVERS.  —  Exposition  universelle  des  Beaux-Arts  et 
d'art  rétrospectif  du  2  mai  h  octobre  1885. 

BUDAPEST.  —  Exposition  en  2  séries:  i''du  i^juin 
au  25  juillet  ;  2°  du  10  août  au  30  septembre  1SS5. 

CHICAGO  (États  Unis).  —  Exposition  des  Beaux-Arts 
du  2  septembre  au  17  octobre  1885. 

DELFT.  —  Du  t"  juin  au  31  juillet  :  exposition  inter- 
nationale de  céramique  et  de  verrerie. 

DIJON.  —  Exposition  du  \"  juin  au  15  juillet. 

DOUAI.  —  Exposition  du  6  juillet  au  6  aoiit. 

LE  HAVRE.  —  Exposition  du  i"  août  au  20  septembre. 

LIMOUX.  —  Exposition  du  6  septembre  au  11  octobre 
1885. 

LONDRES.  —  Exposition  de  la  Royal  Academy. 
Ouverture  le  i"  mai  à  Burlington-House. 

LONDRES.  —  Exposition  des  Painters Eichers,  (eaux 
fortes  originales),  Dudley  (ialerj-,  du  25   mai  au  4  juillet. 

MONTPELLIER.  —  Exposition  de  la  Société  artisti- 
que, ouverture  i^r  mai  1SS5. 

MOULINS.  —  Exposition   du  16  mai  au  16  juin  1S85. 

NUREMBERG.  —  Exposition  internationale  d'orfè- 
vrerie, joaillerie,  bronzes,  du  15  juin  au  30  septembre  1S85. 

PARIS.  —  Exposition  libre  des  Beaux-Arts,  rue  des 
Tuileries,  Pavillon  B.,  du  10  mai  au  15   juin. 

PARIS.  —  Palais  du  Louvre,  salle  des  États  ;  exposi- 
tion de  peinture  au  profit  des  orphelins  d'Alsace-Lorraine. 


EVUK  DE  l'art  CHRÉTIEN 
1885.    —  3'"^    LIVRAISON. 


412 


iRcuuc    Dc   l'art    cfjrcticn 


ROME.  —  Via  Nazionale,  exposition  de  l!eaux-Ans, 
objets  historiques  et  de  sculpture  sur  bois. 

ROTTERDAM.  —  E.xposition  triennale  de  l'acadcmie 
des  Beaux-Arts,  du  31  mai  au  12  juillet  1885. 

VERSAILLES.  —  Exposition  des  Beaux-Arts,  du  19 
juillet  au  5  octobre. 


aonaics  et  ecrcuisions. 


j»^^^^  l'^NDANT  les  vacances  de  Pâques  a  eu 

^^,    lieu  la  neuvième  réunion  annuelle  de 

^?;'  délégués  des  sociétés  des  Beau.x-Arts 

*^^^-    de    Provence,    sous   la   présidence  de 


M.  Kaempfen.  Voici  les  communications  les  plus 
intéressantes  qui  y  ont  été  faites  : 

M.  A.  Diu'ieu,  secrétaire  de  la  Société  d'PLmu- 
lation  de  Cambrai,  lit  une  monographie  sur  trois 
artistes  Cambrésiens,  E.  Van  Pulaere.  —  M.  A. 
Castan  (Doubs),  résume  la  vie  de  l'architecte 
P.-A.  Paris.  —  M.  Lhuillier,  vice-président  de  la 
Société  d'archéologie  de  Seine-et-Marne,  com- 
munique une  monographie  de  la  tapisserie  dans 
la  Brie. —  M.  Ed.  Forestier  est  parvenu  à  établir 
l'identité  des  luthiers  qui  fabriquèrent  les 
anciennes  orgues  des  églises  de  Montauban.  — 
M.  L.  Giron,  dont  nous  avons  fait  connaître  les 
travaux  a  décrit  la  fresque  de  la  Dame  Maestre 
de  la  Chaire-Dieu  (XV*^  siècle).  —  M.  Guiroux 
(Var),  donne  lecture  d'une  étude  sur  l'orfèvrerie, 
la  serrurerie  et  la  fonderie  d'art  à  Toulon  au 
XVIh- et  XVIIP- siècle. 

Au  nom  de  M.  Godard-Faultrier,  on  lit  un  tra- 
vail ayant  trait  à  une  peinture  du  XVI'=  siècle, 
/û  Vierge  au  livre,  attribuée  à  Léonard  de  Vinci, 
et  qui  fait  aujourd'hui  partie  de  la  collection 
particulière  de  M.  Godard,  fondateur  directeur  du 
musée  d'antiquités  d'Angers. 

M.  Albert  Jacquot,  membre  de  la  Société 
d'archéologie  lorraine,  donne  communication 
d'une  étude  sur  les  artistes  lorrains  :  musiciens, 
architectes,  peintres  ou  graveurs,  qui  ont  reçu 
antérieurement  à  1789  des  titres  de  noblesse 
en  récompense  de  leur  mérite.  Le  mémoire  de 
M.  Jacquot  comprend  une  période  de  près  de 
trois  siècles. 

M.  Roman,  des  Hautes-Alpes,  en  dépouillant 
le  Registre  des  requêtes  présentées  au  roi  de 
France,  manuscrit  de  la  Bibliothèque  nationale, 
a  recueilli  de  nombreux  documents  inédits  sur 
quelques  peintres  français. 

L'absence  de  M. l'abbé  Cerf  em[)êche  de  lire  son 
mémoire  sur  la  restauration  des  peintures  de  la 
chapelle  de  la  Vierge  à  l'église  Notre-Dame  de 
Reims,  restauration  exécutée  par  M.  Charles 
Lameirc. 

M.  Bouchard,  président  de  la  Société  d'émula- 


tion de  l'Allier,  communique  une  étude  sur  La 
peinture  sur  l'erre  et  Jacques  de  Pnrroys,  peintre- 
verrier,  né  en  Bourgogne  vers  la  fin  du  XVI"  siè- 
cle, et  qui  s'est  rendu  célèbre  notamment  par  ses 
verrières  de  l'église  Saint-Merry,  cà  Paris. 

M.  Tancrède  Abraham,  conservateur  du  musée 
de  Château-Gontier,  lit  une  Xotice  sur  Pierre 
Besnard,  peintre  en  titre  de  la  ville  d'Angers  à  la 
fin  du  XVIIe  siècle. 

M.  Castagnary  a  prononcé  dans  cette  session 
un  discours  remarquable,  que  nous  croyons  de- 
voir résimier  ici,  car  il  développe  dans  ses  grandes 
lignes,  nos  propres  idées,  et  défend  éloquemment 
des  principes  que  tant  de  fois  nous  nous  sommes 
efforcés  de  faire  prévaloir  : 

DEPUIS  combien  de  temps  connaît-on  l'art  fran(;ais  en 
France'  Depuis  combien  de  temps  l'estîme-t-on  à 
sa  valeur?  Le  connaît-on  même  et  l'apprécie-t-on  autant 
qu'il  vaut? 

On  ne  l'enseigne  nulle  part  dans  nos  écoles.  Avons-nous 
même  des  écoles,  où  l'on  apprenne  à  penser,  à  parler  et  h. 
écrire  français  en  art,  comme  on  l'apprend  en  littérature? 
Je  n'ose  me  faire  la  réponse. 

Ce  qui  est  certain,  c'est  qu'il  y  a  cent  ans,  personne  en 
France  ne  soupçonnait  que  nous  eussions  un  art.  On  ad- 
mirait beaucoup  les  étrangers,les  Italiens  notamment,^  qui 
l'on  ne  se  faisait  pas  faute  d'attribuer  la  paternité  des  plus 
belles  œuvres  exécutées  chez  nous.  Quant  à  ce  qui  venait 
incontestablement  de  nos  artistes,  on  le  dédaignait.  Sous 
le  nom  de  vieillerie  gothique,  le  moyen  âge  était  enveloppé 
dans  l'universel  mépris,  et  la  Renaissance  n'(''chappait  pas 
toujours  à  cette  condamnation  sommaire.  On  ne  remontait 
guère  au-delà  du  grand  siècle  et  du  palais  de  \'ersailles; 
au-delh,  en  effet,  c'était  la  nuit,  l'ignorance,  le  mauvais 
goût.  Vous  vous  rappelez  ce  passage  de  La  Bruyère  :  «  On 
a  entièrement  abandonné  l'ordre  gothique  que  la  barbarie 
avait  introduit  pour  les  palais  et  pour  les  temples.  »  Et 
cet  autre  du  président  de  Brosses  :  <<  Je  ne  sais  si  je  ne 
me  trompe,  luais  qui  dit  gothique,  dit  presque  infaillible- 
ment un  mauvais  ouvrage.  »  Cette  opinion  des  lettres 
était  commune  aux  artistes  et  aux  bourgeois.  Le  clergé 
lui-même  ne  pensait  pas  autrement  :  il  restaurait  les 
vieilles  églises  en  style  Louis  XV,  avec  la  conviction  qu'il 
les  embellissait. 

Quand  commença  la  vente  des  maisons  religieuses, 
un  artiste  peintre,  Alexandre  Lenoir,  fut  chargé  de  re- 
cueillir dans  le  couvent  des  Petils-Augustins,  devenu  pro- 
priété nationale,  tout  ce  qui  concernait  l'art  français. 

C'est  là,  dans  ce  sanctuaire,  à  la  place  même  où  s'élève 
aujourd'!uiirécoledesBeaux-Arts,qucle  génie  artistique  de 
notre  race  apparaît  pour  la  première  fois  et  que  la  France 
commence  à  en  prendre  connaissance.  Lenoir  y  avait 
réuni  en  quelques  années  près  de  six  cents  objets,  autels, 
tombeaux,  statues,  bustes,  bas-reliefs,  tableaux,  vitraux, 
appartenant  à  tous  les  siècles  de  notre  histoire.  Jamais 
trésor  historique  plus  riche  n'avait  été  vu  à  aucune  épocpie 
chez  aucun  peuple. 

Tous  ceux  qui  y  entrèrent  en  furent  profondément  remués. 
«  Que  d'âmes,  s'écrie  Michelet,  y  ont  pris  l'étincelle  his- 
torique, l'intérêt  des  grands  souvenirs,  le  vague  désir  de 
remonter  les  âges!  » 

La  Restauration  supprime  le  Musée  tics  inoituinenis 
français,  mais  les  défenseurs  se  lèvent  de  toutes  parts. 
\"ictor  Hugo,  \'itet,  Mérimée,  (de  Caumont  est  ici  oublié), 
\'iollet-le-i)uc,   signalent  à  l'attention  du  gouvernement 


chronique 


413 


ces  trésors  inconnus.  Un  sentiment  tout  nouveau  de  pro- 
tection pour  les  monuments  du  passé  pénètre  dans  les  es- 
prits. Non  seulement  il  ne  faut  pas  les  détruire,  mais  il 
faut  les  restaurer. 

La  commission  des  monuments  historiques  et  le  comité 
des  sociétés  savantes  sont  formés;  les  recherches  archéo- 
logiques commencent. 

Aujourd'hui  la  France  commence  à  savoir  qu'elle  a  pos- 
sédé pendant  plusieurs  siècles  une  école  d'architecture  sans 
rivale,  et  qu'elle  est  une  des  contrées  de  l'Europe  les  plus 
riches  en  monuments  remarquables  ;  —  que  son  école  de 
sculpture  l'emporte  sur  celle  de  tous  les  peuples  modernes 
etsnus  certains  rapports  peut  lutteravec  laGrèce  ancienne, 
— qu'enfin,  son  école  de  peinture  a  maintenu  son  rang  avec 
honneur. 

Je  voudrais  un  livre  populaire,  destiné  à  porter  aux  en- 
fants, aux  ouvriers,  aux  artistes,  l'esprit  de  vos  découvertes 
et  le  résultat  général  de  vos  travaux;  à  leur  enseignerqu'ily  a 
un  art  français  vieux  de  huit  siècles,façonné  à  nos  mœurs  et 
à  nos  idées,  qui  a  varié  comme  nous-mêmes  et  variera 
encore,  avec  lequel,  pour  cette  raison,  nous  avons  les  af- 
finités les  plus  étroites,  et  que  nous  devons  étudier  sans 
cesse. 

Il  est  question  de  fonder  des  musées  scolaires  auprès 
de  nos  lycées,  de  nos  collèges  et  même  de  nos  écoles, 
tr'estune  idée  e.xcellente  que,pour  ma  part,  je  voudrais  bien 
voir  réaliser.  Mais  soyez  persuadés  que  le  premier  fonds 
de  ces  petits  musées  sera  fait  avec  des  réductions  de  la 
statuaire  grecque  et  des  gravures  des  tableaux  italiens. 
L'art  français  y  entrera  sans  doute,  mais  pour  une  part 
infime,  et  à  son  rang,  —  le  dernier.  Et  cependant  que  de 
choses  à  dire!  ces  entants  auront  à  lutter  un  jour  contre 
la  concurrence  étrangère,  soit  comme  ouvriers,  soit  comme 
chefs  d'industrie.  Est-ce  les  armer  pour  le  combat  que  de 
]jlacer,  dès  le  début,  sous  leurs  yeux,  les  modèles  d'un  art 
étranger,  qu'on  leur  présente  comme  un  idéal  de  perfec- 
tion, ne  pouvant  être  ni  imité,  ni  dépassé.' 

Ces  petits  musées  me  font  songer  au  grand,  à  notre 
Musée  national,  c'est  p.ar  lui  que  je  terminerai. 

Entrez  au  Louvre,  et  cherchez  l'école  française  :  vous 
ne  la  trouverez  pas,  ou  vous  la  trouverez  dans  un  tel  état 
de  morcellement,  de  dispersion,  d'écrasement  de  toute 
nature,  que  c'est  presque  comme  si  elle  n'existait  pas. 

Ici  l'éloquent  conférencier  fait  un  tableau  sai- 
sissant du  désordre  déplorable  qui  règne  dans  le 
classement  du  Louvre  et  préconise  le  classement 
méthodique  que  nous  ne  pouvons  qu'approuver. 


^' 


MJULLIOT,  de  la  Société  archéologique 
.  de  Sens,  a  lu  un  excellent  mémoire  sur 
de  précieux  ornements  pontificau.\-,  récemment 
donnés  au  trésor  de  la  cathédrale  de  Sens  par 
M"^<=  la  comtesse  de  Bastard.  Ces  ornements  se 
composent  d'une  mitre  en  soie  blanche  sur  la- 
quelle est  brodé  en  or  le  martyre  de  saint  Thomas 
de  Cantorbéry,  une  chasuble  attribuée  à  saint 
Ebbon,  archevêque  de  Sens,  une  dalmatique  qui 
aurait  appartenu  au  même  prélat,  une  ceinture 
en  soie  rose,  un  manipule  richement  brodé,  et  un 
parement  d'aube  en  étoffe  rouge,  sur  lequel  sont 
brodées  en  or  des  figures  d'apôtres,  et  qui  aurait 
été  trouvé  en  1763,  dans  la  châsse  de  saint 
Edme. 


M.  l'abbé  Pottier,  président  de  la  Société  ar- 
chéologique de  Tarn-et-Garonne,  a  présenté  une 
intéressante  série  de  photographies  d'anciens  mo- 
numents de  Tarn-et-Garonne.  Notamment  celles 
de  deu-x  grandes  châsses  en  orfèvrerie,  provenant 
de  l'abbaye  de  Grandselve,  et  qui  sont  probable- 
ment des  produits  des  ateliers  de  Toulouse. 

Le  même  membre  a  communiqué  les  photo- 
graphies d'une  curieuse  étoffe  brodée,  du  XIV>= 
siècle,  représentant  les  travau.x  des  mois,  et  une 
bonne  étude  avec  dessins  à  l'appui,  sur  une  grange 
du  XIII^^  siècle  qui  dépendait  jadis  de  l'abbaye 
de  Grandselve. 

M.  Léon  Palustre  a  présenté  une  suite  de  pho- 
tographies reproduisant  les  curieux  bas-reliefs 
qui  décorent  le  pourtour  de  l'abside  de  l'église 
de  St-Paul-lez-Dax.  Il  attribue  ces  sculptures  à 
l'époque  carlovingienne. 

M.  Buhot  de  Kersers  a  lu  un  bon  mémoire  sur 
les  inscriptions  funéraires  du  XI I<^  siècle  de 
l'église  de  Plaimpied  (Cher). 

M.  Caron  a  communiqué  la  photographie  d'un 
fragment  de  bas-relief  du  IV"-' siècle,  récemment 
trouvé  à  Carthage  par  le  P.  Delattre,  et  repré- 
sentant la  Vierge  et  l'enfant  JÉ.SUS.  Cette  sculp- 
ture est  d'un  beau  style.  Elle  faisait  probable- 
ment partie  d'une  adoration  des  mages. 

La  session  a  été  close  le  1 1.  avril  par  la  séance 
solennelle  présidée  par  le  ministre  de  l'Instruc- 
tion, qui,  dans  son  discours  de  clôture,  a  appelé 
l'attention  des  Sociétés  savantes  sur  l'abandon 
dans  lequel  se  trouvent  la  plupart  de  nos  musées 
archéologiques  et  principalement  nos  collections 
lapidaires. 


LA  Rcnnion  des  Socictcs  savantes  a  eu  lien  à 
l'a  Sorbonne  en  avril  dentier. 

Le  Père  de  la  Croix  a  communiqué  une  nom- 
breuse suite  de  dessins  représentant  des  couver- 
cles de  sépultures  provenant  des  cimetières  de 
Civaux,  d'Antigny,  de  Rom  et  autres  localités 
des  environs  de  Poitiers.  Ces  couvercles  sont 
décorés  d'une  ornementation  élégante  et  très 
riche.  Les  inscriptions  appartiennent  à  l'épigra- 
phie  mérovingienne,  ce  qui  place  ces  monuinents 
dans  le  VII<=  et  le  ¥111==  siècle. 

M.  Maxe-Werly  produit  un  mémoire  sur  la 
classification  des  anciennes  monnaies  gauloises, 
et  M.  le  baron  de  Baye,  un  autre  sur  l'usage  du 
Torque  chez  les  Gaulois. 

Une  élégante  châsse  limousine  appartenant 
jadis  à  une  église  de  Montfianquin  (Lot-et-Ga- 
ronne) et  aujourd'hui  à  Mlle  Lagravière  de  Mon- 
tauban  est  présentée  par  M.  Forestié.  Cette  châsse 
qui  représente  le  Massacre  des  Innocents,  la 
Présentation   au  Temple,  des  bustes  d'anges  et 


414 


iRcDuc    Î3C    rart    cfjrcticn. 


des  médaillons,  est  reconnue  pour  être  un  travail 
du  commencement  du  treizième  siècle. 

M.  Esmonnot  a  trouvé  dans  des  cimetières  de 
l'Allier  un  assez  grand  nombre  de  vases  gaulois 
et  d'urnes  funéraires  de  forme  conique. 

La  fin  de  la  séance  est  consacrée  à.  l'examen 
de  diverses  communications  relatives  à  de  fort 
curieux  bas-reliefs  du  dixième  siècle,  actuelle- 
ment placés  dans  l'église  Saint-Paul-lez-Dax 
(Landes).  On  s'y  occupe  aussi  d'inscriptions  in- 
téressantes relevées  dans  l'église  de  Plaimpied 
(Cher).  (1130  environ.) 

M.  l'abbé  Arbellot  de  la  Société  historique  et 
archéologique  du  Limousin,  lit  un  mémoire  sur 
l'orfèvrerie  limousine  du  moyen  âge.  Il  signale 
une  série  de  textes  où  il  est  question  d'objets 
émaillés  désignés  sous  le  nom  d'œiivre  de  Limo- 
ges. Comme  spécimen  de  ce  travail,  l'auteur  cite 
la  châsse  de  Eellac  ornée  de  pierres  gravées  an- 
tiques et  la  croi.x  à  double  traverse  de  l'église  des 
Cars. 

Il  est  aussi  question  d'un  bas-relief  trouvé  à 
Carthage  représentant  la  Vierge  et  l'enfant  JÉSUS 
assis  sur  ses  genou.x,  et  qui  peut  être  attribué  au 
IV'-'  siècle. 


NOUS  n'avons  pu  donner  dans  notre  der- 
nière livraison  le  compte  rendu  du  Con- 
grès catholique  de  Lille.  Quoique  éloignée  déjà, 
cette  session  a  été  assez  importante  pour  que  le 
souvenir  en  reste  consigné  dans  nos  annales. 

La  commission  de  l'art  chrétien  avait  pour  Président, 
M.  le  chanoine  Dehaisnes;  pour  vice-président,  M.  Ha- 
zard;  pour  secrétaire,  M.  Bunnens. 

Il  est  ensuite  donné  lecture  d'une  lettre  de  M.  le  baron 
d'Avril,  qui  ne  peut,  à,  cause  de  son  état  de  santé,  assister 
îi  la  séance  et  cjui  recommande  l'étude  de  l'atelier  chrétien. 

L'ordre  du  jour  appelle  la  question  de  la  recherche  et 
de  la  restauration  des  objets  d'art  religieux. 

M.  Hazard  se  plaint  de  ce  que  parfois  l'on  est  trop  ex- 
clusif dans  les  restaurations.  On  peut,  dit-il,  remplacer 
sans  inconvénient  les  objets  mobiliers  et  les  objets  d'art 
d'une  église,  pour  ramener  l'édifice  à  l'unité,  s'ils  n'ont  pas 
un  véritable  caractère  artistique  et  s'il  n'y  a  pas  des  sou- 
venirs pieux,  des  traditions  locales  qui  s'y  rattachent. 
Mais  lorsque  ces  souvenirs  et  ces  traditions  existent,  lors- 
que les  objets  en  question  ont  en  eux-mêmes,  pris  isolé- 
ment, une  importance  artistique,  il  est  préférable  de  les 
laisser  subsister  à  l'endroit  où  ils  se  trouvent  depuis  grand 
nombre  d'années  déjà. 

M.  le  Président  ajoute  quelques  mots  à  l'appui  des 
observations  de  iM.  Hazard.  Chaque  siècle  a  laissé,  dans 
les  églises,  un  certain  nombre  d'objets  qui  sont  des  témoi- 
gnages de  la  piété  et  du  goût  artistique  de  nos  pères.  A  ce 
double  point  de  vue,  il  est  nécessaire  de  conserver  ces 
objets.  Les  ecclésiastiques  seraient  moins  portés  à  laisser 
détruire  ou  à  vendre  ces  objets,  s'il  y  avait  dans  les  sémi- 
naires un  cours  iV archéologie  cl  d'arl  religieux.  Ce  cours 
aété  établi  dans  quelques  diocèses  ;  il  sera'it  à  désirer  qu'il 
fût  ouvert  partout.  La  formation,  auprès  de  chaque  évê- 
ché,  d'une  commission  diocésaine,  chargée  d'étudier  tous 


les  plans  de  construction  ou  de  restauration  des  églises  et 
de  donner  son  avis  sur  la  valeur  ou  l'importance  des  objets 
anciens  qu'on  aurait  le  projet  d'aliéner,  serait  chose  non 
moins  utile.  A  la  suite  de  ces  observations,  M.  le  Prési- 
dent fait  connaître  qu'il  y  a  des  objets  d'art  très  curieux 
en  diverses  églises,  parmi  lesquelles  celles  de  Sainghin- 
en-Mclantois,  Wattignies  près  Lille,  La  Bassée,  Wasnes- 
au-Bac,  Crespin,  Liessies,  Maubeuge,  etc.,  etc.  La  com- 
mission exprime.  le  vœu  qu'on  dresse  l'inventaire  de  ces 
richesses  artistiques. 

M.  le  Président  attire  tout  spécialement  l'attention  sur 
l'Encensoir  de  Lille,  le  plus  beau  des  encensoirs  connus, 
et  sur  la  châsse  de  sainte  Gertrude  de  Nivelles,  splen- 
dide  objet  d'orfèvrerie  fait  au  XI II"  siècle,  par  deux 
orfèvres,  l'un  d'.\rras  et  l'autre  de  Nivelles,  sur  les  dessins 
d'un  moine  de  l'abbaye  d'.'\nchin.  Il  lit  une  description 
détaillée  de  ces  deux  objets. 

M.  le  Président  met  ensuite  sous  les  yeux  de  la  Com- 
mission des  gravures  et  chromo-lithographies  déposées 
sur  le  Bureau,  qui  ont  été  exécutées  par  l'imprimerie 
St-Augustin.  La  commission  décide  à  l'unanimité  qu'elle 
recommande  les  images  religieuses  de  cette  maison,  dont 
l'exécution  offre  un  caractère  profondément  religieux, 
ainsi  que  la  Revue  de  l'Art  chrétien  qui  s'imprime  à 
Lille. 

M.  le  Président  donne  lecture  d'une  lettre  de  M.  Guer- 
bert,  qui  signale  certains  abus  que  se  permettent  les  orga- 
nistes. Trop  souvent  l'on  ne  chante  qu'un  verset  sur  deux 
au  Gloria  et  au  Credo,  et  les  organistes  remplissent 
l'intervalle  par  des  variations  parfois  très  longues,  qui 
sont  des  improvisations  fantaisistes  ou  des  réminiscences 
de  morceaux  profanes,  d'airs  de  danse  et  d'opéra.  Ces 
réminiscences  se  jouent  même  quelquefois  au  moment  de 
l'élévation.  La  cominission  s'associe  à  la  pensée  de 
M.  Guerbert  ;  mais,  comme  les  prescriptions  des  statuts 
diocésains  et  les  décisions  récentes  de  la  congrégation  des 
rites  ont  condamné  et  déjà  en  grande  partie  corrigé  les 
abus  en  question,  elle  ne  croit  pas  devoir  émettre  de  vœu 
à  ce  sujet. 

Une  lettre  de  M.  l'abbé  Tessier,  curé  d'Argenteuil, 
expose  une  méthode  qui  permet  d'accompagner  le  plain- 
chant  d'une  manière  plus  artistique  et  plus  en  harmonie 
avec  la  musique  religieuse.  Des  observations  qui  sont 
échangées  à  la  suite  de  la  lecture  de  cette  lettre,  il  résulte 
que  la  méthode  préconisée  et  mise  en  usage  par  M.  l'abbé 
Tessier  est  excellente  en  elle-même  et  peut  être  mise  à 
profit  par  les  organistes  de  talent  ;  mais  elle  serait  diflicile- 
ment  applicable  dans  les  petites  villes  et  les  campagnes  où 
l'on  n'a  ordinairement  que  des  organistes  incapables  de 
surmonter  les  difiicultés. 

M.  le  vice-président  Hazard  donne  ensuite  lecture  d'une 
étude  faite  par  M.  Grimouard  de  Saint-Laurent  sur  \'Art 
chrétien  dans  le  service  divin. 

L'assemblée  conclut  en  formulant  les  vœux  suivants  : 

I.  —  Il  serait  à  désirer,  dans  l'intérêt  de 
l'art  chrétien,  que  des  cours  d'arclu'ologie  fussent 
établis  dans  tons  les  séminaires. 

II.  —  Il  serait  très  utile  que,  dans  tous  les  dio- 
cèses, comme  cela  se  pratique  en  quelques  con- 
trées, on  nommât  une  Commission  diocésaine 
chargée  d'examiner  tous  les  plans  de  construction 
et  de  restauration  des  églises. 

III.  —  Le  Congrès  émet  le  vœu  de  voir 
publier  un  inventaire  de  tons  les  objets  d'art  pos- 
sédés par  les  églises  des  diocèses  de  Cambrai  et 
d'Arras. 


Cf)roniquc. 


415 


IV.  —  Afin  d'amener  les  fidèles  à  prendre 
part  aux  chants  dans  les  églises,  il  serait  utile 
d'apprendre  aux  enfants  qui  fréquentent  les 
écoles  catholiques,  les  principaux  chants  de  la 
messe,  les  psaumes,  les  prières,  en  les  faisant 
chanter  à  l'unisson. 

V.  —  Il  serait  à  désirer  que  les  manuels  ou 
ouvrages  élémentaires  de  chant  publiés  d'après 
le  travail  de  la  Commission  de  Reims  et  de 
Cambrai,  reproduisissent  bien  exactement  le 
texte  adopté  par  cette  Commission. 

VI.  —  Le  Congrès  émet  le  vœu  que  l'on  en- 
courage les  artistes  chrétiens  et  que  l'on  ne  confie 
l'exécution  des  objets  destinés  aux  églises  qu'à 
des  hommes   s'inspirant  du  sentiment  religieux. 


Depuis,  à  la  fin  du  mois  de  mai,  a  eu  lieu  à  Paris 
\ Assemblée  générale  de  catholiques,  qui  avait  mis 
à  son  ordre  du  jour  l'art  chrétien. 

M.  le  baron  d'Avril  a  donné  lecture  d'un  rapport  qui 
est  un  modèle  à  imiter  et  un  modèle  à  envier.  A  imiter, 
pour  l'art  avec  lequel  a  été  dit,  d'une  fai;on  claire  et  spiri- 
tuelle, tout  ce  qu'il  y  avait  à  dire  et  rien  de  plus  ;  à  envier, 
parce  que  le  rapport  de  M.  le  baron  d'Avril  ne  consistait 
pas  à  émettre  des  projets  pour  l'avenir  et  à  exprimer  des 
désirs,  mais  qu'il  disait  des  résultats,  des  succès.  Ces  suc- 
cès obtenus  par  la  Société  de  Saint-Jean  pour  le  dévelop- 
pement de  l'art  chrétien,  nous  les  avons  mentionnés  déjà. 

M.  Vabbé  Bonhomme  a  prononcé  ensuite  une  allocution 
pleine  d'intérêt  au  sujet  du  chant  liturgique.  M.  le  curé  de 
Grenelle  ne  se  proposait,  a-t-il  dit,  que  d'annoncer  la 
messe,  accompagnée  de  chants  grégoriens,  qui  devait  être 
célébrée  le  lendemain  à  Saint-Thomas  d'Aquin.  Cette 
messe  a  été,  en  effet,  chantée  ce  matin  ;  les  chants  liturgi- 
ques ont  été  exécutés  sous  la  direction  de  M.  l'abbé  Bon- 
homme et  cette  seconde  manière  de  plaider  la  cause  du 
chant  liturgique  était  plus  puissante  encore  que  la  pre- 
mière. 


COMME  nous  l'avons  déjà  annoncé,  Le  Con- 
grès archéologique  de  France,  sous  la  direc- 
tion de  la  Société  française  d'Archéologie,  tient 
en  ce  moment  sa  cinquante-deuxième  session  à 
Montbrison  (Loire).  Cette  session  a  dû  s'ouvrir  le 
jeudi  25  juin,  dans  la  salie  de  La  Diana. 


'XHusccs. 


jE  Musée  de  l'Union  centrale  des  arts  décoratifs, 
fermé  pendant  quelques  mois,  vient  de 
subir  une  transformation  complète.  Installé 
au  premier  étage  du  palais  de  l'Industrie 
(pavillon  Nord-Est),  ce  musée  occupe  aujour- 
d'hui quatre  vastes  salles  où  l'on  vient  de  réunir,  méthodi- 
quement classées,  plusieurs  collections  nouvelles,  jusqu'ici 
inconnues  du  public.  Indépendamment  des  acquisitions 
faites  récemment  par  la  Société  de  l'Union  centrale, 
nombre  d'objets  rares  restés  enfermés  jusqu'à  ce  jour  dans 


des  collections  particulières  (vases,  poteries,  tentures, 
meubles  anciens,  etc.),  prêtés  par  leurs  propriétaires,  figu- 
rent dans  ce  musée  réorganisé,  dont  la  réouverture  a  eu 
lieu  vers  le  15  mai.  Ou  va  prendre  des  dispositions  pour 
établir  une  communication  directe  entre  le  Salon  et  le 
Musée  de  l'Union  centrale. 

Parmi  les  acquisitions  nouvelles,  nous  citerons  :  Un 
panneau  Louis  X\'I,  des  cannelles  en  faïence  de  Rouen, 
des  faïences  de  Moustiers,  des  verreries  de  la  Perse,  des 
faïences  orientales,  des  plaques  d'armures  orientales  niel- 
lées d'or  ou  d'argent,  des  brocarts  à  branches  serpentines, 
style  du  XV'I'  siècle,  etc. 

— î©^ K5f— 

NOUS  avons  parlé  dans  notre  livraison  de  janvier  (v. 
p.  134)  de  la  création  au  palais  du  Trocadéro  d'un 
nouveau  Musée  exclusivement  composé  de  moulages  de 
tous  les  chefs-d'œuvre  dispersés  dans  les  différents  Musées 
d'Europe.  On  travaille  depuis  quelques  jours  à  l'installation 
de  ce  Musée,  qui  occupera  la  vaste  galerie  de  l'aile  droite 
du  palais. 

On  a  commencé  à  ranger  les  socles  destinés  à  recevoir 
les  ouvrages  de  sculpture  appartenant,  pour  la  plupart,  à 
la  statuaire.  Cette  nouvelle  collection  ne  comprendra,  en 
effet,  que  des  statues  en  pied,  des  bustes  ou  des  bas-reliefs 
représentant  des  personnages.  Le  monument  proprement 
dit  en  sera  exclu,  la  galerie  de  l'aile  gauche  du  palais  étant 
réservée  à  ce  dernier  genre  démoulage. 

Tous  les  morceaux  de  sculpture  devant  figurer  dans  ce 
nouveau  Musée  seront  classés  dans  un  ordre  chronolo- 
gique, de  façon  à  former  une  sorte  d'histoire  de  l'art 
antique,  par  la  représentation  de  ses  personnages  les  plus 
célèbres  et  la  reproduction  des  scènes  empruntées  à  l'his- 
toire ou  à  la  mythologie. 

— J©i K5i-^ 

N,î  A.  Goupil  vient  de  léguer  au  Louvre  un  buste  de 
1.  saint  Jean  par  Donatello,  et  plusieurs  belles  tapis- 
series du  XV"  siècle  à  la  manufacture  des  Gobelins. 

M.  Bancel  a  donné  au  premier  musée  un  tableau  attri- 
bué à  Jean  Perréal  (.'),  œuvre  franco-flamande  d'un  grand 
intérêt.  Ce  généreux  amateur,  qui  a  récemment  consacré 
un  magnifique  volume  à  la  vie  et  aux  œuvres  de  ce  Jean 
Perréal,  peintre  et  valet  de  chambre  des  rois  Charles  \T  I  !, 
Louis  XII  et  François  I"',  vient  d'offrir  à  la  Bibliothèque 
nationale  deux  des  plus  précieux  documents  cjui  nous 
soient  parvenus  sur  ce  grand  artiste.C'est  d'abord  une 
lettre  du  15  novembre  1510,  par  laquelle  Jean  Lemaire 
de  Belges  recommande  à  iVIaiguerite  d'Autriche  pour  les 
travaux  de  l'église  de  Brou,  «  maistre  Jehan  Perréal  de 
Paris,  homme  à  ce  propre,  riche  de  science,  d'amys, 
d'entendement,  d'ingéniosité,  d'audace,  d'honneur,  d'avoir 
ou  d'auctorité,  et  qui  désireroit  de  tout  son  cueur  y  faire 
son  chief-d'œuvre  à  peu  de  coust  ». 

L'autre  document  est  une  lettre  de  Jean  Perréal  lui- 
même,  en  date  du  9  octobre  151 1  ;  il  y  rend  compte  des 
projets  qu'il  avait  conçus  pour  les  constructions  de  Brou. 
— JO^ ïOî— 

LE  Musée  des  Gobelins  est  définitivement  fondé.  On 
ne  saurait  trop  vivement  louer  M.  Kaempfen  d'avoir 
proposé  cette  résolution,  et  M.  Fallières  de  l'avoir  adoptée. 
On  a  compris,  dit  le  Courrier  de  P Art,  c^^  l'étiquette  joue 
un  rôle  considérable  aux  yeux  du  vulgaire  et  qu'on  ne 
croirait  aux  merveilleuses  richesses  historiques  de  notre 
célèbre  manufacture  nationale,  que  lorsqu'elles  seraient 
publiquement  consacrées  par  le  titre  de  Musée.  L'enseigne 
nouvelle  attirera  autant  de  visiteurs,  en  effet,  qu'il  y  en 
avait  relativement  de  peu  disposés  jusqu'ici  à  faire  le 
voyage  des  Gobelins,  pour  en  étudier  ou  en  admirer  les 
précieuses  collections. 

— K>^— }©<— 


4i6 


iRctiue   tje    rart   cbrétien. 


IL  n'y  a  qu'une  voix  pour  applaudir  à  la  nomination  de 
M.  Alfred  Daroel  à  la  direction  de  Musée  des  Thermes 
et  de  l'Hôtel  de  Cluny  ;  M.  du  Sommerard  ne  pouvait 
avoir  plus  digne  successeur. 

M.  Gerspach,  qui  était  à  la  tête  du  Bureau  des  Manufac- 
tures nationales  au  ministère  de  l'Instruction  publique  et 
des  Beaux-Arts,  remplace  M.  Darcel.  C'est  également  un 
choix  digne  d'approbation. 


LE  Musée  d'Agen  a  pris  depuis  quelques  années  de 
grands  développements,  sous  l'action  d'une  société 
libre  dont  on  ne  peut  trop  louer  l'initiative,  et  la  protec- 
tion intelligente  de  la  municipalité.  Le  conservateur, 
M.  Dombrouski,  prépare  un  catalogue  méthodique  de  ses 
richesses.  On  y  remarque  le  mobilier  funéraire  d'un  chef 
gaulois,  découvert  près  de  la  ville,  comprenant  un  casque 
en  fer  fort  curieux,  un  bracelet  d'or  massif,  trouvé  parmi 
des  poteries  de  l'âge  de  bronze,  trois  plaques  de  bronze 
du  IV'  siècle, constituant  des  diplômes  délivrés  à  Claudius 
Lupissinius  et  portant  le  monogramme  chrétien  A  îî  au 
pointillé,  un  des  plus  anciens  exemples  à  date  certaine  de 
ce  symbole  chrétien  dans  notre  pays,  une  belle  cheminée 
du  moyen  âge,  etc. 

— J©S iOi— 

LE  musée  céramique  de  Roiioi  vient  de  s'enrichir 
d'une  pièce  remarquable,  qui  figurait  l'année  der- 
nière à  l'exposition  du  palais  des  Consuls.  Il  s'agit  du 
carrelage  au  riche  décor  polychrome  qui  ornait  autrefois 
une  des  salles  de  la  maison  de  Mme  Lecocq  de  Villeray, 
rue  d'Elbeuf  Ce  panneau  en  faïenoe  est  appelé  \  servir  de 
pendant  au  magnifique  carrelage  du  château  de  la  Bâtie- 
en-Forez,  acquis  également  par  le  musée  céramique  de 
Rouen  et  qui  provient  aussi  d'un  atelier  rouennais. 


APRÈS  un  procès  de  12  ans,  la  belle  collection  de  ta- 
bleaux du  marquis  Giacomo  Zumbeccard  vient  d'être 
remise  à  la  Pmacothèque  de  Bologne.  Elle  comprend  entre 
autres  richesses  :  un  Sain-  François  du  Dominiquin,  un 
Saint  Jean- Baptiste  de  Simone  da  Pesaro,  un  Concerto  du 
Primatice,  une  Muse  du  Guerchin,  un  Louis  Carrache,  un 
Tibaldi,  un  Albani.  L'écule  bolonaise  y  est  représentée 
par  un  Crucifiement  de  Palma,  une  .Mise  au  tombeau  de 
Véronèse,  une  Visitation  an  Tintoret,  une  Sainte  Famille 
du  Corrège.  Parmi  les  étrangers,  on  remarque  une  série 
de  compositions  de  Lucas  d'Ûlanda  (de  Leyde)  représen- 
tant V Histoire  d'Esther,  un  C/zw/ attribué  à  Albert  Durer, 
deux  Metzu,  un  Van  der  Goes,  un  portrait  de  Van  Dyck 
et  un  groupe  d'anges  de  Rubens. 

En  attendant  que  le  gouvernement  fasse  construire  un 
Musée  de  l'art  moderne,  le  ministre  de  l'Instruction  publi- 
que a  décidé  que  les  tableaux  et  statues  acquis  aux  expo- 
sitions nationales  seraient  provisoirement  installés  dans 
les  salles  supérieures  du  palais  de  la  via  Nazionale. 

NOUS  trouvons  parmi  les  récentes  acquisitions  delà 
Xational  Gallery,  les  œuvres  suivantes  :  la  Nais- 
sance dic  Christ,  un  Luca  Signorelli  payé  £  l,30O'  ;  la 
Montée  au  Calvaire,  de  Ridolfo  del  Ghirlandajo,  £  1,200; 
le  Christ  en  croix,  d'Andréa  del   Castagno,  £  I37';  une 


Madone  entourée  de  saints,  du  Sodoma,  £  160':  Sainson  et 
Dalila,  d'.A.ndrea  Mantegna,  £  2, 362-';  la  Madone  avec 
l'enfant  Jésus,  de  Marco  d'Oggione,  £  150';  Saint  Jean- 
Baptiste  dans  le  désert,  de  Martino  Piazz.i,  £1x0;  un 
Portrait  d'un  jeune  homme,  par  Antonello  de  Messine, 
acquis  ;\  Gênes  pour  ^  1,040  ;  une  Madone,  de  Libérale 
da  Vérone  et  deux  tableaux  de  l'école  du  Véronèse  relatifs 
à  l'épisode  de  Trajan  et  de  la  'V'euve,  achetés,  les  trois 
pour  £  240;  un  Portrait  d'enja-it  d'isaac  van  Ostade, 
£  840  ;  Portrait  d'homme  attribué  à  Jacopo  Carucci, 
£  50  ;  la  Mise  au  tombeau,  tableau  de  l'école  flamande 
primitive,  £  So'":  le  Christ  truérissant  unaveuok'  et  l'An- 
7ionciation   de   Duccio   di    Buoninsegna,  ensemble   pour 

£  178. 


U 


A 


N  Art  Treasures  Muséum   va   être  fondé  à   Folke- 
stone. 

LE  Sénat  de  l'Université. d'Aberdeen  a   décidé  la  for- 
mation d'un   Musée  d'antiquités  relatives  au  comté 
d'Aberdeen  —  Aberdeenshire  —  et  au  nord  de  l'Ecosse. 

PARME,  le  Musée  d'antiquités  vient  d'être  merveil- 
leusement réorganisé  dans  le  Palaszo  délia  Pilotta. 

AAREZZO,  la  réorganisation  du  Musée  ne  tardera  pas 
à  être  achevée  dans  les  pli's  intelligentes  conditions. 
— }©< ^©<— 

LE  Musée  d'Alkmaar  (Hollande)  vient  d'être  doté  de 
son  catalogue,  rédigé  par  M.  C.W.  Bruinvis,  président 
de  la  commission  du  Musée,  avec  un  soin  digne  d'éloges. 
Dans  un  tableau  systématique  auquel  il  a  consacré  son 
introduction,  l'auteur  a  eu  l'heureuse  pensée  d'établir  le 
classement  de  tous  les  objets  relatifs  à  Alkmaar  et  à  ses 
environs,  et  de  mettre  en  relief  les  artistes  de  la  contrée. 
Signalons  plusieurs  vues  de  la  ville,  du  XVI=  siècle.  On 
trouve  dans  le  catalogue  l'indication  des  trois  tableaux 
suivants  : 

24.  Leyugementde  Salomon.  Peint  en  1616. 

25.  La  Justice  du  comte  Guillaume  III  de  Hainaut. 
Peint  en  1618. 

26.  La  Justice  durai  Camhyse.  Peint  en  1620. 
Ces  trois  tableaux  sont  de  C.  V'an  der  Heck. 

Il  est  curieux  de  constater  que  précisément,  le  sujet  :  la 
Justice  du  roi  Camhyse  était  représenté  sur  «  ung 
drap  point  surtoille»  que  la  ville  de  Mons  acheta  en  1498, 
à  Martin  de  Haulchin,  clerc,  et  qu'elle  fit  placer  dans  la 
maison  de  Pair. 

M.  L.  de  Villers,  qui  nous  révèle  cette  particularité  dans 
l'étude  savante  que  nous  avons  mentionnée  ailleurs,  fait 
remarquer  que  le  Musée  de  l'académie  de  Bruges  pos- 
sède deux  tableaux  peints  sur  bois  représentant,  l'un,  le 
jugement  de  Cambsye,  et  l'autre,  l'écorchement  de  Sisamnis, 
et  que  le  premier  est  précisément  daté  de  1498. 

Soit  coïncidence,  soit  parenté  d'origine,  il  y  a  entre  ces 
trois  séries  de  peintures,  des  rapports  curieux,  que  nous 
signalons  aux  connaisseurs. 

I.  Co-talogus  der  Scliildcrijen  en  Oudtieden,  aanwezig  in  tiet  Ste- 
delijli  Muséum  te  Atttmaar,  door  C.  VV.  Bruinvis,  V'oorzitter  der 
Commissie  van  ToeziclU.  Alkma.ir.  Herm.  Coster  enZoon,  1885.  In- 
18,  de  XIV  et  44  pages. 


ne  ¥ï^e^oï^  De  ©ï^evejs 


PL     XII 


gouatèmc  sikle 


XII 


COUVERTURE  D'ÉVANGÉLIAIRE 


Hauteur  0,  26:  largeur.  0,  18 


CATHEDRALE.    —   XIP  SIECLE 


— t<■<■<^<7yy»'>«' — 


Une  large  bande  d'argent  doré  contourne  la  Crucifixion.  Des  plaques, 
filigranées  et  gemmées,  y  alternent  avec  des  plaques  émaillées.  L'émail, 
champlevé,  a  été  fabriqué  sur  les  bords  de  la  Moselle  :  il  est  toujours  uni, 
sans  nuances  et  ses  quatre  couleurs  sont  le  bleu  lapis,  le  bleu  clair,  le  vert 
et  le  jaune.  Il  oppose  quatre  prophètes  aux  quatre  évangélistes.  De  ces 
prophètes,  deux  seuls  se  reconnaissent  à  leurs  attributs  :  ce  sont  Moïse  et 
saint  Jean-Baptiste.  Les  deux  autres,  placés  en  regard,  déroulent  un  phy- 
lactère. Peut-être  pourrait-on  les  désigner  comme  étant  Isaïe  et  Jérémie, 
qui  occupent  le  premier  rang  parmi  les  grands  prophètes.  Ils  ont  le  nimbe 
de  la  sainteté  :  jaune,  comme  le  sol  qu'il  foule,  pour  celui  de  droite,  debout 
sur  un  fond  bleu  lapis  ;  foncé,  également  comme  le  sol,  pour  son  vis-à-vis, 
qui  se  détache  sur  un  fond  bleu  clair.  Moïse  ressort  sur  un  champ  vert,  son 
nimbe  est  bleu,  les  deux  tables  de  la  Loi  bleues  aussi  et  le  sol  bleu  lapis  : 
son  rouleau  le  classe  parmi  ceux  qui  ont  annoncé  la  venue  du  Messie.  Saint 
Jean,  qui  l'a  montré,  tend  l'index  et  développe  un  phylactère.  Son  nimbe 
est  vert  et  le  champ  de  la  plaque  bleu  lapis.  Pieds  nus,  en  raison  de  sa 
mission  qui  l'assimile  aux  apôtres,  il  est  vêtu  d'une  peau  de  chameau  et 
brandit  de  la  main  gauche  le  glaive  de  sa  décollation. 

Les  symboles  des  évangélistes  occupent  les  quatre  angles  de  la  cou- 
verture :  il  manque  le  lion  de  Saint  Marc.  Ailés,  et  figurés  à  mi-corps  ils 
tiennent  une  tablette  ou  un  phylactère.  Le  bœuf  et  l'aigle  ont  un  nimbe 
bleu  foncé,  qui  contraste  avec  le  bleu  clair  du  fond  :  il  n'en  est  pas  de 
même  de  l'ange,  où  les  nuances  se  présentent  en  sens  inverse. 


COUVERTURE    D'EVANGELIAIRE 


Les  plaques  de  joaillerie,  offreat  invariablement,  sur  un  courant  de 
liligranes  dont  les  vrilles  se  terminent  en  tète  de  clou,  un  gros  cabochon 
central,  entouré  de  huit  petits.  Le  montage  est  uniforme,  c'est-à-dire  en 
bâte  à  rebord  dentelé.  Le  gros  cabochon  est  généralement  à  arête  et  en 
cristal  de  roche.  Les  autres  gemmes  sont  des  plus  variées  :  saphirs,  rubis, 
rubis  balais,  émeraudes,  plasmes  d'émeraude.  Quelques-uns  des  saphirs 
et  des  balais  sont  percés  de  part  en  part,  ce  qui  témoigne  qu'ils  ont  été 
autrefois  enfilés  et  primitivement  portés  en  collier.  Un  plasme  d'émeraude, 
à  section  cylindrique,  est  également  percé  et,  comme  à  Aix-la-Chapelle  et 
à  Cologne,  un  morceau  de  verre  phénicien  a  été  utilisé  à  titre  de  pierre  pré- 
cieuse ;  enfin  un  des  cristaux  est  moucheté  de  bleu. 

Le  nombre  total  des  pierres  est  de  soixante-douze,  dont  huit  nicolos 
gravés  en  intailles.  Tous  appartiennent  aux  bas-temps  et  accusent  un 
travail  assez  négligé.  Le  plus  intéressant  porte  une  inscription  grecque  : 
K\C  0EOC,  iU  Qioç,  un  seul  Dieu.  Sur  les  autres,  on  voit  deux  hommes  à 
tète  d'àne  qui  se  serrent  la  main,  un  gladiateur,  un  soldat  armé  de  la  lance 
et  du  bouclier,  trois  oiseaux  et  une  plante  marine. 

Sur  le  panneau  du  milieu,  dont  l'encadrement  au  repoussé  atteste 
le  XIL  siècle,  ont  été  appliqués  trois  morceaux  d'ivoire,  qui  peuvent  remon- 
ter jusqu'au  XL'  siècle  et  proviennent  d'ailleurs.  Le  Christ  étend  les  bras 
horizontalement,  un  jupon  couvre  les  reins,  les  pieds  posent  sur  un  support 
et  les  3'^eux  sont  vifs.  A  droite,  Marie,  la  tète  voilée,  porte  la  main  gauche 
à  sa  figure,  comme  si  elle  voulait  essuyer  des  larmes.  Saint  Jean,  de  l'autre 
côté,  soutient  de  la  droite  son  menton  :  la  physionomie  est  pensive.  Les 
trois  statuettes,  élancées  et  sveltes,  ont  un  certain  cachet  de  dignité;  elles 
appartiennent  incontestablement  à  l'art  latin. 

Dans  la  composition  première,  l'idée  d'une  crucifixion  est  fort  accep- 
table. On  peut  donc  y  voir  comme  thème  général,  la  mort  du  Christ  annon- 
cée par  les  prophètes,  se  réalisant  sur  l'arbre  de  la  croix  et  finalement  pro- 
mulguée par  les  évangélistes.  Tout  cela  convient  bien  à  un  évangéliaire, 
qui  consacre  toutes  ses  pages  à  la  glorification  de  ITJomme-Dieu. 


'^ 


QUESTION. 

Chambl}-,  5   mars   1885. 
Monsieur  le  Secrétaire, 

L'ancienne  Revue  de  l'Art  chrétien  dans  ses 
premières  années  a  fait  connaitre  une  utile  publi- 
cation :  c'est  l'album  de  broderies  religieuses  du 
père  Martin  et  de  M.  Hubert.  Elle  a  eu  le  grand 
et  incontestable  mérite  d'être  une  initiative,  mais 
malgré  ses  précieuses  qualités,  il  faut  reconnaître 
que  depuis  on  a  progressé  et  les  dessins  souvent 
un  peu  maigres  du  père  Martin  ne  répondent  pas 
à  toutes  les  exigences  de  l'art  ;  je  vous  serais  très 
reconnaissant  si  vous  pouviez  me  dire  par  l'organe 
de  la  Revue,  s'il  existe  quelque  album  similaire 
et  où  il  est  édité.  J'espère  bien  aussi  que  la  Revue 
de  l'Art  chrétien,  fidèle  à  sa  mission,  éditera  le  plus 
possible  de  bons  modèles  de  broderies  religieuses: 
c'est  ce  qui  manque  le  plus.  On  vit  encore  sur 
le  père  Martin  évidemment  insuffisant.  Éditer  de 
bons  modèles  c'est  rendre  un  service  signalé  aux 
œuvres  des  églises  pauvres,  à  leurs  zélées  patron- 
nesses  et  aussi, j'ose  le  dire,  aux  curés  qui  veulent 
faire  travailler  sous  leurs  )'cux  des  ouvrières  fort 
habiles  dans  la  main  d'œuvre  mais  qui  attendent 
une  direction. 

Recevez, Monsieur, l'assurance  de  mes  meilleurs 
sentiments. 

L.  Maks.\ux, 
Curé-doyen  de  Chambly,  (Oise). 


REPONSE. 

Angers,   15   mars   1885. 

L'ALBUM  du  R.  P.  Martin  est  le  seul  ouvrage 
français  que  je  connaisse.  ^Malgré  son  insuf- 
fisance, il  eut  le  mérite  d'ouvrir  une  nouvelle 
ère  à  la  broderie  religieuse. 

En  Allemagne  un  ouvrage  tout  spécial  ( T Orne- 
ment d'Eglise)  parut  en  27  volumes  de  1857  a  1 870 
sous  la  direction  de  deux  prêtres,  MM.  Laib  et 
Schwartz.On  y  donnait  nombre  de  modèles  (gran- 
deur d'exécution)  de  croix  de  chasuble,  chapes, 
broderies  sur  toile  tracées  en  rouge, bleu  et  or  pour 
aubes, nappes  d'autel  ou  de  communion,  pales  etc.. 
des  projets  d'autels, de  vases  sacrés, en  un  mot, tout 
ce  qui  touche  au  mobilier  religieux,  mais  princi- 
palement des  vêtements  liturgiques.  Le  style 
roman  et  celui  du  XV'-'  au  XVI"^  siècle  étaient 
assurément  préférés  par    les  auteurs.  Le   format, 


grand  in-S",  avait  un  grave  inconvénient,  celui  de 
nécessiter  de  plier  les  planches  indéfiniment. 

La  publication,  interrompue  en  i870,fut  reprise 
avec  succès  en  1S73  par  M.  l'abbé  Dengler,  vicaire 
de  la  cathédrale  de  Ratisbonne.  Elle  paraît 
encore,  mais  d'une  façon  irréguh'ère,  en  cahiers, 
petit  in-folio, renfermés  dans  de  larges  enveloppes, 
dans  lesquelles  les  planches  sont  beaucoup 
moins  froissées  que  dans  l'autre  série. 

Les  premiers  numéros  seuls  sont  imprimés  en 
allemand,  anglais  et  français  ;  les  suivants  en 
allemand  seulement.  L'auteur,  dans  une  excel- 
lente introduction,  avertit  ses  lecteurs  qu'il  s'est 
mis  en  rapport  avec  l'institut  de  M'^"«  Âlathilde 
Jorres  de  Âlunich,  dans  le  but  d'ajouter  à  chaque 
dessin  de  broderie  une  description  exacte  et 
minutieuse. 

Un  article  préparatoire,  aussi  clair  que  possible, 
initie  les  lecteurs  à  la  technique  de  la  broderie,  à 
la  connaissance  des  différents  points,  aux  pro- 
cédés à  employer  etc....  Onze  livraisons  ont  paru 
jusqu'ici  ;  elles  renferment  de  beaux  dessins  de 
broderies  (croi.K  de  chasuble,  chapes,  antependia, 
vitraux,  vases  sacrés,  meubles,  etc.). 

Bien  que  le  style  adopté  en  général  ne  réponde 
pas  parfaitement  au  nôtre,  surtout  à  notre  XIII'^ 
siècle,  cet  ouvrage  est  fort  recommandable.  On 
peut  le  faire  venir  de  la  librairie  de  S.  Habbel  à 
Amberg. 

J'avais  tenté  une  publication  analogue  {ATé- 
langes  de  décoration  religieuse).  Au  bout  de  trois 
années,  j'ai  dû  l'interrompre,  faute  d'un  nombre 
suffisant  d'abonnés.  J'espère  cependant  qu'elle 
n'a  pas  été  sans  résultat.  Elle  sera  reprise,  je 
l'espère,  par  d'autres  en  des  temps  meilleurs. 

Il  m'est  impossiblede  terminer  cette  réponse  sans 
recommander  aux  amateurs  de  belles  broderies 
l'atelier  de  M.  Louis  Grosse,  de  Bruges,  où  j'ai  fait 
exécuter  à  la  pleine  satisfaction  des  plus  diffi- 
ciles, de  bons  travaux,  entre  autres  plusieurs 
chapes,  avec  la  vie  d'un  saint,  représentée  en 
petits  personnages,  de  très  belles  bannières,  etc.. . 
C'est  là  qu'il  faut  aller  chercher  la  résurrection 
de  cette  broderie  historiée,  dont  les  scènes  riva- 
lisaient au  moyen  âge  avec  les  miniatures  des 
manuscrits  (').  L.  DE  Farcv. 

I.  U  existe  d'autres  ateliers  de  broderie  hautement  reconiman  - 
dables,  notamment  ceux  des  Sœurs  de  l'Enfant  JÉSUS,  à  Bruxelles 
et  à  Simpleveld  (Hollande).  N.  D.  L.  R. 


^kt^kUkUk^kUkt^kf^k^k^idAid^^idAid^'^ 


Belîue  lie 


FHrt  tïjrétien 


X  pnraîGruint  rauri  Icg  tvoiG  maid.  J1| 

28™e  année.  —  4°  %érie. 

-;; ^ 

f^amc  111/  C-xxxv  bc  la  caiicction).     4; 

4"^^  livraison.— octobre  ^885.  <^| 

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<Ox<3.> 


I.  —  %c  CLMitcnairc  bc  pnint  JriMiuaiii. 

lEU  fait  naître  les  saints 
selon  les  besoins  de  son 
Église  Comment  expli- 
quer ceux  qu'il  a  choisis 
230ur  notre  époque  et 
que  nous  avons  vu  pla- 
cer sur  les  autels:  sainte 
Germaine,  l'obscure  bergère  de  Pibrac,  et 
saint  Joseph  Labre ,  le  pèlerin  mendiant 
dont  les  vêtements  misérables  sont  devenus 
des  reliques  ?  N'y  a-t-il  pas  là  une  glorifica- 
tion providentielle  de  la  pauvreté,  un  grand 
enseignement  pour  notre  siècle  si  fier  de  ses 
richesses  et  de  ses  progrès  ?  A  quoi  nous 
servent  les  découvertes  de  la  science,  les 
prodiges  de  l'industrie  et  le  luxe  des  beaux 
arts?  Les  hommes  sont-ils  plus  heureux  ?  la 
paix  règne-t-elle  sur  la  terre  et  la  société 
peut-elle  espérer  le  retour  de  l'âge  d'or  ? 
Jamais  les  besoins  n'ont  été  plus  nombreux, 
l'ambition  plus  insatiable  et  la  misère  plus 


irritée.  Jamais  le  travail  n'a  été  plus  pénible 
et  le  lendemain  moins  assuré.  La  Guerre  est 
partout  ;  le  riche  et  le  pauvre,  le  patron  et 
l'ouvrier  sont  des  ennemis  en  présence. 
Ceux  qui  souffrent  et  qui  sont  le  grand 
nombre,  prétendent  imposer  à  ceux  qui 
jouissent  une  chimérique  égalité.  Dieu  a 
voulu  l'inégalité  des  conditions  pour  unir  les 
hommes  par  la  charité.  Changer  ce  plan,  c'est 
vouloir  renverser  les  montasfnes  et  com- 
bler  les  vallées.  Alors  plus  de  sources  bien- 
faisantes, de  grands  fleuves  qui  fécondent 
les  campagnes,  mais  des  déserts  arides  ou 
des  marécages  infects  dont  les  miasmes 
répandent  au  loin  la  mort. 

Quelle  solution  donner  à  la  question  so- 
ciale qui  se  pose  d'une  manière  si  mena- 
çante ?  Toujours  la  même  :  revenir  au  plan 
divin  et  réconcilier  les  hommes  dans  la 
vérité  et  l'amour.  C'est  ce  que  Notre-Sei- 
gneur  a  fait,  lorsqu'il  est  venu  sauver  le 
monde  qui  périssait  dans  la  corruption  et 
l'esclavage.  11  l'a  fait  par  sa  parole  et  son 


KEVL'E  DE   LAKr  CliKÊTIE.'J. 
13S5.  —  4"'^'  LIVRAISON. 


420 


Ecuuc   De    rart    cîjrcticn 


exemple,  en  enseignant  la  pauvreté  volon- 
taire comme  le  meilleur  moyen  d'aimer 
Dieu  et  le  prochain,  d'éteindre  toutes  les 
ambitions,  toutes  les  haines  et  de  gagner 
tous  les  cœurs.  Lui,  le  Créateur  et  le  riche 
de  toutes  les  choses,  il  s'est  fait  pauvre,  et  il 
a  déclaré  parfaits  ceux  qui  renonceraient  à 
leurs  biens  pour  le  suivre.  C'est  avec  cette 
troupe  de  pauvres  volontaires  qu'il  a  vaincu 
le  monde  et  affranchi  les  peuples  de  la  ty- 
rannie païenne. 

Au  XI 11^  siècle,  la  chrétienté  était  me- 
nacée de  retomber  sous  le  joug  de  la  vio- 
lence et  des  passions;  les  guerres  du  sacer- 
doce et  de  l'empire  multipliaient  les  haines. 
Les  doctrines  manichéennes  soulevaient 
contre  l'Eglise  l'ambition  des  princes  et  les 
convoitises  du  peuple.  Dieu  alors  donna  au 
monde  deux  grands  pauvres  volontaires  : 
saint  Dominique  et  saint  François  s'unirent 
pour  combattre  ensemble,  et  cette  croisade 
réussit  mieux  que  les  autres. 

A  notre  époque,  les  mêmes  dangers  ré- 
clament les  mêmes  secours.  Les  Albigeois 
renaissent  plus  nombreux  et  plus  habiles 
qu'autrefois  ;  la  lutte  est  engagée.  Le  repré- 
sentant du  Christ  est  prisonnier  au  Vatican. 
Les  pouvoirs  civils  persécutent  l'Église  au 
nom  de  la  liberté;  ils  organisent  une  oppres- 
sion légale  contre  son  culte  et  ses  enseiene- 
ments,  ils  proscrivent  les  religieux  dont  ils 
redoutent  le  dévouement  et  la  pauvreté. 
C'est  en  effet  par  eux  que  l'Église  peut 
s'opposer  à  leurs  théories  sociales  et  en  ar- 
rêter les  funestes  conséquences.  Dieu  donne 
aux  chrétiens  pour  chefs,  dans  les  combats 
qui  se  préparent,  les  pauvres  volontaires. 
Saint  François  d'Assise,  leur  frère  et  leur 
modèle  semble  descendre  du  ciel  pour  les 
commander.  Son  tombeau  a  été  retrouvé 
de  nos  jours,  et  le  Souverain  Pontife  a 
convié  le  monde  entier  à  célébrer  son  cen- 
tenaire. C'est  à  cette  occasion  que  ses  en- 


fants ont  voulu  élever  un  monument  digne 
de  leur  fondateur,  en  publiant  sa  vie  illustrée, 
véritable  triomphe  auquel  ont  pris  part  les 
artistes  de  tous  les  pays  et  de  tous  les  siècles. 

IL  —  ICe  libre  illiistré. 

LA  préface  de  ce  splendide  volume  est  la 
lettre  encyclique  de  Sa  Sainteté,  Léon 
XI IL  Celui  dont  la  parole  infaillible  retentit 
jusqu'aux  extrémités  de  la  terre,  glorifie  saint 
François  et  proclame  son  admirable  ressem- 
blance avec  le  Christ.  Il  le  propose  à  l'imi- 
tation de  tous  les  fidèles  et  les  invite  à 
s'enrôler  dans  les  rangs  du  tiers-ordre,  pour 
défendre  l'Église  et  la  société  contre  les 
erreurs  contemporaines.  Il  charge  tous  les 
évêques  du  monde  catholique  de  prêcher 
cette  nouvelle  croisade. 

Les  disciples  de  saint  François  ont  ré- 
pondu à  l'appel  du  Souverain  Pontife. Leur 
livre  est  divisé  en  deux  parties.  La  première 
expose  la  vie  du  Saint  d'après  les  auteurs 
anciens  et  des  documents  inédits;  elle  résume 
parfaitement  les  faits  si  simplement  et  si 
pieusement  racontés  par  Thomas  de  Celano 
et  par  saint  Bonaventure.  On  y  retrouve  le 
parfum  des  Fioretti  que  nous  a  fait  connaître 
Ozanam  dans  ses  Poètes  Franciscains.  La 
seconde  partie  nous  montre  saint  François 
après  sa  mort,  se  survivant  par  son  oeuvre 
et  son  influence  sociale.  Le  développement 
de  son  Ordre  a  été  si  prodigieux  qu'il  a  fallu 
se  borner  à  une  sorte  de  statistique  géogra- 
phique et  chronologique  des  couvents  éta- 
blis dans  toutes  les  parties  du  monde.  Ces 
chiffres  ont  leur  éloquence  et  montrent 
quelle  milice  saint  François  a  donnée  à 
l'Eglise.  Sa  famille  se  partage  en  plusieurs 
observances  qu'on  peut  classer  en  trois 
branches  principales  :  les  Conventuels  les 
Observants  et  les  Capucins.  Tous  ont  eu  de 
grands  saints  et  une  glorieuse  histoire.  Les 


Le   triomphe  ûc  saint   jFrancoi.0. 


421 


disciples  de  saint  François  eurent  des  sœurs 
qui  rivalisèrent  avec  eux  de  ferveur  et  de 
pauvreté.  Les  Clarisses  se  répandirent  dans 
toute  l'Europe,  et  les  adoucissements  appor- 
tés à  leur  règle  par  les  Souverains  Pontifes 
leur  permirent  de  se  consacrer  aux  bonnes 
œuvres  et  à  l'éducation  des  jeunes  filles. 
Enfin,  par  le  tiers-ordre,  saint  François 
recruta  d'innombrables  disciples  qui  s'effor- 
cèrent d'imiter  ses  exemples. 

Il  est  impossible  de  dire  en  quelques 
pages  ce  que  les  trois  Ordres  franciscains 
ont  fait  dans  le  monde;  on  en  a  seulement 
quelque  idée  par  des  notices  sur  leurs  mem- 
bres les  plus  illustres.  Il  suffit  de  nommer 
parmi  les  saints,  saint  Bonaventure,  saint 
Antoine  de  Padoue,  saint  Bernardin  de 
Sienne,  sainte  Claire,  sainte  Agnès,  sa 
sœur  et  sainte  Colette  qui  fit  revivre  au 
XV^  siècle  la  règle  dans  sa  beauté  primitive. 
Le  tiers  ordre  est  noblement  représenté  par 
sainte  Elisabeth  de  Hongrie  et  par  saint 
Louis,  roi  de  France. 

La  famille  de  saint  François  produisit 
non  seulement  des  apôtres  et  des  martyrs, 
mais  encore  des  docteurs  et  des  savants  : 
Alexandre  de  Halès,  le  maître  de  saint 
Thomas  d'Aquin,  et  Duns  Scot,  le  Docteur 
sîtbtil  qui  explore  les  chemins  nouveaux  : 
Roger  Bacon,  qui  entrevoit  la  science  mo- 
derne, le  B.  Raymond  de  Lulle  qui  révèle 
les  harmonies  de  l'ordre  naturel  et  de  l'ordre 
surnaturel.  Viennent  ensuite  les  défenseurs 
que  Dieu  envoie  au  secours  de  la  chrétienté 
menacée,  saint  Jean  de  Capistran  et  saint 
Laurent  de  Brindes  dont  la  parole  et  les 
exemples  arrêtent  les  Turcs  qui  envahissent 
l'Europe  ;  les  hommes  d'État  comme  le  car- 
dinal Ximenès  qui  délivre  l'Espagne  des 
Maures,  et  le  Père  Joseph  du  Tremblay, 
\ Éiiiinencc  grise,  auquel  Richelieu  doit  le 
meilleur  de  sa  politique  et  de  sa  gloire.  Les 
honneurs  ne  leur  font  pas  abandonner  leur 


vie  austère  ;  ils  regrettent  leur  humble  cellule 
au  milieu  des  splendeurs  de  la  cour. 

La  mission  spéciale  des  disciples  de  saint 
François  est  d'être  les  amis  et  les  bienfaiteurs 
du  peuple  ;  c'est  pour  lui  surtout  qu'ils  se  font 
pauvres,  c'est  pour  mieux  l'évangéliser,  le 
consoler  dans  ses  peines  et  le  guérir  de  ses 
vices.  Nous  voyons  en  Italie  le  B.  Bernardin 
de  Feltre  et  ses  frères  organiser  les  monts- 
de-piété  pour  défendre  l'ouvrier  contre 
l'usure,  et  de  nos  jours,  un  capucin  irlandais, 
le  Père  Mathew,  établir  cette  société  de 
tempérance  qui  arrache  des  populations 
entières  à  la  ruine  et  à  l'abrutissement. 

IIL  —  5»DiiUcn(i*5  et  niDiunncnta. 

CET  exposé  rapide  de  l'action  sociale  de 
saint  François  se  termine  par  une  étude 
sur  son  influence  dans  l'art.  L'auteur  cherche 
quelle  a  été  l'action  du  pauvre  d'Assise  sur 
la  littérature,  la  peinture,  la  sculpture  et  l'ar- 
chitecture au  moyen  âge.  Le  sujet  est  trop 
vaste  pour  être  traité  en  quelques  pages, 
mais  l'illustration  de  l'ouvrage  y  supplée  en 
quelque  sorte,  et  c'est  elle  surtout  qui  doit 
intéresser  les  lecteurs  de  la  Revue  de  l'art 
chrétien. 

Ce  magnifique  volume  est  un  vrai  monu- 
ment élevé  à  la  gloire  de  saint  François. 
L'impression  fait  honneur  aux  presses  de 
M.  Pion.  Le  format  est  plus  grand  que 
celui  des  livres  illustrés  ordinaires,  afin  de 
donner  plus  de  place  aux  grandes  composi- 
tions et  aux  nombreuses  gravures  qui  ornent 
le  texte.  Le  choix  en  est  très  sérieux  et  très 
intelligent.  Les  chromolithographies  sont 
rares  parce  qu'elles  sont  souvent  plutôt  des 
objets  de  luxe  que  des  œuvres  d'art  ;  les 
reports  multipliés  que  demande  la  variété 
des  couleurs  altèrent  nécessairement  le  des- 
sin. Sur  plus  de  deux  cents  gravures,  on  en 
compte  trois  seulement,  mais  elles  sont  ac- 


422 


IRcuuc    De   l'ilrt  cljrcticu. 


compagnées  de  belles  eaux-fortes  et  d'hélio- 
gravures remarquables.  Les  ornements  qui 
commencent  et  finissent  les  chapitres  sont 
de  charmantes  lettrines,  tirées  des  manus- 
crits, des  détails  d'architecture,  des  sceaux 
et  des  médailles,  ayant  rapport  comme  les 
sujets,  à  la  vie  de  saint  François  et  à  l'his- 
toire de  son  Ordre. 


L'ensemble  de  cette  illustration  peut  être 
comparé  à  une  de  ces  fêtes  que  les  villes 
organisent  pour  célébrer  un  événement 
Morieux  ou  la  mémoire  d'un  o-rand  homme. 
Orléans,  par  exemple,  célèbre  l'anniver- 
saire de  sa  délivrance  et  réveille  tous  les 
souvenirs  de  Jeanne  d'Arc,  en  ornant  de 
drapeaux  et  d'arcs  de  triomphe,  les  lieux  té- 


moins de  ses  victoires.  Un  cortège  historique 
les  parcourt  et  rappelle  les  grands  capitaines 
qui  ont  sauvé  la  France,  en  suivant  la  jeune 
fille  inspirée.  De  même  pour  célébrer  le 
centenaire  du  glorieux  pauvre  d'Assise,  ses 
disciples  ont  organisé  une  fête  à  laquelle  ils 
ont  convié  toute  la  terre.  Les  artistes  ont 
été  chargés  de  l'orner  et  d'en  perpétuer  les 
magnificences.  Ils  l'ont  fait  en  représentant 
les  lieux  illustrés  par  la  présence  de  saint 
François  et  en  chargeant  les  grands  maîtres 
de  toutes  les  époques  de  raconter  sa  vie  et 
ses  miracles. 

Les  paysages  et  les  monuments  sont  la 
partie  de  l'illustration  la  plus  remarquable 
comme  gravure.  Les  vues  sont  photogra- 
phiées avec  goût  et  gravées  avec  une  éton- 
nante perfection.   Les  plans  sont   bien  con- 


Tombeau  de  sainte  Claire,  (XIII"-"  siècle.) 
(Londres,  Musée  de  South-Kensinglon.) 

serves,  et  la  lumière,  loin  d'être  affaiblie,  est 
très  précise  et  très  harmonieuse.  L'artiste  a 
corrigé  les  duretés  que  donnent  certaines 
couleurs.  Nous  croyons  qu'il  est  impossible 
de  mieu.x  faire.  On  admire  les  beaux  hori- 
zons de  rOmbrie,  ce  ciel  transparent,  cette 
douce  nature  qu'aimait  tant  saint  François, 
ces  montagnes,  ces  vallées,  ces  charmantes 
solitudes  qu'il  parcourait  avec  ses  disciples, 
en  chantant  son  cantique  au  soleil,  ces  petits 
couvents  où  rieurit  encore  la  pauvreté,cette 
porte  où  Dante  proscrit  venait  demander  la 
pai.K  et  où  on  trouve  toujours  une  fraternelle 
hospitalité  ;  puis  tous  ces  lieux  célèbres 
dans  l'histoire  de  l'Ordre.  Assise  avec  son 


vieux  château  en  ruines,  et  les  grandes 
lignes  du  Sagro  Convcnio,  Notre-Dame-des- 
Anges,  le  lac  de  Pérouse  et  le  mont  Alver- 


le   triompfjE   De   saint  jTrancois 


423 


ne  où  l'amour  crucifia  saint  François,  ces 
pentes  escarpées  et  ces  rochers  sauvages  qui 
se  fendirent  comme  celui  du  Calvaire  au 
moment  où  Notre-Seigneur  expira. 

Les  monuments  sont  aussi  bien  gravés 
que  les  paysages.  Les  grandes  églises  fran- 
ciscaines y  sont  représentées  ;  la  basilique 
d'Assise  avec  ses  entrées  différentes,  ses 
galeries  et  ses  cloîtres  intérieurs  ;  Sainte- 
Croix  de  Florence  ;  VAra  Cœli  et  l'église 
des  saints  Apôtres  à  Rome,  l'église  de  Saint- 
Antoine  de  Padoue,  avec  ses  coupoles  orien- 
tales et  ses  minarets  chrétiens  ;  cette  gra- 
vure surtout  est  un  chef-d'œuvre. 

IV.  —  KC'^gliGE  b'aéGipc. 

L'Eglise  de  Saint-François  d'Assise  est 
une  grande  date  dans  l'histoire  de  l'art 
chrétien,  car  elle  marque  le  triomphe  de 
notre  style  ogival  et  le  développement  mer- 
veilleux de  la  peinture,  en  Italie.  Le  frère 
Élie  qui  succéda  dans  l'Ordre  au  saint  fonda- 
teur ouvrit  un  concours  pour  élever  sur  son 
tombeau  un  monument  digne  de  lui.  Un 
artiste  du  Nord,  Jacques  l'Allemand,  obtint 
la  préférence.  Il  fit  son  œuvre  et  fonda  une 
école  qui  enrichit  les  villes  d'Italie  de  leurs 
plus  beaux  édifices.  A  Florence,  Arnolfo  di 
Lapo,  son  élève,  bâtit  Sainte-Marie-des- 
Fleurs  et  l'église  franciscaine  de  Sainte- 
Croix.  Les  architectes  dominicains,  Fra 
Sisto  et  Fra  Ristoro  élevèrent  Santa-Maria- 
«oz'é'//ia;que  M ichel-Ange  admirait  et  appelait 
^.■a, fiancée.  Sienne,  Pise,  Lucques,  Bologne, 
Orviete,  Rome  même,  eurent  leurs  églises 
de  style  ogival,  mais  cette  imitation  de  notre 
architecture  ne  fut  pas  servile.  Le  génie 
national  se  l'appropria,  et  Giotto  surtout 
l'influença  par  l'ornementation  de  l'église 
d'Assise  et  par  les  motifs  charmants  dont 
il  encadra  ses  compositions.  C'est  à  lui 
qu'on  attribue  le   Campanile  de   Florence, 


gracieux  spécimen  du  style  italien  au 
moyen  âge. 

La  Vie  de  saint  François  explique  pour- 
quoi son  église  est  devenue  le  sanctuaire 
de  l'art  chrétien.  L'amour  est  la  grande  ins- 
piration de  l'art  ;  saint  François  en  a  été  un 
ardent  foyer  qui  a  rayonné  sur  le  monde. 
Il  avait  entendu  l'appel  du  Christ,  et  il  l'a 
tellement  aimé  qu'il  a  tout  quitté  pour  sui- 
vre ses  traces,  depuis  l'étable  de  Bethléem 
jusqu'au  sommet  du  Calvaire.  Il  s'est  iden- 
tifié avec  lui  et  il  a  pris  pour  épouse,  sa 
compagne  fidèle,  la  sainte  pauvreté  que  son 
siècle  méprisait.  Saint  François  est  devenu 
fou  d'amour,  et  cet  amour  débordait  sur  la 
nature  entière.  Il  l'aimait  parce  qu'il  y  voyait 
l'amour  du  Créateur,  et  il  invitait  tous  les 
êtres  à  s'unir  à  lui  pour  chanter  ses  louan- 
ges. Mais  c'était  surtout  les  hommes  qu'il 
appelait  à  partager  son  amour.  Sa  charité 
s'épanchait  à  flots  sur  eux  pour  adoucir 
leurs  souffrances  et  sauver  leurs  âmes. 

Ce  fut  une  nouvelle  prédication  del' Evan- 
gile, une  apparition  du  Christ.  Rien  n'est 
plus  persuasif  que  l'amour  qui  a  pour  prin- 
cipe la  vérité.  Les  populations  s'émurent  ; 
les  artistes  furent  séduits  par  cette  révéla- 
tion vivante  du  beau,  par  cette  lumière  qui 
éclaira  tout  à  coup  l'Orient  et  l'Occident  «  et 
là  où  était  le  corps,  se  rassemblèrent  les 
aigles»  (').  De  toutes  les  villes  d'Italie, 
vinrent  des  pèlerinages  au  tombeau  de  saint 
François.  Les  Q^rands  maîtres  de  toutes  les 
écoles  l'ornèrent  de  leurs  chefs-d'œuvre, 
et  quand  les  murs  de  la  Basilique  en  furent 
couverts,  ils  déposèrent  leurs  ex-voto  dans 
les  autres  églises  de  la  ville.  Assise  fut  le 
rendez-vous  des  peintres  les  plus  célèbres: 
Cimabuë,  Pietro  Cavallini,  Giotto,  Simone 
Memmi,  Taddeo  Gaddi,  Buftalmaco,  Giot- 
tino,  y  ont  laissé  leurs  plus  belles  composi- 
tions. C'est  là  qu'il  faut  étudier  les  premiers 
I.  S-  Mattli.  XXIV,  28. 


424 


iilcDuc   De    rart    cbtétien. 


temps  de  la  peinture  italienne  et  ses  mer- 
veilleux développements  ;  c'est  là  que  les 
artistes  pourront  bien  comprendre  les  prin- 
cipes et  le  but  de  l'art  chrétien.  Pour  le 
prouver,    nous  citerons    le  témoignage  du 


Père  Besson,  bon  juge  en  pareille  matière, 
car  s'il  n'eût  pas  sacrifié  ses  pinceaux  à  sa 
vocation  religieuse,  il  eût  rappelé  dans  ses 
œuvres  la  sainteté  de  fra  Angelico  et  la 
noble  simplicité  de  Lesueur.   Ses  peintures 


Cathédrale   d'Assise, 

de  Saint-Sixte  ont  été  admirées  par  Over- 
beck  et  par  Flandrin. 

Le  Père  Besson  écrivait  à  son  ami  Cabat, 


le  célèbre  paysagiste:  «Je  suis  à  Assise 
depuis  quinze  jours  et  je  ne  saurais  vous 
dire  combien  j'y  suis  heureux.  Figurez-vous 


Le   tciompf)C  Oc  saint    jfrancois. 


425 


une  petite  ville,  bâtie  en  amphithéâtre  sur 
le  penchant  d'une  montagne,  ayant  à  ses 
pieds  une  riche  campagne  que  borde  un 
magnifique  horizon;  tout  y  respire  le  calme 
le  plus  pur,  la  tranquillité  la  plus  douce;  les 
habitants  en  sont  pauvres  et  pieux.  Comme 
les  étrangers  y  viennent  rarement,  tout  y 
a  conservé  les  allures  anciennes  ;  je  m'y 
plais  infiniment. 

«  Depuis  que  j'y  suis,  je  n'ai  encore  visité 
qu'une  seule  église,  celle  de  Saint-François. 
La  vénération  toute  particulière  que  j'ai 
pour  ce  grand  saint,  la  beauté  de  l'église 
elle-même  et  les  peintures  qui  la  couvrent, 
font  que  j'y  passe  des  heures  si  délicieuses 
qu'il  ne  m'est  pas  encore  venu  le  plus  petit 
désir  d'en  visiter  d'autres.  J'essaie  bien  de 
faire  quelques  croquis,  mais  dans  les  pein- 
tures que  j'ai  sous  les  yeu.x,  il  y  a  tant 
d'élévation,  tant  de  pureté  que  l'on  peut 
dire  d'elles  que  ce  sont  des  choses  plus 
admirables  qu'imitables. 

«  Si  vous  venez  à  Assise,  vous  verrez 
combien  la  peinture  chrétienne  était  grande 
à  son  début,  quel  goût  exquis  avait  présidé 
au  choix  de  tous  les  matériaux  dont  devait 
se  composer  son  œuvre,  combien  la  piété 
alors  s'alliait  à  la  noblesse  et  à  la  beauté, 
de  telle  sorte  que  la  forme  de  ces  choses 
était  presque  toujours  à  la  hauteur  des 
sujets.  Je  ne  vous  parlerai  de  rien  en  parti- 
culier, car  pour  entrer  dans  un  détail, 
quelque  petit  qu'il  soit,  il  y  aurait  trop  à 
dire:  les  scènes  les  plus  touchantes,  les  élans 
de  l'âme  les  plus  ardents,  les  méditations 
les  plus  douces  et  les  plus  pures  sont  peints 
sur  les  murs  avec  une  vérité  qui  fait  de 
tout,  une  source  inépuisable  d'émotions 
consolantes  et  fécondes.  Rien  ne  m'a  encore 
autant  touché,  et  je  vous  avoue  que,  si 
j'avais  à  choisir.je  préférerais  cette  peinture 
à  toute  autre,  mais  je  sens  bien  péniblement 
la  différence  qu'il  y  a  entre  notre  siècle  et 


celui-là,  combien  notre  foi  est  petite,  notre 
piété  avare  en  comparaison  ! 

«  Il  est  impossible  de  vous  dire  avec 
quel  amour  tout  a  été  peint.  Jusqu'au  plus 
petit  rien,  tout  y  fait  preuve  de  la  généro- 
sité des  artistes.  Comme  on  voit  qu'ils  étaient 
pénétrés  de  la  présence  de  Dieu  et  qu'ils 
cherchaient  bien  plus  que  l'admiration  des 
hommes  !  Notre-Seigneur  bénissait  les 
œuvres  de  ses  ouvriers,  et  si,  pour  laisser 
quelque  aliment  à  leur  humilité,  il  ne  leur 
donnait  pas  la  perfection  de  la  science  que 
le  monde  admire,  il  les  en  récompensait 
bien  largement  d'un  autre  côté,  en  répan- 
dant dans  ce  qui  était  spirituel,  l'abondance 
de  son  onction  et  de  sa  grâce.  Que  d'âmes 
pieuses  ont  été  consolées,  en  les  regardant! 
Ne  jouissent-ils  pas  maintenant  beaucoup 
plus  d'un  pareil  fruit  que  de  celui  qu'aurait 
pu  leur  apporter  le  néant  d'une  gloire 
mondaine  (')  ?  » 


Y.  —  %\Kt  M   uiDucu  àgc.  %'ibit  et 

LES  admirateurs  passionnés  de  la  Re- 
naissance sont  incapables  de  bien 
comprendre  ces  peintures  ;  ils  traitent  de 
Prérapha'élistes  ceux  qui  les  aiment,  en  leur 
prêtant  les  idées  les  plus  bizarres  et  les 
théories  les  plus  absolues.  — •  A  les  en 
croire,  ces  fanatiques  du  moyen  âge  sont 
ennemis  de  tout  progrès;  ils  confondent  l'art 
religieux  avec  le  mysticisme  et  le  condam- 
nent à  l'imitation  d'une  époque,  aux  types 
hiératiques,  aux  poses  et  aux  draperies 
byzantines.  Ils  proscrivent  toute  étude  de 
la  nature  ;  ils  ont  horreur  de  tout  mouve 
ment  vrai,  de  toute  figure  expressive,  et  ne 
veulent  que  des  images  dévotes  qui  aident 
à  prier  dans  les  oratoires. 

Nous    ne    connaissons    personne    qu'on 
I.  Vie  du  Pire  Besson.   2'-"  édit.  p.  50. 


426 


ïRcuuc   De    l'art   cf) rétien. 


puisse  accuser  de  semblables  énormités. 
Pour  nous,  voilà  près  de  trente  ans  que 
nous  soutenons  des  doctrines  contraires  et 
que  nous  avions  proposé  fra  Angelico  de 
Fiésole  comme  le  plus  parfait  modèle  de 
l'artiste  chrétien, parce  qu'il  a  toujours  cher- 
ché le  progrès  «  en  demandant  tour  à  tour 
à  la  tradition,  à  la  nature  et  à  l'antique,  les 
moyens  derendre  ses  saintes  inspirations  (').» 
Si  nous  avons  vu  dans  la  Renaissance,  une 
décadence  de  l'art  chrétien,  ce  n'est  pas 
parce  que  les  artistes  ont  étudié  la  nature, 
c'est  parce  qu'ils  ne  l'ont  pas  choisie  et 
appropriée  aux  idées  qu'ils  devaient  rendre; 
ils  l'ont  isolée  du  sentiment  religieux,  et 
ils  ont  cherché  avant  tout,  à  faire  admirer 
dans  leurs  œuvres  la  science  du  dessin  et 
l'harmonie  de  la  couleur.  Le  but,  la  perfec- 
tion de  l'art  est  d'élever,  de  spiritualiser  la 
nature  visible,  et,  quoi  qu'en  dise  Charles 
Blanc,  un  rayon  de  lumière  ne  suffit  pas 
pour  diviniser  les  plus  ignobles  figures  (^). 

Toute  œuvre  d'art  se  compose  d'une  âme 
et  d'un  corps  ;  l'artiste,  comme  le  Créateur, 
doit  approprier  le  corps  à  l'âme,  la  forme  à 
l'idée.de  manière  à  en  manifester  l'existence, 
la  vie,  à  en  communiquer  la  puissance,  l'ex- 
pression.En  sculpture  et  en  peinture  comme 
en  architecture,  la  convenance  est  la  pre- 
mière qualité  requise.  Il  faut  que  la  nature 
convienne  à  l'idée  comme  le  mot  à  la  chose 
qu'il  désigne,  et  c'est  pour  cela  que  l'idée 
doit  choisir  la  nature  et  précéder  la  forme, 
parce  que  c'est  elle  qui  en  est  le  principe,  la 
cause,  la  substance  ;  c'est  elle  qui  en  fait 
l'unité,  qui  en  harmonise  toutes  les  parties 
et  en  règle  tous  les  détails. 

La  supériorité  de  l'art  antique  est  dans 
cette  convenance  de  la  nature,  cette  ressem- 
blance de  la  forme  avec  l'idée.  Quand  l'artiste 
grec  admirait  une  idée  dans  Homère  ou 


1.  Vie  de  Fra  Angelico.  ch.  xiv. 

2.  Lart  chrétien.  Lettres  d'un  solitaire  t.  II,  p.  307. 


Platon,  et  voulait  la  traduire  en  sculpture 
ou  en  peinture,  il  empruntait  à  la  nature 
humaine  tout  ce  qui  pouvait  la  rendre  vi- 
sible et  communiquer  à  ses  concitoyens  le 
sentiment  qu'il  avait  éprouvé,  en  lisant  le 
poète  ou  le  philosophe.  Il  créait  un  type  qui 
personnifiait  l'idée  et  qui  devenait  Jupiter, 
Minerve  ou  Apollon  ;  et  ces  œuvres  d'art 
étaient  si  belles  que  la  Grèce  leur  bâtissait 
des  temples  et  leur  prodiguait  son  encens. 
Elles  surpassaient  la  nature  humaine  qui 
avait  servi  de  modèle,  parce  que  l'artiste  qui 
l'avait  copiée,  l'avait  perfectionnée,  en  effa- 
çant les  détails  inutiles  et  les  défauts  indi- 
viduels. Il  représentait  ainsi  tout  ce  qui  lui 
semblait  vrai  et  beau  dans  le  monde  phy- 
sique et  social:  l'ordre, l'harmonie,  la  lumière, 
la  puissance,  la  justice,  la  patrie,  le  courage, 
le  devoir,  l'amour  qui  fonde  la  famille  et  les 
vertus  qui  la  rendent  heureuse.  Il  emprun- 
tait à  la  nature  des  formes  et  des  symboles; 
il  créait  des  dieux,  des  demi-dieux,  des 
héros,  des  mythes  pour  exprimer  l'idée  qu'il 
avait  conçue  ;  et  plus  cette  idée  était  vraie 
et  grande,  plus  la  nature  dont  il  la  revêtait, 
devenait  belle,  tandis  que  si  l'idée  descen- 
dait des  hauteurs  de  la  philosophie  aux  pas- 
sions vulgaires,  aux  convoitises  de  la  sensa- 
tion, la  nature  se  déformait,  s'avilissait  ;  la 
beauté  disparaissait.  Les  admirables  théories 
des  Panathénées  faisaient  place  au  triomphe 
de  Bacchus  et  à  son  grossier  cortège. 

L'art  chrétien,  comme  l'art  antique,  doit 
demander  à  la  nature  les  moyens  de  rendre 
visible  l'idée,  mais  la  difficulté  est  plus 
grande,  parce  que  l'idée  est  incomparable- 
ment supérieure.  Ce  n'est  pas  dans  Homère 
ou  Platon  qu'il  la  trouve,  c'est  dans  l'Évan- 
gile. Cette  idée  est  une  vérité  révélée,  une 
idée  de  Dieu  même,  un  souffle  de  vie  qu'il 
inspire  à  l'âme  pour  la  faire  à  sa  ressem- 
blance. Il  ne  s'agit  plus  de  spiritualiser  la 
nature,  il  faut  la  diviniser,  et  si  l'artiste  ne 


ïLe   triomphe   De    saint  jTrancois. 


427 


réussit  pas,  c'est  par  impuissance,  et  non  par 
système  ;  il  ne  veut  pas  détruire  la  nature, 
mais  au  contraire  la  perfectionner  comme  le 
fait  la  grâce. 

Par  nature,  il  ne  faut  pas  entendre  seule- 
ment la  nature  matérielle  et  visible,  mais  la 
nature  dans  son  ensemble,  son  immensité, 
cette  création,  cette  hiérarchie  des  êtres  qui 
unit  le  plus  simple  atome  aux  substances  les 
plus  parfaites,  qui  progresse  dans  la  vie  et 
la  beauté,  qui  arrive  à  la  nature  humaine, 
à  la  nature  angélique,  à  la  nature  divine 
même,  par  l'incarnation  du  Verbe,  de  l'idée 
infinie,  éternelle.  Le  progrès  de  chaque  être 
dans  la  nature  est  de  tendre  vers  son  centre; 
sa  perfection  est  de  s'unir,  de  s'assimiler 
aux  êtres  d'une  nature  supérieure,  et  cette 
gradation  qui  existe  dans  la  nature  inorga- 
nique, végétale  et  animale  peut  aussi  se 
réaliser  dans  la  nature  spirituelle  avec  l'aide 
de  Dieu  et  le  concours  de  notre  volonté. 
Dieu  créateur  et  rédempteur  veut  nous  faire 
monter  jusqu'à  lui  et  n'être  qu'un  avec  nous; 
tel  est  le  plan  divin,  et  l'art  chrétien  doit 
s'efforcer  de  le  suivre,  en  idéalisant  la  nature 
visible,  pour  la  rendre  digne  d'exprimer  la 
vérité  et  de  la  faire  aimer. 

Les  amateurs  de  la  Renaissance  préten- 
dent qu'elle  a  inauguré  l'étude  de  la  nature 
et  qu'elle  en  a  eu  seule  l'intelligence  et 
l'amour.  Le  contraire  est  prouvé  par  l'his- 
toire. L'art  chrétien  n'a  jamais  répudié  l'étude 
de  la  nature,  et  dès  l'origine,  il  a  été  docile 
aux  leçons  de  l'art  antique  qui  l'avait  portée 
à  une  rare  perfection  ;  mais  en  adoptant  ses 
types  et  ses  symboles,  les  artistes  des  cata- 
combes cherchèrent  à  les  approprier  aux 
vérités  nouvelles  qu'ils  voulaient  exprimer. 
La  convenance  de  l'idée  et  de  la  forme  était 
difificile  à  trouver  au  milieu  des  violences 
de  la  persécution  et  des  invasions  barbares; 
le  travail  fut  lent  et  progressif.  A  Rome 
comme  à  Constantinople,  il  suivit  les  phases 


de  la  civilisation  et  dut  passer  parles  naïve- 
tés de  l'esquisse  et  les  tâtonnements  de 
l'ébauche  avant  d'arriver  à  la  perfection. 
L'art  chrétien  étudie  avant  tout  le  sujet  ;  il 
s'efforce  de  le  rendre  par  la  vérité  de  la  com- 
position, la  justesse  du  mouvement  et  l'in- 
tensité de  l'expression.  C'est  peu  à  peu  qu'il 
ajoute  au  principal,  les  qualités  accessoires, 
la  fidélité  du  dessin  et  le  charme  de  la  cou- 
leur. Depuis  le  XI  11^  siècle  jusqu'au  XVI^, 
il  est  toujours  en  progrès  ;  chaque  généra- 
tion d'artistes  augmente  ses  conquêtes. 
Giuntade  Pise,  Guido  de  Sienne,  Cimabuë, 
Giotto,  Taddeo  Gaddi,  Orcagna,  Fra  Ange- 
lico,  Benozzo  Gozzoli,  Le  Pérugin,  préparent 
Raphaël  et  montrent  par  leurs  œuvres 
comment  il  faut  utiliser  les  beautés  de  la 
nature. 

La  Renaissance  n'avait  qu'à  suivre  leurs 
exemples,  mais  elle  dissipa  son  héritage 
comme  le  prodigue  ;  elle  abandonna  les  tra- 
ditions de  l'art  chrétien  et  l'idée  qui  en  est 
l'inspiration,  pour  inaugurer  un  art  à'itniia- 
tion,  un  art  de  la  nature  qui  l'appauvrit  au 
lieu  de  l'élever,  de  la  spiritualiser  ;  car  il  la 
limite,  il  l'abaisse  aux  choses  ordinaires  de 
la  vie,  tandis  que  sa  mission  était  de  mani- 
fester et  de  glorifier  le  Créateur. 

Non,  la  Renaissance  n'a  pas  l'intelligence 
et  l'amour  de  la  nature  puisqu'elle  la  dé- 
tourne de  son  but  et  la  profane  même,  en 
l'employant  à  flatter  les  sens  et  les  passions. 
L'artiste  chrétien  comprenait  et  aimait  la 
nature  parce  qu'il  y  voyait  la  puissance  et 
la  bonté  divines  ;  son  œuvre  était  un  acte 
d'adoration  et  de  reconaissance.  L'artiste 
de  la  Renaissance  au  contraire  séparait  la 
nature  de  son  Auteur  et  l'isolait  ainsi  de 
son  principe  et  de  la  fin.  S'il  l'aimait,  c'était 
de  cet  amour  égoïste  et  faux  qui  ne  cherche 
que  son  plaisir  et  son  intérêt  dans  l'objet 
préféré  ;  la  gloire  et  la  fortune  étaient  ses 
grandes    inspirations.   Aussi    les    résultats 


KEVUE  DE  l'art  CHKÉTIEN. 
1885.   —  4'"*^  LIVRAISON. 


428 


IRctiue    Dc    rart    cfjrcticn. 


ont  été  bien  différents.  L'artiste  chrétien  en 
étudiant  pieusement  la  nature  a  développé 
son  talent  ;  le  succès  a  été  sa  récompense, 
l'Église  a  béni  et  protégé  son  œuvre.  Il  a 
trouvé  dans  le  peuple  plus  que  des  admi- 
rateurs, une  multitude  d'amis  et  de  frères 
qui  ont  partagé  ses  pensées  et  ses  senti- 
ments, tandis  que  l'artiste  de  la  Renais- 
sance, en  imitant  servilement  la  nature,  est 
tombé  dans  une  rapide  décadence  et  n'a 
obtenu,  avec  l'argent  des  princes,  que  l'ap- 
probation de  quelques  rares  connaisseurs. 
Nous  pourrions,  pour  le  prouver,  citer  bien 
des  noms  et  comparer  ces  peintures  véné- 
rées, ces  grands  poèmes  qui  décorent  les 
églises  d'Italie  à  ces  tableaux  des  musées 
que  les  touristes  vont  admirer  sur  la  foi 
d'autrui  et  qui  ne  rendent  pas  les  hommes 
meilleurs  ;  mais  il  nous  suffira  de  montrer 
par  l'iconographie  de  saint  Françoisd' Assise 
que  la  perfection  de  l'art  chrétien  est  dans 
l'élévation  de  l'idée  et  la  convenance  de  la 
forme. 

VI.  —  Xc  yorruait  tic  çaiiit  j'ranroîG. 

AU  XI 11^  siècle,  la  vieille  école  grecque 
et  1  école  italienne  se  disputaient  la 
prééminence;  toutes  les  deux  firent  le  portrait 
de  saint  François.  Le  plus  ancien  est  celui  de 
Subiaco  ;  on  le  croit  fait  de  son  vivant,  par 
un  moine  bénédictin,  en  souvenir  de  sa  vi- 
site. L'inscription  indique  seulement  le  frère 
François,  fr.  fraciscv;  le  Saint  n'a  pas  en- 
core les  stigmates  et  tient  un  parchemin  où 
on  lit,  FAX  HUic  DO.MVi,  paix  à  cette  maison. 
L'ordre  de  Saint-Benoît  est  l'aîné  de  la 
famille  monastique,  et  en  cette  qualité,  il  a 
toujours  protégé  ses  plus  jeunes  frères  et 
veillé  sur  leur  berceau. On  retrouve  son  sou- 
venir aux  premières  pages  de  leur  histoire. 
Saint  Dominique  de  Silos  fut  le  patron  de 
saint  Dominique  des  Frères  Prêcheurs,  et  ce 


fut  dans  le  monastère  de  Monserrat  que  saint 
Ignace  répondit  à  l'appel  de  Dieu,  qui  vou- 
lait l'employer  à  sa  plus  grande  gloire.  Saint 
François  avait  reçu  des  religieux  bénédic- 
tins ses  premiers  couvents  ;  il  accomplit  en 
1222,  un  pèlerinage  de  reconnaissance  au 
célèbre  sanctuaire  de  l'Ordre,  vénéra  les 
souvenirs  du  saint  Patriarche  et  fit  fleurir 
des  roses  sur  les  ronces  qui  lui  avaient  ser- 
vi à  triompher  de  Satan. 

Saint  François  n'a  pas  posé  sans  doute 
pour  son  portrait;  on  ne  peut  y  voir  sa  ressem- 
blance, mais  il  doit  être  fidèle  pour  son  cos- 
tume primitif,  sa  robe  grossière  et  la  grosse 
corde  qui  lui  sert  de  ceinture.  Le  style  rap- 
pelle la  vieilleécole  grecque,  comme  les  deux 
portraits  qui  ont  été  faits,  peu  de  temps 
après  sa  mort.  Le  premier  a  été  exécuté  par 
Giunta  de  Pise  en  1230  sur  une  planche  du 
brancard  de  ses  funérailles;  le  second  fait  en 
1235,  par  Bonaventure  Berlingheri,  en  est 
presque  une  copie.  La  pose  est  la  même,  et 
les  mêmes  compositions  l'encadrent  ;  on  y 
retrouve  les  traditions  byzantines,  les  pro- 
portions exagérées,  les  gestes  e.xpressifs, 
mais  sans  aucune  préoccupation  de  la  forme. 
Le  progrès  se  montre  dans  deux  autres  por- 
traits qui  se  trouvent  à  Subiaco.  Le  premier 
conserve  encore  le  style  de  la  vieille  école, 
mais  dénote  une  étude  sérieuse  de  la  nature; 
le  second  est  postérieur  à  Giotto  et  indique 
son  heureuse  influence. 

VII.  —  a?iotta.  4.5aturali«4nic  et  mp^ti* 

GIOTTO  est  le  grand  peintre  de  saint 
François  ;  c'est  lui  sans  doute  qui  l'a  fait 
le  plus  ressemblant.  Pour  fixer  ses  traits,  non 
seulement,  il  a  consulté  la  tradition  encore 
vivante  et  les  témoignages  de  ses  premiers 
disciples,  mais  il  a  étudié,  médité  sa  vie  et 
ses  vertus;  il  a  aimé,  prié,  enseigné  son  hé- 


iLe   triomphe  De   saint  jTrancois. 


429 


ros  et  il  a  composé  à  sa  gloire  un  poème 
admirable  dont  il  a  reçu  la  récompense  ;  car 
c'est  à  saint  François  que  Giotto  doit  le 
meilleur  de  son  talent,  le  progrès  qu'il  a  fait 
faire  à  la  peinture  italienne,  et  la  placed'hon- 
neur  qu'il  occupe  dans  l'histoire  de  l'art. 
Nul  artiste  n'a  exercé  sur  son  époque  une 
pareille  action,  n'a  réuni  tant  d'élèves,  pas- 
sionné tant  de  villes,  décoré  tant  de  monu- 
ments ;  et  cette  puissance,  cette  royauté 
c'est  dans  l'église  d'Assise  qu'il  l'a  reçue. 

L'école  italienne  e.xistait  avant  Giotto  ('), 
elle  était  distincte  de  l'école  byzantine  dont 
elle  écoutait  cependant  les  leçons.  Les 
vieux  maîtres  grecs,  exilés  par  les  icono- 
clastes, avaient  apporté  en  Italie  des  types 
religieux  consacrés  par  le  temps  et  la  persé- 
cution. Les  artistes  les  accueillirent  avec 
respect  et  en  conservèrent  lesgrandes  lignes, 
mais  ils  en  corrigèrent  peu  à  peu  la  raideur 
et  les  défauts  par  la  vérité  du  dessin,  par  la 
vie  et  la  variété  des  figures.  Le  progrès  se 
montre  surtout  dans  Cimabuë,  le  maître  de 
Giotto.  La  madone  qui  eut  les  honneurs  du 
triomphe  à  Florence,  rappelle  les  madones 
byzantines  par  la  composition,  mais  elle 
leur  est  bien  supérieure  par  la  simplicité  des 
draperies,  le  charme  de  la  couleur  et  la  dou 
ceur  des  expressions. 

Il  y  a  plus  qu'un  progrès  dans  Giotto,  il  y 
a  une  révolution  de  l'art,  une  sève  nouvelle 
que  lui  donne  l'étude  de  la  nature  ;  et  cette 
étude  devient  nécessaire  par  le  sujet  que 
l'artiste  doit  rendre.  Saint  François  est  en- 
core présent,  il  vit  dans  ses  miracles,  dans 
son  culte  et  ses  disciples.  Ce  ne  sont  plus  des 
faits  anciens,  l'histoire  de  Notre-Seigneur, 
de  la  Vierge  et  des  Apôtres,  qu'on  peut  ren- 
dre par  des  formes  traditionnelles,  ce  sont 
des  événements  contemporains  qui  néces- 
sitent la  ressemblance  des  personnes  ;  la 
fidélité  des   costumes,  la  vérité  des  détails. 

I.    Vie  defra  Angelico,  Ch.  I,  p.  48. 


Il  n'y  avait  pas  à  chercher  la  convenance  de 
l'idée  et  de  la  forme,  elle  existait,  il  fallait 
la  copier,  et  Giotto  l'a  fait  avec  un  grand 
talent.  Cette  étude  de  la  nature  lui  donne  sur 
l'art  une  heureuse  influence,  et  parce  qu'elle 
est  toujours  au  service  de  l'inspiration  reli- 
gieuse. On  a  vu  dans  le  peintre  de  saint  Fran- 
çois, le  père  de  deux  écoles  rivales,  par  son 
naturalisme  et  son  mysticisme  ('). 

Le  naturalisme  et  le  mysticisme,  quel 
sens  donner  à  ces  mots  dans  l'histoire  de 
l'art.''  La  Révolution  a  bouleversé  le  langage 
comme  les  idées;  il  a  fallu  inventer  des  mots 
nouveaux  ou  torturer  les  anciens  pour  expri- 
mer nos  erreurs  modernes.  Dans  son  En- 
cyclique pour  le  centenaire  desaint  François, 
Sa  Sainteté  Léon  XIII  dénonce  le  natura- 
lisme comme  l'hérésie  la  plus  dangereuse 
de  notre  époque.  Ce  naturalisme  n'est  cer- 
tainement pas  l'étude  de  la  nature,  mais  le 
matérialisme  révolté  qui  exclut  Dieu  de  la 
nature,  ou  le  panthéisme  absurde  qui  le  con- 
fond avec  elle  pour  diviniser  l'homme  et 
l'affranchir  de  toute  loi,  de  toute  morale. 
L'art  ne  peut  se  rattacher  à  ce  naturalisme 
que  par  un  réalisme  grossier  ou  par  un 
sensualisme  corrupteur.  Si  par, naturalisme, 
on  veut  e.xprimer  seulement  l'amour  de  la 
nature,  il  faut  distinguer  le  naturalisme  chré- 
tien, qui  est  l'amour  de  Dieu  dans  la  nature, 
et  le  naturalisme  de  la  Renaissance,  qui  est 
l'amour  de  la  nature,  sans  Dieu.  Rien  n'est 
plus  légitime  que  le  naturalisme  chrétien, car 
Dieu  lui-même  s'aime  dans  son  œuvre. 
Saint  François  en  était  embrasé  ;  il  prêtait 
son  âme  à  toutes  les  créatures  pour  glorifier 
leur  Auteur.  L'art  chrétien  doit  faire  de 
même,  et  s'efforcer  par  l'étude  de  la  nature, 
d'acquérir  les  moyens  d'exprimer  les  vérités 
les  plus  sublimes  sans  crainte  d'être  accusé 
de  mysticisme. 

Le  mysticisme,  encore  un  mot  qui  reçoit 
I.  Guide  de  Pari  chrétien,  t.  J,p.  65. 


430 


iacDuc  De   rart    cOrcticn. 


des  interprétations  bien  différentes.  Il  y  a 
des  critiques  d'art  qui  l'appliquent  à  des 
peintures  religieuses  sans  le  comprendre. 
Le  mysticisme  pour  eux  est  une  rêverie 
pieuse,  une  dévotion  exagérée,  ennemie  de 
tout  progrès,  de  toute  recherche  du  beau. 
Le  mysticisme  est  le  cléricalisme  de  l'art 
qu'il  faut  combattre.  Dans  le  langage  de 
l'Église,  le  mysticisme  est  un  état  mysté- 
rieux, une  intimité  divine  qui  élève  l'âme 
au  delà  du  monde  visible  et  lui  fait  entrevoir 
dans  l'éblouissement  de  l'extase,  quelques 
rayons  des  perfections  infinies.  Les  saints 
qui  jouissent  de  ce  privilège  de  la  grâce, 
refusent  d'en  parler,  tant  les  mots  leur  sem- 
blent incapables  d'exprimer  ce  que  jamais 
l'œil  de  l'homme  n'a  vu  et  son  oreille  enten- 
du. Il  y  en  a  cependant  qui  en  ont  balbutié 
quelque  chose,  et  des  théologiens  ont  étudié 
cette  vie  surnaturelle  pour  en  admirer  les 
merveilles  ou  en  prévenir  les  égarements. 
Il  y  a  donc  des  auteurs  mystiques,  mais  y 
a-t-il  des  peintres  mystiques,  et  ce  mot  n'est- 
il  pas  bien  ambitieux  pour  indiquer  le  carac- 
tère religieux  de  leurs  œuvres  }  Le  pin- 
ceau doit  être  encore  plus  inhabile  que  la 
parole  à  représenter  ces  visions  spirituelles. 
Si  l'art  est  impuissant  à  en  exprimer  les 
mystères,  il  peut  du  moins  en  donner  quel- 
que idée,  en  reproduisant  les  traces  qu'elles 
laissent  sur  le  visage  des  voyants  et  les 
phénomènes  qu'elles  déterminent  dans  leur 
existence.  Le  front  de  Moïse  reflétait  la 
lumière  divine  qui  l'avait  inondé  au  som- 
met du  Sinaï,  et  saint  François  d'Assise  au 
mont  Alverne  recevait  sur  son  corps  l'em- 
preinte ineffable  de  l'amour  du  Christ. 
N'avons-nous  pas  vu  à  notre  époque,  Louise 
Lateau  transfigurée  par  l'extase,  et  ne  pou- 
vait-on pas  suivre  dans  son  [regard  les 
phases  de  sa  contemplation  } 

Non    seulement     l'artiste    peut    voir    le 
mysticisme  sur  le  visage  de  l'homme,  mais 


encore  il  peut  l'exprimer  par  des  faits  et 
des  symboles.  Quoi  de  plus  mystique  que 
l'Évangile.  Tous  ses  enseisfnements  tendent 
à  l'union  divine  et  nous  révèlent  des  vérités 
inaccessiblesàla  raison  humaine. Mais  Notre- 
Seigneur  nous  les  explique  par  sa  vie,  et  les 
met  à  la  portée  des  plus  simples  par  de 
touchantes  paraboles,  pour  nous  apprendre 
à  n'être  qu'un  avec  lui,  comme  il  n'est  qu'un 
avec  son  Père.  Il  est  la  vigne  et  nous  som- 
mes les  rameaux  ;  il  est  le  bon  pasteur, 
l'époux  de  nos  âmes,  et  il  nous  convie  à 
des  noces  éternelles.  L'art  chrétien  peut 
ainsi  revêtir  d'images  ces  vérités  surnatu- 
relles et  communiquer  par  ce  moyen,  les 
sentiments  qu'elles  doivent  faire  naître  dans 
les  cœurs,  car  la  vérité  est  le  principe  du 
beau,  et  par  conséquent  de  l'amour.  Il  serait 
absurde  de  prétendre  que  l'élément  mystique 
est  contraire  au  progrès  de  l'art  et  qu'il  fait 
sacrifier  la  forme  aux  sentiments.  C'est  l'idée 
qui  élève  et  perfectionne  la  forme,  et  si  le 
sentiment  la  fait  oublier  quelquefois,  il  en 
dédommage  par  la  force  de  l'expression  qui 
est  le  but  réel  de  l'art.  N'y  a-t-il  pas  souvent 
beaucoup  plus  de  charme  et  de  puissance 
dans  la  naïveté,  la  vivacité  d'un  croquis  que 
dans  la  science  d'une  œuvre  plus  achevée  ? 
L'artiste  chrétien  ne  négligera  jamais  systé- 
matiquement la  forme,  mais  il  la  soumettra 
au  principal  qui  est  l'idée  religieuse,  et  en 
cherchant  sa  convenance,  il  tendra  toujours 
à  la  perfection. 

Ce  qu'on  appelle  le  naturalisme  et  le 
mysticisme  de  Giotto  n'est  que  cette  conve- 
nance de  la  forme  et  de  l'idée  religieuse 
qu'on  admire  dans  ses  œuvres,  et  surtout 
dans  les  peintures  qu'il  a  consacrées  à  la 
gloire  de  saint  François.  L'illustration  de 
sa  vie  en  donne  un  grand  nombre,  et  malgré 
l'imperfection  inévitable  des  gravures,  on 
peut  y  apercevoir  le  génie  et  la  piété  de 
l'artiste. 


ile   triompbc  De  saint  jrrancois 


431 


VIII.  —  %t 
mam\ii)aL 


yociiic   bc  aTMDttD.  Ji'avc 


G  I OTTO  est  franciscain  d'esprit  et  de 
cœur;  il  représente  avec  amour.l'épopée 
du  héros  de  lapauvreté,  il  en  fait  ressortir  le 
caractère  poétique  et  chevaleresque.  Par  ses 
peintures  de  l'église  supérieure  d'Assise,  il 
trace  le  chemin  par  lequel  le  Saint  est  monté 
au  ciel,  et  il  élève  sur  son  tombeau,  à  l'entrée 
de  lajérusalem  céleste,un  arc  de  triomphe  oîi 
il  résume  sa  vie  et  les  causes  de  sa  gloire.  On 
peut  admirer  ce  poème  dans  l'ouvrage  illus- 
tré ;  les  gravures  sont  petites  et  exécutées 
sur  d'autres  gravures;  ces  traductions,  ces 
trahisons  successives  ont  affaibli  l'œuvre  de 
l'artiste,  mais  la  composition  reste  et  donne 
une  idée  de  son  mérite.  Parmi  ces  trente- 
deux  sujets,  nous  signalerons  surtout  Saint 
François  se  dêpotùllant  de  son  manteau  potcr 
un  pauvre  (page  24),  U audience  d Innocent 
III,  (p.  40),  La  Messe  de  Noël  à  Greccio  (p. 
200),I!  épreîivedu  feu  proposée  atix  prêtres  du 
Soudan{\>.  134),  La  source  dît  mont  Alverne 
oùboitle  célèbre  altéré q^\  ravitles  altérésde 
naturalisme  et  leur  fait  oublier  le  mysticisme 
de  saint  François,  source  véritable  de  l'eau 
miraculeuse  (p.  229).  Quant  à  l'exécution  de 
ces  peintures,  il  faut  les  voir,  les  étudier 
pour  bien  l'apprécier;  il  y  a  une  fermeté,  une 
énergie  de  dessin,  une  largeur  de  plan,  une 
simplicité  de  modelé  qui  étonnent,  quand 
on  cherche  à  les  copier.  Du  reste,  nous  en 
avonsunspécimen  dans  le  tableau  du  Louvre 
représentant  saint  François  recevant  les 
stigmates:  l'illustration  en  donne  une  bonne 
héliogravure  (p.  234). 

Les  peintures  les  plus  remarquables  sont 
assurément  les  quatre  grandes  compositions 
qui  couronnent  l'autel  principal  de  l'église 
inférieure.  Les  beaux  dessins  qu'en  a  faits 
M.  Fritel  permettent  d'admirer  avec   quel 


bonheur  et  quelle  vérité  l'art  peut  exprimer 
les  idées  religieuses. 

Giotto  avait  à  rendre  une  des  vérités  les 
plus  sublimes  de  l'Évangile,  la  Béatitude 
de  la  pauvreté,  la  première  proclamée  par 
Notre-Seigneur.le  principe,  la  mère  de  toutes 
les  autres.:  Beati patiperes spiritu : qîioniam 
ipsorum  est  regnum  cœlorum.  Ce  renonce- 
ment parfait  de  la  volonté  donne  la  douceur, 
la  miséricorde,  la  paix,  la  pureté  du  cœur, 
l'amourde  la  justice,  la  consolation  au  milieu 
des  larmes  et  la  joie  de  la  persécution. 
Giotto  glorifie  cette  béatitude  en  saint 
François  avec  toute  la  foi,  la  science  et  la 
poésie  du  moyen  âge. 

François,  le  chevalier  du  Christ  a, 
comme  les  autres  chevaliers,  une  dame  qui 
occupe  toutes  ses  pensées,  qui  inspire  toutes 
ses  actions:  c'est  la  Pauvreté,  la  veuve  bien- 
aimée  de  Notre-Seigneur  qu'il  a  laissée  en 
ce  monde,  quand  il  est  allé  régner  à  la  droite 
du  Père.  L'ambition  de  François  est  de 
l'épouser.  Deux  anges  vont  la  demander 
pour  lui,  en  portant  au  Ciel,  les  trophées 
de  ses  deux  premières  victoires,  le  riche 
vêtement  qu'il  a  donné  à  un  pauvre  et  la 
petite  église  deSaint-Damien  qu'il  a  réparée. 
Notre-Seiajneur  descend  célébrer  le  mariag-e. 
La  Pauvreté  sur  un  rocher  aride,  est  expo- 
sée à  toutes  les  insultes;  un  chien  aboie 
après  elle,  et  des  enfants  lui  jettent  des 
pierres  et  mettent  des  épines  sous  ses  pieds 
ensanMantés  ;  mais  derrière  sa  tête  fleu- 
rissent  les  roses  et  les  lis.  Sa  robe  trop  courte 
et  en  lambeaux  est  sans  tache.  Elle  a  des 
ailes  pour  s'élever  au-dessus  des  choses  de 
la  terre;  elle  est  belle  et  souriante  malgré  sa 
maigreur  et  ses  privations.  Les  anges  qui 
l'entourent  l'admirent,  et  les  vertus  lui 
offrent  des  présents.  Saint  François  lui  met 
au  doigt  l'anneau  nuptial;  elle  devient  son 
épouse,  sa  reine;  il  fera  pour  elle  de  grandes 
conquêtes  et  lui  donnera  des  sujets  fidèles 


432 


Ectiuc    De    l'3rt    chrétien. 


dans  tout  l'univers.  Son  exemple  a  déjà  des 
imitateurs;  à  sa  droite,  un  jeune  homme 
revêt  un  pauvre  de  son  manteau,  tandis  qu  a 
sa  eauche,  des  mauvais  riches  et  des  avares 
résistent  aux  exhortations  d'un  ange  (p.  66). 

A  l'épouse,  à  la  reine,  il  faut  des  dames 
d'honneur  ;  saint  François  les  lui  donne  par 
les  vœux  d'obéissance  et  de  chasteté. 
L'obéissance  et  la  chasteté  sont  les  amies, 
les  parentes  de  la  pauvreté.  La  chasteté 
religieuse  n'est-elle  pas  la  pauvreté  des  sens, 
le  renoncement  à  des  jouissances  permises; 
et  l'obéissance,  la  pauvreté  de  la  volonté,  sa 
soumission  à  un  supérieur? 

La  Chasteté  habite  un  château  fortifié 
dont  les  abords  sont  gardés  par  des  anges  et 
de  vieux  guerriers,  armés  de  toutes  pièces. 
Elle  prie  dans  le  donjon  élevé  et  surmonté 
d'une  cloche  d'alarme.  Deux  anges  sont  à 
son  service.  Elle  a  pour  compagnes  la 
Pureté,  S.  munditia  et  la  force,  S.  forti- 
TUDO.  Du  haut  de  la  muraille  crénelée,  la 
Pureté  présente  à  un  jeune  homme  qui  veut 
être  chaste,  la  blanche  bannière  du  combat 
tandis  que  la  Force  lui  montre  la  couronne 
de  la  victoire.  Au  premier  plan  des  anges 
plongent  le  jeune  homme  dans  une  fontaine 
et  lui  donnent  un  second  baptême  pour  le 
purifier  de  toute  souillure  et  le  revêtir  de 
vêtements  nouveaux.  A  droite,  saint  Fran- 
çois aide  trois  personnes  à  gravir  le  rocher 
sur  lequel  est  bâti  le  château;  ce  sont  un 
religieux,  une  femme  et  un  homme  du 
monde  qui  représentent  sans  doute  les  trois 
ordres  qu'il  a  fondés.  A  gauche,  la  Pénitence 
armée  de  verges,  chasse  l'amour  sensuel  ; 
les  anges  et  les  vieux  guerriers  refoulent 
les  démons  dans  l'abîme  en  leur  montrant 
la  croix  {p.  216). 

Sous  un  élégant  portique,  l'Obéissance 
assistée  de  la  Prudence  et  de  l'Humilité, 
impose  à  saint  François  le  joug  de  la  vie 
religieuse.  Elle  a  pris  l'apparence  et  le  man- 


teau d'un  supérieur,  et  elle  met  le  doigt  sur 
ses  lèvres  pour  indiquer  qu'il  faut  obéir  sans 
observations  et  sans  murmure.  Saint  Fran- 
çois prend  lui-même  le  joug  pour  le  placer 
sur  ses  épaules.  Derrière  lui,  deux  disciples 
vont  le  recevoir  à  leur  tour.  Les  anges  age- 
nouillés assistent  pieusement  à  la  cérémonie. 
Un  ange  montre  l'Obéissance  à  un  centaure 
dont  les  passions  sauvages  se  révoltent  et 
repoussent  toute  dépendance  de  la  volonté. 
Dans  la  partie  supérieure,  saint  François 
est  enlevé  au  Ciel  par  les  liens  mêmes  du 
joug  dont   il   a   goûté  la  douceur  (p.  184). 

Ainsi  c'est  par  les  trois  vœux  de  la  vie 
religieuse  que  saint  François  est  entré  dans 
la  gloire,  et  Giotto  nous  rend  témoins  de  son 
triomphe.  Le  Saint  est  assis  sous  un  dais 
magnifique  que  surmonte  la  bannière  du 
Christ.  Il  est  revêtu  de  la  dalmatique  des 
diacres,  toute  resplendissante  d'or.  D'une 
main  il  tient  la  croix,  emblème  de  sa  victoire, 
et  de  l'autre  l'Evangile  qu'il  a  enseigné  par 
sa  parole  et  son  exemple.  Autour  de  son 
trône,  les  anges  sont  dans  l'allégresse  et 
célèbrent  ses  louanges.  Ceux  qui  sont  devant 
lui  portent  des  fleurs  symboliques,  des  lis, 
des  palmes  et  des  épis.  D'autres  jouent  de 
divers  instruments.  Nul  artiste  n'a  mieux 
représenté  que  Giotto  ces  purs  esprits  qui 
exécutent  les  ordres  de  Dieu.  Il  a  évité  les 
formes  trop  enfantines  ou  trop  féminines  de 
la  Renaissance,  et  il  les  a  revêtus  de  grandes 
aubes  qui  en  font  les  ministres  de  la  liturgie 
divine;  et  cela,  avec  une  variété  de  mouve- 
ments et  d'expressions  impossible  à  décrire. 
Ce  triomphe  de  saint  François  est  un  chef- 
d'œuvre.  Malgré  les  ravages  du  temps  et 
le  peu  de  jour  qui  l'éclairé,  son  effet  est 
éblouissant.  On  dirait  les  dernières  clartés 
d'une  vision  céleste  (p.  336). 

A  la  suite  de  Giotto,  les  peintres  de  son 
école  honorent  saint  François  et  se  plaisent 
à   reproduire   les    compositions  du   maître. 


le  triomphe  De   saint  jFrancois 


433 


Au  moyen  âge,  comme  dans  l'antiquité, 
lorsqu'une  œuvre  avait  mérité  la  faveur 
publique,  les  artistes  ne  craignaient  pas  de 
l'imiter,  en  y  ajoutant  l'originalité  de  leur 
talent.  C'est  ainsi  que  Puccio  Capanna  refit 
à  Pistoie,  le  triomphe  de  saint  François.  Le 
Saint  est  assis  sur  un  trône  d'une  belle 
architecture;  les  anges  lui  donnent  un  con- 
cert, tandis  que  d'autres  expriment  leur  joie 
par  des  danses  gracieuses  (p.  269). 

Un  des  sujets  le  plus  souvent  répétés 
est  le  mariage  de  la  Pauvreté.  Sano  di  Pietro, 
de  l'école  siennoise,  en  a  fait  une  idylle 
charmante.  Le  Saint  et  son  compagnon 
rencontrent  dans  un  site  solitaire,  les  trois 
vertus  bien-aimées.  Saint  François  met  au 
doigt  de  sa  chère  Pauvreté  l'anneau  des 
fiançailles.  Les  trois  vertus  s'envolent  au 
Ciel  pour  lui  en  montrer  le  chemin;  mais 
la  Pauvreté  détourne  encore  la  tête  et  salue 
d'un  doux  regard  son  fiancé  ('). 

Dans  une  petite  église  des  environs  de 
Sienne,  se  trouve  aussi  un  tableau  du  XV^ 
siècle  représentant  l'exaltation  de  saint  Fran- 
çois ;  il  est  dans  une  gloire  de  Séraphins  et 
sur  son  auréole  on  lit  ces  mots  :  Patriarcha 
Paupervm  Franciscvs.  Il  domine  la  mer  du 
monde  et  foule  aux  pieds  l'orgueil,  la  luxure 
et  l'avarice  qui  sont  portés  sur  des  animaux 
symboliques  ('). 

IX.  —  lies  artiétcp  bc  la  Ixcnniépaiiic. 

L'ILLUSTRATION  de  la  vie  de  saint 
François  offre  comme  une  galerie  de 
tableaux  où  on  peut  étudier  l'histoire  de  l'art 
depuis  Giotto  jusqu'à  nos  jours.  Les  maîtres 
de  toutes  les  écoles  y  figurent  par  des  œuvres 
remarquables.  Fra  Angelico  cependant  n'y 
est  pas  dignement  représenté.  Le  saint 
François  qui  sert  de  frontispice  au  vol-ume 

1.  P.  192.  Ce  tableau  publié  par  Rosini  appartient  main- 
tenant au  duc  d'Aumale. 

2.  P.  193.  V.  Mélanges  cTardiéologù;  t.  II,  p.  28. 


est  emprunté  à  la  grande  fresque  du  chapitre 
deSaint-Marc.  Cette  belle  composition  a  été 
malheureusement  détériorée  par  le  temps  et 
surtout  par  des  restaurations  maladroites. 
Le  fond  a  été  repeint;  la  couleur  et  le  dessin 
sont  altérés  (')  et  saint  François  est  un  des 
plus  maltraités.  Reste  la  pose  qu'il  est  diffi- 
cile d'apprécier,  séparée  de  l'ensemble.  Il 
est  vraiment  regrettable  que  le  talent  de 
M.  Gaillard  ait  été  employé  à  facsimiler 
cette  ruine.  Il  y  avait  tant  d'autres  saints 
François  à  choisir.  Fra  Angelico  l'a  repré- 
senté dans  plusieurs  de  ses  tableaux,  près 
de  ses  madones,  dans  le  Coici'07memeni  du 
Louvre,  le  Paradis  de  la  galerie  de  Florence 
et  dans  ses  jugements  derniers.  Pour  saint 
François  comme  pour  saint  Dominique,  il 
n'a  pas  adopté  un  type  unique.  Il  a  étudié  la 
nature  et  l'expression  sur  différents  religieux 
qui  reflétaient  le  mieux  la  sainteté. 

Saint  François  a  été  convenablement  re- 
présenté par  les  artistes  de  la  Renaissance, 
sa  vie  du  reste  prêtait  peu  aux  nudités 
païennes.  Les  plus  fidèles  à  son  culte  furent 
les  disciples  de  Savonarole.  Le  moine  réfor- 
mateur, loin  d'être  l'ennemi  de  l'art,  en  vou- 
lait le  progrès  et  le  défendait  contre  la 
corruption  des  mœurs  (-).  Son  heureuse 
influence  paraît  surtout  dans  les  œuvres 
sorties  de  l'atelier  d'Andréa  délia  Robbia. 
Ces  terres  cuites,  émaillées  et  si  bien  con- 
servées, nous  montrent  comment  la  forme 
peut  rendre  l'idée  et  à  quelle  perfection 
l'art  pouvait  atteindre,  en  suivant  une 
esthétique  vraiment  chrétienne.  Saint  Fran- 
çois y  figure  avec  honneur.  Nous  signale- 
rons principalement  les  belles  gravures, 
représentant  le  baiser  de  saint  Dominique 
et  de  saint  François  (p.  106),  saint  François 
donnant  la  rèzle  du  tiers-ordre  à  saint  Louis 
et  à  sainte  Elisabeth  (p.  163),  et  la  ravis- 

1.  Vie  de  Fra  Angelico,  p.  284. 

2.  L Art  chrétien.  Lettres  d'un  solitaire.  \'II,  3.  p.  121. 


434 


Ectiiic    tJC    rart    cbtcticn. 


santé  Nativité  à  laquelle  assistent  avec  les 
anges,  saint  François  et  saint  Antoine  de 
Padoue  (p.  430). 

La  Renaissance  offre  une  grande  variété 
de  types  de  saint  François,  et  beaucoup  ne 
semblent  pas  appartenir  à  la  stricte  obser- 
vance. Tous  portent  le  caractère  de  leur 
école  et  de  leur  temps.  On  dirait  un  con- 
cours d'artistes.  Libre  à  chacun  de  décerner 
le  prix  selon  ses  préférences.  Le  Pérugin 
n'est  représenté  que  par  une  étude  d'après 
un  jeune  religieux.  L'auréole  et  les  stigmates 
en  font  un  saint  François  (p.  400).  Raphaël 
est  absent  ;  il  eût  facilement  surpassé  son 
maître  par  le  saint  François  qui  prie  la 
madone  de  Foligno.  Celui  du  Corrège  est 
charmant  et  relève  sa  robe  avec  beaucoup 
de  grâce  (p.  144).  —  Titien  a  pris  pour 
modèle  un  de  ses  amis  qui  recommande 
à  l'enfant  Jésus  la  noble  et  belliqueuse  fa- 
mille Pezaro  (p.  400).  —  André  del  Sarte 
en  fait  un  savant  théologien  qui  discute  le 
mystère  de  la  sainte  Trinité  en  présence  de 
sainte  Marie  Madeleine  et  d'un  saint  Sébas- 
tien qui,  selon  l'usage,  est  très  peu  habillé 
(p.  192).  Paul  Véronèse  le  fait  jouer  avec  le 
petit  saint  Jean,  devant  la  sainte  Famille 
(p.  40S).  Tous  ces  peintres  ont  certainement 
beaucoup  plus  de  talent  que  de  dévotion. 

Vient  ensuite  l'école  des  Carraches  et  ses 
types  vulgaires.  Annibal  Carrache,  son  chef, 
représente  saint  François  malade  sur  son 
lit,  disant  son  chapelet,  en  écoutant  la  mu- 
sique d'un  ange  qui  joue  du  violon  pour  le 
récréer  (p.  405).  Le  Guerchin  se  lance  dans 
le  mysticisme;  un  ange  lui  explique  symbo- 
liquement la  sublimité  du  sacerdoce  ;  on  ne 
sait  pourquoi  le  Saint  se  passe  la  corde  au 
cou  comme  pour  s'étrangler  (p.  212). 

L'école  espagnole  est  plus  chrétienne  et 
Murillo  lui  fait  honneur  par  une  de  ses  plus 
belles  compositions.  Saint  François  repousse 
du  pied  le  monde  et  tient  embrassé  Notre- 


Seieneur  crucifié  dont  le  bras  se  détache  de 

o 

la  croix  pour  le  presser  sur  son  cœur.  Deux 
petits  amours  portent  l'Évangile  ouvert  à 
ces  paroles:  Qiti  non  rcniintiat  omnibus  qjiœ 
possidet,  non  potest  esse  meus  discipidus.  Ce 
groupe  est  de  trop,  la  pensée  de  l'artiste  est 
lumineuse  comme  son  tableau  (p.  34).  Zur- 
baran  traite  son  sujet  avec  une  réalité 
saisissante,  mais  avec  une  vérité  incomplète; 
il  ne  suffit  pas  de  photographier  un  moine 
en  prière  ou  étendu  mort  par  terre  pour 
représenter  saint  François  (p.  258,  411). 
La  statue  d'Alfonso  Cano  nous  le  montre 
en  extase.  L'austérité  de  l'ensemble  et  l'ex- 
pression de  la  figure  impressionnent  vive- 
ment. Le  regard  du  Saint  plonge  dans 
l'infini  (p.  2S0). 

Que  dire  de  l'école  flamande  ?  Rem- 
brandt fait  poser  un  moine  dans  une  grotte 
pour  un  effet  de  lumière.  Le  moine  est  à 
genoux,  avec  un  crucifix,  un  livre  et  une  tête 
de  mort  (p.  60). 

Le  saint  François  de  Teniers  est  meublé 
de  la  même  manière,  à  l'abri  d'un  rocher, 
mais  il  est  distrait  et  détourne  la  tête,  comme 
s'il  entendait  au  loin  les  cris  joyeux  d'une 
kermesse  (p.  61).  Quant  à  Rubens,  il  a 
poussé  la  vulgarité  de  la  forme  jusqu'à 
l'inconvenance.  Il  a  choisi  des  portefaix 
d'Anvers  pour  leur  donner  la  robe  de  moine. 
Celui  qui  reçoit  les  stigmates,  semble  effrayé 
de  l'étrange  Séraphin  qui  lui  apparaît  (p. 
412).  Rubens  seul  a  eu  l'idée  de  déshabiller 
saint  François  pour  le  faire  communier  à 
l'heure  de  la  mort.  De  vieux  moines  qui 
l'entourent  l'empêchent  de  tomber.  Cette 
composition  semble  être  une  grossière  con- 
trefaçon de  la  Communion  de  saint  Jérôme 
par  le  Dominiquin  (p.  256).  Que  nous 
sommes  loin  d'Assise  et  de  Giotto  ! 

La  vieille  école  française  est  représentée 
par  le  seul  tableau  de  Lahire  qui  est  au 
Louvre.  Le  sujet  est  légendaire;    c'est    la 


le  triomphe  De  saint   jFrancois. 


435 


visite  du  pape  Nicolas  V  à  saint  François 
■en  prière  dans  son  tombeau  (p.  265). 
L'école  moderne  nous  offre  le  carton  d'un 
vitrail  dessiné  par  Ingres  :  saint  François 
enllammé  d'amour  pour  la  croix.  L'expres- 
sion est  un  peu  forcée  et  ressemble  à  une 
crise  nerveuse  (p.  415).  Flandrin,  plus  chré- 
tien que  son  maître,  a  mieux  rendu  le 
Séraphin  d'Assise,  dans  ses  peintures  de 
saint  Vincent  de  Paul.  C'est  une  des  plus 
belles  figures  de  cette  procession  de  saints 
qui  cheminent  de  la  terre  au  ciel  (p.  2S9). 
Enfin  le  charmant  tableau  de  Bénouville 
nous  fait  assister  à  la  dernière  bénédiction 
que  saint  François  donne  à  sa  ville  natale. 
Les  grandes  et  paisibles  lignes  du  paysage 
sont  pour  beaucoup  dans  la  douce  émotion 
que  produit  la  scène  (p.  252). 

Il  serait  facile  de  citer  d'autres  œuvres 
contemporaines  à  la  gloire  de  saint  Fran- 
çois. Sa  vie  est  toujours  féconde  ;  elle  peut 
inspirer  le  talent  des  artistes  comme  la 
charité  des  petites  soeurs  des  pauvres.  L'art 
■chrétien  n'est  pas  mort  ;  il  sommeille  seule- 
ment et  l'Église  le  réveillera  au  jour  de  la 
victoire,  lorsqu'elle  aura  triomphé  des  per- 
sécutions présentes.  Il  faut  s'y  préparer  par 
l'étude  du  vrai  et  du  beau.  Ce  sont  les  efforts 
individuels  qui  vaincront  les  obstacles  et 
rendront  à  l'art  sa  mission  sociale. 

X.  —  KCa  «idcnrc  et  rnmaiir  de  ï'nrt 

L'I  LLUSTRATION  de  la  vie  de  saint 
François  résume  pour  ainsi  dire  l'his- 
toire de  l'art,  en  nous  montrant  dans  un  seul 
sujet  la  différence  des  époques  et  des  écoles. 
Si  nous  ne  l'avons  considérée  qu'au  point  de 
vue  religieux,  ce  n'est  pas  que  nous  mépri- 
sions les  arts  d'imitation  développés  par  la 
Renaissance.  Nous  les  aimons  au  contraire 
et  nous  désirons  leur  perfection,  pourvu  que 


ce  soit  au  profit  du  bien  et  non  du  vice.  Ils 
procurent  des  jouissances  légitimes  aux  con- 
naisseurs qui  seront  toujours  le  petit  nom- 
bre, car  le  peuple  ne  sait  pas  apprécier  la 
vérité  du  dessin  et  l'harmonie  des  couleurs. 
Il  ne  voit  dans  un  tableau  que  le  fait  qu'il 
représente  et  le  sentiment  qu'il  exprime. 
C'est  pourquoi  il  s'agenouille  plutôt  devant 
une  peinture  naïve  du  moyen  âge  que  devant 
le  chef-d'œuvre  d'un  grand  maître. 

Qu'il  nous  soit  permis,  pour  conclure  et 
pour  nous  défendre  des  théories  exclusives 
qu'on  nous  attribue  ('),  de  citer  ce  que  nous 
écrivions  en  1857,  dans  la  Vie  de  fra  Ange- 
lico  de  Fiesole.  Nous  la  terminions,  en  pro- 
posant le  saint  religieux  comme  le  meilleur 
guide  à  suivre  dans  la  renaissance  de  l'art 
chrétien,  et  nous  disions  :  «  C'est  à  lui  qu'il 
faut  reprendre  la  tradition  interrompue  ;  il 
faut,  à  son  exemple,  croire  fermement  aux 
dogmes,méditer  l'Évangile  et  en  admirer  les 
beautés  dans  la  vie  des  saints  ;  il  faut  aussi 
les  étudier  dans  les  œuvres  des  maîtres  des 
écoles  anciennes  qui  sont  les  pères  de  l'art 
chrétien,  non  pas  pour  en  imiter  le  vieux 
style,  mais  pour  en  suivre  les  types,  qui  sont 
les  définitions  des  vérités  à  rendre.  L'art  a 
besoin,  comme  la  religion,  d'une  autorité 
doctrinale  qui  donne  à  tous  les  mêmes  vé- 
rités. 

«  L'artiste  chrétien  doit  étudier  la  na- 
ture. N'est-ce  pas  pour  exprimer  la  vérité 
que  Dieu  a  fait  toutes  les  merveilles  du 
monde  visible.-'  Qu'il  s'en  pénètre  donc  et 
qu'il  les  reflète  en  luttant  avec  son  divin 
modèle  ;  qu'il  emploie,  comme  une  langue 
docile,  la  noblesse  des  proportions,  la  sou- 
plesse des  lignes,  la  magie  de  la  lumière, 
l'harmonie  des  couleurs,  et  qu'il  les  réunisse 
sur  la  figure  de  l'homme  pour  que  la  nature 
entière  glorifie  son  Auteur. 

«  Toutes  ces   beautés,  l'artiste  peut  les 

I.  Le  Monde,  10  avril  1885. 


REVUE    DK    l'art   CHKÉ'riEN. 
1885.    —  4'"*^  LIVRAISON. 


436 


îacuuc   De   rart   cljrcticn. 


étudier  dans  les  œuvres  de  ceux  qui  les  ont 
consacrées  à  de  vaines  idoles.  Il  peut,  comme 
le  peuple  d'isracl,  prendre  les  vases  précieux 
de  l'Egypte,  pour  aller  sacrifier  au  vrai 
Dieu  dans  le  désert.  L'art  antique  est  un 
riche  métal  que  sa  main  doit  fondre  pour  en 
décorer  le  sanctuaire.  Tout  ce  qui  est  beau 
est  chrétien  ;  qu'il  s'approprie  donc  cette 
pureté  de  goût,  cette  perfection  de  forme, 
cette  simplicité,  cette  mesure  qui  brillent 
dans  les  monuments  de  Rome  et  d'Athènes. 
Le  paganisme  que  nous  avons  à  craindre, 
c'est  le  paganisme  de  nos  âmes  (').  » 

I.  Vte  dcfra  Angelico,  Ch.  XH',  p.  369. 


Nos  principes  sont  toujours  les  mêmes  et 
nous  les  avons  développés  dans  nos  «  Lettres 
d'un  solitaire  ».  Nous  conseillerons  toujours 
aux  artistes  l'étude  intelligente  de  la  tradi- 
tion, de  la  nature  et  de  l'antique,  afin  de 
rendre  dignement  la  vérité  par  la  forme  ; 
mais  pour  y  parvenir,  il  ne  suffit  pas  de  con- 
naître la  vérité,  il  faut  encore  l'aimer.  La 
science  et  l'amour  sont  les  deux  ailes  qui 
élèvent  l'âme  vers  Dieu  et  la  perfection  ;  la 
science  et  l'amour  doivent  s'embrasser 
comme  saint  Dominique  et  saint  François. 

E.  Cartier. 


Fer  cL  hosties  conservé  au  couvent  de  Greccio.  Hostie  faite  avec  le  moule  de  Greccio. 


Retjue  Dt  l'Hrt  t\)xttxm< 


PL.  XVI. 


n 


I.  —  Calice  de  saint  Gérard  (X'  siècle). 


(r.aliccs  à  an9cs. 


^ 


^^M^^^^^^^^^^^^^^^:^::^:^::^::-^::^:-^::^::^::^:^ 


y^/■v^v^v^/•v.v^•/^7^/^/■v^y^•/^•,^S/^•/^y^•/^•/^^ 


& 


CCalices  ïie  saint  Gcrarli  et  lie  saint  -Josse. 


I^S^li^S®  X)'aprc.s  les  arcbitics  bcncDictincs.  iB^1BBriBB>lB 


:S^^:;<^z^^^7^y^•/^y^y^/^•/^c^•/^\^  ^S^^^^^^^^^^^^^^-^S'^S^S^^S 


C'est  ce  dernier  privilège,  le  plus  précieux 
en  archéologie,  qui  nous  rappelle  les  deux 
calices  de  saint  Gérard  et  de  saint  Josse;  et 
ce  sont  ces  dessins,  copiés  dans  les  papiers 
de  Montfaucon  pour  notre  grande  collec- 
tion (')  de  calices,  que  nous  mettons  ici  sous 
les  yeux  des  lecteurs  de  la  Revjie. 

Montfaucon  en  constituant  ses  vastes 
recueils  de  monuments,  cherchait  de  tous 
côtés,  il  demandait  qu'on  les  lui  fit  connaître 
et  surtout  qu'on  lui  en  fournît  les  copies.  Il 
avait  des  correspondants  dans  beaucoup 
de  pays  qui  s'efforçaient  de  satisfaire  sa 
curiosité,  et  d'apporter  leur  pierre  à  sa  grande 
entreprise.  Leurs  lettres  sont  curieuses  ; 
elles  montrent  ce  grand  homme,  si  avide  de 
science,  écrivant,  interrogeant,  n'obtenant 
pas  toujours  des  réponses  suffisantes,  mais 
rencontrant  le  plus  souvent  des  hommes 
empressés  et  fiers  de  lui  prêter  leur  con- 
cours. Elles  donnent  l'idée  des  difficultés 
qu'il  trouvait  à  obtenir  de  bons  dessinateurs, 
difficultés  que  les  communications  lentes  de 
son  temps  compliquaient  pour  lui  ;  elles  re- 
tracent,en  un  mot,  ces  péripéties  des  corres- 
pondances archéologiques,  dont  les  joies  et 
les  déboires  ne  sont  compris  que  de  ceux 
qui  s'y  livrent. 

Au  dessin  du  calice  de  saint  Gérard  que 
nous  empruntons  à  ces  documents,  est  atta- 
ché  non    seulement  le  souvenir  de    Rlont- 


ES  calices  à  anses  ont 
figuré  dans  la  liturgie 
primitive  ;  les  anciens 
avaient  des  verres  à 
boire,  garnis  d'anses,  et 
le  bon  sens  indiquerait, 
à  défaut  de  nombreux 
monuments,  que  les  apôtres  durent  en  faire 
usage  pour  consacrer.  Les  pierres  cimeté- 
riales  répètent  à  l'infini  cette  forme  de 
vases  où  l'intention  mystique  du  graveur 
n'écartait  pas  certainement  l'imitation  si 
naturelle  en  cette  circonstance  des  vaisseaux 
sacrés.  Les  mosaïques  de  Ravenne  et  de 
Classe  présentent  des  calices  anses  d'un 
caractère  liturgique  incontestable  dont  nous 
retrouverons  la  reproduction  presque  tex- 
tuelle dans  les  vases  éblouissants  de  richesse 
du  trésor  de  Venise. 

S'il  y  eut  des  calices  simples  comme  à 
Lamon  (VI^  siècle), à  Kremsmunster  {VI I^), 
à  Werden  (IX^),  la  tradition  antique  des 
anses  se  perpétua  à  travers  toute  la  période 
des  Carlovingiens  ;  on  peut  le  voir  sur  l'i- 
voire de  Francfort,  le  sacramentaire  de 
Drogon,  et  surtout  le  calice  de  saint  Gau- 
zelin  à  Nancy  (  ►J<  963),  peut-être  la  seule 
épave  de  ce  genre  que  n'ait  pas  engloutie  la 
Révolution.  On  en  saisirait  encore  mieux  le 
fil,  sans  ce  vandalisme  de  la  fin  du  XVI 11^ 
siècle  qui  nous  a  ravi  tant  de  précieux  spé- 
cimens ;  pour  la  plupart  le  souvenir  même 
en  est  effacé,  pour  plusieurs  nous  avons 
encore  quelques  lignes  de  description;  enfin 
pour  quelques-uns  nous  possédons  des 
dessins. 


I.  Ch.  Rohault  de  Fleury  :  La  messe,  études  a>-c/it'ûlo<^igucs 
sur  ses  monuments.  Les  trois  premiers  volumes  ornés 
chacun  de  plus  de  80  planches  gravées,  et  pourvues  d'un 
texte,  ont  paru  chez  des  Fossez,  13,  rue  Bonaparte.  Les 
suivants  comprendront  les  vases  sacres,  les  vêtements 
sacerdotaux  et  les  divers  objets  de  la  sainte  liturgie. 


438  . 


ïacuuc  oc   rart    chrétien 


faucon  mais  le  nom  de  l'illustre  Dom  Cal- 
met  (').  Dans  une  lettre  d'envoi  datée  du 
12  janvier  1726,  celui-ci  commence  par 
entretenir  son  correspondant  de  sujets  de 
librairie  ;  il  lui  mande  qu'il  a  trouvé  deux 
acquéreurs  pour  son  ouvrage  et  lui  indique 
la  manière  dont  les  ballots  doivent  être 
adressés.  Il  aurait  lui-même  désiré  se  procu- 
rer des  livres  du  grand  bénédictin,  malheu- 
reusement il  est  livré  dans  son  monastère  à 
des  travaux  de  construction  qui  absorbent 
ses  ressources.  Il  ajoute  enfin  qu'il  lui  envoie 
un  dessin  du  calice  de  saint  Gérard.  En  effet 
ce  dessin  sur  une  feuille  de  papier  séparée, 
était  inséré  dans  la  lettre  ;  finement  tracé 
et  ombré  à  la  sanguine,  il  a  laissé  quelques 
traces  de  crayon  rouge  sur  la  lettre  elle- 
même.  Calmet  l'avait  accompagnée  de  la  lé- 
gende suivante,  écrite  de  sa  propre  main. 
Quelque  part,  il  s'excuse  de  sa  mauvaise 
écriture,  laquelle  offre  parfois  des  lettres 
mal  formées,  mais  reste  toujours  ferme  et 
accentuée. 

«  Autour  de  la  coupe  sont  gravées  l'image 
«  de  Notre-Seigneur,  de  la  sainte  Vierge, 
«  de  saint  Pierre,  de  saint  Paul  et  de  six 
«  apôtres,  en  tout  dix  personnages. 

«  Autour  du  pied  du  même  calice  sont 
ofravés  les  emblèmes  des  auatre  évan^é- 
listes  ou  des  quatre  animaux  d'Ézéchiel. 

«  Calice  de  saint  Gérard,  évêque  de  Toul, 
«  mort  en  994,  conservé  dans  l'abbaye  de 
«  St-Mansuy,  près  la  ville  de  Toul.  Il  est 
«  d'argent  doré  ;  haut  de  cinq  pouces,  cinq 
«  lignes.  La  couppe  a  quatre  pouces  et  demy 
«  de  diamètre,  le  pied  autant  de  diamètre  ; 
«  la  patène  a  six  pouces  en  tout  de  diamètre 
«  et  le  diamètre  du  milieu  de  la  même  pa- 
«  tène  quatre  pouces  et  demy.  Au  centre  on 
«  voit  l'agneau  pascal  portant  une  croix  avec 
«  une  petite  bannière.  » 

I.  Dibliolhcque  nationale,  fonds  latin  iiçis,  /'•  gS  et  çg. 


Dom  Ruynart  l'avait  déjà  vu  à  Toul  en 
1696;  dans  son  «  Ifer  litterarhini  »,  il  nous 
en  a  laissé  cette  description:  «  Dans  le  tré- 
«  sor  il  existe  un  antique  calice  avec  deux 
«  anses  sur  lequel  sont  représentées  diverses 
«  figures  qui  paraissent  avoir  été  sculptées 
«  il  y  a  environ  700  ans.  Aussi  nous  suppo- 
«  sons  que  ce  calice  fut  donné  par  saint  Gé- 
«  rard  dont  on  conserve  aussi  la  chasuble 
«  et  l'aube.  » 

Dans  le  Voyage  littéraire  de  detix  béné- 
dictins nous  lisons  simplement  qu'ils  virent 
(17 17)  «  dans  l'abbaye  de  Saint-Mansui, 
«  fondée  par  saint  Gérard,  le  calice  de  ce 
«  saint  dont  la  coupe  est  fort  large  et  qui  a 
«  des  ances  et  son  aube  qui  est  aussi  fort 
«  large  par  le  bas  (').  » 

Mention  est  encore  faite  de  ce  calice  par 
Gerbert  qui  le  vit,  peut-être  un  des  derniers,, 
à  la  fin  du  XVI  Ile  siècle  (=). 

On  pourra  compléter  sur  le  dessin  ce  que 
ces  descriptions  offrent  de  trop  laconique: 
on  y  verra  que  les  personnages  étaient  placés 
chacun  sous  une  arcade  avec  colonnes  torses 
que  surmontaient  un  chapiteau  ionique 
et  un  petit  fronton.  Le  Sauveur  nimbé, 
debout,  bénissait  de  la  main  droite  et  tenait 
un  livre  de  la  gauche.  Le  nœud  était  formé 
de  côtes  entre  deux  rangs  de  perles. 

Sur  le  pied, entre  deux  zones  d'ornements, 
on  voit  gravé  le  lion  symbolique  de  St  Marc, 
qui  semble.appuyé  sur  ses  pattes  de  derrière, 
prêt  à  s'élancer  ;  on  distingue  difficilement 
les  autres  attributs  vus  en  raccourci. 

Ce  dessin,  quoique  d'une  médiocre  gran- 
deur, est  tracé  avec  assez  de  soin  pour  qu'on 
puisse  deviner  le  style,  et  ce  style  confirme 
le  jugement  chronologique  que  D.  Ruinart 
et  D.  Calmet,  à  deux  reprises  différentes, 
ont  porté  sur  ce  vase.  Le  petit  portique 
sous  lequel  sont  figurés  les  saints,  ses  co- 

1.  Voyage  litt.  II,  130. 

2.  Veius  Lilurgia  Alcinannica,  i. 


Calices  De  saint  ©érarti  et  te  saint  3losse. 


439 


lonnes  ont  encore  cet  accent  que  les  ouvriers 
carlovingiens  surent  souvent  emprunter  à 
l'antiquité  avec  une  étonnante  habileté  ; 
d'une  autre  part  la  manière  du  nœud,  l'éva- 
sement  du  pied  sur  lequel  les  attributs  évan- 
géliques  nous  annoncent  déjà  les  composi- 
tions symboliques  dont  se  couvriront  bien- 
tôt les  calices,  sont  des  traits  de  l'époque 
romane.  S'il  nous  est  permis  de  former  une 
résultante  moyenne  de  ces  deux  observa- 
tions, nous  convergerons  vers  une  époque 
de  transition  placée  entre  les  carlovingiens 
et  les  romans,  et  nous  pourrons  reconnaître 
dans  ce  calice,  à  la  suite  des  bénédictins, 
une  relique  de  saint  Gérard  (963-994). 

Nous  n'avons  pas  placé  d'abord,  dans  la 
double  étude  que  nous  nous  sommes  propo- 
sée ici,  le  calice  de  saint  Josse,  qui  vivait  au 
Vile  siècle,  parce  qu'il  nous  paraît  impos- 
sible de  souscrire,  comme  pour  le  précédent, 
à  l'authenticité  de  la  tradition  et  de  le  faire 
remonter  à  cette  époque  reculée.  On  pourra 
s'en  convaincre  en  jetant  les  yeux  sur  les 
dessins  que  nous  en  a  aussi  conservés 
Montfaucon(i).Ces  dessins, datés  de  i730,et 
signés  F.  S.  Retel,  sont  seulement  au  crayon 
et  négligés  sur  certains  détails;  néanmoins, 
comme  ils  sont  de  la  grandeur  de  l'original, 
et  qu'ils  nous  le  montrent  sur  les  deux  faces, 
on  peut  juger  le  caractère  du  travail. 

La  lettre  d'envoi  est  intéressante  et  nous 
demandons  permission  de  la  transcrire  quoi- 
qu'elle n'ait  pas  intégralement  trait  à  l'ar- 
chéologie du  calice.  Elle  met  en  relief 
les  difficultés  et  les  retards  qu'avaient 
Montfaucon  et  ses  correspondants  dans  leurs 
recherches. 

«  A  St-Josse-sur-mer,  27  juillet  1730. 
«  Mon  Révérend  Père, 
«  Au  mois  d'octobre  dernier  j'eus  l'honneur 
«  de  vous  dire  que   nous  avions  un   calice 

I.  Bibl.  nat., fonds  latin  il 907. 


«  digne  de  remarque,  qu'il  y  en  avait  aussi 
«  un  autre  venant  du  même  saint,  dont  nous 
«  parlerons,  en  l'abbaye  de  St-Josse-au-bois, 
«  dit  Dom-Martin  prémontrés  ;  j'eus  l'hon- 
«  neur  de  leur  mander  que  le  leur  et  le  nôtre 
<(  méritoit  d'avoir  place  dans  vos  ouvrages. . . 
«  Ces  messieurs  m'envoyèrent  un  chifon  de 
«  dessin  qui  n'étoit  point  à  vous  présenter... 

«  St-Josse  dont  le  Père  était  Juthaël,  roy 
«  de  la  Basse-Bretagne,  qui  mourut  en  618 
«  se  retira  dans  la  même  année  dans  le 
«  Ponthieu  pour  éviter  la  courousse  que  son 
«  frère  aisné  voulut  lui  defferer.  Celui-cy 
«  s'apelloit  Judichaël  et  estoit  âgé  de  27  ans 
«  lorsqu'on  le  couronna  en  6 1 8,  et  saint  Josse 
«  de  25  ans  lorsqu'il  vint  en  ce  pays  de 
«  Ponthieu  où  il  demeura  7  ans,  durant 
«  lesquels  il  prit  les  SS.  Ordres  dans  le  châ- 
«  teau  du  comte  Haymou  qui  l'avait  reçu 
«  en  618  ;  il  passa  ces  7  ans,  en  625  il  se 
«  retira  dans  une  cabane  ou  hermitasfe  en 
«  un  lieu  nommé  en  ces  temps  brahic  où  a 
«  été  l'abaye  Devaloir  aujourd'huy  couverte 
«  des  sables  de  la  mer,  entourée  de  la  rivière 
«  d'Authie.  En  633  il  changea  de  lieu  et  vint 
«  planter  son  piquet  à  Rimach,  sur  le  bord 
«  de  la  rivière  de  Cancho  où  est  aujourd'huy 
((  notre  abaye.  Il  fut  à  Rome  en  650  alors 
«  âgé  de  57  ans  et  à  son  retour  il  eut  ce  mi- 
«  racle  qui  a  rendu  précieux  les  2  calices 
«  de  Dom  Martin  et  de  saint  Josse.  Saint 
«  Josse  célébrant  un  jour,  un  ii^  de  juin 
«  en  présence  du  comte  Haimon  la  Ste 
«  Messe,  au  moment  de  la  consécration 
«  aparut  au-dessus  de  sa  tête  une  main 
«  céleste  qui  bénit  l'oblation  et  celuy  qui 
«  l'offroit  et  une  voix  fut  entendue  qui 
«  disoit,  etc. 

«  On  tient  qu'il  se  servoit  alors  de  ces 
«  deux  calices  dont  je  vous  donne  le  détail 
«  ou  plutôt  la  description  ;  pardon  cest  un 
«  procureur  qui  parle  et  non  un  historien. 
«  Les  calices  sont  fort  anciens.  La  matière 


440 


ïactiuc  Dc  rart   cijrcticn. 


«  paraît  être  d'un  estain  fort  affiné,  le  fond 
«  de  la  coupe  est  traversé  et  meslé  de 
«  petites  rayes  jaunes  qui  donnent  à  croire 
«  qu'il  y  a  de  l'or  dans  la  composition.  Cette 
«  figure  est  juste  pour  la  hauteur  et  lar- 
«  geur  (■).  La  coupe  peut  tenir  trois  demis 
«  septiers  de  Paris.  Celuy  de  Dom  Martin 
«  porte  aussi  une  légende  que  voicy  suniittir 
«  hic  Christi  sangicis  protectio  iimndi.  Ils 
«  servaient  tous  deux  l'un  pour  la  consécra- 
«  tion,  l'autre  pour  l'administration  du  pré- 
«  cieux  sang  lors  du  miracle. 

«  Si  votre  Révérence  a  besoin  de  plus 
«  ample  explication,  elle  aura  la  bonté  de 
«  me  le  faire  mander  par  un  de  ses  scribes. 
«  Je  demeure  avec  une  profonde  vénéra- 
«  tion. 

Mon  Révérend  Père 

votre  très  humble  et  obéissant  religieux 
Fr.  Mathias  François 
Moîdini. 

Les  deux  bénédictins  (°)  ont  vu  ce  pré- 
cieux calice  dans  leur  visite  à  l'abbaye,  et, 
ils  nous  en  ont  laissé  cette  description  utile 
à  citer  après  le  manuscrit  précédent:  «  On 
«  trouve  à  deux  lieues  de  là  (Monstreuil) 
«  l'abbaye  de  St-Josse-sur-mer,  où  nous 
«  n'avons  rien  vu  de  remarquable,  que  le 
«  calice  de  saint  Josse,  qu'on  ne  peut  nier 
«  être  très  ancien.  Il  est  de  fonte  et  peu 
«  élevé;  mais  la  coupe  est  fort  large;  elle  a 
«  deux  ances  ;  et  on  y  lit  cette   inscription  : 

^   CUM   VINO  MIXTA  FIT  XPI   SANGUIS  EX  (.')   UNDA 

►J«  Talibus  his  sumptis  salvatur  quisque  fidelis 
«  Sur  la  coupe  est  représenté  un  Christ 
«  dans  son  siège,  entre  saint  Pierre  et  saint 
«  Paul  et  de  l'autre  côté  un  agneau  entre 
«  deux  anges.  Sur  le  pied  du  calice  sont 
«  représentés  quatre  figures  de  saints;  l'un 

«  revêtu  en  prêtre  avec  cette  inscription 

«  5".  Sacerdos  Christi  et  conf essor.  L'autre  en 

1.  0,20  de  haut. 

2.  Voyage  littéraire^  II,  179. 


«  habits  sacerdotaux  mais  sans  mitre  avec 
«  ces  mots  :  Hic  est  sanctus  Martinus  ar- 
«  chiepiscopus.  Le  troisième  en  habits  sacer- 
«  dotaux  tenant  la  crosse  en  main,  mais 
«sans  mitre  avec  cette  inscription:  Pater 
«  monachorum  Benedictus  abbas.  Enfin  le 
«  quatrième  revêtu  en  habits  pontificaux 
«  tenant  la  crosse  en  main  mais  sans  mitre 
«  avec  cette  inscription:  Hic  est  S.  Vcdastits 
«  episcopîts.  » 

L'abbé  Texier  (')  dans  son  Dictionnaire 
d orfèvrerie,  publie  une  gravure  de  ce  calice, 
mais  ce  dessin  paraît  infiniment  moins  digne 
de  confiance  que  celui  de  Montfaucon. 

Nous  avons  dit  que  nous  devions  péremp- 
toirement écarter  pour  l'âge  de  ce  ca- 
lice l'époque  où  vivait  saint  Josse  qui  lui  a 
donné  son  nom  mais  il  est  plus  difficile 
d'apporter  ici  une  affirmation  chronologique 
précise.  Le  caractère  des  personnages,  leur 
attitude,  la  figure  du  Christ  qui  semble  être 
imberbe,  les  bustes  de  saints  sur  le  pied  qui 
ne  portent  pas  de  mitre,  offrent  des  traits 
encore  carlovingiens;  s'ils  étaient  les  seuls 
nous  n'hésiterions  pas  à  adopter  le  X^  siècle 
comme  solution  ;  mais  les  feuillages  du  nœud 
et  des  bordures,  les  perles,  la  forme  des 
caractères  de  l'inscription,  autant  qu'on  peut 
le  dire  dans  les  questions  si  obscures  de 
l'épigraphie,  les  abréviations  tendent  à 
faire  descendre  notre  attribution  à  l'époque 
romane  ;  enfin  la  forme  léonine  des  vers 
inscrits  sur  les  lèvres  du  calice  milite 
pour  une  époque  plus  tardive.  D'après  ces 
motifs,  on  pensera  sans  doute  que  le  mieux 
est  de  voir  dans  ce  précieux  vase  un  mo- 
nument du  Xle  siècle. 

Les  deux  calices  dont  nous  rapprochons 
ici  les  dessins  forment  une  page  intéressante 
de  l'histoire  des  vases  eucharistiques;  ils 
sont,  pour  ainsi  dire,  le  prélude  de  l'école 

I.  Voy.  Migne,  col.  307  et  1475.   Il  renvoie  îi  Mabillon, 
Ann.  bcncd.  et  Voyage  des  bénédictins,  p.  35. 


Calices  De  saint  (SérarD  et  De  saint  Jossc. 


441 


mystique  des  orfèvres  rhénans,  ils  nous 
montrent  déjà  ces  compositions  symboliques 
dont  le  XI  !«  siècle  fit  des  poèmes  entiers 
et  qu'il  dév^eloppa  sur  les  galbes  de  vermeil 
des  calices.  Dans  le  premier  on  voit  les 
quatre  évangélistes,  les  fleuves  du  paradis 
sur  les  bords  desquels  s'élèvent  la  Jérusalem 
céleste  et  ses  portiques  où  l'artiste  nous 
montre  le  Christ  et  les  apôtres.  Dans  le 
second  sous  une  forme  différente  et  à  une 
époque  une  peu  moins  reculée  se  mani- 
feste l'idée  d'ascension  de  la  terre  au  ciel: 
la  terre  représentée  par  le  pied  et  les 
saints  qui  l'ont  quittée  depuis  peu  de  temps, 
le  ciel  par  le  Christ  et  les  apôtres  en  posses- 
sion du  bonheur  éternel,  et  rapprochés  des 
lèvres  du  calice  où  coule  le  breuvage  d'im- 
mortalité. Nous  verrons  en  avançant  dans 


la  période  romane  ces  sentiments  se  déve- 
lopper de  plus  en  plus,  sous  des  formes  et  des 
images  variées,  mais  constantes  dans  le  fond. 
C'est  toujours  l'idée  d'une  fleur  plantée  sur 
la  terre,  y  puisant  les  sucs  de  sa  substance, 
élevant  sa  tige  et  ses  feuilles  à  travers  les 
siècles  et  les  saints  qu'ils  ont  produits,  puis 
ouvrant  vers  le  ciel  son  calice  pour  y  rece- 
voir la  liqueur  divine.  —  Cette  poésie  ne 
disparaît  qu'à  la  Renaissance  qui  orne,  qui 
cisèle  avec  plus  de  perfection,  mais  qui  ne 
pense  plus.  Efforçons-nous  de  revenir  vers 
ces  grands  siècles  et  ces  fortes  écoles,  et 
remercions  les  bénédictins  du  XVI I^  siècle 
qui  nous  ont  conservé,  au  prix  de  tant  d'ef- 
forts de  si  nombreux  et  si  féconds  souvenirs. 

G.    ROHAULT  DE  FlEURY. 


^^j^A  ^^^Jl^^  :^^.^t^JiJ^^:^^:^^-^LJ^^:^.^^ 


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Peintures  murales  romanes  à  la  cat{)élirale 


lie  ©ournat.  ^m^^^m^m^m^m^ 


=îm^m^m^^^^^^m^^^^^^m^^^^mm^^^i^m^^ii^m^m^^i^^i^^^^^^^, 


^'^'^"'Ç'^^'^'YTTTTTTTTTTTTTTTTm 


OUS  avons  dit  quelques 
mots,  dans  la  dernière 
livraison  de  la  Revue  de 
r Art  chrétien,  des  im- 
portantes peintures  mu- 
rales de  l'époque  ro- 
>^v9^m:^^wwmvi  mane  découvertes  dans 
le  transept  de  la  cathédrale  de  Tournai 
au  mois  de  juillet  dernier.  Cette  trouvaille 
n'était  pas  tout  à  fait  imprévue.  Dès  1865 
deux  fragments  de  la  même  décoration 
pittoresque,  mis  au  jour  en  grattant  le  crépi 
des  murs,  avaient  été  décrits  par  feu  le 
Vicaire-général  Voisin,  le  vénéré  président 
de  la  Gilde  de  Saint-Thomas  et  de  Saint- 
Luc  (I). 

Ils  se  voyaient  au-dessus  de  deux  autels 
gigantesques  en  style  classique,  qui  dépa- 
raient, depuis  le  siècle  dernier,  la  belle  cathé- 
drale romane.  En  enlevant  cet  été  les  autels 
intrus  on  a  mis  au  jour,  nous  l'avons  dit, 
six  nouveaux  panneaux  de  peintures  légen- 
daires, faisant  suite  à  l'un  des  deux  premiers. 
Contrairement  aux  prévisions  exprimées 
dans  notre  entrefilet  rappelé  plus  haut,  on 
n'a  jusqu'ici  rien  découvert  d'analogue 
derrière  l'autel  du  côté  méridional.  Nous 
n'aurons  donc  à  nousoccuper  dans  cet  article, 
que  de  la  Légende  de  sainte  Marguerite, 
qui,  dans  le  bras  septentrional  du  transept, 
se  développe  en  7  registres  étages  sur  une 
paroi  de  mur  d'environ  3  mètres  de  largeur 
et  de  10  de  hauteur.  La  légende  doit  se  lire 

I.  Bulletin  de  la  Commission  royale  (Part  et  d'archéo- 
logie de  Belgique,  t.  IV. 


de  haut  en  bas  ;  ses  divers  épisodes  se  dé- 
roulent dans  des  zones  horizontales  super- 
posées, qu'une  bordure  perlée  sépare  et 
ensère  latéralement. 

Constatons  d'abord  que  tout  le  transept 
semble  avoir  été  orné  de  peintures  sur  crépi. 
On  a  trouvé,  à  côté  de  cette  grande  page 
historiée,  de  très  intéressants  fragments  de 
peinture  décorative.  Notons  surtout  l'orne- 
ment qui  serpente  en  hélice  autour  des 
colonnettes  voisines  de  notre  vaste  panneau 
polychrome;  il  est  formé  de  deux  larges 
bandes  alternant,  séparées  par  un  liseré 
blanc;  leurs  couleurs  appartiennent  à  la 
même  gamme  que  les  peintures  légendaires; 
l'une  est  verte,  l'autre,  à  fond  rose,  est 
rehaussée  d'arabesques  brunes,  qui  rappel- 
lent les  filigranes  couvrant  les  objets  d'or- 
fèvrerie de  l'époque.  Remarquons  que  des 
ornements  analogues  décorent  déjà  les 
colonnettes  qui  figurent,  dès  le  IX^  siècle, 
dans  les  encadrements  à  motifs  architecto- 
niques  des  manuscrits. 

Sommes-nous  en  présence  de  peintures 
à  la  détrempe,  ou,  ce  qui  augmenterait  l'in- 
térêt de  la  découverte,  avons-nous  affaire  à 
une  véritable  fresque?  La  seconde  hypo- 
thèse n'est  guère  douteuse  pour  nous,  et 
elle  est  conforme  aux  renseignements  que 
nous  tenons  du  peintre  officiellement  chargé 
de  prendre  copie  des  peintures  (').  Mais,  à 
notre  grand  regret,  il  ne  nous  a  pas  été 
donné   de  bien   examiner  de  près  l'enduit 

I.  M.  Pollet-Liagre  de  Tournai  nous  a  dit  avoir  con- 
staté que  les  couleurs  plates  du  fond  pénètrent  la  couche 
supérieure  de  Tenduit  du  mur. 


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Peintures  murales  romanes  à  la  catbéDrale  De  Cournai. 


443 


I 


que  couvrent  ou  pénètrent  les  couleurs. 
Nous  sommes  obligé  d'en  prévenir  nos 
lecteurs,  ce  n'est  qu'avec  le  secours  de  la 
lunette  d'approche  et  de  la  photographie, 
que  nous  avons  pu  relever  péniblement  et 
de  très  loin  les  dessins  que  nous  leur 
présentons. 

IL 

L  existe  une  analogie  frappante  entre 
les  peintures  de  Tournai  et  celles  qu'on 
a  mises  au  jour  en  1873  dans  l'antique 
chapelle  castrale  des  comtes  de  Hainaut  à 
Mons.  RI.  L.  Dosveld,  qui  date  ces  dernières 
du  XI I^  siècle  et  penche  pour  le  milieu 
de  ce  siècle  (?),  les  a  dégagées  et  décrites 
d'une  manière  consciencieuse (');  son  travail, 
accompagné  de  planches  exécutées  avec  une 
remarquable  fidélité,  ne  peut  être  ignoré  de 
ceux  qu'intéresse  la  peinture  murale  romane. 

Il  n'est  pas  téméraire  d'attribuer  les  unes 
et  les  autres  à  la  même  école  et  à  la  même 
période.  On  rencontre  dans  celles  de  Mons 
un  fragment  d'architecture  appartenant  au 
même  type  que  les  murs  de  la  Jérusalem 
céleste  peinte  au  transept  méridional  de 
Tournai,  et  contemporaine  de  la  Légetide 
de  sainte  Marguerite.  Si  nous  comparons 
cette  dernière  aux  fresques  de  Mons,  nous 
trouvons  de  part  et  d'autre  des  scènes  à  peu 
près  également  mouvementées,  se  déta- 
chant sur  le  même  beau  fond  bleu,  et  enca- 
drées dans  le  même  galon  caractéristique, 
qui  offre  un  perlé  blanc  à  cheval  sur  un  ruban 
dont  la  couleur  passe  du  jaune  d'ocre  au 
brun  foncé  ;  les  caractères  des  légendes 
sont  pareils,  et  il  y  a  une  grande  analogie 
dans  le  style  et  les  couleurs  des  draperies  ; 
enfin  une  ressemblance  des  plus  significa- 
tives existe  dans  le  dessin  du  principal 
motif  décoratif  des  deux  peintures. 

L'intrados  de  l'arcade  en  plein  cintre  qui 

I.  Frasques  romanes  découvertes  au  châleau  des  lOintes 
de  llainattt  à  Mons.  —  Mons,  1873. 


abrite  la  scène  principale  des  fresques  de 
Rions,  comme  l'une  de  celles  des  peintures 
de  Tournai,  est  orné  d'une  litre  formée  par 
un  de  ces  méandres  rectilignes  à  effet  de 
perspective,  si  caractéristiques  de  l'époque, 
méandres  dont  on  trouve  des  exemples  à 
l'église  du  prieuré  d'Hastière  en  Belgique, 
à  la  basilique  d'Echternach  dans  le  Luxem- 
bourg, et,  en  France,  au  baptistère  de  Saint- 
Jean  à  Poitiers,  ainsi  qu'à  l'église  des  Jaco- 
bins d'x-\gen  (').  Il  consiste  ici  en  une  chaîne 
de  losanges  déterminés  par  le  croisement 
de  deux  rubans  plies  en  zig-zag.  Nous 
donnons  (PI.  XVII)  un  tronçon  de  cette 
bande  telle  qu'on  la  trouve  à  Tournai 
(fig.  i)  et  à  Mons  (fig.  2). 

Les  peintres  qui  décoraient  les  monu- 
ments s'inspiraient  des  mêmes  sentiments  et 
travaillaient  dans  le  même  style,  que  ceux 
qui  ornaient  d'enluminures  les  manuscrits. 
Or  la  Bibliothèque  nationale  (fond  latin, 
n°  i5675),possède  un  manuscrit  tiamand  très 
curieux  à  rapprocher  de  nos  peintures.  Il 
appartenait,  dès  l'année  1217  a  l'abbaye  de 
Vorst  en  Brabant  (").  Il  date  de  la  seconde 
moitié  du  XI I^  siècle,  et  contient  une  série 
d'épisodes  de  la  légende  de  Job  (^).  La 
ressemblance  qu'elles  offrent  avec  notre 
légende  de  sainte  Marguerite  est  remar- 
quable en  ce  qui  concerne  les  figures,  les 
barbes,  les  couleurs  et  le  dessin  des  drape- 
ries, le  costume,  l'absence  de  terrain  dans 
plusieurs  tableaux,  le  fond  bleu,  et  l'enca- 
drement. Comme  à  Tournai  celui-ci  présente 
une  bordure  extérieure,  dont  la  nuance 
passe,  d'un  bord  à  l'autre,  du  clair  au  foncé, 
et  une  large  bordure  intérieure  verte,  sépa- 

1.  V.  VioUet  Leduc.  Dictionnaire  raisonné  tfarchitee- 
tiire.  Art.  peinture,  pp.  86  à  88. 

2.  Nous  exprimons  ici  notre  reconnaissance  à  M.  L. 
Delisle,  Directeur  de  la  liibliothèque  nationale  de  France, 
qui  a  eu  la  bould  de  nous  renseigner  sur  la  provenance 
de  cet  inti^ressant  manuscrit. 

3.  Doux  de  ses  miniatures  sont  reproduites  dans  les  .4ris 
soinptuaires,{ViMrga.xd.-'Sls.\X'gé,  Paris,  1S58.) 


BEVUB  DE   l'art  CHRÉTIEN. 
1885.  —  4'"*-'  LIVKMSOX. 


444 


la c u u c   De   r a r t   clj r c 1 1 c n . 


rée,  comme  celle  de  Tournai,  du  fond  bleu 
par  un  liseré  blanc,  et  envahie  également 
par  les  personnages  mis  en  scène. 

Les  données  de  l'histoire  nous  forcent  à 
admettre  pour  nos  peintures  une  date  pos- 
térieure à  celle  que  M.  Dosveld  adopte  pour 
celles  de  Mons.  On  convient  générale- 
ment (')  que  le  transept  de  la  cathédrale  de 
Tournai  a  été  élevé  après  le  rétablissement 
du  siège  épiscopal  de  cette  ville  (i  140)  et 
terminé  dans  les  dernières  années  du  XII'^ 
siècle.  Nous  avons  exposé  ailleurs  (-')  les 
raisons  qui  nous  portent  à  attribuer  l'im- 
portant travail  de  décoration  dont  les  restes 
viennent  d'être  mis  au  jour,  à  la  munificence 
de  la  fille  du  comte  de  Flandre,  Marguerite 
d'Alsace,  mariée  en  1167  au  comte  de 
Hainaut,  Baudouin  le  Courageux  ('). 

IIL 

PAR  une  exagération  dont  on  commence 
à  faire  justice,  on  a  trop  souvent  voulu 
voir  des  caractères  byzantins  dans  la  plupart 
des  œuvres  d'art  de  l'époque  romane  en 
Occident.  Nous  sommes  ici  bien  loin  des 
formes  hiératiques  et  des  attitudes  immo- 
biles des  personnages  du  bas  empire.  L'in- 
fluence latine  apparaît  seule  dans  les  types 
des  figures,  et  le  sentiment  occidental  s'ac- 
cuse d'une  manière  remarquable  dans  le 
mouvement  naturel  du  geste,  et  l'allure 
dramatique  de  la  composition.  Remarquons 
surtout  le  modelé  du  nu,  exprimé  à  travers 
les  draperies  souples,  quasi  transparentes, 

1.  V.  Tournai  et  Toiirnaisis  et  notre  mémoire 
présenté  dans  la  séance  du  8  juillet  de  la  Société nationaU 
des  antiquaires  de  France. 

2.  Voir  Mémoire  précité. 

3.  Telle  était,  du  reste,  l'opinion  de  M.  le  vicaire-général 
X'oisin,  adoptée  par  M.  le  professeur  E.  Reusens,  bien 
connu  de  nos  lecteurs,  et  jouissant  d'une  grande  autorité 
dans  cette  matière.  V.  Eléments  d'archéolotiic  chrétienne, 
2'-  édition,  t.  I,  p.  415.  Les  peintures  de  sainte  Marguerite 
doivent  dater  tout  à  fait  de  la  fin  du  .XII"^  siijcle,  sinon  des 
premières  années  du  XI  II*'.  Le  faire  est  encore  roman, 
mais  avec  une  tendance  bien  marquée  à  l'amélioration 
dans  le  dessin,  correction,   expression  et  mouvement. 


et  la  manière  caractéristique  dont  les  plis 
détaillent  les  membres  du  corps  sur  lequel 
elles  paraissent  collées.  On  voit  que  l'in- 
stinct d'observation  et  la  tendance  natu- 
raliste propres  à  l'artiste  du  Nord  se  sont 
déjà  emparés  du  peintre  de  Tournai.  Il 
semble  avoir,  avec  le  pinceau,  habillé  de 
costumes  locau.x  et  contemporains,  les  nu- 
dités antiques,  dont  les  monuments  sculptés 
de  l'époque  romaine  lui  offraient  les  mo- 
dèles sans  doute  encore  à  chaque  pas  dans 
notre  vieille  cité.  Non  pas,  que  nous  mécon- 
naissions le  caractère  expressif,  naïf  et  sou- 
vent conventionnel  de  ces  figures  pleines  de 
style  :  nous  ferons  remarquer  nous-même, 
que  notamment  le  second  personnage,  vers 
la  gauche,  du  troisième  tableau  à  partir  du 
haut,  présente  une  étonnante  expression;  on 
la  dirait  copiée  sur  le  carton  d'un  mosaïste. 
Les  corps  sont  généralement  bien  propor- 
tionnés et  les  attitudes  nobles  et  expressives. 
Comme  dans  un  grand  nombre  de  pein- 
tures exécutées  sur  vélin  par  des  artistes 
français  à  cette  époque,  les  figures  se  déta- 
chent en  clair  sur  un  fond  de  lapis-lazuli 
très  riche,  séparé  par  un  filet  blanc  de  bor- 
dures d'encadrement,  que  nous  avons  déjà 
décrites.  Il  n'y  a,  sauf  exception,  d'autre  sol 
que  la  ligne  horizontale  du  cadre.  Les  plis 
des  draperies  sont  marqués  au  trait  sur  des 
teintes  plates,  et  cette  partie  de  l'œuvre 
dénote  d'habiles  dessinateurs.  Les  cheveux, 
souvent  très  variés  de  tons  dans  les  compo- 
sitions de  l'époque  ('),  sont  ici  généralement 
bruns  ;  les  hommes,  comme  les  femmes,  les 
portent  divisés  par  une  raie  au  milieu  du 
front;  aucun  personnage  n'a  de  coiffure.  La 
sainte  porte  la  robe  longue  collante,  serrée 
aux  manches  ;  les  hommes,  des  caleçons  de 
couleur  variées.  Les  sbires  sont  vêtus  du 
simple  sayon  descendant  jusqu'aux  genoux  ; 
le  gouverneur  porte  une  tunique  verte  plus 

I.  V.  L.  Dosveld,  ouv.  cité. 


Peintures  murales  romanes  à  la  catljcnrale  De  Cournaî. 


445 


longue,  bordée  d'orfrois  au  limbe  inférieur, 
ainsi  qu'aux  manches,  qui  sont  larges  et 
courtes  ;  la  croix  grecque  est  le  motif 
décoratif  des  étoffes;  un  large  galon,  à  fond 
bleu,  semé  de  petites  croisettes  blanches, 
ourle  la  tunique,  qui  couvre  le  sayon  blanc 
aux  manches  collantes  ;  un  manteau  de 
pourpre  est  jeté  sur  les  épaules. 

Par  une  précaution  naïve,  les  noms 
d'OLiBRivs  et  de  S.  RIakgvareta  (une  fois 
on  a  écrit  Margarita)  sont  tracés  fréquem- 
ment à  côté  des  personnages. 

Il  n'y  a  dans  les  tableaux  ni  ombre  ni 
perspective.  Le  XI I^  siècle,  où  fut  atteint, 
selon  Viollet-le-Duc  ('),  l'apogée  de  la 
peinture  murale  pendant  le  moyen  âge,  s'est 
gardé  de  rechercher  l'illusion.  Il  n'a  jamais 
commis  cette  énormité,  de  peindre  sur  les 
murs  des  scènes  en  perspective,  ayant  un 
point  de  vue  unique  en  dehors  duquel  la 
composition  ne  peut  être  vue,  «  sans  don- 
ner le  mal  de  mer  »  aux  gens  qui  ont  l'ha- 
bitude de  se  rendre  compte  de  ce  qu'ils  re- 


gardent. A  cette  époque  on  ne  serait  pas 
tombé  non  plus  dans  cette  autre  erreur, 
encore  plus  grave,  d'adopter  des  points  de 
vue  multiples  ou  inaccessibles  au  spectateur, 
et  incompatibles  avec  un  bel  aspect  d'en- 
semble et  un  effet  monumental.  C'est  donc 
à  l'instinct  intelligent  des  artistes,  qu'il  faut 
attribuer  la  suppression  de  la  perspective 
dans  les  peintures  de  cette  époque.  Ces  prin- 
cipes, souvent  exposés,  mais  encore  trop  peu 
répandus,  nous  ont  parus  utiles  à  rappeler  ici. 
En  la  bonne  ville  de  Tournai,  il  n'y  a  guère 
d'amateur,  qui,  en  présence  des  peintures 
«curieuses  mais  barbares  »,  dont  nous  nous 
occupons,  n'ait  été  ému  de  quelque  commisé- 
ration pour  l'artiste  qui  les  traça,  etqui  «  était 
encore  étranger  à  la  science  moderne  de  la 
perspective.»  Affirmons  hautement  que  cette 
ignorance  est  tout  à  l'avantage  de  son  œuvre. 
IV. 

RE.STE  à  expliquer  les  sujets  des  divers 
compartiments.    Nous  n'aurons  pour 
cela  qu'à  ouvrir  X-â.  Légende  dorce  ;  nous  en 


.ÎMARCAKITA 


avons  sous   la   main  un    intéressant  exeni-    1    Tournai,  (n"  cxxvii)  enrichi  de   fort  riches 
plaire,  un  beau  manuscrit  du  XI V^  siècle  ap-    j    enluminures,  et  qui  mérite  d'être  signalé  en 

passant. 

Sainte    Marguerite,    fille    de    Théodose, 


partenant  à  la    Bibliothèque    publique    de 

I.  Dict.  raisomié  d'Architecture.  An.  peinture,  p.  6i. 


446 


ïRcuiic   ne   rart   cbrcticn. 


prêtre  des  Gentils,  naquit  à  Antioche.  Ses 
parents  la  confièrent  à  une  femme  de  la 
campagne,  et,  dès  qu'elle  eut  atteint  l'âge 
de  raison,  elle  reçut  le  baptême.  Elle  venait 
d'atteindre  ses  quinze  ans  et  gardait  aux 
champ  les  brebis  de  sa  nourrice,  lorsque  le 
gouverneur  Olibrius  la  recontra.  Frappé  de 
sa  beauté,  il  conçut  pour  elle  une  grande 
passion,  et  il  dit  à  ses  esclaves  :  Allez  et 
amenez  cette  fille,  afin  que,  si  elle  est  libre, 
j'en  fasse  mon  épouse,  et,  si  elle  est  esclave, 
je  la  prenne  pour  concubine. 

C'est  le  sujet  du  tableau  supérieur,  dont 
la  oravure  ci-dessus  reproduit  le  trait,  et 
qu'il  est  superdu  de  détailler  davantage. 

La  sainte  apparaît  deux  fois  dans  la  scène 


suivante, par  une  de  ces  reproductions  simul- 
tanées de  faits  successifs,  fréquentes  à  cette 
époque  naïve,  où  l'art  avait  pour  objet  de 
raconter  des  «  histoires  ».  A  gauche  du 
tableau,  elle  est  amenée  par  le  sbire,  et  plus 
loin,  brutalement  poussée  devant  le  tyran. 
Olibrius  est  assis  sur  une  chaire  en  bois 
peint,  aux  montants  tournés  et  décorés  d'an- 
neaux, comme  on  en  rencontre  en  grand 
nombre  à  partir  du  X'-  siècle  (").  Elle  est  tout 
à  fait  pareille,  à  celle  qui  est  reproduite  dans 
l'antique  image  de  Notre-Dame  de  Chartres. 
Une  partie  de  ce  groupe,  celle  qui  figure 
en  pointillé  sur  notre  gravure,  a  été  refaite 
à  une  époque  relativement  récente,  et  assez 
grossièrement,  sur  nouveau  crépi. 


OLIBRIV.Î       i 


Quand  la  jeune  fille  fut  en  sa  présence,  le 
tyran  s'informa  de  son  nom,  de  sa  lignée  et 
de  sa  religion.  Elle  répondit  qu'elle  s'appelait 
Marguerite,  qu'elle  était  noble  et  chrétienne. 
Olibrius  répliqua,  que  les  deux  premiers 
points  de  sa  réponse  lui  convenaient,  mais 
quant  au  troisième,  qu'il  ne  lui  plaisait  point, 
qu'elle  eût  un  Dieu  qui  avait  été  crucifié.  — • 
Comment,  demanda  la  sainte,  savez-vous  que 
mon  Dieu  a  été  crucifié  ? — Par  les  livres  des 
chrétiens.  —  Marguerite  s'étonna,  qu'en  y 
lisant  sa  puissance  et  sa  gloire,  il  eût  pu  ne 
pas  croire  au  Ci  iRisT;et  comme  elle  soutenait 


que  Dieu  était  mort  volontairement  pour 
nous  racheter,  et  qu'il  vivait  dans  la  gloire 
éternelle,  le  gouverneur  la  fit  jeter  en  prison. 
Amenée  de  nouveau  devant  Olibrius, 
la  vierge  confessa  qu'elle  adorait  celui  qui 
a  créé  la  terre,  les  mers,  le  ciel  et  toute 
créature.  — Le  tyran  la  menaça,  si  elle  ne  lui 
obéissait,  de  la  faire  mettre  en  pièces.  — 
Elle  répliqua  qu'elle  ne  craignait  point  de 
mourir  pour  son  Dieu,  qui  lui-même  était 

I.  Des  montants  tout  pareils  figurent  aux  angles  du  lit  d'un 
X 11'=  siècle,  figure  d,ans  le  manuscrit  n"  1 194  de  la  Biblio- 
thèque nationale.  — V.  Les  Arts  sompluaires,  r"  vol.  p. 93. 


Peintures  murales  romanes  à  la  eat&cDralc  ne  Cournai. 


447 


mort  pour  elle.  Alors  elle  fut  livrée  aux 
tourments,  son  corps  fut  criblé  de  blessures, 
et  finalement  l'héroïque  jeune  fille  eut  la 
tête  tranchée,  après  plusieurs  événements 
merveilleux  dont  nous  parlerons  plus  loin. 


Le  troisième  tableau  offre  le  dénouement 
du  drame:  le  martyre  de  sainte  Marguerite. 
Olibrius  est  à  gauche,  assis  cette  fois  sur  un 
tabouret  garni  d'une  étoffe  à  fond  blanc, 
dont   le  décor    est   formé   de  croix  bleues 


recroisetées,  inscrites  dans  des  losanges  que 
cernent  de  doubles  filets  bruns.  Le  eouver- 
neur  donne  l'ordre  du  supplice,  que  transmet 
aux  bourreaux  un  officier,  vêtu  d'une  tunique 
longue  et  d'un  manteau.  Nous  avons  plus 
haut  attiré  l'attention  du  lecteur  sur  le  dessin 
nerveux  et  relativement  savant  qui  caracté- 
rise la  tête  énergique  de  ce  personnage.  A 
droite  on  voit  un  bourreau  brandissant  le  ci- 
meterre qui  vatrancher  la  tête  de  Marguerite; 
unautresbire  tient  des  deux  mains  les  liens 
de  sa  prisonnière;  la  sainte,  sur  la  tête  de 
laquelle  s'étend  la  main  bénissante  de  Dieu, 
est  représentée  les  bras  levés  au  ciel,  dépouil- 
lée de  son  vêtement  ;  son  corps  meurtri  est 
peint  avec  un  certain  réalisme,  qui  n'est  pas 
exempt  de  prétentions  anatomiques. 

V. 

PLUS  bas  est  pratiqué  dans  le  mur  une 
arcade  aveugle  en  plein  cintre,  offrant 
aux  peintures  un  champ  plus  étroit,en  retrait 
sur  la  paroi  supérieure.  Les  deux  triangles 
du  tympan  sont  ornés  de  palmiers  ('),  em- 

I.  Ces  palmiers  ont  de  l'analogie  avec  ceux  figurés  en 
mosaïque  dans  l'abside  de  saint  Ambroise  de  Milan,  au 
XI  h  siccle. 


blêmes  du  martyre  et  de  la  félicité  éternelle, 
dessinés  dans  un  sentiment  tout  décoratif. 
L'intrados  du  plein  cintre  est  orné  d'une 
litre  dont  nous  avons  plus  haut  indiqué  le 
motif.  (V.  pi.  XVII,  fig.  i).  Dans  toute  la 
partie  inférieure  se  déroulent,  en  quatre 
panneaux,  des  scènes  complémentaires  de 
l'histoire  de  la  sainte,  figurée  plus  haut  en 
abrégé  :  au  thème  strictement  historique 
succède  la  partie  surnaturelle  et  merveilleuse 
de  la  légende. 

Une  réflexion  nous  parait  nécessaire  pour 
l'intelligence  de  ce  qui  va  suivre.  Notre 
légende  est  apocryphe;  absente  àwÂIénologc 
de  Basile  //comme  du  Guide  de  la  peinture, 
elle  semble  avoir  formé,  postérieurement  au 
XI^  siècle,  une  variante  de  celle  de  la  taras- 
çue  de  sainte  Marthe,  mêlant  à  l'histoire 
vraie  des  épisodes  fabuleux.  Qu'on  ne 
s'exagère  point  toutefois  la  crédulité  de  nos 
pieux  ancêtres  ;  les  fictions  légendaires 
avaient  une  sens  figuré  qu'ils  savaient  dis- 
cerner, et,  dans  la  lutte  héroïque  de  Mar- 
guerite avec  un  monstre,  à  laquelle  nous 
allons  assister,  nous  ne  devons  voir,  comme 


448 


îRciîuc   De  rart   cfjrcticn. 


eux,  qu'une  poétique  image  de  la  puissance 
souveraine  donnée  sur  Satan,  par  la  grâce 
divine,  à  une  faible  \'ierge.  Le  peintre  de 
la  comtesse  Alarç^uerite  nous  semble  avoir 
voulu  expressément  séparer  l'histoire  de  la 
lésfende,  en  faisant  de  l'une  et  de  l'autre  les 
sujets  de  deux  séries  différentes  de  tableaux. 
Sous  le  plein  cintre  se  dresse  un  des  plus 
fiers  dragons  qu'aient  inventés  les  peintres 
d'Occident,  si  ingénieux  à  créer  des  mons- 
tres fantastiques.  Il  déroule  majestueuse- 
ment les  anneaux  de  sa  queue,  tandis  que  sa 


gueule  béante  engloutit  le  corps  de  la  sainte. 
Par  un  tracé  noble  et  sévère  de  la  dra- 
perie qui  enveloppe  et  dessine  avec  tact  la 
partie  inférieure  du  corps,  l'artiste  s'est 
habilement  sauvé  du  danger  de  rendre 
l'épisode  grotesque.  L'illustre  Floris,  ayant 
à  sculpter,  à  quelques  pas  de  là,  à  la  façade 
du  jubé,  l'histoire  de  la  baleine  englou- 
tissant Jonas,  a  été  moins  heureux  que  lui  : 
il  est  tombé  dans  le  ridicule,  en  introduisant 
Jonas  nu  dans  la  gueule  du  monstre,  pour 
l'en  faire  sortir  habillé. 


Mais  nous  devons,  avant  de  poursuivre 
notre  description,  revenir  à  notre  légende. 
Le  tyran  ayant  trouvé  la  jeune  fille  inébran- 
lable dans  sa  foi,  la  renvoya  dans  sa  prison, 
qu'elle  trouva  resplendissante  de  lumière. 
Là  elle  pria  Jésus-Christ  de  lui  faire  voir 
de  ses  yeux  celui  qui  s'acharnait  contre 
elle.  Alors  un  grand  dragon  apparut,  qui 
s'avança  pour  la  dévorer;  mais,  en  faisant  le 
signe  de  la  croix,  elle  le  dompta.  D'autres 
disent,  ajoute  \-â.Ldgende  dorée,  que  c'est  après 
avoir  été  engloutie  et  crue  morte,  que  la 
vierge  fit  le  signe  de  la  croix;  alors  le 
dragon  s'ouvrit  et  Marguerite  en  sortit  sans 
blessures.  En  effet  des  flancs  entrouverts 
du  monstre  on  voit  surgir  Marguerite,  dans 
l'attitude  d'une  orante  ;  une  petite  croix 
blanche    est    peinte    au-dessus    d'elle,    par 


allusion  au  signe  symbolique   qui  lui  valut 
sa  victoire  et  sa  délivrance. 

Cette  partie  intéressante  de  la  scène  est 
peu  visible,  étant  recouverte  aujourd'hui 
par  une  grande  rose  héraldique.  Un  corres- 
pondant anonyme  du  Bien  Public  de  Gand 
a  fort  justement  fait  remarquer,  à  la  suite 
de  notre  article  paru  dans  la  précédente 
livraison  de  la  Revue,  que  cette  rose  doit 
être  la  Rose  rouge  de  la  Rlaisoii  de  Lancaster, 
du  blason  de  Henri  VI IL  Le  monarque 
anglais,  détail  intéressant,  et  peu  connu,  fut 
pendant  quelque  temps  paroissien  très  dévot 
de  l'église  de  Notre-Dame  de  Tournai  ;  le 
futur  promoteur  du  schisme  anglican  édifia 
nos  compatriotes  pendant  son  court  séjour 
dans  leurs  murs  en  15  13  ;  il  avait  à  l'église 
de  Saint-Nicolas  sa  stalle,  dont  on  garde  un 


Peintures  murales  romanes  à  la  catf)criralc  De  Cournai. 


449 


beau  fragment  ;  (nous  en  réservons  un  des- 
sin aux  lecteurs  de  Is.  Revue)  ;  il  fit  élever  la 
chapelle  paroissiale  annexée  à  la  cathédrale; 
et,  pour  en  revenir  à  notre  sujet,  il  voulut 
décorer  l'autel  adossé  au  mur  que  couvrent 
nos  peintures,  et  dédia  cet  autel  à  saint 
Georges.  Notre  judicieux  interlocuteur,  en 
rappelant  cette  circonstance,  ignorait  peut- 
être,  qu'au  pied  des  peintures  romanes  qui 
font  l'objet  de  cet  article,  on  a  découvert 
en  même  temps  une  peinture  en  grisaille 
représentant  la  légende  de  saint  Georges. 
C'est  un  sujet  sur  lequel  nous  aurons  peut- 
être  à  revenir  ("). 

Les  Bollandistes  nous  apprennent  (')  un 
autre  épisode  de  la  légende.  Le  déiiioii  appa- 
rut de  nouveau  à  la  sainte  sous  lafigitre  d'tin 
/i07nine  noir.  Nous  donnons  en  note  le 
dialogue  charmant  tenu  dans  l'entrevue  ;  il 
allongerait  trop  notre  description  (3). 

Il  nous  suffira  de  rappeler,   pour  l'intel- 


1.  Comme  nous  l'avons  fait  connaître  plus  haut,  ce 
n'est  guère  qu'à  travers  les  mâts  et  les  planches  des 
échafaudages,  qu'à  certain  moment  il  nous  a  été  permis 
d'examiner  les  peintures.  Ainsi  est-il  arrivé  que,  par  une 
erreur  matérielle  dont  on  ne  peut  nous  faire  un  crime, 
nous  avons  dit  à  cette  place  que  ladite  rose  était  déjà 
elTacée.  --  Une  personne  respectable  intéressée  dans 
l'affaire  y  a  vu  malice.  Au  nom  de  la  créance  que  se 
doivent  d'honnêtes  gens,  nous  demandons  que  l'on  croie 
à  notre  bonne  foi. 

2.  D'après  Mombritus,  T.  II.  fol.   103. 

3.  Quand  elle  le  vit,  elle  se  mit  en  oraison.  Le  démon 
s'approcha  d'elle,  lui  prit  la  main,  avoua  sa  défaite,  et  lui 
demanda  de  cesser  de  se  jouer  de  lui.  Alors  elle  le  prit 
par  la  tête,  le  jeta  à  terre,  le  foula  du  pied  droit,  et  lui  dit  : 
Orgueilleux  eiinemi,  rampe  sous  les  pieds  d'une  femme.  Son 
ennemi  lui  cria:  Marguerite,  je  suis  vaincu  ;  si  un  jou- 
venceau m'eût  vaincu,  je  me  serais  consolé,  mais  c'est  trop 
de  honte,  d'être  vaincu  par  une  jouvencelle.  —  Alors  elle 
lui  demanda  pourquoi  il  poursuivait  ainsi  les  chrétiens.  — 
Il  répondit,  qu'il  haïssait  naturellement  les  personnes 
vertueuses,  et  que  son  désir  de  les  tourmenter  croissait 
sans  cesse,  qu'il  enviait  la  félicité  qu'il  avait  perdue  et 
qu'il  voulait  l'enlever  aux  autres. — -Il  ajouta,  que  Salomon 
avait  enclos  une  multitude  d'ennemis  dans  un  vassiel,  et 
quand  il  fut  mort,  les  gens  qui  croyaient  qu'un  trésor  y 
était  renfermé,  le  brisèrent,  et  les  ennemis  remplirent  alors 
le  ciel  et  la  terre.  —  Quand  il  eut  ainsi  parlé  le  monstre 
disparut. 


ligence  de  notre  sujet,  que  Marguerite 
prit  le  Malin  par  la  tête  et  le  terrassa,  et 
qu'à  sa  jDrière  celui-ci  disparut.  On  voit 
en  effet  la  sainte  précipiter  l'hornme  noir, 
qu'elle  appréhende  sans  doute  par  les  che- 
veux. Par  cette  sorte  de  dualisme  que  nous 
avons  remarqué  tantôt,  on  revoit  à  côté, 
dans  le  même  tableau,  la  sainte  à  grenoux, 
les  mains  levées  au  ciel,  tandis  que  le  diable 
s'engouffre  dans  un  soupirail  de  l'enfer, 
qui  a  la  forme  d'un  cratère  de  volcan  au 
sommet  d'un  monticule,  et  que  saint  Jean, 
dans  l'Apocalypse,  a  nommé  le  puits  de 
l'abîme. 

La  scène  suivante  est  difficile  à  expliquer 
entièrement.  A  droite  on  v^oit  un  épisode 
du  supplice.  Marguerite,  dépouillée  de  ses 
vêtements,  est  livrée  à  deux  bourreaux;  l'un 
tient  à  deux  mains,  peut-être  le  manche 
flexible  d'un  instrument,ou  plutôt  une  grosse 
corde  (.'*)  avec  laquelle  la  sainte  semble  liée  ; 
une  éraflure  faite  au  crépi,  en  enlevant 
malencontreusement  la  main  droite  de  l'au- 
tre sbire,  ne  nous  permet  point  de  constater 
de  quel  objet  (flagruiu  ?)  elle  est  armée.  La 
légende  nous  apprend  que,  le  lendemain 
de  l'apparition  merveilleuse,  Olibrius  fit 
comparaître  Marguerite  devant  lui,  et  lui 
dit  :  «  qu'elle  eût  pitié  de  sa  beauté  »,  et 
qu'elle  sacrifiât  aux  dieux.  Sur  son  refus, 
elle  tut  dépouillée  de  ses  vêtements  et  brûlée 
avec  des  platines  de  fer  rougies  ;  et  chacun 
s'émerveillait,  qu'elle  pût  endurer  tant  de 
souffrances.  Pour  augmenter  ses  tourments, 
on  la  lia  et  la  plongea  dans  une  cuve  d'eau 
froide.  Soudain  la  terre  trembla,  chacun 
eut  grand'peur,  et  la  sainte  se  releva  sans 
blessures.  Alors  «  bien  cinq  mille  personnes 
se  convertirent  et  souffrirent  le  martyre.  » 
Ce  que  voyant  le  tyran  craignit  un  plus 
grand  nombre  encore  de  conversions,  et 
ordonna  que  la  jeune  fille  fût  décapitée.  Mar- 
guerite demanda  le  temps  de  se  recueillir; 


450 


iRcuuc  De   rart  cbrcticn. 


elle  pria  pour  son  persécuteur,  pour  tous 
ceux  qui  feraient  mémoire  d'elle  et  l'invo- 
queraient, spécialement  les  femmes  qui 
l'imploreraient  en    péril  d'enfantement,  afin 


que  Jésus-Christ  les  aidât  (').  Et  une  voix 
fut  entendue,  qui  dit  que  sa  prière  était 
exaucée.  Alors  elle  s'agenouilla  et  on  lui 
trancha  la   tête   d'un  coup  de  glaive. 


VI. 

N'  OUS  avons  omis  dans  ce  récit,  pour  la 
mettre  en  évidence,  une  circonstance 
qui  explique  peut-être  le  rôle  des  deux  autres 
personnages  de  notre  tableau. 

La  sainte  fut  livrée  aux  tourments  d'une 


manière  si  cruelle,  que  le  sang  ruisselait  de 
son  corps  et  coulait  comme  d'une  source. 
En  vain  les  assistants  l'adjuraient-ils  d'avoir 
pitié  de  sa  beauté  ;  elle  leur  répondait, 
que  la  cruauté  même  de  son  supplice  était 
le  gage  de  son  salut,     et,  s'adressant  à  son 


persécuteur,  elle  ajoutait,  qu'il  avait  pouvoir 
sur  sa  chair,  mais  que  Dieu  garde  l'esprit. 
Celui-ci  se  couvrait  les  yeuv  de  son  maniel, 
ne  pouvant  voir  le  sang  cotiler.  La  draperie 


qu'un    subalterne    semble    étendre    devant 
les  yeux  d'Olibrius  comme  pour  leur  cacher 

I.  Voir  à  ce  sujet  les  réflexions  du  P.  Cahier  dans  les 
Noimeiuix  Mélanges  d'archéologie  et  les  oralsûiis  des 
livres  d'heures  gothiques. 


Peintures  murales  romanes  à  la  eatbéDrale  ne  Cournai. 


451 


la  martyre,  ne  rendrait-elle  pas,  avec  une 
légère  variante,  ce  dernier  trait  si  émouvant, 
et  si  propre  à  faire  ressortir  la  cruauté  du 
supplice? 

Le  passage  que  nous  venons  de  citer  nous 
donnera  peut-être  aussi  la  clef  du  dernier 
sujet.  Pourquoi  reproduire  une  seconde  fois 
l'épisode    de  la  décollation,   en  regard   de 


l'apothéose,  (car  le  lecteur  aura  déjà  reconnu 
ces  deux  épisodes  dans  notre  dernière  gra- 
vure). C'est  peut-être  pour  traduire  en  image 
cette  sublime  réponse  de  la  vierge:  Vous 
avez  pouvoir  sur  ma  chair,  mais  Dieu  garde 
r esprit.  La  peinture  est  d'après  nous  la  pa- 
raphrase de  ce  texte.  Le  tyran  dipouvoir  sur 
la  chair:  ce  pouvoir    est  exprimé,  et  par  le 


soldat  dont  le  glaive  va  trancher  la  tête  de 
Marguerite,  et  par  cet  autre,  qui  semble 
encore  tenir  le  lienqui  enchaîne  sa  dépouille 
terrestre  restée  au  pouvoir  du  persécuteur. 
Mais  Dieu  garde  l'esprit:  c'est  sous 
l'égide  et  la  garde  de  l'ange  de  Dieu,  que 
la  patiente  attend  le  coup  qui  lui  ouvrira 
le  ciel.  Cet  ange  est  beau,  dans  son  attitude 
protectrice,  bénissant  de  la  droite  et  tenant 
de  la  gauche  le  globe  qui  symbolise  la 
puissance  de  celui  qui  l'envie.  Dieu  garde 
l'esprit,  c'est-à-dire  l'âme,  qu'un  autre  ange 
enlève  au  ciel.  C'est  l'apothéose  de  la 
sainte.  Jusqu'ici,  sa  tête  n'était  point  nim- 
bée; le  nimbe  apparaît,  même  dans  la 
dépouille  sans  vie,  dès  l'instant  que  le  sa- 
crifice consommé  a  ouvert  le  ciel  à  l'âme 
bienheureuse.  Celle-ci  est  figurée  par  un 
petit  corps  nu,  suivant  l'usage  tradition- 
nel, dont  nous  retrouvons,  à  la  fin  du 
moyen  âge,    au    XV*^  siècle,  un   charmant 


exemple  dans  un  mausolée  de  l'église  ab- 
batiale de  Cambron.  L'âme  a  la  tête  cou- 
ronnée d'un  bandeau  royal,  et  l'ange  qui 
l'enlève,  portée  dans  les  plis  d'une  draperie, 
la  présente  au  Tout-Puissant,  dont  la  main 
bénit    à  la    manière  latine. 

Ajoutons  que  sur  le  retour 
d'un  pilier  voisin  on  voit  la 
figure  majestueuse  et  élégante 
d'un  personnage  couronné,  vê- 
tu d'un  ample  manteau  et 
tenant  de  la  main  gauche,  un 
disque  blanc,  marqué  d'une 
croix  noire,  qui  constituent  trois  insignes  de 
sa  souveraineté.  Sous  ses  pieds  est  accroupie 
une  figure  humaine  à  l'attitude  humiliée.  S'il 
nous  était  permis  de  risquer  une  hypothèse, 
nous  rappellerions  qu'en  1204,  époque 
vers  laquelle  ces  peintures  ont  dû  être 
exécutées,  le  fils  de  la  comtesse  Marguerite 
dont  elles  consacrent  le  souvenir  et  rappel- 


KEVOE  DE  L'aKT   CHKÉTIliN. 
1885.   —   4'"*^   LIVRAISON. 


452 


îRcuiic   De   r^rt  cDrcticn. 


lent  les  largesses,  montait  sur  le  trône  de 
Constantinople.  Comme  notre  personnage 
paraît  n'avoir  pas  de  nimbe,  il  nous  semble 
qu'on  peut  y  voir  la  figure  de  Baudouin  VI. 
Nous  n'avancerons  aucune  supposition  sur 
la  figure  féminine,  tenant  une  flèche,  dont 
on  distingue  quelques  parties  au-dessous 
de  celle-ci  (').  Il  y  avait  plus  bas  encore 
des  personnages,  malheureusement  effacés. 
Peut-être  les  autres  parties  du  monument 

r.  On  pourrait  risquer  sainte  Ursule. 


étaient-elles  également  couvertes  de  pein- 
tures et  d'histoires  ? 

Terminons  en  faisant  des  vœux,  pour 
que  ces  peintures  romanes,  à  peu  près 
uniques  en  Belgique,  soient  conservées,  et 
que  leur  restauration,  aussi  sobre  que  pos- 
sible, soit  confiée  à  des  artistes  familiarisés 
avec  l'art  du  moyen  âge. 


Août   1885. 


L.  Cloquet. 


Nous  sommes  heureux  d'adresser  nos  plus  vifs  remerciements  à  M.  le  comte  Albert  de 
Robiano,  qui  a  tenu  à  faire  les  frais  de  la  chromolithographie  jointe  à  cet  article.  Cet 
amateur  zélé  des  beaux  arts,  ce  patriote  dévoué,  a  voulu  par  là  témoigner  à  la  fois  de  sa 
sympathie  pour  la  Revue  de  l'Art  chr(!tien,çX  de  son  intérêt  pour  les  vieilles  peintures 
tournaisiennes   relevées   et  décrites  par  M.  L.  Cloquet.  (N.  de  la  R.) 


*  ^^  ^^  ^^.  ^^  ^^.  ^^  ^^.  ^.  -^^  ^s,  ^%  ^^  ^^.  ^^.  ^^  ^  ^  ^  ^^  ^^  ^.  ^  <^.  ^  ^^ôt  i 


!7^^ô^^ô^c-^^o^\y^•/^y^•/^y.V/:^■^7^;A;A;^/^c7:s>^5^^^ 


lies  rrucifix  tl)amplebés  polpcI)romrs,  en  plate 


peinture,  et  ks  eroiv  émaïUées.  ^^mmm^^m 


->^.-/v/\y.^o^-/\-/\-/\-/^y.v/.sy>v^v^<v^7^yv/vAy>o^ 


y    .-'^^  ■■^*'  ■■^^'  •■'^*  •■^TW  ■■^'<t   •.■^-*  ■.•^*  ■.'^-*"  •:^,-*r  -.-^W  ■■^^'  ■■^-*?  --^-(c"  ■■^-*-"  .-Tx^"  ..T^^  ■-^+  --^W  ■-^^*  ..Tx^"  ■•^>*'  ■■^-J  .-K  J  ..NJ 

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I. 

[UELOUES  collections 
^  publiques  et  privées  ren- 
ferment des  crucifix  d'un 
genre  spécial.  Ils  ont,  à 
diverses  reprises,  provo- 
[|  que  l'attention,  mais,  du 
moins  à  ma  connais- 
sance, nulle  étude  ex  professa  n'en  a  encore 
été  faite. 

Ces  pièces  intéressantes  se  composent 
d'une  lame  de  cuivre  rouge  (épaisseur  :o™oo3) 
découpée  en  forme  de  croix  ;  l'image  du 
Sauveur  crucifié  y  figure  en  émail  champ- 
levé  Aç.  plate  peinture  ;  des  personnages  et 
des  inscriptions  de  même  technique  l'accom- 
pagnent :  le  tout  se  détache  en  polychromie 
sur  un  fond  d'or  ou  à  ornements  dorés. 

Destinés  à  être  cloués  sur  une  âme  en 
bois,  nos  crucifix,  lorsqu'ils  sont  encore 
montés,  ont  leurs  terminaisons  munies  d'ap- 
pendices rapportés  en  émail.  Des  motifs 
historiés  de  figures  décorent  la  plaque  pos- 
térieure également  émaillée. 

Les  croix  entières  sont  très  rares  ;  les 
faces  christophores  et  les  revers  tout  d'une 
pièce  ne  sont  pas  communs  à  l'état  isolé.  On 
rencontre  aussi  séparément  des  écussons  à 
personnages,  qui  garnissaient  par  derrière 
certains  échantillons  du  genre.  Les  crucifix 
offrent  matière  à  discussion  ;  plusieurs  les 
attribuant  à  l'Allemagne,  d'autres  à  Limoges. 
Dans  l'état  actuel  de  la  question,  ne 
serait-il  pas  opportun  de  soumettre  à  une 
rigoureuse  analyse  les  monuments  dont  les 


caractères  généraux  viennent  d'être  expo- 
sés ;  de  comparer  les  objets  en  litige  à  ceux 
dont  l'origine  reste  hors  de  doute  ;  enfin 
d'aboutir  à  une  solution,  sinon  mathémati- 
quement exacte,  du  moins  assise  sur  des 
preuves  difficiles  à  récuser  ?  J'entreprends 
cette  tâche  ardue  en  réclamant  l'indulgence 
des  lecteurs. 

IL 

DES  spécimens  qu'il  m'a  été  loisible 
d'examiner,  un  seul  possède  intégra- 
lement sa  face  et  son  revers.  Bien  que  l'on 
ne  puisse  lui  assigner  le  premier  rang  à  titre 
d'ancienneté,  son  état  de  conservation  lui 
donne  le  droit  de  passer  en  tête  de  liste.  Je  le 
décris  d'après  les  notes  de  M.  Emile  Moli- 
nier,  qui,  fort  à  propos,  sont  venues  me 
rafraîchir  la  mémoire. 

Croix  statioxxale  auréolée  et  potencée; 
la  potence  consiste  en  un  redent  et  un  cavet 
mourant  dans  une  plate-bande  (voir  plus 
bas  les  figures).  Champ  bleu-gris,  rehaussé 
d'enroulements  métalliques  épargnés  et  gra- 
vés. Face  :  Christ  vêtu  d'un  pcrizoïiiwn 
bleu-gris  ;  les  pieds,  cloués  séparément, 
reposent  sur  un  S7ippedaneuin  bleu  très  clair. 
Carnations  blanches  ou  légèrement  teintées 
en  rose;  chevelure  et  barbe,  bleu  et  bleu 
verdâtre.  Nimbe  crucifère,  rouge,  vert,  bleu- 
clair,  blanc.  Quatre  bustes  d'Apôtres  rap- 
portés sur  les  potences  sont  uniformément 
costumés  en  bleu-turquoise  ;  nimbe  de  cou- 
leur pareille  ;  codex  rouge  à  la  main.  Les  trois 
personnages,  placés  au  sommet  et  au.x  extré- 
mités latérales,  manquent  de  barbe  ;   celui 


454 


Ixcuuc    De    l'art    cfjrcticn. 


du  bas  est  saint  Pierre,  barbu  et  reconnais- 
sable  aux  deux  clefs  qui  accompagnent  son 
livre.  Revers  :  au  centre,  un  médaillon  circu- 
laire inscrit  la  jVajes^as  Domini  trônant  sur 
l'arc-en-ciel;  au  bout  des  branches,  les  sym- 
boles évangélistiques.  En  haut,  l'aigle  ;  à 
droite,  le  bœuf;  à  gauche,  le  lion;  au  bas, 
l'homme  ailé.  L'or  de  toutes  les  figures, 
épargnées  et  gravées,  émerge  d'un  lond 
bleu-gris  ;  les  nimbes  sont  bleu  orlé  de  blanc. 
Cinq  disques  ornés  de  rosaces  à  huit  pétales, 
blanc  sur  champ  bleu,  occupent  les  vides 
ménagés  entre  les  symboles  et  le  médaillon 
central.  Une  douille,  qu'interrompt  un 
nœud  sphérique,  prolonge  l'arbre. 

L'objet,  dont  Madame  la  comtesse  Dzya- 
linska  est  propriétaire,  fut  exposé  à  Paris, 
en  1880,  dans  les  galeries  de  Y  C/m'071  cen- 
trale des  Bemtx-Arts  appliqués  à  l' Industrie. 
Le  catalogue  ne  lui  accorde  qu'une  mention 
très  laconique  :  «  Limoges,  XI P  siècle.  » 
Je  ne  contredirai  pas  la  nationalité  (")  ;  il  en 
est  autrement  de  l'époque  :  le  premier  quart 
du  XII P  siècle  me  semble  beaucoup  plus 
admissible. 

Abordons  maintenant  l'article  des  crucifix 
garnis  ou  démontés  :  je  tâcherai  de  suivre 
à  leur  endroit  un  ordre  à  peu  près  chrono- 
logique. 

N°  I.  Croix  auréolée  et  potencée,  même 
type  que  la  précédente,  mais  notablement 
effilé.  La  face  est  complète  ;  le  revers  a  dis- 
paru. Christ  raide,  émacié,  tête  inclinée  à 
droite,  longue  chevelure,  barbe  bifide,  bras 
horizontalement  étendus.  Les  détails  ana- 
tomiques  du  torse  ont  une  visible  tendance 
à  l'exagération;  deux  énormes  clous  saillants 
transpercent  les  pieds;  un  flot  de  sang  jaillit 

I.  Cette  croix  provient  de  la  collection  Germeau,  dont 
nombre  de  pit:ces  furent  acquises  par  le  défunt  comte 
Dzyalinski.  Successivement  Préfet  de  la  Haute-Vienne 
et  de  la  Moselle,  M.  Germeau  avait  formé  son  cabinet  en 
Limousin  et  en  Lorraine.  Des  motifs,  que  je  produirai 
plus  loin,  confirmeront  l'attribution  à  Limoges,  inscrite  sur 
le  catalogue. 


du  côté  droit.  Carnations  blanches,  le  visage 
légèrement  rosé  ;  nimbe  crucifère  bleu  à 
l'intérieur,  puis,  en  tons  juxtaposés,  jaune 
et  rechampi  bleu.  Perizoniuni  bleu  à  limbe 
jaune  ponctué.  Le  fond  est  doré,  mais  la 
figure  s'applique  directement  sur  un  arbre 
vert-sombre,  puis  vert-clair  orlé  de  jaune  ; 
de  petites  rosaces  agrémentent  les  croisil- 
lons latéraux  et  supérieur  :  ce  dernier  com- 
porte en  outre  l'inscription 

n 
IHS 

n 
XPS; 

l'H  et  le  P  couronnés  du  sigle  en  û  aplati. 
.Sous  les  pieds,  un  sttppedaneum  bleu,  domi- 
nant une  tête  de  mort  blanche  à  terrasse 
imbriquée  polychrome.  Quatre  personnages 
accessoires  rapportés  :  sommet,  ange  issant 
d'un  nuage  et  volant  la  tête  en  bas  ;  droite, 
la  Vierge  ;  gauche,  saint  Jean,  l'un  et  l'autre 
à  mi-corps;  soubassement,  effigie  de  saint 
Pierre  marchant  sur  un  terrain  onduleux. 
Tons  des  vêtements  :  manteaux  de  l'ange, 
de  saint  Jean  et  de  saint  Pierre,  bleu-foncé; 
leur  tunique  est  bleu-clair  ;  la  Vierge  a 
un  voile  bleu-clair  rechampi  de  blanc  ; 
les  nimbes,  non  crucifères  bien  entendu, 
offrent  les  mêmes  couleurs  que  celui  du 
Christ.  Un  filet  d'émail  épouse  les  contours 
de  notre  croix  qui  mesure  o'"66  en  hauteur 
et  o'"42  en  largeur.  Adjugée  pour  2350  fr. 
à  la  vente  du  lieutenant-général  belo-e, 
B.  Meyers,  la  pièce  figure  aujourd'hui  dans 
la  richissime  collection  de  M.  Spitzer.  Le 
catalogue  dit  :  «  Ouvrage  des  bords  du 
Rhin,  au  XI 11^  siècle»  ;  j'avancerai  provi- 
soirement que  l'objet  sort  d'un  atelier  limou- 
sin, entre  1 180  et  12 10  ("). 

I.  Voy.  Catalogue  n"  5,  p.  6,  fig.  p.  7;  Paris,  novembre 
1877.  Cette  brochure,  dénuée  de  critique,  est  devenue  assez 
rare  ;  sans  l'obligeance  de  M.  Ernest  Odiot,  qui  m'adonne 
son  exemplaire,  je  n'aurais  vraisemblablement  pu  me  hi 
procurer.  La  croix  provient-elle  de  la  collection  Meyers.'  Il 
me  semble  l'avoir  vue,  en  1S69,  chez,  mon  ancien  camarade 
au  siège  d'Anvers,  mais  le  souvenir  remonte  trop  loin  pour 


les  crucifir  cbamplcocs  polycfjromcs. 


455 


N°  2.  Croix  auréolée  et  potencée  ;  cinq 
morceaux  ajustés  sur  bois,  le  Christ  et  quatre 


anges.  Figures  émaillées  ;  carnations  blan- 
ches, le  reste  bleu-foncé,  bleu-clair,    rouge, 


Crucifix  émaillé  en  platt:  pcinUirc 
XII' -Xnr- siècles. 
(Collection  de  M.   Spitzer.) 


vert  et  jaune,  champ  doré  et  gravé.  Titulus: 
lesvs  Nazarenvs  rex  Ivdeorviu  en  quatre 

que  je  risque  une  affirmation  positive.  Ma  remarque  a  sa 
raison  d'être  ;  de  renseignements  obtenus  dans  la  famille 
Meyers,  il  s'ensuivrait  qu'un  certain  nombre  de  pièces 
reprises  sur  l'inventaire  de  la  succession  ne  figurent  pas 
au  catalogue  :  on  les  avait  vendues  à  Cologne  ou  à  Vienne. 
En  revanche,  nombre  de  fonds  de  boutique  auraient  rem- 
placd  à  Paris  es  objets  distraits.  Toutefois,  les  frais  d'une 


lignes  ;  le  .z  prend  la  forme  d' 
perdu.    XlIe-XIIIe    siècle; 
Pezzoli,  à  Milan  ('). 


un  8.    Revers 
Musée  Poldi- 


gravure  et  le  haut  prix  atteint  aux  enchères,prouvent  sura- 
bondamment que  notre  croix  n'appartenait  pour  personne 
;i  la  catégorie  des  rossignols. 

I.  Calci/ûi^o  delta  Fundasionc  artisiica  Poldi-Pezzoli. 
Ch.  de  Linas,  La  châsse  de  Giiiiel,  p.  il  8. 


456 


IRcuuc   De   rart    cDréticn. 


N°  3.  Crucifix  démonté.  Croix  auréolée, 
dorée  et  bordée  de  filets  bleu-turquoise  ; 
Christ  analogue  au  n''  i,  mais  le  corps  est 
moins  allontré  et  les  bras  s'infléchissent 
légèrement.  Carnations  blanches,  le  visage 
un  peu  sali.  Le  sang  coule  en  abondance 
des  mains  et  des  pieds  ;  de  hautes  chevilles 
brunes  clouent  ces  derniers  à  un  suppeda- 
neuni  bleu-clair.  Le  perizonium  bleu  ne 
couvre  pas  les  genoux  ;  il  est  bordé  de  lim- 
bes, jaune  en  haut,  turquoise  en  bas,  truites 
de  rouge  ;  la  bande  jaune  nouée  contre  le 
flanc  gauche.  Un  orbicule,  denticulé  en  scie 
et  relativement  grand,  indique  chaque  ma- 
melon. Barbe  arrondie  et  cheveux  flottants, 
bleu.  Le  nimbe  crucifère  est  formé  à  l'inté- 
rieur de  quatre  zones  juxtaposées,  rouge, 
bleu,  vert,  jaune;  le  vert  ponctué  de  rouge. 
Une  cloison  métallique,  festonnée  et  den- 
ticulée,  sépare  le  rechampi  jaune  d'une  cin- 
quième zone  bleue.  Les  rais  du  nimbe  sont 
bleu,  ponctué  de  rouge  et  orlé  de  turquoise. 
Au-dessus  de  la  tète,  le  titulus 

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sur  deux  lignes  comprises  entre  des  rec- 
tangles quadrillés  ;  champ  turquoise,  let- 
tres d'or.  On  remarquera  les  sigles  en  Q 
aplati  ;  leur  disposition  s'écarte  de  celle  du 
n°  I.  Un  personnage  à  mi-corps,  issant  d'une 
nuée,  bleu,  blanc,  rouge,  vert,  jaune,  amor- 
tit le  titulus.  Cette  femme  au  voile  bleu,  à 
la  robe  bleu-clair  rechampi  de  blanc,  ayant 
pour  caractéristique  un  grand  croissant 
blanc  derrière  la  tête,  représente  à  coup  sûr 
la  lune  :  mais  où  était  le  soleil,  compagnon 
obligatoire  de  l'astre  nocturne  dans  le  drame 
sanglant  du  Calvaire  ?  Le  disque  terminal 
inscrivant  un  quatrefeuilles,  disque  dont 
nous  n'avons  que  la  moitié,  laisserait  soup- 
çonner la  place  insolite  que  Phœbus  occu- 
pait dans  l'ordonnance  du  tableau.  Au  bout 


de  chaque  croisillon,  un  encensoir  poly- 
chrome lancé  à  toute  volée. 

Les  extrémités  de  la  plaque  sont  tran- 
chées carrément,  et  le  fraisé  des  bords  s'in- 
terrompt aux  coupures  ;  il  n'y  a  donc  aucun 
doute  possible  quant  à  la  forme  primordiale 
de  l'objet  :  une  croix  potencée,  semblable 
aux  exemplaires  décrits  ci-dessus.  Les  ap- 
pendices latéraux  comportaient  évidemment 
des  anges  motivés  par  l'encensoir  ;  un  Adam 
ou  une  tête  de  mort  rehaussaient  vraisem- 
blablement la  potence  inférieure;  au  sommet, 
peut-être  la  figure  humaine  du  soleil. 

La  tonalité  est  superbe  :  rouge-vif,  tur- 
quoise très  brillant  ;  le  reste  à  l'avenant. 
Hauteur:  o'"443  ;  développement  des  bras  : 
o'"295  ;  largeur  des  croisillons:o'"056.  Fin  du 
Xlle  siècle  ou  aube  du  XI  Ile  (PI.  XVIII). 

D'abord  à  M.  le  baron  Davillier  —  on 
ignore  où  il  se  l'est  procuré  —  notre  cruci- 
fix, légué  à  l'État  par  ce  regrettable  dilet- 
tante, est  récemment  entré  au  Louvre  avec 
toute  sa  collection.  Il  m'a  été  permis  de  l'é- 
tudier et  de  le  dessiner  à  loisir,  et  je  dois 
avouer  que  certaines  réticences  sur  sa  natio- 
nalité contribuèrent  pour  beaucoup  à  m'en- 
gager  dans  le  présent  travail. 

No  4.  Crucifix  démonté  ;  même  type  et 
même  famille  que  le  n"  3,  dont  il  diffère 
seulement  par  de  légères  variantes.  Champ 
d'or  à  filets  turquoise  ;  carnations  blanches; 
perizonium  bleu  ;  nimbe  à  zones  festonnées, 
bleu,  vert,  jaune  et  rouge,  avec  quelques 
points  blancs  ;  titulus  bleu  à  fond  métal- 
lique. Le  suppedaneuni  bleu  repose  sur  une 
tête  de  mort  blanche.  Un  encensoir  se 
montre  aux  extrémités  des  croisillons.  XI I^- 
XI I  le  siècle.  Propriétaire  actuel,  M.  Spitzer; 
vendeur  inconnu  ('). 

I.  Malgré  ses  nombreuses  occupations  et  sa  santé  chan- 
celante, i\I.  Victor  Gay  est  allé  exprès  chez  M.  Spitzer  pour 
compléter  les  notes  que  j'avais,  l'an  dernier,  prises  trop  à 
la  hâte  sur  les  crucifix  n"  l  et  3.  i^wc  mon  savant  ami 
rei;oive  ici  le  témoignage  public  d'une  gratitude  dont  il  ne 
saurait  douter. 


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Ï>X.'.  XVIII. 


Musée    du   Louvre. 
Crucifix    en   émail    champlevé,   XII^-XIII^   siècle 


iLc0  ccucifir  cbamplctics  polgcbvomcs. 


457 


No  5.  Crucifix  démonté.  Lame  de  métal 
complètement  émaillée;  champ  vert-sombre 
à  enroulements  réservés.  Carnations  du 
Christ  rosées;  les  cheveux,  la  barbe,  \e.peri- 
zomum,\e  tiiiilus,\e.  stippedmieuni  et  les  filets 
de  bordure  sont  bleus  ;  les  rais  du  nimbe 
crucifère  sont  rouges.  Premier  quart  du 
XI  Ils  siècle.  M  usée  germanique  de  Nurem- 
berg ('). 

N°6.  Crucifix  démonté.  Hauteur:  o™444; 
largeur  :  o'^2i.  Croix  auréolée  ;  champ  d'or 
prolongé  par  un  filet  blanc  continu.  Christ 
très  correctement  dessiné  ;  anatomie  nor- 
male ;  tête  fortement  penchée  à  droite  ;  bras 
et  torse  infléchis.  Nimbe  métallique  cerné 
de  bleu,  rais  rouge-sombre  à  losanges  d'or. 
Les  plis  savants  du  pcrizoniiivt  bleu  accu- 
sent une  remarquable  entente  de  la  draperie; 
le  suppedaneum  est  vert.  Juste  au-dessous, 
Adam,  les  mains  jointes,  sort  d'une  tombe 
blanche  encastrée  dans  une  terrasse  imbri- 
quée noir  et  gris.  Les  carnations  des  person- 
nages sont  d'un  rose-foncé  violent;  les  bar- 
bes et  les  chevelures  sont  noires.  Le  tiiiilus 

n 
IHS 

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apparaît  en  capitales  noduleuses,  bleu  sur 
fond  d'or,  interlignes  verts.  L'inscription 
suivante,  lettres  romanes  tirant  sur  le  go- 
thique, noires  et  interlignées  de  rouge- 
sombre,  surmonte  le  titulus  : 

JOHANN 
IS:  GARN 
eRIVS:  Le 
MOVICeN 
SIS  :  FRAT 
RIS:  Mei 

(Pi.  XIX,  fig.  i.) 

Ce  texte  tronqué,  dont  la  fin  se  trouvait 
probablement  au  revers,  nous  apprend  que, 

I.   Ch.  de  Linas,    Œuvres  de   Limoges  conservées    à 
/'étranger,  p.  18. 


vers  le  premier  quart  du  XI 11^  siècle  — 
guères  plus  tôt,  ni  plus  tard  —  Jean  Gar- 
nier,  habile  émailleur  de  Limoges,  fabriquait 
des  Christs  polychromes  en  plate  peintnrc. 
Le  spécimen  que  nous  en  possédons  témoi- 
gne d'une  palette  assez  pauvre,  comparati- 
vement aux  gammes  bruyantes  des  pièces 
décrites  en  premier  lieu,  mais  qui  fait  gagner 
en  harmonie  ce  qu'elle  pourrait  faire  perdre 
en  éclat.  Dessinateur  de  haut  mérite,  l'artiste 
limousin,  s'appropriant  une  technique  et  un 
type  connus  avant  lui,  les  améliora  si  bien, 
qu'il  est  sorti  de  l'ornière  du  poncif  et  qu'il 
a  produit  une  œuvre  digne  de  recevoir  la 
sig-nature  du  maître. 

Les  extrémités  de  la  croix  ne  sont  pas 
tranchées  carrément;  elles  se  creusent  en 
arcs  de  cercle  où  devaient  s'emboîter  des 
écussons  quadrilobés:  une  potence  terminale 
prolongeait  ces  écussons.  Je  donne  ici  ma 
restitution;  un  exempleque  je  fournirai  plus 
bas  prouvera  sa  grande  vraisemblance. 


Type  restitué  du  Crucifix  de  Jeau  Garuier. 

Épave,  dit-on,  du  monastère  de  Savigny 
(ancien  diocèse  d'Avranches),  recueillie  par 
un  habitant  du  pays,  l'objet  est  récemment 


458 


iRcuiic  Dc  l'art  cfjrcticn. 


entré  dans  la  collection  de  M.  Victor  Gay 
qui  m'a  autorisé  à  le  publier  ('). 

Des  faces,  passons  maintenant  aux  revers 
isolés  ;  deux  seulement,  encore  intacts,  sont 
parvenus  à  ma  connaissance. 

N°  I.  Croix  auréolée  et  potencée,  type 
des  précédentes.  Champ  d'or  rehaussé  d'en- 
roulements et  bordé  d'un  filet  d'émail.  A  la 
croisée,  une  vesica  piscis  inscrivant  le  Christ 
debout,  caché  jusqu'aux  genoux  par  un 
nuage.  Les  mains  sont  élevées  dans  une 
position  presque  symétrique;  la  droite  tient 
un  codex  ;  l'A  et  l'd)  accostent  la  tête  du 
Sauveur.  Cinq  autres  vesicœ piscis,  encadrant 
des  anges  à  mi-corps,  ornent  l'arbre  et  les 
branches.  Sur  les  potences  rapportées,  les 
quatre  symboles  évangélistiques  :  en  haut, 
l'aigle  ;  au  bas,  l'homme  ailé  ;  à  droite  le 
lion;  à  gauche,  le  bœuf.  Les  personnages  sont 
réservés  en  métal  sur  fond  bleu  semé  d'or- 
bicules  polychromes  ;  l'émail  recouvre  aussi 
les  nimbes.  Quant  aux  appendices  rapportés, 

I.  Bullelmde  la  Soc.  des  Antiq.  de  France,  1884,  p.  192 
à  195,  communication  de  M.  le  comte  Robert  de  Lasteyiie. 
Emile  Molinier,  Dict.  des  e'maillcurs,  p.  33,  34  ;  V.  Gay, 
Glossaire  archéol.  du  vtoyen  â^e  et  de  la  Renaiss.,  fasc. 
IV,  p.  618,  fig. —  Voici  l'opinion  de  M.  de  Lasteyrie  sur  la 
légende  de  la  croix  :  <,<  Il  est  inutile  de  chercher  à  pénétrer 
le  sens  des  deux  derniers  mots  de  ce  petit  texte.  Ils  font 
sans  doute  partie  d'un  membre  de  phrase  que  l'artiste, 
aussi  illettré  que  la  plupart  des  émailleurs  ses  compatriotes, 
aura  tronqué  par  négligence  ou  faute  de  le  comprendre.  » 
M.  Molinier  émet  l'avis  que  l'inscription  pouvait  se 
continuer  sur  le  revers  de  la  croix.  J'accepte  volontiers 
l'hypothèse  de  M.  Molinier,  d'autant  mieux  que  MEI 
n'est  suivi  d'aucun  arrêt  et  que  la  place  ne  manquait  pas 
pour  introduire  un  signe  destiné  à  clore  la  phrase.  Ne 
serait-il  pas  admissible  que  la  croix  eût  été  offerte  à 
l'église  de  Savigny  par  un  frère  de  Jean  Garnier,  moine 
ou  laie?  Alors  on  compléterait  ainsi  la  légende:  FRATRIS 
MEI  (N...  .•  donvin  :  ecclesie  :  B  :  Marie  :  Virginis  : 
Savi/iiace/tsis  :)  L'abbaye  cistercienne  de  Savigny  fut 
fondée  entre  1105  et  11 12  sous  le  vocable  de  la  Sainte- 
Vierge  ;  les  accessoires  de  notre  crucifix  —  évidemment 
une  pièce  de  commande,  —  devaient  en  conséquence  re- 
produire plusieurs  fois  l'image  de  la  Mère  de  Dieu.  Sur  la 
face  :  la  Vierge  traditionnelle  en  regard  de  saint  Jean, 
des  anges,  des  apôtres.  Au  centre  du  revers,  le  couronne- 
ment de  Marie  ;  aux  terminaisons,  les  symboles  évangé- 
listiques ;  dans  les  quadrilobes  et  le  long  de  l'arbre  et  des 
branches,  des  esprits  célestes. 


leurs    figures   émergent   en    couleur    d'un 
champ  d'or.  XI 11^  siècle,  première  moitié. 


Type  de  croix  limousine  ;  revers, 
(Collection  de  M.  le  comte  Ouvarov.) 

Cette  magnifique  pièce  (haut.  :  o'"5  7,  larg.  : 
o'"34),  se  trouve  aujourd'hui,  à  Moscou, 
chez  M.  le  comte  A.  Ouvarov  qui  l'a  acquise 
de  l'abbé  Texier  ;  sa  nationalité  limousine 
ne  peut  donc  soulever  aucune  objection  ('). 

N°  2.  Croix  auréolée  et  potencée.  L'au- 
réole n'a  qu'une  minime  saillie  ;  la  potence, 
réduite  à  sa  plus  simple  expression  —  un 
cavet  sans  redent  et  une  plate-bande  —  est 
prise  dans  le  corps  même  de  la  lame  dont 
elle  fait  partie  intégrante.  Le  décor,  réservé 
et  gravé  sur  champ  bleu,  se  compose  d'en- 
roulements feuillages  et  fleuronnés,  déter- 
minant au  centre  une  ellipse  ventrue  où 
figure  le  Sauveur  issant  d'un  nuage.  Aux 
extrémités,  les  symboles  évangélistiques 
dans  le  même  ordre  que  sur  la  croix  Ouva- 

I.  Voy.  Annales  archéol.,  t.  XIX,  p.  87,  fig.  ;  Ch.  de 
Linas,  La  châsse  de  Gimcl,  p.  89. 


Les  cruciôr  cbamplctics  polî^cbromcs. 


459 


rov,  inspiratrice  manifeste  de  celle-ci.  L'œu- 
vre, incontestablement  limousine,  accuse  le 
plein  milieu  du  XIII«^  siècle;  Musée  chré- 
tien du  Vatican  ('). 


Revers  de  crucifix  limousin.  D'après  une  photographie. 
(Musée  chrétien  du  Vatican.) 

III. 

LES  crucifix  émaillés  ç.n  plate  peinture 
devaient  coûter  fort  cher  ;  ils  ne  pou- 
vaient donc  pas  rentrer  dans  la  catégorie  des 
articles  commerciaux,  et  on  ne  les  exécutait 
vraisemblablement  que  sur  commande.  Pour 
simplifier  le  travail  et  faciliter  par  un  prix 
moins  haut,  l'écoulement  de  leur  marchan- 
dise, les  industriels  de  Limoges,  vers  la 
première  moitié  du  XIII^  siècle,  sinon  au- 
paravant,imaginèrent  de  fabriquer  des  croix 

I.  Ch.  de  Linas,  Œtivres    de  Limoges   conservées  à 
l^ étranger,  p.  31. 


émaillées  où  la  silhouette  du  Christ  était 
épargnée  pour  recevoir  une  image  en  ronde- 
bosse,  au  perisonium  souvent  polychrome. 
Ces  croix,  toutes  à  peu  près  établies  sur  le 
modèle  auréolé  et  potence,  offrent  certaines 
différences  dans  le  système  d'ornementa- 
tion :  on  me  permettra  d'en  décrire  quelques 
spécimens  relevés  çà  et  là. 

No  I.  Crucifix  démonté  (haut.  :  o'"235, 
larg.  :o'^i53,  id.  des  branches:  ©'"035  ;  l'objet 
intact  atteignait  au  moins,  potences  com- 
prises, une  longueur  de  o™33.)  Croix  auréo- 
lée ;  champ  bleu-lapis,  semé  de  rosettes  et 
de  fusées  en  émail  nué,  soit  rouge,  bleu,  bleu- 
pâle  et  blanc,  soit  rouge,  vert- tendre  et  jaune- 
clair.  Filets  de  bordure,  mi-parti  bleu-clair 
et  blanc.  Nimbe  crucifère  nué,  rouge,  bleu, 
bleu-pâle  et  blanc  ;  une  large  zone  bleu- 
turquoise,  séparée  du  blanc  par  une  cloison 
festonnée,  le  cerne  à  l'e.xtérieur  ;  les  rais 
sont  tranché  rouge  et  jaune.  Arbre  intérieur 
vert  rechampi  de  jaune;  suppedancum  bleu- 
clair  ponctué  de  rouge  ;  au  milieu,  une 
fîèche  trilobée.  Au  sommet,  la  main  bénis- 
sante, réservée  et  burinée,  sort  d'un  nuage 
polychrome,  les  doigts  dirigés  vers  un  paral- 
lélogramme également  réservé,  où  le  sigle 
I  H  8  {sic)  est  inscrit.  La  figure  en  ronde- 
bosse  a  disparu  ;  la  silhouette,  qui  porte 
encore  des  traces  de  dorure,  est  assez  cor- 
rectement dessinée  ;  des  trous  percent  les 
mains  et  les  pieds,  collection  de  M.  le  cha- 
noine Van  Drivai,  à  Arras. 

N°  2.  Croix  auréolée  et  potencée.  Elle 
est  presque  complète  face  et  revers  ;  man- 
quent seulement  la  potence  inférieure  en- 
tière et  deux  plaquettes  d'émail  aux  appen- 
dices restants.  Largeur  :  o'"30  ;  la  hauteur 
primitive  devait  atteindre  o'"45.  L'âme,  en 
bois,  est  recouverte  d'une  feuille  métallique 
gravée,  bouquets  et  enroulements;  sur  la 
tranche  court  un  cordon  de  disques  inscri- 
vant des  quatrefeuilles   étampés.    Potences 


REVUE  DE   l'art  CHRÉTIEN. 
1885.  — 4""^  LIVRAISON. 


460 


IRcuiic   ne   rart    cbrctien. 


trifides  à  cavets  sans  redents.  Face  :  plaque 
cruciforme  (h.  :  0^20,  larg.  :  o"M4,  id.  des 
branches  :  o'"04)  ;  fond  bleu-gris.  Arbre 
intérieur  bleu-lapis,  cantonné  aux  angles  de 


Crucifix  limousin  a  silhouette  réservée. 

Collection  de  M.  le  chanoine  Van  Drivai. 

(D'après  un  dessin  de  l'auteur.) 

rosettes  à  pétales   brun,  gris  et   blanc.   Un 
rang  d'orbicules  dorés  prolonge   la  tige  et 
les  branches.   Tihiliis  et  siippedaueiun  bleu- 
clair  ;  sur  le  tituliis,  l'inscription 
n 
I  H  S 

n 
XPS. 

Nimbe  cerné  de  blanc,  rais  rouges,  champ 


nué  bleu-lapis,  bleu-pâle  et  blanc.  Le  Christ 
en    ronde-bosse    est   perdu  ;   sa    silhouette 
réservée  accuse  une  maigreur  excessive  ;  on 
croirait  voir  une  image  des  Saints  Suaires 
de  Besançon  ou  de  Turin.  Les  filets  qui 
bordent  la  plaque  sont  bleu-lapis  et  bleu- 
céleste  rechampi  de  blanc.  Les  potences 
encadrent  des  demi-figures  :  en  haut,   un 
ange;  à  droite,  la  Vierge;  à  gauche,  saint 
Jean.  Réserve  sur  champ  bleu-lapis;  têtes 
saillantes  ;    lunules,    nimbes    et    nuage, 
rouge,    vert   et  jaune.    Cinq   médaillons 
circulaires  (diam.  :  0^04),  sertis  en  relief, 
rehaussent  les   espaces  compris  entre  la 
plaque  centrale  et  les  potences  :  ces  orne- 
ments doivent  nous  arrêter.    D'un    fond 
bleu-lapis,  émerge   un  grand   quadrilobe 
bleu-pâle     angle    de    perles    rouges  ;    il 
comporte  un  quatrefeuille  à  pétales  aigus, 
nues  rouge,  vert-foncé,  vert-clair  et  jaune; 
pour  cœur,    un    bouton    doré.    Revers  : 
Majestas  Domini    épargnée    dans    une 
vesica  piscis  bleu-lapis  ;  tête  couronnée 
saillante  ;  nimbe  bleu-clair  à  croix  rouge; 
codex  xou'git;  nuages  rouge,  vert  et  jaune; 
semis  de  besants  d'or  et  de  rosaces  poly- 
chromes.   Le  lion  de  saint   Marc,    seul 
appendice  persistant  sur  la  potence  droite, 
offre  la  même  technique.   Cinq    médail- 
lons, exactement   pareils  à  leurs  corres- 
pondants de  la  face,  ornent  la  hampe  et  les 
croisillons.    Une  telle  analogie  de  style 
rèene  entre  ces  médaillons  et  le  décor  de 

o 

la  châsse  d'Ambazac,  épave  de  l'abbaye  de 
Grandmont,  qu'elle  affirme,  et  la  contempo- 
ranéité  des  deux  monuments,  et  leur  exécu- 
tion, sinon  par  le  même  artiste,  au  moins 
dans  le  même  atelier.  Notre  croix,  jadis  au 
monastère  de  Sainte-Colombe  (Blandecques 
près  Saint-Omer), est  passée, de  la  collection 
Legrand,  chez  un  amateur  de  Lille  ('). 

I.  Madame  Legrand  a  eu  l'obligeance  de  me  communi- 
quer les   dessins,  face  et  revers,  de  la  croix,  e.\(5cutés  à 


les  crucifiir  cbampictics  polpcbromcs. 


461 


N"  3.  Croix  auréolée  ;  les  potences  man- 
quent, mais  elles  ne  sauraient  être  révoquées 
en  doute.  Champ  bleu  semé  de  disques  et 
de  rosaces  polychromes.    Filets  de  bordure 

émaillés.  Au  sommet,  un  demi  quadrilobe  ; 

.  n 

la  main  bénissante;  le  tiitiljis  IHS  avec  le 

sigle  en  O  aplati.  Le  Christ,  en  relief,  est 
appliqué  contre  un  arbre  de  couleur  :  le 
nimbe,  aussi  coloré,  a  été  champlevé  dans  la 
plaque  ;  un  lis  surgit  à  sa  partie  supérieure. 
Ceinture  et  suppedancuiii  ponctués  ;  au- 
dessous,  une  tête  de  mort  et  une  terrasse 
conique  imbriquée.  XII I^  siècle;  Monastère 
de  Saint-Paul,  en  Carinthie  ('). 

No  4.  Croix  auréolée.  Bordure  perlée 
fermant  les  terminaisons,  mais  n'excluant 
pas  l'idée  de  potences  disparues.  Champ 
intégralement  émaillé,  fond  bleu,  disques, 
rosaces    et  fleurettes   polychromes  ;    main 

divine;  tituhis  IHS  XPS.  Christ  en  ronde- 
bosse,  couronné,  sans  nimbe  ;  perizonium 
bleu  à  limbe  truite.  Sous  le  sicppedanejun, 
Adam  sort  d'un  tombeau  que  décore  une 
demi-rosace  imbriquée.  XI II'^ siècle;  Musée 
chrétien  du  Vatican  (''). 

N°  5.  Croix  auréolée  et  potencée.  Ce 
monument  est  très  complexe.  Champ  bleu 
semé  de  disques  inscrivant  des  quadrilobes; 
orle  de  filets  turquoise.  Branche  supérieure: 
figurine  en  relief  et  rapportée  du  Sauveur  ; 
il  sort  d'un  nuage,  sous  lequel  on  voit  un 
cercle  encadrant  une  étoile  à  six  rais  (le 
soleil)  et  un  croissant,  sur  fond  constellé 
d'orbicules   métalliques.    Puis  viennent  un 

l'aquarelle  par  feu  Auguste  Descliamps  de  Pas,  avec  le 
soin  minutieux  qui  distinguait  cet  archt'ologue  dminent. 
Je  regrette  de  ne  pas  publier  ici  un  morceau  vraiment 
remarquable  ;  mais  il  joue  dans  mon  travail  un  rôle  trop 
secondaire  pour  compenser  les  frais  d'une  chromolitho- 
graphie. 

1.  MittJieilungen  der  K.  K.  Central  -  Coininission, 
t.  XV'III,  p.  307,  fig.  9  ;  Vienne,  1873.  Ch.  de  Linas,  La 
châsse  di  Giiiiel,  p.  95. 

2.  Ann.archcol.,  t.  XX\^II,  pi.  11.  Ch.  de  Linas,  Œii- 
vrcs  de  LiDioges  conservées  à  l'étra)igcr,  p.  31. 


ange  épargné,  à  mi-corps,  et  le  titulus  XPS. 
Christ  en  relief  Niinbe  crucifère  émaillé  ; 
arbre  intérieur,  prolongé  au  delà  du  j/z/J/^- 
daneuDi  et  chargé  au  bas  d'une  tête  de  mort. 
Le  pied  de  cet  arbre  aboutit  à  un  per- 
sonnage nimbé,  debout,  réservé,  mais  si 
fruste  que  son  attribut  —  un  dragon  ailé 
qu'il  foule  —  autoriserait  seul  à  le  baptiser 
sainte  Marthe  ou  sainte  Marguerite.  Poten- 
ces latérales  ornées  d'anges  épargnés,  à 
mi-corps,  et  des  bustes  rapportés,  en  relief, 
de  la  Vierge  et  de  saint  Jean.  Dimensions  : 
haut,  totale:  oi"6[2  ;  larg.  id.  :  0^352  ;  haut, 
de  l'auréole:  o"i096;  larg.  id.:o'"o72;  longueur 
de  la  branche  supérieure  :  o'"i92  ;  id.  du  fût  : 
0^324  ;  longueur  de  chaque  branche  latérale: 
0^14.  Limoges;  XIII^  siècle;  Musée  des 
Antiquités   du  Nord,  à  Copenhague  ('). 

N°  6.  Croix  auréolée  et  potencée.  Champ 
semé  de  disques  ;  Christ  en  ronde-bosse  ; 
titîilus  IHS  surmonté  d'un  ange  à  mi- 
corps  ;  nimbe  crucifère  champlevé  dans 
la  plaque.  Potences  :  au  sommet,  l'aigle  ; 
au  pied,  l'homme  ailé,  la  tête  en  bas  ;  à 
droite,  la  Vierge  ;  à  gauche,  saint  Jean. 
Gamme  allant  du  bleu  foncé  au  bleu  très 
clair.  Bordure  et  fleurons  d'appendice  ornés 
de  filigranes  et  de  cabochons.  Revers  en 
métal  gravé  :  au  centre,  couronnement  de 
Marie;  sur  les  fleurons,  les  symboles  évan- 
gélistiques;  sur  les  branches  des  feuillages 
et  des  fruits.  XI 11'=  siècle;  Trésor  de  la 
cathédrale  de  Coloç^ne. 

11  est  évident  que  nous  avons  là  un  cru- 
cifix limousin,  mutilé  puis  rhabillé  en  Alle- 
magne. La  bordure,  les  fleurons  terminaux, 
le  revers  sont  des  additions  rhénanes  (■). 

N"  7.  Croix  auréolée  et  potencée.  Au 
lieu  d'être  coupées  carrément,  les  potences 

1.  Worsaae,  Nordiske  Oldsager  det  Kongelige  Muséum 
i Kjobenhavn,  p.  135,  fig.  520.  Ch.  de  Linas,  La  châsse  de 
Giinel,  p.  89. 

2.  F.  Bock,  Les  trésors  sacrés  de  Cologne,  pi.  ix,  n"  35, 
p.  47.  Ch.  de  Linas,  La  châsse  de  Glmel,  p.  104. 


462 


iRctiuc   De   rart   chrétien. 


sont  arrondies  et  trifides.Champ  bleu-foncé, 
semé  de  disques,  de  rosaces,  de  losanges 
polychromes,  blanc,  jaune,  vert,  bleu-clair 
et  rouge.  Le  Christ,  en  ronde-bosse,  repose 
sur  un  arbre  intérieur, vert-sombre  rechampi 
de  vert-clair  et  de  jaune.  Nimbe  crucifère 
champlevé  dans  la   plaque  ;  le  ton    rouge  y 

apparaît.  Titulus  IHS  XPS  avec  le  sigle 
en  O  ;  main  bénissante  sortant  d'un  nuage 
Au-dessous  du  siippedaneîim,  Adam,  com- 
plètement nu,  est  assis  sur  un  cône  imbriqué. 
Potences  :  en  haut,  l'aigle  ;  en  bas,  le  bœuf; 
à  droite,  le  lion  ;  à  gauche,  saint  Jean 
remplace  l'homme  ailé.  Hauteur  :  o'"6o. 
Limoges,  XI  Ile  siècle  ;  Église  de  Pfalzel, 
près  Trêves  ('). 

Cette  croix  stationnale,  encore  munie  de 
sa  queue,  me  semble  remaniée  ;  les  acces- 
soires épargnés  ne  vont  pas  ensemble.  Nos 
trois  symboles  appartenaient  sans  doute  au 
revers  ;  le  saint  Jean,  dont  la  tête  est  en 
relief  et  qui  est  accompagné  d'une  rosace 
fort  riche,  correspondait  sur  la  face  à  une 
Vierge  de  même  technique.  La  moitié  du 
décor  ayant  été  perdue  ou  trop  détériorée, 
on  s'est  servi  du  reste  le  mieux  possible. 

N°  8.  Croix.  Champ  émaillé  de  bleu. 
Quatre  personnages  réservés  accompagnent 
le  Christ  en  relief,  dont  le  nimbe  crucifère 
est  mi-parti  jaune  et  rouge  sur  fond  bleu. 
Revers:  Majcstas  Doiiiini et  symboles  évan- 
gélistiques  épargnés.  Haut.:  o'"525  ;  largeur: 
o'"36.  Limoges,  XI II^  siècle;  Musée  diocé- 
sain de  Liège;  provenance,  une  église  des 
environs  de  Tongres  ("). 

N°  9.  Croix  émaillée  bleu  et  vert  ;  rosaces 
polychromes.  Limoges,  XII I^  siècle;  Musée 
de  la  Porte  de  Hal,  à  Bruxelles. 

N°  10.  Croix  ornée  aux  extrémités  des 


1.  E.  aus'm  Weerth,  Kiiiislilciikmàlcr  des  cliristlichen 
Mittelallers  in  dcn  Rlicinlaiuicii,'^\.  LIV,  fig.  Il,  t.  III, 
p.  69.  Ch.  de  Linas,  La  châsse  de  Giiiiel,  p.  102.  —  Une 
pièce  analogue  existerait  au  cliàtcau  de  liiaunfels. 

2.  La  châsse  de  (Jiinct,  p.  105. 


quatre  symboles  évangélistiques  en  émail. 
Limoges,  XI 11^  siècle  ;  provenance,  Huy. 
Même  Musée  ('). 

N°  1 1.  Croix  bleu-lapis  semé  de  rosettes 
polychromes.  Limoges,  XI 11^ siècle;  col- 
lection de  Madame  la  baronne  de  Wolf 
(  Belgique)  (=). 

N'^  12.  Croix.  Champ  d'or  encadrant  un 
arbre  bleu  rechampi  de  blanc.  Limoges, 
XI Ile  siècle;  Musée  germanique  de  Nu- 
remberg (^). 

No  13.  Crucifix  habillé  ;  robe  bleue.  11 
est  monté  sur  une  croix,  champ  bleu  semé 
de  rosettes  polychromes.  Haut.  :  o'"27. 

N"  14.  Croix.  Face:  même  décor  et 
mêmes  couleurs  que  la  pièce  précédente. 
Revers  :  plaques  émaillées  représentant  la 
H/aJcslas  Doiiiini&i  des  anges.  Haut.  :  o'"4i. 

Les  n"s  13  et  14,  Limoges,  XI II^  siècle, 
appartiennent  à  M.  Robert  Curzon  junior 
(Angleterre)  ("). 

La  mode, toujours  souveraine  en  France... 
et  ailleurs,  la  concurrence  commerciale  qui 
oblige  l'industriel  à  faire  autrement  que  son 
voisin,  même  aux  dépens  du  goût,  pous- 
sèrent les  ateliers  de  Limoges  dans  une  voie 
nouvelle  de  production.  La  joaillerie  vint 
s'allier  à  l'émail  sur  la  face  des  croix,  tandis 
qu'on  continuait  à  orner  le  revers  d'écussons 
rapportés  et  cloués.  Ce  système  décoratif, 
très  inférieur  aux  techniques  précédemment 
exposées,  employait,  outre  les  cabochons  de 
cristal  et  de  verre,  certaines  figurines  poly- 
chromées  en  relief,  dont,  hors  des  cas 
exceptionnels,  la  valeur  artistique  est  com- 
plètement nulle.  Les  formes  premières  ayant 
à  peine  subi  d'insignifiantes  modifications, 
il  s'ensuit  que  les  deux  méthodes  de  l'émail 
pur    et  de   l'émail  gemmé  sont  à  peu  près 

1.  Ibid.,  p.   109. 

2.  Œuvres  de  Limoi^es,'ç.  21. 

3.  Ibid.,  p.  18. 

4.  Lâchasse  de  Giinel,  p.  1 10. 


les  crucifir  cbampictics  polpcbromcs. 


463 


contemporaines;  elles  prirent  naissance  dans 
des  ateliers  rivaux. 

Arrêtons-nous  à  quelques  exemples. 

N°  I.  Croix  auréolée  et  potencée.  Les 
potences,  rigides,  manquent  de  cavet,  mais 
elles  offrent,  à  une  faible  distance  de  la  plate- 
bande  terminale,  des  renflements  arrondis 
dont  nous  nous  occuperons  tout  à  Iheure. 
Aux  extrémités  se  trouvent  des  figurines 
polychromes  en  relief.  Le  buste  du  sommet 
est  tombé,  on  n'en  voit  que  la  place.  A  droite 
et  à  gauche,  la  Vierge  et  saint  Jean  trans- 
posés se  tournent  le  dos.  Au  bas,  un  per- 
sonnage sans  nimbe,  insigne  que  le  Christ 
en  bosse  n'a  pas  davantage.  Le  champ, 
bleu-clair,  est  ocellé  de  cabochons  sertis  au 
rabattu,  alternant  avec  des  quatrefeuilles 
épargnés.  Le  tituhis  en  deux  lignes,  lettres 
d'or,  fond  bleu  lapis,  accuse  une  parfaite 
ignorance  des  règles  de  l'épigraphie  : 

c/5  H  X 

X  P  c/) 

Au  centre  du  revers,dans  une  vcsica piscis 
élégamment  polylobée,  apparaît  le  Sauveur 
assis  sur  l'arc-en-ciel.  Le  personnage,  en 
réserve,  émerge  d'un  champ  lapis  orlé  de 
bleu-turquoise  ;  deux  disques  de  cette  der- 
nière couleur  l'accostent  ;  scabelbun  vert  ; 
nimbe  bleu-sombre  à  croix  rouge  :  sous  la 
vesica  piscis,  une  roue  lapis  à  rais  d'or.  Des 
écussons  quadrilobés  qui  cantonnent  la 
plaque  médiane,  trois  inscrivent  un  aigle  ; 
le  dernier,  un  ange.  Tous,  symboles  évan- 
gélistiques  reconnaissables  à  leur  nimbe,  ils 
sont  épargnés  sur  fond  versicolore  semé  de 
X  et  de  billettes.  La  répétition  des  aigles 
semblerait  intentionnelle,  car  il  y  en  a  deux 
qui  se  regardent. Ces  écussons,  dont  les  lobes 
supérieur  et  inférieur  s'adaptent  exactement 
aux  renflements  arrondis  signalés  plus  haut, 
ont  suggéré  ma  restitution  du  crucifix  de 
Jean    Garnicr.     Limoges,     XI  II'-'     siècle; 


Église  de  Bartholomœiberg  (Vorarlberg)  ('). 
N'^  2.  Croix  auréolée  et  potencée  ;  ca- 
vets  ;  renflements  arrondis.  Entre  ces  ren- 
flements et  les  potences  latérales,  les  bustes 
de  saint  Jean  et  de  la  Vierge  polychromes 
en  relief;  leur  transposition  est  indubitable. 
Au  sommet,  la  place  d'un  troisième  buste 
perdu.  Le  Christ,  en  bosse,  manque  de 
nimbe  ;   titidiis  en    capitales    nodulées    de 

couleur    bleue,   sigles  en  Q  aplati.  Champ 
n 
IHS 

n 
XPS 

bleu-lapis,  semé  de  cabochons,  d'étoiles,  de 
rosettes  et  de  quatrefeuilles  épargnés.  Aux 
extrémités  des  potences  latérales,  un  double 
triangle  bleu-clair.  Le  pied,  coupé  à  la  hau- 
teur du  sitppedanaun,  est  muni  d'une  queue 
plate,  emmanchée  dans  un  sphéroïde  aplati 
surmontant  une  douille.  Ces  appendices,  en 
métal  gravé,  accusent  un  remaniement  et 
une  mutilation.  Sous  chaque  bras  ,  une 
pendeloque  accrochée  à  une  chaînette  d'an- 
cien style.  Limoges,  XI 1  L  siècle;  Musée  des 
antiquités  nationales,  à  Stockholm.  Prove- 
nance, l'église  de  Berfïendal  (Bohuslan)  [-). 
Pour  simplifier  encore  davantage  la  main- 
d'œuvre,  on  n'émailla  plus  le  champ  des 
croix.  Au  Musée  Poldi-Pezzoli,  se  trouve 
un  CRUCIFIX,  arbre  doré,  rehaussé  de  cabo- 
chons; aux  extrémités,  des  figurines  à  mi- 
corps,  relief  polychrome,  l^e. perizoniîiin  du 
Christ  est  émaillé  ainsi  que  les  appliques  du 
revers.  Limoges,  XI 11^=  siècle  (').  Le  Musée 
Germanique  de  Nuremberg  possède  un 
CRUCIFIX  également  doré.  Les  extrémités 
fleuronnées  sont  munies  de  renflements 
arrondis.  Sur  la   face,  Christ  en  bosse  dont 

1.  Mitlhàhingen  etc.,  t.  cité,  p.  306,  fig.  7. 

2.  O.  Montelius,  Fiihrer  diircli  das  Afuseum  vaterlan- 
discher  Altcrihiimer  in  Stockholm,  trad.  J.  Mestorf,  p.  105, 
fig-  Ï33-  (Jitivrcs  de  Limoges  etc.,  p.  3.  Le  Musée  suédois 
possède  un  autre  crucifix  semblable,  provenant  de  l'église 
de  d'iKggestorp  (Snialand)  ;  Fiihrer  etc.,  p.  106. 

3.  Ciitatogo,  etc.  La  châsse  de  Giiiiel,-^.  11  S. 


464 


iRcDuc  De   V^ït   cfjrctien 


un  seul  clou  transperce  les  pieds  croisés; 
quatre  figurines  rapportées  le  cantonnaient: 
elles  ont  disparu.  Nimbe  en  partie  émaillé  ; 
à  l'intérieur  des  fleurons  latéraux,  on  voit 
des  quatrefeuilles  bleus  mis  en  croix;  un 
seul  cabochon  rehausse  chaque  branche. 
7"//?//«^  oblique,  IN  RI  en  romane  tardive. 
Revers  métallique  à  enroulements  gravés, 
épargnés  sur  fond  guilloché;  décor  d'un 
grand  style.  Les  quadrilobes  terminaux,  qui 
correspondaient  aux  renflements  de  la  face, 
sont  perdus,  mais  la  vcsica  piscis  polylobée 
du  centre  existe  toujours.  On  y  voit  le 
Sauveur  debout  dans  l'attitude  de  la  pré- 
dication :  personnage  réservé  sur  champ 
bleu;  nimbe  coloré;  rinceaux  fleuronnés. 
Limoges,  seconde  moitié  du  XII I^  siècle('). 

Encore  au  Musée  Germanique  :  Croix 
STATioNNALE  auréolée  et  fleuronnée.  Métal 
rehaussé  de  cabochons;  plaques  historiées, 
réservées  sur  champ  bleu  à  rosaces,  blanc, 
bleu,  vert,  jaune,  rouge.  Sujets  :  la  Main 
divine  bénissant  le  Christ  en  relief;  un  ange 
tenant  une  croix  et  un  livre  ;  la  Vierge  ;  saint 
Jean;  le  Sauveur  ressuscité:  la  Majestas 
Domini  dans  une  vcsica  piscis  ;  les  symboles 
évangélistiques.  Limoges,  XIII*^  siècle. 
Une  autre  croix,  de  même  forme  que  la 
précédente,  et  aussi  au  Musée  Germanique, 
a  subi  des  remaniements  qui  m'interdisent 
de  la  détailler  ici  ('). 

Des  écussons  d'applique  ont  survécu  à 
leurs  crucifix  jetés  au  rebut  par  la  mode,  ou 
victimes  des  iconoclastes  de  tous  les  temps  : 
en  cherchant  bien,  on  en  trouverait  dans 
les  collections  publiques  et  privées.  Je  vais 
décrire  quelques  types  de  ces  épaves  qui 
font  regretter  la  perte  des  monuments  dont 
elles  décoraient  le  revers. 

N"  I.  Vesica  piscis  polylobée.  Champ 
d'or  pointillé,   semé  de   fleurs   polychromes 

1.  La  châsse  de  Gimel,'ç.  122. 

2.  Œuvres  de  Limoges,  p.  17  et  18. 


et  de  violettes  réservées.  Personnage  en- 
tièrement émaillé  :  robe  bleu-clair,  man- 
teau lapis,  carnations  blanchâtres,  barbe  et 
cheveux  noirs.  Les  pieds  sont  nus,  la  main 
droite,  étendue,  bénit;  la  gauche,  cachée 
sous  la  draperie,  élève  un  codex  rouge;  le 
nimbe,  bleu  autour  de  la  tête,  est  cerné 
d'une  zone  rouge.  Un  filet  bleu-clair  borde 
l'écusson.  Cette  figure  représente  un  Apôtre; 
selon  toute  vraisemblance  le  patron  de 
l'église  à  laquelle  appartenait  la  croix.  En 
général,  le  Christ,  juge  ou  docteur,  occupe 
le  centre  des  revers,  mais  il  peut  y  avoir  des 
exceptions;  je  signalerai  bientôt  d'autres 
cas  du  même  oenre.  Limoges,  Xi  11^  siècle. 
Haut.:  o™i  5,  plus  grand  diamètre:  o™io,  col- 
lection de  M.  Victor  Gay.  (PI.  XIX,  fig.  2.) 

N°  2.  Dlsque.  Champ  d'or;  buste  du 
Christ  bénissant  de  la  main  droite,  un  codex 
rouge  dans  la  gauche;  carnations  blanches  ; 
barbe  brun-clair  ;  robe  verte;  manteau  bleu. 
Le  nimbe  crucifère  est  vert  et  rousfe.  Le 
médaillon,  qui  a  o'"o6  environ  de  diamètre, 
me  paraît  de  la  même  école  que  l'objet 
précédent.  Limoges,  XI 11*^  siècle;  Musée 
départemental  des  Antiquités,  à  Rouen  ('). 

N°  3.  Vesica  piscis  ovale.  Haut.  :  0^125. 
Majestas  Domini  réservée  dans  un  champ 
émaillé.  Limoges,  XI 11^  siècle;  collection 
de  M.  l'abbé  Alexandre  Schnlitgen,  à  Co- 
logne (^). 

N"  4.  Vesica  piscis  polylobée.  Hauteur: 
o'"i45,  plus  grande  largeur:  o'"  1 1.  Majeslas 
Z?cP/;//;//épargnée  et  gravée  sur  champ  bleu- 
lapis  semé  de  rouelles  et  de  losanges  poly- 
chromes. Nimbe  crucifère  bleu-clair  recham- 
pi de  blanc  ;  entre  les  rais,  des  billettes 
rouges  ;  codex  rouge.  Bordure  bleu-clair  en- 
cadrée   d'une   baguette   métallique   vivrée. 

1.  Je  dois  des  remerciements  à  mon  ami,  M.  Gustave 
Gouellain,  qui  a  pris  la  peine  d'aller  au  Musée  pour  me 
renseigner  exactement  sur  la  gamme  et  les  dimensions  de 
Tobjet. 

2.  La  châsse  de  Giiiiel,  p.  1 04. 


Les  crucifir  cbamplctics  polpcbromcs. 


465 


Limoees,  XIII«  siècle;  Musée  chrétien  du 
Vatican. 


Écusson  de  croix  limousine,  Musée  chrétien  du  Vatican. 
(D'après  Gori.) 

N°  5.  Vesica  piscis  polylobée,  plus  allon- 
gée que  le  n"  4.  Haut.  :  o'"  1 6,  largeur  :  o™  1 1 . 


Écusson  de  croix  limousine,  Musée  chrétien  du  Vatican 
(D'après  Gori.) 

Le  Sauveur  est  debout,  les  mains  étendues 
vers  la  terre  ;  l'Ascension  ?  La  figure  se 
détache  en  métal  gravé  sur  champ  bleu-lapis 
rehaussé  de  rouelles,  de  rosaces,  de  losanges 


et  de  X,  versicolores  ou  épargnés.  Nimbe 
crucifère  turquoise  à  rais  rouges.  Filet  de 
bordure  bleu  ;  un  bandeau  turquoise,  re- 
haussé d'anguilles  dorées,  coupe  horizonta- 
lement le  milieu  du  tableau.  Limoges,  XI 1 1^ 
siècle  ;  Musée  chrétien  du  Vatican. 

Ces  plaques  furent  données  au  pape 
Benoît  XIV  par  un  collectionneur  florentin, 
le  chevalier  François  Vittorio.  Gori  les  a 
reproduites  avec  beaucoup  d'exactitude  ;  le 
dessinateur  semble  avoir  calqué  son  modèle, 
et  il  a  cherché  à  rendre  les  couleurs  au 
moyen  de  hachures  héraldiques  ('). 

La  Bibliothèque  Vaticane  possède  encore 
cinq  autres  Vesiccs  piscis  représentant  la 
jMajestas  Doinini  a.vçic  quelques  variantes  ; 
Limoges,  XIII<^  siècle.  A  ce  contingent,  on 
peut  ajouter  les  pièces  limousines  suivantes, 
également  débris  d'anciennes  croix  :  Ange 
tenant  un  livre,  XIII*^  siècle  ;  Crticifix  ac- 
costé de  la  Vierge  et  de  saint  Jean  dans  un 
quatrefeuilles;  AVj>7/;vr("//(:w  de  même  forme; 
Agniis  Dci  portant  l'étendard  victorieux, 
losange  inscrivant  un  quadrilobe  à  champ 
bleu.  Les  trois  dernières  plaques  datent  du 
XlVe  siècle  (^). 

La  fabrication  des  croix  à  écussons  émail- 
lés  persista  en  Limousin  jusqu'au  XIV^ 
siècle  inclusivement  :  deux  spécimens  en- 
tiers de  cette  époque  existent  au  Musée  des 
Antiquités  de  Bruxelles  (^). 

Le  courant,  qui  entraine  aujourd'hui  au 
delà  des  Pyrénées  les  travailleurs  de  l'Au- 
vergne et  du  Limousin,  existait  déjà  au 
XlVe  siècle,  sinon  auparavant.  Il  me  parait 
certain  que,  au  commencement  de  la  dite 
période,  des  émailleurs  limousins  portèrent 
leur  industrie  en  Espagne,  et  qu'ils  y  for- 
mèrent des  élèves.  Je  ne  m'arrêterai  pas  au.x 

1.  Thcsaimis  vet.  diptychorum,   t.  III,  p.  .J4  et  67,  fig. 
La  châsse  de  Giiitet,  p.  1 20. 

2.  Œuvres    de     Limoges,    etc..    p.     30.     Barbier    de 
Montault,  La  Bihlioihcque  Vaticane,  Rome,  1S67. 

3.  La  châsse  de  Giiiict,  p.  icg. 


466 


JRctiuc   De    r3rt    chrétien 


ouvrages  d'or  mentionnés  sur  les  inventaires 
depuis  1380,  mais  seulement  aux  pièces  en 
cuivre  rouge,  parce  qu'elles  rentrent  dans 
mon  sujet.  La  technique  espagnole  est  celle 
qu'employaient  au  Xll^  siècle  les  grands 
artistes  de  la  Meuse,  et  que  Limoges,  renon- 
çant aux  cloisons  champlevées,  n'adopta 
généralement  qu'au  XIV^  pour  augmenter 
l'effet  de  ses  réserves  métalliques.  Le  dessin 
des  personnages,  épargnés  sur  champ  de 
couleur,  est  indiqué  par  de  larges  tailles  s'effi- 
lant  en  traits  minces.  Ces  creux,  destinés  à 
marquer  les  lignes  et  les  ombres  des  draperies 
ou  des  carnations,  sont  ensuite  remplis  d'é- 
mail suivant  la  méthode  du  nielle.  Les  émaux 
espagnols,  assez  rares  hors  de  leur  pays,  se 
distinguent  par  une  physionomie  s?ii gcncris 
qui  les  fait  aisément  reconnaître.  La  gamme, 
peu  étendue,  comprendjustele  bleu-sombre 
le  rouge-brun  et  le  blanc  ;  les  figures,  bruta- 
lement esquissées,  ne  manquent  pas  néan- 
moins de  grandeur.  Comme  praticiens,  les 
élèves  sont  inférieurs  à  leurs  maîtres  ;  ils 
l'emportent  sur  eux  en  originalité.  M.  Victor 
Gay  a  publié  deux  écussons  de  croix  espa- 
gnoles appartenant  à  sa  collection  :  une  po- 
tence et  un  centre  de  revers.  Sur  la  potence, 
l'ange  Gabriel,  debout,  tient  une  bande- 
rolle  avec  les  mots  Ave  Maria  en  gothique 
trecentiste  ;  près  de  lui,  une  rosace  et  un 
quatre  feuilles  rappellent  les  caractéristiques 
limousines.  La  seconde  plaque,  carrée, 
montre,  dans  un  quadrilobe,  un  saint  évêque 
&n poiitijica/ia,3.ccosièdii  branches  de  chêne. 
L'épargne  des  deux  pièces,  rehaussée  de 
rouge  et  de  bleu-sombre,  se  détache  vigou- 
reusement sur  un  champ  de  la  dernière 
couleur  ;révêque  fournitun  exemple  de  saint 
patron  remplaçant  l'effigie  ordinaire  du 
Christ  (■). 

Plus  heureux  que  M.  Gay,  un  collection- 


I.  Glossaire  arcfu'ol.,  fasc.  IV,  p.  623,  fig.  La  légende 
de  la  plaque  carrée  désigne  cet  objet  comme  étant   un 


neur  d'Arras,  M.  Ernest  Deusy,  a  eu  la 
chance  d'acquérir  un  crucifi,x  espagnol  en 
état  de  conservation  presque  intégrale.  Il  est 
en  cuivre  rouge  doré,  gravé  et  enrichi 
d'émaux.  Hauteur,  queue  comprise,  o'"58  ; 
largeur  :  0^40.  Extrémités  fleurdelisées  ; 
tiges  munies  d'ovales  barlongs  formant  des 
ressauts  à  l'extérieur  ;  à  l'intersection  des 
branches,  un  carré  dont  les  angles  rayonnent 
en  saillie.  Le  décor  sfravé  de  la  face  consiste 
en  feuillages  émergeant  d'un  fond  guilloché. 
Le  carré  offre  une  croix  pattée  et  évidée  : 
des  feuilles  occupent  les  intervalles  ;  au 
croisillon  inférieur,  un  nimbe  rudimentaire 
tracé  à  la  pointe.  Quatre  figures  en  relief  sont 
rivées  aux  champs,  contre  des  silhouettes 
ménagées  à  dessein.  Au  centre,  un  Christ 
relativement  petit  (haut.:  o™io),  contracté 
et  fixé  par  trois  gros  clous  à  tête  pyramidale; 
sur  les  fieurons  extrêmes,  les  statuettes  tra- 
ditionnelles de  la  Vierge  et  de  saint  Jean  que 
supportent  des  consoles  à  arêtes  vives  ;  au 
bas,  Adam,  nu,  sort  du  tombeau  et  tend  les 
mains  vers  son  Rédempteur.  Le  Christ,  la 
Vierge  et  le  disciple  bien-aimé,  grossière- 
ment fondus  sans  autres  retouches  que 
quelques  coups  de  burin,  ont  un  aspect  très 
médiocre  ;  l'Adam  est  beaucoup  meilleur, 
un  ancien  type  l'a  certainement  inspiré  ('). 
Des  appliques  émaillées  couvrent  les  ovales 
à  ressauts.  Au  pied,  la  Descente  aux  Eiifers  ; 
le  Sauveur,  portant  sa  croix  triomphante, 
retire  le  père  des  hommes  de  la  gueule  d'un 
monstre.  A  droite,  le  bon  larron  regarde  le 
Christ  ;  le  mauvais,  à  gauche,  se  détourne. 
En  haut,  le  Couroniicnicnt  de  la  Vierge.  La 
fleur  de  lis  supérieure  offre  les  traces  d'un 

mors  de  chape.  Je   pense  que  le   crucifix  de  M.  Deusy 
confirmera  mon  attribution  à  un  revers  de  croix. 

I.  Ce  modelé  pourrait  fort  bien  être  limousin  ;  l'Adam 
du  crucifix  de  Jean  (".arnicr  a  la  même  tournure  que  notre 
figure  espagnole  :  au  contraire,  l'attitude  du  père  des  hu- 
mains, sur  Xex-'joto  royal  de  Ferdinand  de  Léon  (XI'-" 
siècle),  est  très  différente. 


les  crucifir  cbamplctics  polj^cfiromcs. 


467 


écusson  circulaire,  hélas  !  perdu,  dont  le 
sujet  en  émail  n'est  guère  difficile  à  établir: 
le  Père  éternel  et  le  Saint-Esprit,  complé- 
ment ordinaire  de  la  scène  tracée  au-des- 
sous. Entre  le  Coîironnemoit  et  le  carré 
central,  un  rhombe  disposé  obliquement  :  il 
est  également  émaillé  ;  l'inscription  3i  J|)  ^ 
s'y  voit  en  lettres  gothiques. 

Les  gravures  du  revers  présentent  les  mê- 
mes motifs  que  la  face,  mais  on  y  a  ajouté  les 


quatre  symboles  évangélistiques  dans  l'ordre 
suivant  :  aigle,  lion,  bœuf  et  homme  ailé.  Une 
plaque  émaillée,  cintrée  en  haut,  recouvre 
exactement  le  carré  central.  Sujet:  le  Sauveur 
assis  sur  une  cathedra  blanche  et  rouo-e  •  sa 
main  droite  bénit,  la  gauche  maintient  un 
livre  ouvert.  L'intérieur  du  nimbe  crucifère, 
les  prunelles,  les  narines  et  la  bouche  sont 
rouges  ;  le  vionile  du  manteau  est  blanc. 
Le   bleu-soinbre   remplit  le  champ  et  les 


Croix  ornée  d'émaux,  Espagne,  XIV"^  siècle.  Collection  de  M.  Ernest  Deusy 
(D'après  un  dessin  de  l'auteur.) 

tailles   de  tous  les  écussons 


j'ai  signalé 
une  exception  pour  les  accessoires  de  la 
Majestas  Domini.  —  Des  orbicules  blancs  à 


cœur  rouge,  incrustes  par  juxtaposition, 
diaprent  les  fonds  bleus  ;  ces  orbicules  ont 
une  tendance  marquée  au  quadrilobe. 


KEVUE  DE   l'art   CllRÉTIE.-J. 
1885.  —  4'"=  LIVRAISON. 


468 


IRctJuc  Dc   rart   cbrcticn. 


Les  émaux  espagnols,  notamment  les 
appliques  du  crucifix  de  M.  Deusy,  ne  sont 
pas  précisément  des  chefs-d'œuvTe,  mais  un 
puissant  individualisme  y  fait  oublier  les 
incorrections  du  travail.  En  consacrant  une 
longue  digression  à  des  ouvrages  peu  répan- 
dus, il  ne  m'a  pas  semblé  que  c'était  trop 
s'écarter  de  l'objectif  principal  de  mon  étude. 

IV. 

UN  savant  pratique  n'exigerait  pas 
davantage.  Derrière  mon  aride  no- 
menclature, il  saisit  déjà  que  tous  les  cruci- 
fix émaillés  en  plate  pemture  &t  leurs  acces- 
soires appartiennent  à  une  même  famille  ; 
qu'ils  ont  une  patrie  commune,  bien  que  fa- 
briqués par  divers  maîtres  ;  enfin  que  l'ori- 
gine d'une  seule  pièce,  légalement  constatée, 
établit  la  filiation  des  autres.  Donc,  à  la  ri- 
gueur, j'en  aurais  suffisamment  dit  pour  ne 
pas  avoir  besoin  de  creuser  plus  avant  mon 
sujet,  et  pour  formuler  une  conclusion  immé- 
diate, si  je  n'avais  affaire  à  des  infaillibilités 
mercantiles,  —  celles-là  je  renonce  à  les  con- 
vaincre —  et  aussi  à  des  spécialistes  aimant 
la  lumière,  pourvu  qu'elle  jaillisse  d'une  ar- 
gumentation solidement  appuyée.  J'adresse 
à  ces  derniers  les  lignes  qui  vont  suivre. 

Les  principaux  caractères  à  examiner  chez 
nos  monuments  litigieux  —  le  crucifix  de 
Jean  Garnier,  muni  d'un  état  civil  authen- 
tique,reste  naturellement  en  dehors — sont  la 
forme  générale,  le  style  décoratif,  le  type  des 
figures,  la  technique,  la  gamme  des  émaux. 
Ces  monuments  rentrant  tous,  vu  leurs  di- 
mensions, dans  la  catégorie  des  croix  station- 
nais, je  n'emprunterai  mes  termes  de  com- 
paraison qu'à  des  objets  du  même  genre. 

L'étude  des  symboles  héraldiques  fournit 
un  grand  nombre  d'exemples  de  croix  va- 
riées, depuis  la  croix  pleine  jusqu'à  la  croix 
vidée,  pommetée  et  cléchée  de  Toulouse. 
D'abord,  chaque  art  topique  eut  ses  types 


privilégiés,  types  que  l'étranger  adopta  en- 
suite lorsqu'ils  lui  convinrent,  mais  en  leur 
imposant  les  caprices  de  son  goût  personnel. 
Ainsi  le  disque  engagé,  cantonné  de  crosses 
végétales  saillantes,  qui  termine  la  croi.x  da- 
noise de  Gunhilde  (milieu  du  XI«  siècle)  ('), 
se  trouve  au  XIV^  siècle  en  Allemagne, 
où,  au  lieu  de  personnages,  il  inscrit  un 
quadrilobe  (^)  ;  le  modèle  fleurdelisé,  dont 
l'origine  française  n'est  pas  douteuse,  s'effile 
outre  mesure,  vers  le  dernier  tiers  du  XI 1 1^ 
siècle,  chez  nos  limitrophes  de  la  Meuse  et 
du  Rhin:  il  y  gagne  en  élégance  ce  qu'il  y 
perd  en  ampleur  (3).  Néanmoins,  avant  que 
le  système  ogival  n'eût  franchi  les  Vosges 
et  le  fleuve  germain,  pour  envahir  l'Europe 
orientale,  l'Allemagne  s'en  tint  à  des  formes 
qui  lui  appartenaient  en  propre  :  décrivons- 
les  sommairement. 

Croix  rectiligne  à  potences  triangulaires 


F^ 


Type  de  croix  allemande. 
X-  siècle,  Essen. 
(D'après  H.  Otte.) 

ou  trapézoïdales;  moulures  à  quart  de   rond 

1.  Nord.  Oldsas;cr,  p.  134,  fig.  519.  —  Une  croix  du 
XII'  siècle,  cuivre  étampé,  analogue  h.  celle  de  Gunhilde,  se 
trouve  au  Musée  archéologique  d'Angers.  Les  différences 
typiques  entre  les  deux  monuments  ne  résident  que  dans 
le  détail.  Selon  toute  vraisemblance,  la  croix  d'.Vngers 
est  d'origine  locale.  \'oy.  L.  de  Farcy,  Recueil  d'objets 
d'art  religieux,  III"  année,  4'  liv.,  deux  pi. 

2.  F.  Bock,  Les  trésors  sacrés  de  Cologne,  pi.  X.XXI.x, 
fig.   IIO. 

3.  Voy.  J.  Helbig,  Les  reliques  et  les  reliquaires  donnés 
par  saint  Louis  aux  Dominicains  de  Liège,  pi.  V,  ap. 
Mém.dePAcad.roy.  de  Belgique,  t.  XL IV. 


les  cruciûr  cfjamplctjés  polpcbromcs. 


469 


et  à  chanfrein  double.  X^-XI°  siècles  :  Aix- 
la-Chapelle  ;  Essen  ("). 

Croix  rectiligne  à  potences  rectangulaires; 
au  centre,  un  carrédont  les  angles  rayonnent 
à  l'intersection  des  branches.  XII'  siècle  : 
cathédrale  de  Mayence;  collection  Essingh, 
à  Cologne  (^). 


Type  de  croix  allemande. 

XII^  siècle,  Cathédrale  de  Mayence. 

(D'après  H.  Otte.) 

Croix  évidée  ;  potences  trapézoïdales  aux 
flancs  légèrement  arqués.  Entre  les  tiges  et 
les  potences,  un  rectangle  saillant;  au  centre, 
un  carré  dépassant  de  beaucoup  les  angles 
rentrants  de  la  croisée.  Eglise  de  Saint-Sé- 
verin,  à  Cologne;  XII*  siècle  {^). 

1.  Cahier  et  Martin,  Mif/.  (Tarchéol.,  t.  I,  pi.  XXXI, 
fig.  H.  F.  Boclv,  KarPs  der  Grossen  Pfahkapelle,  t.  I,  p. 
34,  fig.  XV.  E.  aus'm  Weerth,  Kunsldenkimiler,  pi.  xxxix, 
fig.  I  ;  pi.  XXIV  à  XXVI.  H.  Otte,  Handbuch  der  kirkl. 
Kunst-archiiol.  des  deutschen  Miitelaltcrs,  t.  I,  p.  154,  fig. 
56,  5"  éd.  —  La  croi.x  d'Essen  n"  3  accuse  une  tendance  à 
l'auréole,  c'est-à-dire  que  les  arcs  de  la  plaque  elliptique 
du  centre  débordent  de  o^.ooô  les  angles  rentrants  de  la 
croisée.  Cette  circonstance  exceptionnelle  est  motivée  par 
un  grand  cristal  de  roche  ovoïde  posé  en  cœur,  et  à  qui  il 
fallait  bien  ménager  une  bordure  proportionnée  ;\  sa 
taille. 

2.  H.  Otte,  y.ur  Ikonographie  des  Crucijivus,  ap. 
Jahrbiicher  des  Vereins  von  Alterthumsfreimden  im  Rhcin- 
lande,  t.  XLIV-XLV.  pi.  Vlll,  ix,  xill. 

3.  F.  Bock,  Les  trésors  sacrés  de  Coloi>ne,  pi.  XL, 
fig-   113- 


Type  de  croix  allemande.  XU'-  siècle. 

Eglise  de  Saint-Séverin,  à  Cologne. 

(D'après  Bock.) 

Rien  ici  n'offre  de  rapports  directs  avec 
la  croi.x  Ouvarov,  qui  est  essentiellement 
limousine  (Voy.  plus  haut);  ni  avec  sa  sœur 
de  Copenhague,  qui  ne  l'est  pas  moins;  ni 
avec  sa  jumelle  de  la  collection  Dzyalinska, 
dont  on  n'a  jamais  ostensiblement  refusé 
la  paternité  à  Limoges.  Le  crucifix  Spitzer- 
Meyers  (Voy.  plus  haut),  entièrement 
semblable  à  ces  dernières,  doit  donc  avoir  eu 
nécessairement  la  même  origine  qu'elles,  et 
alors,  je  ne  sais  trop  les  raisons  qu'on  allé- 
guerait pour  contester  la  provenance  limou- 
sine des  monuments  analogues,  soit  intacts, 
soit  de  facile  restitution.  Tout  compté,  le 
type  auréolé,  aux  terminaisons  en  potence 
à  cavets,  me  paraît  être,  sauf  meilleur  avis, 
l'une  des  caractéristiques  de  l'orfèvrerie  li- 
mousine aux  XI  l'-XI  I V  siècles,  une  marque 
de  fabrique  en  quelque  sorte. 

Les  motifs  les  plus  fréquemment  em- 
ployés par  les  émailleurs  limousins  sont  la 
fleurette  et  la  rouelle  à  zones  concentriques 
juxtaposées.  Fleurettes  et  rouelles  constel- 
lent à  plaisir  les  châsses  et  les  croix  de 
Limoges:  on  n'en  rencontre  pas  sur  les 
pièces  allemandes.  Or  ces  motifs  existent 
sur  les  branches  de  l'arbre  intérieur  du  cru- 
cifix Spitzer-Meyers.  L'arbre  émaillé  dans 
le  champ  métallique  des  croix  est  lui-même 


470 


IRcuuc    De    Vàït   Chrétien. 


limousin;  je  l'ai  signalé  à  Pfalzel  et  à  Copen- 
hague, je  le  signalerai  encore  à  Trêves,  sur 
un  crucifix  de  la  cathédrale  (■).  Les  orfèvres 
du  Rhin  ont  néanmoins  figuré  l'arbre  inté- 
rieur en  orravure  ;  il  est  très  visible  sur 
plusieurs  de  mes  exemples.  On  conserve 
dans  l'église  des  Minorités,  à  Cologne,  une 
croix  stationnale  haute  de  i"^2o:  son  prolon- 
gement en  T  est  fort  ancien,  on  voit  le 
pareil  au  Xe  siècle  (=)  ;  mais,  d'après  les  vers 
léonins  inscrits  à  l'entour,   elle   ne  saurait 


Crucifix  allemand.  XH''  et  XIV=  siècles. 

Eglise  des  Minorités,  à  Cologne. 

(D'après  Bock.) 

remonter  plus  loin  que   le  XII^  siècle.   Le 
Christ,  daté  du  XIV^,  repose  sur  un  arbre 

1.  Kunstdenkmiiler,  pi.  lvii,  fig.  2.  Cette  pièce  ne  figure 
pas  dans  mes  notices  sur  les  émaux  limousins  conservés 
à  l'étranger  ;  elle  m'échappa  quand  je  rédigeais.  Croi.\ 
auréolée,  champ  bleu  semé  de  disques  et  de  rosettes  ; 
arbre  vert  ;  main  bénissante  :  tifiilus  I  H  P  .S.  Christ  en 
relief;  nimbe  crucifère,  suppcdancum  et  terrasse  imbri- 
quée, polychromes.  Les  potences  manquent,  Haut.  :  o'"22  ; 
avec  ses  appendices,  l'objet  devait  mesurer  plus  de  o"'32. 
XII Ii^  siècle. 

2.  .^i/fj«o-^//a/;-<?  d'Egberl,  à  la  bibliothèque  de  Trêves; 
H.  Otte,  Zur  Ikon,  des  Crucifixtis,  pi.  xii,  fig.  i. 


écoté  qui  pourrait   bien   être  son   contem- 
porain ('). 

Des  émaux  rehaussent  la  face  antérieure 
des  croix  d'Essen,  dont  le  revers  est  gravé. 
Tous  sont  cloisonnés:  pièces  d'applique  en 
bordure;  symboles  évangélistiques;  images 
des  donateurs;  Crucifixion  accostée  de  la 
Vierge,  de  saint  Jean,  du  soleil  et  de  la  lune. 
Le  titnlus,  IHC  NAZARENVS  REX 
IVDEORVM,  qu'on  y  lit,  reproduit  la 
formule  toujours  usitée  en  Allemagne,  soit 
Ï!i  extenso,  soit  abrégée;  je  n'ai  pu  rencon- 
trer dans  ce  pays  un  seul  exemple  du  IHS 
XPS,  si  fréquent  à  Limoges. 

A  la  fin  du  X^  siècle,  les  Allemands 
recourent  à  la  gravure  pour  illustrer  leurs 
croix  stationnâtes;  témoins  les  revers  d'Es- 
sen et  d'Aix-la-Chapelle.  Au  XI I^,  les 
appendices  du  spécimen  cité  de  Mayence 
(haut.:  o'"4i)  sont  chargés  de  scènes  paral- 
lèles, empruntées  aux  deux  Testaments,  gra- 
vées et  expliquées  avec  le  luxe  épigraphique 
habituel  chez  les  Germains  du  moyen  âge. 
Un  arbre,  formé  de  bandeaux  à  mailles 
inscrivant  des  feuilles,  rehausse  les  tiges  et 
les  branches;  il  s'interrompt  à  la  place  que 
recouvrait  le  torse  d'un  Christ  aujourd'hui 
perdu,  Christ  auquel  un  Agmis  Dei,  cerné 
de  la  légende  PATER  OFFERT  IN 
CRVCE  NATV(m),  servait  de  nimbe.  Sur 
la  queue,  l'effigie  en  pied  du  donateur  ; 
THEODORlCV(s)  ABBAS. 

L'église  de  Planig,  près  Kreuznach  (non 
loin  de  Mayence),  possède  une  croix  recti- 
ligne  très  simple  (haut.  :  o'"4o).  Le  revers  — 
je  parlerai  plus  loin  de  la  face  —  comporte 
un  arbre  intérieur  à  palmettes,  dont  la  tige 
est  coupée  au  milieu  par  un  médaillon  con- 
tenant le  buste  du  donateur,  ►}>  RVTHAR- 
UVS  CVSTOS;  le  tout  gravé.  Au  centre, 
un  Agnus  Dei,  en  relief  et  ajouré.  Les 
extrémités   des   branches  viennent   mourir 

I.  Les  trhors  sacrés  de  Cologne,  pi.  xxv,  fig.  87. 


Les  crucifîr  cbamplctics  polpdjroiiics. 


471 


contre  les  traces  parfaitement  visibles  de 
disques  cloués,  que  la  négligence  a  détruits. 
Ces  disques  étaient  pleins,  car  le  décor  per- 
siste sous  le  fenestrage  de  l'Agneau,  et  on 
l'aurait  prolongé  jusqu'au  bout  s'il  n'avait 
pas  dû  être  entièrement  caché  ("). 


'    bleu- tendre;    nimbe    et    galon     turquoise; 
orbicules  blancs  ('). 


Type  de  croix  allemande,  revers,  XII^  siècle. 

Eglise  de  Planig,  près  Kreuznach. 

(D'après  H.  Otte  ) 

Quelle  technique  attribuer  à  de  si  regret- 
tables absents?  La  fonte  ou  l'émail;  il  ne 
peut  être  question  de  la  gravure.  Selon  toute 
vraisemblance,  les  symboles  évangélistiques 
figuraient  là  en  ciselure  ;  l'émail  néanmoins 
ne  serait  pas  entièrement  à  repousser.  J'ai 
dessiné  jadis  au  musée  de  Rouen,  un 
disque  légèrement  bombé  (diam.  :  o™o64); 
il  offre,  sur  champ  de  cuivre  doré,  le  buste 
cloisonné  du  prophète  Osée,  OSGAe. 
Carnations  rose-pâle;  barbe  et  cheveux 
noirs; manteau  et  légende  bleu-lapis; tunique 

I.  Zurikon.  des  Crucifix-us,  pi.  XI. 


Médaillon  en  émail  cloisonné. 

École  du  Rhin,  XI'"  siècle  ;  Musée  de  Rouen. 

(D'après  le  dessin  de  l'auteur.) 

Dans  l'inappréciable  collection  de  M.  Vic- 
tor Gay,  on  distingue  une  vcsica  piscis  de 
même  matière  et  de  même  travail  que  le 
médaillon  de  Rouen  (haut.  :  o"^  i  o,  plus  grande 
largeur  :  o"''05 8).  Sujet:  une  sainte  en  pied, 
couronnée,  sans  nimbe,  et  tenant  la  palme 
du  martyre.  Carnations  à  peine  rosées:  cou- 
ronne anguleuse  tleuronnée,  de  style  byzan- 
tin, et  manteau,  verts  ;  voile  et  chaussures 
bleu-clair;  robe  et  galon  turquoise  ;  tunique 
de  dessus  bleu-lapis.  Les  folioles  de  la  palme 
alternent  du  lapis  au  vert  et  au  bleu-clair  ; 
une  joaillerie  blanche  ou  lapis  rehausse  la 
couronne  et  le  galon.  (PI.  XIX,  fig.  3.)  (^). 

Nos  deux  appliques  sortent  des  ateliers 
rhénans,  au  XL  siècle;  la  sainte  est  une 
merveille  :  ont-elles  orné  des  croix  ou  des 
châsses  .''  Leurs  faibles  dimensions  me  sem- 
bleraient plaider  en  faveur  des  croix.  Il 
serait    également    possible     qu'un    disque 

1.  Au  congrès  international  de  Bonn,  en  iS6S,  la  dis- 
cussion de  cet  e'mail  m'attira  les  observations  peu  cour- 
toises d'un  savant  berlinois  beaucoup  plus  superficiel  que 
profond  ;  elle  me  valut  en  échange  d'honorables  amitiés. 
Le  savant  a  vécu,  mais  les  amitiés  ont  persisté. 

2.  Un  petit  cliché  reproduit  cette  figure  dans  le  Glos- 
saire arc/u'ologique,  fasç.  1\',  p.  61g. 


472 


Ectîue   De    l'art   cbrcticn. 


représentant  saint  Séverin,  émail  cloisonné 
sur  cuivre  (diam.  :  o'"i  i),  eût  illustré,  au 
revers,  le  carré  central  de  la  croix,  figurée 
plus  haut  —  leur  raccord  est  exact  —  avant 
d'être  cloué  sur  un  pignon  de  la  carcasse 
dénudée  de  l'antique  fierté  du  troisième 
évêque  de  Cologne  (').  Quoi   qu'il   en  soit 


un  exemple  de  croix  allemande,  dont  le 
champ  est  émaillé  d'un  seul  tenant,  existe, 
au  moins  à  ma  connaissance. 

L'église  de  Sainte-Marie  in  der  Schnur- 
o-assc',à.  Cologne,  possède  l'objet  en  question. 
Croix  rectiligne.légèrement  anglée;  hauteur: 
o'"405,  largeur:  o'"225.   Cuivre  doré  ;  plat 


Crucifix  de  Sainte-Marie  in  dcr 

Christ  supprim 

(D'après 

recto  couvert   d'enroulements    champlevés 
polychromes,  disposés  de  façon  à  ménager 

I.  Les  trésors  sacrés  de  Cologne,  pi.  XLi,  fig.  114.  Ch. 
de  Linas,  Les  Expositions  rétrospectives  en  18S0,  p.  130. 
Trompé  par  l'éclat  du  métal,  j'ai  pris  alors  pour  de  l'or  ce 
qui  n'est  réellement  que  du  cuivre  doré.  Cette  épave,  de 
haute  valeur  artistique,  peut  remonter  à  la  fin  du  Xl'siècle. 
—  L'orfèvrerie  occidentale  du  moyen  âge  s'est  complue  à 
sertir  des  appliques  en  émail  cloisonné  byzantin  sur  les 
branches  de  ses  croùt  reliquaires.  E.xemples  :  la  croix  de 


SchntirgasaCj  à  Cologne  ;  recto  : 

2.  Xir"  siècle. 

Bock.) 

la  place  de  la  tête,  du  torse  et   des  jambes 
du  Christ. Nimbe  crucifère,richement  coloré; 


l'abbaye  d'Oignies,  aujourd'hui  chez  les  religieuses  de 
Notre-Dame,  à  Namur  (Ann.  archéol.,  t.  V,  pi.  xvii).  La 
croix  du  monastère  de  Hohenfurt  (Bohême),  gravée  dans 
les  Mittheil.  cités,  t.  XVIII,  p.  202,  fig.  S2.  Les  deux  pic- 
ces  sont  à  doubles  croisillons  :  Namur,  potences  triangu- 
laires, renflements  arrondis,  centre  angle,  XI'=  siècle; 
Hohenfurt, appendices  fleuronnés, centre  à  lobes  elliptiques 
rayonnants,  XI  1>^  siècle.  M.  Gay  possède  un   petit  disque 


les  crucifiir  cbamplctjcs  polpc^romcs. 


473 


sous  les  pieds,  une  capsule  ovale  qui  abritait 
jadis  des  reliques  dont  l'état  est  inscrit  sur 
la  douille.  Un  Christ  moderne,  malheureu- 
sement substitué  à  l'ancien,  gâte  l'effet 
général;  mieux  vaudrait  —  nous  avons  pris 
ce  parti  —  que  l'espace  libre  fût  vacant  : 
une  bonne  silhouette  est  préférable  à  un 
médiocre  relief. 

Au  plat  verso,  un  décor  gravé.  Centre, 
buste  du  Christ  accosté  de  l'A  et  de  l'O  ; 
extrémités,les  symboles  évangélistiques  dans 
des  demi-cercles:  ces  terminaisons  prouvent 
que  le  monument  n'eut  jamais  d'appendices 
rapportés.  Le  style  des  enroulements  feuil- 
lus est  empreint  d'un  caractère  germanique 
très  prononcé  ;  la  légende  des  reliques  finit 
par  une  invocation  du  donateur  :  MISE- 
RERE MEI  ALBERTI.  Or  la  croix 
provient  de  l'abbaye  de  Saint-Pantaléon, 
où  un  Albert  fut  prieur  de  1 167  à  1 1  76  ('). 

Hormis  le  petit  tableau  cloisonné  d'Essen 
et  un  Christ  gravé  au  revers  de  la  croix  dite 
de  Lothaire,  à  Aix-la-Chapelle  (-),  tous  les 
crucifix  de  travail  allemand  bien  authen- 
tique, que  j'ai  signalés,  et  d'autres  encore  de 
pareille  origine  laissés  à  l'écart,  compor- 
tent des  Christs  en  relief,  soit  repous- 
sés, soit  fondus.  Analysons  leurs  détails 
typiques,  sans  dépasser  le  milieu  du  XI 11^ 
siècle.  En  général,  le  Christ  allemand  écarte 
les  jambes;  elles  sont  au  contraire  fréquem- 
ment adhérentes  ou  superposées  chez  les 
Christs  limousins,  malgré  la  séparation  des 
pieds,  percés   chacun   d'un  clou  (^).    Or  la 

byzantin  également  destiné  à  la  sertissure;  émail  cloisonné 
du  X-^  siècle  représentant  un  buste  d'Ange.  Ce  mode  d'or- 
nementation, employé  à  Essen  avec  des  ouvrages  indi- 
gènes, a  pu  et  dû  persévérer  en  Allemagne. 

I  Les  trésors  sacrés  de  Cologne,  pi.  X.KXIX,  fig.  109  et 
p.  164-165. 

2.  Mél.  ci'archéfl/.,  t.  I,  pi.  XXXII. 

3.  Pour  l'Allemagne,  \'oy.  les  Christs  d'Essen,  de 
Planig,  de  Wetzlar  (Kunstiieiikmàlcr,  pi.  l.lll,  fig.  5),  etc. 
etc.  Pour  Limoges,  voy.  Copenhague,  Pfalzel,  une  châsse 
de  Siegbourg  (Ktoistdenlcm.,  pi.  XLix,  fig.  i),  etc.  etc.  — 
Les  jambes  du  Christ,  sur  la  croix  d'Aix-la-Chapelle  sont 
adhérentes;  mais  il  est  figuré  de  trois-quarts  et  non  de  face. 


superposition  des  jambes  est  l'un  des  dia- 
gnostics de  nos  crucifix  en  plate  peinture. 
L'émaciation  n'est  pasmoinscaractéristique. 
L'ancien  art  allemand  donne  souvent  à  ses 
figures  nues  des  proportions  presque  nor- 
males ;  il  exagère  peu  les  saillies  anato- 
miques  et  reste  dans  les  limites  d'un  embon- 
point modéré.  Si  le  torse  s'effile,  comme 
sur  la  croix  d'Aix-la-Chapelle,  il  n'est  jamais 
efflanqué.  Des  Français  et  des  Limousins 
émane  en  réalité  le  type  du  Divin  Crucifié 
réduit  à  l'état  de  squelette,  accablé  qu'il  se 
trouve  par  la  torture  physique  et  le  poids 
moral  des  crimes  de  l'humanité  pris  à  sa 
charge.  Un  Christ  bourguignon  du  XII^ 
siècle,  appartenant  à  M.  L.  Courajod,  offre 
l'aspect  d'un  cadavre  encore  élastique,  mais 
tout  à  fait  décharné,  n'ayant  plus  que  la  peau 
et  les  os  (')  ;  un  Christ  manceau  en  bronze, 
même  époque,  collection  de  M.  L.  Farcy, 
à  Angers,  un  peu  moins  affaissé  que  le  pré- 


Christ  manceau  en  bronze.  XH*-'  siècle,  Collection  de 

M.  L.  de  Farcy,  à  Angers. 

(D'après  une  photographie  de  M.  Paul  Desavary,  à  Arras.) 

cèdent,  ne  lui  cède  en  rien  sous  le  rapport 
de  l'amaigrissement  outré. 

I.  Voy.  Gasette  archéologique,  1S84,  pi.  xiv. 


474 


IRctiuc  De  l'3rt  cbtcticn. 


Cette  espèce  de  momification,  oi!i  pas  une 
seule  côte  ne  se  dissimule,  incombe  aussi 
aux  statuettes  limousines  de  Copenhague 
et  de  Pfalzel  ;  l'excessive  maigreur,  très 
accentuée  déjà  chez  le  crucifix  Davillier, 
allonge  le  Christ  Spitzer-Meyers  au  point 
de  l'identifier  absolument  avec  la  capitale 
romaine  T. 

L'Allemagne  exprima  au  besoin  les  plaies 
saignantes  du  Rédempteur.  De  faibles  traces 
de  sang,  légèrement  burinées,  apparaissent 
aux  mains,  au  flanc  et  aux  pieds  du  Christ 
d'Aix-la-Chapellle.  Des  mains  et  des  pieds 
du  Christ  de  Planig  s'échappe  un  triple  filet 
de  sang  ;  celui  des  pieds  traverse  un  suppe- 
daneum  tronconique,  sorte  de  réservoir  mys- 
tique, et  tombe  dans  un  calice  gravé  au- 
dessous  :  une  tête  de  lion  ciselée  en  ronde- 
bosse,  symbole  du  monstre  infernal  vaincu, 
mord  la  partie  inférieure  du  vase  et  arrête 
la  queue  de  la  croix  (').  Entre  filet  et  flot, 
il  y  a  une  certaine  distance,  et  je  soupçonne 
au  dernier  une  origine  méridionale.  Le  trésor 
de  la  cathédrale  de  Narbonne  possède  un 
panneau  d'ivoire  (XI^-XII^  siècle)  où  la 
Crucifixion  est  escortée  d'épisodes  évangé- 
liques.  Au  bas  :  la  Cène,  le  Partage  des 
vêtements,  l'Incrédulité  de  saint  Thomas. 
Aux  flancs  :  le  Baiser  de  Judas,  les  Maries 
au  sépulcre,  un  groupe  de  la  Vierge  et  des 
Saintes  Femmes,  Longin,  l'Estafier  à 
l'éponge  (Stéphaton),  saint  Jean,  Nicodème 
et  Joseph  d'Arimathie.  En  haut:  l'Ascen- 
sion, le  Soleil  et  la  Lune  personnifiés,  la 
Descente  du  Saint-Esprit.  Un  véritable 
torrent  coule  des  mains  et  des  pieds  du 
Christ  (').  Au  premier  abord  on  croirait 
que  l'œuvre  est  allemande  ou  mosane  ; 
mais  le  style  particulier  de  l'encadrement 
s'opposerait     à    l'attribution     germanique. 

1.  Ziir  Ikon,  des  Critcifixiis,  pi.  x. 

2.  Grimouard  de  Saint-Laurent,  Iconographie  di  la 
croix  et  du  crucifix,  np.  .Inn.  arcliéol.  t.  XX Vil,  pi.  I, 
photographie. 


Quant  à  la  formule  insolite  du  tifnhis  rectan- 
gulaire, HIC  EST  I HS  — N AZAREN VS 
—  REX  IVDEORV  (m),  si  on  la  ren- 
contre en  Allemagne,  elle  y  semble  du 
moins  très  rare  ('}.  Notre  panneau  accuse 
un  ciseau  espagnol.  Le  crucifix  votif  de 
Ferdinand  et  Sancha  prouve  le  talent  des 
ivoiriers  léonais  au  XI^  siècle;  le  Christ 
imberbe  du  Sacratnentaire  catalan  de 
Roda  (-)  ramène  singulièrement  au  type 
grassouillet  de  la  sculpture  narbonnaise.  Or, 
ici  le  double  flot,  qui  jaillit  des  pieds,  bifurque 
comme  sur  l'exemplaire  émaillé  du  Louvre. 
Les  énormes  chevilles  de  bois,  communes 
aux  crucifix  Davillier  et  Spitzer-Meyers, 
auraient  charmé,  au  X'V^  siècle,  la  fantaisie 
des  maîtres  de  Nuremberg;  leurs  prédéces- 
seurs du  Rhin  se  bornèrent  toujours  aux 
clous  vulgaires.  L'idée  primordiale  de  la 
plaie  saignante  au  côté  droit,  et  du  crâne 
décharné  (voy.  plus  haut  la  fig.),  est  proba- 
blement originaire  de  Byzance  (^)  ;  l'effigie 
d'Adam  doit  être  occidentale.  Nous  la  ren- 
controns en  Espagne,  au  Xl^  siècle,  sur  le 
don  royal  de  Ferdinand  ;  à  Limoges,  au 
XlIe-XIIIe,  sur  les  crucifix  de  Pfalzel,  du 
Vatican  et  de  Jean  Garnier.  L'image  de 
notre  premier  père,  sortant  du  tombeau  à 
l'appel  du  Fils  de  Dieu,  semble  n'avoir  pas 
gagné  l'est  et  le  nord  de  l'Europe  avant 
l'époque  de  saint    Louis,   car  elle    ne    s'y 

1.  On  trouve  en  effet  la  même  formule  sur  le  tiliilus 
rhomboidal  du  crucifix  d'Aix-la-Chapelle,  mais  avec  la 
variante  IHC  au  lieu  de  IHS.  Du  reste  les  types  des  deux 
Christs  diffèrent  complètement. 

2.  Voy.  mon  précédent  travail.  Le  crucifix  de  la  catlie- 
drale  de  Léon  au  musée  de  Madrid,  pi.  et  fig. 

3.  Voy.  le  Crucifix  émaillé  de  la  collection  Sevastianov, 
ap.  Bock,  Gescliic/i/e  der  li/urg.  Ge7aander.,t.  11,  pi.  XXVUI, 
fig.  sans  renvoi  ;  la  Crucifixion  trouvée  au  Caucase  par 
M.  Svenigorodskoi,ap.  J.  Schulz,  Die  byzant.  Zellcn-Entails 
der Sain/nlunc;- Siaenis^orodsi-ûi,  phototypie  h  la  p.  36.  Un 
masque  humain  figure  aux  pieds  du  crucifix  sur  une  minia- 
ture de  la  Bible  de  l'abbaye  de  Farfa,  ms.  du  .K'-"  siècle,  à 
la  Bibliothèque  Vaticane  ;  2^ur  Ikon,  des  Crncif.,  pi.  xii, 
fig.  2.  Le  style  de  cette  peinture  accuse  un  élève  des  By- 
zantins. 


les  crucifir  cbamplctics  polycbromcs. 


475 


montre  incontestable  qu'à  partir  des  croix- 
reliquaires  artésiennes  d'Oisy  et  de  Clair- 
marais  (').  Une  hypothèse  très  vraisem- 
blable, déjà  émise  plus  haut,  permettrait 
de  restituer  Adam  à  la  potence  inférieure 
du  crucifix  Davillier. 

De  consciencieuses  recherches,  parmi  les 
émaux  champlevés  des  écoles  de  la  Meuse 
et  du  Rhin,  n'ont  pas  abouti  à  me  fournir 
un  seul  exemple  de  tons  crus,  brutalement 
juxtaposés  sans  intermédiaire,  avec  les  har- 
diesses de  la  textrine  orientale.  L'autel  por- 
tatif de  Stavelot  et  les  épaves  du  retable 
de  cette  abbaye  {-)  ;  le  chef-d'œuvre  de 
Nicolas  de  Verdun,  à  Klosterneubourg  (^); 
les  merveilleuses  châsses  de  Deutz ,  de 
Siegbourg  et  d'Aix-la-Chapelle  (■•);  le  pied 
de  croix  de  Saint-Bertin ,  au  Musée  de 
Saint-Omer  (')  ;  les  reliquaires  de  Saint- 
Gondulf  (jadis  à  Maestricht),  de  l'ancienne 
collection  Soltykov  et  des  Ursulines  d'Ar- 
ras  C^);   bien   d'autres    monuments    secon- 

1.  Revue  de  l'Art  chrétien,  série  I,  t.  II,  pi.  vu  et  l.\. 
Ann.  archcoL,  t.  XIV,  pi.  .xvii  ;  t.  XV,  pi.  l.  Les  exemples 
plus  anciens,  donnés  par  M.  le  comte  de  Saint-Laurent, 
loc.  cit.,  ne  me  semblent  pas  concluantb. 

2.  Der  Reliquien-iiiiil,  Ornaincnlcnscliatz  der  Abteikirche 
zti  Stablo'pav  E.  aus'm  Weerth,  ap.  Jahrb.  des  Ver.  von 
Alterthtimsfr.in  RheiiiL,  t.  XLVl,  pi.  xn  et  xiii.  L'autel 
portatif  est  au  Musée  de  la  Porte  de  Hal.  Un  dessin 
authentique  du  retable,  découvert  aux  archives  de  Liège 
par  M.  D.  Van  de  Casteele,  a  été  publié  par  ce  savant  et 
M.  le  chanoine  Reusens  ;  ensuite  par  M.  Jos.  Demarteau. 

3.  Camesina,  Das  Nicllo-Antipcndiuin  zu  Kloslcrnctt- 
burg,  28  chromol.  grand,  d'exécution  représentant  les 
divers  compartiments  du  retable.  C.  Heider,  Der  Altar- 
au/satz...,su Klosterneiiburg,  T,2^\.  àoni  une  en  couleurs. 
Haller  et  Festorazzo,  Das  Stift  zu  Klosteriieîiburt^;  parmi 
les  planches,  une  vue  d'ensemble  de  l'autel. 

4.  Kuiiitd^nkm.,  pi.  XLIV  et  xxxix,  chromol.  Méldit- 
i^es d'archéol.  t.  I,  pi.  VU  à  ix. 

5.  Ann.  archéoL,  t.  XVIII,  pi.  I.  Malheureusement 
Didron  n'a  fait  reproduire  cpi'en  noir  l'aquarelle  d'Auguste 
Deschamps  de  Pas.  Du  Somnierard,  Les  arts  au  moyen 
âi^e,  a  publié  un  très  médiocre  coloriage  du  pied  de  croix 
de  Saint-Bertin. 

6.  Labarte,  f/cst. des  arts  industr., \\bum,p\.  CVH  etcix. 
Le  reliquaire  de  saint  Gondulf  a  été  acquis  par  M.  le 
baron  Seillière.  La  châsse  rhénane  du  prince  Soltykov 
est  au  .South-Kensington  Muséum.  Ch.  de  Linas,  Notice 
sur  un  reliquaire  apfiart.  aux  Ursuli)ies  d'Arras,  1866, 
chromol.  ;  publié  d'abord  dans  le  Beffroi,  t.  III,  p.  i  à  38. 


daires  dont  l'énumération  irait  trop  loin  : 
rien  dans  tout  cela  ne  m'a  montré  un  rouge 
adhérent  à  un  bleu-foncé,  ou  à  un  vert 
intense.  Une  cloison  métallique  s'interpose 
entre  eux  pour  atténuer  la  brusquerie  des 
transitions;  le  jaune-clair,  le  blanc  ou  le  gris- 
bleu  réchampissent  les  couleurs  franches 
qui  ne  se  heurtent  jamais  directement  ('). 
Limoges  prend  moins  de  précautions  ;  ses 
rouelles  concentriques,  ses  fleurettes,  les 
épanouissements  de  ses  rinceaux,  offrent 
par  centaines  des  chocs  immédiats  de  rouge 
vif,  de  bleu-lapis  ou  de  vert  franc  :  musées 
publics,  collections  particulières,  trésors 
d'églises,  s'ouvrent  aux  sceptiques  pour 
vérifier  mon  assertion.  Des  sept  Christs 
émaillés  &Vi plaie  peinture  que  j'ai  mention- 
nés, six  ont  leurs  nimbes  coloriés  à  la  façon 
limousine,  et  le  dernier  porte  la  signature 
d'un  artiste  limousin  ! 

Eu  égard  aux  carnations  blanches,  la 
châsse  polychromée  de  Nantouillet  (Seine 
et  Marne)  en  offre  un  exemple  limousin  des 
plus  frappants.  Le  Christ  exsangue  de  la 
Descente  de  ^;-tf/:t-,  figurée  au  milieu  de  l'auge, 
est  blanc  mat  ;  une  légère  teinte  bleuâtre 
réchampie  de  blanc  colore,  à  droite  du  sujet 
central,  le  corps  nu  d'Adam,  à  qui  le  Sau- 
veur ressuscité  ouvre  les  portes  du  ciel  (-). 
Une  autre  châsse  limousine  (collection  de 
M.  Monvoisin,  à  Arras)  oppose  un  ton  brun 
à  un  ton  rouge  symétrique,  de  telle  sorte 
que  leur  confusion  devient  impossible. 

Le  calvinisme  et  la   Révolution  ont  dé- 

1.  Comme  on  doit  éviter  d'être  trop  absolu  en  quoi  que 
ce  soit,  je  dirai  qu'il  me  semble  avoir  observé,  notamment 
sur  les  émaux  rhénans  de  la  reliure  de  X Evanoéliaire  de 
Notger  (Hibl.  de  l'Université,  à  Liège)  certains  contacts 
immédiats  de  rouge  et  de  vert.  Ou  la  cloison  a  l'épaisseur 
d'un  cheveu,  ou  elle  n'existe  pas.  De  toute  manière,  le 
vert,  terne  et  non  brillant,  ne  saute  nullement  i\  l'œil  ;  en 
outre,  les  tons  forment  un  tranche  et  non  un  nué  pareil  à 
l'arc-en-ciel  limousin. 

2.  Voy.  Comptes-rendus  du  Comité  archéol.  de  Sentis, 
2*^  série,  t.  III,  1S77,  p.  20J  et  sq.,  pl.  en  couleurs  d'après 
le  procédé  Vidal  ;  La  citasse  de  Gimel,  p.  36. 


RiiVUE    DE   l'art   CHRÉTIEN. 
18S5.   —   4""^   LIVR.VISO.N. 


476 


IRcuiic   Dc   part   cïjrcticn 


truit  beaucoup  de  monuments  d'orfèvrerie 
allemande.  Le  nord  et  l'est  de  la  France,  la 
Belgique,  le  cours  du  Rhin,  eurent  plus  ou 
moins  h.  souffrir  de  l'un  de  ces  fléaux,  sinon 
des  deux  ;  mais  le  zèle  catholique  et  la  tolé- 
rance luthérienne  sauvèrent  assez  d'objets 
pour  que  l'on  possède  encore  bon  nombre 
d'échantillons  de  chaque  espèce.  Parmi  ces 
échantillons  —  j'entends  les  incontestables 
— •  en  est-il  un  qui  soit,  non  pas  identique, 
mais  seulement  analogue  à  nos  crucifix 
émaillés  en  />/ûà'  peiiitui-e  ?  Non  certes. 
D'autre  part  la  forme  que  les  dits  crucifix 
retiennent  au  montage,  forme  qu'ils  durent 
tous  primitivement  avoir,  le  style  de  leurs 
heures  et  de  leur  décor,  la  teneur  de  leur 
tituli,  la  gamme  bruyante  de  leurs  tons 
juxtaposés,  leur  spécialité  de  carnations 
blanches  et  de  détails  bruns,  caractérisent 
les  productions  limousines. 

On  m'objectera  que  la  tonalité  très  douce 
de  l'œuvre  signée  Jean  Garnier,  s'écarte 
infiniment  de  la  violente  coloration  des 
autres  pièces;  que  celles-ci  n'ont  ni  le  dessin 
correct,  ni  les  draperies  élégantes  de  la 
première.  La  réponse  est  facile.  Entre  la 
fin  du  XI  le  siècle  et  l'aube  du  XI 11^,  fioris- 
sait  à  Limoges  un  atelier  spécial  de  crucifix 
émaillés  à  plat;  de  là  sortirent  les  articles  à 
carnations  blanches  ou  légèrement  teintées. 
Chargé,  quelques  années  plus  tard,  d'exé- 
cuter un  ex-voto  fraternel,  Garnier  voulut 
faire  mieux  que  ses  émules  ;  il  chercha  l'har- 
monie là  où  ils  avaient  visé  l'éclat,  de  plus 
il  dessinait  en  maitre.  Accentuant  les  car- 
nations, tempérant  les  autres  notes  d'une 
gamme  réduite,  Garnier  mit  au  jour  l'œuvre 
remarquable  qu'un  hasard  miraculeux  pré- 
serva, et  qu'on  n'essaya  peut-être  jamais 
d'imiter  :  elle  n'attirait  pas  assez  l'œil. 

Les  émailleurs  des  bords  de  la  Meuse  et 
du  Rhin  ne  travaillaient  guères  que  sur 
commande,  aussi  leurs  productions  franchi- 


rent-elles à  peine  les  limites  de  ces  régions. 
Quelques    spécimens    au    trésor    de    Con- 
ques (')  ;    deux  grandes  châsses  dévolues 
aux  cathédrales  d'Amiens  et  de  Troyes  (')  ; 
les   épaves  signalées   à    Saint-Omer   et    à 
Arras;  le  souvenir  du   pied   de   croix,   que 
des     Lotharingiens,     mandés    par    Suger, 
vinrent  fabriquer  à  Saint-Denys  :  la  France 
nous  fournirait-elle  aujourd'hui  davantage, 
en    dehors    de    ses    collections    publiques 
ou  privées?  Au  contraire,  les    Limousins, 
fréquemment     industriels,    artistes    à   l'oc- 
casion,  inondèrent  l'Europe  de  leurs  cui- 
vres   polychromes.     Dans    deux    récentes 
brochures,  maintes  fois  citées  au  cours  de  la 
présente  étude,  j'ai   relevé  —  sans  doute 
encore  incomplètement  —  les  émaux  limou- 
sins conservés  à  l'étranger  :  beaucoup  n'ont 
pas  quitté  leurs  possesseurs  originaires,  les 
établissements  religieux,  où,  du  XI 1 1*^  siècle 
au  XI  Ve,  ils  furent  introduits  par  la  voie  des 
pèlerinages  (').  Depuis   longtemps,  la  prin- 
cipauté de  Liège,  l'Allemagne  et  la  Belgique 
envoyaient  chaque  année,  à  Rocamadour  et 
à  Saint-Jacques  de   Galice,  des  caravanes 
de  pèlerins,  soit  volontaires,  soit  forcés,  que 
doublaient  des  négociants,  charmés  de  voya- 
ger en  nombreuse  compagnie.  N'importe  le 
but  pieux  qu'elles   voulaient  atteindre,  ces 
caravanes  devaient  nécessairement  traver- 
ser   Limoges,    et  elles  profitaient  de   leur 
étape    pour    s'approvisionner    d'objets    du 
pays,  destinés,  au  retour,  à  être  offerts  en 

1.  \'oy.  A.  Darcel,  Trésor  de  Pi'i^lise  de  Cc/n/ins,  pi.  n 
et  vni.  Un  reliquaire  inédit,  que  l'on  ne  voulut  pas  montrer 
à  M.  Darcel,  comporte  aussi  des  dmaux  cloisonnes  alle- 
mands. Je  dois  publier  incessamment  cette  œuvre  impor- 
tante, et  je  réclame  ici  la  priorité,  au  cas  où  un  autre 
archéologue  voudrait  moissonner  sur  mon  terrain. 

2.  La  châsse  d'Amiens  a  été  photographiée  à  mon 
intention  par  un  habile  praticien  d'Arras,  M.  François 
Normand  ;  celle  ce  Troyes,  qui  provient  de  l'abbaye  béné- 
dictine de  Nesle-la-Reposte  (Marne),  est  chromolithogra- 
phiée  dans  (iaussen,  Portefeuille  archéol.  de  la  C/utmpagne, 
Ori-èvrkrie,  pi.  vin. 

3.  La  chihse  de  Gimel.  —  Œuvres  de  Limoges  con- 
servc'es  à  VHi anoer. 


Les  cciififir  cbamplctjcs  poI|?cf)romcs. 


477 


cadeau  ou  revendus  à  bénéfice.  Malgré  le 
défaut  de  renseignements,  on  ne  saurait  dou- 
ter que  les  peuples  septentrionaux  n'aient 
suivi  l'exemple  des  régions  centrales,  et 
dirigé  aussi  leurs  pas  vers  les  sanctuaires  du 
midi  ;  un  tel  mouvement  explique  l'af- 
fluence  d'ouvrages  limousins  répandus,  de 
la  Meuse  et  du  Rhin,  au  Danube,  à  la  Bal- 
tique et  aux  bords  de  la  Moskva.  Si  cher 
que  pussent  coûter  les  meilleurs  articles  des 
fabriques  aquitaines,  ils  revenaient  toujours 
à  un  prix  moins  élevé  que  les  luxueuses  con- 
ceptions des  orfèvres  renommés  de  Maes- 
tricht  ou  de  Cologne. 

A  Limoges,  où  la  division  du  travail, 
cette  plaie  de  l'art  industriel  moderne, 
semble  avoir  été  parfois  observée,  le  même 
sujet,  avec  d'insignifiantes  modifications,  se 
reproduit  à  satiété.  Chaque  atelier  détenait 
ses  poncifs  de  Majestas  Domini,  de  Cruci- 
fixions, d'anges,  d'apôtres,  d'écussons  ar- 
moriés et  de  motifs  ornementaux.  Invention 
nulle  :  l'ouvrier  réduisait  ou  agrandissait  le 
carton  primitif  du  maître,  qui  se  bornait 
ensuite  à  donner  quelques  coups  de  crayon 
au  nouveau  dessin.  La  négligence  des 
champlevés  polychromes  est  fréquente  ;  les 
fonds  ne  sont  pas  exempts  de  bavures. 
Aussi,  à  côté  de  chefs-d'œuvre  tels  que  les 
émaux  de  Grandmont,  les  châsses  de  Gimel, 
de  Sainte- Valérie  (ancienne  collection  Ba- 
silewsky),  d'Ambazac  et  même  de  Noailles, 
tous  empreints  d'un  goût  primesautier,  four- 
millent les  reliquaires  de  saint  Thomas 
Becket,  les  pyxides  eucharistiques,  les 
magots  en  relief,  les  custodes  anonymes  où 
on  pouvait  loger  les  ossements  d'un  saint 
quelconque,  une  .série  de  croix  stationnales. 
L'orfèvre  allemand  procédait  d'une  manière 
différente.  Artiste  toujours,  il  se  met  d'abord 
en  frais  de  composition  :  qu'il  grave  ou  bien 
émaille  les  scènes  vulgarisées  de  l'P^criture, 
les  épisodes  inédits  de  la   vie  d'un  Bienheu- 


'  reux,  les  types  majestueux  des  Prophètes  et 
des  Apôtres,  les  figures  symboliques  des 
Sacrements  ou  des  Vertus,  il  marque  ses 
personnages  et  son  décor  d'une  estampille 
qui  lui  est  propre  ;  enfin  il  pousse  jusqu'à  la 
minutie  le  soin  de  l'exécution  technique.  La 
frappante  analogie  qu'offrent  entre  eux  nos 
spécimens  de  crucifix  et  de  croix  en  plate 
peiniiire,  démontrerait  à  elle  seule  leur  ori- 
gine aquitaine. 

Que  plusieurs  des  monuments  ci-dessus 
aient  été  acquis  en  Allemagne;  le  cas  est 
possible  et  je  suis  loin  de  le  nier  ;  abstrac- 
tion faite  du  brocantage  actuel,  l'ancienne 
importation  des  ouvrages  français  à  l'étran- 
ger vient  d'être  suffisamment  expliquée  et 
motivée.  Mais  la  croix  Ouvarov  et,  vraisem- 
blablement aussi  le  crucifix  Dzyalinska, 
échappés  aux  creusets  de  la  Haute- Vienne 
ou  du  Cantal,  proviennent  en  droite  licme 
des  établissements  religieux  du  Limousin  ! 
A  tant  de  preuves,  ne  pourrait-on  ajou- 
ter encore  le  dicton  populaire  du  XI Ile 
siècle,  Crucefix  de  Li)noges  (')  .''Il  ne  devait 
pas  s'appliquer  aux  images  ordinaires,  fon- 
dues et  ciselées  par  les  orfèvres  dans  tous 
les  pays,  mais  bien  à  une  spécialité  limou- 
sine s'écartant  des  procédés  habituels.  Le 
mot  me  semblerait  alors  viser  nos  crucifix 
en  plate  peinture. 


o 


V. 

N   lit   dans  le    Catalogue  récemment 
imprimé  de  la  collection  Davillier  ("): 


Croix  en  cuivre  champlevé,  émaillé  et  doré. 

Hauteur  :  o"'4-}3.  Largeur  :  o'"295. 
Sur  la  croix  est  représenté  le  Christ,  nimbé,  barbu, 
cloué  par  quatre  clous,  vêtu  d'un  jupon  ([ui  descend 
jusqu'aux  genoux.  .A^u-dessus  de  sa  tète  sur  deux  lignes 
l'inscription  :  IHS — XP — S.  Au-dessus  de  cette  inscrip- 
tion est  représentée,  suivant  la  tradition,  la  Lune,  sous 

1.  Proverbes  et  dictons  populaires^  éd.  Crapelet. 

2.  P.  I4J,  n"27o. 


478 


IRcuiic    De    l'3rt    cbrctien 


la  figure  d'une  femme  vue  à  mi-corps,  un  large  crois- 
sant derrière  la  tête.  Aux  deux  extrémités  des  bras  de 
la  croix  on  remaniue  la  représentation  d'encensoirs, 
que  tenaient  sans  doute  les  anges,  figurés  sur  d'au- 
tres plaques  destinées  à  compléter  l'ensemble  du  cru- 
cifix. Le  tout  était  cloué  sur  une  âme  de  bois.  Chairs 
émaillées  de  blanc  ;  teintes  bleu  lapis,  bleu  clair,  bleu 
turquoise,  rouge,  vert  clair  et  jaune. 

Travail  rhénan;  fin  du  XI !•;  siècle  ou   commence- 
ment du  XIII<^  siècle. 

L'article  ci-dessus  est  parfaitement  con- 
forme à  ma  propre  description,  hormis 
la  nationalité  de  l'objet  ;  à  quelle  cause 
attribuer  cette  divergence  d'opinions  ?  Je 
connais  assez  les  rédacteurs  du  Catalogiie, 
pour  être  persuadé  qu'ils  n'ont  pas  agi  tout 
à  fait  de  leur  plein  gré  et  que  la  pression 
d'une  influence  étrangère  dût  paralyser  leur 
sentiment  personnel.  Derrière  le  qualificatif 
rJiénaii,  je  soupçonne  la  redoutable  omnipo- 
tence des  infaillibilités  mercantiles  qui,  les 
ouvrages  de  Labarte  en  main,  donnent  le 
mot  d'ordre  à  la  haute  clientèle  de  l'Hôtel 
Drouot.  Malgré  un  état-civil  français,  ces 
inlaillibilités  ne   cacheraient-elles  pas,  sous 


des  noms  tudesques,  quelque  vieux  levain 
du  Vaterla)id ox'x'gxviTkxxit^  Je  ne  crains  guères 
de  me  tromper  en  affirmant  qu'elles  ont 
puisé  leur  thème  au  sac  des  revendications 
germaniques  à  l'ordre  du  jour.  L'Allemagne 
a  pris  notre  territoire,  notre  argent,  notre 
sang  ;  j'ai  courbé  la  tête  en  face  des  lois  de 
la  guerre.  L'Allemagne  veut  encore  ranger 
à  son  actif  nos  gloires  industrielles  passées  ; 
je  proteste  cette  fois  :  m'accusera-t-on  de 
chauvinisme  exagéré  pour  avoir  défendu 
une  cause  nationale  ? 

Au  demeurant  mon  plaidoyer,  tiré  à  peu 
d'e.xemplaires  relativement  coûteux,  n'aura 
jamais  qu'un  nombre  fort  restreint  de  lec- 
teurs. On  dit  à  la  vérité  que  le  Catalogue, 
imprimé  à  200,  se  vendra  10  ou  15  francs, 
et  que  personne  ne  l'achètera.  Cela  me 
réjouit  médiocrement,  les  livres  rares  étant 
destinés  aux  bibliothèques  d'amateurs.  Hé- 
las !  combien  de  temps  s'écoulera-t-il  avant 
qu'un  regrettable  cliché  ne  soit  martelé  .'' 

Charles  dk  Linas. 


kf^kUk9^kUk9^k^k9^kf^k^k^kf;^kUk9^k^^ 


fi 


I^e  trégor  De  Fcglige  ïie  JSainte'Qarie  près 


JSaint^CCelse,  à  Qilan.  (.^  article),  (v 


3""  Hv.,  p. 


1 


^^mK^l^i¥WWî^îWÎWÎ¥^^^î^^^^î  l 


IV.  autographe  De  ^t  Cf^arlcs  (157:.). 

AINT  Charles  a  beaucoup  écrit.  Veil- 
lant à  tous  les  détails  de  l'adminis- 
r^k^^'^'JWJ  tration  diocésaine,  il  a  laissé  dans  les 
^'^■^^^^-^^^^  archives  des  églises  de  nombreux 
témoignages  de  sa  sollicitude  et  de  son  zèle. 
Ste-Marie  possède  de  lui  une  pancarte  d'indul- 
gences, datée  du  8  août  1575,  et  écrite  sur  papier, 
qu'il  a  signée  de  sa  main  et  à  laquelle  il  a  fait 
apposer  son  sceau. 

La  signature  donne  le  prénom  par  son  initiale, 
énonce  la  dignité  avec  le  titre  cardinalice  et  enfin 
affirme  le  pouvoir  de  juridiction  par  la  qualité 
d'ordinaire  du  lieu. 

C.  Car'is.  5'**=  praxedis  Archiep^ 

Ce  qui  s'interprète  :  Caroliis,  cardinalis  (tituli) 
Sanctœ  Praxedis,  arcliiepiscopus  (Mediolanensis). 

Cette  manière  de  signer  est  typique  et  je  dois 
en  consigner  les  particularités.  Le  nom  de  bap- 
tême est  abrégé  pour  ne  pas  allonger  la  signature 
qui  forme  déjà  presque  une  ligne  :  l'initiale  C  est 
suivie  d'un  point  qui   indique   un   mot   inachevé. 

Cardhia/ïs  est  a.ussi  tronqué,  n'admettant  que 
la  première  et  la  dernière  syllabe,  laquelle  est  en 
l'air  avec  un  point  au-dessous,  signe  habituel  de 
l'abréviation. 

Au  moyen  âge  et  à  la  renaissance,  les  cardi- 
naux étaient  indifféremment  appelés  par  leur 
nom  de  famille  ou,  ce  qui  est  plus  ecclésiastique, 
par  le  titre  qui  leur  avait  été  assigné  lorsqu'ils 
recevaient  le  chapeau  rouge.  St  Charles  eut  en 
partage  l'église  de  Ste-Praxède  sur  l'Esquilin  ; 
c'est  pourquoi  il  signe  cardi)ial  de  Stc-Praxcde, 
titre  qu'eut  également,  près  de  cent  ans  plus  tôt, 
le  célèbre  cardinal  Balue. 

Enfin,  comme  le  font  encore  les  év'éques  ita- 
liens, le  mot  archevêque  n'est  pas  suivi  de  la 
désignation  du  siège,  détail  inutile  dans  le  dio- 
cèse même  et  qui  ne  se  mentionne  que  hors  du 
diocèse,  pour  éviter  alors  toute  confusion  avec 
des  prélats  du  même  nom. 


Au  point  de  vue  de  la  graphologie  ('),  je  noterai 
que  l'écriture  est  peu  appuyée  et  très  nette,  que 
les  lettres  sont  liées  et  légèrement  inclinées,  avec 
des  redressements  et  des  angles,  que  les  majus- 
cules se  rapprochent  de  celles  de  la  t\^pographie, 
que  dans  Praxedis,  le  P  initial  est  minuscule  et 
que  la  signature  n'est  compliquée  d'aucun  pa- 
raphe, caractères  qui  dénotent  le  spiritualisme, 
la  clarté  d'esprit,  plus  d'aptitude  à  la  réalisation 
immédiate  des  idées  qu'à  leur  création,  la  sensi- 
bilité contenue  dans  son  côté  affectif,  l'entête- 
ment dans  l'exécution  des  projets,  le  goût  artis- 
tique et  la  simplicité  naturelle,  qui  n'exclut  pas 
toutefois  l'instinct  aristocratique  que  lui  avait 
inculqué,  de  droit,  sa  naissance  dans  un  palais  et 
d'une  noble  famille. 

V.  .(nissel  (i5!j-i-). 

L'ÉDITION  est  celle  de  1594;  sortie  des 
presses  de  Milan,  elle  est,  comme  t)-pogra- 
phie,  en  retard  sur  les  produits  contemporains, 
cartons  les  caractères  employés  sont  en  gothique 
carrée.  Le  rit  suivi  est  l'Ambrosien,  de  là  le  titre 
Missale  Ainbrosianuin.  Les  rubriques  ressortent 
en  rouge,  suivant  la  pratique  constante  de  l'Église 
d'Occident  et  les  têtes  de  lettres  sont  des  gravures 
sur  bois. 

La  reliure  très  soignée  n'a  gardé  que  trois 
fermoirs  sur  quatre  ;  ils  étaient  ainsi  disposés  :  un 
sur  chaque  petit  côté  et  deux  sur  le  grand.  Ces 
fermoirs  sont  en  argent  fondu (-');  exécutés  dans  le 

1.  Le  trésor  de  la  basilique  royale  de  A  fonça,  p.203-205. 

2.  «  Unum  missale  pulcherrimum,tavolatum,  cum  armis 
Ursinorum  et  cum  strictoriisdeargento.  Breviarium  com- 
pletum,  valde  pulchrum,  cum  predictis  armis  et  strictoriis 
similibus.  >)  (Jhz'.  de  St-Pierre  de  Rome,l\'i6.) 

«  Unum  volumen  majus...  cum  coperta  de  veluto  cœ- 
lesti,  cum  serraturis  de  argento  cum  armis  seu  scuto 
argenti  et  barra  rubea  in  medio...  Item  unum  volumen 
formaî  regalis...  copertum  de  serico  carmesyno,  cum  4 
serraturis  argenti  deauniti  cum  smalto  in  medio,cum  armis 
domini    Nicolai  ,    cum    platanis    octo     de    argento    in 


REVUE  DE   l'aKT  CHRÉTIEN. 
1885.  —  4"'°  LIVRAISON. 


48o 


iRctiuc  De   ï'3rt   cbtcticn. 


goût  de  la  renaissance,  ils  ont  quelque  analogie 
de  style  avec  le  dessin  de  l'aiguière.  Ils  représen- 
tent une  femme  dont  le  buste  se  termine  en 
gaine,  accompagnée,  en  haut,  de  deux  enfants 
entre  deux  oiseaux  à  face  humaine  et,en  bas,d'un 
homme  et  d'une  femme  tenant  des  cornes 
d'abondance;  motif  gracieux,  sans  doute,  mais 
sans  rapport  avec  la  destination  du  livre  litur- 
gique. 

La  tranche  dorée  est  avivée  de  rinceaux  peints 
et  de  médaillons  (').  On  y  lit,  en  trois  sections, 
les  premiers  mots  de  la  salutation  angélique: 

AVE  M.\RIA  —  GRATIA  PLENA  —  DOiMINVS  TECVM. 

Les  signets,  qui  sont  partout  une  rareté, 
existent  encore  à  leur  place  première.  Ce  sont 
des  rubans  de  soie  multicolore,  rayée  blanc,  jaune 
et  bleu  (^).  Ils  sont  réunis,  au  sommet, à  un  rouleau 
d'argent  (3),  agrémenté  de  reliefs,et  leur  extrémité 

angulis  libri.  Item  unum  volumen  formœ  regalis  ex  per- 
gameno,  cum  quatuor  serraturis  argenteis  deauratis.  » 
(Inv.  du  pafe  Nicolas  V.) 

«  Item,  quattuor  fremaus  de  argento  deaurato,  quorum 
duo  fuerunt  de  magno  missali.  »  (Inv.  de  la  cath.  dAix, 
n°  117.) 

1.  «  Les  armes  fde  la  famille  Jouvenel  des  Ursins) 
furent  peintes  au  XV"  siècle,  sur  les  tranches  de  deux 
volumes  ))  du  bréviaire  de  Belleville.  (Gaz.  des  Beaux- 
Arts,  1"  sér.,  t.  XXIX,  p.  283.) 

2.  «  Pour  5  douzaines  de  signaux  de  soye  de  plusieurs 
couleurs,  oùil   a  frèzes  au  bout,  au  pris  de  12   s.  pour  la 

douzaine,  valeur  60  s.  p.  »  (Coiiipt.  de  Charles  l'I,  1404.) 

3.  Ce  rouleau  se  nommait  indifféremment  bâton,  pipe  ou 
chapiteau.  (G lois,  arch.,  au  mot  chapiteau. )\'o\r  sur  les 
pipes  gemmées,  l'inventaire  du  duc  Jean  de  Berry,  XIV<=- 
XV'=  siècles,  dans  la  Gazette  des  Beaux-Arts,  2'  sér., 
t.  XXIX,  p.  99,  100,  101,  104,  105,  106,  107. 

«  Item,  unes  très  grans  moult  belles  et  riches  heures,  ... 
et  y  a  une  pipe  d'or  où  sont  atachiez  les  seignaulx,  garnie 
d'un  gros  balay  et  un  grosses  perles.  »  (/nv.  du  due  de 
Berry,  1413.)  —  «  Item  ung  très  bon  et  bel  brevière  en 
deux  volumes,  ...  et  deux  pipes  d'argent  dorées  garnies 
de  seignaulx.  »  ( Ibid.)  —  «  Ung  petit  coffret  d'acier, 
ouquel  a  ...  une  petite  pipe  d'or  à  mectre  les  merches 
d'un  livre  ».  (Inv.  de  Marc;,  de  Bretagne,  1469,  n°  47.) 

«  Ung  autre  petit  livre  de  plusieurs  oroisons  en  françois, 
en  parchemin  couvert  de  velours  usé  noir  h  cloans  d'or  et 
le  baston  dor  à  2  perles  et  ung  rubis.  »  (Librairie  des  ducs 
de  Bourgogne,  1467,) 

«  Unes  très  grans,  moult  belles  et  riches  Heures,très  no- 
tablement enluminées  et  historiées  de  grans  histoires,  de 
la  main  de  Jacquemart  de  Hesdin,  couvertes  de  veluyau 
violet  et  fermant  à  deux  grans  fcrnioers  d'or  garnis  chascun 
d'un  balay,  un  saphir,  et  VI  grosses  perles  et  il  y  a  une 
pipe  d'or  où  sont  attachés  les  seigneaulx.  »  (Inv.  du  duc 
de  lierry,  1416.)  Le  compte  de  Jean  Le  Hourne  nous  révèle 


inférieure,  à  l'endroit  que  toucheront  les  doigts, 
est  garnie  d'un  petit  cylindre  d'argent  où  la  fonte 
a  cherché  à  imiter  le  filigrane. 

Les  deux  plats, hauts  de  o,  42  et  larges  de  0,34, 
sont  recouverts  d'une  broderie,  soie  et  or,  remar- 
quable par  la  pureté  du  dessin,  la  finesse  du  travail 
et  l'harmonie  des  couleurs.  La  bordure  offre  un 
courant  de  rinceaux  pris  entre  deux  bandeaux  de 
perles  fines  :  les  perles  reparaissent  au  cœur  des 
roses,  aux  grappes  de  raisin  et  aux  attaches  des 
tiges.  L'artiste  a  voulu  faire  à  la  fois  beau  et 
riche,  il  a  si  bien  réussi  que  son  œuvre  est  de 
nature  à  contenter  les  amateurs  les  plus  difficiles 
qui  loueront  surtout  l'expression  des  physiono- 
mies rendue  avec  une  rare  perfection.  Les  sujets 
représentés  dans  le  champ  sont  la  Nativité  et 
l'Assomption  de  Marie. 

La  Nativité  occupe  le  plan  inférieur.  Nous 
sommes  dans  un  intérieur  de  maison.  Ste  Anne 
est  assise  sur  son  lit  à  pavillon  et  rideaux  rouges 
Ses  parentes  s'empressent  autour  d'elle  :  une  lui 
apporte  différents  mets  sur  un  plateau  d'or,  une 
autre  tient  le  nouveau-né  sur  ses  genoux  et  s'ap- 
prête à  le  plonger  nu  dans  un  bassin  carré  dont 
elle  tâte  préalablement  le  contenu  pour  s'assurer 
que  l'eau  n'est  pas  trop  chaude  ;  une  quatrième 
ajoute  de  l'eau  froide  et  une  autre  encore  pré- 
sente le  linge  qui  servira  à  assécher  le  corps 
humide  de  l'enfant.  St  Joachim  est  au  pied  du  lit, 
regardant  la  scène  qui  se  passe. 

Les  apôtres,  debout  au  second  plan,  agenouil- 
lés au  premier,  entourent  le  sarcophage  d'où  la 
Vierge  vient  de  s'élancer  vers  les  cieux.  Elle  est 
vêtue  d'une  robe  rouge  et  d'un  manteau  bleu, 
ses  mains  sont  jointes,  ses  pieds  ont  pour  support 
une  tête  d'ange  ailée  et  ses  cheveux  flottent 
sur  ses  épaules.  Une  auréole  l'enveloppe  de  clarté 
et  ses  rayons  d'or  se  projettent  au  loin  sur  l'azur 
du  ciel. 


que  le  duc  de  Berry  mit  en  gage  «  une  pipe  d'unes  très 
belles  heures  de  Notre-Dame  pour  la  feste  et  jouste  faite 
à  Bourges  le  xxj  et  xxij  jour  d'avril  MCCCLV.  »  Au  n°  3 
de  Vlimentaire,  une  pipe  d'une  petite  Bible  latine  est 
prisée  «  cent  escus,  valant  cent  douze  livres  tournois  »,  ce 
qui  représente  3,600  fr.  (Ambr.  Firm.  Didot,  Le  Missel  de 
Jacques  Juvénal  des  Ursins,  p.  34,  35.) 

<,<  Item,  duo  sygnarelia  librorum,  de  argento,  quorum 
unum  est  fractum.  »  {Inv.  de  la  cath.  d'Aix,  1533,  n"  122.) 
Les  bouts  seuls  devaient  être  en  argent. 


ïLe  trésor  De  l'cglise  De  %ainte=^arie  près  ^ainr^Cclse,  à  a^ilan.  481 


VI.  Croir  (rtiif  siècle). 

Hauteur  :  o"\5i  ;  largeur  au  croisillon  :  o"',22. 

CETTE  croix  est  peu  artistique,  mais  riche 
de  forme  et  de  détails  ;  ce  qui  fait  oublier 
la  pauvreté  de  l'idée,  habilement  masquée  par 
un  éclat  trompeur  auquel  se  laissent  prendre  les 
masses. 

Le  crucifix  est  en  argent.  Sa  tête  s'appuie  sur 
un  quatrefeuilles  en  lapis-lazuli,  matière  pré- 
cieuse qui  forme  aussi  son  cœur,  percé  de  trois 
clous  et  singulièrement  placé  à  la  naissance  du 
bois  sacré.  Que  signifie  ce  pléonasme  iconogra- 
phique, puisque  déjà  les  pieds  et  les  mains  sont 
percés  par  les  clous  et  que  la  plaie  du  côté  atteint 
le  cœur  ? 

L'instrument  du  supplice  est  en  bois  d'ébène, 
avec  appliques  d'argent  qui  se  développent  en 
rinceaux  ou  en  cadres  pour  des  panneauxde  jaspe, 
de  cornaline  et  de  lapis.  L'argent  rapporté  sur  le 
fond  est  encore  employé  à  figurer  en  relief  les 
instruments  de  la  passion  et,  aux  extrémités,  des 
têtes  d'anges  ailées  que  relie  une  découpure  à 
jour.  Enfin,  sur  les  contreforts  qui  butent  le  dais 
quatre  vases  sont  posés  en  amortissement.  Le 
dais  est  un  honneur  souverain  dû  à  la  divinité 
et,  suivant  le  goût  de  l'époque,  les  vases  sont  des 
pots  à  feu  d'où  s'échappent  des  vapeurs  odorifé- 
rantes, pour  lui  rendre  un  nouvel  hommage  à  la 
façon  du  culte  liturgique. 

Vil.  Croir  pectorale  {vW  siècle). 

CETTEcroix,quiaurait  appartenu  au  cardinal 
Archinto,  est  du  genre  de  celles  qui  servent 
aux  pontificaux  :  aussi  est-elle  embellie  de  gem- 
mes. Six  cornalines  ovales,  montées  en  argent 
doré,  couvrent  le  champ  ;  des  fleurons  garnissent 
les  angles  rentrants  et  des  coquilles  ressortent 
aux  extrémités,  par  allusion  au  meuble  des  ar- 
moiries de  Son  Emincnce. 

Hauteur:  o"\09,  largeur:  o"\o8. 

VIH.  ©stensoir  (jTin  Du  xm'  siècle). 

L'OSTENSOIR  en  soleil  ne  s'emploie  pas 
dans  le  rit  ambrosien,  qui  a  conservé  la 
forme  primitive  de  monstrance  ou  de  tabernacle, 
suivant  l'expression  usitée  dans  les  textes  litur- 


giques et  les  inventaires.  On  serait  donc  étonné 
de  voir  dans  le  trésor  de  Ste-Marie  un  vase  sacré 
sans  destination,  ou  faisant  exception  à  la  règle- 
commune,  si  l'on  ne  savait  qu'il  provient  de  l'ab- 
ba}-e  cistercienne  de  Chiaravalle,  près  Milan. 

Sa  hauteur  est  de  o'",52,  et  sa  largeur  de  o'",28. 
Façonné  en  cuivre  doré,  il  se  distingue  par  des 
incrustations  de  coraux  (')  et  d'émail  champ- 
levé  (^).  Le  corail,  employé  sous  toutes  ses  formes, 
est  découpé  en  lignes  droites  ou  courbes;  il  imite 
des  gemmes  ou  des  perles,  ou  encore,  par  petits 
fragments,  il  simule  des  feuillages,  en  sorte  que 
morceaux,  grands  ou  minimes,  trouvent  tous 
leur  place  dans  cette  composition  originale,  à 
laquelle  je  connais  un  similaire  dans  la  métro- 
pole de  Bénévent  i^).  Le  corail,  pour  plus  de  soli- 
dité, est    constamment    incrusté   dans   le  métal 

1.  Le  corail  se  montre  dès  le  XI II'' siècle.  «  Itein,  ununi 
ciathum  de  argento  deauratum,  laboratum  ad  vites  et 
folia,  cum  diversis  lapidibus,  vitris  et  coralis.  »  ('/w?'.  rt';^ 
St-Siège,  1295,  n°  179.)  —  «  Item,  unam  ramam  cum  pede 
argent!  acuto...  ipsa  autem  rama  est  de  corallo.  »  (n"  280.) 
—  «  Item  unam  cupain  auri  cum  coperculo,factam  in  mo- 
dum  navicule,  cum  lapidibus,  perlis  et  corallis.  :>>  (n"  25.) 
<i  Item  unum  ciathuin  cum  coperculo,  cum  grossis  et 
parvis  lapidibus, corallis  et  perlis.  »  (n°  26.) —  «  Item,  unum 
alium  ciathum  auri  cum  coperculo  ad  lapides,  cor.illos 
et  perlas....  deficiunt  vj  lapides  et  corallus  de  summitate 
coperculi.  »  (n°  27.)  —  «  Item  unum  ciathum  auri  cum 
coperculo,  ad  lapides, perlas  et  corellos.  »  (n°2S.) — «:  Item, 

unam  crucem  de  argento, circa  quam  sunt  iiij  zaffiri 

grossi  et  iiij  esmalta,  cum  pluribus  corallis,  turchiscis  et 
granatellis  in  circuitu.  »  (n°  29.) 

«:  Item  un  reliquaire,  auquel  il  y  a  deux  anges  avec  les 
ailes  d'argent  doré,  tenant  un  reliquaire  en  façon  de  rose, 
dans  lequel  sont  enchâssées  plusieurs  reliques  de  saints, 
assis  sur  un  pied  de  cuivre  doré  sur  quatre  pattes,  à  l'en- 
tour  duquel  pied  sont  douze  pierres  de  diverses  couleurs 
et  quatre  petits  coraux.  »  ( Inv.  de  la  cathédr.  de  Reims, 
1622,  n°  670.) 

«  Un  grand  reliquaire  pour  exposer  le  St  Sacrement,qui 
est  de  cuivre  doré  avec  des  branches  de  corail,  au  pied 
duquel  sont  les  images  de  Notre-Dame  et  St-Jean,  et  dans 
une  niche  faite  h.  jour  qui  est  au  milieu  d'iceluy,  sont  les 
images  de  St  Nazaire  et  St  Celse  avec  les  armes  au  bas 
d'un  évêque.  *  (  Visite  de  la  catlu'dr.  de  Be'ziers,  1633,  n"  14.') 

2.  M.  E.  Pion  ( Benveniito  Celtini,  p.  293)  a  signalé  sur 
une  «  couverture  de  missel  »,  qui  appartient  au  musée  de 
South-Kensington  et  qui  est  <,<  un  ouvrage  italien  du  milieu 
de  la  seconde  moitié  du  XVI"  siècle  >,  «  des  émaux 
champlevés  translucides  », «mêlés  à  des  émaux  opaques.  > 
La  pièce  est  en  or  fin. 

Les  derniers  émaux  champlevés  que  signale  M.  Darcel 
sont  de  1554  en  .Angleterre  et  de  1664  en  Russie.  {Gaz.  des 
Beaux- Arts,  t.  XXÏV,  p.  372,  373.) 

3.  Le  trésor  de  la  cath.  de  Bénévent ,  p.  15. 


482 


IR  cuuE    DE    rsirt    chrétien. 


évidé,  ce  qui  constitue  une  espèce  de  champlevé, 
procédé  qui  n'a  pas  été  négligé  non  plus  pour 
fixer  l'émail  blanc,  le  seul  dont  l'artiste  ait  cru 
devoir  faire  usage  ici.  Ce  fait  mérite  d'être  signalé, 
car  l'émail  ne  s'employait  plus  alors  qu'en  couche 
mince,  superposée  au  métal,  en  manière  de 
glaçurc. 

Le  métal  est  des  plus  communs,  malgré  le 
respect  dû  au  Saint  Sacrement  ;  mais  toute  la 
richesse  est  systématiquement  reportée  sur 
l'ornementation  qui  puise  ses  ressources  dans 
deux  matières  réputées  précieuses,  le  corail  et 
l'émail. 

Le  style  est  élégant,  et  l'effet  .s'obtient  plus  par 
l'ensemble  que  par  le  détail.  Nous  retrouverons 
un  faire  identique  dans  deux  tableaux  votifs, 
ce  qui  indique  ou  le  même  artiste  C)U  le  même 
atelier. 

Sous  le  pied,  épanelé  en  he.xagone,  et  par 
conséquent,  dans  une  position  modeste  et  pour 
ainsi  dire  cachée,  le  donateur  a  accompagné  son 
nom  de  son  écusson,en  ayant  soin,  comme  jadis, 
de  faire  précéder  d'une  croix  de  par  Dieu  l'ins- 
cription commémorative  :  *b  MARCELLINO 
AIROLDO.  Il  n'en  eut  pas  coûté  davantage 
d'ajouter  la  date,  si  utile  pour  la  postérité,  car, 
dans  la  suite  des  temps,  quand  les  origines  sont 
oubliées  et  les  traditions  muettes,  qui  se  rappelle 
l'époque  où  vivait  ce  bienfaiteur  désormais 
inconnu  ?  Le  champ  est  gravé  au  trait. 

Le  soubassement  s'exhausse  de  deux  degrés, 
honneur  rendu  au  Roi  des  rois  pour  qui  l'osten- 
soir équivaut  à  un  trône.  Ces  degrés  sont  cou- 
verts de  bandes  de  corail,  ainsi  que  le  pied;  mais, 
au  second,  les  angles  sont  dissimulés  par  des 
têtes  d'anges,  rapportées  en  corail  et  dont  les 
ailes  champlevées  sont  avivées  d'émail  blanc. 
Un  tel  décor  est  fréquent  dans  l'iconographie 
eucharistique,  par  allusion  à  cette  parole  du 
prophète  :  JÉSUS  est  le  pain  des  anges  qui 
devient  la  nourriture  spirituelle  de  l'homme, 
panem  angelorum  manducovit  Iionio. 

La  tige  fuselée  e.st  divisée  dans  sa  hauteur  par 
trois  anneaux,  dont  deux  à  la  partie  inférieure  : 
le  plus  élevé  supporte  une  tête  d'ange  en  corail 
qui  s'appuie  sur  deux  blanches  ailes  en  émail. 

Le  cercle  qui  entoure  immédiatement  l'hostie 
(la  sphère,  sfera,  selon  l'expression  italienne)  est 
bombé,  incrusté  de  corail  et  orné  de  quatre  têtes 


d'anges  semblables  à  la  précédente.  Le  pourtour 
de  la  circonférence  extérieure  rayonne  en  manière 
de  gloire.  Les  rayons,  droits  ou  flamboyants,  sont 
ainsi  disposés  :  entre  deux  flammes  de  corail  se 
dresse  un  rayon,  de  corail  également,  lequel  est 
accosté.à  droite  et  à  gauche,de  trois  autres  rayons 
droits  et  gladiolés,  dont  un  en  corail  entre  deux 
d'émail  blanc  ('). La  même  décoration  se  reproduit 
des  deux  côtés,  car,  avec  la  disposition  des  autels 
isolés,  l'ostensoir  peut  être  vu  en  arrière  aussi 
bien  qu'en  avant. 

IX.  Calice  (rtiif  siècle). 

Hauteur:  o"'.26  ;  largeur  du  pied  ;   o'".  i6;  diamètre  de  la  coupe: 
o'".  105:  sa  profondeur  o'".  11. 

C~^E  calice,  en  argent  fondu  et  ciselé,  doré  par 
^  endroits,  se  recommande  par  une  ornemen- 
tation à  la  fois  eucharistique  et  topique:  on  y  voit 
des  anges  et  le  Christ  entouré  des  instruments 
de  la  passion,  car  le  sacrifice  de  l'autel  renouvelle 
le  sacrifice  de  la  croix  ;  de  plus,  les  saints  patrons, 
soit  du  donateur,  soit  de  l'église.à  laquelle  le  vase 
sacré  fut  destiné.  La  signification  de  ce  décor  ré- 
sulte de  cette  prière  que  le  prêtre  récite  à  la  messe 
après  le  lavement  des  mains  :  «  Suscipe,  sancta 
Trinitas,  hanc  oblationem  quam  tibi  offerimus  ob 
memoriam  Passionis,  Resurrectionis  et  Ascensio- 
nis  J.  C.  D.  N.  et  in  honorem  beatre  Mariœ  semper 
virginis  et  beati  Joannis  Baptistre  et  sanctorum 
apostolorum  Pétri  et  Pauli  et  istorum  et  omnium 
sanctorum,  ut  illis  proficiat  ad  honorem,  nobis 
autem  ad  salutem  et  illi  pro  nobis  intercedere 
dignentur  in  cœlis  quorum  memoriam  agimus  in 
terris.  »  Les  saints  sont  donc  des  intercesseurs 
auprès  de  la  Victime  de  propitiation. 

Le  pied  est  décoré,  sur  la  tranche,  de  têtes 
d'anges  et  de  festons  et,  sur  le  plat  supérieur,  de 
six  médaillons  ovales,  historiés  sur  fond  pointillé. 
Les  sujets  se  présentent  dans  cet  ordre,  en  faisant 
le  tour  de  la  circonférence  :  La  Vierge  tenant 
l'enfant  Jésus  ;  un  pape  bénissant,  la  tiare  en 
tête  et  la  croix  à  triple  croisillon  dans  la  main 
gauche;  St  Paul,  appuyé  sur  l'épée  de  sadécolla- 

I.  Un  sceau  ogival,  du  XV'!!"  siècle,  qui  a  servi  aux 
Récollets  d'Argental,  porte  un  ostensoir,  dont  la  sphère 
est  ornée  de  rayons  flamboyants  qui  alternent  avec  deux 
rayons  droits.  (lUttlet.  de  la  soc.  aix/i.  de  la  Corr}ze,  t.  IV, 
p.  373-) 


jie  trésor  De  Vcçlm  De  ^ainte^Q^arie  prés  ^aint=<zrelse,  à  Q9ilan.    483 


tion  et  portant  le  livre  de  l'enseignement  doc- 
trinal ;  St  Etienne,  en  diacre  et  martyr,  avec 
la  dalmatique  et  l'évangéliaire,  une  palme  dans 
la  main  droite  et  les  pierres  de  sa  lapidation 
éparses  sur  sa  tête  et  ses  épaules  ;  St  Nicolas, 
vêtu  pontifica  lement  et  montrant  les  trois  boules 
d'or,  qui  symbolisent  les  trois  dots  qu'il  donna 
généreusement  à  de  jeunes  filles  pauvres  ;  St 
Pierre,  avec  ses  deux  clefs,  ce  qui  le  place  à  la 
droite  de  Marie. 

Sur  le  nœud  apparaît  le  CHRIST,  armé  de  sa 
croix,  un  calice  à  ses  pieds,  debout  entre  deux 
anges,  dont  un  tient  l'échelle  et  l'autre  l'éponge 
et  les  clous,  tandis  que  les  autres  instruments  du 
supplice  sont  exposés,  par  groupes,  entre  les  trois 
statuettes. 

A  la  fausse  coupe,  des  têtes  d'anges  soutiennent 
des  encarpes,  pendant  que  d'autres  anges,  couchés 
au-dessus  d'eux,  sonnent  de  la  trompette,  ce  qui 
veut  dire  que  les  esprits  célestes  se  réjouissent 
des  mystères  eucharistiques,  s'efîforçant  de  les 
honorer  et  de  les  faire  connaître  au  monde. 

X.  Calice  (1600). 

Hauteur  ;  o™,22  ;  largeur  du  pied  :    o"',i6  ;    de  la  coupe  :  o'i.og. 

CE  calice,  en  argent  doré,  est  doublement 
curieux,  par  ses  appliques  de  métal  et  sa 
date  que  l'on  ne  peut  récuser,  quoique  sa  forme 
soit  celle  du  XV'^  siècle  et  l'ornementation  celle 
du  XVP  :  voilà  donc  un  artiste  qui,  sans  sacrifier 
à  la  mode  du  jour,  jetait  résolument  un  regard 
sur  le  passé.  Son  œuvre  est  vraiment  belle  et 
intéressante,  quoiqu'il  ne  s'en  dégage  aucune 
pensée  capable  d'élever  les  cœurs  au-dessus  de 
la  matière. 

Le  pied  maintient  les  six  lobes,  si  chers  au 
moyen  âge.  Sur  son  rebord  plat,  on  lit  cette 
antienne  à  la  Vierge,  tirée  de  l'office  de  l'As- 
somption : 

•ASSVMPTA-  EST  •  MARIA  •  IN  •  C^ELVM  • 
GAVDENT  •  ANGELI  •  LAVDANTES  • 
BENEDICVNT  •  DOMINVM  •  ANO  (sh-)  ■ 
DOMINI  •  J  •  6  •  O  ■  O  • 

Comme  Marie  a  quitté  la  terre  pour  s'asseoir 
sur  le  trône  étoile  de  son  Fils,  stellato  sedet  solio, 
des  étoiles  remplacent  partout  les  points-milieu. 


La  tranche  est  découpée  à  jour  :  j'y  relève  des 
quatrefeuilles  et  des  flammes,  comme  au  déclin 
de  l'art  gothique.  Sur  le  pied,  les  feuillages  en 
applique  sont  mêlés  aux  pierres  précieuses, 
alignées  sur  deux  rangs  :  elles  sont  taillées  à 
facettes  et  montées  dans  des  bâtes,  rapportées 
après  coup  et  fixées  par  des  clous. 

La  tige  est  à  pans,  autre  caractère  d'imitation 
ancienne  et  sur  le  nœud  arrondi  des  têtes  d'anges 
alternent  avec  des  bâtes  gemmées. 

Six  pierres,  enchâssées  dans  des  bâtes  carrées, 
égaient  la  fausse  coupe,  tapissée  d'appliques 
dessinant  des  rinceau.x  et  des  fleurs  (évidemment 
la  joie  est  partout)  et  terminée  par  un  bandeau 
de  perles  d'où  s'échappe  une  couronne  mobile,  à 
pointes  tréflées,  car  Marie  règne  dans  les  cieux. 

Enfin,  au  revers  de  la  patène,  est  gravée 
l'Assomption.  La  Vierge,  les  cheveux  flottants  et 
les  mains  jointes,  les  pieds  posés  sur  le  croissant 
de  la  lune,  est  enlevée  au-delà  des  nuages  par 
quatre  anges,  dont  deux  tiennent  au-dessus  de 
sa  tête  une  couronne  fleuronnée  ('). 

XI.  Calice  papal  (fin  Du  xW  siècle). 

Hauteur  totale  :  o'i',42  ;  largeur  du  pied:o"', i8;  diamètre  de  la 
coupe  :  o"\ii  ;  sa  profondeur  :  o'",  lo  ;  hauteur  du  calice  seul: 
8i',29;  diamètre  du   couvercle  ;o'",i6. 


CETobjet  m'a  beaucoup  intrigué  et  m'intrigue 
encore.  Sa  dénomination  est  non  moins 
étrange  que  sa  forme  et  je  ne  sais  vraiment  que 
penser  de  l'une  et  de  l'autre.  A  Ste-Marie,  on  dit  : 
c'est  un  calice  papal,  parce  qu'il  ne  peut  servir 
qu'au  pape  et  a  été  donné  par  un  pape.  Mais  quel 
est  ce  pape?  La  tradition  ne  le  fait  pas  connaître, 
quoique  ce  fût  facile,  à  une  époque  aussi  rappro- 
chée de  nous,  car  le  vase  sacré  peut  même  dater 
du  commencement  du  siècle  dernier  :  de  plus, 
comment  le  pape  donateur  aurait-il  omis  son 
nom  et  son  écusson,  quand  partout   ailleurs  les 

I.  A  part  la  couronne  imposée  par  des  mains  cdlestes, 
on  dirait  une  Immaculée  Conception. 

La  même  observation  ou  critique,  si  l'on  aime  mieux, 
doit  être  faite  relativement  au  célèbre  tableau  de  Murillo, 
qui  est  l'ornement  du  Salon  carré  au  Louvre.  On  nomme 
Immaculée  Conception  le  sujet  qui  y  est  traité,  mais  ce 
peut  être  tout  aussi  bien  une  Assomption  qui  ne  com- 
porte pas  des  éléments  différents. 


REVUE  DE   l'art  CHRÉTIEN. 


1885.  ■ 


-  LIVRAISON. 


484 


îRctJUC  tic   l'art   chrétien. 


souverains  pontifes  les  reproduisent  ad perpetnam 
rei  meinoriam  ? 

Je  ne  connais  aucun  vase  analogue  dans  le 
trésor  de  la  chapelle  papale  et  les  inventaires, 
comme  les  rubriques,  ne  nous  fournissent  aucun 
renseignement  à  cet  égard.  L'aspect  est  celui 
d'un  ciboire  et  pourtant  ce  n'en  est  pas  un,  car  le 
bouton  terminal  se  dévisse  pour  donner  passage 
au  chalumeau  :  c'est  donc  bien  un  calice.  Le 
couvercle  s'explique  par  cette  raison  que  le  calice 
est  porté  de  l'autel  au  trône,  oîi  le  pape  communie 
et  de  la  sorte  le  précieux  Sang  se  trouve  couvert: 
un  dôme  de  métal  est  toujours  plus  précieux  et 
plus  artistique  qu'une  simple  pale,  comme  il  se 
pratique  de  nos  jours  (■). 

Quoi  qu'il  en  soit,  l'objet  est  digne  par  lui-même 
de  figurer  au  pontifical  d'un  pape  ;  rien,  en  effet, 
n'a  été  épargné  pour  l'embellir,  filigranes,  pierres 
précieuses,  émaux,  fondus  dans  une  louable 
harmonie  de  couleurs. 

Le  fond  est  en  argent  doré,  de  manière  à  mieu.K 
faire  encore  ressortir  les  filigranes  d'argent  qui 
forment  partout  des  enroulements  en  vrilles, 
serrés  entre  des  bandes  lisses  ou  cloisons  et 
terminés  en  grappes  de  raisin  ou  en  roses,  avec 
un  semis  de  pierres  précieuses. 

Le  pied  est  découpé  à  six  lobes,  dont  trois 
seulement  sont  décorés  de  médaillons  ovales,  en 
émail  peint, hauts  de  quatre  centimètres  et  entou- 
rés de  rubis.  Les  sujets  figures  sur  les  médaillons 
sont  :  le  Christ,  blond  et  imberbe,  bénissant  et 
soutenant  le  globe  du  monde  ;  la  sainte  Vierge, 

I.  M.  le  chanoine  Corblet  écrit  :  «  Parfois,  au  moyen 
d'un  couvercle,  le  calice  pouvait  être  métamorphosé  en 
ciboire.  On  lit  dans  \ Inventaire  de  Saint-Denis  :  «  Avec 
«  le  calice  est  un  couvercle,  servant  pour  le  dit  calice  lors- 
«  qu'on  le  veult  faire  servir  de  ciboire.  »  (Revue  de  l'Art 
chrétien,  1884,  p.  434).  Ici,  tel  n'est  pas  le  cas,  car  reste- 
rait à  résoudre  cette  difficulté  du  trou  pratiqué  dans  le 
couvercle.  Une  autre  hypothèse,  justifiée  par  des  monu- 
ments espagnols  et  français,  consisterait  à  voir  dans  le 
couvercle  la  base  ou  support  de  la  sphère  de  l'ostensoir  ; 
mais  alors  qu'est  devenue  cette  sphère  et  pourrait-on 
citer  des  exemples  analogues  en  Italie,  dans  la  I.ombardie 
principalement  .' 

Un  des  privilèges  de  l'empereur  est  de  communier  sous 
les  deu.x  espèces.  Or  l'empereur  recevait  à  Monza  ou  à 
Milan  la  couronne  de  fer.  Xe  serait-ce  pas  alors  le  calice 
propre  au  sacre  }  La  difficulté  n'est  que  reculée,  car  cette 
couronne  était  remise,  non  par  le  pape,  mais  par  l'arche- 
vêque de  Milan.  Provisoirement,  le  calice  de  Sainte-Marie 
est  donc  plutôt  impérial  que  papal. 


les  mains  croisées  sur  la  poitrine,  comme  on 
représente  l'Immaculée  Conception;  saint  Joseph, 
âgé,  un  lis  à  la  main.  La  facture  de  ces  émaux 
est  bonne  et  le  dessin  finement  tracé  :  le  fond 
est  teinté  en  rose  et  des  têtes  s'échappe  un 
rayonnement  jaune  qui  dissipe  les  nuages  peu 
foncés,  accumulés  au  pourtour  du  médaillon. 

La  fausse  coupe  est  tapissée  de  filigranes,  où 
le  fleuron  central  porte  alternativement  une 
émeraude  et  un  rubis.  Le  décor  est  le  même  que 
sur  le  pied,  c'est-à-dire  agrémenté  de  trois  mé- 
daillons en  émail,  allusifs  à  la  passion  :  le  CHRIST 
au  jardin  des  oliviers,  prie,  les  mains  en  croix, 
devant  un  calice  d'or  que  porte  un  nuage;couronné 
d'épines,  vêtu  d'une  pourpre  dérisoire,  le  corps 
ensanglanté,  il  tient  dans  ses  mains  les  verges  et 
les  fouets  de  la  flagellation  ;  épuisé  de  fatigue,  il 
tombe  sous  le  poids  de  sa  croix. 

Le  couvercle,  débordant  sur  la  coupe,  s'y 
emboîte  hermétiquement.  Il  reproduit  l'orne- 
mentation de  filigrane  et  de  médaillons,  mais 
ceux-ci  dans  des  proportions  un  peu  plus 
restreintes:  le  chapelet  de  rubis  a  aussi  des  grains 
plus  petits.  Les  médaillons  d'émail  reviennent 
sur  la  passion,  quand  tout  indiquait  ici  les  scènes 
du  triomphe,  car  les  prières  du  missel  les  associent 
ensemble  :  «  in  memoriam  Passionis,Restirrcctionis 
et  Ascensiottis  J.  C.  D.  N.  »  Les  trois  sujets 
choisis  sont  :  la  flagellation,  où  le  CHRIST  a  les 
mains  attachées  en  avant  à  la  colonne,  afin  que  le 
dos  reste  dégagé;  \'Ecce  Homo,  où  Pilate  montre 
au  peuple  le  roi  des  Juifs,  avec  sa  couronne 
d'épines  au  front,  son  manteau  de  pourpre  sur 
les  épaules  et  le  roseau  entre  ses  mains  liées  de 
cordes  ;  les  suites  de  la  flagellation,  lorsque 
Jésus,  couvert  de  plaies,  tombe  au  pied  de  la 
colonne  de  son  supplice.  Le  fond  de  ces  émaux 
est  bleu  clair,  traversé  de  nuages. 

Le  couvercle  se  termine  par  un  pélican,  res- 
suscitant par  l'effusion  de  son  sang,  sa  piété, 
composée  de  trois  petits  qui  ont  été  dorés,  à 
cause  de  l'importance  du  sj^mbole  que  saint 
Thomas  d'Aquin  a  si  bien  exprimé  dans  une 
strophe  de  YAdoro  te  : 

«  Pie  pellicane,  Jesu  Domine, 

Me  immundum  munda  tuo  sanguine, 

Cujus  una  stilla  salvum  facere 

Totum  quit  ab  omni  niundum  scelere.  » 


Le  trésor  De  Tcglise  tic  ^ainte=8©arie  près  %aint=CeIse,  à  a^ilan.  485 


XII.  Croir  D'autel  {xW  siècle). 

Hauteur;   i"',59  ;  largeur  :  o'", 75. 

FAITE  pour  le  maître-autel  et  accompagnée 
jadis  de  chandeliers  du  même  style,  cette 
croix  a  perdu  son  pied,  mais  on  oublie  vite  cette 
diminution  ou  altération  en  la  considérant  elle- 
même.  La  plume  se  sent  réellement  impuissante  à 
rendre,  comme  il  convient,  le  talent  de  l'artiste  et 
les  ingéniosités  de  sa  conception.  Cette  pièce 
d'orfèvrerie  est  réellement  incomparable  par  sa 
richesse  non  moins  que  par  le  goût  e.xquis  qui  a 
présidé  à  son  exécution  si  soignée.  Les  feuillages, 
habilement  découpés,  se  détachent  en  très  fort 
relief  et  animent  l'arbre  sacré  dont  on  comprend 
de  suite  la  haute  signification  mystique.  L'effet 
général  est  saisissant  et  la  critique  ne  trouve 
à  redire  qu'aux  rayons  trop  épais  des  angles  qui 
alourdissent  l'ensemble,  essentiellement  léger  et 
délicat. 

Par  d'heureuses  combinaisons  de  nuances,  l'ar- 
gent du  fond  fait  valoir  les  appliques  d'argent 
doré  :  sont  aussi  dorés  les  vêtements  des  person- 
nages, les  cheveux  et  les  ailes  des  anges,  qui  ont 
le  tort  grave,  mais  fort  commun  en  Italie,  d'être 
complètement  déshabillés. 

Sur  le  nœud  sont  assis  quatre  prophètes,  qui 
sur  leurs  longues  banderoles  doivent  annoncer  à 
l'avance  la  mort  du  Sauveur.  Sur  l'une  d'elles,  je 

lis  cette  fin   de  verset  : MONTE  ANIMA 

RAM. 

La  croi.x  émerge  de  feuilles  d'acanthe;  d'autres 
feuilles,  où  se  mêlent  des  anges,  tapissent  la 
tranche  épaisse.  Aux  angles  rentrants,  d'abon- 
dants feuillages  donnent  naissance  à  des  rayons 
et  de  larges  roses  compliquées  d'anges  s'épanouis- 
sent aux  extrémités. 

En  avant,  le  CllRlsT  percé  de  clous  ;  en  arrière 
l'Assomption  de  Marie,  les  pieds  sur  les  nuages, 
les  mains  levées,  en  signe  d'allégresse,  vers  la  cou- 
ronne qui  plane  au-dessus  de  sa  tête;  en  haut,  le 
pélican  avec  ses  trois  petits. 

XIII.  pair  {xW  siècle). 

CETTE  paix  est  en  cuivre foiuhi,  argenté  sur 
toute  la  surface  et  doré  par  parties,  car  les 
Italiens  ont  toujours  aimé  cette  opposition   pour 


rompre  la  monotonie  d'un  seul  métal.  Le  sujet  re- 
présenté est  la  déposition  de  la  croix  ou  plutôt 
ce  que  l'on  nomme  la  Vierge  de  Pitic.  Marie 
étend  les  bras  :  sa  douleur  est  immense  en  con- 
templant le  corps  inanimé  de  son  fils,  assis  devant 
elle  et  soutenu  par  deux  anges.  Il  y  a  là  comme 
la  traduction  de  ces  belles  strophes  du  pape 
Innocent  III  : 

«  O  Quam  tristis  et  afflicta 

Fuit  illa  benedicta 

Mater  unigeniti  ! 

«  Quas  mœrebat  et  dolebat 

Pia  mater,  dum  vibebat 

Nati  pœnas  inclyti. 

«  Quis  est  homo  qui  non  fleret 

Matrem  Christi  si  videret 

In  tanto  supplicio.' 

«  Quis  non  posset  contristari 

Christi  matrem  contemplari 

Dolentem  cuni  filio  .'  '» 

Ces  derniers  mots  nous  donnent  parfaitement 
le  sens  de  la  composition  :  il  s'agit  d'arracher  des 
larmes  au  pieux  fidèle  qui  regarde  la  sainte  image 
et  de  lui  faire  faire  un  retour  sur  lui-même. 
Comme  à  VAgniis  Dei,  moment  de  la  messe  où 
se  présente  le  baiser  de  paix,  il  doit  alors  s'écrier  : 
«  Seigneur,  ayez  pitié  de  nous.  »  La  pensée  se 
complète  par  cette  autre  invocation  :  «Marie, mère 
de  l'homme  de  douleur,  intercédez  pour  nous.  » 

Du  haut  des  cieux,  le  Père  éternel  bénit  son 
Fils  bien-aimc  et  accepte  son  sacrifice  qui  sauve 
l'humanité  perdue  par  le  péché  :  la  mort  d'un 
Dieu  préserve  sa  créature  de  la  mort  éternelle. 

XIV.  autre  Ipair  {xW  siècle). 

Hauteur:  o'".i9;  largeur:  o'",i4. 

L'ASPECT  est  celui  d'un  tableau,  avec  son 
cadre  de  faux  ébène  ou  poirier  noirci   ('), 
que  rehaussent  des  appliques  d'argent  :  la  paix 

I.  L'inventaire  de  Fulvio  Orsini,  ainateur  romain,  mort 
en  1600,  énumère  souvent  des  cadres  de  noyer  ou  en 
poirier  teint  :  «  Quadro  corniciato  di  noce  »,  «  quadro 
corniciato  di  pero  tintoy>.  (Gaz.  des  Beaux  Arts,  2'  sér., 
t.  XXIX,  p.  43',  432)- 

Le  <,<  bureau  »  de  Colbert  dtait  «  tout  de  bois  de  poirier 
noircy  de  placage  de  rapport,  représentant  des  fleurs  et 
animaux  »,  d'après  son  inventaire  cite  par  ,^L  lionnaffé 
(Dut.  i/c's  a/nat./ranç.,  p.  67). 

«  Plus  un  miroucr  d'environ  deux  piedz  en  carré,  avecq 
une  bordure  de  poirier  et  son  cordon.  »  (Inv.  <iu  suriiit. 
Fûiii/ii'-t,  lùùi.) 


486 


îRct) uc  De  l'3rt  cfjrctien. 


elle-même  est  en  argent  repoussé  d'un  fort  relief 
et  d'une  bonne  exécution.  La  Vierge,  assise,  tient 
sur  ses  genoux  l'enfant  Jésus,  debout  et  avançant 
la  main  gauche  pour  prendre  les  raisins  et  les 
pommes  que  saint  Jean-Baptiste,  enfant  comme 
lui,  lui  offre  sur  un  plateau  ;  scène  gracieuse,  mais 
fantaisiste,  qui  nous  invite  à  porter  à  l'Homme- 
Uicu  les  fruits  de  nos  vertus  pour  mériter  la  ré- 
compense finale  qu'il  nous  destine. 


XV.  CatJlcau  uotif  {xW  siècle). 


CE  tableau  n'a  aucune  affectation  liturgique 
ni  même  ecclésiastique  :  trop  souvent  les 
personnes  pieuses  donnent  aux  églises  des  inuti- 
lités. Aussi  il  faut  le  considérer  comme  un  meuble 
décoratif  ou, plus  probablement, comme  un  ex-voto 
offert  pour  être  appendu  près  de  l'autel  et  de 
l'image  vénérée  de  Marie;  mais  on  s'empressa 
sans  doute  de  le  retirer  pour  lui  assigner  une 
place  plus  sûre  dans  le  trésor,  qui  met  à  l'abri 
des  mains  rapaces. 

L'objet  est  en  cuivre  doré,  de  forme  octogo- 
nale, d'une  largeur  de  o™,i4,  avec  un  anneau  de 
suspension  à  la  partie  supérieure,  car  sa  destina- 
tion évidente  est  d'être  accroché  à  un  mur.  Le 
cadre  est  glacé  d'émail  blanc,  avec  incrustation 
de  corail  en  grain  :  il  s'en  détache  une  bordure 
découpée  à  jour,  où  ressortent  des  roses  de  corail, 
à  étamines  d'émail  blanc.  Cette  couleur  est  propre 
à  la  Reine  des  vierges  et  la  rose  ne  convient  pas 
moins  à  celle  que  l'Église  nomme  la  Rose  mystique 
et  dont  la  prière  la  plus  populaire  est  une  succes- 
sion de  roses,  d'où  lui  est  venu  le  nom  de  rosaire. 

Le  fond  du  tableau  est  occupé  par  une  sta- 
tuette en  corail  :  Marie  a  les  pieds  posés  sur  la 
lune,  comme  le  prescrit  l'Apocalypse,  haia  sub 
pediâus  ejus  et  }oint  les  mains  dans  un  acte  de 
recueillement.  Une  tête  d'ange  lui  sert  de  sup- 
port et  huit  autres  têtes  l'entourent,  formant 
ainsi  comme  une  auréole  autour  de  celle  que  la 
liturgie  proclame  dans  les  litanies  de  Lorctte  la 
Reine  des  anges,  Regina  angelorum. 

Comment  appeler  cette  Vierge?  Est-ce  une 
Immaculée  Conception  ou  une  Assomption? 
L'embarras  provient  de  ce  que,  à  cette  époque, 
les  caractères  iconographiques  de  l'une  et  l'autre 
scène  se  confondent,  la  seconde  étant  le  complé- 
ment logique  de  la  première. 


La  présence  du  corail  indique  un  artiste  italien, 
peut-être  napolitain.  Si  la  bordure  est  charmante, 
le  style  des  personnages  est,  au  contraire,  mauvais 
et  d'une  infériorité  qui  ne  s'explique  que  par  la 
dureté  de  la  matière. 

Le  revers  du  tableau  est  gravé, à  la  pointe, d'un 
large  ornement  dans  le  goût  tie  l'époque,  comme 
on  en  voit  principalement  sur  les  étoffes. 

XVI.  autre  tableau  tioiif(itJif  siècle). 

ANALOGUE  au  précédent,  tant  pour  la 
forme  générale  que  pour  la  destination, 
ce  tableau  a  plus  d'importance  en  raison  de  ses 
dimensions  et  de  sa  décoration,  qui  dénote  la 
même  main  ou  le  même  atelier.  L'octogone  est 
irrégulier,  car  il  mesure  o'",49  de  hauteur  sur 
o™,36  de  largeur.  Un  soleil  en  corail  brille  au- 
dessous  de  la  boucle  de  suspension.  Le  cadre  en 
relief  est  incrusté  de  perles  de  corail,  alternative- 
ment rondes  et  longues  :  aux  angles  saillissent 
des  têtes  d'anges,  également  en  corail.  En  dehors 
court  une  bordure  à  jour,  oii  se  répète  à  chaque 
pan  le  même  motif  d'ornementation  :  au  milieu 
sourit  une  tête  d'ange,  sculptée  en  corail,  soute- 
nue de  deux  ailes  champlevécs  d'émail  blanc, 
supportée  par  une  coquille  émaillée  blanc  et  bleu 
et  flanquée  de  quatre  roses  de  corail  dont  les  éta- 
mines sont  en  émail  blanc;  aux  angles,  des  pal- 
mettes  blanches  enlacent  deu.x  roses  semblables 
au.x  quatre  précédentes  et  au  sommet  de  ce  bou- 
quet s'épanouit  une  fleur,  à  doubles  pétales  de 
corail  et  d'émail  blanc,  glacé  de  bleu  aux  extré- 
mités. Cette  élégante  décoration  s'appuie  sur  un 
bandeau  où  l'émail  bleu  et  l'émail  blanc  forment, 
en  alternant,  un  chevronné  continu. 

Le  champ  du  tableau  est  garni  par  une  Assomp- 
tion, en  relief,  façonnée  de  pièces  rapportées  :  la 
hauteur  de  la  Vierge  est  de  dix  centimètres.  Sem- 
blable à  celle  de  l'autre  tableau,  elle  a  une  cou- 
ronne au-dessus  de  la  tête,  car  en  quittant  la 
terre,Marie  est  devenue  la  reine  des  cicu.x,  irgiiia 
cœli  :  aussi  six  anges  voltigent  à  l'entour.  La 
gloire  qui  convient  au  triomphe  est  rendue  par 
un  médaillon,  formant  auréole,  qui  se  prolonge 
en  rayons  droits  ou  flamboyants  taillés  dans  des 
tiges  de  corail  :  des  croi.x  d'or  y  sont  semées,  sur 
un  émail  tantôt  blanc,  tantôt  bleu. 

Au  revers,  le  nom  de  jÉ.sus,  dans  sa    forme 


Le  trésor  De  l'église  De  ^ainte^^arie  près  %aint=€clsc,  à  ^ilan.  487 


nouvelle,  c'est-à-dire  avec  la  croix  surmontant  la 

lettre  médiane,  IHS>  et  au-dessous,  un  cœur 
percé  de  trois  clous,  se  détache  sur  un  fond  de 
rinceaux  gravés  au  trait.  La  vie  tout  entière  du 
Sauveur  se  résume  dans  ces  deux  symboles  :  le 
nom  rappelle  la  naissance,  puisqu'il  lui  fut  imposé 
le  jour  de  la  circoncision  et  le  cœur  montre  en 
abrégé  les  cinq  plaies  qui  transpercèrent  les  pieds, 
les  mains  et  jusqu'à  l'organe  principal  de  la  vie. 

Le  mélange  du  corail  à  l'émail  produit  un 
heureu.K  effet  et,  par  un  singulier  retour  vers  le 
haut  moyen  âge,  l'artiste  emploie  pour  la  pâte 
vitreuse  le  procédé,si  longtemps  oublié, du  champ- 
levé,  mais  sa  palette  est  à  court  de  tons,  puisqu'il 
se  limite  à  deux  couleurs,  le  blanc  et  le  bleu. 

Les  défauts,  comme  je  l'ai  déjà  dit,  tiennent 
à  la  dureté  du  corail,  tandis  que  le  métal  plus 
souple  se  découpe  en  une  floraison  gracieuse  et 
une  végétation  abondante, qui  donnent  un  charme 
infini  à  la  composition. 

XVII.  'îBénitier  (rtiir  siècle). 

Lu  bénitier  portatif  sert  à  l'aspersion,  le 
dimanche,  ainsi  que  pour  l'absoute  des 
défunts.  En  Italie,  on  lui  a  conservé  sa  forme 
première  :  autrement  dit,  c'est  un  vase  bien  pro- 
portionné, d'une  capacité  médiocre  et  léger  à  la 
main,  sans  ces  exagérations  prétentieuses  que  lui 
infligent  habituellement  les  orfèvres  français.  La 
hauteur,  y  compris  l'anse,  est  de  o'",i9  et  la  lar- 
geur de  0™,I5  ;  on  ne  peut  être  plus  modeste.  La 
matière  est  l'argent,  car  rien  de  vulgaire  n'entre 
dans  le  mobilier  de  cette  riche  église.  Le  pied  est 
rond  et  la  panse,  avec  ses  huit  lobes  gravés,  s'en 
dégage  comme  une  fleur  qui  s'entr'ouvre;  heu- 
reuse comparaison,  car  l'eau  purifiée  qu'il  contient 
est  pour  l'âme  un  symbole  de  sanctification, 
efflorcbit  sanctificatio  vestm,  a  dit  le  psalmiste  ('). 
L'anse,  profilée  en  trèfle,  est  pourvue,  à  sa  partie 
supérieure,  d'un  anneau  de  suspension  :  le  trèfle, 
c'est  la  Trinité  qui,  par  sa  grâce,  féconde  l'eau  et 
lui  donne  sa  vertu  (=1  Quant  à  l'anneau,  il  rappelle 

1.  Psalm.  cxxxi,  28. 

2.  Le  Rituel  prescrit  l'invocation  des  trois  personnes 
divines  pour  l'exorcisme  de  l'eau  et  le  mélange  du  sel  à 
l'eau  :  «  lixorciso  te,  creatura  aqu;u,  in  nomine  Uei  Patris 
omnipotentis  et  in  nomine  JksuChristi  Filii  ejus  Domini 
nostri,  et  in  virtute  Spiritus  Sancti,  ut  fias   aqua  exorci- 


un  usage  disparu,  mais  dont  j'ai  retrouvé  les 
traces  en  Anjou  et  en  Allemagne  :  après  l'asper- 
sion du  dimanche,  le  bénitier  portatif  se  suspen- 
dait à  la  porte  de  l'église  pour  les  fidèles,  là  où  il 
n'y  avait  pas  de  grand  bénitier  en  pierre  ou  en 
métal  ;  mais  souvent  aussi,  on  le  fixait  à  l'entrée 
du  chœur,  car  il  servait  alors  à  deux  fins,  le 
prêtre  s'en  signait  avant  de  se  rendre  à  l'autel 
(ce  que  prescrit  encore  la  rubrique  romaine) 
et,  le  soir,  après  compiles,  l'hebdomadier  en 
aspergeait  individuellement  les  chanoines  défi- 
lant devant  lui  ('). 

XVIII.  CatJlette  pour  la  consécration 
(rtJi)'  siècle). 

LE  rit  Ambrosien,  comme  autrefois  le  rit 
romain, ne  fait  pas  usage  des  cartons  d'autel  : 
tout  se  lit  dans  le  missel.  Mais  il  serait  incom- 
mode et  presque  inconvenant,  au  moment  de  la 
consécration,  de  détourner  les  regards  de  la 
sainte  Hostie  pour  les  reporter  sur  le  livre;  en 
conséquence,  on  a  songé  à  aider  la  mémoire 
défaillante  du  prêtre  en  plaçant  devant  lui  une 
tablette  contenant  les  seules  paroles  de  la  con- 
sécration du  pain  et  du  vin. 

A  Sainte-Marie  près  Saint-Celse.cette  tablette 
est  en  argent  et  mesure  o"',66  de  hauteur  sur 
0^,42  de  largeur.  Le  pied  est  exhaussé  de  plu- 
sieurs degrés,  des  feuilles  d'acanthe  enveloppent 
la  tige  et  le  tableau,  de  forme  ovale,  est  entouré 
d'anges,  en  tête  ou  en  buste,  et  surmonté  d'une 
Assomption.  Marie  monte  aux  cieux,  assise  sur 
les  bras  de  deux  anges  qui  la  soulèvent  :  de  cha- 
que côté,  deux  vases  portent  des  épis,  allusion 
peut-être  à  la  saison  d'été  où  tombe  cette  fête, 
mais  plus  probablement  à  la  matière  même  du 
sacrifice  eucharistique. 

Au   revers   apparaissent    les   écrous,   ce    qui 

sata  ad  effugandam  omnem  potestatem  inimici.  »  — 
«  Commixtio  salis  et  aqu;c  pariter  fiât  in  nomine  l'atris,  et 
Filii,  et  Spiritus  Sancti.  » 

I.  J'ai  vu  au  musée  Poldi,  à  Milan,  un  bénitier  en  cuivre 
du  XVII' siècle.  Il  est  de  forme  octogone,  des  coraux  sont 
semés  sur  la  bordure  ;  au  milieu,  le  crucifix  et  les  anges 
sont  aussi  en  corail  :  autour  est  découpée  une  crcte  h  jour, 
émaillée  de  blanc  et  avivée  de  corail  ;  en  haut,  un  orne- 
ment plus  grand  tient  l'anneau  de  suspension  ;  au  bas,  la 
coupe  ronde,  destinée  à  l'eau,  est  décorée  de  roses  et  de 
guirlandes  en  corail,  avec  un  bouton  de  même  au-dessous. 


488 


iRctiuc   tic   ract    cbrcticn. 


indique  le  soin  en  même  temps  que  le  procédé 
de  montage  des  pièces  de  rapport. 

Les  caractères  sont  ceux  de  l'impression,  c'est- 
à-dire  minuscules  et  ronds  ; 
Hoc  est  enim  corpus  iiieum 
Hic  est  enim  calix  sanguinis  mei,  novi  et 
asterni  testamenti,  mysterium  fidei  qui 
pro  vobis,  et  pro  multis  effundetur  in 
remissionem  peccatoruni. 
Je  ferai  une  simple  remarque  sur  laponctuation. 
Dans  le  missel  romain.il  y  a  deux  points  après  tes- 
tamenti et  fidei;  ce  membre  de  phrase  mysterinin 
fidei  serait  beaucoup  mieux  entre  deux  virgules, 
qui    marquent   une   incidence,  mais  non  une  sus- 
pension. Je   ne  comprends  pas  la  virgule  après 
îW;/.f.- comment  associer  une  disjonctive  à  une 
liaison,  comme  est  la  préposition  et?  Il  s'en  suit 
une  anomalie  des  plus  bizarres.  La  ponctuation 
des  livres  latins  me  semblé  des  plus  défectueuses, 
car  elle  est  arbitraire,  faite  souvent  à  rebours  du 
bon  sens  et  n'aide  nullement  à  la  lecture  ni  à  l'in- 
telligence du   texte.  Il  y  aurait  là   une  réforme 
sérieuse  à  introduire. 


XIX.  aroft'cct  (ruif  siècle). 

CE  coffret,  formant  reliquaire,  est  en  argent 
fondu,  avec  plaques  de  cristal  sur  toutes  les 
faces,  de  façon  à  laisser  voir  l'intérieur.  Des  anges, 
placés  aux  angles,  soutiennent  la  corniche  :  sur 
le  couvercle,  des  têtes  d'anges  ailées,  à  la  manière 
antique,  servent  d'attache  à  des  encarpes. 

Sur  un  fond  de  velours  rouge  ciselé  repose  le 
voile  miraculeu.x,  découvert  lors  de  l'invention  du 
tableau  de  la  Vierge.  C'est  une  gaze  de  soie 
blanche,  rayée,  de  distance  en  distance,  de  larges 
bandes  jaunes,  bordées  de  bleu,  avec  deu.x  lignes 
vertes  au  milieu. 

Hauteur  :  o"\iO,  largeur  :  0"\23. 


XX.  Ecltquaire  {xW  siècle). 

LE  XVII'=  siècle  a  peu  varié  l'ornementation, 
qui  prodigue  invariablement  les  anges  ré- 
duits à  l'état  de  têtes  et  d'ailes,  c'est-à-dire  de 
symboles  exprimant  qu'ils  sont  à  la  fois  intelli- 
gences spirituelles  et  messagers  célestes.  La 
conformation  est  celle  d'un  tableau  d'argent, 
haut  de  o"\59  sans  le  soubassement  de  bois,  et 
large  de  o"',38. 

Des  têtes  d'anges  ailées  ornent  les  consoles  qui 


flanquent  les  côtés.  Au  fronton  brisé  surgit  une 
Assomption, car,  dans  cette  église,  on  paraît  beau- 
coup plus  occupé  de  la  sainte  Vierge  que  du 
co-titulaire  saint  Celse('). Marie  est  accompagnée, 
sans  doute  à  cause  de  la  présence  de  leurs  reli- 
ques, de  saint  Ambroise  et  de  sa  sœur  sainte 
Marcellinc,  qui  a  pour  attributs  une  couronne  sur 
la  tête,  une  palme  dans  la  main  gauche  et  une 
espèce  de  bouclier  sur  lequel  elle  appuie  la  droite. 
Le  P.  Cahier  ne  lui  donne  aucune  de  ces  carac- 
téristiques. 

La  frise  porte,  en  inscription  commémorative, 
le  nom  du   donateur  ou  de  l'artiste,  car  le  F  ini- 
tial peut  aussi   bien  ■i{gn\?\eT  /rater  c\\\e  fecit  : 
F.  CHERVBINVS.  GORNVS 

XXI.  autres  reliquaires  (ruif  siècle). 

Hauteur:    o"',59  ;  largeur  :  o'", 42. 

LES  reliquaires.au  nombre  de  quatre, sont  faits 
pour  être  placés  entre  les  chandeliers  et 
ajouter  à  la  parure  de  l'autel:  aussi  sont-ils 
rigoureusement  semblables.  Le  fond  est  plat, 
mais  la  partie  antérieure  se  brise  en  cinq  pans, 
dont  les  trois  principaux  dessinent  une  fenêtre  en 
plein  cintre  et  les  deux  autres  des  cartouches 
allongés.  Des  tètes  d'anges  flanquent  les  angles 
du  soubassement  et  reparaissent  sous  la  corniche, 
pour  indiquer  que  les  saints  dont  on  a  ici  les  re- 
liques, régnent  au  ciel.  La  partie  supérieure  forme 
une  espèce  de  dôme  à  quatre  plans,  en  retraite 
les  uns  sur  les  autres  :  celui  du  milieu  porte  des 
anges  et  des  festons.  Tout  en  haut,  pour  amor- 
tissement, un  vase  d'où  sortent  une  croix  et  deu.x 
palmes,  par  allusion  au  supplice  et  au  triomphe 
des  martyrs:  en  eftet,  parmi  les  reliques  minus- 
cules, je  note  deux  têtes  des  saints  Innocents. 

XXI L  laeliqimire  {xW  siècle). 

DANS  la  forme  habituelle  de  Vaiicona,  ce 
reliquaire,  haut  de  0'",58  et  large  deO'",52, 
est  en  argent.  L'inscription  suivante,  empruntée 
à  V Apocalypse  et  faisant  allusion  au  martyre, 
précise  sa  destination  : 

\i\  ■  .SVXT  ■  ny\  ■  VENERVNT  •  DR  "  TRIBVLA- 
TrONE  •  M.\GNA  '  APOCALY  '  CAP  '  VU. 

I.  Dans  le  langage  populaire,  l'église  s'appelle  la  Ma- 
donna  di  sait  Cclsn,  comme  si  cette  Madone  avait  appar- 
tenu à  saint  Celse. 


Le  trésor  De  rcglisc  De  %ainte=8@aric  près  ^aint^Cclse,  à  Q9ilan.    489 


Au-dessus  de  ce  soubassement  inscrit,  deux 
anges  sonnent  de  la  trompette,  comme  pour  dire 
aux  morts:  Levez-vous,  venez  jouir  de  la  gloire 
que  vous  avez  acquise  par  la  tribulation. 

Au  milieu  se  dresse  sur  un  piédestal  l'image,  en 
haut-relief  et  en  argent,  de  la  sainte  Vierge  enca- 
drée,ce  qui  indique  son  triomphe,  dans  une  auréole 
elliptique,  dont  les  jets  lumineux  rayonnent  et 
flamboient.  C'est  la  Reine  des  martyrs  :  aussi  les 
saintes  reliques  lui  font-elles  escorte,  se  groupant 
autour  d'elle  et  se  disséminant  sur  les  piédestaux 
et  les  pilastres,  qui  ont  pour  mission  de  supporter 
un  fronton  brisé,  terminé  par  trois  anges  assis, 
que  l'artiste  a  malencontreusement  négligé  de 
couvrir  d'un  vêtement  quelconque  ('). 

Au  sommet  du  tableau,  on  vénère  une  croix 
faite  avec  le  bois  de  la  croix  du  bon  larron:  elle 
est  haute  de  0^,0/  et  large  de  0^,04  (-). 

XXIII.  ancona  (ruij'  siècle). 

ON  nomme  ainsi  en  Italie,  par  altération  du 
mot   icona,  qui   dérive  du   grec  et  signifie 
image,    une   représentation   pieuse,  statuette  ou 

I.  Je  souscris  pleinement  à  ces  observations  si  sensées 
de  M.  Constantin  dans  le  Rosier  de  Marie  (1882,  n°  52)  : 
«  Dieu  lui-même  réprouva  ce  que  l'on  prend  à  tâche  de  jus- 
tifier; jamais  ses  anges  ne  sont  descendus  sur  la  terre  sans 
vêtement  ou  sans  voile.  Les  anges  qui  apparurent  à  Abra- 
ham, celui  qui  conduisit  Tobie  à  Rages,  les  deux  qui  s'as- 
sirent sur  la  pierre  du  tombeau  du  Christ  ressuscité, 
étaient  modestement  vêtus.  Pourquoi  donc  les  peintres 
représentent-ils  les  anges  décolletés  ou  complctement  nus? 

«  Les  Médicis  patronnèrent  les  nudités  à  Florence  et  à 
Rome,  et  c'est  pour  cela  que  nos  regards  attristés  rencon- 
trent si  souvent  dans  la  Ville  éternelle,  au  \'atican  et  à 
Saint-Pierre,  des  peintures  et  des  sculptures  religieuses 
qui  nous  font  rougir.  Ce  sont  des  images  splendides  de 
beauté,  il  est  vrai,  mais  elles  ne  portent  pas  moins  la  mort 
dans  l'âme.  L'art  qui  tue  la  piété,  peut-il  mériter  l'appro- 
bation d'un  chrétien?  Qu'importe  la  beauté  du  fruit,  s'il 
renferme  un  poison  ?  Dieu  dans  le  ciel,  où  il  n'y  a  rien  à 
craindre,  a  vêtu  ses  élus;  sequiintur  agnitin  in  vestibus 
albis,  dit  l'auteur  inspiré  du  livre  de  V Apocalypse.  .Souhai- 
tons que  la  peinture  et  la  sculpture,  au  nom  de  la  prudence, 
imitent  cet  exemple  et  charment  nos  regards,  au  lieu  de 
les  blesser.  » 

Cependant,  il  y  a  une  excuse  h.  ces  nudités  dans  l'inten- 
tion même  des  artistes.  A  la  fin  du  XV"  siècle,  on  donnait 
au  nu  une  signification  particulière.  Ainsi,  Charles  VIII, 
ayant,  lors  de  son  expédition  en  Italie,  admiré  les  chevaux 
de  Monte-Cavallo,  à  Rome,  son  chroniqueur  dit  :  «  Et 
«  qu'ils  sont  nuz  (Praxiteles  et  Phitias)  auprès  des  che- 
«  vaulx...  et  ainsi  comme  ils  sont  nuz,  ainsi  la  science  de 
«  ce  monde  en  leurs  entendemens  estoit  nue  et  ouverte.  » 
(Muntz,  les  Précurseurs  de  la  J\enaissance,  p.  3.) 

2  A  Rome,  l'église  de  Sainte-Croix  de  Jérusalem  possède 
la  traverse  entière  de  cette  croix. 


tableau,  encadrée  d'un  ornement  architectonique 
comme  furent  les  retables  des  autels  à  partir  du 
XVL"  siècle.  C'est  un  architecte  plutôt  qu'un  or- 
nemaniste, qui  a  dessiné  le  çeXXt  oratoi7-e  ('),  pour 
employer  le  terme  usité  autrefois,  de  l'église  de 
Ste-Marie. 

Haut  de  0"\25,  il  renferme,sous  une  grille  d'ar- 
gent, une  Vierge  peinte  sur  bois,  semblable  à  celle 
qui  fut  trouvée  sous  l'autel  et  qui  est  en  grande 
vénération  en  ce  lieu.  Le  cadre  est  en  ébène, 
matière  triste  malgré  son  poli  brillant  et  qui  ap- 
paraît encore  trop  sous  les  appliques  d'argent 
auxquelles  se  mêlent  de  petites  pierres  montées 
en  griffes.  Deux  colonnes  ioniques,  aussi  en  ar- 
gent, supportent  le  fronton  de  l'édicule  dont  le 
tympan  est  rempli  par  une  téted  ange,  pour  faire 
penser  au  ciel. 

XXIV.  "!i?roDcnc  (ruir  siècle). 

ON  a  voulu  faire  honneur  à  l'habile  artiste 
Lidovina  Pellegrini  d'une  broderie  au  petit 
point,  soie  et  or,  qui  se  recommande  effectivement 
par  une  grande  finesse  d'exécution,  surtout  à  l'en- 
droit des  carnations;  mais  je  ne  la  crois  pas  du 
XVI'=siècle,même  expirant,  tandis  que  je  n'hésite 
pas  à  la  reporter  aux  débuts  du  XVII'=. 

L'ange  est  assis  sur  la  pierre  renversée  du  sé- 
pulcre, à  l'entrée  du  caveau  funèbre.  Les  trois 
Maries  lui  parlent   et  lui  demandent  où  est  le 

I.  Altarino  est  aussi  un  terme  consacré  en  Italie.  En 
France,  on  disait  indifféremment  chapelle  ou  oratoire.  «A 
Pierre  Roffet,  libraire  demourant  à  Paris,  ...  51'.  y  t.  pour 
ung  cabinet  de  cuir  doré,  à  ouvrages  moresques,  au  dedans 
duquel  il  y  a  3  entrelatz,  ung  petit  oratoire.  »  (Compte 
des  menus  plaisirs  du  roi,  1528). 

Philippe  Tixier,  dans  son  testament  daté  de  171 1,  inséra 
les  clauses  suivantes  :  «  Je  donne  à  madame  la  comtesse 
de  Longoné  la  niche  et  chapelle  d'un  petit  Jésus  naissant, 
ornée  de  petites  figures  d'émail  enflammées,  qui  est  sur  le 
cabinet  de  ma  chambre...  Je  donne  à  madame  de  Pressi- 

gny mon  prie-Dieu,  concistant  en  un  très  beau  crucifix 

d'hivoir  de  M.  de  Willierme  des  Goblins,  dont  le  cadre  est 
doré  et  le  fond  garni  de  velours  noir  et  en  un  bénistier 
d'argent  très  artistement  travaillé,  représentant  la  très 
sainte  Vierge,  serrant  le  petit  Jésus  entre  ses  bras,  une 
croix  où  est  un  Saint-Esprit  accompagné  de  six  anges,  le 
fond  dudit  bénistier  représente  plusieurs  coquilles  et  l'as- 
pergés est  aussy  d'argent.  Je  donne  à  madame  deCajeux... 
une  chapelle  d'albastre...  qui  représente  Jf.sus-Christ 
crucifié  sur  le  mont  Calvaire  entre  le  bon  et  le  méchant 
larron,  où  la  sainte  Vierge  et  la  Magdelaine  sont  représen- 
tées avec  plusieurs  Juifs,le  tout  d'albastre  très  artistement 
travaillé,  enfermé  d'un  cadre  doré  où  tous  les  instruments 
de  la  passion  sont  parfaitement  bien  sculptés.  »  ( Afein. 
de  lu  Soc.  Eduenne,  nouv.  sér.,  t.  \'lll,  p.  427,  428.; 


490 


iRcuuc   De    rart    cbtéticn 


Sauveur;  l'une  d'elles,  sainte  Madeleine,  tient  à 
la  main  le  vase  de  parfums  qui  est  devenu  son 
attribut  habituel.  La  colline  est  agréablement 
plantée  d'arbres.  Au  second  plan,  à  la  cime  d'un 
rocher,  se  dressent  trois  croix  et  l'on  aperçoit  dans 
le  lointain  la  ville  de  Jérusalem  ('). 

XXV.  ornements  (roir,  ruiir  siccicg)". 

ON  nomme  onicincnts  les  vêtements  liturgi- 
ques, tels  que  chasuble,  dalmatique,  tunique, 
chape,  avec  leurs  accessoires,  étoles,  manipules, 
bourses  et  voiles  de  calice. 

L'ornement  du  XVI P  siècle  présente,  sur  fond 
d'argent,  une  broderie  de  fleurs  au  naturel  et  de 
lambrequins  d'or. 

Il  a  été  fait  dernièrement  une  imitation  de  ce 
même  style,  où  les  rinceaux  d'or  se  mêlent  aux 
fleurs. 

Le  XVIII'^  siècle  a  consacré  aux  emblèmes  de 
Marie  un  ornement  de  satin  blanc,  brodé  or  et 
soie.  Sur  un  semis  de  fleurs  variées,  voici  le  pal- 
mier, la  nuée,  la  fontaine,  le  soleil  levant,  la  na- 
celle, l'arc-en-ciel,  l'olivier,  la  cité  mystique, 
l'étoile  de  la  mer,  le  buisson  ardent,  la  rosée  hu- 
mectant la  toison  de  Gédéon,  figures  et  allégories 
empruntées  aux  livres  saints,  à  la  liturgie  et  à  la 
tradition  ecclésiastique. 

XXYI.  OEalice  (jcDiif  .siècle). 

Nous  arrivons  avec  ce  vase  sacré  à  une 
transformation  de  l'art,  qui,  à  l'aurore  du 
siècle  dernier,  introduisit  le  style  rocaille.  La 
hauteur  est  de  0'",23  et  la  largeur  du  pied  de 
0"',I5.  L'argent,  fondu  et  retouché  au  ciselet, 
apparaît  partout,  moins  en  certains  endroits, 
comme  les  reliefs,  qui  ont  été  dorés. 

Six  lobes  arrondis  dessinent  le  contour  du  pied, 
où  se  tiennent  debout  et  en  relief  la  sainte  Vierge 
et  deux  saints  que  le  défaut  d'attributs  ne  per- 
met pas  de  dénommer.  Sur  le  nœud,  quatre 
autres  saints,  sans  caractères  distinctifs,  mais  en 
buste,  vu  l'exiguité  de  l'emplacement,  sont  sépa- 
rés par  des  têtes  d'anges.  A  la  fausse  coupe,  les 
anges,  consistant  en  une  simple  tête  ailée,  sont 
encore  là  pour  alterner  avec  les  raisins  et  les  épis, 
emblèmes  bien  connus  de  l'Eucharistie,  qui  trouve 
en  eux  sa  matière  première. 

I.  Contre  1.1  clôture  du  chœur  est  tendue  une  tapisserie 
du  XV!*"  siècle,  de  petite  dimension,  qui  représente  la 
Résurrection. 


Un  fait  digne  de  remarque,  c'est  la  variabilité 
de  l'iconographie  :  au  nœud,  les  saints  ont  le 
nimbe  plein,  lorsque  sur  le  pied  la  tète  est  en- 
tourée d'un  rayonnement  lumineux,  réservé  par 
l'Église  aux  seuls  bienheureux,  le  cercle  du  nimbe 
attestant  la  plénitude  de  la  sainteté  et  de  la  gloire. 

XXVII.  Croir  et  crposition  (ruiir  siècle). 

LA  croix,  en  bois,  est  décorée  d'appliques 
d'argent  encadrant  des  panneaux  d'écaillé, 
d'un  Christ  également  en  argent,  ainsi  que  de 
fleurons  de  même  métal  qui  ornent  les  extrémités 
de  la  tête  et  des  deux  bras. 

La  niche  où  s'abrite  cette  croi.x,  est  en  écaille 
avec  application  d'argent.  Deu.x  belles  colonnes 
d'albâtre  blanc,  à  la  base  et  au  chapiteau  d'argent, 
flanquent  la  niche  et  supportent  son  couronne- 
ment, qui  consiste  en  un  fronton  brisé.  L'en- 
semble ressemble  donc  à  un  retable  d'architec- 
ture :  ce  petit  monument  convient  mieu.x  à  la  dé- 
votion privée  qu'à  une  église.  Dans  un  trésor 
c'est  un  objet  de  lu.xe,  sans  afiectatiori  présumée, 
à  moins  qu'on  ne  veuille  en  garnir  le  dessus  d'un 
de  ces  agenouilloirs  oi^t  les  prêtres  font  leur  pré- 
paration et  leur  action  de  grâces. 

XXVIII.  Croir  (ruiif  siècle). 

Hauteur  :  o'".  15  ;  largeur  ;  o'".  10. 

LE  travail  est  médiocre,  quoiqu'on  ait  voulu  le 
faire  riche  en  prodiguant  les  brillants  en 
bordure  et  en  rayons.  La  croi.x  elle-même  est  tout 
entière  en  émail  et  le  crucifix  y  est  peint  aussi  en 
émail, mais  sans  saillie  aucune,ce  qui  constitue  une 
originalité,  bonne  à  citer,  non  à  recommander('). 
Ce  crucifix,  dans  une  sacristie  bien  tenue  et 
décorée  comme  toutes  les  sacristies  d'Italie,  ferait 
bonne  figure  au-dessus  d'un  prie-Dieu, pour  lequel 
il  a  été  probablement  destiné  dans  le  principe. 
X.  B.\RBIER  DE  MONTAULT. 

I.  Le  chanoine  de  Ligron,  à  Poitiers,  possède  un  Christ 
de  ce  genre,  en  émail  de  Limoges,  du  XVII''  siècle.  Sa 
hauteur  est  de  o"',23  et  sa  largeur  de  o"',i45.  Le  fond 
est  noir;  les  bras  du  .Sauveur,  qui  est  nimbé,  sont  obliques; 
un  papier,  posé  de  biais,  porte  le  titre  IN  RI  ;  les  plaies  sai- 
gnent; celle  du  côte  est  à  gauche,  contrairement  à  la  tra- 
dition qui  la  veut  à  droite;  les  chairs  sont  violacées  et  les 
cheveux  et  la  barbe  de  couleur  blonde,  un  linge  étroit 
serre  les  reins,  quatre  clous  dorés  percent  les  pieds  et  les 
mains,  une  tète  de  mort  blanche  grimace  au  pied  de  la 
croix,  quelques  traits  d'or  rehaussent  l'ém.iil.  Au  dos,  sur 
émail  noir,  se  lit  Tinitiale  du  nom  de  l'émailleur  P.,  qui  est 
un  Pénicaud,  d'après  M.  de  Lasteyric. 


■  r\  -  ::  -  •  y-i  '  . 


ïloubrlles  et  Ciclange^,  m^mm^^. 


/^^ 

M 
fe 


^g^^^^^gg^^^^^^ggggggg 


v^V,/  v^r^  , A^ 


ïlc  stauracis  et  la  quaDrapola. 


'-V^  -s^  "-v^  "^  -v^'  '-v^  '^/r  ^s/y  -.^^  -^/j  -^^j  --v^  -^  '^  j^a  'Aj^  "^ 


^^  ON  docte  ami,  M.  l'archiprêtre  Ambro- 
siani,  a  eu  l'imprudence  de  me  mettre 
en  cause  (')  dans  l'article  où  il  vient  de 
donner  son  sentiment  sur  deux  étoffes 
mentionnées  par  le  Liâar  pontificalis  i^).  Je  le 
regrette  pour  lui,  parce  que  je  vais  soutenir  une 
opinion  diamétralement  opposée  à  la  sienne, 
mais  non  pour  la  science  qui  pourra  profiter  de 
mes  observations. 

Homme  de  lecture,  le  T.  R.  archiprêtre  de 
IMonacilioni  a  adopté  des  idées  qui  ne  peuvent 
plus  avoir  cours,  parce  qu'elles  se  basent  sur  des 
citations  d'ouvrages  bien  démodés,  comme  celui 
des  frères  Macri.  Cependant,  il  n'a  pas  absolument 
tort,  puisque  de  bons  étofïiers  ne  pensent  pas 
autrement  (3).  Mais  il  y  a  place,  ce  me  semble, 
pour  une  opinion  nouvelle,  mteux  fondée  et  plus 
technique.  C'est  un  des  avantages  de  l'archéologie 
contemporaine  d'avoir  éclairci  pratiquement  des 
notions  fort  confuses  chez  les  auteurs  des  deux 
derniers  siècles. 

Ma  thèse  est  très  simple.  On  a  voulu  qualifier 
les  étoffes  par  leur  orneinentation  ;  je  crois,  au 
contraire,  qu'il  faut  les  dénommer  d'après  leur 
procède  de  confection.  Or  ce  procédé  est  double: 
fil  emploj'é  au  tissu  et  teinture  àa  ce  tissu. 

La  comparaison  des  termes  employés  par  les 
inventaires  amène  à  ces  résultats.  Le  stauracis 
est  teint  en  jaune,  comme  la  hlatta  en  pourpre, 
autrement  la  couleur  jaune  manquerait.  Le 
ticrcclin  est  à  trois  fils  (■*),   le  sainit  (hexainitum) 

1.  Rev.  de  PArl  chrc't.,  1885,  p.  355. 

2.  Quelques  j-einarques  sur  l'ancietme  étoffe  dite  stau- 
racis on  stauracinus  (Ibid.),  p.  351-355. 

3.  Ibid.,  p.  207. 

4.  Le  tiercelin,  sorte  de  taffetas  renforcé,  dtait  de  trois 
fils,  tereti  tint.  (Rev.  des  Soc.  Sav.,  6"  sér.,  t.    1\',  p.  1 34.) 

M.  Gay,  dans  son  Glossaire  archéologique,  page  29,  cite 
ce  te.\te  de  l'an  1 189:  «  Vous  verrez  sortir  de  là  (Palerme) 
des  étoffes  de  deux  à  trois  f\\s(ainita,  dimiia  et  triiitita), 

aussi  bien  que  des  étoffes  à  6  tîls,  (/tevainita),    dont 

le  tissu  plus  é[)ais  demande  plus  de  matière.  > 


à  six;  de  même  la  quadrapola  est  à  quatre  fils  et 
Voctapuluin  à  huit. 

En  1864,  j'ai  publié  à  Oxford,  à  la  librairie 
Parker,  un  extrait  de  tous  les  inventaires  insérés 
dans  le  Livre  pontifical  (i).  Le  texte  latin  a  seul 
paru  ;  le  Glossaire  qui  doit  l'accompagner  et  for- 
mera deux  volumes,   attend   toujours  un  éditeur. 

Je  vais  donner  une  idée  de  ce  travail  en  déta- 
chant le  commentaire  qui  se  réfère  aux  mots  en 
discussion. 


^^TORAX,  «if/j,  substantif  masculin  et  féminin; 
vj   résine  odoriférante. 

1.  Le  storax  est  une  résine  odoriférante,  de 
couleur  jaune  et  qui  découle  du  storax  ou  alibou- 
sier,  arbre  d'Arabie,  nommé  en  grec  (ji-^j-j.i  et  en 
latin  storax  et  styrax.  Isidore  de  Séville  s'étend 
beaucoup  sur  l'essence  de  cet  arbre  et  de  la  liqueur 
colorante  qu'il  produit:  «  Storax,  arbor  Arabia;, 
similis  malo  cidonio,  cujus  virgula;  intcr  canicula; 
ortum  cavernatim  lacrymam  fluunt.  Distillatio 
ejus  in  terram  cadens,  munda  non  est,  sed  cum 
proprii  corticis  scrobe  servatur.  Illa  autem  quœ 
virgis  et  calamis  inhieserit,  munda  est  et  albida: 
dehinc  fulva  fit  solis  causa  et  ipse  storax  cala- 
mites  pinguis,  resinosa,  odoris  jucundi,  humecta 
et  velut  mellosum  liquorem  emittens.  Storax 
autem  dicta,  quod  fit  i^iitta  arboris  profluens  et 
congelata.  Nam  Gr;tci  styriani  guttam  dicunt. 
Graece  autem  7rJoa£,  \^Wx\ç.  storax  dicitur.  »  {Ori- 
gin.,  lib.  XVII,  cap.  S.) 

Le  grammairien  Papias  écrivait  au  XI«  siècle: 
<(  Storax  lacryma  est.  Unde  eodem  nomine 
dicitur  similis  mali  cydonii,  cujus  distillatio  illa 
quns  virgis  et  calamis  inha^serit,  storax  calamités 
dicitur,  id  est  munda.  >)  (Focal),  latin.) 

2.  Les  actes  de  sainte  Eudocie  font  l'inventaire 
de  son  mobilier  lorsqu'elle  pratiquait  le  métier 
de  courtisane.  (BoUand.,  t.  I  mart.)  On  \-  relève 
«  des  milliers  de  livres  d'or;  un  grand  nombre  de 

1.  l imentaria  ecelesiaruin  urbis  Roma....  Libro  pontifi- 
cali  inserta,  in-S"  de  90  pag. 


REVUE   DE  L'.\RT   CHKÉTIEN' 
1885.   —  4'"*=   LIVKAISO.S. 


49- 


dctiuc   De    l'art    cftrctien. 


bijoux,  de  perles,  de  pierreries;  275  coffres  de 
vêtements  de  soie,  410  de  vêtements  de  lin  fin, 
160  de  vêtements  brochés  d'or,  152  d'autres 
brodés  de  gemmes,  une  grande  somme  en  or 
monnayé,  12  caisses  de  musc,  33  caisses  de  pur 
styrax,  Sooo  livres  de  vases  d'argent,  un  char 
incrusté  de  pierres  précieuses,  132  livres  de  voiles 
de  soie  rehaussés  d'or.  »  (Le  Blant,  Les  Actes  des 
Martyrs, ç.  258-259.) 

3.  Le  Liôer  pou tifica/is  rapporte  dans  la  vie  du 
pape  saint  Sylvestre  que  l'empereur  Constantin, 
parmi  les  dons  qu'il  fit  à  la  basilique  de  St-Pierre, 
voulut  que  l'Orient  envoyât,  chaque  année,  cent 
cinquante  et  une  livres  de  storax  pour  brûler  à 
la  manière  de  l'encens:  «  Item,  in  reditum 
donum,    quod    obtulit    Constantinus     Augustus 

beato  Petro  apostolo siib    civitate  Alexan- 

drise,    possessio  Timialia prastans  storacis 

Isaurice  lib.  I Possessionem   Pattinopolim, 

pra.'stans (de)  storace  libras  centum  etquin- 

quaginta.  »  La  basilique  de  St-Paul  eut  aussi  sa 
rente  de  trente  livres  de  storax:  «  Eodem 
tempore  fecit  Augustus  Constantinus  basilicam 

beato   Paulo   apostolo Sicut  et  in  basilicam 

sancti  Pétri  apostoli,  ita  et  beati    Pauli  apostoli 

ordinavit Sub   civitate     /Egypti,    possessio 

Cyrias,  pra^stans (de)  storace  lib.  triginta.  » 

II. 

1.  Stauracis,  w,subst.  masc.  et  fém.;  variantes: 
staiiracin  et  stanraciicin,  subst.  neutre  :  étoffe  de 
soie  jaune,  teinte  par  le  storax. 

2.  Ce  mot,  sous  sa  triple  forme,  tire  sa  signifi- 
cation de  son  étymologie  même.  Papias  donne 
une  définition  très  précise  de  l'étoffe  teinte  parle 
storax,  dont  la  couleur  ressemblait  à  celle  du 
coing,  c'est-à-dire  jaune-clair:  «  2\  storace,  storacis, 
stauracis,  stauracius,  storacinus,  staiiracinns.  Stan- 
raciiun,  genus  palliorum  depictorum  ex  storace, 
quiE  gutta  similis  est  mali  cydonii.  » 

La  vraie  orthographe  devrait  être  storacis  ('), 
mais  stauracis  a  prévalu  au  moyen  âge,  d'oîi  est 
résultée  une  fausse  étymologie  et,  partant,  une 
non  moins  fausse  application  à  un  tissu. 

3.  L'opinion  de  Torrigi  {Délie  grotte  vaticane, 

I.  Je  n'estime  pas  que  cette  «  variante  d'orthoj;raphe,  o 
et  au,  mcrite  considdration,  »  malgré  l'opinion  de  M. 
de  Linas  (Kev.  de  t'Art  clirct.,  1885,  p.  207),  avec  lequel  il 
f.iut  compter,  j'en  conviens. 


2<=  édit.,  p.  184),  des  frères  IMacri  { Hicrolcxic.) 
des  ^o\\a.wà\iX.ç.s{Aita saiict.,  maii,  t.  IH,  p.  394; 
t.  Vil,  p.  421)  et  de  quelques  archéologues 
anciens  et  modernes  ('),  tombe  devant  l'article 
suivant  de  l'iiu-eiitaire  de  Nicolas  I,  qui  à  lui  seul 
suffirait  pour  démontrer  que  le  stauracis  n'est 
pas  une  étoffe  semée  de  croix,  rri^xs  à! •c.wç.  couleur 
spéciale:  «  Pannos,  tam  de  stauraci  quam  et  de 
fundato,  vel  aliis  pulchris  variisquc  coloribus.  » 
De  plus,  si  cette  expression  dérivait  de  oraupôç, 
croix,  nous  aurions  logiquement  staurosis  et  non 
stauracis. 

4.  Le  stauracis  constituait  une  variété  de 
Vholosericuui,  c'est-à-dire  qu'il  était  entièrement  en 
soie,  trame  et  chaîne:  <(  Plumacium  ex  holoserico 
superpositum,  quod  stauracis  dicitur  »  (no  353). 
<.<Vestem  holosericam  unam  de  stauraci»(n°  1738). 
Sous  Adrien  I,  on  le  classait  parmi  les  étoffes  de 
soie,  «  syrica  ».  Mince  et  léger,  souple  et  se 
prêtant  facilement  à  des  plis  gracieux,  il  était 
par  conséquent  très  convenable  pour  les  tentures 
et  les  vêtements  de  dessus. 

5.  Le  Liber  pontificalis  ne  le  mentionne  pas 
avant  le  VI 1=  siècle,  quoiqu'il  fût  plus  ancien, 
puisque  le  morceau  qui  enveloppait  une  relique  de 
la  vraie  croix  et  que  Serge  I  trouva  dans  une 
cassette  noircie  par  le  temps,  devait  y  être  depuis 
de  longues  années  (n°  353).  Pendant  le  VIII''  et 
le  IX'=  siècle,  on  en  fit  àes  pallia,  des  voiles,  des 
parements  d'autel,  des  panni,  des  courtines,  des 
pièces  au  milieu  des  parements  et  des  voiles, 
ainsi  que  des  bordures  de  courtines,  de  voiles  et 
de  parements. 

6.  Une  fois,  ce  mot  est  pris  adjectivement, 
«  vêla  stauracia  »  (n°  478). 

7.  Le  stauracis  va  avec  la  soie  blanche  (n°  599)> 
le  rouge  tyrien  (n°  798),  \e  fiindatuin  (n°  713)  et 
la  quadrapola  (n°  1006).  Trois  fois,  cette  étoffe 
est  qualifiée  ^;r.f  belle,  <(  pulchcrrima  *  (n°^  6S1, 
711,  1127). 

8.  L'article  609  est  à  peine  intelligible  dans  sa 
rédaction  fautive,  car  il  semble  constituer  une 
exception  en  attribuant  le  blanc  au  stauracis  : 
^<  Vestem  albam  de  stauraci  chrysoclavam  » 
(no  609).  La  seule  interprétation  plausible  est 
celle-ci  :  Le  parement  est  en  stauracis,  par  consé- 
quent jaune,  avec  un  chrysoclavum  à  âme  de  soie 

I.  Ibiil.,  p.  208. 


jl^o  libelles    et   00élange5 


493 


blanche,  au  lieu  de  soie  rouge  ;  d'où  résulte  que  le 
blanc  et  l'or  du  décor  annihilent  le  jaune  du  fond. 
g.  he  siauracis,  en  dehors  <1m  Liber  pontificalis, 
est  mentionné  comme  employé  à  confectionner 
des  tentures  et  des  chasubles  :  «  De  vestimentis 
vero  ecclesiasticis  largitus  est  pallia  quae  dicun- 
tur  fundata  tria,  stauracia  à\xo.»  {Ckroiiic.  Fon- 
tanellcn.,  cap.  XVI.)  —  «  Storacium  pallium 
unum,  habentempavones.  »  {Cod.  C^rnV///.,  Epist. 
XV  Pauli  I  pap.) —  «Casulas...  de  storace.  » 
(Hariulf.,  lib.  II,  cap.  lO.) 

10.  Les  mosaïques  de  Milan,  au  V>=  siècle,  mon- 
trent saint  Materne  avec  une  chasuble  jaune,  dans 
la  chapelle  Saint-Satyre  à  Saint-Ambroise,  et  un 
berger,  avec  une  tunique  blanche  et  un  manteau 
jaune,  ou  une  tunique  jaune  à  reflets  rouges, dans 
la  chapelle  Saint-Aquilin,  à  Saint-Laurent. 

A  l'époque  du  Liber  pont:fica/is,\QS  mosaïques 
de  Rome  ont  des  personnages  vêtus  de  'jaune. 
Tels  sont  le  manteau  de  saint  Jean-Baptiste  à 
l'oratoire  de  Saint-Venance  (VII=  siècle)  ;  la  robe 
et  le  manteau  de  l'enfant-jÉsus,  à  .Sainte-Marie 
in  Cosviedin  (VIII«  siècle)  ;  les  clavi  de  la  tunique 
du  Christ  et  la  bordure  de  son  manteau,  puis 
les  manteaux  de  Constantin  et  de  Charlemagne, 
au  Tricliniuin  de  Latran  (IX^  siècle)  ;la  chasuble 
du  pape  Pascal  I",  à  Sainte-Marie  in  Dotiinica 
(IX<-'  siècle)  ;  le  manteau  de  saint  Paul,  la  para- 
gaude  de  sainte  Cécile,  et  la  pièce  du  manteau  de 
saint  Valérien,  à  sainte  Cécile  au  Transtévère 
(IX<^  siècle). 

11.  Deux  tissus  de  même  nature,  conservés 
dans  le  trésor  du  dôme  d'Ai.x-la-Chapelle,  ont 
été  chromolithographies  dans  les  Mclanges  d'ar- 
chéologie. L'un,  du  VIII^  ou  IX«  siècle  (t.  II, 
pi.  .\I,  B.),  offre  des  canards  bleus  sur  un  fond 
jaune-clair  ;  l'autre  des  éléphants  jaunes  sur  fond 
rouge  (t.  II,  pi.  I.K). 

12.  La  tradition  s'est  maintenue  à  Rome  jusqu'à 
nos  jours  de  parer  les  églises  de  tentures  jaunes, 
concurremment  avec  du  blanc  et  du  rouge. 

Remontons  plus  haut.  Euripide  {Hécicbe,  468) 
dit  du  pcp/iini  brodé  de  Minerve  qu'il  était  jaune 
couleur  de  safran.  M.  de  Ronchaud  suppose 
que  les  draperies  du  Parthénon,à  Athènes,  étaient 
de  cette  même  nuance. 

13.  Enfin,  ce  qui  renverse  l'opinion  contraire, 
c'est  que  si  les  étoffes  semées   de  croix  sont  fré- 


quentes chez  les  Byzantins  ("),  il  n'en  est  pas  de 
même  chez  les  Latins,  à  en  juger  par  les  monu- 
ments qui  nous  restent.  Il  y  a  donc  certitude 
absolue,  acquise  à  la  fois  par  l'interprétation  des 
textes  comparés  aux  monuments  et  à  la  tradi- 
tion, que  le  stauracis  a  toujours  désigné  une 
étoffe  teinte  en  jaune. 

IIL 

1.  QuAnR.A.l'OL.\,  œ,  subs.  fém:  étoffe  tissée  à 
quatre  fils. 

Les  variantes  de  ce  mot  sont  quadrapuhnn  et, 
par  contraction,  quadraphim. 

2.  Tout  tissu  se  compose  d'une  chaîne,  «  sta- 
men  »  et  d'une  trame,  «  substamen  ».  La  chaîne 
est  fixe,  la  trame  croise  les  fils  qu'elle  passe  à 
l'aide  de  la  navette.  Si  le  fil  de  la  trame  passe  sur 
un,  puis  sous  deux,  trois,  quatre,  huit,  il  en  résulte 
comme  des  côtes  le  long  du  tissu  ;  de  là  des  noms 
spéciau.x  pour  chaque  catégorie.  C'est  l'opinion  de 
Rich  dans  son  Dictionnaire  des  antiquités  romaines. 
Je  ne  la  crois  pas  solide  pour  le  moyen  âge. 

3.  La  seconde  est  celle  d'Henschenius  (Acta 
sanct.,  t.  III,  maii,  p.  39),  reproduite  par  le  P. 
Martin  (Mélanges  d'Arch.,  t.  II,  p.  250),  qui  voit 
dans  le  «  quadrapulum  l'encadrement  carré  », 
d'où  il  conclut  par  analogie  que  «l'octapulum 
est  le  médaillon  octogone  »  (2). 

4.  La  troisième  opinion  est  celle  que  je  viens  d'é- 
mettre: je  ne  sache  pas  qu'on  l'ait  produite  ailleurs 

Le  Glossaire  archéologique,  p.  432,  me  fournit 
une  citation  précieuse,  quoique  tardive,  pour 
assimiler  la  quadrapola  au  taffetas:  «  1536.  7J^ 
aunes  de  taffetas  blanc,  en  4  filz.  » 

5.  Remarquons  que  ce  tissu  est  propre  au.x 
VIII<=  et  IX^  siècles.  L'expression  revient  cin- 
quante-huit fois  dans  le  IJber  pontificalis.  On  en 
fait  des /rt///rt  ou  pailles  de  tenture,  une  couronne, 
des  voiles,  des  parements,  des  periclysis  aux  pare- 
ments et  aux  voiles,  des  gammadia  aux  voiles  et 
aux  parements,  des  croix  ibidem,  des  ornements 
divers  au.x  voiles  et  enfin  aux  tctravela  une  bor- 
dure, de  même  qu'au.x  roues  d'un  parement. 

IV. 

L'OCTAPULUM  est  un  Wssnh.  huit  fils.  Ce 
mot  est  répété  quinze  fois,  deux  au  VIII'= 
siècle  et  les  autres  au  IX^.  On  en  fait  des  voiles, 

I.  Rev.deVArtchrét.,  p.  20S. 

z.  C'est  aussi  lopinion  de  M.  de  Linas.  (Ibid.) 


494 


iRcuue   De    r^rt   cfjrctien. 


des  gamniadia  aux  voiles  et  aux  parements  et  des 
periclysis  à  ces  derniers. 

La  preuve  que  Xoctapuluin  n'est  pas  une  figure 
à  huit  pans  (i),  c'est  que  le  Liber pontificalis  a, 
pour  désigner  ce  mode  d'ornementation,  le  mot 
octogonum. 

V. 

JE  ne  dirai  qu'un  mot  du  compas  des  inven- 
taires (2).  Les  étoffes  à  compas  sont  fréquentes 
au  moyen  âge  (3),  mais  le  mot  est  aussi 
usité  pour  des  vases  et  ustensiles,  comme  calices 
et  reliquaires.  Ainsi  que  je  l'ai  affirmé,  il  signifie 
tout  jeu  fait  avec  un  compas,  non  pas  le  rond 
qui  a  un  nom  particulier,  mais  le  demi-cercle  et  le 
quart  de  cercle.  L'étymologie  seule  suffirait  à 
guider,  car  on  peut  tracer  des  lignes  droites  avec 
une  règle,  mais  non  avec  un  compas,  qui  ne 
produit  que  des  courbes  plus  ou  moins  complètes- 
Les  carrés  et  les  croix  gammadées  n'ont  rien 
à  faire  ici. 

anc  Bible  Ou  riij'  siècle.  ^-.— ---.—— - 

.\  ]5ibliothèquc  de  la  ville  de  Poitiers 
possède  une  bible  glosée,  Bibliaglosata, 
comme  on  disait  alors,  qui  remonte  au 
XlIIssiècle.  Je  n'y  trouve  d'intéressant 
à  signaler  que  huit  vers  destinés  à  rappeler  à  la 
mémoire  les  noms  et  l'ordre  des  différents  livres 
dont  se  compose  la  Sainte  Ecriture.  Voici  textuel- 
lement cehuitain  en  hc.\amètres,  avec  la  rubrique 
qui  le  précède  : 

Is/i  versus  suiit  utiles  ad  felinendum  ineinoriter  nomitta 
et  ordinein  libroruin  Biblie: 

.Sunt  Gènes.  E.k.  Le.  Nu.  De.  losu.  lu.  Ruth.  Reg.  Parai. 

Es.  Ne. 
Tob.  Judith.  Hesther.  Job.   David.  Salomonque.  Sap. 

Eccle. 
Is.  Je.  Bar.  Eze.  Dani.  post  Ose.  loel.  Amos.  Abdi. 
lo.  Mi.  Na.  post  Aba.  Sophonias.  Ag.  Zacha.  Mala. 
Post    Mâcha,  scribe   Mathc.    Mar.    cum    Lu.    cumque 

Johanne 
Rom.   Corin.  et   (;al.  Ephe.   Plii.  Co.   Tes.  Thimo.  Ti. 

Phil.  et  Hebr. 
Actus  canonicas  prectduni  post  .Apo.  scribas. 
Una  Jacob.  Pe.  due.  ties  sunt  Johan.  unica.  lude. 


1.  ^L  de  Linas  admet  des  «  caissons  octogones  >>  pour 
expliquer  le  <'  periclysin  de  octapulo  ».  (Ibid.) 

2.  Rev.  de  l\lrl  chrét.,   1885,  p.  355. 

3.  Mél.  d'Arch.,  t.  III,  pi.  xxil  15. 


Ce  qui  se  traduit  ainsi  : 

.Sunt  Genesis,  Exodus,  Leviticus,  Numeri,  Deuteni- 
noniiuSj  Josue,  Judices,  Ruth,  Reges,  Paralipomena, 
Esdras,  Nehemias  ; 

Tobias,  Judith,  Hesther,  Job,  David  ( Liber  Psaliiwruiii ), 
Sa.\om.oni:[\.\<i(  Liber  Proverbiorum  ),Sa.'p\eï\\.\a.,'Kcc\t%\ixite:i\ 

Isaïas,  Jeremias,  Baruch,  Ezechiel,  Daniel,  post  Osée, 
Joël,  .Amos,  Abdias  ; 

Jonas,  Micheas,  Nahum,  post  Abacuc,  Sophonias, 
Aggnsus,  Zacharias,  Malachias  ; 

Post  Machabasos  scribe  Matthœum,  Marcum  cum  Luca, 
cumque  Johanne; 

Actus  canonicas  (epistolas)  précédant,  post  Apocalyp- 
sim  scribas  : 

Una  Jacobi,  Pétri  due,  très  sunt  Johannis,  unica  Judie. 

Inucnraire  De  la  cfjapcllc  St^Caicorges,  au 
pcicuré  D'Hquitaine,  à  Boitiers, en  I(i27. 

«  AT  OUS  soinmes  transportés  en  la  chappello 
1  \l     de    la  d^   maison    de    St   George,   seize 
en  cette  ville,  laq"«  est  fondée  de  St  George. 

1.  «  Sur  l'hostel  de  laq"<^  y  a  trois  napes, 

2.  <(  Ung  devant  d'hostel, 

3.  <i  Et  une  chesublc  de  dainars  blanc,  011  sont 
les  armes  de  M^  le  grand  prieur,  de  présent  de 
Gaillardboin  (')  ; 

4.  «  Plus  ung  calice  avecq  sa  platenne, 

5.  <,<  Et  une  croix  de  bois,  garnye  d'argent; 

6.  «  Ung  livre  messel,  sur  ung  pulpître  de  bois. 

7.  «  Et  au  devant  dud'  hostel  y  a  un  tableau 
peint  en  huille  de  la  Passion, 

8.  ((  Et  dans  lad.  chappelle  y  a  deux  bancz  à  se 
mettre  à  genoux. 

9.  «  Y  ayant  cinq  vitraux,  dont  les  vitres  sont 
de  couUeur  avec  des  images  dépeins  et  les  armes 
du  Ploquin  (2). 

10.  «  Et  au  pignon  de  la  porte  par  le  dedans 
est  dépeint  un  St  Georges. 

1 1.  <,(  Et  au  devant  de  la  d''^  chappelle  y  a  ung 
ballet  couvert  d'ardoise.  » 

(Arc/iiv.  département.) 

X.  Barbier  dh  Montault.  ■ 

1.  «  Jacques  de  Gaillardboys  de  Marconnille  »  se  ren- 
contre aussi  dans  un  acte  de  1635.  (J>"llet.  de  la  Soc.  des 
Antiq.  de  l'Ouest,  t.  XIII,  p.  174.) 

2.  Jacques  Peloquin,  grand  prieur  d'Aquitaine,  est  nien- 
tionni5  dans  des  actes  de  1541  et  1559.  Ce  fut  lui  qui  con- 
struisit la  chapelle  de  l'hôtel  d'Aquitaine,  la  dota  de  son 
mobilier  et  y  fonda  une  messe  à  dire  le  dimanche,  au.\ 
fctes  annuelles,  aux  quatre  fêtes  de  la  Vierge  et  ;\  celles 
de  saint  Jean-Baptiste  et  de  saint  Jacques,  (liullet.  de  ta 
Soc,  t.  XIII,  p.   173.) 


Boutieïlcs   et   ^élange0. 


495 


JIzs  Inscclption.s  ï^uncraiccs. 

■'INVOCATION  solennelle  de  la  divi- 
nité sur  la  tombe  de  l'homme,  quand 
son  âme  est  dans  le  sein  de  l'Eternel, 
a  quelque  chose  qui  poigne  et  saisit. 
Aussi  voyons-nous  sans  étonnement  M.  Ricci 
faire  remarquer,  saisi  d'émotion,  que  les  pèlerins 
chrétiens,  qui  visitaient  les  catacombes  de  Rome, 
inscrivaient  leurs  noms  sur  les  murailles,  en 
ajoutant  quelque  prière  fervente  à  Dieu  ou  aux 
saints.  C'était  là  une  coutume  déjà  profondément 
gravée  dans  le  cœur  des  catholiques  des  siècles 
reculés  :  on  la  retrouve  jusque  sur  le  Wadi 
Mokatteb  de  l'Egypte.  Là  passa  un  pèlerin  qui 
fit  le  signe  de  la  croix  et  grava  sur  le  roc  : 
►J«  K-jptî  /Bo/j 

«  Seigneur,  venez  en  aide  à  Etienne.  » 

Un  autre  estampilla  le  chrisme  cruciforme  sur 
pierre  dure  et  n'ajouta  que  deux  mots  : 
My/;c75-/; 
A^py.y.u.r,; 

«  Souviens-toi  d'Abraham,  »  —  probablement 
un  juif  converti. 

Dans  les  ruines  d'un  cloître  au  sud  d'Esneh, 
nous  retrouvons  exactement  le  symbole  —  dont 
parle  M.  Ricci  —  de  la  colombe  avec  le  rameau 
d'olivier  pour  e.'^primer  la  paix  en  Dieu  : 

m;  0  j3td 
y;5wy 

«Le  seul  Dieu  protecteur.  » 

Et  le  Dieu  protecteur  réapparaît  dans  les  trois 
inscriptions  qui  entourent  la  colombe  et  dont 
l'une  rappelle  l'immuable  et  éternel  A  et  il. 

Yltzpoi  signe  de  son  nom  le  roc  de  la  dernière 
inscription.  Serait-ce  lui  qui  aurait  légué  à  la 
postérité  l'effigie  grave  et  majestueuse  de  son 
patron,  reproduite  sur  le  mur  intérieur  d'une  des 
salles  de  Sebua,  que  le  célèbre  Lepsius  a  repro- 
duite dans  son  magnifique  ouvrage  sur  l'Egypte? 

L'évocation  solennelle  de  Dieu,  après  l'heure 
suprême,  quand  l'âme  regrettée  est  dans  le  sein 
de  l'Eternel,  a  quelque  chose  de  saisissant  ; 
écoutez   l'égyptien   de  Wadi  Gazai  et  vous   sen- 


tirez votre  âme  attendrie  et  votre  main  prête  à 
graver  le  nom  de  Dieu  sur  le  roc  de  la  montagne  : 


£V  ZoXtTOIO  A- 
x.ai  Ix/.'jjS  £V  70- 


OvSl.ry  70J  I- 

o<-y/r:vj-y.  ava-  "w  swrivM. 

Cette  inscription,  comme  toutes  celles  que  nous 
avons  rapportées  ici  et  ailleurs,  est  précédée  du 
signe  de  la  croi.x,  signe  de  triomphe  de  l'éter- 
nelle vérité  chrétienne. 

Le  juif  du  reste  aussi  gravait,  dans  les  temps 
antiques,  ses  aspirations  sur  la  pierre.  Nous  lisons 
en  effet  parmi  les  inscriptions  grecques  appor- 
tées d'Egypte  par  Lepsius  (n^  144)  cette  excla- 
mation : 

W-  ù-fj  y.i'jz, 

Atovjitoj 
loj'jzio; 

PH.  VAX   DER   HAEGHEX. 


ecrcursion  De  la  GilDc  Qc  St=Jluc  et  De 
St=Tbomas. 


E  24  août  dernier,  les  membres  de  la 
Gilde,  amenés  par  les  trains  partis  de 
tous  les  points  du  pays,  se  trouvaient 
réunis  à  Dinant,  assurément  la  ville  la 
plus  pittoresque  des  bords  de  la  ]\Ieuse.  Après 
un  joyeux  repas  pris  en  commun  dans  l'une  des 
vastes  salles  du  collège  de  Belle- Vue,  la  nom- 
breuse société,  —  on  était  près  de  soixante-dix 
membres  —  prenait  le  train,  afin  de  se  rendre  à 
Hastière  pour  y  visiter  l'ancienne  église  du  prieuré, 
par  laquelle,  suivant  l'ordre  du  jour,  devaient 
commencer  les  études  projetées  pour  l'excursion. 
L'ancienne  église  du  prieuré  d'Hastière,  dépen- 
dant de  la  célèbre  abbaye  de  Waulsort,  située  sur 
la  rive  droite  de  la  Meuse,  offre  à  l'archéologue 
un  intéressant  sujet  d'observations.  Actuellement 
cette  église  présente  un  singulier  mélange  de 
ruine  et  de  rénovation.  L'édifice  est  divisé  en 
deux  parties  à  peu  près  égales,  par  un  mur  de 
refend  ;  la  moitié  occidentale  sans  usage  mainte- 
nant, abandonnée,  le  sol  éventré,  les  baies  des 
fenêtres  ouvertes  à   tous    les   vents,  est  divisée 


REVL'H  DE   l'art  CHRÉTIEN. 
1885.  —  4'"'-"  LIVHAISJN. 


496 


Eeuue   De   rart   cbrcticn. 


cil  trois  nefs  par  de  robustes  piliers  carrés. 
Elle  semble  bien,  dans  tout  ce  qui  est  demeuré 
debout,  remonter  à  l'époque  de  Rodulphe, 
1033- 1055,  —  neuvième  abbé  de  Waulsort,  après 
avoir  longtemps  été  prieur  d'Hastière,  —  et  qui, 
suivant  des  données  authentiques,  fut  le  cons- 
tructeur de  cette  église.  De  l'autre  côté  du  mur, 
vers  l'Orient,  s'étend  la  partie  de  l'ancienne 
église  encore  consacrée  au  culte,  à  titre  de  cha- 
pelle annexée  à  la  paroisse  d'Hastière-Lavau.x 
qui  se  trouve  de  l'autre  côté  de  la  rivière.  Dans 
cette  portion  du  monument,  des  travaux  de  res- 
tauration qui  se  font  sous  la  direction  de  M. 
l'architecte  \'an  Assche,  ont  amené  récemment 
plusieurs  découvertes  assez  remarquables.  C'est 
ainsi  que  l'on  a  retrouvé  et  déblayé  avec  beau- 
coup de  soin,  tout  au  devant  du  chœur  de  l'église, 
bâti  en  1264,  par  l'abbé  AUard  d'Hierges,  une 
crypte  remontant  à  une  haute  antiquité,  sans 
aucun  doute,  et  sur  la  suppression  de  laquelle  on 
n'a  aucun  renseignement  historique.  L'opinion 
la  plus  admissible  est  que  cette  cr}-ptc  aurait  été 
comblée  au  XIIL'  siècle,  lors  de  la  construction 
du  nouveau  chœur.  Au-dessus  de  la  crj-pte  et 
correspondant  à  sa  disposition,  se  trouve  l'arc- 
doubleau,  aujourd'hui  dans  un  état  voisin  de  la 
ruine,  qui  limitait  du  côté  de  la  nef,  le  chœur  en 
cul  de  four  de  l'église  bâtie  par  l'abbé  Ro- 
dulphe. De  nombreux  restes  de  peintures  mu- 
rales, malheureusement  fort  oblitérés  aujourd'hui, 
donnent  un  intérêt  particulier  à  cet  ancien 
arc  triomphal  du  chœur.  Il  résulte  des  études 
faites  par  un  confrère  de  la  Gilde  qu'au-dessus  de 
cet  arc,  de  même  que  le  long  des  murs  goutte- 
rots  de  l'église,  il  régnait  autrefois,  immédiate- 
ment en  dessous  du  plafond  en  bois  qui  couvrait 
les  nefs,  une  litre  composée  d'un  de  ces  méandres 
en  forme  de  grecque,  à  rubans  compliqués, 
comme  on  les  rencontre  si  fréquemment  dans  les 
peintures  murales  du  Xî'^  et  du  Xll'^  siècle.  Des 
deux  côtés  de  la  retombée  de  l'arc  triomphal  se 
trouve  une  figure,  plus  grande  que  nature,  tenant 
un  phylactère  de  dimensions  énormes.  La  figure 
du  côté  de  l'évangile  est  la  mieux  conservée  des 
deux.  Elle  est  peinte  en  tons  clairs,  draperies  en 
blanc  rompu,  se  détachant  sur  un  fond  bleu-clair, 
entouré  d'un  large  champ  vert,  comme  dans 
certains  émaux  de  la  même  époque;  la  tète  est 
nimbée,   le  visage  barbu,  et  sur  le  phylactère  on 


lit  encore  distinctement  :  l/i  principio  crcavit  Dcus 
celuni  et  terrain.  On  peut  lire  aussi,  sur  le  phylac- 
tère tenu  par  la  figure  qui,  du  côté  de  l'épître  fait 

pendant  à  la  première: /«/;7;/«//o  erat  verlnim 

peut-être  l'artiste  a-t-il  voulu  mettre  ainsi  en 
regard  Moïse  et  saint  Jean  l'évangéliste,  l'Ancien 
et  le  Nouveau  Testament,  comme  l'a  fait  souvent 
l'art  de  cette  époque.  On  peut  encore  lire  au- 
dessous  de  ces  figures,  les  fragments  d'une  légende 
qui  contournait  l'arc  triomphal  commençant 
par  ces  mots  Deits oinni...  doatit  vcri...  t...  omnia 
fada.  Il  est  à  regretter  que  les  peintures  murales 
qui  forment  le  décor  du  plat  de  l'arc-doubleau 
aient  trop  souffert  pour  être  même  partiellement 
reconstituées;  quelques  détails  dénotent  qu'elles 
devaient  être  très  intéressantes.  La  ferronnerie  de 
l'une  des  portes,  l'ancien  narthex  et  la  chapelle 
qui,  à  l'étage,  se  trouvait  au-dessus  de  celui-ci, 
fixèrent  tour  à  tour  l'attention  des  confrères, 
ainsi  qu'un  musée  formé  des  débris  de  l'ancien 
prieuré  que  le  voisin  immédiat  de  l'église  a  eu  le 
bon  esprit  de  recueillir:  chapiteaux,  bases,  colon- 
nettes,  sculptures,  fragments  de  dallage,  rangés 
le  long  des  chemins  d'un  jardin  dont  les  fleurs  et 
la  luxuriante  végétation  forment  un  pittoresque 
contraste  avec  ces  mille  débris,  dont  il  serait 
difficile  parfois  de  retrouver  la  place  et  les  fonc- 
tions primitives.  Ce  qui  intéressa  particulière- 
ment les  confrères,  ce  fut  l'ancienne  crypte  dont 
la  disposition  générale  s'accuse  clairement,  et 
dont  les  murs  couverts  de  nombreux  ^/rt^V/, — ■ 
inscriptions,  sigles  et  dessins,  —  ne  sont  pas  aisés 
à  déchiffrer,  mais  dont  les  plus  distincts  sem- 
blent bien  avoir  été  incisés  dans  le  mortier  au 
XIII<=  siècle. 

Lorsque  la  Gilde  fut  rentrée  â  Dinant,  les 
observations  échangées  sur  l'église  d'Hastière, 
firent  les  principaux  frais  de  la  séance.  La 
manière  de  restaurer  et  de  conserver  la  crypte, 
le  parti  à  tirer  des  découvertes  récentes,  sont  les 
points  les  plus  difficiles  de  la  restauration  en  voie 
d'exécution,  qui  doit  s'étendre  aux  deux  por- 
tions de  l'église  actuellement  séparées  et  qu'il 
s'agit  de  réunir  de  nouveau.  Un  membre  de  la 
réunion,  M.  .Vrth.  \'erhaegcn,  proposa  de  ne  pas 
toucher  à  la  crypte  mais,  l'entourant  d'un  gril- 
lage, de  la  conserver  dans  son  état  actuel  plutôt 
que  de  tenter  une  restauration  toujours  très 
problématique  et    qui,  dans  l'état  où  se  trouve 


jl5ou\3cUcs  et  S0élano:cs. 


497 


aujourd'hui  le  monument  serait  hérissée  de  diffi- 
cultés presque  insurmontables.  Cette  solution 
sembla  réunir  le  suffrage  de  la  plupart  des  mem- 
bres présents  à  la  séance;  elle  paraît  d'ailleurs 
d'autant  plus  rationnelle  que,  même  en  retran- 
chant à  l'usage  du  culte  la  place  occupée  par  la 
crypte,  l'église  restera  encore  beaucoup  trop 
spacieuse  pour  la  petite  communauté  de  fidèles 
qui  viendra  y  assister  aux  cérémonies  religieuses. 


La  journée  du  lendemain  devait  être  bien 
remplie;  aussi  vers  six  heures  les  rares  dinantais 
deboutàcette  heure, pouvaient-ils  voir  défiler  dans 
les  brumes  du  matin  la  caravane  archéologique 
distribuée  dans  tous  les  carrosses  et  carrioles  — 
dont  le  génie  fécond  en  expédients  du  propriétaire 
de  r  Hôtel  des  Postes  avait  pu  réunir  l'intéressante 
collection,  —  longer,  au  grand  trot  de  leurs  che- 
vaux, la  rive  gauche  de  la  Meuse  et,  passant  par 
l'historique  petite  ville  de  Bouvignes,  gagner  les 
bords  de  la  Molignée.  Il  s'agissait  en  effet  d'arri- 
ver à  neuf  heures  à  l'abbaye  de  Maredsous,  à 
temps  pour  assister  à  la  j\lesse  conventuelle  qui, 
cette  fois,  devait  être  chantée  par  les  PP.  Béné- 
dictins à  l'intention  des  membres  de  la  Gilde, 
défunts  et  vivants.  Après  un  trajet  de  plusieurs 
heures  sur  un  chemin  qui  suit  presque  constam- 
ment le  cours  sinueux  de  la  Molignée,  bordée 
tantôt  de  roches  abruptes,  tantôt  de  riantes 
prairies  garnies  de  bouquets  d'aulnes  et  de 
saules,  on  aperçut  bientôt,  sur  les  hauteurs  domi- 
nant de  loin  le  village  de  Sausoye,  l'austère  profil 
de  l'abbaye  de  Maredsous,  où  déjà  le  son  des 
cloches  annonçait  la  Messe  conventuelle. 

L'abbaye  de  Saint-Benoît  à  Maredsous,  de 
construction  récente  et  «déjà  célèbre»,  comme 
s'e.xprime  un  guide  aux  environs  de  Dînant,  a 
été  fondée  en  1872,  par  les  moines  bénédictins 
de  la  Congrégation  de  Beuron.  Les  travaux  de 
fondation  furent  commencés  au  cours  même 
de  l'hiver  de  1872- 1873,  la  première  pierre  du 
monastère  fut  posée  le  20  mars  1873.  Les  bâti- 
ments claustraux  étaient  habitables  dès  1S76  et 
l'église  abbatiale  fut  consacrée  en  1881.  Déjà 
S.  S.  Léon  XIII  avait  érigé  le  nouveau  prieuré 
en  abbaye  par  décret,  en  187S. 

Les  constructions  abbatiales  forment  un  vaste 
quadrilatère  de  87"',50  à  l'extérieur,  dont  le  côté 


septentrional  est  occupé  par  l'église.  Sur  les  trois 
autres  façades  s'étendent  les  bâtiments  claustraux. 
Les  cloîtres  sont  établis,  comme  c'était  géné- 
ralement l'usage  chez  les  Bénédictins,  au  midi  de 
l'église  abbatiale.  Une  construction  imposante, 
formant  ressaut  à  angle  droit  sur  la  façade 
méridionale,  est  affectée  au  rez-de-chaussée,  au 
réfectoire,  et  à  l'étage,  à  la  bibliothèque. 

L'église  abbatiale,  consacrée  sous  le  vocable 
de  Saint-Benoît,  est  divisée  en  trois  nefs  par  de 
robustes  piliers  que  couronnent  d'élégants  chapi- 
teaux à  crochets.  Toute  sa  disposition  de  même 
que  son  ornementation  dont  la  sculpture  décora- 
tive est  exclue,  est  d'une  sévère  grandeur.  Le 
chœur  dirigé  vers  l'Orient  se  termine  carrément; 
il  est  éclairé  par  une  fenêtre  à  triples  lancettes, 
surmontées  d'une  rosace.  Les  trois  nefs,  les  tran- 
septs et  le  chœur  sont  couverts  de  voûtes  en 
bardeaux,  où  le  ton  chaud  du  bois  de  sapin  est 
heureusement  relevé  par  une  polj-chromie  sobre 
et  intelligente.  Une  crypte  fort  spacieuse  s'étend 
sous  le  chœur  et  les  bas-côtés. —  Conformément 
au  plan,  trois  tours  dont  deux  flanqueront  l'entrée 
de  l'église  à  l'Occident,  et  dont  la  troisième 
s'élèvera  à  l'intersection  de  la  nef  et  du  chœur, 
compléteront  l'abbatiale  dont  la  construction  est 
achevée  à  l'intérieur.  Une  seule  des  tours  occi- 
dentales est  bâtie  aujourd'hui.  Tel  est  l'édifice  que 
les  confrères  de  la  Gilde  venaient  visiter.  Si  l'on 
se  rappelle  que  les  plans  de  cet  ensemble  sont  dus 
à  M.  le  baron  Béthune,  président  de  la  Gilde,  et 
que  chaque  détail  presque  a  été  conçu  et  dessiné 
par  lui;  que,d'autre  part  c'est  à  l'esprit  de  sacrifice, 
à  la  pieuse  générosité  d'un  autre  membre  de  la 
Gilde  et  de  sa  famille  que  l'on  doit  les  ressources 
considérables  qui  ont  rendu  possible  la  réali- 
sation par  la  pierre  des  roches  de  ce  rêve  monu- 
mental ;  si  enfin  on  se  souvient  que  bon  nombre 
de  confrères  ont  concouru  par  leur  travail,  mais 
toujours  inspirés  par  le  maître  de  l'œuvre,  à 
l'ornement  de  ce  sanctuaire  bénédictin,  on  com- 
prendra peut-être  de  quels  sentiments  étaient 
animés  les  visiteurs  qui,  ce  jour-là  venaient 
troubler  la  paix  et  le  silence  habituels  aux 
habitants  de  ces  cloîtres.  On  comprendra  ces 
sentiments  mieux  encore  si  l'on  se  souvient  que 
plusieurs  des  jeunes  confrères  de  Saint-Luc  ont 
entendu,  peut-être,  au  milieu  des  joyeuses  études 
faites  en   commun,  les  mystérieu.x  appels  aune 


498 


iRctiuc   Dc   rart   cîjréticn. 


vocation  supérieure  et  sont  venus  revêtir  a 
l'abbaye  deMaredsous  la  coule  du  bénédictin  et 
)•  embrasser  les  perfections  d'une  vie  entièrement 
consacrée  à  Dieu.  C'est  l'un  d'entre  eux  qui 
devait  ce  jour-là  monter  à  l'autel  pour  offrir,  à 
l'intention  des  membres  de  la  Gilde,  le  sacrifice 
divin. 

La  Messe  fut  chantée  en  plain  chant  avec 
accompagnement  de  l'orgue.  L'espace  nous  fait 
défaut  et  notre  plume  est  inhabile  à  rendre  les 
impressions  des  assistants  à  cette  messe,  où  tout 
était  à  l'unisson.  La  grandeur  et  la  beauté  du 
temple;  la  solennité  extrême  de  l'Office,  ces 
religieu.x  officiant  devant  cet  autel  à  ciboriuui 
entouré  de  courtines,  revêtus  eux-mêmes  de  la 
chasuble  et  de  dalmatiques  à  formes  amples, 
comme  nous  les  voyons  dans  les  peintures  des 
maîtres  du  moyen  âge  ;  cet  incomparable  chant, 
vraiment  liturgique  celui-là,  et  qui  semble  faire 
écho  au.x  chants  des  anges  ;  ces  charmants  aco- 
lytes si  nombreux  et  si  pénétrés  de  leurs  saintes 
fonctions,  tout  semblait  d'accord  pour  pénétrer 
l'âme  et  lui  donner  un  avant-goût  des  joies  de  la 
Jérusalem  céleste.  Après  l'Office  conventuel,  la 
Gilde,  guidée  par  le  Rév.  Père  Prieur,  visita 
l'ensemble  du  monastère.  L'examen  détaillé  de 
l'église  abbatiale,  de  ses  autels,  des  broderies 
magnifiques  qui  décorent  Yantepeiidiinn  de  l'au- 
tel majeur  et  les  ornements  sacerdotau.x,  — 
dus  au  travail  et  au  talent  d'une  dame  qui 
s'est  fait  de  la  broderie  liturgique  une  ravis- 
sante spécialité,  et  qui  aurait  pu  acquérir  une 
véritable  célébrité,  si,  à  la  fois  son  rang  et  son 
humilité  ne  s'opposaient  à  une  publicité  quêtant 
d'autres  recherchent;  —  la  visite  du  trésor  déjà 
considérable,  comprenant  les  reliquaires  et  les 
vases  sacrés  de  la  sacristie,  une  promenade  dans 
les  cloîtres,  le  réfectoire  et  les  dépendances  de 
l'abbaj'c,  absorba  une  bonne  partie  de  la  matinée. 
Au  moment  d'entrer  dans  la  bibliothèque,  un  inci- 
dent aussi  charmant  qu'inattendu  devait  marquer 
tout  particulièrement  dans  les  joies  de  cette  jour- 
née, où  tout  paraissait  se  concerter  et  se  combi- 
ner, pour  élever  l'esprit  et  réjouir  le  cœur  des 
visiteurs  du  monastère.  Mgr  Mermillod,  l'illustre 
évêque  de  Genève,  l'Apôtre  dont  bonne  partie 
de  la  chrétienté  connaît  la  parole  vibrante  et 
toujours  inspirée,  était  là.  —  En  route  pour  aller 
présider  le   Congrès  eucharistique   de  l'ribourg. 


Mgr  Mermillod    ne    devait    passer    qu'un    petit 
nombre  d'heures  à  l'abbaye  et  par  la  plus  heureuse 
coïncidence,  ou  plutôt  par  une  disposition  de  la 
Providence,  particulièrement  favorable    ce   jour- 
là  à   la  Gilde,  ce   petit    nombre    d'heures    était 
précisément  celui   que  notre  ordre  du  jour  avait 
fixé  pour  la  visite  de  l'Abbaye   de    Maredsous. 
M.    le    baron     Bethune    présenta     chacun    des 
membres  à  Sa  Grandeur  qui  trouva  un  mot  gra- 
cieux pour  tous  ceux  qui,  à  un   titre  quelconque, 
lui  étaient  connus.  Après  cette  présentation,  sur 
l'invitation   du  président,  on  fit  cercle  autour  de 
Mgr  Mermillod  qui  voulut  adresser  à  la  réunion, 
une  de  ces  allocutions  dont  peuvent  deviner  la 
portée  ceu.x   qui   ont   eu   le  bonheur  d'entendre 
l'orateur  de   la  chaire  chrétienne  le  plus  fécond 
et,  à  juste  titre,  le  plus  célèbre  parmi  nos  contem- 
porains. Rien  de  plus  encourageant  pour  les  tra- 
vaux et  les  efforts  de  la  Gilde  que  cette  parole  à 
la  fois  paternelle  et  élevée,  'orillante  et  grave,  qui 
sut  tirer  les  rapprochements  les  plus  heureux  de 
cette  rencontre  au   milieu  des  grandeurs  et  des 
austérités  de  la  vie  monacale,  dans  un  monument 
où  tout  était  inspiré  par  les  traditions  de  l'art 
catholique  et  oii  une  grande  œuvre,  réalisée  par 
le  président  de  la  Gilde  et  son  école,  permettait 
déjà  de  mesurer  la  fécondité  des  principes  qui  ser- 
vent de  lien  entre  les  membres  de  l'Association. 
Nous  regrettons  qu'aucun  sténographe  ne  fût  là 
pour  recueillir   les  paroles  du  prélat  sur  l'impor- 
tance de   l'Ordre  bénédictin,  de  la  vie  consacrée 
à  Dieu,  à  l'étude  et  aux  arts,  sur  le  rôle  considé- 
rable que  l'esprit  de  prière,  d'austérité  est  appelé 
à  jouer  encore  dans  la  société  moderne,  sur  la 
beauté  de  la  mission  de  l'artiste  appelé  à  rendre 
gloire  à  Dieu  par  sa  vie  et  par  ses  œuvres.  — 
Nous  ne  chercherons  pas  à  donner  une  analyse 
qui     ne    pourrait    être    que    pâle    et    décolorée 
de   ce  discours  qui   laissa    l'impression   la    plus 
profonde   dans   l'esprit  de  tous  les  auditeurs.  — 
Après  quelques  mots  de  remerciments  chaleureu.x 
du   président,  on   prit  congé   provisoirement  de 
Mgr  Mermillod   qui   devait  se  rendre  à  l'église 
abbatiale,    en     compagnie    du    Révérendissime 
Abbé,  Dom  VVoIter  qu'une  coïncidence  également 
heureuse,  ramenait  au  monastère  après   un  long 
voyage.  On   allait  au  surplus  se  revoir  au  dîner, 
car  au  nombre  des  vertus  chrétiennes  qu'exercent 
par  tradition   comme  par   précepte  les   religieu.x 


jRoiiucUcs    et   mélanges. 


499 


bénédictins,  se  trouve  aussi  l'hospitalité  ;  les 
excursionnistes  qui,  depuis  leur  arrivée,  passaient 
pour  ainsi  dire  d'une  joyeuse  impression  à  l'autre, 
devaient  faire,  dans  peu  d'instants,  une  bien 
douce  expérience  de  l'observation,  à  Alaredsous, 
de  cette  séculaire  et  chrétienne  tradition.  Après 
une  visite  au  jardin,  des  alentours  immédiats  et 
du  collège,  car —  autre  tradition  bénédictine  — 
une  école  abbatiale  est  annexée  au  monastère 
—  on  se  rendit  au  réfectoire  de  ce  collège,  dont 
les  vastes  constructions  témoignent  déjà  d'une 
grande  prospérité. 

Le  dîner  était  présidé  par  le  Révérendissimc 
Abbé,  Dom  Wolter  ;  il  avait  à  sa  droite  Mgr 
l'évéque  de  Genève,  à  sa  gauche  M.  le  baron 
Béthune.  Le  diner  était  servi  par  les  Pères, 
sous  la  direction  du  R.  P.  Prieur,  et  avec  l'aide 
de  Frères  de  l'abbaye.  Beaucoup  de  nos  confrères 
prenaient  pour  la  première  fois  leur  repas  dans 
des  conditions  où  la  grâce  et  la  simplicité  de 
l'accueil  étaient  unies  dans  une  aussi  large  mesure, 
aux  chrétiennes  grandeurs  de  la  vie  monastique. 
De  tous  les  cœurs  se  dégageaient  les  sentiments 
de  la  plus  joyeuse  fraternité,  d'une  satisfaction 
entière  après  les  émotions  de  la  matinée.  Nous 
ne  chercherons  pas  à  résumer  ces  sentiments  qui, 
naturellement,  se  manifestèrent  dans  les  toasts 
vraiment  éloquents  prononcés  au  dessert;  toast 
du  Révérendissimc  Abbé  à  Mgr  Mermillod  et  au 
Président  de  la  Gilde;  réponse  de  ce  dernier,  oij 
il  fit  connaître  aux  confrères  que  ces  deux  émi- 
nents  prélats  avaient  voulu  être  associés  à  titre  de 
Membres  honoraires  à  la  Gilde;  toast  très  étendu 
et  magnifique  de  Mgr  Mermillod,  —  enfin  toast 
de  M.  le  chanoine  Delvigne  au  Rév.  P.  Prieur, 
Dom  de  Kerchove,  aux  soins  et  à  la  gracieuse 
sollicitude  duquel  la  Gilde  devait  l'accueil  si 
splendide  et  si  cordial  qu'elle  avait  reçu  — tous  ces 
discours  furent  salués  des  acclamations  et  des 
applaudissements  les  plus  chaleureux  par  la 
société  tout  entière.  Mais  les  moments  les  plus 
heureux  passent  et  passent  rapidement.  Après 
une  très  courte  promenade,  la  société  se  réunis- 
sait de  nouveau  dans  l'un  des  auditoires  du  Collège 
pour  une  séance  qui  nécessairement  devait  être 
courte  aussi,  car  déjà  s'avançait  l'heure  des  vê- 
pres conventuelles;  les  excursionnistes  voulaient 
y  assister,  et  leur  départ  devait  se  faire  immé- 
diatement après  cet  office. 


Dans  cette  séance,  M.  le  Président  profita  de 
la  présence  de  M.  le  chanoine  Reusens,  obligé  de 
quitter  la  Gilde  le  lendemain,  pour  prier  ce  der- 
nier de  donner  quelques  renseignements  sur  les 
monuments  de  l'émaillerie  et  de  l'orfèvrerie  que 
l'on  verrait,  le  surlendemain,  dans  le  Musée  de 
Namur,  au  trésor  des  sœurs  de  Notre-Dame 
et  à  celui  de  la  cathédrale.  M.  le  professeur 
Reusens  s'empressa  de  déférer  à  ce  désir.  Il 
compléta  les  notions  données,  l'année  dernière,  à 
Trêves,  sur  l'art  de  l'émaillerie,  et  donna  quel- 
ques indications  sur  la  technique,  en  partie 
inconnue  encore,  des  monuments  primitifs  de 
cet  art  dont  le  Musée  de  Namur  fournit  d'inté- 
ressants exemples  en  assez  grand  nombre.  Il 
chercha  à  caractériser  ensuite  le  style  spécial  des 
œuvres  de  l'orfèvrerie  aux  bords  de  la  Meuse, 
style  dont  les  travaux  du  frère  Hugo,  l'auteur 
des  pièces  les  plus  remarquables  conservées  au 
trésor  des  sœurs  de  Notre-Dame,  sont  assurément 
les  monuments  les  plus  marquants  et  les  plus 
dignes  d'étude. 

Outre  leur  mérite  hors  ligne,  comme  concep- 
tion et  comme  travail,  ces  monuments  ont  encore 
au  point  de  vue  des  études  archéologiques, le  grand 
avantage  d'être  signés  pour  la  plupart  et  datés. 
Le  frère  Hugo  d'Oignies  est  un  chef  d'école  qui, 
sortant  dévoies  battues,  inaugure  une  manière  de 
travailler  qui  lui  est  propre.  Pour  la  décoration 
de  ses  chefs-d'œuvre,  il  renonce  très  généralement 
aux  émaux  dont  les  orfèvres  de  son  époque  étaient 
si  prodigues  ;  il  ne  s'en  sert,  au  contraire,  qu'excep- 
tionnellement et  en  très  petite  quantité.  —  C'est 
par  le  dessin,  la  ciselure,  les  nielles,  —  c'est  sur- 
tout par  la  riche  et  délicate  végétation,  obtenue 
par  de  petites  feuilles  étampées  à  l'avance, soudées 
ensuite  à  des  tigcllcs,  qu'il  donne  à  ses  travaux 
le  cachet  de  rare  élégance  qui  les  distingue.  Dans 
les  rinceaux  se  jouent  des  figurines  d'hommes  et 
d'animaux,  se  meuvent  des  chasses  que  plusieurs 
auteurs  reconnaissent  comme  symboliques;  —  à 
côté  de  ces  éléments  décoratifs,  frère  Hugo  intro- 
duit des  plaques  où  des  figures  dessinées  avec 
son  talent  supérieur,  se  détachent  des  nielles, 
qui  donnent  à  l'ensemble  un  aspect  précieux 
et  doux  à  l'œil  —  effet  que  ne  produisent  pas 
toujours  les  œuvres  plus  vo}-antes  de  l'émail- 
lerie  —  Mais  l'heure  des   vêpres  a  sonné,  il 

n'est  plus  temps,  comme  c'est  de  tradition  dans  les 


500 


ïRctiuc    Dc    I'3rt    chrétien. 


séances,  de  faire  les  observations  sur  les  monu- 
ments visités;  M.  le  président  profite  cependant 
encore  des  quelques  instants  qui  restent  et  de  la 
présence  du  Révérend  P.  Prieur,  pour  exprimer 
à  ce  dernier  toute  la  gratitude  de  la  Gilde  pour 
l'accueil  inoubliable  reçu  à  Maredsous.  — •  Le  P. 
Prieur  répond  en  excellents  termes,  invitant  la 
société  à  terminer  la  visite  faite  à  l'Abbaye, 
comme  elle  l'a  commencée,  c'est-à-dire,  par  la 
prière,  et  sur  ces  paroles  les  confrères  se  rendent 
à  l'église.  Après  l'Office  on  prend  encore  congé 
des  RR.  PP.  Bénédictins  dont  plusieurs  recon- 
duisent les  membres  jusqu'à  leurs  voitures. 

Les  voitures  reprennent  le  chemin  parcouru  le 
matin.  Mais  le  soleil  brillant,  haut  à  l'horizon,  a 
eu  raison  des  brouillards  qui  se  dégageaient  alors 
des  eaux  limpides  de  la  Molignée,  et  l'on  peut 
admirer  dans  toute  leur  étendue,  les  sites  ravis- 
sants qui,  tour  à  tour,  se  montrent  et  disparais- 
sent à  chaque  tournant  de  la  route.  Bientôt  la 
caravane  est  arrivée  dans  une  vallée  particulière- 
ment pittoresque,  dominée  par  une  roche  escarpée 
sur  laquelle  s'élèvent,  encore  considérables  dans 
leur  silhouette, les  ruines  du  château  de  Montaigle. 
—  Les  voyageurs  descendent  de  voiture  pour  les 
visiter,  sous  la  direction  de  deux  guides  particu- 
lièrement expérimentés  MM.  Delmarmol  et 
Bequet.Ce  dernier  a  fait  d'ancienne  date  une  étude 
minutieuse,  non  seulement  des  ruines  du  château, 
mais  encore  des  archives  et  documents  qui  se 
rapportent  à  son  histoire.  Il  donne  à  ses  confrères 
des  renseignements  précis  sur  les  différentes 
constructions  dont  ils  ont  les  restes  sous  les  yeux 
et  sur  leur  affectation  alors  que  le  château  de  Mon- 
taigle était  un  fort  redoutable  et  redouté,  plusieurs 
fois  assiégé  et  vigoureusement  défendu  jusqu'en 
1554.  Cette  courte  visite  est  ainsi  rendue  aussi 
instructive  qu'elle  pouvait  l'être. 

Cependant  le  soleil  s'abaisse  dans  son  cours  et 
il  s'agit  d'atteindre,  avant  la  nuit,  l'église  de 
Bouvignes  où  notre  visite  est  attendue  par  le 
vénérable  pasteur  de  cette  petite  ville,  autrefois 
l'émule  de  Dinant,  les  fondeurs  de  cuivre  y 
exerçant  la  même  industrie  à  laquelle  cette 
dernière  cité  a  donné  son  nom.  On  assure  que 
sous  le  règne  de  Charles  V  on  y  comptait 
encore  253  maîtres-batteurs  de  cuivre.  C'est  à  ce 
moment,  à  l'apogée  de  sa  prospérité,  qu'elle 
tomba,  assiégée  par  la  puissante  armée  comman- 


dée par  Henri  II,  roi  de  France,  et  que  se  passa 
l'acte  mémorable  par  lequel  trois  dames  héroïques 
firent  autant  pour  la  célébrité  de  Bouvignes, 
que  toutes  les  générations  de  batteurs  de  cuivre. 
Le  respectable  curé  vint  au-devant  de  nous,  et, 
en  entrant  dans  l'église  aux  accords  de  l'orgue, 
la  troupe  d'archéologues  n'eut  qu'un  regret, 
celui  d'y  être  arrivé  à  une  heure  aussi  avancée.  M. 
le  curé  avait  fait  placer  dans  l'église  les  différents 
ornements  que  l'on  y  conserve.  Une  belle  chape, 
une  chasuble  et  deux  dalmatiques  en  magnifique 
brocart  de  l'époque  bourguignonne,  avec  ses 
grands  dessins  à  types  de  pommes  de  grenade 
ou  d'ananas,  fixèrent  d'abord  l'attention  de  ceux 
des  membres  de  la  Gilde  qui  s'adonnent  à  l'étude 
des  tissus.  Un  autre  ornement,  dont  les  parements 
sont  ornés  de  figures  brodées, également  du  milieu 
du  XV«  siècle,  mais  dont  malheureusement  les 
broderies  ont  subi  une  restauration  qui  n'est  pas 
toujours  judicieuse,  offre  un  caractère  particulier 
et  fort  intéressant.  Ailleurs  les  orfèvres  et  les 
dessinateurs  entourent  deu.x  jolies  statuettes- 
reliquaires  de  la  Sainte  Vierge  et  de  saint  Lam- 
bert, une  croix  à  double  traverse  de  la  fin  de  XV"^ 
siècle,  dont  le  pied  présente  sur  différents  écus- 
sons,  les  armes  de  la  maison  de  Châtillon.  Tous 
ces  objets  devaient  être  envoyés  à  Dinant,  où  un 
orfèvre-émailleur  de  la  Gilde  qui  est  doublé  d'un 
excellent  phothographe,  M.  Wilmotte,  les  récla- 
mait pour  les  soumettre  à  l'action  magique  de 
son  appareil.  Les  architectes  enfin  étudiaient  dans 
la  sacristie  de  beaux  chapiteaux  à  crochets  du 
XlIIe  siècle,  dans  l'église  un  retable  de  la  fin  du 
XVl^  siècle,  encore  vivant  des  traditions  de  la 
période  antérieure.  On  n'oublia  pas,  dans  le  chceui, 
un  lutrin-pélican,  dernier  reste  de  l'industrie 
locale  malheureusement  mutilé  et  dont  le  pied 
est  relativement  moderne.  Les  ombres  de  la  nuit 
survenaient,  et  c'est  bien  à  regret  que  les  confrères 
durent  renoncer  à  l'e.xamen  de  l'ancien  chœur, 
séparé  aujourd'hui  du  reste  de  l'église  et  converti 
en  une  sorte  de  magasin.  On  se  sépara  aussi  bien 
à  regret  de  M.  le  curé  qui  avait  mis  une  obli- 
geance si  aimable  à  faire  les  honneurs  du  temple 
dont  il  est  le  ministre  et  des  curiosités  archéolo- 
giques dont  il  est  le  gardien  zélé  et  soigneux. 

En  sortant  de  l'église,  l'ob.scurité  se  faisait 
moins  sentir  et  au  crépuscule  les  confrères  admi- 
rèrent encore  l'aspect  jMttoresque  de  la  place,  oïi 


BouueUcs    et   Q^clangcs. 


501 


une  jolie  et  importante  maison  de  style  de  la 
Renaissance,  et  qui  sera  prochainement  l'hôtel 
de  ville,  marie  le  groupe  de  ses  pignons  avec  le 
chœur  et  la  tour  de  l'église.  —  Cet  ensemble  est 
dominé  par  la  ruine  du  château,  encore  fièrement 
campé  sur  son  rocher,  que  le  touriste  aperçoit 
au  loin,  soit  de  la  Meuse,  s'il  voyage  en  bateau  à 
vapeur,  soit  du  chemin  de  fer,  s'il  préfère  ce 
moyen  de  locomotion  rapide.  Quant  à  nous,  nous 
regagnâmes  nos  voitures  qui,  en  peu  de  minutes, 
nous  ramenèrent  à  Dinant,  notre  point  de  départ; 
toute  la  troupe  ne  tarda  pas  à  gravir  les  hauteurs 
du  collège  de  Belle- Vue,  où  un  joyeux  et  confor- 
table souper  répara  les  forces  des  voyageurs, 
tous  un  peu  fatigués,  mais  tous  aussi  heureux 
de  la  journée  qu'ils  venaient  de  passer  ensemble. 


Le  lendemain  26  août,  le  programme  était  de 
nouveau  d'un  ordre  bien  différent  de  celui  de 
la  veille.  Si,  en  visitant  l'abbaye  de  Maredsous, 
on  avait  vu  réalisé  déjà  dans  une  certaine  mesure, 
les  espérances  des  membres  de  la  Gilde,  on  allait 
dans  l'excursion  de  ce  jour,  éclairé  dès  l'aurore 
des  splendeurs  d'un  soleil  d'août  sans  nuages,  se 
récréer  aux  beautés  de  la  nature  souvent  sauvage, 
parfois  riante,  en  parcourant  les  bords  de  la 
Lesse.  On  allait  toucher  aux  origines  mêmes  de 
l'histoire  du  pays  en  mettant  les  pieds  sur  un 
camp  Belgo-Romain,  visiter  une  église  romane 
avec  deux  cryptes,  parcourir  le  royaume  des  pre- 
mières populations  autochthones  restées  sans  his- 
toire,côtoyer  leurs  demeures  inaccessibles  dans  les 
cavernes  des  rochers  et  que, longtemps  après  eu.x, 
l'imagination  des  naïves  populations  de  ces  con- 
trées peuplait  encore  de  Niitoiis  et  de  Soltais, 
esprits  tour  à  tour  bienfaisants  et  malins,  mais 
dont  le  voisinage  était  généralement  peu  redouté. 
C'est  de  bonne  heure  encore  que  se  forment,  à 
l'hôtel  des  Postes,  les  nombreuses  carrossées.  Mais 
cette  fois,  passant  sur  le  pont  de  la  Meuse,  on 
allait  gagner  la  rive  droite  du  fleuve;  sortant  de 
la  ville  et  d'une  sorte  de  faubourg  par  la  porte 
formée  par  la  nature,  dont  la  roche  Bayart,  — 
aiguille  effilée  détachée  par  la  main  de  l'homme 
de  la  lame  rocheuse  à  laquelle  elle  appartenait 
autrefois,  —  est  l'immuable  sentinelle.  La  ca- 
ravane tourna  brusquement  vers  l'Est,  remon- 
tant la  route  de  Neufchâteau,  pour  atteindre 
au    riant  village    de    Celles.  Cette   jolie    agglo- 


mération de  maisons,  dominées  par  les  collines 
boisées  des  environs,  groupées  de  la  manière 
la  plus  pittoresque  autour  de  l'église  Saint- 
Hadelin,  doit,  dit-on,  son  origine  aux  cellules 
que  le  saint  Patron  de  ce  sanctuaire  y  â  élevées 
pour  servir  de  refuge  à  ses  compagnons,  vers 
le  milieu  du  VII<=  siècle.  Un  monastère  s'y 
éleva  et  fut  doté  par  Pépin  de  Herstal.  Plus  tard 
un  chapitre  de  douze  chanoines  remplaça  la  mai- 
son bénédictine;  mais  ce  chapitre,  après  quelques 
siècles,  dut  à  son  tour  abandonner  la  place,  étant 
constamment  molesté  par  les  seigneurs  des 
château.x  environnants  et  par  leurs  avoués.  Ils 
émigrèrcnt  à  Visé,  petite  ville  située  sur  la  Meuse 
à  3  lieues  en  aval  de  Liège,  emportant  avec 
eux  la  châsse  de  leur  saint  patron,  —  oeuvre  d'art 
bien  remarquable  qui  a  été  l'objet  de  l'étude 
et  de  l'admiration  des  archéologues,  lors  de  l'ex- 
position de  l'art  ancien  organisée  à  Liège  en  1881. 
Bien  que  l'église  de  Celles  ait  eu  à  subir,  il  y  a 
une  trentaine  d'années,  une  restauration  peu 
intelligente,  elle  présente  beaucoup  d'intérêt. 
C'est  un  édifice  de  style  basilical,  divisé  en  trois 
nefs  par  des  piliers  carrés  surmontés  d'une  simple 
moulure.  L'église  est  couverte  d'un  plafond 
en  bois,  à  part  le  chœur  voûté  en  cul-de-four. 
Sous  ce  chœur  se  trouve  une  crypte,  également 
divisée  en  trois  nefs,  dont  les  voûtes  reposent 
sur  quatre  piliers  carrés  et  quatre  colonnes  enga- 
gées. On  a  accès  à  la  crypte  par  des  escaliers 
s'ouvrant  sur  les  transepts.  Une  autre  crypte  se 
trouve  sous  la  tour;  il  n'_\-  a  pas  de  fenêtre,  mais 
au  côté  de  l'Est,  il  existe  dans  le  mur  une  sorte 
de  niche  oblongue,  vis-à-vis  de  laquelle  une  porte 
communique  avec  un  étroit  passage  souterrain. 
L'église  Saint- Hadelin  est  remarquable  encore 
par  le  nombre  d'objets  intéressants  pour  l'archéo- 
logue qui  s'y  trouvent  :  stalles  en  bois  de  chêne, 
lutrin  en  pierre  du  XIIL'  siècle,  encastré  dans  le 
mur  occidental  du  chœur  pour  recevoir  le  livre 
des  Évangiles  ;  pierre  tombale  de  la  famille  de 
Beaufort  d'une  riche  composition  en  bas-relief, 
portée  par  quatre  figurines  à  genoux  ;  deux 
pierres  tombales  gravées,  des  fonts  baptismaux, 
un  bénitier,  la  statue  en  bois  de  saint  Hadelin, 
représenté  en  costume  sacerdotal,  —  tous  ces 
détails  furent  successivement  étudiés  et  notés 
par  les  confrères  de  la  Gilde.  Il  fallut  quelques 
efforts    pour    arracher   les    dessinateurs  à    leurs 


50^ 


Ectiuc   De   rart    ci) rétien. 


croquis,  les  archéologues  aux  notes  qu'ils  étaient 
occupés  à  recueillir,  les  architectes  à  leurs  études  ; 
encore  y  eut-il  des  retardataires,  lorsque  le  gros 
de  la  troupe  remonta  en  voiture  pour  prendre  le 
chemin  des  hauteurs  où  s'étend  le  camp  romain 
de  Furfooz.  Dans  le  bataillon  sacré  de  la  Gilde, 
ce  sont  souvent  les  soldats  indisciplinés  qui 
emportent  le  plus  ample  butin  et  les  traînards  qui 
font  le  plus  de  conquêtes. — Cependant  on  se  met 
en  route  par  les  chemins  les  plus  périlleux  pour 
les  chevaux,  mais  le  plus  délicieusement  pitto- 
resques qui  se  puissent  imaginer.  Du  haut  des 
impériales,  comme  nos  premiers  parents,  nos 
voyageurs,  dans  un  paradis  terrestre,  sont  tentés 
par  les  pommiers  des  vergers,  dont  les  branches 
lourdement  chargées  de  fruits  viennent,  pour 
ainsi  dire,  se  mettre  sous  la  main  des  maraudeurs. 
Mais  voici  le  château  de  Celles,  ou  plutôt  de 
Vêve  appartenant  au  comte  de  Liedekerke- 
Beaufort,  dont  le  vaste  domaine  comprend  quinze 
cents  hectares  de  cette  charmante  contrée.  — 
Cette  demeure  féodale  du  XV'=  siècle,  qui  domine 
une  colline  entourée  de  bois,  fièrement  flanquée 
de  ses  quatre  tours  surmontées  de  flèches,  appa- 
raît au  premier  abord  comme  un  manoir,  encore 
habitable,  parvenu  intact  presque,  à  notre  géné- 
ration.—  On  quitte  les  véhicules  pour  aller  le 
visiter;  la  porte  toute  bardée  de  fer,  est  grande- 
ment ouverte  et  rien  ne  s'oppose  à  l'invasion  de 
la  forteresse.  Bientôt  la  société  s'éparpille  dans 
tous  les  appartements,  abandonnés  à  un  regret- 
table état  de  ruine  dont  les  progrès  se  constatent 
partout.  Si  l'on  ne  se  hâte  de  venir  à  la  rescousse 
de  cette  intéressante  demeure,  le  temps,  les 
frimas  de  l'hiver  et  les  vents  de  l'automne  en 
auront  bientôt  raison.  Cependant  elle  est  habitée 
encore  par  quelque  garde  invisible.  Un  feu 
flambe  dans  l'àtre  de  la  cuisine,  et  sous  le  vaste 
manteau  de  la  cheminée,  on  voit  scellée  au  mur 
une  crémaillère  monumentale,  à  laquelle  est  sus- 
pendu —  oh!  anachronisme!  —  un  chaudron  de 
pommes  de  terre.  La  crémaillère  est  un  objet 
d'art,  où  suivant  le  précepte  des  anciens, l'agréable 
se  joint  à  l'utile.  Un  délicat  rinceau  est  guilloché 
sur  la  barre  puissante  qui  a  tenu  sur  un  feu  trans- 
formateur les  aliments  de  tant  de  générations 
passées  !  Un  poisson  symbolique,  dessiné  avec 
style,  décore  l'extrémité  de  la  crémaillère  qui  va 
s'engager  dans   le  gond  sur  lequel  elle  tourne. 


C'est  une  véritable  pièce  de  musée,  aussi  nos 
jeunes  artistes  prennent  un  estampagedu  poisson, 
mesurent  exactement  ce  meuble  culinaire  et 
dessinent  le  décor  gravé.  Ce  modèle  ne  sera  point 
perdu  pour  les  générations  futures.  Si,  ami  lec- 
teur, vous  avez  jamais  besoin  d'une  crémaillère 
de  grand  style,  adressez-vous  à  moi,  je  vous 
dirai  l'artiste  capable  de  vous  satisfaire.  Mais 
voici  que  d'autres  confrères  ont  fait  à  l'étage  une 
nouvelle  trouvaille!  Vous  avez  peut-être  souvenir 
que,  dans  la  4""=  liv.  de  la  Revue  de  l'Art  chrétien, 
année  1883,  on  demandait,  page  621,  quelle  est 
la  date  la  plus  reculée  que  l'on  puisse  attribuer 
aux  plaques  en  fonte  de  fer  qui  autrefois  garnis- 
saient le  fond  de  l'âtre  de  la  plupart  des  chemi- 
nées? Dans  une  des  pièces  de  l'étage  se  trouve 
un  de  ces  contre-cœurs, —  c'est  le  nom  propre  de 
ces  sortes  de  plaques  —  qui  pourrait  bien  remon- 
ter au  XV*^  siècle.  Le  décor  est  formé  par  deux 
zones  de  trois  figurines,  qui  se  répètent,  sauf  la 
disposition,  et  qui  sont  encadrées  dans  des 
niches  ogivales  d'assez  bon  style.  Les  figurines 
représentent  la  Sainte  Vierge, saint  Jean-Baptiste 
et  saint  Jacques;  le  blason  des  Beaufort  s'y 
trouve  répété  quatre  fois.  La  plaque  de  fonte  a 
donc  été  faite  pour  ce  château  et  sans  doute  dans 
le  pays  ;  inutile  de  dire  que  l'objet  est  dessiné, 
mesuré  à  la  hâte;  —  il  faut  remonter  en  voiture. 
On  ne  tarde  pas  à  en  descendre  de  nouveau, 
car  les  hauteurs  du  camp  romain  de  Furfooz  ne 
sont  pas  accessibles  aux  équipages  du  XIX*-' 
siècle,  et  même  pour  le  piéton,  l'ascension  est 
parfois  périlleuse.  Il  faut  longer  pendant  quelque 
temps  la  crête  des  rochers  qui,  d'un  côté 
surplombent  un  abîme,  tandis  que  de  l'autre  ils 
sont  bordés  par  un  versant  qui  descend  par  un 
plan  étendu  et  escarpé  vers  le  fond  où  coule  un 
ruisseau;  ce  versant  est  couvert  d'une  herbe 
sèche,  courte  et  tellement  glissante  qu'à  chaque 
pas  une  chute,  dont  les  conséquences  peuvent 
être  fatales,  est  à  redouter;  aussi,  quelques  grim- 
peurs ont  ôté  leur  chaussure  pour  avoir  le  pied 
plus  assuré.  D'autres  se  sont  mis  au  service  de 
quelques  ecclésiastiques  jilus  âgés  ou  moins 
ingambes,  incapables  d'avancer.  Pour  ceux-ci 
la  situation  devient  particulièrement  critique 
lorsqu'il  s'agit  de  remonter  la  dernière  déclivité, 
le  glacis  naturel  bordant,  dans  une  partie  de  sa 
longueur,  le  plateau  sur  lequel  était  assis  le  camp 


j^outiclUs    et    ei9cl  anges. 


503 


romain.  Ici,  l'organisation  d'un  sauvetage  devient 
nécessaire  :  Une  vingtaine  de  jeunes  et  robustes 
membres  de  la  Gilde,  se  tenant  par  la  main,  for- 
ment une  chaîne;  les  plus  forts  demeurant  sur  la 
hauteur,  le  dernier  au  bas  du  glacis  tendant  une 
main  secourable  au  confrère  en  détresse.  — 
Celui-ci,  solidement  empoigné,  toute  la  chaîne  se 
met  en  mouvement,  dans  le  sens  ascensionnel, 
et  cette  irrésistible  traction  ne  manque  jamais 
d'amener  sur  le  plateau  le  confrère  qui,  aban- 
donné à  ses  propres  forces,  désespérait  déjà  de 
s'élever  à  cette  altitude.  Une  dizaine  de  chrétiens 
sont  ainsi  hissés  dans  le  camp  païen,  au  moyen 
d'un  ascenseur  humain,  et  l'arrivée  de  chacun 
d'eu.x  en  lieu  sûr  est  saluée  par  des  hourras 
formidables,  répercutés  au  loin  par  les  gorges,  les 
vallons  et  les  antres  des  rochers  qui,  sans  doute, 
n'en  avaient  plus  entendu  de  semblables,  depuis 
que  les  troupes  romaines  ont  abandonné  ce 
plateau  solitaire.livré  aujourd'hui  aux  genévriers, 
aux  ronces  et  à  l'arbrisseau  épincuK  (7'acdjiùan) 
qui  porte  les  airelles. 

Du  camp  belgo-romain  de  Furfooz  on  ne  voit 
naturellement  plus  que  l'assiette.  Avec  un  peu 
d'étude  toutefois,  on  peut  en  déterminer  le  con- 
tour extérieur;  çà  et  là  des  tas  de  pierres,  cou- 
verts en  grande  partie  par  les  fougères,  les  digi- 
tales et  les  églantiers,  accusent  encore  le  dernier 
reste  des  ruines  de  fortifications  construites  labo- 
rieusement par  les  conquérants  de  ces  contrées. 
La  nature  éternelle,  qui  toujours  reprend  son 
œuvre  quand  l'homme  abandonne  le  sien,  a  jeté 
sur  ces  débris  qui  aujourd'hui  se  confondent 
avec  le  rocher,  le  voile  verdoyant  d'une  parure  qui 
se  renouvelle  sans  cesse.  La  fleur  qui  croît  sur  ce 
sol  aride  et  sur  ces  pierres  abandonnées,  annonce 
la  bonté  et  la  puissance  du  Créateur  renouvelant 
l'œuvre  des  six  jours,  et  qui  reste  toujours  victo- 
rieu.x  là  où  l'homme  a  passé,  oii  il  a  combattu  et 
où  il  est  oublié.  Tout  aux  confins  du  camp  cepen- 
dant quelques  pans  de  murs  restent  adhérents, 
et  l'on  peut  y  reconnaître  encore  l'appareil  en 
arête  de  poisson,  o/'us  spicatutii,  si  rare  dans  les 
monuments  des  régions  de  la  Meuse. 

La  société  ne  pouvait  guère  songer,  après  les 
fatigues  de  la  journée  déjà  subies  et  à  prévoir 
encore,  à  explorer  le  trou  du  «  Frontal  »  ni  celui 
des  «Nutons»  qui  se  trouvent  dans  les  environs, 
le   domaine  des   études   préhistoriques  lui  étant 


d'ailleurs  assez  étranger.  Au  point  de  vue  archéo- 
logique, on  était  arrivé  au  terme  de  la  prome- 
nade. Mais  il  fallait  atteindre  la  ville  de  Dînant, 
dont  on  devait  encore,  ce  jour-là,  voir  l'impor- 
tante collégiale.  Le  guide  général,  M.  Bequet, 
avait  pris  ses  mesures  pour  initier  les  excur- 
sionnistes aux  beautés  du  pays,  et  c'est  à  une 
lieue  du  camp  romain  qu'il  s'agissait  de  rega- 
gner les  voitures  par  des  chemins  impraticables 
pour  celles-ci.  Personne  ne  regretta  cette  course 
sur  les  bords,  et  à  travers  les  gués  de  la  Lesse  ; 
les  nombreux  incidents  de  la  route  ne  firent  que 
mettre  en  relief  les  charmes  pittoresques  de  la 
contrée,  dont  la  vue  ne  parut  pas  achetée  à 
trop  haut  pri.x,  par  quelques  efforts  et  quelques 
fatigues,  évitées  d'ordinaire  dans  les  routes  bat- 
tues. Le  chemin  suivi  par  nos  piétons  ne  l'était 
guère,  et  plus  d'une  fois  bon  nombre  d'entre  eux 
dut  quitter  ses  chaussures  pour  passer  la  rivière, 
heureusement  plus  large  que  profonde  à  certains 
gués,  bien  connus  des  naturels  du  pays. 

Il  était  déjà  tard  à  notre  grand  regret,  lorsqu'on 
fut  de  retour  à  Dînant,  et  la  plupart  des 
membres  qui  avaient  pris  part  à  l'excursion  des 
bords  de  la  Lesse  se  ressentaient  des  fatigues 
inévitables  de  la  journée.  L'examen  de  la  collé- 
giale de  Notre-Dame  en  souffrit  ;  ce  beau 
monument, assurément  dans  son  ensemble  le  plus 
intéressant  et  le  plus  digne  de  fixer  l'attention 
entre  tous  ceu.x  qui  formaient  l'objet  de  l'excur- 
sion, ne  fut  pas  étudié  avec  le  soin  que  l'on  y 
aurait  apporté  dans  d'autres  circonstances. 

L'origine  de  cette  église  est  fort  ancienne,  on 
l'associe  même  aux  premières  prédications  que 
saint  Materne  fit  dans  ces  contrées.  La  construc- 
tion du  monument  actuel  n'a  malheureusement 
pas  d'histoire.  On  sait  seulement  qu'une  église 
romane  a  prée.xisté  à  l'église  actuelle  qui, dans  ses 
parties  essentielles,  accuse  le  milieu  du  XIIL' 
siècle  ;  quelques  parties  de  la  construction  romane 
sont  encore  debout,  notamment  un  porche  orné 
de  sculptures  dans  les  voussoirs  de  la  porte  inté- 
rieure. Ce  porche,  qui  donnait  autrefois  directe- 
ment dans  le  transept  sud, est  bouché  aujourd'hui  ; 
il  sert  de  baptistère,  et  un  petit  autel  a  été  placé 
contre  la  porte  murée.  Sous  les  fenêtres  du 
chevet  une  arcade  cintrée  présente  également 
l'un  des  restes  de  cette  ancienne  église.  On  sait 
que   le  22  décembre   1226,  le  chevet  de  l'église 


KEVUE  DE   l'art  CHKÉTIENt 
1885.  —  4""^  LIVRAISON. 


504 


IRcu  uc    De    r3rt    cfjrcticn. 


s'écroula  sous  le  poids  d'un  bloc  énorme.détaché 
du  rocher  granitique  qui  surplombe  le  monument, 
et  dont  le  voisinage  immédiat  a  nécessairement 
empêché  l'architecte  de  développer  l'église  vers. 
l'Orient.  Suivant  l'historien  liégeois  Fisen,  cette 
catastrophe  se  produisit  au  moment  oîi  se 
célébraient  les  obsèques  d'un  bourgeois  notable 
de  la  ville,  et  trente  à  quarante  personnes  auraient 
péri  dans  cette  circonstance. 

Les  voûtes,  les  bas-côtés,  et  les  fenestrages 
portent  à  l'évidence  le  caractère  de  la  seconde 
moitié  du  XV'=  siècle  ;  ce  sont  les  parties  de 
l'édifice  consumées  en  1466  lors  de  l'incendie  et 
du  sac  de  Dinant,  sous  Philippe  le  Bon,  duc  de 
Bourgogne,  que,  six  ans  plus  tard,  les  chanoines 
cherchèrent  à  relever  de  l'état  de  ruines  dans 
lequel  elles  se  trouvaient.  Ces  travaux  ne  furent 
achevés  que  dix  ans  après.  D'autres  réparations 
se  firent  au  cours  des  années  1581-1590,  et 
jusque  vers  le  commencement  du  siècle  dernier. 

Mais,  peut-être  à  aucune  époque  on  ne  tra- 
vailla à  l'ancienne  collégiale  de  Dinant  avec 
autant  d'esprit  de  suite  que  depuis  une  vingtaine 
d'années.  Ces  travaux  se  poursuivent  encore 
grâce  au  zèle  intelligent  de  M.  le  Doyen  et  de 
ses  fabriciens,  sous  la  direction  de  M.  l'architecte 
Van  Assche.  Presque  tout  le  mobilier  a  été  renou- 
velé :  autel  majeur,  buffet  d'orgues,  confession- 
naux, chemin  de  croix, banc  de  communion,  tout 
cela  existe  aujourd'hui  et  a  été  exécuté  dans  un 
style  digne  du  monument,  par  les  artistes  les 
plus  connus  pour  leur  compétence  et  par  des 
travaux  de  même  nature,  faits  antérieurement 
dans  d'autres  monuments. 

Une  restauration  qui  s'imposera  nécessaire- 
ment dans  un  avenir  prochain,  c'est  celle  des 
flèches  des  deux  tours  de  la  façade  occidentale. 
En  effet,  la  flèche  en  bois  qui  se  trouve  aujour- 
d'hui à  cheval  entre  les  deux  tours,  qui  a  parfois 
effrayé  les  habitants  par  son  inclinaison  et  plus 
souvent  égayé  les  voyageurs  par  sa  forme,  n'a  pas 
été  construite  pour  l'église.  —  Elle  a  été  faite  en 
1561  pour  couvrir  l'hôtcl-de-ville,  établi  alors  sur 
le  pont  de  pierre  qui  reliait  les  deux  rives  de  la 
]\Ieuse.  Par  une  fantaisie  assez  difficile  à  expli- 
quer, Robert  de  Bergues,  prince-évêque  de  Liège, 
pria  les  magistrats  de  changer  la  destination  de  la 
charpente  en  voie  de  construction  et  de  poser 
cette   flèche  sur  les  tours  de   la   collégiale.    Les 


magistrats,  d'accord  avec  le  conseil  de  la  ville,  y 
consentirent,  et,  pour  compléter  leur  œuvre,  ils  y 
ajoutèrent  l'horloge,  la  cloche  sonnant  les  heures 
et  le  carillon.  Ces  travaux  étaient  achevés  en  i  566. 

Les  conditions  dans  lesquelles  cette  flèche  aux 
formes  bulbeuses  a  été  placée,  sont  donc  aussi 
bizarres  que  son  aspect  et  l'assiette  sur  laquelle 
elle  est  établie.  Victor  Hugo  qui,  passant  par 
Dinant  et  voyant  dans  un  jardinet  des  statues 
au  milieu  des  fleurs,  s'est  aperçu  «  qu'il  était  en 
Flandre  »,  compare  le  clocher  à  un  immense  pot 
à  l'eau.  Ses  formes  arrondies  l'ont  plus  souvent 
fait  comparer  à  une  citrouille. 

L'église  de  Notre-Dame  est  un  édifice  à  trois 
nefs  de  plan  cruciforme.  Le  chœur  avec  son  déam- 
bulatoire est  d'une  disposition  aussi  élégante  que 
peu  usitée  dans  les  églises  des  bords  de  la  Meuse. 

La  décoration  sculpturale  qui  ornait  autrefois 
l'extérieur  de  l'église  est  très  remarquable;  mal- 
heureusement, il  est  peu  de  monuments  qui  aient 
eu  autant  à  souffrir  du  vandalisme  révolution- 
naire ;  toute  la  statuaire  notamment  a  été  mutilée 
de  la  manière  la  plus  stupidement  barbare. 

A  l'extérieur,  on  voit  encore  dans  le  tympan 
du  portail  sud  donnant  sur  la  place,  la  partie 
inférieure  d'un  groupe  représentant  le  couronne- 
ment de  la  Sainte  Vierge.  Les  voussoirs  de  ce 
même  portail  étaient  décorés  de  figures  assises, 
représentant  les  quatre  Évangélistes  et  les  douze 
Apôtres. Toutes  ces  figures  ont  été  brisées  :  elles 
sont  acéphales  aujourd'hui,  mais  on  peut  encore 
reconnaître  la  souplesse  du  ciseau  qui  les  a 
taillées,par  les  draperies  et  les  corps  de  la  plupart 
d'entre  elles.  Ce  portail  conserve  encore  quelques 
traces  de  polychromie  extérieure.  L'entrée  prin- 
cipale, à  la  façade  de  l'ouest,  était  également 
richement  décorée  des  œuvres  de  la  statuaire  qui, 
dans  les  ébrasements  de  la  porte,  s'étageaient  sur 
quatre  rangs.  Aujourd'hui,  toutes  les  niches  sur- 
montées de  riches  dais  qui  abritaient  ces  figures 
sont  vides.  On  voit  seulement  sur  le  linteau  qui 
recouvre  les  baies  géminées  de  la  porte,  une  arca- 
ture  où  une  série  de  figurines  représente  la  résur- 
rection des  morts.  Ces  sculptures  se  rattachaient 
autrefois  au  thème  iconographique  traité  dans 
l'ensemble  de  la  décoration  plastique  du  portail, 
qui  se  rapportait  sans  doute  au  jugement  dernier. 

L'intérieur  de  l'église  a  naturellement  été 
également  dévasté  a\ec  beaucoup  de  soin  par  la 


jl^ouucUcs    et   egclangcs. 


505 


Révolution  dont  les  adeptes  répandaient  la 
lumière  dans  les  régions  qu'ils  traversaient,  par 
ces  procédés  radicalement  rénovateurs. 

Bien  que  la  séance  du  soir  se  ressentît  de 
la  lassitude  de  la  plupart  des  membres  qui  y 
assistaient,  plusieurs  questions  intéressantes  y 
furent  traitées.  Dès  la  veille,  il  avait  été  décidé 
que  la  prochaine  réunion  de  la  Gilde  se  ferait  à 
Reims  et  aurait  pour  objet  l'étude  des  édifices 
si  remarquables  de  cette  ville  et  de  ses  environs. 
Plusieurs  membres  présentèrent  ensuite  des 
observations  sur  les  monuments  visités  la  veille 
et  au  cours  de  la  journée.  On  regretta  que  la 
dernière  restauration  de  l'église  de  Celles  ait 
enlevé  le  porche  de  cette  intéressante  église, 
porche  qu'un  des  membres  de  la  réunion  se 
rappela  avoir  vu  encore  ;  des  regrets  furent 
également  exprimés  en  ce  qui  concerne  le  parti 
adopté  pour  la  restauration  du  chœur,  où  la 
fenêtre  orientale  dont  on  reconnaît  encore 
l'encadrement  à  l'extérieur,  et  d'autres  fenêtres, 
sont  restées  bouchées,  et  pour  la  crypte  sous  la 
tour,  dont  quelques  dispositions  ont  été  modifiées. 
—  Une  récente  polychromie  de  la  statue  de  saint 
Hadelin  est  assez  barbare  ;  ne  tenant  aucun 
compte,  ni  de  la  forme,  ni  de  la  nature  des  vête- 
ments sacerdotaux  dont  le  Saint  est  revêtu,  elle 
enlève  à  cette  sculpture,  non  seulement  sa  valeur 
au  point  de  vue  de  l'art,  mais  encore  les  enseigne- 
ments que  l'on  peut  en  tirer.  Revenant  sur  les 
monuments  visités  la  veille,  quelques  remarques 
furent  échangées  sur  l'église  abbatiale  de  Mared- 
sous,  et  sur  le  système  de  polychromie  qu'il 
conviendrait  d'y  adopter.  La  plupart  des  membres 
qui  prirent  la  parole  se  déclarèrent  très  satisfaits 
des  travaux  partiels  de  cette  nature,  exécutés 
jusqu'à  présent,  et  tous  furent  d'accord  pour 
approuver  l'excellent  effet  produit  par  la  peinture 
décorative  de  la  voûte  en  lambrissage,  où  l'artiste 
a  tiré  un  parti  fort  heureux  du  ton  à  la  fois  riche 
et  chaud  du  bois  de  sapin,  laissé  dans  son  état 
naturel  et  qui  sert  de  fond  à  la  peinture  décora- 
tive. L'heure  avancée  toutefois  ne  permit  pas 
d'examiner  à  fond  cette  question  importante  de 
la  peinture  intérieure  du  vaste  vaisseau  de  l'abba- 
tiale. La  même  raison  aussi  ne  permit  pas  à  la 
réunion  de  s'étendre  sur  la  collégiale  de  Dinant. 
On  exprima  le  désir  de  voir  restaurer,  en  faisant 
usage  des  restes  mutilés  des  statuettes.la  statuaire 


si  élégante  du  porche  méridional.  On  pourrait, 
à  titre  d'essai,  commencer  par  la  réparation  de 
quelques  figures.  Un  membre  se  demanda  aussi, 
en  constatant  l'existence  d'une  sorte  de  galerie 
de  service  qui,  dans  les  bas-côtés,  règne  presque 
tout  autour  de  l'église,  si  cette  galerie  n'était 
pas  destinée  à  recevoir  une  balustrade,  dans 
le  genre  du  triforium  qui  règne  dans  la  grande 
nef,  sous  la  claire-voie.  Le  vide  peu  ornemental, 
si  sensible  sous  les  fenêtres  des  nefs  et  qui 
contraste  avec  l'élégance  du  reste  des  vaisseaux, 
semble  répondre  affirmativement  à  cette  question. 
Enfin,  au  moment  de  lever  la  séance,  M.  le  prési- 
dent, en  annonçant  l'heure  matinale  à  laquelle  la 
Gilde  devait  partir  le  lendemain  pour  Namur, 
saisit  cette  occasion  pour  remercier  M.  le  Doyen 
de  Dinant  et  tous  les  habitants  de  la  ville  avec 
lesquels  la  société  avait  été  mise  en  rapport,  de 
l'accueil  empreint  de  la  plus  gracieuse  bienveil- 
lance dont  les  membres  de  la  Gilde  avaient  été 
l'objet.  M.  le  Doyen  répondit  très  cordialement, 
en  rappelant  qu'il  avait  eu  souvent  recours  aux 
membres  de  la  Gilde  pour  la  restauration  de  son 
église  et  qu'il  avait  toujours  rencontré  l'appui  le 
plus  dévoué  et  le  plus  efficace  auprès  d'eux. 


La  quatrième  et  dernière  journée,  offrait  cette 
fois  encore  aux  confrères  de  la  Gilde  des  sujets 
d'étude  d'un  ordre  fort  différent  de  ceux  auxquels 
ils  s'étaient  livrés  les  journées  précédentes.  En 
général,  l'un  des  charmes  de  l'excursion  faite  dans 
le  pays  de  Namur  consistait  dans  la  diversité  des 
objets  qui  passaient  sous  les  yeux  de  nos  archéo- 
logues chrétiens,  de  la  variété  des  impressions 
perçues  dans  leur  course.  De  bon  matin,  la  Gilde 
prenait  son  essor  vers  Namur,  par  le  chemin  de 
fer  cette  fois,  prenant  congé  de  l'aimable  et  hospi- 
talière ville  de  Dinant,  dans  la  personne  de  son 
vénérable  et  vaillant  Doyen.  Celui-ci  avait  tenu  à 
reconduire  jusqu'à  la  gare  le  président  de  la  Gilde, 
ses  hôtes  et  les  amis  nombreu.^  qu'il  compte  parmi 
les  adeptes  de  Saint-Luc.  A  8  heures,  on  était  à 
Namur.  C'est  sous  la  direction  du  guide,  à  la  fois 
le  plus  compétent  et  le  plus  aimable,  M.  Alfred 
Bcquet,  le  conservateur  du  Musée  de  Namur, 
qu'il  s'agissait  de  voir  successivement  l'incompa- 
rable trésor  des  sœurs  de  Notre-Dame,  celui  de 
la  cathédrale  non  moins  remarquable  et  enfin 
le  musée    de    la    société   archéologique,    assuré- 


5o6 


Ecuuc   Dc   ratt    cbvcticn. 


ment  l'une  des  collections  régionales  de  cette 
nature  les  plus  intéressantes  et  les  plus  instruc- 
tives que  l'on  puisse  visiter.  II  faudrait  des 
volumes  pour  décrire  d'une  manière  compétente, 
tout  ce  qui,  au  cours  d'une  matinée  beaucoup 
trop  courte,  fut  l'objet  de  l'examen  des  touristes. 
Nous  ne  tenterons  pas  de  donner, ne  fût-ce  qu'une 
table  des  matières.  Le  trésor  des  sœurs  de  Notre- 
Dame  de  Namur,  fort  connu  des  archéologues 
et  dont  un  certain  nombre  de  pièces  ont  été 
publiées,  provient,  comme  on  sait,  du  monastère 
de  Saint-Nicolas  d'Oignies,  et  fut  légué  aux 
religieuses  par  le  dernier  abbé  du  couvent.  Le 
monastère  d'Oignies  a  été  fondé  dans  la  seconde 
moitié  du  XIL'  siècle,  par  quatre  frères,  les  fils 
d'un  citoyen  de  Walcourt.  Trois  de  ses  fils,  Gilles, 
Robert  et  Jean  embrassèrent  de  bonne  heure  le 
sacerdoce;  le  quatrième  resta  simple  frère,  mais  il 
ne  se  rendit  pas  moins  hautement  utile  à  !a  com- 
munauté, s')'  livrant  aux  travaux  de  l'orfèvrerie 
pour  lesquels  il  avait  un  génie  extraordinaire, 
façonnant  des  vases  sacrés  et  des  reliquaires, 
marqués  tous  du  cachet  de  son  talent  hors  pair  et 
signés  de  son  nom  pour  la  plupart.  Ce  sont  ses 
travaux  qui  forment  le  fond  du  trésor  des  sœurs 
de  Notre-Dame.  On  y  conserve  cependant  encore 
d'autres  objets  bien  remarquables,  notamment 
deux  mitres  qui  ont  appartenu  à  Jacques  de 
Vitry,  le  docteur  en  théologie  de  Paris  qui,  après 
avoir  pris  l'habit  de  religieux  à  Oignics,  fut  plus 
tard  de  la  croisade  entreprise  contre  les  Albigeois, 
puis  se  joignit  à  une  expédition  contre  Damiettc. 
Il  fut  créé  évêque  de  Ptolémaïs  et  légat  du  Saint- 
Siège  en  Syrie;  ses  restes  ont  été  inhumés  au 
monastère  d'Oignies  qu'il  n'avait  jamais  oublié 
dans  sa  vie  aussi  agitée  qu'utile.  —  Le  trésor  des 
sœurs  de  Notre-Dame,  on  le  voit,  montre  de 
grandes  œuvres  et  éveille  de  grands  souvenirs. 
Après  la  visite  de  ce  trésor,  ce  fut  le  tour  de  ce- 
lui delà  cathédrale.  Ici,  les  objets  conservés  sont 
en  petit  nombre,  à  la  vérité,  mais  le  visiteur  ne  sort 
pas  moins  charmé  de  l'examen  de  ce  trésor  qui  se 
compose  surtout  d'un  autel  portatif  orné  d'ivoires, 
de  la  couronne  donnée  à  la  cathédrale  par 
Philippe  II,  marquis  de  Namur  et  frère  d'Henri, 
empereur  de  Constantinoplc,  d'une  statuette  de 
saint  Biaise  et  d'un  petit  triptyque.  Baiser  de 
paix,  orné  d'émau.x  translucides  — tous  deux  du 
XI  V'=siècle,d'une  croix  à  double  traversa,  etc.,etc. 


Mais  le  temps  presse,  on  prend  congé  de 
l'obligeant  et  savant  chanoine  Aigret,  coste  du 
trésor  de  Namur,  et  toujours  guidée  par  M. 
Bequet  la  troupe  des  excursionnistes  se  dirige 
vers  le  musée  de  la  société  archéologique,  installé 
sur  les  bords  de  la  Sambre,  dans  les  bâtiments  de 
la  vieille  boucherie. 

Le  musée  provincial  de  Namur  n'est  pas 
seulement  connu  en  Belgique,  mais  il  est  peu 
d'archéologues  étrangers  qui  ne  l'aient  visité  avec 
fruit.  Les  fondateurs  de  ce  musée,  iVIlM.  Jules 
Borgnet,  le  chanoine  Cajot,  le  baron  Delmarmol 
et  Alfred  Bequet  se  sont  attachés,  avec  une  très 
grande  intelligence  et  un  entier  dévouement, 
à  réunir  tout  ce  qui,  dans  la  province  de  Namur, 
pouvait  jeter  quelque  lumière  sur  la  vie  intime  et 
publique  des  populations  qui  ont  successivement 
habité  ces  régions  des  bords  de  la  Meuse  ;  sur  le 
développement  de  la  civilisation  et  des  arts, 
depuis  les  périodes  préhistoriques  jusqu'à  l'époque 
moderne.  Des  fouilles  aussi  nombreuses  que 
fécondes  ont  été  entreprises,  et  à  mesure  que  l'on 
arrachait  à  la  terre  les  restes  historiques  des 
générations  qui  ont  passé  sur  sa  surface,  tous  les 
objets  trouvés  étaient  déposés  et  classés  dans  les 
montres  et  les  armoires  du  musée,  avec  un  soin, 
une  méthode  et  un  ordre  au-dessus  de  tout 
éloge.  Aussi  que  de  renseignements  précieux  s'y 
trouvent  réunis  aujourd'hui,  notamment  sur  la 
vie  et  les  industries  des  populations  souvent 
nomades  qui,  au  cours  des  premiers  siècles  de 
notre  ère,  ont  passé  dans  ces  régions  !  que 
d'enseignements  précieux  à  recueillir  en  visitant 
successivement  ces  longues  files  de  bijoutières  et 
d'armoires  à  glaces, si  bien  disposées!  Orfèvrerie 
gallo-romaine,  belgo-romaine,  avec  ses  nom- 
breuses fibules  ou  agrafes,  bijou.x  émaillcs  à 
émaux  juxtaposés,  avec  et  sans  cloisons  ;  ver- 
roteries franques  serties  avec  filigranes,  bagues 
aux  monogrammes  chrétiens,  armes  franques, 
amulettes,  vases  en  verre  formant  une  collection 
aussi  nombreuse  que  variée  ;  collection  non 
moins  importante  de  boucles  damasquinées, 
armes  de  toutes  formes,  et  parmi  lesquelles  il 
y  en  a  d'un  état  de  conservation  remarcjuable, 
tout  cela  se  trouve  réuni  dans  la  grande  salle 
consacrée  aux  objets  d'origine  préhistorique, 
romaine  et  franque.  —  La  section  renfermant 
les   objets    du    moyen    cage,   quoique  également 


jBouticUcs    et    a^clanges. 


507 


intéressante  est  loin  d'être  aussi  riche  et  aussi 
complète,  si  toutefois  l'on  peut  employer  ce 
qualificatif  en  parlant  d'un  musée.  L'attention 
des  membres  de  la  Gilde  se  porta  particulière- 
ment sur  divers  phylactères  émaillés  du  XII*-' 
siècle,  provenant  de  l'abbaye  de  Waulsort,  sur 
une  croix  de  la  même  époque  qui  a  appartenu 
au  monastère  d'Oignies,  sur  différentes  sculptures 
et  statues  polychromées,  et  enfin  sur  quelques 
tableaux  des  artistes  que  l'on  peut  regarder 
comme  les  fondateurs  de  l'école  de  paysagistes 
sur  les  bords  de  la  Meuse.  MM.  Bequet  et  le 
baron  Delmarmol  se  firent  constamment  auprès 
de  leurs  confrères,  les  cicéroni  les  plus  dévoués. 
Aussi  tout  le  monde  était  enchanté  de  la  matinée 
passée  à  Namur,  lorsque  sonna  l'heure  du  repas 
préparé  à  l'hùtel  Saint-Loup,  et  comme  un 
certain  nombie  de  membres  de  la  Gilde  ne 
pouvaient  faire  l'excursion  à  Saint-Hubert,  c'était 
la  dernière  fois  que  la  société,  encore  au  complet, 
devait  dîner  en  commun. 

Le  dernier  repas  après  une  réunion  générale 
de  la  Gilde,  est  toujours  un  moment  de  regrets  et 
d'expansion  ;  l'expression  de  la  gaîté  de  se  trou- 
ver ensemble  et  de  l'espoir  de  se  revoir  y  trouve 
ordinairement,  sous  forme  de  toasts,  des  organes 
nombreu.x.  A  l'hùtel  Saint- Loup  oii  la  salle  était 
bondée  et  où,  il  faut  bien  le  dire,  le  contenant 
n'était  pas  en  proportion  avec  le  contenu, 
l'atmosphère  était  d'une  température  fort  élevée; 
on  était  tout  à  la  joie,  et  la  reconnaissance  pour 
les  membres  qui  avaient  le  plus  largement  con- 
tribué à  rendre  l'excursion  instructive  et  agréable, 
devait  trouver  d'éloquents  interprètes.  Aussi, 
le  potage  était  à  peine  mangé,  qu'un  bouillant 
orateur  qui,  non  sans  des  raisons  très  valables, 
se  disait  l'organe  de  la  jeunesse  de  la  Gilde,  porta 
un  toast  acclamé  avec  enthousiasine  à  M.  le 
baron  Bcthunc,  le  président  de  la  Gilde  de  Saint- 
Thomas  et  de  Saint-Luc.  M.  le  chanoine  Del- 
vigne  but  ensuite  à  la  santé  de  M.  Bequet  qui, 
depuis  trois  jours,  s'était  fait  le  guide  aussi  érudit 
que  constamment  obligeant  de  la  troupe,  et  son 
toast  trouva  un  écho  non  moins  chaleureux  que 
celui  qui  venait  d'être  porté  au  président.  D'autres 
santés  furent  proposées,  car  d'autres  membres 
avaient  travaillé  à  préparer  et  à  organiser  cette 
réunion  dont  la  réussite  était  si  complète.  En 
réalité,  cet  échange  de  toasts  aurait  pu  continuer 


fort  longtemps  encore,  les  réunions  de  la  Gilde 
étant  une  sorte  de  pique-nique,  oîi  les  uns 
apportent  leur  science, les  autres  leur  dévouement, 
tous  enfin  un  fond  de  gaité  et  de  bonne  humeur, 
qui  n'exclut  en  aucune  façon  les  études  sérieuses 
et  attentives,  le  désir  de  travailler  à  la  restaura- 
tion de  l'art  religieux,  et  de  faire  profiter  l'avenir 
des  modèles  si  précieux  légués  par  le  passé. 

On  se  rendit  en  corps  à  la  gare  où  le  gros  de 
la  troupe  partait  pour  Saint-Hubert:  d'autres,  et 
nous  eûmes  le  regret  d'être  du  nombre  de  ces 
derniers,  prirent,  forcés  par  les  nécessités  du 
labeur  quotidien,  le  chemin  de  leurs  domiciles 
respectifs. —  La  plume  d'un  obligeant  ami  toute- 
fois nous  a  mis  à  même  d'achever  ce  rapide 
compte-rendu.  J.  H. 


UNE  dernière  étape  amène  les  membres  de  la 
Gilde  dans  la  petite  ville  de  Saint-Hubert. 
Elle  y  était  attendue  par  l'un  des  confrères  les  plus 
dévoués,  M.  Helleputtc,  aux  soins  de  qui  la  restau- 
ration de  l'église  abbatiale  est  désormais  confiée. 

Avec  un  semblable  guide,  la  visite  du  monu- 
ment ne  pouvait  qu'être  profitable  et  instructive: 
elle  a  même  révélé  des  particularités  qui,  jusqu'ici, 
semblent  avoir  échappé  à  l'attention. 

Grandiose  dans  ses  proportions,  imposante 
dans  son  aspect,  l'église  de  St-Hubert  trahit  en 
plus  d'un  point  la  décadence  du  st}-le  ogival;  le 
dessin  des  moulures,  la  décoration  du  triforium 
témoignent  d'une  imagination  plus  fantaisiste, 
que  de  logique  et  de  véritable  élégance  ;  à 
certaines  fenêtres,  les  meneaux  s'éloignent  mani- 
festement des  saines  traditions  de  l'art  ocfi\al  ;  cà 
et  là  enfin  la  sculpture  porte  déjà  l'empreinte  de 
la  Renaissance. 

On  a  remarqué  que,  par  un  système  général, 
le  plat  des  arcs-doubleaux  portait  des  moulures 
saillantes,  lesquelles  venaient  retomber  sur  de 
petits  culs-de-lampe.  Ces  consoles  ne  répondent 
à  aucun  besoin  sérieux  :  il  est  permis  de  penser 
que  l'architecte  n'y  a  eu  recours  que  pour  suppléer 
aux  chapiteaux  qu'il  supprimait,  à  l'exemple  de 
ses  contemporains,  par  la  conséquence  exagérée 
d'une  idée  logique.  Il  a  senti  qu'il  était  nécessaire 
d'accuser  le  point  où  finit  la  colonne  et  où  l'arc 
commence  ;  donnant  ainsi  une  confirmation 
indirecte  au  système  du  XnL' siècle  sur  le  rôle 
et  les  fonctions  des  chapiteau.x. 


5o8 


IReuuc  De   rart   cfjrcticn. 


Plusieurs  constructions  se  sont  succédé  sur 
l'emplacement  actuel  de  l'église  de  St-Hubert.Au 
témoignage  des  historiens  les  premières  datent  du 
IX^  siècle:  de  celles-ci,  aucun  vestige  ne  demeure. 
Il  reste  trace  de  l'édifice  achevé  au  XI II» siècle: 
la  grosse  maçonnerie  des  deux  tours  remonte  à 
cette  époque.  Sous  ces  tours,  aux  angles  droits, 
se  trouvaient  autrefois  des  colonnes:  les  chapi- 
teaux et  les  bases  qui  se  voient  encore,  accusent 
par  leur  sculpture  le  style  du  XIII'-'  siècle. 

L'intérieur  des  tours  réservait  aux  membres  de 
la  Gilde  une  surprise.  Une  peinture  relativement 
récente  a  laissé  apparaître,  en  s'écaillant,  les 
traces  d'une  décoration  importante.  Au  premier 
étage  s'ouvrait  primitivement  une  grande  arcade 
donnant  sur  l'intérieur  de  l'église;  plus  tard  une 
seconde  arcade,  plus  petite,  a  été  pratiquée  dans 
la    grande  et  l'intervalle  bouché. 

Sur  le  plat  très  large  de  la  grande  arcade  sont 
tracés  à  l'ocre  rouge  des  méandres,  dont  le  dessin 
atteste  l'ancienneté  :  les  claveaux  de  la  seconde 
arcade  portent  des  entrelacs.  — •  Un  rusticage 
d'ocre  rouge  sur  fond  d'ocre  jaune  remplit  la 
partie  supérieure  du  fond  :  il  aboutit  à  une  litre 
où  court  un  rinceau  de  feuilles  de  lierre:  le  rinceau 
se  détache  en  blanc  sur  le  fond  rouge  ;  les  feuilles 
sont  peintes  en  jaune. 

Sous  la  litre  se  déroulait  une  composition 
historique  divisée  en  deux  parties  par  la  petite 
arcade,  dont  elle  recouvrait  jusqu'au  plat.  Sur 
la  partie  de  droite,  semble  avoir  été  représenté 
un  combat  :  sur  la  partie  de  gauche,  on  reconnaît 
distinctement  deux  guerriers  et  un  manant  lequel 
fait  mouvoir  une  grande  scie.Ces  peintures, malgré 
la  simplicité  des  moyens  d'exécution, présentaient 
sans  aucun  doute,  un  effet  des  plus  décoratifs. 

Elles  soulèvent  le  problème  desavoir  à  quelle 
destination  a  servi  l'espace  qu'elles  ornaient.  Les 
deux  tours  formaient-elles  un  narthex  comme  à 
St-Barthélcmy  de  Liège  et  les  peintures  corres- 
pondaient-elles à  une  chambre  à  reliques  ?  c'est 
ce  qu'il  est  difficile  de  décider,  aussi  longtemps, 
du  moins,  que  la  restauration  n'aura  pas  poussé 
plus  avant  ses  découvertes. 

Lntre  1525  et  1568,  on  a  bâti  l'église,  telle 
qu'elle  existe  :  les  tours  ont  été  transformées 
à  cette  époque  :  seules,  subsistent  intactes  les 
tourelles  d'escalier  des  tours  anciennes. 

A  la  fin  du  XVI"^  siècle,   l'édifice  eut   à   subir 


deux  incendies;  le  premier  résultat  d'un  accident, 
le  second  allumé  par  la  main  des  Gueux,  en  1568. 
Plus  tard  un  coup  de  vent  renversa  l'une  des  tours. 
Enfin  au  XVIIL'  siècle  a  été  élevée  la  façade  ac- 
tuelle qui  cache  les  parties  anciennes  subsistantes. 

On  pourrait  ajouter  que  le  monument  a  eu  à 
siedir  aussi  deux  restaurations  :  la  première  qui 
au  XVIIL'  siècle  introduisit  dans  l'édifice  les 
déplorables  splendeurs  du  marbre  ;  qui  ne  se 
contenta  pas  de  dresser  ces  autels  monumentaux 
dont  l'aspect  frappe  si  désagréablement  le 
visiteur,  mais  qui  alla  jusqu'à  raser  toutes  les 
moulures  au.x  bases  des  colonnes  pour  envelopper 
les  bases  d'un  revêtement  de  marbre. 

La  seconde  restauration  est  plus  récente  :  et 
s'il  est  vrai  que  le  devoir  le  plus  impérieux 
de  l'artiste  et  du  restaurateur  soit  de  s'attacher  à 
la  conception  du  maître  de  l'œuvre  primitive, 
combien  de  reproches  cette  entreprise  ne  mérite- 
t-elle  pas  !  Autrefois  il  y  avait  des  arcs-boutants 
au-dessus  du  chœur  :  on  les  a  tout  simplement 
supprimés  ;  les  gables  au-dessus  des  fenêtres  ont 
subi  le  même  sort  ;  l'inclinaison  des  toits  a  été 
modifiée  ;  sans  parler  des  parties  entièrement 
renouvelées  et  qu'il  est  permis  de  ne  pas  croire 
toujours  entièrement  conformes  au  plan  primitif. 

Ce  n'est  pas  sans  étonnement  que  les  membres 
de  la  Gilde  ont  appris  que  l'œuvre  de  la  restaura- 
tion avait  absorbé  jusqu'ici  près  de  six  cent  mille 
francs 

Ils  ont  été  unanimes  à  s'associer  aux  paroles 
de  leur  président,  pour  se  féliciter  de  voir  cette 
feuvre  remise  aux  mains  de  M.  Helleputtc  dont, 
à  chaque  session,  ils  ont  pu  apprécier  les  solides 
connaissances  et  qui  joint  à  l'expérience  du 
praticien,  une  scrupuleuse  conscience   artistique. 

La  séance  du  soir  a  été  consacrée,  pour  une 
bonne  part,  aux  explications  que  M.  Helleputte 
avait  à  donner  sur  l'église  de  Saint-Hubert. 

Une  courte  revue  des  monuments  visités  à 
Namur  a  permis  de  s'arrêter  quelques  instants 
aux  pièces  d'orfèvrerie  admirées,  le  matin  même, 
chez  les  Sœurs  de  Notre-Dame  et  dans  le  trésor 
de  la  cathédrale. 

M.  le  baron  Béthune  a  fait  ressortir  la  supé- 
riorité des  artistes  qui,  dans  les  régions  de 
la  Meuse  et  de  l'Entre-Sambrc  et  Meuse  ont 
produit  tant  de  chefs-d'œuvre:   école  sans  rivale. 


BoutJCllcs    et    mélanges. 


509 


pour  le  nombre,  comme  pour  la  richesse  et  le  bon 
goût  de  ses  ouvrages. 

Pour  les  monuments  de  l'architecture,  Namur 
n'avait  rien  à  offrir  aux  membres  de  la  Gilde.  Il  y 
a  cependant  une  leçon  à  tirer  du  spectacle  qu'offre 
aujourd'hui  la  façade  de  la  cathédrale.  M. le  baron 
Béthune  n'a  pas  manqué  de  la  faire  ressortir:  ces 
ordres  superposés, cet  entassement  de  colonnes, de 
frontons,  de  corniches,  forment  bien  la  conception 
la  plus  illogique,  la  moins  constructive  qu'il  soit 
possible  d'imaginer.  Les  parties  saillantes,  multi- 
pliées à  l'infini,  sans  nécessité  aucune,  recueillent 
l'humidité, emmagasinant  ainsi  le  plus  rapide  et  le 
plus  sûr  agent  de  destruction:  les  porte-à-faux  ne 
se  comptent  pas:  en  un  mot,  c'est  l'expression 
complète  d'un  art  qui, sans  souci  de  la  destination 
de  l'édifice,  ni  des  traditions  locales,  ne  visait  qu'à 
piquer  la  curiosité  blasée:  «  importation  de  pé- 
dants»,commea  dit  justement  un  écrivain  français. 

La  nature  n'a  pas  tardé  à  avoir  raison  des 
contre-sens  qui  lui  étaient  infligés:  et  tandis  que 
les  églises  du  moyen  âge  défient,  depuis  des 
siècles,  les  efforts  du  temps,  la  façade  de  la 
cathédrale  Saint-Aubin  relativement  récente,  est 
à  ce  point  décrépite,  à  ce  point  ébranlée,  qu'on  se 
demande  s'il  ne  vaudrait  pas  mieu.x  la  rebâtir  de 
fond  en  comble  que  de  tenter  de  la  restaurer. 

L'heure  était  avancée  et  les  confrères  avaient 
bien  gagné  le  repos. 

La  fin  de  la  séance  n'a  pas  permis  d'effleurer 
seulement  un  sujet  qui  peut  fournir  aux  sessions 
prochaines  les  plus  intéressantes  discussions  : 
quelles  sont  les  règles  à  suivre  dans  la  restauration 
du  mobilier  des  églises? 

Il  semble  qu'on  puisse  reprendre  ici  le  principe 
si  justement  rappelé  par  M.  le  chanoine  Delvigne 
à  propos  de  la  restauration  des  édifices  :  rcclicrcher 
la  conception  de  r architecte  primitif  et  la  suivre 
pas  à  pas. 

Mais  ce  principe  est-il  absolu  et  la  loi  d'unité 
est-elle  si  rigoureuse,  qu'il  faille,  par  exemple, 
dans  une  église  de  la  Renaissance,  rétablir  la 
décoration  tout  imprégnée  de  sensualisme  païen, 
que  cette  époque  tenait  en  honneur.'' 

Verrons-nous  un  artiste  chrétien  restaurer  les 
petits  anges  court  vêtus,  les  vertus  déhanchées, 
les  saints  maniérés,  dont  le  style  rappelle  tant 
bien  que  mal  le  paganisme  ancien,  mais  n'éveille 
aucune  idée  chrétienne? 


Son  premier  devoir,  au  contraire,  n'est-il  pas 
d'écarter  tout  ce  qui,  pour  le  fidèle,  serait  matière 
à  distraction,  tout  ce  qui  choque  une  conscience 
délicate,  tout  ce  qui  trouble  le  recueillement? 
Graves  questions  que  celles-là  et  qui  prêtent  à 
bien  de  développements. 

Le  président  de  la  Gilde  en  clôturant  la  séance 
a  promis  de  reprendre  cette  discussion  au  cours 
de  la  session  prochaine,  tenue  à  Reims,  où  trop 
souvent  des  édifices  magnifiques  renferment  un 
ameublement  déplorable. 

La  Gilde  s'est  débandée  dès  le  soir  de  la 
journée  passée  à  Saint-Hubert.  Pour  beaucoup  de 
ses  membres,  il  est  devenu  d'habitude  d'ajouter 
un  supplément  à  l'excursion  commune:  tandis 
que  les  uns  s'engageaient  dans  les  pittoresques 
chemins  d'Ardenne,  d'autres  se  laissaient  tenter 
par  le  voisinage  des  grottes  de  Ham  et  de 
Rochefort  et  allaient  étudier  ces  manifestations 
de  l'architecture  spontanée. 

Un  petit  groupe  a  poussé  jusqu'à  Aviotte;  les 
honneurs  du  monument  leur  ont  été  faits  par  le 
curé  de  la  paroisse,  auteur  d'une  monographie 
que  la  Revue  de  l'Art  chrétien  a  eu  l'occasion 
d'analyser:  ils  sont  revenus  aussi  enchantés  de  ce 
qu'ils  avaient  vu  que  de  l'accueil  qui  leur  a  été  fait. 

Chacun  d'ailleurs,  en  quittant  la  Gilde,  emporte 
le  souvenir  d'heureuses  journées  trop  courtes  à  son 
gré;  jours  de  calme  et  de  paix,  sans  trouble  et 
sans  souci.  Il  est  vrai  de  dire  que,  composée  des 
éléments  les  plus  divers,  la  Gilde  ne  forme  qu'un 
corps  et  qu'une  âme:  corps  que  rien  ne  trouble, 
âme  que  rien  n'altère.  La  bonne  humeur  est 
sans  nuage,  la  cordialité  sans  défaillance  :  ni 
dissensions,  ni  rivalités;  nulle  affectation,  nulle 
pédanterie  :  les  plus  détestables  plaisanteries 
d'écoliers  en  vacances  ne  provoquent  même  pas 
un  mouvement  d'impatience. 

Telle  est  la  Gilde  :  voilà  ce  qui  en  fait  le  charme, 
voilà  ce  qui  lui  vaut  l'affection  de  tous  ses 
membres.  Et  peut-être,  n'est-ce  pas  la  moindre 
merveille  qu'ait  produite  l'Art  chrétien. 

G.  F. 


L'abondance  des  matières  nous  oblige  à  re- 
mettre à  la  prochaine  livraison  la  suite  de  l'article 
de  M.  l'archiprêtrc  \'inccnt  Ambrosiani  sur  le 
Chrisme. 


\i    gS    .tA^    J<V    .^j.    .-"■■    jAl    A   JJH.  J^i.   J^    J^    J^  .l^J^    J>^   J^    tf<i    tf>i.    J>i.    J^    tAi    cfa    cNi    tf^    tf<^    çft;.    j:f^x!i\.  J^    ^i  ^^^  .!^  ■A..'A^j^_;^ 


^§)®<SKg)î^Kg5iSKg)  ce  0  r  r  c  S  p  0  II  II  a  n  c  c  ♦  m^mmmëm^ 


A  Revue  de  l'Art  chrétien  ayant  bien 
voulu  citer  le  modeste  travail  que  la 
revue  de  Paray-le-Monial,  Le  Règne 
de  Jésus-Christ,  a  naguère  inséré  de 
moi  sur  un  groupe  en  pierre  conservé  dans  le 
cloître  de  la  cathédrale  de  Verdun  et  représen- 
tant, à  mon  avis,  la  Sainte  Famille,  affirme  «  qu'en 
réalité  c'est  une  Présentation  au  Temple.  »  (Tome 
II,  avril  18S4,  p.  228.)  Le  Règne  lui-même  (avril 
18S4,  p.  119)  a  reproduit  cette  appréciation  en 
l'attribuant  à  Mgr  Barbier  de  Montault  dont 
l'autorité  est  fort  considérable.  Je  tiens  cepen- 
dant à  dire  ici  que,  pour  de  bonnes  raisons 
que  je  viens  de  signaler  à  la  revue  du  Règne,  je 
maintiens  absolument  mon  interprétation  de 
cette  importante   sculpture  verdunoise. 


La  Revue  de  l'Art  chrétien  s'est  occupée  à  trois 
reprises  de  la  question  des  Saints  de  Solesmes  et 
de  leur  origine.  La  première  fois,  c'était  pour 
donner  l'hospitalité  à  mon  compte-rendu  de  l'his- 
toire des  Richierça.r  M.  l'abbé  Souhaut.  (Livr.  de 
juillet  1884,  p.  359.)  —  La  seconde,  (livraison  de 
janvier  1885,  p.  102),  c'était  pour  annoncer  et 
analyser  la  brochure  publiée  par  M.  E.  Cartier, 
en  réponse  à  M.  l'abbé  Souhaut  et  en  défense 
de  l'opinion  précédemment  émise  par  le  docte 
«,  solitaire  }>  et  esthéticien  de  Solesmes,  qui 
attribue  les  sculptures  de  la  célèbre  abbaye 
à  l'atelier  flamand  des  Floris.  —  La  troisième, 
(même  livr.,  p.  112),  c'était  pour  signaler  de 
nouvelles  découvertes  faites  à  Lyon  par  M. 
Rondot,  touchant  l'histoire  des  Richier,  et  pour 
avertir  le  lecteur  «  qu'un  travail  récent  de  M.  E. 
Cartier  bat  en  brèche  l'opinion  qu'a  émise  dans 
nos  colonnes  M.  le  chanoine  J.  Didiot,  en  adop- 
tant l'avis  de  M.  le  chanoine  Bouchant  au  sujet  des 
gros  saints  de  Solesmes.  »  Je  crois  devoir,  en 
conséquence,  dire  encore  un  mot  de  cette  inté- 
ressante question  d'histoire  artistique,  et  observer 
avant  tout  que  mon  très  honorable  ami  s'appelle 
de  son  vrai  nom  et  titre  M.  l'abbé  Souhaut. 

AI.  Cartier,  dans  son  travail  d'abord  commu- 
niqué à  la  Revue  du  Monde  catholique,  s'indigne 
de  la  qualification  de  «  gros  saints  )>  donnée  à 
ses  chères  sculptures  (p.  8)  ;  n'aura-t-il  pas  été 
surpris  de   la  retrouver  dans  la  Revue  de  l'Art 


chrétien,  sous  une  autre  plume  que  la  mienne? 
Il  se  pourrait  bien  que  cette  épithètc,  nullement 
désobligeante,  fit  donc  toujours  son  chemin  en 
archéologie. 

M.  Cartier  reproche  à  son  adversaire  de  n'avoir 
visité  Solesmes  que  rapidement  (p.  7)  ;  comment 
espère-t-il  donc  lui-même  pouvoir  apprécier 
sûrement  les  chefs-d'œuvre  de  Richier,  en  décla- 
rant qu'il  les  juge  seulement  d'après  «  un  livre  et 
des  photographies  ?»  (p.  13.)  En  réalité,  ses  pro- 
cédés de  critique  nous  paraissent  aussi  subjectifs 
que  ceu.K  dont  il  se  plaint,  et  quelquefois  même,  ils 
nous  semblent  moins  calmes  ;  nous  le  regrettons 
beaucoup  pour  la  vérité  :  elle  n'y  peut  rien  gagner. 

De  la  chute  de  Richier  dans  l'hérésie  calviniste, 
je  ne  crois  pas  non  plus  que  M.  Cartier  puisse 
logiquement  conclure  à  son  incapacité  antérieure 
de  bien  comprendre  les  données  de  la  théologie 
catholique  et  d'exceller  même  dans  l'art  chrétien. 
Que  M.  l'abbé  Souhaut  ait  peut-être  trop  abon- 
damment et  trop  pieusement  expliqué  les  sculp- 
tures de  l'école  Saint-Mihielloise,  c'est  possible; 
mais  ce  n'est  pas  un  motif  pour  lui  répondre  par 
une  censure  amère  et  un  véritable  dénigrement  de 
Ligier  Richier  et  de  ses  plus  belles  œuvres.  Quoi 
qu'en  dise  le  brillant  critique  de  Solesmes,  le 
Sépulcre  de  Saint-Mihiel  n'est  pas  du  tout  une 
«  Marie-Madeleine  embrassant  le  pied  de  Notre 
Seigneur.  »  (p.  19.)  Comment  peut-on  dire  «  qu'il 
n'y  a  là  ni  sépulcre  ni  ensevelissement,  »  (ibid.) 
quand  justement  on  va  déposer  le  corps  du  Sauveur 
dans  le  tombeau  très  visible  où  une  sainte  femme, 
Salomé,  étend  le  linceul  ?  Comment  peut-on 
accuser  les  personnages  d'arrière-plan  de  <><  trou- 
bler »  l'unité  de  la  scène,  (p.  20)  quand  au  con- 
traire ils  la  complètent  et  la  soutiennent?  Je  ne 
dis  rien  du  reproche  fait  à  Madeleine  et  au  divin 
Supplicié  lui-même  d'être  trop  beaux,  (pp.  20-23.) 
Mais  je  dois  protester,  —  moi  qui  ai  vu  et  longue- 
ment contemplé  ces  sculptures,  ces  pièces  origi- 
nales du  procès,  et  qui,  j'ose  le  dire,  ne  suis  nulle- 
ment enclin  à  excuser  les  artistes  en  qui  je  ne 
trouve  pas  «  l'intelligence  de  cette  pureté  de  l'art 
chrétien  que  nous  admirons  au  moyen  âge,  » 
(p.  23)  — je  dois  protester,  dis-je,  contre  le  juge- 
ment, absolument  inexact  au  fond  et  non  moins 
contestable  en  la  forme,  que  M.  Cartier  prononce 
contre  le  groupe  de  la  Vierge  soutenue  par  saint 


CorrcsponDan  ce 


511 


Jean  dans  la  scène  du  Sépulcre,  et  contre  l'admi- 
rable Pâmoison  ou  Pietà  qui  se  voit  dans  l'église 
principalede  Saint-Mihicl.  Il  se  peut  que  la  pho- 
tographie ait  trahi  la  réalité  en  accentuant  d'une 
façon  maladroite,  comme  elle  fait  souvent,  des 
formes  et  des  intentions  exquises  ;  mais  je  puis 
affirmer,  et  tous  les  visiteurs  affirmeront  comme 
moi,  que  nulle  part,  dans  tout  le  moyen  âge,  on 
ne  rencontrera  plus  de  délicatesse  et  de  parfaite 
convenance  que  dans  ces  deux  morceaux. 

M.  Cartier  n'est  guère  plus  heureux  dans 
l'étude  qu'il  fait  du  personnage  de  Longin  (p.  25), 
dont  le  strabisme  a  fort  bien  pu  survivre  à  la 
demi-cécité  guérie,  dit  la  tradition,  par  l'eau  et  le 
sang  qui  jaillirent  du  côté  du  Sauveur.  Non,  ce 
n'est  pas  là  le  portrait  de  Ligier  Richier,  comme 
se  l'imagine  tout  à  coup  M.  Cartier  ;  et  ce  n'est  pas 
le  manche  d'un  ciseau,  mais  bien  la  poignée  d'une 
lance  qu'on  voit  dans  la  main  de  ce  vrai  Longin. 
De  tels  doutes,  de  telles  hypothèses,  ne  sont  pas 
pour  prévaloir  contre  l'évidence  des  faits  et  contre 
l'unanime  sentiment  des  connaisseurs. 

Quant  à  <ï  s'affranchir  delà  tradition  »,  (p.  30) 
Ligier  Richier  n'avait  certainement  pas  cette 
passion,  au  moins  alors  et  en  fait  d'art  ;  il  se 
contentait  de  mieu.x  réussir  que  ses  devanciers 
dont  les  Sépulcres  et  les  Vierges  «  addolorate  » 
n'étaient  rares  au  siècle  précédent,  ni  en  Italie,  ni 
en  Lorraine  même.  L'accusation  portée  contre  lui 
de  n'avoir  vu  dans  son  sujet  qu'une  commande 
et  une  occasion  de  montrer  son  talent  (ibid.) 
semblera  une  injustice  dont  le  vengeront  toujours 
ses  œuvres  les  plus  considérables  et  les  plus 
éclatantes.  A  coup  sûr,  si  la  Renaissance  n'avait 
pas  d'autres  fautes  et  d'autres  imperfections  que 
celles  dont  il  est  coupable,  elle  serait  bien  près  de 
représenter  le  type  même  de  l'art  chrétien, non  pas 
tel  qu'il  a  été,  mais  tel  qu'il  devrait  être  et  qu'il 
sera  peut-être  un  jour,  si  le  monde  est  encore 
capable  de  rajeunir  au  souffle  de  cet  Esprit 
toujours  jeune  qui  empêche  l'Église,  dit  quelque 
part  saint  Irénée,  de  vieillir,  sous  le  poids  des 
siècles  et  sous  l'action  mortelle  des  vices. 

Je  ne  le  sais  que  trop  :  le  grand  sculpteur  lor- 
rain s'est  tristement  éteint  dans  les  ténèbres  et 
les  glaces  du  protestantisme;  mais  est-ce  donc  là 
une  suffisante  raison  pour  le  rejeter  tout  entier, 
et  pour  ne  pas  sauver  au  moins  de  lui,  par  une 
admiration  également  éclairée  et  religieuse,  ce 
qu'il  nous  a  laissé  de  vraiment  impérissable  parce 
que  l'inspiration  en  fut  réellement  catholique  :  le 


Sépulcre  et  la  Vierge  défaillante  Aç.  Saint-Mihiel, 
les  Crucifiés  de  Bar-le-Duc,  et  même,  qui  sait  ? 
quelques-uns  des  Saints  de  Solesines  (')  .' 

Chanoine  Jl'i.ES  Didiot. 


Un  Dernier  mot  sur  le  tiitrail  Des  saints 
à  la  catfjctirale  De  a'bâtons,  (4'  trauce.) 

DANS  le  présent  volume  de  notre  Kcvue, 
p.  244,  l'un  de  nos  collaborateurs  les  plus 
féconds  et  les  plus  compétents,  Mgr  Barbier  de 
Montault,  a  émis  d'assez  nombreuses  critiques 
sur  la  restauration  de  la  cathédrale  de  Châlons 
et  des  verrières  de  cette  église.  M.  le  chanoine 
Lucot,  archiprêtre  de  la  cathédrale,  nous  prie 
d'insérer  la  note  suivante,  en  réponse  à  ces 
critiques.  N'étant  pas  à  même  de  juger  le 
différend,  nous  croyons  que  l'équité  nous  fait  un 
devoir  de  dé.férer  à  cette  demande  ('). 

Dans  un  récent  article  de  la  Revue  de  l'Art  chrétien, 
(n°  d'avril  18S5),  la  restauration  de  cette  verrière,  objet 
d'une  dtude  spéciale  de  notre  part,  a  été  vivement  criti- 
quée par  notre  savant  confrère,  Mgr  Barbier  de  Montault, 
chanoine  de  Poitiers.  Plusieurs  de  ses  critiques  ne  sont 
pas  sans  fondement  ;  mais  il  y  en  a  qui  ne  se  justifient 
guère:  nous  allons  tâcher  de  l'établir. 

Mgr  Barbier  de  Montault  reproche  à  l'auteur  de  la  res- 
tauration de  cette  verrière  d'avoir  réuni  en  un  seul  vitrail 
des  figures  de  saints  qui  avaient  été  faites  pour  en  former 
deux,  et  qui,  originairement,  étaient  en  effet  réparties  entre 
deux  fenêtres:  d'où  l'inconvénient  de  voir  dans  le  même 
vitrail  deux  figures  de  la  Vierge. 

Si  l'on  veut  bien  se  reporter  à  mon  travail  de  l'an  der- 
nier, on  verra  que  j'ai  signalé  ce  fait,  que  j'ai  exposé  com- 
ment M.  Steinheil  crut  devoir  se  résigner  .\  cette  contrac- 
tion. L'inconvénient  signalé  par  Mgr  Barbier  de  .Montault 
n'en  subsiste  pas  moins,  je  l'avoue. 

Le  savant  archéologue  eût  pu  d'ailleurs  montrer  aisé- 
ment que  ces  grandes  figures,  en  s'étageant,  perdaient  de 
leur  grâce,  et  qu'elles  manquaient  d'air  dans  le  cadre  oii 
elles  avaient  dû  entrer. 

Très  justement  encore,  il  critique  le  choix  de  la  sainte 
adoptée  par  >L  .Steinheil  pour  remplacer  le  personnage 
manquant  à  la  première  ligne  des  saints.  .M.  Steinheil  a 
peint  sainte  Ursule.  Mgr  de  .Montault  approuve  ma  préfé- 
rence pour  sainte  ^Larguerite.  Dans  la  préoccupation  où 
j'étais,  non  sans  raison,  comme  on  le  verra,  que  le  vitrail 
étant  de  l'époque  de  Jeanne  d'.Arc,  devait  rappeler  les 
grandes  dévotions  de  la  libératrice  de  la  France,  j'avais 
indiqué  l'illustre  vierge  d'.-\ntioche,  dont  nos  livres  d'heures 
au  quinzième  siècle  contenaient  toujours  la  mémoire. 

J'avais  aussi  regretté  que  la  \icrge,  dans  la  ligne  du 
bas,  n'ait  pas  été  rapprochée  de  saint  Jacques,  à  cause  du 
donateur  que  ce  saint  veut  lui  faire  bénir.  Sur  ce  point 
encore,  Mgr  Barbier  est  d'accord  avec  moi  et  approuve 
pleinement  mon  regret  ;  je  crois  qu'il  a  tout  à  fait  raison. 

\.  Poui-  riiuelligence  complète  do  cette  note,  le  lecteur  pourra  re- 
lire avec  fruit  une  étude  de  .\I.  r.ircliiprétre  Lucot.  .ly.int  pour  objet 
les  mêmes  viti-aux,  que  nous  avons  reproduite  dans  le  miïme  numéro 
de  la  Revue  de  l' Art clirilien ,  p.  264. 


KEVUE   DU   l'art  CHKÉTIEN. 
1S35.   —  4""^  L1VR.\IS0.N. 


512 


EctiUE   De    rart    chrétien. 


Où  il  a  tort,  c'est  quand  il  voit  partout  le  style  du  trei- 
zième siècle  dans  les  baies  de  nos  collatéraux  ;  c'est  quand 
il  nous  signale,  comme  parties  anciennes  de  verrières  du 
quinzième  siècle,  des  fragments  complémentaires,  d'une 
imitation  merveilleuse  h  la  vérité,  mais  absolument  mo- 
dernes, et  qu'il  les  déclare  malencontreusement  placés 
dans  l'endroit  pour  lequel  ils  ont  été  précisément  faits  ; 
c'est  quand  il  blâme  notamment  l'artiste  (M.  Steinheil) 
d'avoir  représenté,  au  tympan  du  Vitrail  des  saiii/s,^  le 
Père  éternel  «  bénissant  dans  le  ciel  des  saints  qui  n'en 
ont  plus  besoin  ».  Oublie-t-il  donc  que  le  bonheur  du  ciel 
est  tout  entier  dans  les  bénédictions  de  Dieu  et  dans  ses 
éternelles  complaisances,  ainsi  que  nous  le  fait  entendre 
l'Église  dans  sa  liturgie  :  Bciicdictionc  perpétua  bencdicat 
nos  Pater  aternus  ? 

Où  encore  il  s'égare  dans  sa  critique,  c'est  quand  il 
nous  accuse  d'introduire  dans  des  baies  du  treizième  siècle 
des  verrières  du  quinzième,  comme  si  ces  fenêtres  qui 
semblent  du  treizième  siècle  par  leur  conformation  générale 
n'accusaient  pas  le  quinzième  dans  leurs  meneaux  et  dans 
tous  les  détails  de  l'architecture  ;  comme  si,  depuis  sept 
ans,  nous  faisions  autre  chose,  dans  nos  restaurations  de 
vitraux,  que  de  remettre  les  verrières  de  nos  pères  dans 
les  fenêtres  mêmes  où  ils  les  avaient  mises. 

La  suppression  des  chapelles,  toutes  postérieures  à  la 
construction  du  monument,  n'a  nullement  entraîné  la  mo- 
dification des  fenêtres,  comme  s'en  plaint  notre  critique. 
Les  fenêtres  ont  toujours  été  ce  qu'elles  sont  aujourd'hui  : 
elles  manquaient  seulement  du  développement  que  nous 
leur  avons  rendu. 

Au  seizième  et  au  dix-septième  siècle,  on  les  avait  rac- 
courcies par  le  bas,  pour  permettre  aux  chapelles  qu'on 
établissait  entre  les  contreforts,  de  s'ouvrir  à  une  hauteur 
convenable.  C'est  dans  ces  innovations  que  disparurent 
nombre  de  panneaux  de  verre  de  la  partie  basse  des 
fenêtres.  Placés  on  ne  sait  où,  employés  maladroitement  à 
réparer  des  verrières  brisées,  ces  fragments  sont  à  jamais 
perdus  :  il  fallut  les  recomposer.  Mais,  quant  aux  fenêtres 
elles-mêmes,  les  restaurations  modernes  du  monument 
ne  leur  ont  fait  subir  aucune  déformation. 

Mgr  Barbier  de  Montault  est  donc  dans  l'erreur  quand 
il  écrit  \  propos  de  la  suppression  des  chapelles  :  <.<  De  ce 
«  remaniement  intempestif  e.s\.  résulté  un  bouleversement 
«  général  des  verrières  qui  reprennent,  tant  bien  que  mal, 
«  position  dans  des  baies  pour  lesquelles  elles  n'étaient 
«  pas  faites.  »  Et  il  ajoute  :  «  Ces  prétendues  restaurations, 
«  opérées  sans  études  préalables  et  sans  contrôle  ultérieur, 
«  sont  funestes  à  l'art  et  à  l'archéologie  :  elles  détruisent 
«  ou  mutilent  gravement  de  belles  pages  d'iconographie 
«  chrétienne:  le  mal  fait  est  presque  toujours  irréparable. 
«  Empêchez  de  tomber,  réparez  les  plombs,  comblez  les 
«  lacunes,  mais  ne  refaites  pas  de  fond  en  comble  un 
<  sujet  que  vous  n'avez  pas  compris.  » 

Rien  de  moins  fondé  que  cette  dernière  critique.  Ce 
que  blâme  Mgr  Barbier  de  Montault  est  précisément  ce 
qu'ont  évité  nos  architectes  diocésains,  MM.  Millet,  Ou- 
radou  et  Vagny,  dans  leu'-  restauration  de  l'édifice.  Ce 
qu'il  réclame,  c'est  ce  qu'ont  fait  soigneusement  notre 
regretté  M.  Steinheil  et  l'intelligent  M.  Leprévost  dans 
leur  réparation  des  verrières.  Ils  ont  conservé,  ils  ont  res- 
tauré, ils  ont  complété  avec  un  soin  pieux  ce  qui  nous 
restait  du  passé;  ils  n'ont  pas  excepté,  dans  leur  culte  du 
pas.ié,  la  verrière  de  la  Création  que  semble  incriminer 
Mgr  Barbier  de  Montault.  Assurément,  en  nos  temps  où 


la  naïveté  n'est  plus  connue,  ils  ne  l'eussent  pas  imaginée. 
Mais  elle  existait;  fallait-il  donc  la  briser?  Fallait-il 
condamner  ce  qu'avaient  fait  nos  pères.'  Ils  ne  l'ont  pas 
pensé. 

Ainsi  tombent  la  plupart  des  critiques  de  Mgr  Barbier 
de  Montault.  Tant  il  est  vrai  que,  si  habile  archéologue 
que  l'on  soit,  il  est  bien  difficile  dans  une  visite  rapide, 
dans  l'inspection  à  vol  d'oiseau  du  touriste,  d'apprécier 
comme  il  faut,  de  juger  définitivement  des  œuvres  impor- 
tantes, telles  que  les  restaurations  dont  s'est  occupé  notre 
éminent  ami  et  contradicteur.  Ces  jugements,  toujours 
précipités,  courent  risque  d'être  erronés  par  quelque  en- 
droit et  sujets  à  caution.  On  en  appelle  du  critique  mal 
informé  au  critique  mieux  informé  :  c'est  ce  que  nous 
avons  essayé  de  faire. 

Avant  de  clore  cette  note,  je  crois  devoir  revenir  sur  la 
substitution  que  j'ai  proposée  de  sainte  Marguerite  à 
sainte  Ursule.  Une  heureuse  trouvaille  que  j'ai  faite  dans 
ces  derniers  temps  à  la  Bibliothèque  de  Chàlons  me  per- 
met d'indiquer  sûrement  le  personnage  qu'il  faut  substituer. 

M.  E.  de  Barthélémy  a  publié  en  185S,  dans  les  ^««rt/<?j 
ou  Mémoires  de  P Académie  de  Reims,  un  aperçu  sur  nos 
vitraux  de  Châlons:  Les  Vitraux  des  églises  de  Chàlons- 
sur-Marne,  Etude  et  description.  Il  en  a  fait  une  plaquette 
dont  M.  Didron,  de  Paris,  a  été  l'éditeur  en  1858. 

La  description  n'est  pas  toujours  d'une  parfaite  exacti- 
tude, mais  elle  est  d'un  grand  intérêt,  parce  qu'elle  nous 
donne  la  place  qu'occupait  chaque  verrière  avant  la  res- 
tauration des  fenêtres  ;  parce  qu'elle  nous  fait  connaître 
les  saints  ou  les  personnages  représentés  dans  chaque 
baie  et  la  disposition  que  le  peintre  leur  avait  donnée. 

Ainsi,  pour  ne  parler  que  des  deux  verrières  des  saints 
qui  aujourd'hui  n'en  forment  qu'une  et  qui  étaient  primi- 
tivement en  face  l'une  de  l'autre  dans  les  collatéraux, 
l'ordre  des  saints,  dans  celui  du  nord,  était  le  suivant  : 
i"  saint  Vincent,  diacre  ;  2"  saint  Jacques  présentant  le 
petit  chanoine  ;  3°  la  sainte  Vierge  et  l'Enfant  Jésus  bé- 
nissant le  chanoine  ;  4°  saint  Etienne,  premier  martyr  et 
patron  de  l'église.  C'est  l'ordre  que  j'avais  pressenti  et 
réclamé  dans  l'étude  de  l'an  dernier. 

Dans  le  collatéral  du  midi,  les  saints  étaient  ainsi  ran- 
gés :  1°  sainte  Catherine  ;  2"  la  sainte  Vierge  et  l'Enfant 
JÉSUS  bénissant;  3°  «  saint  Michel,  armé  de  toutes  pièces, 
«  tête  découverte  et  cheveux  blonds,  dit  M.  E.  de  Barthé- 
«  lemy  d'après  ses  notes;  d'une  main  il  tient  une  croix,  de 
«  l'autre,  il  s'appuie  sur  un  prêtre  vêtu  de  blanc,  age- 
«  nouille  et  très  petit.  »  (C'est  le  donateur;  l'Enfant  JÉSUS 
placé  dans  les  bras  de  Marie,  s'incline  pour  le  bénir)  ; 
4"  sainte  Barbe. 

Nous  n'avons  plus  d'hypothèses  à  faire  sur  le  person- 
nage à.  mettre  à  la  place  de  sainte  Ursule.  Ce  n'est  pas 
sainte  Marguerite,  dont  la  présence  pourtant  était  na- 
turelle ici  et  eût  bien  accusé  l'époque  du  vitrail  :  c'est 
saint  Michel,  l'archange  plus  cher  encore  à  Jeanne  d'Arc 
que  les  vierges  Catherine  et  Marguerite,  saint  Michel  qui 
lui  inspira  la  libération  de  la  France  et  qui  lui  enseigna 
les  moyens  de  l'accomplir. 

L'image  du  célèbre  protecteur  de  notre  pays  doit  donc 
reparaître  dans  ce  beau  vitrail,  où  le  quinzième  siècle  se 
révèle  avec  autant  d'évidence  dans  le  choix  des  sujets  que 
dans  leur  gracieuse  exécution. 

P.  LUCOT. 

CO.-^TRICXÉVILLE,  15  JUILLET  1885. 


©rabaujc  Des  Hocictés  sabantes. 


'i^ 


Comité  des  travaux  historiques.  —  C'est 
sous  les  auspices  de  ce  Comité,  que  l'un  de  ses 
membres  les  plus  distingués,  M.  R.  de  Lasteyrie, 
vient  de  donner  la  première  livraison  de  la  Biblio- 
grapJiie  des  travaux  histoi-iques  et  archéologiques 
publics  par  les  Sociétés  savantes  de  la  France.  Que 
de  fois  les  travailleurs  ont  déploré  de  ne  pouvoir 
connaître  la  bibliographie  des  travaux  qui  sont 
contenus  dans  les  Mémoires  et  les  Bulletins  d'un 
millier  de  sociétés  savantes  !  Feuilleter  un  à  un 
tous  ces  volumes,  c'était  une  perte  de  temps  con- 
sidérable et  une  besogne  fastidieuse  devant 
laquelle  reculaient  les  plus  courageux.  Aussi, 
combien  d'archéologues  n'ont-ils  pas  publié  des 
études  incomplètes,  faute  d'avoir  pu  consulter  un 
travail  analogue,  perdu  dans  les  Mémoires  d'une 
société  provinciale  !  Combien  d'autres  ont  pour- 
suivi la  solution  d'une  question  qui  avait  été  ré- 
solue avant  eux!  La  nécessité  d'une  bibliographie 
spéciale  s'était  fait  sentir  depuis  longtemps,  et 
quelques  essais  de  ce  genre  avaient  été  tentés  à 
l'étranger,  par  M.  le  docteur  Koner  et  M.  Poole, 
en  France  par  MM.  A.  d'Héricourt,  Ulysse 
Robert,  Octave  Teissier,  Alexis  Bureau,  Anthime 
Saint-Paul,  etc.  On  pouvait  encore,  à  Paris,  con- 
sulter les  listes  de  la  bibliothèque  Mazarine  et,  à 
la  Bibliothèque  nationale,  celles  d'un  employé 
fort  zélé,  M.  Théry,  décédé  récemment.  Grâce  à 
l'exquise  obligeance  des  conservateurs  de  ces 
deux  dépôts,  nous  avons  pu  utiliser  plus  d'une 
fois  ces  précieuses  indications  et,  grâce  à  elles, 
prendre  communication  de  travaux  dont  nous 
aurions  toujours  ignoré  l'existence.  Mais  ces 
diverses  ressources  d'information  étaient  bien 
incomplètes  et  tout  à  fait  insuffisantes.  La  publi- 
cation de  M.  de  Lasteyrie  va  satisfaire  les  vœux 
les  plus  exigeants  et  rendre  un  immense  service 
aux  sciences  historiques  et  archéologiques.  Son 
travail  est  divisé  en  trois  parties  ;  dans  la 
première,  il  dépouille  tous  les  recueils  les  uns 
après  les  autres,  en  les  rangeant  par  ordre  alpha- 
bétique de  départements  et,  dans  chaque  dépar- 
tement, par  ordre  alphabétique  de  villes.  La 
seconde  contiendra  une  table  par  noms  d'auteurs 
renvoyant  aux  numéros  d'ordre  des  articles 
inscrits  dans  la  première  partie.  La  troisième  sera 
une  table  alphabétique  des  matières  renvoyant 
également  aux  numéros  de  la    première  partie. 

C'est  surtout  cette  dernière  section  qui  devra 
être  fréquemment  consultée.  Aussi  faisons-nous 
des   vœux  pour   que    cette    Bibliographie,    tout 


immense  qu'elle  soit,  voie  succéder  ses  livraisons 
le  plus  rapidement  possible;  la  rapidité  de  l'exé- 
cution doublera  la  reconnaissance  des  intéressés 
envers  M.  R.  de  Lasteyrie  et  le  Comité  des 
travaux  historiques. 

Société  archéologique  du  Limousin.  — 
MM.  Du  Boys,  Maurice  Ardant  et  l'abbé  Texier 
avaient  déjà  dressé  des  listes  d'orfèvres  et  d'émail- 
leurs  limousins.  En  joignant  aux  renseignements 
recueillis  par  ces  trois  laborieux  savants,  le  fruit 
de  ses  recherches  personnelles,  M.  Louis  Guibert 
a  pu  dresser  un  catalogue  moins  incomplet  et 
plus  précis  que  ceux  de  ses  devanciers.  Sa  liste, 
qui  comprend  426  noms,  s'ouvre  par  celui 
d'Ablon,  au  VI<=  siècle  et  se  clôt  par  celui  de  Jean- 
Baptiste  II  Noalhier,  né  en  1739.  L'auteur  a  fait 
précéder  ce  catalogue  d'une  intéressante  étude, 
intitulée  :  L orfèvrerie  et  les  orfèvres  de  Limoges. 

On  a  trouvé,  sur  divers  points  du  Limousin, 
des  vestiges  dénotant  que,  dès  une  époque  fort 
reculée,  les  habitants  de  cette  province  se  sont 
occupés  de  la  recherche  et  du  travail  des  métaux. 
Aussi  loin  que  le  regard  puisse  remonter  dans 
le  passé  de  Limoges,  on  voit  les  bassiniers,  les 
fondeurs,  les  forgerons,  les  balanciers,  les  clou- 
tiers,  les  couteliers,  former  une  bonne  partie  de 
sa  population. 

A  côté  de  ces  ouvriers,  apparaissent  de  bonne 
heure  les  artistes.  Sous  les  deux  premières  races, 
Limoges  fut  un  grand  centre  de  production 
monétaire;  on  y  fabriquait  les  coins  qui  devaient 
servir  à  frapper  des  flans  dans  un  grand  nombre 
d'officines  secondaires  ;  là,  résidait  une  population 
industrieuse,  laborieuse,  préparée  à  la  besogne 
plus  délicate  de  l'orfèvre  par  le  travail  du  fondeur 
et  du  forgeron.  Là,  dans  les  premières  années  du 
VIP-  siècle,  un  maître  renommé,  Abbon,  qui 
exerçait  la  charge  de  préposé  à  la  monnaie  rovale, 
initia  aux  secrets  de  son  art  un  apprenti,  Éloi, 
qui  devait  devenir  le  plus  célèbre  artiste  de  son 
siècle,  mais  dont  il  ne  reste  aucune  œuvre  vérita- 
blement authentique.  L'abbaye  de  Solignac,  fon- 
dée par  Dagobert,  à  la  prière  de  saint  Eloi,  forma 
une  célèbre  école  d'orfèvres.  Au  commencement 
du  X"-  siècle,  l'abbaye  de  Saint-Martial  rivalisa 
avec  elle  par  ses  riches  productions.  La  tradition 
prétend  que,  vers  cette  époque,  des  négociants 
vénitiens  auraient  établi  un  entrepôt  à  Limoges, 
ce  qui  aurait  exercé  une  influence  décisive  sur  le 
style,  les  procédés  et  les  destinées  de  l'orfèvrerie 


514 


îRctiuc   OC  l'art    cljrcticn. 


limousine.  M.  Guibert  croit  que  ce  sont  des  mar- 
cliands  de  Montpellier  qui  établirent  un  comptoir 
à  Limoges  et  que,  parmi  eux,  il  y  eut,  dans  les 
premiers  temps,  quelques-uns  des  Vénitiens  qui 
avaient  fondé  une  colonie  commerciale  à  Mont- 
pellier. L'influence  vénitienne,  si  elle  a  existé,  a 
donc  été  considérablement  surfaite.  On  a  voulu 
aussi  attribuer  aux  artistes  grecs  l'honneur  d'avoir 
révélé  aux  artistes  limousins  les  procédés  de 
l'émail.  Les  découvertes  les  plus  récentes  de 
l'archéologie  ont  démontré  que  l'émail  a  été 
connu  de  toute  antiquité  en  Gaule  et  dans  les 
pays  voisins.  D'après  M.  Labarte,  c'est  l'Alle- 
magne qui  aurait  initié  nos  artistes  auxsecrets  de 
l'emploi  de  l'émail,  et  cet  art,  au  lieu  de  s'établir 
dans  le  centre  de  la  France,  dès  le  X'^  siècle,  n'y 
aurait  été  connu  que  deux  cents  ans  plus  tard. 
M.  L.  Guibert  ne  partage  point  cet  avis  et  croit, 
avec  MM.  F.  de  Verneilh  et  Darcel,  que  l'école 
de  Limoges,  très  différente  de  celle  d'Allemagne, 
ne  doit  rien  à  celle-ci. 

La  première  mention  certaine  d'un  ouvrage 
émaillé  d'origine  limousine  n'est  pas  antérieure  à 
1208.  A  cette  époque,  la  fabrication  des  objets  à 
l'usage  des  particuliers,  des  ornements  profanes, 
des  ustensiles  de  table  et  des  accessoires  de  toi- 
lette, paraît  avoir  pris  un  développement  assez 
considérable;  en  même  temps,  les  châsses,  les 
reliquaires,  les  croix,  les  crosses,  les  plaques 
émaillés,  sont  souvent  d'un  dessin  exquis  et 
attestent  une  remarquable  éducation  artistique, 
en  même  temps  qu'une  souplesse  merveilleuse  de 
burin  et  de  ciseau.  Les  orfèvres  sont  organisés 
en  corps  de  métier  et  les  noms  de  quelques-uns 
d'entre  eux  sont  aujourd'hui  connus. 

L'orfèvrerie  limousine  déchoit  au  XIV«  siècle 
pour  tomber  en  pleine  décadence  au  XV*^.  C'est 
alors  que  l'industrie  limousine  se  transforme  et 
que  les  émau.x  peints  succèdent  à  l'orfèvrerie 
émaillée.  Ils  atteignent  leur  perfection  au  XVL' 
siècle  et  tombent  en  décadence  dès  le  commen- 
cement du  suivant. 

Le  travail  de  M.  Guibert  est  accompagné  d'un 
certain  nombre  de  gravures.  L'une  d'elles  repré- 
sente un  reliquaire  du  XII  F'  siècle,  conservé 
à  l'église  des  Billanges  (Haute-Vienne).  L'auteur 
dit  avec  raison  que  le  Limousin,  si  riche  encore  en 
œuvres  de  ce  genre,  en  possède  peu  dont  l'aspect 
satisfasse  aussi  complètement  lesyeu.x  et  le  goût 
et  qui  n'ait  rien  à  craindre  d'une  étude  attentive. 

Société  académique  de  l'Oise.  —  La  deu- 
xième partie  du  tome  XII  de  ses  Mémoires  con- 
tient la  fin  de  V Étude  historique  et  arclu'ologiqiie 
sur  Saint- Just-en-Chaiissi'e  par  M.  l'abbé  Fihan. 
L'auteur  consacre  un  long  chapitre  à  la  cure  et 
au.\  édifices  paroissiaux.  L'ancienne  église  qui  a 
servi  de  paroisse  jusqu'en  1870,  ne  remonte  qu'au 


XV<=  siècle,  et  n'offre  rien  de  bien  remarquable  à 
noter  ;  mais  elle  conserve  un  monument  fort 
curieux  dont  les  sculptures  doivent  faire  remon- 
ter l'origine  au  XIF  siècle,  peut-être  même  au 
XF.  C'est  une  cuve  baptismale,  en  pierre  noire, 
reposant  sur  un  tronçon  de  colonne,  couronné 
par  un  bandeau  rectangulaire  que  supportent 
quatre  colonnettes.  Sur  une  des  grandes  bases  du 
bandeau  sont  représentés,  en  bas-reliefs,  deux 
animaux  assez  semblables  à  des  lions.  Ailleurs,ce 
sont  des  rosaces, des  têtes  humaines, d'autres  têtes 
couvertes  de  mitres,  des  palmiers,  etc.  En  raison 
du  caractère  tout  particulier  des  sculptures  peu 
profondément  fouillées  et  d'un  certain  faire  qu'on 
ne  retrouve  pas  dans  les  ornements  des  églises 
construites  en  Beauvoisis,  aux  XF  et  XIF  siè- 
cles, M.  l'abbé  Barraud  était  porté  à  croire  que 
les  fonts  baptismau.x  de  Saint-Just  ont  été  faits 
par  des  artistes  étrangers. 

Société  d'archéologie  d'Avranches.  —  Au 

moyen  âge,  un  drame  liturgique  se  jouait  avec 
grande  pompe,  le  jour  de  Pâques,  dans  le  chœur 
de  l'église  abbatiale  du  Mont-Saint-Michel.  M.  Le 
Fléricher  en  rend  compte  d'après  un  manuscrit 
du  XIIF  siècle,  conservé  à  la  Bibliothèque  d'A- 
vranches. Voici  un  extrait  de  sa  notice  : 

(<  Le  jour  de  Pâques, un  religieux  représentant  le  Christ 
avec  une  aube  teinte  de  sang,  le  diadème  en  tête,  avec  la 
barbe,  pieds  nus,  passait  à  travers  le  chœur:  «  Fratcr  gui 
eril  Dcus  luibebit  habitian  de  alba  tincta  in  sanguine,  (tint 
diadeinatc,  etc.  Trois  diacres,  ou  les  saintes  femmes,  en 
dalmatique,  avec  l'amict  sur  la  tête,  tenant  des  vases  de 
parfums,  venaient  par  le  bas  du  chœur  et  chantaient  : 
Quis  rcvolvet  lapidem  ab  ostio  ino?iU!iicn/i  f  Un  autre  reli- 
gieux, représentant  l'ange,  vêtu  d'une  chape  blanche,  la 
palme  h  la  main,  la  couronne  en  tête,  chantait  sur  l'autel  : 
QuoH  quteritis  ?  et  les  trois  diacres  répondaient  yt'jv/j-  de 
Nazareth  ;  puis  l'ange  .•  Xon  est  /lie.  Et  l'ange  disparais- 
sait et  les  diacres  restaient  près  du  sépulcre  ouvert.  En- 
suite deux  frères,  deux  diacres,  vêtus  de  chapes  rot'ges, 
disaient  du  fond  du  sépulcre  :  (Juid ptoras  /  et  un  des  dia- 
cres ■A2uia  tulerunl  Doniinuin  tneuni,  et  les  deux  anges 
continuaient:  Quem  tjuœritisL..  non  est  Jiie,  et  les  diacres 
entraient  dans  le  tombeau, puis  les  anges  s'écriaient:  i\'««- 
iiate  disciptilis  qiiod  resurrexit.  Alors  les  diacres  sor- 
taient de  la  tombe,  et  le  Seigneur,  venant  par  un  autre 
côté,  disait  à  l'un  d'eux  :  Mulier,  ijuid ploras  .'  Quem  qiiœ- 
ris  f  et  le  diacre  comme  la  .Madeleine  répondait:  Domine, 
si  sus/uiisti  eiiin,  dieito  mihi  itbi  posuisti  eum  /  Le  Christ 
montrant  le  crucifix,  chantait  ce  seul  mot  .Maria  /  et  le 
diacre  l'appelait  maître  et  se  prosternait,  mais  le  Christ  : 
Noli  me  tangere,  et  il  donnait  sa  bénédiction,  puis  se  reti- 
rait. Le  premier  diacre,  en  se  relevant,  disait  :  Christus 
vivit  ;  le  second  :  laeeratits  est  ;  le  troisième:  ergo  clausa; 
lange,  sur  l'autel  :  resurre.xit,  et  les  diacres  à  haute  voix: 
resurrexit,  puis  ils  entonnaient  le  Te  Deum. 


Société  archéologique  de  Béziers.  —  M.  L. 

Noguier  signale  et  décrit  une  grande  croix  his- 
toriée i)lantée  au  milieu  du  cimetière  de  Mousson 
(Aude).  Le  Christ,  imberbe,  aux  cheveux  longs, 
est  habillé  d'un  tonnelet.  Le  sommet  de  la  croi.x  se 
termine  par  un  oiseau  à  bec  aigu,  un  pélican  sans 


Crauaur   Des    Sociétés   savantes. 


515 


doute.  A  droite  du  Christ,  on  voit  le  bon  larron 
sur  une  croix  de  dimension  beaucoup  plus  petite: 
au-dessus  de  sa  tête,  un  ange  paraît  vouloir 
défendre  son  âme  contre  le  démon  représenté 
par  un  animal  à  oreilles  saillantes.  A  la  gauche 
du  Sauveur, deux  personnages  mal  conservés  sont 
probablement  la  Vierge  et  saint  Jean.  Sur  la  face 
postérieure,  la  Vierge  tenant  l'enfant  JÉSUS  est 
supportée  par  un  ange.  Deux  anges  portent  une 
couronne  sur  sa  tête,  tandis  qu'à  ses  côtés  deux 
autres  anges  promènent  leur  archet  sur  un  instru- 
ment à  cordes.  Aux  deux  extrémités  de  la  branche 
transversale  de  la  croix,  sont  figurés  le  soleil 
et  la  lune.  En  dessous  de  la  sainte  Vierge,  sur  le 
pilier  carré  de  support,  est  sculptée  la  figure  de 
saint  Laurent,  tenant  en  main  le  gril  de  son 
martyre.  Le  caractère  architectural  du  monument 
accuse  la  fin  du  XV"^  siècle  ou  le  commencement 
du  XVL'.  M.  de  Caumont  avait  indiqué  plusieurs 
croix  cimetériales,  dont  la  composition  est  ana- 
logue à  celle  de  Moussan,  notamment  les  croix 
de  Scaer  (Finistère)  et  d'Eroudeville  (Manche). 
M.  Noguier  en  trouve  d'autres  exemples  à 
Champagnac  (Creuse),  à  Coucher)'  (Côte  d'Or),  à 
Poma  (Aude)  et  au  musée  lapidaire  de  Béziers. 
Les  croix  tombales  des  XV"=et  XVI<=  siècles  sont 
moins  rares  que  les  croix  cimetériales  de  la  même 
époque  :  celles  des  siècles  antérieurs  méritent 
d'être  signalées,  il  y  en  a  une  au  musée  de  Béziers 
qui  s'élevait  sur  la  sépulture  d'un  maître-ès  lois, 
nommé  Matjan.  La  face  postérieure  est  décorée 
d'une  croix  pattée, inscrite  dans  un  cercle  à  bour- 
relet, orné  d'une  série  de  petits  modillons  ;  elle 
est  cantonnée  de  fleurs  de  lis  fines,  élancées, d'un 
beau  caractère.  M.  Noguier  l'attribue  à  la  seconde 
moitié  du  XIIL  siècle,  en  se  basant  sur  cette 
considération  que  l'usage  des  fleurs  de  lis  ne  dut 
guère  s'introduire  dans  les  habitudes  sculpturales 
du  midi  de  la  France  qu'après  la  croisade  albi- 
geoise. 

Société  des  sciences  morales  de  Seine  et 
Oise.  —  Le  travail  le  plus  étendu  et  l'un  des 
plus  remarquables  du  tome  XIV  de  ses  Mctnoircs 
est  une  notice  de  M.  Dutilleux  sur  un  manus- 
crit du  XVI<=  siècle  contenant  le  texte  des 
statuts  de  l'ordre  de  Saint-Michel,  appartenant  à 
la  Bibliothèque  communale  de  Saint-Gerrnain  en 
Laye.  Ce  précieux  manuscrit  qui  a  appartenu 
au  cardinal  de  Lorraine,  est  enrichi  d'une  reliure 
à  compartiments  de  couleurs,  dans  le  goût  de 
celles  adoptées,  en  Italie,  par  les  deux  Maïoli,  et, 
après  eux,  par  Jean  Grolier,  trésorier  général 
sous  François  I"^"".  Une  magnifique  miniature 
représente  saint  Michel  terrassant  le  démon  :  c'est 
une  réminiscence  du  même  sujet  peint  par 
Raphaël  pour  François  I'^''  (salon  carré  du  Lou- 
vre). Une  deuxième  miniature  représente  le  roi 
1  lenri  II  présidant  le  chapitre  de  l'ordre  de  Saint- 


Michel.  Cette  composition,  richement  encadrée, 
rappelle,  sans  perdre  aucunement  à  la  compa- 
raison, les  œuvres  les  plus  renommées  de  notre 
primitive  école  française.  M.  Dutilleux,  procédant 
par  de  nombreu.x  rapprochements,  surtout  avec 
une  miniature  de  la  collection  de  ]\I.  Ambroise 
Firmin  Didot,  conjecture  que  celles  de  Saint- 
Germain  en  Laye  sont  l'œuvre  du  célèbre  peintre 
Jean  Cousin. 

A  l'occasion  de  ce  manuscrit,  M.  Dutilleux  a 
retracé  l'histoire  de  l'ordre  de  Saint-Michel  et  s'est 
trouvé  amené  à  parler  de  l'insigne  donné  aux 
chevaliers  par  Louis  XI  et  modifié  par  Fran- 
çois Is''.  Le  collier  de  l'ordre  est  souvent  gravé, 
ou  reproduit  au  repoussé,  sur  les  armures  de 
cette  époque.  On  le  voit  également  représenté 
sur  de  nombreuses  effigies  funéraires  du  XVI^ 
siècle.  Au  moment  des  funérailles,  des  colliers 
en  cuivre  doré  étaient  déposés  sur  le  tombeau  ou 
le  catafalque.  C'est  d'après  les  indications  fournies 
par  les  monuments  de  l'époque,  que  M.  le  comte 
de  Marsy  a  pu  reconstituer  le  t)'pe  du  collier  qui 
figure  dans  la  collection  des  ordres  militaires, 
organisée,  avec  son  utile  concours,  par  la  direc- 
tion du  musée  d'artillerie.  Malgré  toutes  les 
recherches  poursuivies  pendant  plusieurs  années, 
M.  de  Marsy  n'a  pu  encore  retrouver  un  collier 
original  de  l'ordre  de  Saint-Michel,  ce  qui  peut 
s'expliquer  par  ce  fait  qu'à  la  mort  de  chaque 
titulaire,  les  héritiers  ou  sa  veuve  devaient 
renvoyer  les  insignes  au  roi  ou  aux  officiers  de 
l'ordre. 


Académie  de  Bordeaux.  —  M.  Léo  Drouyn 

continue  son  Essai  historique  et  arcJiéologiqiie  sur 
la  partie  de  l'ancien  diocèse  de  Bazas  qui  est  ren- 
fermée entre  la  Garonne  et  la  Dordogne.  Parmi 
les  églises  qu'il  décrit,  l'une  des  plus  intéres- 
santes est  celle  de  Blazimont,  qui,  de  monastique 
est  devenue  paroissiale.  Les  sculptures  de  la 
façade  occidentale  sont  les  plus  belles  que  le 
roman  fleuri  ait  laissées  dans  le  département  de 
la  Gironde,  et,  rapprochées  de  celles  de  l'intérieur, 
elles  offrent,  selon  M.  Drouyn,  un  remarqual:)le 
ensemble  de  symbolisme.  La  porte  principale 
s'ouvre  sous  six  arcs  en  retrait  retombant  sur  des 
colonnettes  couronnées  de  riches  chapiteaux;  les 
arcs  sont  couverts  de  figures  en  haut  relief  ou  de 
palmettes  et  de  moulures  flabelliformes.  Une 
partie  de  chasse  en  plusieurs  tableaux  est  figurée 
sur  la  première  archivolte.  On  y  voit  un  homme 
au  pied  d'un  arbre,  décochant  une  flèche  contre 
un  oiseau  perché  sur  cet  arbre;  un  chasseur  au 
repos  tenant  son  chien  en  laisse;  un  cerf  pour- 
suivi par  un  chien  et  atteint  par  la  flèche  d'un 
chasseur;  un  centaure  attaquant  un  sanglier  avec 
un  épicu  ;  un  chasseur  appu}-é  sur  une  lance,  etc. 
Dans  la  troisième  archivolte,  est   figuré  le  com- 


5i6 


îRctiuc    De    l'arr    cfjrcticn 


bat  des  Vertus  et  des  Vices;  les  Vertus,  revêtues 
de  longues  robes,  flottantes  dans  la  partie  infé- 
rieure et  collantes  sur  le  buste  et  les  bras,  foulant 
aux  pieds  les  Vices,  sous  la  forme  de  monstres 
hideux  qu'elles  précipitent  dans  les  abîmes;  sous 
l'un  deux  s'élèvent  des  flammes.  Les  Vertus  sont 
armées  de  lances,  d'épées  et  de  poignards;  celles 
de  droite  seules  ont  des  boucliers.  Dans  le 
sixième  arc,  quatre  anges  adorent  l'Agneau  divin, 
placé  dans  une  auréole.  Les  chapiteaux  représen- 
tent un  homme  entre  deux  oiseaux  contournés, 
qui  se  touchent  par  le  bout  de  la  queue  et  qui 
mordent  la  tête  de  l'homme,  lequel  saisit  le  cou 
des  oiseaux;  un  personnage  entre  deux  dragons; 
une  hideuse  figure  de  démon  accroupi;  deux 
monstres  à  tête  de  lion,  corps  d'oiseaux  et 
queue  de  serpent  ;  un  diable  aux  cheveux 
hérissés;  un  personnage  assis  entre  deux  lions, 
peut-être  Daniel  dans  la  fosse  aux  lions,  etc. 

A  la  corniche  qui  surmonte  le  rez-de-chaussée, 
on  remarque  un  dragon  ailé  à  tête  humaine,  un 
diable  cornu,  une  tête  barbue  coiffée  d'une  mitre, 
des  têtes  d'animaux,  etc. 

A  l'intérieur,  les  clefs  de  voûte  figurent  la 
Sainte  Vierge  tenant  l'Enfant-jÉSUS,  entourée 
de  quatre  anges  adorateurs,  l'Agneau  portant  le 
labarum,  etc.  A  gauche,  les  consoles  des  colon- 
nettes  représentent  trois  têtes  de  damnés:  la 
première  est  celle  d'un  homme  aux  yeux  hagards, 
dont  la  bouche  aux  coins  abaissés  est  à  moitié 
ouverte;  la  seconde,  au  milieu,  est  une  tête  de 
femme  pleurant;  la  troisième  est  coiffée  d'une 
couronne;  ce  puissant  de  la  terre  se  dévore  les 
mains.  Les  consoles  de  droite  offrent  aussi  trois 
têtes,  mais  d'une  expression  bien  différente.  Au 
milieu  est  une  tête  de  femme  dont  la  bouche  est 
rétrécie  au  point  de  ne  présenter  qu'un  très  petit 
orifice  entouré  de  lèvres  saillantes  et  rondes;  les 
deux  têtes  voisines,  appartenant  à  des  hommes, 
sont  calmes,  sinon  gaies. 

«  Les  sculptures  du  portail  et  celles  de  l'inté- 
rieur de  l'église  de  Blazimont,  conclut  AI.  L. 
Drouyn,  se  complètent  et  forment  un  ensemble 
symbolique  dont  la  clarté  doit  frapper  tout  le 
monde:  à  l'extérieur,  le  combat  dans  les  vous- 
sures et  les  chapiteaux;  dans  l'intérieur,  à  droite, 
la  récompense  pour  les  vainqueurs;  à  gauche,  la 
punition  pour  les  vaincus.  » 

Académie  de  Rouen.  —  M.  Lefort  consacre 
une  étude  à  V architecture  du  XI'  au  X  VI II'  siècle 
et  se  plaint  avec  raison  que  les  architectes  n'aient 
pas  leurs  historiens  comme  les  peintres  et  les 
sculpteurs  :  c'est  que  l'art  de  l'architecte  échappe 
à  la  compétence  de  la  foule,  bien  qu'elle  soit  fort 
apte  à  donner  son  appréciation  sur  les  édifices 
que  cet  art  élève  ;  mais  il  faut  un  apprentissage 
même   pour   lire    un    plan,   et    une    éducation 


spéciale  est  nécessaire  pour  en  découvrir  les  qua- 
lités. La  masse  lettrée  du  public  connaît  les  noms 
de  beaucoup  de  peintres  de  deuxième  ordre  ;  mais 
combien  de  personnes  savent-elles  que  le  vieux 
Louvre  est  de  Pierre  Lescot,et  le  Palais  de  Justice 
de  Rouen,  de  RouUand  le  Roux  ? 

Ce  n'est  qu'au  XII'=  siècle  qu'apparaissent  pour 
la  première  fois,dans  les  documents, les  architectes 
laïques  ;  mais  de  ceux  qui  ont  échappé  à  l'oubli, 
on  ne  connaît  guère  que  les  noms.  Ces  artistes 
étaient  simplement  des  ouvriers  mieux  doués 
ou  plus  instruits  que  leurs  camarades,  qu'ils 
dirigeaient.  Les  cartulaires  et  les  nécrologes  les 
appellent  ordinairement  maîtres  des  pierres. Wnsi, 
au  XI 1*=  siècle,  l'architecte  semblait  ne  s'occuper 
que  de  la  pierre  :  les  autres  corps  de  métier  ne 
relevaient  pas  de  lui.  Il  était  assimilable  à  celui 
que  nous  nommons  aujourd'hui,dans  un  chantier, 
l'appareilleur,  car  tous  les  matériaux  lui  étaient 
fournis.  Ce  n'est  que  tout  récemment  ,  au 
XVIIL'  siècle,  qu'intervient  l'entrepreneur.  Au 
XIII<=,  l'architecte  est  appelé  maître  de  l'ouvrage 
et  quelquefois  maçon  du  rez  ;  vers  la  fin  du  XIV* 
siècle, apparaît  la  qualification  âeiiiaître  de  l'œuvre 
ou  des  œuvres.  Ce  titre  finit  par  prévaloir  et 
fut  employé  le  plus  souvent  jusqu'au  milieu  du 
XVI II'- siècle.  Riais  dès  le  XVI'=,  l'invasion  des 
artistes  italiens  à  Fontainebleau  naturalisa  la 
qualification  ^'architecte,  que  nous  voyons  déjà 
dans  l'édition  princcps  de  Vitruve,  illustrée  par 
Jean  Goujon. 

M.  Lefort  donne  d'intéressants  détails  sur  le 
salaire  des  architectes.  Au  moyen  âge,  il  consis- 
tait en  un  salaire  quotidien,  joint  à  une  indemnité 
annuelle.  Jean  de  Bayeux,  constructeur  du  cha- 
pitre de  la  cathédrale  de  Rouen,  avait  une  pen- 
sion de  3,200  fr.  (valeur  actuelle)  outre  15  fr.  par 
jour  de  travail  et  300  fr.  pour  sa  robe,  c'est-à-dire 
son  habillement.  J.  Alorge,  qui  bâtit  la  porte  Mar- 
tainville,  à  Rouen,  recevait  un  traitement  annuel 
de  5,862  fr.,  mais  sans  robe.  En  dehors  du  salaire 
quotidien  et  du  traitement  annuel,  on  accordait 
parfois  aux  œuvres  méritantes  une  récompense 
exceptionnelle:  c'est  ainsi  que  Roulland  le  Roux, 
auteur  du  tombeau  de  Georges  d'Amboise,  reçut 
en  15 10,  comme  témoignage  de  satisfaction, 
une  somme  d'environ  1785  fr.  (57  livres,  10  sols). 
Des  indemnités  à  part  étaient  allouées  pour  les 
voyages  nécessaires  :  De  Chaume,  architecte  de 
la  cathédrale  de  Sens,  se  rendant  à  Paris,  en  1 320, 
pour  acheter  de  la  pierre,  reçut  du  chapitre  la 
somme  de  215  francs.  Enfin  une  immunité  d'une 
nature  particulière  existait  au  profit  de  l'archi- 
tecte, pour  les  travau.x  de  longue  durée.  On 
mettait  gratuitement  à  sa  disposition  un  local 
vaste  et  spécial,  où  étaient  conservés  non  seule- 
ment les  dessins,  mais  aussi  les  marchés,  les 
comptes  et  même  les  tracés  de  la  grandeur  de 


Cratiaur  Des    Sociétés    sauantcs 


517 


l'exécution.laquelle  se  faisait  quelquefois  attendre 
pendant  un  quart  de  siècle  et  plus.  Un  de  ses  plus 
intéressants  édifices  est  la  construction  du 
XVI*^  siècle,  qui,  à  Sens,  sert  encore  aujourd'hui 
de  bureau  à  l'architecte  de  la  ville.         J.  C. 

La  Société  des  Antiquaires  de  Picardie 
fêtera  l'an  prochain  son  cinquantenaire  par  une 
exposition  d'archéologie  locale,  et  par  un  congrès 
historique  et  archéologique,  qui  se  réunira  à 
Amiens  à  l'époque  de  l'exposition  pour  discuter 
des  questions  déterminées  à  l'avance.  Cette 
session  durera  8  jours,  et  coïncidera  avec  la  séance 
publique  annuelle  de  la  Société. 

Société  archéologique  de  Chauny.  —  Une 
nouvelle  société  savante  vient  de  se  fonder  à 
Chauny  (Aisne),  grâce  à  l'initiative  de  M.  l'abbé 
Caron.  Cette  association  se  propose  de  se  consa- 
crer à  l'étude  historique,  archéologique  et  scien- 
tifique de  cette  partie  du  département  de  l'Aisne, 
et  met  en  tête  de  son  programme  la  publication 
avec  notes  et  additions  des  manuscrits  du  P. 
Labbé. 

Société  Nationale  des  Antiquaires  de  France. 

Séance  du  3  juin  i8S§.  —  Présidence  de  M. 
Courajod.  M.L.MaxeVerly  présente  deux  moules 
en  schiste  ardoisier  destinés  à  reproduire  en  métal 
des  enseignes  de  pèlerinage  et  pouvant  être 
rapportés  au  XI ¥•=  siècle,  l'un  appartenant  à  M.  le 
général  Meyers,  représente  la  Mort  du  Pèlerin  et 
la  Délivrance  de  son  âme.  L'autre  trouvé  à 
Rennes  et  appartenant  à  M.  A.  Ramé,  offre 
l'image  de  l'archange  saint  Michel  pesant  les 
âmes  au  jour  du  jugement  dernier. 

Séance  du  10 juin.  —  Présidence  deM. Courajod. 
M.  Movvat  présente  des  empreintes  d'une  pierre 
à  moules  découverte  à  Rennes  et  conservée  au 
Musée  archéologique:  sur  l'une  des  faces,  on  voit 
les  instruments  de  la  Passion;  sur  l'autre  face, 
un  personnage  vêtu  d'une  sorte  de  caleçon 
court  auquel  une  bourse  est  attachée  :  il  est 
violemment  attiré  par  les  mains  crochues  d'un 
personnage  dont  le  corps  est  détruit  ;  ce  tableau 
représente  sans  doute  un  damné  entraîné  dans 
l'enfer  par  le  diable.  La  pierre  parait  devoir  être 
rapportée  à  la  fin  du  XV'^  siècle. 

Séance  du  i^juin.  —  Présidence  de  M. Courajod. 
M.  d'Arbois  de  Jubainville  lit  un  travail  intitulé 
«  Lugus,  Lugones;  le  Mercure  gaulois  j}. 

M.  Flouest  lit  au  nom  de  M.  le  comte  de  la  Noè 
un  mémoire  sur  «  V! Oppidum  gaulois  en  général!). 

M.  le  chanoine  Julien-Laferrière  communique 
deux  inscriptions  inédites  relevées  par  lui,  l'une 
au  portail  de  l'église  de  St-Léger,  en  Saintongc, 
l'autre  sur  la  cloche  de  la  même  église;  il  signale 


quelques  particularités  des  églises  romanes  en 
Saintonge,  notamment  leur  réfection  partielle  au 
commencement  du  XIII'^  siècle  et  l'emploi  du 
fer  à  cheval  comme  motif  d'ornementation.  Un 
membre  dit  que  ce  dernier  ornement  fait  allusion 
à  des  pèlerinages  accomplis  au  tombeau  de  saint 
Martin. 

M.  E.  Mùntz  rappelle  que  M.  Grimm  a  démon- 
tré que  le  cheval  du  St-Gcorges  de  Raphaël  au 
Musée  du  Louvre  était  imité  de  l'un  des  chevau.x 
antiques  de  Monte  Cavallo  et  qu'il  en  a  conclu 
que  le  tableau  de  Raphaël  était  postérieur  à 
l'établissement  du  maitre  à  Rome  en  1 507-1508. 
M.  Mijntz  se  servant  d'un  dessin  publié  par 
M.  Courajod  établit  que  Raphaël  a  connu  les 
colosses  de  Monte  Cavallo  par  l'intermédiaire  de 
Léonard  de  Vinci  dans  l'atelier  duquel  ce  dessin 
a  été  exécuté  et  que  le  St-Geoiges  du  Louvre  doit 
en  conséquence  être  daté  de  1 504  et  non  de 
1507- 1508. 

Séance  du  ijjuin. — Présidence  deM. Courajod. 
M.  de  Geymuller  présente  les  épreuves  photo- 
graphiques des  dessins  d'un  architecte  français 
conservés  à  la  Bibliothèque  royale  de  Munich  ; 
d'après  des  indices  certains,  il  les  restitue  à  Du 
Cerceau;  ces  dessins  représentent  des  monuments 
vus  par  l'auteur  dans  un  voyage  qu'il  aurait 
exécuté  en  Italie  vers  1575. 

M.  Germain  Bapst  annonce  que  des  fouilles 
viennent  d'être  exécutées  à  Van  (Arménie)  et 
qu'on  y  a  trouvé  des  monuments  de  l'art  chal- 
déo-assyrien  dont  le  travail  rappelle  celui  du 
siège  de  bronze  de  même  provenance  acquis  par 
M.  le  Mq"'s  de  Vogué. 

M.  Flouest  donne  des  détails  circonstanciés 
sur  une  sépulture  à  char  gaulois  découverte  près 
de  Stuppe  (Marne)  par  M.  Counhaye;  il  commu- 
nique des  dessins  coloriés  de  la  garniture  de 
bout  de  timon  consistant  en  plaques  de  bronze 
ciselées  à  jour  et  incrustées  de  cabochons  qui 
paraissent  être  en  corail,  ou  peut-être  en  émail 
analogue  à  celui  qui  a  été  signalé  dans  les 
fouilles  du  Mont  Beuvrey  par  M.  BuUiot. 

M.  de  Montaiglon  exhibe  une  espèce  d'arma- 
ture en  fer  forgé  qu'il  suppose  avoir  servi  à  main- 
tenir la  fraise  dans  le  costume  des  femmes  à 
l'époque  des  Valois. 

Séance  du  i'''' juillet.  —  Présidence  de  M.  Cou- 
rajod et  de  M.  Héron  de  Villefosse.  M.  de  Goy 
communique  la  photographie  d'une  ^fise  au 
tombeau  de  la  cathédrale  de  Bourges.  M.  Maxe- 
Verly  présente  le  dessin  d'une  roulette  de  bronze 
conservée  au  Musée  de  Rouen  et  destinée  à 
reproduire  en  relief  sur  la  terre  molle  des  poteries 
les  ornements  gravés  en  creu.x  sur  la  tranche. 

M.  Gaidoz  lit  une  notice  sur  les  monnaies  à  la 
croix  roue  et   à  la  croix  de  la  Gaule  ;   il  ramène 


5i8 


Ectiue    De    rart   chrétien. 


ces  monnaies  à  un  seul  type  primitif  celui  de  la 
roue,(\\x\  est  celui  des  monnaies  grecques  imitées 
par  les  Gaulois.  L'avènement  et  le  triomphe  du 
Christianisme  vinrent  donner  une  signification 
nouvelle  à  ces  monnaies,  qui  paraissaient  porter 
le  signe  de  la  croix  chrétienne  et  assurèrent  la 
continuation  de  ce  type  jusque  dans  les  temps 
modernes.  M.  Courajod  lit  un  mémoire  intitulé: 
«  Documents  sur  l'histoire  des  arts  et  des  artistes 
à  Crémone  aux  XV"^  et  XVP  siècles.  » 

Séances  des  8  et  ij  juillet.  —  Présidence  de 
M.  Courajod.  M.  Al.  Bertrand  communique  les 
photographies  d'une  tête  de  marbre  blanc  qu'il 
a  reçue  de  M.  Aug.  Nicaise  et  que  l'on  croit 
provenir  des  anciennes  fouilles  exécutées  par 
Grignon  au  Chatelet  (Haute  Marne). 

M.  Flouest  communique  de  beaux  dessins 
coloriés  d'objets  antiques  retirés  d'un  tumulus  de 
la  forêt  de  Chamberceau,  commune  de  Rivières- 
les-Fosses  (Haute  Marne), notamment  une  feuille 
mince  et  flexible  de  bronze  façonnée  en  ceinture. 

M.  Molinier  lit  un  extrait  d'un  mémoire  de 
M.  L.  Cloquet  sur  une  peinture  murale  de  l'église 
cathédrale  de  Tournai  (Belgique). 

M.  l'abbé  Thedenat  fait  circuler  les  empreintes 
de  deux  masques  moulés  sur  le  visage  de  deux 
enfants  défunts  (époque  romaine). 

M.  le  président  présente  avec  éloge  le  livre  de 
M.  Ch.de  Linas:  <(  Œuvres  de  Limoges  conservées 
à  l'étranger  et  documents  relatifs  à  Fémaillerie 
limousine')). 

M.  Lecoy  de  la  Marche  lit  une  analyse  détail- 
lée du  manuscrit  du  XIV^  sièle  conservé  à  la 
bibliothèque  de  Naples,  De  arte  illuminandi.  M. 
de  Barthélémy  achève  la  lecture  du  mémoire  de 
M.  de  la  Noè  sur  Y  Oppidum  gaulois  en  général. 

Séance  du  22  juillet.  —  Présidence  de  M.  Cou- 
rajod. M.  Collignon  communique  la  photographie 
d'une  sculpture  trouvée  sur  la  ligne  du  chemin  de 
fer  de  l'Est,  près  de  Gondrecourt,  et  représentant 
une  divinité 

M.  l'abbé  Tourct  donne  divers  renseignements 
sur  trois  missels  anciens  du  diocèse  d'Elne,  offrant 
un  intérêt  archéologique. 

M.  Lecoy  de  la  Marche  achève  la  lecture  de 
son  étude  sur  le  manuscrit  de  la  liibliothèque 
de  Naples  renfermant  le  De  Arte  illuminandi,  et  ■ 
donne,  d'après  ce  traité,  des  explications  sur  le 
broyement  des  couleurs,  sur  leur  application  et 
sur  les  instruments  de  l'enlumineur. 

M.  l'abbé  Thedenat  fait  circuler  l'estampage 
d'une  coupe  de  marbre  trouvée  près  de  Cherchell 
(Algérie)  représentant  dcu.x  personnages. 

Séance  du  2Ç  juillet.  —  Présidence  de  M.  Cou- 
rajod. M.  Mùntz  propose  une  interprétation 
nouvelle  pour  un  passage  du  moine  Théophile.  Il 


signale  l'analogie  entre  l'exécution  de  la  pierre 
tombale  de  Frédegonde,  à  Saint-Denis,  et  les 
procédés  décrits  par  Théophile  au  chapitre  12  du 
livre  II  de  son  traité.  M.  de  Montaiglon  fait 
observer  qu'il  serait  difficile  de  fixer  la  date  précise 
de  ce  tombeau,  mais  qu'il  présente  les  caractères 
de  l'école  romane  du  XI^  ou  du  XII<=  siècle. 

L'Académie  d'Arras  tenait  sa  séance  publique 
annuelle  le  vendredi  21  août  dernier.  Un  nom- 
breu.x  auditoire,  massé  dans  le  grand  salon  de 
l'Hôtel  de  Ville,  a  eu  la  bonne  fortune  d'entendre 
un  très  éloquent  discours  du  nouveau  président, 
M.  H.  de  Mallortie,  discours  où  l'élévation  des 
pensées  s'alliait  aux  formes  les  plus  pures  du 
langage.  L'orateur  a  été  surtout  applaudi,  quand 
il  a  démontré  que  le  niveau  très  bas,  où  sont 
descendus  l'art  et  la  littérature  modernes,  ne  doit 
pas  être  imputé  aux  artistes  et  aux  écrivains,  mais 
bien  aux  goûts  dépravés  d'une  clientèle  maladive. 
Les  doctrines  de  M.  de  Mallortie  ont  déjà  trouvé 
et  elles  trouveront  encore  un  écho  dans  la  Revue 
de  r Art  chrétien;  néanmoins  on  se  demandera 
comment  un  homme  de  pareille  valeur,  un  Fran- 
çais de  si  haute  école,  a  vieilli  dans  la  direction 
d'un  collège  municipal,  au  lieu  de  briller  —  là 
était  sa  véritable  place  —  dans  la  chaire  d'une 
Faculté  de  l'État. 

En  rendant  compte  des  travaux  de  l'Académie, 
session  1884- 1885,  M.  le  chanoine  Van  Drivai 
secrétaire-général,  a  bien  voulu  adresser  un 
compliment  flatteur  à  la  Revue  de  l' Art  chrétien. 
M.  Van  Drivai,  qui  a  de  la  mémoire,  lorsque  tant 
d'autres  en  manquent,  n'a  pas  oublié  qu'avant 
de  s'adonner  exclusivement  à  l'histoire  et  à  la 
linguistique,  il  s'est  occupé  d'archéologie,  et  que 
le  recueil  fondé  par  M.  l'abbé  Corblet  ne  lui 
marchandait  pas  la  place. 

Académie  Pontificale  d'Archéologie.  — 
La  dernière  séance  de  l'Académie  Pontificale 
d'Archéologie  à  Rome  a  été  fort  intéressante. 

Le  R.  D.  Isidore  Carini,  sous-archiviste  du 
Saint-Siège,  a  parlé  de  quelques  anciens  manus- 
crits des  archives  du  Ciiapitre  de  Palcrme,  où  il 
est  question  notamment  d'usages  introduits  dans 
l'ile  par  les  Normands   au  XL'  et  auXII"^  siècle. 

M.  le  professeur  Armellini  a  fait  ensuite  une 
communication  sur  les  découvertes  qui  ont  eu 
lieu  récemment  à  Sainte-Agnès-hors-les-murs  et 
sur  celles  du  Forum,  près  de  Sainte-Marie  Libé- 
ratrice. 11  croit  qu'il  y  avait  là  jadis  un  monastère 
bénédictin:  on  a,  du  reste,  mis  au  jour  dernière- 
ment en  ce  lieu  une  fresque  curieuse  représentant 
le  patriarche  des  moines  d'Occident.  Un  docu- 
ment existant  dans  les  archives  de  Sainte-Anne 
de'  Funari  parle  également  du  monastère  comme 
florissant  encore  au  XIV'^' siècle.  L.  C. 


i^ 


'mmsmifmmiSï  BibIiog;rapl)te»  '^m^smmsuim 


LES  ARTISTES  CELEBRES.  DONATELLO, 
par  Eugène  Muntz,  in-4",  Paris  J.  Rouam,  29,  Cite 
d'Antin,  1885. 

'ART  religieux  —  je  n'entends  pas 
seulement  l'art  chrétien,  ou  plutôt 
/'itri  appliqué  au  christianisme  — 
cherche  à  idéaliser  la  nature;  le 
réalisme  s'efforce  de  la  rendre  telle 
qu'elle  est,  et,  loin  d'en  dissimuler 
les  défauts,  il  ne  se  gêne  pas  au  besoin  pour  les 
aggraver.  Le  titre  que  porte  notre  Revue  — 
j'aimerais  assez  à  le  modifier  dans  le  sens  indiqué 
ci-dessus  —  me  dispenserait  à  coup  sûr  d'y  parler 
d'un  homme  qui,  s'il  n'inventa  pas  le  réalisme, 
en  fut  au  moins  l'un  des  plus  zélés  apôtres 
jusqu'au  dernier  quart  du  XV"  siècle.  Mais,  ici, 
l'auteur  prime  le  sujet  ;  M.  Mijntz  a  rendu  à 
l'archéologie  chrétienne  de  trop  éminents  services, 
pour  qu'il  nous  soit  permis  de  laisser  dans 
l'ombre  aucun  ouvrage  dû  à  sa  plume.  M.  MiJntz 
—  DU  taleui  avertite  casum  —  écrirait  un  dithy- 
rambe en  l'honneur  des  Carraches,  que  nous 
nous  croirions  obligé  de  le  mentionner. 

Le  sculpteur  Donato  ou  Donatello,  né  et  mort 
à  Florence  (1386 — ^1466),  était  un  puissant  génie, 
chercheur  et  révolutionnaire,  tantôt  marchant  sur 
les  traces  de  l'antique  qu'il  aimait  passionnément, 
tantôt  livré  à  ses  propres  inspirations.  Selon  le 
vent  qui  souffle,  Donatello,  tour  à  tour  noble  ou 
trivial,  ascétique,  gracieux  ou  maniéré,  passe 
brusquement  d'un  extrême  à  l'autre;  mais,  n'im- 
porte le  parti  pris,  l'œuvre  reste  toujours  em- 
preinte d'un  cachet  personnel,  elle  n'a  pas  besoin 
de  signature. 

Aussi  peu  chrétien  que  possible,  l'artiste  flo- 
rentin se  montre  à  l'occasion  biblique.  Le  style 
biblique,  très  distinct  du  style  chrétien,  fut  plus 
tard  la  principale  corde  qui  vibra  dans  le  cerveau 
de  Michel-Ange.  U opéra  del  Duo ino  commande  à 
Donatello  un  saint  Jean  l'Evangéliste  pour 
Santa-Maria-de  Fiori  ;  quel  personnage  éclot 
sous  la  main  du  statuaire  .'  L'apôtre  de  la  charité, 
le  visionnaire  inspiré  de  Patmos.'  Nullement,  un 
Moïse.  Lafigure  est  belle, j'en  conviens, sans  valoir 
à  beaucoup  près  le  fougueux  législateur  hébreu 
de  Buonarotti.  ^L  Mùntz  trouve  que  le  Moïse  de 
Sati-Fietro-in  Vincoli  existe  en  germe  dans  le 
saint  Jean  de  Florence;  c'est  aller  trop  loin:  j'y 
vois  pour  mon  compte  l'accord  fortuit  de  deux 
hommes  de  génie  Seulement,  Michel-Ange  était 
imbu  de  son  sujet;  Donatello  ne  se  douta  pas  du 
sien,    l'^antastiquement   accoutré,    le    David    en 


marbre  du  Museo  nazionale  s'éloigne  tout  à  fait 
du  cycle  biblique;  le  David  en  bronze  de  la  même 
galerie  n'est  qu'un  Persée  venant  de  décapiter 
Méduse.  Le  saint  Pierre  et  le  saint  Marc  à'Or 
San-Michele  offrent  un  grand  caractère,  leur  exé- 
cution est  irréprochable  ;   mais  on  sent   Giotto 

derrière,    et  derrière  Giotto !  Silence  devant 

la  Judith  tuant  ce  pauvre  Holopheriie ;  lourde  en 
dépit  de  certaines  qualités.  Je  l'ai  vue  jadis,  sans 
beaucoup  la  regarder,  dans  son  merveilleux  cadre 
architectural,   la  Loggia  de'Lanai. 

Il  nous  faudra  retourner  à  Or  San-Mickele 
pour  payer  à  Donatello  le  tribut  d'hommage  dont 
il  est  vraiment  digne.  Admirons  le  saint  Georges, 
un  chef-d'œuvre  à  mon  avis;  je  n'y  mets  aucune 
restriction.  L'Italie,  au  XV*^  siècle,  connut-elle  la 
plastique  byzantine  du  X"-'  ?  On  peut  hésiter  à  le 
croire,  d'autant  mieux  que,  au  XVIII<^,  Gori  et 
Passeri  en  ignoraient  le  premier  mot.  Néanmoins 
ce  guerrier,  si  fièrement  campé  dans  une  attitude 
calme  et  majestueuse,  me  rappelle  vaguement 
un  art  favori.  Plus  savant,  plus  correct.plus  sobre, 
que  ses  prédécesseurs  grecs,  le  Florentin  semble 
avoir  deviné  leur  style  magistral  qu'il  s'approprie 
en  le  faisant  sortir  de  l'ornière  hiératique. 

Regrettons  sincèrement  que  Donatello  n'ait 
pas  appliqué  aux  portes  de  la  sacristie  de  Sati- 
Lorcnco  (Florence)  la  méthode  suivie  à  Or  San- 
Michelc.  A  défaut  de  Bénévent  et  de  Ravello,  il 
avait  vu  Saint-Paul-hors-les-Murs,  à  Rome,  et 
il  y  puisa  son  thème.  Par  malheur  les  change- 
ments introduits  dans  ce  thème  laissent  fort  à 
désirer;  M.  Mijntz  en  convient  de  très  bonne  foi. 
Substituer  à  l'immobilité  des  couples  S}'métriques 
un  mouvement  désordonné,  gâte  l'etfet  général 
d'une  composition  oii  chaque  figure  est  indivi- 
duellement bonne. 

Les  bas-reliefs  de  Saint-Antoine  (Padoue)  me 
plairaient  ailleurs  qu'à  l'église  ■  j'en  dirai  autant 
d'une  chaire  extérieure  (Pulpito  délia  cintola)  à 
la  cathédrale  de  Prato:  des  panneau.x  de  sarco- 
phage antique  jurent  avec  la  ceinture  de  la 
Vierge. 

Les  statues  romaines,  baptisées /rt//-M;-^//t?j-  ou 
prophètes,  à  Santa-Maria  de'  Fiori,  sont  en  géné- 
ral bien  drapées  ;  mais  ...  Je  cède  la  parole  à  M. 
Muntz  :  «  Ce  qui  domine  dans  les  patriarches  et 
les  prophètes  du  campanile,  c'est  l'originalité,  la 
puissance,  l'étrangeté,  sur  lesquelles  l'artiste  a 
compté  pour  les  faire  sortir  à  jamais  de  la  foule  ; 
il  y  a  réussi,  non  toutefois  sans  que  l'impression 
religieuse   \-    ait    perdu   singulièrement  (elle  est 


RKVTE   DE   l'art   CHKÉTIKN 
1885.  —  4'"°  I.IVKAISO.N. 


520 


iRcuuc   Dc   rart    cbrcticn. 


nulle).  Les  traits  qu'il  leur  a  donnés  conviennent 
à  des  malfaiteurs  plutôt  qu'à  des  personnages 
sacrés,  et  s'il  est  une  impression  que  ces  figures 
soient  appelées  à  produire,  c'est  celle  de  la  terreur, 
non  de  la  vénération.  Disons-le  bien  franche 
ment,  Donatello  s'est  ici  livré  à  une  véritable 
débauche  de  réalisme.  Il  a  poussé  jusqu'à  ses 
dernières  limites  son  dessein,  qui  était  de  pour- 
traire,  du  moins  dans  deux  d'entre  elles,  des  amis 
ou  concitoyens  dont  les  têtes  à  caractère  l'avaient 
frappé.  »  (p.  23  et  24.) 

Le  portrait,  voilà  où  excelle  notre  artiste  ! 
Niccolo  de  Uzzano  revit  dans  son  buste  au  Musco 
nazionale  ;  un  inconnu,  dans  le  buste  de  saint 
Laurent,  à  la  sacristie  de  San-Lorenzo.  Certaines 
têtes  d'enfants  et  à' éçWches  {saint  Jean-Baptiste, 
Musée  de  Faenza,  église  des  Vanchettoni,  à 
Florence),  le  profil  de  sainte  Cécile  (collection 
de  Lord  Elcho)  exhalent  un  parfum  de  suavité 
hors  ligne  :  ici,  pas  d'invention,  un  dessin  d'après 
nature.  En  revanche,  un  ascétisme  outré  caracté- 
rise les  statues  du  Précurseur,au  Miiseo  nazionale 
et  au  Palazzo  Martelli  (Florence).  La  mine  de  la 
seconde  —  unadolescent  — est  vraiment  hagarde; 
le  masque  de  la  première  —  moins  jeune  —  s'em- 
preint d'une  vulgarité  fàcheu.se:  puis  la  maigreur 
exagérée  de  ces  figures  presque  nues!  Le Frodro- 
mos  byzantin  montre  aussi  l'homme  «  nourri  de 
sauterelles  et  de  miel  sauvage»,  mais  il  cache 
sous  d'amples  vêtements  une  émaciation  que  l'on 
constate  sans  l'apercevoir  :  drapé  dans  son  man- 
teau, il  est  superbe,  non  repoussant! 

L'effigie  équestre  de  Gattamelata  (Padoue) 
accuse  un  profond  sentiment  de  l'antique  ;  la  tête 
de  cheval  en  bronze  (Musée  de  Naples),  une  rémi- 
niscence des  célèbres  chevaux  grecs  de  Venise. 

Prodigue  de  louanges  envers  son  héros, 
M.  Miintz  lui  sert  à  l'occasion  une  petite  dose  de 
coups  d'épingles.  A  propos  d'une  Annonciation 
(bas-relief  de  la  chapelle  Cavalcanti,  à  Santa- 
Croce,  Florence)  qui  me  déplaît  souverainement, 
l'auteur,  parmi  des  éloges  immérités,  glisse  en 
traître  quelques  mots  aggressifs,  dont  je  suis 
charmé  de  reproduire  la  lettre,  attendu  qu'ils 
rendent  exactement  ma  pensée. 

«  Marie,  avec  sa  tête  ronde  et  ses  cheveux 
coquettement  relevés,  a  un  air  de  jeunesse  et  de 
grâce  que  Donatello  n'a  que  rarement  su  mettre 
dans  ce  type  favori  du  moyen  âge.  Dans  son 
attitude,  l'afféterie  coudoie  la  grâce,  et  la  recherche 
.se  mêle  à  l'émotion...  Abstraction  faite  du  dua- 
lisme dans  le  mouvement,  et  des  plis  disgracieux 
qu'il  produit,  la  figure  de  la  Vierge  est  belle, 
touchante.  »  (p.  13  et  14.)  Jolie,  oui;  noble  et 
touchante,  assurément  non  ! 

J'ai  soupçonné  Donatello  d'avoir  deviné  l'esthé- 
tique byzantine  du   X'  siècle  ;    il    eut    certaine- 


ment l'intuition  d'un  autre  art,  alors  enfoui  sous 
terre,  et  que  notre  temps  mit  au  jour.  En  com- 
parant les  deux  archers  du  martyre  de  saint 
Sébastien  (plaquette  de  bronze,  collection  Ed. 
André,  à  Paris)  aux  sculptures  assyriennes,  on 
sera  frappé  du  rapport  qui  existe  entre  des  mo- 
numentsd'àges  et  de  provenances  si  lointains. 

Tout  pesé,  Donatello,  qu'il  ait  bien  ou  mal 
employé  des  facultés  hors  ligne,  comptera  dans 
l'histoire  pour  un  «génie  prodigieux  ».  On  doit 
donc  remercier  M.  Mijntz  d'avoir  révélé  à  la 
France  un  artiste  qu'elle  connaissait  à  peine. 
Moins  prolixe  que  le  D''  Hans  Semper  (Donatello 
's  Vorlàufer  ;  Donatello,  seine  Zcit  und  Schule), 
plus  riche  en  détails  que  Jacob  Burckhardt  et 
le  D''  Wilhelm  Bode  (Der  Cicérone),  le  livre  de 
M.  Miintz  réunit,  aux  qualités  du  style  et  à  une 
attra\'ante  mise  en  scène,  46  magnifiques  illustra- 
tions qui  suivent  les  différentes  phases  du  Maître. 
Hormis  les  rêveurs  intransigeants,  ennemis 
acharnés  de  la  Renaissance,  preneurs  quand  même 
des  dislocations  flamandes  et  germaniques  du 
XV<^  siècle  aux  dépens  de  Raphaël  (jeune)  et  de 
Michel-Ange,  en  attendant  qu'ils  s'en  prennent 
à  l'illustre  Jean  Van  Eyck,  pas  un  ami  des 
Beaux-Arts  ne  bannira  le  Donatello  des  rayons 
de  sa  bibliothèque. 

Un  dernier  mot  avant  de  quitter  notre  sculpteur 
florentin.  Dans  un  récent  numéro  de  la  Gazette 
des  Beaux-Arts,  M.  Emile  Molinier  consacre  à 
la  collection  de  défunt  Albert  Goupil,  un  article 
oi;i  le  savoir  d'un  élève  de  l'Ecole  des  Chartes 
s'allie  à  la  pratique  d'un  Attaché  fort  sérieux  aux 
Musées  du  Louvre.  Goupil  ayant  légué  au  Gou- 
vernement un  buste  de  saint  Jean-Baptiste  par 
Donatello,  qu'aucune  œuvre  ne  représentait  chez 
nous,  W.  Molinier  en  profite  pour  aborder  cet 
artiste  et  le  traiter  assez  cavalièrement.  Selon  le 
critique  —  il  n'a  hélas  !  que  trop  raison  —  la 
statue  du  Précurseur,  au  Museo  nazionale,  ^xo<^\i\X. 
«  l'effet  d'une  pièce  d'anatomie  égarée  au  milieu 
d'un  musée  de  sculpture».  En  revanche,  le  legs 
Goupil  ne  reçoit  guère  que  des  éloges.  Je  serai 
moins  indulgent:  le  sourire  béat,  la  bouche  ou- 
verte, le  masque  allongé  du  saint,  me  rappellent 
un  cockney  londonien  en  extase  devant  la  boutique 
de  Chevet,  au  Palais- Royal. 

HISTOIRE  DES  PERSÉCUTIONS  DANS  LES 
DEUX  PREMIERS  SIÈCLES,  d'après  les  docu- 
ments archéologiques,  par  Paul  Allard.  i  vol.  in-S"; 
Paris,  Lecoffre,  1885. 

Le  beau  livre,  dont  j'entreprends  l'analyse, 
valut  à  son  auteur  un  Bref  très  élogieux  du 
Saint-Père  Léon  XIII  ;  mais,  à  mon  pomt  de 
vue,  la  lettre  qui  suit  est  une  récompense  encore 
plus  flatteuse. 


IBi&IiograpMc 


521 


Rome,  9  déc.   1884. 
Très  cher  Monsieur  et  ami, 

Votre  beau  livre  sur  les  Persécutions  est  un  nouveau 
titre,  et  très  éclatant,  à  la  reconnaissance  que  vous  doivent 
tous  ceux  qui  aiment  ces  nobles  études  et  qui  sont  attristés 
de  les  voir  si  souvent  dénaturées  par  les  productions  plus 
ou  moins  savantes  des  ennemis  de  l'Église.  Vous  avez 
employé  tous  les  matériaux  utiles  à  tracer  de  main  de 
maître  les  grandes  lignes  du  grand  cadre  ;  et  vous  y  avez 
fait  entrer  toutes  les  découvertes  archéologiques  avec  la 
connaissance  qui  vous  distingue  des  détails  de  ces  décou- 
vertes et  de  la  littérature  contemporaine  relative  au  sujet. 
Je  ne  doute  pas  du  succès  de  votre  livre  et  de  la  néces- 
sité où  vous  serez  bientôt  d'en  faire  une  seconde  édition. 
Vous  allez  aussi,  je  l'espère,  poursuivre  le  récit  et  la  discus- 
sion critique  jusqu'à  la  paix  de  l'Église  et  à  Constantin. 

Je  n'ose  pas  vous  offrir  mes  services,  car  la  besogne  de 
tout  ce  que  je  traîne  de  travaux  commence  à  être  supé- 
rieure h.  mes  forces  :  et  je  suis  obligé  de  sacrifier  le  com- 
merce épistolaire.  Néanmoins,  si  vous  avez  quelque  point 
particulier  ou  détail  à  éclaircir,  je  chercherai  âne  pas  faire 
défaut  à  votre  appel. 

Mille  vœux  de  bonnes  fêtes  et  de  nouvelle  année,  très 
cher  confrère  et  ami. 

Agréez  les  sentiments  de  sympathie,  d'estime  et  de 
reconnaissance  de 

Votre  tout  dévoué 
Jean    B'    de    Rossi. 

Le  prince  de  la  science,  notre  maître  à  tous,  a 
parlé;  en  quelques  mots  sortis  du  cœur  et  dénués 
de  caractère  officiel,  il  a  résumé  ses  impressions.  Il 
dit  à  notre  ami  coinmun  :  vous  avez  fait  une 
œuvre  grande  et  généreuse  ;  avec  un  talent  hors 
ligne,  vous  avez  vengé  l'Eglise  d'allégations 
perfides  ou  mensongères.  Qu'ajouterais-je  à  cette 
vigoureuse  esquisse,  sinon  des  glacis  qui  en 
diminueraient  l'effet .' 

Néanmoins,  les  conviés  à  un  festin,  avant  de 
goûteraux  mets,aiment  à  en  parcourir  le  menu;or 
je  n'ai  pas  vu  jusqu'ici  \ Histoire  des  Persécutions 
trôner  aux  étalages  des  débits  de  livres,  parmi  les 
fanges  de  la  littérature  contemporaine. Les  nobles 
écrits  des  Taine  et  des  Dti  Camp  subissent, 
il  est  vrai,  le  même  ostracisme  du  kiosque  : 
oui,  mais  le  public  lirait-il  ces  ouvrages,  si  on 
ne  lui  en  avait  pas  d'abord  mâché  la  substance.? 
Donc,  puisque  le  compte-rendu  est  une  nécessité 
de  l'époque,  acceptons  le  rôle  de  proxénète 
intellectuel  et  remplissons-le  du  mieux  qu'il  sera 
possible. 

Les  critiques  modernes  attribuent  l'origine  des 
persécutions  à  des  raisons  purement  politiques. 
La  puissance  romaine  n'avait  pas,  selon  eux,  à 
intervenir  dans  les  doctrines  religieuses  de  ses 
innombrables  sujets  ;  elle  les  acceptait  toutes, 
ou  plutôt  les  méprisait  toutes;  daignant  n'y  faire 
attention  que  lorsqu'elles  lui  semblèrent  consti- 
tuer un  péril  social.  Pourvu  que  l'on  brûlât  un 
grain  d'encens  aux  pieds  de  Jupiter  Capitolin, 
de  la  déesse  Rome  et  des  effigies  iinpérialcs,  le 
souverain  ne  s'inquiétait  guères  des  divergences 
de  foi  intérieure.  M.  P.  AUard  n'est  pas  d'un  avis 


que  je  partageais  moi-même  avant  de  recevoir 
son  volume  ;  il  tend  à  dégager  l'histoire  de 
préjugés  traditionnels,  et  à  démontrer  qu'un  refus 
d'obéissance  au.x  lois  existantes  n'entra  pour  rien 
—  du  moins  aux  premiers  âges  —  dans  les  raisons 
qui  causèrent  le  massacre  de  tant  d'hommes 
inoffensifs.  Que  nous  apprennent  Justin,  Aléliton, 
Athénagore,  Théophile  d'Antioche,  doux  et 
larges  esprits,  sans  cesse  préoccupés,  au  IP  siècle, 
des  rapports  du  christianisme  avec  la  philosophie 
grecque  ;  apologistes  plus  enclins  à  signaler  le 
point  de  contact  que  l'abîme  de  séparation?  <i  Les 
chrétiens  ne  sont  pas  réfractaires  à  une  civili- 
sation organisée.  Hormis  quelques  irréguliers 
errant  sur  les  confins  du  judaïsme  ou  quelques 
rêveurs  maladifs,  les  disciples  de  JÉ.SUS  ne  s'isolè- 
rent jamais  volontairement  du  courant  de  la  vie 
romaine.  Ils  prient  pour  l'empereur,  pour  les 
magistrats,  pour  l'armée,  pour  tous  les  pouvoirs 
établis,  selon  le  précepte  apostolique.  Ils  paient 
l'impôt.  Ils  font  le  commerce.  Ils  servent  dans  les 
légions.  Ils  reconnaissent  les  lois,  s'adressent  aux 
tribunaux,  portent  même  leurs  causes  devant  le 
souverain.  Ils  se  marient,  et  les  familles  chré- 
tiennes sont  plus  fécondes  et  plus  nombreuses 
que  les  unions  païennes.  Ils  travaillent,  et  le 
labeur  manuel,  méprisé  par  l'idolâtrie,  est  réha- 
bilité par  eux.  Ils  n'attaquent  même  pas  ouver- 
tement les  institutions  qui,  comme  la  servitude, 
répugnent  davantage  à  l'essence  du  christianisme. 
Si  les  apologies  critiquent  vivement  les  cultes 
polythéistes,  l'audace  de  leurs  traits  ne  dépasse 
point  celle  de  quelques  libres  esprits  du  paga- 
nisme laissés  en  repos  par  l'autorité.  Si  les 
mauvaises  mœurs,  que  favorisait  l'idolâtrie,  sont 
blâmées,  c'est  un  droit  incontesté  aux  moralistes, 
n'importe  leur  religion.  Au  demeurant,  les 
écrits  des  premiers  docteurs  chrétiens  ne  révè- 
lent aucune  trace  d'hostilité  contre  la  société 
romaine:  ils  protestent  de  leur  fidélité  à  ses  lois, 
de  leur  gratitude  pour  ses  bienfaits;  ils  e.xaltent 
une  civilisation  qui  donne  la  paix  au  monde  ;  ils 
tendent  sans  cesse  à  l'empire  une  main  amie.» 

Les  chrétiens  hellénistes  ne  restent  pas  seuls 
à  exprimer  de  tels  sentiments;  le  grand  orateur 
africain  Terttillien,  avec  son  éloquence  âpre  et 
fougueuse,  tient  un  langage  aussi  patriotique. 

«  Les  adorateurs  du  Christ  ont,  autant  que  les 
païens,  intérêt  à  la  stabilité  de  l'empire  ;  car,  s'il 
venait  à  se  dissoudre,  tous  seraient  également 
entraînés  dans  sa  ruine.  Mais  un  tel  désastre  ne 
se  produira  pas:  l'empire  durera  autant  que  le 
monde...  Nous  savons  que  la  fin  des  choses 
créées  est  uniquement  retardée  par  le  cours  de 
l'empire.  Les  chrétiens  prient  chaque  jour  pour 
l'empire  et  pour  l'empereur.  Ouvrez  nos  livres, 
ils  sont  la  parole  de  Dieu,  nous  ne  les  cachons  à 
personne;    vous   y    apprendrez    qu'il    nous    est 


522 


IRetiuc  De    l'art    cfjrcticn 


ordonné  de  pousser  la  charité  jusqu'à  prier  pour 
nos  persécuteurs:  cette  règle  est  fidèlement  suivie. 
Saintement  ligués  contre  Dieu,  nous  l'assiégeons 
de  nos  prières,  afin  de  lui  arracher^  avec  une 
violence  qu'il  aime,  ce  que  nous  demandons. 
Nous  l'invoquons  pour  les  empereurs,  pour  leurs 
ministres,  pour  toutes  les  puissances,  pour  l'état 
présent  du  siècle,  pour  la  paix,  pour  l'ajourne- 
ment de  la  catastrophe  finale.  » 

Le  prenu'er  chapitre  du  livre  offre  un  tableau 
magistral,  au  double  point  de  vue  historique  et 
archéologique,  de  la  situation  des  Juifs  à  Rome 
sous  la  d}'nastie  presque  héréditaire  des  succes- 
seurs immédiats  d'Auguste. Favorisés  en  général, 
parfois  victimes  d'un  exil  temporaire,  les  Juifs, 
grâce  à  leur  instinct  du  lucre  et  à  un  ardent 
prosélj'tisme,  jouissaient  alors  d'une  influence 
considérable  au  sein  de  la  Ville  Eternelle.  Im- 
placablement hostiles  aux  chrétiens,  avec  qui 
l'ignorance  populaire  se  plaisait  néanmoins  à  les 
confondre,  ils  ne  perdaient  jamais  une  occasion 
de  manifester  leur  haine  contre  le  Crucifié  çX.  les 
partisans  de  sa  doctrine.  Nombreux,  formant 
alors  comme  aujourd'hui  une  nation  au  milieu 
d'une  autre,  surtout  enclins  à  la  révolte,  les  des- 
cendants d'Abraham  ne  ressemblaient  pourtant 
guères  aux  disciples  du  Christ.  Quand  saint 
Pierre  vint  à  Rome,  l'an  42,  il  alla  demeurer  sur 
la  Voie  Nomentane,  fort  loin  de  ses  compatriotes. 
Or  quelle  doctrine  l'Apôtre  avait-il  prêchée  en 
Asie  ?  «  Deum  tiinete,  regcm  honorificah\  servi 
subditi  estote  in  oinni  timoré  doviinis,  non  taniuvi 
bonis  et  inodestis,sed  etiaiii  dyscolis.^  Saint  Paul 
ne  disait-il  pas  aux  Juifs  convertis  de  Rome 
qu'il  fallait  payer  l'impôt,  non  seulement  par 
crainte,  mais  encore  par  devoir  .'  Néron  n'aurait 
donc  eu  aucun  motif  raisonnable  à  invoquer  pour 
sa  persécution  de  64,  lui  surtout  qui  venait  récem- 
ment d'acquitter  saint  Paul  ;  le  despotisme  y 
regarde-t-il  de  si  près?  un  incendie  a  dévoré  les 
quartiers  les  plus  populeux  de  la  capitale  ;  une 
multitude  de  pauvres  gens  se  trouve  réduite  à  la 
misère;  la  plèbe  accuse  l'empereur  et  gronde  tout 
bas  en  menaçant  de  crier  tout  haut.  Pour  la 
première  fois  depuis  son  règne,  Néron  se  voit  en 
butte  à  l'indignation  populaire  ;  il  tremble  ;  il  lui 
faut  à  tout  prix  un  éditeur  responsable,  des 
victimes  à  jeter  en  pâture  à  l'émeute  qui  peut 
éclater.  On  pense  d'alsord  aux  Juifs,  mais  les  Juifs 
sont  en  haute  faveur  au  palais,  et  ils  détournent 
l'orage  sur  la  tête  des  chrétiens.  Le  virement 
était  facile  ;  tout  le  monde  avait  plus  ou  moins 
besoin  des  fils  de  Jacob,  tandis  que  les  chrétiens, 
moralistes  gênants  et  adorateurs  d'un  supplicié, 
vi\aient,  au  dire  de  Tacite,  sous  le  poids  d'une 
exécration  universelle.  Je  ne  referai  pas  le  tableau 
de  meurtres  accomplis  avec  les  raffinements  d'une 
cruauté  orientale  ;  qui  n'en  a  pas  lu  le  terrible 


récit?  Mais  j'engage  à  le  relire  dans  les  pages 
émouvantes  de  M.  P.  Allard. 

La  persécution  néronienne  s'étendit-elle  hors 
de  Rome?  De  nombreux  documents  concluent  à 
l'affirmative  ;  les  provinces  virent  couler  le  sang 
chrétien  en  abondance. 

De  Néron  à  Domitien,  accalmie  générale. 
Vespasien  ne  pouvait  oublier  les  services  que 
plusieurs  Juifs  lui  avaient  rendus  ;  Titus  pas 
davantage.  Alors,  la  politique  romaine  confondit 
de  nouveau  les  chrétiens  avec  les  sectateurs  du 
mosaïsme  dont,  à  ses  }-eux,  ils  ne  différaient  que 
par  des  nuances  insaisissables.  Un  membre  de 
la  famille  impériale  est  même,  non  sans  motifs, 
soupçonné  de  christianisme;  l'un  de  ses  fils  va 
bientôt  mourir  pour  le  Christ.  L'empire  fût  pro- 
bablement échu  aux  rejetons  de  cette  branche 
chrétienne  sans  la  cruauté  versatile  de  leur  parent. 

Les  débuts  de  Domitien  ne  présagèrent  pas  un 
trop  mauvais  règne;  mais  les  dilapidations  du 
maître,  son  orgueil  insensé,  devaient  amener 
fatalement  une  catastrophe.  Quand  les  moyens 
extralégaux  de  pomper  l'argent,  testaments  forcés 
et  confiscations,  furent  épuisés,  il  fallut  bien  re- 
courir à  l'impôt;  la  taxe  à  la  fois  nationale  et 
religieuse  du  didrachine,  que,  depuis  70,  les  Juifs 
payaient  à  leurs  vainqueurs,  frappe  désormais 
les  citoyens  vivant  7nore  Ji/daico,  circoncis  et 
incirconcis.  Les  chrétiens  indignés  réclamèrent 
ou  refusèrent  ;  peu  importe  ;  le  bourreau  se 
chargea  de  trancher  la  question.  Un  cousin  de 
l'empereur,  le  père  de  deux  enfants  destinés  au 
trône,  le  consul  Flavius  Clemcns,  paya  de  sa  tête 
une  dénonciation  de  christianisme;  Domitilla, 
épouse  de  Clemens,  fut  reléguée  dans  l'île  de 
Pandataria.Le  cnmQà'atIu'isine  servit  de  prétexte 
à  ces  condamnations.  Domitien,  mis  en  éveil, 
chercha  d'autres  victimes;  il  renouvela  l'édit  de 
Néron  contre  les  chrétiens,  les  Juifsn'ayant  jamais 
été  accusés  d'athéisme.  Pour  ne  parler  que  du 
plus  illustre  des  persécutés,  un  ordre  d'exil 
envoya  saint  Jean  à  Patmos. 

Malgré  son  habileté  d'exposition,  l'auteur 
n'arrive  pas  entièrement  à  dissimuler  le  côté 
politique  des  actes  de  Domitien.  Au  fond,  les 
mesures  personnelles  d'un  despote  ombrageux; 
à  la  surface  néanmoins,  une  résistance  aux  lois. 
Je  ne  saurais  contester  l'injustice  flagrante  de 
ces  lois,  mais  le  dura  lex,  sed  /ex,  fut,  est  et  sera 
toujours  un  axiome  de  jurisprudence. 

Entre  Domitien  et  Trajan,  énorme  différence 
de  tempéraments  ;  pourquoi  s'abandonnèrent-ils 
aux  mêmes  excès?  En  1 1 1,  Pline,  un  rhéteur, est 
appelé  au  gouvernement  des  provinces  septen- 
trionales de  l'Asie  Mineure.  Quelques  délateurs 
intéressés  signalent  des  chrétiens  au  nouveau 
légat  impérial  ;  Pline,  après  hésitation,  condamne 


IBiblioQïavbic . 


523 


à  mort  ces  hommes  que  l'hypocrite  couardise  de 
Néron  avait  seul  mis  au  ban  de  la  société,  puis  il 
en  réfère  à  l'empereur.  L'aiTct  du  maître  est  illo- 
gique et  contradictoire  :  il  ne  faut  pas  rechercher 
les  chrétiens;  si  on  les  dénonce  et  qu'ils  soient 
convaincus,  punissons-les.  En  résumé,  fermez  les 
yeux  le  plus  possible  ;  ne  sévissez  qu'à  la  suite 
d'aveux  formels,  uniquement  parce  qu'il  plut 
à  l'un  de  nos  prédécesseurs  d'incriminer  une 
doctrine  religieuse.  Ici  rien  de  politique;  un  triste 
aveuglement  d'esprit,  commun  au  mesquin  neveu 
de  l'illustre  encyclopédiste  et  à  la  haute  intelli- 
gence de  Trajan. 

Un  règne  justement  célèbre  compta  de  nom- 
breux martyrs.  Avec  les  ressources  de  l'archéo- 
logie moderne,  M.  P.  AUard  nous  les  fait  passer 
en  revue.  Une  seconde  Flavia  Domitilla, nièce  de 
Clemens,  revient  de  l'exil  pour  subir  le  dernier 
supplice  ;  Nérée  et  Achillée,  serviteurs  de  la 
maison  flavienne,  le  pape  saint  Clément,  Siméon 
de  Jérusalem,  Ignace  d'Antioche,  bien  d'autres, 
dont  les  noms  sont  inscrits  au  ciel,  éprouvent  le 
même  sort. 

Trajan  était  un  véritable  romain  ;  Hadrien, 
guerrier  prudent,  administrateur  hors  ligne,  fut 
par-dessus  tout  un  artiste  nomade.  Exempt  de 
préjugés  vulgaires,  Hadrien  cependant  ne  put  ou 
ne  daigna  pas  annuler  les  rescrits  meurtriers 
de  son  père  adoptif.  Aux  premiers  temps  du 
sceptique  empereur,  des  procédures  régulières, 
oti  il  intervient  rarement,  envoient  beaucoup  de 
chrétiens  à  la  mort  :  L'examen  critique  des  Actes 
de  ces  victimes  forme  un  chapitre  du  plus  haut 
intérêt. 

D'abord  sourdes  et  anonymes,  les  accusations 
portées  contre  les  chrétiens  prirent  ensuite  un 
effrayant  caractère  de  publicité.  Durant  le  règne 
d'Hadrien,  ils  furent  souvent  assaillis  par  la 
clameur  des  foules  et  par  ces  pétitions  tumul- 
tueuses qui  commandent  à  la  faiblesse  de  fonc- 
tionnaires insouciants.  Une  plèbe  surexcitée 
imputait  aux  adorateurs  du  Christ  d'abominables 
outrages  aux  mœurs  et  des  faits  monstrueux  de 
cannibalisme.  Maints  esprits  sérieux  résistèrent 
à  l'agitation  populaire  et  ne  voulurent  pas  livrer 
des  innocents  à  l'échafaud.  D'honnêtes  magistrats 
s'adressèrent  au  pouvoir,  non  pour  demander 
des  ordres,  mais  pour  manifester  leurs  sentiments. 
Hadrien,  suivant  Méliton  et  TertuUien,  dut 
répondre  à  nombre  de  gouverneurs  qui  lui 
avaient  transmis  des  mémoires  relatifs  au.v  chré- 
tiens. Un  proconsul,  Quintus  Lucius  Granianus, 
virclarissinius,  eut  le  courage  de  mander  à  l'em- 
pereur qu'il  était  inique  d'abandonner  des  têtes 
innocentes  au.x  séditieuses  réclamations  du  vul- 
gaire, et  de  condamner,  à  cause  de  leur  nom  seul 
et  de  leur  religion,  des  hommes  qui  n'étaient 
coupables  d'aucun  crime.  On  n'a  pas,  en  original. 


l'écrit  du  digne  proconsul,  mais  l'année  suivante 
—  124  ou  125  —  Hadrien  envoyait  à  Caius 
Minucius  Fundanus,  successeur  deGranianus,  une 
réponse  que  nous  possédons;  réponse  embarrassée, 
laissant  une  entière  latitude  aux  accusateurs 
comme  aux  juges,  et  seulement  menaçante  pour 
les  calomniateurs. 

Malgré  les  écarts  qui  distinguent  la  noble  fran- 
chise de  Granianus  de  l'attitude  gênée  de  Pline, 
et  la  concision  de  Trajan  du  style  filandreux 
d'Hadrien,  un  parallélisme  évident  existe  entre 
les  correspondances. Ce  parallélisme  a  néanmoins 
quelque  chose  de  factice  qui  éveille  la  défiance, 
et  l'on  a  soupçonné  que  les  pièces  de  l'an  125 
étaient  une  œuvre  de  faussaire,  calquée  sur  les 
lettres  de  m  ;  l'auteur  garantit  la  complète 
authenticité  des  premières,  et  sa  cause  me  semble 
gagnée. 

Qu'Hadrien  ait  eu  à  certaine  dose  un  bon  vou- 
loir à  l'égard  du  christianisme,  sentiment  favorisé 
par  les  écrits  des  apologistes,  on  n'en  saurait 
guères  douter:  mais  la  trêve  dura  peu. L'âge  et  les 
soucis  aigrirent  le  caractère  de  l'empereur;  bien- 
tôt une  cruauté  native,  momentanément  assoupie, 
reprit  le  dessus  chez  lui.  La  dernière  révolte  des 
Juifs  l'exaspéra,  d'autant  mieux  qu'il  ne  fut  sûr 
de  vaincre  qu'après  l'événement  accompli.  Les 
soldats  de  Bar-Cotziba  avaient  massacré  les 
chrétiens  de  Jérusalem,  sujets  loyaux  de  l'empire; 
Hadrien  n'en  tint  aucun  compte,  et  la  fidélité 
éprouva  les  effets  de  sa  colère  aussi  bien  que  la 
rébellion.  Le  sang  des  disciples  du  Christ  coula  de 
rechef  à  flots,  témoin  le  martyre  de  Symphorose 
et  de  ses  sept  fils.  La  relation  de  ce  tragique 
épisode,  admise  déjà  dans  les  Acta  sincera  de 
Dom  Ruinart,  est  discutée  par  M.  Allard  avec 
une  remarquable  érudition;  rien  n'est  omis  de  ce 
qui  peut  en  établir  la  véracité. 

Au  cosmopolite,  artiste,  débauché,  railleur  et 
cruel,  succèdent  deux  princes  honnêtes;  leur  tem- 
pérament est  enclin  à  la  douceur,  leur  vie  privée 
est  irréprochable  :  la  situation  des  chrétiens 
va-t-elle  enfin  changer?  Non.  Écoutons  l'auteur. 

«  Sous  Antonin  le  Pieux  et  sous  Marc-Aurèle, 
les  rapports  des  chrétiens  avec  l'empire  romain 
restent  ce  qu'ils  étaient  sous  Hadrien.  Aucun 
trait  de  la  situation  n'est  changé  :  la  législation 
de  Trajan,  remise  en  vigueur  par  Hadrien, 
continue  d'être  a])pliquéc  ;  les  passions  populaires 
sont  toujours  aussi  ardentes,  les  magistrats 
toujours  aussi  faibles  ;  les  apologistes  plaident  la 
cause  du  ciiristianisme  avec  un  courage  qui  ne  se 
dément  pas.  Malheureusement  leur  voix,  qui 
paraît  si  retentissante  à  la  postérité,  ne  réussit 
pas  à  se  faire  entendre  des  souverains  auxquels 
ils  s'adressent  ;  ni  la  bonté  un  peu  banale 
d'Antonin,  ni  la  philosophie  nonchalante  de 
Marc-Aurèle,    ne  se    décident  à   examiner   les 


524 


IRcUue    De    rart    cfjrcticn. 


questions  que  leur  soumettent  les  apologistes  : 
ils  font  ou  laissent  faire  des  martyrs  avec  une 
sereine  indifférence.  » 

Deux  mots  :  faiblesse,  indifférence,  résument 
en  effet  la  question.  Qu'exige-t-on  des  chrétiens? 
Bien  peu  :  un  grain  d'encens  brûlé  devant  l'effi- 
gie impériale.  Mais  ce  peu  est  un  acte  public 
d'adhésion  au  culte  opposé;  ils  refusent,  et  on  les 
tue.  Qu'à  un  enterrement  catholique  des  Juifs  ou 
des  protestants  répugnent  aujourd'hui  à  jeter 
quelques  gouttes  d'eau  bénite  sur  le  cercueil,  il 
ne  manquera  pas  de  gens  pour  crier  à  l'inconve- 
nance :  ne  doit-on  pas  se  conformer  aux  usages 
reçus  .' Juifs  et  Frères  séparés  sont  logiques  en 
repoussant  un  signe  extérieur  contraire  à  leur 
foi;  les  chrétiens  primitifs  ne  le  furent  pas  moins 
quand  ils  agirent  de  la  même  manière.  D'ailleurs 
que  voir  dans  l'encens  ou  l'eau  bénite,  sinon 
une  simple  formalité  religieuse,  étrangère  à  la 
législation  comme  à  la  politique? 

La  formalité  n'était  au  fond  qu'un  prétexte;  de 
la  fange  sourdaient  des  motifs  de  persécution 
plus  réels  et  moins  avouables.  Les  prêtres  qui  ne 
trouvaient  pas  à  revendre  la  chair  des  victimes 
immolées  en  l'honneur  des  dieux,  les  ministres 
charlatans  des  oracles,  privés  de  clientèle  et 
réduits  à  la  portion  congrue  ;  tous  rivalisent 
d'efforts  dans  une  lutte  contre  l'ennemi  de  leur 
intérêt  personnel.  Ils  fomentent  des  manifesta- 
tions tapageuses,  ameutent  la  populace,  et,  à 
Smyrne,  en  155,  ils  réussissent  à  jeter  en  pâture, 
aux  bêtes  de  l'amphithéâtre,  onze  chrétiens  de 
Philadelphie,  à  faire  périr  saint  Folycarpe  sur  un 
bûcher.  Au  siècle  précédent,  l'orfèvre  Démétrius 
n'avait-il  pas  agi  de  même  à  Ephèse,  quand  la 
prédication  de  saint  Paul  entrava  le  débit  de  ses 
Dianes  .'  Depuis  lors,  l'utopie  sociale  a  souvent 
remplacé  la  Diane  comme  moteur  d'agitation 
populaire,  mais  un  individualisme  froissé  quel- 
conque perce  toujours  au  fond  de  l'émeute. 

Les  accusations  d'impiété  suivaient  leur  cours, 
propagées  par  une  philosophie  inquiète  et  jalouse. 
Que  dit  Ca;cilius,ou,  si  l'on  aime  mieu.x.  Fronton, 
se  plaignant  que  «  des  hommes  d'une  faction 
infâme,  turbulente,  désespérée,  osent  convertir  au 
christianisme  des  femmes  crédules,  entraînées 
par  la  faiblesse  de  leur  sexe?»  Celse  dénonce  à 
plusieurs  reprises  les  esclaves  ou  artisans  chré- 
tiens qui,  introduits  dans  l'intimité  des  familles, 
racontent  des  merveilles  «aux  enfants  ou  au.x 
femmes  qui  n'ont  pas  plus  de  raison  qu'eux- 
mêmes.»  Cet  apostolat  secret,  la  grande  force  du 
zèle  chrétien,  irritait  profondément  les  soutiens 
du  vieux  culte.  La  société  païenne  aurait-elle 
cherché  la  foi  dans  une  cellule  ignorée  ou  un 
recoin  de  catacombc .?  Non  certes.  Mais  un 
impalpable  réseau  l'enveloppait  à  .son  insu  ;  la 
doctrine  du  Christ  y  surgissait  de  tous  côtés  .sans 


que  l'on  en  pût  exactement  fixer  le  point  de 
départ.  Cet  enseignement  à  l'ombre  gênait  beau- 
coup les  maîtres  de  l'enseignement  public;  ils 
étaient  les  plus  forts,  ils  avaient  pour  eu.x  les 
sympathies  du  pouvoir,  ils  ne  reculèrent  devant 
aucun  moyen  pour  écraser  leurs  adversaires.  Les 
calomnies  des  grammairiens,  rhéteurs  ou  philo- 
sophes influèrent  sur  le  sort  des  chrétiens  encore 
plus  que  les  rancunes  sacerdotales. 

Les  dix-neuf  années  du  règne  de  Marc-Aurèle 
vont  nous  montrer  ce  que  l'élévation  au  trône 
peut  faire  d'un  lettré  doux  et  honnête,  sans 
énergie  pour  lutter  contre  l'injustice,  dominé  par 
les  pédagogues  et  dupe  d'un  charlatan  paphlago- 
nien.  Marc-Aurèle  est  un  écrivain  parfumé  d'idyl- 
lisme,  à  la  façon  de  Berquin  et  de  Florian  ;  si 
hellénisé,  qu'après  une  harangue  militaire  mal 
accueillie,  un  officier  lui  répond.  «  Tu  vois  bien 
que  ceu.x-ci  n'entendent  pas  le  grec»;  si  humain, 
qu'il  témoigne  son  horreur  envers  les  jeux  san- 
glants de  l'amphithéâtre,  et  qu'il  réprime  leurs 
excès  :  eh  bien!  cet  idéal  couronné  confirme  les 
ordonnances  de  ses  prédécesseurs.  Il  déclare  une 
fois  de  plus  le  christianisme  illicite,  quelle  que 
soit  l'innocence  des  individus  qui   le  professent. 

Des  fléaux  incessants  accablaient  l'empire  :  au 
dehors,  les  Barbares  ;  au  dedans,  les  inondations, 
la  famine  et  la  peste.  Tant  de  maux  accumulés 
exigent  des  victimes  expiatoires;  un  cri  s'élève  : 
les  chrétiens  au.x  lions!  à  mort  les  chrétiens! 
Mieux  que  tout  autre,  l'empereur  savait  à  quoi 
s'en  tenir;  néanmoins  il  n'essaie  même  pas  d'impo- 
ser une  digue  au  torrent  ou  d'éclairer  le  préjugé  :  il 
incline  la  tête,  sourit  tristement,  garde  le  silence 
et  laisse  agir.  Avec  la  sanction  officielle  du  maître 
et  son  approbation  tacite,  les  délateurs  eurent 
beau  jeu,  ils  en  profitèrent  largement. 

A  Rome,  sainte  Félicité  et  ses  sept  fils  ouvrent 
la  marche  ;  ils  sont  immolés  à  la  requête  de 
pontifes  jaloux.  Suivent  le  célèbre  apologiste 
Justin  et  quelques-uns  de  ses  disciples  intimes; 
un  cynique,  Crescens,  dont  Justin  avait  maintes 
fois  humilié  l'amour-propre,  se  vengeait  en  les 
dénonçant  :  fouettés,  puis  décapités.  En  province, 
de  nombreux  chrétiens  subissent  le  dernier 
supplice  ;  d'autres,  non  moins  nombreux,  sont 
condamnés  au.x  mines. 

La  Gaule  chrétienne,  dont  les  origines  obscures 
ne  sont  pas  encore  bien  éclaircies  malgré  des 
recherches  multipliées,  s'introduit  brusquement 
dans  l'histoire  à  la  fin  du  règne  de  Marc-Aurèle. 
En  177,  L}'on,  la  métropole  gallo-romaine,  voit 
torturer,  supplicier  à  l'amphithéâtre  ou  mourir 
dans  les  fers,  une  cinquantaine  de  chrétiens  parmi 
lesquels  brillent,  voués  à  l'immortalité,  les  noms 
d'Attalc, de  Sanctus,  de  Maturus,  d'Alexandre, 
de  la  jeune  esclave  Blandine,  de  l'évêque 
nonagénaire   Pothin.  L'hécatombe  ne  se  borne 


pas  à  Lyon,  elle  remonte  le  cours  de  la  Saône  ; 
Symphorien  d'Autun  est  le  plus  célèbre  des 
martyrs  arariens. 

Entre  juin  177  et  mars  180,  nouveaux  indices 
de  persécution  à  Rome.  D'illustres  patriciens, 
Cécile, Valérien,  Tiburce,  et,  converti  par  les  deux 
derniers,  le  greffier  Maxime,  scellent  de  leur  sang 
un  attachement   inébranlable  à  la  foi  du  Christ. 

J'ai  abrégé,  on  le  comprend  du  reste,  un  luxe 
de  détails  permis  à  l'auteur  ;  il  avait  des  preuves  à 
fournir,  moi  je  dois  m'en  tenir  aux  grandes  lignes. 

L'antithèse  absolue  du  stoïcien  Marc-Aurèle, 
Commode,  devait  au  moins  suivre  les  errements 
paternels  en  matière  de  sang  chrétien  répandu  ; 
il  n'y  manqua  pas  :  l'Afrique,  l'Asie,  Rome  même, 
furent  encore,  sous  son  règne,  le  théâtre  de  nom- 
breuses exécutions.  Cependant,  grâce  à  l'indiffé- 
rence personnelle  du  prince,  grâce  surtout  à  des 
influences  domestiques ,  oij  la  tendre  Marcia 
figure  au  premier  rang,  la  situation  de  l'Église 
devint  bien  meilleure  alors  que  sous  le  César 
précédent.  Désireux  de  flatter  Commode  en 
épargnant  les  amis  de  Marcia,  certains  proconsuls 
fermèrent  les  yeux  jusqu'à  la  tolérance. 

La  sévérité,  montrée  à  l'égard  de  Marc-Aurèle 
par  M.  Allard,  soulèvera  bien  des  critiques.  Une 
opinion  qui,  «  pour  plusieurs  en  France,  est  pas- 
sée à  l'état  de  dogme,  s'efforce,  avec  un  mélange 
d'attendrissement  et  d'indignation  quelquefois 
comique,  de  laver  le  boïi  empereur  àc  tout  soupçon 
de  sang  versé.  »  Néanmoins  l'auteur  est  im- 
partial ,  et  il  produit  les  circonstances  atté- 
nuantes, même  lorsqu'il  y  croit  à  moitié.  Le 
respect  des  apologistes  envers  la  majesté  impé- 
riale demeure  incontestable.  Que  maintenant 
Théophile  s'en  prenne  aux  violences  populaires; 
que  Méliton  accuse  particulièrement  les  inagis- 
trats;  que  Tertullien  nie  l'existence  à'cdiis 
nouveaux  promulgués  par  l'empereur  contre  les 
chrétiens  :  il  y  a  du  vrai  dans  tout  cela.  Mais  que  le 
grand  polémiste  africain,  d'après  un  document 
accueilli  avec  trop  de  facilité,  prête  à  Marc-Aurèle 
une  indulgence  relative,  dont  le  miracle  de  la  /eg'io 
fu/iuÙMia  aurait  été  cause  ;  M.  Allard,  s'insurge 
et  démontre  la  fausseté  du  témoignage  invoqué. 

Méliton,  en  style  qui  sent  un  peu  l'avocat,  a 
beau  dire  que  Néron  et  Domitien  trompés  par 
la  calomnie  ont  seuls  été  malveillants  à  l'égard 
de  la  religion  du  Christ.  Il  a  beau  rappeler  des 
rescrits  plus  ou  moins  clairs  d'Hadrien  et 
d'Antonin;  descendre  même  jusqu'à  la  flatterie  : 
César  n'écoute  rien,  ni  raisons,  ni  prières.  Pou- 
vait-il au  fond  réagir  contre  des  préjugés  incrustés 
dans  tous  les  esprits  de  l'époque  à  commencer 
par  le  sien?  Ces  imputations  calomnieuses, 
grouillant  au  sein  du  peuple,  la  philosophie  de 
cour  les  acceptait  sans  e.xamen,  et,  chose  assez 
singulière,  au  milieu  d'un  étalage  mensonger,  les 


sophistes  appuyaient  notamment  sur  deux  points 
rigoureusement  exacts  :  le  dédain  de  la  mort,  la 
croyance  à  une  vie  future.  Le  mépris  de  la  vie, 
en  honneur  chez  les  chrétiens,  scandalisait, 
agaçait  la  haute  littérature  ;  Marc-Aurèle  aussi 
supportait  avec  peine  une  telle  idée.  Incrédule, 
car  il  n'en  parle  jamais,  au.x  bruits  vulgaires,  il 
n'apercevait  chez  les  disciples  de  JÉSUS  que  leur 
facilité  à  mourir  ;  et  ce  trait  étrange,  que  son 
stoïcisme  indécis  ne  savait  pas  expliquer,  suffisait 
à  le  tourner  contre  eux.  Une  seule  note  tracée 
par  Marc-Aurèle,  dans  le  voisinage  du  Danube, 
montre  sa  pensée  dédaigneuse  et  superficielle  à 
l'endroit  des  chrétiens.  Méditant  sur  la  prépara- 
tion à  la  mort,  il  lui  échappe  cette  parole  : 
«  Disposition  de  l'âme  toujours  prête  à  se  séparer 
du  corps,  soit  pour  s'éteindre,  soit  pour  se  disper- 
ser, soit  pour  persister.  Quand  je  dis  prête, 
j'entends  que  ce  soit  par  l'effet  d'un  jugement 
propre,  non  par  pure  opposition,  comme  fout  les 
chrétiens;  il  faut  que  ce  soit  un  acte  réfléchi, 
grave,  capable  de  persuader  les  autres,  sans 
mélange  de  tragique.»  «  Un  tel  jugement,  conclut 
M.  Allard ,  n'était  pas  d'un  prince  disposé  à 
prendre  au  sérieux  les  doléances  des  chrétiens 
et  à  faire  cesser  la  persécution.» 

^A  Celse,  le  plus  redoutable  adversaire  que 
l'Eglise  ait  rencontré  au.x  premiers  siècles,  au 
créateur  du  fonds,  sur  lequel  ont  vécu' et  vivent 
encore  les  ennemis  du  christianisme,  le  mot  de 
la  fin.  Ce  néo-platonicien  entaché  d'épicurisme 
montre  avec  un  accent  triomphal  <;<  les  Fidèles 
traqués  de  toutes  parts,  errants,  vagabonds, 
recherchés  parce  que  l'on  veut  en  finir  avec  eux.  » 
Les  Celses  qui  veulent  en  finir  ne  manquent  pas 
aujourd'hui  ;  ils  ont  à  leur  service  la  parole,  la 
presse  et  la  force  armée,  pour  accomplir  des  pro- 
jets au  moins  manifestés  en  pleine  lumière  : 
mais  les  Crescens  ne  manquent  pas  davantage. 
A  quoi  bon  s'en  plaindre.?  Le  Crescens,  qui 
opère  à  l'ombre,  est  de  tous  les  temps.  Il  portait 
jadis  la  pénuleou  le  froc,  il  arbore  maintenant 
l'épitoge  universitaire  ou  la  carmagnole  du  Ja- 
cobin. Le  costume  s'est  inodifié  ;  envieux,  lâche, 
égoïste  et  vindicatif,  le  caractère  reste  immuable. 

Les  persécutions  n'étaient  pas  un  sujet  neuf; 
en  France,  M.  Aube  l'avait  déjà  traité  avec  une 
bonne  foi  incontestable;  cependant,  M.  Allard  a 
su  en  tirer  un  li\'re  neuf  L'épigraphic  et  la  topo- 
graphie,ces  modernes  et  précieuses  ressources  de 
l'historien, y  ont  contribué  pour  beaucoup;  sans 
les  découvertes  et  les  aperçus  miraculeu.x  de 
M.  deRossi,  l'auteur  aurait-il  pu  nous  renseigner 
comme  il  l'a  fait  sur  le  sénateur  Flavius  Clemens, 
le  pape  saint  (l\én\cv\\.,\e^ passiones  de  Faustinus, 
Jovita,  Calocerus  et  Afra,  l'existence  réelle 
d'Hermès,  les  sépultures  de  Sophia,  l'otis,  Elpis, 
Agape,Symphorose,  Félicité,  Januarius,  Valérien, 


526 


Ectiiic    De    r3rt    chrétien. 


Tiburce  et  Cécile?  Assurément  non;  prendre  la 
plume  eût  été  vraiment  inutile:  le  talent  ne 
s'abaisse  pas  à  récrépir,  il  construit. 

Parlerons-nous  du  st}-le?  Je  l'ai  fait  connaître 
entre  guillemets,  et  j'ai  tenté  à  l'occasion  de 
m'en  approprier  les  formes.  Il  est  digne  d'un 
lauréat  de  l'Académie  française,  d'un — -que  la 
modestie  de  M.  Allard  ne  s'effarouche  pas  trop  — 
candidat    de   l'av-enir  au  fauteuil  des  Immortels. 

Hormis  l'imperceptible  accroc  de  Domitien, 
la  tlièse  de  M.  Allard  se  soutient  sans  interrup- 
tions.Un  despote  a  besoin  de  détourner  l'opinion, 
il  proscrit;  les  autres  continuent  à  persécuter 
parce  que  le  premier  a  commencé.  Des  calomnies 
odieuses,  des  imputations  ridicules  servent  de 
prétextes  aux  massacres;  la  raison  d'Etat  n'y 
entre  pour  rien.  Les  Persécutions  au  IIP  siècle, 
que  l'auteur  nous  promet  incessamment,  poursui- 
vront-elles le  même  ordre  d'idées.-'  Des  écarts 
d'aspect  sont  signalés  à  l'avance;  «  le  sang  chré- 
tien ne  coulera  plus  qu'à  la  suite  de  formelles 
déclarations  de  guerre,  qui  pourront  se  terminer 
par  des  traités  de  paix.  »  Très  bien;  mais  quels 
motifs  provoquèrent  ces  guerres  intermittentes? 
Dioclétien  voit  —  et  il  a  raison  —  dans  le  chris- 
tianisme un  danger  pour  les  vieilles  institutions 
qu'il  veut  maintenir  à  tout  prix,  danger,  au  pétrole 
et  à  l'émeute  près,  comparable  aux  périls  dont 
le  socialisme  menace  notre  civilisation  actuelle. 
D'un  autre  côté,  des  contraventions,  des  refus 
d'obéir  aux  lois,  des  attentats  à  la  propriété,  des 
incendies  allumés  par  un  zèle  aveugle;  délits  ou 
crimes  punis  en  tous  temps  et  en  tous  lieux!  que 
Dioclétien  se  soit  trompé,  que  les  porteurs  osten- 
sibles d'insignes  défendus,  les  soldats  réfractaires, 
les  briseurs  d'idoles,  les  destructeurs  de  temples 
aient  été  exceptionnels  ?  J'en  conviens  ;  les  faits 
en  subsistent-ils  moins.'  Comment  fera  désormais 
M.  Paul  Allard  au  cas  où  il  voudrait  encore 
écarter  la  politique.''  Attendons! 

Charles  de  Linas. 


L'IMAGERIE  DES  SOCIETES  DE  ST-AUGUS- 
TIN   ET  DE  ST-JEAN,  EN  BELGIQUE. 

LA  Belgique  marche  en  tête  du  relèvement  de 
l'imagerie  religieuse  et  populaire,  avec  un 
entrain  et  un  succès  dignes  d'éloges.  Au  premier 
rang  se  maintiennent  toujours  la  Société  de  St- 
Augustin,dont  lesiège  est  à  Bruges  et  à  Lille,  et 
celle  de  St-Jean  Évangéliste,  fixée  à  Tournai.  Si 
nous  sommes  devancés  par  l'étranger,  nous  ne 
nous  en  plaindrons  pas,  puisque  notre  pays  est 
tombé  si  bas  en  fait  d'art  industriel.  Au  moins 
sachons  profiter  d'une  si  fière  leçon. 

Je  tiens  à  faire  connaître  en  quelques  mots  les 
produits  iconographiques  des  deu.x  maisons 
Descléc,et  surtout  aies  recommander  chaudement 


comme  elles  le  méritent.  On  ne  saurait  trop 
encourager  ceux  qui  rendent  de  tels  services  à 
l'Église  et  à  l'art. 

A  qui  s'adressent,  en  principe,  ces  images?  A 
la  dévotion  et  aux  enfants.  Elles  sont  faites  pour 
être  données  en  récompense  aux  sages  et  aux 
travailleurs  ou  pour  stimuler  la  piété.  Les  plus 
petites  se  mettent  dans  les  livres  qu'on  porte 
aux  offices,  oui  on  les  a  alors  sous  les  )-eux  ;  les 
plus  grandes  peuvent  s'encadrer  et  se  placer  dans 
les  appartements. 

Ce  but  primordiale!  principal  est  trop  modeste  : 
je  lui  en  veux  un  autre  plus  étendu  et  non  moins 
utile.  Par  ces  images,  il  faut  atteindre  en  même 
temps  l'archéologue  et  le  décorateur.  Le  savant  y 
retrouvera  ce  qu'il  aime,  l'application  pratique  de 
ses  études  :  passer  ainsi  de  la  théorie  à  la  réalisa- 
tion n'est-ce  pas,  d'ordinaire,  son  plus  vif  désir? 
Pour  celui  qui  sait,  comme  pour  celui  qui  veut 
apprendre,  je  vois  là  en  germe  un  vrai  manuel 
d'archéologie  et  surtout  d'iconographie.  On  peut 
entreprendre  des  collections  peu  coûteuses,  à  ce 
double  point  de  vue. 

Je  ne  sais  rien  de  plus  propre  pour  former  et 
épurer  le  goût  de  l'artiste,  qui  aura  là  d'excel- 
lents modèles,  qu'il  sculpte,  peigne  ou  décore 
simplement.  A  peu  de  frais  aussi,  il  se  constituera 
un  album,  auquel  il  devra  souvent  recourir  pour 
ses  travaux  personnels.  Que  de  temps  ainsi 
épargné  à  la  recherche  de  documents  qu'il  aura 
constamment  sous  la  main  ! 

J'ai  parlé  de  goût.  Il  faut  avouer  que  le  goût 
public  est  ou  dépravé  ou  inintelligent.  Singulière 
idée  !  En  F'rance,  c'est  ce  goût  informe  et  ignare 
que  nous  prenons  pour  base  de  nos  opérations, et 
comme  le  point  de  départ  est  radicalement  faux, 
jugez  ce  qui  en  résulte.  On  amuse,  on  n'édifie 
pas  :  on  distrait,  sans  parvenir  à  instruire.  Les 
maisons  sous  le  patronage  de  St  Augustin  et  de 
St  Jean  pensent  bien  autrement  et  comme  elles 
ont  grandement  raison  !  Elles  se  sont  dit  :  <,(  Le 
goût  est  en  baisse,  relevons-le  ;  il  est  généralement 
païen,  faisons-le  chrétien.»  Et  elles  se  sont  mises 
aussitôt  à  l'œuvre  avec  activité  et  persévérance, 
groupant  autour  d'elles  les  hommes  les  plus 
capables,  par  leur  talent  et  leurs  connaissances 
spéciales,  démener  à  bien  une  si  délicate  affaire. 

Deux  moyens  ont  été  choisis  de  préférence  : 
le  style  du  moyen  âge  et  la  couleur. 

La  coloration  est  le  perfectionnement  de 
l'imagerie  et, avec  les  procédés  modernes,on  arrive 
promptement  à  des  résultats  très  satisfaisants  ; 
l'image  est  ainsi  vivante  aux  yeux  de  tous  et 
comme  la  nature,  elle  échauffe  le  cœur  et  pénètre 
jusqu'à  l'àme.  Il  est  bon  de  présenter  les  scènes 
et  les  personnages  avec  quelque  réalité  et  d'en 
faire  en  quelque  sorte  un  tableau  expressif. 


15  i  0 1  i  0  g  r  a  p  ï)  i  e 


527 


L'imagerie  noire  (')  ne  doit  être  qu'une  excep- 
tion, car  elle  est  nécessairement  imparfaite.  Je  ne 
la  repousse  pas  cependant,  puisqu'elle  est  plus 
économique,  mais  il  ne  faudrait  point  qu'on 
lui  accordât  sur  l'autre  une  prééminence  qui  ne 
se  justifie  pas.  C'est  encore  parce  côté  que  nous 
romprons  résolument  avec  la  tradition  française 
contemporaine. 

La  question  de  style  n'est  pas  à  dédaigner. 
Dans  des  contrées  oîi  dominent  les  monuinents 
en  beau  style  gothique,  je  conçois  qu'on  s'en  soit 
inspiré.  Il  y  avait  à  cela  double  avantage  :  les 
types  étaient  alors  moins  rares  et  on  donnait  de 
la  sorte  facilité  de  mieu.x  apprécier  les  édifices 
au  milieu  desquels  on  vit.  L'image  reporte 
nécessairement  à  l'église,  oîi  l'on  rencontre  les 
mêmes  sujets  en  peinture  et  sculpture  :  par  là 
s'établit  une  ingénieuse  comparaison  et  l'on 
commence  dès  lors  à  déchiffrer  les  bas-reliefs  et 
les  vitraux  devant  lesquels  on  passait  auparavant 
avec  indifférence  et  sans  profit. 

La  Société  de  Saint-Augustin,  dans  ses  repro- 
ductions, a  surtout  mis  en  évidence  le  XIII"^  et  le 
XV*^  siècle  :  elle  a  bien  fait.  C'est  la  date  la  plus 
commune  de  nos  édifices  religieu.x  et,  en  s'arrê- 
tant  au  seuil  de  la  Renaissance,  elle  a  indiqué 
nettement  sa  tendance  à  ne  pas  adopter  l'élément 
sensuel  et  naturaliste. 

Copier  les  miniatures  ou  les  vitraux,  tels  qu'ils 
sont,  eût  été  un  tort  grave.  Cet  écueil  a  été 
sagement  évité.  On  a  retenu  du  moyen  âge  ses 
qualités  sans  ses  défauts  :  une  sélection  intelli- 
gente a  mis  de  côté  la  raideur  et  les  erreurs 
anatomiques,  en  gardant  scrupuleusement  la 
naïveté,  la  grâce,  l'idéalisme,  qui  donnent  tant 
de  saveur  à  l'iconographie  du  moyen  âge.  Le 
procédé  lui-même  a  été  imité  autant  que  possible, 
c'est-à-dire  des  teintes  plutôt  plates. 

Cette  imagerie  réunit  ce  caractère  multiple  : 
son  dessin  est  correct  et  on  sent  qu'une  main 
habile  a  tracé  des  contours  si  nettement  arrêtés  ; 
sa  coloration  est  harmonique, tout  en  étant  vivace; 
l'ensemble  est  réellement  artistique,  contentant 
à  la  fois  l'œil  et  lesprit  ;  sa  composition  est 
savante,  manifestant  de  sérieuses  études  sur  l'art 
et  l'iconographie  ;  les  informations  ont  été 
puisées  dans  l'archéologie  même,  dont  voici 
désormais  une  des  applications  les  plus  fécondes; 
enfin,  cette  imagerie  est  pieuse,  puisqu'en  elle 
tout  concourt  à  faire  aimer  Dieu  et  ses  saints  et 
à  provoquer  des  sentiments  de  foi  et  de  religion. 

Un  tel  résultat,  certes,  n'est  pas  mince.  Il 
équivaut  à  une  mission. 

Pénétrons    maintenant    dans    le    détail.    Les 

I.  Cette  imagerie  est  \:i  s|)éei.ilitt^  de  la  miisoii  Stjeari.  Ses  dessi- 
nateurs appartiennent  à  l'école  de  St-Luc  et  travaillent  .sous  la 
direction  du  baron  Bétliune,  son  fondateur.  Grâce  A  cette  école,  il 
s'est  produit  un  mouvement  considérable  en  faveur  de  l'art  chrétien. 


images  de  Saint-Augustin  et  de  Saint-Jean, 
quant  au  format,  sont  de  trois  sortes  :  petites, 
moyennes,  grandes.  La  composition  reste  la 
même  pour  toutes,  seulement  les  formes  sont 
diminuées  ou  agrandies,  suivant  la  destination. 

Quant  au  type,  il  est  triple  également  :  colorié, 
monochrome  ou  noir.  Les  images  coloriées  sont 
assurément  les  plus  belles:  est-il  quelque  tableau 
comparable,  pour  la  suavité,  à  la  Vierge  de  Lour- 
des ou  à  la  Crucifixion  traitée  d'une  manière  si 
e.xquise .'  L'image  monochrome  est  en  or  bistré  : 
c'est  sévère,  mais  riche.  Le  noir  rappelle,  à  s'y  mé- 
prendre, les  gravures  des  anciens  livres  d'heures, 
sur  fond  criblé  qui  fait  détacher  en  blanc,  à  l'aide 
de  simples  traits,  les  motifs  qui  y  sont  figurés. 

L'iconographie  appelle  l'attention  sur  deux 
points  :  les  attributs  et  l'entourage.  Chaque  saint 
est  caractérisé,  comme  il  convient,  de  façon  à  le 
faire  reconnaitre,en  rappelant  les  principaux  traits 
de  sa  vie.  L'entourage  comprend  trois  éléments  : 
un  sol  fleuri,  symbole  de  félicité  éternelle;  un  fond 
avec  dossier,  symbole  d'honneur  et  de  culte  ou  un 
ciel  étoilé,pour  exprimer  le  séjour  de  la  béatitude; 
enfin, une  arcade,  avec  des  colonnes  pour  supports, 
ce  qu'on  nommait  au  moyen  âge  un  tabernacle, 
autre  motif  emprunté  au  culte  liturgique. 

Les   sujets  sont  très   variés.   Voici  la  vie  du 


et  gjrrairtnr  liirga  tic 
r.' 


•iiOici'  "Jf  iisf.  f  r  nos 

ûf  raûirc  nns  asiTiiûrr. 


Christ,  celle  de  la  Vierge,  les  apôtres,  les  saints 
de  tous  les  ordres,  même  la  Toussaint.  Comme 
spécimens    du   genre  de    la    gravure    noire,     je 


REVUE  DE    l'aKT  CHRÉTIKN. 
1885.  4""-'  LIVRAISON. 


528 


îRctiue   De    rsïrt   cfjrcticn. 


n'hésite  pas  à  signaler  l'arbre  de  Jessé,  la  Con- 
ception de  la  Vierge,  la  IMajesté  de  Dieu  et  le 
Christ  de  pitié,  quatre  t}'pes  qu'on  a  eu  la 
bonne  pensée  de  remettre  en  faveur  et  qui  sont 


empruntés  aux  meilleures  sources  du  XV<"  siècle 
expirant. 

J'ai  parlé  de  corrections.  Il    en   est  deux  qu'il 
importe    de    signaler  :     à    la    Nativité,    l'enfant 


J5 


horlus  coachwtts.fons  aianatua 


edo  5um  viii  .vcritiitî  et 
..    ._ 


.vita-.Ticmo  vcnit  a<)Pa- 
trcTn.TiJgi  pcrme.(j..ii.xivo>  j 


Jésus  a  été  habillé,  l'Evangile  et  la  convenance 
l'exigeaient;  la  Circoncision  a  été  rectifiée  de  la 
manière  la  plus  chaste.  Je  félicite  sincèrement  de 
ces  améliorations. 

Une  légende,  texte  ou  nom,  parfois  sous  forme 
d'invocation,  explique  le  sujet.  Une  seule  fois, 
une  image  est  anépigraphe,  par  oubli  sans  doute. 

En  général,  les  principes  iconographiques 
.sont  fidèlement  observés  quant  au  nimbe,  à 
l'auréole  et  à  la  nudité  des  pieds.  Toutefois,  je 
relèverai  quelques  infractions,  afin  qu'on  les 
évite  ultérieurement.  Le  nimbe  ne  convient 
pas  aux  bienheureux  à  qui  l'Église  n'accorde 
qu'un  rayonnement  autour  de  la  tête  ;  par  con- 
séquent, la  B.  Marguerite  Alacoque  et  le  B.Jean 
Berchmans  ne  peuvent  en  être  gratifiés.  Le 
nimbe  exprime  l'état  de  béatitude  parfaite,  la 
plénitude  de  la  grâce  et  de  la  gloire:  le  Saint 
-Siège  seul  en  dispose  par  la  canonisation  solen- 
nelle. Une  charmante  image  mortuaire  représente 
l'âme  d'une  jeune  enfant  enlevée  au  ciel  par 
un  ange  :  or  cette  enfant  est  niinbce  et  aurcolce, 
double  attribut  qui  ici  n'a  pas  sa  raison  d'être, 
puisqu'il  ne  s'agit  même  pas  à\m&  sainte  ('). 

I.  Cette  imnge  est  toute  symbolique  :  elle  a  pour  objet  de  consoler 
les  parents  ddsolés   par  la  perle  de  leur  enfant,  en  leur  rappelant 


Ste  Scolastique est accompagnéed'une colombe 
nimbée,  enveloppée  dans  une  auréole  circulaire  ; 
cette  colombe  est  son  âme.  De  la  sorte  ne 
pourrait-on  pas  la  confondre  avec  l'Esprit- 
Saint(')?  Une  retouche  serait  nécessaire,  puisque 
le  moyen  âge  n'a  pas  mis  en  vogue  ce  type. 

Continuons  nos  observations.  Je  désirerais  une 
plus  scrupuleuse  exactitude  dans  les  portraits 
bien  connus  de  certains  saints,  comme  saint 
Charles  Borroniée,  saint  François  de  Sales,  etc.  ;  je 
rétablirais,  pour  saint  Jean  Népomucène,  l'étole 
sur  la  mozette,  pour  être  d'accord  avec  les  rubri- 
ques; je  substituerais,  pour  saint  Joseph,  les  fleurs 
d'amandier  au  lis  qui  est  une  invention  moderne; 
j'ajouterais  un  nimbe  crucifère,  comme  à  Su- 
biaco,  à  l'agneau  de  Ste  Agnès,  afin  de  bien 
attester  que  cet  agneau  est  le  Christ,  son  époux  ; 
je  voudrais  que  sur  l'écusson  papal,  les  clefs 
eussent  le  panneton  en  haut,  car  elles  sont  faites 
pour  ouvrir  le  ciel  ;  enfin,  peut-être  serait-il  à 
propos  de  moins  rajeunir  quclcjucs  piiysionomies, 

(|ue  la  bL^atitudc  éternelle  est  l'apanage  des    .Tinos  c|ui  quittent  cette 
terre  revêtues  de  la  robe  si  pure  de  l'innocence  baptismale. 

(N.  delaR.) 
I.  Cette  confusion  n'est  pas  à  craindre,   puisque  le  nimbe  de  la 
colombe  n'est  pas  orné  de  la  croi.x,  caractéristique  de  la  divinité. 

(N.  delà  R.) 


116it)Iiograpî)ic. 


529 


par  exemple  saint  Louis  de  Gonzague,  qui  devient 
ainsi  un  enfant  et  saint  Thomas  d'Aquin,  trop 
transformé  en  adolescent  ?  Je  n'ignore  pas  que  cet 
air  juvénile  exprime  mieux  l'immortalité  qui 
rajeunit  pour  toujours  le  saint  admis  au  bonheur 
éternel,  mais  ce  symbole  n'est  pas  assez  ancré 
dans  la  tradition  pour  qu'on  puisse  l'adopter 
sans  inconvénient  et,  d'ailleurs,  ce  ne  serait  pas  à 
quelques-uns,  mais  à  tous  les  saints  qu'il  faudrait 
l'appliquer. 

Encore  quelques  mots.  Saint  Martin  coupant 
son  manteau  est  représenté  en  évêque  :  c'est  con- 
traire à  la  tradition  iconographique  et  à  l'histoire; 
le  fait  révélant  un  soldat, le  costume  militaire  était 
indispensable  (').  La  Vierge  ne  doit  pas  darder 
des  rayons  de  ses  deux  mains  ouvertes  :  de  la 
sorte  on  semblerait  vouloir  reproduire  la  médaille 
viiraciileitse,  basée  sur  une  vision  qui  n'a  pas  été 
approuvée,  et  d'ailleurs  la  Congrégation  des 
Rites  a  rigoureusement  défendu  un  tableau  de 
cette  nature,  en  souvenir  de  l'apparition.  Saint 
Gorgon  manque  de  son  attribut  caractéristique 
qui  est  le  faucon  sur  le  poing.  Pourquoi  deux 
nimbes  à  saint  Denis, un  à  la  tête  coupée  qu'il  tient 
dans  sa  main  gauche  et  l'autre  au-dessus  du  cou, 
là  oia  la  tête  a  disparu.'  Le  nimbe  étant  fait  pour 
le  chef,  là  où  il  n'existe  plus,  il  convient  de  sup- 
primer son  ornement  qui  n'a  plus  sa  raison  d'être. 
L'Esprit-Saint  souffle  à  l'oreille  de  saint  Grégoire 
son  inspiration  :  la  colombe  divine  doit  être 
perchée  sur  son  épaule  et  ne  pas  voler  en  l'air. 
Saint  Hilaire  ne  terrasse  pas  un  dragon  dans  son 
iconographie  normale,  mais  chasse  des  serpents 
de  l'île  Gallinara;  n'oublions  pas  la  tonsure  à  saint 
Pierre,  le  front  chauve  à  saint  Paul,  ni  l'enfant 
jÉSU.s  blotti  dans  le  cœur  de  sainte  Gertrude;  pas 
de  chapelet  aux  mains  de  saint  Antoine  de 
Padoue,le  rosaire  franciscain  ayant  été  condamné 
par  le  Saint-Siège.  Le  vrai  type  de  saint  François 
d'Assise  est  une  croix  dans  la  main  droite.  Gothi- 
ciser  le  chiffre  de  la  Compagnie  de  JÉ.SUS  conduit 
inévitablement  à  le  confondre  avec  celui  qu'adop- 
tèrent, au  X  V*-'  siècle,  les  Franciscains,  à  l'instiga- 
tion de  saint  Bernardin  :  on  ne  doit  pas  s'écarter 
du  type  choisi  par  saint  Ignace  (2). 

Il  est  des  esprits  chagrins  et  des  caractères 
mal  faits  qui  se  plaisent  à  dénaturer  les  intentions 
les  plus  claires  et  qui  s'effarouchent  au  moindre 
mot  de  critique.  La  critique  prouve  exclusivement 
l'indépendance  du  jugement  et  le  désir  de  voir 
perfectionner  une  œuvre  presque  irréprochable. 
Ce  n'est  donc  ni  mauvaise  volonté,  ni  mésestime, 
bien  au  contraire. 

1.  Le  savant  auteur  de  l'article  n'ignore  pas  que  l'art  du  moyen 
âge  s'affranchissait  aisément  de  la  réalité  historique,  afin  de  toucher 
plus  vivement  les  sentiments  pieu.\  des  fidèles  :  c'est  ainsi  qu'on  a 
souvent  représenté  l'apôtre  saint  Pierre  avec  la  tiare  papale,  pour 
rappeler  qu'il  a  été  le  prenïier  des  souverains  pontifes,  etc. 

(N.  de  la  R.) 

2.  Ce  type  ne  peut  pas  avoir  été  le  chrisme  moderne  en  vogue 
depuis  le  XVIP  siècle.  (N.  de  la  R.  ) 


J'ai  assez  fait  l'éloge  de  la  société  de  Saint- 
Augustin  pour  que  ni  elle  ni  sa  clientèle  ne  se 
méprennent  sur  le  sentiinent  vrai  qui  m'inspire. 
Son  imagerie  m'a  vivement  intéressé  et  je  ne  lui 
marchande  pas  mon  admiration.  Mais,  puisqu'elle 
s'est  posée  sur  le  terrain  religieux  et  du  moyen 
âge,  il  était  de  mon  devoir  de  lui  rappeler  à  la 
fois  les  décisions  du  Saint  Siège,  au.Kquelles  per- 
sonne ne  peut  se  soustraire,  et  les  enseignements 
de  l'archéologie.  J'attache  une  telle  importance 
à  cette  imagerie,  destinée  à  être  éminemment 
]5opulaire,  que  je  tiendrais  à  ce  qu'elle  répondît, 
de  tous  points,  à  l'idéal  que  nous  nous  proposons 
et  qu'elle  a  presque  atteint,  à  la  satisfaction  de 
ceux  qui  unissent  dans  une  même  affection 
l'Eglise  et  l'art  chrétien. 


LE  TOMBEAU  DU  CARDINAL  DE  TULLE, 
A   SAINT-GERMAIN    LES    BELLES,     par    René 

Fage;  Limoges,  Ducourtieu.x,  1885,  in-8°  de  16  p. 

Hugues  Roger,  abbé  bénédictin  de  Saint-Jean 
d'Angely,  fut  nommé  évêque  de  Tulle,  en  1342 
et,  la  même  année,  créé  cardinal  prêtre  du  titre 
de  Saint-Laurent  in  Daiuaso.W  mourut  en  1363  et 
fut  inhumé  à  Saint-Germain  en  Limousin,  où  un 
chapitre  fut  fondé  en  son  nom,  postérieurement 
à  son  décès  et  en  exécution  d'un  legs.  M.  Fage 
raconte  sommairement  sa  vie.  Il  aurait  pu  y 
ajouter  ce  détail  qu'en  1351,  il  fut  représenté  en 
pied  au  soubassement  du  tombeau  de  Clément 
VI,  son  frère,  à  l'abbaye  de  la  Chaise-Dieu,  en 
tête  de  la  famille,  comprenant  quarante-quatre 
personnes  (B21II.  du  Coin,  des  trav.  histor.,  sect. 
d'archéologie,  1884,  p.  419).  Baluze  a  conservé 
dans  ses  manuscrits,  à  la  Bibliothèque  nationale, 
la  description  de  la  tombe  émaillée  du  car- 
dinal, qui  fut  brisée  à  la  Révolution.  INI.  Fage  a 
reproduit  ce  texte  important,  qui  mentionne,  à 
la  statue  du  défunt,  un  amict  historié  (fait  assez 
rare)  ;  au  soubassement,  les  apôtres,  les  vertus, 
saint  Martial  et  sainte  Valérie,  des  patrons  et,  en 
tête  «  JÉ.SUS  en  croix  )~>,  tandis  qu'au.x  pieds  figure 
<<  Jésus  assis,  monstrant  son  costé  ouvert,  entre 
deux  anges  dont  l'un  porte  sa  couronne,  l'autre 
la  croix  et  les  clous»,  c'est-à-dire  la  scène  du  ju- 
gement dernier. 

Remarquons  l'appropriation  de  cette  icono- 
graphie: le  sang  divin  rachète  le  défunt,  qui  se 
présente  avec  confiance  au  tribunal  suprême, 
escorté  des  vertus  qu'il  a  pratiquées  pendant  sa 
vie,  et  assisté  de  ses  patrons  et  des  apôtres  dont 
il  a  continué,  comme  évêque,  la  mission    ici-bas. 

Nous  remercions  sincèrement  l'infatigable 
archéologue  limousin  de  nous  avoir  révélé  un 
document  si  précieu.K  sous  le  rapport  de  l'art 
local,  de  l'histoire  et  de  l'iconographie. 


530 


îRctiuc   tic   r3rt   cbréticn 


ARTISTI  IN  RKLAZIONE  COI  GONZAGA 
SIGNORI  DI  MANTOVA,  RICERCHE  E  STUDI 
NEGLI  ARGHIVI  MANTOVANI,  per  A.  Bertolotti. 
Modena.  Vincenzi,  1SS5,  in-S'^,  de  226  pages. 

M.  Darcel  a  établi  deux  catégories  d'archéo- 
logues :  les  voyageurs  et  les  sédentaires.  Je  serais 
tenté  d'y  ajouter  :  les  pressés  et  ceux  qui  ne  le  sont 
pas.  Ces  derniers  n'arrivent  jamais  à  point,  mais 
ils  laissent  des  manuscrits.  Les  premiers  —  le 
chevalier  Bertolotti  appartient  à  ce  groupe  — 
publient  au  fur  et  à  mesure  de  leurs  découvertes, 
ou  du  moins,  quand  ils  trouvent  leur  dossier 
suffisamment  garni.  Ils  ont  bien  raison,  car  c'est 
un  moyen  sûr  et  efficace  de  faire  progresser  la 
science. 

L'activité  et  la  fécondité  de  l'archiviste  de 
Mantoue  sont  vraiment  prodigieuses.  Un  livre 
succède  toujours  à  un  autre  et  l'inédit  en  fait  le 
fond.  La  mise  en  œuvre  consiste  à  coordonner  et 
expliquer  les  documents. 

Les  artistes  de  la  cour  des  Gonzague  n'étaient 
guère  connus.  Voici  toute  une  révélation  d'archi- 
tectes, ingénieurs,  mécaniciens,  peintres,  minia- 
turistes, sculpteurs,  graveurs,  mosaïstes,  doreurs, 
fondeurs,  ferronniers,  ivoiriers,  tablettiers,  musi- 
ciens, orfèvres,  brodeurs,  etc.  Peu  sont  natifs  du 
duché  même  :  les  ducs  de  Mantoue  prennent 
presque  partout.  Rome  parait  leur  principal 
centre  d'approvisionnement. 

Un  recueil  de  textes  n'est  guère  susceptible 
d'analyse,  glanons-y  cependant  un  peu. 

D'abord,  faisons  honneur  à  nos  compatriotes. 
Il  y  a  des  français  :  Jean  Macchier,  sculpteur  en 
marbre  et  ivoire,  qui  est  cité  en  161 8  (p.  86-87); 
Jeannin  Bahuet,  de  Nancy,  peintre,  à  la  date  de 
1592  (p.  157-158);  Nicolas  Rogiers,  orfèvre  de 
Paris.en  1604  (p. 99, 185).  Les  tableaux  du  Poussin 
étaient  très  recherchés  (p.  185). 

En  fait  de  flamands,  je  citerai  Rubens  (p.  36-38, 
167,  169);  l'orfèvre  Jacques  Roymans,  d'Anvers, 
de  1594  à  1611  (p.  184-186);  le  peintre  Henri 
de  Honthorst,  en  1595  (p.  1 86- 187);  le  musicien 
Guillaume  Dillen,  en  1621  et  1671  (p.  138-139)  ; 
l'ingénieur  Guillaume  Trompette,  de  Busquoy,  en 
1603  (p.  147-148)  ;  le  peintre  Inigo  Grifed,  en 
1629  (p.  164);  l'orfèvre  Jodoco  Otts  (p.  100)  ;  en 
1604,  il  est  question  de  «  diamants  trarvaillés  à  la 
flamande  pour  une  rose»  (p.  loo). 

Les  de  Gonzague  aimaient  et  protégeaient  les 
artistes.  Il  n'est  donc  pas  étonnant  qu'ils  aient 
fait  don  d'une  abbaye  aux  chantres  de  la  chapelle 
papale. 

Ils  avaient  musique  de  chambre  et  musique  de 
chapelle.  Suivant  l'usage  du  temps,  on  y  admet- 
tait des  i.  castrati  »  ou  <,<  eunuchi  »  (p.  120,  122, 
126,  129,  140)  et,  quand  on  en  manquait,  on  en 
faisait:  «  Kdi  anni  13  e  non  è  castrato,  cio  puo 


farsi  »  (p.  141)  ;  «  Ilputtino  ha  buona  voce...  et 
ha  gran  desiderio  di  farsi  castrare  »  (p.  130).  Une 
seule  fois,  une  femme  est  mentionnée,  parce  que 
<i  la  prattica  di  haver  donne  che  cantano  riesce 
difficilissima  ~»  et  quand  on  eut  la  «  Camilluccia  >>, 
on  s'en  dégoûta  vite,  à  cause  de  son  avidité  : 
«  di  natura  avida,  arpia  che  non  si  satia  » 
(p.  128). 

La  mode  était  aux  galeries.  La  cour  de  Man- 
toue eut  la  sienne.  On  y  mit  d'abord  des  antiques, 
entre  autres  le  célèbre  buste  de  Virgile  (p.  80), 
pour  lequel  les  archéologues  ne  se  trompèrent 
que  de  nom.  Les  artistes  contemporains  fournirent 
leurs  œuvres  et,  à  défaut  des  originaux,  on  se 
contenta  de  copies. 

M.  Bertolotti  a  reproduit  deux  lettres,  datées 
de  Venise  du  27  mars  et  du  19  juin  162 1,  signées 
<<  Aluise  Gaetano,  maestro  di  mosaico  délia 
Sercnissima  Republica  »  (p.  68-69).  Dans  la 
première,  il  est  parlé  du  portrait  en  mosaïque  du 
duc  de  Mantoue,  «  havendo  io  fatto  di  mosaico 
il  ritratto  di  V.  A.  S.  »,  qui  s'est  brisé  dans  le 
transport  et  qu'il  remplace  par  un  autre.  Dans  la 
seconde,  il  rappelle  au  duc  que  son  père  lui 
avait  commandé  des  oiseaux  en  mosaïque  pour 
mettre  à  une  fontaine,  <î;alcuni  ugelli  di  mosaico 
per  servirsene  a  certa  fontana,  potendo  dette 
mie  opère  resistere  ail'  injurie  del  tempo  per  il 
corso  di  centenara  d'anni  ».  Il  lui  en  envoie  trois 
et  le  remercie  d'avoir  bien  accueilli  son  portrait  : 
«  il  rittratto  fatto  da  me  e  riuscito  di  gusto  della 
V.  A.  S.  »  Zani  a  signalé  des  travaux  de  Gaetano, 
datés  de  1590  a  1617;  ils  sont  signés  Cajetanus  F, 

Notons  au  hasard  quelques  passages  dignes  de 
mention  au  point  de  vue  de  l'histoire,  des  mœurs, 
et  de  la  pratique  de  l'art. 

(Page  n)  Jean  Magni  écrivait  au  duc,  en  1608, 
au  sujet  de  la  toile  du  retable  peinte  par  Rubens 
pour  la  CItiesa  nuova,  à  Rome  :  ce  tableau  est 
maintenant  au  musée  de  Grenoble  et  l'église  des 
oraloriens  n'en  a  qu'une  copie. 

(P.  70).  L'ambassadeur  à  Rome  tient  au  courant 
des  découvertes:  en  1512,  il  entretient  son 
maitre  de  la  grande  statue  du  Tibre,  qui  est  au 
Vatican. 

(P.  75).  On  demande  à  Jules  Romain  :  «  dui 
dessegni  che  siano  belli  »,  pour,  «  una  bella 
sepoltura  di  marmorecon  un  epitaphio  »,  où  sera 
enterrée  une  chienne  <i  morta  di  parto  ».  C'est 
vraiment  grotesque. 

(P.  88).  Le  célèbre  orfèvre  Caradosso  con- 
fectionne un  vase  «  di  grande  e  bella  forma, 
composto  di  49  pezi  di  cristallo,  ligati  in 
argento  dorato  e  smaltato  e  intagliato,  molto 
ben  commisse  »  et,  pour  mille  ducats,  '  une 
écritoire,  ((  el  piu  bel  calamaro  che  sia  al  età 
nostra  »  (p.  89). 


15  i  b  l  i  0  5  r  a  p  f)  i  c 


531 


(P.  95).  L'horloger  Cherubino  Parlaro,  en  1531, 
offre  de  faire  une  horloge  semblable  à  celle  que 
lui  avait  commandée  le  pape,  qui  la  garde  dans 
sa  chambre.  Le  cadran  porte  six  heures  (comme 
les  cadrans  de  Rome  actuellement)  et  marque 
les  minutes.  A  la  même  époque,  Raphaël 
dessinait  au  Vatican  des  cadrans  de  vingt- 
quatre  heures,  ce  qu'on  retrouve  encore  à  Venise 
et  à  Padoue  ('). 

(P.  100).  Voici,  comme  rareté,  un  «  rubis 
blanc  ».  Puis  viennent  les  travaux  du  tourneur 
Cléophas  de  Donato,  qui  se  font  en  ivoire  et  en 
baleine,  «  balena  »  (p.  108);  une  boîte  à  savon, 
faite  par  Mastro  de  Corni,  en  151 1,  «  un  vasello 
a  tener  sapone  »  (p.  109);  un  collier  en  corne,  par 
Abram,  en  1514,  «  colana  de  corno  bellissima  » 
(p.  iio)  ;  un  coche  doré,  en  1630,  «  indorai  la 
galleria  et  un  cocchio  di  S.  A.  »  (p.  65)  ;  «  une 
couronne  de  laurier  dorée,  apposée  à  la  tête  du 
cercueil  }>  du  musicien  Luzasco,  en  1607  (p.  132); 
les  essais  en  plomb  faits  sur  les  médailles  :  «  due 
medagli  in  pionbo  délia  testa  di  V.  A.  stanpate 
in  su  le  stanpe  di  aciaio  per  vedere  se  a  V.  A.  vi 
fusse  inpedimento  di  cosa  nessuna  »,  en  1594 
(p.  184)  ;  les  modèles  en  cire  pour  l'orfèvrerie, 
avant  de  la  fondre,  en  1595,  «  ho  fatto  tutti  li 
modelli  di  cera  per  li  candelcri  che  riescano  molti 
belli  e  sono  pronto  per  gettarli  de  argento  » 
(p.  187)  ;  les  travau.x  de  porcelaine,  «  lavori  de 
porcelana  »,  en  1526  (p.  192);  les  cylindres  de 
fer-blanc  où  se  roulaient  les  toiles  pour  leur 
expédition,  nommé  canons  «  canonni  »,  à  cause  de 
leur  forme,  en  1591  (p.  177);  les  caisses  d'embal- 
lage, recouvertes  de  toile  cirée,  «  incerato  »  et  de 
toile  ordinaire  pour  que  l'eau  n'y  pénètre  pas  ; 
un  orgue  d'albâtre,  «  organo  d'alabastro,  opra 
e.xcellentissima»,  qui  coûta  600  ducats  et  exigea 
huit  mulets  pour  le  transport,  en  1522  (p.  115)  (2). 

Ces  indications  sommaires,  qui,  en  plus  d'un 
endroit,  compléteront  le  Glossaire  archéologique, 
montrent  suffisamment  l'intérêt  qui  s'attache  au 
livre  de  M.  Bertolotti,  terminé,  pour  la  commo- 
dité du  lecteur,  par  une  table  très  détaillée  des 
matières,  et  une  seconde  table  réservée  aux  noms 
des  artistes,  disposés  alphabétiquement. 

ARTXSTI  VENKTI  INROMA  NE!  SECOLI  XV, 
XVI   E     XVII,    STUDI     E     RICERCHE    NEGLI 

ARCHlvi  ROMANI,  per  A.  Bertolotti  ;  Vcnezia, 
1884,  in-4"  de  99  pages. 

1.  Froissart,  dans  ses  Poésies,  décrit  ainsi  un  cadran  analogue,  en 
1393  : 

«  En  ce  dyal,  dont  grans  est  li  mérites, 
Sont  les  heures  XXII II  descrites  ^. 

2.  En  1863,  je  signalai,  dans  la  galerie  des  Inscriptions, au  Vatican, 
un  cippe  romain,  où  est  sculpté  un  intérieur  d'atelier.  Or,  parmi  les 
objets  exposés,  figure  un  petit  orgue  à  tuyaux.  Feu  M.  de  Surigny,  à 
qui  je  le  montrais,  en  fit  un  croquis  :  cela  ne  lui  suffisant  p.as,  il  en  fit 
prendre  un  moulage.  L'un  et  l'autre  sont  inédits  ;  on  les  trouvera 
dans  son  cabinet  et  il  est  à  désirer  qu'ils  en  sortent  piomptement  au 
profit  de  l'arcliéologie. 


M.  Bertolotti  a  entrepris  ce  qu'on  peut  nommer 
la  Bibliothèque  des  artistes  en  Italie.  Ce  volume 
s'ajoute  à  nombre  d'autres  sur  le  même  sujet  et 
complète  avantageusement  la  série  O.L^ne  foule 
d'artistes  vénitiens  y  sont  signalés  :  Rome  était 
un  centre  d'attraction, et  les  papes  ne  se  faisaient 
pas  faute  d'y  convier  les  sommités  étrangères. 

Tous  ces  documents  inédits  ont  une  grande 
valeur  historique  et  archéologique.  Il  y  a  là 
une  somme  considérable  de  travail  pour  avoir 
dépouillé  tant  de  registres  décompte,  mais  aussi 
une  mine  pour  ainsi  dire  inépuisable  à  l'usage  de 
ceux  que  ces  recherches  spéciales  intéressent. 

On  ne  peut  avoir  la  main  à  tout  et  celui  qui 
écrit  ou  feuillette  les  vieux  papiers  n'a  guère  le 
temps  d'aller  courir  les  églises  et  les  palais  pour 
constater  ce  qui  y  existe  encore.  J'aurais  voulu,  à 
l'occasion  de  chaque  artiste,  une  note  sur  ce  que 
l'on  possède  encore  de  lui  :  le  texte  aurait 
provoqué  la  recherche  et  l'objet  subsistant  aurait 
souvent  permis  d'apprécier  le  mérite  de  l'artiste, 
surtout  s'il  est  peu  ou  point  connu.  Ce  travail  de 
récension  eût  été  fort  long,  je  n'en  disconviens 
pas,  mais  aussi  fort  utile  et  pratique,et  de  la  sorte, 
certaines  notions  auraient  pu  entrer  dans  les 
guides.  Par  exemple,  voici  des  détails  sur  l'érection 
de  l'autel  du  Saint-.Sacrement  à  Saint-Jean-de- 
Latran,  sous  Clément  VIII;  la  reconstruction  de 
l'église  de  Sainte-Balbine,  sous  Urbain  VIII  en 
1625  (p.  68)  ;  la  sculpture  et  la  pose  du  beau 
plafond  de  l'église  des  Saints-Côme-et-Damien 
en  1632  (p.  79). 

Je  relèverai  de-ci  de-là  quelques  détails  :  deux 
artistes  français  sont  nommés  :  Etienne  Furiio, 
peintre,  qui  travailla  aux  loges  Vaticanes  en 
1562  (2)  et  restaura  les  mosaïques  d'Orvieto,  de 
1560  à  1570  (p.  20)  ;  Antoine  Stella,  peintre,  en 
1580  (p.  22)  ;  puis  un  ébéniste,  Michel  de  Smidt, 
de  Bruges,  en  1640  (p.  ']'6). 

Nous  trouvons  une  définition  de  Va/icoua,  qui 
est  le  tableau  d'un  retable  :  «  Unum  quadrum 
sive  acconam,  apponendam  supra  altare  »  (p.  22, 
ann.  1 577). On  y  ajoute  les  armes  et  le  portrait  du 
donateur  :  <.<  In  capite  dicte  ancone...  apponi 
facere  insignia  et  arma  dicti  D.  Joannis  Francisai, 
sculpta  in  ligno  »  (ibid.)  ;  w  oltre  le  altre  figure 
doveva  csservi  il  ritratto  di  csso  Antonio  >>  {ibitl., 
ann.  15S2). 

Rome  fournissait  des  antiques  au  monde 
entier,  Venise  s'en  enrichit  aussi  (p.  26,  ôj). 

En  1519,  François  Benedetti  reçoit  50  ducats 
pour  une  salière  de  cristal  (p.  28)  et  25,  en  1520, 
pour  une  tasse  d'améthyste. 

Simplicio     Ricio    fut     chargé    de    faire    un 

1.  Voir  la  liste  de  ses  publications  dans  le  Bulletin  monumental, 

1885,  p.  329. 

2.  Le  travail  complet  des  loges  monta  à  19,000  francs   de  notre 
monnaie  (j).  21). 


532 


Ectiiic  De   rart   cf)céticn. 


saint  Georges  en  diamant,au  prix  de  500  ducats, 
en  1522,  en  collaboration  avec  François  Bene- 
detti  :  «;  Un  san  Georgio  a  cavallo,  con  un  drago  (•) 
secondola  forma  e  modello  di  cera  e  quai  cavallo, 
huomo  et  drago  dievo  tutti  esser  fatti  e  lavorati 
de  diamanti  e  di  quella  stessa  grandezza  di  esso 
modello  et  dieve  esser  fatti  et  lavorati, tai  diamanti 
de  relievo  et  cavo.  »  Ce  texte  devra  entrer  dans  le 
supplément  du  Glossaire  arcluologique  où  M.  Gay 
a  omis  la  taille  du   diamant  en    relief  et  creux. 

Les  diamants  sont  parfois  de  couleur  jaune: 
«  Una  gargantilija  con  dentro  62  diamanti 
gialdi  >■>,  en  1610  (p.  70)  :  de  pointus  qu'on  les 
faisait  auparavant  (")  on  les  taille  en  table,  «  due 
diamanti  ridotti  di  ponta  in  tavola  »  (1523,  p.  30). 
En  1459,  '^  pape  s'en  fait  une  croix,  «  crucis  de 
diamantibus  »  (p.  12). 

Vingt-deux  écus  sont  comptés,  en  1550,  à 
Marco  Venetiano,  «  per  un  calamaio  d'ebano, 
lavoratod'oro  macinato,  perservitio  délia  caméra 
di  Nostro  Signore»  (p.  31). 

Au  XVIe  siècle,  l'orfèvre  François  Colonella 
mettait  dans  son  contrat  qu'il  recevrait,  en  plus 
de  ses  émoluments,  «  cera,  pepe,  mance  ed  altre 
cose  ordinarie  che  si  suole  dare  »  (p.  36).  Le  poivre 
était  rare  alors  :  de  là  l'usage  des  épiées. 

Le  pape  offrit  à  la  duchesse  d'Urbin,  en  1547, 
un  cheval  lurc,  dont  la  housse  fut  brodée  d'or 
filé  ;  tout  le  harnachement  était  en  velours  violet 
(p.  50).  En  1627,  Guillaume  Barotta  prit  un  pri- 
vilège pour  le  lamé  d'or,  qui  est  encore  en  grande 
vogue  à  Rome:  «  modo  di  battere  ori  et  argenti 
per  tagliare  e  filare  sulla  seta  per  fare  lama  d'oro 
c  d'argento,  tagliate  ad  usanza  di  Fiorensa  e  di 
Milano»  (p.  80). 

Urbain  VIII,  en  1632,  commanda  un  carrosse: 
«  carrozza  coperta  di  sachetta  rossa,  e  dentro 
guernita  di  veluto  cremesino,  con  chiodatura, 
indoratura,  frangie  e  passamano  d'oro  )>  (p.  79), 
et  Innocent  X,  en  1650,  un  riche  fauteuil,  avec 
escabeau,  en  noyer  sculpté  (ibid.). 

En  1624,  Urbain  VIII  fit  faire  pour  la  chapelle 
papale  des  «  paramenti  d'altari  »,  en  «  damaschi 
d'oro  »  et,  pour  les  quatre  basiliques  à  visiter  dans 
l'année  jubilaire,  en  \<.  drapi  d'oro  et  d'argento  » 
(p.  8o)- 

1.  Ailleurs,  il  est  dit  «  cavallo,  uomo  et  serpente.  1>  Les  anciens 
textes  parlent  de  môme,  ce  que  n'établit  pas  le  Glossaire  archéolo- 
gique mx  mot  dragon.  Je  ne  ferai  qu'une  citation:  en  1649,  décrivant 
une  tombe,  Justel  dit  que  la  femme  a  «  A  ses  pieds  un  serpent  ». 
Or,  c'est  «  un  dragon  ou  serpent  ailé  ».  (Bull,  de  la  Sue.  arch.  du 
Limousin,  1885,  p.  113,  115). 

2.  Le  défaut  de  connaissances  archéologiques  donne  lieu  parfois  A 
de  singulières  méprises.  Voici  comment  est  appréciée  la  tiare  de  Sixte 
IV,  qui,  suivant  la  coutume  du  temps,  se  termine  sur  sa  tombe  par 
une  pierre  précieuse  en  pointe  :  «  En  faisant  le  tour  de  cette  tombe 
merveilleuse,  j'arrive  à  la  tiare  de  Sixte  IV  et  je  remarque  que  cette 
coiffure,  prétendue  pacifique  autant  que  m.ajestuouse,  se  termine, 
comme  un  casque  prussien,  en  pointe  pyramidale,  luisante  et  acérée. 
Ah  !  cette  tiare  n'est  donc  pas  tout  à  fait  pacifique.  11  y  a  du  Jules  II 
et  du  Borgia  dans  ce  bonnet  à  houppe  gueniére.  »  (Florence  et 
Home,  par  l'abbé  Deramey,  Paris,  1885,  in-8",  p.  32). 


En  1637,  France.sco  Darduino  introduit  à 
Rome  le  cristal  coulé  (•),  «  introdurre  l'arte 
di  far  cristalli  e  specchi  »  (p.  82)  et,  en  1528, 
Vincenzo  Galera,  à  Viterbe,  son  pays  natal, 
«  modo  d'imbiancare  la  cera  gialla  all'usanza  di 
Venezia  »  (p.  83).  Le  mot  Cire,  dans  le  Glossaire 
archéologique,  ne  parle  pas  du  blanchiment,  dont 
le  procédé  vient  de  Venise. 

En  1634,  les  cendres  de  la  célèbre  comtesse 
Mathilde  ayant  été  transportées  à  Rome,  2000 
écus  furent  dépensés  à  son  monument  dans  la 
basilique  de  Saint-Pierre  (p.  69). 

En  1591,  Asprello  accommodait  l'orgue  d'Ara- 
celi.  Le  contrat  désigne  certains  jeux:  «  li  trom- 
boni,  il  tremolante,   il    fluto,  rossignoli  »   (p.  53). 

En  1574,  Bernardino  Aldighesi,  de  Vérone, 
vitrait  le  couvent  de  Monte-Magnanapoli  de 
verres  ronds,  <  di  vetro  fatto  ad  occhi  »  (p.  50); 
on  en  a  encore  de  curieux  spécimens  à  Saint- 
Etienne-le-rond  et,  en  1 591,  le  cardinal  Camer- 
lingue, par  un  bando,  revendiquait  le  privilège  de 
faire  des  lunettes,  «qualsivoglia  sorte  d'ochiali» 
pour  les  héritiers  de  Jean  de  Facchinis  (p.  51). 
L'usage  des  lunettes  était  fréquent  au  XV«  siècle, 
à  en  juger  par  les  gravures  et  les  peintures, 
mais  on  les  trouve  dès  le  XIV^.  M.  Gerspach 
(L art  de  la  verrerie,  p.  177)  cite  cette  épitaphe 
de  l'an  13 17,  qui  se  voit  à  Florence  et  désigne 
Salvino   d'Armato   comme   l'inventeur: 

QUI   GIACE 

SALVINO    D'ARMATO  DEGLI  ARMATI 

DI   FIRENZE 

INVENTOR   DEGLI  OCCHL^LI 

DIOGLI  PERDONIE  A  PECCATA 

ANNO    MCCCXVII 

X.  B.  DE  M. 


LES  MANUSCRITS  ET  LA  MINIATURE,  par 
A.  Lecoy  DE  LA  Marche,  Paris,  A.  Quantin,  1885. 
In-8°,  de  357  pp. —  Pri.\:  broché,  3  fr.  50;  cartonné, 
4  fr.  50. 

LA  première  partie  de  l'ouvrage  de  M.  Lecoy 
de  la  Marche  concerne  les  manuscrits  ;  cette 
branche  de  l'archéologie  est  approfondie  depuis 
longtemps  ;  nous  la  trouvons  ici  résumée  avec 
une  grande  compétence  par  l'éminent  conféren- 
cier de  la  Sorbomc 

La  seconde  partie  offre  un  intérêt  plus  vif  par 
la  nouveauté  du  sujet.  L'histoire  de  l'art  charmant 
de  l'enlumineur  (l'auteur  l'appelle  la  miniature, 
terme  dont  il  démontre  lui-même  l'impropriété) 

I.  D'après  M.  (jerspach  i^Art  de  la  verrerie,  p.  309-310),  la  pre- 
mière fabrique  ser.ait  anglaise  et  daterait  de  1623  ;  «  en  1673,  cette 
matière  était  d'un  emploi  courant.  »  Cependant,  «  en  France,  la 
verrerie  de  St-Louis,  la  première  en  date  pour  le  cristal,  ne  put  le 
fabriquer  qu'en  1782.  »  Rome  .aurait  donc  eu  une  avance  considérable 
sur  notre  pays. 


T5ibliograpf)ie. 


533 


n'a  été  qu'ébauchée  par  le  comte  de  Bastard, 
mort  trop  jeune  pour  accomplir  cette  tâche  à 
laquelle  il  semblait  réservé.  Cependant  les  études 
archéologiques  ont  accumulé  les  matériaux,  et 
le  moment  est  propice  pour  reprendre  l'œuvre 
de  ce  maître  illustre.  M.  Lccoy  de  la  Marche  a  la 
science  voulue  pour  le  tenter;  toutefois,  comme 
il  nous  en  prévient,  il  ne  nous  offre  aujourd'hui 
qu'un  premier  essai,  une  esquisse,  faite  au  point 
de  vue  de  la  vulgarisation. 

Quelques  grandes  lignes  se  dégagent  de  cet 
aperçu,  auquel  on  a  reproché  trop  sévèrement  de 
manquer  de  classification  et  de  méthode.  Sans 
distinguer  les  écoles  régionales,  auxquelles  il  ne 
croit  guère,  l'auteur  étudie  l'enluminure  par 
nations;  au  point  de  vue  chronologique,  sa 
classification  est  dominée  par  la  distinction  très 
nette  et  très  rationnelle  entre  la  phase  kicratiqiic 
et  la  phase  7iaturaliste.  Dans  les  premiers  temps 
l'enluminure  exécutée  par  les  clercs  dans  un  but 
religieux  revêt  un  caractère  essentiellement 
mystique  ;  mais  à  partir  de  saint  Louis,  cet  art 
délicat  se  répand  dans  le  monde  profane,  la 
convention  est  progressivement  abandonnée, 
l'artiste  copie  les  costumes  contemporains,  et  la 
peinture  sur  vélin  mène  doucement  au  tableau  sur 
bois  en  honneur  à  la  fin  du  moyen  âge.  L'auteur 
repousse  la  théorie  de  l'influence  byzantine, 
invoquée  à  tout  propos,  et  développée  naguère 
par  M.  Baes  dans  un  travail  que  nous  avons 
analysé  dans  ces  colonnes  (V.  Revue  de  l'Art 
chrétien,  année  1885,  p.  368. 

L'auteur  nous  montre  le  développement  graduel 
d'un  autre  caractère  des  soi-disant  miniatures. 
La  figure  entre  d'abord  dans  le  délinéament  de 
la  lettre;  elle  tend  à  se  réfugier  dans  l'espace 
enfermé  par  les  jambages  ;  bientôt  le  peintre 
agrandit  l'initiale  pour  en  faire  le  cadre  des 
motifs  les  plus  variés  et  des  scènes  les  plus 
étendues  ;  la  lettrine  historiée  apparaît,  emprun- 
tant son  sujet  au  passage  du  livre  qu'elle  illustre  ; 
il  n'y  a  plus  dès  lors  qu'un  pas  à  franchir  pour 
arriver  au  tableau  pur  et  simple. 

La  période  gothique  inaugure  la  phase  natura- 
liste, l'âge  d'or  de  l'enluminure,  gloire  de  l'école 
française.  La  gouache  se  substitue  à  l'aquarelle 
et  le  pinceau  remplace  la  plume  ;  Vhistoire 
s'émancipe  de  la  lettrine;  le  symbolisme  se  réduit 
à  un  noble  idéalisme;  enfin  le  portrait  fait  son 
apparition  et  devient  la  grande  préoccupation 
des  artistes. 

L'auteur  s'arrête  à  la  peinture  d'histoire,  aux 
livres  d'heures,  au.x  camaïeux,  et  aborde  le  récit 
de  la  décadence  de  l'art  de  l'enluminure  qu'a- 
mène la  Renaissance,  et  qui  conduit  à  la  pein- 
ture moderne. 

Nous  avons  tenu  à  dégager  les  grandes  lignes 


de  cet  intéressant  chapitre,  pour  venger  l'auteur 
du  reproche,  qui  a  été  fait  injustement  à  ces  pages 
si  neuves  et  si  intéressantes,  d'avoir  manqué  de 
précision.  Elles  sont  illustrées  de  vignettes  assez 
bien  choisies;  mais  quelques  planches  en  couleur 
eussent  été  bien  mieu.x  à  leur  place  qu'une  foule 
de  gravures  au  trait,  dont  l'aspect  maigre  et  sec 
n'a  rien  de  commun  avec  l'effet  riche  et  vigou- 
reux des  ornements  dont  il  s'agissait  de  donner 
des  spécimens;  les  prétendusy(?6--j'//«;7i?en  zinc  en 
donnent  au  contraire  une  idée  fausse,  notamment 
dans  les  \et\.vc5  fi/igrnnces  c\.  dans  les  ornements 
étoffés  d'or  et  de  gouache. 

Quant  à  la  reliure,  objet  du  dernier  chapitre, 
son  histoire  est  bien  écourtée.  Dans  un  article 
que  nous  comptons  donner  prochainement  nous 
publierons  des  estampages  de  plats  de  reliures  en 
cuir  des  XV"-"  et  X  VI^  siècles,  qui  prouveront  quel 
intéressant  développement  on  peut  donner  à  cette 
matière.  L.  C. 


BIBLIOTHÈQUE      DK       L'ENSEIGNEMENT 
DES  BEAUX-ARTS.  —  Suite  (■). 

LA  librairie  Quantin  continue  à  faire  paraître, 
à  de  courts  intervalles,  les  intéressants 
volumes  de  sa  Bibliothèque  de  l'enseigueinent  des 
Beaux-Arts.  Nous  venons  de  recevoir  trois  nou- 
veaux volumes  de  cette  collection  destinée  à 
mettre,  au  niveau  de  toutes  les  intelligences  et 
de  toutes  les  bourses,  les  premiers  éléments  de 
toutes  les  branches  de  l'histoire  des  arts.  Ces 
volumes  sont: 

I.  Lart  byzantin,  par  G.  Bavet.  Dans  ce  petit 
traité  de  320  pages,  l'auteur  fait  connaître, 
d'une  manière  claire  et  succincte,  cet  art  oriental 
ou  quasi-oriental,  qui,  comme  il  le  fait  observer, 
a  eu,  depuis  quelque  temps,  ses  admirateurs 
outrés  et  ses  détracteurs.  «  L'art  byzantin,  dit-il,  a 
été  tour  à  tour  fort  attaqué  et  fort  prôné.  Pendant 
longtemps  on  ne  s'en  est  guère  occupé  que 
pour  lui  prodiguer  des  épithètes  désobligeantes; 
le  mot  même  de  byzantin,  qu'il  s'agît  de  peinture 
ou  de  politique,  éveillait  aussitôt  des  idées 
fâcheuses.  Il  était  établi  qu'on  désignait  par  là 
un  art  qui  n'avait  créé  que  des  types  laids  et 
disgracieux,  et  qui,  condamné  à  l'immobilité 
dès  sa  naissance,  n'avait  su  ni  progresser  ni  se 

transformer Un  point  est  digne  de  remarque: 

détracteurs  et  apologistes  ont  souvent  suivi 
même  méthode;  avant  de  parler  des  rapports  de 
l'art  byzantin  avec  les  autres  arts,  beaucoup  ne 
se  donnent  pas  la  peine  de  l'étudier  chez  lui  et 
dans  ses  œuvres.  C'est  à  cette  tâche  que  sera 
consacré  ce  livre.»  M.  Bayet  remplit  heureuse- 
ment cette  tâche.  Le  livre  I  parle  de  l'art  byzantin 

I.  Voyez  ci-dessus,  II,  p.  305  et  111,  p... 


534 


Ectiut    De    rart    cfjrctien. 


avant  le  VI'^  siècle;  le  livre  II  embrasse  le  VII« 
au  IX<=  siècle;  le  livre  III  le  IX*=  et  suivants 
jusqu'à  l'époquedes  croisades;  le  livre IV  l'époque 
des  croisades  jusqu'aux  temps  modernes;  enfin 
le  livre  V  est  consacré  à  l'étude  des  influences 
byzantines. 

2.  Médailles  et  monnaies,  çdir  Fk.  LenoRMANT. 
Résumersousune  forme  abrégée  et  qui  s'adresse, 

non  plus  aux  spécialistes,  mais  au  grand  public, 
l'histoire  des  monnaies  et  médailles  envisagée  au 
point  de  vue  de  l'art  dans  l'antiquité,  dans  le 
moyen  âge  et  dans  les  temps  modernes,  tel  est  le 
but  que  s'est  proposé  l'auteur  de  ce  manuel, 
trop  tôt  enlevé  à  la  science.  Il  l'a  atteint,  et  l'on 
peut  dire  que  ce  petit  volume  met  le  lecteur 
entièrement  au  courant  de  tout  ce  qui  concerne  le 
côté  artistique  dans  la  connaissance  des  monnaies 
et  des  médailles  de  toutes  les  époques. 

3.  Histoire  de  la  musique,  par   H.  Lavoix,  fils. 

W.  Lavoix  fait  l'histoire  de  la  musique,  et  prin- 
cipalement des  instruments  de  musique,  depuis 
les  temps  les  plus  reculés  jusqu'aujourd'hui. 
Le  livre  premier  traite  de  la  musique  dans  l'anti- 
quité; il  étudie  tous  les  monuments  graphiques, 
de  quelque  nature  qu'ils  soient,  qui  peuvent 
fournir  des  données  sur  la  musique  des  anciens. 
Le  livre  II,  consacré  au  moyen  âge,  embrasse 
l'époque  comprise  entre  le  VIII>=et  le  XVI"^  siècle. 
Le  livre  III  fait  connaître  la  musique  et  les 
grands  musiciens  du  XVII«  et  du  XVIII<=  siècle 
en  Italie,  en  Allemagne  et  en  France.  Enfin  le 
livre   IV  et   dernier  parle  des   modernes. 

E.  R. 


VICTOR  GODARD-FAULTRIER.  Inventaire 
du  musée  d'antiquités  Saint-Jean  et  Toussaint.  — 
Angers,  in-8°,  595  pages.  —  Imp.  Lacherze  et  Dolbeau. 
—  2=  éd.  1884. 

DE  nombreux  travaux  justement  estimés  ont 
fait  à  M.  Godard  Faultricr  une  réputation 
méritée.  Toutefois  avant  d'examiner  l'ouvrage 
dont  nous  avons  transcrit  le  titre,  nous  devons 
dire  que  ce  volume  ne  répond  pas  exactement  au 
but  que  devait  se  proposer  l'auteur.  C'est,  en 
somme,  un  catalogue  de  musée.  A  ce  titre  il  n'est 
nullement  pratique,  trop  lourd,  trop  volumineux, 
d'un  prix  trop  élevé,  il  ne  peut  pas  servir  aux 
visiteurs  d'un  musée,  partant  n'est  pas  vendable. 
Si  au  contraire  il  est  rédigé  plus  particulièrement 
à  l'intention  des  personnes  qui  travaillent  dans 
leur  cabinet,  il  peut  leur  fournir  de  précieuses 
indications;  il  serait,  dans  ce  cas,  parfaitement 
conçu  s'il  était  terminé  par  une  bonne  table 
générale  de  nature  à  faciliter  les  recherches. 
Malheureusement  cette  table  n'existe  pas. 

Cet  inventaire  débuteparuncnoticesurlemusée 
dont  il  catalogue   les   objets.   Nous  allons  parler 


rapidement  de  cette  introduction.  Elle  apprend 
au  lecteur  que  le  musée  fut  fondé  le  24  avril 
1841  par  arrêté  du  maire  d'Angers,  M.  Farrun,  et 
que  ce  n'est  que  le  29  novembre  1874  que  son 
administration  put  prendre  possession  de  la  salle 
Saint-Jean.  «  Cette  vaste  pièce,  dit  M.  Godard- 
Faultrier,  toute  pleine  encore  des  souvenirs  chari- 
tables du  célèbre  comte  d'Anjou,  Henri  II,  roi 
d'Angleterre,  et  de  son  sénéchal,  n'a  pas  moins, 
dans  œuvre,  de  treize  cent  cinquante  mètres 
superficiels.  Son  rectangle  est  divisé  en  trois  nefs, 
par  quatorze  colonnes  médianes  et  vingt-deux 
colonnes  engagées.  Ces  trente-six  fûts  à  bases 
et  chapiteau.x  encore  romans,  soutiennent  vingt- 
quatre  voûtes  du  commencement  du  XIII<^  siècle 
(style  Plantagenet)  hautes  d'environ  douze  mètres 
sous  clef  A  ces  vingt-quatre  voûtes  correspondent 
autant  de  travées  qui  ont  l'avantage  de  faciliter 
le  classement  de  la  collection  par  ordre  chrono- 
logique, de  manière  que  le  visiteur  ayant  pour 
point  de  départ  les  travées  d'entrée  où  sont 
déposés  les  plus  anciens  objets,  s'avance  dans 
l'immense  salle  jusqu'au  fond  où  se  trouvent 
classés  les  plus  jeunes.» 

Pour  notre  part,  nous  apprécions  ce  mode  de 
classification.  Malheureusement  peu  de  musées 
ont  un  local  qui  permette  de  le  vulgariser. 

Quelques  pages  plus  loin  l'auteur  attire  l'at- 
tention sur  les  si.x  travées  du  fond  (côté  ouest)  et 
sur  douze  colonnes  du  même  côté,  dont  huit  sont 
engagées  dans  les  murs  et  quatre  posées  dans  le 
vide.  Au-dessus  des  chapiteaux  on  voit  des  croix 
peintes,  la  plupart  à  double  traverse,  forme 
essentiellement  orientale.  Monsieur  Godard- 
Faultrier  estime  qu'il  y  a  là  un  problème  à 
résoudre:  il  écarte  l'idée  de  croix  de  consécration 
et,  visant  une  brochure  de  M.  Marchegay,  pense 
que  les  chevaliers  du  Temple,  qui  s'étaient  em- 
parés de  l'aumônerie  Saint-Jean,  antérieurement 
à  l'an  1200,  ont  pu  tracer  ces  croi.x  à  double 
traverse  «  qui  semblent  être  là  comme  le  cachet, 
le  sceau  spécial  de  cette  milice.  »  Péan  de  la 
Tuilerie  qualifie  de  chevaliers  du  Temple  les 
hospitaliers  de  Jérusalem.  Pourquoi,  en  en  faisant 
la  remarque,  AL  Godard-Faultrier  n'observc-t-il 
pas  que  ces  deux  milices  ont  une  origine  et  une 
vie  absolumentdistinctes?  Les  confondre  n'est  pas 
possible,  et  cependant  la  confusion  a  été  faite. 
Llle  vient  de  ce  qu'à  l'anéantissement  de  l'ordre 
du  Temple,  plusieurs  de  ses  biens  ont  été  donnés 
aux  chevaliers  de  Saint-Jean. 

Quelle  est  la  caractéristique  du  style  Planta- 
genet ;  c'est  ce  qu'avec  beaucoup  de  raison, 
AI.  Godard-Faultrier  a  pensé  devoir  dire  à  ses 
lecteurs.  Tous  ne  connaissent  pas  ce  mode  d'ar- 
chitecture propre  à  l'Anjou  :  «  C'est  notamment 
une  voûte  surhaussée,  où  le  sommet  des  arcs 
diagonau-x  est  toujours  plus  élevé  que  la  clef  des 


lie  i  fj  I  i  0  ff  r  a  p  f)  i  e 


535 


aics-doubleaux  et  que  celle  des  formerets.  Cette 
disposition  donne  de  la  profondeur  aux  voûtes 
qui,  dans  ce  système,  se  confondent  avec  leurs 
pendentifs,  lesquels  se  prolongent  jusqu'à  l'aba- 
que des  chapiteaux  des  colonnes  établies  quatre 
par  quatre  sur  plan  carré!»  Quelle  est  l'origine 
du  nom  de  «  Plantagenet  »  donné  à  ce  style  ? 
M.  Godard-Faultrier  répond  à  cette  question  : 
«  Il  y  a  plus  de  quarante  ans  que  nous  crûmes 
devoir  donner  le  nom  de  Plantagenet  à  notre 
architecture  angevine  :  on  devine  sans  peine 
qu'elle  le  doit  à  cette  circonstance  qu'elle  naquit 
et  se  développa  sous  les  règnes  des  comtes 
d'Anjou,  Henri  II  et  Richard  Cœur  de  Lion,  rois 
d'Angleterre.  »  Après  avoir  rapidement  étudié 
quelques-unes  des  constructions  de  l'hôpital, 
l'auteur  de  l'inventaire  signale  quelques  rares  ver- 
rières du  XII'-"  siècle  aux  fenêtres  de  la  chapelle, 
puis  certaines  peintures  murales,  «  lesquelles 
gagneraient,  sans  doute,  à  être  débadigeonnées  ». 
Nous  passons  sous  silence,  ne  pouvant  faire  de  ce 
compte-rendu  un  volume  entier,  le  chapitre  plein 
d'intérêt, qui  est  consacré  à  l'aumônerie.  La  grande 
salle  Saint-Jean  n'a  pas  cessé  d'être  «  hospita- 
lière» ;  elle  ne  reçoit  plus  de  malades,  mais  elle 
donne  asile  aux  épaves  du  passé.  Nous  conve- 
nons avec  l'auteur  que  des  remerciements  sont 
dus  à  l'administration  qui,  sur  l'initiative  de  M.  le 
conseiller  municipal  Bouvet  «  a  organisé,  pour 
les  musées,  des  commissions  qui,  sans  gêner  les 
franches  coudées  des  directeurs,  peuvent  au 
besoin  leur  servir  d'appui  et  les  éclairer  en  maintes 
circonstances.»  Que  de  municipalités  devraient 
suivre  un  pareil  exemple! 

Il  n'y  a  plus  rien  à  dire  du  musée  Saint-Jean.  Il 
a  comme  annexe,  sur  la  rive  gauche  de  la  Maine, 
les  ruines  de  l'église  Toussaint  affectées  dès  1843 
au  dépôt  «des  gros  objets  d'antiquités  pouvant 
être  plus  ou  moins  bien  conservés  en  plein  air.» 

En  1028,  Girard,  chantre  et  chanoine  de  l'église 
cathédrale  d'Angers,  commença  les  constructions 
de  l'église  Toussaint,fortpetite,en  forme  de  trident, 
à  deux  absidioles  semi-circulaires.  «  Elle  renfer- 
mait un  puits  dont  on  voit  l'orifice.  L'eau  du 
baptême  et  du  saint  sacrifice  s'y  puisent.  La 
cathédrale  de  Nantes  possède  le  sien, il  en  existait 
un  également  à  Saint-Maurice  d'Angers  (').  » 

Dans  le  cimetière  établi  à  proximité  de  l'église 
Toussaint  on  a  trouvé  plusieurs  auges  sépulcrales. 
Une,  notamment,  renfermant  des  restes  de 
chaussures  et  de  vêtements,  les  débris  d'un  bâton 
de  bois,  long  de  i  m.  70  que  surmontait  une  croix 
grecque  en  étain.  «  Ce  bâton  probablement  can- 
toral,  occupait  la  droite  du  défunt.  Également 
à  sa  main  droite,  mais  en  dehors  du  cercueil,  on 
vit  un   calice  d'étain  avec  pédoncule,  en   partie 

I.  Et  à  Saint-Jean  de  l'oitiers.  11  yen  a  un  dans  la  crypte  de  l'église 
souterraine  de  la  Creuse,  et  dans  beaucoup  d'autres  églises  romanes. 


brisé.  Il  était  dans  un  petit  creux,  formé  de  gros- 
sières ardoises.  Toujours  en  dehors  du  cercueil, 
mais  à  gauche,  vers  le  nord,  on  aperçut  une  autre 
petite  grotte  oii  était  un  vase  de  verre  avec  pé- 
doncule en  pointe,  ayant  la  panse  en  forme  de 
gobelet.  Cette  lampe  contenait  une  substance 
durcie  et  oléagineuse.  Point  de  charbons,  ni  de 
pots  thurifères.  Tous  ces  débris  sont  actuellement 
déposés  au  musée,  salle  -Saint-Jean.» 

Vers  1048,  l'aumônerie  Toussaint  devint  un 
monastère  bénédictin  et,  en  1128,  passa  aux 
chanoines  réguliers  de  l'ordre  de  Saint- Augustin, 
dont  le  premier  abbé,  placé  à  la  tête  de  ce 
monastère  vers  1 140,  fut  un  nommé  Robert.  Dans 
sa  tombe.découverte  en  mars  1845, on  a  rencontré, 
entre  autres  objets,  une  très  belle  crosse  en  cuivre 
doré,  dont  la  volute  représente  un  serpent  ailé  ou 
dragon  ayant  pour  langue  une  petite  croix  latine. 

Nous  n'insisterons  pas  davantage  sur  l'intro- 
duction à  l'inventaire  du  musée  Saint-Jean  et 
Toussaint,  elle  est  très  bien  faite  et  l'analyse  que 
nous  en  avons  donnée  démontre  assez  son  intérêt. 

L'inventaire  se  divise  en  vingt-six  parties  qui 
renferment:  les  inscriptions;  la  sigillographie  ; 
le  blason  ;  la  numismatique;  la  ferronnerie;  les 
bronzes  et  cuivres  ;  les  plombs  et  étains  ;  les 
émaux  ;  les  ivoires  ;  les  bois  sculptés;  les  pierres 
sculptées  et  autres  ;  les  marbres  ;  les  albâtres;  la 
céramique  ;  les  plâtres  ;  les  peintures  ;  les  verres 
et  vitraux;  les  chartes  et  lettres;  les  photogra- 
phies; les  lithographies;  les  gravures;  les  vues  et 
cartes  gravées;  les  dessins,  aquarelles,  lavis;  les 
estampages  sur  papier;  les  instruments  de  mu- 
sique; l'ethnographie. 

La  forme  de  catalogue  donnée  aux  différentes 
parties  que  nous  venons  d'énumérer,  les  fait 
échapper  à  une  analyse  plus  complète.  D'ailleurs, 
chacun  y  trouvera,  selon  la  nature  de  ses  travaux, 
d'utiles  indications. 

Au  point  de  vue  matériel,  la  direction  des 
musées  d'Angers  a  fait  une  bonne  innovation. 
Elle  a  créé  la  «vitrine-portefeuille»  dans  laquelle 
sont  exposées  chaque  mois  les  reproductions  gra- 
phiques qui  n'ont  pu  être  encadrées.  L'inventaire 
en  fait  suite  aux  divisions  déjà  signalées  et  est 
suivi  de  celui  des  vitrines  des  châtellenies  de 
Frémur  et  Angers. 

Nous  ne  nous  étendrons  pas  davantage  sur 
l'inventaire  que  nous  venons  d'analyser,  il  con- 
tient encore  quelques  parties  que  nous  conseillons 
au.x  travailleurs  d'étudier. 

En  somme,  c'est  une  très  bonne  source  de 
renseignements.  Il  serait  bon  qu'on  fit  le  même 
travail  pour  tous  les  musées  et  tout  en  insistant 
sur  les  critiques  que  nous  avons  cru  devoir  faire, 
nous  félicitons  M.  Godard-Faultrier. 

G.  C.A.LLIER. 


REVUE  DE  l'art  CHRÉTIEN 
1885.  —  4"'*^  LIVRAISON. 


536 


îRcuuc   ne   ract   chrétien. 


^m  ©évioTïîques.  '^m 


BULLETIN  ARCHÉOLOGIQUE  DU  COMITÉ 
DES  TRAVAUX  HISTORIQUES.  Paris,  imp.  Nat, 
1885,  iii-S°,  n"  I. 

J'Y  relève  deux  inscriptions  de  1270  et  1282, 
à  Clennont-Ferrand  (p.  15)  ;  les  tapisseries 
de  St-Pierre  de  Saumur,  que  j'ai  publiées  dans 
y Epigrapliie  de Alaiuc  et  Loire  {\\e.  de  saint  Pierre) 
et  que  M.  Palustre  date  de  1546  et  dit  fabriquées 
à  Tours  par  Jean  Du  val  (p.  17-18);  les  statuts 
des  orfèvres  de  Poitiers  (1456)  et  le  prieuré 
d'A vailles,  ordre  de  Saint-Benoît,  dont  j'ai  donné 
le  texte  (p.  19-24,  99-103)  ;  l'inventaire  du 
connétablede  St-Paul  (1476),  par  MM.  Darcel  et 
Gauthier  (p.  24-57)  >  '^  manufacture  de  tapisse- 
ries de  François  et  Raphaël  de  la  Planche,  à 
Paris,  par  Guiffrey  (p.  60-76)  ;  une  inscription 
de  1449,  à  Nîmes,  par  Bondurand  (p.  80-82)  ; 
une  clôture  de  chapelle  à  la  cathédrale  deChalon, 
dessin  de  1499,  avec  im  fac  simile,  par  M.  de 
Lasteyrie  (p.  83-87)  ;  l'inventaire  de  Jacques  Le 
Roy  de  la  Grange,  par  Lhuillier  (p.  103- 1 1 1)  ;  le 
marché  pour  la  construction  d'un  orgue,  à  Chalon, 
S"  I535,par  Bénet  (p.  102-103);  deux  basiliques, 
dont  une  avec  portique  et  double  abside  opposée 
(IV*^  siècle  environ),  à  Thélcpte  (Tunisie),  par 
Pédoya  (p.  136-149)  ;  Note  sur  un  ivoire  repré- 
sentant les  litanies  de  la  Vierge,  par  A.  de  R'Ion- 
taiglon  (p.  1 15- II 8). 

Je  m'arrêterai  à  ce  dernier  article  pour  le  faire 
rentrer  dans  le  cadre  ordinaire  de  l'iconographie 
chrétienne.  Page  115,  l'ivoire  est  déclaré  «  du 
XIV''  siècle  »  ;  le  procès-verbal  du  Comité  dit 
au  contraire:  <i  commencement  du  XVI'=  siècle», 
et  c'est  lui  qui  a  raison;  il  n'y  a  donc  là  probable- 
ment qu'une  erreur  typographique. 

Le  sujet  représente  :  en  haut,  le  Père  éternel 
bénissant  et  disant  :  Tota  pjilchra  es,  arnica  inea, 
et  maeula  non  est  in  te  ;  au  milieu,  la  Vierge, 
mains  jointes  et  cheveux  flottants  ;  autour,  les 
attributs  qui  la  proclament  créature  exception- 
nelle dans  le  monde  et  annoncée  à  l'avance  par 
les  prophètes.  Ces  attributs  sont  :  le  lis  entre  les 
épines,  la  tour  de  David,  le  miroir  sans  tache, 
l'ctoile  de  Jacob,  le  puits  des  eaux  vives,  la  cité 
de  Dieu,  la  porte  du  ciel,  la  plantation  de  roses, 
la  tige  de  Jessé,  le  soleil,  la  lune,  le  cèdre  du 
Liban,  la  fontaine  scellée  et  le  jardin  fermé. 
Chaque  emblème  est  expliqué  par  une  inscription, 
incomplète  ou  mal  gravée,  que  M.de  Montaiglon 
interprète:  page  117,  «  le  génitif  rose  »  ne 
signifie  pas  «  rosa  niystica  »,  mais/Aî^^rt/zo  rosœ. 
Tous  les  textes  sont  empruntés  à  la  liturgie,  qui 
les  a  tirés  de  l'Écriture  et  non  «  des  litanies  », 
qui  n'étaient  pas  encore  formulées  et  qui,  d'ail- 


leurs, n'expliquent  pas  une  partie  des  emblèmes, 
tels  que  :  Civitas  Dei,  Eleeta  ut  sol,  Pulchra  ut 
luna,  Cedrus  Libani,  etc. 

Quant  au  sujet  lui-même,  il  importe  de  lui 
restituer  son  vrai  nom,  qui  est  :  La  Conception  de 
la  Vierge  Marie.  Sa  vogue  commença  à  la  fin  du 
XV*'  siècle,  lorsque  le  pape  Si.Kte  IV  institua 
l'office  de  la  Conception,  qui  devint  promptcmcnt 
populaire.  Je  n'en  dis  pas  davantage  sur  ce  motif 
iconographique,  si  fréquemment  reproduit  au 
XVP  siècle,  surtout  dans  les  livres  d'Heures, 
parce  que  M.  Maxe-Werly  doit  en  faire  l'objet 
d'une  notice  spéciale  à  propos  d'un  bas-relief  de 
l'église  inférieure  de  Bar-le-Duc. 

X.  B.  de  M. 

gazette  archéologique. 
Sommaire  des   n"s  5-6.  —  1885. 

TEXTE.  —  Sculptures  antiques  trouvées  à  Carthage, 
par  Ernest  Babelon  et  Salomon  Reinach.  —  Orfèvrerie 
bretinmc,  par  L.  Palusire. —  Miniatures  inédites  de  l  Hor- 
tui  detieiarum  (fin),  par  R.  DE  Lasteyrie. — Aiguière  en 
bronze  du  musée  de  Budapest,  par  É.  MOLINIER.  —  Notice 
sur  un  plan  inédit  de  Rome  à  ta  /in  du  XIV"  sièete,  par 
Eugène  MUNTZ.  —  Figurittes  sardes  du  Cabinet  des  mé- 
dailles, par  G.  Perrot.  —  Chronique.-  Académie  des 
inscriptions  et  belles-lettres.  —  Société  nationale  des  an- 
tiquaires de  France.  —  Nouvelles  diverses.  —  Bibliogra- 
phie. —  Sommaires  des  recueils  périodiques. 

PLANCHES.  —  xvil-xviii-xix.  Sculptures  antiques 
trouvées  à  Carthage.  —  XX-XXI.  Croi.K  de  Saint-Jean-du- 
Doigt.  —  XXII.  Aiguière  en  bronze  du  musée  de  lludapest. 
—  XXIII.  Plan  de  Rome,  miniature  du  livre  d'Heures  du 
duc  Berrj'.  —  xxiv.  Figurines  sardes  du  Cabinet  des 
médailles. 

M.  L.  Palustre,  qui  promet  une  étude  sur  l'orfè- 
vrerie bretonne,  signale,  en  attendant,  le  calice  de 
Saint-J ean-du-Doigt,  portant  ces  trois  lettres  :  G. 
F.  H.,  qu'il  traduit:  Guillaume  et  François  Hocain 
(deux  orfèvres  de  Quimper)  ;  et  la  belle  croix 
processionnelle  du  XVL"  siècle  du  trésor  de  la 
même  localité,  (due  peut-être  aux  mêmes  artistes) 
dont  il  donne  les  deux  faces  en  phototypic. 

Monsieur  E.  Molinier  publie  une  de  ces  belles 
aiguières  ou  aquamanile  Qn  bronze,  dont  d'assez 
nombreuxéchantillonsfigurent  dans  les  musées,et 
qui  constituent  de  bons  spécimens  de  l'art  de  fondre 
le  bronze  au  moyen  âge.  Le  type  dont  il  s'agit 
remonte  au  XIL'  siècle,  et  représente  un  centaure. 
Il  appartient  au  musée  de  Buda-Pest.  M.  Molinier 
répudie  pour  ces  sortes  d'objet  le  nom  à'aquania- 
nilc  qui  a,  au  moyen  âge,  le  sens  de  bassin,  plutôt 
que  d'aiguière  ou  de  vase.  Il  se  livre  à  une  inté- 
ressante dissertation  sur  le  sens  iconographique 
de  la  forme  de  centaure  donnée  à  cet  objet. 


BULLETIN    MONUMENTAL. 
SOMM.MRE    DU    N"    3,     \IAI-JUL\     1885. 

Le  lit  du  dtie  Antoine  de  Lorraine,  au  m.usée  lorrain  de 
Nancy,  par  M.  LÉON  Germaix,  avec  deux  héliographies  • 


'Bit)Iiog:rapï)ic 


537 


—  V Église  de  Saiiit-Jouin-lez-Marnes,  par  M.  Jos.  Ber- 
THlîLÉ,  (premier  article). — Inscriptions  et  devises  horaires, 
par  M.  le  baron  DE  Rivières  (suite).  —  Recueil  de  pein- 
tures et  sculptU7-es  héraldiques,  Plouha,  Lanloup.  N.-D.  de 
Conforts,  etc.,  par  M.  P.\UL  Chardin,  (premier  article), 
avec  une  planche  et  si.\  figures.  —  Les  fouilles  de  Saint- 
fust,  par  M.  P.  C.^XAT  DE  Chizy.  —  Société  française 
d'Archéologie.  Admission  de  nouveau.K  membres.  Nécro- 
logie. —  Chronique.  —  Réunion  des  Sociétés  Savantes 
à  Paris  en  18S5.  —  Verrières  de  J.  Van  Osteen.  —  Le 
château  de  Varaignes.  —  Fondation  de  la  Société  du 
musée  d'Aubusson.  —  Une  revue  Américaine  d'Archéo- 
logie. —  ISiBLIOGRAPHlE.  —  Artisti  subalpini  in  Roma, 
par  A.  Bertolotti.  —  Les  Anciennes  provinces  de  la 
France,  par  ROLLAND  DE  Denus.  —  Le  Petit  Triatwn, 
par  G.  Des  JARDINS.  —  L'Abbaye  de  Fontenay  près 
Caen,  par  P.  C.\REL  (avec  figures).  —  Le  vieux  Toulouse 
disparu,  par  F.  Mazzoli.  —  Contribution  to  North  ame- 
rican  etîmology. 

La  galerie  des  Cerfs  au  nouveau  ]\hisce  Lorrain 
de  Nancy  est  ornée  d'un  lit  monumental  à 
baldaquin,  provenant  du  duc  Antoine  et  de  sa 
femme,  Renée  de  Bourbon,  orné  des  devises  et 
armes  de  ses  nobles  propriétaires,  et  sculpté  avec 
beaucoup  d'art.  M.  L.  Germain  nous  fait  con- 
naître, par  photographie  et  par  texte,  ce  remar- 
quable spécimen  de  l'ancien  mobilier  français.  Il 
tire  ensuite  des  registres  de  comptes  conservés 
dans  le  trésor  des  Chartes  de  Lorraine  les  noms 
des  nombreux  menuisiers  qui  ont  travaillé  à 
le  confectionner  ;  parmi  eux  figure  le  menuisier 
Mansuy  (15 17),  qui  n'est  autre  que  le  célèbre 
sculpteur  Mansuy  Gauvain,  lequel  commença 
par  sculpter  le  bois. 

Comme  le  remarque  M.  L.  Germain,  dans  cette 
œuvre  d'artistes  indigènes,  rien  ne  trahit  l'in- 
fluence italienne  ni  les  tendances  païennes,  moins 
générales  au  début  du  XVI<=  siècle  qu'on  ne  le 
croit  communément. Il  n'est  rien  de  plus  naturel 
et  de  plus  ingénieux  à  la  fois,  que  les3'mbolisme 
de  la  décoration  du  lit  du  duc  Antoine.  Elle  se 
rapporte  directement  à  la  désignation  des  deux 
époux,  à  l'ardeur  et  à  la  perpétuité  de  leur  chaste 
amour. 

Poursuivant  l'étude  de  l'église  romane  de 
Saint-Jouin-les-Mans,  M.  Berthelé  rectifie  et 
complète  ce  qui  en  a  été  dit  jusqu'ici.  La  façade 
est  une  des  belles  pages  de  la  sculpture  poitevine 
du  XII'=  siècle  ;  le  chevet  et  une  partie  du 
transept  ont  été  fortifiés  au  XII^^  siècle.  Les 
voûtes  sont  du  XIII"  siècle,  selon  M.  Berthelé, 
non  dy  XV«  siècle,  comme  l'a  avancé  M.  Ledain. 

rkvue  archéologique. 

Sommaire  du  n°  de  janvier-février,  1885. 

TEXTE.  —  Le  sceau  de  Obadyahou,  fonctionnaire  royal 
israélite,  par  M.  Clermont-Ganneau.  — Deux  stèles  de 
Laraire  (Archéologie gauloise)  (suite  et  fin),  par  M.  Ed. 
Flou  EST.  —  Exploration  archéologique  du  département 
de  la  Charente,  par  M.  A.  F.  Lierre.  —  Souvenirs  du 
Caucase, fouilles  sur  la  grande  chaîne,  par  M.  G.  Bapst. 

—  Timbres  d'amphores  trouvés  à  Mytiline,  par  M.  Al. 


SORLIN-DORIGNV. — Xote  sur  la  crosse  et  sur  Paniieau 
de  fean  II  de  la  Cour  (VAtibergenville,  par  M.  G.  BOUR- 
BON. —  Deux  moules  asiatiques  en  serpentine,  par  M.  Sa- 
LOMON  Reinach.  —  Inscriptions  grecques  inédites  de 
Haurân  et  des  régions  adjacentes  (suite  et  fin),  par  M. 
Clermont-Ganneau.  —  La  poterie  des  Miraghes  et  des 
tombes  des  géants  en  Sardaigne,  par  M.  A.  B.\UX.  — 
Chro}iigue  d'Orient,  par  M.  SalOMON  Reinach.  —  Le 
Scolie  du  moine  Néophitos  sur  les  chiffres  indous,  par  M. 
Paul  Tannery.  —  Bulletin  Mensuel  de  l'académie  des 
inscriptions.  —  Société  nationale  des  Antiquitaires  de 
France,  (présidence  de  M.  Guillaume).  —  Nouvelles 
archéologiques  et  correspondance. —  Bibliographie,  MM. 
A.  von  Vussow  et   Laforge. 

PLANCHES.  —  I.  Église  de  St-Amant.  Façade.  — 
II.  Eglise  de  St-Amant.  Détails  d'architecture.  —  m. 
Fouilles  de  M.  Bapst  dans  le  Caucase,  figurine  de  Bronze. 

—  IV.  Fouilles  de  M.  Bapst  dans  le  Caucase,  Bijoux.  — 
v.  Fouilles  de  M.  Bapst  dans  le  Caucase,  Bijoux. 

Sommaire  du  n°  de  mars-avril. 

TEXTE.  —  Trois  tombeaux  archaïques  de  Phocée,  par 
M.  WÉber.  — L'Église prieurale  de  Cliampvoux  (Nièvre), 
par  M.  H.  de  Curzon.  ~-  Le  rempart  limite  des  Romains 
en  Allemagne,  par  M.  G.  DE  L.v  NOE.  —  Études  sur  quel- 
ques cachets  et  anneaux  de  V  époque  Mérovingienne  (  suite), 
par  M.  Deloche.  —  Les  tioms  royaux }iabatéens employés 
comme  noms  divins,  par  M.  Clermont-G.^nnEau.  —  Le 
dieu  gaulois  du  soleil  et  le  symbolisme  de  la  roue  (suite), 
par  I\l.  H.  Gaidoz.  —  Obsen'ations  sur  les  monnaies  à  lé- 
gendes en  pehlvi  et  p>ehlvi-arabe,  par  M.  Ed.  Drouin, 
(suite).  —  Tête  antique  du  Musée  Fol,  par  M.  Emile 
Duval.  —  Les  Antiquités  de  Bordeaux,  par  M.  Camile 
Jullian.  —  Bulletin  Mensuel  de  l'académie  des  Inscrip- 
tions. —  Société  Nationale  des  antiquaires  de  France 
(présidence  de  M.  Guillaume).  —  Nouvelles  archéolo- 
giques et  Correspondance.  —  Bibliographie,  M.  Schulm- 
berger. 

PLANCHE.S.  —  VI.  L'Eglise  prieurale  de  Champvoux, 
plan.  —  VII,  VIII  et  ix.  Les  remparts  limites  des  Romains, 
Cartes,  plans  et  profils.  —  X.  Tète  antique  du  musée  Fol. 

Sommaire  du  n»  de  mai. 

TEXTE.  —  Le  monument  >! Efl.itoun  eft  Lycaottie  et 
une  imcription  hittite,  par  M.  G.  Perrot.  — ;  La  seconde 
stèle  des  guérisons  miraculeuses  découverte  à  Èpidaure,\fzx 
M.  S.  Rein.\CH.  —  Cariutères  généraux  de  Parchaïsme 
grec,  par  M.  M.4X.  CollignON.  —  Les  bronzes  de  Teli 
et    le  fer  en  Sardaigne,  par  M.   Clermont-Ganneau. 

—  Études  sur  quelques  cachets  et  anneaux  de  lépoque 
Mérovingienne  (suite),  par  M.  Deloche. —  Nécrologie. 
Le  comte  Alexis  Ouvarov,  par  M.  LOUIS  LÉGER.  —  Bulle- 
tin mensuel  de  l'académie  des  inscriptions.  Société  natio- 
nale des  Antiquaires  de  France  (présidence  de  M.  Guil- 
laume). —  Nouvelles  archéologiques  et  Correspondance. 
Bibliographie.  —  De  Perrot. 

PL.-\XCHES.  —  XI.  Le  monument  d'Etlatoun  en 
Lycaonie,  face  principale. — xil.Le  monument  d'Eflatoun 
en  Lycaonie,  face  latérale. 

Sommaire  du   n°  de  Juin. 

TEXTE. —  Quelqxtes  bromes  du  musée  de  Tifiis,^?iV 
M.  G.  Bapst.  —  Mouches  et  filets,  par  M.  Clermont- 
G.\NNE.\U.  —  Etudes  sur  quelques  cachets  et  anneaux  de 
lépoque  méroz'ingienne  (suke),  par  M.  DELOCHE. — Les 
monuments  antiques  de  Rome  (suite)  par  M.  E.  Muntz. — ■ 
Le  dieu  i^aulois  du  soleil  et  le  symbolisme  de  la  roue  (suite), 
par  M.  H.  G.\IDOZ.  —  Observations  sur  les  monnaies  â 
légendes  en  pehlvi  en  pehlvi-arabe  (suite),    par  M.  Ed. 


538 


IRctiuc    De   rart    cï)rcticn. 


Drouin.  —  L! inscription  p/téuicieniu  de  Masoub,  par 
M.  Ci.ermont-Ganneau.  —  Vin/rodi/clion  de  la  méde- 
cine dans  le  Latin  m  et  à  lionu\  par  i)/.  le  Docteur  René 
Briaie.  —  Bulletin  mensuel  del'Acadi^miedesinscriptioiis. 
Société  nationale  des  antiquaires  de  France  (présidence 
de  M.  Guillaume).  Nouvelles  archéologiques  et  Corres- 
pondance. —  Bibliographie  de  M.  Camille  julian. 

PLANCHES.  —  XIII.  Épées  du  musée  de  Tiflis. — 
XIV.  Haches  du  musée  de  Tiflis.  —  xv  et  xvi.  Objets 
divers  du  musée  de  Tiflis.  —  xvil.  Inscription  phénicienne 
de  Maroulen. 

Nous  avons  parlé  en  son  temps  de  la  découverte 
faite  à  Evreux  de  la  croi.x  et  de  l'anneau  de 
l'évêquejcanll  de  laCour  d'Auberzenville  (XIII^ 
siècle).  On  en  trouvera  de  jolies  gravures,  d'après 
les  dessins  de  M.  Danet,  dans  le  numéro  de 
février  àe\?iRev2iearc/icologiq!ie.l.di  même  livraison 
contient  une  belle  vue  en  photot)'pie  de  l'église 
romane  de  Saint-Amant. 

L'église  de  Champvou.x,  perdue  dans  une 
charmante  vallée  de  la  Nièvre  (près  de  Chaul- 
gnes)  remarquable  par  ses  proportions  courtes  et 
élevées,  est  celle  d'un  ancien  prieuré  bénédictin, 
dont  il  ne  reste  debout  que  le  transept  et  le  chceur. 
M.  H.  de  Curzon  l'attribue  au  XI'^  siècle,  et  fait 
remonter  au  XII'-'  les  nefs  presque  entièrement 
détruites.  Il  consacre  une  description  architecto- 
nique  claire  et  précise  à  ce  monument  antique, 
d'arciiitecture  simple  et  presque  barbare.  Sa 
triple  abside  la  rapproche  de  l'église  de  Saint- 
Autrille  près  Graçay  ;  et  de  ce  type  est  dérivé 
celui  dont  on  trouve  le  plus  bel  exemple  à 
Chàteau-AIeillant. 

Au  point  de  vue  des  études  générales  sur  le 
symbolisme  et  l'iconographie,  il  est  utile  de 
signaler  l'article  magistral  consacré  par  M.  H. 
Gaidoz  au  dieu  gaulois  du  soleil  et  au  symbo- 
lisme de  la  roue,  qu'on  retrouve  notamment  dans 
les  roîulles  celtiques. 

La  grande  sculpture  grecque  ne  manque  pas 
de  points  de  contact  avec  les  œuvres  des  admi- 
rables imagiers  de  l'époque  chrétienne.  A  ce 
titre,  et  au  point  de  vue  des  principes  généraux  à 
déduire  de  l'histoire  universelle  de  l'art,  nous 
croyons  intéressant  de  signaler  la  remarquable 
conférence  par  laquelle  M.  Collignon  a  ouvert 
son  cours  d'archéologie  à  la  faculté  des  Lettres 
de  Paris.  Elle  avait  pour  sujet  les  caractères 
généraux  de  l'archaïsme  grec  ;  M.  Collignon  y  a 
donné,  avec  clarté  et  élégance,  un  aperçu  des 
plus  remarquables  d'une  des  grands  époques  de 
l'art. 

le  règne  de  jésus-christ. 
Sommaire  de  la  livraison  d'Avril    1885. 

TKXTE.  —  Cotnmiinications de  la  Société.  (Le  Comité.) 
—  Inauguration  de  la  Société  des  Fastes  de  Provence,  par 
P.  Peloux.  —  Appel  en  vue  du  Concours  pour  iSSç,  par 
A.  DE  S.  —  Le  passé,  le  présent,  l'avenir,  par  F.  DE  L.  — 


Dom  Joseph  de  Martinet,  par  L'aiîbÉ  Si.mian.  —  Bolscne- 
Orvieto  (Suite),  par  Mgr  BARlilER  DE  MONTAULT. — 
Monument  du  Kcgne,  par  A.  F. —  L'ABBÉ  BUREAU.  — A. 
DE  S. —  E.  DE  L.  — ]i.SVS-Euc/iaristie ;  Soleil  des  âmes, 
par  I.  B.  Bouquet.  —  Biuiograthie  du  Rîîgne  :  Saint 
François  d'Assise;  Tous  à  Canossa,  par  A.  DES. 

ILLUSTRATIONS.  XXXVIII.  —  Dernière  Cène,  vitrail 
de  Saint-Etienne  du  Mont,  Phototypie  Braun.  xxxix. — 
Groupes  vivants  de  Campobasso,  Héliogravure  Uujardin. 
XL.  —  Objets  du  Musée  de  Paray,  Lampe  de  Loni,  Fron- 
ton de  Tabernacle,  Similigravure  Petit.  XLI.  —  L'éternité, 
par  Rubens,  à  Madrid,  Phototypie  Braun. — 

En  décrivant  les  sept  tableaux  du  miracle  de 
Bolsène,  peints  sur  les  parois  latérales  de  la 
chapelle  d'Orviéto,  Mgr  Barbier  de  Montault, 
sous  forme  de  digression,  résume  la  question  des 
attributs  de  la  dignité  pontificale. 

Les  archéologues  sont  déconcertés  au  sujet  de 
l'origine  et  de  la  raison  d'être  de  la  triple  couronne 
de  la  tiare.  Notre  auteur  ne  fournit  malheureuse- 
ment pas  encore  la  solution  désirée, mais  il  signale 
de  nombreu.x  documents  qui  pourront  servira  la 
trouver.  Les  gants  pojitijicanx  étaient  toujours 
blancs,  et  se  portaient  avec  la  chape  aussi  bien 
qu'avec  la  chasuble.  Il  n'y  a  rien  à  ajouter  à  ce 
sujet  au  récent  et  savant  travail  de  M.E.Molinier. 

La  question  du  manteau  papal  s.  été  développée 
par  Mgr  Barbier  de  Montault  dans  la  semaine  du 
cierge  (^).  Le  Bulletin  monumental  a  traité  de 
l'agrafe  {^).  'Le  pavillon  mériterait  une  monogra- 
phie spéciale,  déjà  esquissée  d'une  manière  re- 
marquable dans  notre  Revue  par  M.  Charles  de 
Linas  (3).  Nous  trouvons  ici  de  nouveaux  docu- 
ments en  grand  nombre.L'auteur  croit  qu'on  pour- 
rait rattacher  l'origine  du  pavillon  à  Constantin, 
qui  accorda  au  pape  les  insignes  souverains. 

La  France  moderne  et  païenne,  issue  de  la 
Révolution,  laquelle  était  issue  de  la  Renaissance, 
se  prépare  à  célébrer  avec  orgueil.en  1889,  l'anni- 
versaire de  la  chute  d'un  régime  essentiellement 
chrétien.  La  Société  des  Œuvres  eucharistiques  de 
Paray-le-Monial  a  fondé,  depuis  trois  ans  déjà,  la 
Revue  :  Le  Règne  de  JE  S  i  S-CHRIS  T  pour  pré- 
parer une  sorte  de  protestation,  faite  au  nom  du 
Sacré-Cœur,  contre  cette  solennité  hostile,  dans 
son  principe,  au  Chrlst  et  à  son  Eglise.  Dès  à 
présent  elle  institue  un  concours  international  des 
sciences,  des  lettres  et  des  arts  pour  l'année  18S9, 
année  qui  coïncide  avec  le  second  anniversaire 
séculaire  des  promesses  du  Sacré-Cœur.  Des  prix 
de  10,000,  S,ooo,  1000  et  500  francs  sont  proposés 
pour  une  série  de  sujets  choisis  dans  toutes  les 
branches  de  l'activité  intellectuelle  :  théologie, 
philosophie,  histoire,  économie  sociale,  politicpie, 
sciences,  architecture,  arts  décoratifs,  drame,, 
poésie,  musique. Voici  les  questions  du  [programme 
qui  intéressent  les  arts. 

1.  Paris.  1877,  t.  IX. 

2.  1880,     p.  695. 

3.  V.  année  1884,  pp.  s  et  su  v. 


1l5it)liograpbic. 


539 


6"  Catégorie.  —  Architecture. 

L.  Un  .ire  de  triomphe  en  l'honneur  de  la  ROYAUTÉ 
EUCHARISTIQUE,  :\  élever  en  avant  de  Saint-Pierre  de 
Rome,  en  dégageant  la  colonnade  du  Bernin  jusqu'au  fort 
Saint-Ange. 

7=  Catégorie.  —  Arts  Décor.atifs. 

M.  Décoration  somptuaire  d'une  basilique  déroulant 
l'histoire  des  conquêtes  sociales  de  l'eucharistie. 
(.S'inspirer  des  Victoires  de  Riibens  et  des  cartons  de 
Lamyeire.  Musée  des  arts  décoratifs.) 

N.  Rostre  d'action  de  grâce,  ex-voto  en  style  salomonien, 
sur  la  montagne  de  Sion,  en  regard  de  l'ancien  Temple 
(Thème  sculptural  :  à  Jehovah,  pour  le  retour  des  12  tribus 
d'Israël, et  l'Arche  d'alliance  retrouvée). 

8"  Catégorie.  —Drame,  poésie. 

O.  Composition  dramatique  montrant  l'action  de  la 
PRÉSENCE  réelle,  pour  l'apaisement  d'une  grande  crise 
populaire.  (Genre  d'Eschyle  ou  de   Calderon). 

9=  Catégorie.  —  Musique. 

P.  Oratorio  à  l'Eucharistie  triomphante  au  Ciel,  après 
le  jugement  dernier. 

Nous  avons  été  les  premiers  à  applaudir  bien 
chaleureusement  à  l'œuvre,  sublime  dans  son  but, 
entreprise  par  les  fervents  zélateurs  de  la  dévotion 
au  Sacré-Cœur  de  JÉSUS.  Mais  nous  croyons 
rêver  en  constatant  dans  quelle  étrange  formule 
artistique  se  résume  ici  cette  œuvre  de  restaura- 
tion chrétienne. 

Après  avoir  inscrit  sur  sa  bannière  cette  noble 
devise  :  Restauration  du  règne  de  Notre-Seignenr 
Jésus-Christ,  le  jour  où  il  s'agit  deconfesser  solen- 
nellement le  CHRIST  à  la  face  du  monde  païen  par 
une  manifestation  monumentale  du  génie  artis- 
tique chrétien,  on  ne  trouve  guère  pour  proclamer 
sa  gloire,  que  des  accents  païens  ;  on  ne  conçoit 
qu'un  trophée  aux  formes  païennes.un  monument 
qui  ne  sera,  aux  détails  près,que  celui  que  les  Ro- 
mains eussent  élevé  à  Jupiter;  et  parmi  toutes  les 
traditions  artistiques  si  pieuses  et  si  saintes  d'une 
douzaine  de  siècles  chrétiens,  on  ne  trouve  ni  un 
accent, ni  une  hymne,  ni  un  monument  architectu- 
ral, ni  un  joyau  d'orfèvrerie,  qui  soit  digne  de  glo- 
rifier le  Seigneur,  à  l'égal  des  œuvres  des  hommes 
dont  le  baptême  n'a  point  anobli  les  fronts 
et  purifié  les  âmes  !  Kt,  parmi  les  chrétiens, 
ceux  qui  sont  retournés  au.x  idoles  comme 
Rubcns,  sont  estimés  meilleurs  maîtres  à  suivre 
dans  ce  grand  œuvre,  que  ceux  qui  ont  peint 
à  genoux  comme  l'angélique  moine  de  Fiesole  ! 

C'est  luie  injure  à  la  civilisation  chrétienne,  et 
nous  protestons  de  toute  l'ardeur  de  nos  senti- 
ments d'artistes  et  de  chrétiens. 

SEMAINE    RELIGIEUSE. 

La  Semaine  religieuse  de  Clerniont  nous  fait 
l'honneur  de  reproduire  en  abrégé  une  partie  de 
l'article  sur   les    Vases  eucharistiques  paru  dans 


notre  numéro  de  janvier  dernier.  Rien  ne  nous 
paraît  plus  désirable,  que  de  voir  répandre  par 
la  voie  des  publications  religieuses  diocésaines,ces 
notions  si  utiles  sur  la  liturgie.  Mais  il  serait  juste 
envers  Monsieur  le  chan.  J.  Corblet,  auteur  de 
l'article  si  aimable  envers  la  Revue,  que  notre 
estimée  consœur  voulût  bien  indiquer  la  prove- 
nance de  ses  extraits.  Cuique  suuni. 


bulletind'histoire  ecclésiastique  et 
d'archéologie  religieuse  des  diocè- 
ses de  valence,  digne,  etc. 

Sommaire   du  iso  de  mai-juin  1885. 

Histoire  du  Cardinal  Le  Camus,^Ax  M.  l'abbé  Charles 
Bellet.  —  Documents  relatif  s  aux  représentations  théâ- 
trales en  Dauphinéde  14SJ  à  /jj-jjpar  M.  le  chan.  ULYSSE 
Chevalier,  membre  n.  r.  du  Comité  des  travaux  histo- 
riques et  scientifiques. 

Sommaire   du  n°  de  juillet-aout  1885. 

Justine  de  la  Tour-Gouvernet,  baronne  de  Poét-Cétard, 
épisode  des  co)itroi.-erses  religieuses  en  Dauphiné  durant 
les  vingt premiè) es  années  du  X Vil"  siècle,  par  M.  le  chan. 
TOUPIN,  aumônier  de  la  Visitation  à  Romans.  —  Les 
é-i'êques  de  Saint- Paul-Trois-Châleaux  au  quatorzième 
siècle,  par  M.  le  chan.  AlbanÎlS,  historiographe  de  l'église 
de  Marseille. —  Notice  sur  l'église  de  Notre-Dame  du 
Bourg,  ancienne  cathédrale  de  Digne,  par  M.  le  chanoine 
Cruvellier,  professeur  au  grand  séminaire  de  Digne.  — 
Table  des  matières  du  tome  cinquiè>ne  (\%q^-:,). —  Chro- 
niqice  du  diocèse  de  Valence,  par  le  Comité  de 'Rédaction. 


BULLETIN     DES     COMMISSIONS      ROYALES 
D'ARTS  ET    D'ARCHÉOLOGIE  DE  BELGIQUE. 

M.  D.  Van  de  Casteele  fait  l'historique  des 
grès-cérames  namurois,  dont  M.  H.  Schuermans 
aie  premier  admis  l'existence,  mais  qu'on  cro}ait 
généralement  être  des  produits  dinantais.  Il 
complète  ce  que  M.  Van  Du}-zc  a  publié  sur  J.-B. 
Chabotteau,  le  principal  fabricant  de  vases  de 
grès  à  Namur.  La  façon  de  Gienzhausen  y  était 
usitée.  Chabotteau  eut  dans  cette  ville  une 
poterie  entre  1639  et  1650;  et  son  atelier  subsista 
jusque  dans  la   seconde  moitié  du  siècle  suivant. 

M.  l'abbé  G.  Van  de  Vyvere  signale  deux 
pierres  tombales  d'époque  et  de  caractère  bien 
différents,  qui  n'ont  de  commun  entr'elle  que  la 
forme  trapézoïdale,  forme  extrêmement  rare, 
que  l'auteur  de  l'article  ne  cherche  du  reste  pas  à 
expliquer.  L'une  de  ces  pierres  est  peut-être  la 
plus  vieille  dalle  tumulaire  des  Flandres;  elle  se 
trouve  dans  l'église  de  MuUem  près  d'Audenarde, 
et  date  de  l'époque  romane,  époque  où  cette 
forme  était  relativement  fréquente.  La  seconde 
se  trouve  dans  l'église  collégiale  de  Tcrmondc  et 
appartient  au  X\'L  siècle. 

L.  C. 


540 


Eeuue    De    ratt    cfjrcticn. 


s.  JS.-S.  ^.    .^   .^  ."?-    rA;.    ,>Ai    " 


Inîier  bibltograplnque. 
arcï)cologte  etBeauT^:^rts^'^ 


jTrance. 


AUard  (Paul).  (*) —  Histoire  des  persécutions 

DANS  LES  DEUX  PREMIERS  SifcCLES,  D'aPRIlS  LES  DOCU- 
MENTS ARCHÉOLOGIQUES.  —  Paris,  Lecoffre,  i  vol. 
in-8°,  1S85. 

Barbier  de  Montault  (X.).  —  L'inscription 
DE  LaGrange-lescou  (Tarn-et-Garonne).  Montau- 
ban,  Forestié,  18S5,  iivS'',  14  pp.  et  pi.  (Extrait  du 
BidUtin  delà  Socirté  archéologique  de  Tani-et-Garonne.) 

Barbier  de  Montault  (X.).  —  Les  clochettes 
DE  Langres  et  d'Orléans,  notes  archéologiques. 
Montauban,  Foresiié,  18S5,  in-S^,  3  pp. 

Barreau  (l'abbé).  —  Description  de  la  cathé- 
drale, DES  vitraux  de  Bourges  et  des  autres 
monuments  de  la  ville,  2"=  édition,  augmentée. 
Châteauroux,  imp.  Majesté,  in-8°,  27g  pp.  et  pi.  4  fr. 

Bartliéleniy  (P.).  —  François  Laurana,  au- 
teur du  monument  de  Saint-Lazare  dans  l'an- 
cienne cathédrale  de  Marseille.  Marseille,  impr. 
Barlatier-Feissat,  i88j,  in-8",  13  pp. 

Bordes  (P.).  —  Foix  (ARiboE),  ses  tours  et  son 
CHATEAU.  Foix,  impr.  Gadrat  aîné.  In-i6,  149  pp. 
2  fr.  75. 

Bouchet  (C).  —  Une  mtniature  de  manuscrit 
DU  xii'=  sit;cLE.  Vendôme,  impr.  Lemercier,  1885, in-S', 
15  pp.  et  chromolith.  (Extrait  du  Bull,  de  la  Soc.  ar- 
ch'eol.  Scient,  et  littéraire  du  Vendômois). 

Bourcard(G.).  —  Les  estampes  du XVIIP  siècle, 
ÉCOLE  française  ;  guide-manuel  de  l'amateur. 
Avec  une  préface  de  Paul  Eudel.  Paris,  Dentu.  In-8', 
581  pp.  25  fr. 

BcLi.EiiN  DE  l'Académie  d'Hippone.  —  w  xix. 
Bône,  impr.  Thomas.  In-8'^,  cxLin-192  pp.  et  supplé- 
ment de  28  pp.  5  fr. 

Burckliardt  (J.).  —  Le  Cicérone,  guide  de 
l'art  antique  et  de  l'art  moderne  en  Italie. 
Traduit  par  Auguste  Gérard,  sur  la  5^  édition,  revue 
et  complétée  par  le  docteur  Wilhelm  Bode,  avec  la 
collaboration  de  plusieurs  spécialistes.  Première  partie. 
Art  ancien.  Paris,  Firmin-Didot  et  C''-'.  Pet.  in-8" 
XLViii-200  pp.  et  4  pi.  6  fr. 

I.  Les  ouvrages  marqués  d'un  astérisque  (*)  sont  ou  seront 
l'objet  d'un  article  bibliographicjue  dans  la  Revue. 


Champeaux  (A.  de).  (*)  — Le  meuble  :  Antiqui- 
té, MovEN  AGE  ET  RENAISSANCE.  Paris,  lih.  Quantin. 
In-8",  320  pp.  avec  grav.  3.  fr.  50. 

Costes  (H.).  —  Les  Institutions  monétaires 
DE  LA  France  avant  et  depuis  1789,  in-8<',  349  pp. 
Paris.  Guillaumin  et  C'^ 

Daremberg  (Ch.)  et  Saglio  (Ed.).  -  -  I^iction- 
naire  des  antiquités  grecques  et  romaines  d'.-v- 
prés  les  textes  et  les  monuments,  contenant 
l'explication  des  termes  qui  se  rapportent  aux 
mœurs,  aux  institutions,  a  la  religion,  aux  arts, 
AUX  sciences,  etc.,  et  en  général  a  la  vie  publique 
et  privée  des  anciens.  Avec  3,000  fig.  d'après 
l'antique,  dessinées  par  P.  Sallier  et  gravées  par 
M.  Rapine.  (Fascicule  Coe-Con).  Paris,  Hachette  et 
C'"=.  In-4'^,   pp.    1281  à  1440.  5  fr. 

L'ouvr&ge  se  composera  de  20  fascicules. 

Delaunay  (E.)  et  Morancé  (L.).  —  Guide  du 
touriste  dans  LA  VALLÉE  DU  LOIR.  La  Chartre-sur-lc- 
Loir,  lib.  Hausseray-Chambris.  In-8'^,  vii-191  pp. 

Demoustier  (R.).  —  Notice  historique  sur  les 

TRAVAUX    d'agrandissement    DE  L'ÉGLISE  DE  NOTRE- 

Dame  Saint-Vincent.  Lyon,  imp.  Paris,  1885,  in-4°, 
19  pp. 

Dieulafoy  (M.).  —  L'Art  antique  de  la  Perse; 
AcHÉMÉNiDES,  Parthes,  Sassaniues.  Troisième  par- 
tie: la  Sculpture  persépolitaine.  Paris,  lib.  Des  Fossez 
et  C''.  Grand  in-4",  112  pp.  avec  124  fig.  et  19  pi. 
hors  texte.  25  fr. 

Duplessis  (M.). —  Inventaire  de  la  collection 
Hennin.  Table.  Paris,  Champion.  2  vol.  in-8  "  à  2  col. 
Première  partie,  vi  p.  et  p.  i  à  208,  et  portrait  de  M. 
Hennin;  deuxième  partie,  p.  209  à  428.  12  fr. 

Dutuit  (E.).  —  Catalogue  historique  et  des- 
criptif DES  tableaux  et  dessins  DE  REMBRANDT. 

Description  de  tous  les  tableaux  connus  et  des  dessins 
du  maitre  existant  dans  les  galeries  publiques  et  pri- 
vées ou  ayant  figuré  dans  des  ventes  publiques.  In-4°, 
VI-120  pp.  et  25  planches  en  héliogravures  ou  eau.x- 
fortes  gravées  par  Flameng,  W'altner,  I^alauze,  etc. 
Paris,  Lévy. 

Duval  (R.).  —  Inscriptions  svriaques  de  Sala- 
mas,  EN  Perse. —  Paris,  imp.  Nationale,  in-8°,  28  pp. 
et  planches.  (Extrait  an  Journal  asiatique.) 

Ephrussi  (C).  —  Exposition  d'œuvres  de  maî- 
tres anciens,  tirées  des  collections  privées  de 
Berlin,  en  1883.  —  Paris,  Quantin,  in-8",  24  pp. 
(Extrait  de  la  Gazette  des  beau.xarts,  avril  et  juillet 
1884.) 

Eudel  (P.).  —  L'Hôtel  Drouot  et  la  Curiosité 

EN     18831884,      avec      une     préface      PAR      Cha.MP- 

fleury.  — •  (4"-'  année.)  In- 18  jésus,  viii-424  pp.  Paris, 
Charpentier  et  C'^  3  fr.  50. 

Fage  (René).  (*)  —  Le  tombeau  du  cardinal 
DE  Tulle,  a  Saint-Germain-les-Belles.  —  Limo- 
ges, Duccnirticux,  1885,  in-8",  de  16  pp. 


loibUograpbic 


541 


Faucon  (M.).  — •  Notice  sur  la  construction  de 
l'église  de  la  Chaise-Dieu  (Haute-Loire),  son 
fondateur,    son     architecte,    ses     décorateurs 

(1344-I352),  d'après  LES  DOCUMENTS  CONSERVÉS  AUX 

ARCHIVES  DU  Vatican.  Paris,  imp.  Nationale,  in-8°, 
62  pp.  et  3  pi.  (Extrait  du  Bulletin  du  Comité  des  tra- 
ï'aux  historiques.) 

Fichot  (C).  —  Statistique  monumentale  du 
DÉPARTEMENT  DE  l'Aube.  —  Paris,  Qaantin  1884, 
in-S-^,  tome  i'^'',  pp.  201,  à  495,  18  pi.  et  nombr.  grav. 

Gay  (Victor).  —  Glossaire  archéologique  du 
Moyen  Age  et  de  la  Renaissance.  (*)  —  4^  fasci- 
cule. Paris,  Société  bibliographique,  1885,  in-4°  fig. 

Germain    (L.).    —   L'étole  de  saint  Charles 

BORROMÉE    dans  LE   TRÉSOR  DE   LA   CATHÉDRALE   DE 

Nancv.  —  Nancy;  1885,  in-S",  15  pp.  (Extrait  des 
Afém.  Je  la  Soc.  d'archéol.  lorraine,  1884.) 

Gerspach.  (*)  —  L'art  de  la  verrerie;  par  Gers- 
pach,  administrateur  de  la  manufacture  nationale  des 
Gobelins.  —  In-S*',  320  pp.  avec  149  fig.  Paris, 
Quar.tin. 

Godard-Faultrier  (Victor).  (*)  —  Inventaire 
du  MUSÉE  d'antiquités  Saint-Jean  et  Toussaint. 

—  Angers,  in-8°,  595  pp.  Lnp.  Lachère  et  Dolbeau. 
2' éd.  1884. 

Guiffrey  (J.).  —  Inventaire  général  du  mobi- 
lier de  la  couronne  sous  Louis  XIV  (1663-17 15). 
Première  partie.  —  Grand  in-S",  xvi-430  pp.  et  grav. 
Paris,  imprimerie  Ménard  et  Augry  ;  librairie  Rouan. 
25  francs. 

Gulh  et  Koner.  —  La  vie  antique.  Manuel 
d'archéologie  grecque  et  romaine,  2<=  partie.  La  vie 
des  Romains,  traduite  par  F.  Trawinski,  avec  notes  de 
O.  Riemann.  —  Paris,  Rothschild,  1885,  iii-8°,  540  pp. 

Hanriot  (C).  —  Notions  sur  l'histoire  de  l'art 
EN  Grèce.  —  Paris,  Leroux.  In  8°,  42  pp.  2  fr. 

Hénault  (l'abbé). — Supplément  aux  recherches 
historiques  sur  la  fondation  de  l'église  de 
Chartres.  —  Paris,  in-8'',  de  40  pp. 

Lasteyrie  (R.  de).  —  Notice  sur  une  croix  du 
xiii'=  siècle  conservée  a  gorre  (Haute-Vienne). 

—  (*)  Paris,  1885,  in-8',  16  pp.  et  2  pi.  (Extrait  du 
Bull,  archéol.  du  Comité  des  travaux  hisl.  et  scient.) 

Lecoy  de  la  Marche  (A.).  (*)  —  Les  manus- 
crits ET  LA  miniature.  --  Paris,  A.  Quantin,  1885, 
in-8°,  de  357  pp.  —  Prix  :  broché  fr.  2,50  ;  cartonné, 
fr.  4,50. 

Magne  (L.).    —  Conférence    sur    le  vitrail, 

FAITE  A  LA  HUITIÈ.ME  EXPOSITION  DE  l'UNION  CEN- 
TRALE DES  ARTS  DÉCORATIFS  EN  1884. — Paris,Quantin, 
1885,  in-4",  18  pp.  (Extrait  de  la  Revue  des  Arts 
décoratifs.  ) 

Martha  (Jules).  Manuel  d'archéologie  étrus- 
que El'  ROMAINE.  —  Paris,  Quantin,  in  S",  1885. 


Michelant  (H.). — L'imitation  de  Jésus  Christ, 
historique  de  l'ornementation  des  manuscrits  et  expli- 
cation des  planches.  —  Paris,  Cruel  et  Engelmann. 
In-4°,  130  pp.  750  fr. 

L'explication  seule  :  25  fr. 

Miintz  (Eugène).  (*)  —  Les  artistes  célèbres 
DoNAiELLO.  —  Paris,   J.  Rouani,  28,   Cité  d'Antin, 

in-4°,  1885. 

Musset  (C;.).  La  Chakente-Inférieure  avant 
l'histoire  et  dans  la  légende,  avec  carte  préhisto- 
rique en  trois  couleurs. — Paris,  lib.  Maisonneuve  frères 
et  Leclerc.  In-8°,  174  pp.  3  fr.  50. 

Niepce  (L.).  —  Archéologie  lyonnaise.  III. 
Les  trésors  des  églises  de  Lyon.  —  Lyon,  lib. 
Georg;  Paris,  Em.  Le  Chevalier.  Gr.  in-8',  1 14  pp.  7  fr. 

Pailloux  (X.).  —  Monographie  du  temple  de 
Salomon,  par  le  R.  P.  Xavier  Pailloux,  S.  J.  In-folio, 
X11-516  pp.  et  25  pi.  hors  texte.  —  Paris,  Jouaust  et 
Sigaux;  Roger  et  Chernoviz. 

Paysages  et  monuments  du  Poitou,  photographiés 
par  Jules  Robychon,  imprimés  en  photogly|;tie  par  la 
maison  Boussod  et  Valadon  (Goupil  et  Cie),  à  Paris. 
Notices  i)ar  divers  auteurs.  In-f''.  Livraisons  i,  2  et  3. 

Perrin  (.\  ).  Catalogue  du  médaillier  de  Sa 
voie  du  musée  d'Annecy,  —  Chambéry,  lib.  Perrin. 
In  S",  XII  112  pp.  avec  fig.  4  fr.  50. 

Prost  (V.).  —  Dijon  pittoresque  et  Dijon  qui 
s'en  va.  —  Contenant  100  planches  lithographiées 
par  Lippe,  avec  notices  explicatives  et  une  étude 
historique  par  un  groupe  d'amateurs.  Livraisons  I  à  V. 
Dijon,  lib.  Lamarche.  In-4°,  i  à  20  pp.  et  5  pi. 

L'ouvrage  sera  publié  par  livraison  à  i  fr. 

Rouaix  (P.).  —  Dictionnaire  des  arts  décor.v 

TIFS,    a    l'usage    des     ARTISANS,    DES    ARTISTES,    DES 

a.m.ateurs  ET  DES  ÉCOLES.  —  Ouvrage  illustré  de  très 
nombreuses  gravures.  Livraisons  i  et  2.  Paris,  librairie 
illustrée.  Gr.  in-S",  16  pp.  avec  21  grav. 

Il  parait  2  livraisons  à  10  cent,  chaque  semaine. 

Wagnon  (A.).  —  Traité  d'archéologie  compa- 
rée; LA  SCULPTURE  ANTIQUE,  ORIGINES,  DESCRIPTION, 
CLASSIFICATION  DES  MONUMENTS    DE    l'ÉgVPTE  ET  DE 

LA  Grèce.  —  Paris,  Rothschild.  Gr.  in  8°,  173  pp.  et 
16  pi.  25  fr. 

— --^— -ailcinaiïnc  et  autricDc. ----—— 

Adamy  (Doc.  Dr.  R.).  —  Die  Einhard-Basilika 
zu  Steinbach  im  Odenwald.  ■ —  Im  Auftrage  des 
histor.  Vereins  f  das  Groszherzogth.  Hessen  unter- 
sucht  u.  beschrieben.  Mit  24  Zinkiitzgn.  u.  4  Taf  in 
Lichtdr,  Hannover,  Heiwing.  In-fol.,  vii-36  pp.  15  fr. 

Bohn  (Rich).  —  Der  Te.mpel  des  Dionysos  zu 
Pergamon.  —  Mit  I  (rad.)Taf  u.  2Vignetten.  [Aus  : 
«  Abhandlgn.  d.  k.  preuss.  Akad.  d.  Wiss,  zu  Berlin.  » 
Berlin,  Di.immler.  In-4",  ii  pp.  2  fr.] 


542 


îRcuue   Dc   l'art   cfiréticn. 


Ewerbeck  (Prof.  Frz.).  —  Die  Renaissance  in 
BiîLGiEN  UND  HoLLAND.  —  Eiiie  Sammlg.  v.  Gegen- 
stiinden  der  Architektur  u.  Kunstgewerbe  in  Orig.- 
Aufnahmen,  gezeichnet  u.  hrsg.  v.  F.  E.  unter  Mit- 
wirkg.  V.  Architekten  Alk.  Neumeister  und  Emil 
IMouris.  Fasc.  IX  et  X.  Leipzig,  Seemann.  In-foL,  24 
tableaux  et  16  pp. 

Chaque  fascicule  :  5  fr. 

Fritsch  (K.  E.  O.)  —  Denkmaler  deutscher  Re- 
naissance. 6=  livraison.  Berlin,  Wasmuth.  In  Mappe. 
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Hefner-Altenek  (J.-H.  von).  Eisenwerke,  oder 

OrNAMENTIK    der    SCHMIEDEKUNST    DES    MlTTELAL- 

TERS  UND  DER  RENAISSANCE,  t.  II,  I™  et  2<=  Uvraisons. 
]'"rancfort-sur-le-i\Iein,  Relier,  in-4'\ 

K.ATALOG    DES    KUNSTLERISCHEN    NaCHL.ASSES  UND 

DER  KuNST-U. — Antiquitaten-Sammlung  v.  Hans  Ma- 
kart,  hrsg.  v.  dem  Vormunde  der  Kinder  Makart's  A. 
Streit.  Wien,  von  \\'aldheim.  In-4,  x-95  pp.  et  illustra- 
tions. 12  fr.  60. 

Meyer  (Jul.)  et  LÛche  (Ilerm).  —  Allgemeines 
Kunstler-Lexikon.  Unter  Mitwirkg.  der  namhaf- 
testen  Fachgelehrten  des  In-u.  Auslandes.  (Nagler's 
Kiinstler.Lexikon).  34=  livraison.  Leipzig,  Engelmann. 
In-8'',  vol.  III,  657-712  pp.  2  fr.  20. 

Myskovszky  (V.).  —  Kunstdenkmale  desMit- 

ÏELALTERS    UND    DER    RENAISSANCE    IN     UngARN. 

lo'^livr.  Vienne,  Lehmann,  in-fol. 
Prill(Rapl.Jos.)(*) — DieSchloszkirchezuWech- 

SELBURG,  DEM  EHEMALIGEN  KlOSTER  ZSCHILLEN.  Zur 

Erinnerg.  an  die  700  jiihr.  Jubelfeier  der  Kirchweihe 
a  m  15.  Aug.  1884  gezeichnet  u.  beschrieben.  Leipzig, 
H.  Lorenz.  In-fol.  m,  48  pp.  et  12  planches.   25  fr. 

Schaffhausen.  —  Der  Onyx  von  Sanct  Castor 
IN  CoBLENZ,  —  in-8°,  et  2  pi.  (Extrait  du  Jahrbuch 
des  Vereins  von  Alterthiimsfrettnden  im  Rheinlande 
1885.) 

Schiibler  (Joh.  Jac).  —  Intérieurs  und  Mobi- 
LiAR  DES  18  Jahrh.,  n.\ch  Ekfijdg.  d.  J.  J.  Sch. 
Nachbildungen  der  Orig.-Stiche  in  Fcsm.-Licht- 
DR.  Mit.  e.  Einleitg.  v.  Dr.  Alb.  Ilg.  Wien,  SchroU 
et  C°.  In-fol.,  4  pp.  et  25  tableaux.  32  fr. 

Monnoyer  (Jules).  Archéologie  populaire  du 
CANTON  DE  Rœulx.  —  Mons,  lib.  Hector  Manceaux. 
In-8°,  121  p.  et  4  pi.  2  fr.  50. 

.^....^^.,^.,^^^^.^.  (jBspagnc.^-— ———---' 

Contreras  (R.).  —  Estudio  descriptivo  de  los 

MONU.MENTOS    ARABES  DE    GRANADA,  SeVILLA  V    COR- 

doba,  o  sea  La  Alhambra,  El  Alcazar,  v  La  Gran 
Mezquita  de  Occidente.  —  Tercera  edicion,  con 
grabados  y  pianos.  Madrid,  P2st.  tip.  de  Ricardo  Fe. 
In-4°.  37i^PP-  10  fr. 


Œtats^îînis, 


Brown  (F.).  Assyriology: —  The  Use  and  Abuse 
in  Old  Testament  Study.  —  New- York.  In-120,  95 
pp.  7  fr.  60. 


^^taliC' 


Bertolotti  (A.).  (*)  —  Artisti  in  relazione  coi 
GONZAGA  signori  di  mantona  richerche  e  stadi 
negli  ARCHivi  MANTORANi.  —  Modena,  Vincenzi,  in-8", 
de  226  pp.  1885. 

Bertolotti  (A).  (*)  — Artisti  veneti  in  romanei 
secoli  XV,  XVI  ET  XVII  STuni  e  ricerche  negli 
ARCHivi  ROMANI.  — Venezia,  1S84,  in-4",  de  99  pages. 

C0LLEZ10NE  DI  0GGETT1  d'arte  appartenenti  ad 

ILLUSTRE  PERSONAGGIO  ROMAND  ED  A  S.   E.  IL  SIGNOR 

DUCA  dTsola.  —  Roma,  tip.  Econoniica.  In-8°,  78  pp. 

Fornoni  (ing.  Elia).  —  L'antica  basilica  Ales- 
sandrina  e  i  suoi  dintorni  :  lettura.  Bergamo,  tip. 
Gaffuri  e  Gatti.  In-8°,  84  pp.,  con  3  tav.  2  fr.  50. 

Funghini  (V.).  —  Relazione  sui  monumenti 
antichi  e  sui  musei  regionali  al  Congresso  deglï 

INGEGNERI  ED   ARCHITETTI  Dl  TORINO.  ■ —  ArCZZO,  tip. 

Racuzzi.  In-S",  28  pp. 

Gnecchi  (F.).  —  Monete  e  medaglioni  inediti 
nel  R.  Gabinetto  numismatico  di  Brera  (Milano). 
Camerino,  tip.  Mercuri.  In-8°,  78  pp.  et  4  pi.  4  fr. 

Guardabassi  (Fr.).  —  Della  istituzione  di  una 

C.ATTEDRA     di     ARCHEOLOGIA     ITALICA    NELLA    LIBERA 

universita   di   Perugia  :  MEMORIA.  —  Perugia,  tip. 
Umbra.  In-8",  19  pp. 

Lutzow  (Carlo  de).  —  I  Tesori  d'arte  dell' 
Italia  :  —  opéra  illustrata  da  50  acqueforti  et  250 
incisioni  in  legno.  Milano,  frat.  Trêves  edit.-tip.   Disp. 

I  a  26.  —  Ogni  dispensa,  con   i  o  due   incisioni   ail' 
acqua  forte,  oltre  ai  disegni  del  testo  :  3  fr. 

L'ouvrage  complet  :  75  fr. 

Melani  (Alfredo),  architetto.  Scoltura  italiana; 
Parti  I  et  II:  Statuaria  e  scultura  ornamen- 
tale  :  CON  note  sulle  arti  minori  che  si  riferis- 
CONO  ALLA  scoltura.  —  Milano,  Hoepli  edit.  In-32, 
xviii-196  jjp.,  con  56  tavole  et  26  figure.  2  fr.  50. 

Nolhac  (Pierre  de).  —  Les  collections  d'anti- 
quités de  Fulvio  Orsini  —  (Extrait  des  Mclaitges 
d'archcolvgie  et  d'histoire  publiés  par  l'Ecole  française 
de  Rome).  Rome,  Philippe  Cuggiani,  1 8S4,  in-8°. 

Papadopoll  (conte  Nicola).  —  Memoria  sul 
valore  deli.e  monete  veneziane,  letta  all'  Isti- 

TUTO  VeNETO  NELL' ADUNANZA  DEL  26  GENNAIO  1885. 

—  Venezia,  tip.  Antonelli,  con   2  tabelle   riassuntive. 
In-4",  40  PI). 

J.  C. 


*  ^.^-^LJL^.^::^^^  ^'Ji*  ^  ^.^£JL£,i,Â,^^  ^r* 


)* 


^ 


OJjroniciue. 


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SOMMAIRE.  —  KXPOSITTON  D'AN  vers.  —  EXPOSITIONS  DIVERSES  :  Cologne, 
Munster,  Paris,  Berlin,  Turin.—  ÉCOLES  D'ART.—  ŒUVRES  NOUVELLES  :  Objets  d'art 
religieux  ;  statues  ;  constructions  d'églises  ;  les  arts  au  Vatican  et  à  Rome  ;  couronne  de  N.-D. 
de  Boulogne;  basilique  de  Fourvière.  —  RESTAURATIONS  ET  DESTRUCTIONS  :  Remparts 
d'Avignon  ;  églises  d'Avivault  et  de  Javarzay  ;  Mont  Saint-Michel  :  église  N.-D.  de  Saint- 
Étienne  ;  église  de  Courcôme  ;  église  de  Vendée  ;  église  de  Marollos-lez-Kraults  ;  église  Saint- 
Nicolas  à  Tournai  ;  église  Saint-Étienne  sopra  lacco  k  Rome  ;  peintures  à  Venloo  ;  Chapitre  de 
Valence.  —  NOUVELLES  ET  TROUVAILLES  :  Peintures  murales  à  Antibes  ;  peintures 
du  X''  siècle  à  Rome;  table  des  noces  de  Cana  ;  pierres  tombales  à  Gand.  —  CONGRÈS  ET 
EXCURSIONS:  Congrès  archéologique  de  France  k  Montbrisson  ;  excursions  de  la  Société  des 
Archives  de  Saintonge,  de  la  commission  des  Arts  des  Saints,  de  la  Société  historique  de  Com- 
piègne,  de  la  commission  historique  du  Nord  ;  Congrès  eucharistique  à  Fribourg.  —  MUSÉES.  — 
CONCOURS. 


>* 


^0  L-.W-LNV_.VJLJJrVO.  ^^ 


eCrposition  D'Jinucrs. 


otioTOGi^jiffllUgg  'EXPOSITION  d'Anvers 
^^^^  ^"  "*  --.-i>-^»  attire  en  ce  moment  les 
visiteurs  de  toutes  les  na- 
tions. C'est  par  elle  que 
nous  cominencerons  notre 
chronique. 

Quand  on  a  franchi  l'or- 
gueilleux et  trop  monu- 
mental portique,  et  qu'on 
se  trouve  en  face  de  la  galerie  centrale,  le  coup 
d'œil  est  superbe.  Les  Halles  sont  vastes,  légères, 
sainement  construites,  et  leur  structure  offre 
l'aspect  satisfaisant  d'une  construction  de  bon 
aloi,  oi^i  rien  ne  cloche,  où  tout  est  bien  équilibré, 
naturellement  conçu  et  disposé.  Le  décor  (sauf 
des  réserves  déjà  faites  qu'il  nous  déplairait  de 
rappeler  encore)  est  de  bon  goût,  et  les  fanons 
iiéraldiques  qui  pendent  sous  les  charpentes, 
donnerit  grand  air  et  belle  perspective  à  l'en- 
semble. 

On  tombe  d'emblée  dans  la  section  belge. C'est 
justice  :  la  nation  qui  a  organisé  l'une  des  exposi- 
tions internationales  les  plus  réussies  qu'on  ait 
vues  jusqu'ici,  doit  se  présenter  la  première  dans 
ce  palais  de  l'industrie,  dont  elle  fait  fièrement 
les  honneurs.  Restons  donc  chez  elle,  puisque 
nous  y  sommes  à  si  bon  droit,  et  voyons  d'abord 
ses  produits.  Il  est  entendu  que  nous  ne  nous 
occuperons  que  de  ce  qui  nous  regarde,  de  l'art 
envisagé  au  point  de  vue  des  principes  des  siècles 
chrétiens;  nous  ne  promettons  pas  toutefois  de 
ne  pas  nous  laisser  distraire  un  peu  à  l'occa- 
sion, par  quelque  objet  d'un  intérêt  notable  en 
rapport  indirect  avec  notre  spécialité. 

Ainsi,  puisque  la  Flandre  est  l'antique  pajs  de 


la  haute  lisse,  force  nous  est  de  nous  arrêter  dès 
l'entrée  devant  les  tapisseries  de  M]\I.  Braquenié 
à  Malines.  Cette  maison  montre  à  l'étranger  une 
pièce  magistrale  e.xécutée  pour  le  Sénat  belge. 
C'est  une  tenture  offrant  trois  pages  glorieuses 
de  l'histoire  nationale.  Au  centre,  Philippe  le  Bon 
recevant  les  ambassadeurs  d'Orient,  au  temps  où 
Bruges  était  le  comptoir  de  l'Europe  ;  au.x  côtés, 
le  baptême  de  Jacques  Van  Artevelde,  le  fameux 
tribun  des  communiers  gantois  ;  et  les  archiducs 
Albert  et  Isabelle  chez  Rubens.  La  technique 
est  d'une  perfection  irréprochable.  Les  cartons  de 
\V.  Geefs  sont  d'un  mérite  remarquable.  Dans  le 
panneau  central,  on  retrouve  le  sentiment  grand 
de  style  des  splendides  miniatures  des  Clu-oniqites 
du  Haiimiit,a.\'cc  un  fini  et  une  louche  réalistiques, 
qui  sont  le  contingent  de  l'art  moderne.  La  figure 
grave  de  Philippe  le  Bon, dans  son  ample  costume 
écarlate,  est  d'un  puissant  effet. 

En  face  de  cette  puissante  maison,  se  présente 
le  modeste  atelier-école  d'Inguelmunster,  dont 
le  caractère  commande  a  priori  la  sympatiiie  et 
l'indulgence.  En  regard  de  si  rudes  voisins,  ses 
produits  ont  besoin  d'une  bienveillante  disposi- 
tion. Un  grand  panneau  de  verdure,  style  XVII'' 
siècle,  soutient  vaillamment  l'examen  ;  mais  à 
côté,  on  voit  un  sujet  d'histoire  qui  fait  maigre 
figure:  Philippe  le  Bel  recevant  les  échevins  de 
Bruges  au  château  d'Inguelmunster,  et  leur 
octroyant  une  sauvegarde  pour  les  reliques  du 
saint  Sang  (1297).  L'exécution  matérielle  paraît 
e.'^cellente,  et  il  faut  savoir  gré  aux  chefs  de  cet 
établissement  plein  d'espérances,  d'avoir  inspiré 
leurs  artistes  de  ce  sujet  tiré  de  l'histoire  locale. 
Mais  ils  compromettront  l'avenir  de  leur  insti- 
tution, s'ils  ne  cherchtMit  à  porter  plus  haut  l'idéal 
de  leurs  jeunes  haute-li.ssiers  au  point  de  vue  du 


BEVUtt  DK  l'akT  CHKâTIKN 
1885.   —  4""^  LIVRAISO.N 


544 


IRctiuc    De    l'3rt    chrétien. 


style.  Le  tableau  en  question  est  d'un  style 
bâtard,  d'une  composition  vulgaire,  d'un  dessin 
mou,  et  d'un  coloris  confus. A  coté,  les  panneaux, 
style  W'atteau,  sont  jolis  dans  leur  genre  délicat. 
Des  convictions  artistiques,  un  style  franc,  un 
idéal  élevé,  voilà  ce  qui  peut  rendre  féconde  l'en- 
treprise d'Inguelmunster.  On  sent  qu'une  école 
d'art  à  bons  principes  fait  défaut  à  côté  de  la 
fabrique. 

— Kl?t   ■■   >Oi— 

Plus  loin  la  faïencerie  de  Boch  frères  et  la  fabri- 
que de  meubles  de  Zech,  mêlent  leurs  produits 
dans  deux  cheminées  monumentales  adossées, 
style  Renaissance.  Nous  y  remarquons  de  jolis 
carreaux  céramiques  de  foyer  à  ornements  héral- 
diques stylisés,  et  des  imitations  réussies  des 
faïences  de  Rhodes.  L'un  des  manteaux,  composé 
de  petits  carreaux,  est  orné  de  paysages  peints  sur 
faïence  à  la  sépia  par  Shiperus.  L'autre,  plus 
remarquable,  offrant  des  vues  architecturales  hol- 
landaises,genre  Delft.est  peint  en  bleu, entre  deux 
émaux,  d'après  les  cartons  de  Fumière.  —  La 
maison  Boch  a  ressuscité  l'ancienne  vaisselle 
vieux  Tournai  par  une  imitation  parfaite,  dont 
on  voit  à  côté  un  bel  étalage  ;  elle  reproduit 
aussi  avec  une  rare  perfection,  les  décors  de 
Delft,  de  Rouen  et  de  Sèvre. 

Prenons  à  droite  la  galerie  latérale,  qui  nous 
fait  pénétrer  en  pleine  Belgique.  Nous  rencon- 
trons d'abord  la  belle  exhibition  des  sociétés 
sœurs  Saint-Augustin  k  Bruges  et  Saint-Jean 
l'Évangéliste  à  Tournai,  qui  a  fièrement  rem- 
porté trois  diplômes  d'honneur.  Nos  félicitations 
à  nos  éditeurs.  Nous  leur  avons  consacré  déjà  tout 
un  compte-rendu,  et  nous  avons  été  d'avance  de 
l'avis  du  jury. 

Sans  être  prévenu  et  renseigné,  nous  aurions 
eu  quelque  peine  à  trouver  le  compartiment  de 
l'École  Saint-Luc  de  Gand,  qui  a  conquis  deux 
diplômes  d'honneur,  et  représente  à  peu  près 
notre  idéal  à  l'Exposition.  Nous  lui  avons  déjà 
consacré  deux  articles.  Bornons-nous  aujourd'hui 
à  regretter  son  exiguïté,  et  à  exprimer  notre 
indignation  en  présence  de  l'acte  de  la  plus  basse 
méchanceté  qui  s'en,  est  pris  lâchement  à  la  belle 
peinture  exposée  par  M.  R.  de  Pauw.  Son  Philo- 
sophe, il  est  vrai,  a  acquis,  à  ce  misérable  attentat, 
une  célébrité  de  bon  aloi,  à  laquelle  la  modestie 
de  la  mise  en  scène  l'aurait  peut-être  dérobé. 
Avec  S.  M.  le  roi  des  Belges,  nous  félicitons 
l'auteur  d'avoir  si  bien  emprunté  le  pinceau  de 
Pourbus. 

Accordons  quelques  instants  aux  principaux 
éditeurs  belges.  Nous  [ïrévenons  nos  lecteurs,  que 
nous  ne  jetons  partout  qu'un  regard  hâtif.  Nous 


commettrons,  sans  aucun  doute,  bien  des  oublis, 
dont  nous  leur  demandons  pardon  d'avance. 

Un  missel  de  la  maison  Dessain  attire  notre 
attention  par  son  cachet  ancien,  avec  son  im- 
pression rouge  et  noire,  son  papier  jaunâtre  et  ses 
gravures  à  fonds  noirs  constellés.  En  y  regardant 
de  plus  près,  nous  y  découvrons  un  fâcheux 
éclectisme.  Une  gravure  de  pleine  page,  le  Cruci- 
fiement, offre  la  technique  des  xj'lographies  fran- 
çaise et  flamande  du  XVL"  siècle;  une  Vierge  de 
Fra  Angelico  se  rencontre  au  pied  de  la  croix 
avec  un  saint  Jean  raphaëlesque.  La  tête  de 
page  en  regard  appartient  au  genre  des  compo- 
sitions autrichiennes  mises  en  œuvre  par  Pustet, 
et  les  ornements  accessoires  sont  des  emprunts 
déguisés  faits  à  Saint-Jean  de  Tournai.  Dans  la 
reliure  il  y  a  plus  d'originalité,  et  de  bonnes  copies 
du  moyen  âge,  voire  même  d'heureuses  composi- 
tions. 

M.  J.  S.  Schavye  de  Bruxelles  expose  de  belles 
reliures  en  cuir  à  impressions  dans  le  genre  du 
XV*"  siècle,  soit  à  froid,  soit  à  chaud,  et  une  inté- 
ressante restauration  d'un  diptyqueduXII<'siècle, 
avec  plaques  d'ivoire  sculpté, enchâssées  dans  des 
tables  d'or  ornées  de  gemmes  et  de  filigranes. 

M.  Ch.  Peeters  de  Louvain  se  présente  avec 
l'ouvrage  excellent  de  M.  E.  Reusens,  ( E/c'ments 
et  archéologie  chrétienne)  et  M.  Claesen,  de  Liège, 
avec  une  brillante  collection  d'albums,  petit 
in-folio,  de  publications  sur  l'architecture  et  les 
arts  décoratifs.  L'art  national,  de  E.  Colinet  et 
VExposition  de  l'art  ancien  au  pays  de  Liège 
sont  les  plus  recommandables. 


La  ville  de  Bruxelles  occupe  un  vaste  com- 
partiment dont  le  contenu  n'est  guère  de  notre 
compétence.  Nous  ne  comprenons  pas  l'habitude 
qu'on  a  prise,  d'encombrer  les  expositions  sco- 
laires de  cahiers  de  devoirs  d'élèves  ;  ce  ne  sont 
plus  des  spécimens  de  savoir  faire,  mais  des 
stoks  de  produits.  Nous  avons  ouvert  des  cahiers 
de  dessin  de  l'école  primaire  n°  3.  La  méthode 
qui  y  est  mise  en  pratique  n'est  rien  moins  que 
perfectionnée.  Des  combinaisons  de  figures  recti- 
lignes.genre  parqueterie,  n'offrent  à  l'intelligence 
de  l'enfant  que  le  vide,  et  dansée  vide,elle  respire 
nécessairement  mal  à  l'aise.  Quant  à  l'exercice 
de  la  main  et  de  l'œil,  il  est  réduit  à  un  mé- 
canisme presque  aveugle  par  le  canevas  de 
rectangles  se  reproduisant  sur  le  modèle,  qui  sert 
de  guide  au  copiste.  Par  ce  système,  on  peut 
parvenir  à  faire  faire  à  un  jeune  élève  un  travail 
remarquable  sans  qu'il  s'en  doute  et  sans  qu'il  en 
retire  de  fruit.  C'est  l'antithèse  de  l'excellente 
méthode  de  l'école  Saint-Luc,  qui  forme  vérita- 
blement l'éducation  de  l'œil,  et  doit  engendrer 
des  artistes. 


C&ro  nique, 


545 


Nous  aurions  beaucoup  à  dire,  si  la  place  le 
permettait,  de  l'enseignement  du  dessin  dans  les 
écoles  belges,  d'après  ce  qu'on  en  voit  à  l'Expo- 
sition. Il  est  d'une  bonne  moyenne,  mais  il  offre 
ce  caractère  fâcheux,  qu'on  y  trouve  peu  de 
devoirs  fortement  sentis,  exécutés  avec  convic- 
tion et  amour.  On  oublie  un  point  important  : 
l'art  doit  sortir  du  cœur  et  il  faut  en  général  faire 
dessiner  au  jeune  homme  ce  qu'il  aime,  autant  que 
de  chercher  à  lui  faire  aimer  ce  qu'il  dessine.  —  Je 
ne  parlerai  pas  pour  le  moment  des  produits  les 
plus  élevés  de  l'enseignement  artistique  bruxel- 
lois. Quand  je  me  présentai  dans  le  compartiment 
de  l'Académie  royale  des  Beaux-Arts,  j'étais  en 
compagnie  de  mes  deux  neveux,  jeunes  gens 
bien  élevés  ;  j'ai  vite  compris  que  je  n'avais  qu'à 
m'esquiver  avec  eux,  ce  qui  m'amena  à  visiter 
avec  intérêt  un  compartiment  curieux  oii  se 
voient  les  projets  de  restauration  de  l'église  de  la 
Chapelle  par  Jamaer,  et  de  nombreux  moulages 
de  fragments  d'architecture  de  cette  église,  de 
l'Hôtel-de-ville  et  de  la  Maison  du  Roi, 

Nous  le  répétons  au  lecteur,  nous  ne  faisons 
que  glaner  au  hasard  de  notre  promenade.  Une 
vitrine  portant  la  firme  A.  Gilbert  et  C"-'  attire 
notre  attention  par  une  originale  confusion  de 
principes.  Il  s' s.g\\.àe.  porcelaine  e}i  fer,  fin  d'autres 
termes,  de  vaisselle  en  fer  émaillé.  La  peinture 
sur  émail  reproduit,  à  s'y  méprendre,  l'aspect  de 
la  vaisselle  en  porcelaine  ;  quand  vous  prenez 
l'objet  en  mains,  sa  légèreté  vous  surprend,  et  le 
bras  est  porté  en  l'air  par  l'effort  non  équilibré 
que  vous  faisiez  par  avance  pour  le  lever.  Cette 
fausse  manœuvre  est  le  résultat  du  mécompte  qui 
se  produit  en  même  temps  dans  un  esprit  judi- 
cieux, et  celui-ci  se  révolte  de  ce  qu'on  ait  voulu 
lui  donner  le  change.  Voilà  bien  l'art  industriel 
moderne  pris  en  flagrant  délit  d'absurdité. 

Comment?  en  changeant  la  matière,  nous  con- 
servons et  la  forme  et  l'usage  de  l'objet  ;  le  décor 
doit-il  varier  ?  —  Oui,  monsieur  le  chaudronnier  ; 
devenez  émailleur,  ce  qui  est  superbe,  mais 
laissez-là  la  céramique.  N'avez-vous  donc  pas 
réfléchi  au  caractère  essentiel  du  vrai  décor  sur 
porcelaine,  qui  est  d'offrir  un  dessin  délicat  sur 
un  fond  naturellement  blanc?  Ce  beau  fond  blanc 
laiteux  de  l'émail  felspathique,  voilà  le  point  de 
départ  d'un  art  décoratif  sui  generis,  qui  a  ses 
règles  et  sa  physionomie.  Votre  émail  sur  métal 
n'en  rendra  jamais  la  transparence  et  la  pureté  ; 
dès  lors  la  fausseté  est  choquante.  Pénétrez  donc 
votre  art,  creusez  l'intéressant  problème  qui  se 
pose  devant  vous  ;  la  logique  vous  apprendra  à 
choisir  des  fonds  forts  et  solides,  sans  aucune 
prétention  à  la  limpidité,  et  servant  de  champ  à 
un  décor  plat  mais  vigoureux,  qui  doit  accuser 
le  caractère  métallique  de  la  paroi.  Je  vous  donne 


ma  recette  pour  rien  ;  employez-la,  et  au  lieu  de 
vos  contrefaçons  de  porcelaine,  vous  créerez  ainsi 
un  genre  nouveau  et  réellement  artistique.  —  Je 
crois  que  le  voisin,  iVI.  Th.  Moll,  de  Gosselies, 
est  aussi  dans  le  cas  de  profiter  du  conseil. 


L'art  splendide  du  peintre  verrier  n'est  repré- 
senté que  par  quelques  fenêtres  secondaires,  ou 
comme  valeur,  ou  comme  importance.  M.  A. 
Verhaegen  a  orné  de  figures  dignes  du  plein 
moyen  âge  le  sanctuaire  minuscule  élevé  par 
l'École  St-Luc  de  Gand.  Nous  trouvons  plusieurs 
grandes  verrières  dans  les  avenues  obscures 
de  la  salle  des  fêtes,  parmi  lesquelles  celles  de 
M.  Capronnier  (notamment  le  Baptême  de  N.-S.) 
se  distinguent  par  un  dessin  correct,  une  gamme 
douce,  mais  aussi  par  l'absence  de  cette  vigueur 
du  trait,  qui  est  propre  à  la  technique  de  la 
vitrerie,  et  de  ce  style  décoratif,  qu'impose  le 
rôle  architectonique  du  vitrail.  Les  vitraux  de 
M.  Capronnier  sont  de  jolis  transparents  ;  ils 
marquent  la  décadence  de  l'art  dans  les  mains  de 
celui  qui  en  fut  l'un  des  premiers  restaurateurs. 
Son  tableau  de  la  Résurrection  offre  cependant 
une  certaine  grandeur  d'allure.  Les  produits 
des  ateliers  de  MM.  Stallens  et  Janssens  ont 
beaucoup  plus  de  style,  et  un  coloris  franc,  mais 
pèchent  par  le  dessin  et  l'harmonie.  Les  anges 
àuCouronnement de  Marie  sont  froids  et  raides, 
certaines  draperies  sont  lourdes, et  le  ton  violet  des 
nuages  stylisés  est  malheureux.  Le  grand  vitrail 
qui  représente  la  bénédiction  d'une  madone  est  un 
peu  de  l'école  Capronnier.  Ces  deux  messieurs 
travaillent  pour  les  cathédrales  ;  M.  S.  Coeck 
expose  un  vitrail  de  dimensions  plus  modestes, 
représentant  saint  François  d'Assise  et  saint 
Dominique.  L'ensemble  est  assez  bon  ;  le  style 
vise  celui  du  XI  V'=  siècle,  les  figures  sont  un  peu 
modernes.  Au-dessous  nous  trouvons  l'essai  d'une 
industrie  artistique  imitée  des  Anglais,  et  que 
nous  voudrions  voir  se  développer  en  Belgique: 
un  panneau  de  peinture  sur  faïence  ;  la  Créa- 
tion d'Adam  et  d'Eve  est  d'assez  grand  style  ; 
pourquoi,  au  pourtour,  une  bordure  d'agnus 
Bel  ? 

Un  genre  de  vitrerie  que  les  anciens  n'ont  pas 
connu,  est  largement  représenté:  celui  du  vitrail- 
portrait  !  Signalons  une  verrière  assez  jolie,  que 
nous  avons  rencontrée  dans  la  section  autri- 
chienne :  V Adoration  des  Mages,  par  M.  Cari. 
Geyling  de  Vienne.  Cet  artiste  a  plus  de  style 
que  M.  Capronnier,  et  plus  de  dessin  que  le  verrier 
anversois.  Il  est  loin  toutefois  des  anciens. 

La  ferronnerie  artistique,  qui  a  fait  tant  de 
progrès  depuis  l'impulsion  donnée  par  l'école 
néo-gothique   flamande,   est   dignement    repré- 


546 


iRcUuc   De   rart   cfjrcttcn. 


sentée,  dans  le  genre  Renaissance,  par  MM.  L. 
Pierretet  F.  Dcsmedt  de  liruxcUes.  On  voit  dans 
leur  étalage  une  bien  jolie  lanterne,  et  les  chenets 
dessinés  par  M.  Beyaert  sont  de  véritables 
œuvres  d'art. 

— ?Oi    "    iCH— 

Saluons  avec  éloge  la  réduction  du  fameux 
puits  de  Quentin  Massys,  exécutée  par  son 
compatriote  Van  Boeckel;  avec  ce  travail  comme 
chcf-dœuvre,  celui-ci  aurait  jadis  passé  maître 
dans  la  gilde  des  fcvrcs  anversois.  Mais  je 
doute  que  pareil  privilège  eût  été  concédé  à  M. 
G.  Halin  de  Liège,  avec  son  coffre-fort  gothique 
et  monumental  pour  trésorerie.  L'ouvrage  est 
de  grand  style,  aycc  sa  belle  polychromie,  et  les 
principaux  détails  ont  été  copiés  sur  de  bons 
modèles,  mais  utilisés  d'une  manière  peu  judi- 
cieuse. Étudions,parexemple,les  grandes  et  belles 
pentiires  ;  leurs  ramifications  ont  évidemment 
été  tracées  pour  relier  solidement  ensemble 
les  ais  d'un  vantail  en  bois  ;  le  forgeron  a  copié 
jusqu'aux  pauvres  petits  clous  d'attache,  qui 
n'ont  certes  pas  été  chassés  dans  la  tùle.  Au 
surplus,  quel  besoin  avait-on  de  cette  lourde 
corniche  qui  surmonte  le  meuble?  —  Le  coffre- 
fort  non  moins  monumental  de  M.  Mathys-de 
Clerck  de  Bruxelles,  en  style  plus  récent,  possède 
à  un  plus  haut  degré  le  caractère  du  fer  ouvré 
dans  son  détail.  Ses  fiches  monumentales  parais- 
sent toutefois  faiblement  reliées  à  la  griffe  des 
penturcs  ,  et  la  corniche  offre  des  ornements 
étranges  en  fer  qui  exagèrent  aussi  la  lourdeur  du 
couronnement. 

— f©<^-X>f- 

Mais  nous  avons  franchi  les  frontières  de  l'art 
chrétien.  Un  étalage  pol)-chrome  nous  y  rappelle. 
C'est  un  calvaire,  un  crucifix,  \w\&  putà,  <t\.  une 
sainte  Agnès,  exposés  par  M.  Mathias  Zens.  Il  y 
a  dans  ces  objets,  d'un  mérite  incontestable,  un 
mélange  singulier  de  qualités  et  de  défauts. 
Notre  impression  est,  qu'elles  manquent  de  naï- 
veté, dans  le  meilleur  sens  du  mot.  Proportions  sa- 
vantes, draperie  souple  et  étudiée,figures  .souffre- 
teuses plutôt  qu'ascétiques,  ou  coquettes  et  jolies 
plutôt  que  belles,  décor  pictural  délicat,  élégant, 
mais  fade.  L'auteur  a  visiblement  en  vue  de 
concilier  (déplorable  utopie)  les  principes  de 
l'ancien  art  chrétien,  avec  les  préjugés  les  moins 
plausibles  des  dévots  inféodés  au  goût  moderne. 
M.  Zens,  d'ailleurs,  e.xposedes  meubles  d'ancien 
style  dont  nous  ne  ferons  pas  la  même  critique. 

M.  Rigidîotti  d'Anvers  expose  une  collection 
de  statues  polj-chromécs  tl'une  remarijuable 
vulgarité. 


La  maison  Louis  Grosse  exhibe  de  riches 
broderies  religieuses  en  bon  style.  Ce  n'est  pas  la 
première  fois,  que  nous  avons  l'occasion  de  faire 
l'éloge  de  cette  maison,  très  avantageusement 
connue  en  Belgique,  et  qui  n'a  pas  de  rivale  en 
France.  Si  l'on  étudie  toutefois  .ses  travaux  en 
détail,  on  remarque  ce  qui  manque  à  la  perfection 
de  ses  produits  :  c'est  l'accent  de  conviction, 
et  une  certaine  perfection  dans  l'expression  des 
figures.  Il  s'y  manifeste  une  tendance  au  senti- 
ment moderne,  comme  si  l'artiste  ne  faisait  pas 
son  idéal  du  style  dans  lequel  il  travaille  pres- 
qu 'exclusivement. 


Laissonslafoule  s'ébahir  devant  l'autel  colossal, 
en  marbre  blanc  et  cuivre  e.xposé  par  M'  M.  Ver- 
linde  d'Anvers.  C'est  un  édifice  soi  disant  gothi- 
que, non  pas  un  meuble  sacré  ;  et  son  tabernacle, 
servant  à  la  fois  d'habitacle  pour  le  T.  S.  Sacre- 
ment, et  de  support  pour  l'exposition,  offre  une 
disposition  que  n'admettra  aucun  curé  soucieux 
de  la  bonne  observance  des  règles  liturgiques. 

— K3i    -    ieM— 

Nous  terminerons  notre  e.xamen  rapide  dans 
le  compartiment  belge,  par  la  perle  des  objets 
d'art  chrétien  qui  y  sont  e.xposés.  Nous  voulons 
parler  du  splendide  (le  mot  est  intentionnel)  du 
splendide  autel  tout  en  émail,  pur  style  XIIL' 
siècle,  qu'e.xpose  M.  Wilmotte.  Cette  merveille, 
destinée  à  une  chapelle  privée  d'un  seigneur 
portugais,  est  le  pendant  de  l'autel  de  Saint- 
Théodore,  qui  a  été  le  joyau  de  l'exposition 
nationale  de  Bruxelles  en  1880.  Mensa,  taber- 
nacle et  retable  sont  en  cuivre  doré  et  émaillé, 
rehaussés  de  pierreries.  Pareil  objet  ne  peut 
être  décrit  en  peu  de  mots,  nous  ne  pouvons 
que  le  signaler  à  l'admiration  du  visiteur,  avec 
la  paire  de  beau.x  candélabres  qui  l'accom- 
pagnent, et  en  féliciter  chaudemont  l'auteur. 
Nous  voulons  parler  ici  de  l'habile  orfèvre  ; 
quant  à  l'artiste  qui  en  a  conçu  et  tracé  le 
ravissant  dessin,  le  baron  Béthune,  il  est  au- 
dessus  de  nos  éloges.  —  Monsieur  Bourdon,  de 
Gand,  qui  a  relevé  en  Belgique  l'orfèvrerie 
religieuse,  ne  nous  présente  pas  une  œuvre 
capitale  comme  son  confrère  liégeois,  mais  il  nous 
offre  un  choix  de  ses  produits  les  plus  riches, 
exécutés  avec  ce  talent,  dont  l'éloge  n'est  plus  à 
faire.  Ses  émaux  approchent  de  plus  près,  que 
ccu.x  de  M.  Wilmotte,  des  nuances  des  anciens, 
si  difficiles  à  rendre.  Ses  verts  notamment,  sont 
un  peu  moins  crus. 


chronique. 


547 


ecrposition  universelle  Des  38caur=Hrts 
à  HnDers. 


'ARCHEOLOGUE  chrétien  éprouve 
toujours  une  très  médiocre  satisfac- 
tion à  parcourir  les  expositions  d'art 
moderne.  Que  ces  exhibitions  soient 
universelles,  qu'elles  soient  nationales  ou  régio- 
nales, il  en  sort  généralement  plus  attristé  que 
satisfait, plus  fatigué  que,  même  dans  une  modeste 
mesure,  édifié. 

L'exposition  d'Anvers  n'échappe  pas  à  cette 
règle  et  ne  pénètre  pas  le  visiteur  d'impressions 
meilleures.  Elle  a  beau  être  cosmopolite,  fran- 
çaise, belge,  allemande,  russe,  ou  hollandaise,  on 
y  rencontre  bien  peu  d'oeuvres  inspirées  par 
la  foi,  servant  d'expression  à  un  sentiment 
chrétien  ;  mais  en  revanche,  pas  mal  de  peintures, 
et  de  sculptures  surtout,  où  ce  sentiment  est 
bien  décidément  blessé.  —  On  a  très  justement 
blâmé  les  nudités  trop  nombreuses,  —  moins 
nombreuses  cependant  que  celles  admises  d'or- 
dinaire au.v  salons  de  Paris  et  de  Bruxelles,  et 
moins  choquantes  souvent  —  et  la  place  trop  en 
évidence  qu'elles  occu[3ent  dans  toutes  les  salles. 
On  a  même  attribué  à  ce  fait  le  peu  de  succès 
de  l'exposition  et  l'abstention  de  beaucoup  de 
familles  d'Anvers,  même  de  beaucoup  d'étrangers 
qui  ont  visité  l'exposition  universelle  de  l'Indus- 
trie. Nous  ne  contesterons  pas  la  vérité  de  cette 
remarque,  seulement,  en  examinant  par  le  détail 
l'exposition  de  l'Industrie,  il  faut  constater  dans 
les  produits  qui  sont  du  domaine  de  la  plastique 
tout  autant  d'indécences  que  dans  l'exposition 
des  Beaux-Arts.  On  a  partout  d'excellentes  occa- 
sions de  fermer  les  yeux. 

Pour  ce  qui  regarde  cette  dernière,  les  opéra- 
tions du  Jury,  dès  les  débuts,  ont  soulevé  bien 
des  objections,  bien  de  justes  réclamations  ;  il  en 
a  été  de  même  pour  la  distribution  des  récom- 
penses, ce  qui  est  inévitable. 

Nous  ne  discuterons  pas  celles-ci.  Nous  félici- 
terons seulement,  et  bien  sincèrement,  M.  Merson, 
de  la  médaille  en  or  qui  lui  a  été  décernée 
pour  ses  trois  tableaux.  Son  Loup  de  Giibbio  est 
une  œuvre  réussie,  toute  imprégnée  du  parfum 
des  Fioretti.  Ce  loup  énorme,  un  peu  vieilli,  mais 
parfaitement  réel  qui,  d'un  air  paterne,  vient 
solliciter  la  pitance  convenue  que  lui  tend,  en 
camarade,  le  boucher  derrière  son  étal,  tandis 
qu'une  fillette  s'enhardit,  tout  en  regardant  sa 
mère.à  passer  la  main  sur  le  dos  velu  du  carnassier 
autrefois  si  redouté;  ce  monde  qui  s'agite  autour 
de  la  fontaine  du  marché,  parmi  lequel  un  soldat 
armé  d'une  pique,  jette  un  coup  d'ceil  de  défiance 
sur  le  loup,  dont  sans  doute  il  n'aperçoit  pas  le 
nimbe,  —  tout  cela   fait  une    scène   charmante. 


un  panneau  plein  de  poésie  chrétienne,  bien 
digne  du  musée  de  Lille  auquel  ce  tableau 
appartient.  Un  même  sentiment  et  un  charme 
aussi  poétique  se  dégage  du  Saint  Antoine 
prêchant  aux  poissons.  Il  est  difficile  de  mettre  à 
l'actif  de  l'art  chrétien  La  Vierge  a!tx  Anges  de 
M.  Bougereau.  Un  artiste  dont  la  patrie  est  en 
ce  moment  livrée  à  la  tourbe  des  jouisseurs 
unis  entre  eux  par  la  haine  de  l'Église,  et 
qui  s'arrange  de  façon  à  dîner  de  celle-ci  en 
peignant  /a  Vierge  aux  Anges,  sauf  à  souper  de 
la  Mythologie,  en  offrant  aux  appétits  matériels 
des  tableaux  comme  la  Jeunesse  de  Bacc/ius,  un 
tel  artiste  peut  assurément  être  un  dessinateur 
habile,  un  élégant  brosseur  de  chairs  satinées,  — 
mais  il  sera  toujours  un  homme  sans  conviction, 
un  peintre  sans  élévation  d'âme;  il  fera  donc  bien 
de  ne  pas  toucher  aux  pures  et  saintes  figures 
que  vénère  la  foi  catholique.  —  Dans  la  sculpture, 
il  n'y  a  guère  à  citer  que  le  grand  bas-relief  en 
marbre  de  M.  Lombard,  élève  de  M.  Cavelier, 
représentant  sainte  Cécile. 

C'est  une  œuvre  très  distinguée,  très  élégante, 
dont  le  style  se  sent  un  peu  de  Ghiberti,  et  des 
statuaires  du  commencement  de  la  Renaissance 
italienne.  Nous  voudrions  bien  demander  à  des 
œuvres  de  cette  nature  un  peu  de  sainte  austérité; 
mais  à  l'exposition  d'Anvers,  il  n'est  pas  permis 
de  nous  montrer  difficile.  Contentons-nous  donc 
de  la  gracieuse  modestie  qui  respire  dans  le 
marbre  de  l'artiste. 

Si  distinction  décernée  par  le  Jury  a  été  bien 
méritée,  c'est  assurément  la  médaille  donnée  aux 
dessins  exposés  par  la  Commission  des  Monuments 
historiques.  C'est  presque  une  collection  de  petits 
chefs-d'œuvre  que  les  dessins  tirés  des  archives 
de  cette  Commission  !  Comment,  Messieurs,  vous 
comprenez  à  merveille  les  oeuvres  du  passé  de 
votre  grand  art  national  :  vos  aquarelles,  M.Ch. 
Lameire,  d'après  les  peintures  de  N.-D.  du  Tertre 
à  Chàtelaudren,  représentant  la  légende  de 
sainte  Marguerite,  les  scènes  de  l'Ancien  et  du 
Nouveau  Testament,  sont  charmantes  !  Vos  des- 
sins du  Palais  des  Ducs  de  Lorraine,  M.  Bœs- 
willavald,  sont  très  remarquables  !  On  peut  en 
dire  autant  des  dessins  de  MM.  Dary,  Oradon, 
Sauvageot  et  de  presque  tous  les  artistes  qui  ont 
exposé  dans  cette  salle  ;  il  faut  mettre  encore 
au-dessus  d'eux  et  citer  comme  des  œuvres  hors 
pair  les  deux  dessins  de  AI.  Ed.  Corroyer,  ses 
projets  de  la  restauration  générale,  face  Est  et 
face  Sud,  de  l'Abbaye  et  des  fortifications  du 
Mont  Saint-Michel, —  je  pourrais  en  citer  encore 
beaucoup  d'autres,  —  et  voici,  qu'en  présence 
d'une  pléiade  d'artistes  aussi  capables  de  com- 
prendre la  beauté  et  la  grandeur  des  monuments 
de  leur  pays,  la  France  nous  offre  le  désolant 
spectacle  d'églises  meublées  trop  souvent  par  les 


548 


Ectjuc  oc   r3rt   chrétien. 


adroits  fabricants  de  pacotille  de  Paris,  vrais 
travaux  de  cuistres,  où  l'éclectisme  moderne 
tend  les  pièges  les  moins  déguisés,  au  béat 
cosmopolitisme  et  à  la  vanité   du  goût  provincial 

—  et  d'autre  part  elle  montre  à  l'étranger  le  triste 
désarroi  dans  lequel  son  art  moderne,  représenté 
même  comme  à  Anvers  par  ses  adeptes  les  plus 
en  renom  —  se  plonge  de  plus  en  plus  !  En 
vérité,  c'est  à  ne  pas  y  croire,  ou  plutôt,  c'est  à 
penser  que  deux  courants  contraires  se  disputent 
la  France,  et  que  malheureusement,  le  courant 
le  plus  large  tout  à  la  fois  et  le  plus  puissant, 
celui  qui  est  poussé  par  cette  puissance  aussi 
mystérieuse  que  capricieuse  que  l'on  nomme  la 
mode —  porte  les  arts  du  dessin,  comme  la  litté- 
rature, vers  les  abjections  de  ce  que  l'on  a  nommé 
le  réalisme,  —  vers  la  sensualité  grossière  et  la 
satisfaction  des  appétits  du  paganisme  moderne  ! 

Ce  n'est  pas  qu'au  point  de  vue  chrétien,  la 
moisson  à  faire  dans  les  compartiments  réservés 
aux  autres  nations,  soit  bien  considérable.  La 
Belgique  dont,  par  la  force  des  choses,  l'exposition 
est  numériquement  beaucoup  plus  considérable 
que  celle  des  autres  pays,  nous  présente  bien  peu 
de  travaux  à  noter  dans  le  domaine  de  l'art 
chrétien.  C'est  à  croire  que  tous  les  artistes  qui 
s'adonnent  à  la  peinture  et  à  la  sculpture  au  point 
de  vue  de  la  décoration  des  églises  et  de  la 
splendeur  du  culte,  se  sont  systématiquement 
abstenus  d'entrer  en  lice.  S'il  en  était  ainsi,  ce 
n'est  pas  nous  qui  leur  jetterions  la  première  pierre. 

—  L'organisation  des  expositions,  le  placement 
et  la  disposition  des  tableaux  et  des  statues,  la 
répartition  des  récompenses,  —  tout  ce  qui  dans 
les  exhibitions  modernes  est  l'apanage  du  pou- 
voir exécutif,  se  trouve  confié,  presque  toujours 
à  des  hommes  plus  ou  moins  officiels,  très  peu 
enclins  à  favoriser  la  poursuite  de  l'idéal  chrétien  ; 
c'est  l'académie  qui  leur  tient  à  cœur,  et  l'éclec- 
tisme qui  leur  sert  de  principe.  Il  y  a  tout  avan- 
tage à  éviter  ce  contact. 

Cependant  quelques  artistes  ne  l'ont  pas  redouté. 
Signalons  un  beau  tableau  de  M.  Hendricx 
représentant  la  sainte  Vierge,  assise  sur  un  trône, 
tenant  l'enfant  JÊSU.S,  et  ayant  à  ses  côtés  saint 
Jean-Baptiste  et  sainte  Emilie.  La  tête  de  Marie 
et  celle  des  autres  saints  sont  d'un  beau  senti- 
ment; l'ensemble  de  la  composition  est  d'une 
tonalité  à  la  fois  vigoureuse  et  chatoyante.  En  un 
mot,  c'est  une  œuvre  digne  du  peintre  auquel  on 
doit  les  remarquables  chemins  de  croix  des 
églises  Notre-Dame  et  Saint-Joseph  à  Anvers; 
travaux  très  remarquables  et  comme  on  n'en 
rencontre  pas  à  l'exposition.  Les  autres  peintures 
dont  les  sujets  dénotent  de  la  part  de  leurs 
auteurs  des  aspirations  religieuses,  ne  méritent 
pas  d'être  signalées.  L'exposition  de  l'Autriche 
qui  a  été  organisée  avec  soin  et  qui  ne  contient, 


généralement  que  des  œuvres  de  choix,  renferme 
sept  beaux  cartons  coloriés  d'Ed.  Steinle,  compo- 
sés pour  des  peintures  exécutées  par  ce  maître 
dans  le  Dôme  impérial  de  Francfort.  L'artiste 
excelle  à  ce  genre  d'aquarelles  qui  montrent  ses 
compositions  de  grand  style,  sous  un  aspect 
particulièrement  séduisant.  Un  autre  peintre 
autrichien,  M.  Joseph  Frenkwald,  a  exposé  éga- 
lement deux  aquarelles  et  deux  cartons  très 
réussis.  L'une  des  aquarelles  est  l'esquisse  des 
peintures  murales  qui  décorent  l'une  des  chapelles 
de  l'église  votive  de  Vienne,  l'autre,  traitant  la 
légende  de  saint  Pasquale,  appartient  au  musée 
de  Triest.  Un  peintre  viennois,  connu  surtout 
par  ses  portraits  que  l'on  pourrait  croire  peints 
au  XVI'^  siècle,  RI.  Canon  a  exposé  un  pan- 
neau destiné  à  servir  de  retable  à  l'autel  d'un 
oratoire  domestique.  C'est  une  Sainte  Vierge  avec 
l'Enfant  JÉSUS,  entouré  d'anges.  Sous  le  rapport 
du  style  des  draperies,  et  même  de  l'expression 
des  têtes  d'anges  on  peut  ne  pas  être  d'accord 
avec  l'artiste,  mais  la  couleur  de  son  petit  retable 
vous  charme  par  un  éclat  et  une  harmonie 
qui,  à  certains  égards,  rappelle  les  peintres 
flamands.  —  Dans  les  salons  de  l'exposition 
allemande,  on  regrette  l'absence  de  cette  pléiade 
d'artistes  religieux  dont  Deger  était  le  chef,  les 
Millier  et  Ittenbach,  les  représentants  autorisés. 
Si  chez  eux  le  style  manquait  d'ampleur,  ils 
avaient  la  foi,  la  sincérité  et  l'amour  de  leur  art, 
c'est  beaucoup  et  ce  sont  ces  qualités  qui  leur 
ont  assuré  des  succès  et  un  public  fidèle.  Cette 
école  est  cependant  représentée  encore  par  un 
peintre  un  peu  plus  jeune  et  qui  les  surpasse 
tous.  M.  Von  Gebardt  qui  expose  «la  Résurrec- 
tion de  la  fille  de  Jaïre»  tableau  de  la  jeunesse 
de  l'artiste.  Je  soupçonne  l'ange  gardien  de  ce 
peintre  d'avoir  mis  dans  son  berceau  le  don  le 
plus  précieux  que  la  Providence  puisse  faire  à 
l'enfant  appelé  à  la  vocation  de  l'artiste:  l'origina- 
lité. Mais  j'entends  l'originalité  vraie,  et  qui  n'a 
que  peu  ou  point  conscience  d'elle-même.  A  notre 
sens,  quoique  dénué  de  qualités  d'exécution  hors 
ligne,  la  Résurrection  de  la  fille  de  Jaïre,  est  le 
meilleur  tableau  religieux  de  l'exposition.  Du 
reste,  des  tendances  assez  bizarres  se  manifestent 
dans  la  peinture  religieuse  en  Allemagne  ;  un 
Christ  appelant  à  lui  les  petits  enfants  en  est  un 
produit  peu  recommandablc.  On  ne  s'éloigne 
presque  jamais  de  la  tradition  sans  tomber  soit 
dans  la  bizarrerie,  soit  dans  la  trivialité. 

Sans  doute,  en  parcourant  les  salles  qui  sont 
affectées  à  l'exposition  des  gravures,  des  dessins, 
des  plans  d'architecture,  on  pourait  relever  encore 
plus  d'un  travail  de  mérite  et  noter,  dans  plus 
d'un  endroit  le  résultat  d'études  consciencieuses. 
Toutefois,  il  n'y  a,  même  dans  ces  régions,  rien  qu  i 
s'impose  d'une  manière  absolue  à  l'attention  du 


Cbronique. 


549 


visiteur.  Si  vous  aimez  les  peintures  de  genre  et 
de  paysage,  vous  trouverez  quelques  panneaux 
réussis  en  France,  en  Belgique,  en  Allemagne,  en 
Autriche.  Dans  les  compartiments  de  ces  derniers 
pays  vous  trouverez  aussi  quelques  portraits 
traités  magistralement.  Mais  si  vous  voulez 
vous  élever  à  des  régions  plus  hautes,  vous  n'en 
aurez  pas  plus  l'occasion  à  l'exposition  d'Anvers 
que  dans  les  autres  exhibitions  modernes. 


eCrposittons  Diticrscs. 

NE  exposition  des  arts  industriels,  due 
à  l'initiative  de  l'Association  des 
métiers,  aura  lieu  dans  le  courant  de 
l'année  prochaine,  à  Cologne.  Une 
section  historique  et  rétrospective  sera  attachée  à 
cette  exposition,  à  laquelle  prendront  seuls  part 
la  province  rhénane,  la  Westphalie  et  les  districts 
environnants. 


A 


l'occasion  de  la  réunion  à  Munster  de 
_  __  l'assemblée  générale  des  associations  ca- 
tholiques d'Allemagne,  a  lieu  dans  cette  ville 
une  exposition  des  objets  de  l'art  chrétien 
(architecture,  plastique,  peinture,  graphique),  et 
de  produits  des  métiers  et  industries  qui  se 
trouvent  en  rapport  avec  cet  art  :  orfèvrerie, 
argenterie,  fonderie,  fabrication  d'orgues,  bro- 
derie, céramique,  imprimerie,  etc. 

Tous  les  artistes  et  artisans  de  l'Allemagne 
qui  s'adonnent  à  l'art  religieux  ont  été  invités  à 
prendre  part  à  cette  exposition. 


LE  salon  d'architecture,  à  la  dernière  expo- 
sition des  Beaux-Arts  de  Paris,  était  assez 
remarquable.  Nous  avons  à  y  relever  quelques 
restaurations  qui  sollicitaient  les  regards,  notam- 
menilavilla  et  le  château  deNaJac,ça.T  MM.Benon- 
ville  et  Pons,  restitution  considérable  et  curieuse, 
le  château  du  Grand  Pressigny,  par  M.  Chaîne,  le 
domaine  du  Châtelet-les-Daiiies,  en  Brie,  par 
M.  Cuvillier,  reconstruction  complète  ;  le  chalet 
et  la  ferme  sont  un  spécimen  des  plus  curieux 
de   l'architecture  du  moyen  âge. 

L'agrandissement  du  Palais  de  Justice  de 
Rouen,  projet  de  M.  Lefort,  avait  déjà  été  fort 
apprécié  à  Rouen  même,  par  le  Congrès  des 
architectes.  Il  faut  encore  citer  le  Palais  de  Justice 
de  Mcau.x,  par  MM.  Breasson  et  Camut,  une 
chapelle  dans  un  château,  par  M.  Wable  et  quel- 
ques relevés  d'anciens  monuments  français  et 
étrangers. 


M.  Albert  Ballu  présentait  un  spécimen  d'ar- 
chitecture mauresque,  le  Musée  d'Alger,  ancien 
palais  des  hôtes  du  Dey,  intéressant  spécimen  de 
cette  architecture  qui  s'est  installée  en  Afrique  et 
dans  le  Sud  de  l'Espagne  avec  la  civilisation 
mauresque,  et  qui  a  disparu  avec  elle. —  M.  Alfred 
Normand  donnait  également  deux  belles  vues  de 
r Alhainbra.  M.  Degeorge  exposait  le  plan  et  les 
dispositions  grandioses  de  l' Abbaye  de  Vczelay, 
et  M.  Devrez,  dans  une  jolie  aquarelle,  les  ruines 
de  la  Rotonde  dite  de  Lanleff  (Côtes-du-Nord), 
curieuse  étude  des  édifices  circulaires.  M.  Mayeux, 
saisi  par  le  côté  pittoresque  du  Clocher  de  Roscojf, 
a  eu  l'ingénieuse  idée  d'en  faire  admirer  unique- 
ment la  silhouette.  M.  Gautier  exposait  Une  Tour 
du  Château  de  Monthoison  (  Vienne)  ;  M.  Magne, 
une  vue  d'un  Petit  Hospice  et  constructions  annexes 
à  Albart  {Cantal).  La  porte  centrale  de  F  église 
Saint-Maclou  à  Rouen,  par  M.  Quatesous,  est  un 
beau  dessin  d'une  fidélité  et  d'une  élégance  par- 
faites. 


M  VAN  KIRTIS,dans  IcCourrierde l'Art, 
,  fait  l'éloge  de  l'excellente  organisation 
des  Kunstgewcrbcschuloi  d'Allemagne,  et  de  l'en- 
seignement méthodique  et  soigné  qui  s'y  donne. 
Il  signale,  à  Berlin,  l'exposition  des  travaux  des 
élèves,  accusant  des  eftorts  sérieux,  notamment 
des  travaux  intéressants  de  serrurerie  et  de 
menuiserie  ;  les  jeunes  filles  ont  eu  un  succès 
d'estime  avec  leurs  ouvrages  de  broderie,  de 
dentelles,  etc. 

Il  m'a  dté  donné,  ajoute-t-il,  de  voir  tout  récemment  une 
exposition  analogue  à  Leipzig  :  les  élèves  de  VAcadcinie 
des  Beaux-Arts  et  ceux  de  la  Kunstgenicrbeschitle  avaient 
réuni  leurs  travaux  dans  les  mêmes  salles.  Ici,  la  méthode 
d'enseignement  me  semble  plus  rationelle  et  dirigée  vers 
des  applications  immédiates  à  l'industrie  locale  :  beaucoup 
de  gravures  sur  bois,  de  lithographies  et  d'eaux-fortes, 
comme  il  convient  à  une  ville  qui  occupe  une  des  premières, 
sinon  la  première  place  sur  le  marché  de  la  librairie. 

C'est  à  cette  exposition  également  que  j'ai  remarqué  des 
essais  fort  réussis  de  peinture  sur  verre,  art  qui  devient  à 
la  mode  en  .Allemagne.  \'ous  n'ignorez  pas  d'ailleurs  qu'il 
existe  à  Berlin  un  Institut  royal  de  peinture  sur  verre,  qui 
a  déjà  produit  de  très  bons  résultats,  grâce  à  l'habile  direc- 
tion de  M.  Bernhardt.  Une  des  dernières  productions 
sorties  de  l'atelier  de  cet  artiste  sont  des  vitraux,  que  le 
grand-duc  de  .Mecklembourg-Schwerin  a  oft'erts  à  l'église 
votive  de  Berlin.  Le  public  a  été  admis  à  les  visiter  à 
Charlotlenbourg,  oîi  ils  sont  restés  exposés  pendant  quel- 
ques semaines.  Ces  vitraux,  exécutés  sur  les  cartons  du 
professeur  Geselschap,  représentent  :  au  milieu,  la  Résur- 
rection ;  à  droite,  m/«/ J/<j/r,  et  saint  Lue 'k  gauche,  le 
n'ai  rien  îl  dire  du  dessin  et  de  la  composition,  qui  sont 
d'une  correction  et  d'une  solennité  conformes  au  sujet. 
J'ai  admiré  surtout  l'art  du  peintre-verrier,  qui  a  su  fondre 
les  couleurs  les  plus  variées  de  manière  à  former  un  tout 
des  plus  harmonieux.  Cette  harmonie  des  tons  est  due  à 
l'einploi  du  7'erre  antique,  qui  passe  des  nuances  claires 
aux  nuances  sombres,  permettant  ainsi  de  produire  des 
ombres  naturelles,  difficdes  à  obtenir  au  moyen  du  pin- 
ceau. 


550 


iReouc    Dc    î'3rt    cf)  ré  tien. 


LA  remarqua.h\e  exfiosiiion  internationale  d'or- 
^  fèvrerie,  de  joaillerie  et  de  hronses  àe'Hwrem- 
berg  a  été  cet  été  \a.  great  attraction  artistique  de 
l'Allemagne.  Nous  en   parlerons  ultérieurement. 


NOUS  empruntons  encore  au  Courrier  de 
l'Art  de  très  intéressants  renseignements 
sur  le  sort,  éminemment  intelligent,  fait  aux 
constructions  féodales  élevées  dans  le  Parc  ou 
Jardin  public  de  Turin  à  l'occasion  de  l'exposition 
nationale  italienne  de  1884.  (V.  Revue  de  l'Art 
chrétien.  Année  1885,  p.  112.) 

Le  village  et  le  château  sont  entrés  dans  une  phase  as- 
surée d'existence  paisible  et  régulière,  absolument  comme 
s'ils  existaient  depuis  des  siècles.  La  ville  de  Turin,  pro- 
priétaire du  grand  parc  du  Valentino,  a  acquis  le  bourg  et 
le  château  ;  leur  entretien  est  désormais  à  sa  charge,  et, 
pour  mieux  témoigner  de  ses  intentions  bien  arrêtées  à  cet 
égard,  elle  a  nommé  un  Conservateur,  et  a  été  on  ne  peut 
mieux  inspirée  en  faisant  choix  du  marquis  de  Villanova, 
l'ancien  président  de  la  Commission  d'art  ancien  qui,  l'an 
dernier,  construisit  cet  ensemble  d'édifices  du  moyen  âge. 

Les  visiteurs  du  Parc,  qui  a  repris  son  aspect  primitif 
par  l'entière  disparition  des  constructions  provisoires  de  la 
dernière  exposition,  pénètrent  gratuitement  dans  le  bourg 
habité  maintenant  par  plusieurs  familles  d'ouvriers. Toutes 
les  boutiques  sont  ouvertes  eifervet  opus. 

Le  serrurier  de  Crescentino  avec  ses  fils  et  ses  aides, 
tous  très  habiles,  très  intelligents,  continue  à  produire  ses 
merveilles  en  fer  battu.  Le  grand  magasin  de  céramique 
exploité,  pendant  l'exposition  de  l'an  dernier,  par 
M  M.  Issel,  de  Gênes,  et  Farina,  de  Faenza,  est  aujourd'hui 
dirigé  par  deux  gentilshommes  qui  sont  de  vrais  artistes, 
le  comte  Cursis,  et  IVI.  Balduino,  qui  se  sont  voués  à  cette 
belle  industrie  d'art.  Il  en  est  de  même  pour  les  sculpteurs 
en  bois  et  tous  les  autres  métiers. 


eCcolcs  D'Hrt, 


'A  distribution  des  prix  aux  élèves  de 
l'école  Saint-Luc,  à  Gand,  a  offert, 
cette  année,  un  attrait  tout  particulier. 
%^,  Un  membre  dti  jiuy  de  l'exposition 
universelle  d'hygiène  et  d'éducation  de  Londres 
de  1884,  le  rév.  Frère  O'Reilly,  docteur  en 
sciences  de  l'Université  de  Londres,  était  venu 
exprès  à  Gand,  pour  remettre  au  directeur  de 
l'École  Saint-Luc,  le  cher  Frère  Mares,  la 
médaille  d'or  qui  lui  a  été  décernée.  Il  a  pris  la 
parole  en  français  et  rappelé  avec  quelle  sévère 
impartialité  et  quelle  compétence,  le  jury  de 
Londres  avait  formulé  ses  jugements  et  accordé 
les  récompenses  ;  puis  il  a  félicité  l'école  Saint- 
Luc  de  ses  magnifiques  travau.x  et  Je  cher  Frère 
Mares  des  excellentes  méthodes  d'enseignement 
qu'il  a  adoptées  et  vulgarisées.  M.  le  sénateur 
Lammens  a  ensuite  attaché  la  médaille  sur  la 
poitrine  du  bon  Frère,  aux  acclamations  enthou- 
siastes de  l'assemblée. 


Aux  côtés  du  président  avaient  pris  place 
MM.  les  sénateurs  Casier-de  Hemptinne  et 
Lammens,  le  baron  Surmont  de  Volsberghe, 
MAL  D.  Casier,  de  Kerchove-Borluut,  P.  de 
Hemptinne,  le  cher  Frère  directeur  de  l'Institut 
St-Amand,  le  cher  Frère  Pothamien  (D''  M.  F. 
O'Reilly),  le  Rév.  M.  ¥.  Salter,  curé  à  New- York, 
le  Rév.  Edw.  Plaetsier,  missionnaire  apostolique 
en  Angleterre,  Arthur  Verhaegen,  etc. 

Un  excellent  discours  a  été  prononcé  par 
M.  Désiré  Casier.  L'orateur  a  fait  un  rapproche- 
ment frappant  entre  deux  expositions  d'art  qu'il  a 
visitées  récemment  à  Paris  ;  d'une  part  une  ex- 
position rétrospective  de  tableaux  appartenant  à 
l'époque  du  moyen  âge  ;  d'autre  part  l'e.xposition 
dite  des  indépendants.  Il  montre  d'une  façon  sai- 
sissante où  mène  l'indépendance  dont  se  targuent 
les  artistes  modernes  qui  ont  arboré  cette  ban- 
nière :  l'indécence  de  leurs  productions  dépasse 
encore  leur  ignorance  du  dessin,  de  la  couleur, 
de  la  forme  sculpturale.  Il  termine  en  formulant 
le  vœu  que  les  élèves  de  l'école  Saint-Luc  ne 
s'affilient  jamais  à  la  franc-maçonnerie  et  aux 
sectes  condamnées  par  l'Eglise,  et  les  exhorte  à 
prendre  à  cet  égard   des  engagements  solennels. 


NOUS  signalons  au.x  directeurs  d'écoles  de 
dessin,  aux  artistes  et  aux  amateurs,  deux 
sources  qui  leur  sont  ouvertes  pour  l'acquisition 
de  reproductions  diverses  d'œuvres  d'art. 

L'Union  centrale  des  Arts  décoratifs  est  en 
mesure  de  répondre  à  toutes  les  demandes  qui 
seront  faites  pour  les  acquisitions  de  moulage 
par  le  plâtre,  de  reproductions  photographiques 
et  galvanoplastiques. 

D'un  autre  côté,  on  peut  s'adresser  à  M.  Oron- 
zio  Lelli,  Corso  de'Tintori,  95,  à  Florence,  pour 
obtenir  de  fidèles  images  des  chefs-d'œuvre  des 
Andréa  Pisano,  Alberto  Arnoldi,  Turino  di 
Sano,  Andréa  Oreagna,  Jacopo  délia  Quercia, 
Donatello,  Michelozzo-Michelozzi,  Nanni  d'An- 
tonio di  Banco,  Filippo  Brunellcschi,  Lorenzo 
Ghiberti,  Luca  et  Andréa  délia  Robbia,  Antonio 
Rossellino,  Mino  da  Fiesole,  Andréa  Verrocchio, 
Desiderio,  da  Settignano,  Matteo  Civitali,  Bene- 
detto  da  Maiano,  Michelangelo,  Buonarroti, 
Benvenuto  Cellini,  Benedetto  da  Rovezzano, 
Lorenzo  Marrina,  Antonio  Federighi,  Alessandro 
Leopardi,  des  deux  Sansovino,  etc.,  etc. 

Sir  J.  Savile  Lumley,  ambassadeur  d'Angle- 
terre à  Rome,  s'est  servi  du  moulage  de  M.  Oron- 
zio  Lelli,  d'après  le  triomphant  David  de.  Dona- 
tello, pour  commandera  la  Société  anonyme  des 
bronzes  de  Bruxelles  une  épreuve  à  cire  perdue 
de  l'immortel  chef-d'ceuvre  du  Museo  iiazionale 
florentin. 


chronique. 


551 


œCuurcs  noutielles. 


N  de  nos  abonnés,  M.  R.  Lambinet  de 
Bordeaux,  nous  adresse  de  très  justes 
réflexions  au  sujet  de  la  notice  sur 
la  crosse,  la  mitre  et  la  chape,  offertes 

récemment  à  S.  G.  Mgr  Freppel,  et  en  particulier 

du  préambule  relatif  à  l'art  chrétien. 

«  Je  reconnais,  dit  notre  correspondant,  que,  malheu- 
reusement, la  décoration  et  l'ameublement  des  églises 
n'ont  généralement  rien  d'artistique,  et  qu'il  serait  bien 
nécessaire  d'y  remédier. 

«  Cependant  les  moyens  qu'indique  votre  savant  corres- 
pondant ne  me  paraissent  pas  suffisants.  Les  archéologues, 
les  artistes  chrétiens  et  les  directeurs  d'ateliers  auront 
beau  unir  leurs  talents  et  leurs  connaissances  pour  pro- 
duire des  œuvres  d'art,  les  églises  n'en  seront  pas  mieu.x 
meublées  pour  cela  ;  on  n'achètera  pas  ces  œuvres  d'art, 
parce  qu'elles  ne  plairont  pas  à  la  majorité  des  acheteurs. 

«  Ce  qu'il  faut  réformer  d'abord, ce  n'est  pas  l'atelier  qui 
connaît,  qui  sait  travailler,  qui  possède  des  documents  et 
des  modèles  ;  ce  (|u'il  faut  réformer  avant  tout,  c'est  le 
goût  des  clients  qui  cherchent  surtout  l'effet  produit.  Peu 
importe  que  tel  ornement  soit  d'un  style  pur  et  d'un  goût 
délicat,  pourvu  qu'W /asst-  lù  reffcl.  Ue  l'i  les  grosses  bro- 
deries en  bosse,  les  larges  galons  posés  sur  le  dos  d'une 
chasuble  coinme  des  colonnes  torses  sur  la  façade  d'un 
monument  ;  de  là  les  bronzes  à  tapages,  avec  des  fleurs 
coloriées  et  des  enchevêtrements  de  volutes  et  de  feuil- 
lages; de  W  les  statues  au.x  poses  souvent  grotesques,  badi- 
geonnées de  gros  rouge  et  de  gros  bleu  avec  d'énormes 
fleurs  d'or. 

«Tout  cela  n'est  pas  beau,  mais  cela  plaît  parce  que  le 
bon  goût  est  complètement  oblitéré  chez  les  clients.  » 

Rien  de  plus  juste,  et  tous  les  efforts  de  la 
Revue  de  l' Art  clirétien  tendent  à  opérer  la  restau- 
ration du  bon  goût.  Nous  sommes  convaincu 
que  la  plupart  de  nos  lecteurs  et  amis  peuvent 
beaucoup,  en  développant  autour  d'eux  le  senti- 
ment artistique,  l'estime  pour  l'art  sincère  et 
digne,  le  mépris  pour  le  clinquant,  et  le  goût  des 
œuvres  sérieuses, durables  dans  leur  matière,  pures 
de  style,  sobres  de  formes  et  consciencieusement 
ouvrées.  Nous  ne  saurions  assez  insister,  avec 
notre  correspondant,  sur  la  nécessité  de  cet  apos- 
tolat artistique  : 

«  Ce  qui  perd  l'industrie,  ajoute  notre  correspondant, 
c'est  la  concurrence  effrénée  des  fabricants,  c'est  cette 
course  au  clocher  .'i  qui  fera  meilleur  marché  ;  aussi  les 
industriels  se  copient  mutuellement  leurs  modèles,  et  il 
n'est    pas   rare    de     voir,   un    candélabre,    par   exemple, 

fabriqué  par  la  maison  F ,dont  le  pied  appartient  à  la 

maison  C....,  la  tige  à  la  maison  P....,  les  branches  à  la 
maison  A....,  et  les  bobèches  à  la  maison  T.... 

«Je  déplore  ces  procédés  qui  sont  tout  simplement  du 
pillage. 

«  L'espèce  de  corporation  que  propose  votre  honorable 
correspondant  serait  très  utile,  mais  il  faudrait  qu'elle 
réunît  non  seulement  les  archéologues  et  les  connaisseurs, 
mais  aussi  les  grandes  maisons  et  tous  les  membres 
influents  du  clergé,  désireux  de  faire  cesser  l'état  de  choses 
actuel. 

«  11  faudrait  aussi  établir  dans  les  séminaires  des  cours 


d'archéologie  afin  de  développer  le  goût  des  jeunes  prê- 
tres, ou  au  moins  donner  plus  d'extension  à  ceux  qu'on 
y  fait  déjà. 

«  Unissons  pour  cela  nos  efforts,et  espérons  une  prompte 
réussite  qui  en  sera  la  récompense.   » 

Nous  souscrivons  à  tous  ces  vœu.x  et  ne  néglige- 
rons rien  pour  aider  à  leur  réalisation. 


ILcontinue  à  pleuvoir  des  statues  sur  la  France, 
et  le  temps  n'est  pas  loiii  où  sa  population 
en  bronze  ou  en  marbre  sera  comparable  à 
celle  en  chair  et  en  os.  Rien  qu'à  Paris,  à  l'occasion 
des  fêtes  du  14  juillet,  on  a  inauguré  celles  du 
médecin  aliéniste  Philippe  Pinel, celle  de  Voltaire, 
celle  du  maréchal  Kellermann,  (le  vainqueur  de 
Valm)-), celle  de  ]-?éranger  ;  et  en  province,  vers  la 
même  date,  celles  de  l'abbé  Grégoire  le  conven- 
tionnel (Luneville),  et  du  mathématicien  Et. 
Bezout  (Nemours).  Le  monument  de  Blanqui 
vient  d'être  inauguré  au  Père-Lachaise.  Citons 
encore  la  statue  du  docteur  Crevau.x,  inaugurée 
en  juin,  à  Nancy,  celle  de  Niepce,  à  Chàlons-sur- 
Saône  ;  celle  de  l'amiral  de  Villaret  de  Joyeuse,  à 
Auch.  Nicolas  Leblanc  aura  bientôt  la  sienne  au 
Conservatoire  des  Arts  et  Métiers  de  Paris. 


LE  19  juillet,  Mgr  de  Lydda  a  béni  soleniiel- 
lement  l'enceinte  de  l'église  qui  doit  rem- 
placer à  Merville  celle  détruite  par  un  incendie 
il  y  a  quatre  ans.  Déjà  les  inurailles  sont  élevées 
presqu'à  la  hauteur  des  fenêtres. 

La  bénédiction  de  la  première  pierre  de  la 
nouvelle  église  de  N.-D.  de  Brebières  (Laval)  a  eu 
lieu  en  juillet. 

Dimanche  7  juin  a  eu  lieu  à  Prinkipo,  près  de 
Constantinople,  la  pose  de  la  première  pierre 
de   la   nouvelle  église  des  RR.  PP.  F'ranciscains. 

La  consécration  de  la  basilique  de  Notre- 
Dame  de  Pontmain  (.Mayenne)  a  eu  lieu  l'hiver 
passé. 

Le  15  juin.  Son  Éminence  le  cardinal-arche- 
vêque a  consacré  l'église  de  Lacroi.x;  Falgarde, 
(Aquitaine). 

PAR  un  bref  du  17  février  1885,  S.  S.  Léon 
XIII  a  accordé  à  Mgr  l'évêque  d'Arras 
l'autorisation  de  couronner  Notre-Dame  de  Bou- 
logne ;  la  cérémonie  a  eu  lieu  avec  grand  éclat  le 
23  août  ;  nous  lisons  à  ce  sujet  dans  la  Soiiaiiu 
religieuse  de  Cambrai  : 

«  Le  modèle  adopté  pour  la  couronne  de  Notre-Dame 
est  celui  de  la  couronne  de  Godefroid  de  Bouillon, conser- 
vée jusqu'à  la  Révolution  de  1790,  dans  le  trésor  des 
chanoines  de  la  basilique  de  Boulogne.  C'était  une  cou- 


REVUE  DE   L  ART  CHRETIEN. 
1885.         4""^  LIVRAISON. 


552 


Ecti  lie   Dc  rart    cf)  t  étien 


ronne  murale,  analogue  à  celle  qui  est  généralement 
employée  de  nos  jours  pour  timbrer  les  armoiries  des  cités 
urbaines,  c'est-à-dire  un  bandeau  métallique,  orné  de  huit 
tours  en  saillie.  Telle  était,  d'après  les  anciens  inventaires, 
la  couronne  qui  fut  otierte  au  héros  de  la  Croisade  par 
ses  compagnons  d'armes,  après  la  conquête  de  Jérusalem. 
On  sait  qu'il  refusa  de  la  porter,  ne  voulant  pas,  disait-il, 
être  couronné  d'or  et  de  pierreries  dans  une  ville  où  le 
Sauveur  des  hommes  avait  été  couronné  d'épines,  et  qu'il 
l'envoya  sur-le-champ  à  sa  sainte  mère,  la  comtesse  Ide, 
pour  être  déposée  aux  pieds  de  la  \ierge  miraculeuse, 
dans  l'église  de  sa  ville  natale.  C'était, d'après  \ Inventaire 
officiel  du  mobilier  de  la  cathédrale,  dressé  par  les  délé- 
gués de  la  municipalité  de  Boulogne,  le  14  janvier  1791  : 
«  Une  couronne  de  vermeil,  entourée  de  huit  reliquaires,» 
—  d'autres  textes  donnent  :  <:  liiiit  Chasteaitx,  ou  huit 
tours  »  ~  dans  lesquelles  étaient  des  reliques  de  la 
Terre-Sainte. 

S'inspirant  de  cette  donnée  historique,  le  talent  bien 
connu  de  M.  Bapst  aura  su,  nous  n'en  doutons  point,  créer 
une  œuvre  originale  qui  reproduira,  en  l'illustrant,rantique 
conception  des  orfèvres  byzantins  si  misérablement 
détruite  à  l'époque  la  plus  néfaste  de  notre  histoire 
nationale.  » 


LES  échafaudages  qui,  depuis  plusieurs  mois,  surchar- 
geaient les  tours  de  la  nouvelle  basilique  de  Four- 
vière  à  Lyon,  ont  été  enlevés  complètement,  et  laissent 
voir  les  deux  croix  et  la  statue  de  saint  Michel  surmontant 
l'abside. 

Les  deux  croix,  destinées  à  soutenir  deux  immenses 
oriflammes  aux  couleurs  de  la  Sainte  Vierge  et  aux  armes 
de  Lyon,  sont  portées  sur  un  fût  octogone  reposant  lui- 
même  sur  un  piédestal.  Des  aigles,  aux  ailes  déployées, 
soutiennent  la  colonne.  Le  piédestal,  d'un  style  conforme 
à  celui  de  toute  la  basilique,  est  en  bronze  ;  les  arêtes 
seules  sont  dorées.  Dans  toute  leur  hauteur  et  sur  toute 
leur  surface,  les  croix,  ainsi  que  l'archange,  sont  dorées, 
ce  qui  produit  un  etïet  splendide  lorsque  le  soleil  donne 
sur  la  colonne. 

La  cr)-pte  est  livrée  aux  mosaïstes  qui  achèvent  la 
décoration  de  l'abside. 


SA    Sainteté    Léon    XIII   vient  d'ériger  une 
cliapelle  en  l'honneur  des  saints  Cyrille  et 
Méthode,  à  Rome. 

Le  plan  est  dû  au  regretté  M.  Fontana,  archi- 
tecte des  Palais  Apostoliques,  et  les  motifs  de  la 
décoration  ont  été  fournis  par  M.  Bonanni,  son 
élève.  Les  peintures  sont  de  M.  Grandi.  On 
remarque  surtout  le  tableau  de  l'autel  représen- 
tant les  deu.K  Apôtres  à  droite  et  cà  gauche  du 
Sauveur,  au  pied  duquel  le  Souverain  Pontife  est 
agenouillé  dans  l'acte  de  dédier  la  chapelle 
qui  vient  d'être  achevée. 


UNE  correspondance  de  Rome  adressée  au 
Courrier  de  l'Art  signale    la    protection 
éclairée  donnée  aux  arts  par  Sa  Sainteté: 

«  J'ai  eu  l'occasion  de  vous  signaler  plus  d'une  fois  déjà 
la  part  prise  par  le  Pape  actuel  à  la  restauration  des  mo- 
numents religieux  et  à  la  décoration  de  certaines  salles  au 


Vatican.  Voici  une  preuve  nouvelle  de  sa  sollicitude  pour 
l'art.  Deux  salles  de  l'aile  Sud  de  l'appartement  Borgia 
viennent  d'être  décorées,  par  son  ordre,  de  fort  belles 
t.ipisseries  qu'on  ne  sortait  jadis  de  la  Flareria  que  dans 
les  grandes  solennités  religieuses.  Ces  tapisseries  pro- 
viennent toutes  de  la  manufacture  des  Gobelins  de  Paris 
et  datent,  sauf  une  seule,  qui  est  toute  récente,  des  règnes 
de  Louis  XIV  et  de  Louis  X\'.  Elles  représentent  pour  la 
plupart  des  sujets  bibliques  :  Suzanne  et  ses  jii^es,  Esther 
devant  Assuérus,  le  Jm^ement  de  Salonion,  Joseph  et  ses 
f lires,  le  Baptême  du  Christ.  Comme  sujets  empruntés  à 
l'histoire  de  France,  on  remarque  le  Mariage  de  Louis 
XIV avec  l'Infante  d' Espagne  et  l' Audience  de  l'ambassa- 
deur d'Espagne  chez  le  roi  de  France.  Cette  dernière  est 
composée  par  Le  Brun,  les  autres  par  de  Troy  et  Jean 
Restout.  L'imprimerie  du  Vatican  a  publié  en  même  temps 
un  ouvrage  de  Mgr  David  Farabulini,  intitulé  :  l'Arte 
degli  Arazzi  e  la  nuova  i^alleria  dei  Gobbelins  al  Vaticano. 
La  première  partie  de  cette  publication  traite  de  la  tapis- 
serie en  général  dans  ses  rapports  avec  l'art  religieux  et 
de  la  protection  dont  elle  a  été  l'objet  sous  Léon  X  et 
Clément  XI,  fondateur  de  la  manufacture  à! Arazzi  de 
Rome.  La  seconde  partie  contient  une  description  détail- 
lée des  tapisseries  dont  nous  venons  de  parler.  )> 


ïlcstaurations  et  ©cstriicttons.  --= 

E    ministère    des  Beaux-Arts   vient    d'affecter   une 
première  somme   de  7,000  fr.  à  la  restauration  des 
remparts  de  la  ville  d'Avignon. 

— î©^-— ^©^- 

du   ministre    de    l'instruction 


L 


PAR  arrêté  du  ministre  de  l'instruction  publique, 
M.  Edouard  Corroyer,  architecte  du  Mont  Saint- 
Michel,  vient  d'être  nommé  inspecteur  général  des  édifices 
diocésains,  en  remplacement  de  M.  Ballu,  décédé. 


UNE  subvention  a  été  accordée  par  la  Commission  des 
monuments    historiques   pour  la   restauration   des 
églises  d'Airvault  et  de  Javarzay. 


ON  reçoit  du  Mont  Saint-Michel  de  très  mauvaises 
nouvelles. 

Depuis  quelque  temps,  la  mer  a  fait  des  dégâts  considé- 
rables dans  le  mur  de  la  courtine  située  dans  le  voisinage 
de  la  digue  et  des  tours  Boucle  et  de  la  Liberté. 

L'ertet  produit  par  chaque  marée  est  très  sensible  et  on 
s'attend  à  des  accidents  graves  qui  forceront  sans  doute 
le  gouvernement  à  s'occuper  enfin  de  la  préservation  de 
ce  monument,  un  des  plus  beaux  types  de  l'architecture 
au  XV"  siècle. 

Le  moyen  le  plus  efficace  consisterait  à  détruire  la 
digue,  que  l'on  a  élevée  à  si  grands  frais  et  si  inconsidé- 
rément. 

DES  réparations  et  travaux  d'embellissement  ont  été 
exécutés  à  Notre-Dame  de  Saint-Etienne.  Leur 
ensemble  est  un  mélange  du  style  byzantin  et  du  style  de 
la  Renaissance. 

La  voûte  du  chœur  est  historiée  avec  soin.  Au-dessus 
de  l'autel,  au  milieu  de  dessins  or  et  grisaille,  figurent 
quatre  images  jiarlantes  des  principaux  versets  des  litanies 
de  la  Sainte  Vierge.  Les  piliers  qui  soutiennent  la  nef 
du    milieu    sont   décorés   de   grandes   figures   de   saint 


chronique. 


553 


Etienne,  saint  Pierre,  saint  Paul,  etc.,  sur  fond  or  craquelé, 
imitant  la  mosaïque.  Les  vitraux  sont  l'œuvre  de  M. 
Bégule,  de  Lyon.  Les  travaux  de  décoration  sont  de 
MM.  Zacchéo  et  Bégule. 

—>©<—.— KIM— 

MM.  Formigé  et  Fenand,  architectes,  vont  restaurer 
très  prochainement  l'église  de  Courcôme,  une  des  plus 
anciennes  et  des  plus  intéressantes  de  la  Charente  (X"-', 
XP'  et  XI P'  siècles).  Le  projet  total  s'élève  à  46  ou 
47,000  fr. 

La  première  partie  des  travaux  qui  est  sur  le  point 
d'être  commencée,  en  absorbera  38,000.  La  commission 
des  monuments  historiques  a  alloué  20,000  ;  la  commune 
2,000  ;  la  fabrique  40c  ;  le  conseil  général,  3,160.  Total  : 
25,560.  Reste  à  trouver  :  12,440  fr.,  que  l'on  espère  obtenir 
du  ministère  des  cultes. 

L'église  de  Courcôme  a  conservé  trois  arcades  de  la 
construction  de  970.  Nous  espérons  qu'elles  seront 
respectées,  malgré  l'aspect  peu  agréable  qu'elles  donnent 
au  carré  du  transept  de  l'édifice. 

— ?Oi    ■■    i&i— 

LE  conseil   général    de    la    Vendée    a   bien  mérité  de 
l'archéologie. 

Dans  sa  session  ordinaire  d'avril  dernier,  plusieurs 
délibérations  ont  en  effet  été  prises  par  lui,  en  faveur  de 
certaines  églises  remarquables  de  ce  département. 

Au  nom  de  la  Commission  de  l'instruction  publique, 
M.  le  baron  de  la  Tour  du  Pin  a  présenté  tout  d'abord  un 
rapport  tendant  à  ce  qu'il  soit  pris  des  mesures  pour  la 
conservation  d'une  partie  de  l'ancienne  église  de  Belle- 
ville,  qui  offre  un  intérêt  historique  réel.  Le  conseil  général 
a  immédiatement  émis  un  vote  conforme. 

Autre  rapport  de  M.  Bourmaud,  concluant  à  l'alloca- 
tion par  l'Etat  des  subventions  qui  suivent  :  3,763  fr.  pour 
la  restauration  de  l'église  de  Beauvoir  ;  —  2,080,  pour 
réparer  l'église  de  Moutier-sur-le-Lay.  —  Le  conseil 
général  a  également  adopté  ces  conclusions  et  voté  en 
même  temps  une  subvention  départementale  de  2,000  fr. 
payable  en  quatre  annuités  égales,  pour  la  restauration  de 
l'église  de  Mareuil,  monument  historique  de  haute  valeur. 

Si  tous  les  conseils  généraux  avaient  un  égal  souci  de 
la  conservation  des  anciens  édifices,  que  d'intéressantes 
pages  ne  disparaîtraient  pas  à  tout  jamais  du  grand  livre 
de  notre  histoire  nationale  ! 

(Bulletin  d'archcologie  du  diocèse  de  Valence.) 

LES  étrangers  visitent  avec  intérêt,  dans  l'église  de 
MaroUes-lez-Braults,  un  groupe  en  terre  cuite, 
représentant  la  mise  au  tombeau  de  Notre-Seigneur, 
semblable  à  celui  de  la  cathédrale  du  Mans. 

Le  savant  auteur  de  la  Vie  de  M.  Marquis-Ducastel 
attribue  ces  deux  groupes  aux  deux  MériUon,  père  et  fils, 
sculpteurs  au  Mans.  Si  l'on  en  croit  au  contraire  M. 
Angibault,  le  groupe  de  Marolles  serait  l'œuvre  d'un  autre 
artiste,  également  du  Mans  et  nommé  Charles  Hoyau,  qui 
l'aurait  exécuté  en  1635. 

Le  groupe  et  le  retable  dont  il  fait  partie  viennent 
d'être  l'objet  d'une  restauration  picturale  exécutée  par 
M.  Beugler  du  Mans.) 

LA  partie  de  la  charpente  de  l'église  de  St-Jouin-des 
Marnes,  qui  avait  été  refaite  il  y  a  trois  ans,  a  dû 
être  consolidée  récemment  (nous  disons  consolidée  par 
euphémisme). 


LA  restauration   de    l'église   Saint-Nicolas   à 
Tournai,  curieux    monument  de    l'époque 
de  transition  entre  le  style  roman  et  l'ogival,  se 


poursuit  activement  sous  l'habile  direction  de 
M.  Carpentier.  L  ensemble  du  vaisseau  a  déjà 
repris  l'élégance  que  comporte  son  style  si 
monumental.  On  a  scrupuleusement  conservé 
l'antique  appareil  de  la  maçonnerie  et  reproduit 
avec  fidélité  les  anciennes  lignes  architectoniques. 
Nous  avons  fait  ailleurs  quelques  réserves  que 
la  franchise  nous  oblige  à  rappeler  ('). 

Mais  à  part  ces  divergences  sur  des  points 
secondaires,  nous  ne  pouvons  que  louer  les  soins 
consciencieux  et  la  science  archéologique  qui 
président  à  ce  travail  intéressant.  On  y  met  à 
présent  la  dernière  main  en  restaurant  le  chevet 
du  chœur,  précieux  reste  de  la  pleine  période 
romane,  défiguré  aux  siècles  derniers  d'une 
manière  barbare.  Les  travaux  ont  amené  des 
découvertes  intéressantes  qui,  sans  doute,  ne 
seront  pas  les  dernières.  On  a  mis  au  jour  une 
dalle  funéraire  plate,  gravée  en  relief  et  datée  de 
13S0,  un  bas-relief  sculpté  dédié  à  la  mémoire 
de  Baudouin  d'Hainin,  seigneur  de  Fontaine 
{*h  1420), dont  la  famille  fit  élever  lajolie  chapelle 
de  Notre-Dame,  contiguë  au  transept  Nord  (2), 
enfin  une  autre  petite  pierre  sculptée  en  1560,  et 
couverte  encore  de  sa  polychromie  ancienne,  qui 
représente  en  haut  relief,  au  pied  de  Notre  Dame, 
la  nombreuse  famille  d'Arnould  de  Gueldres. 
On  vient  aussi  de  mettre  à  découvert,  à  gauche 
du  maître-autel,  une  crédence  qui  paraît  dater  du 
XI  Ve  siècle. 

LE  gouvernement  ayant  le  projet  d'agrandir  la  caserne 
Sainte-Marthe  à  Rome,  vient  d'avertir  le  supérieur 
général  des  moines  Sylvestrains,  qu'il  ait  à  se  pourvoir 
d'un  autre  local  pour  sa  résidence  généralice.  L'église  et 
le  couvent  vont  tomber  sous  le  marteau  des  démolisseurs. 
L'église  de  Saint- Etienne  .y^'y^/vz  Cacco,  ainsi  nommée  d'une 
statue  qu'on  trouva  sur  son  emplacement,  est  bâtie  sur  les 
ruines  de  l'ancien  temple  de  Sérapis.  Cette  église  remonte 
à  une  très  haute  antiquité  :  elle  est  à  trois  nefs,  soutenues 
par  quatorze  colonnes  anciennes  en  marbre  de  dit^'érentes 
qualités.  Sur  le  mur  de  la  nef  à.  droite,  on  voit  une  belle 
fresque  de  Pierin  del  Vaga,  représentant  Marie  qui  tient 
son  fils  mort  sur  les  genoux.  Les  fresques  de  la  tribune 
sont  très  belles,  elles  sont  l'œuvre  de  Consolano. 

Tout  cela  sera  détruit  pour  faire  place  ;i  une  caserne  ! 
Et  le  gouvernement  procède  avec  son  sans-gêne  ordinaire, 
sans  consulter  l'autorité  ecclésiastique  ;  il  supprime 
l'église,  invitant  simplement  les  religieux  à  déloger  sous 
bref  délai.  Cette  façon  cavalière  de  traiter  les  choses 
sacrées  soulève  l'indignation  des  fidèles.  Les  monuments 
de  la  piété  de  nos  ancêtres  sont  menacés  partout  ;  car  il 
suffit  au  gouvernement  du  plus  léger  prétexte  pour  les 
abattre  et  les  profaner.  Et  cela  se  fait  dans  la  capitale  du 
monde  chrétien  !  (Moniteur  de  Rome.) 

1.  Elles  concernent  la  grande  rose  de  la  façade, que  nous  déplorons 
de  voir  bouchce,  la  belle  voûte  lambrissée,  que  nous  regrettons  qu'on 
n'ait  pas  rétablie..-\joutons  que  les  pierres  de  couverture  des  reuipants 
des  pignons  n'offrent  pas  le  dos  d'Ane  aigu  usité  à  l'époq\ie  du 
monument;  nous  nous  demandons  aussi,  si  des  difficultés  insurmon- 
tables s'opposaient  au  rétablissement  des  bas-côtés  dans  leur  état 
primitif. 

2.  Nous  avons  en  effet  trouvé  dans  les  archives  de  la  paroisse 
que  cette  chapelle  s'appelait  :  Chapelle  Desjonlaines.  (V.  Une  no- 
tice sur  cette  église  dans  le  Bulletin  de  la  Sociétl  historique  de 
Tournai.) 


554 


IRcDuc   Dc    rsrt   cbrctien. 


UN  singulier  acte  de  vandalisme  commis  dans  une 
église  réformée  d'Alkmaar  (Hollande),  est  dénoncé 
par  le  journal  Le  SUr,  de  Maestrirht  .  M.  Keyser,  archi- 
tecte îi  \'enloo,  qui  connaissait  dans  l'église  d'Alkmaar 
l'existence  de  peintures  datant  du  X\'I"^^  siècle  et  dont  le 
caractère  dénotait  l'influence  italienne,  allait  parfois  faire, 
d'après  elles,  des  études  spéciales.  Un  jour,  à  son  grand 
étonnement,  il  trouva  un  menuisier  en  train  de  briser  les 
panneaux  (ces  peintures  sont  sur  bois).  Le  menuisier  avait 
acheté  ces  bois  de  l'administration.  M.  De  Keyser  racheta 
le  lot  et  ramena  son  trésor  à  V'enloo  où,  ne  trouvant  pas 
d'emplacement  favorable,  il  vint  les  déposer  provisoire- 
ment à  l'église  de  St-Servais  à  Maestricht.  Plusieurs 
musées  ont  fait  des  tentatives  pour  obtenir  ces  précieux 
restes,  mais  on  nous  assure,  dit  Le  Ster,  que  l'intention 
de  l'architecte  est  de  bâtir  une  église  où  les  peintures  de 
celle  d'Alkmaar  trouveront  une  place  convenable. 


LE  Chapitre  de  la  cathédrale  de  Valence  (Espagne)  a 
montré,  il  y  a  peu  de  temps,  plus  d'estime  pour  les 
objets   d'art   confiés  à  ses  soins. 

Un  jour,  raconte  la  Sematjie  callwlique  de  Toulon^  se 
présenta  sans  se  faire  connaître,  dans  la  sacristie  de  la 
cathédiale  mentionnée  plus  haut,  où  l'on  garde  ce  qu'on 
appelle  le  Trésor,  le  baron  de  Rothschild,  accompagné  de 
M.  Trénor,  son  correspondant. 

Le  sacristain,  selon  l'usage,  exposa  aux  regards  de 
l'étranger,  parmi  les  objets  précieux,  une  paix  d'argent 
qui  pesait  une  quarantaine  d'onces  de  ce  métal.  Cet  objet 
fixa  l'attention  du  baron  qui,  sans  doute,  en  connaissait 
la  valeur. 

—  Je  désire  acheter  cette  Paix,  dit-il  au  sacristain. 

—  Les  choses  de  l'église  ne  se  vendent  pas,  répondait 
le  cicérone. 

—  Je  vous  donne  cinq  mille  douros  pour  ce  morceau 
d'argent. 

—  Cinq  mille   douros! 

—  Cet  étranger  est  quelque  fou,  commença  à  penser  le 
sacristain,  en  replaçant  la  Paix  dans  son  étui,  renfermant 
dans  l'armoire  ce  qu'il  en  avait  retiré,  et  en  allant 
quérir   un  chanoine. 

—  Cet  étranger  a  offert  cinq  mille  douros  pour  la  Paix 
d'argent. 

—  Elle  est  de  Benvenuto  Cellini,  elle  ne  se  vend  pas. 

—  J'en  donne  dix  mille. 

—  C'est  inutile,  elle  ne  se  vend  pas. 

—  Ayez  la  bonté  de  réunir  votre  Chapitre,  et  dites-lui 
que  le  baron  de  Rotschild  offre  cinquante  mille  douros, 
et  qu'il  attend  la  réponse  chez  M.  Trénor. 

Nous  avons  su  que  la  question  fut  débattue  par  le 
Chapitre,  et  que  celui-ci  ne  voulut  pas  se  défaire  du  joyau 
artistique  du  ciseau  de  Benvenuto  Cellini. 

Un  détail.  Le  Chapitre  est  tellement  pauvre,  qu'il  pleut 
dans  la  cathédrale,  et  qu'il  n'a  pas  la  moindre  ressource 
pour  faire  les  réparations  les  plus  urgentes. 


j:?outicllC9  et  Troiiuailles. 


'.r-/  VENIR  d'Aa/ilies,  annonce  qu'une  intéres- 
sante découverte  vient  d'être  faite  dans  l'église 
d'Antibespar  M.  Joseph  Félon.  11  s'agit  d'une 
série  de  peintures  représentant  en  dix-sept 
panneaux  les  mystères  de  la  vie  du  Christ. 
Ces  peintures  étaient  à  peine  visibles,  placées  qu'elles 
étaient  dans  une  chapelle  obscure  et  recouvertes   d'une 


couche  de  peinture,  retouches  faites  au  XVII'^  siècle,  qui 
dérobaient  en  partie  l'œuvre  primitive.  M.  Joseph  Félon 
ayant  entrepris  la  restauration  de  ces  peintures,  fut  assez 
heureux  pour  découvrir  une  date  (131 5),  placée  au  bas  du 
sujet  principal.  Ce  panneau  représentant  La  l 'ierge  au 
Rosaire,  est  véritablement  l'œuvre  d'un  maître,  très  supé- 
rieur à  ceux  qui  l'entourent,  parmi  lesquels  cependant,  six 
d'entre  eux  ont  un  véritable  mérite  ;  ce  sont  :  Le  jardin 
des  Oliviers,  Le  Fortement  de  Croix,  L'Aseension,  La 
Pentecôte,  V Assomption  et  Le  Calvaire.  Ces  intéressantes 
compositions,  d'une  grande  perfection  d'exécution,  jointe 
à  une  étude  vraie  et  simple  de  la  nature,  sont  peintes  au 
blanc  d'œuf.  Les  ditîlérentes  qualités  d'exécution,  ainsi  que 
l'unité  du  sujet  traité,  portent  à  croire  qu'on  se  trouve  là 
en  présence  d'une  œuvre  produite  par  un  maître  italien  et 
ses  élèves,  probablement  de  passage  à  Antibes,  quand  ce 
travail  leur  fut  confié.  Le  maître  se  réservant  le  sujet 
principal,  avait  pu  faire  exécuter,  d'après  ses  cartons,  le 
reste  de  la  besogne  par  des  élèves  d'inégale  force.  Le 
travail  de  restauration  de  ces  peintures,  entrepris  et  mené 
abonne  fin  par  M.  Félon,  permettra  désormais  d'en  ap- 
précier la  beauté. 


D'APRÈS  une  communication  récemment  faite  à 
l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres  de 
Paris,  par  AL  Le  Blant,  directeur  de  l'École  française  de 
Rome,  on  aurait  découvert,  non  loin  de  l'emplacement  de 
Vatriuni  des  Vestales,  certaines  substructions  fort  ancien- 
nes, qui  ont  appartenu  peut-être  aux  «  Greniers  d'Agrip- 
pine  »  ou  au  palais  de  Caligula.  Dans  ce  mur  s'ouvre  un 
couloir  dont  les  parois  portent  des  images  de  saints,  pein- 
tes au  X"  siècle.  Elles  représentent,  pour  la  plupart,  des 
moines  illustres  d'Orient  et  d'Occident.  Ailleurs,  on  a  retiré 
du  sol  des  sarcophages  remontant  sans  doute  au  onzième 
siècle,  et  dont  les  cuves  et  les  couvercles  sont  couverts 
de  bas-reliefs  magnifiques.  —  En  outre,  M.  Wallon, 
secrétaire  perpétuel  de  l'.Académie,  a  lu  une  communica- 
tion du  Père  Delattre,  qui  dirige  en  ce  moment  des  fouilles 
dans  une  basilique,  à  Carthage.  Le  Père  Delattre  signale 
la  découverte  d'un/tv/  d'orgue  en  terre  cuite,  qu'il  n'hésite 
pas  à  faire  remonter  au  deuxième  siècle  ;  il  consulte  à  ce 
sujet  l'Académie  des  Inscriptions.  Celle-ci  a  naturellement 
proposé  de  renvoyer  cette  communication  à  l'Académie 
des  Beaux-Arts  qui,  plus  compétente,  tranchera  la  question 
et  assumera  la  responsabilité  d'une  décision  dangereuse. 
Les  plus  anciennes  orgues  connues  étaient  du  règne  de 
Pépin-le-Bref  et  se  trouvaient  à  Compiègne,  dans  l'église 
Saint-Corneille,  au  VHP'  siècle.  On  comprend  l'intérêt 
qui  s'attache  à  la  découverte  du  Père  Delattre. 


On  lit  dans  le  Bulletin  Critique  (i  avril  1885). 

UNE  découverte  bien  inattendue  vient  d'être  .faite 
dans  les  fouilles  que  ^l.  P.  Paris,  membre  de  l'École 
d'Athènes,  a  entreprises  ù  Élalée  en  Phocide.  11  s'agit  du 
lit  de  table  ou  accubitits  sur  lequel  Notre-Seigncur  était 
couché  aux  noces  de  Cana.  C'est  une  grande  pierre  en 
marbre,  longue  dc  2"'33,  large  de  o"'64,  épaisse  de  o"'33  ; 
elle  porte  sur  une  des  tranches  l'inscri[)tion  suivante  : 
«  Outfls  estin  o  tithos  apo  Kanatès  Galileas,  opoti  ta  hydor 
oinon  epoiêsen  o  Kyrios  lu'mon  lesous  Cliristos  :  C'est  ici 
la  pierre  de  Cana  en  Galilée  où  Notre-Scigneur  Jk.SUS 
CHRisr  changea  l'eau  en  vin.  »  Cette  pierre  avait  été 
signalée  par  Antonin  de  Plaisance,  pèlerin  de  la  fin  du 
Vl"  siècle,  qui  dit  même  s'y  être  étendu  et  y  avoir  gravé 
les  noms  de  ses  parents  :  AV  uctubuinius  in  ipso  accubitu, 
iibicgo  indignusparentunt  nteorum  nomiiia  scripsi.  M.  Ch. 
Diehl,  qui  nous  donne,  dans  le  dernier  lUillctin  de  cotres- 
pondancc   hellénique,  un    excellent    mémoire    sur  cette 


chronique. 


555 


découverte,  a  eu  l'idée  de  chercher  ces  noms  sur  la  pierre  ; 
il  y  a  déchiffré  dans  un  coin  une  inscription  gravée  à  la 
pointe  dont  la  fin  seulement  est  conservée.  On  y  lit  :  «.  kai 
th  iiutros  mou  Aiitoninnu.  »  Ceci  a  une  grande  impor- 
tance, car  l'autre  inscription  est  évidemment  postérieure  à 
la  translation  de  la  pierre,  tandis  que  celle  d'Antonin  a  été 
gravée  à  Cana.  Elle  fixe  donc  l'identité  du  monument. 
Comment  est-il  venu  à  Élatée  ?  M.  Diehl  pense  qu'il  y 
aura  été  transporté  de  Palestine  à  Constantinople  et  qu'il 
y  aura  été  pris  par  quelque  baron  latin  de  la  quatrième 
croisade,  pourvu  d'un  domaine  en  Phocide. 


LES  travaux  des  Braemgaten  à  Gand,  ont  amené  une 
découverte  de  réelle  importance.  Un  coup  de  mine 
a  mis  à  nu  une  dalle  tumulaire  comme  il  en  existe  peu  et 
comme  la  ville  de  Gand  n'en  possédait  point.  Cette  pierre 
en  granit  de  Tournai,  mesure  i"'5o  sur  o"'90.  L'inscription, 
formant  bordure, est  ainsi  conçue:  Hier  Ui^het asscheric(k ) 
i'iiH(d)er  coiiderbonh  die  starf  in  (t)  jaer....  ende  sente 
j II  de  II  az'ond. 

Au  centre  de  la  dalle  se  trouve  gravé  un  dessin  figurant 
une  construction  militaire,  barbacane  ou  porte  de  ville, 
formée  de  maçonnerie  crénelée  surmontée  d'une  échau- 
guette  couverte  d'un  toit  à  quatre  pans.  La  porte,  placée  au 
centre  de  cette  construction,  est  à  deux  battants  bardés  de 
massives  pentures  terminées  en  queue  d'aronde,  et  croisil- 
lonnées.  Chaque  battant  a  quatre  pentures  ;  une  chanie  est 
tendue  d'un  montant  à  l'autre.  Une  herse  ferme  le  haut  de 
la  baie,  flanquée  de  deux  archères  latérales  et  surmontée 
de  deux  lucarnes  trifoliées.  Trois  baies  ogivales  lancéolées 
à  élégants  meneaux  éclairent  l'échauguette. 

Sur  le  chemin  de  ronde  de  ce  travail  militaire  sont 
postés  deux  guerriers.  L'un  porte  l'arbalète  à  cric  sur 
l'épaule,  l'autre  tient  un  large  glaive  de  la  forme  dite  : 
Ihidelaire. 

Le  costume  de  ces  deux  personnages  rappelle  exacte- 
tnent  celui  des  communiers  gantois  représentés  dans  les 
fresques  de  la  Leugemiete. 

Ces  soldats  portent  un  haubert  de  mailles  dont  le 
capuchon  indique  l'usage.  Ils  sont  postés  en  sentinelle 
et  peuvent  donc  se  dispenser  de  revêtir  le  casque  indis- 
pensable pour  un  assaut  ou  une  bataille.  Au-dessus  de  leur 
surcot  de  mailles,  ils  portent  une  robe  de  parement  rouge, 
troussée  à  la  ceinture  et  d'un  effet  pittoresque.  Les  lignes 
du  dessin,  ainsi  que  les  lettres  formant  l'inscription,  sont 
reinplies  d'un  émail  conservé  à  peu  près  intact.  Il  est 
alternativement  blanc,  rouge  et  noir  et  semble  composé  de 
minium,  de  céruse  ou  d'un  pigment  noir  quelconque 
mêlés  à  une  résine  telle  que  la  gomme  laque. 

Le  type  de  l'inscription,  et  les  détails  d'architecture  se 
rapportent  vraisemblablement  à  la  seconde  moitié  du 
XI IL- siècle. 


(Flandre.) 


ON  a  trouvé  des  restes  d'un  ancien  château  au  village 
de  Uonk-Maldeghem  entre  (land  et  Bruges,  à  l'en- 
droit où  se  trouvait  l'abbaye  de  Soetendaele  jadis  si 
renommée.  Ces  restes  indiquent  une  assez  grande  anti- 
(juité.  On  continue  les  fouilles  et  la  Commission  des 
monuments  a  dû  se  rendre  sur  les  lieux. 


CCongrès  et  ecrcursions. 


OUS  remercions  ici  l'aimable  corres- 
pondant,qui  a  bien  voulu  nous  envoyer 
le  compte-rendu  de  la  52"^  session  du 
Congres  archéologiqiie  de  France,   tenu 


à  Montbyisson. 


La  Société  française  d'archéologie  fondée  en  1S34  à 
Caen  parArcisse  deCaumont,a  tenu  du  25  juin  au  2  juillet 
son  congrès  annuel  dans  le  département  de  la  Loire,  à 
Montbrisson  et  à  Roanne.  Le  nouveau  directeur  de  la 
Société,  M.  le  comte  de  Marsy,  a  été  bien  inspiré  dans  le 
choix  de  ces  localités  et  il  a  été  très  heureusement  secondé 
par  la  Diana,  Société  archéologique  du  Forez,  dont  l'im- 
portance est  assez  connue  pourcju'il  nous  suffise  de  rappe- 
ler son  nom. 

Le  25  juin,  à  3  heures,  une  centaine  d'archéologues,  dont 
plus  de  moitié  étrangers  au  Forez  et  au  Lyonnais,  se 
réunissaient  dans  la  belle  salle  héraldique  de  la  Diana, 
qui  devait  servir  de  lieu  de  réunion  au  Congrès. 

M.  le  comte  de  Poncius,  prcsidentde  la  Z^/rt«rt,a d'abord 
remercié  la  Société  française  d'avoir  choisi  le  Forez  pour 
lieu  de  sa  réunion  et  a  prié  I\L  de  Marsy  d'ouvrir  le 
Congrès. 

Avant  de  remercier  la  Diana  et  les  Forésiens,  a  dit 
I\L  de  Marsy,  en  commençant  son  discours,  j"ai  un  premier 
devoir  de  reconnaissance  à  remplir,  envers  les  membres 
de  la  .Société  dont  je  viens  d'être  appelé  à  diriger  les  tra- 
vaux. Et,  après  avoir  rappelé  en  quelques  mots  l'origine 
de  la  Société,  ainsi  que  les  services  qu'elle  a  rendus  depuis 
un  demi-siècle,  et  rendu  un  juste  hommage  à  la  mémoire  de 
de  Caumont,  le  directeur  a  remercié,  en  termes  émus,  son 
prédécesseur  M.  Palustre,  aujourd'hui  directeur  honoraire, 
MM.de  Laurière  et  Gaugain,  de  Dion  et  de  Soultrait, 
Pict-Lataudrie,  Ledain,  Noguier,  de  Roumejoux,  de  Fon- 
tenelles,  etc.,  d'avoir  répondu  à  son  appel  et  d'être  \  enus 
lui  prêter  leur  bienveillant  concours  pour  cette  réunion. 
Rappelant  ensuite  la  découverte  de  la  salle  de  la  Diana 
par  M.  Anatole  de  Barthélémy  et  sa  restauration  par  le 
duc  de  Percigny,il  a  remercié  M.  le  vicomte  de  Meaux  d'a- 
voir bien  voulu, depuis  vingt-cinq  ans,rcmplir  les  fonctions 
d'inspecteur  de  la  Société  dans  la  Loire,  et  l'a  prié  de  pré- 
sider cette  première  séance  qui  a  été  remplie  par  deux 
lectures,  l'une  de  AL  H.  Gounard,  sur  la  décoration  de /a 
Diana,  l'autre  de  M.  Steyert,  sur  les  publications  archéo- 
logiques faites  dans  la  région  depuis  trente  années. 

On  comprendra  facilement  que  nous  ne  puissions  ren- 
dre compte  des  discussions  auxquelles  ont  donné  lieu  les 
dix-sept  questions  du  programme.  Qu'il  nous  suffise  de 
dire  que  si  toutes  n'ont  pas  reçu  une  solution  définitive, 
les  renseignements  apportés  par  les  savants  réunis  à 
Montbrisson  ont  fourni  de  précieux  éclaircissements  sur 
la  plupart  d'entre  elles.  Parmi  les  vœux  adoptés  par  le 
Congrès,  signalons  celui  qui  a  trait  à  la  conservation  des 
monuments  historiques  de  France  et  d'Algérie  et  qui  était 
tout  d'actualité,  puisque  le  lendeinain,  la  Chambre  se 
décidait  enfin  h  voter  en  seconde  lecture  un  projet  qui, 
resté  depuis  six  ans  dans  les  cartons,  y  sommeillerait  en- 
core sans  le  mouvement  de  pétitionnement  provoqué  par 
la  Société  des  Antiquaires  de  France,  et  qui  a  donné  de  si 
heureux  résultats  —  ainsi  que  celui  qui,  sous  forme  de 
remerciement  à  Son  Eminence  le  Cardinal-.Vrchevéque 
de  Lyon,  exprime  le  désir  de  voir  partout  s'établir,  dans 
les  grands  séminaires,  l'enseignement  archéologique,  si  vi- 
vetnent  prôné  |)ar  de  Caumont  et  qui  a  donné  les  meilleurs 
résultats  pour  la  conservation  des  monuments  religieux 
dans  tous  les  diocèses  où  il  a  été  appliqué. 

Les  excursions  ont  été  des  plus  variées.  Parmi  les  mo- 


556 


Eetjuc    De    rart    cbrcticn 


numents  romains,  la  ville  de  Moind,  avec  son  tlidâtre  et 
ses  bains,  mérite  l'attention.  Couzan  est  un  château  de 
1  époque  féodale  d'une  grande  importance,  Lespinasse, 
Roanne,  montrent  des  donjons  qui  remontent  peut-être  au 
XII'  siècle  ;  Boisy  est  un  beau  type  de  la  fin  du  XV  siècle  ; 
l'ury-le-Comtal  donne  des  spécnnens  fort  intéressants  de 
la  décoration  intérieure  du  temps  de  Louis  XIV  et  ses 
plafonds,  ses  alcôves  et  ses  cheminées  fourniraient  des 
modèles  de  premier  ordre  à  nos  sculpteurs.  Nous  ne  ferons 
que  rappeler  les  maisons  et  les  vieu.\  hôtels  de  Saint- 
Rambert,  de  Saint-Bonnet-le-Chàteau  et  de  Charlieu,  de 
peur  de  nous  laisser  entraîner  trop  loin. 

Parmi  les  monuments  religieux,  le  premier  en  date,  et 
peut-être  le  moins  connu,  est  l'église  de  Saint-Romain-le- 
Puy,reconstruiteau  commencement  de  la  période  romane, 
et  qui  comprend  bon  nombre  de  matériaux  sculptés 
mérovingiens  et  carlovingiens,  les  restes  si  importants  du 
portail  de  l'église  de  Charlieu  et  de  son  cloître,  l'abbaye 
de  la  Bénisson-Uieu,  l'église  d'Ambiesle,  ses  vitraux  et  son 
triptyque,  daté  de  1466,  dû  à  un  m  utre  flamand  et  dont  la 
restauration  a  été  assurée  par  les  elîbrts  de  iM.  Jeannez, 
qui  s'est  constitué  le  défenseur  des  monuments  du  Roan- 
nais et  dont  la  société  a  reconnu  les  ser\ices  en  lui  décer- 
nant une  de  ses  grandes  médailles  ;  l'église  de  N.-D.  de 
lEspérance  de  Montbrisson,  dont  le  docteur  Rey  vient 
de  publier  la  description. 

Nous  devons  une  mention  spéciale  au  reliquaire  de 
Montverdun,dont  S.  Ém. le  Cardinal  avait  bien  voulu  auto- 
riser M.  le  chanoine  de  Saint-Palgent  à  faire  l'ouverture. 
La  lance  sarrasine,  qui  a  servi  au  martyre  de  l'abbé  de 
Lérins,  a  tout  particulièrement  fi.xé  l'attention  des  mem- 
bres du  Congrès,  ainsi  que  les  étoftés  qui  l'enveloppaient. 
Ajoutons  que  le  reliquaire  offert  en  16S7  par  l'archevêque 
de  Lyon,  Camille  de  Neufville  est  un  remarquable  objet 
d'orfèvrerie. 

Des  allocations  ont  été  accordées  pour  la  restauration 
d'un  certain  nombre  d'édifices  ainsi  que  pour  des  fouilles. 
De  grandes  médailles  en  vermeil  ont  été  décernées  à 
MM.  L.  Palustre,  pour  sa  publication  de  la  Renaissance 
en  France^  V.  Durand,  Gounard,  Jeannez  et  le  docteur 
Plicque  ;  des  médailles  d'argent  à  MM.  Félix  Thiollier, 
Rochigneux,  l'abbé  Boutillier,  Henri  Nodet,  le  colonel 
(iazau  et  Mougnis  de  Roquefort,  ainsi  qu'à  AI.  le  lieute- 
nant Espérandieu. 

L'année  prochaine,  le  Congrès  se  réunira  à  Nantes. 


AU  mois  de  mai,  les  membres  de  la  Société 
des  Archives  de  Saintonge,  conduits  par 
M.  Audiat,  président,  descendaient  à  la  gare  de 
La  Rochefoucauld  (Charente). 

La  première  visite  fut  pour  l'église.  Portail  du 
XIII'^  siècle,  belle  flèche  octogonale  de  la  même 
époque,  rosace  du  XVI*^. 

On  s'arrêta  à  l'admirable  cloître  du  XV'^  siècle, 
de  l'ancien  couvent  des  Carmes,  aujourd'hui 
occupé  par  le  collège.  Comme  ensemble  et 
comme  conservation  on  ne  saurait  comparer  ce 
monument  qu'au  fameux  cloître  roman  de 
Nieul-sur-l'Autize  (Vendée);  il  n'y  manque  pas 
une  pierre  et  ses  délicates  moulures  semblent 
garder  la  trace  du  ciseau  qui  les  a  taillées. 

Enfin  on  fut  au  château,  cette  remarquable 
construction,  en  grande  partie  du  XV''  et  du 
XVI<-"  siècle.  L'escalier,  les  galeries  Renaissance, 
la  chapelle  gothique,  firent  éclater  de  nombreux 
témoignages  d'admiration. 


On  visita  encore  l'ancienne  église  Saint-Pierre, 
dont  il  ne  reste  que  l'abside  du  XI  L"  siècle, 
l'ancien  prieuré  de  Saint-Florent,  fondé  en  l'an 
1060,  dit-on,  et  dont  l'église,  bâtie  sans  doute  peu 
de  temps  après,  offre  quelques  modillons  et  une 
jolie  voûte  en  berceau. 

Le  vieux  pont  sur  la  Tardoire,  avec  la  vieille 
tour  carrée  qui  le  domine,  fut  visité  en  passant. 

Ensuite  on  partit  pour  Rancogne,  dont  on 
visita  les  belles  grottes  au  château  de  Rancogne. 
On  poussa  jusqu'à  Rochebertier,  pour  voir  la 
curieuse  grotte  préhistorique  du  Placard,  explorée 
avec  tant  de  succès  par  MM.  P^ermond  et  de 
Maret. 


LA  Commission  des  Arts  de  Saintes  a  fait 
une  e.xcursion  archéologique  en  avril.  Les 
excursionnistes  ont  été  reçus  à  la  gare  de  la 
Rochelle  par  M  M.  les  présidents  de  l'Académie  et 
de  la  Société  des  Arts  et  Sciences  de  la  ville.  On 
se  dirigea  ensuite  —  tout  en  examinant  rapide- 
ment sur  le  passage  plusieurs  édifices  religieux  et 
profanes,  —  vers  l'hôtel  de  ville,  dont  on  admira 
la  magnifique  restauration  faite  par  M.  Lisch. 

Bientôt  eut  lieu  le  départ  pour  Esnandes.  28 
membres  s'y  trouvèrent  réunis.  Bâtie  sur  un  plan 
rectangulaire,  l'église,  entourée  de  douves,  offre 
un  curieux  spécimen  d'église-forteresse  du  XIV'= 
siècle.  Sur  la  partie  supérieure  des  murs,  larges 
de  plus  de  trois  mètres,  règne  un  chemin  de  ronde, 
qui  permet  de  circuler  tout  le  long  de  l'édifice. 
Les  parapets  sont  munis  de  créneaux,  mouchara- 
bis,  guérites,  meurtrières.  La  façade  (Ouest), 
dont  la  partie  inférieure  est  du  XI 1'=  siècle,  est 
pourvue  de  mâchicoulis  ;  à  droite  du  portail, 
on  reconnaît  la  statue  décapitée  de  saint  Martin, 
patron  de  l'église. 

L'intérieur  proprement  dit  de  l'église  n'a  reçu 
aucune  restauration.  Cependant  une  partie  des 
grandes  fenêtres  étaient  murées  :  elles  ont  été 
remises  en  leur  état  primitif  A  droite  et  à  gauche 
de  l'abside  —  disposées  du  Nord  au  Sud, — •  des 
casemates  servent  actuellement  de  sacristies.  Un 
escalier  de  pierre  donne  accès  sur  les  voûtes  de 
ces  casemates  formant  esplanades  ou  tribunes, 
mais  sans  balustrades. 

L'ameublement  de  l'église  laisse  fort  à  désirer. 


LE  29  juillet  1885,1a  Commission  historiqtie 
du  Nord  accomplissait  son  excursion  an- 
nuelle, qui  avait  pour  but,  cette  année,  la  visite 
et  l'étude  du  camp  romain  d'Estrun,  désigné, 
comme  beaucoup  d'autres,  sous  le  nom  de  camp 
de  César,  et  l'examen  des  objets  trouvés  aux 
fouilles  d'Iwuy,  où  l'on  vient  de  découvrir  des 
vestiges  importants  de  l'époque  gallo-romaine. 


(ffôronique. 


557 


IA  Société  historique  de  Compicgne  s'est 
_/  rendue  au  mois  de  juillet  à  Domremy  poser 
une  pierre  commémorative  portant  l'inscription 
suivante  : 

A    JEANNE    D'ARC 

la 

SOCIÉTÉ  HISTORIQUE 

de 

Compiègne 

24  juillet  1885. 


LE  quatrième  congres   eucharistique  (qui  se 
tient  en  ce  moment  à  Fribourg)  a  inscrit  à 
son  programme  les  points  suivants  ; 

L'art  et  ses  diverses  manifestations  au  service 
de  la  sainte  Eucharistie  ;  architecture,  sculpture, 
peinture,  musique  ;  règles  et  traditions.  —  Musées 
et  bibliothèques  eucharistiques.  —  Monuments 
en  l'honneur  de  la  divine  Eucharistie. 


■  xnusées. 


ARMI  les  nouvelles  acquisitions  du 
musée  de  Cluny  il  faut  signaler  deux 
superbes  émau.K  de  Léonard  Limosin 
provenant  de  l'hùpital  Sainte-Croix  à 
Joinvillc,  deux  portraits  à  rapprocher  de  celui 
que  nous  signalions  dans  notre  dernière  livraison. 
(V.  p.  393)  à  la  suite  du  Messager  des  sciences  de 
Gand.  Ils  ont  été  achetés  45000  frs.  — Appelé  à 
répartir  entre  plusieurs  musées  le  legs  de 
M.  Audéoud,  M.  Darcel  a  pris  pour  Cluny  une 
collection  précieuse  de  meubles  espagnols  des 
XVL  et  XVIP  siècles,  une  très  belle  horloge 
du  XVI<=  et  un  pastoiire  napolitain.  —  Les 
pastoiires  étaient  des  groupes  de  l'adoration  des 
mages  et  des  bergers,  qui  servaient  jadis,  à  la 
fête  de  Noël,  à  former  des  crèches  et  des  reposoirs. 
Ce  sont  des  figures  de  céroplastie,  peintes,  re- 
haussées d'or,  et  groupées  pittoresquement  dans 
des  paysages  en  relief.  On  les  couvrait  de  vête- 
ments   d'une  richesse  extraordinaire. 


ON  s'occupe  de  créer  au  musée  de  Cluny  une  nouvelle 
salle  d'exposition  entre  les  bâtiments  de  l'ancienne 
abbaye   et  les   ruines  du  palais  des  Thermes. 

L'emplacement  choisi  est  l'espace  compris  entre  la 
chapelle,  l'entrée  des  anciens  bains  romains,  et  le  vieux 
mur  de  côté  qui  s'élève  en  bordure  du  jardin  et  au  milieu 
duquel  avait  été  reconstruit  le  portail  de  l'ancienne  église 
.Saint-Benoit. 

Cet  espace,  formant  une  cour.'i  ciel  ouvert,  va  être  pour- 
vu d'une  toiture  et  transformé  ainsi,  à  peu  de  frais,  en  une 
vaste  salle  qui,  en  raison  de  son  élévation,  pourra  recevoir, 
comme  sujets  d'expos  ition,  des  objets  de  très  grande  di- 
mension. 


La  construction  de  cette  nouvelle  salle  nécessite  le 
déplacement  du  portail  de  Saint-Benoit,  chef-d'œuvre 
d'ornementation  sculpturale,  dont  la  fai^ade,  qui  donne 
sur  la  cour  dont  nous  venons  de  parler,  va  se  trouver 
reportée  du  côté  du  jardin. 

— r€!    '   i6M— 

OX  \-ient  de  prendre  l'empreinte  des  ferrures  de  la 
plus  ancienne  porte  de  Notre-Dame  de  Paris,  celle 
de  droite,  quand  on  regarde  la  façade.  Ce  moulage  est 
destiné  au  musée  des  monuments  du  moyen  âge  et  de 
la  Renaissance,  au  Trocadéro. 

Les  ferrures  de  cette  porte,  aussi  bien  que  celles  de  la 
porte  placée  à  gauche,  ont  été  réparées  il  y  a  une  dizaine 
d'années,  par  M.  Boulanger,  qui  a  exécuté  les  ferrures  de 
la  porte  centrale  sur  les  dessins  de  VioIlet-le-Duc,car  cette 
porte,  quoi  qu'on  ait  dit,  n'avait  jamais  eu  d'ornements  de 
cette  nature. 

Le  dessin  des  ferrures  que  l'on  moule  actuellement  est 
aussi  léger  que  varié  et  original  ;  aucune  pièce  ne  ressemble 
à  celle  qui  lui  correspond.  Un  des  panneaux  offre  une 
petite  figure  d'homme  dont  le  corps  finit  en  poisson  ;  sa 
tête  est  ornée  de  deux  belles  cornes.  C'est  ce  personnage 
en  fer  qui  a  donné  lieu  à  la  légende  de  Bicornet  ('J. 

— HSi    ■    i©^— 

LA  ville  de  Vannes  va  posséder  enfin  un  musée. 
Depuis  quelques  années  déjà  existe  à  Vannes  un 
musée  départemental  d'archéologie,  l'un  des  plus  riches 
de  France  pour  les  antiquités  celtiques  et  les  monnaies 
mérovingiennes.  On  leur  avait  attribué  pour  local  la  Tour 
i/u  ComictabU  de  l'ancien  Château  de  l'Hermine. 

Cette  tour  est  d'un  grand  intérêt  historique,  mais  ses 
dimensions,  et  surtout  la  manière  dont  le  jour  y  arrive, 
étaient  défavorables  au  musée.  Aussi  s'occupe-t-on  aujour- 
d'hui du  transfert  de  ces  collections  dans  le  bel  Hôtel  de 
ville  que  la  municipalité  vient  de  faire  élever  dans  le  haut 
de  la  cité. 

— »©i    ■■    ig>^— 

DES  mouleurs  attachés  au  musée  du  Trocadéro  sont 
occupés,  en  ce  moment,  à  mouler  la  partie  supérieure 
de  la  porte  principale  du  Palais  des  Ducs  de  Lorraine,  à 
Nancy,  dite  la  Porterie  d^Anloiiu. 


o 


N  a   inauguré  cet   été  le   musée   d'Aubusson,  dû   à 
l'initiative  de  AL  L.  Gravier. 

-40i    •    .'04— 

FEU  le  révérend  John  FuUer  Russell  avait  réuni  dans 
sa  résidence  A'Jiagle  House,  près  d'Enfield,  une 
intéressante  collection  de  peintures  religieuses  datant 
presque  toutes  des  XI V"  et  XV"  siècles  ;  le  XV'i'-'  n'y  avait 
accès  ciu'à  titre  d  exception.  Parmi  les  œuvres  de  l'école 
de  Sienne  se  faisait  surtout  remarquer  une  série  de 
treize  petits  panneaux  provenant  de  la  décoration  d'un 
autel,  œuvre  d'Ugolino  da  Sienna  ;  ces  peintures  avaient 
fait  partie  de  la  collection  Ûttley  avant  d'entrer  chez 
.\L  FuUer  Russell.  "Lw.  Xational  Oallery  \\ifM.,\\.  la  vente 
après  décès  de  ce  dernier,  qui  a  eu  lieu  par  les  soins  de 
MM.  Christie,  Manson  et  Woods,  d'acheter  deux  des 
panneaux  d'Ugolino. 

I.  Nos  pères,  en  montrant  cette  figure,  disaient  qu'elle  représentait 

le  serrurier  Bicornet.  U  était  chargé  de  ferrer  les  portes  de  Notre- 
Dame  dans  un  délai  convenu,  et  il  ne  lui  restait  plus  qu'une  nuit. 
U  trouva  tout  simple  de  se  donner  au  diable.  Celui  ci  arrive,  met  un 
tablier  de  cuir  et  prête  assistance  à  Hicornet.  I3ien  avant  l'aube,  les 
portes  étaient  placées.  Bicornet  remercia  le  diable  qui,  à  son  tour, 
lui  fit  cadeau  de  ces  deuN  cornes. 


558 


îRctiuc    De    l'art    cfjrcticn, 


D 


ANS  le  courant  du  mois  prochain  on  commencera 
les  travaux  pour  la  construction  du  musée  Urbain 
à  Rome,  d'après  les  dessins  de  Tingénieur  Sneider. 

Le  musée  occupera  une  surface  de  onze  mille  mètres 
carrés,  au  milieu  du  jardin  botanique  en  face  de  l'église  de 
Saint-Grégoire-au-C«7/«^. 


LE  Bayerisches  National  Muséum  de  Munich  s'est 
enrichi  dans  ces  derniers  temps  de  précieuses 
acquisitions  ;  citons  une  coupe  en  vermeil,  finement 
ciselée,  travail  augsbourgeois  très  curieux  du  XI V"  siècle; 
une  magnifique  serrure  du  XIV'=  siècle,  ainsi  que  les 
ferrures  très  ouvragées  de  la  porte  du  Rittcrsaal  du 
château  royal  de  Hochstaïdt  de  la  même  époque,  et  la 
grille  célèbre  de  l'ancien  jardin  d'Eichstœdt.  Parmi  les 
armes  et  armures,  un  fusil  de  chasse  avec  incrustations 
d'or  et  d'argent,  daté  de  1621  et  signé:  Henneguy  de 
Metz.  Les  experts  prétendent  que  ce  fusil  a  été  fabriqué 
pour  Louis  XIIL  Dans  l'importante  série  de  costumes 
on  remarque  une  collection  de  chaussures  depuis  le 
XV''  siècle  jusqu'à  nos  jours.  Citons  encore  quelques 
vitraux  d'une  exécution  remarquable,  dont  un  de  1515 
représentant  le  blason  de  la  famille  Pirkheimer,  un  Christ 
assis  en  granit,  du  XI 1 1=  siècle,  mesurant  i'",  28  de  hauteur, 
provenant  de  l'ancien  couvent  des  Bénédictins  de  Reichen- 
bach  (  Haut-Palatinat),  une  pierre  funéraire  du  chevalier 
Ulrich  Pusch,  ('1458)  et  un  superbe  autel  de  la  chapelle 
Saint-Maurice  de  Morizbrunn,  près  d'Eichstadt  ;  Renais- 
sance allemande  primitive. 


CConcourjs. 


'N  concours  est  ouvert  pour  la  décora- 
tion intérieure  de  la  chapelle  de 
Charleinagne  à  Aix.  Quoique  le 
^:  programme,  en  langue  allemande,  de 
ce  concours  nous  ait  été  communiqué  un  peu  tard, 
nous  croyons  être  utile  aux  archéologues,  aux 
artistes,  et  enfin  au  vénérable  monument  qu'il 
s'agit  de  restaurer,  en  traduisant  le  texte  de  ce 
programme  et  en  le  faisant  connaître  à  nos 
lecteurs.  L'église  du  Munster  d'Aix-la-Chapelle 
qui  existe  depuis  plus  de  mille  ans,  a  vu  plus  d'un 
styledc  décoration  revêtir  sa  massive  construction. 
Nous  souhaitons,  avec  les  auteurs  du  programme, 
que  la  restauration  projetée  soit  aussi  conforme 
que  possible  au  caractère  de  l'édifice,  et  en  accen- 
tue la  gravité  imposante. 


Concours  pour  la  dccoration  intt'rieure  de  /'église 
du  Munster  à  Aix-la-Chapelle. 

Le  chapitre  et  l'association  du  Karls-Verein  pour  la 
restauration  de  la  chapelle  de  Cliarlemagne,  ont  ouvert 
un  concours  pour  la  décoration  de  l'Octogone  carlovingien 
de  l'église  ;  ce  concours  sollicite  l'envoi  d'aquarelles  qui 
doivent  répondre  aux  conditions  suivantes: 

i'  Les  esquisses  coloriées  doivent  être  exécutées  à  deux 
échelles  différentes,  à  savoir: 

a).  Un  plan  général  de  la  décoration  à  l'échelle  de  i  "/„, 


de  la  grandeur  d'exécution;  les  décorations  sur  le  déve- 
loppement des  piliers  et  des  voîues,  étant  traitées  comme 
esquisse; 

b).  Une  feuille  de  détail  au  20""'  de  la  grandeur  d'exé- 
cution; comprenant  l'un  des  angles  de  l'Octogone,  avec  les 
surfaces  des  murs,  des  piliers  et  des  voûtes  du  pourtour  et 
de  la  tribune.  Cette  feuille  doit  être  traitée  de  façon  à  don- 
ner l'idée  la  plus  précise  possible  de  la  technique  à  suivre 
pour  l'exécution  du  travail,  —  à  l'aquarelle  ou  à  la  goua- 
che —  elle  doit  faire  connaître  clairement  l'intention  de 
l'artiste,  aussi  bien  sous  le  rapport  de  la  composition  que 
de  la  coloration. 

c).  Un  dessin  de  la  décoration  du  pavement  à  établir 
sous  la  coupole,  l'ambulatoire  et  la  tribune  de  l'étage,  à 
l'échelle  d'un  20""-'  de  la  grandeur  d'exécution.  (Le  dessin 
de  la  huitième  partie  de  la  surface  de  l'aire  suffira.) 

1°  Les  surfaces  à  décorer  sont  les  suivantes: 

a).  Le  champ  des  voûtes,  l'épaisseur  des  arcs  du  pour- 
tour et  de  la  tribune,  de  même  que  les  deux  voûtes  en 
berceau  de  la  tour  ;  (la  coupole  principale  de  l'Octogone 
est  delà  décorée  d'une  mosaïque.) 

h).  Toutes  les  surfaces  des  piliers  et  des  murs  de  l'inté- 
rieur. 

c).  Le  pavement  de  l'Octogone  et  de  son  ambulatoire  au 
rez-de-chaussée  et  sur  les  tribunes. 

3°  L'exécution  des  peintures  doit  se  faire  en  couleurs 
minérales  de  Keim,  ou  en  d'autres  couleurs  reconnues 
pour  leur  solidité  et  leur  durée,  —  soit  sur  l'enduit  des 
murs  et  des  voûtes,  soit  sur  la  surface  des  pierres,  des  pi- 
liers et  des  murs  ;  les  dessins  suivants  devront  donner  à 
cet  égard  les  renseignements  les  plus  exacts. 

4"  Pour  la  décoration  des  fenêtres  et  de  l'épaisseur  des 
arcs,  de  même  que  pour  les  surfaces  latérales  entre  les 
arcatures  des  tribunes,  on  peut  éventuellement  faire  usage 
de  mosaïques. 

5"  Les  peintures  doivent,  aussi  bien  par  le  style  du 
dessin  que  par  la  gamme  de  la  coloration,  répondre  au 
caractère  des  peintures  de  l'époque  carlovingienne,  c'est-à- 
dire  de  la  première  période  du  moyen  âge.  —  Pour  ce  qui 
concerne  les  figures  et  le  style  qu'il  convient  d'adopter  à 
cet  égard,  on  pourra  consulter  comme  point  de  départ,  les 
peintures  murales  de  l'église  abbatiale  de  Saint-Georges 
dans  l'île  de  Reichenau, publiées  par  Krauss  de  même  que 
le  Coiiex  likhci  ti  de  la  biblioth.  de  Trêves,  et  pour  ce  qui 
regarde  le  décor  ornemental,  les  manuscrits  de  la  période 
carloxingienne  conservés  dans  les  bibliothèques  de  Paris, 
\'ienne  et  Gotha.  Des  restes  peu  considérables  de  pein- 
tures, qui  probablement  datent  du  règne  d'Othon  III,  se 
trouvent  encore  à  l'église  du  Munster,  à  des  endroits  dé- 
signés plus  clairement  dans  les  dessins.  (Pour  l'e.xécution 
des  peintures,  l'attention  des  concurrents  est  appelée  sur 
un  vœu  émis  par  l'administration  royale  des  constructions 
le  29  mai  1884,  approuvé  par  son  excellence  M.  le  ministre 
du  culte,  le  4  août,  de  la  même  année.) 

6"  Au  sujet  des  compositions,  qui  doivent  être  exclusi- 
vement religieuses,  il  n'est  pas  fait  de  prescriptions. 

7"  La  décoration  du  pavement  doit  être  exécutée  au 
moyen  d'une  technique,se  rapprochant  autant  que  possible 
du  pavement  des  anciennes  constructions  chrétiennes  de 
Rome  {San  Clémente  et  d'autres),  c'est-à-dire,  dans  des 
mosaïques  en  marbre  de  différentes  couleurs. 

Chaque  concurrent  recevra,  à  sa  demande  adressée  par 
écrit  au  comité  du  Karls-Verein  à  Aix-la-Chapelle,  contre 
payement  de  5  marks,  une  coupe  autographiée,  à  l'échelle 
d'un  20' ",  deux  plans  terriers  et  la  coupe  de  l'ensemble 
du  monument  à  l'échelle  de  i  "/"•  L'envoi  des  esquisses 
et  dessins  doit  être  fait  au  31  décembre  de  cette  année, 
au  |)résident  du  Karls-Verein  pour  la  restauration  du 
Munster  d'Aix-la-Chapelle,    M.    le    Dr  Claessen,  conseil- 


Cbroniquc. 


559 


1er  de  régence.  L'envoi  devra  être  accompagné  d'un   pli 
cacheté,  contenant  le  nom  et  l'adresse  de  l'artiste. 

Pour  la  formation  du  Jury,  on  s'adressera  à  Messieurs  : 

I"  (îeh.  Obcrbaurath  Adler  à  Berlin. 

2"  Essenwein,  Conservateur  du  Musée  germanique  à 
Nuremberg. 

3"  Geh.  Regierungsrath,  Professeur  Hase,  à  Hanovre. 

4"  Professeur  Pierre  Jansen  à  Dusseldorf. 

5"  Welter,  peintre  à  Cologne. 

6"  Professeur  Ev/erbeck  à  Aix-la-Chapelle. 

Le  premier  prix  est  de  3000  marks  ;  le  second  est  de 
1500  marcks. 

Dans  le  cas  où  le  jury, —  dont  au  moins  trois  membres 
doivent  être  présents  pour  prendre  une  décision,  —  ne 
croirait  pas  pouvoir  décerner  de  prix,  la  somme  de  4500 
marks  restera  à  sa  disposition,  pour  la  partager  entre  les 
travaux  relativement  les  meilleurs.  Toutefois  il  est  entendu 
que  ni  le  chapitre,  ni  le  comité  du  Karls-V'erein  ne 
prennent  d'engagement  relatif  à  l'exécution  d'aucun  des 
projets  envoyés  au  concours. 

Après  le  verdict  du  Jury,  les  projets  seront  exposés 
publiquement,  pendant  quinze  jours. 

Le  programme  des  concours  ci-dessus, a  été  approuvé  par 
le  comité  du  Karls-Verein  dans  sa  séance  du  15  mai  1885. 

Le  Président  du  Karls-Verein 

Claessen  Le  Secrétaire 

Ober-Regierungsrath  a.  D.  DuEUSC 

.Staats-Prokurator  a.  D. 

Extrait  du  vœu  émis  par  la  division  des 
constructions,  du  ministère  des  travaux  publics, 


dans  sa  séance  du   29  mai   18S4,  concernant  la 
décoration  de  l'Octogone  carlovingien. 

La  division  recommande  de  la  manière  la  plus  expresse 
de  renoncer  pour  la  décoration,  à  tout  revêtement  en 
marbre,  aux  piliers  et  aux  murs  —  à  l'exception  du  pave- 
ment qui  peut  recevoir  un  décor  modeste  de  cette  nature. 
Elle  recommande  au  contraire,  —  en  s'inspirant  des 
exemples  et  modèles  existants,  —  une  peinture  de  style 
ancien  au  moyen  de  couleurs  minérales  de  Keim.  — 
Comme  modèles  pour  les  peintures  de  figures  qu'il  y  aura 
lieu  d'exécuter  aux  endroits  sur  lesquels  doit  porter  l'accent 
de  la  décoration,  on  indique  les  peintures  murales  récem- 
ment découvertes  à  l'ilede  Reichenau,  dans  l'église  abba- 
tiale de  Saint-Georges,  celle  du  Coder  Ekbcrti  de  Titves, 
enfin  pour  les  peintures  décoratives  les  manuscrits  de 
l'époque  carlovingienne  qui  se  trouvent  à  Paris,  \'ienne 
et  Gotha. 

En  ce  qui  concerne  la  décoration  en  mosaïque,  on  en 
recommande  un  emploi  très  restreint,  parce  que,  si  dans  ce 
mode  de  décoration  il  n'était  pas  procédé  avec  beaucoup 
de  tact,  le  danger  de  dénaturer  le  monument  serait  a 
redouter.  Se  prévalant  d'opinions  émises  antérieurement, 
on  recommande  de  réserver  seulement  pour  la  décoration 
en  mosaïque,  l'épaisseur  des  arcades  et  des  ébrasements 
des  fenêtres;  encore  celle-ci  devra-t-elle  être  d'une  tonalité 
très  calme,  afin  de  conserver,  aussi  complètement  que 
possible,  dans  la  restauration  actuelle,  le  caractère  simple 
et  monumental  du  vénérable  édifice,  caractère  qui  cer- 
tainement a  existé  autrefois. 

L.  G. 


wWMc  î)e0  matières.  Hnnée  ISSo» 


p.  I 

et 

139 

13 

et 

1S5 

p- 

41 

53 

et 

311 

P- 

159 

168 

et 

299 

P- 

193 

P- 

279 

Le    Symbolisme    chrétien   au   IV^    siècle,    d'après   les   poèmes    de    Prudence,   par 

Paul  Ali.ard pp 

Anciens  ivoires  sculptés,  par  Ch.  de  Limas       pp. 

Études  d'archéologie  et  d'histoire  sur  Villeneuve-lez-Avignon,  par  labbé  F.  Fuzet... 
Des  vases  et  des  ustensiles  eucharistiques,  par  l'abbé  J.  Corislet pp. 

(Voir  la  suite  au  tome  IV.) 

Le  beau  esthétique  et  l'idéal  chrétien,  par  le  B""  Jean  Bethune  de  Villers      

Broderies  et  tissus,  conservés  autrefois  à  la  cathédrale  d'Angers,  par  L.  de  Farcv.   pp. 

(Voir  la  suite  au  tome  IV.) 

Crosse,  Mitre  et  Chape  offertes  à  Mgr  l'évèque  d'Angers,  par  L.  de  Farcv 

Sculpture  du  XV^  siècle,  par  L.  de  Farcy 

Les  deux  bénédictions  de  Jacob,  sculpture  sur  bois  du  musée  de  Verdun  (Meuse), 

par  l'abbé  Jules   Didiot     p.        281 

Le  trésor  de  l'église   de  Sainte-Marie  près  Saint-Celse,  à  Milan,  par  Mgr  X.  Barbier 

DE    MONIAULT p.    287 

Origine  de  la  croix  de  Lorraine,  par  Léon  ("iErmain 

Le  triomphe  de  saint   François,  par  E.   Cartier 

Calices   de   saint  Gérard    et   de  saint  Josse,  d'après  les  archives  bénédictines,  par 

C.    K.OHAULT    DE    FlEURV 

Peintures  murales  romanes  à  la  cathédrale  de  Tournai,   par  L.  Cloquet 

Les  crucifix  champlevés   polychromes,  en  plate  peinture,  et  les  croix  émaillées, 

par  Ch.  de  Linas p.       453 

CCorrcsponDancc. 

L'église  royale  de  Saint-Nicolas  à  Bari,  (X.  B.  de  M.).  —  Les  cheveux  de  la  Sainte 
Vierge  et  les  reliques  des  Saints  Innocents,  (B.  Chaiîau).  —  Dalmatique  de  Thibault 
de  Nanteuil,  (L.  Marseaux).  —  L'émail  de  Poitiers  et  la  dalmatique  de  Beauvais, 
(Ch.  de  Linas) p 

L'église    de    Fours,    près   Avignon,   (Fr.   de  Fontaine,  X.  B.  de  M.,  F.  Fuzet) p. 

Règne  de  Jésus-Christ.  —  Sculptures  de  Solesmes  et  les  Richier,  (J.  Didiot).  — Un 
dernier  mot  sur  les  saints  à  la  cathédrale  de  Châlons,  (4"^  travée),  (P.  Lucot).      ...     p. 

l^oiiucUcs  et  jtnclangcs. 

Une  heure  à  l'exposition  rétrospective  de  Rouen,  (I>.  de  Farcv).  —  Exposition 
romaine  à  Turin,  (C.  Rohault  de  Fleurv).  —  Peintures  murales  d'Andressein, 
(J.-M.  Richard).  —  Excursion  delà  Gilde  de  Saint-Thomas  et  de  Saint-Luc,  (X.).     p. 

Émaillerie  byzantine.  La  collection  Svenigorodskoi,  (Ch.  de  Linas).  —  Encore  l'émail 


7 

et 

479 

P- 

329 

P- 

419 

P- 

437 

P- 

442 

65 

202 


69 


546 


iRctJuc   De   l'3rt    chrétien. 


de  Poitiers.  —  Miniature  du  terrier  de  l'évêché  d'Avignon,  (F.  Fuzet).  —  Une  ancienne 
custode  à  reliques,  (B.  de  V.).  —  Les  anciens  vitraux  de  Flêtre,  (I.  de  Coussemaker). 

—  Le  monogramme  1  H  S  sur  les  hosties,  (V.  A.nuîrosiani).  —  A  propos  d'une 
Image  du  Sacré-Cœur.  —  Le  plafond  du  Pérugin,  à  la  salle  de  l'Incendie 
du    Bourg,    (X.  B.  de  M.) 

Fouilles  à  Saint-Ouen  de  Rouen,  (G.  A.  P.).  —  Quelques  remarques  sur  l'ancienne 
étoffe  dite  Stauracis  ou  Stauracinus,  (V.  Ambrosiani).  —  Inventaire  du  mobilier 
de  Mgr  Louis  Martini,  évêque  d'Aoste,  (P.-É.  Duc).  —  Inventaire  des  meubles 
qui  se  sont  trouvés  à  l'église  d'Auzeville  (Meuse),  (Cillant).  —  Trésor  de  la 
cathédrale  d'Aoste,  (P.  Duc) 

Le  stauracis  et  la  quadrapola.  —  Une  Bible  du  XIIP  siècle.  —  Inventaire  de  la 
chapelle  St-Georges,  au  prieuré  d'Aquitaine,  à  Poitiers,   en  1627,   (X.  B.   de  M.). 

—  Les  Inscriptions  Funéraires,  (Ph.  van  der  Haeghen).  —  Excursion  de  la  Gilde 
de  Saint-Luc  et  de  Saint-Thomas,   (J.  H.  et  G.  F.) 


203 


P-       338 


491 


TratJaur  Des  Socictc.s  satiantcs. 


FRANCK.  —  Société  des  antiquaires  de  France 

Société  de  l'histoire  de  Paris.  

Société  de  l'histoire  ecclésiastique  de  Paris 

Société  de  l'histoire  de  France 

Société  académique  de  Saint-Quentin 

Société  Éduenne 

Société  des  sciences,  belles-lettres  et  arts  de  Tarn  et  Garonne. 

Société  historique  et  archéologique  du  Maine 

Commission  des  antiquités  et  des  arts  de  Seine-et-Oise. 

Société  littéraire,   historique  et  archéologique  de  Lyon 

Société  d'agriculture,  sciences  et  arts  de  la  Marne 

Société  historique  et  archéologique  du   Périgord.  

Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres 

Société  de  Saint-Jean 

Société  archéologique  du  Limousin 

Société  des  antiquaires  de  Normandie 

Société  historique  de  Gompiègne.  

Académie  de  Reims 

Société  des  antiquaires  de  l'Ouest 

Société  archéologique  de  l'Orléanais 

Société  des  sciences  historiques  de  l'Yonne 

Société  archéologique  de  la  Charente 

Société  archéologique  d'Avranches 

Société  d'émulation  d'Abbeville 

Association  française  pour  l'avancement  des  sciences 

Archives  historiques  de  la  Saintonge  et  de  l'Aunis 

Comité  archéologique  de  Senlis     

Société  française  d'Archéologie 

Réunion  des  sociétés  savantes,  ;\  la  Sorbonne 

Comité  des  travaux  historiques 

Académie  du   Var 

Société  centrale  des  Architectes  de  France 

Comité  des  travaux   historiques 

Société  académique  de  l'Oise 

Société  archéologique  de  Béziers.         

Société  des  sciences  morales  de  Seine-et-Oise 

Académie  de  Bordeaux 

Académie  de  Rouen 

Société  des  Antiquaires  de  Picardie.  

Société  archéologique  de  Chauny 


pp-   84,  233, 

366,  517 



p.    85 



p-   365 



p.   8s 

p.   86 

p.   86 



p.   87 



p.   87 



p.   87 



p.   88 



p.   88 



p.   88 

...    pp.   S9, 

236,  36s 



p.  232 

pp- 

232,  513 



P-  233 



P-  233 



P-  234 

pp- 

234,  365 



P-  235 

P-  235 



P-  235 

...   ...   pp. 

235,  514 



P-  235 

p.  236 

P-  237 

P-  237 



p.  238 



P-  3(>3 



P-  363 



P-  365 



P-  370^ 

P-  513 



P-  514 



P-  S'4 



P-  SIS 

P-  5'5 

p.  516 

P-  S17 



P-  517 

Cable  Des  matières. 


547 


p- 
p- 
p- 
p- 


518 
89 
90 
90 


..    pp    90 

,  239, 

368 

p- 

238 

p- 

36S 

p- 

369 

p- 

239 

p- 

5.8 

.. 

p- 

369 

pp. 

92,  241, 

371, 

519 

pp. 

117.  254, 

395. 

540 

Académie  d'Arras • 

BELGIQUE.   —  La  Société  d'art  et  d'tiistoire  du  diocèse  de  Liège 

Institut  arcliéologique  liégeois 

Société  archéologique  de  Namur 

Commission  royale  d'art  et  d'archéologie  de  Belgique 

Académie  royale  des  sciences  de  Belgique 

Société  des  sciences,  arts  et  lettres  du  Hainaut 

Cercle  archéologique  de  Mons 

ROME.  —  Académies  et  sociétés  savantes  de  Rome 

Académie  pontificale  d'archéologie 

LONDRES.  —  Institut  royal  des  architectes  britanniques 

Bibliographie 

Index-Bibliographie 

CCbroniquc. 

PREMIÈRE     LIVRAISON    :     ^VRES    ---^^ ^^^  ,  ^ ^r^a^r^x^^::: 
(Oradour-sur-Vayres,    Besançon,    PéronvUle,   S'^'"  "f  f^'^^^^^^X^"  J^   de  sàint-Paul  à  Londres.    Hôtel 

SchaerheecK     Equateur     ^°-\l^^^^^^^^T,oT:      aul^^^^^^^^^      cathédrale    de    Rouen.    Clocher   de 
de   ville    de    Samt-Nicolas.     —    RESTAU  «.a  1  xwi-mo  .     a  „    .    ,   „  x    r--,r,H     Vaii^ps    de 

sLnt-rront   .    Périgueu.    Hôtel    de    ville    de    Louvain.     -f^J^^^^^^^^^^^^''^^^ 
Bavonville,     de     Braine    le    Comte,     de    Saint-Eustache     à    Paris.     Tour    de   uio 
deTmonuments  historiques.   La  Marienhurg.  C^-^jation    de   moments  et    soç^^^^^^^^ 
en    Allemagne.    Travaux    à    Rome.    Dôme    f  J^--    "    "f  ^edsout   Un  Albert  Durer  et  plusieurs 
Bucherie,    à   Paris.    Trouvailles   à    Tulette,   à   «^^^^'S"'^^' j^^Jf^;f^^°"%XjSÉES     -    VENTE. 
^        V,        ^*         rrnvrrRTTc;    VT    -FXrnRSIONS.    —    EXPOSITIONS.    ^    MUSt-tb.  vcini 

Rembrandt.  ^  CONGRES    ET    EXCURSIONb_  Imagerie     -  ŒUVRES  NOUVELLES  = 

2^  LIVRAISON.   -   Chapelle  des    Arts.    -  Ecoles  d  Art.    --  l'^^g^"^"  saint-Vincent    de    Rouen. 

Peintures    murales    à    Châlons.     Broderies   à     C;^^^-"-^°"7-J;;;73%ts   Dames   du    St-Sacrement 
Basilique  de   Saint-Martin    à  Tours.    Peintures   ^u   Panthéon.    Chapelle   des   D  ^^^^^^^ 

A  Rome.  Cathédrale  de  Westminster.  Médaille  de  Léon  ^"^-  "  f/^/  ,"r;^,,^  >,  ,^ -.l^^éj^ale 
Vitraux  deSaint-Étienne-du-Mont.  Les  Beaux-Arts  à  la  chambre  des  députés.  ""^'^^^^^^  ilu/Te 
ir  Châlons.  Chapelle  de  la  Sainte-Vierge  à  Reims.  ^.Hse  de  Samt-G^rmam-ds-Pré  .  T^^^^^^ 
Philippe-Auguste  et  porte  de  Saint-Denis.  Palais  des  Papes  .\  ^^^S""""  ^^ff™^/^.;"^  Château  de 
.  Rou'en.  Ta'pisseHes  de  Pontoise.  Château  ^^-^^^^!^^-^°^:::^^Z^':^^;Z:^^:^^^ 
^^^^^^/r^^^SSTsZZ^T^^^^:  œuvres  de  Guido^eni  et  de  Gé  a  d 
Dorornementde  saint   Ebbon  à  Sens.   Antique  autel  chrétien   ^^-!:--^-rsÏÏnt-rarie-r.r^^^^ 

Le  cnrisiopnore.  ,      ,       „.  rTTTTVR  TTSTMOIJ  VELLES  :  Églises  de  ChâtiUon-sur-Indre, 

Cl,,nd,rnaeor,    d.  Cheralle-Haulcurs,   d.  S.n.,   de    Lourde.     P«'"'""»   *",'"'   du    dSm.  d'AI,-.,- 

S.l„t-Vl„c.n,-d.-Pa„,    d=  Marseille    au  '"'^"''''^'''j^l'ZTJeu.i  <1.  Bo„„e-Nouvell.  J  Rouen. 
re,„^:::traTe/d\•:M;;.rr■^:Llr:^rsr2:^i%o^..our.,     norenoe    KO...  .=       - 

ruTiL^S  .T  .KOUV.,...S  :   C.oouv.r..   .^  Tourn.^  îî-^tcnHsSSs"".;  '  P-^ocr  Ha 

SITIONS;  Paris,    Nurenberg,    Anvers,    etc....    —    CONGKta 

Sorbonne.   à    Lille.  -  MUSÉES.  EXPOSITIONS    DIVERSES:  Cologne,   Munster,  Paris, 

...  LIVRAISON.  ---  ^^^,-j;^^-^^^;^^^;\ôuVErLE?:  Obi' ^    d'art  religieux.  Statues.  Constructions 

Berlin,  Turin.  -Ecoles  d'Art. -ŒUVRh-biNUU  n     de  Boulogne     Basilique  de  Fourvière.    - 

d'égiise.    Les   arts  ^   ---"    ^J^^^^^  J:rp::ts  d'^^ 

RESTAURATIONS  ET  Db.bTRUCTIONb.  ^^^P^;'^"^  courcôme    É"lise  de  Vendée.  Église  de  MaroUes- 

r^;ar:°'iirs^;ôu.trrr:r;i.^'^;i:.rsïï,u!L,.„„:„.,,,  w .  Ho„e.  Pei„.ure.. 


548 


îRctiuc  Oe    ratt    cfjtétien. 


Venloo.  Chapitre  de  Valence.  —  NOUVELLES  ET  TROUVAILLES  :  Peintures  murales  ;\  Antibes. 
Peintures  du  X'  siècle  à  Rome.  Table  des  noces  de  Cana.  Pierres  tombales  à  Gand.  —  CONGRÈS  ET 
EXCURSIONS:  Congrès  archéologique  de  France  à  Montbrisson.  Excursions  de  la  Société  des 
Archives  de  Saintonge,  de  la  Commission  des  Arts  de  Saintes,  de  la  Société  historique  de  Compiègne, 
delà  Commission   historique  du  Nord.    Congrès  eucharistique  à  Fribourg.  —MUSÉES.  —  CONCOURS. 


lîccrologic. 


M.   Ernest   Deger.     ... 
M.  Henri  Dobbelaere. 

M.  Cartuyvels 

M.   Georges  Fuchs.  ... 


Questions   et  réponses. 


Plaques  de  foyer  en  fonte  de  fer.  — Notre-Dame  de  Bon-Secours,  de  Nancy.  —  La  Vierge  A  l'encrier. 

Notre-Dame   de   Bon-Secours,  à  Nancy.   --  Les  décanats  wallons 

Broderies   religieuses 


P-  275 

P-  275 

p.  275 

p.  276 


P- 
P- 
P- 


^37 
277 
417 


TatJle  Des  ïilancijes 


Triptyque  byzantin  en  ivoire.  —  Face  antérieure. 
Id.  Id.  Id.       —  Face  postérieure. 

Étoffe  brodée  et  mitre  à  l'exposition  de  Rouen. 

Vierge  en  ivoire  à  l'exposition  de  Rouen. 

Crucifix  de  la  cathédrale  de  Léon.  —  Face. 
Id.  Id.  Id.     —  Revers. 

Crosse  offerte  à  IVIgr  l'évêque  d'Angers. 

Mitre  Id.  Id.  Id. 

Chape  Id.  Id.  Id. 

Miniature  du  terrier  de  l'évêché  d'Avignon. 

Sculpture  du  XV  siècle  :  parabole  du  mauvais  riche. 
XII-XIII.  Sculpture  du  XVI'  siècle:  Les  deux  bénédictions  de  Jacob. 
XIV  et  XV.  Fouilles  à  Saint-Ouen  de  Rouen. 

XVI.  Calices  de  saint  Gérard  et  de  saint  Josse. 

XVII.  Peintures  murales  à  la  cathédrale  de  Tournai. 

XVIII.  Crucifix  en  émail  champlevé  du  musée  du  Louvre. 

XIX.  Crucifix  limousin,  écusson  de  croix  limousin  et  écusson  d'émail  cloisonné  (Rhin). 


I. 
II. 

m. 

IV. 

V. 

VI. 

VII. 

VIII. 

IX. 

X. 

XI. 


Ifignettcs  intercalées  Dans  le  tejcte. 


Croix    de    l'autel    du    tombeau    de    Galla 

Placidia p 

Croix  de  la  patène  Stroganow p 

Revers  de  l'hiérothèque  de  Limbourg-sur- 

la-Lahn p 

Flambeau  allumé  entre  deux  cyprès  inclinés  p 
Premier   feuillet  du   diptyque  de   Ruffus 

Probianus  p 

Poignées  (i'épées p 

Camée  byzantin  de  la  collection  V.  Gay  ...  p 

Peintures   murales  d'Andressein p, 

»  >■  »  p 


26 
26 

28 
29 

3' 
33 
37 
76 

77 


P- 


Le  mystère  d'Emmaiis 

Fragment  de  l'architecture  de  la  cathédrale 

de  Gand p. 

Dessin  d'une  partie  de  la  chasuble  de  Raoul 

de  Beaumont p. 

Six  chasubles  conservées  h  la  cathédrale 

d'Angers pp.     181 

Crucifix  peint  dans  le  S(Krame7itatre  de  Roda   p. 

Croix  de  Reccesvinth.  (Revers)     p. 

Ex-~>olo  de  Swinthila        p. 

Une  ancienne  custode  à  reliques  du  musée 

d'antiquités  de  la  ville  de  Gand p. 


IIO 

12S 

169 

183 
189 
190 
191 


Cable  Des  matières 


549 


Monogramme  I  H  s  ...  pp.  225,  226,  227, 
Chalumeaux  eucharistiques  à  l'abbaye  de 

AA/^ilten 

Ambon  de  la  rotonde  du  Saint-Sépulcre  à 

Bologne 

Aube  de  saint  Bertulphe 

Croix  de  Lorraine         pp.     332,  335, 

Objets  divers   trouvés  dans  les  fouilles  de 

Saint-Ouen  à  Rouen.       ...     pp.     346,  347, 

Ornement  sacerdotal  orné  de  croix 

Chapiteau  symbolique  à  la  Lihde 

Vue  de  la  cathédrale  d'Anvers 

Fer  à  gaufres  du  XV=  siècle.  Besançon.    ... 

Tombeau  de  sainte  Claire 

Cathédrale  d'Assise 

Fer  à    hosties    conservé    au    couvent    de 

Greccio '. 

Hostie  faite  avec  le  moule  de  Greccio. 


228,  229    j      Légende  de  sainte  Marguerite,  pp.  44;,  446,  447,  448, 

450,  451 

p.     248          Crucifix  émaillé  en //<^/é?/t■^>^/7/r(? p.  455 

Type  restitué  du  crucifix  de  Jean  Garnier.  p.  457 

p.     249         Type  de  croix  limousine  ;  revers p.  458 

p.     250         Revers  de  crucifix  limousin p.  459 

336,  337          Crucifix  limousin  à  silhouette  réservée     ...  p.  460 

Écussons  de  croix  limousine p.  465 

348,  349         Croix  ornée  d'émaux         p.  467 

p.     252          Type  de  croix  allemande        p.  468 

P-     377          Types  de  croix  allemande       p.  469 

p.     383         Crucifix  allemand     p.  470 

p.     384   I      Type  de  croix  allemande,  revers p.  471 

p.     422          Médaillon  en  émail  cloisonné       p.  471 

p.     424         Crucifix,  de  Sa.inte-Marie  ùiderSc/imtrgassc, 

à  Cologne  ;  recto      p.  472 

p.     436         Christ  manceau  en  bronze     p.  473 

p.     à2(>   j      Image  liturgique        p.  527 

j"     Images  liturgiques    p.  528 


Table  par  nonis  D'auft-'lirg^  #^ 


AllarI)  (Paul).  —  Le  Symbolisme  chrétien  au  IV  siècle,   d'après  les  poèmes  de  Prudence p.      i. 

AmkrOSIANI  (Archip.  V. )  —  Quelques  remarques  sur  l'ancienne  étoffe  dite  Stauracis  ou  Stauracinus.  p. 

Barbier  de  Montault  (Mgr  X.).  —  Le  trésor  de  l'Église  Sainte-Marie  près  Saint-Celse,  à  Milan,  pp.  287 

L'église  royale  de  Saint-Nicolas,  à  Bari  (Correspondance)     p. 

La  monographie  de  l'église  de  Fours,  près  Avignon  (Id.)     p. 

Le  monogramme  I  H  S  sur  les  hosties  (Nouvelles  et  Mélanges)     ...  p. 

A  propos  d'une  Image  du  Sacré-Cœur  (Ibid.)     p. 

Le  plafond  du  Pérugin,  h  la  salle  de  l'Incendie  du  Bourg  (Ibid.)  p. 

Le  stauracis  et  la  quadrapola  (Ibid.) p. 

Une  Bible  du  XIII'^ siècle  (Ibid.).  —  Inventaire  de  la  chapelle  St- 
Georges,  au  prieuré  d'Aquitaine,  à  Poitiers,  en  1627  (ibid.). 


Bibliographie    pp.     93,  243,  375,  3S6, 

BetHUNE  DE  VlLI.ERS(B  ""].).—  Le  beau  esthétique  et  l'idéal  chrétien       

Bibliographie       

Callier  (G.).  —  Bibliographie      

Cartier  (E.).  —  Le  triomphe  de  saint  François         

Chabau  (B.).  • —  Cheveux  de  la  Sainte  Vierge  et  les  reliques  des  Saints    Innocents  (Correspondance!. 

Chaillot  (L.).  —  Bibliographie 

Cloquet  (L.)  ^ — Peintures    muiales    romanes  à  la  cathédrale  de  Tournai    

PP-     '07,  "4,  246,  jS', 


P 
526, 

P- 

P- 
P- 
P- 
P- 

...     p. 

...  p. 
389,  532, 

PP-     53. 

...     p. 

P- 


Bibliographie     

CORBI.ET  (Abbé  J.).  —   Des  vases   et    des  ustensiles  eucharistiques     

Bibliographie     

De  Coussemaker  (I.).  —  Les  anciens   vitraux   de   Flètre  (.Nouvelles  et  mélanges) 

UlDIOT  (Abbé  J.).  —  Les  deux  bénédictions  de  Jacob,  sculpture  sur  bois  du  musée  de  Verdun  (Meuse),  p. 

P- 
P- 
P- 
168, 

P- 
P- 
P- 


Règne  de  Jésus-Christ  (Corresp.).  —  Sculptures  de  Solesmes  et  les  Richier  (Ibid.). 
Duc  (Ch"^  P.-E.).  —  Inventaire  du  mobilier  de  Mgr  Louis  Martini,  évêque  d'Aoste  (Xouv.  et  Mél.). 

Trésor  de  la  cathédrale  d'Aoste  (Ibid.)      

Farcv  (L.  de).  —  Broderies    et    tissus,    conservés   autrefois   i'i   la  cathédrale  d'Angers     ...  pp. 

Crosse,  Mitre  et  Chape,  offertes  ;\  Mgr  l'évêque  d'Angers      

Sculpture  du  XV^  siècle      

Une    heure  à    l'exposition    rétrospective  de    Rouen  (Nouvelles  et  Mélanges) 


139 
351 

479 
65 
202 
225 
229 
230 
491 

494 
536 
159 
100 

534 
419 

65 

107 

442 
536 
511 


--J 
2S1 
510 

355 
362 
299 

193 

279 

69 


550 


lacuuc   Dc    rart   cfjcctien. 


FuzET  (Abbé  F.).  —  Études  d'archéologie  et   d'histoire  sur   ViUeneuve-lez-Avignon         

La    monographie   de  l'église  de    Fours,   près  Avignon  (Correspondance)     

Miniature   du    terrier  de  l'évêché    d'Avignon  (Nouvelles   et    Mélanges)         

Fontaine  (Fr.  DE,i.  —  La  monographie  de  l'église  de  Fours,  près  Avignon  (Correspondance)     

Germain  (LÉON).  — Origine  de    la    croix  de  Lorraine     

Plaques  de  foyer  en  fonte  de   fer  (Questions  et  réponses).  —  Notre-Dame  de 

Bon-Secours,  de  Nancy  (Ibid.)       

Les  décanats  wallons  (Questions   et    Réponses).  

GiLLANT. —  Inventaire   des   meubles  qui  se   sont   trouvés   à  l'église  d'Auzeville  (Meuse)      

Helbig  (J.).  —  Excursion  de  la  Gilde  de  St-Thomas  et  de  St-Luc  (Nouvelles  et   j\Iélan,^'es)         

Notre-Dame  de  Bon-Secours  (Questions  et  Réponses)     

Bibliographie  PP' 

LiNAS  (Ch.  de).  —   Anciens   ivoires   sculptés PP- 

Les  crucifix  champlevés  polychromes,  en  plate  peinture,  et  les  croix  émaillées. 

L'émail  de  Poitiers  et  la  dalmatique  de  Beauvais   (Correspondance)       

Émaillerie  byzantine.   La  collection  Svenigorodsiioi  (Nouvelles  et  Mélanges)    ... 

Bibliographie PP- 

LUCOT  (Abbé  P.).  —  Un  dernier  mot  sur  les  saints  à  la  cathédrale  de  Châlons  (4«  travée)  (Corresp.)... 

MaLLAT  (J.).  —  Bibliographie       P- 

Richard  (Abbé  J. -M.).  —  Peintures  murales  d'Andressein  (Nouvelles  et  Mélanges) p. 

ROHAULT  DE  Fleurv  (G.)  —  Calices  de  saint  Gérard  et  de  saint  Josse         P- 

Exposition  romaine  à  Turin  (Nouvelles  et  Mélanges) p. 

Van  DER  Haeghen  (Ph.)  —  Les  Inscriptions  Funéraires  (Nouvelles  et  mélanges)        p. 


p.  41 

p.  202 

p.  21S 

p.  202 

p-  329 

p-  137 
p.  277 
p.  362 
p-  495 
P-  277 
92,  371 
13,  185 
P-  453 
p.  67 
p.     203 

241,  519 
p.     511 

246 
75 

437 
73 

495 


^  6abtc  analj)ttque.  ^ 


A. 

Abbeviile   (soc.  d'EmuL),  235.  250 

Académie  —  des  Inscript,  et  Helles-Lettres, 
&9.  238,  365  —  de  Belgique,  238.  266  —  de 
Rome,  23g  —  de  Bordeau.v,  315  —  de 
Rouen,  516  —  de  Reims,  234  —  d'.Ainietis 
518  —  des  Beaux-Arts  à  Bruxelles,  54_f,  — 
d'Arles,  363  —  du  Var,  365  —  pontif. 
d'Arch.  à  Rome.  518 

Adam,   394.    456,    466    —  (crâne  de),  210 

Adamy,  (Doct.),  541,  ïi8 

Adeline(J.),  39:; 

Agaune  (abb.  d").  i86,  325 

Agen  —  musée,  389  —  fiesques.  443 

Agiothyrides,  13 

Agneau  pascal,  294 

Agnès  (Ste),  240,  526 

Agnus  Dei.  90,  94,  100,  130 

Agrafe,  266  —  pontificale,  538  —  de  chape,  368 

Aigre,  246 

Aigret  (chan.).  506 

Aiguière,  294 

AirvauU  (égl.  d'),  547 

Aitchison  (G.),  370 

Aix-la-Chapelle  (mosaïque  d'),  401 

Ajuda  (calice  à),  34 

Albae.  180 

Albanès  (abbé  J.-H.),  254 

Albarine  (vallée  de  1'),  88 

Albert-Durer,  (V.  Durer) 

Alger  (écoled  ),  258 

.Allard  (P.),  139,  212,  520,  540 

Allart,  390 

Allemagne,  39  —  prfèvr. .  477  —  émaux,  514 

Allemand  (J.  1').  Em.  423 

Allonville  (Cte  d'),  242 

Allou  (Mgr  A.),  117 

Aller  lions,  248 

Amand  (S.),  monast,  246 

Amand  (J.)sculp. ,  369 

Ambasac  (châsse  d'),  460 

Ambièle  (egl.  d"|,  556 

Ambrosiani  (archip.  V.),  229,  251,  351,  et 
suiv. ,  491 

Ame  (Symb.  de  1'),  144,  451 

American  journ.  of  arch. ,  393 

.Ameublement  eccl. ,  92 

.\mict  historié,  529 

Amiens  —  calice,  54  —  inscription,  85  — 
histoires,  242 

.\nchin  (orfèv.  à),  414 

André  (St),  17,  297  — autel  port.,  82 

Andressein,  2  — église,  75 

Angers,  i5i  —  objets  offerts  à  l'év. ,  193  — 
broderies,  29g  —  musée,  i;34  —  église,  535 

Angoulême,  235  —  art.  chrét.  232 

Anjou  (armoriai  de  1'),  380 

Anneau  pastoral,  130  —  épiscopal  et  pontifi- 
cal, 538 

Annequin,  archit.,  91 

.Annonciation  (iconogr.  de  1"),  24 

Amibes  (fresque  â),  554 

Aniigny,  517  —  sarcophages,  315 

.Antiquaires  —  de  France.  84,232,  366,  517  — 
de  l'Ouest,  365  —  de  Normandie,  233 

.Antoine  (.Si)  deP.,  529 

.Anvers.  326  —  guide.  382  —  Verriers  à,  368  — 
démolition,  405  —  artistes,  530  —  exposi- 
tion, 408.  543 

Aoste  —  dipt.  d'.Astyrius,  90  ^  inventaire,  355 
—  trésor,  362 

Apariccio,  188 

Appareillage  de  pierres,  86 

Appert  (M.),  270 

Apôtres,  17,  453  —  symboles,  146 

AquamaniU,  530 

Aquitaine,  392 


Arabie  (carte  de  1),  188 

Aradou,  507 

Araman  (G.  d'),  archit.  ,108 

Arbellot  (abbé),  414 

Arbois  (Jubainville  d'),  518 

Arbres  paradisiques,  28,  39 

Arcachon  (égl.  d'),  400 

Archanges,  252 

Archéologie  chrét. ,  247 

Architectes,  91  — -anciens,  268  — Avignonais, 

168  —  Britanniques  (soc.  ),  36g  —  Français 

(soc.),  370  —  hist.  des.  516 
Architecture,  — à  Vienne.  389 — à  l'exposition 

d'Anvers,  547  —  au  salon  de  Paris,  549 
Archives  —  hist.  de  la  Saintonge,  237 
Ardagh  (calice  à),  156 
Aréthas(St),  19 
Arendt(Ch.  ),  397 
Argenterie,  g2,  367,  386,  390 
Aria  (M.  d'),  397 
Ariège,  131 
Arius,  232 

Arles  I.Acad.  d'),  363 
Armellini,  240,  518 
Armoriai  de  l'.Anjou,  380 
Amault  (A.),  403 
Arnoul  (J.),  sculp. ,  90 
Arras.  —  eath.,  317  —  biblioth.,  392  —  orfèv., 

414  —  Acad. ,  518 
Art  —  ancien,  35  et  suiv.,  211  — byzantin,  35 

et  suiv.,  216,  533  —  chrétien,   16,  414,  426 

—  religieux,  103  à  195,  513  —  civil,  165 
industriel,  544  —  Franc.  347  —  Français, 
412  —  Italien,  38g  —  .Arabe,  188  —  Espa- 
gnol, 188 —  Persan  et  Hindou,  190 —  Russe, 
204  —  Mosan,  248  —  Rhénan,  248  — 
Revue  de  l'.Art  français,  393  —  évolution 
del'. ,  192 

Arts.  — décoratifs,  239,  257, 219 — hédoniques, 
105  —  plastiques,  105  —  exposition  des 
Arts  décor. ,  134 —  chapelle  des,  399  —  à  la 
cour  d'Avignon,  167 

Artistes.  — anciens,  168,  393 et  suiv.,  513  — 
Cambrésiens,  412  —  Lorrains,  412  —  Mon- 
tois,  369  —  Vénitiens,  531  —  à  la  cour  de 
Gonzague,  530 

Assise  —  cath.  423  —  reliquaires,  324  — 
calices,  56  —  St  François  d'.,  (V.  François) 

Assomption,  480 

Asters,  25 

Asturies  (orf.  des),  191 

Astyrius  (dipt.  d'j,  90 

.Atelier  de  St-|ean.  358 

Athos  (Mont).  203 

Attitude  contorsionnée,  368 

Audiat,  237.  254 

Audebert  (P.)  archit.,  168 

.Augemer,  19g 

Augnat  (reliq.  à),  168 

Augustin  (Soc.  de  St-),  526,  544 

Aumônières,  72 

.Auss'm  Weerth  (E.),  373 

Autel,  259  —  chrétien,  267  —  des  reliques,  i.\-] 

—  table  et  parement,  279  —  moderne,  546 
Autun  (égl.  d'),  313 

Avignon,  326  —  arts,  108  —  peintures,  252 
Avioth,  égl.,  245-509 
Avranches  (Soc.  arch.),  235-514 
Avril  (Baron  d'),  415 


Bach,  256 

Racquin  (J.  )  enl. ,  369 
Baes  (E.),  368 
Bagdad  (ivoire  de),  190 
Bahrfeldt  (M.),  397 
Bahuet  (J.)  peiiiu,  530 


Ballu  (.Al.)  archit.,  549 

Bancol,  267 

Bapst  (G.),  367,  518 

Baptême.  —  du  Christ,  100  —  symb,,  140 

Barbe  (Ste),  88,  366 

Barilégl.  St-N'ic),  65 

Bar-le-Duc  (musée),  55 

Bar-sur-.Aube  (calice),  53 

Barrât,  244 

Barrau  (abbé),  66,  514 

Barreau  (abbé),  540 

Barta,  254 

Barthélémy  (.A.  de),  84,  252,  £56  —(P.),  540 

Bartolomeo  (Ben.  di),  sculpt. ,  391 

Basile  le  Grand  (St),  22 

Basilewski  (A.)(coll.),  56,  136,  203,  248 

Basilique  de  St-\Villibrord,  80 

Bas-reliefs,  à  Maredsous,   100  —  à  St-Paul- 

lez-Dax,  367  —  funér.  548 
Basse-Normandie,  233 
Bastard  (Cte  de),  89,  267,  391 
Battel.  221 

Battesto(B.  di)  sculpt.,  391 
Baudry(P.),  265,463 
Bauly,  363 

Baye't  (G.).  216,  527—  (Ch.),   188,  215 
Baveux  (invent.),  198 
Bayonville  (égl.  de).  126 
Bazas  (dioc.  de),  515 
Beauvois  (égl.  de),  548 
Berard  (abbé  F.),  117 
Bernard  (L.  C.  ),  117 
Beeswillevald,  547 
Belleville  (égl.  de),  548 
Bellini  (|.).  84 
Bergmans  (P.),  392 
Berlin  (égl.  votive).  544 
Bernhardt,  verrier,  544 
Berthelé,  254,  537 

Bertolotti  (H.),  530  et  suiv.,  542,  397 
Beyarl,  546 
Bible,  493 
Bibliographie,  88  et  suiv.,  241  et  suiv.,  371  et 

suiv..  519  et  suiv. 
Bieujac  (égl.  de),  254,  400 
Bijoux  chrétiens,  110 
Binche  (hist   de),  368 
Biville  (calice  à),  55 
Biaise  (St),  22  —  statue,  506 
Blanc  (Ch.),  254 
Blancait  (L.),  117 
Blanchart  (L.),  410  —  J.-B.,  393 
Blandecques,  460 
Blant  (E.  ).  546—  (Ch.  ).  239 
Blasset  (NI.),  sculpt.,  250 
Blazimont  (égl.  de),  515 
Blignv.  253  —  vierge  en  ivoire,  115 
BIondel(S.).  388 
Boch  (Frères),  544 
Bohn  (R.  ),  541 
Boissoudy  (.A.  de),  117 
Bolsène  (Chap.  du  St-Corporal),  538 
Bonami,  archit.,  546 
Bonnel  (l'abbé  J.I,  254 
Bordes  (P.),  540 
Bord i au,  408 
Bordier  (H.),  395 
Borin.  395 
BoiligeiJ.).  398 
Bourcard  (G.  ),  540 
Bouchet  (C),  540 
Bourdon,  235,  546 
Boutellier  (.M. ),  93,  117 
Boutkowski.  n8 
Brackeleer  (de),  133 
Braine-lc-Comte  (égl.  de),  128 
Braquenier,  543 
Braqueinont'(M.),  88 


552 


Eeuiic   Dc   rart    chrétien. 


Breasson  et  Camut,  arcliit.,  349 

Brebières  (égl.  de),  546 

Bressers,  410 

Bretagne.  234 

Bretoa  (G.  le),  69 

Brie  (tapisserie,  darïs  la),  42 

Broderie,  69,  168,  190,  193,  197.  353,  260,  413, 
417.  546  —  à  Milan,  489  —  à  Angers,  299 
—  ,i  Dînant,  500  —  sa  reliure,  480 

Broglie  (duc  de),  85 

Broisse  (de  la),  366 

BrownlG.  ),  542 

Brugsch  (H.),  118,  397 

Bruges  (école  d'art  de),  69,  125 

Brugelette  (égl.  de),  392 

Brugsch  (H.),  397 

Brun,  394 

Bruxelles,  326  —  musées,  462  —  palais  de 
Justice,  381  — -verriers,  366 

Buda-Pestli,  368  —  exposition,  271 — musée,   ' 
209 

Buhot  de  Kersers,  367,  413 

Bulletin  monumental,  130,  251,  389,  536 

Bulliot(M.),  86 

Bumet-Leuis,  86 

Burckhardt  (J.),  540 

Burgos  (S.),  orf. ,   271 

Burgos  —  calice,  54  —  ciboire, 25,  324 

Bursae,  180 

Byzantin  —  style,  14,  368,  444,  517  —  camées, 
37  —  sources  du,  247  —  triptyque,  13  — 
objets,  15  —  émaux,  203  —  V.  art. 


Cabanel,  261 

Cablion,  393 

Caen  (Puy  à),  363 

Cagnat  (.M.),  85 

Cahier,  214 

Cahors  (peintures  murales),  233 

Cailhat,  56 

Calendriers  portatifs,  84 

Calice,  p.  72,  253  —  de  St  Chrodegand,  365  — 

iconogr.    du,    482  —  de  St  Josse,        —  de 

quête,  116  —  papal,  483 
Calices,  53  et  suiv.  —  à  Milan,  482 
Callier  (G.),  287 
Calmon,  233 
Calvaire,  515 

Calvinistes  (ravage  des),  m 
Cambrai  (artistes  de),  412 
Cambron  (abbé  de),  369,  451 
Cambrure  des  statues,  368 
Camées,  290  —  byzantins,  37 
Canipani  (A.),  398 
Campo-liasso,  251 
Camps  romains,  242 
Cannaert,  225 
C  ino  (.Mfonso),  435 
Canton  Salazar  ( !..  ),  120 
Cappa.  180 
Capronnier,  545 
Caravaca  de  Diano  d'Orba,  227 
Carini  (Isid.  ),  518 
Carinliiie,  461 
Cariez,  363 

C.irlovingienne  (sculpt.  ),  413 
Carniellagne,  peintre,  108 
Carnac,  234 
Carocci  (G.),  120 
Caron,  413-517 
Carpcntier,  548 
Carrache,  435 

Carrelage,  260  —  funéraire,  233 
Cartier  (E.),  102,  117,  159,  419,  510 
Carton,  383 

Cartuyvels  (Mgr).  259,  275 
Casan  (Jean  delà),  268 
Cassel  (lîxpos.  à),  129 
Casier  (D.),  545 
Caslan  (.V),  238,  383,  412,  395 
Cast.agnary,  412 
Castellana  (poterie  de),  367 
Caster  (abbé  Van).  221 
Caslillon  (sur  Dordognc),  268 


Castiglione  (S.  da),  388  —  église,  400 

Casteele  (Van  de),  248 

Catacombes  (St-Calliste),  267 

Cates  (A.),  370 

Cathédrale  de  Cologne,  106 

Catlierine  (Ste),  277 

Cathedra,  32 

Caucase  (monuments  du),  216 

Cau-Durban,  78 

Cavalcaselle  (G.  B.),  120 

Cazot  (chan.  ),  506 

Cèdre,  27 

Ceinturon,  260 

Celse  (St-jA  Milan,  trésor,  287 

Celles  (égl.  de),  247,  500  —  château  à,  500 

Cellini(Benv. ),  294,  325 

Cène  (la  Ste),  110 

Centaure,  536  —  iconogr.,  432,  536 

Céramique  (evpos.de),  408 

Cerceau  (du),  archit.,  517 

Cerf  (abbé).  412 

Cernicchi  (J.),  398 

Cesnola  (D.  di).  397 

Chabau(abbé  B.),  65,  117 

Chabotteau,  verrier,  539 

Chaillot,  107  —  église,  400 

Chaire,  archit.,  549 

Chaise-Dieu  (abb.  de  la),  383,  529 

Châlons,  88  —  cathédrale  259,  530  —  vitraux, 

88,  203 
Chalumeaux,  61  —  eucharistiques,  248 
Chambly,  237 
Chambre  des  députés,  262 
Champeau  (H.  de),  114,  254  —  {.\.  de),  540 
Champigneulle,  270 
Champvoux  (égl.  de),  538 
Chandernagor  (égl.  du  S.-C),  400 
Chantilly,  242 
Chape,  70,  116,  200,  299 
Chapelle  à  deux   étages,    80   —  à  la    Neste 

(.\rcachon),  116  —  des.\rts  A  Paris,399,  257 
Chapiteau  cubique  (origine),  115 
Charabotte,  48 
Chardin  (P.),  390 

Charente,  4,  246  —  soc.  arch.,  235 
Charles  le  Bon  (autographe  de).  479 
Charlemagne,  95  —  image,  98  —  statue,  373 
Charlieu(égl.  de),  536 
Charpin  d'Eugerolle,  88 
Chasgnon  (Jean),  brodeur,  116 
Châsse.  —  de  St  Thomas  Becket,  72    —  à 

Salin,  116  —  à  Aoste,  362 —  de  Bellac,  392 

—  limousine,  413  —  â  Nivelles,  414 — sculp- 
tée, 515 

Chasteté,  (personnif.  de  la),  432 

Chasuble,  69  —  de  Raoul  de   Beaumont,  169 

Château,  87  —  d'.-Vigremont,  90  —  de 
Vianden,  79  —  Sigmaringen,  265  —  de 
Gontier,  260  —  de  Foix,  268  —  des  Comtes, 
à  Gand,  265  —  de  Durban,  268  —  de  Celles, 
502 

Chàtelet  (verrerie  à),  368 

Chatillon  (P.  du),  56 

Chàtillon-sur-lndre  (égl.  de),  366,  400 

Chauny  (soc.  arch.  de),  517 

Chelles  (calice  à),  55 

Chenevières  (de),  389 

Cheratte-Hauteurs  (égl.  de),  400 

Cheret,  peint.,  110 

Chérubin,  290 

Chevalier,  254 

Cheveux  delà  Ste  Vierge,  65 

Chiazavelle  (abb.  de),  481 

Chilandari,  215 

Chrismale,  311 

Chrismes,  454  et  suiv. 

Christ,  84,  97,  205  —  triomphant,  16  —  de 
pitié,  292,  528  ^  entre  7  chandeliers,  251  — 
monogramme  du,  227 

Chrisliansberg  (château  de),  135 

Christophore, 

Ciboire,  311 

Ciliorium,  311,  240 

Cimetière  franc,  130  —  de  Ste  Domitillc,    240 

—  croix  de,  515 


Cinci,  256 

Cinqueu.x  —  égl.  de,   237 
Circoncision,  322 
Cividale,  213 
Claesens,  544 
Clair  (R.  P.),  232 

Claire  (G.  de)  orf.,  248  —  Claire  (Ste),   tom- 
beau, 422 
Claye  (Durand),  370 
Clément  (St),  24 
Clément  (F.),  254 
Clerck  (M.  de),  546 
Clermont.  236 

Clermont-Ganneau  (C),  117,  365 
Clermont-Tonnerre,  8 
Cloches,  267 
Clodion,  125 
Cloitres,  269 

Cloquet  (L.  ),  120,  213,  220,  222,  382,442,  517 
Clôture  de  chœur,  248 
Clou  (St),  reliq.,  82 
Clouet  (F.),  393 
Clovis  (tour  de),  127 
Cluny  (musée),  134 
Coblentz  (expos.  ),  129 
Cœck  (S.  ),  545 
Collet  (M.),  113 
Cologne,  538 
Cochin.  graveur,  116 
Cochin  (Ch.  N.),  393 
Codex,  464 
Cœur,  206,  221 
Coffret  d'ivoire,  367 
Cognoule,  sculp. ,  368 
Cogrevoix  (.\nt.),  112 
Colfs(J.  F.).  256,  385,  397 
ColUgium  ciiltoritm  martyrum^  461 
Collignon,  517 
Collorca,  180 

Colombe,  84   —  eucharistique,  317  —  icono- 
graphie de  la,  319 
Colomb  (Christ.),  130 
Colonella  (F.  ),  orfèvre,  526 
Cologne,  326  —  calice,  53  —  croi.v,  469  à  472 

—  sculpture,  279 
Columba,  312 
Comaque  (.Maître),  247 
Comité.  —  arch.  de  Senlis,  237  —  des  travaux 

hist.,  363,  386,  513 
Comité  —  d'art  religieux,   195  —  archéol.  de 

Senlis,  237 
Commission — des  antiq.  et  des  arts  de  la  Seine, 
87  —  royale  d'art  et  d'arch.  de  Belgique,  90, 
239,  368,  539  —  des  monuments   hist.  de 
France,  547 

Compas  (dessins  de),  355 

Compiègne  (soc.  hist.),  233 

Conception  (de  la  Ste  Vierge),  528 

Concours,  273,  538,  558,  265,  558 

Confessionnate,  251 

Congrès,   131   et   suiv.,   268  et  suiv.,  412  et 
suiv.,  550  et  suiv. 

Congrès,    —  catholique,   232  —  de  soc.  sa- 
vantes, 87  —  archéol.  de  France,  415 

Conil  (abbé),  88 

Coninck  (de),  peintre,  90,  414 

Conques,  65,  217  —  trésor.  476 

Consécration  (tablette  de),  488 

Constantin,  98,  232 

Contrems  (R. ),  542 

Contrefaçon,  91 

Copenhagvie  (musée),  461 

Coppin  (.-\. ),  sculpt.,  369 

Corbeny.  255 

Corbeilles  (de  pain),  143 

Corblet  (abbé  j.),  64,  311  et  suiv.,  395 

Corporal  (St).  251 

CoyporaUa,  i8o 

Corps  (vase  symbol.  du),  148 

Correspondances,  65,  202,  510 

Corroyer  (  E.  ),  547 

Cosmati  (iiist.  des),  74 

Cosme,  24 

Costes  (H.),  540 

Coucy,  242 


Cable    analytique. 


553 


Couîllard  (abbé).  72 
Couissinier  (abbé),  326 
Courajod  (L.),  84,  189,  236,  366,  389.  475 
Courcône  (égl.  de),  548 
Couleurs  liturgiques,  94 
Couloires,  60 
Counhaye,  518 
Couronne,  147 

Couronnement  de  N.-D.  de  Boulogne,  547 
Couronnement  de  laSte  Vierge,  466 
Courtines.  94 
Courtrai  (musée).  135 
Cousin  (Jean),  miniat.,  515 
Cousin  (Jean),  verrier,  109 
Coutances  (calhédrale),  252 
Couvercles  de  sépulcres,  413 
Couzun  (chat,  de),  556 
Cozette,  234 
Crahay,  89 
Crécy,  250 
Crémaillère,  502 
Cristal  (coffret  en),  388 

Croix,  16,  130.  191  — doubles,  330 — à  double 
traverse,     207,    236,    50D    —   grecque,  445 

—  de  Hongrie,  332  —  de  Jérusalem,  332  — 
de  Lorraine,  329  —  épiscopale,  538  —  de 
procession,  72,  289  —  stationales,  453  et 
suiv.,  —  triomphales,  374  —  reliquaire,  à 
Tournai,  82,  26.  392  —  pectorales  à  Milan, 
488 — cimetériale,  515  — deGorre,  236.  364 

—  d'Oignies,  507  — -  de  Moulte-joie,  367  — 
à  Milan,  481 — sur  les  vêtements  liturgiques, 
352.  493  —  en  ivoire,  185  —  diverses,  453 
et  suiv.  — comme  bijou,  iio  —  Symbolisme 
de  la,  I,  449 

Croix  {P.  de  la),  V.  Lacroix  — 

Croix  (égl.  de),  123 

Croiselte.  208 

Croissant,  456 

Croquet  (abbé),  128 

Cros  (M.),  89 

Crosse,  197,  198,  —  de  St  Lizier,  269 

Crucifix,  185  —  éinaillés,  455,  185 

Crucifixion,  209,  214 

Cucuron  (G  ),  archit. ,  io3 

Cuillère  antique,  235  —  eucharistique,  73 

Curadoso  (01  f.),  524 

Curzon  (H.  de).  538 

Curzon  (R.),  462 

Custode  à  reliques  à  Gand,  219 

Cuvelier,  549 

Cuve  baptismale  romane,  514 

Cyprès,  25,  27,  30 

Czobor  (abbéi,  82 

D. 

Dalles  funér. ,  348 

Dalmatique,  67.  171,  180 

Damasquinerie,  389 

Damien.  24 

Damuys  (L. ),  252 

Dani.  398 

Daniel,  150 

Dantzig,  326 

Darcel  (A  ).  203.  386,  530 

Daristot(Tlv).  peintre,  io6 

Darlein  (de),  247 

Daumet  (M.  ).  122 

Daurade  (égl.  delà),  532 

Davie  (V.),  196 

Davillier  (collect.  ),  47 

Daret(M.}.  538 

Daremberg  (Ch),  540 

Dasy.  547 

Declercq.  460 

Découvertes,  116,  129,  267,  406,  442,  554 

Décoration  postiche,  408 

Décoratifs  (arts),  voyez  Arts,  114 

Décrets  de  la  S.  C.  des  R.,  107 

Delaltre  (P.),  413 

Delbeke.  405 

Dedelit  (abbé),  267 

Deger(l':.),  275.  548 

Degeorge.  archit.,  549 

Dehaisne  (clian.  ),  414 


Dejace  (Ch.  ),  90 

De  Jonghe  (le  flamand),  sculpt..  91 

Delaforge(E.  ),  117 

Delaherde,  72 

Delaunay  (R.),  261,  540 

Delft  (ex'pos.),  408 

Dello,  peintre,  90 

Delisle.  236,  89,  117 

Delmarmol  (baron),  90,  506,  500 

Delvigne  (chan.),  499,  254,  83 

Demari  (F.).  398 

Demay  (G.),  395 

Démétrius(St),  21 

Démolitions  —  à  Anvers,  405  —  à  Florence, 

406 
Demoustier  (R.),  540 
Denais(J.),  380,  395 
Denis  (St),  523 
Deribbe  (V.  Ribbe), 
Desavary  (Ch.  ),  13 
Descenet,  Ch.),  29 
Desclée,  De  Brouwer,  520 
Desclée.  Lefebvre,  520 
Desfossés,  peintre,  116 
Desmottes,  326 
Despierres  (.M*^  G.),  395 
Dessains,  544 
Dessin  (niéth.  de),  544 
Dessins,  367 
Dessus  d'autel,  367 
Desvernay  (M.),  88 
De  Thuin  (Jehan),  sculpt.,  369 
Devillers  (L.),  369 
Devrez,  archit.,  549 
Deusy  (E.),  466 
Deydon  (G.),  115 
Diana,  555 
Dickirch,  79 
Diehl,  550 

Dieulafoy  (M.),  254,  540 
Didiot  (chan.  ].),  281,  510 
Didron  (E.),  215,  402 
Dijon  (St  Bénigne),  313 
Dillin  (G.),  music-,  530 
Dinant,  496  à  303 
Dinanderie,  92,  388 
Dion  (de),  254 
Dionnerie  (G.  de  la),  326 
Diptyque  —  à  Vérone,  90  —  d  Anastasius,  92 

—  d'Astyrius,  50  —  consulaire  à  Liège,  90 

—  à  Bourges,   91  —  de  Rufius   Probianus, 
131  —  en  ivoire  à  Aoste,  362 

Dobbelaere  (H.),  275 

Dominico  Leonardelli,  251 

Donatello.  513,  519 

Donk-Maideghem  (château  de),  550 

Dosveld.  443 

Doucet,  265 

Doughty  (C).  395 

Dow  (G.).  266 

Dragon. 448 

Drames  liturgiques.  514 

Dresde  (expos,  à),  129 

Drivai  (chan.   Van),  518 

Drouyn.  (L.).  515 

Dubois  (chan.),  90 

Duc  (chan.  P.).  355.  362 

Duché  de  Luxembourg  (excursion  au  Gr'),  79 

Duche->nes  (abbé),  367 

Ducourl,  400 

Ducourtrai,  233 

Ducrocq,  234 

Dufour  (abbé),  254 

Dufûurcet,  2j^6 

Duhamel  (L.),  395 

Diimichen  {].),  118 

Dumon.  363,  254 

Dumoulin  (P.).  393 

Dumoustier,  394 

Duplcssis  (M.),  540 

Duplessis  (M.).  84  —  (G.),  84 

Duployé  (abbé),  243 

Dupré(A.), 

Duquesnelles  (V.),  234 

Duquesne,  416 


Durand  (J.).  252  —  (M.),  87 
Durer  (Albert),  130,  238 
Durieu  (A.),  412,  363 
Dusseldorf  (école  de),  133 
Doullon  (maison),  114 
Dubrœucq,  369 
Dutilleux,  515 
Dutuit  (E, ),  125,  540 
Duval(J.).  530  — (R.).  540 
Dzyalinska  (collect.),  454 

E. 

Eborariî,  36 

IJchternacht.  79  —  fresques.  443 

Ecoles  d'art,  188.  207,  257  —  Française,  413 

—  d'Occident.  189  —  Espagnole,  188  — 
de  la  Meuse  et  du  Rhin,  211  —  de  l'entre 
Sambre  et  Meuse,  508 — Flamande  de  sculpt.. 
102  —    Montoise,  369  —  des  Richiers,  250 

—  de  Giotto,  368  —  de  St-Luc  à  Gand.  252, 
4IO'  545  —  Macédonienne.  36  —  d'Avignon, 
168  —  de  A.  D.  à  Limoges,  265  —  de  St- 
Etienne,  257 

Ecolle  (abbé),  238 

Ecusson  papal,  528 

Eden.  27 

Eglise  —  personnif.  de  1",  27,  87,  210,  211,  215 

Eglises  nouvelles,  122.  260,  400,  551  —  à  nef 
urâque.  131  —  forteresses.  556  —  votive, 
257  —  circulaire,  83  —  de  St-Gangulfe  et 
de  N.-D.  à  Trêves.  81,  —  d'Elincon,  233  — 
nouvelles  à  Merville,  Prinkipo,  Pontmain, 
Lacroix,  Brebières,  546 

Eitelberger  (R.),  118 

Elena,  256 

Elie  (enlèv.  d"),  252 

Elincon  {égl.  d"),  233 

EIle{Ferd.).  116 

Eloi  (calice  de  St),  35 

Embrun  'calh.  de).  84 

Email  à  Poitiers,  67 

Email  (peinture  d").  383  —  d'or,  271 

Emaillerie,  92,  108,  199,  248,  366,453,507  — 
byzantine,  213  —  limousine,  72 

Emailleurs,  241  —  limousins.  513  —  diction- 
naire des.  241 

Emmaûs  (miracle  d'),  iio 

Encaustique  (peinture  à  1'),  89 

Encensoir  —  Lille,  414 

Encrier  (porté par  la  S.  V.),  138 

Enfer,  451,  466 

Enluminure,  249,  518,  527  —  à  Mons,  369  — 
(V.  miniature) 

Enseignement  du  dessin,  545 

Enseignes  milit.  rom,,  130 — sculpt.,  235  —  du 
duc  de  Guise.  245  ^de  pèlerinage,  220,  517 

Epée.  33 

Ephrusi  (C. ),  540 

Epigraphie.  35 

Epine  (N.-D.  de  l"),  244 

Epiphanie  (iconog.  de  1").  252 

Epitaphe,  90 

Equateur  (temple  national  de  I"),  123 

Eristrate  (V.).  19 

Ermonnol,  414 

Ernault.  366 

Erondello,  394 

li^scudar,  archit.,  108 

Escurial,  115 

Esnandes.  e.xc.  ù,  356 

Espagne  —  art.,  188  — emaillerie,  466 

Essen,  213.  468 

Essenwein  (M.).  81,  118 

Esthétique,  102.  102. —  chrétienne,  160  —  des 
industries  d'art,  109 

Estrun ,  556 

Etage  (chapelle  à),  80 

Etampage.  499 

Etienne  (St),  264 

Etienne-du-.\Iont(égl.deSt-),  251,262,264,  402 

Etoffes,  169.  208,  351,  491 

Eiole,  168.  201  —  de  saint  Charles  B..  251 

Eucharistie,  110.  312  —  symbole  de  1',  no. 
141.  150-    hisl.  de  r,  109 

Eucharistiques  (vases),  53.  311 


KKVUE    UK    I.'.XKT   CIIUÉTIEN. 
1885.  —  4""^  LIVRAISON. 


554 


iRctiuc    Dc    l'art    chrétien. 


Eudel(P.),  S40 

Eustache  (St).  19 

Eustache  (égl.  de  St-),  187 

Evangéliaires,  205,  249 

Evangélistes,  205  —  emblèmes  des,  462 

Eve,  230,  376 

Eve  (les)  verriers  montois.  369 

Evreux  (tombes),  364  —  croix,  538 

Ewerbeelc  (Prof.),  542 

Excursions,  79.  131,  268,  550  —  v.  Congrès 

Expositions,  132.  195,  238,  544  —  à  Rouen,  69 

—  à   Turin,  73,  545  —  en  Allemagne,    129 

—  des  arts,  déc.  A  Paris,  269  —  à  Anvers, 

407.  545 
Ex  voto,  187,  191 


Fagan  (L.  ),  109 

Fage(R.),  380,  529,  540,  595 

Faïencerie,  544 

Falke([.  de),  109 

Famille  (sainte),  510 

Farabulini,  256 

Farcy(L.  de),    184,    189,   201,   270,  279,  299, 

447.  473 

Faucon  (Si.).  107,  117,  363,  540 

Faussaires,  368 

Fauteuil  de  bronze  à  Sens,  400 

Féaux  (M.),  89 

Ferdinand  de  Navarre,  186 

Fermigé  et  Ferrari,  arcliit.,  548 

Ferretri  (C  ),  398 

Ferronnerie  artisliqu;',  545 

Fers  à  gauffres,  384  —  à  hosties,  227,  437 

Ferémaillé,  545 

Férule,  207 

Fibules,  266  —  franques,  347 

Fichot  (C.  ),  S40 

Filigranes  francs,  348 

Filimonov  (G.  ),  242 

Flabellum,  64  —  250 

Flamand  (J.),  peintre,  91 

Flamands  (artistes),  530  —  triptyque,  556 

Flandrin,  435 

FIêtre  (vitraux  à),  223 

Flexion  du  torse  des  statues,  368 

Flore  ornementale,  269 

Florence,  214,  367  —  église  de  l'Ermite,  405 

Florentin  (D.),  389 

Floris,  102,  112,449,  5°i 

Flouest,  517 

Foix,  268 

Fontaine  (F.  de),  202 

Fontaines  (égl.  de),  402 

Fontaine-l'Évêque  (chat,  de),  369 

Fontena.  archit. ,  546 

Fontenillo  (P.  de),  233,  591 

Fonts  baptismaux,  248 

Forestier  (E.  ),  363,  412 

Forest  (abb.  de),  443 

Forez  (excurs.  dans  le),  550 

Fornoni,  542 

Fortune  (roues  de  la),  391 

Fouille  —  dans  les  catac,  267  —  à  Rouen,  333 

Fournier  (¥,.),  117 

Fours  (égl.  de),  41,  202 

Fouquières,  394 

Franc  (art),  347  —  cimetière,  343  —  verrote- 
rie des,  506 

Francfort-sur-.\Iein  (calice  de),  53 

Franciscain  (chrisme  des),  523 

François  (F.),  sculpt.,  90 

François(.St),  d' .assise  — hist.,419 — portr.,428 

Frenkwald  (j.).  5.(8 

Fréminet  (les),  394 

Freppel  (Mgr),  122 

Frère-Jean  (M.),  295 

Fresnes-Leguillon,  253 

P'resques,  412  —  ;\  Rome,  75 — au  Panthéon, 
124  —  à  Avignon,  85  — d'UgoIin  de  Prête, 
109,  110  —  roman'js  à  Oberzcll,  379  —  à 
Mons,  406,  443 —  à  Tournai,  442  etsuiv.  — 
à  Hastière,  495 

Fristot  (P.),  109 

Fritsch(K.E.O.),  542 


Fush  (G.  ),  279 
Furno  (Et.),  peintre,  525 
Furtwaengler  (.A.),  337 
Fuzet  (abbé),  52,  202 


Gaetano  (.W.),  music,  530 

Gaidoz  (M.l.  85,  367,538 

Galaberd  (E),  87 

Galerie  nationale  de  Londres,  135 

Galle  (E.),  72 

Galland,  269 

Ganay  (marquis  de),  227 

Gand,  271  —  cathéd. ,  127  —  musée,  135,  219 
—  anc.  boucherie,  138  — ,chât.  de  Gérard 
le  diable,  265  — ■  égl.  Ste-Elisabeth,  128  — 
école  Sl-Luc,  (v.  Luc)  --  les  guerres  à, 
404  —  verriers  à,  318  —  dalles  tum.,  550 

Gand  (Olivier  de),  peintre,  91 

Gants  liturgiques,  72,  538 

Ganterie  à  Grenoble,  88 

Gap  (cathéd.  de),  84 

Garnand  (coUect.  ),  207 

G.arnier  (J.  ).  émailleur,  241,  457,  476 

Garnier  (J.  ),  395 

Garrignon  (M.),  132,   268 

Garrignon.  132 

Garucci,  64 

Gaudechon,  72 

Gaudrac  (P.),  peintre,  108 

Gaulois,  vases.  414  —  chev.,  518 

Gauriac(P.  de),  archit.  108 

Gausseron  (P.  H.),  395 

Gautier,  archit.,  549 

Gaussen,  242 

Gauvain  (M.),  537 

Gay  (V.).  24r.  558,  466,  471,  541 

Gazette  archéologique,  114,  391,  253,  536 

Gazette  des  B.  -A. ,  388 

Gebardt  (V.  ),  548 

Généalogie  de  N.-S. ,  391,  527 

Geneviève  (Ste),  124 

Georges  (M),  88 

Georges  (St),  19,  205,  —  légende,  450 

Gerardmer,  25t 

Germain  (L.),  27,  117,  245,  250,  254,  329  et 
suiv.;  537,  541 

Gertrude  (.Ste),  529 

Gestozo  y  Perez  (P.),  397 

Geymuller  (baron  de),  367 

Geyhng  (C.  ),  verrier,  545 

Gerspach,  541 

Gherardo,  peintre,  91 

Glasson  (E.),  117 

Gil  Tannes,  peintre,  91 

Gildemyn  (L. ),  410 

GildedeSt-Thomas  et  de  St-Luc, 79, 132,259,49s 

Giltant,  361 

Giotto,  108,  368,  428 

Giron  (L. ),  412 

Glanville  (H.  de),  72 

Glyptique,  185 

Gnecchi  (F.),  542 

Gobaldo  (abbé),  252 

Godard-Faultrier,  117,  252,  412,  520,  541 

Gonse  (L.),  389 

Gonzague  (les),  324 

Gorlin  (calice  deSt),  55 

Gorre  (croix  de).  236.  364 

Gothique  (art),  385 

Goudard,  254 

Goujon  (Jean),  389,  407 

Goupil  (collect.).  516 

Gourgé  (égl.  de),  3Ô6 

Ûou.sct  (P.  ).  onl.,  369 

Goustat  (abbé).  37s 

Goût.  166 

Gouvéa  (L.  de).  116 

Goy  (de),  84 

Gran  (calice  k),  53 

Grandet,  254 

Grandi,  peintre,  516 

Grandselve  (abb.  de),  413 

Grantrnont  (abb.  ),  235 

Grave  (M.).  87 


Graveurs,  253 

Gréau,  367 

Grégoire  (St),  524  — Thaumaturge  (St).  24  — 

de  Nazianze.  22 
Grenoble.  88 
Grès,  92 
Grignon,  254 
Gros(H.  etCh.),  117 
Grosse  (I.  ),  199,  546 
Grossolz  (coupe  de),  190 
Gualandi,  250 
Guardabassi  (P.),  542 
Guarrazar  (croix  de),  190 
Guas  [].].  archit.,  91 
Guelon  (abbé  M.),  108,  117 
Guerbert,  414 
Guerédin  (Le),  435 
Gueret.  326 
Guérin  (P.  ).  237 
Guibert(L.).  363,  513 
Guide,  117,  118 
Guides  :   .\nvers,  382  —  de  la  peinture  du 

Mont  Athos,  40 
Guido  René,  266 
Guiffrey  (.M.  J.),  85 
Guiftrey  (G.),  541 
Guigne,  366 

Guillemin  (B. ),  ri2 —  J.  sculpt.,  113 
Guinard  (M.  .S.),  114 
Guioux  {Ch. ),  373 
Guiroux,  412 
Gulh,  541 
Gunhilde,  -i68 
Guyon,  grav. ,  253 
Guy  (L.),  peint..  88 

H. 

Hadelin  (Statue  deSt),  501 
Hal,  220 
Hahn(G.),  546 
Hamard,  85 
Hamy  (E.  T.),  395 
Hanriot  (C. ),  541 
Harbaville,  13 
Harduin  (M  ),  peint.  90 
Hardy  (H.),  395 
Hario(V.  d').  251 
Harmignies,  130 
Hasard,  414 
Hauser(A.),397 

Hastières  —  iresques,  443  —  restauration,  495 
Hautelisse  —  anc.  530 -- modernes,  543 
Haute-Rive,  265 
Hauteville,  88 
H.ivard  (H.),  366 
Ha\'dn,  106 
Hébert,  261,  124 
Hédoniques  (arts),  105 
Hefner-.-\lteneck  (J.  H.),  542,  118 
Hegelbrouck  (N.  ),  grav.,  393 
Heiss  (A.  ),  395 
Helbig  (J.),  81 
Helbig(W.),  tt8 
Hclleputte  (G.  ).  505  et  suiv 
Heltnken  (F.  ),  1 19 
Hendrick  (L.  ),  543 

Hendricy  (maître  Martin),  sculpt.,  112 
Henné  (P.),  369 
Henri  VIII  (blason  de),  449 
Henriet  (Cl.),  verrier.  119 
Henrotte  (M.),  90 
Henry  (M.),  89 
Henzey  (L.),  89 
Hermann(R.  K),  118 
Herment,  266 
Hcrrault  (abbé),  541 
Hériard  (G.),  370 

Héricher  (Le),  235  (v.  Le  Héricher) 
Herradc  de  Landsperg  (abbesse),  391 
Héron  de  Villefosse.  84.  255 
Heudon.  peintre.  116 
Hilaire  (St).  525.  529 

Hildesheim.    249   —  égl.    .Si-Michel,    39   — 
calice,  53 


Cable    analytique. 


555 


Histoire  —  (société   de   I')    de  France  85 

(soc.  de  r)  de  Paris,  85 
Hocam  (F. S,),  orf.,  530 
Hodgetts  (J.-F.),  395 
Hoduni,  peintre,  no 
HohenzoUern,  326 
Holbein  (H.),  84,  372 
HoUand  [A.  de),  peint.,  91 
Holosericum,  492 
Honfleur  (église  d'),  401 
Hongrie  (orfèvrerie  en),  271 
Honthorsl  (A.),  peint.,  530 
Hope  (B.),  370 
Hortus  deliciaruvi,  391 
Hosties  (fers  à),  435 
Houdon  (stat. ),  116 
Houx  (J.).393 
Hubac,  394 
Hucher  (H.),  117 
Huchez,  255 
Hugo  d'Oignies,  449 
Humbert,  261 
Hunnewell  (J.),  119,  398 
Huy  (verriers  à),  388 
Hymans  (H.  ),  238,  371,  397 
Hypogée  de  Poitiers,  366 


Icônes  histor'uirum  veferis  Testamenti,  84 
ciconoclastes,  35,404  —  empereurs,  247 

Iconograpliie,  17,  35,  95,  108,  137,  139,  206, 
211,  232,  247,  251,  277,  316,  376,  431,  527, 
529  —  byzantine,  84  —  de  la  Ste  Vierge, 
92,  r37,  528  —  de  l'âme,  148,  247  —  de 
l'eucharistie,  49  —  des  couronnes,  247  — 
du  centaure.  436,  536  —  du  Sacré-Cœur,  229 

—  de  la  roue,  538  —  de  l'épiphanie,  252 

—  du  calice,  482 
Idéal,  167 

If,  30 

Images  —  du  Sacré-Cœur,  229  —  de  la  Ste 
Vierge,  93  —  liturgiques,  259,  520 

Imagerie,  414,  526 

Impens  (M,  ).  r33 

Indécences.  347 

hifnlae,  180 

Ingelmunster  (tapiss. ),  543 

Innocents  (reliques  des  Sts),  65 

Inscriptions  funéraires,  495 

Inscriptions  et  Belles- Lettres  (.Acad.  des),  (V. 
Académie) 

Institut  —  .irchéol.  liégeois,  90  —  des  archit. 
britanniques,  369 

Instruments  de  la  Passion,  253 

Inventaire  —  d'un  mob.  ecclés. ,  93  —  àAuze- 
viUe,  361  —  à  Aoste,  355  —  à  Poitiers,  494 

Irrigo-Grifed  (J.),  peint,.  530 

Italie  (sculpture  en),  91,  3S9 

Italiens  (les  artistes),  91 

Ittenback.  548 

Ivoires  sculptés,  t3,  185  et  suiv.,  364  —  by- 
zantins, 13  —  de  Bagdad,  190 

J. 

Jacob,  243  —  bénédiction  de,  286 

Jacob(M.  .-V).  255 

Jacquemain.  245.  255 

Jacques  (St)  le  Majeur,   17  —  le  Persan.   25 

—  de  Galice  (peler,  à).  476 
Jacquot  (A.  ),  412 

Jadart,  234 

Jaennicke  (F.),  118 

Janssens,  410 

Janvier,  242 

Javarzag  (éi^l.  de),  547 

Jean,  (St),    210,    463  —  Chrysostome,    23  — ■ 

l'Evangél. ,   17  ;  soc.  de,  544  —   Baptiste, 

130,  205  —  iconogr. ,  292 
Jean  (soc.  deSt-),  l'Evangél.,  408,  526 
Jean  (salle  de  St-)  à  Angers,  528 
Jean  (St)  Xép.,  528 
Jean  II  (tombe  de).  364 
Jeanne  d'.Vrc.  124,  137.  260 
Jérùme  (St),  231 


Jersey,  235 

Jérusalem  (découv.  à),  365 

Jésus  (monogr.  de),  227 

Jésuites  (chiffre,  des),  523 

Job  (Légende  de),  443 

Jodare,  363 

Jonas,  153 

Joseph  (St),  528 

Joubert  {.À.),Z^ 

Jourdan,  255  — 

Joyaux  de  la  couronne,  367 

Jubés,  245  — ^  de  Pagny,  403  —  de  Rouen,  125 

Jugement  d'Eve,  230 

Jugement  dernier,  379,  529 

Juliot,  113.  367 

Jungman  (J.),  102,  n8 

Juni  (J.  de),  sculp. ,  91 

Justinar,  393 


Labarte,  204,  213,  250 

Labordes,  268 

Labye(C.),  397 

La  Croix  (P.  de),  67,  234,  565  et  suiv.,  328, 

413  — (H.),  528 
La  Croix  (égl.  de),  546 
l.afaye(M.),  84 
Laferrière  (chan.  J.),  518 
Lahondés  (de),  132 
Lahogue,  peintre,  116 
Lambert  (G.),  365 
L^mbeth  (poterie).  114 
Lambinet  IR.  ),  546 
Lameire  (Ch.  ).  260,  264,  547 
Lami  (S.),  117 
Lammens  (J.).  545 
Lanciani  (Ch.  ),  256,  412 
Langre  (cathéd.  ),  391 
Lanterne  des  morts,  517 
Laon  iSte  Face  à),  243 
Lapo  (Ar.  di),  423 

La  Rochelle  —  calice  à.  55  —  excurs.  à,  556 
Larochefoucauld  (excursion  à),  556 
Larrons,  214,  466 
Lasteyrie  (F.  de),  84,  541  —  (R.  de),  84,  236, 

253.  345.  363.  391.  513 
Latin  (style),  444 

Latran  (triclinium  de),  95  —  abside,  262 
Laurent  (vitrail  de  St-),  253 
Laurière  (de),  295 
Laurens,  26r 
Laval  (cathéd.  de),  402 
Lavanchy,  255 
Lavigerie  (cardinal  de),  236 
Lavoix,  255 

Lazare  — parabole,  280  —  résurrection,  379 
Le  Blant,  392,  549 
Leclerc  (J.).  peintre,  90 
Lecœur,  peintre,  116 
Lecombe,  125 

Lecoy  de  la  Marche  (A.  ),  388, 507,  5i7,.54i,  395 
Lecuyer  (C.  ),  369 
Ledain(B.),  378,  537,  395 
l.edoulx  (.L),  sculpt..  392 
Lefebvre,  255 
Lefort,  255.  446.  516 
Lefort  (nrchit.  ),  549 
Légende  —  dorée.  112  —  St  Celse,  288  —  de 

Ste  Marguerite.  402,  444  —  de  Job,  443  — 

de  Tristan   et   du   St-Graal,    405  —  de  St 

Georges.  450 
Legrand  (collection),  460 
Leguillon  (1),  117 
Le  Héricher,  235,  51 
Lehner  (Doct.),  92,  iig 
Leipzig  (.-Vcad.),  544 
Lejeune  (Th.  ),  368 
Lekat  (S.).  sculpL,  369 
Lelli  (Or.),  545 

Lemaire  (Ch. ),  370  —  Lemaire  (J.),  267 
Lenoir  (musée),  390,  412 
Lenormant  (F.),  58,  203 
Léon  XIII,  95  —  les  arts  sous,  546 
Léon  (trésor  de  la  cathé.  de),  185 
Léonard  de  Vinci,  131 


Leoni  (P.),  sculpt.,  91 

Lepage  (H.),  251 

Le  prince  (L.  ),  verrier,  109 

Leroy  (Jehan),  369 

Lespinasse  (e.xcurs.  à),  556 

Leasing,  105 

Levasseur  (Nicolas),  109 

Levin  (T.),  119 

Levy  (H.),  261 

Leyners  (H.  et  U.),  90 

Lexique  d'art,  381 

LhuUier,  4r2 

Liber  ponti/icatis,  367 

Liège,  92,204,  235,  275 — musée  dîocés. ,  462 
—  diptyque  consulaire,  90  —  soc.  diocés. 
d'art  et  d'arch. .  89  —  Vierge,  204  —  verre- 
ries, 368 

Liénard(F.),28i 

Liesse,  243 

Lièvre,  246 

Lille  —  (musée),  135  — ■  Congrès  cath.  414 

Limbourg-sur-la-Lahn  (hiérothèque),  31,  206 

Limoges  —  école  de,  258,  241,  248.513  — 
émaux,  ^54  et  suiv.  —  orfèvrerie.  414  — ■ 
reliquaire.  363  —  soc.  arch.,  232 

Limousin  (Léonard),  393 

Linas  (Ch.  de),  64,  68,  192,  200,  248,  266,  351, 
368,  392,  453,  515  et  suiv..  517,  519,  538 

Linde  (la),  88,  375 

Litanies  de  la  Ste- Vierge,  364 

Litres,  447,  508 

'•it.  537  —de  N.-S.,  549 

Liturgie,  105 

Livres  de  raison,  363 

Loke  (abbé  L.  ).  120 

Lombard.  547  —  (style),  247 

Longpérier,  203,  243,  347 

Longuemar,  232 

Lorraine  —  artiste  de,  412  —  croix  de,  329 

Looz-Corswarem  (de),  130 

Lot  (Soc.  des  études  du),  233 

Louis  XII  (portrait  de),  366 

Louis  (culte  de  St),  Ii5 

Louis  (St)  de  G..  529 

Louvain  (hôtel  de  ville  de),  126 

Louvre  (ciboire  de  Montmajor),  325 

Lubke(W.),397 

Luc  (École  de  Saint-),  125,  207,  258.  545 

Lucas  (Ch.  ).  369,  395 

Luciani  (C.  S.).  398 

Lucot,  83,  244,  255 

Lucques,  221 

Ludolf  (St),  203 

Ludwig  (H.),  397 

Lune,  456 

luternay,  234 

Luthiers,  412 

Lutrins.  500 

Lutzelburger  (H.),  84 

Lutzow  (C.  de),  542 

Luxembourg  (V.  Duché) 

Luzenac,  268 

Lyon,  ir3,  223  ^  trésor  de  l'église,  m  — 
sculpture,  112  — soc.  arch-,  88  — basilique, 
517 

M. 

Macchier  (J.).  Sculpt.,  530 

Maçon,  112 

Madrozo,  256 

Madrid  (calice  à),  54 

Maestrichl  —  Reliquaires, 206  —  châsse,  trésor 

de  St-Servais.  249  —  ciboire,  324 
Magasin  pittoresque,  185,  392 
Magne,  400,  549,  541 
Main  bénissante,  445 
Maille,  peintre,  238 
Maillet  de  Boulay,  72 
M.aillot  (M.),  124',  261 
Maine  (Soc.  arch.,  du),  87,  99 
Majesté  divine,  454  et  suivant,  528 
Mallat,  232 
Mallortie  (H.),  568 
Manipule.  168.  180 
Manne  (Miracle  de  la),  141 


556 


ïRetiue   De    l'art    chrétien. 


Mans  (le),  253 

Mansle,  246 

Mansiiy  Gauvain,  sculpt.    137 

Manteau  papal,  538 

Mantz(P.).  388 

Manuscrits—  enluminés,  72,  89, 526 — grec,  130 

Mapaï.  180 

Marcaux  (L. ),  417 

Marceuil  (égl.  de),  548 

Maredsous  (r.bb.  de"),  50,  497  —  antiq.   fran- 

ques,  40.  130 
Mares  (F.),  545 
Margarita.  322   —  Marguerite  (Ste),    461  — 

légende,  405  à  444 
Marie  —  culte  de  Ste,  92  —  iconogr.,  529  — 
Marie  Majeure  (Ste),  267 
Marienburg  (restauration  de  la),  28 
Marionneau  {Cli.  ),  117 
Marmol  (Del.),  Voy.  Delmarniol 
Marne  (Soc.  de  se.  et  arts),  1S8 
MaroUe-la-Brault.  548 

Marseille.  252  — égl.    St-Vincent  de   P.,  402 
MarthafJ.),  541 

Marthe  (Ste),  461  —  Martigny  (P.),  143.  148, 
153  —   Martin   (St),  100,    529  —  Martini 
(t^O.  523 
Marsy  (comte  de),  234,238,255,389,515,  550 
Martini  (S.),  peintre,  168 
Martyrs  —  symbol. ,  p.  147 
Mascarel,  2^8 
Masini  (C. ),  398 
Masmo  (Bar.  A.).  598 
Massart,  graveur,  116 
Masson  (capil  ),  88 
Massonier(P.  ),  peintre.  108 
Mauriac  (relitj.  à),  65 
Mayence  (reliq.  à),  65 
Mayeu.v,  arclit.,  509 
Ma,\-\Vcrly(L.),  518 
Méandres,  443 

Médailles,  528  —  de  Léon  XIll,  261  —  mira- 
culeuse, 529 
Meissonier,  261 
Melani  (.A.).  120,  542 
Melchisédec  (Mgr),  398 
Melluil  (J.l,  sculpt.,  369 
Mély  (M.  F.  de),  117 
Menard  (P.),  395 
Menard  (R.),  118 

Ménologe  de  Basile  II,  29,  190,  207,  447 
Mercure  (S.),  19 
Mermillod  (Mgr),  12g,  498 
Mérovingiennes  (antiq.  ),  129,  347 
Merson,  547 
Merville  (égl.  de),  546 
Mesier  archit. ,  168 
Messager  des  sciences,  392 
Messes  de  Mozart,  106 
Méthode  de  dessin.  544 

Metz,  213,  373 

Meuse  (école  de  la),  277,  479 

Meyer  (J.)  et  Liiche  (H.),  542 

Michel  (St),  130,  518  —  image,  100,  5rs  — 
ordre,  1115  —  église,  250 

Michel  (E.),  2:5 

Michelant  (H.),  541 

Michel-.\nge,  it6,  513 

M ilan  —  cal icc,  56 — St- Ambroise,  204  —  trésor 
de  St-Celse,  287  479 

Miller  (K),  397 

Mimerai  (J.),  112 

Mindcn  (ciboireà).  324 

Minerve  à  Rome  (agiothyride  de  la),  31 

Miniatures,  112,  218,  236,  268.  397,  388,  391. 
526  —de  Mirepoi.v,  366  —  V.  enluminures 
flamandes,  443  —  de  Jean  Cousin,  £15 

Mirabello,  227 

Mircpoix,  —  cathéd.,  131,252— miniature,  366 

Missel,  517  —  à  Milan,  479 

Miséricorde  (les  œuvres  de)  280 

Mitres,  71,  170,    199,    250  —  A  Namur,  506 

Mobilier,  liturgique,  232  —  d'église  93,  193 
—  restauration,  509 

Moderne  (Revue  de  l'art),  115 

Moind   (e.vcur.sion  à),  556 


Molay  (potiers  de),  223 

Mohnier  (E.),  241,253,  255,  367,368,516, 
519,  520 

Molmenti  (P.  G.),  398 

Momper(Josse  de),  peint.,  90 

Monnaies,  528 

Monnoyer  (J.),  542 

Monnier  (CI.),  369 

Monogrammes,  109  —  du  Christ,  225 

Mons,  326,  369  —  peinture  murale  à,  412 

Monstrances,  72 

Montaiglon  (de),  386,  517  et  suiv. 

Montaigne  (château  de  ^Iichel-),  265 

Montargis  (musée  de),  134 

Montault  (Mgr  B.  de),  17,  65,  109,  ti8,  137, 
167,  202,  226,  242,  251,  252,  287,  32g,  355, 
389,  47g,  4gt,  510,  526,  538,  540,  395 

Montbras  (chat,  de),  137 

Monlbrisson,  i6g 

Montvoisin  (collect.),  475 

Monteauban  (Luthiers  de),  412 

Montpellier  (soc.  de  St-Jean),  282 

Mont-Beuvray,  86 

Mont-Cassin,  243 

Mont-Doré  240 

Mont-Major  (abb.  de),  325 

Mont-Verdun  (reliq.),  556 

Montpezat  (égl.  de),  3g6 

Mont-Saint-Michel,  514,  547 

Monum.  à  St   Augustin,  i2.i 

Monulphe  (S.),  90 

Monza,  252,  —  couronne  votive,  204 

Morbihan,  234 

Moreau  (P.),  it6 

Morière  (R.  de),  arch.  108 

Morlatte  (tapisserie),  388 

Mosaïques  du  Panthéon,  124,  389  —  chré- 
tiennes en  Italie,  95  —  romaines,  75  — 
d'.\ix-la-ChapelIe,  401 

Mosane  (émaillerie),   197 

Moscou,  326 

Moulages,  545  —  musée  des,  134 

Moussin  (calvaire),  514 

Moutier  sur  la  Lnv  (cgi.  de),  548 

Mcwat  (M.),  85,  518 

Mozart,  106 

Mudejar  (style),  gi 

MuUen  (égl.  de),  539 

Millier,  548 

Multiplication  des  pains,  142 

Munich,  213  et  suiv.  —  calice  à,  53  —  église 
du  Saint-Esprit,  124 

Munster  (expos.),  129 

Muntz  (È. ),  84,  95,  118,  252,  256,  326,  367, 
389,  393,  513,  517,  519,  541 

Murillo,  435 

Musset  (G,),  541 

Musées,  134,  415,  557 — des  mon.  français,  412 

—  Lenoir,  390 — de  Verdun,  281  —  d'Agen, 
983  — dePérigueux,88  — de  l'Ermitage,  203 

—  de  Rome,  135— de  Madrid,  185— Germa- 
nique, 222  —  de  Trêves.  82  —  de  Namur, 
506 — de  Magdebourg,  135 

Musique,  105  —  d'église,  271,  414  —  histoire 

de  la,  528 
Mutcher  (R,),  119 
Myskovszky  (V.),  542 
Mystère  d'Emmaiis,  ito 
Mysticisme,  419 

N. 

Nageotte  (E.),  118 

Namur,  gg  —  calice,  54  —  soc  archéol. ,  22, 
90  —  St-Nicolas  à,  22  —  reliques,  249  — 
cathédr.ale,  265,  50g  —  verriers  à,  361  — 
trésor  deN.-D.,  49g,  505  —  musée,  506 

Nancy,  251.277  —  artist. ,  524  —  calice,    55 

—  N.-D.de  Bon  .Secours,  137  —  musée,  ^27 
Nantes,  8i  —cathéd.,  84 

Nantes  (Thibaut  de),  66 

Nantiiy,  88 

Narboiinc,  474 

Nativité.  480  —  iconogr.,  252,  522 

Naturalisme,  42g 

Nature  (étude  de  la),  426 


Nella,  356 

Neuilly  sur  Thelle,  237 

Neuvy  au  Baraguon,  84 

.Nevers,  g3  —  verriers,  390 

New-York,  131 

Nexrat  (abbé), 255 

Nicai5e(A.  ),  517 

Nicaise  (.S.),  23 s 

Nicard(M.),  84 

Nice  (école  de),  253 

Nielle,  49g 

Niepce  (L. ),  ico,  541 

Nimbe  (iconogr.,  du),  451,  528 

Ninivites  (bénitier  de),  154 

Nivelles,  250,  — châsse,  414 

Noibac  (P.  de),  542 

Noquier,  132 

Normandie  (e.\cursion  en),  132 

Normand  (A.),  archit.,  549 

Notaire  (N.-D.  de  Pitié  à),  78 

N.-D.   de  Bon  Secours,  277 

Novgorod,  326 

Nu  (le)  dans  l'art,  166 

Numismatique,  256 

Nurenbt  rg  —  exp. ,  407,  —  musée,  462 

o. 

Obéissance  (personnif.  del'),  432 

Obermillenger,  326 

Oberzei:,378 

Octapulum,  493 

Odile  (Ste),  277 

Odiot,  56 

Œnochoé,  349 

Œuf  (symbolisme  de  1'),  348 

Œuvres  nouvelles,  121 

Oignies  (école  d'),  507 

Oise,  514 

Ombre,  445 

Opéra,  106 

Orante,  84,  44g 

Orcival  (peler.).  243 

Ordre  —de  St-.Michel,  515  —  leutoniquc,  128 

Orfèvrerie,  72,  108.  248,  366,  414,  545  —  reli- 
gieuse, 82,  g2—  Française,  54, 236 —  Franque, 
348  —  Gallo-romaine,  et  Belgo-romaiiie, 
506  —  à  Toulon,  412  —  à  Toulouse,  413^ 
Bretonne,53o—.AIIeniande,477— Limousine, 
414  —  école  de  la  Meuse,  4gg  —  exposition 
de  Nurenberg,  r33 

Orfèvres,  324— au  vif:  sjède,  205- limousins. 
?,^3  —  Asluriens,  191  —  Montois,  36g  —  de- 
Poitiers,  530 

Orgues,  526,  530,  54g 

Origine  du  style  ogival,  385 

Orléanais  (soc.  arch.),  235 

Ornements  sacerdotaux,  67,  69,  168  .  193  — 
pontificaux,  266,  367,  405  —  de  Dinant,  500 

O'  Reilly(Fr.),  545 

Orvieto  (chapelle  du  StCorporal),  110,  169,- 
251.  538 

Oscelles  208 

Osnabnick  (calice),  3 

Ostensoir,  481 

Otte(D.),  119 

Otte  (H.),  468 

Otto(j.),  orf.,  530 

Ossuaires  bretons,  234 

Ostoga  (S),  398 

Oubliette,  243 

Ouest  (.\ntiquaires  de  1'),  315 

Ouradou,  25g,  122 

Ouvarof,  258 

Oviédo  (trésor),  igt 

Oxford,  326 


Pacotille,  194 

Padoue  (baptistère  de),  747 

Pagnv  (jubé  de), 

Paigiié  (R),  3g3 

Pailloux  (X),  S41 

l'aix,  483,  506 

Palad'Oro,  210,  214,  247 


Cable    analî^tique. 


557 


Palais  des  empereurs  à  Trêves,  8i — des  papes 
à  Avignon,  265 — de  justice  à  Bruxelles,  381 

Pales,  57 

Paléographie,  35 

Palerme  (archives  de),  6 

Paliard  (com.  ),  230 

Palliiim  vir^alium,  210 

Palme  (synibol.),  147,  447 

Palustre  (L.).  84.  232,  1^38,  252,  366,  413,  530, 
550,  118 

Pamiers  — congrès  de,  131,  268,  131  —  monu- 
ments de,  131 

Pantelemon  (S.  ),  20 

Panthc^on  (peintures  du),  124,  261,  401 

Papadopoli  (Comte  de),  542 

Papal  —  manteau,  538  —  écu,  528  —  pavill. ,  537 

Papillon,  243 

Paploie  (abbé).  351 

Parabole  du  mauvais  riche   280 

Paradis,  27 

Paramenla,  180 

Paray  (basilique  de),  123 

Parement  —  d'autel,  279  —  de  lutrin,  94 

Paris  (M.).  271  —  P.  A.,  363,  412 

Paris  —  calice  de  VI^  s.,  55 

Parroys  (J.  de).  412 

Pascal  (abbé),  323 

Passepont.  269 

Passion  (instruments  de  la),  392 

Pasquier,  78,  i  :2 

Pateiger  (M.),  81,  83 

Patène  liturj^ique,  252 

Pâtes  de  verre,  290 

Patroni  (abbé  R.  ),  225 

Pavages  émaillés.  266 

Pavement  du  XIII^  à  Gand,  267 

Pavillon  eucharistique,  94,   327  —  papal,  537 

I\aul  (St),  255,529  — (égl.  de  St-),à  Liège,  138 

Paulin  (reliq.  de  St),  116 

Pauvreté  (pcrsonnif.  de  la),  431 

Pauw  (R.  de),  131,  133.  410,  544 

Pauwels,  460 

Pay  (J.  de),  119 

Peeters  (Ch.),  544 

Peigne  liturgique,  250 

Peintres,  88,  91,  176,  239  —  Français,  410  — 
du  Roi.  176  —  Avignonais,  168 —  Montois, 
369,  392  —  verriers,  270 

Peintures,  104  —  anciennes,  264,  266,  443  — 
modernes,  411,  557,  548  —  chrétiennes,  425 

—  murales,  76,  8i,  260,  379,  405,  508 —  au 
Vatican,  401  — au  Panthéon, (V.  Panthéon) — 
à  Reims,  412  —  à  Tournai,  444  —  à  Liège, 
130 — à  Munich,  124  —  àAssise,423  —  à  An- 
tibes,  554  —  en  It.die,  423 —  àOrvieto,  251 

—  votives  à  Andressein,  268  —  aux  catacom- 
bes, 246  —  à  l'encaustique,  89  —  de  ma- 
nuscrits, 89  —  sur  verre,  237,  270,  412,  544 

—  d'émail,  241,  393,  453 
Peladun  (J.),  396 
Pèlerinage,  476 
Pellisson.  237 

Peut  à  col,  297 

Péplums,  493 

Percieslav  (calice  à),  57 

Père  éternel,  230 

Perelola.  253 

r*érigord  (soc.  arch.  du),  88 

Périgueux  —  musée,  8i  —  clocher  de  Saint 

Front.   126 
Pcrizoniuin,  210 
Peronne,  243 
Péronville  (égl.  de),  122 
Perreal  (M^  J.),  267 
Perrin  (A.),  120 
Perrin,  (A.),  541 

Pcrrot  (G.)  et  Chipiez  (Ch.),  396 
l'ersécution,  520 
Perspective,  445 
Pérugin,  230,  434 
Petteney  (F.  comte  de),  397 
Pexrucave  233 
Peyrocaxe,  233 
Pezzé,  256 
Picardie  —  dict.  de,  242  —  antiquaires  de,  517 


Pierre  (St),  17,  205,  513  —  croix  de,  66 
~  in  Montorio,  267  —  coupole  de,  (à 
Rome),  129 

Pierret  et  Desmedt.  546 

Pfahel  (égl.  de),  402 

Pharon  (F.),  118 

Phené-Spiers  (R.),  370 

Philippe  (St).  20 

Phylactères  romans,  507 

Pierre  tombale,  363 

Piet-Lataudrie,  72 

Piéta.  292.  528 

Pigorini,  20 

Pihan  (abbé).  66.  514 

Pile  romaine  de  Luzenac,  268 

Pillov,  255,  367 

Pilon  (G.),  366 

Pinaigrier  (les),  verriers,  169,  £03 

Piolin  (Dom  P.),  99,  118 

Pise,  212 

Pistoïa  (calice  à),  56 

Pitié  (Christ  de),  528 

Plafond  du  Pérugin,  230 

Plainpied  (égl.  de),  413 

Planig  (égl.  de),  470 

Plantagenet  (style),  528 

Plaques  de  foyer,  136,  502 

Plateresque  (style),  91 

Plate  peinture,  458  et  suiv. 

Plock  (calice  à),  51 

Poignaha,  180 

Poinçon  d'orfèvre,  369 

Poinssot,  255 

Poitiers,  228,  234,  253,  367  —  émail  à,  67, 
218  —  vitrail,  116,  289  —  fresque,  443  — 
hypogée,  366  —  chap.  St-Georges,  494  — 
orfèvre,  530  —  Bibliothèque,  493 

Pognon,  396 

Poldi-Pezzoli  (musée),  455,  463 

Polychronne,  378 

Pommeras  (Beugnvde)  113 

Poncet  (P.  P.),  396 

Poncin  (D.  ),  397 

Poncius  (Comte  de),  550 

Pont  du  XV<ï  siècle,  268 

Pontifical  de  Clément  VI,  380 

Pontificales  (armoiries).  522 

Pontificaux  (attributs),  538 

Ponlmain  (égl.  de),  546 

Pontoise  (tapisserie  à),  265 

Porcelaine,  ^44 

Porée  (abbé)".  189 

Porphyrogenète,  36 

Porta-Nigra,  81 

Porte  St-Denis,  265 

Portrait,  520,  527 

Portsmouth  (exposition  de),  468  1 

Posen  (exposition),  12g,  133 

Poterie  —  italienne,  367  —  Lambeth,  114 

Potiers,  233  1 

Pottier  (abbé),  413  ! 

Pouille  (art  dans  la),  319 

Poussielgue,  56,  198 

Prarond,  235  ' 

Précy  (égl.  de),  237  ' 

Préraphaéliste,  425 

Présentation  au  Temple,  510 

Prélrogrande,  256 

Prévost  (G.),  333  et  suiv. 

l'rilKJ.).  373-lR-).542 

I*riiikii>o,  546 

ProcopL".  21 

Piophî'tios,  36 

l'ioportions  du  corps  lumiain,  25 

l'iost  (V.),  541 

Pulliny,  255 

Tiipitrc  de  chœur,  390 

Purificatoire,  60 

Purgatoire,  188 

l'uvis  de  (havannes,  261 

Puy  (P.  du),  peintre,  108 

l'uy  de  Caen,  363 

Pyxide,  248 

Pyxis,  312 


Q- 

Quadrapola,  is,  49,  352 
Quaiesous,  549 
Qincauld  (P.),  241 
Quicherat  (J.),  396 
Quiniperjorfèvr.  à),  530 


Racinet  (A.),  398 

Racinet,  118,  255 

Raguenet  de  St-Albin  (O.  ),  396 

Rains  (Michel  de),  arch.,  369 

Ramé  (A.),  233,  366 

Ramée  (O.  ),  396 

Ramon  (S.),  243 

Rancé  (abbé),  232 

Rancogne  (exe.  à),  556 

Raphaël,  166 

Ravenne  (ivoire  de),  31 

Raverat  (baron),  88 

Raynaut  (E.  ),  archit. ,  108 

Reâd  (Ch.  ),  366 

Réalisme,  106,  189,  513 

Reccesvinth  (couronne  de),  190 

Règne  de  Jésus-Christ,  109,  251,  510,  539 

Reichensperger  (.A.),  80 

Reims,  253,  266  —  égl.  St-Maurice,  252  — 
basilique,  264  —  .Académie,  284  —  calice, 
55  —  pupitre  d'église,  390 — peinture  412 

Reiners  (O.  ),  393 

Reithoftér  (M.),  88 

Relieurs  (parisiens),  85 
Religieux  (art),  105 

Reliquaire  de  la  Ste  Croix,  219  —  à  Aoste, 
362  —  h  Limoges,  2,63  —  à  Milan,  485  — 
à  Dinant,  500 

Reliques,  248 
Reliure.  479,  527 

Rembrandt,  131,  435 

Rémi  (calice  de  St).  ~,y 

Renaissance,  160 

René  (d'.Anjou),  chapelle  de  176 

René  (chasubl.  de  St),  118 

Renet,  350 

Renoncule,  25 

Renonville,  arch  ,  544 

Reproduction  d'œuvres  d'art,  545 

Résurrection  de  Lazare,  379  —  symb.  de, 
150.  348 

Restaurations,  125.  128,  402,  414,  547 

Retables,  247,  362  —  de  l'égl.  de  St-Denis  à 
Liège,  92 

Reusens  (E.  chan. ),  82,  213,  247,  49g,  544 

Revue —  Lyonnaise,  1 10  —  des  arts  décoratifs, 
114.  394  —  des  questions  hist. ,  202  —  ca- 
tholique, 393  —  archéol.,  537  —  de  l'art 
français,  115.  253,  393 

Rhénane  (émaillerie),  476 

Ribbe  (C.  de),  90 

Ricci,  495 

Riccio  (S.),  bijoutier,  525 

Richard  (J.  M.),  79,  366 

Richier  (Ligier),  102,  250,  510  —  (Jacob),  112 

Riess  (C. ),  397 

Rigidiotti,  546 

Rinikelstein  (chat,  de),  405 

Riocourt,  255 

RiscolM.),  187 

Ristoro  (Frn),  423 

Ro.inne  lexcur.  à),  550 

Rohais  (\'an),  235,  250,  255.  383 

Robbia  (délia),  253 

Robert,  255,  364 

Kohiano  (Comte  .\.  de),  452 

Rocamadour  (pèlerinages),  467 

Rochotin.  366 

Roda  (Sacranientaire  de),  189 

Rodoifo,  188 

Roettiers  (N. ),  grav.,  253 

Rofler  (U'  de),  405 

Rogeron  (L. ),  396 

Rogiers(Xic. ),  orf.,  524,  530 

Rohault  de  Kleury,  365,  396 

Roisin  (baron  de)',  81 


558 


IRcuue   Dc   rart    chrétien 


Roman  (M.),  233.  412 

Romane,  architecture,  247  —  peinture,  444 

Rome  —  calice  des  catacombes,  57  —  places 
de,  73  —  égl.  Ste-Marie-Majeure,  123  — 
Académie  et  soc.  sav..  239  —  pyxide 
à,  325  —  restaurations,  129  —  démoli- 
tions, 239 

Ronchaud(L.  de),  118 

Rondot  (N.),  86,  112.  396,  510 

Roonis.  410 

Rosaire  franciscain,  529 

Rose  (de  la),  394 

Rose  de  Lancastre,  449 

Rossi  (de),  26,  64,140,  151,  228,240,  246,  521 

Rossano.  130 

Rouaix  (P.),  541 

Rouam,  242 

Roubaix  (école  de),  258 

Roue  —  iconogr. ,  538  —  de   la  Fortune,  38, 

85.  391 

Rouelle,  347.  367,  469 

Rouen,  129,  265,  233  —  St-Ouen.  130,  266, 
338  —  vitraux,  260  —  prieuré  de  Bonne- 
Nouvelle,  403 — sarcophage,  n6,  —  exposit. , 
69,  380  —  musée,  464  —  Académie,  516  — 
typog.  anc. ,  133  —  Union  cath.,  232 

Rouillet  (A.),  396 

Roumejoux  (A.  de),  391 

Rousseau  (J.).  372,  399 

Rousteau.  242 

Roye  (St  Pierre),  243 

Roymans  (J.  ),  orf. ,  524 

Rozenberg  (A.),  119 

Rubens.  388.  435,  530 

Rupert  (Don.  I,  vierge  de,  92 

Rupin  (E. ),  65 

Rupriuh-Robert  (M.),  115,  269 

Russie,  203 


Saalburg  (la),  405 

Sablon  (N.-D.  au),  à  Bruxelles,  27 

Sacré-Cœur,  221,  229  — égl  du,  257 

Sacrements  (Symboles  des),  139 

Sacristie  (tableau  de),  239 

Sacro-volto,  221 

Sagesse  (personnif.  de  la),  36 

Saintes,  237 

Saint-.^mand.  (égl.  de),  538 

Saint-.\ugustin  (soc.  de),  408,  414 

Saint-.Autrille  (égl.  de),  538 

Saint-Denis  (porte),  127 

Saint-Dominique  de  Silos  (calice  à),  54 

Saint-Etienne  —  égl.  de,  547  —  école  de  dessin, 

257  —  du  Mont  (vitraux),  109  —  (égl.),  251, 

202.  401 
Saint-Germain-en-Laye,  515  —  verrerie  à,  390 
Saint-Germain-des-Prés  (restauration),  264 
Saint-Germain-lez-Belly,  5:9 
Saint-Gévire,  88 
Saint-Giron,  266 
Saint-Hubert  (égl.  de),  507 
Saint-Jean  de  Verges  (égl.  de),  132 
■Saint-Jean  du  Doigt  (calice  à),  56 
Saint-Jouin-lez-Marnes  — abb.  de,  378,  548  — 

égl.  de,  537 
Saint-Just-en-Chausséc,  514 
Saint-Laurent-des-Mortiers,  87 
Saint-Laurent  (Comte  G.  de),  iio,  117,251,414 
Saint-Lizier.  26,  1 16 
Sainte-Marie  (E.  de),  396 
Samt-Merry  (égl.  de),  412 
Saint-Mihiel.  250,  510 
Saint-Nicolas  (hôtel  de  ville  de),  125 
Saint-Nicolas-en-Glain,  90 
Saint-Omer  (ciboire  h),  316 
Saint-Paul  (A.  de),  252 
Saint-Paul-lez-Dax  (égl.  de),  367,  413 
Saint-Paul  de  Léon,  234 
Saint-Pétersbourg,  203 
Saint-Pierre  à  Roye.  213 
Saint-Quentin  —  basilique,    86  —  soc.    aca- 

dém. ,  86 
Saint-Romain-le-Puy  (égl.  de),  556 
Saint-Servant  (calice  à),  56 


Sainte-Suzanne  (R.  de),  243 

Saintonge  et  .\unis  (Académ.  de),  237 

Saints  (iconog.  des),  16  et  suiv. 

Saint- Vulpain  (égl.  de),  250 

Saint-Valery-sur-Somme,  250 

Salomon  (hist.  de).  391 

Saladin  (H.),  345,  3B9 

Sambin  (H.),  44 

Samit,  491 

San  Gallo  (S.  et  A.),  367 

Sarachaga  (niarq.  de),  54,  109,  251 

Sarcophage,  236 — à  Rouen,  116,  130,  344  — 

à  .-^ntigny,  361  —  de  St-Celse,  288 
Saroldo  (J.),  verrier,  391 
Sarte  (.^ndré  del"),  435 
Saucourt,  250 
Sautenay,  87 
Sauvageot,  547 

Sauvage  (abbé),  390 

Saux  (égl.  de),  391 

Savigny  (mon.  de),  457 

Scabcllitnt,  463 

Scaulz  (M.),  40 

Sceaux  byzantins,  84 

Schaerbeek  (égl.  de).  123 

Schaffhausen.  542 

Schavye  (J.  S.),  544 

Schlumberger  (G.),  8.|,  210,  216,  396 

Schmitz,  242 

Schnutgen  (abbé),  82,  464 

Schoen  (Martin),  84 

Schoy  (M.),  127 

Schii'bler  (J.),  542 

Schuermans  (H.),  90,  204,  242,  368,  390,  53g 

Schulz  (abbé),  204 

Scolastique  (Ste),  512 

Scrot  (prof.),  85 

Sculpteurs,  91,393  —  Italiens,  391  —  Montois, 
369  —  Lyonnais,  112 

Sculptures,  84,  92  —  Italienne,  513  —  Grecque, 
538  — Carlovingienne,  413  —  en  bois,  279  — 
moderne,  547 

Scyphus,  326 

Sedelle(P.),  389 

Segners  (J.),  397 

Seine-et-Oise  (Comm.  des  antiq.  des  arts),  87 

Selmersheim,  237 

Semaines  religieuses,  116,  253 

Séminaires  (archéol.  dans  les),  155 

Semper  (D''  H.),  516 

Senanque  (abbaye  de),  317 

Senlis  (comité  arch.  de)  237 

Sens,  266,  367  —  cathéd. ,  412  —  ornement, 
367  —  fauteuil  de  choeur,  400  — ■  calice,  56 
—  Scyphus.  326 

Sentein,  268 

Sépultures  —  à  Rouen,  343  —  l-'ranque,  266 

.Sernin  (égl.  de  St-),  123 

.Serpent  —  symb.  du,  376  —  d'airain,  145 

Serurain,  255 

.Servant!  Collio  (Conte  .S.  ),  398 

Sevastianov,  203 

Sévcrin  (St),  23 

Sèvres  (école  de),  269 

Shaub  (chan.  .\.),  119 

.Shiperus,  544 

Siclv  (J.  F.),  120,  397 

Sicile,   176 

Sienne,  205-207 

Sigmaringen  (chat,  de),  265 

Signe  de  la  croix,  449 

Signy  (abb.  de).  386 

.Silvin  (A.),  394 

Sirènes,  391 

Sisto  (Fra),  423 

Sixte  (St),  88 

.Slingeneyer.  235 

Société  —  française  d'archéol.,  131,  238  — 
centrale  d'archit.  dc  France,  132,  370  —  de 
l'hist.  dc  Paris,  84;  eccl.  305  — de  l'hist. 
dc  France,  84 —  Académie  de  .Saint-tjucn- 
tin,  86;  de  l'Oise,  514;  ICduenne,  87  — 
Société  archéol.  du  NIaine,  87;  du  Limou- 
sin, 232,  5n  :  de  Lyon,  88  ;  de  Compiêgne, 
233  ;  de  la  Marne,  88  ;  dc  l'Orléanais,  235  ; 


du  Périgord,  88  ;  de  l'Yonne,  235  ;  du 
dioc.  de  Liège,  89  ;  de  la  Cliarente,  235  ; 
d'.-\vranche,  235  ;  de  Seine-et-Oise,  515  ; 
d'.AbbeviUe,  235  ;  de  Chauny,  317  ;  du 
Hainaut,  368  ;  de  Mons,  369  —  Soc.  des 
arts  décoratifs,;  des  amis  desmon.  hist. ,137 

—  de  Saint-Jean  l'Ev. ,  232,  257,  399  —  de 
Saint-Jean  à  Paris,  232  —  de  Saint -.Augustin 
(V.  Augustin),  —  des  antiquaires  de 
France,   (V.    antiquaires),  —  diverses,   132 

—  savantes  (V.  travaux  de  soc.,  84,  232, 
3636!  513 

Sol  fleuri  (symb.  ),  527 

Solesmes  —  sculpt.  de,  91,  102,  510 

Soleil  (iconog.  du),  538 

Solis  (V.),  84 

-Soltikoff,  50,  2D3,  326 

Solvay  (L.),  gi 

Sommerard  (du),  204 

Sorgues  (palais  de),  85 

Souchières,  25,9 

Souhaut  (abbé).  102,  250,  510 

Soupairac  (abbé),  392 

Souzdal  (calice  à),  57 

Spitzer  (coUect.  ).   6g,    241,   326,   369,   454  et 

suiv. 
Springer  (R. ).  119 
Stalle,  449  —  de  Celles,  501 
Stallens  et  Janssens,  545 
Stamira,  91 

Station  Magdalénienne,  88 
Stassov  (VI.  ),  233,  242 
Statuaires  castillans,  188 
Statues,  546  —  pluie  de,  121  —   équestre  de 

Charlemagne,  373 
Stauracis,  207,  351,  491 
Stavelot,  91  —  autel  portatif,  475 
Stegman,  256 
.Stein  (H.),  72,  182 
Steinheil  (M.),  387 
Steinle  (E.),  548 
Stella  (.Ant.),  peintre,  525 
Stephani  (L.),  2^3 
Stevenson,  73,  240 
Steyart,  555 
.Stockholm,  463 
Stollae,  180 
Storax,  491 

.Strasbourg  (bibl.  de),  391 
Stroganov  (G.),  203 
Style  ogival  (origine  du),  385 
Stylet,  347 

.S'«/>/f(i'.///<7/m,  210,  453  et  suiv. 
Susthov  (égl.  de),  368 
Svenigorodskoi,  203 
.Swinthila  (ex  voto).  190 
Symbolisme,  161,  212,  536  —  de  l'agiolhyride 

HarbaviUe.  35 
Symbolesévangéliques,  1B9— de  laSte-Trinité, 

108  —  de  la  synagogue,  2n 
.Synagogue,  210  —  symb.,  211 
Syracuse  (catacombe  de),  247 


Tabernacle,    233,    253,  527  —  du  VI  S<-',  240 

—  en  tourelle,  224 
Table  d'autel,  279 
Tablettes  de  consécration,  387 
Tacca(P.),  sculpt.,  367 
Taillancourt,  136 
Taillebois  (E.),  118 
Tapis,  193 

Tapisseries,    547  —  de    Flandre,   412  —  de 
Brie,  412  —  de  Bruxelles,  90  —  de  Rubens, 
iio  —  en  .Angleterre,  388 
Tarasque,   447 

P.ardieu    (.\.  ),    243.    256,  266,  447 
Tarentaise  (ciboire),  326 
Tarn  et  tiaronne  (soc.  de  se.  1.  et  .A.),  87 

Tatton  Sykes.  261 

r.au,  144.  —salle  du.  195 

Tcrlut,  236 

Termonde.  539 

Tessier  (abbé),  414 

Thedenat  (abbé),  517 


Cable    analî^tique. 


559 


Théodelinde,  204 

Théodore  (St),  le  gén.,  18  —  (  Thyron),  78 
Theotokos,  84 
Thevenonyrov,  253 
Thierry,  112 
Thiou.  8S 
Thirion  (H.).  396 
Tholin  (G.),  389 
Thomas  (St),  19 
Thorwaldsen  (musée  de),  135 
Tiare,  138 
Tiercelin,  491 

Tissus,  168,  190,  345,  493  —  à  Angers,  299 
Titulus,  185,  209,  452,  et  suiv. 
Triptyque  émaillé,  368 
Tobie,  239 

Tombeau,  84,  —  de  Ste  Claire,  p.,  422 
Tombes,  363  —  Méroving.,  127  —  trapézoï- 
dales. 539 
Tongrcs,  212,  216 
Torlonia  (duc),  73,  129,  135 
Torro  (J.),  394 
Toul  (églises  de).  116 
Toulon  —  orfèvr.  à,  412,  — hist.,  de  365 
Tour  —  ciboires  en,  316  —  de  Philippe-Au- 
guste, 264 
Touret  (abbé),  517 
Torrignano  (sculpt.  ),  91 
Tournai,   205,  213   —    fresques,  406,  442  et 
suiv.  —  reliq.  de  la  Ste  Croix,  26.  392,  — 
diptyque,    38g  —  égl.    St-Nicolas,  548  — 
porcelaine,  544 
Tours  (basil.  de),  261 
Toxiri  (A.),  120 
Trabe,  279 

Tracy  (H.  de),  199.  460 
Tranchant,  256 
Trappistes  aux  catac. ,  267 
Travaux  de  soc.  sav. ,  84,  232,  363,  513 
Trendelenburg  (.A.),  119 
Trésor  de  Trêves,    82  —  de  St-Celse  à  Mi- 
lan, 287.  479  —  d'Aoste,  362  —  des  Sœurs 
de  N.  -D.  à  Kamur,  499,  506 

Trêves,  —école,  248  —  monuments.  79  — 
trésor.  366,  386  —  évangéliaire.  379  — 
excursion  à,  79 

Trocadéro  (musée),  134 

Trône,  33 

Trouvailles,  129 

Trzemeszno  (calice  à),  57 

Tschudi  (H.  de),  391 

Tugdual  (St),  367 

Tulette  (découverte  à).  130 

Tulle  (tombeau  du  card.  de),  523 

Tumuli,  236 

Tunay.  88 

Turin  (exp..  de),  73,  112 

Tusson  (monast. ,  de),  246 

u. 

Ubaghs,  256 

Ugolino  d'Hario,  251 

Unac,  133 

Union  cent,  des  Arts  déc,  270 

Urbain  II,  266 

Urbain  de  Gheltof  (G.  M.),  398 

Ursule  (Ste),  277 

Ussé(chàt. ,  de),  366 

Ustensiles  eucharisticiues,  311 

Utreclit  (Christ  d'),  peint.,  91 


V. 


Vacquez  (M.),  85 


Vagny,  289 

Vaillant,  356 

Vaillant,  235,  253 

Val-Dieu  (égl.  de),  123 

Valence,  267 

Valère  (S.),  523 

Vais,  131 

Van  Assche  (A.),  128,  400,  410,  504 

Van  Battele  (J.),  peintre  namurois.  236 

Van  Boeckel,  546 

Van  Caloen  (Dom  G.),  90,  100.  120 

Van  Caster  (abbé).  120,  22t 

Van  Costenoble  (abbé),  225 

Vandalisme,  265  et  suiv.,  403,  553  et  suiv. 

Van  de  Casteele,  90,  248,  539 

Van  der  Cruisse.  326 

Van  der  Eycken,  arch. ,  91 

Van  Duyse  (H.).  531 

Van  Drivai  (chan.),  518 

Van  der  Haeghen,  495 

Vanderspeeten  (P.),  392 

Van  der  Weyden  (R.),  peintre,  91,  392 

Vandrichen  (M.),  90 

Van  de  Vyvere  (abbé),  539 

Vandin  (É.),  235,  256 

Van  Eyck,  404 

Van  Even,  239.  368 

Van  Havermaet  (M.),  133 

Van  Hove  (M.),  133 

Van  Lande  (F.),  archit.  91 

Van  Mander  (Cari).  375.   396 

Van  Kerkhove  (P.),  410 

Van  Orley  (J.),  90.  238  —  (B.).  368 

Van  Ouwater  (V.),  392 

Van  Papenhove  (A.),  sculp. ,  239 

Van  Pulaere  (E.  ),  412 

Van  Robais,  235,  250,  255,  383,  120,  396 

Van  Ruymbeke  (J. ),  135 

Var  (Académie  du),  365 

Varenberg  (E. ),  393 

Varsovie  (ciboire  à),  326 

Vasconcellos  (J.  de),  120 

Vase  —  de  fleurs,    193  —  symbole  du  corps. 

149  —  euchar. ,  311  —  funér.  266 
Vasseur  (Ch.  ),  369,  392 
Vassiviêres,  243 

Vatican  —  peintures,  401  —  musée,  459 
Vauden  (E.  ),  396 
Vecht,  131 
Vénétie,  247 

Venise,  214.  240,  412  —  calice,   57  —  palais 
des    Doges,    129  —  reliure.  206  —  égl.  St- 
Sylvestre.  218  —  arts,  525 
Vénitiens  à  Limoges,  514 
Ventes,  136 
Venuto,  240 
Verdun  (Nie.  de),  475 
Verdun — cath.  de.  510  —  sculpt.    au   musée 

de,  281 
Verhaegen  (A.),  261.  496.  S4S 
Verlinde,  546 
Verly  (Max.).  413 
Vernacht,  260 

Vernat(G.).  menuis.  du  Roi.  116 
Verniers  (A.),  242 
Vernoux,  123 
Vérone  (diptyque  A),  90 
Verre —   décor  du,    11  j  —  pâtes  de,  290  — 

façon  de  Venise,  90,  368,  390 
Verrerie  ancienne  en  France,  390 
Verrières  de  Châlons,  244  —  (V.  l'i/nii/x) 
Verriers.  109 
Verroteries  franques,  506 
Vertus  (échelle  des).  391.  516 


Vesica  piscis.  458  et  suiv. 

Vesly  (L.  de).  343 

Vestimenta,  168 

Vienne  (arch.  à),  389 

Vierge.  84.  92.  205,  463  — Cheveux  de  la  Ste. 

65 —  du  XII«  sièc,  253— type  singulier,  137 
Vices,  516 
Vigne.  25 

Vigouroux  (abbé),  396 
Vilant  (P.  de),  peintre,  198 
Villant  (Pierre  du),  176 
Villard  (E.).  227 
Ville,  90 

Villers  (abb.  de).  265 
Villers-sur-Authie.  235 
Vinieu,  250 
Vinci  (L.  de),  131,  412 
VioUet  le  Duc,  iç6 
Viscardo  (Girgl.  de),  sculpt.,  391 
Vitrail,  à  Poitiers,  116,  329 
Vitraux,  109,   132,   223,  260.   262,  270.    526, 

528,  545,  544  —  à  Flêtre.  223 — à  St-Lizier, 

269  —  à  Châlons.  244 
Vocabulaire  de  termes  d'art.  381 
Vœu  national,  257 
Vogiié  (de),  249 
Voile  de  calices,  59,  94 
Voisin  (Mgr),  444 
Volumes,  17,  207 
Von  Kirtis,  128,  545 
Vorarlberg,  463 
Vorst  (abb.  de),  443 
Vraie-Croix  (reliq.  de  la),  82 

MV. 

Wable.  archit..  549 

Wagnon  (.\.  ),  541 

Waldniann,  114 

Waroux  (château  de),  90 

W'aulsort  (abb.  de).  507 

Wauters  (A.  D.  ).  392 

W'aziers,  326 

Weale  (J.).  119.  213.  271.  382 

Weehselburg  (château  de),  373 

Weerth.  242 

Westminster  (cath.  de).  261 

W'ethered.  370 

Wetteren,  221 

Willebrordus  (Bau-\'erein).  80  —  égl.  de  St- 

Wilmensky,  81 

Wilmotte.  500,  .S46 

Wilten,  248 

Witte  (baron  de),  203 

Wolf  (baron  de).  462 

Wolter  (dom).  498 

Wolvinus  (autel  de),  204 

Woutiers  (M.  ),  peintre,  392 

Wurzbach  (A.  von).  119 


Ygolin  de  Preste  (fresques  à),  icg 
Yonne  (soc.  des  sciences  hist.  à),  23s 
Ypres  (Halle  de).  405 
Vvart  (B.).  394 


Zamon  (calice  à).  57 
Zeghers  (D.),  peintre.  90 
Zens  (M.).  546 
Zonghi,  256 
Zurbaron.  435 
Zurodelli  (Cr.).  398 


ERRATA. 


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75,  2 

S3,  2 

103,  2 

105,  2 

i45>  I 

i53>  2 

153-  2 

154.  2 

3Si>  2 

352,  I 

354,  I 

» 

» 

361,  2 

363,  2 

364,  2 
369,  I 

»  I 

»  » 

372,  I 

382,  2 

»  2 

391,  i 

»  I 


393, 


406,  I 


col.    in  fine       Pai-niers  lisez  :  Pmniers. 
»        8  ligne  :  «'t?    l^anetUe  lisez  :  </i?    Vei-iieilh. 
»      23     »  Hiibger  lisez  :  Kiigler. 

»     passim       Hauslick  lisez  :  Haiislick. 
»     notes  :  S  ligne  :  Jahhala,  lisez  :  Kabbala. 
»      17  ligne:   Traversa,  lisez:  traverse. 
»      18     »         passa,  lisez  :  passe. 
»      21      »         primes,  lisez  :  prismes. 
>>      37     »         f /«  Adviau.)  lisez  :  (^/«  Adrian.) 
»      26     »  OTÙpi,  lisez  :  oriipa;. 

notes  :  4  ligne  :  ffari^ps;,  lisez  :  cttjcjgî;. 
»  8   '    »        0'î-a-jp5}.àrc7;;,  lisez  :  araupoXâyp/;;. 

»        10       »       stauropala,  lisez  :  stauropata. 
col.  note  rt  .•    I  ligne  :  Bataduran  lisez  :  Balaudraii. 
Carton,  lisez  :  Castaii. 
Gavre,  lisez  :   Gorre. 
De  Broeucq,   lisez  :  i?//  Broeucq. 
Pilavoiue,  lisez:  Pidavaine ; 
Wancqueliu,  lisez  :    Wauquels. 
Fredemau,  lisez  :   Vredeman. 
Rempant,  lisez  :  Rampant, 
versan,  lisez  :  versant. 
Carccrès,  lisez  :   Cacercs. 
Rienaclt,  lisez  :  Reinach. 
2     »24et25>>  XVII^etXVIP  (répétition   démentie 

par  le  sens  du  texte.) 
I     »  3     »  Castres,  lisez  :  Caster. 

I     »        13     »  Hegelbrojick,  lisez  :  Heylbroiick 

I     »        16     »  Reines,  lisez  :  Reiiiers. 

»     dern.  >  dédaraient,  lisez  :  déparaient. 

»        II      »         Provence,  Vis&z  :  province. 
»        33     ))  CV  matin,  lisez  :  /é?  matin. 


» 
» 
» 
» 
» 
» 
» 
» 
» 


6 
16 

41 

52 

53 
12 
6 
6 
24 
25 


Irgne  : 

» 
» 
» 
» 
» 
» 
» 
» 


I 


41 

415,   I 

442  et  443,  lisez  :  342  et  343. 

451,  I 

555-  2 

)>     2 


» 
» 

» 
556, 
» 
» 
» 
» 
» 


19 

5 
9 
50 
19 

34 
42 
19 
25 
29 
40 

43 
43 


» 


envie,  lisez  :  envoie. 

»  Monthrisson,  lisez  :  Montbrison. 
»  Id.  Id.  Id. 

»  Id.  Id.  Id. 

,v>  Pondus,  lisez  :  Poneis. 

»  Pict-Lataudric,  lisez  :  Pict-Lataudrie. 

»  Fontenelles,  lisez  :  Fontenilles. 

»  Gounard,  lisez  :   Gonard. 

»  Ambiesle,  lisez:  Ambièle. 

»  Monthrisson,  lisez  :  Alontbrison. 

»  Saint-Palgent,  lisez:  Saint- Pnigent. 

»  Gonnard,  lisez  :  Gonard. 

»  Gazait,  lisez:  Gaza. 

»  Mougnis,  lisez  :  Mougirs. 


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